Zeitschrift für romanische Philologie

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MARIE DE FRANCE ET LES LAIS BRETONS. 2"]

Deniers en prcns, car il est bocns. (238.)

Un peu plus loin, au lieu de la delicate scene d'amour que nous

presente Gumgamor, Graelent entraine la fee

En l'espese de la forest:

A fait de li ce que li plest. (281—2.)

Brutalite bien inutile du reste, car la fee, un peu tard semble-t-il,

va nous apprendre qu'elle est venue ä la fontaine pr6cisenient

pour y trouver Graelent. i La verite c'est que notre auteur vienl

ici de changer de modele: ä Guingamor succede Laiival; il n'est

pas etonnant qu'il se perde un peu au milieu de toutes ces imi-

tations.2

Nous somraes ainsi amenes ä une conclusion plus simple et

plus radicale que celle de M. SchoPield:^ Marie a ete l'unique

source de l'auteur de Graelent', seulement en dehors de Latival il

a connu et utilis6 Eliduc et Guingamor. Peut-etre doit-il quelque

chose ä Guigemar aussi: dans ce lai un jeune Chevalier breton

poursuit et blesse une biche ä la chasse, et bien que le passage

soit assez obscur dans Marie il semble que dans la legende

primitive cette biche devait conduire le chevalier vers une nef

enchantee. II est possible que ce soit ici que notre auteur ait

pris l'idee de cette biche par laquelle il a remplace le blanc porc

de Gumgamor. Quelques vers semblent avoir passe d'un lai dans

l'autre:

Graelent. Guigemar.

27 Mout est amis b. tote gent 43 Li vadlez fu sages et jnuz

Dame, dist-il, moult par est prox mult se faiseit amer de tuz

Et moult se fait amer ä tox.*

1 V. 315 sqq.

2 Cf. Schofield, The Lays of Graelent, etc. p. 132.

3 M. Schofield releve un dernier trait qu'il considere comme primitif et

qui ncglige par Marie aurait ete conserve par Graelent: le lieros transjioite au

pays des vivants laisse derriere lui un cheval qui conserve fidelement la

memoire de son maitre et qui errant toute l'annee dans la foret revenait vers

la riviere seulement ä l'epoque oü il avait perdu son mrätre et manifestail sa

donleur par des hennissements plaintifs. {The Lays of Graelent, etc. p. 157 sqq.)

La encore il n'est nullement demontre que nous ayons aft'aire ä un trait

primitif. Cette fiddlile de certains animaux (cheval, chien) envers la memoire

de leurs maitres morts ou disparus se rencontre dans le folk-lore d'autres

nations que les Celtes. L'auteur de Graelent a pu trouver ce trait autour de

lui dans les croyances populaires et il l'a soude ä la fin de son histoire pour

donner ä la conclusion un interSt plus humain : de cette fa^on nous restous

sur la terre que nous connaissons et c'est lä 6ü l'auteur de Graeletit, comme

nous l'avons vu, se sent le plus ä l'aise. La legende celtique au contraire devait

se terminer sur le tableau de cet enlevement du heros au mysterieux pays

oü il vivra avec les fees dans un bonheur eternel: l'impression finale etait un

sentiment d'admiration me!e d'un peu de crainte, et toute addilion ne pouvait

qu'affaiblir cette Impression. Et, d'autre part, si la fin de Graelent nous representait

la conclusion de la legende primitive, ne serait-elle pas preparee par

quelques mots qui nous montreraient l'affection du cheval pour son maitre avant

la disparition de celui-ci? — Selon toute vraisemblance nous avons donc dans

Marie (V. 659—664) la veritable conclusion de la legende celtique primitive.

* Sans doute des forraules pareilles se retrouvent plusieurs fois dans la

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