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Revue militaire canadienne - Vol. 6, no 2 Été 2005

OPINIONS LA DÉFENSE PRÉEMPTIVE : UNE NOUVELLE RÉALITÉ POLITIQUE par Karl-Heinz Kamp, Ph. D. Compte tenu des vifs débats outre-atlantique, la plupart des Européens semblent avoir oublié que, lorsque George W. Bush est devenu président, il avait la ferme intention de réduire les engagements des États-Unis à l’étranger. À l’encontre de son prédécesseur, il s’est peu intéressé au Proche-Orient et au Moyen-Orient et a reconduit sans grande conviction les mesures antiterroristes prises par le président Clinton. Il a axé sa politique de défense sur un système antimissile général, ce qui a amené les Européens à l’accuser d’isolationnisme et de vouloir se replier dans la « forteresse américaine ». La tragédie du 11 septembre a déclenché la réaction inverse. Pour leur sécurité, les États-Unis se sont montrés prêts à modifier le statu quo politique dans des régions éloignées, par la force si nécessaire. En outre, s’adressant aux élèves officiers de l’Académie militaire de West Point en juin 2002, neuf mois après l’effondrement du World Trade Center et avant le début de la guerre en Irak, Bush a revendiqué le droit des États-Unis d’employer la force avant d’être attaqués sur leur territoire. Quelques mois plus tard, la nouvelle doctrine de sécurité nationale jetait les bases d’une légitime défense préemptive. Les détracteurs de cette politique jugent qu’elle ne respecte pas le droit international, qui interdit les guerres d’agression; ses adeptes arguent du fait que le type de menace a changé. Il y a donc lieu de réexaminer la notion de défense nécessaire. En Europe, personne ne s’est intéressé à ce débat fondamental sur la politique de sécurité, hormis quelques politiciens et experts en droit international qui ont noté que la question était explosive. Cela s’explique notamment par le fait que la discussion générale sur la préemption, lancée par le président américain, a coïncidé avec le cas particulier de l’Irak. Sur ce plan, à cause du désaccord transatlantique à propos de l’Irak, il n’y a pas eu de discussion sérieuse sur l’interprétation qu’il faudra donner au mot défense. Cependant, ni les décideurs européens ni le grand public ne pourront éluder cette question complexe dont les ramifications dépassent largement les frontières américaines. Quelle est la justification des attaques préemptives? Pourquoi cette question touche-t-elle non seulement les États-Unis mais le monde entier? Comment éviter d’abuser de la force? La logique d’une force militaire préemptive Les Américains sont partisans des attaques préemptives principalement parce qu’ils ont compris que la menace a radicalement changé, surtout après la date fatidique du 11 septembre 2001. La nouvelle menace ne comprend pas uniquement les armes nucléaires, biologiques ou chimiques; celles-ci ne représentent pas vraiment un nouveau facteur dans l’analyse de la menace actuelle. Ce qui a marqué un tournant décisif, c’est la conjugaison de trois menaces de nature différente : la prolifération des armes de destruction massive, celle de leurs vecteurs (roquettes et missiles de croisière) et l’amélioration de la portée et de la précision des armements. De plus en plus d’États et d’organisations non gouvernementales sont donc maintenant en mesure de projeter une puissance destructrice sur de grandes distances. La distance est un facteur moins important dans l’analyse de la menace. En revanche, ceux qui doivent se défendre ont de moins en moins de temps pour réagir. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a toujours eu pour principe d’attendre d’avoir la preuve que l’ennemi a l’intention d’attaquer (par exemple, le mouvement opérationnel hostile des troupes du pacte de Varsovie) avant de lancer des dispositifs de défense. Cette approche, valable durant la guerre froide, est de plus en plus contestable. De nos jours, la preuve qu’un ennemi se prépare à attaquer pourrait être l’explosion d’une arme chimique dans une grande métropole. Il serait injustifiable d’attendre que cela se produise, compte tenu du nombre probable de victimes. Il faut être en mesure, en cas d’urgence, de contrer les menaces avant qu’elles ne deviennent très graves. Les Américains font couramment la distinction entre les attaques préemptives et préventives, une différence qui va au-delà des arguties. Une attaque préemptive est menée contre un ennemi sur le point d’attaquer; une attaque préventive est fondée uniquement sur la possibilité que l’ennemi attaque sous peu. La préemption en tant que moyen de défense peut être jugée tout à fait légitime si le danger est imminent, mais il est généralement difficile de justifier une guerre préventive où l’on déploie des ressources militaires pour faire valoir les intérêts de son pays. En pratique, cependant, cette distinction n’est guère pertinente. D’une part, ces définitions sont contestées. De fait, en Europe, certains spécialistes du droit international donnent à ces termes le sens inverse. D’autre part, il serait pratiquement impossible de classer dans l’une de ces catégories des dangers ou des scénarios concrets et spécifiques qui, de toute façon, se prêtent à une certaine interprétation. Le pays usant de la force prétendra toujours qu’il s’agit d’une mesure préemptive, tandis que ceux qui s’opposent à cette mesure la jugeront préventive ou tout simplement agressive. La pertinence de la préemption pour l’Europe Quelle que soit la terminologie utilisée, on ne peut plus éluder des questions telles que : quand peut-on faire appel aux forces armées et dans quelles circonstances? Ce n’est plus uniquement Washington qui, en cas de danger extrême, conclut à la nécessité d’autoriser des attaques 76 Revue militaire canadienne ● Été 2005

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