Zeitschrift für romanische Philologie

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Zeitschrift für romanische Philologie

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LUCIEN FOULET,

aper^oivent un grand cerf; et voila que la dame subitement declare

que si eile ne peut avoir de ce cerf Jamals eile ne mangera,

Del palefroi chai pasmee. (v. 151.)

JMelion la releve, mais ne peut la consoler. Pourquoi ce caprice

subit? Nüus n'en savons rien. Mais force est bien au mari de

le satisfaire: sous les yeux etonnes de sa femrae a qui il a remis

l'anneau, il se transforme en loup et s'elance ä la poursuite du

cerf; il l'atteint enfin,

puis prist de lui un grand larde, (v. 211)

et le voila qui revient courant vers sa femme. Mais eile ne l'a

pas attendu: dejä, accompagnee d'un ecuyer, eile vogue vers l'Ir-

lande, son pays natal, emportant l'anneau qui seul peut restituer

au pauvre loup la forme humaine qu'il a perdue. Pourquoi cette

fuite si prompte et si peu prepar^e? Ne nous avait-on pas dit

que la dame 6tait venue d'Irlande pour epouser IMelion, qu'elle

etait passionncment eprise de son raari? Toutes ces modificatioiis

de la legende sont suspectes: elles ne tendent, comme on voit,

qu'ä l'obscurcir et a la d6figurer: aucun trait nouveau qui ait le

moindre air de spontaneit^, qui ait pu s'amalgamer de fa^on

naturelle au reste de la legende dans le cours de sa transmission.

On sent au contraire dans tout cela l'effort volontaire et penible

d'un homme qui voudrait rester original tout en empruntant les

moyens de l'etre: c'est un procedd avec lequel nous comraenc^ons

a deven irfamiiiers. Etudions dans le detail un passage de son lai:

nous y saisirons sa mcthode et nous y trouverons une confirraation

de ce que nous venons de dire. Partons du texte de Marie et

surprenons l'adaptation sur le fait. Le roi frappe de l'apparente

intelligence de ce loup qu'il a trouve dans le bois ordonne de

r^pargner et de Tamener ä la cour:

bien soit abevrez e peüz. (ßiscl., 174.)

Cette simple indication suffisait a Marie et k nous. Mais l'auteur

de Jifc/iOH y voit precieuse matifere a delayer:

Li rois le regarde sovent:

un pain 11 done et eil le prent,

puis le comen9a ä maugier . . .

Li rois fait aporter le vin ...

Li leus le voit, beut en a,

Et ainsi de suite: il n'y en a pas moins de 18 vers. {427— 444)

Continuons

:

Pres del rei s'alout culchier (Bt'scl., 177)

Ceci est trop simple, et surtout trop vite dit. Ecoutez plulöt:

Quant li rois voit aler colchier,

Son lit trova apareiile:

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