Zeitschrift für romanische Philologie

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LUCIEN FOULET,

preface de la coUection tout entiere. Qu'on ne dise pas que

d'ordinaire [Esope, Purgätoire de Saint Patrice) , c'est dans l'epilogue

et non dans le prologue que Marie se nomme. Dans les Lais il

etait tout naturel que ce fut le contraire. Qu'on y songe en effet:

on ne saurait considerer les Lais comme un ouvrage ordinaire

dont l'auteur embrasse des le debut le plan et le developpement.

Dans ses Fahles, Älarie se bornait ä traduire un recueil deja

tout form6: on peut croire qu'elle a ecrit V Esope tout d'une haleitie

et l'epilogue en marque nettement la fin comme le prologue

ouvre le livre. ]\Iais dans les Lais nous avons une coUection

toujours ouverte, pour ainsi dire, qui pouvait se restreindre en

cours de travail ou s'enrichir selon les hasards de la rencontre.

11 est donc permis de croire que la composition des lais s'echelonna

sur un certain nombre d'annees et les indices ne manquent

pas pour dtablir ce fait.^ Marie, tres jalouse de sa gloire litteraire,^

devait donc, si eile voulait s'assurer la propriete d'un ouvrage dont

eile ne pouvait des le debut prevoir la date d'achevement, s'y

nommer tout au commencement. — La deuxi^me partie de cette

introduction (v. ig—21) confirme notre hypothcse: ces trois vers

nous annoncent en effet que ]Marie a entrepris de nous donner

non un conte, mais toute une Serie de contes: ce sont ceux dont

les Bretons ont fait les lais. Enfin les vers 22—26 forment l'introduction

propre a Guigemar, et encore le vers 22

El chief de cest comencement

nous rappelle-t-il que Guigemar n'est que !e preraier lai de la

coUection, celui qui se trouve suivre imm6diatement la pröface

generale.

S'il en est ainsi, que signifient les 56 vers (lui dans le manuscrit

1 Si le recueil avait cl6 public en une fois, un seul prologue eüt sufli:

Marie ne rep^te pas en tele de chacune de ses Fables qu'elle la doit ä Alfred

qui lui-meme la lenait d'Esope. En fait nous trouvons les indications que

Marie croit devoir donner ä son public concernant l'origine des lais bretons

et le ra]5port de ses contes avec ces lais r^ptJtes phisieurs fois dans des lais

diff^rents: c'est donc qu'ils ont elc publids scpar^ment et successivement. II

faut surtout citer ici, ä cöle du Prologue des Lais, Tintroduclion de Guigemar

et Celle dJEquitan. Les successeurs et les imitateurs de Marie, «iludiant Ic

recueil de ses Lais, ne comprirent pas ce qui avait molivd tout d'abord ces

repötitions: ils crurent que c'clait une loi du genre, et c'est ainsi que, selou

toute vraiseniblance , un petit prologue sur l'origine des lais en vint b. etre

regarde comme le prölude oblige de tout lai brcton digne de ce nom. D'aprds

M. Gröber (Grundr., II, i, p. 597) le prolotjue qu'on retrouve chcz Marie et

dans des lais anonymes, meme avant Marie (le Cor), doit par cela meme avoir

appartenu au conte breton. Cette remarque tombe si l'on observe que ces

prologues ont prccis^ment pour but de nous apprendre que nous avons afTaire

ä une mati^re bretonne. II est d'autre part fort douteux que le Cor soit anterieur

ä Marie. Voir p. 55 note l.

"^ Voir Epilogue des Fables, v. i sqq.: AI finement de cest escrit . . .

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me numerai pur remembrance: Marie ai num . . . Puet cel estre, eil clerc

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plusur sur eis mun labur: ne vueil que nuls sur lui le die; eil

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I

prendreient

uevre mal ki sei ublie.

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