Zeitschrift für romanische Philologie

scans.library.utoronto.ca

Zeitschrift für romanische Philologie

MARIE DE FRANCE ET LES LAIS BRETONS. 45

Que notre auteur ait connu Wace, ce n'est pas douteux. On a

fait remarquer^ que c'est dans le Brut qu'il a trouv6 le voyage

d' Arthur en Irlande et la mention de la guerre contre les Romains.

11 est vrai que, chez Wace, ce n'est pas simplement, comme dans

notre lai, pour raettre fin aux dissensions intestines des Irlandais

et se faire des allies qu' Arthur passe en Irlande: il vient en r6alite

ravager le pays. C'est bien Id neanmoins qu'a puise l'auteur de

Melion: on peut retrouver dans son lai une trace de son passage

chez Wace:

Melion. Wace,

255 En une forest est ales, 9906 Quant pass6 furent en Irlande

Vaches et bues i a troves, Par la terre prisent viande:

Mout en ocist et estrangla . . . Asses prisent vaces et boes

La gent ki estoit el boscage ... Et quanques ä manger est oes,

AI roi ont dit et aconte 99^0 Gillamor, li rois de la terre,

Qu'en la forest un leu avoit, 9912 Oft les noises, les noveles

Qui le pais tot escilloit, Et les plaintes et les karfeles

Mout a ocis de lor ahnaüle . . . Que faisoient li vilenaille,

Qui perdue orent lor almaille.

Notre auteur a tout simplement applique ä son grand loup 'corsu'

ce que Wace disait d'Arthur.

597 Vrais est li lais de Melion,

Ce dient bien tot li baron.

Nous savons maintenant ce qu'il faut penser de cette v6racite. En

realite' ces deux vers ne sont la que pour la symetrie: les 4 vers

precedents nous donnent la vraie conclusion du conte:

593 Melions dist, ja ne faldra,

Qui de tot sa femme crerrä,

Qu'en la fin ne soit mal baillis,

Ne doit pas croire tos ses dis.

Nous n'avons au fond dans Melion qu'un fabliau destin6 comme

tant d'autres ä nous montrer la perfidie des femmes; seulement

l'auteur se croit oblige de l'appeler un lai parce qu'il y est question

d'Arthur et de ses Chevaliers. Mais que nous sommes loin de la

„courtoisie" des veritables lais de Bretagne!

L'auteur de Melion, comme on voit, Supplemente Marie par

Wace: incapables de developper un theme par eux-memes, tous

ces imitateurs sont bien obligds de multiplier les emprunts; leur

grand souci est d'etoffer leur lai, de l'amener ä la longueur convenable.

De lä vient qu'on trouve frequemment chez eux une

agglomeration d'histoires qui n'ont que fort peu de liaison entre

elles. Doon'^ nous en oifire un exemple caracteristique. La premiere

partie du conte met en scene une jeune fille qui cherche a se

1 F. Lot, Rom., XXIV, p. 525.

2 Rom., VIII, p. 5 9 sqq. Publik par G. Paris,

Weitere Magazine dieses Users
Ähnliche Magazine