Zeitschrift für romanische Philologie

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Zeitschrift für romanische Philologie

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LüClEN FOULET,

On n'a pas remarque, je crois, que dans ces deux derniers vers

l'auteur nous laisse entendre qu'il ne tient ses renseignements sur

Torigine des lais que de seconde main; ce n'est pas lui qui dit

que „Bretons en firent lais", ce sont ses 'ancessors': il ne fait que

repeter l'affirmation d'un autre. Qui veut-il designer par lä?

Assurement personne autre que Marie, chez laquelle il a puise tous

les renseignements qu'il nous repete ensuite en bon ecolier. Je crois

que cette Observation nous permettra d'expliquer deux vers qui ont

embarrasse plus d'un critique:

totes escrire les fesoient:

mises estoient en latiu . .

or sont dites . . .

Est-il vraisemblable que les lais aient en effet passe par un intermediaire

latin avant d'arriver au fran^ais ? • C'est le seul passage

oü cela nous soit affirme et la chose est en eile meme fort dou-

teuse. A mon avis, il ne faut voir dans ces vers que le resultat

d'une meprise, un pur contre-sens de l'auteur de Tyolet. Familier

avec l'oeuvre de Marie, ileen connaissait evidemment le Prologue et

il y aura lu les vers suivants:

28 Pur ceo cümen9ai a penser

d'alkune bone estoire faire

e de Latin en Romanz traire,

et Sans faire attention que la poetesse nous dit qu'elle a renonce ä

cette idee pour s'occuper ä recueillir des lais, il aura meie les deux

choses en son esprit: Marie suivant lui traduisait ses lais de latin

en roman, et ce n'est pas autre chose qu'il a vouiu dire dans son

prologue. Remarquez que la racprise, quoique singuliere, s'explique:

apres nous avoir pendant 30 vers laisse entendre qu'elle allait

„comencier grevose oevre" et traduire du latin quelque „bone estoire",

soudainement, en deux vers prestes, Marie fait volte face et nous

annonce un tout autre projet auquel eile consacre les 12 vers

suivants. Passez promptement sur les vers 31 et 32 — ce qui

peut arriver dans une lecture rapide — et vous coraprendrez comme

l'auteur de Tyolet. Ces sortes de meprise ne sont pas rares au

moyen-äge: il n'y a qu'ä voir la fa^on dont Marie arrange dans

ce meme prologue une citation de Priscien; et il est curieux de

noter que le passage que nous venons d'examiner a l'occasion de

Tyolet a precissement embarrasse assez fort le traducteur norwegien

qui l'a rendu de la fa^on la plus bizarre. 2

1 M. F. Wulff (Zif Uli du Cor, Lund 1888, p. 3 sqq.) l'admet, mais il ne

cite ä l'appui de son opinion, en dehors du passage qui nous occupc, que les

affirmations sans valeur de l'auteur de VEspine et deux vers du Prologue de

Marie qui, de quelque fa9on qu'on les interpr^te, ne sauraient s'appliquer

aux lais.

* Voir Wulff, Le Lai du Cor, p. 5. [M. Meissner croit du reste que le

traducteur norwegien a modifi6 son original ä dessein. Die strengleikar,

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