Zeitschrift für romanische Philologie

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MARIE DE FRANCE ET LES LAIS BRETONS. 29

II faut renoncer aussi ä relever dans Graele7it une certaine na'ivetd

enfantine qui temoignerait de ranciennete du lai: nous avons

simplement affaire ä un homme avis6 qui prend son bien oü il le

trouve,! c'est ä dire en l'espece dans Marie, mais qui en meme

temps qu'il lui empruntait ses idees, ses expressions et ses rimes

n'a pas pu lui d^rober son tact delicat et sa gräce legere. II

faut parier ici non d'anteriorite, mais d'inföiiorite. Notons enfin

que si Graelent est tres probablement im nom armoricain,^ c'est

a peu pres la seule chose qui vienne d'Armorique dans notre lai,

au moins directement: car le reste trouve sa source imm^diate

dans Marie.

Comme Graeletii, le lai de VEspine a 6te attribue ä Marie par

Roquefort, son premier editeur. Depuis on a donne une edition

critique de ce lai: l'auteur, M. Zenker,3 y etablit que la langue est

en effet ä peu de chose pres celle de Marie; mais le lai lui parait

litt^rairement si faible qu'il refuse d'y voir un produit de l'art

exquis de l'auteur de Lanval. C'etait deja l'opinion de M. Warnke.4

Au contraire G. Paris, ^ attachant plus d'importance aux raisons de

langue, croit qu'il faut ajouter ce lai ä la liste des ceuvres de la

poetesse: ce serait le plus faible de la coUection, mais le Chaiiivel

qui en fait partie ne lui est guere superieur. Je crois etre en

mesure de prouver que le lai n'est pas de Marie, mais que c'est

dans l'oeuvre de Marie qu'il en faut chercher la source immediate.

Nous avons ici encore affaire ä un homme qui savait utiliser ses

lectures. A vrai dire son talent d'imitateur est inferieur ä celui

' C'est un fait qu'avait entrevu Mall des 1879 {Ztschr.f. rom. Phil., III,

p. 303 „Verschiedene Umstände nriachen mich geneigt, das Stück [Graelent] für

eine bis an die Grenze des Plagiats oder darüber hinausgehende Nachahmung

von Lanval zu halten ; wobei nur der Zug des Wegnehmens der Kleider einer

badenden Jungfrau neu ist, der aber, falls Guingamor wirklich von Marie ist,

leicht dorther genommen sein könnte." II ne semble pas que personne jusqu'ä

present ait tenu compte de celte remarque, faite en passant, et sur laquelle

Mall, ä ma connaissance, n'est pas revenu. II ajoute du reste dans une note

ä ce meme passage que, malgrc les imitations evidentes de l'auteur de Graelent,

le lai contient des trails plus anciens et plus primiiifs que Lanval.

"- Zimmer, Ztschr.f. fr. Spr. u. Lit., XIII, p. i sqq. M. Gröber, Grundriss,

II, I, p. 597, est d'avis, lui aussi, que Graelent est posl^rieur ä Lanval;

seul le nom du heros lui semble fournir un trait plus ancien. Plusieurs personnages

historiques portent ce nom. Au XII e siecle il courait certainement

sur un certain Gradion Mor ou Graelent des recits fabuleux qui n'ont rien de

commun avec la legende u'un heros aime d'une fee. Un passage d''Aspremont

souvent cite (en particulier, Schofield, The Lays of Graelent, etc. p. 126— 127)

se rapporle ä ces recits. Graelent y est donne comme ayant fait „le premier

lai breton," Est-ce cette mention qui donn6 ä l'auteur de Graelent l'idee de

choisir ce nom pour en designer son heros, ä qui il ne pouvait conserver le

nom de Lanval, le seul qui lui convint pourtant? — Des deux autres menlions

de Graelent citees par M. Gröber, Grundriss, loc. cit., l'une qui se trouve dans

le Roman de Guülaume de Dole se rapporte probablement ä notre lai et

l'aulre qui se trouve chez Gotttiied de Strasbourg s'y rapporte sürement.

3 Ztschr.f. vom. Phil., XVII, p. 233.

* Marie de France und die anonymen Lais, Coburg 1892, p. 19.

5 Rom., XXII, p, 610.

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