Zeitschrift für romanische Philologie

scans.library.utoronto.ca

Zeitschrift für romanische Philologie

4

MARIE DE FRANCE ET LES LAIS BRETONS. 297

une contradiction dans les mots, trop legere du reste pour choquer

aucun de ses auditeurs ou de ses lecteurs. Mais c'est pour nous

un indice precieux de la verite de notre hypothese. La nom de

Marie qui se trouve dans ces dix-huit vers et ne se trouve que

la est un autre indice aussi probant. II serait surprenant, comme

nous l'avons vu, que Marie eut attendu pour se nommer d'avoir

termine une collection dont la composition pouvait s'etendre sur

plusieurs annees et oü chaque lai etait vraisemblablement communique

au public aussitot qu'il etait termine; en fait eile ne se

nomme pas dans le Prologue-epilogue compose sürement apres

l'achevement de son ceuvre: c'est donc qu'elle devait s'etre nommee

ailleurs, a savoir dans la Preface de cette reuvre. Nous admettrons

donc que S et N presentent dans l'introduction de Guigemar une

lacune de dix-huit vers.

Peut-on expliquer cette lacune? Cela ne semble pas im-

possible. Le traducteur nor\v6gien, comme l'a montre M. Meissner, ^

est dans une certaine mesure un adaptateur: il a notamment

l'habitude curieuse de s'approprier tous les passages oii Marie parle

en son nom et de les donner comme des reflexions personnelles

qu'il ajoute ä son original. Or il est clair que ce procede pouvait

difficilement s'appliqucr aux vers i—18 de Guigemar. Marie y

fait allusion a des circonstances tres particulieres qui ne convenaient

guere ä la Situation du traducteur. On peut donc supposer

que, trouvant ces dix-huit vers dans son original, il les a purement

et simplement laisses de c6le.2 — Que penser du silence

de S? II faut noter qu'en ce qui concerne Guigemar, S donne

en general les memes lec^ons que P, et que P reproduit, au moins

en partie, les vers qui nous occupent. II ne les comprend du

reste pas: les vers 3—

deviennent chez lui

Oez, seignur, que dit Marie,

ki en sun tens pas ne s'oblie

Oez, Seignur, que dit marit

que en son tens nus ne soublit.

Les vers 13— 18 manquent; peut-etre, comme le suggere M. Warnke,^

doivent-ils leur Omission ä la ressemblance des derniers mots des

vers 12 et 18 (mestier-mesparkr); mais il est possible aussi que

l'original de P ait et6 fort corrompu dans ce passage, comme

1 Die Stretj^Ieikar, Halle, iq02. Voir notamment p. 278.

"^ C'est aussi l'opinion de M. Meissner, op. cit., p. 265. Noter que le

traducteur norwegien ajoute parfois a'importants developperaeiits ä son texte

(Meissner, p. 247— 249): süre preuve qu'il peut ä l'occasion prendre des

libertes avec son original. II faut indiquer enfin que les le9ons de N concordent

le plus souvent avec Celles de H. Voir Warnke, p. XLII et cf.

Meissner, p. 200 sqq.

ä Lais, p. 5. Notes Critiques, v. 13— 18.

Weitere Magazine dieses Users
Ähnliche Magazine