THE PHILOSOPHY OF MARRIAGES PROPHET MUHAMMAD (S.A.W.)

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1O70MVF

En bref

13

Floriculture :

le bon filon des endémiques

IAC Rapport annuel 2014

AXE 1

Festival de lianes

Le genre Oxera comprend une vingtaine

d’espèces endémiques dont les fleurs, souvent

colorées et volumineuses, présentent

une grande variabilité morphologique. Des

études génétiques sont également en cours

afin d’établir les liens de parenté entre les

différentes espèces d’Oxera et d’optimiser

les croisements dans la productions d’hybrides

originaux.

La rareté de Nouré

En 2014, Gildas Gâteblé a découvert, au

cours d’une promenade familiale près de

la plage de Nouré, une nouvelle espèce

de Cunoniacées décrite et baptisée Codia

xerophila avec les spécialistes du genre.

Avec 500 à 1 000 pieds recensés, cette formation

arbustive de forêt sèche est très rare

puisqu’elle reste à ce jour la seule connue.

La filière horticole représente un secteur

économique dynamique et prospère. Depuis

plusieurs années, l’IAC met au point des

innovations variétales issues de la flore

indigène afin d’encourager les professionnels

et les pouvoirs publics à élargir la gamme des

plantes ornementales proposées sur le marché

et valoriser un patrimoine biologique reconnu

comme riche et exceptionnel.

« La masse d’information que nous avons

accumulée en quinze ans de recherche est

conséquente. Il devenait urgent de mettre en

place des outils pour centraliser les données

et faciliter leur exploitation », confie Gildas

Gâteblé, ingénieur horticole. La parution d’un

ouvrage rassemblant des fiches techniques de

plus de 600 espèces de plantes ornementales

de Nouvelle-Calédonie et qui a nécessité plus

de deux ans de travail, est prévue pour le second

semestre 2015. « Nos efforts commencent à

porter leurs fruits car il y a un intérêt grandissant

pour les plantes endémiques. C’est très

encourageant », ajoute le chercheur.

Contact : gateble@iac.nc

Arthroclianthus

cf. deplanchei

Le chiffre

4 000

C’est le nombre de boutures

récoltées en 2014 qui ont

permis d’évaluer le potentiel

de multiplication d’une

centaine d’espèces d’intérêt

ornemental.

© G. Gâteblé

© Flore Vignoles

Pépinière des plantes ornementales indigènes à la

station IAC de Saint Louis


© IAC – S. Lebégin

14

Fleur et fruit d’Oxanthera

(Citrus endémique)

IAC Rapport annuel 2014

Les Citrus endémiques,

une source d’innovation

agronomique

Tirer parti des plantes endémiques et de leurs

capacités d’adaptation naturelles aux conditions

pédo-climatiques locales permettrait de rendre

les agrosystèmes plus performants et moins

gourmands en eau. Tel est le pari que tente

de relever une équipe de l’IAC qui, depuis 2011,

mène des recherches sur les Citrus endémiques,

naturellement plus tolérants au stress hydrique.

Avec près de 2 000 tonnes produites chaque

année, l’agrumiculture représente la plus

importante culture fruitière de Nouvelle-

Calédonie et économiser les ressources en eau

pour irriguer ces cultures est un enjeu de taille.

En 2014, les prospections de terrain se sont

poursuivies et de nouveaux échantillons de Citrus

endémiques ont été prélevés. « Nous étudions

donc le comportement des Citrus endémiques

à la pépinière en conditions contrôlées, mais

aussi dans leur environnement naturel », précise

Stéphane Lebégin, ingénieur agronome. « Outre

les boutures classiques, nous avons aussi prélevé

des échantillons de sol et de racines in situ pour

pouvoir étudier le rôle que joue la microflore du

sol dans les relations hydriques. Cela nous aide

à comprendre les processus physiologiques et

écologiques qui limitent les pertes en eau. Notre

objectif est de trouver les porte-greffes les plus

performants en situation de stress hydrique et

de mettre au point leurs conditions de culture

optimales. Cela peut nous prémunir face au

changement climatique », explique Stéphane

Lebégin.

La collection de Citrus endémiques comprend

désormais 18 variétés potentielles suivies en

pépinière et leur caractérisation morphologique,

toujours en cours, est un travail de longue

haleine. Une caractérisation génétique a été

initiée pour écarter les doublons et sécuriser

la collection de génomes. D’autres résultats

montrent que toutes les racines de Citrus sont

mycorhizées (association symbiotique avec

des champignons) sur près de la moitié de leur

surface.

Collecte d’échantillons d’Oxanthera in situ de

l’îlot Lepredour

© IAC – S. Lebégin

© IAC – S. Lebégin

Contact : lebegin@iac.nc

Le saviez-vous ?

Les Citrus endémiques sont des espèces rares, inscrites sur la liste rouge IUCN

des espèces menacées. Les équipes scientifiques et techniques de l’IAC sillonnent

régulièrement les îles et la Grande Terre à la recherche d’individus référencés dans

des archives ou qui leur ont été signalés par des botanistes amateurs. Ils confectionnent

actuellement un herbier des Citrus de Nouvelle-Calédonie, conservé à

l’IRD de Nouméa ainsi qu’à celui de Paris, qui comprend 34 spécimens.

RESSOURCES PHYTOGÉNÉTIQUES LOCALES (PROJET 1)

Suivi des plants d’Oxanthera ex situ

en collection

« Créer des

variétés innovantes

peut nous

prémunir contre

le changement

»

«

climatique

• ÉQUIPE DE RECHERCHE : Julien Drouin, Gildas Gâteblé, Valérie Kagy, Stéphane Lebegin, Nadia Robert, Laure Barrabé (CDD), Nicolas Anger (VSC), Karine LE (VSC)

• ÉQUIPE TECHNIQUE : Laurent Démaret, Giliane Karnadi, Charles Dawano, Camille Dawano, René Guiglion, Jean-Claude Hurlin, Irma Murcia, Michel Moenteapo, Bertha Naré,

Oana Larue, Solange Némébreux, Jacqueline Ounémoa, Edmond Poitchili, Aymerick Rallet (VSC), Jacques Wamejonengo • STAGIAIRES : Marie Herman

• SITES : SRA de Pocquereux, SRA de Saint-Louis


15

IAC Rapport annuel 2014

AXE 1

rendre les agrosystèmes

plus performants

© IAC – N. Petit

La famille Soury-Lavergne pratique

une agriculture raisonnée

« L’agriculture à

petite échelle est un

modèle adapté aux

écosystèmes locaux,

peu coûteux et plus

»

«

durable

© IAC

Améliorer les pratiques culturales, rendre les agrosystèmes calédoniens plus

performants et durables, ou encore prolonger la conservation des fruits après

leur récolte et leur ouvrir l’accès aux marchés internationaux, constitue le pivot

des activités menées par l’IAC pour optimiser la productivité agricole.

Quand les champs

traditionnels inspirent

l’innovation

L’agriculture à petite échelle, notamment celle

des tribus, constitue un modèle productif [1]

adapté aux écosystèmes locaux, peu coûteux et

durable. C’est pourquoi, des scientifiques de l’IAC

cherchent à identifier le potentiel agronomique

des champs traditionnels et la pertinence des

pratiques. Ils ont mené une enquête exploratoire

auprès d’une dizaine de producteurs de Maré

afin d’étudier les composantes de ces agrosystèmes

(plantes, sol, eau, ravageurs…), leur organisation

et les associations spatio-temporelles.

« Nous avons fait l’inventaire des pratiques qui

accompagnent la culture de l’igname. Lorsque

l’usage d’une plante apparaît de façon récurrente,

pour éloigner les ravageurs par exemple,

et que l’étude bibliographique confirme une activité

potentielle, nous préparons des extraits et

réalisons des bio-tests », explique Julien Drouin,

ingénieur agronome. Ainsi, plusieurs plantes

utilisées dans les champs pour « repousser »

les maladies ont retenu l’attention des scientifiques.

Les substances naturelles qui en ont

été extraites sont en cours d’évaluation afin de

rechercher d’éventuelles molécules bioactives

contre les champignons phytopathogènes.

Adapter l’irrigation

des cultures aux besoins

de la plante

Afin d’optimiser la gestion de l’irrigation des

cultures fruitières, une équipe de recherche de

l’IAC étudie les besoins réels en eau des arbres

fruitiers.

En 2014, les travaux se sont focalisés sur les flux

hydriques du letchi. Un relevé régulier de données

météorologiques et physiologiques dans le

verger expérimental de Pocquereux a été comparé

à des données récoltées en 2009 en collaboration

avec le Plant and Food Research Institut

de Nouvelle-Zélande. « En mesurant les flux de

sève et la surface foliaire des arbres, nous avons

pu montrer que la consommation en eau des

letchis varie de 2 à 14 litres par jour et qu’une

irrigation par microjets [2] pendant moins de trois

heures par semaine permet de satisfaire les

besoins hydriques d’un arbre », précise Zacharie

Lemerre-Desprez, ingénieur agronome. Par ailleurs,

des études antérieures [3] indiquent que

plus les arbres sont âgés, plus leurs besoins en

eau augmentent. « Le volume d’eau nécessaire

peut tripler, ils est donc important de renouveler

ce type d’approche sur des fruitiers d’âges

différents pour adapter au mieux l’irrigation »,

conclut le spécialiste.

Champ traditionnel

kanak à Maré

Contact : drouin@iac.nc

Contact : lemerre@iac.nc

Partenaires : Plant and Food Research Institut

[1] Les données de l’enquête sur l’agriculture en tribu (Guyard, Bouard et Apithy, 2010) ont montré qu’en 2010 le volume agricole moyen récolté par chaque famille s’élevait à 17 tonnes.

[2] Pour une évapotranspiration hebdomadaire de 30 mm, la transpiration calculée du letchi de cinq ans à partir du coefficient cultural (Kc = 0,3 modélisé) vaut 59,4 l, soit 9 l/m2 (pour

une surface foliaire moyenne de 6,6 m2). La durée d’arrosage hebdomadaire avec un microjet débitant 42 l/h à 1,5 bar s’élève alors à 2,6 h.

[3] Travaux de Spohrer et al. 2006


16

Production du verger expérimental de

manguiers à Koné

« Il s’agit de

développer la

filière manguier

dans une zone

climatique plus

»

La station IAC de Pocquereux produit

de nombreux plants de fruitiers de

diversification (ici plants de vignes)

IAC Rapport annuel 2014

© IAC – Z. Lemerre

«

favorable

La délocalisation à l’essai

Les conditions pédoclimatiques de la côte Ouest

en province Nord sont-elles plus favorables à la

culture de vergers de manguiers ? C’est pour

répondre à cette question qu’une équipe de

recherche a évalué la productivité d’un verger de

démonstration situé à Koné [1] et l’a comparée à

celle du verger expérimental de l’IAC [2] .

Terroir. « Le terroir est assez favorable car

les conditions climatiques, plus sèches, sont

peu propices au développement de maladies

fongiques qui constituent le principal facteur

limitant la production », explique Zacharie

Lemerre-Desprez. Pourtant, le rendement de la

production du verger de démonstration en province

Nord s’avère médiocre, soit trois à six fois

moins important que celui du verger de l’IAC,

selon les cultivars. « Le mauvais état nutritionnel

et sanitaire du verger de Koné a porté préjudice

au rendement. Des maladies opportunistes se

sont donc développées sur de nombreux arbres

chétifs. Pourtant, les recommandations émises

à partir des essais menés dans le verger de

Pocquereux sont transposables car les meilleurs

rendements sont obtenus par les mêmes

variétés dans les deux endroits. Nous avons donc

établi des recommandations qui pourront inciter

En bref

La palette de fruitiers de diversification

s’est à nouveau élargie en 2014 puisqu’un

millier de plants de poivriers

Piper nigrum ont été diffusés chez

trois producteurs afin d’aider au

développement d’un marché

à forte valeur ajoutée. La

première récolte de noix

de pécan d’un producteur

de Farino a eu lieu courant

mai, sept ans après la

plantation du verger à

partir de plants issus de la

pépinière de Pocquereux.

Une filière de production

de palmier à cœur mise

en place en étroite collaboration avec la

DDR-Province Sud a également vu le jour.

les producteurs du Nord à s’approprier un itinéraire

technique plus performant. L’objectif est

de développer cette filière dans une zone climatique

potentiellement favorable à la production

de mangues de qualité et à l’allongement de la

durée de récolte », confie Zacharie Lemerre-

Desprez.

Contact : lemerre@iac.nc

Partenaires : Arbofruit, Province Nord,

Province Sud

Des avocats au banc d’essai

Depuis le début des années 2000, la production

locale d’avocats ne cesse de progresser et leur

qualité de gagner en réputation. Alors que les

producteurs cultivent essentiellement quatre à

cinq cultivars afin d’étaler la période de production

et de proposer à la vente des fruits de taille

et de texture différentes, la recherche des meilleures

associations entre des porte-greffes adaptés

aux sols lourds et hydromorphes du pays, et

des variétés à plus fort rendement, est un enjeu

© IAC – E. Bonnet-Vidal

[1] Parcelle de 930 ares comprenant 80 manguiers (propriété de M. Caunes)

[2] Parcelles de 312 manguiers par hectare et plantées depuis 1999


pour développer davantage la filière. « Le portegreffe

Thomas est le mieux adapté aux conditions

pédoclimatiques de la Grande Terre, en raison de

sa tolérance aux maladies fongiques comme le

Phytophtora. Nous avons donc utilisé des clones

génétiquement conformes pour y greffer cinq

cultivars et évaluer les différents rendements »,

commente Stéphane Lebégin. « Après trois

années de croissance dans le verger expérimental,

les résultats montrent que l’association du

porte-greffe Thomas et du cultivar Choquette

présente, avec 8,4 tonnes de fruits produites par

hectare, le meilleur rendement. Les cultivars

Reed et Pernod sont peu performants. Les résultats

à venir, qui prendront en compte les paramètres

saisonniers, nous permettront, à terme,

d’élaborer un calendrier théorique de la productivité

et d’améliorer nos conseils techniques

auprès des partenaires et des professionnels »,

ajoute l’ingénieur agronome.

Contact : lebegin@iac.nc

© IAC – V. Kagy

17

IAC Rapport annuel 2014

AXE 1

Améliorer la conservation

des fruits après leur récolte

Ils sont invisibles à l’œil nu. Et pourtant, des milliers

de cochenilles et autres petits ravageurs

recouvrent la surface des fruits. Cela constitue,

après la récolte, un état sanitaire incompatible

avec les normes phytosanitaires imposées par

les pays voisins importateurs et réduit l’accès

aux marchés internationaux. Afin d’éliminer ces

ravageurs, l’IAC teste depuis quelques années de

nouveaux procédés plus écologiques. En 2014,

l’évaluation du brossage mécanique de limes à

haute pression s’est poursuivie. Divers aménagements

techniques (pression, orientation des

brosses, vitesse de défilement du tapis, espacement

des rouleaux à brosses…) ont été testés

pour traiter toute la surface du fruit, notamment

sous le pédoncule. L’utilisation d’un mouillant

asphyxiant dans l’eau de lavage a été également

essayée. « On peut trouver jusqu’à une dizaine de

ravageurs différents sur les limes mais les acariens

et deux espèces de cochenilles [1] constituent

le plus gros de la troupe », commente Valérie

Kagy. « Dans les différents essais conduits, nous

avons constaté qu’aucun traitement n’est efficace

à 100 %. Le brossage mécanique musclé élimine

certaines espèces de cochenilles [2] , tandis que le

brossage plus doux cible les acariens et d’autres

espèces de cochenilles [3] . Le mouillant Du-Wett®

engendre la mortalité totale des acariens et de

plusieurs espèces de cochenilles [4] mais ne parvient

pas à décoller ces dernières du fruit. La

désinsectisation des limes nécessite donc l’action

complémentaire de plusieurs traitements avant

la récolte et nous allons prochainement évaluer

les combinaisons les plus efficaces puis établir

un rapport de recommandations », ajoute la

chercheure.

Contact : kagy@iac.nc

Partenaires : CCP Lime, Plant and Food

Research Institut, Chambre d’agriculture, FCTE,

Province Sud

En bref

Une expérimentation sur la culture des

tomates montre que les apports de matière

organique exogène dans le sol, sous forme

de plante de couverture ou de bois et

rameaux fragmentés (BRF), combinés ou

pas, améliorent la productivité de la culture

dès la première année et s’accompagnent

d’un enrichissement naturel du sol en azote,

en micro-organismes et en microfaune

(vers, insectes…). Un atout pour conserver la

fertilité du sol durablement.

Lavage de limes. Divers tests ont été

effectués pour éliminer les ravageurs

présents à la surface des fruits

« Améliorer la

conservation des

fruits après la

récolte permet

d’augmenter leur

durée de vie et

un accès plus

aisé aux marchés

internationaux »

Culture de tomates où divers apports

de matière organique (BRF, SCV,..)

sont testés

«

[1] Lepidosaphes gloverii et Unaspis citri

[2] Aonidiella sp. et Lepidosaphes gloverii

[3] Unaspis citri et Pseudococcidae

[4] Chrysomphalus aonidum et Pseudococcidae

Optimiser la compétitivité des productions et les services rendus par les agrosystèmes (PROJET 2)

• ÉQUIPE DE RECHERCHE : Julien Drouin, Zacharie Lemerre-Desprez, Valérie Kagy, Stéphane Lebegin, Christian Mille, Nadia Robert, Marine Toussirot (CDD), Claire Deligne

(VSC), Carole Martin (VSC) • ÉQUIPE TECHNIQUE : Sylvie Cazères, Laurent Démaret, Charles Dawano, Camille Dawano, Jean-Pierre Kataoui, Patrick Lecren, Irma Murcia,

Michel Moenteapo, Bertha Naré. Elvice Némébreux, Thierry Nugues, Emile Ouary, Edmond Poitchili, Angelo Paveli, Jacques Wamejonengo • STAGIAIRES : Olivier Giraud

• SITES : SRA de Pocquereux, SRA de Saint-Louis


18

IAC Rapport annuel 2014

© IAC – N. Petit

sécuriser les productions

grâce à la lutte intégrée

Élevage bovin

à Tontouta

Le chiffre

295

C’est le nombre d’extraits

désormais disponibles dans la

banque d’extraits naturels et

obtenus à partir d’une centaine

d’espèces végétales locales.

Évaluation de l’activité antifongique

de substances naturelles

© IAC – N. Petit

Si l’utilisation intensive des produits phytosanitaires chimiques pendant plus

de soixante-dix ans a permis l’industrialisation de l’agriculture, elle pose

aujourd’hui des problèmes environnementaux et sanitaires qui nécessitent de

mettre en place de nouvelles pratiques alternatives. L’IAC oriente donc ses

recherches vers la lutte intégrée, un ensemble de méthodes durables et plus

respectueuses de l’environnement.

Des substances naturelles

d’intérêt agronomique

L’avenir de la lutte contre les pestes agricoles

comme les tiques, les champignons phytopathogènes

ou la mouche des fruits se trouve

peut-être, en partie, au cœur de la biodiversité

calédonienne. C’est en tout cas la conviction d’une

équipe de l’IAC qui, depuis trois ans, recherche

des substances bioactives d’intérêt agronomique

dans la flore locale.

Bio et tiques. L’une des cibles visées par ces

études est la tique du bétail. En 2014, 61 nouveaux

extraits naturels ont été testés et leur activité sur

les larves et les adultes de tiques a été évaluée.

« L’écorce d’une Rutacée endémique a donné

des résultats prometteurs mais nos efforts se

sont focalisés sur la famille des Pipéracées car

depuis trois ans, ce sont les plantes qui présentent

les plus fortes activités », explique Thomas Hüe,

vétérinaire et parasitologue. « 46 extraits bruts

de Pipéracées ont été préparés à partir des différents

organes des plantes et plus de la moitié ont

montré une activité acaricide intéressante. Les

fractionnements bioguidés d’une espèce cultivée

nous ont permis d’isoler des composés, a priori

des alcaloïdes, qui seraient à l’origine de l’activité

biologique », ajoute Marine Toussirot, postdoctorante

en phytochimie.

Antifongiques. La lutte contre les champignons

phytopathogènes, qui affectent de nombreuses

plantes fruitières, maraîchères et d’ornement, est

également une préoccupation majeure. À ce jour,

75 souches fongiques présentes en Nouvelle-

Calédonie ont été isolées et les souches les plus

virulentes du genre Colletotrichum, un champignon

à l’origine de l’anthracnose de l’igname, de

la mangue, de la banane ou de l’avocat, ont été

la cible des études. « Sur les 134 extraits naturels

que nous avons testés, neuf ont présenté

une activité antifongique. Il s’agit de plantes de

la famille des Pipéracées, des Asparagacées,

des Rutacées et des Lamiacées », confie Valérie

Kagy, chercheure en physiologie végétale. « Les

fractionnements bioguidés nous ont permis

d’isoler un groupe de composés responsables de

l’activité antifongique. Il s’agit de saponines. Nous

envisageons donc d’évaluer à quelles concentrations

l’activité fongicide est maximale puis de

réaliser des essais in vivo sur les mangues et les

ignames », poursuit la spécialiste.

Attrape-mouches. Enfin, des tests ont également

été réalisés sur un insecte ravageur, la mouche

des fruits, qui engendre d’importants préjudices

aux productions agricoles. Cinq extraits naturels

de Pipéracées et Asparagacées ont fait l’objet

d’une étude approfondie en 2014. « Deux de ces

extraits engendrent 50 à 90 % de mortalité sur

les femelles accouplées et non accouplées. L’un

d’eux est plus efficace puisqu’il a une action

maximale à de plus faibles concentrations.

À terme, nous espérons identifier des plantes

d’intérêt et des essences naturelles qui pourront

être utilisées par les arboriculteurs comme des

insecticides alternatifs », conclut Christian Mille,

chercheur en entomologie.

Contacts : kagy@iac.nc, toussirot@iac.nc

Partenaires : UNC, Université de La Réunion, Université

Antilles-Guyane, Institut Max Mousseron


En bref

À saute-mouton

Depuis 2012, le laboratoire de parasitologie

fait un suivi de l’infestation parasitaire gastro-intestinale

du troupeau ovin de la station

zootechnique de la Province Sud afin de

déterminer les périodes de pic parasitaire

et de cibler les moments les plus appropriés

pour vermifuger les moutons. Résultat,

la période de mise bas pour les brebis

ainsi que la première année des agneaux,

notamment lors du sevrage, au début de

l’alimentation herbeuse, et à 5-6 mois, sont

les plus propices.

Découverte

En 2014, une nouvelle espèce de cochenille

endémique, nommée Choneochiton casuarinae,

a été découverte et pour l’occasion,

un nouveau genre endémique a dû être

créé. Le charançon Mecomastix montraveli,

remarquable par la longueur des antennes

du mâle (12 cm), a été collecté pour la

première fois et a rejoint les nombreux

spécimens très originaux de la collection

Montrouzier.

Lutter contre

les ravageurs de culture

La liste des insectes ravageurs qui sévissent

dans les cultures est longue et une cinquantaine

d’entre eux ont un impact économique conséquent.

Les moyens de lutte alternatifs, comme la

lutte biologique et le piégeage physique, sont à

l’étude mais ne peuvent être mis en place qu’à

l’issue d’une identification formelle des nuisibles

ou des auxiliaires. Dans ce contexte, le Laboratoire

d’entomologie appliquée de l’IAC joue un

rôle clé. La création d’une base de données des

invertébrés terrestres de Nouvelle- Calédonie

est actuellement en cours de finalisation et sera

bientôt mise en ligne. « Elle rassemble les informations

taxonomiques, biologiques et écologiques

de la collection des invertébrés terrestres

de Nouvelle-Calédonie, appelée aussi collection

Montrouzier, qui regroupe plus de 2 500 spécimens,

et représentera, à terme, un outil d’aide

précieux pour nos travaux de recherche et d’expertise,

mais aussi pour la police phytosanitaire

qui intercepte chaque année aux frontières de

nombreux insectes potentiellement nuisibles »,

explique Christian Mille.

Lutter contre

les parasites d’élevage

19

Tiques, vers, larves… la présence de parasites

internes et externes dans les élevages ovins,

bovins ou porcins entraîne une baisse des performances

des animaux (baisse de la fertilité,

amaigrissement, voire décès) et cause de lourdes

pertes aux éleveurs. Alors que ces derniers rencontrent

de plus en plus de difficultés à éliminer

les parasites, une équipe de l’IAC a mené une

grande enquête pour évaluer le niveau de sensibilité

des tiques présentes dans le cheptel bovin

calédonien aux trois acaricides chimiques encore

employés ou couramment utilisés par le passé :

l’amitraz (utilisé depuis dix-sept ans), la deltaméthrine

(arrêtée depuis dix ans après dix-huit ans

d’utilisation) et l’ivermectine (usage plus récent).

Pour ce faire, plus de 5 000 tiques issues de

95 fermes réparties sur le territoire ont été collectées

en 2014 et testées. « Nos résultats montrent

qu’un quart des élevages du territoire présente

des souches de tiques résistantes à l’amitraz.

En dix-sept ans d’usage, ce produit a perdu en

efficacité et il est à craindre que la proportion

de souches résistantes ne cesse d’augmenter »,

explique Thomas Hüe. Concernant la deltaméthrine,

un pic de résistance a été atteint en 2004

et son usage, dès lors, abandonné. « Comme la

deltaméthrine n’est plus utilisée depuis longtemps,

on constate que certaines souches de

tiques redeviennent sensibles à ce produit, mais

il suffit de deux ou trois utilisations pour que les

tiques acquièrent, à nouveau, une résistance marquée.

Il est donc crucial d’utiliser ces acaricides

chimiques avec parcimonie et de mettre au point

des méthodes plus durables. C’est pourquoi nous

travaillons sur la piste d’un vaccin, la sélection

de races bovines naturellement résistantes ou

encore la recherche de substances naturelles

acaricides issues de la biodiversité calédonienne

», ajoute le chercheur.

Contact : hue@iac.nc

Partenaires : Province Sud, Province Nord,

Chambre d’agriculture, Université du Queensland

IAC Rapport annuel 2014

© Extrait NCTV

© IAC – T. Hue

Les tiques adultes gorgées de

sang sont prélevées sur les bovins

AXE 1

Contact : mille@iac.nc

Partenaires : Plant and Food Research Institut,

IRD, Sivap

Relevé de piège à insectes ravageurs

Comment sécuriser les productions agricoles grâce à la lutte intégrée ? (PROJET 3)

• ÉQUIPE DE RECHERCHE : Thomas Hüe, Valérie Kagy, Christian Mille, Paul Coulerie (CDD), Marine Toussirot (CDD), Carole Martin (VSC) Laura Cauquil (VSC)

• ÉQUIPE TECHNIQUE : José Brinon, Sylvie Cazères, Huguette Gaia, Jean-Claude Hurlin, Rose Mai M’Boueri, Irma Murcia

• Sites : SRA de Pocquereux, SRA Port Laguerre, Centre IRD


20

IAC Rapport annuel 2014

© IAC – N. Petit

Connaître

la biodiversité

terrestre

Couvert forestier dans les

Monts Arago (commune

de Houailou)

Du gène aux paysages en passant par les micro-organismes et les espèces, la

connaissance de la biodiversité terrestre et du fonctionnement des écosystèmes

permet de mettre en place des outils de gestion, de suivi, de conservation et de

restauration adaptés. Découverte des trésors de Nouvelle-Calédonie…

Le chiffre

350

C’est le nombre de

champignons macromycètes

récoltés et mis en collection

grâce à un partenariat avec

la Société mycologique.

Une goutte d’eau face aux

20 000 espèces que la

Nouvelle-Calédonie héberge

probablement.

Relevés GPS pour la mise en

place d’une parcelle forestière

© IAC – N. Petit

La forêt vue du ciel

Avec plus de 2 000 espèces indigènes dont 80 %

sont endémiques, la forêt humide calédonienne

abrite l’une des flores les plus riches et originales

de la planète. Et pourtant, le fonctionnement

de cet écosystème reste peu connu. « C’est

un écosystème complexe qui n’est pas structuré

de la même façon que les autres forêts tropicales

du Pacifique, d’Amérique du sud, d’Afrique ou

d’Asie », confie Philippe Birnbaum, chercheur en

écologie forestière. Inventaire floristique, photographies

aériennes, modélisations, cartographie,

analyse d’images satellites…, d’importants

moyens ont été mis en place pour enrichir les

bases de données existantes et rechercher les

indices de similarité entre les habitats forestiers

de la province Nord. « En 2014, nos études ont

porté sur des parcelles de plus grande superficie

afin de pouvoir mieux confronter nos données

aux modèles internationaux », ajoute le spécialiste.

Modèle. Ainsi, le dispositif déployé au sol sur

le site de Forêt Plate à Ouaté sert à calibrer et

élaborer un modèle à partir d’images satellite

de haute résolution. « La Grande Terre est

immense et il est humainement impossible de

tout étudier à partir du sol. L’idée est de prendre

de la hauteur et d’observer la canopée depuis

le ciel afin d’établir une correspondance entre

des informations aériennes et la structure de

la forêt au sol. Nous pourrons ensuite extrapoler

à de plus grandes superficies, voire à toute

la Nouvelle-Calédonie, puis proposer une cartographie

précise. » Outre un outil précieux, cette

méthodologie permet d’acquérir des résultats

intéressants et lever le voile sur l’originalité de

la forêt calédonienne. « Les forêts de la province

Nord sont plus denses que d’autres forêts tropicales

du monde, mais, à de petites échelles, elles

sont moins riches en espèces. La forêt calédonienne

est donc une mosaïque de petites unités

forestières originales et cette hétérogénéité spatiale

rend les mesures de conservation extrêmement

complexes », conclut le chercheur.

Contact : birnbaum@iac.nc

Partenaires : Province Nord, Cirad, Cnes, IRD,

Amap

Wood Wide Web

Une gigantesque autoroute de micro-marchandises

et d’informations relie depuis des millions

d’années des communautés d’individus très éloignées

et facilite leurs échanges, à tel point qu’on

la dénomme aujourd’hui « l’internet naturel ».

Le réseau des champignons, puisque c’est de

lui qu’il s’agit, n’en finit pas d’étonner, et la toile

tissée par ses mycéliums, le maillage souterrain

de filaments qui s’étirent sous leurs pieds,

d’intéresser les chercheurs ! « En Nouvelle-

Calédonie, nous ne connaissons qu’une infime

partie de la diversité des champignons, probablement

seulement 2 %. Or la connaissance de

cette diversité peut nous permettre de mieux

comprendre le rôle clé que jouent les communautés

fongiques dans la croissance des plantes

et la dynamique des écosystèmes. En effet, dans

[1] Formation forestière à Nothofagus, à chêne gomme et mixte.


En bref

Dévoreuses de métaux

Afin de percer le mystère de l’accumulation

des métaux chez certaines plantes endémiques

et, à terme, permettre aux industries

innovantes de mieux maîtriser les procédés

de dépollution des sols ou de chimie

verte, une étude comparative de la physiologie

de la germination des graines et de la

croissance des plantules chez des espèces

végétales proches, accumulatrices ou non

de nickel, a été initiée en 2014.

© Extrait NCTV

21

IAC Rapport annuel 2014

AXE 2

Un micro pour les chiroptères

Pour mieux connaître la biologie et l’écologie

des microchiroptères autochtones,

Fabrice Brescia et son équipe réalisent

une étude s’appuyant sur la caractérisation

acoustique des ultrasons qu’ils émettent.

« Pour l’instant, nous arrivons à discerner

deux genres, Chalinolobus et Miniopterus,

qui occupent une large variété d’habitats et

dont l’activité nocturne varie », précise Lara

Millon, ingénieure VSC en écologie animale.

© IAC – F. Brescia

Microchiroptère

le sol, les mycéliums sont étroitement connectés

aux racines des arbres, par l’intermédiaire de

manchons microscopiques appelés mycorhizes,

et ils établissent des relations nutritives à bénéfice

réciproque », explique Fabian Carriconde,

chercheur en mycologie.

Profils. Pour réaliser leur étude, le mycologue

et son équipe ont délimité des parcelles expérimentales

dans des formations forestières du

Grand Sud et collecté des échantillons du sol.

Les différentes espèces fongiques sont ensuite

identifiées en laboratoire grâce à des marqueurs

génétiques, tandis que le suivi mensuel des parcelles

permet de récolter les carpophores, la

partie émergée du champignon. « Depuis 2013,

nous avons récolté au total 144 échantillons de

sol, plus de 5 600 carpophores et identifié plus de

400 espèces de champignons ectomycorhiziens

dans trois formations v égétales différentes [1] .

Cela dénote une très grande biodiversité fongique.

Les résultats de nos études comparatives

nous permettent d’ores et déjà de constater qu’il

existe une relation entre un profil fongique et un

profil forestier », poursuit le chercheur.

Parallèlement, une souchothèque des espèces

fongiques présentes sur terrain minier est constituée

à partir de mycéliums isolés et mis en

culture en laboratoire puis en serre. « Nous expérimentons

l’inoculation de plantes utilisées pour

la restauration des sites miniers pour voir si cela

favorise leur croissance », conclut le spécialiste.

Contact : carriconde@iac.nc

Partenaires : SMNC, UMR EDB, Université Lille 2,

Université de Monash, Vale NC

Récolte de champignons dans une

parcelle forestière et identification

sur le plan morphologique puis

génétique

« Nous ne

connaissons

qu’une infime

partie de la

biodiversité

fongique »

«

Connaître la biodiversité terrestre (PROJET 4)

• ÉQUIPE DE RECHERCHE : Philippe Birnbaum, Fabrice Brescia, Fabian Carriconde, Bruno Fogliani, Laurent Maggia, Elodie Blanchard (doctorante), Mélanie Boissenin (CDD),

Thomas Ibanez (CDD), Julia Soewarto (doctorante), Kelly Letellier, Louis-Charles Brinon (VSC), Lara Million (VSC), Sarah Gigante (VSC) • ÉQUIPE TECHNIQUE : Jean-Claude

Hurlin, Anthony Pain, Hervé Vandrot (CDD) • SITES : Port Laguerre, Centre IRD • Stagiaires : Fabian Martin, Thomas Boutreux


22

IAC Rapport annuel 2014

© IAC – A. Pain

Comment la biodiversité

et les écosystèmes

s’adaptent-ils aux changements ?

? Récolte d’échantillons

de myrtacées

Destruction des habitats, changement climatique, introduction d’espèces

invasives… la liste des perturbations qui affectent les écosystèmes calédoniens

est longue. Mesurer l’ampleur d’une pression, comprendre les processus

d’adaptation et identifier les indicateurs d’un changement sont autant d’outils

utiles à une meilleure gestion et conservation des écosystèmes.

Analyses génétiques sur des

échantillons infectés par la rouille

Quand les Myrtacées

dérouillent

Arrivé incognito sur le territoire, le champignon

phytopathogène Puccinia psidii a été repéré pour

la première fois à Farino en mars 2013. Depuis,

cette espèce invasive s’est répandue à une vitesse

fulgurante dans quasiment toutes les communes

de la Grande Terre en propageant une maladie

parfois mortelle, la rouille des Myrtacées, vite

devenue impossible à contrôler et éradiquer.

« Ce champignon affecte actuellement 18 % des

espèces de Myrtacées, or cette famille de plantes

à fleurs joue un rôle clé dans les écosystèmes

et compte 250 espèces, comme le niaouli ou le

chêne gomme. Leur nectar et leurs fruits sont

une source d’alimentation pour de nombreux

animaux. Si ce chaînon floristique disparaît,

cela pourrait induire des désorganisations écologiques

en cascade, mais aussi d’importantes

pertes économiques pour les pépiniéristes ou

les producteurs d’huiles essentielles », explique

Laurent Maggia, chercheur en génétique des

plantes.

Sélection naturelle. L’urgence est donc de mise.

L’éradication par un traitement fongicide est

inenvisageable, vu l’ampleur de l’invasion et les

risques sanitaires. Une équipe de l’IAC recherche

donc une méthode alternative et durable en

s’appuyant sur la sélection génétique. « Les différentes

espèces de Myrtacées, ainsi que différents

individus au sein d’une même espèce, réagissent

plus ou moins sévèrement à l’infection »,

indique Julia Soewarto, doctorante. « L’idée est

d’identifier, précocement, grâce à des outils

moléculaires en cours de développement, les

individus naturellement résistants au pathogène

afin qu’ils soient, par exemple, utilisés prioritairement

dans les programmes de revégétalisation.

Nous étudions également si d’autres

facteurs interviennent dans la sensibilité au

pathogène car il semble que l’âge de la plante

et le climat exercent une influence », précise

la jeune doctorante. L’une des dernières avancées,

et non des moindres, concerne la diversité

du pathogène. « Les champignons collectés au

cours de diverses campagnes de terrain, ont été

analysés et les résultats montrent qu’ils appartiennent

à une seule et unique souche. La maladie

de la rouille des Myrtacées a donc été causée

par une introduction unique et isolée », conclut la

jeune étudiante.

Contacts : maggia@iac.nc, sowaerto@iac.nc

Partenaires : Province Sud, Glencore, Cirad,

Chambre d’agriculture, Davar, Pépinière Les

Hauts de Farino


24

Sous-bois de forêt humide

(Mont Arago)

Forêts fragmentées

vues du ciel

IAC Rapport annuel 2014

© IAC – N. Petit

avec l’IRD, deux équipes de l’IAC s’intéressent

à l’impact de la fragmentation sur les écosystèmes

forestiers du Grand Sud. L’évaluation de la

richesse floristique de 53 ensembles forestiers

de la région des Lacs, soit un inventaire de plus

de 3 500 arbres appartenant à près 200 espèces,

a été réalisée en 2014. « Les patchs forestiers

situés au creux des grands massifs miniers ont

conservé une richesse et une diversité floristiques

importantes, assez proches de celles que

l’on observe dans les vastes forêts épargnées par

les perturbations, comme celles du parc de la

Rivière bleue. En revanche au niveau des reliefs

modérés ou des plaines, le patrimoine floristique

est plus pauvre. Il semble que le confinement et

l’encaissement des vallées constituent un paravent

naturel qui favorise le maintien des espèces,

tandis que la configuration plus ouverte des

plaines et des fronts de massifs ne le permet pas.

Ceci est probablement lié à des effets de bords,

tels que l’exposition au vent. Dans les enjeux de

restauration et de création de connectivités entre

des ensembles forestiers, ces connaissances

permettront de mieux cibler les priorités », commente

Philippe Birnbaum.

Flux de gènes. La réduction de la taille des habitats

entraîne également une perte de la diversité

génétique et accentue les phénomènes de

consanguinité. Afin d’évaluer le degré de cette

érosion génétique, une équipe de recherche

dirigée par Laurent Maggia, chercheur en génétique

forestière, étudie les profils génétiques

d’une espèce d’Araucarias, Agathis ovata, espèce

connue pour sa longue durée de vie (certains

individus dépassent 1 500 ans), et cherche à

retracer l’histoire du flux de ses gènes.

« Les analyses moléculaires réalisées sur

96 individus situés dans une parcelle de 22 hectares

dans les monts Dzumac (commune de

Dumbéa) montrent qu’une bonne diversité génétique

est conservée. Nous avons également

pu établir les liens de parenté entre des individus

proches, mais aussi éloignés de près de

© IAC – N. Petit

400 mètres. L’idée est, à terme, d’identifier les

meilleurs candidats, selon les profils génétiques

qu’il reste à déterminer, et établir des recommandations

pour la restauration écologique »,

conclut Laurent Maggia.

Contacts : birnbaum@iac.nc, maggia@iac.nc

Partenaires : IRD, CNRT

En bref

Fabian Carriconde (à gauche) supervise la

thèse de Véronique Gourmelon (à droite)

Deux thèses et un site atelier

Quelle relation existe-t-il entre le potentiel

microbien et fongique d’un sol ultramafique,

sa fertilité et la dynamique du couvert

végétal sus-jacent ? C’est en substance

le sujet d’étude de la thèse de doctorat de

Véronique Gourmelon depuis 2012. Inventaire

floristique, bactérien et fongique,

identification moléculaire des espèces en

présence et analyses physico-chimiques du

sol sont au programme de cette étude qui

vise à mettre en place des indicateurs biologiques

afin d’améliorer les procédés de

restauration écologique de sites miniers.

Pour ce faire, un site atelier d’une vingtaine

de parcelles de localisé à la rivière Blanche

permet d’étudier cinq formations végétales

distinctes (maquis à forêts) ayant des

niveaux de dégradation écologique et d’associations

symbiotiques fongiques (ectomycorhizes)

différents. Parallèlement, le

projet de thèse de Julien Demenois s’intéresse

aux profils racinaires et fongiques de

sols afin de comprendre leur influence sur

le degré de sensibilité d’un sol à l’érosion.

Alors que des essais en serre, avec une

inoculation des racines de plantes utilisées

dans les programmes de revégétalisation,

visent, à terme, à identifier les espèces

végétales les plus aptes à limiter l’érosion.

Partenaires : Université de Sydney, SLN,

Province Sud, AgroParisTech, INRA, Irstea

Comment la biodiversité et les écosystèmes s’adaptent-ils aux changements ? (PROJET 5)

• ÉQUIPE DE RECHERCHE : Philippe Birnbaum, Fabrice Brescia, Fabian Carriconde, Laurent Maggia, Elodie Blanchard (doctorante), Véronique Gourmelon (doctorante), Julia

Soewarto (doctorante), Thomas Ibanez (CDD), MartinThibault (CDD), Géraldine Bidau (VSC), Sarah Gigante (VSC), Lara Millon (VSC) • ÉQUIPE TECHNIQUE : Alexandre Bouarat,

Céline Chambey (CDD), René Guiglion, Kelly Letellier , Jean-Claude Hurlin, Jean-Paul Lataï, Hyppolite Lenoir, Anthony Pain, Hervé Vandrot (CDD) • StagiaireS : Thomas

Boutreux, Johan Deroche, Elias Ganivet, Emmerick Saulia • SITES : Port Laguerre, Centre IRD


2 5

IAC Rapport annuel 2014

AXE 2

protéger la biodiversité

et restaurer les écosystèmes

© IAC-M. Boissenin

Roussette équipée

d’une balise Argos

L’IAC évalue la situation écologique, biologique et génétique des espèces

les plus menacées afin de proposer des outils de gestion et de conservation

adaptés, destinés à enrayer le processus de raréfaction de la biodiversité.

Éclairage…

Les filets pour capturer les

roussettes sont installés dans

des couloirs aériens

© IAC-L. Millon

Vol au-dessus d’un nid

de roussettes

Elles s’appellent Etchie, Erihouen, Timon, Leik,

Kapo et Délénix, et désormais elles ne parcourent

plus le ciel étoilé de Nouvelle-Calédonie

en toute discrétion. Leurs déplacements sont

scrutés dans les moindres détails par des scientifiques

de l’IAC. « Nous avons équipé en juin

2014 six roussettes de balises Argos, deux mâles

et quatre femelles, capturées en province Nord à

Hwahat, sur la commune de Voh, afin de suivre

leurs déplacements et recueillir de précieuses

informations sur les mœurs de ces mammifères

volants emblématiques », précise Fabrice

Brescia, chercheur en écologie animale.

Couloir aérien. Si l’envol des chauves-souris

constitue à la nuit tombée un spectacle toujours

aussi majestueux, leur capture et la pose des

équipements sont loin d’être une tâche aisée.

« Le choix du site est crucial car il faut positionner

les filets dans un couloir de vol où les roussettes

passent assez bas », explique Mélanie

Boissenin, ingénieure en écologie animale.

Sexe, poids, taille, espèce…, l’animal capturé

est ensuite étudié sous toutes les coutures et

seules les roussettes pesant plus de 600 g sont

équipées de balises Argos. Seules deux espèces

calédoniennes peuvent répondre à ce critère, la

roussette rousse (Pteroptus ornatus) et la roussette

noire (Pteroptus tonganus).

Nids. Le programme IAC de suivi des déplacements

des roussettes est réalisé dans le cadre

d’un partenariat avec la Province Nord. Après

une phase de test et de mise au point technique,

cinq roussettes ont été équipées à Gohapin en

2013 et six à Voh en 2014. « Certaines parcourent

de longues distances, soit plusieurs dizaines de

kilomètres, pour rejoindre des sites où les fruits

et fleurs qu’elles affectionnent sont abondants.

À ce jour, la plus grande distance mesurée entre

deux gîtes fréquentés par une même roussette

est de 118 km. Les enregistrements de 2014

montrent que les roussettes peuvent aussi se

déplacer entre des sites relativement proches,

suggérant qu’elles utilisent un réseau de sites

de repos », précise Mélanie Boissenin. « Cette

étude, qui s’ajoute à une autre sur le régime alimentaire,

nous permet d’identifier les domaines

d’activité des roussettes, pour l’alimentation

ou la reproduction, et de proposer des recommandations

pour leur gestion et leur conservation.

Nous avons d’ores et déjà appris qu’un nid

de roussette est un concept large ! », conclut

Fabrice Brescia.

Contact : brescia@iac.nc

Partenaires : Province Nord

Sauver la rareté

Près de 18 % de la flore néo-calédonienne est

considérée comme rare et menacée. En 2014,

d’importantes campagnes de terrain, d’expérimentation

en laboratoire et en pépinière ont

permis d’étoffer les connaissances sur plusieurs

espèces végétales rares et menacées (ERM),

parmi lesquelles Callistris sulcata, Araucaria


26

Argophyllum brevipetalum

est une plante rare et menacée

Suivi en serre de la croissance

d’espèces rares (ici au premier

plan Callitris sulcata)

IAC Rapport annuel 2014

En bref

Les bulimes en bavent...

L’inventaire des populations de bulimes en

Province Nord a permis d’identifier 19 sites

où les populations sont viables. « La structure

de ces populations de bulimes est

vieillissante et la moitié des sites ont été

colonisé par un escargot envahissant,

l’achatine, qui exerce une forte de pression

de compétition. Avec la dégradation

des habitats forestiers, les conditions sont

réunies pour que les bulimes disparaissent

à plus ou moins court terme. Nous avons

donc établi des recommandations pour leur

sauvegarde » affirme Fabrice Brescia

Le bon plan Pl@ntNet

L’IAC alimente la base de données « Plantnet

ERM » qui répertorie l’ensemble des informations

connues sur les espèces végétales

rares et menacées de Nouvelle-Calédonie

(ERMNC) et totalise environ 600 taxons. Les

informations sont accessibles à l’adresse

http://publish.plantnet-project.org/project/

ermnc. Certaines informations, plus confidentielles

comme le calendrier de récolte et

les itinéraires techniques pour leur multiplication

en serre, sont uniquement accessibles

par les gestionnaires provinciaux de

l’environnement.

rulei, Clinosperma macrospora, Zieria chevalieri,

ainsi que plusieurs espèces du genre

T ristianopsis et Pittosporum. Concernant le sapin

de Comboui, Callistris sulcata, les prospections

aériennes et terrestres menées dans la vallée de

la Dumbéa ont levé le voile sur la répartition et

la dynamique des populations présentes. « Certains

arbres peuvent atteindre l’âge de 800 ans,

mais divers indices montrent que c’est une population

très fragile, avec une faible densité en individus

et beaucoup de jeunes arbres », précise

Bruno Fogliani, chercheur en bio-écologie.

Consanguinité. Les études génétiques réalisées

sur les populations de Araucaria rulei dans

divers massifs de la Grande Terre ont permis

d’établir des recommandations en matière de

restauration. « Là où la consanguinité est trop

importante, il faut veiller à collecter les graines

sur un plus grand nombre d’arbres différents,

génétiquement éloignés, répéter ces opérations

pendant plusieurs années et replanter avec des

plantules issues de la diversité et non pas issues

d’un seul arbre très productif en graines », ajoute

Bruno Fogliani.

Appui taxonomique et parenté. L’identification

de certaines espèces rares et menacées ne peut

se faire qu’à l’aide des organes reproducteurs et/

ou des fruits. Pour se libérer des contraintes saisonnières

et permettre la continuité des chantiers

miniers, l’IAC développe depuis quelques

années un outil d’appui à l’identification botanique

par une approche moléculaire, en utilisant

comme modèle le groupe des Tristaniopsis qui

comprend notamment deux espèces protégées,

T. polyandra et T. yateensis. Les travaux conduits

par l’équipe de Laurent Maggia, chercheur en

génétique forestière, ont permis en 2014 non

seulement de répondre à la demande, mais également

de mettre en évidence un nouveau taxon

calédonien. Par ailleurs, l’approche moléculaire

a permis de clarifier les liens de parenté au sein

d’une parcelle expérimentale de T. calobuxus

située au Col de Mouiranges et révéler qu’une

diversité génétique suffisante avait été maintenue

après plusieurs générations. « Seuls 1/5 e des

juvéniles ont une origine locale. Les autres ont

une ascendance extérieure à la parcelle et des

parents parfois très éloignés géographiquement,

ce qui démontre une forte capacité de

dissémination de ces espèces. Une opération de

renforcement de populations naturelles a donc

d’autant plus de chances de réussir que le site

héberge dans le voisinage plusieurs populations

de l’espèce », commente Laurent Maggia.

Contact : fogliani@iac.nc ; maggia@iac.nc

Partenaires : SLN, Mairie de Thio, CNRT, Noé

Conservation, DDEE Province Nord, Dayu Biik

Conservatoire botanique

© IAC-E. Bonnet-Vidal

Dans le cadre du projet « Conservatoire botanique

», l’IAC alimente, en partenariat avec la

direction de l’Environnement de la Province

Sud, une base de données qui répertorie l’ensemble

des informations connues, ou nouvelles,

sur les espèces végétales rares et menacées

de Nouvelle- Calédonie (ERMNC). En 2014, les

efforts se sont concentrés sur la conservation

des Myrtacées, une famille de plantes à fleurs

fortement menacée par un ravageur fongique,

P uccinia psidii, découvert fortuitement sur le

territoire en 2013. La récolte de graines et de

boutures d’espèces qualifiées de prioritaires a

permis de multiplier 238 individus issus de huit

espèces différentes et d’acquérir des connaissances

sur la physiologie des graines et des

plantules.

Contact : fogliani@iac.nc ; maggia@iac.nc

Partenaires : Province Sud


Topsoils : une mine de

recommandations

27

IAC Rapport annuel 2014

AXE 2

Si les mineurs exploitent les précieux métaux

du sous-sol néo-calédonien, les scientifiques

de l’IAC s’intéressent aux trésors biologiques du

topsoil, la terre de surface, et à leur utilisation

en restauration. Banque de graines, champignons,

boutures naturelles, microfaune… comment

conserver tout le potentiel germinatif qui

sommeille dans ce riche substrat ? « Mettre en

place de bonnes pratiques pour récupérer ce

topsoil et le réutiliser en restauration, permet

à une strate ligno-herbacée de s’installer et de

retrouver jusqu’à 30% de la diversité floristique

initiale, ce qui est la première étape de la recolonisation

d’un terrain mis à nu » confie Laurent

L’Huillier, directeur général de l’IAC et chercheur

en écologie végétale.

Après quatre années d’observations, d’expérimentations

en serre, de relevés de terrain à

Goro et La Tontouta et d’analyses en laboratoire,

pour le compte du projet CNRT « Ecomine-

Biotop », mais aussi dans le cadre d’un essai

sur le massif du Kopéto, réalisés en collaboration

avec plusieurs autres instituts et l’appui

des miniers, les chercheurs de l’IAC ont acquis

de meilleures connaissances sur les caractéristiques

des topsoils et la conservation de leurs

potentialités fertiles. Une liste de recommandations

visant à augmenter les chances de succès

a été adressée aux acteurs de la restauration sur

site miniers dont voici un résumé.

• Le prélèvement puis la réinstallation dans leur

ordre naturel du topsoil (riche en biodiversité) et

du subsoil (couche inférieure) évite de diluer les

graines dans un volume de terre trop important.

• Le prélèvement du topsoil pendant la saison

chaude et le transfert direct, sans phase de stockage,

assure une meilleure conservation du pouvoir

germinatif. Si les circonstances nécessitent

une phase de stockage, certaines précautions

permettent de conserver une meilleure fertilité

: durée de 2 à 3 ans, épaisseur inférieure à

2 mètres, environnement sec et réinstallation en

saison chaude

©IAC-L. L’Huillier

• L’enrichissement du topsoil par hydroseeding

(projection hydraulique d’un mélange d’eau, de

graines et d’engrais) avec une solution contenant

des graines d’espèces végétales pionnières

adaptées à cette méthode comme Machaerina

deplanchei favorise l’installation d’une strate

herbacée et la succession écologique.

• L’installation de protections contre les ongulés

herbivores limite les pertes de plants juvéniles.

Contact : lhuillier@iac.nc ; fogliani@iac.nc

Partenaires : CNRT, UNC, CNRS, Cirad, INRA

En bref

Xatcha. En vue d’un projet de réhabilitation

des carrières coralliennes

de Lifou, l’IAC a réalisé une expertise.

« L’installation de différentes espèces

pionnières et d’espèces pré-forestières

ainsi qu’un topsoil calcaire conservant un

pouvoir germinatif intéressant en quantité

et qualité, sont compatibles avec les

chances de succès d’une restauration de

ces sites, et nous avons donc proposé

des recommandations et des itinéraires

techniques en ce sens », résume Charly

Zongo, chercheur en écologie de la restauration.

Le topsoil est la couche superficielle

du sol qui contient une grande diversité

de graines

« De bonnes

pratiques

permettent de

retrouver 30 %

de la diversité

floristique »

Suivi de plantation sur topsoil

«

©IAC-L. L’Huillier

Comment protéger la biodiversité et restaurer les écosystèmes ? (PROJET 6)

• ÉQUIPE DE RECHERCHE : Fabrice Brescia, Fabian Carriconde, Bruno Fogliani, Laurent L’Huillier, Laurent Maggia, Mélanie Boissenin (CDD), Yawiya Ititiaty (CDD), Josine

Tiavouane (CDD), Charly Zongo (CDD), Marion Anquez (VSC), Géraldine Bidau (VSC), Marie Dubreuil (VSC) Cédric Haverkamp (VSC), Guillaume Lannuzel (VSC), Romain Mathieu

(VSC), Lara Millon (VSC) • ÉQUIPE TECHNIQUE : David Kurpisz (CDD), Jean-Claude Hurlin, Kelly Lettelier, Casimir Véa • StagiaireS : Ophélie Bories, Jean-Pierre Hapairai,

Mathieu Hirep, Marie Louise Hnacema, Gisèle AMo, Hugo Chauvet, Jessica Heftman • SITES : Port Laguerre, Centre IRD


28

IAC Rapport annuel 2014

© IAC-E. Bonnet-Vidal

Évaluer les transformations

du secteur rural

éleveur bovin à Dumbéa

Comprendre les bouleversements qui touchent le monde rural apporte

une aide aux politiques agricoles. Focus sur des études sociologiques qui

analysent les mécanismes de sortie de l’agriculture, les nouvelles pratiques

de commercialisation et l’intégration des politiques environnementales dans

le processus de provincialisation.

« Les problèmes

de santé et les

accidents de

la vie sont les

principaux facteurs

déclencheurs »

Restitution de l’enquête sur

les mécanismes de sortie de

l’agriculture

© IAC-E. Bonnet-Vidal

«

Hors champ

Une exploitation agricole sur deux a disparu en

vingt ans en Nouvelle-Calédonie [1] . Alors que le

phénomène ne semble pas s’enrayer, les acteurs

du secteur agricole s’interrogent sur les causes

de cette hémorragie et les politiques à mener

en matière d’emploi, d’aménagement du territoire,

de dépendance alimentaire et de cohésion

sociale. Dans ce contexte, une équipe de l’IAC a

finalisé en 2015 une enquête sociologique sur

les mécanismes de sortie de l’agriculture afin de

comprendre les facteurs qui poussent à la cessation

de l’activité, les hiérarchiser et dresser

des profils-types de ces anciens agriculteurs.

« Concrètement, une équipe de six personnes a

enquêté pendant deux mois auprès d’un échantillon

représentatif de 200 anciens exploitants,

soit 10 % des exploitations disparues, ayant

arrêté leur activité entre 2002 et 2012. Parallèlement

nous avons mené une trentaine d’entretiens

approfondis afin d’affiner notre diagnostic

», explique Leïla Apithy, ingénieure en agroéconomie.

Multifactoriel. L’analyse des données de l’enquête

et des témoignages révèle que le processus

aboutissant à la cessation de l’activité n’a pas

une seule et unique cause. « Une combinaison

de facteurs entrent en jeu et ils sont rarement

seulement d’origine structurelle, c’est-à-dire

liés à une opportunité de vente foncière, des

difficultés techniques ou des récoltes insuffisantes.

Le principal facteur déclencheur relève

de problèmes de santé ou d’accidents de la vie

(veuvage, divorce…) que rencontrent les chefs

d ’exploitation vieillissants. Ils en arrivent à

diminuer progressivement ou cesser brutalement

leur activité, mais conservent leurs terres

pour n’y mener qu’une activité de subsistance.

Contrairement à l’idée reçue, le foncier agricole

ne s’amenuise donc pas », précise Séverine

Bouard, chercheure en géographie et agroéconomie.

Les spécialistes observent également

une rupture générationnelle, en particulier en

province Sud et province des Îles, où respectivement,

seulement 19 % et 10 % des enfants des

anciens exploitants enquêtés sont toujours dans

le secteur. Autre constat, « certains agriculteurs

sortent du système puis reviennent au gré des

opportunités ou des nouveaux projets de vie.

C’est ce que nous appelons les profils à trajectoire

fluctuante. Ils concernent 29 % des cas et

sont davantage représentés en province Nord.

Eux aussi conservent leur foncier et continuent

à exercer une activité agricole résiduelle. Il est

donc difficile de construire des politiques d’appui

pour ces bénéficiaires », poursuit Séverine

Bouard. Enfin, ceux qui changent de trajectoire

professionnelle ou qui déménagent viennent

compléter la liste de ces profils-types. Les résultats

de cette étude ont été présentés aux partenaires

en avril 2014. À l’heure où la sécurité

alimentaire est au cœur des enjeux de développement,

cet état des lieux soulève la question de

la place de l’agriculture familiale dans la société

calédonienne et des leviers à mettre en place

pour redynamiser un secteur en perte de vitesse.

Contacts : bouard@iac.nc ; apithy@iac.nc

Partenaires : Province Nord, Province des îles, Davar,

ISEE, Cirad, Chambre d’agriculture, Adraf, Dafe

[1] Statistiques RGA 2012, Isee-Davar


Quand la lutte contre les

incendies modèle la politique

environnementale

29

IAC Rapport annuel 2014

AXE 3

Comprendre la gestion du problème des feux de

brousses en province Nord, c’est comprendre

comment s’est construite la politique environnementale

depuis la provincialisation. Voilà en

substance le constat que dresse Marie Toussaint,

étudiante en thèse, qui conduit depuis 2011 des

recherches sociologiques et anthropologiques

autour de l’évolution des pratiques du feu et des

politiques environnementales en province Nord.

Acteurs. Outre les acteurs environnementaux

institutionnels (pompiers, associations, services

provinciaux…), trois tribus de la province Nord,

Gohapin, Bopope et Tiouaé, ont été l’objet de

ces études anthropologiques. Les populations

ont développé des pratiques du feu spécifiques

et construit des projets environnementaux avec

des associations différentes, respectivement le

WWF, Amu Keje et la SCO. Il s’agissait donc de

voir comment ces groupes stratégiques jouaient

le rôle d’interface entre les populations et les institutions

provinciales et comment ils œuvraient à

la construction des enjeux environnementaux.

« Au fur et à mesure de l’avancée de la thèse,

après une centaine d’entretiens approfondis et la

rencontre de 140 personnes, nous avons constaté

que les interdictions avaient rendu invisibles les

pratiques ancestrales et les usages contemporains

du feu. Il devenait difficile de dresser

un bon panorama. En revanche, il ressortait de

l’enquête que la gestion provinciale de la lutte

contre les feux de brousses structurait l’essentiel

de la politique environnementale en province

Nord », complète la jeune femme. La question de

la politique environnementale – sa formulation,

sa définition, sa mise en place – est donc devenue

l’axe central de cette thèse, cofinancée par

la Province Nord, l’État et l’IAC avec un encadrement

IRD.

Maturation. Et les résultats apportent un éclairage

nouveau. « Les actions et les projets environnementaux

mis en œuvre sur le terrain sont

déconnectés des services publics de gestion de

l’environnement et précèdent la gouvernance

Feu de brousse à Newapi

en mai 2011

© IAC - M. Toussaint

©IAC – N. Petit

En bref

Agriculture en tribu. Le rapport de la

grande enquête sur l’agriculture en tribu a

été finalisé en 2014 et est désormais disponible

en ligne sur le site www.iac.nc.

Enquêtes, méthodologie, interprétation des

données, graphiques…, ce document présente

sur 200 pages trois années de travaux

d’un programme de recherche d’envergure

qui a levé le voile sur une activité jusqu’alors

peu visible et a permis d’évaluer son poids

réel ainsi que ses fonctions sociales.

provinciale. Il n’y a pas de cadre global qui fixe

les objectifs, les modalités, les actions et les met

en phase avec les enjeux politiques et culturels.

Les associations environnementales apportent

des modèles exogènes, comme les normes

internationales, alors qu’il faudrait inventer de

nouveaux modèles plus adaptés à la politique

de développement local », conclut Marie

Toussaint qui devrait soutenir sa thèse au dernier

trimestre 2015.

Contact : marie.toussaint@live.fr

Partenaires : Province Nord, État, IRD, EHESS

L’agriculture en tribu et très productive

: 31 000 tonnes de produits

végétaux ont été récoltés dans les

champs en 2010 (données IAC)

« Il faudrait

inventer de

nouveaux modèles

plus adaptés à

la politique de

développement de

la Province Nord »

«

Évaluer les transformations du secteur rural (PROJET 7)

• ÉQUIPE DE RECHERCHE : Leïla Apithy, Séverine Bouard, Sonia Grochain, Raymond Tyuienon, Marie Toussaint (doctorante) • ÉQUIPE TECHNIQUE : Séverine Valter (CDD)

• SITES : Centre de recherche Nord (Pouembout)


30

IAC Rapport annuel 2014

© IAC-E. Bonnet-Vidal

ruralités et enjeux

du destin commun

Plantation à la tribu

de Gohapin lors de

la fête de la forêt

« Les concepts de

développement

durable et de

destin commun

se confondent »

Sonia Grochain est chercheuse

en sciences sociales

«

L’IAC étudie le monde rural calédonien dans sa globalité avec des approches

agronomique, économique, environnementale et sociologique. Les différents

résultats conduisent à mieux comprendre les nouvelles ruralités et comment

leur prise en compte redessine, aujourd’hui, les contours du destin commun.

Une synthèse est en préparation…

Les événements conflictuels des années 1980

puis les accords politiques de Matignon en 1988

et de Nouméa en 1998, qui ont instauré le rééquilibrage,

ont bouleversé les rapports sociaux

et économiques en Brousse. «Les conflits politiques

de 1984 et 1988 ont secoué les régions

rurales et engendré un exode massif des non-

Kanak vers les communes non-indépendantistes

du Grand Nouméa. Avec la décentralisation et la

provincialisation, les pouvoirs politiques ont été

confrontés à de nouveaux problèmes dans la

reconfiguration de l’espace et de ses usages »,

confie Sonia Grochain, sociologue. « Résultat,

depuis vingt-cinq ans, de nouvelles dynamiques

rurales se sont mises en place et la question du

développement rural ne se résume plus au seul

champ de l’agriculture mais en englobe d’autres

comme l’environnement ou le tourisme. Le

monde rural doit désormais être considéré

comme un levier permettant de rendre un territoire

plus cohérent et d’assurer un développement

pérenne », poursuit-elle. Pour la chercheure,

les concepts de développement durable

et de destin commun en viennent même à se

confondre car ils posent la question de l’héritage

et de la place des générations futures.

Retours sur études. « Dans l’idée politique de

réussir le destin commun, il est intéressant de

voir quelles sont les interrelations entre les

discours, les représentations et les pratiques »,

rebondit la spécialiste. C’est pourquoi, la sociologue

s’intéresse aux retours de plusieurs

études IAC récentes : l’agriculture en tribu, l’impact

socio-économique de l’usine du Nord, l’essor

des circuits courts de commercialisation, les

mécanismes de sortie de l’agriculture, la gestion

des feux de brousses, la politique environnementale

provinciale, l’expansion du pôle urbain

Voh-Koné-Pouembout, les gouvernances locales

et minières et le développement du tourisme

rural. « L’agriculture familiale est par exemple

l’un des seuls points communs entre les communautés

rurales. L’un des projets politiques

des indépendantistes était de rééquilibrer les

politiques publiques agricoles afin de sortir de

la logique d’une agriculture à deux vitesses avec

l’une bien insérée dans l’économie marchande

effectuée majoritairement par les Calédoniens,

et l’autre, peu visible et d’autosubsistance, pratiquée

par les Kanak. L’IAC a levé le voile sur le

potentiel poids économique, fort important, de

cette agriculture. De cette manière, la recherche

rend compte des dynamiques sociales et propose

des recommandations à partir desquelles

les acteurs publics remodèlent et ajustent leurs

politiques », conclut la chercheure.

L’ensemble de ce travail aboutira à l’édition d’un

ouvrage sur le monde rural et le destin commun.

Systèmes d’activités et destin commun (PROJET 8)

• ÉQUIPE DE RECHERCHE :Leïla Apithy, Séverine Bouard, Sonia Grochain • SITES : Centre de recherche Nord (Pouembout)


31

IAC Rapport annuel 2014

AXE 3

Comprendre les modes de

gouvernance et d’action publique

© IAC-E. Bonnet-Vidal

Totem à l’île Ouen, une île du grand

sud où les habitants sont impliqués

dans les conflits environnementaux

et fonciers avec Vale

L’industrialisation de la Nouvelle-Calédonie engendre des bouleversements

socio-économiques majeurs qui se combinent étroitement avec des échéances

politiques sur l’avenir institutionnel du pays. Des études en sciences sociales

analysent les modes de gouvernance territoriale et d’action publique, afin de

mieux comprendre leur évolution et les rouages de ces mécanismes.

© IAC-E. Bonnet-Vidal

« Les valeurs

accordées à un lieu

peuvent être d’une

grande diversité »

Claire Levacher (à gauche) et Marie

Toussaint, doctorantes, présentent

lors du colloque SERA les résultats

de leur étude sur la valeur des lieux

«

Conflits fonciers

et valeur des lieux

Ces dernières années, l’émergence d’une

conscience environnementale et sociale en

Nouvelle-Calédonie s’est matérialisée par des

désaccords, voire des conflits majeurs, entre des

entreprises minières, soucieuses d’une rentabilité

économique et des populations locales préoccupées

par le capital laissé aux générations

futures. Dans ce contexte, un collectif de chercheurs

locaux, nationaux et internationaux (IAC,

IRD, CNRS, GIE Océanide, UNC) ont répondu à

un appel à projet sur la valeur des lieux (appel

à projet Nickel et Société du CNRT) afin de proposer,

à terme, des principes opératoires permettant

de faciliter la négociation entre les différentes

parties prenantes. « L’idée est de fournir

des outils qui permettront aux acteurs publics

et miniers d’évaluer, d’anticiper ou de réguler

les résistances locales autour d’un argument

foncier, mais aussi d’identifier les significations

économiques, sociales, culturelles et patrimoniales

sous-jacentes à un lieu », dévoile S éverine

Bouard, chercheure en géographie. Pour mener

à bien cette étude, les chercheurs en sciences

sociales travaillent sur cinq études de cas autour

d’événements miniers et non miniers : l’incendie

de 2013 du Creek Pernod à Yaté, la réserve du

Mont Panié à Hienghène, le projet de l’usine du

Nord dans l’agglomération Voh-Koné-Pouembout,

l’organisation sociale des tribus de Canala

et de Thio. « Il s’agit de partir d’un événement

déclencheur pour récolter une série de points

de vue et voir quelle valeur les différents acteurs

accordent à un lieu », complète Sonia Grochain,

sociologue.

Diversité. Les premiers résultats, présentés en

octobre 2014 lors d’un séminaire rassemblant

tous les chercheurs du consortium, démontrent

que les valeurs accordées à un lieu peuvent

être d’une grande diversité : spirituelle, économique,

esthétique, environnementale, scientifique

ou encore patrimoniale. Claire Levacher

et Marie Toussaint, doctorantes à l’IAC, se sont

intéressées au Creek Pernod et ont réalisé une

enquête auprès d’une quinzaine d’acteurs locaux

(services publics de Yaté, pompiers, associations

environnementales…). « L’analyse a glissé d’un


32

Le port autonome de Nouméa est un

point névralgique de la dynamique

économique en Nouvelle-Calédonie

IAC Rapport annuel 2014

événement unique, l’incendie de 2013, à une

série de transformations locales liées à la mise

en réserve technique provinciale pour l’exploitation

future des ressources minières (RTP) et

au classement Ramsar de la région des grands

lacs. On est passé d’une géographie diffuse où

les différents acteurs accordaient une ou plusieurs

valeurs à un lieu, le Creek Pernod, à une

définition spatiale administrative plus précise,

les réserves, où chacun se positionne plus clairement.

Ces réserves sont vécues comme un

compromis spatial qui peut être renégocié dans

l’espace et dans le temps et dont les risques de

remise en cause peuvent être évalués », explique

Claire Levacher. Si les travaux sur les autres

études de cas sont toujours en cours, les chercheurs

ont d’ores et déjà esquissé quelques

principes opératoires prenant en compte la pluralité

des situations pour évaluer la valeur d’un

lieu : partir d’un lieu, lister les valeurs accordées

à ce lieu, identifier les concordances et hiérarchiser

les valeurs. L’édition du rapport final est

prévue fin 2015.

Contact : bouard@iac.nc

claire.levacher@gmail.com

Partenaires : CNRT Nickel et son

environnement, IRD, CNRS, UNC, GIE Océanide

Mine et gouvernance

L’activité minière et métallurgique représente

un élément clé du développement économique

de la Nouvelle-Calédonie. Deux études socioéconomiques

permettent de mieux cerner les

dynamiques et enjeux sociétaux.

Petits mineurs. L’un de ces programmes de

recherche, accepté en 2014 par le CNRT mais qui

ne débutera réellement qu’en 2015, concerne les

« petits mineurs ». Cette expression typiquement

calédonienne et parfois trompeuse, rassemble

toutes les entreprises d’extraction du nickel.

Elle s’est construite par opposition aux grandes

sociétés multinationales qui couplent leur activité

d’extraction à une autre, métallurgique, de

transformation du minerai. L’étude portera sur

les petites et moyennes entreprises minières de

Nouvelle-Calédonie et s’intéresse aux traits qui

caractérisent cette catégorie des petits mineurs,

aux normes et relations de travail mises en

place au sein de ces entreprises, à leur capacité

d’innovation, à l’impact du contexte politique et

économique sur leur développement et à leur

insertion dans les arènes sociales, politiques et

économiques à l’échelon local, national et international.

Soutenabilité. Le programme de recherche sur

« la soutenabilité de la trajectoire de développement

de la Nouvelle-Calédonie », démarré

en septembre 2014 et coordonné par l’économiste

Laïsa Ro’i, en collaboration avec les chercheurs

de divers instituts [1] , part du constat

des vulnérabilités de l’économie calédonienne

malgré deux décennies de croissance soutenue

et des revenus élevés. La Nouvelle-Calédonie,

tout comme les autres petites économies

insulaires océaniennes, est fortement exposée

aux chocs extérieurs (fluctuations des cours du

nickel n otamment) et soumise à la fois à d’importants

changements sociaux et à une industrialisation

rapide. Malgré un transfert de compétences

progressif et une réelle diversification

de son économie, la Nouvelle-Calédonie reste

dépendante des transferts publics français. Les

défis majeurs que doit relever la Nouvelle-Calédonie

pour tendre vers un développement soutenable

semblent dès lors reposer sur la réussite

de son émancipation, de la poursuite de sa diversification,

de l’exploitation de ses ressources

minières et de son industrialisation, sans pour

autant compromettre l’avenir.

Les travaux de recherche visent donc à analyser

les répercussions des grandes options de

politique publique sur les différents acteurs et

secteurs de l’économie, dans une perspective

intergénérationnelle, en intégrant les dimensions

économique, environnementale, sociale et

culturelle, tout en replaçant l’économie calédonienne

dans son contexte régional.

Contact : roi@iac.nc ; bouard@iac.nc

Partenaires : CNRT, UNC, CNRS, Cirad, Université

de Versailles Saint-Quentin, Province Nord

focus SUR...

Le tourisme rural

Comment se construisent les relations et

malentendus entre les touristes (métropolitains,

locaux) et les prestataires de tourisme

de la province Nord qui accueillent

en tribu ? La thèse en anthropologie de

la communication et du développement

de Sarah Bellec porte sur les deux parties

prenantes de l’interaction touristique

et vise, d’une part, à évaluer les profils et

attentes des touristes qui se rendent en

milieu d’accueil mélanésien et, d’autre

part, à percevoir, comprendre, analyser les

difficultés que rencontrent les prestataires

de tourisme. Les enjeux de ce travail sur le

tourisme sont à la fois « fondamentaux » et

appliqués puisqu’ils apporteront un appui

aux acteurs institutionnels, politiques, privés,

concernés par le développement touristique

et serviront autant à (re)configurer

les stratégies de communication touristique

qu’à mettre en place des actions de formation

auprès des prestataires pour améliorer

l’accueil du visiteur.

[1] IAC axe 3, UNC, CNRS, Cirad, Université de Versailles Saint-Quentin

Comprendre les modes de gouvernance et d’action publique (PROJET 9)

• ÉQUIPE DE RECHERCHE : Séverine Bouard, Sonia Grochain, Laïsa Ro’i (CDD), Sarah Bellec (doctorante), Claire Levacher (doctorante), Marie Toussaint (doctorante), Mado

Quenegei (CDD) • SITES : Centre de recherche Nord

• Partenariats : à compléter

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