Zeitschrift für romanische Philologie

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MARIE DE FRANCE ET LES LAIS BRETONS. 5I

le voir, que l'auteur de ce lai l'a connue et a cherche a rivaliser

avec eile. En ce qui concerne son long prologue de 40 vers, les

obligations qu'il lui a sont plus grandes. Ce n'est au fond qu'un

simple delayage de quelques indications donnees ici et la par

Marie;! dans un recit prolixe et plein de repetitions notre auteur

nous raconte qu'au temps du roi Arthur les incomparables Chevaliers

qui formaient sa suite s'en allaient de nuit et de jour, parfois seuls,

parfois ä deux ou a trois, et trouvaient chemin faisant de mer-

veilleuses aventures; de retour a la cour, leur prämier souci etait

de les rapporter fidelement a leurs auditeurs, et on en faisait les

lais. Or Marie ne nous dit-elle pas dans son Prologue que les lais

ont ete faits par leurs auteurs pour perpetuer le souvenir des aventures

qu'ils avaient entendues?^ N'ajoute-t-elle pas dans Equitan

que ceux qui faisaient ainsi les lais 'pour remembrance' etaient les

nobles barons de Bretagne, 3 dont nous savons par le prologue de

Lanval qu'il n'y eut pas „de tels en tut le monde?"* Et est-ce

que dans Guingamor eile ne nous montre pas le heros, neveu du

roi de Bretagne, se rejouissant au milieu des enchantements qu'il

traverse

395 que tele aventure a trovee

por raconter en sa contr^e?

J'ai ä dessein laisse de cöte quelques vers du prologue de Tyolet

auxquels je viens maintenant:

27 Li preude cleic qui donc estoient

Totes escrire les [aventures] fesoient:

Mises estoient en latin

Et en escrit em parchemin,

31 Por ce qu'encor tel tens seroit

Que Ten volentiers les orroit.

Or sont dites et racontees,

De latin en romanz trov^es;

35 Bretons en firent lais plusors,

Si con dient nos ancessors.

1 II est curieux de relrouver en Angleterre les memes proc6d6s que chez

les auteurs du continent. On sait que non seulement Marie y a et6 trds populaire

de son vivant, comme nous l'atteste Denis Pyramus, mais qu'on a

contiuue pendant longtemps ä la traduire en anglais. Nous avons plusieurs

traductions ou remaniements de Lanval, une traduction de Freue. Or le Lai

le Freute est precede d'un prologue assez etendu (reproduit dans Rom., XXXII,

p. 232) oü l'auteur nous explique ce qu'etaient les lais bretons et comment on

les 'faisail'. Ce meme prologue se retrouve, ä peu de chose pres, en tele du

Sir Orfeo, traduction d'un original aujourd'hui perdu. Auquel des deux lais,

le Freiiie ou Sir Orfeo apparteuait originairemeut ce prologue, c'est ce qui n'est

pas tr^s facile ä 6tablir et ce qui du reste nous iniporte peu ici. Le point

principal est que ce prologue, comme l'a indique depuis longtemps Zupitza

{Engl. Stud., X, p. 42) n'est qu'un centon de differents passages empruntds ä

la collection des lais de Marie. C'est l'equivalent anglais du prologue de

Tyolet.

2 Prologue, V. 34—38.

3 Equitan, V. 1—8.

* Lanval, V. 16,

4*

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