Zeitschrift für romanische Philologie

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MARIE DE ERANCE ET LES LAIS BRETONS. 55

mauere a unc petite piece agreable et spirituelle dans le genre de

certaines parties 6.''Ig?iaure ; mais c'etait un pauvre sujet pour le

talent dclicat et la gräce melancolique de Marie : aussi le Chaitivel

est-il le plus insignifiant de ses lais. Renaut a fait mieux qu'elle,

ruais il n'a pas fait un lai breton ; au fond il n'a rattache son

conte ä la tradition de Bretagne que pour s'en moquer. II a

l'haleine moins courte et probablement plus de talent que l'auteur

du Lecheor, mais il ne faut pas le prendre plus au serieux : comme

l'autre il atteste la fin d'un genre.

Nous avons passe en revue l'ensemble des lais bretons i et

la premiere conclusion qui se degage de cet examen c'est que

Marie seule est originale. II n'y a pas un lai dont on puisse dire

avec certitude qu'il est anterieur a Marie, et on ne se trompe guere

ä avancer qu'elle est, en grande partie, la source de tous ceux

qui sont venus apres eile. Les uns Tont plagiee sans scrupule,

quoique non sans habilete; d'autres l'ont imitee avec plus d'inde-

1 J'ai laisse de cote i« le lai du Cor. Ce n'est pas un lai breton, il

n'en a aucune des caracteristiques. Voir ce que dit ä ce sujet M. Brugger, art.

cit., p. 140 sqq. M. Sedier est assez dispose ä ne voir dans le Cor qu'un

fabliau. {Fabliaux,^ p. IG, note i.) Et eu effet en quoi se distingue-t-il du

Court Mantel? En tout cas, malgr^ l'avis contraire de M, Wulff' {Lai du Cor,

p. 10) auquel se rallie G. Paris {Rom., XVII, p. 301), il n'y a aucune raison

decisive d'affirmer que l'oeuvre de Robert Biquet est auterieure

Marie. C'est aussi l'opinion de M. Warnke, Lais, p. XXXVII.

aux lais de

M. Gröber,

Grundr., II, l, p. 600, propose la dale 1150, mais ajoute un point d'interrogation.

2^ le lai A'Havelok, public en dernier lieu par Hardy et Martin

dans leur edition de Gaimar, 1888, vol. I, p. 290. II date du commencement

du XIII e si^cle. On sait qu'il existe une autre version fian^aise de la meme

legende dans V Histoire des Anglais de Gaimar et que les 2 recits sont etroitement

apparentes: ils ont en commun un assez giand nombre de vers. M. Kupferschmidt

{Rom. Stitd., IV, p. 411) pense que les 2 versions remontent ä un

meme original. Je crois au contraire — et il serait facile de le prouver —

que le lai A'Havelok derive directement de Gaimar. C'est aussi l'opinion de

M. Gröber, Grundr., II, I, p. 684 et de M. Sucliier, Gesch. d.fr.Lit,, p. I19.

L'auteur A'Havelok a simplement donne forme de lai ä. la legende, notamment

en l'enchässant entre un prologue et un epilogue qui sont calques sur ceux de

Marie. Nous voyons ici fabriquer devant nos yeux un lai de toutes pifeces.

Le lai A'Havelok meriterait de ce point de vue une elude speciale. — 3" le

lai de Tydorel {Rom., VIII, p. 66 sqq. Public par G. Paris.) M. Warnke

{Die anonymen Lais, p. 13) a mis hors de donte que ce lai ne pouvait etre

de Marie. Par son peu de sens arlislique l'auteur a gäte la belle legende qu'il

rapporte. II se borne probablement ä remanier un lai fran9ais anterieur (que

j'attribuerais volontiers ä Marie.) Remarquez sa conclusion: Cest conte tienent

a verai Li Breton qui firent le lai. (v. | 489—490.) II n'apparlient plus ä la

gcneration de ceux qui croyaient ä l'aulhenticite des histoires qu'il rapportaient.

Cf. au conti aire Marie, Guig., v. 19. Les contes que jo sai verais; Biscl.,

V. 315— 316: L'aventure qu'avez oie | veraie fu, n'en doutez mie. — 4^ le lai

du Trot {Lai d'Ignaures, suivi des lais de Melion et du Trot, publies par

Monmerque et Michel, Paris 1832): il est evidemment posterieur ä Marie et

ne renferme rien de traditionnel, sauf les phrases si souveut ressassees sur

Arthur et ,,ses riches dons" et la Table Ronde. La description du costume

du Chevalier Lorois (p, 72— 73) semble copiee sur un passage analogue de

Desire (p. 9— 10.) — 5° le lai de Naharet (Michel, Pelerinage de Charlemagne

ä Jerusalefn, 1836, p. 90) qui n'est que la mise en vers d'une mince anecdote,

un court fabliau.

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