L.ART en Loire 9

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L.ART en Loire is an international culture and art expression magazine. Exploration Theme : Noise of Childhood.
With Marc-Antoine Mathieu and le LiFE, Ellie Ga and Le Grand Café, L., John Lauinger, Gaetan Sortet, Evelyne Charasse, Teklal Neguib, Caroline Stella, Class of Marie Anne, Robert Najlis, Alexander Merry, Gérard Artal, Frédéric Javelaud, Luke Turner and translation of Metamodernist Manifesto, Jacques Cauda, Kim Kessaris, Naoufel, Social Literature (Donnie Welch), Dominique Lancastre, Shia Labeouf / Nastja sade Ronkko / Luke Tuner & the students of Central Saint Martins, Diango Hernandez, Manuel Atreide, Laurent Platero, Kieran Wall, Khalid El Morabethi, Seb Doubinsky, Emmanuel Venet / Henri Aram Hairabedian / Stephane Sénégas.

L.ART

en LOIRE

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juin 2015

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juin 2015

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015

Portrait en capitaine de bateau - Teklal Neguib


Sommaire

L.ART (Loire Atlantique Art Recherches Travaux)

4 Marc-Antoine Mathieu au LiFE : De l’humain en bande dessinée

8 Ellie Ga au Grand Café : Entre formes et humanité

12 à hauteur d'enfant [L.]

Poesia

14 John Lauinger

20 Gaëtan Sortet

28 Evelyne Charasse

30 Thème d'exploration : Bruit d'enfance

32 Together [Teklal Neguib]

42 Talisman on Holiday [John Laungier]

44 Mes Parents amoureux allongés [Caroline Stella]

46 Quand je serai grand(e), je serai I [classe de Marie-Anne]

56 Mother and Child [Robert Najlis]

62 Quand je serai grand(e), je serai II [classe de Marie-Anne]

74 ALZ [Alexander Merry]

76 Bruits d'enfance [Gérard Artal]

78 Regards [Frédéric Javelaud]

#Meta

84 Manifeste métamoderniste [Luke Turner//trad. Teklal Neguib]

86 Follow my Heart [Teklal Neguib]

90 Digital Poetry Game [collectif]

Dialogue

94 Dialogue poétique [Teklal Neguib & L.]

Perspectives

100 The French Antillean Gaze: A novelist perspective [Dominique Lancastre]

#Carte Blanche

104 #INTRODUCTIONS [Teklal Neguib]

108 Diango Hernandez : Interview [Teklal Neguib]

Théâtre

112 Poussière(s) [Caroline Stella]

D'arbres et de pierres

118 Verticalities [Manuel Atreide]

132 Poésie printanière [Teklal Neguib]

134 Trois lieux [Gérard Artal]

138 Le jardin extraordinaire [Frédéric Javelaud]

Nouvellissima

150 Franchise et amertume [Laurent Platero]

Francophonia

154 Kieran Wall

160 Khalid El Morabethi

164 Seb Doubinsky

Découverte

166 Dans la bibliothèque [Teklal Neguib]

168 Artistes

170 Appel à travaux (nov. 2015) / Call for works (nov. 2015)

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 3


S.E.N.S. par Marc-Antoine Mathieu, au LiFE,

Photographies pages 4 à 7 : Teklal Neguib

par

teklal

néguib

4

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art


Marc-Antoine Mathieu au LiFE :

De l’humain en bande dessinée

en 1959, Marc-Antoine Mathieu, ancien élève des beaux-arts d’Angers,

expose son art de la BD au LiFE, dont il prend possession

pour une mise en abîme de l’humain.

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Non pas simplement exposition de planches issues

de son dernier ouvrage S.E.N.S., l’œuvre

présentée au Life en est en réalité une relecture,

une nouvelle proposition, davantage inspirée

par le livre, que représentation réelle de celuici.

En effet, l’exposition S.E.N.S. propose une immersion

complète et métaphysique du spectateur au sein même de

l’histoire, et fait de lui un personnage à part entière de la

BD mise, ici, en mouvement.

Animations, musique, explosion de noir et blanc, l’œuvre

toute entière, sous nos yeux, prend vie, et nous emporte

dans son monde étrange, où micro-vie et macro-vie 1

entrent en collision, pour créer de nouveaux espaces, qui

nous ramènent à notre condition esseulée et fragile d’êtres

humains.

Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Que représentent

nos vies ? Quelle valeur avons-nous ? Projetés dans ces BD

animées, nous sommes grande chose, réduite à peu, au fur

et à mesure de l’avancée des « courts métrages », jusqu’à

notre disparition totale.

L’exposition au final est une critique de l’auto-centrisme

humain, qui se croit si important, ne voit le monde qu’au

travers de son propre regard, et de sa supposée supériorité

d’être pensant, mais qui au final se révèle seul, destructeur,

abandonné, mais tout de même combattant. Mais pour

quoi donc ?

Car ce qui marque très profondément lorsque l’on visite

cette proposition artistique, c’est l’extrême solitude des

personnages, souvent uniques dans les plans, voire au sein

même des animations toutes entières, personnages écrasés

par le monde qui les entoure, et dont ils ont perdu tout

sens, toute notion.

Dans un monde de l’hyper connexion, tel que celui d’aujourd’hui,

où depuis notre salon nous pouvons entrer en

contact avec d’autres vivant à des milliers de kilomètres de

là, où nous pouvons passer des heures à converser en ligne,

et où au final, notre vie numérique devient de plus en plus

notre vie réelle, les humains que nous sommes se sentent

de plus en plus seuls.

Vieillards mourant seuls dans des appartements et

découverts moult années plus tard, femme seule que la

société juge et « mal-juge », avec in fine guère grandes

évolutions depuis le temps de Christine de Pisan 2 , misère

sexuelle 3 d’hommes cherchant contact sur le net et pratiquant

le « virtual sex », flambée du porno, devenu éducation

sexuelle des adolescents, enfants éduqués par la télévision

4 et internet, confrontés à une violence dépourvue de

tout sens, management tueur 5 des entreprises où l’être humain

n’est qu’une machine sans affect comme une autre,

magazines féminins 6 racontant des bonheurs et des vies

sexuelles trépidantes, mais où au final tout n’est qu’illusion,

le monde actuel ne serait-il que la négation de l’humain ?

Au fond, l’œuvre de Marc-Antoine Mathieu est un appel

à une prise de conscience de notre valeur humaine, de la

nécessité de nous sauvegarder, et de veiller sur nos semblables

et le monde, y compris naturel, qui nous entoure,

afin que contrairement à ses personnages, nous ne soyons

plus seuls.

S.E.N.S. est celà, un doigt pointé vers le retour à plus

d’humanité entre nous, un non-dit qui nous laisse libre de

nos choix, face à nos responsabilités.

Car oui, nous sommes encore aujourd’hui… mais seronsnous

toujours demain ?

1. Avec Luke Turner (artiste, membre du collectif Labeouf/Ronkko/Turner) et

David Gilmour (auteur pour VICE et London Real TV), nous avons, sur twitter,

entamé une conversation en anglais sur les notions de micro et macro,

partant de l’œuvre #INTRODUCTIONS du collectif créée en partenariat avec les

étudiants de Central Saint Martin (UK), pour arriver à l’œuvre S.E.N.S. de Marc-

Antoine Mathieu.

2. Christine de Pisan, une fois devenue veuve et chargée de famille, vit, le corps

de son mari à peine refroidi, l’arrivée de créanciers, qui ne l’étaient point en

réalité et d’autres déjà payés, se jetant sur elle, tels des rapaces affamés, aux

griffes acérées, ne voyant en la femme seule qu’une proie facile pour arnaque

en règle. En réaction, elle devint le premier écrivain féministe de France.

3. Misère-sexuelle.com par Stéphane rose Ed. La Musardine

4. La violence à la télévision sous la direction de Blandine Kriegel Editions Quadrige

PUF

5. Le culte de l’urgence : la société malade du temps de Nicole Aubert, Editions

champs.

6. La vie sexuelle des magazines : comment la presse manipule notre libido et celle

des ados par Anne Steiger, Editions Michalon

6

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art


Exposition

S.E.N.S. au LiFE

21 mai > 30 juin & 1 er sept. > 11 oct.

Mercredi > dimanche • 14h > 19h

1 er juillet > 31 août

Mardi > dimanche • 11h > 19h

Entrée libre

Base des sous-marins, Alvéole 14

Bd de la Légion d’Honneur

44600 Saint-Nazaire - France

Tél. : +33 (0)2 40 00 41 68

lelifesaintnazaire.wordpress.com

Pour en savoir plus

Livre

SENS par Marc-Antoine Mathieu

Editions DELCOURT

Ateliers pour les enfants

Ateliers en famille pour les 6-11 ans

Mercredis et samedis de juillet

et aout, et les 19 et 20 septembre,

15h > 19h

Enquête dans la ville : parcours

urbains pour les enfants tout autour

de la base sous-marine

Radôme

Conférences

Pascal Krajewski

Aux origines de S.E.N.S.

De l’art de la transposition :

quelles formes relient l’installation

du LiFE à l’album originel S.E.N.S. ?

Jeudi 8 octobre • 19h

Radôme - entrée libre

Marc-Antoine Mathieu

et Roland Lehoucq

Vitesse de la lumière, espace-temps...

quand la science s’invite dans la BD

Samedi 3 octobre • 10h30

Médiathèque

table ronde

Autour de Marc-Antoine Mathieu

La BD et l’édition

à l’heure du numérique

Samedi 3 octobre • 15h

(Médiathèque)

Exposition

3 ‘’ par Marc-Antoine Mathieu

22 sept. > 17 oct.

Médiathèque Etienne Caux

6 rue Auguste Baptiste Lechat

44600 Saint-Nazaire

Pour découvrir une autre

interprétation/expérience

de cette exposition

La Filature par Pascal Krajewski.

En consultation ici.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art 7


par

teklal

néguib

Ellie Ga au Grand Café :

Entre formes et humanité

Née en 1976, l’artiste new-yorkaise Ellie Ga prend possession

du Grand Café pour un voyage à travers les mythes et le temps,

dans le cadre de son exposition solo carré octogone cercle,

représentation symbolique du Phare d’Alexandrie,

sujet de sa présente étude.

Ellie Ga, Low Lies the Breakwater, 2013

Trois tirages photographiques couleur, 40 x 40 cm chaque

Photo : Marc Domage

8

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art


Vue de l’exposition Carré Octogone Cercle d’Ellie Ga

Le Grand Café, 2015

Photo: Marc Domage

La genèse de cette œuvre remonte en réalité à

quelques années plus tôt. En effet, partie en exploration

près du Pôle Nord, pour la collecte d’informations

et éléments en vue de la confection de

pièces artistiques, elle a accompagné une équipe

de chercheurs sur une goélette, le Tara, bateau qui s’est

retrouvé piégé plusieurs mois dans la banquise, et la nuit

polaire. Au dégel, la première lumière que les navigateurs

virent fut celle d’un phare.

Or, si le mot phare se dit en anglais Lighthouse, elle

s’est interrogée sur l’origine du mot en français et dans

les langues latines. Phare, pharos... Ainsi naquirent les

débuts d’une seconde aventure à la découverte du Phare

d’Alexandrie, situé sur l’île de Pharos.

Septième merveille du monde, le phare d’Alexandrie est

ici objet de présentations, représentations, fantasmes... De

la réalité au mythe, il ne s’appartient plus, il se fait reflet

de ce que l’humain fait de son patrimoine et de son passé.

Autrefois lumière pour les bateaux, il est aujourd’hui la lumière

qui guide les hommes vers eux-mêmes, peut-être…

Car de vestiges sous-marins interdits de photographies,

obligeant ainsi l’artiste à quelque illégalité, bouts de jambe,

mains qui construisent un puzzle, mais pas n’importe lequel,

l’humain reste par touche, telle une œuvre pointilliste,

un fil rouge ténu de l’ensemble de l’exposition.

Car au fond, c’est le regard de l’humain sur l’objet phare

dont il est ici question.

Que ce soit au travers de manuscrits du moyen-âge au

XVIII e siècle traduits en diverses langues, témoignant de

sa lente dégradation, faisant suite à des tremblements de

terre, ou contant sa disparition pure et simple, de photographies

de blocs épars, preuves vivantes de ce qu’il fut,

mais n’est irrémédiablement plus, d’une sculpture de riche

(The Grand replica), d’une sculpture de pauvre (Brass replica),

Ellie Ga nous propose un voyage sous forme de reportage

artistique aux propositions variées.

Si le titre de l’exposition correspond aux formes géométriques

traditionnellement utilisées pour décrire le phare, l’exposition

propose aussi une relecture de ses mêmes formes,

et de diverses autres. Ainsi, des mains assemblent des fragments

d’images, visant à reconstituer la forme du premier

puzzle recensé à ce jour, l‘Ostomachion, créé par Archimède.

Les œuvres présentées sont tout autant une exploration

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art 9


Ellie Ga, Shesepankh, 2013

Tirage photographique noir et blanc, 40 x 40 cm

© Ellie Ga & Bureau, New York

Ellie Ga, Projection Harbor, 2013

Tirage photographique noir et blanc, 40 x 40 cm

© Ellie Ga & Bureau, New York

Ellie Ga, The Grand Replica, 2013

Vue de l’exposition Carré Octogone Cercle, Le Grand Café, 2015

Photo : Marc Domage

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art


des formes géométriques qu’une façon de sonder l’âme

humaine, au travers de sa vision et création des mythes, et

ici du mythe du phare d’Alexandrie.

Mais en filigrane, Ellie Ga nous conte aussi indirectement

toute la tension entre un passé à protéger et à connaître,

pour mieux appréhender les hommes d’autrefois, tout en

assurant la protection et le développement des populations

d’aujourd’hui : un choc frontal entre humains d’hier,

et humains de maintenant. Car pour ses quêtes, enquêtes,

documentations, Ellie Ga a rencontré Jean-Yves Empereur

afin de réaliser ses plongées sous-marines. Fer de lance de

l’archéologie préventive, il fait ainsi parti de l’équipe qui a

procédé aux fouilles de la Nécropolis. Le magnifique film

Four Thousand Blocks, que je recommande en priorité, raconte

ces rencontres, qui content par elles-mêmes la création

du récit, réalisé à travers cette exposition par l’artiste.

Ainsi, Carré octogone cercle est un voyage auquel le

spectateur est invité à prendre part, devenant par son

propre regard, acteur de la création de la légende du phare

d’Alexandrie.

L’exposition est aussi une navigation entre réalité et imaginaire,

entre pierres et hommes, entre passé et présent.

Pour aller plus loin

Le film

Le Grand Café a réalisé un reportage

vidéo sur l’exposition, vous pouvez

le regarder ci-dessous.

Sinon, vous pouvez consulter le site

Vimeo du centre d’art.

La visite

27 juin > 30 août

Tous les jours sauf lundis • 11h > 19h

Entrée libre

Le grand Café

Centre d ‘art contemporain

Place des Quatre z’Horloges

44600 Saint-Nazaire - France

Tél. : +33 (0)2 44 73 44 00

www.grandcafe-saintnazaire.fr

grand_cafe@mairie-saintnazaire.fr

Une navigation qui nous conte un mythe, celui du Phare

d’Alexandrie et des hommes que nous sommes.

Ellie Ga Carré Octogone Cercle,

vidéo de l’exposition, réalisée par Sylvain Huet

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art 11


L.

à hauteur

d'enfant

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art


Chemin

Gambettes selfie

M. Hulot

Mon ombre

Portrait de Maman

Nuages

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - l.art 13


John

Lauinger

Of you

I’m remembering, for I have no recourse left,

first lying with you,

and now grasping for a thought

that could never compare

to the nestled feelings

of where we’d repair

of being free in pleasure

of staring at the slightest cracks

of light emitted by your fortress-gate shades

of feeling your measure

of your warmth lightsout

of your hidden and my raids

of your black petals

of down for me

of where we were or

of where we could be

of your whisperings and

of your coo and

of you

I love,

of you

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA


“A White One”

I’m alone with myself

and my tepid tears;

these eyes once

burned white-hot

through blackest years

seeing nothing in all glimpses

of abundance, skewing,

rotten of glance

cry me not,

your soul’s hiding

on my mind’s forgotten shelf,

unsettling in its riding

of my undusted wants

and my (boxed) love’s growling

in far-off moments of unbridled

crazy

pain

felt across

silence

blinded and blindingly

corrosive

but trumped by haunted

deafening bottom, out

where I lay and heavenly

will myself to stay

Find me there

and come with a bow tied in your hair.

A white one.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA 15


Baby Girl

Late have I missed

you

when we’d talk

cold summer

come to me

backsided seen

you know I saw

texting on beachside trails

even on a bike I’d mind-draw

of dreaming you were rolling

and you were with me

I couldn’t stop

I couldn’t stop

feeling you

I really needed you

hold me on

tightest

these were my brightest

sunny days

and there were dunes

where we’d low

you and I untold

but mostly we ran pleasure-shoring

my love you were so bold

my time for you foretold

and the way I did gleam

of you and of our typing

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA


you me and my ellipses

cold summer

and the rain was early twilights

and housebound were we

damp

and there I typed

and dreamed of you for to please

for the light will return

you see it unseen

surely you must

for you see in me I burn

all before you is never lost

but in blitz-typing I trust

you in your so many sands

swept away as one drifting

in the up-picking winds

over stilted haunted lands

you swirl

yet in time

red-oranged of a deep horizon

the sun

reappears

and I say

baby girl

where’ve you been

all these years?

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA 17


“Picking Ramps”

do you remember

staring at the rotted stump

grown like a worm

with its guts twisted?

dampness was dripping

off the maples

unfurling their silver

and shining

in the gold-splitting sunrise

you snapped off

the stump’s

last withered branch

for a walking stick

and with our hopeful

eyes we watched each other’s

footing on the trail

running alongside the old road

we talked of rooting

ourselves in that Rockland County

farmhouse

with the artist’s studio

and the rusted Franklin stove

in the bedroom that made our

foreheads hot as furnaces

and scented our loins

in woodsmoke

remember, love?

and how as we hiked farther

into the vale

we giddily gave voice

to our dreams

and said if we

were to grow to be uprooted

we’d want to be

18

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA


like that twisty-trunked maple

and be rent

by a yawning chasm

and one day succumb

to gravity at the slightest

nudge from the weight

of the morning dew ...

and fall with an infinite howl

crashing over the rutted road

and the stream-trickling ditch

and tumble sapling-snapping

down to the tips

of the toes

of that foothill

remember, love?

and how years later

the moist little pockets

of rock-knotted earth

among our sunbleached

branches would give rise

to ramps every spring

as sure as if ‘twere a garden

and how lovers could rest on a blanket

and listen to birdsong

in the middle of their May

like we did on that day

and sweep away

the dead leaves

and sift through the fertile

black pellets of topsoil

and pick all but the yellowest ramps

filling a crude basket fashioned

from our bark

and make a hearty soup to share

by the fire after dark?

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA 19


gaëtan

sortet

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA


Au nom du chaland

Voltaire, malgré son nom, parle beaucoup et est très honnête.

Très candide et ingénu, il se plaît à dire le monde comme il va.

René Barjavel, malgré son nom, n'est pas un poisson ni une solution liquide oxydante.

Voyageur imprudent, le diable l'emporte sur les chemins de Katmandou.

Jean Cocteau, malgré son nom, n'est pas un gallinacé et aime se lever tard.

Enfant terrible, il fait le grand écart entre le livre blanc et Thomas l'imposteur.

Ce qui lui vaut un sacré Potomak.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA 21


Au nom de Dieu

André Breton, malgré son nom, est né à Tinchebray dans l'Orne en Normandie.

Il cultive l'amour fou et ses champs magnétiques avec Nadja et prend,

de temps en temps, la clé des champs.

René Char, malgré son nom, n'est pas un véhicule blindé à chenilles.

Avec fureur et mystère et armé d'un marteau sans maître,

il fait l'éloge d'une soupçonnée pour une parole en archipel.

Achille Chavée, malgré son nom, n'est ni une cale

ni un mammifère carnivore félin de taille moyenne au museau court et arrondi.

Il est éléphant blanc qui boit à pierre fendre les décoctions de neige rouge

pour cause déterminée.

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA


Au nom de la Panthère rose

Pierre Corneille, malgré son nom, n'est pas un oiseau passereau

de couleur noire voisin du corbeau et il ne bâille pas la tête en l'air.

Et pour la veuve Clitandre, pour Horace ou pour Oedipe, c'est l'innocence persécutée...

Que dis-je... C'est la mort de Pompée.

René Descartes, malgré son nom, n'est pas de crédit ni d'identité.

Et rechercher la vérité par les lumières naturelles

conduit inexorablement la passion de l'âme aux météores.

Qui dit géométrie dit méthode. Qui dit méthode dit discours.

Et qui dit discours règle la direction de l'esprit.

Jean Racine, malgré son nom, n'est pas une partie souterraine d’un végétal

qui lui permet de puiser dans le sol les éléments nécessaires à sa nutrition.

Et Alexandre le Grand aime Bérénice qui aime Mithridate

qui aime Iphigénie qui aime Britannicus qui aime Esther.

Qui aime me suive.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA 23


Au nom de l'aloi

Amin Maalouf, malgré son nom, n'est pas le contraire du bien

et le verlan ne l'a pas rendu fou.

Son ami Léon l'Africain s'est perdu dans les jardins de lumière

et complètement désorienté après le périple de Baldassare,

il s'est endormi au pied du rocher de Tanios.

Éliette Abécassis, malgré son nom, n'est pas fille de moine supérieur

et ne rentre pas dans la composition du kir.

Tu es répudiée Sépharade...

Te voici permise à tout homme.

Mon père, celui de la dernière tribu, a lu le livre des passeurs

et le palimpseste d'Archimède, il est le messager.

Marek Halter, malgré son nom, n'est pas une masse pesante

dont on se sert pour développer sa force musculaire.

Je me suis réveillé en colère. Un homme. Un cri.

Le Fou et les rois attendent le Messie. J'attends Bethsabée.

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA


Au nom élucidé

Guillaume Apollinaire, malgré son nom, n'est ni vulgaire ni rêche ni de la guerre.

Le guetteur mélancolique a 11 000 verges et Lou tombe dans les alcools.

Je ne suis plus que l'ombre de mon amour pour Mirely, le petit trou pas cher.

Stéphane Mallarmé, malgré son nom, est bien gréé.

Hérodiade et les dieux antiques ont le don du poème et la brise marine par l'après-midi d'un faune,

c'est comme un coup de dés qui n'abolira jamais le hasard.

Jacques Roubaud, malgré son nom, est blond cendré et n'a qu'un seul bail.

La dernière balle perdue est pour le chevalier silence

et La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains.

Nous, les moins-que-rien, fils ainés de personne attendons la belle Hortense.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA 25


Au nom du pair

Joë Bousquet, malgré son nom, n'est pas un assemblage de fleurs coupées

et serrées les unes contre les autres à qui on aurait ajouté un «s» malencontreux.

Le meneur de lune traduit du silence.

Benjamin Péret, malgré son nom, n'est pas le fils de Pierre

et n'aime pas les jolies colonies de vacances. Je ne mange pas de ce pain-là et dormir,

dormir dans les pierres. Un point, c'est tout.

Raymond Queneau, malgré son nom, n'est pas le mâle assorti de la quenelle de Lyon.

Zazie court les rues. Zazie bat la campagne. Zazie fend les flots.

Non ! Zazie est dans le métro.

C'est un exercice de style mais le chien à la mandoline,

lui, a une gueule de pierre et l'instant est fatal.

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA


Au nom de l'art rose

Jacques Brel, malgré son nom, n’est ni un bon à rien,

ni un assemblement de morceaux de bois en radeau, ni...

Pour les Belges... Car Jacques Brel était belge... De la ciboulette.

Les Flamandes vont à Vesoul. J’arrive à Amsterdam.

Et les bonbons sentent ces gens-là et le plat pays.

C’est la quête, fieu.

Georges Brassens, malgré son nom, n’est pas une partie du membre supérieur de l’homme

qui va de l’épaule au coude ni la signification, le contenu conceptuel d’une expression.

Le gorille a mauvaise réputation car amoureux des bancs publics,

il chante pour l’Auvergnat et pense à Fernande.

Les copains d’abord, oui...

Mais seulement auprès de mon arbre.

Léo Ferré, malgré son nom, n’est pas garni de fer sous ses sabots...

D’ailleurs... Il n’a pas de sabots. C’est extra, les amants de Paris sont à Paname.

Je suis un chien qui n’a ni dieu ni maître.

Et ma solitude, c’est la jolie môme.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA 27


evelyne

charasse

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA


La nuit

Le cœur éclate

En

Mille morceaux

De rêves

J’irai

Au bout

De la nuit

Trouver

L’instant

Qui ouvre

Le jour

Je t’ai vu

Ruisselant

De lumière

Juste

Appuyé

Sur ton

Ombre

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - POESIA 29


30

Le pêcheur du rez-de-jardin - Teklal Neguib

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance


dossier

d'exploration

bruit

d'enfance

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance 31


Fantaisie

Teklal

neguib

together

Together est un extrait de la série photos

Who am i ? par Teklal Neguib.

Les modèles sont ici Teklal Neguib et L.

32

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance


Repos sur l’ épaule de Maman

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance 33


Tirage de langue

34

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance


Les oreilles de lapin

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Moussaillon Fiston et Amiral Maman

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Le baiser de Maman

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Victoire

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Tête à tête

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Le baiser de Fiston

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Ensemble

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john

lauinger

Talisman on Holiday

Are you awake? It’s 7:30 here

And I just opened my window

Letting the town square breathe

Into my room while I exhale

Onto burgher blocks that sing to me.

Here church bells are ringing

And daily life is resuming

With the bustle of bicycles, buses,

Commuters and the common good

All the motion back-and-forthing

Over the cobblestones of aging:

Time satisfies my soul,

Tenderly rocking.

These towns suffer from terminal

Charm, my father says in his too-true

Way for at the end of every winding

Day there is history in colorful

Bursts of unforgotten; and we

Are chosen by our love for the visual

Record of intense wonderful

Reckoning to Canon-capture the

Heraldry hidden in medieval facades

And the crests and craftsmanship of yore;

And we are privileged when hunger

Growls to sit in cafes and experience

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Tales of artisans’ ancestors over pints

And potatoes and all the bounties

Of the enveloping green hollows.

This time with my parents has been special,

Like the narrow, un-patterned blocks

And the nooks nestled at ends

Of lanes that we have found together

And documented as we embraced

In the discovery of happiness’ triumvirate:

We rule our destiny!

O! I love my two related wholes

That make me singular and especially

Sensitive with an active sense

Of awareness – and with my

Searching soul heightened I ponder

Sundowns glimpsed and how the sun

Will one day take them from me:

I’ll be shadowed.

In our country-siding sweep I pause

At the sight of the rare right angle

In the divine construction and think:

I am grateful for my mother’s grace

And fearless ease and desire to

Commune with all from any country:

She’s as wild as the wolf.

I am grateful for my father’s powers

Of perception, his perspective,

His nudges always directing me

Toward striving, bliss and finding

The subject’s countenance:

He never misses a shot.

And mother and I love his humor

At the sound of seeming disaster

And how it steadies us on lower reaches,

Even if the getting there takes time:

I have love and time to give it.

Today could be our last

Or a fascination with togetherness

Or a hope for timelessness

But I am looking forward to always,

To home and to the sharing of our past,

Ever anon.

..

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Caroline

Stella

MES PA R ENTS

AMOUREUX ALLONGéS

Eux,

-Dans mon souvenir je tourne autouramoureux,

allongés, sur une couverture orange qui gratte.

Je m’éloigne un peu, d’un mètre ou deux, montre que je veux aller là-bas, dans le bois. « Va.

Nous restons là mon enfant, tu ne crains rien – Toute seule ? – Oui tu peux, on te regarde, va ».

Je tourne la tête.

Profonde, dense, la forêt comme un ventre, prête à m’engloutir : « Cap pas cap ».

Je tourne la tête.

Les parents : « va.va ». Je les suspecte de vouloir m’abandonner, de vouloir retrouver la tranquillité

d’avant moi. A me perdre un peu, je leur ferai des vacances, je crois. Je ne bronche pas, je

les toise, bouche bée. « Va on te dit va, on t’attend là ». Ils me sourient et me saluent. Papa de la

main gauche, du côté de la chaussure au rond rouge, Maman de la droite, du côté de la chaussure

au rond vert. Ou l’inverse.

Je tourne la tête.

Ronde aussi, la futaie. Elle feint l’accueil, afin de mieux me happer. Je me méfie. Je ne suis pas

un lapin de trois semaines. Des histoires d’arbres enchantés et tutti quanti on m’en a déjà contées.

Quand même j’avance d’un pas. Je tâte la terre plus molle. Ma pointe s’enlise un peu, elle me

laisse prendre mes marques en elle, la forêt. Je suis ferrée, je me baisse pour toucher, ramasse

quelques brindilles, sent la terre entre mes doigts. Et ça sent bon, ça ouvre l’appétit, je pénètre

un peu plus.

Tout me berce. Tout semble prendre soin de moi. Déjà il fait moins chaud. Quelque chose d’idéal.

Je ferme les yeux, je n’ai plus aucune raison d’avoir peur. On me veut du bien. On me baigne de

frais et de silence. On me parle au creux de l’oreille la langue des feuilles, lascive et envoutante. Le

temps s’est arrêté sur mes petits sept ans- toujours j’aurai sept ans, les yeux clos en forêt.

Je baisse la tête.

Au sol, des petits cailloux blancs que je fais rouler entre mes doigts. On joue. Moi qui m’ennuyais

tant dans la clairière. Ils chatouillent le derme et s’entrechoquent. Imitent le bruit des billes dans

la cour de l’école. Au jeu du pot, au jeu du rond, au jeu de la catapulte. Tout le temps j’en perds,

des billes. C’est l’occasion de se refaire. Des rien qu’à moi, éparpillées dans le bois. Je ne veux

que les très blanches, celles qui brillent, presque phosphorescentes. Je m’organise : commencer

par remplir les poches. J’ai déjà deux trois bonnes idées pour la suite : mes chaussettes, je peux

retourner le bas du sweat aussi.

Je tourne la tête.

Les parents, fragmentés par les branches. Ils ne se bécotent pas. Regardent dans ma direction.

Leurs traits sont flous mais ils sont là. Je suis rassurée.

Je tourne la tête.

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Je m’enfonce, toute entière à ma mission. Un là, un autre là. Un pour lequel il me faudra faire un

effort, difficile à saisir le trésor. Il est le mignon d’un rayon de soleil, vivant de lumière, insaisissable

derrière les barrières de racines d’un arbre immense. Il me le faut. Il me le faut. Il me le faut. Je

tire sur mon bras, coincé entre le sol et la racine au niveau de l’épaule. Mes doigts ne suffisent pas,

j’emprunte un bout de bois pour me prolonger. Il me le faut. Mais maladresse. Plutôt que de venir

à moi le caillou s’éloigne un peu plus. Il se fait plus discret aussi, échappé de son rayon de soleil. Il

me défie, d’un coup. Il me le faut. Tout droit c’est pas possible. Trop périlleux. J’ai pas les bonnes

chaussures. Des bensimon en plastique à élastique, c’est pas homologué dans les forêts. Je contourne

le tronc, brave les arbustes, me déchire les coudes. Ca saigne. Je lècherai plus tard, là je n’ai

pas le temps. Je lève les bras et avance le buste. Une ronce me chope et les autres m’enchaînent.

Je me démène et je me piège. Con de con de merde de caillou. Je me calme, respire, essaie de

décrocher la ronce numéro un de façon méthodique, je m’en colle une autre à l’aine, ça fait mal,

je pleure et je m’obstine. Quand j’arrive à franchir la garde des échardes, plus de caillou bien sûr.

Perdu de vu. Moins de lumière encore. Tout ça pour ça. Et le chemin retour dans la barrière de

ronce. Non, je contourne, je détourne, je m’enfonce et me perd.

Je tourne la tête.

Je tourne la tête.

Je tourne la tête.

Je tourne la tête.

Nulle part les parents. Nulle part la clairière. Je crie de ma voix de fillette- J’entends qu’ils crient

aussi, de flous et lointains « tu es où ». Quelque part entre une feuille et un con de caillou. Et je

pars en courant dans un sens au hasard. Les arbres n’ont rien à faire pour se rendre effrayants. Ils

sont un labyrinthe vertigineux. Une horde immobile, des bouffeurs de lumière et vous terrassent

à l’usure. Ils vous laissent vous débattre, vous affoler et vous écrouler.

Je m’écroule à quoi bon.

Je re-crie.

Je repars.

Les oiseaux ne m’avertissent pas comme on croit dans les contes, ils ne me guident pas, saletés

d’oiseaux, ils me tordent la route, m’empêchent, se glissent en ombres noires sous ma course

folle, saletés de saletés ; et le bruit dans les branches, le chant des nocturnes qui s’installe dans

le silence. « Quel silence aha, où t’as vu du silence ? C’était pour mieux t’envouter mon enfant ».

Tout n’est que bruissements, craquements, froissements, grincements, grognements, un tout

petit boucan qui te flingue. Tout petit. Tout petit. Tout petit. Tu n’as plus de papa ; Tu n’as plus de

maman. Tu as trente-sept ans- Tu n’as plus que toi. Le temps s’est arrêté sur mes petits sept anstoujours

j’aurai sept ans, les yeux clos en forêt.

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Classe

de

Maire-Anne

q u a n d

j e s e r a i

gr and/e,

je serai

1 re partie

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Quand je serai grande, je travaillerai avec les dauphins - Tamara

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Quand je serai grand, je serai créateur de jeu vidéo - Manolo

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Quand je serai grand, je serai vétérinaire - Thomas

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Quand je serai grande, je serai coiffeuse - Marguerite

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Quand je serai grande, je serai boulangère - Zoé

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Quand je serai grand, je serai cuisinier - Victor

52

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Quand je serai grande, je travaillerai dans un zoo - Lily

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Quand je serai grande, je serai parachutiste - Ambre

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance


Quand je serai grand, je serai pilote de chasse - L.

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Mother and Child: creation - 51x35.5 cm oil

robert

najlis

mother

& child

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Mother and Child: womb - 51x38.5 cm oil

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Mother and Child: reaching - 51x35.5 cm oil

58

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance


Mother and Child: garden - 51x35.5 cm oil

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance 59


Mother and Child: gestation - 51x35.5 cm oil

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Mother and Child: memories - 51x35.5 cm oil

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Classe

de

Maire-Anne

q u a n d

j e s e r a i

grand/e...

je serai

2 e partie

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Quand je serai grande, je serai medecin - Juliette

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Quand je serai grande, je construirai des bateaux - Romane

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Quand je serai grand, je serai agent secret - Léo

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Quand je serai grande, je serai maitresse - Capucine

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Quand je serai grand, je serai veterinaire - Elouan

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Quand je serai grand, je voudrai être acteur - Mathéo

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Quand je serai grand, je voudrai etre polis - Alessandro

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Quand je serai grand, je serai vétérinaire - Joshua

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Quand je serai grand, je serai photographe - Lilo

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Quand je serai grand, je serai cheminot - Evan

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La classe de CP de Maire-Anne

a participé cette année à L.ART en Loire.

Les enfants ont réfléchi à ce qu’est

être un enfant, et ce qu’ils voudraient être

quand ils seraient grands.

Ils ont ensuite tous choisis de dessiner

le métier qu’ils souhaiteraient

effectuer plus tard.

L'intitulé des œuvres a été repris tel qu'écrit

par les enfants eux-mêmes.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance 73


Alexander

Merry

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ALZ-2015

The Woman is clutching the receiver, a comfortable home around her,

Her Husband desperately needs the caller, “We must talk”,

The voice of a long-dead brother radiates warm noise in the stadium of his cranium,

The scoreboard flickering erratically,

Memories of evenings past probe at his synapses,

The old man fuelled by his abandonment in the frosty hinterland,

“Why did you leave me here penniless ?”.

Years had passed since they saw it,

Confused sentences, syncopated reminiscences,

Sunday lunches brought growing hunches,

Uncomfortable glances between siblings,

Beef carved, red wine, peculiar outpourings,

Silent drives home, broken by dismay.

In time, acknowledgement,

Smiles covering the face over hearts where emotions race,

Grandfather clocks tick sleepily in warm clinics,

Remembering keys, apples, pens,

Over and over again.

The others arrived, unseen by all,

The figure in the kitchen, lurking behind her,

His purpose nefarious, presence dubious,

A maid, the young sweetheart of golden stolen moments,

Identity now cast upon the breeze,

The Man’s wandering, curtailed by kindness.

Son telephones Mother one grim night,

Father demanding the phone,

“Why did you leave me here penniless ?”,

The Son, stunned, stands alone,

Screaming silently at the ghost in all of us.

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gérard

artal

Bruits

d'enfance

Les bruits d'enfants sont dépendants des jeux et de joie, et bien souvent, cris et

hurlements dans les cours de récréation, jardins publics ou tous lieux de plein air qui

sembleraient excéder de plus en plus certains, comme tout humain, issus de la petite

enfance, aujourd'hui devenus adultes et reclus du silence. C'est à penser que bientôt il

sera recommandé de ne plus sortir nos jeunes citoyens en promenade, voire ne plus

mettre au monde ces bruyants garnements, les futurs payeurs de nos retraites, tout simplement,

parce qu'ils sont agités. Il est bon de savoir que les bruits d'enfants sont humainement considérés

comme des bruits de vie. Soit, il va de soi à ne pas abuser de leur vivacité et de laisser jouer sa

progéniture jusqu'à des trois heures du matin par les étages de nos immeubles et les appartements

superposés des infortunés plaignants.

Mais dans les espaces publics, la bruyante agitation des enfants devant être protégée car elle

est indispensable en tant que lieu important d'apprentissage et de développement autant physique

que pédagogique des approches de la vie en société et qu'aucune plainte ne saurait être

recevable contre nos génitures dans leur rôle d'enjoués gamins, comme c'est déjà le cas en Allemagne.

Bien souvent, les plaignants contre cette jeunesse généreuse et bien en vie, ne sauraient

être infortunés mais plutôt de tristes acariâtres dans le faire croire que le jardin public se

trouverait accolé aux oreilles des dits contestants, lesquels plaideurs voudraient savoir ces jardins

délaissés à l'avantage de leur repos de

pensionnaires mensualisés. Bien au contraire, réclamons à nos élus plus d'espaces aux horizons

plus sains, et d'air et de compréhension. Nos jeunes ont ce besoin de s'époumoner malgré les contraintes

de fréquences malsaines, de pollution, de souches perverses et troubles mal contrôlés,

aux dépends de ces enfants en proie à la ville. Leur condition humaine dans la cité, il faut y penser

et pourquoi ne pas la revoir. J'observe les nids qui refusent les oiseaux qui pépient.

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dossier d'exploration : Bruit d'enfance


Le jardin délaissé

Du vieux jardin d'enfants le chant des oisillons

Bien loin des carrousels de l'éteinte jouvence

Éloignés les démons et la jeune éloquence

C'est l'oiseau qui pépie, dépourvu des nistons

Sainte acerbe s'irrite où tout est mis en cage

Le fruit qu'on exila et le cygne d'un plan

La veine d'autrefois la pierre n'est plus banc

Le laurier incliné à son désavantage.

L'effigie de Verlaine et Rimbaud mis à mort

La fontaine asséchée et ses assises veuves

De silence enlacées les troublantes épreuves

Où tout est délabré, qui fait profit du sort ?

Perdition diabolique au gibet de ce monde

L'humain s'est consacré dégrader l'avenir

Au parc ma nostalgie la fleur ne plus cueillir

Ses reflets du passé la pensée vagabonde

L'intégral disparu, la nurse et ses moutards

Eux dépendants des jeux je veux chanter le livre

Et ranimer le lieu, bruits d'enfance poursuivre

Où ces voix excitées feront de beaux gaillards

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Jonah / Eric

frédéric

javelaud

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Margot / Manon

regards

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Eric

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Capucine (photo Cyriac - réglages FJ)

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luke

turner

traduction

teklal neguib

Manifeste

Metamoderniste

Notes introductives

Le manifeste métamoderniste est la traduction par Teklal Neguib, du

Metamodernist Manifesto écrit par Luke Tuner, en 2011. Vous pouvez

retrouver la version originale du texte sur le site, qui y est dédié.

Luke Turner a apporté cette précision à son manifeste : ce manifeste est une

mise en application de la notion de métamodernisme décrite par Timotheus

Vermeulen et Robin van den Akker, dans Notes sur le métamodernisme /

Notes on metamodernism, Journal of Aesthetics & Culture, Vol. 2, 2010.

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta


- 1 -

Nous reconnaissons l’oscillation comme étant

l’ordre naturel du monde.

- 2 -

Nous devons nous libérer nous-mêmes de l’inertie

née d’un siècle de naïveté moderniste et de

l’insincérité cynique de son antinomique enfant

bâtard.

- 3 -

Le mouvement devra dorénavant être capable

d’osciller entre des positions aux idées opposées

et agissant comme des polarités pulsatoires

d’une colossale machine électrique, propulsant le

monde dans l’action.

- 4 -

Nous reconnaissons les limites inhérentes à

chaque mouvement et expérience, ainsi que la

futilité de toute tentative de transcender, à cet

égard, le jeu des limites. L’incomplétude essentielle

d’un système devra nécessiter une adhésion,

non pas dans le but d’atteindre une fin donnée,

ou être l’esclave de ses évolutions, mais pour plus

précisément entrevoir par procuration quelque

extériorité cachée. L’existence est enrichie si nous

envisageons notre travail comme si ces limites

devaient être dépassées, afin qu’une telle action

se dévoile au monde.

- 5 -

Toutes les choses sont aspirées à l’intérieur d’un

toboggan irréversible, vers un maximum de dissemblance

chaotique. La création artistique

dépend des prémices ou de la révélation de la différence,

en cette circonstance. L’affect à son zénith

est l’expérience sans intermédiaire de la différence.

Cela doit être le rôle de l’art que d’explorer

la promesse de sa propre ambition paradoxale en

amadouant l’excès par la présence.

- 6 -

Le présent est le symptôme de la naissance

jumelle de l’immédiateté et de l’obsolescence.

Aujourd’hui, nous sommes nostalgiques tout autant

que nous sommes futuristes. Les nouvelles

technologies rendent possibles l’expérience et la

représentation simultanées des évènements depuis

une multitude de positions. Loin de signaler

son trépas, les réseaux émergents facilitent la démocratisation

de l’Histoire, éclairant des chemins

bifurquant, le long desquels ses grandes narrations

peuvent se frayer un chemin à travers l’ici et

le maintenant.

- 7 -

Tout comme la science lutte en faveur de l’élégance

poétique, les artistes doivent s’engager dans une

quête pour la vérité. Toute information est terreau

de connaissance, qu’elle soit empirique ou aphoristique,

peu importe sa valeur-vérité. Nous devrions

adopter la synthèse scientifique-poétique et

la naïveté éclairée d’un réalisme magique. L’erreur

engendre le sens.

- 8 -

Nous proposons un romantisme pragmatique

non entravé par un ancrage idéologique. Par conséquent,

le métamodernisme devrait être défini

comme la condition mouvante entre et au-delà

de l’ironie et de la sincérité, de la naïveté et de

la connaissance, du relativisme et de la vérité, de

l’optimisme et du doute, à la recherche d’une pluralité

d’horizons disparates et insaisissables. Nous

devons nous mettre en mouvement et osciller !

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta 85


Teklal

Neguib

#Followmyheart

Entre cœur et émotions

Au mois de mars 2015, le collectif d’artistes Labeouf/Ronkko/Turner

a été invité, par le magazine anglais Dazed à créer une œuvre,

dans le cadre du Festival South by Southwest (SXSW) d’Austin

(Texas, Etats-Unis). Leur création prit le doux nom de #followmyheart

(ce qui signifie Suit mon cœur), une belle promesse…

86

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta


Faisant appel à pplkpr, une application mettant en scène

les battements de cœur, les artistes ont décidé de faire

porter à Shia Labeouf, un moniteur lui permettant d’enregistrer

les siens, d’espionner ainsi les tréfonds de son

cœur et de les partager à la vue de tous sur internet,

pendant six jours du treize au dix-neuf mars.

Cet appel du cœur, quotidien, était semé de-ci de-là sur twitter

par les spectateurs tant sur place, que les autres, profitant de

la performance en ligne, tels les cailloux du Petit Poucet, et que

l’on suit vers un lieu inconnu. Voilà comment débuta l’aventure

#followmyheart... comme un étrange voyage au cœur de l’intime

d’un être.

Un peu étrange, vous ne trouvez pas, ce battement fugace d’un

cœur humain ? Une fois par jour, tous les jours j’y allais pour écouter

ce son, ce rythme, hypnotique et apaisant.

Un temps d’attente et de questionnements aussi...

Suivre un cœur, mais lequel ? Pourquoi ? Un cœur d’amour ?

Un cœur malade ? Un cœur pétri d’angoisses ? Un cœur qui vous

enveloppe ? Un cœur au cœur de quelque chose ? Mais de quoi ?

Quel sens ce cœur-là pouvait-il avoir ?

L’on ne sait, et puis soudain...

Soudain, un lieu, un clic, et un écran s’affiche. Les bruits réguliers

des battements d’un cœur qui bat, calme et serein, et que

l’on s’imagine dormir, ou que l’on suppose méditant… la paisibilité

et la sérénité d’un instant calme.

Le cœur lui-même, œuvre graphique de dégradés de rose et de

blanc sous forme de triangles, bouge et prend vie au rythme des

battements, une représentation symbolique de cet organe qui

nous est si cher. Quant au fond, il change lui-même de couleur,

passant du rose très foncé, au quasi blanc. Une métaphore de

l’humeur ?

Un décompte s’égrène, et en cliquant sur #followmyheart nous

pouvons prendre connaissance du rythme cardiaque de l’artiste,

s’amuser à le poster, voire ses évolutions, et s’interroger…

Car c’est un voyage sur tous les sens que nous donnons à ce

cœur qui est le nôtre, qui nous est indispensable, définit notre vie

comme notre mort. Pour un battement de cœur, tant de réminiscences...

Ce fut tout d’abord, l’emballement du cœur lorsque l’on ressent

cette douce sensation d’être amoureux, cette tendre flottaison

qui vous donne des ailes, et vous donne cette impression qu’au

fond vous êtes hors du monde, quand vous êtes avec l’être qui

vous émeut tant...

Diverses copies d’écran du site

// Various screenshots of website

www.follow-my-heart.net/

Site créé par les artistes Shia Labeouf,

Nastja Sade Ronkko, Luke Turner,

en partenariat avec le magazine anglais

Dazed pour le Festival SXSW.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta 87


De ces surprises que l’on se fait lorsque l’on aime, d’un repas

improvisé, d’un pique-nique dans les champs, d’une aventure au

gré des routes, là simplement avec son aimé(e). Tels des papillons

qui volent et virevoltent, légers, de cette légèreté d’une belle

émotion...

Mais c’est aussi le battement de son propre cœur que l’on entend,

enceinte, et qui résonne dans le gros ventre, et de cette

petite main qui vient se pelotonner dans la vôtre à travers la peau.

C’est le cœur du bébé que l’on entend battre, pendant le monitoring,

à l’hôpital. C’est le combat mené pour que ce cœur-là continue

à battre envers et contre tout, et surtout contre la Mort, cette

faucheuse, tueuse d’enfants dans le ventre de leur mère, qui prit

quelques mois plus tôt son jumeau. C’est le cœur de la Maman 1 qui

s’ouvre et s’emplit d’amour pour ses enfants, les vivants comme

les morts, parce que l’amour n’a pas de frontière, pas même celle

de la vie. C’est le cœur de ce même bébé devenu petit garçon de

six ans qui écrit des poèmes et se passionne d’avions...

C’est le cœur de la passion et de l’enthousiasme, qui vous fait

tout apprendre par cœur des techniques, des machins et des

bidules, que vous adorez. Du fonctionnement du moteur, à diverses

techniques de peinture, des week-ends passés à retaper

de vieilles bicoques brinquebalantes qu’à force d’amour et d’un

cœur convaincu vous transformerez en palace, à tout le moins

celui de votre cœur justement.

Mais le cœur, c’est aussi ce chagrin qui vous étreint, ces chagrins

d’amour, qui s’abattent sur vous, la perte, le deuil. C’est se

sentir orphelin de son propre organe, quand vous avez le sentiment

que celui-ci vous fait défaut.

Un défaut qui peut devenir crise, et se fait alerte. Alors il vous

rappelle sa fragilité, sa vulnérabilité, et les vôtres, vous simple être

humain. Et il vous murmure par tous ces vaisseaux qu’il irrigue :

« prends soin de moi... prend soin de toi... »

Il est ainsi le cœur, notre machine, notre moteur, qui comme

tout maintenant et comme nous-mêmes, se dématérialise et vit

désormais sur internet.

Le cœur du monde physique, le cœur du monde virtuel, et la vie

qui s’évapore, et s’enregistre…

88

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta


Émotions // Vie // Age digital

Un triptyque pour celui qui nous accompagne depuis la nuit des

temps, et sera auprès de nous pour longtemps encore, jusqu‘à

notre extinction, lui qui se fait machine et nous transforme en

cyborg.

Ainsi, j’apprécie ce voyage proposé par le collectif Labeouf /

Ronkko / Turner, un voyage au cœur du sens et de l’émotion,

qu’est notre cœur, et ici présentement celui de Shia Labeouf, le

cœur d’un homme, celui d’un être humain, sensible, fragile et vulnérable,

qui enregistré sur le net, se fait partage d’émotions.

Et j’aime tout particulièrement cette idée d’un cœur qui bat

comme une onde radio, enregistrée pour l’éternité sur internet 2 ,

archivée et passée en boucle, et qui peut-être se transforme, et

part dans l’infini de l’espace, comme un message envoyé par nous

à tous les autres êtres vivants de l’univers, et de tous les autres

mondes bien encore, même après notre disparition, et qui dirait :

Nous sommes humains,

Nous existions

Nous étions imparfaits,

Mais nous étions…

1. Concernant la perte périnatale ou post-natale d’enfants, je vous invite à lire cet article, que

j’ai écrit dans la revue Minorités (2013), sur ce sujet, qui reste si tabou : les enfants d’au-delà

2. Les artistes ont décidé de passer ad vitam aeternam l’enregistrement de ces six jours en

boucle sur le site, dédié à l’expérience artistique :

www.follow-my-heart.net/

Vous pouvez donc vous-même effectuer ce voyage, auquel je vous invite à participer.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta 89


collectif

digital poetry

game

Pour une meilleure lisibilité, vous pouvez lire les

oeuvres sur le site (page #Meta )

//For the best readability, you can read the various

creations on the website (page #Meta)

http://lartenloire.weebly.com/meta.html

Insomnia - Teklal Neguib

90

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta


Social Literature

Insomnia - Kim Kessaris

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta 91


Insomnie - Jacques Cauda

92

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta


John Lauinger

Insomnia - Naoufel

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #meta 93


teklal

neguib

conversation

L’enfant

A la pomme croquante

L’enfant se délecte

Du jus sucré

Du fruit

Emerveillement

A la précieuse recherche

Des bonnes mirabelles

L’enfant grimpe

Aux branches

Porteuses de délices

Gourmandise

Dans l’herbe coupée

Tourne, tourne

L’enfant en boule

Qui s’esclaffe

De tant de jeux

Rire

Sur un morceau de pain

La tendre confiture,

Sur du beurre, étalée

Emplit de joie

L’enfant affamé

Plaisirs

94

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dialogue


L.

poétique

Le sapin

Je tremble

Dans la forêt

Des aiguilles me piquent

L’automne

La mésange bleue

Aux traces rouges

S’envole dans le ciel gris

Et voit de la pluie

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dialogue 95


Lapinou’s song

Lapinou

Lapin mou

Une carotte

Trois petites crottes

Chat marron

Potiron

Chatte rose

Qui aime la prose

Nounours jaune

Mangeur de cerises bonnes

Quatre copains

Très coquins

Qui chantent et dansent

Et se remplissent la panse

Trois pas à gauche

On agite les poches

Trois pas à droite

On se roule dans la ouate

Trois pas en avant

On fête le nouvel an

Trois pas en arrière

On montre son derrière

On crie

On rit

On jouît

On vit

Quatre copains

Très coquins

Qui chantent et dansent

Et se remplissent la panse

96

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dialogue


Maman

Oh ma maman

Que je t’aime

A ton retour

Que je t’aime

Maman II

Maman d’été

Elle est si jolie

Comme une fleur bleue

Et son cœur rouge, orange et jaune

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dialogue 97


Le rituel

En des draps frais,

Le rituel prend place

L’enfant vite se couche,

A pas rapides et légers

L’eau n’est point de glace

Pour ce garçonnet sous la douche

Sa mère l’a frictionné et séché

D’une serviette bien chaude

Allongé dans le lit,

Il réclame sa mère,

Qui le rejoint avec envie

Alors elle lui chante une belle ôde

Oh toi, Nature, Reine-Terre,

Conte nous mondes et merveilles

Champs de fleurs

Et palettes de couleurs

Butinées de petites abeilles

L’enfant de toutes ces historiettes

S’endort rêvant de mouettes

S’envolant au loin dans le ciel

Au couchant du soleil

98

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dialogue


Cette chanson est une co-création réalisée

par Teklal Neguib avec L. quand il était petit

(20 mois). Il donnait les mots et Teklal Neguib

les montait en chansons et poèmes.

On est de gros bavards est l’une de ces

co-créations. Cette œuvre est une chanson

pour petit enfant à chanter avec lui.

Petite étoile

On est

de gros bavards

Petite étoile

Pourquoi est-ce que

Tu ne brilles plus ?

Les étoiles

Blablablabla

On est de gros bavard

Dans cette famille

On est de gros bavards

On parle tout le temps

On raconte n’importe quoi

Blablablabla

On est de gros bavards

Oh ! Oh ! Mon Dieu !

On casse les oreilles d’papa

Il entend plus rien

Et nous on est content

Blablablabla

On est de gros bavards

Les étoiles dans le ciel

Te disent

Belle, belle,

Je t’aime

L’enfant, Lapinou’s song et Le rituel

sont les œuvres de Teklal Neguib.

Le sapin, L’automne, Maman, Maman II,

Petite étoile, Les étoiles sont les œuvres de L.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - dialogue 99


dominique

lancastre

T h e F r e n c h

Antillean Gaze:

A n o v e l i s t

perspective

100

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - Perspectives


Hello,

First I want to thank you for your presence at this lecture.

I will try during the 20/30 mn I have been granted here to

immerse you into what I called the West Indian gaze.

First of all why choose such a topic and with what objective?

For those who don’t know me I will introduce myself.

My name is Dominique Lancastre, from the French Caribbean

island of Guadeloupe, and I live in both London and

Paris. I have also been a Flight attendant for British Airways

for 16 years so I have travelled all over the world. It

would be more accurate to say that I divide the world into

squares on a map. Hopping from one square to another

on that map I started observing, probably out of curiosity,

human behavior, while trying to find similarities and also

cultural differences that make this planet so beautiful, a

world that is unique. For even as we sleep, get up, eat and

attend to our business, we obviously don’t do things the

same way depending on where we live in the world. The

Creole world therefore has its own distinctive features and

it is those features that got me interested in the way we

view ourselves (the Creole world) in relation to the outside

world, while trying to understand the Creole man’s position

in today’s world.

Gaze

What is a gaze? Let’s try and focus on various definitions to

end with the gaze I’m interested in: The French Antillean/

French West Indian gaze.

This gaze, according to my research, designates the

movement or direction of the eyes towards an object, and

metaphorically, the intellectual capacity of an individual

to apprehend a situation. The gaze is a communication

medium between individuals including among numerous

animal species. I am not going to enter this field but we

could mention gorillas. In the academic field the concept of

gaze refers to the manner in which an individual or group

of individuals perceives and represents their environment

and in particular themselves and other individuals. Many

of these theories insist on the way in which the attitude of

the “gazer” or even the mere fact of being submitted to the

look, may modify the “gazed upon”. I will therefore return

to these definitions a bit later.

In the social sphere, the concept of gaze plays an important

role for some theories that interpret it as a power

game between social groups. So according to some feminists,

the way men gaze at women directly influences the

way women perceive themselves. In Une Femme Chambardée

I portray a Guadeloupean society through the eyes and

perspective of Helena, an atypical and a bit chatty character.

A philosophical tale according to Jacqueline Couti, professor

and researcher at the University of Kentucky. This

atypical character of Helena fits perfectly with the topic

of this lecture for it’s only through the way she looks at

society that she urges us to look at ourselves. On that note

I take the liberty of quoting a sentence from the novel to

support this feminist concept:

“ Thus a feminist mentality was born in her mind without

her adhering to any official movement. She mixed with men,

but looked upon them with suspicion, always on her guards... ”

(Une Femme Chambardée, page 31, Editions Fortuna).

For the needs of this lecture I have focused a bit on the

novel Une Femme Chambardée (A Woman in Turmoil) Helena,

the main character of this novel, has the will to rebuild

herself through simple gestures. She (re) starts gazing at

herself in a mirror and realizes how much she has neglected

herself. She needs to “ weed out ” her disheveled hair

and tame it, put some Vaseline on her feet where her heels

are cracked, and take out her best dress only to realize it’s

turning into rags without having really been used.

Helena tries, in vain, to mend shoes that have seen better

days. She wants to be presentable in order to get a job as

a housemaid and in the process realizes that by lack of self

care, she has become the grotesque double of herself. Being

confronted by that image of herself revives a deficient

ego. The desire, if not the compulsion to be noticed for

one’s looks in the French Antilles/French West Indies is not

criticized: to the contrary, it turns out to be of utmost importance.

To appear is to be, especially for those who have

nothing. This episode of altogether pathetic and comical

makeover strips down Helena’s soul. Contemplating herself

in the mirror, she grasps the unflattering image she offers

to the world and decides to put herself back together. The

gaze of others will be merciless but she does not care. Her

desire to protect her son and to provide for him, to recover

a greater dignity, does not depend on the gaze of others

but rather, on self-acceptance. (Extracted from an afterword

by J.COUTI)

In psychology they have tried to find a symbol of the gaze,

probably to support the theories of verbal and non-verbal

communication. Non-verbal communication: silences, gestures,

postures, facial expressions, tone of voice, rhythm of

speech, clothing, etc, etc, etc. Here are a few examples: A

look not matching the lips parting in a smile? The absence

of little wrinkles at the corner of the eyes? That is the hint

of a calculating mind, even a cynical personality. If someone

roars with laughter and his gaze is turned towards the

ceiling, you know the laughter is genuine, whereas people

who systematically open their eyes wide each time they

pretend to be surprised are more than likely bluffing. As to

shifty eyes, they correspond to the norm if they meet those

of an unknown person, whereas a stare or piercing gaze is

perceived by the other as a violation of one’s territory.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - Perspectives 101


This gaze has been the focus of much attention lately in

Guadeloupe and Martinique with the increase of violence

among young people. This is a phenomenon that did not

escape the journalists’ scrutiny; from mainland France I

have noticed many times newspaper headlines underlining

the fact that in the French Antilles/French West Indies “ one

can lose his/her life because of a gaze. ”

Similarly, we seldom catch the eye of the person we are

speaking to, whether she is known or unknown to us, as if

we perceive the offensiveness behind such action.

However, the movements of the eyes will convey the

thought. The gaze of someone in love is striking in this respect

because it transports the words exchanged by lovers

to another level of consciousness.

In philosophy, the Greeks in particular, especially Plato,

have expanded upon the differences of the Same and

the Other, the question of gaze. The Same and the Other

belonged, according to Aristotle, to the table of opposites

from which the dialectic (that is, for Aristotle, the study of

“probable” reasoning) was set up. However, it is necessary

to establish a distinction between Other and The others. Let

us just say that if any of “ The others ” is an Other, the reverse

is not true. The Other, can be a man but can also be

God, an animal, even a material object while The others is

always a human individual or a groupe or individuals. When

Plato wonders “ How if the whole exists, each thing can exist

separately? ” when he thus asks the question of identity

and difference, it also has an immediate moral and political

impact. It is the same for Aristotle when he wonders

if the relation with The others belongs to the essence of

mankind. The question of alterity among men was present

first for the Greeks in the terms of social and political life

(see the classical example of the stranger, the non-Greek

considered as “barbarian”). The Other had indeed a “human”

dimension even though it was never the one of the

isolated individual.

The French

West Indian/

French Antillean

Gaze

All these definitions indicate for us the importance of the

gaze in daily life and compel us toward a certain questioning.

In a gaze there is an entire cultural connotation that

gives it its meaning. At least from the point of view of my

own experiences and my own travels, the gaze has a direct

connection with the behavior of people in the environment

in which they coexist. It is true that the way people look

at each other in Africa, is different from Brazil, the USA or

the Caribbean. The gaze in some African traditions can be

a sign of blessing, it can also be a connection of magic,

hypnotic power, coercion, fascination, seduction. In the

West Indies the very fact to look up and down at someone

represents a provocation, an insult, or a declaration of war.

(See La symbolique du regard by Eric Mansfield)

In an article entitled: The West Indian in the mirror: of representation

in the society of the Martinique, published by

Laurette Célestine Triolé, lecturer at Université Antilles-

Guyane, she says: “ Better know oneself, such seems to be

the major prerequisite when one aims at mobilizing all the

possible dynamics, cultural, geopolitical, psychological and

economical – to better weigh against, even resist, the obsessions

and fantasies of the Other whoever he may be. ” This is

a task made less difficult when we know the complexity of

the French Antillean/French West Indian gaze.

Triolé was already pointing to an essential issue that

keeps certain minds busy: Where do we stand in the Caribbean/

West Indian universe? And who are we? When we

use the term West Indian do we think of Haiti, of Cuba? She

already pointed to that tendency to include Guyana in a

West Indian environment whereas it is part of a continent.

All these ambiguities show us how much we ourselves

encounter difficulties defining ourselves and since we are

having difficulties defining ourselves, it proves to a certain

extent that we have a hard time looking at ourselves.

The French Antillean/ French West Indian gaze is much

more complex than we may imagine and the definitions I

gave earlier in this lecture do not fit very well with the Caribbean/West

Indian world, which I think is in engaged in a

perpetual search of identity.

I started this lecture talking about my job as a flight attendant

because it has its importance. I promised to share

my own experiences so here is a good anecdote and a situation

that repeats itself almost at each flight. The famous

“But where are you from?” that has been tracking me for

16 years. The answer would have been simple if the persons

would be content with “ I am from Guadeloupe ”. But

it is never the case because they always seek to know my

origin. Consequently, the fact to constantly ask myself that

question has changed the way I look at myself. The English

not having known the process of giving territories the status

of departments and having granted independence to

our neighbors have a hard time understanding this story

of a European passport coming from the Caribbean, and

in order to explain to them the reason for this passport I

find myself obliged to go back to colonization. This process

102

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - Perspectives


of going back in time shows how much the West Indian is

confronted with the gaze of others whenever he is confronted

to his own identity. West Indian people refusing to

look at themselves have remained a long time in a condition

of self-belittling, a belittling caused by slavery and

nourished by colonization.

That belittling which undoubtedly caused Laurette Trioré

to express herself in these words: “ Hence the man

from Martinique doesn’t think of himself as black: He thinks

of himself as Antillean/ West Indian. For him, the nègre, the

true ‘Black’ man lives in Africa. Subjectively, intellectually, he

behaves like a white man. Therefore, he couldn’t experience

his West Indian identity as a rescue, the derivative to a weakness

that he would dread to face alone. ” Thus perceived, it

would be, as Glissant puts it, “ a refuge of another kind and

it would replace a resignation with another. One is not from

the Martinique by dint of wanting to be West Indian: one really

becomes West Indian by dint of wanting to be from the

Martinique. ” (Glissant 1981: 280).

Madame Laurette studied the case of Martinique but we

can describe the same behavior in other “départements”

and also in Guadeloupe.

However, along with the Creoleness trend we have witnessed

another phenomenon, a rising awareness marked

by the recognition and the belonging to a common descent.

Although this recognition is in the minority it is good

to point it out, since it has forced the West Indian to have

a different look upon himself, which, in turn, gave birth to

a political or ideological speech protesting everything that

could remind him of the French intrusion or more widely,

the European influence. For example: the refusal to de-frizz

the hair for women and to give their children French names,

all of this being considered as a fact of assimilation into the

white culture; or in the reclaiming of the Creole language;

or even in the choice of an ancestral lifestyle in reference

to mother Africa, especially in the Rastafarian movement

or its supporting circles. It is true that the ideological-historical

process, even though it does not explain everything,

it does enlighten at least certain behaviors and mentalities

found in West Indian society.

We could therefore say that the phenomenon of creolization

of the world has allowed little by little the erasure

of that shame the West Indian feels when regarding

his identity and the way he looks at himself and the way

he gazes upon others. West Indian cultures are mixed, due

to circumstances, and for a long time, mixture (métissage)

was regarded as a flaw, a shortcoming, to quote E.Glissant.

Today we are witnessing another perspective and it is quite

the opposite thought. The very fact of being here now talking

to you about this West Indian gaze is the proof of a

growing awareness, of the new generation, of the importance

of this identity and of the importance of the way in

which it currently regards itself. As Édouard Glissant has

already underlined, “ There is, in the West Indies, a shaking

experience of the composite, of the chock of the cultures and

their intertwining, that makes a West Indian today feel maybe,

more than a French man, a man of the world— not in the

society sense of the term but in the cosmic sense. ”

We cannot deny in parallel a form of identity quest for

the West Indian who seeks to attract attention to the importance

of the specific qualities that he represents, both

collectively and individually. It is enough to observe around

you in your daily life to testify of this behavior where everything

resides in appearances. The “ I have therefore I

am ” still works well in everyday life in the West Indies. In

a society that has been strongly influenced by colonization

this attitude is very normal since the imposed model

is that of the one who colonizes. It will be quite a while before

this gaze, this way of seeing oneself becomes totally

independent from this statement. To establish a system of

harmonious circulation among cultural fields that are not

integrated into each other but that will accept each other,

as E.Glissant noted, is another way to see ourselves and

to perceive the future. This harmonious circulation among

cultural fields would considerably change the way we see

our neighbors of the Caribbean. Surprisingly the gaze the

person from the Martinique has on the one from St Lucia

and the gaze the person from Guadeloupe has on the one

from the Dominica, and the gaze of the people of Martinique

and Guadeloupe on Haitians are strangely similar

to the one Mainland France has on these French islands.

The creolization process will undoubtedly weaken this condescending

look on the other neighboring islands. We are

still far from this collective awareness that would avoid

very regrettable situations such as the gaze of the people

from Dominica on Haitians. A phenomenon that for us from

Martinique and Guadeloupe seems inconceivable because

we have never drifted that far in the naming, the intolerance

that prevent people from looking at the other and

recognizing him through ourselves.

The essay The French Antillean Gaze: A novelist

perspective was written and read at the Symposium

at Kentucky University All eyes on me : The Tyranny

of the gaze in french carribean communities, under

the direction of Jacqueline Couti.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - Perspectives 103


teklal

neguib

#introductions

Dernière prestation du collectif LaBeouf/Ronkko/Turner,

#INTRODUCTIONS est le fruit d’une

collaboration des artistes avec les élèves de

l’école d’art Central Saint Martins (Londres/

Royaume Uni).

Contactés par les élèves, afin de participer à l’exposition

de fin d’année de leur promotion et la présenter, le trio a

demandé à ces derniers de créer une introduction à leurs

œuvres, de moins d’une minute, qui serait lue/jouée/mise

en scène par Shia Labeouf, sous la forme de petits courts

métrages sur fond vert.

Shia, sous les mains des divers participants, se transforme

tel de la glaise devenant au gré des envies, sculptures

pléiomorphes. Il hurle, lit, pleure, respire, motive,

parle, questionne... Prestation très vivante, #INTRODUC-

TIONS lui donne une présence, une vie, qu’aucune autre

des œuvres de l’équipe n’avait encore eu. Cette intensité

phénoménale donne à l’ensemble des œuvres une portée,

qui va bien au-delà d’une simple présentation estudiantine.

D’ailleurs, internet ne s’y est pas trompé, puisque Shia

LaBeouf est devenu un même, parodié, et diffusé à un

niveau viral.

J’ai d’ailleurs, je l’avoue, beaucoup aimé l’introduction

de l’œuvre Breathe, pour tout à la fois sa simplicité, mais

aussi l’envergure de tout ce qu’elle ne disait pas. Une sorte

de roman en six mots, telle une performance « hémingwayienne

» 1 …

Cependant, ce qui m’a le plus marquée est le caractère

ludique et didactique de l’œuvre #INTRODUCTIONS. Bien

que réalisée afin d’être vue par des adultes, je l’ai trouvé

tout à fait adaptée pour une introduction à l’art contemporain

et à la performance pour de jeunes enfants. Car de jeux

de jambes, en mimiques étranges, Shia Labeouf se transforme

ici en guide sensible, amusant et étrange vers l’art

et les œuvres présentées, mais n’en demeure pas moins

une sorte de grand enfant, de ces enfants que nous fûmes,

dans ces jeux bizarres où nous nous amusions à être autre,

à expérimenter nos corps et nos sons, nous mettre en

mouvement et à partager ce que nous étions, et aimions.

Car au fond, cette performance est une transition entre

enfance et âge adulte, réalisée par des artistes, qui ont su

se donner tout entier à leurs partenaires étudiants, une

forme de générosité et de tendresse, qui transparaît à

travers l’œuvre, comme un refus aussi peut-être d’oublier

l’enfant qu’ils furent.

Cette qualité et accessibilité de l’œuvre m’a donné envie

de faire vivre cette expérience à mon fils de 6 ans, que je

sensibilise à l’art, depuis qu’il est tout petit. J’ai toujours

considéré qu’une éducation à l’art était aussi une façon

d’apporter à nos enfants une autre relation au monde, aux

autres, dans ce que celles-ci ont de plus beau, de plus tendre.

Offrir à son enfant le cœur du monde, voilà ce qu’est

l’éducation à l’art.

Si j’ai commencé à lui lire des poèmes d‘auteurs pas

nécessairement pour enfants, quand il avait un an et demi,

et que nous avons commencé à co-créer les nôtres, dès ses

un an, ce qui nous a beaucoup aidé est qu’il a commen

à parler à 7 mois et demi, et connaissait alors suffisant de

mots.

Pour nos créations communes, il me donnait les mots,

je créais alors des poèmes ou des chansons pour enfants

à partir de ces derniers, et nous discutions ensemble ensuite

de ce qui nous convenait ou pas, et le retravaillions si

nécessaire, jusqu’à satisfaction.

C’était très ludique et amusant. C’était un moment de

partage Maman-Fiston absolument délicieux tant pour lui

que pour moi. Et il était d’ailleurs le premier à les réclamer.

Au fur et à mesure de son avancée en âge, j’essaie à ma

mesure de lui faire découvrir les diverses formes d’art. Car

lorsque l’on possède les mots, que l’on connaît divers moyens

et supports d’expression, alors l’on se « bat » pour un

monde pacifié et plus heureux : l’art comme forme d’utopie,

dans la lutte contre la violence.

104

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #carte blanche


Concernant #INTRODUCTIONS, je lui ai donc proposé à

titre d’expérience, qu’il regarde la performance, qu’il me

dise au fur et à mesure ce qu’il en pensait, ce à quoi cela

lui faisait penser, ce qu’il ressentait afin qu’une discussion

s’installe entre nous, à partir de l’œuvre.

Il s’est donc installé au bureau, nous avons fait débuter

la vidéo du CSM Live Stream. Il s’est parfois questionné

sur ce que faisait tel homme dans la vidéo, si c’était bien

un homme ou une femme, cherchant à donner du sens

aux courts métrages, voyant dans telle ou telle image, un

bateau coulé, un homme comme mort, de l’eau chaude.

Certaines autres par association d’idées, lui donnant simplement

envie de manger.

Ainsi, l’œuvre de Michael Peters a été l’occasion d’une

discussion autour de la politique et des politiciens. Qu’estce

que la politique ? C’est quoi gouverner ? Il a réfléchit

ensuite à ce qu’étaient les politiciens. Il en a conclu que le

Président c’était un politicien. Et qu’il fait tout ce qu’il veut

pour diriger le pays, et qu’il n’y avait que lui pour diriger le

pays (il va falloir que je lui donne deux ou trois cours de droit

constitutionnel, je pense). Après, il s’est demandé pourquoi

il y avait une Reine en Angleterre, alors que nous c’est un

Président. Je lui ai donc parlé de la Révolution Française,

et qu’à l’époque, les ancêtres avaient coupé la tête du Roi.

Très fâché, il m’a alors répondu que cela ne se faisait

pas de couper la tête au Roi. Il voulait mettre en prison

ceux qui l’avaient fait. Il m’a demandé, si moi aussi j’avais

coupé la tête du Roi. Je lui donc répondu que non, que

c’était il y a longtemps, que même Pépé et Mémé n’étaient

pas nés à cette époque, même pas Grand Mémé Anna.

A partir de là, nous avons réfléchi à la violence. La violence

est-elle une solution ? Il a répondu que non, que la violence

ce n’était pas une solution. Qu’au lieu de couper la tête du

Roi, ils (les Révolutionnaires) auraient dû dire : « Je veux un

Président au lieu d’un Roi ». Ou comment un court métrage

d’étudiant devient questionnement philosophique sur la

violence, et la politique.

Forcément, les introductions de Shia Labeouf ont été

pour lui, l’objet d’interrogations, de questionnements. Parfois,

il tentait de redire les mots (il ne parle pas l’anglais),

interagissait avec Shia Labeouf, lui parlait, riait, était dans

un complet dialogue avec ce dernier.

Pour lui Shia Labeouf est un artiste d’art contemporain,

et L. n’a pas la moindre idée qu’il puisse être un acteur, ce

qui peut donner lieu à des situations incongrues.

Ainsi à un moment donné, L. est allé chercher ses jouets,

les a apportés au bureau et s’est mis à y jouer devant

Shia Labeouf, agissant comme si ce dernier était un enfant

jouant avec lui. Ses jouets étaient des Transformers, et L.

s’est mis à raconter à Shia Labeouf ce qu’il faisait, ce que

faisaient ses Transformers. Il lui a parlé d’Optimus Prime

et de BumBlebee, et surtout lui a raconté ce qu’étaient les

Transformers, car comme l’a dit Fiston à Shia « Toi, tu sais

pas ce que c’est ! ». Alors, il lui a expliqué que les Transformers

allaient sauver tout le monde des méchants robots,

parce que lui Shia, en était incapable. Et là moi,

surtout, je riais à gorge déployée parce que bon, effectivement,

c’est bien connu que Shia Labeouf n’a pas la moindre

idée de ce que sont les Transformers, et qu’il est encore

moins capable de lutter contre les méchants robots.

C’est amusant le regard que les enfants peuvent poser sur

les gens et le monde auquel ils se confrontent.

Mais au-delà des Transformers, ce qui a aussi beaucoup

amusé L. c’est le pantalon à trou de Shia Labeouf. Il faut

dire que je passe mon temps à dire à mon fils de ne pas en

faire, et mes mots bien souvent s’avèrent vains. Partant de

ce fameux trou au pantalon, nous avons discuté d’argent,

de société de consommation et au final d’économie.

« Shia Labeouf a un trou dans son pantalon. Ce n’est pas

bien, parce qu’après il y a le froid qui rentre dans le corps.

Après on a froid, et on est malade. Le papa et la maman ne

sont pas contents. Quand le pantalon a un trou, le papa ou

la maman soit le recoud, soit le jette. Ils ne sont pas contents

parce que ça dépense des sous. Ce n’est pas bien de dépenser

des sous, parce qu’après on a moins d’euros. Les sous, c’est

important pour acheter plein de choses. Quand on achète, on

doit payer. Si on ne peut pas payer, on va en prison. Tout çà,

à cause de trous dans le pantalon. » L.

Le panel a fait aussi l’objet d’interrogations. Car en effet,

ils parlaient en anglais, et L. voulait que je leur envoie de

sa part un message : « Je t’aime Maman », à traduire en

anglais. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu

que c’était pour qu’ils comprennent qu’il m’aime. Je le lui

ai donc traduit, et il a trouvé que Mom et maman se ressemblaient.

Nous avons alors parlé de la famille, de son rôle

de protection des enfants, et avons abordé des sujets de

sécurité (faire attention à soi, prendre soin de son corps,

prendre conscience de sa fragilité d’être humain...). Fiston

en a donc conclu que j’étais la deuxième personne qui le

protège, lui-même étant la première 2 .

A partir de cette expérience linguistique, nous avons

entamé toute une conversation sur les langues, le français,

l’anglais, les mots. D’ailleurs L. aurait préféré que les anglais

parlent français, car comme il l’a dit « en Français, c’est plus

pratique pour comprendre ». Cela a été l’occasion de parler

des diverses nationalités, de pourquoi les uns parlent telle

langue, et les autres une autre. Être français, être anglais,

être américain, c’est quoi une nationalité ?

En effet, à 6 ans, ce n’est pas forcément très facile

de comprendre qu’il existe des pays différents, avec

des gens qui parlent des langues différentes et que l’on

ne peut naturellement comprendre. C’est pour cela aussi

que je l’ai initié à cette vidéo, pour qu’il puisse découvrir

d’autres mondes que le sien, très local, dans lequel il vit.

Mais ce qui l’a le plus marqué, c’est que Shia Labeouf soit

américain. Du fait de son nom, mon fils était persuadé qu’il

s’agissait d’un français, ayant fait un voyage aux Etats-Unis,

et qui finalement y avait acheté un appartement. Je lui ai

alors apporté quelques informations sur la réalité de la nationalité

de Shia Labeouf. Cela a alors été l’occasion de parler

des minorités ethniques françaises à travers le monde, les

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #carte blanche 105


#INTRODUCTIONS

par Shia Labeouf / Nastja Sade Ronkko / Luke Turner

et les élèves de l’école d’art Central saint Martins (Londres, UK)

Vidéo réalisée sous licence Creative Commons Attribution Non-Commercial Share-Alike.

106

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #carte blanche


cajuns, les créoles, les bretons, les normands... Nous avons

parlé de l’histoire des diverses migrations ayant donné naissance

au peuple cajun, auquel appartient l’artiste.

Ensuite, L. a choisi de revenir sur la notion d’américain, et

de leur rapport avec les amérindiens 3 . Cela a été l’occasion

de parler de la colonisation, et du génocide des ancêtres

amérindiens (qui le met en colère). Le pourquoi du génocide

et du vol de leur terre l’a beaucoup fait réfléchir, et nous

avons discuté sur les notions de pouvoir et de richesse, et

avons fait retour sur la question de la violence. En effet,

doit-on se venger ? Comment répondre à la violence commise

? L. après s’être questionné et avoir conversé avec

moi, en a conclu qu’il ne fallait pas se venger, au lieu de

quoi il fallait mettre en prison les méchants, et se réunir

tous ensemble pour trouver une solution à la situation des

amérindiens, en particulier, et à la violence, en général.

Au-delà même des questionnements philosophiques

qu’on induit chez L. de s’être confronté à l’œuvre collaborative

du trio Labeouf/Ronkko/Turner et des étudiants de

CSM, mon fils y a pris beaucoup de plaisirs et de joie. Un

vrai bonheur et régal.

Deux introductions l’ont particulièrement marqué. La

première intitulée Just do it de Joshua Parker. Celle-ci l’a

bien fait rire. Il a aussi mimé les gestes, chanté « Just do

it ! », essayé de faire exactement comme Shia Labeouf. Il a

d’ailleurs remise en boucle : « j’ai envie de remettre çà, parce

que c’est intéressant ». Et puis quoi de mieux qu’une vidéo

d’encouragement pour un petit garçon de son âge.

Il s’éclate tellement avec cette vidéo, qu’il suffise que

je la mette pour qu’il arrive aussitôt. Il y a manifestement

quelque chose de magique dans cette performance, absolument

extraordinaire.

Son deuxième coup de cœur est la vidéo « Uuuuuuuuurrrrmmmmm

ummmmmmmm oooooommmmhhhhhh oooooommm

» d’Alice Jacobs. Il l’a remise aussi à plusieurs reprises, lui

le grand fan de méditation à la bougie, sophrologie, et yoga

divers et variés. Il a aussi accompagné Shia dans ses ummmmmmm

et ses oooooooommmmmmmmmm.

Il a un attachement très fort à ces deux vidéos, dans

lesquels manifestement il se retrouve.

Cette expérience à la fois artistique et philosophique fut

très intéressante : voir un regard d’enfant posé sur une

œuvre, le confronter à son propre regard d’adulte, et retrouver

l’enfant que nous fûmes, et que parfois nous avons

oublié.

Elle fut tout aussi intéressante pour mon fils, qui au-delà

de la découverte de l’art de la performance, s’est amusé

comme un fou avec cette œuvre et s’est aussi beaucoup

interrogé sur le monde et les humains que nous sommes.

Je recommande donc aux parents de tenter eux-mêmes

cette expérience avec leurs enfants, d’entrer en dialogue

avec eux, par le biais de l’œuvre, et de voir l’interprétation

qui en sera issue.

Et d’ailleurs, L. l’a tellement appréciée que désormais tous

les soirs, oui tous les soirs, j’ai droit à :

« Maman, est-ce que ce soir je peux regarder #INTRODUCTIONS ? »

Pour aller plus loin

Pour retrouver la vidéo complète : compte Youtube

du Live Stream de l’école Central saint Martins.

Pour voir simplement les introductions par Shia Labeouf :

compte vidéo du collectif Labeouf/Ronkko/Turner

Site de l’équipe d’artistes : LaBeouf/Ronkko/Turner

Site de la promotion du CSM : CSM BAFA 2015

Liste des élèves ayant participé

à cette collaboration

Angus Joseph // Elenor Hellis // JJ Tipton //

Alice Woods & Jasmin Newman // Charlie Floyd

Oliver Coltman // Salome Partouche // Sam Walkden //

Christian Wright // Andrew Smith

Hanqing Miao // Mikako Mitani // Joshua Parker //

Alice Kilkenny // Alexandre Saden

Katie Tindle // Maureen Monod & Moea Creugnet //

Caitlin Black // Nina Davies // Emma Gill

Michael Peters // Alexis Marie Sera // Steph Hardy //

Charles Verni // Joseph Garwood

Elenor Turnbull // Tiago Daniel Da Silva Coelho //

Charlie Carr-Gomm // Jack Evans

Juliet Kasbar & Tania Olivares // Joseph Moss //

Adeeb Ashfaq // Georgina Pickford

Roman Sheppard Dawson // Lewis Tizley // Alice Jacobs

1. Ernest Hemingway, considéré comme l’inventeur du concept, a écrit un roman

en six mots, dont la concision, bien que la plus totale, laisse entrevoir l’étendue

du roman, et de l’histoire non-racontée.

2. Ici, il faisait aussi référence à la vidéo de Jack Evans, dont mon fils a conclu qu’il

avait froid, parce qu’il avait oublié son manteau. Et selon mon fils : « il ne faut

jamais oublier son manteau » (il faudra que je la lui rappelle celle-là !)

3. Par mon biais, mon fils est métis d’amérindiens et (fort probablement) d’esclaves

africains d’argentine, d’occitans et de marranes, par son père, il descend

d’esclaves africains des Antilles ainsi que de blancs européens.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #carte blanche 107


interview par

teklal

neguib

d i a n g o

Hernandez

Diango Hernández, Mountain of Dark, 2013. Graphite, glass

and wood

, 180 × 80 × 120 cm.

© the artist, Courtesy Marlborough Contemporary. Photo: Francis Ware.

108

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #carte blanche


Diango Hernández, The New Man and the New Woman,

Marlborough Contemporary, London, 2013.

Exhibition view, Courtesy Marlborough Contemporary. Photo: Francis Ware.

Diango Hernández, Fascist Cultural Centre, 2013.

Wood, cheese, glass and offset printed paper, 170 × 80 × 100 cm.

© the artist, Courtesy Marlborough Contemporary. Photo: Francis Ware.

Diango Hernandez, qui es-tu ?

Comment te définirais-tu ?

Je suis un artiste visuel. Je suis né à Cuba en 1970 et je vis

et travaille actuellement en Allemagne. Je me considère

comme un explorateur, et à la manière de Jacques-Yves

Cousteau ou de Roald Amundsen, j’aime mes explorations

esthétiques et mes voyages à travers l’histoire de l’art.

Quel est le sujet/ l’objet de ta pratique artistique ?

Quel type d’art pratiques-tu ?

Depuis le jour où j’ai commencé à penser à l’art, et plus tard

lorsque j’ai commencé à en faire, je suis parti du principe que

l’art était une aventure. Depuis lors, l’art est un défi que je

relève dans toutes ses possibilités. Ma pratique artistique est

guidée depuis le commencement par les observations que

j’ai faites des endroits où j’ai choisi de voyager et de vivre.

Une grande part de mes réflexions et créations viennent

des années où je vivais à Cuba. Mon œuvre entière est

souvent vue comme se situant dans la tradidion de l’art

conceptuel, bien que je me sente proche des définitions

d’autres types d’arts, telles que la “vérité poétique” (“poetic

truth”) de W.G. Sebald 1 .

Peux-tu présenter ton exposition Eugène (Eugene)

qui semble si intéressante ? Qui est/était Eugène ?

pourquoi l’avoir choisi comme sujet d’exposition ?

Eugène est probablement la plus complexe de toutes les “ articulations

” que j’ai créée à ce jour. Quand je dis complexe, je

veux dire, que même moi, je me suis perdu dans le “ tissage ”

de l’œuvre. D’une part, Eugène est un hommage à Eugène

von Gundlach 2 , un personnage de fiction que j’ai créé en

2013 pour l’exposition Nature Socialiste (Socialist Nature) et

d’autre part Eugène traite de cette aventure qu’est grandir.

Notre échelle humaine, l’échelle du monde qui nous entoure,

et le voyage de va-et-vient entre ses différentes

échelles sont la clé de la composition de cette exposition.

Peut-être que la meilleure façon de comprendre Eugène est

de visualiser un cœur en mouvement, le cœur qui se contracte

(systole) et qui se relâche (diastole). Une séquence

complète est appelée battement de cœur. L’exposition

Eugène tel un battement de cœur, est un exemple de mouvement,

qui m’intéresse profondément. Ce n’est pas seulement

une distance qu’il y a entre le départ et l’arrivée, c’est

aussi un déplacement émotionnel 3 .

Dis nous quelques mots à propos de ton livre the book

of Waves (Le livre des Vagues). Je l’ai trouvé très beau,

génial et très inspirant. Où peut-on l’acheter ?

Diango Hernandez, who are you ?

Define yourself?

I am a visual artist. I was born in Cuba in 1970 and I currently

live and work in Germany. I consider myself an explorer

and, in the fashion of Jacques-Yves Cousteau or, Roald

Amundsen. I enjoy my aesthetic explorations and voyages

through the history of art.

What about is your art practice ?

Which type of art do you use?

Since I started thinking of art and later making art, I assumed

art as a sort of adventure. Since then, art has been

challenging me in every possible way. My art practice has

been guided from the beginning by my observations of the

places that I have chosen to travel and live in.

A big part of my reflections and fabrications come from the

years I lived in Cuba. My entire oeuvre is often seen within

the conceptual art tradition, though I feel closer to definitions

of other sorts, such as, W.G. Sebald’s “poetic truth” 1 .

Can you present your exhibit Eugene,

which seems to be very interesting?

Who is/was Eugene? Why do you choose him

as subject? What represents nature for you?

Eugene probably is the most complex of all articulations I

have created yet. When I say complex, I mean that even I,

myself, get lost in the ‘weaving’ of it. On one hand Eugene

is a homage to Eugene von Gundlach 2 a fictional character

I’ve created in 2013 for an exhibition called Socialist Nature

and on the other hand Eugene is about the adventure of

growing up.

The scale of us, the scale of the world that surround us, and

travelling back and forth between those different scales, is

the framing around this exhibition. Maybe the best way to

understand Eugene is to see a heart in motion, the heart

contracts (systole) and relaxes (diastole). One complete sequence

is called a heartbeat. The exhibition Eugene as a

heartbeat, is a model of motion that interest me deeply.

There is not only distance between departure and arrival,

there is emotional displacement 3 .

Tell us some words about your book The book of

waves? i find it very beautiful, wonderful and so inspiring.

Where can we buy it?

The Book of Waves 4 is the title of a new body of works that

I created for my second solo exhibition at Marlborough

Contemporary in London. These works (The Wave Paint-

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #carte blanche 109


Diango Hernández, Esto significa, 2015. Oil on canvas, 45 × 55 cm.

© the artist, Courtesy Marlborough Contemporary Photo: Anne Pöhlmann.

Le Livre des Vagues 4 (The Book of Waves) est le titre d’une

nouvelle œuvre que j’ai créée pour ma deuxième exposition

solo à Marlborough Contemporary à Londres. Ces

travaux (The Wave Paintings, The Revolutionary Sunsets et

The Ex-Tropical Fruits) sont tous des traductions. Depuis des

années, j’ai écrit des nouvelles, qui ont comme finalités de

devenir des peintures, des dessins ou des installations. En

ce sens, ces histoires sont toujours aussi inachevées que

mes expositions. Dans mon travail ce que tu vois physiquement

dans l’espace d’exposition a toujours eut une histoire

cachée à découvrir. Peut-être qu’une chose, une fois révélée,

pourrait changer notre manière d’envisager ce que l’on

ne fait que voir. The Book of Waves ouvre, dans cette optique,

une « porte » différente, car il t’autorise dès le commencement,

à dire qu’il y a quelque chose d’autre. En tant

que spectateur, tu pourrais voir des mots ou une sorte

de langage, mais le seul moyen possible de lire ces mots

est l’usage du vocabulaire de la peinture. J’aime décrire

l’expérience de cette exposition, comme une journée sur

une plage étrange.

Et à propos de l’exposition Apparently Yours ,

dont tu as été le curateur cette année,

via Lonelyfingers ? Parle-nous des divers travaux

artistiques et des artistes que tu as présentés ?

Cette année, Anne Pöhlmann et moi-même avons ouvert

un espace de travail Lonelyfingers 5 avec une exposition intitulée

Apparently Yours. Cette exposition montrait une collection

de collages créés sur du papier, réalisés sous l’aune

du doute par des artistes Dada -tous datés entre les années

1920 et 1940-, tout comme des œuvres telles que Zero dollar

(lithographies exécutées entre 1978 et 1984) par l’artiste

conceptuel brésilien Cildo Meireles, et I AM NOT FAMOUS

ANYMORE un travail du collectif LaBeouf, Ronkko, Turner.

Tous ces travaux partagent quelque chose d’important. Ils

partagent le doute. Ce sentiment étrange que nous ressentons

quand quelque chose d’extraordinaire est en train de

nous arriver. En chaque découverte extraordinaire, il y a des

questions récurrentes que nous nous posons : est-ce réel ?

Cela m’arrive-t-il ?

Mais les réponses, quasiment comme un acte de revanche,

arrivent seulement plus tard. Dans une conversation avec

les artistes basés à Londres que sont Luke Turner et Nasings,

The Revolutionary Sunsets and The Ex-Tropical Fruits)

are all translations. For years, I’ve been writing short stories

that have as a finality to become paintings, drawings or

installations. In that sense, those stories have been always

as uncompleted as my exhibitions. In my work, what you

physically see in the exhibition space has always had a hidden

story there to be discovered. Perhaps something, that

once known, could change what you think of what you just

saw. The Book of Waves opens a different ‘door’ in this regard

because it allows you, from the beginning, to tell that

there is something else. You as a viewer could see words or,

a sort of language but the only possible way to ‘read’ these

words, is by the use of the vocabulary of painting. I love to

describe the experience of this exhibition, as a day on a

strange beach.

What about the exhibit Apparently Yours you curated

early this year via Lonelyfingers?

Tell us about the various artistic works and artists

you have presented?

This year, Anne Pöhlmann and myself opened a Lonelyfingers

workspace 5 with an exhibition titled Apparently

Yours. This exhibition displayed a collection of found collages

on paper, dubiously made by Dada artists -all dated

in between 1920’s and 1940’s- like, Zero Dollar (lithographs

executed between 1978 and 1984) by conceptual Brazilian

artist Cildo Meireles, and I AM NOT FAMOUS ANYMORE, a

work by the collaboration experience LaBeouf, Rönkkö &

Turner. All these works shared something very important.

They shared doubt. That strange feeling we have inside

when something extraordinary has just happened to us. In

every extraordinary discovery there are recurrent questions

that we ask ourselves: is this real?, is this happening

to me? But the answers, almost as an act of revenge, only

arrive later. In a conversation with London-based artists

Luke Turner and Nastja Rönkkö we talked about fantastical,

apparitions and abductions and we shared with enthusiasm

our common attraction to extraordinary events. It is

true that extraordinary events give us a particular kind of

hope and make us feel somehow special but also, and most

importantly for us, an extraordinary event must make us

feel lucky. For this exhibition Timotheus Vermeulen wrote

a text in which he brings back ‘promise’ as something per-

110

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #carte blanche


Diango Hernández, The Book of Waves, Marlborough Contemporary, London,

2015. Courtesy Marlborough Contemporary, Photo: Francis Ware.

Diango Hernández, The Book of Waves, Marlborough Contemporary,

London, 2015. Courtesy Marlborough Contemporary, Photo: Francis Ware.

tja Sade Ronkko, nous avons parlé du fantastique, des apparitions,

et des enlèvements, et nous avons partagé avec

enthousiasme notre attirance commune pour les évènements

extraordinaires. Il est vrai que les évènements extraordinaires

nous donnent un genre particulier d’espoir,

et nous font nous sentir d’une certaine manière spéciaux,

mais aussi et plus important pour nous, un évènement extraordinaire

nous fait nous sentir chanceux.

Pour l’exposition, Timotheus Vermeulen a écrit un texte

dans lequel il rétablit la « promesse » comme quelque chose

de méritant peut être d’être reconsidéré. « (...) Comme nous

le savons tous –de la même manière j’imagine que beaucoup

d’entre nous préfèreraient un Van Gogh à un Breitner pour

des raisons pas toujours pieuses– peu importe comment, ce

modèle est devenu étonnamment rare. En ce sens, Apparently

Yours est un appel pour un retour de la promesse, et de la

promesse de la modernité, pour un art qui redynamise : pas

nous tous, mais toi, qui t’inspire et t’encourage, ce qui est tout

le temps maintenant, apparemment tien. » 6

haps worth reconsidering. “(...) As we all know – for I’d imagine

many of us would prefer a Van Gogh above a Breitner for

reasons not always pious – however, this model has become

surprisingly rare. In this sense, Apparently Yours is a plea for

a return to the promise and the premise of modernity, for an

art that reinvigorates: not all of us, but you, that inspires and

encourages you; that is always already, apparently yours.” 6

1. “ You adulterate the truth as you write. There isn't any pretense that you try to arrive

at the literal truth. And the only consolation when you confess to this flaw is

that you are seeking to arrive at poetic truth, which can be reached only through

fabrication, imagination, stylization. What I'm striving for is authenticity; none of

it is real. ” W.G. Sebald

2. “(…) In the solo exhibition Socialist Nature, Diango Hernández traces the steps of

fictional adventurer-photographer Eugene von Gundlach, who in the 1960s and

70s travelled to socialist countries to document the effect of ideology on the natural

reserves: forests, trees, animals, fruits. Hernández’s pursuit of von Gundlach is

careful yet capricious, covering the German’s secret diaries, encrypted maps and

video footage of the jungle, but also paintings of fruits he may have seen in the

restaurants he ate in or the hotels he slept in during his trips (…) ”, Spiritual Discovery

par Timotheus Vermeulen pour Socialist Nature, livre publié par DISTANZ.

Source: http://diangohernandez.com/spiritual-discovery/

3. Un déplacement est la plus courte distance entre la position initiale et la position

finale d’un point P. Par conséquent, c’est la longueur d’un chemin direct imaginaire,

typiquement distinct du chemin réel parcouru par P. Un vecteur de déplacement

représente la distance et la direction de ce chemin direct imaginaire.

4. The Book of Waves, à Marlbrough Contemporary jusqu’au 5 juin 2015. Pour plus

d’informations à propos du catalogue et de l’exposition, vous êtes invités à consulter

: http://marlboroughcontemporary.com/about/

5. Lonelyfingers est une plateforme en ligne créée en 2012 par les artistes plasticiens

Diango Hernandez et Anne Pohlmann. L’intérêt de Lonelyfingers se focalise

sur les objets et les documents qui accompagnent et inspirent les artistes

pendant qu'ils développent un travail artistique. http://www.lonelyfingers.com/

6. To the promise par Timotheus Vermeulen. Ce texte accompagne l’exposition de

Lonelyfingers Apparently Yours. Source : http://www.lonelyfingers.com/to-thepromise-timotheus-vermeulen/

1. “You adulterate the truth as you write. There isn’t any pretense that you try to arrive

at the literal truth. And the only consolation when you confess to this flaw is

that you are seeking to arrive at poetic truth, which can be reached only through

fabrication, imagination, stylization. What I’m striving for is authenticity; none of

it is real.” W.G. Sebald

2. “(…) In the solo exhibition Socialist Nature, Diango Hernández traces the steps of

fictional adventurer-photographer Eugene von Gundlach, who in the 1960s and

70s travelled to socialist countries to document the effect of ideology on the natural

reserves: forests, trees, animals, fruits. Hernández’s pursuit of von Gundlach is

careful yet capricious, covering the German’s secret diaries, encrypted maps and

video footage of the jungle, but also paintings of fruits he may have seen in the

restaurants he ate in or the hotels he slept in during his trips (…)”, Spiritual Discovery

by Timotheus Vermeulen for Socialist Nature, book published by DISTANZ.

Source: http://diangohernandez.com/spiritual-discovery/

3. A displacement is the shortest distance from the initial to the final position of

a point P. Thus, it is the length of an imaginary straight path, typically distinct

from the path actually travelled by P. A displacement vector represents the

length and direction of this imaginary straight path.

4. The Book of Waves, at Marlbrough Contemporary until 5 June 2015. For more

information about the catalogue and exhibition please visit. http://marlboroughcontemporary.com/about/

5. Lonelyfingers is an online platform created in 2012 by visual artists Diango

Hernández and Anne Pöhlmann. Lonelyfingers interest focuses on the objects

and documents that accompany and inspire artists while developing an artwork.

http://www.lonelyfingers.com/

6. To the promise by Timotheus Vermeulen. This text accompanies the lonelyifngers

exhibition Apparently Yours. Source: http://www.lonelyfingers.com/tothe-promise-timotheus-vermeulen/

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - #carte blanche 111


Caroline

Stella

Poussière(s)

112

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - théâtre


Merci aux frères Grimm,

mais aussi à Victor Hugo et aux Toy Dolls

PIECE POUR 3 ACTEURS ET 6 PERSONNAGES

Poussière

Simon

Le père de Poussière

Vigand

Le reflet de Poussière

Un oiseau

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - théâtre 113


1 - PROLOGUE

Simon verse du grain sur Poussière,

comme du sable qui se déverse dans un sablier.

Simon

Il était une fois Simon c’est moi et Poussière c’est elle

Ils habitaient le même moulin

Dans un tout petit patelin

Au milieu de rien

Mais de rien

Vraiment rien

Simon travaillait dur pour le père de Poussière

Père

Père de Poussière et grand propriétaire

Nous sommes chez moi c’est mon moulin c’est mon

grain c’est ma terre

Noir

Père

Lumière !

Lumière

Père

Noir !

Noir

Père

C’est Clair ?

Il sort

Simon

Ben…non

On peut avoir un peu de lumière ?

Lumière

Simon

Merci

Donc il était une fois Simon et Poussière

Poussière dans un soupir

Bonjour Simon…

Simon dans un soupir

Bonjour Poussière…

Les deux soupiraient fort

non l’un pour l’autre

mais l’un de fatigue et l’autre d’ennui

Entre nous, Simon aurait bien voulu soupirer un peu

d’amour mais c’est Poussière qui n’aurait pas été

d’accord, alors...

Poussière récite Victor Hugo comme une sage écolière

à la mémoire gruyère

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que gnagnagna.

Gnagna gnagnagnagna, gnagna gnagnagnagna

gnagnagnagnagnagnagnagnagnagnagnagna

gnagnagnagnaaaaaa gnagnagnagnagnagnagnagna

gnagnagnagnagnagna virgule gnagnagnagnagnagna

gna (temps), gnagnagna (temps), gnagnagnagna,

gnagnagnagna,

gna, et le jour pour moi sera comme la nuit

Temps

Noir.

Oui c’est à peu près ça

Demain

Demain je pars

Peut-être

Papa je ne reste pas

Enfin je ne crois pas

Je ne peux pas

Je crois que je ne peux pas tu vois ?

Ou

Pas

Papa

2 - MIROIR MIROIR

Poussière parle à son reflet

Poussière

Aujourd’hui J’ai compté tous les grains qui passent

dans le gosier du moulin

Hier aussi d’ailleurs

Pour dire le temps et l’heure

je suis plus précise que les cloches de l’église

C’est terrible de s’ennuyer à ce point

C’est classe mais c’est terrible

Reflet_

Si tu t’ennuies c’est zéro

C’est si tu languis que c’est classe

Regarde : je m’ennuie. Je languis.

Tu saisis la nuance ?

Poussière

Tu m’as prise pour une princesse ?

Reflet_

Fille de meunier ou pas

tout ce que tu veux tu l’as

Tandis que Simon continue de verser du grain

114

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - théâtre


Poussière

Je ne suis pas une Princesse !

C’est juste que…

Père m’a moulue douce et agréable comme sa farine

Et aujourd’hui il me gâte et me surchoîe parce que je

suis comme il aurait voulu que je sois

Il n’a que moi et moi…

Reflet

Et toi ?

Poussière

Et moi je dis « et moi », « moi je » aussi souvent

Qu’y a-t-il d’autre à faire ici que de se concentrer sur

son nombril ?

Et pourtant vissée à mon reflet, qui a-t-il que je

connaisse moins que moi ?

Reflet

Moi ?

Poussière

Moi ?

Reflet

Il est temps de filer

Envole-toi

Attends que cette douce brise forcisse et s’épaississe

Légère poudre que tu es, tu iras loin

Vois du pays, rencontre des gens et puis surtout

reviens et raconte moi

Parce que, pour le coup, je suis coincé ici et ce n’est

pas drôle du tout

Poussière

Peux pas

Peux pas lui faire ça…

Il en mourrait certainement d’inquiétude

Reflet

Les mauvaises récoltes, la sécheresse, le prix du grain

Il a tous les jours des raisons de mourir d’inquiétude

et il est toujours là

Tu vois, il est solide

Fonce…

Poussière fait oui de la tête mais ne bouge pas, pas d’un

pas. Elle est figée et reste là...

Poussière (au reflet)

Tais-toi

Noir

3 - TRAINING 1 : SE TROUVER DES COMPAGNONS

DE ROUTE. (BRÊME)

Poussière scrute le sol avec une loupe

Poussière à une fourmi qu’elle suit à la trace

« Je vais à Brême pour m’y faire musicien de la ville,

viens avec-moi, l’âne, et fais-toi aussi recevoir dans

la musique. Je jouerai du luth, et toi tu sonneras les

timbales »

Simon entre en jouant de la flûte

Bonjour Poussière

Poussière

Jourbon Simon

Simon

Ca mord ?

Poussière

Non mais c’est connu

Y’a pas plus têtu qu’un âne

(elle écrase la fourmi qu’on entend agoniser)

Ah me voilà bien seule à présent

Voyager seule ce ne serait pas prudent

Elle sort. Simon reste là…

Simon

Et la flûte ?

Pour t’accompagner, c’est bien la flûte

Ce n’est pas bien la flûte ?

Zut

Noir

4 - LA REALITé éCONOMIQUE

Le père

Sacrebleu / sac à puces / saccadé / sac percé /

sacripant / ça crispe / saccager / par saccades / tous

mes sacs / ça craint / tous mes sacs / mis à sac /

sacrifiés / ça crée du déficit c’est sûr !

Simon

Peux vous aider patron ?

Le père

C’est pour ca qu’j’t’emploie

Père et Simon en chœur

Sacrebleu / sac à puces / saccadé /sac percé /

sacripant / ça crispe / saccager / par saccades / tous

mes sacs / ça craint / tous mes sacs / mis à sac /

sacrifiés / ça crée du déficit c’est sûr ! / Sacrebleu /

(Poussière entre) Sac ah Poussière

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - théâtre 115


Père

Ah poussière, jolie poussière

Sois heureuse, tu te maries

Poussière

Quoi ?

Père

On n’dit pas quoi on dit comment

Mais oui…

Tout cela mérite peut-être une explication…

Je fais court...

Très bel hiver que nous avons eu n’est-ce pas ?

Les oiseaux se demandent pourquoi se fatiguer à

migrer dans des contrées plus chaudes puisqu’ici il fait

déjà bien assez chaud

Donc ils squattent

Chez eux c’est partout, partout c’est chez eux. Donc

chez moi c’est chez eux

Ils ne s’embarrassent pas

Une fois qu’ils ont réglé la question du voyage, reste à

savoir comment se nourrir

On en arrive à mes graines chapardées honteusement

par ces volatiles peu scrupuleux.

Oui ma petite : je périclite j’ai besoin de fric

Conclusions : tous les oiseaux sont des voleurs et des

fainéants et toi tu te maries

Point

Avec un mari riche ça va de soi

Que j’ai déjà choisi

Et

Il te plaira

Il a

Ce qui ne gâte rien

Un petit je-ne-sais-quoi de moi plus jeune

Poussière bas à Simon

Il faut que je me carapate

Père

Comment ?

Poussière

On n’dit pas comment on dit pardon… oiseauphobe !

Noir

5 - TRAINING 2 : LES COURS DE LANGUE

Simon entre

Jourbon Poussière

Poussière

c’est bon Simon

Je suis très occupée

J’apprends l’Anglais

Ca urge

Mon père veut me coller à un benêt

Et ça ce n’est pas possible, isn’it?

Il faut que je décoince vite vite d’ici

Mais I prefer voyager internationale, tu piges ?

Sorry but Sorry

Simon

Je vais t’aider. Répète after me

Poussière

Okay boy

Simon

To Bombay a travelling circus came, they brought an

Intelligent elephant and Nellie was her name

Poussière

Her name

Simon

De Bombay vint un cirque itinérant

Qui transportait un intelligent éléphant

Qui s’appelait Nellie

Poussière

Oui

Simon

One dark night she slipped her iron chain

Poussière

Cheyenne wouhwouhwouh

Simon

And off she ran to Hindustan

And was never seen again...

Une noire nuit elle brisa ses chaînes

Et s’échappa loin de l’Inde

On ne l’a jamais revue... ooooooo

Poussière

Oooooo

Simon et Poussière

oooooooOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Sur leurs ooooooo s’ajoutent ceux des Toy Dolls. Ils dansent

sur le refrain

Poussière

Merci Simon

Maintenant je suis presque prête

Il ne me reste plus qu’à apprendre l’allemand, l’italien,

l’espagnol, le chinois, le turc, l’arabe littéraire et après

je pars

116

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - théâtre


Elle sort

Simon

Je pourrais lui servir de guide peut-être

Noir

6 - DE LA VISITE

Entre le riche prétendant. Appelons le Vigand. Il est en effet

le portrait craché du père... à se demander s’ils ne font pas

qu’un d’ailleurs. C’en est troublant. Vraiment troublant...

Poussière

Qu’est-ce que / quoi / oui / je peux vous aider ?

Vigand

Salut ma promise. Tu veux croquer dans ma poire ?

Poussière

Hep hep hep

Mon promis d’office c’est donc toi ?

Un homme qui offre sa demi-poire au premier rendez-vous

J’aime bien, j’avoue,

Mais c’est fort culotté

Vigand

Okay d’accord

Pardon d’accord

Je te propose un accord

Je t’invite à dîner

Je te fais visiter tout le verger

Et je te laisse choisir la poire que tu voudras partager

Poussière

J’vais réfléchir j’vais voir

Vigand

Quand tu voudras, tu sauras où me trouver

Poussière

Où ?

Vigand lui tend un bout de papier

Sur ce bout de papier

Poussière

J’te dis j’vais voir

Noir

Vigand

Houlala pas la moitié

je t’ai juste demandé si tu voulais croquer

Poussière

Et pourquoi ? Pourquoi que je croquerais ?

Vigand

Parce que tu veux poser tes lèvres à l’endroit où j’ai

posé mes lèvres

Parce que tu me trouves beau

Poussière

Non

Ca ne suffit pas « parce que je te trouve beau »

(elle se radoucit )

Même si t’es beau c’est vrai

On ne peut pas nier

(puis se ressaisit)

Mais bref dis donc on ne croque pas dans une poire

pour si peu

Vigand

Allez une bouchée pour faire plaisir à papa…

Poussière

Alors là c’est bizarre

J’en veux plus du tout d’ta poire

La pièce de théâtre est publiée en deux parties.

La suite sera à lire dans le n° 10 (novembre 2015)

// Next parts of the theatre will be published in n° 10

of L.ART en Loire (nov. 2015)

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - théâtre 117


manuel

atreide

verticalities

L'observatoire – Paris

Mineral, rough, utilitarian. Magnificent.

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


I have always liked stairs.

Maybe because I grew up

in a single storey house; but

there were stairs elsewhere...

In my grandparents’ house

for example. On tuesday

evenings, we used to hide in

the stairway to look, through

a small hole, at the movies

we did not have the right to

watch.

At school as well, there were

stairs. Grand staircases

to access the park at the

nursery school, grand

staircases to go to class in

primary school, or college.

Large stairs at Corneille

High School in Rouen, where

I tumbled to rush into my

classrooms.

I have gone up and down

these stairs, to move

forward. This is what often

amuses me: stairs seem to go

around in circles and yet they

allow us to go up or down. A

staircase is a fine joker, thus

it’s very human. It can be

wobbly and yet absorb the

shock of thousands of feet

drumming on it every day,

every hour, almost every

minute. It can be made of

stone, it can be straight,

majestic, a place of power. It

can be modern, old, avantgarde

or retro, private or a

parade place. It may even be

natural.

Moreover, stairways are often

beautiful. They’re not always

easy to photograph, but they

are architectural objects

that like photographers. For

that alone, I love and shoot

them.

Welcome to their world.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 119


Le Louvre – Paris

The majestic staircasess of the Cour Marly will have to forgive me

but their swagg owes a lot to this as beautiful as discrete banister.

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


Le Louvre – Paris

Between two walls pierced by oculi, Ieoh Ming Pei crisscrossed the escalators,

considering them as oblique panoramic lifts

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 121


122 L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


Le Louvre – Paris

Within the lavish Napoleon III apartments, this little metal spiral staircase landed there,

cocky and beautiful in its simplicity.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 123


Notre Dame des Victoires – Paris

This modern staircase has chosen to live in a baroque church.

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


Grand Phare – Île de Sein

Screwing up endlessly from the darkness, into the light.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 125


126 L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


Le Louvre – Paris

Take these tourists into

your merry-go-round, beautiful staircase,

they are oblivious

of the technological and architectural

feat you are. this is your ultimate beauty,

you hide your true self behind your role.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 127


Le Louvre – Paris

This nice little secret staircase is actually a shortcut between the French painting and Pharaonic Egypt.

The staircase is also a machine to travel back through time

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


L’observatoire – Paris

It is the shortest one and yet this staircase takes you to the stars

with his sidekick, the telescope.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 129


130 L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


Chateau de Trevarez – Saint Goazec

This bright caterpillar adorned with a bronze tint that staircase

which is anything but beautiful in its simple geometry.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 131


teklal

neguib

poésie

printanière

Cerisiers en fleurs,

Nuages printaniers

Dans un ciel bleu

Coule coule la rivière

La neige fond,

Et embrasse l’océan

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


Parmi les fleurs, éperdu, l’enfant hume la bonne odeur de la terre.

Eclosent les bourgeons d’arbres et émerveillent le petit garçon,

qui rit de tant de beauté, et danse, danse…

Hommage au soleil, à la nature, qui renaît, son regard

se perd dans l’immensité d’une prairie parée de mille couleurs.

Au loin les cliquetis-cliquetas d’une petite rivière,

deviennent douce musique, et accompagnent tendrement

ce merveilleux instant.

Soleil irisant le ciel, et réchauffant une terre encor’ fraîche

des temps d’hiver, l’astre s’amuse de cet enfant,

qui chante à la nature une ode de sa création.

Chant des oiseaux, bruissement léger d’une bise entre les arbres,

la nature enfin s’éveille, et la faune endormie peu à peu revient

à la vie.

Et l’enfant, à travers champs, prés et prairies, court de joie

devant la beauté de ce nouveau printemps.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 133


Gérard

Artal

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


Pont de Royans

Dans la douceur du lieu par les vents assoupis

Sur les bords de la Bourne en réel arpentage

Va notre bon plaisir le souhait est acquis

Tout s'assemble à l'endroit au-delà l'avantage

S'étire la bourgade au chemin d'ici-bas

C'est un pan irrité de vieux murs à l'offrande

Des bâtis asservis aux clichés des médias

L'extase du regard que pupille quémande.

C'est la vie qui s'écoule au voyage du temps

Sous l'aspect sinueux des flots forçant les rives

Au rythme de l'afflux qui fleurit le printemps

Tout abreuvant l'amant doué d'initiatives

En la matière ouvrée je songe aux artisans

Le bourg, le bois, l'abri sans trêve à l'édifice

Au Vercors un symbole il est Pont de Royans

Et d'une onde à chérir... l'eau son ambassadrice

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres 135


Aigues-Mortes

Vieilles pierres d'un temps ont fait haut cet ouvrage

Qui m'exhorte en élu tel un vieux troubadour

Dont le cœur n'a rien vu sans chanter l'assemblage

D'où je tiens à l'hommage y mander mon séjour

Le rempart livre honneur à celui qu'il accueille

Tout soufflant le passage à le presser du pas

En exalté du lieu de l'entour je recueille

Grand plaisir en saison dispensé des frimas

Vous renvoie méditant la vertu de Constance

Un éclat sacro-saint des années douze cent

De son hautain aspect l’ancestrale endurance

A la terre de France attachée posément

Resplendit l'étendue le ciel est sans nuage

Où je marche à souhait tout s'anime à la fois

J'accepte le défi parcourir l’apanage

La ville et son enceinte en un Oc d'autrefois

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - d'arbres et de pierres


Carluc

Je peins de mes mots mis le bandage du temps

Aiguillé dans la voie où lève l'édifice

Aux siècles d'un Midi à deux mille printemps

Le Mythe de Carluc assorti du calice

Des âmes de la geste aux convers bâtisseurs

Par l'opus attrayant incertum empilage

Des cantiques d'amants et caresses de chœurs

Au sein du prieuré se vit mon avantage

J'erre à la solitude où tout est silencieux

En ce vide transport à la foulée discrète

L’ermitage isolé du soleil religieux

Y réclame son Dieu et la foi de l'ascète

Me voici dans l'allée des vertueux défunts

De ma main nue tenir un fragment de la pierre

Façonnée au repos de feux les corps d'emprunts

En bon ordre gisants sous leurs robes de lierre

L'espace sacrilège il aura pris ces lieux

Abandonnés des siens qu'on en juge la place

Qui méritait sans doute autres grâces des cieux

Valeur si appréciée ne perdons pas sa trace

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frédéric

javelaud

le jardin

extraordinaire

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Laurent

Platero

F r a n c h i s e

& amertume

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - nouvellissima


Dans la vie, les moments de remise en question ou

de réflexion approfondie sont fréquents.

Ils peuvent surgir lorsque nous sommes devant

la télé, ou lorsque nous lisons un livre. Si le scénariste

ou l’auteur a eu la bonne idée d’écrire une

histoire un tant soit peu réaliste : on s’identifie. Cette faculté

à devenir tous les personnages (même ceux qui ne nous ressemblent

pas vraiment) est parfois insensée. Dès le début

d’une fiction, ou au bout de quelques minutes.

Il suffit d’un instant, où l’acteur va dire quelque chose, ou

faire quelque chose, pour que l’on en conclut : « ça pourrait

être moi ». Et les événements qui s’ensuivent, inattendus

tant que nous n’avons pas découvert l’histoire, créent cette

restructuration intérieure. Nous nous demandons si nous

aurions agi comme tel personnage, et « qu’en est-il de mon

comportement en société ? ».

Malheureusement, c’est une attitude bien souvent éphémère

: à la suite d’un conte, on entame une réflexion aux

couleurs d’un essai philosophique, prêts à gratter cinq cent

pages pour établir notre propre psychanalyse. Puis un détail

nous sort de nos rêves. Un téléphone qui vibre, une mouche

qui vole, et la belle résolution ne laisse même pas lieu à une

procrastination.

C’est, en tout cas, régulièrement ma façon d’être.

J’ai été Xavier à la place de Romain Duris dans l’Auberge

Espagnole, André Duval à la place de Pio Marmaï dans Le

Premier Jour du Reste de ta Vie, Nicolas Rey à sa propre

place dans Un léger passage à vide. J’ai même été Amélie

Poulain. Les auteurs ont ce talent incroyable de réussir à

nous identifier. Souvent. Presque tout le temps. Je m’identifie.

Et dans le condensé d’une existence racontée en quatrevingt

dix minutes ou en cent quatre-vingt pages, je réfléchis

à ma propre histoire. Tout est tellement résumé, parfois avec

brio, que j’envie cette vie fictive.

Moi aussi, je voudrais vivre dans un appartement en plein

milieu de Barcelone avec des colocataires qui viennent des

quatre coins du monde.

Moi aussi, je voudrais me fâcher avec mon père pour partager

des retrouvailles émouvantes quelques années après.

Moi aussi, je voudrais être un ancien alcoolique qui découvre

une nouvelle vie sans whisky.

Moi aussi, je voudrais être une petite brunette asociale et

un peu coincée qui organise une chasse au trésor dans tout

Montmartre.

Mais je ne fais rien de tout cela, encore moins en quatrevingt-dix

minutes ou en cent quatre-vingt pages. Alors

quand je stoppe mon lecteur dvd ou quand je ferme un livre :

j’ai envie de renouveau. Ces vies, suivies dans l’intimité la

plus profonde d’un narrateur indiscret, me font réfléchir. Je

me convaincs de ne pas perdre de temps avec une existence

qui s’annonce trop courte ; je me persuade de dire tout ce

que je pense systématiquement, et d’arrêter de fuir le conflit

ou de ravaler mes mots par peur d’un pénible débat à venir ;

je me motive à draguer sans cesse toute silhouette féminine

passant à proximité de moi, si mon œil aguerri s’est fixé sur

elle ; je m’instaure un quotidien plus sain : footing le matin,

pas d’alcool sans bonne raison, cinq fruits et légumes par

jour, pas trop de télévision, sauf si c’est Arte.

Chaque découverte d’un film ou d’un livre identifiable me

donne envie d’avoir des bonnes résolutions pour le développement

de ma culture et de ma relation aux autres.

Pourtant, tout se passe systématiquement dans le même

ordre : je découvre l’histoire, je me découvre plein de bonne

volonté, « je verrai demain parce qu’il est tard », et ensuite,

tout est oublié.

Je suis un ambitieux sans courage, un désireux sans énergie,

un volontaire sans vaillance.

Ou devrais-je plutôt dire : « j’étais » !

En effet, aujourd’hui même, pour la première fois de ma

vie, j’ai pris une bonne résolution que je compte bien tenir,

et immédiatement ! Je vais affronter le regard des gens, je

vais parler sans me soucier de ce qu’ils vont penser, je vais

draguer, je vais me confier, je vais me mettre à nu.

Et tout ça pour Marie.

Marie, c’est mon « être multifonctions » : elle est ma copine

d’école avec qui je jetais des cailloux dans une rivière pour

rater des ricochets, elle est ma camarade de collège qui a

compté jusqu’à trois pour qu’on s’embrasse sur la bouche et

sans la langue, elle est ma lycéenne travailleuse qui m’a aidé

à obtenir un bac plus rien, elle est mon essai manqué d’une

première expérience nuptiale abominable, elle est la femme

de ma vie que je n’ose plus aborder, elle est la meilleure amie

qui me confie ses secrets les plus intimes, elle est l’odeur de

jasmin mouillé qui ressort de ses yeux quand elle pleure sur

mon épaule, elle est la rebelle extravertie qui m’aide à crever

les pneus de mon conseiller Pôle Emploi quand il arrête mes

indemnités, elle est la proche fidèle prête à supporter l’atmosphère

la plus glaciale après mon hommage échoué lors

d’un mariage que j’ai gâché, elle est ma sœur, ma mère, mon

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - nouvellissima 151


enfant, elle est pour moi Mère Teresa et Mehmet Ali Ağca en

même temps, elle est le citron vert de ma caïpirinha, elle est

ma colonne vertébrale, mes hormones et mes nerfs.

Bref : un « être multifonctions » indispensable à ma vie !

Pour elle, j’espère être un peu tout cela aussi. Elle me l’a

dit, parfois.

Le problème, c’est que moi pas : je ne lui ai jamais dit que

je l’aimais. Parce qu’en fait, je ne l’aime pas vraiment. Je

l’adore plutôt. Mais ça n’est pas assez non plus. Marie, c’est

la fille que j’aime d’une manière indescriptible. Je n’ai donc

jamais su le lui dire.

Hier, après avoir aspiré une bonne trentaine de cigarettes,

sifflé les trois litres de rosé à treize degrés qui se trouvaient

dans mon frigo, et regardé pendant de longues heures un

opéra diffusé sur une chaîne culturelle jusqu’à tard dans la

nuit, j’ai décidé qu’il fallait dire à Marie toute la compassion,

l’amour, la frustration, la joie, le soulagement, l’excitation,

l’émerveillement, le dégoût, le bonheur et la peur que j’avais

de la connaître.

Soyons clairs : Marie est la fille que je ne souhaiterais à

personne de rencontrer, car je suis trop jaloux. C’est Ma Marie.

Avec un M majuscule à « Ma » et à « Marie ». L’un n’allant

pas sans l’autre.

Je ne la prête pas. Je voudrais qu’elle m’appartienne mais

je ne peux pas. C’est purement physique : premièrement,

elle est un être humain, donc il n’est plus légal d’en faire mon

esclave. J’aurais pourtant été prêt à payer à ses parents le

prix fort. Ils ont réussi à créer une chose merveilleuse qu’est

cette enfant. C’est mon rayon de soleil, qui aurait dû être

mon esclave d’esprit, puisqu’elle me permet d’avoir une âme

heureuse et une pensée presque saine. Deuxièmement, il y a

Thomas. Cet homme a une facilité déconcertante à m’énerver

sans ne rien faire. Juste en existant. Parce qu’il est beau,

parce qu’il est fort, parce qu’il est intelligent, sensible, parce

qu’il est gentil, parce qu’il aime la vie, il la croque à pleines

dents, parce qu’il m’accepte alors que je suis aux antipodes

de ce qu’il considère comme quelqu’un de bien, parce qu’il

m’amuse, parce qu’il m’embarque avec lui dans des soirées

et des lieux où il devrait avoir honte de mon aisance à me

mettre dans des états d’ébriété incontrôlables. Il m’énerve

parce que c’est tout simplement un homme sensationnel.

Et surtout parce qu’il a épousé Marie.

Cela fait dix minutes que j’attends, dehors, dans le froid.

La grande porte en bois en face de moi est le seul élément

qui me sépare d’elle. Je vais effectuer ma bonne résolution

aujourd’hui même : j’ai décidé, enfin, de tout lui dire. J’ouvre

la porte et je pénètre à l’intérieur.

Devant moi, l’endroit est beau et l’espace majestueux. Je

ressens une pointe d’angoisse à l’idée de lui parler, mais j’en

ai assez de faire semblant d’avoir un sentiment simple pour

elle, alors qu’une année entière à ses côtés ne me suffirait

pas à qualifier mes émotions.

Je suis bientôt trentenaire, tout comme elle, j’ai grandi

avec elle : je suis passé d’un bambin de trois ans qui lui faisait

manger mes crottes de nez, à un adolescent boutonneux

à la voix enrayée comme les élastiques de mon appareil

dentaire, qui lui confiait des secrets totalement faux pour la

faire rire sans que ça ne marche jamais. Le puceau excité par

son amie, qui avait réussi à la convaincre de tenter un saut

dans l’inconnu du plaisir charnel pour un résultat plus que

décevant, est devenu grâce à elle un jeune homme ouvert

et souriant, mais également un névrosé complexé et décalé.

Comment ai-je pu passer toutes ces années sans lui raconter

tout cela ? Qu’est-ce que j’attends pour lui dire de vive voix

tout mon amour pour elle ?

Je suis un grand timide qui n’ose pas parler de choses

simples.

Je vois Marie au fond de la pièce. J’expire pour prendre

des forces. Parler est parfois une action très difficile ! Je me

suis souvent fait la réflexion que rien ne servait d’attendre.

La communication est la plus belle chose qui soit.

Alors parle ! Sois courageux ! Indique à la foule entière

que Marie est la femme de ta vie, l’amie de ta vie, ta confidente

de nuit, et ton ennemie de jour. C’est idiot d’attendre

qu’il soit trop tard ! Tu pourrais faire un monologue sur tes

souvenirs avec elle, ou un discours sur la progéniture, faite

pour elle, que tu es. Même écrire une chronique sur le bar

vidé, en grande partie par ton foie, le jour de son mariage,

parce qu’elle a dit « oui » à Thomas, et que tu t’es mordu les

joues jusqu’au sang, quand le maire a demandé si quelqu’un

s’opposait à cette union.

Je crois que l’opéra d’hier soir m’a convaincu. Je pourrais

tenter de lui dévoiler mon âme comme un ténor le chanterait

en plein théâtre San Carlo, mais je vais plutôt choisir la

solution plus douce pour mes cordes vocales : parler. C’est

déjà un exercice difficile pour quelqu’un comme moi, alors je

vais éviter d’éclater des tympans. Je me suis régulièrement

motivé en me rappelant qu’il est bon d’entendre des paroles

franches et sincères, et en me persuadant que mes opinions

152

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - nouvellissima


envers Marie n’étaient, au final, pas si négatives.

J’aimerais qu’elle me dise qu’elle m’aime, mais pas

simplement.

Je suis à quelques secondes de l’échéance. Dans vingt

mètres, je serai à côté d’elle, et je lui parlerai. Je lui avouerai

tout : mes joies, mes peines, mes déceptions et mes envies.

Je marche vers elle avec une nonchalance incontrôlée. J’ai

peur. Mes yeux fixent le sol mais je sens tous ces visages qui

pourraient être là. Ses parents, ses frères et sœurs, ses amis

(mais pas autant que moi), son Thomas (mais pas comme

moi). Je traîne la patte et c’est le cœur battant que je révise

dans ma tête. Je pourrais me dégonfler et remettre tout ça à

plus tard. Ça peut paraître idiot, mais il est vraiment difficile

de dire aux gens qu’on les aime. Nous avons plus souvent

déclaré officiellement des guerres à nos ennemis que raconté

des douceurs à nos proches. Tout comme il est plus facile

d’envoyer une lettre de plainte à un service clients, que des

félicitations et des encouragements.

Je vais lui parler, je vais déballer tout ce que j’ai sur le cœur

depuis toutes ces années.

Oui Marie, j’arrive. Je voudrais te raconter les milliers de

choses faites ensemble, je voudrais te dire à quel point il est

bon d’être à tes côtés, je voudrais te voir renaître après une

annonce comme la mienne : je serais tellement ravi si une

nouvelle histoire pouvait commencer entre nous. Je suis

Julien Janvier et tu es Sophie Kowalski dans Jeux d’Enfants.

Je voudrais être aussi beau que Guillaume Canet dans ce film

pour que tu te sentes Marion Cotillard en suivant. Je n’ai certainement

pas grand-chose à t’apporter, si ce n’est des mots

à mettre sur des sentiments complexes.

Tu es le papier et je suis l’encre. Tu es l’émetteur et je suis

l’antenne. Tu es le pinceau et je suis l’acrylique. Tu es une

pervenche et je suis un procès-verbal. Tu es une langue et

je suis ton carnet de timbres. Je suis mal parti pour te parler

car je n’ai que des images minables à te donner pour te citer

notre dépendance !

Tu es Igor et je suis Grichka.

Je pense être prêt à crier à la Terre entière l’intérêt que

j’ai pour toi.

Mesdames, Messieurs, il ne faut pas croire qu’une bague

au doigt ait permis de faire chavirer Marie dans les croyances

les plus douteuses de la relation homme - femme. Elle a accepté

de se sacrifier pour le meilleur et pour le pire, à un

homme merveilleux, certes, mais pas le bon. Le bon : c’est

moi. Je suis son réflexe numéro un. Elle peut compter sur

moi vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je suis encore

plus réactif qu’un guépard face à un bébé gazelle. Sa police

d’assurance n’est autre que mon numéro de téléphone dans

son répertoire. Les gens ont cette folie de passer leur vie

à chercher pourquoi nous sommes nés. Moi, j’ai trouvé dès

mon plus jeune âge, quand Marie m’a dit : « et si on jouait au

docteur ? ». En fait, je suis plus qu’un toubib en osmose avec

son travail, je suis bien plus fort que Randy Barnes au lancer

du poids, et plus productif que Basquiat en pleine montée

d’héroïne. Pour elle, je suis prêt à devenir le serviteur le plus

fidèle que Louis XIV n’ait jamais eu. Je suis tombé sous son

charme, et sous la terreur de sa diablerie la plus méconnue.

Mesdames, Messieurs, il faut que je vous dise quelque

chose : je suis un psychopathe fou et dangereux, prêt à me

transformer en agréable chiot amputé de ses crocs. Tout

cela, pour elle.

Je n’aurais pas dû regarder cet opéra à trois heures du

matin. Allez savoir pourquoi, sans ne rien comprendre aux

paroles, qui ressemblaient plus à des râlements d’un porc en

plein entrepôt de Smithfield Foods qu’à un chant, j’ai eu un

déclenchement dans ma tête. Je me suis dit qu’il était enfin

temps de parler à Marie.

Sauf que là, maintenant, tout de suite, alors que je me rapproche

d’elle, je ne suis plus très sûr. Il y a quelques secondes

encore, je voulais devenir l’homme le plus franc du monde,

la sincérité incarnée.

À présent que Marie est en face de moi, si calme, si paisible,

j’ai le vertige.

Je caresse du bout des doigts son lit de bois. Je lève enfin

les yeux vers les dizaines de personnes assises face à moi,

qui me regardent d’un air blessé. Elles attendent qu’à mon

tour, je parle à Marie. Thomas vient de se rasseoir après son

discours émouvant.

Putain j’ai mal.

L’opéra n’a rien à voir avec ma décision subite de confidence.

J’avais juste envie de trouver une autre excuse que

les remords d’avoir passé toutes ces années à me dire « un

jour, je lui dirai ».

Maintenant c’est trop tard.

Dans quelques minutes, les gens vont se lever, pleurer,

suivre un cortège sous le choc d’une disparition, et jeter

quelques cailloux contre un cercueil qui contient le corps

sans vie d’une amie, d’une amante, d’un amour.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - nouvellissima 153


kieran

wall

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia


La pluie qui tombe

M’effraie un peu

Sous ces gris qui m’incombent

Des favoris du ciel aqueux

S’écoule l’outre tombe

Charon verbeux

Explique en trombe

Les humains du trop peu

Du vide en eux naissent les bombes

Des hommes-ogres

Aventureux

L’imagerie féconde

Des appétits nécessiteux

Alimente la ronde

Des écrasements vertueux

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia 155


Dansant d’ellipse en interstice

J’essaie de peindre pour le mieux

Tout ce qui devient sacrifice

Le temps d’un cillement des yeux.

Tentant de retenir l’instant,

Ce que je vois et hallucine

Est mon substrat salamandrant

Dans ces flammes que j’imagine.

L’altération du sens avance

En comburant de mes douleurs,

Une solution en l’absence

D’êtres humains et leur chaleur.

Abîmés dans les descriptions

D’une réalité oblique,

Mes sens se fendent d’incursions

Dans des baignades cathartiques.

156

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia


Je suis le peuple… élevé à l’interstitiel,

Ma voix rauque naquit de son abjection :

Râle nourri par cette imprécise oppression.

Couleurs douloureuses, tableaux cicatriciels,

Je m’embusque derrière ces temps de grisaille

Et vois progresser un désespoir matriciel…

Madame Esthétique exige des représailles :

Un appel à la vie, par-delà le scléreux

De la substance énergétique de ce monde

Qui glisse dans une absence nauséabonde

Vers le néant de l’avoir, ce songe chancreux.

Le peuple m’a pondu entre deux yeux qui clignent,

En fresques fractales de son rêve sans creux

J’érige des tropes d’une fadeur insigne.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia 157


Civilisation sans issue

Pseudo secret du superflu

La vie délivre sa massue

Dans le manège de ses flux

Souriez ! C’est votre vie sur bandes

Et l’érection de leur pouvoir

La verticalité qui bande

Sans plus rien pour nous émouvoir

Que l’aide qu’ils quémandent

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia


« ... le regard lavé de toute de toute brume, de tout vestige de regret, [...] »

Jean VIGNA, Permanence du signe

Appel

Regard lavé des certitudes,

De tout vestige du serein,

Lave-moi donc des attitudes

De ces souhaits adultérins.

Ame lavée de toute haine,

De tout vestige de regret,

Joue tendrement la mise en scène

D’une vie lisse, sans secrets.

Image exacte en rectitude,

Aide-moi donc à abeausir

L’enchaînement des turpitudes

Formant ma vie à adoucir.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia 159


khalid

el

morabethi

Au-dessous de la table

Au-dessous de la table,

Un inconnu se cache toujours,

Il ne voudrait point voir le jour,

Il voudrait rester ici même si les ténébreux dansent tout autour,

Son chien lapait le sang qui formait une petite mare sur le tapis blanc,

Le sang d’un musicien qui avait oublié son chant.

Ici,

Une absence du jour et de la nuit,

Le temps passait habituant l’inconnu à sa nouvelle vie,

Le temps chantait les prémices de choses plus terrifiantes à venir,

Le temps récitait des vers qui sont difficile à retenir,

Les secondes, les minutes et les heures passèrent,

Avec ce silence menaçant et les prières,

Ce silence qui oblige à ne pas parler, même avec son cœur,

Même avec le seul petit souvenir qui illumine faiblement la foi,

Au petit cœur,

Attendant la lueur,

Ce silence qui rend fou, fumeur et penseur,

Ce silence qui oblige l’âme a écouté les cris intérieurs,

Jusqu'à ce qu'il meure.

Doucement,

160

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia


Silencieusement,

Malheureusement,

Seul.

Au-dessous de la table,

L'inconnu observait d'un œil sidéré ses mains,

Sales, dures, grandes et inhumaines,

Ses mains qui murmurent et qui l'accusent,

Qui entendent ses pardons et qui refusent,

Qui ont honte !

Elles lui frappent le visage et il pleure,

Elles lui crève ses yeux et il sent la douleur.

Au-dessous de la table,

" Mal... Mal ! " Il crie,

" Silence inconnu, vous étiez vous-même le malheur,

Silence, vous étiez un tueur,

Restez ici, au-dessous de la table et pensez,

À votre naissance, votre innocence,

Votre conscience,

Votre seul et unique crime, "

Disait cette voix derrière,

Et disparaissait, c'était peut-être le père.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia 161


A, accent grave

A, accent grave,

À côté, deux hommes de noir vêtus disent qu’ils savent,

Que ce n’est pas grave,

S’ils peuvent dire des mensonges,

Si leur nom de famille est Ange,

Si leur stylo bleu voulait écrire une nouvelle genèse,

Une nouvelle hypothèse,

Et oser écrire en rouge la vérité entre parenthèses.

A, accent grave,

À côté d’un arbre parlant, une personne qui joue de la lyre,

De l’autre côté, un poète d’une autre ville, ne fait qu’écrire,

Et prés de lui, un crieur ‘’ Je ne voudrais pas partir ! ‘’

Et sa femme enceinte lui dit qu’il faut absolument sortir,

De leur désert, leur terre leur maison, leur jardin,

Vendre l’arbre et mettre fin.

‘’Il faut une fin ! ‘’

Dit du haut de la grande tour, un conteur,

Puis il sourit

Et silencieusement comme son père, il meurt.

‘’ Accent grave sur le a ! ’’

Me dit un monsieur en colère et s’en va,

Et …

Dans un silence d’enterrement,

Le vent se leva,

Et magiquement, il se mit à chanter dans une langue inconnue,

Une langue qui a pu faire renaître la mère,

Un espoir peut-être d’un enfant ou d’un père,

Une foi qui a repris enfin son apparence humaine,

Un espoir peut-être, un sourire d’une reine,

Une étoile d’un regard ouvert,

C’est la mère, la mienne ou la sienne, les bras ouverts.

Accent grave,

Un chemin s’est ouvert,

Le maudit ouvre ses yeux, marche enfin avec des ailes derrière.

162

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia


Dehors

Dehors,

L’annonceur crie que Léopoldine est morte,

Et alors que rien ne semblait vivre encore, les crieuses sortent,

Le jour, la nuit, les hommes et leurs maîtresses avaient disparu

C’est pour cela, le soleil sans lumière est apparu,

C’est pour cela, il y avait ce silence.

C’est pour cela, il n y avait plus de sens.

Aucune magie,

Aucune foi,

Aucune reine fidèle à son roi,

Aucune fleur,

Aucun médicament pour la douleur,

Aucun révolutionnaire,

Pour sa terre injustement prise et pour ses frères.

Aucune naissance d’un héros.

Aucun message d’un sage.

Rien, que la blancheur d’une page.

Dehors,

Le père crie ‘’ Léopoldine, ma fille, est morte

La dernière déesse est morte,

La dernière pure âme,

Mon unique petite flamme,

Mon unique cause.

Ô Rose !‘’

Dehors,

La voyante crie que demain, la peste,

Les gens, inquiets, partent mais le père reste,

Près de la tombe avec son bouquet de fleur,

Souhaitant qu’il, meure

Heureux, près d’elle,

Fermant les yeux et oubliant ce monde cruel.

‘’ O Léopoldine, ma fille, je suis toujours, près de toi, ma belle. ‘’

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia 163


seb

doubinsky

the poet visits his friend the painter

the sun plays on the wall

they both see a different image

the poet smokes

on top of the mountain

small cloud large clouds

nature mumbles something

into the poet's ear

thunder on the mountain

164

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia


le poète rend visite à son ami peintre

le soleil joue sur le mur

ils ne voient pas la même image

le poète fume

au sommet de la montagne

petit nuage gros nuages

la nature murmure quelque chose

à l’oreille du poète

tonnerre sur la montagne

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - francophonia 165


dans la

bibliothèque

par

teklal néguib

166

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - Dévouverte


Rien

Emmanuel Venet Éditions Verdier

Rien est un magnifique roman, écrit par Emmanuel Venet, racontant l’histoire d’un

couple, marqué par l’usure et la quotidienneté. La fin des rêves et du romantisme

marque-t-elle à jamais de son sceau maudit la mise à mort d’un couple, ou reste-t-il un

vague espoir, une once d’on ne sait quoi, qui puisse encore le sauver ?

Ce couple est parti pour un voyage de la dernière chance au Négresco, et après l’amour

vient l’heure de la rêverie. Dans les mirages du passé, que penser des autres ? Que

penser de soi-même ?

Particulièrement bien écrit, rappelant les romans très XIX e siècle de Zola ou

Flaubert, Rien est une étude de cette comédie humaine qu’est le couple ; c’est aussi

un délice que je vous invite à déguster.

Les orgues de basalte

Henri Aram Hairabedian Jacques Flament Éditions

Voyage cauchemardesque dans la folie des hommes, qui ont oublié que la nature

n’était point un objet que l’on exploite mais un être vivant que l’on respecte, sous peine

de vengeance, ce roman pose la question de savoir si l’on peut encore sauver cette

humanité à laquelle nous appartenons.

Et quand bien même le pourrions-nous, méritons-nous d’être sauvés ?

Atmosphère suffocante d’un monde qui se meurt, êtres esseulés, et mourants, violence,

haine, exploitation, nous sommes emportés dans ce monde où Emmanuelle Béart se

transforme en un phare à l’horizon, vague note d’espoir, pour ne point se laisser mourir.

Un livre à découvrir pour prendre conscience du monde qui nous entoure,

et de sa valeur.

Le pêcheur et le cormoran

Stéphane Sénégas Éditions Kaléidoscope

Magnifique livre, sorti en 2013, Le pêcheur et le cormoran se lit autant que se mire, tant

la beauté du trait est hypnotisante. Véritable œuvre d’art graphique, le livre raconte

l’histoire d’un cormoran qui voulait pêcher des poissons pour les manger, mais finissait

toujours par s’étouffer lors de sa dégustation.

Confronté à une problématique apparemment insoluble, Il trouvera la solution à son

problème en devenant ami avec un pêcheur qu’il aidera en retour.

Beau livre sur la solidarité, à avoir dans sa bibliothèque, le pêcheur et le cormoran

est un livre pour les enfants, les grands comme les petits, pour le plus grand

bonheur de tous.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 - Dévouverte 167


Les artistes

Teklal Neguib

Artiste, Teklal Neguib est aussi écrivaine, et rédactrice

en chef de L.ART en Loire, revue de culture et

d’expression artistique (fondée en 2013). Elle écrit pour

de nombreux sites et magazines.

Traductrice du Manifeste métamoderniste dont

Luke Turner est l’auteur original. Le Metamodernist

Manifesto est publié sous une Creative Commons

Attribution Non-Commercial Share-Alike licence.

// Artist, Teklal Neguib is too a writer, and the chief

editor of L.ART en Loire, an international culture

and art expression webmagazine. She writes for

various websites and magazines.

Translator of Metamodernist Manifesto, written by

Luke Turner. The Metamodernist Manifesto is published

under a Creative Commons. Attribution Non-

Commercial Share-Alike licence.

teklalneguib.com

twitter.com/teklalneguib

L.

Fiston de Teklal Neguib, j’ai six ans. J’aime la poésie et

les chants. J’adore les haïkus, Soseki et Bashô. Je crée

des poèmes depuis que j’ai cinq ans.

John Lauinger

John Lauinger is a journalist and editor, steeped in

New York City tabloid culture. He's from New York,

lives in Brooklyn. You'll hear from him again.

Gaetan Sortet

Né le 15 janvier 1974 à Namur, Belgique. Artiste

pluridisciplinaire dont la base de travail est l'image

(photo, vidéo, peinture) et le texte. Au gré de

rencontres diverses dans le milieu de la poésie belge

(Jacques Izoard, Ben Arès, David Besschops), il s'est

mis à écrire des textes à la manière automatique et

des aphorismes. A publié dans différentes revue de

poésie dont Népenthès et Paysages Ecrits.

gaetansortet-art.be

Evelyne Charasse

Je m’appelle Evelyne Charasse.

Je suis née en 1960 à Chalon-sur-Saône. J’habite

actuellement à La Rochelle.

J’essaye d’écrire des flocons de neige

Caroline Stella

Caroline Stella, comédienne, ancienne élève du cours

Florent, auteure.

Classe de Marie-Anne

Classe de Marie-Anne (maîtresse) et Anne

(remplaçante) : Romane, Juliette, Lily, Ambre, Zoé,

Capucine, Tamara, Marguerite, L., Victor, Manolo, Léo,

Alessandro, Thomas, Elouan, Joshua, Mathéo, Lilo, Evan.

Robert Najlis

Robert Najlis is a painter, working primarily in oils, but

also in chinese ink, and collage. His work involves an

intuitive, analytical and meditative journey into the

questions of life, and our place in it, looking especially

at our connection with our own selves and life around

us. Born in New York City, he has lived and traveled in

Asia, and Latin America where he has collected a great

deal of inspiration reflected in his work today. Robert's

painting lineage traces directly back to Hans Hoffman.

He has added to this by studying Chinese Calligraphy,

as well as the concepts and work of artists including

Matisse, Cézanne, Chagall, Miró and Qi Bai-shi.

robertnajlis.com

Alexander Merry

Alexander was born in the industrial North of England,

Newcastle-Upon-Tyne in 1970.

He moved to the rural countryside of North Wales in

2002, working as a Corporate Banker, as he continues

to, to this day.

Passionate about the arts, his early forays into poetry

fulfil earlier ambitions of writing creatively, using a

mix of rhyme, emphasis on the darker side of life and

nature, an example being ALZ-2015, a poem / passage

about his Father's Alzheimer's disease, which has

undertones of gothic horror.

He hopes to develop a wider portfolio of work over

the remainder of 2015, primarily writing for his own

pleasure and therapy.

Gérard Artal

Membre de la Société des Poètes Français

Plus de 450 poèmes présentés sur mon site :

artal-poemes.fr

Un roman historique Qui était L.P Un recueil de

généalogie De Caffoz à Caffot Publications dans

diverses revues et journaux (L'agora... revue de la

Société des poètes français, L.ART en Loire, Revue

Littéraire Acacia, Centre Presse Aveyron). Lauréat

de divers prix dont en 2008 Lauréat au concours

de poésie Centre Presse, en 2010 Deuxième prix au

concours international de poésie francophone de

l'Alliance française, en 2011 troisième prix francophone

de la Ville de Cavalaire.

Gérard Artal possède divers sites et blogs : artalpoemes.fr,

midiblog, blog du Sud Ouest.

Fred Javelaud

Photographe, graphiste, maquettiste... Diplômé des

Beaux arts de Marseille. Photographe du quotidien, il

tend à révéler la beauté de ces petits riens... qui font

la vie.

Luke Turner

Luke Turner is a London-based artist and author of

the Metamodernist Manifesto.

http://luketurner.com/

Social Literature

@SocialLit is Donnie Welch, BFA in Writing from @

EmersonCollege. Exploring new mediums for poetry to

act as a tool for change and positivity.

168

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015


Kim Kessaris

Kim Kessaris used to be a tennis player. Then she went

to school and studied poetry and social justice. She

knew nothing yet about herself or her place in the

world, and yet she knew something of the world. Years

later, she has worked with hundreds of young people

and learned a lot more about how to be. She knows

less about the world now. Periodically she publishes

poems, most recently in Barnwood magazine and DMQ

Review.

Seb Doubinsky

Seb Doubinsky est né à Paris, en 1963. Bilingue, il écrit

en français et en anglais. Il a publié des romans et des

recueils de poésies en France, en Angletere et aux USA.

Il enseigne actuellement à l’université d’Aarhus, au

Danemark, où il vit avec sa femme et ses deux enfants.

Naoufel

38 ans, employé.

J’écris et je peins pour ne pas oublier que j’existe.

Dominique Lancastre

Dominique Lancastre was born in Guadeloupe. After

his Baccalaureate, he left Guadeloupe to study at Paris

XII University. He was awarded a Bachelor of Arts and

a Master of Arts. He pursued his studies for a further

year to achieve a postgraduate Certificate (DEA) to

be awarded a PhD in American Studies. So far he

has published three novels : La Veranda - Retour à la

Grivelière - Une Femme Chambardée Editions Fortuna.

Some of the novels are being studied at school in

France and the French West Indies.

Manuel Atreide

Blogueur et journaliste, il a collaboré à Minorités et

l'Hémicycle. Spécialiste de la révolution numérique,

passionné par l'information, la photographie, les

musées, la danse et l'opéra, il travaille sur les questions

de la place sociale des minorités tout en écrivant son

premier bouquin.

Laurent Platero

«Curieux des « non-dits » et des réflexions intimes,

amateur de textes en forme de confession, préfère la

description des sentiments et de l’état d’esprit d’un

personnage à son environnement.»

facebook.com/laurent.platero

twitter.com/laurentplatero

Kieran Alexander WALL

33 ans, traducteur technique et légal de formation,

passionné de poésie et de littératures classiques et

modernes. Poésies, un premier recueil publié en 2012

chez Stellamaris Editions (Brest).

Khalid El Morabethi

Né le 10 juillet 1994 à Oujda au Maroc, il poursuit ses

études à la Faculté de Lettres Mohamed1 de Oujda,

en littérature française. Il aime écrire. Parfois il écrit

les mêmes phrases, les mêmes mots mais surtout pas

les mêmes sentiments. Il veut juste écrire un message

mais il lui faut juste cette chose, ce stylo d’or, cette

force, cette voix, cette muse du ciel. Il a pris plaisir à

inventer des vies et à les raconter. Le 8 mars 2013,

son poème Une mélodie silencieuse, mis en voix par

Véronique Sauger, a été diffusé sur Radio France.

Ce poème a remporté le Prix spécial Coup de coeur

(concours d’écriture Grand prix Contes du Jour et de la

Nuit 2013).

L.ART en Loire est une revue internationale de culture et d’expression

artistique, née et créée en la ville de Saint Nazaire, en France.

directrice de publication/rédactrice en chef teklal neguib

graphiste/maquettiste frédéric javelaud

gestionnaire site web teklal neguib

Pour nous contacter, nous transmettre une contribution, un

communiqué de presse, nous tenir informés d’une sortie de livre,

d’une exposition, nous faire part de vos critiques, vous pouvez nous

écrire à lartenloire@gmail.com Tous les textes, toutes les œuvres

publiés restent la propriété exclusive de leurs auteurs respectifs et

sont protégés en vertu des lois en vigueur. La rédaction n’est pas

responsable des textes et images publiés, qui engagent la seule

responsabilité de leur auteur.

édition

Teklal Neguib, pour L.ART en Loire

44600 Saint Nazaire (France)

Site web de la revue lartenloire.weebly.com

Facebook facebook.com/L.ARTenLOIRE

Twitter twitter.com/LARTenLoire

Site de lecture : yumpu.com

ISSN 2256-988X - Dépôt légal 24/06/2015

date de parution 24/06/2015

Revue gratuite ne pouvant être vendue

Pour obtenir la version d’impression, il convient d’en faire la demande

à Teklal Neguib par mail à lartenloire@gmail.com

à noter que dans ce numéro, les images du Digital poetry game

risquent d’apparaître de moindre bonne qualité lors de l’impression,

étant donné que nous ne pouvions pas obtenir ces images en HD.

Il en va de même pour les photos du « mur » dans la série à hauteur

d’enfant de L.

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 169


Appel à travaux :

L.ART en Loire # 10 (nov. 2015)

Règlement de l’appel à travaux :

Article 1

L.ART en LOIRE est une webrevue gratuite d’art et de littérature et

faisant appel à des contributeurs bénévoles. Vous pouvez découvrir

les anciens numéros ici : issuu.com/l.artenloire

Article 2

Le fait même de proposer des textes, poèmes, articles, photos… ou

d’accepter d’en écrire/produire un vaut acceptation du présent règlement

et autorisation de publication.

Article 3

Pour être publié, vous devez écrire soit en français/anglais/espagnol

ou être bilingue (français + autre langue). A noter que dans le

cas d’œuvres bilingues, seule la version française fera foi, vous resterez

seul responsable du contenu de la version dans l’autre langue.

La revue ne saurait être tenue responsable d’une langue qu’elle ne

maîtrise pas ou ne connaît pas.

La section Francophonia est uniquement pour les francophones (en

monolingue ou en bilingue). La section L.ART est réservée aux artistes

de Loire Atlantique ou de Bretagne, ou les expositions artistiques

ayant eu lieu sur ces deux territoires. La section théâtre est

seulement en français/anglais/espagnol (pas de traduction).

Vous déclarez et garantissez disposer de tout droit et autorisation

requis pour l’exploitation d’un quelconque contenu dans le cadre de

chacune de vos contributions de façon à ne pas violer les droits des

tiers (droit d’auteur, droit à l’image).

Les textes/œuvres ne doivent pas être constitutifs de contenu :

• à caractère raciste ;

• à caractère diffamatoire, injurieux, calomnieux à l’égard de tiers,

personnes physiques ou morales ;

• constituant une contrefaçon d’un droit de propriété intellectuelle ;

• contraire à la réglementation.

Article 4

Vous devez être l’auteur de l’œuvre ou des œuvres que vous proposez

à L.ART en Loire.

Proposer un ou des travaux signifie que vous reconnaissez en être

le créateur ou être le détenteur des droits relatifs à ce travail. Si votre

création (poème/texte/autre) a déjà été précédemment publiée

dans un livre, s’il vous plaît, spécifiez-le (titre, auteur, maison

d’édition), et vérifiez que vous avez bien le droit de le republier dans

un magazine.

Même si votre travail est publié dans L.ART en Loire (magazine + site

web + diffusion sur le web -tumblr, instagram, twitter-…] avec votre

nom…), vous restez le propriétaire de votre travail, et conserver tous

les droits dessus.

Si vous ne respectez pas les règles relatives à l’originalité de votre

œuvre, le plagiat ou la contrefaçon pourraient vous être reprochés

et vous en supporteriez alors seul toutes les conséquences.

Article 5

Vous pouvez proposer plusieurs œuvres, mais soyez aimable de préciser

simplement pour quelle section vous la/es soumettez.

Article 6

Envoyez, je vous prie, vos œuvres par mails, en pièce jointe, sous

format word ou format photo classique en haute définition (entre 3

et 10 mo), à lartenloire@gmail.com (attention nouvelle adresse mél :

L minuscule + artenloire…).

La date limite pour transmettre vos œuvres est le 1 er octobre 2015,

pour une publication en novembre 2015. Dans la mesure du possible,

transmettez vos œuvres dès finition.

Si vous avez des difficultés à envoyer votre message, n’hésitez pas à

contacter Teklal Neguib (rédactrice en chef) sur facebook facebook.

com/teklalneguib ou sur twitter twitter.com/teklalneguib

Article 7

À votre contribution, dans le corps de votre mél, joignez une mini

auto-biographie (5 lignes maximum, pour la page artistes).

Les mini-bio doivent être jointes à chaque envoi, même si vous avez

déjà participé à d’autres numéros.

Article 8

Voici les différents appels à textes :

Section L.ART

• Une Nouvelle de 10 pages maximum se déroulant soit en Loire

Atlantique, soit en Bretagne.

• Un article sur une manifestation culturelle ayant eu lieu en Loire-

Atlantique ou en Bretagne : 5 pages maximum

Section poesia

• Un ensemble de 3 poèmes, sujet libre.

Section dossier d’exploration Thème à l'orée de la nuit

Laissez vous inspirer par ce moment de la journée entre lumière

et pénombre, ce moment mystérieux, qui cache aux regards des

mondes infinis. laissez-vous porter par votre imaginaire, vos peurs,

votre sens de la beauté, les bruits de la nature endormie. Car le silence

de la nuit est si bruyant de tous ses secrets...

• Un à trois poèmes sur le thème du dossier spécial

• Une nouvelle sur le thème choisi (5 pages maximum).

• Article sur une exposition/un artiste en lien avec ce thème

• Photos (6 à 10) et/ou peintures (6) sur ce thème

Section Philosophia

• Un article de réflexion sur un sujet philosophique (5 pages maximum).

La revue n’étant pas une revue polémiste, il s’agit bien ici

d’un texte à caractère philosophique et non politique.

Section D’arbres et de pierres

L’art concernant un endroit qui peut être la nature, la ville, ou une

pièce.

• Une nouvelle, 10 pages maximum sur thème libre ayant pour contexte

un lieu urbain, rural, la nature ou prenant place dans une

pièce bien définie.

• Un à 3 poèmes avec cette même contrainte de lieu

• Un portfolio de photos avec cette même contrainte de lieu (équivalent

à 6 pages de la revue).

• Une petite pièce de théâtre (10 pages maximum)

Section Théâtre

Publication d’une pièce de théâtre, sujet libre, qui peut avoir déjà été

jouée/publiée. Vérifiez cependant que vous avez alors le droit de la

publier dans la revue, et si oui, alors vous pouvez la proposer.

La pièce de théâtre pourra être publiée sur plusieurs numéro de la

revue (maximum 4 numéro, 20 pages maximum par numéro).

Langues autorisées : français, anglais espagnol (en monolingue)

Section Francophonie

• Une nouvelle de 10 pages maximum sur un sujet libre

• 1 à 3 poèmes sur sujet libre

Section Découverte

• Un article de découverte sur un livre/film/un artiste non-francophone…

que vous avez aimé.

• 1 à 3 poèmes d’un poète non-francophone (langues anglaise/espagnole)

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L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015


Call for works:

L.ART en Loire issue # 10 (nov. 2015)

Rules of the call for works

Rule 1

L.ART en Loire is a free webrevue of art and literature which calls on

voluntary artists to contribute to it. You can discover the previous

issues: issuu.com/l.artenloire

Rule 2

The fact to offer texts/poems/articles/photos/… or to accept to

write/produce it/them means

acceptance of this present rules and permission to publish.

Rule 3

To be published you need to be French/English/Spanish speaker or

bilingual (French+ another language) Francophonia section is only

for French speaker or bilingual.

Noteworthy : in the case of a bilingual publication, only the french

version will be valid. You will stay the only person responsible of the

content of the version in the other language.

The mag and its staff can’t be considered as the person responsible

of the language they don’t master or know.

L.ART section is only for Brittany/Loire Atlantique artists or artists

exhibiting in these areas.

The other sections are opened to all.

Théâtre section is only in French/English or Spanish (no translation)

You declare and assure having all the rights and permissions required

for the utilization of the work(s) you offer in order to not violate

the rights of others (copyrights, right to the image…)

The texts/works you offer must not have a content:

• racist

• defamatory, insulting, slanderous against a third party (who

could be a legal person or a natural person)

• constituting a counterfeiting of a right of an intellectual property

• against the law

Rule 4

You need to be the creator of the work(s) you offer to L.ART en Loire.

Submitting work(s) means you recognize to be the creator or the

owner of the rights pertaining to this work(s). If your creation (poem/

text/other) was first published in a book, PLEASE specify it (title,

author, book house), and check you have the right to republish it in

a magazine.

Even if your work is published in L.ART en Loire (mag+ website+ distribution

on the web -tumblr, twitter-…] with your name…), you stay

the owner of your work, and keep the rights on it.

If you don’t respect the rules relating to the originality of the work

you offer it could reproach you for plagiarism or counterfeiting, and

then, you would accept alone all the consequences.

Rule 5

You can offer several works, but be kind to precise each section you

want your work to be published in.

Rule 7

Please include a mini-autobiography in your Email, even if you have

contributed before (for the artists page).

Rule 8

The different calls of works:

Section L.ART

• Short text (maximum: 10 pages) / or 1 to 3 poems from a writer

living/born in Brittany/Loire Atlantique (land around Nantes and

Saint Nazaire)

• An article about cultural action/exhibit in Loire Atlantique or Brittany

(5 pages maximum)

Section Poesia

• 3 poems, free subject

Section: special file: At the edge of the night

Let be inspired by this special moment of the day between light and

twighlight, this mysterious moment, which hides to eyes infinate

worlds. Let you be brought by your imagination, your fears, your

sense of beauty, the noises of a sleepy nature. Because silence of the

night is so noisy of all its secrets...

• 1 to 3 poems

• a short text (5 pages maximum)

• article about an exhibit/artist who studies this topics

• photos (6 to 10) and /or paintings about this subject

Section philosophia

• Article of philosophy on a philosophical topic (5 pages maximum)

Section D’arbres et de pierres (Trees and stones)

Art about place which could be nature, urban, or room

• A short text (10 pages maximum), free topic: an urban/rural/nature

environment or taking place in a definite room being the

only constraint.

• 1 to 3 poems about an urban/rural/nature environment or taking

place in a definite room

• a portfolio (6 to 10) of photos an urban/rural/nature environment

or taking place in a definite room

• a little play (10 pages maximum)

Section theater/theatre

• Publication of a play already play/published or not. Could be published

in 4 four parts (the current issue and the followings). Exclusively

in French/English or Spanish (no translation) (20 pages

maximum per issue)

Section Francophonia (bilingual possible)

• A short text (10 pages maximum), free subject

• 1 to 3 poems, free topic

Section Discovery (découverte)

• An article to review/introduce a book/film/artist french or non

French speaker you like

Rule 6

Please send your work(s) by Email (word format, .jpeg, or photos in

High Definition format) attached to your Email and before octobre

1 st 2015.

Send it to lartenloire@gmail.com (lowercase L + artenloire… : watch

out, this is the new e-mail of the mag). if you have some difficulties

to send the message don’t hesitate to join Teklal Neguib (CHIEF EDI-

TOR) on facebook facebook.com/teklalneguib or on twitter twitter.

com/teklalneguib

The issue 10 of L.ART en Loire will be published in novembre 2015

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015 171


Margot - Frédéric Javelaud

#

210

parution en novembre 2015

172

L.ART en LOIRE - # 9 - juin 2015

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