Zeitschrift für romanische Philologie

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LUCIEN FOULET,

que notre auteur laisse de cöte ce qiril y a de plus sürement

celtique dans les lais de Bretagne pour n'en plus retenir que

l'apport indubitablement fran^ais. Nous touchons la ä la fin d'une

tradition. On peut affirmer que dans ce lai du Lecheor il n'y a pas

un vers, pas un mot qui remonte ä une source bretonne, pas memo

ce nom de Saint Pantelioni qui n'est probablement qu'une facetie

de plus.

II ne faut pas separer du lai du Lecheor le lai d^Ignaure'^:

c'est le mcrae ton ironique, le raeme style leger et badin, la memo

intention de raillerie. Le lai d'Igtiaure offre du reste plus d'une

particularite qui lui donne dans la collection des lais une physionomie

assez originale. Tout d'abord l'auteur s'y nomme, ce qui

n'est pas frequent, puis il nous parle de lui, ce qui ne Test pas

davantage; tout au raoins il nous donne une longue description

de sa dame, ä la remorque de qui il se traine comme un prisonnier

attachc a sa chaine : d'oü l'autre nom du lai, lai del Prison. C'est

sa dame qui l'a engagc a ccrire ce lai et il lui a obei volontiers,

car qui aime doit exposer sa science pour que les autres y prennent

exemple. On peut se demander du reste quel enseignement il

faudrait tirer de l'histoire qu'il nous rapporte. C'est une Variante

du conte oii un mari fait manger u sa femme le cceur de son

araant. Seulement nous avons ici douze maris et douze maitresses

pour un amant, ce qui en vcritc est un peu beaucoup, et le sujet

y est traite de teile fac^on que raalgre la fin tragique du pauvre

araant et de ses douze amies qui se laissent mourir de faim pour

ne pas lui survivre, nous ne nous sentons pas du tout attristes, car

nous voyons bien que l'auteur ne Test pas ; il s'amuse de son sujet

et nous en amuse : teile scene du debut ou les douze dames dccouvrent

a leur grande Indignation qu'elles se trouvent avoir accorde

leurs faveurs au mcme Chevalier est d'un comique achevc. Mais n'est-

il pas etrange d'employer ce mot de comique a propos d'un lai

de Bretagne? La verite c'est que si on ne nous disait pas

qu'Ignaure etait de Bretagne nous ne le devinerions pas: nous

avons la un fabliau alerte, spirituel parfois, un lai, non pas. Qu'on

compare a l'oeuvre de Renaut le Chaitivel de Marie, on mesurera

la diflerence des conceptions. Le sujet n'en est pas sans analogie

avec Ic lai iSUgnatire et a pu en fournir une des idees : une dame

a rhabilete de groupcr et de retenir autour d'elle quatre poursuivants

dont chacun se flatte d'etre le prefere; trois raeurent dans

un tournoi et le quatrieme est blesse. 11 y avait certainement la

1 M. Brugger, Ztschr.f.fr. Spr. u. Lit., XX, p. 115, n. 45, montre que

c'^tait un saint assez connu en France au moyen-äge. II n'en reste pas moins

que le fail d'avoir remplace la Penteeöle, l'Asccnsion, la Saint Jean, qui

reviennent si souvent dans la mali^re de Bretagne, par la fete de ce saint au

nom bizarre semble t^nioigner d'une intention ironique chez l'auteuv.

"^ Bartsch et Horning, Lafig. et Litt., p. 553. Sur ce lai voir Gröber,

Grtmdr., II, i, p. 601, et, en ce qui concerne la date probable de comoosition,

Foerster, pet. Cliges,'' p. XVI, n. i. (Cf. G. Paris, Rom., XXXII, p. 487—488.)

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