Thomas Couture

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Thomas Couture

Romantique malgré lui

Bicentenaire de la naissance du peintre

(Senlis 1815 - Villiers-le-Bel 1879)

Thomas Couture, Profil de femme au ruban bleu © RMN-Grand Palais (MUDO – Musée de l’Oise) / Thierry Ollivier

12 octobre 2015

6 mars 2016

DOSSIER DE PRESSE

Conférence de presse : 12 octobre 2015 à 11h,

Musée de la Vie romantique (Paris)

Suivez l’événement

sur les réseaux sociaux

#ThomasCouture2015


Sommaire

Communiqué de presse 3

Programme du bicentenaire Thomas Couture 4

Hommage à Bénédicte PRADIÉ OTTINGER, 8

ancienne conservatrice en chef des musées de Senlis

Biographie de Thomas Couture (1815-1879) 9

De la toile à l’atelier, l’ekphrasis d’un maître 10

Par Marie-Bénédicte ASTIER-DUMARTEAU,

conservatrice des musées de Senlis

L’atelier de Thomas Couture entre 1861 et 1863 11

Par Thierry CAZAUX,

co-auteur du catalogue raisonné, avec Bénédicte Pradié Ottinger (1961-2012),

spécialiste de l’artiste

L’Enrôlement des volontaires de 1792 12

Par Josette GALIEGUE,

ancienne conservatrice en chef du MUDO-Musée de l’Oise

Le dernier Romantique ? 13

Par Olivia VOISIN,

conservatrice au Musée de Picardie

Le fonds Thomas Couture au palais de Compiègne 14

Par Laure CHABANNE, conservatrice, et Gilles GRANDJEAN,

conservateur en chef, chargés des musées du Second Empire du Palais de Compiègne

Visuels disponibles pour la presse 15

Informations pratiques 17


Communiqué de presse


Six musées, à Paris et en région Picardie, s’associent

pour honorer Thomas Couture du 12 octobre 2015

au 6 mars 2016 à travers de nombreux accrochages,

expositions et conférences illustrant les multiples

facettes de ce peintre, romantique malgré lui.

Thomas Couture, Autoportrait

© Musées de Senlis

Né le 21 décembre 1815 à Senlis, Thomas Couture, dont nous célébrons cette année le

bicentenaire, est un artiste marquant du XIX e siècle. Souvent plus reconnu comme ayant

été le maître de Manet, il a néanmoins joué un rôle essentiel dans l’histoire de la peinture

moderne, comme en témoigne l’accrochage des Romains de la décadence, l’œuvre qui lui

apporta la célébrité, au centre de la nef du musée d’Orsay.

Même si sa carrière se déroula essentiellement à Paris, le peintre resta très attaché à

Senlis où il passa son enfance jusqu’à ses dix ans et revint régulièrement. Comme une

sorte d’écho, sa présence en Picardie demeure aujourd’hui significative. En effet, sur un

corpus d’un peu plus de 500 peintures, 82 sont conservées dans des musées à Beauvais,

Compiègne ou Senlis, soit la moitié des toiles de cet artiste dans les collections publiques

françaises.

Le visiteur peut ainsi en une journée et quelques kilomètres, avoir une vision complète

de son œuvre, tout d’abord avec deux de ses compositions majeures, L’Enrôlement des

volontaires de 1792 (MUDO) et Le Baptême du prince impérial (Palais de Compiègne). Mais

il peut également découvrir les multiples facettes d’un artiste accompli, reconnu pour la

maîtrise de ses portraits mondains ou plus intimes, pour les facéties de ses Arlequinades

ou pour son regard acerbe et parfois désabusé sur le monde de son temps, comme dans

Le Roi de l’époque (Palais de Compiègne) ou La Noblesse (Senlis).

MUDO-Musée de l’Oise à Beauvais - Musée d’Art et d’Archéologie de Senlis - Musée de la Vie romantique

à Paris - Musée de Picardie à Amiens - Musée Antoine Vivenel à Compiègne - Palais de Compiègne.

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Programme du bicentenaire Thomas Couture

Conférence de presse

PARIS - 12 octobre à 11h

Musée de la Vie romantique

Présentation du catalogue Thomas Couture, Romantique malgré lui, éditions Gourcuff, 2015

et du programme du bicentenaire Thomas Couture en Picardie

PARIS - Du 12 octobre 2015 au 28 février 2016

Musée de la Vie romantique

Thomas Couture, peintre de la société parisienne

Accrochage

Artiste en vue de la fin de la Monarchie de Juillet et du Second Empire, Thomas Couture choisit

la Nouvelle Athènes pour installer ses différents ateliers dans l’étroit périmètre de ce quartier à la

mode qui fut aussi une véritable République des Arts du XIX e siècle. Témoin de la vie artistique

du temps et atelier d’Ary Scheffer, le musée de la Vie romantique rend hommage en ses murs au

peintre des Romains de la décadence qui fut à la fois le portraitiste d’une société mondaine, aussi bien

que le critique des dérives morales de l’affairisme du capitalisme naissant. En quelques tableaux, cet

accrochage remettra en perspective l’œuvre de celui qui fut en 1847 le jeune espoir du Salon dans le

contexte parisien qui porta son ascension aussi bien que son déclin, jusqu’à son repli senlisien.

Restauration d’une œuvre en direct

BEAUVAIS - Du 12 au 23 octobre 2015

MUDO-Musée de l’Oise

Sous les yeux du public, restauration de la couche picturale de L’Enrôlement des volontaires de 1792,

chef-d’œuvre du MUDO-Musée de l’Oise aux dimensions hors normes.

AMIENS - Du 16 octobre 2015 au 21 février 2016

Musée de Picardie

Thomas Couture : la fabrique des grands formats

Accrochage

Aucun tableau de Thomas Couture n’est envoyé par l’État au Musée de Picardie pour son ouverture en

1864. Pourtant, parmi les dizaines de grands formats d’artistes contemporains que le public peut admirer

dans ce « petit Louvre », Bellum et Concordia (1861) de son élève Pierre Puvis de Chavannes évoquent

l’école du monumental, véritable fabrique d’allégories modernes, dans laquelle il a été formé. Pour

le bicentenaire de la naissance de Thomas Couture, le Musée de Picardie, qui remet actuellement à

l’honneur ses grands formats du XIX e siècle, revient sur l’élaboration de ceux qui jalonnent la carrière

du peintre des Romains de la décadence. Souvent restés inachevés, ils incarnent l’univers esthétique de

cet artiste dont le public pourra découvrir la longue élaboration à travers les études - du dessin à de

grandes toiles esquissées – des œuvres majeures

4


SENLIS - Du 17 octobre 2015 au 6 mars 2016

Musée d’Art et d’Archéologie de Senlis

Thomas Couture (1815-1879). Méthode et entretiens d’atelier

Exposition

L’exposition de Senlis sera consacrée aux pratiques d’atelier de Thomas Couture, à cette technique

si particulière qu’il enseigna à partir de 1847 et qu’il théorisa en 1867 dans ses Méthode et entretiens

d’atelier. Elle tentera de montrer l’évolution stylistique du maître depuis ses tentatives au concours

du Prix de Rome jusqu’aux toiles pré-impressionnistes des dernières heures, l’académisme qui lui

fut si souvent reproché et la modernité à laquelle il consent à la fin de sa vie. L’accent sera porté sur

les composantes fondamentales de son art : ses talents de coloriste, l’usage du cerne, l’importance

du dessin d’après l’antique et les modèles classiques, les savants contrastes d’ombre et de lumière…

Dessins et tableaux, issus du musée de Senlis, d’institutions publiques et de collections privées, seront

réunis dans les salles de peintures du musée d’Art et d’Archéologie, notamment dans la chapelle dite

du chancelier Guérin, que Thomas Couture loua à partir de 1861 pour y établir son atelier senlisien.

Concert

BEAUVAIS - 17 octobre 2015 à 16h30 et 17h

MUDO-Musée de l’Oise

Concert du choeur Cantus Félix (Le chant du départ, La Marseillaise) dans la salle Thomas Couture

pour célébrer la restauration de L’Enrôlement des volontaires de 1792 et la présentation des dessins

préparatoires de l’œuvre.

BEAUVAIS - Du 17 octobre 2015 au 11 janvier 2016

MUDO-Musée de l’Oise

L’Enrôlement des volontaires de 1792, des études préparatoires au tableau final.

Accrochage

Après 15 ans de fermeture, le MUDO-Musée de l’Oise présente de nouveau la toile monumentale de

Thomas Couture L’Enrôlement des volontaires de 1792 au cœur du palais Renaissance rénové.

Pour cette œuvre emblématique dans la carrière de Thomas Couture, le peintre a multiplié les

esquisses en dessin et en peinture. Attaché à la valeur fondamentale au dessin dans sa démarche

artistique, Couture fut un formidable praticien de cette technique. Le musée exposera une douzaine

de dessins préparatoires à l’Enrôlement des volontaires de 1792, appartenant aux collections du musée

national du Palais de Compiègne. Ces œuvres, rarement présentées au public en raison de leur

fragilité, permettront aux visiteurs d’entrer au cœur de la création du tableau, des rapides esquisses

tracées à l’encre et à la plume, aux superbes études de détail dessinées magistralement au fusain avec

des rehauts de blanc sur un papier teinté.

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COMPIEGNE - Du 17 octobre 2015 au 31 janvier 2016

Musée Antoine Vivenel

Thomas Couture : portraitiste

Accrochage

Le musée Antoine Vivenel conserve le beau portrait d’Henri Didier (1844), avocat et collectionneur.

L’accrochage proposé à l’occasion de l’anniversaire de la naissance du peintre et dessinateur d’origine

isarienne Thomas Couture (1815–1879) présente différents aspects de sa carrière de portraitiste à travers

une sélection de représentations d’aristocrates, bourgeois et artistes du Tout-Paris sous la Monarchie

de Juillet et le début du Second Empire. Des portraits plus intimes, au style plus libre, dessinés ou

peints, apportent un regard différent sur cet artiste romantique malgré lui.

Enfin, une série d’études pour les grandes compositions comme le Baptême du prince impérial est

également présentée en lien avec l’œuvre monumentale exposée au palais impérial de Compiègne.

COMPIEGNE - Du 17 octobre 2015 au 31 janvier 2016

Palais de Compiègne, musées et domaine nationaux

Thomas Couture dans les collections du palais de Compiègne

Accrochage

Grâce à la générosité des descendants de Thomas Couture, le palais de Compiègne conserve le plus

important ensemble relatif à cet artiste conservé dans une collection publique. Riche et varié, ce fonds

permet d’éclairer de nombreux aspects de sa carrière et de son œuvre. À l’occasion du bicentenaire de

sa naissance, une sélection de ce fonds sera présentée dans l’antichapelle, à proximité de l’exposition

consacrée à la sculptrice Adèle d’Affry dite Marcello, sa contemporaine. La carrière du peintre sera

évoquée grâce aux dessins, esquisses et photographies, notamment le Fauconnier, le Souper à la Maison

d’or et le projet de décor du Pavillon Denon du Louvre. Un accent particulier sera mis sur la grande

commande, que lui passa le Second Empire, Le Baptême du Prince impérial avec les dessins préparatoires

et les nombreuses esquisses pour cette monumentale toile qui sera exceptionnellement accessible en

visite groupée.

Conférence

AMIENS - 3 décembre 2015 à 19h

Musée de Picardie

Conférence «Thomas Couture, Romantique malgré lui» par Thierry Cazaux, co-auteur du catalogue

raisonné avec Bénédicte Pradié Ottinger (1961-2012), spécialiste de l’artiste.

Conférence

BEAUVAIS - 5 décembre 2015 à 15h

MUDO-Musée de l’Oise

Conférence «Thomas Couture, Romantique malgré lui» par Thierry Cazaux, co-auteur du catalogue

raisonné avec Bénédicte Pradié Ottinger (1961-2012), spécialiste de l’artiste

L’ensemble des musées partenaires du bicentenaire de la naissance de Thomas Couture vous propose

en parallèle des visites guidées et ateliers jeune public tout au long de l’évènement.

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Attachées de presse :

Agence VERBATIM, Florence Rosenfeld

01 44 61 70 26/06 07 01 65 65

Florencerosenfeld@agenceverbatim.com

Musée de la Vie romantique

Catherine Sorel, Chargée du service presse et communication

01.71.19.24.06

catherine.sorel@paris.fr

MUDO-Musée de l’Oise

Carole Michel, Responsable communication

03 44 10 40 68/06 15 23 56 13

Carole.michel@oise.fr

Suivez l’événement sur Facebook, Twitter et Instagram : #ThomasCouture2015

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Hommage à Bénédicte Pradié Ottinger,

ancienne conservatrice en chef des musées de Senlis

Bénédicte Pradié Ottinger était née le 23 novembre 1961. Elle était sortie de l’école du patrimoine

en 1988 et avait débuté sa carrière comme conservateur au musée des Beaux-Arts de Marseille. Elle

avait rejoint Senlis en 1996, pour prendre la direction des quatre musées de la ville : le musée d’Art

et d’Archéologie, le musée de la Vénerie, le musée des Spahis et l’hôtel de Vermandois. Sous son

impulsion, le musée de la Vénerie avait été rénové, puis à partir de 2002, elle avait conduit le plan de

rénovation du musée d’Art et d’Archéologie, logé dans l’ancien palais épiscopal, dont elle avait eu la

grande joie d’assister à la réouverture, quelques semaines avant de disparaître, des suites d’une longue

maladie, le 18 juillet 2012.

Bénédicte Pradié Ottinger fut le commissaire de nombreuses expositions, notamment Albert

Guillaume, en 1999 ; Thomas Couture, portrait d’une époque, en 2003 ; Chasse à coure, chasse de

cour, faste de la vénerie princière à Chantilly au temps des Condés et des Orléans – 1659-1910, en 2004

et en 2011, Le cabinet d’un amateur : Georges de Lastic, 1927-1988, en collaboration avec le musée de la

chasse et de la nature à Paris.

Spécialiste du XIX e siècle, elle s’était attachée au peintre Thomas Couture (1815-1879), natif de Senlis,

dont elle rédigeait le catalogue raisonné de l’œuvre peint.

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Biographie de Thomas Couture (1815-1879)

Né dans l’Oise à Senlis de Jean Couture, artisan cordonnier et de Marie Chollet, le jeune Couture partit

avec sa famille pour Paris en 1826. Entré à l’École des Beaux-Arts en 1831, il fut élève de Gros puis après

sa mort en 1835, de Delaroche. Il obtient un second prix de Rome en 1837 et à partir de 1840, exposa au

Salon des scènes historiques et des portraits. De cette époque datent Le Fils prodigue, première version

détruite en 1871, le Portrait de Jean Couture, le Portrait de Michelet, le Portrait d’Henri Didier (Compiègne,

Musée Antoine Vivenel).

En 1847, il expose au Salon l’œuvre qui le rend célèbre, Les Romains de la décadence, acheté par l’État

(Musée d’Orsay). Il ouvre alors un atelier et a de nombreux élèves américains, allemands et français

(Feuerbach, Manet, Puvis de Chavannes). Dès 1847, il se met à l’Enrôlement des Volontaires de 1792 que

lui commande officiellement en 1848 le gouvernement provisoire de la Seconde République, œuvre

qui reste inachevée. La même année, le 11 novembre 1848, Couture est fait Chevalier de la légion

d’Honneur. De 1849 à 1850, il exécute de nombreux portraits : Portraits de Béranger (Paris, dessin du

Musée Carnavalet) ; Portrait de Georges Sand (Paris, dessin du Musée Carnavalet). De 1851 à 1854, il décore

la chapelle de la Vierge à Saint-Eustache à Paris. En 1856, il reçoit la commande verbale du Baptême du

Prince impérial, confirmée par arrêté du 29 mai 1861, immense toile restée elle aussi inachevée (Palais

de Compiègne). Il dessine des projets pour le Pavillon Denon au Louvre.

En 1859, il épouse à Paris Marie-Hélène Servant et se retire à Senlis, où la ville met à sa disposition la

chapelle de l’ancien évêché (actuel Musée d’Art et d’Archéologie de Senlis) pour lui servir d’atelier et,

il peint entre 1867-1876 L’ Allégorie de la noblesse héréditaire (Senlis, Musée d’Art et d’Archéologie).

En 1869, il achète à Villiers-Le-Bel une belle demeure du XV e siècle et s’y installe. Il y reçoit des élèves

et surtout des étrangers. En 1870, les Prussiens occupent et pillent sa maison.

En 1872, après ne pas avoir paru depuis vingt ans, il expose au salon son Damoclès (Caen, Musée des

Beaux-Arts). En 1873, il exécute La Courtisane moderne (Philadelphie, Musée des Beaux-Arts) et en 1874-

1876, Le Roi de l’Époque (Palais de Compiègne), sujets satiriques et moralisateurs. Durant cette période,

il fait des paysages, tant à Senlis qu’à Villiers-Le-Bel, parmi eux, La Lecture (Palais de Compiègne) Le

retour de l’audience, La rue Saint-Jean à Senlis, L’Écluse du moulin de Saint-Rieul près de Senlis (Senlis,

Musée d’Art et d’Archéologie). Il meurt à Villiers-le-Bel le 29 mars 1879.

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De la toile à l’atelier, l’ekphrasis d’un maître

(extrait du catalogue)

Par Marie-Bénédicte ASTIER-DUMARTEAU,

conservatrice des musées de Senlis

« Continuateur de la tradition classique, ennemi du Réalisme et farouche adversaire du Romantisme,

Thomas Couture s’est autoproclamé le chef de file d’une nouvelle voie de la peinture, en lutte contre

l’art décadent de quelques vandales, menés entre autres par Delacroix. Au soir de sa vie, c’est pourtant

lui que la critique assassine, l’accusant d’être un « peintre de décadence », incapable d’originalité et

aigri par sa médiocrité. Voilà bien le drame de Couture et la raison de son impopularité : sclérosé par

ses paradoxes, il s’est enfermé dans une technicité idéale et s’est placé en marge de tous les courants

de son temps, leur empruntant néanmoins considérablement.

Thomas Couture se revendique maître avant de se définir artiste, non par prétention, mais parce qu’il se

sent investi du devoir d’évangéliser ses disciples. Son professorat est comme une religion ; sa méthode,

une profession de foi. Ils sont l’aboutissement d’une carrière contrastée, et sans doute un moyen

d’assouvir son besoin de reconnaissance. L’homme est ambitieux, côtoie le Tout-Paris et les puissants,

mais il souffre de ses origines modestes et de son manque d’instruction. Le peintre, en revanche,

ne souffre aucun complexe. Ses échecs successifs au Prix de Rome ne lui inspirent nulle remise en

cause personnelle. Il est au contraire convaincu de son talent et rejette la faute sur la pédagogie

classique, qu’il juge inadaptée.

Dès lors, Couture consacre sa vie à transmettre ce qu’il estime être la bonne parole et le bon geste,

allant jusqu’à théoriser son art dans deux traités, Méthode et entretiens d’ateliers et Paysages. Entretiens

d’atelier, à la manière des auteurs antiques et renaissants. Sa pensée picturale est visiblement marquée

par les débats suscités par la doctrine de l’Ut pictura poesis < la poésie est comme la peinture >, chère

aux peintres d’Histoire. À travers l’enseignement et la description de ses procédés techniques,

Thomas Couture réalise sa propre ekphrasis 1 . Dans l’atelier comme dans ses écrits, il se livre et met

son œuvre πρὸ ὀμμάτων, littéralement « sous les yeux », pour en produire une connaissance nouvelle

et originale. Sa Méthode reprend tous les codes de l’exercice littéraire. Elle analyse le rythme, la figure

et l’image, commente la notion de mimêsis et l’objectivité de l’artiste face à la nature, déchiffre la

poétique de la peinture, ses figures de style et ses écueils. L’approche de Couture repose sur une

savante rhétorique, qui doit former au plaisir esthétique autant qu’à la maîtrise de l’ars pictural. »

1

Le mot ekphrasis vient du grec phrazô [ϕράζω], < faire comprendre, expliquer >, et ek [ἐκ], < jusqu’au bout >.

Ce procédé littéraire, né dans l’Antiquité, est une mise en phrases qui épuise son objet, et désigne

terminologiquement les descriptions, minutieuses et complètes, qu’on donne des œuvres d’art.

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L’atelier de Thomas Couture

entre 1861 et 1863

(extrait du catalogue)

Par Thierry CAZAUX,

co-auteur du catalogue raisonné, avec Bénédicte Pradié Ottinger (1961-2012),

spécialiste de l’artiste

« Outre pour ses œuvres phares comme Les Romains de la décadence (1847, Paris, musée d’Orsay) et

L’Enrôlement des volontaires (1848, Beauvais, musée départemental de l’Oise), Thomas Couture est

également reconnu pour son enseignement artistique. Le passage, dans l’atelier du maître, d’élèves

comme Edouard Manet et Pierre Puvis de Chavanne ont assis la réputation de Couture dans l’histoire

de l’art. Le peintre débute son activité pédagogique en 1847. En effet, après l’immense succès des

Romains de la décadence au Salon, il ouvre un atelier d’enseignement qui formera plusieurs centaines

d’artistes. Couture se présente alors comme le chef de file d’un courant qui devait réformer la peinture

en France. L’école de peinture de Couture peut paraître à la fois bien et mal documentée. À ce titre, l’on

dénombre plusieurs témoignages, provenant de ses étudiants, dont Antonin Proust, Ernest Wadsworth

Longfellow et Edward Valentine, ainsi que d’une affiche publicitaire datant de l’ouverture de l’atelier

en 1847, qui se présente comme un manifeste : « Son enseignement s’appuie surtout sur l’étude du

grand art grec, des maîtres de la Renaissance et de la belle école flamande. Il croit qu’il est nécessaire

d’étudier toutes ces écoles pour apprendre à reproduire d’une façon noble et élevée les merveilles de

la nature, et surtout de la nature et des idées de notre temps ».

11


L’Enrôlement des volontaires de 1792

(extrait du catalogue)

Par Josette GALIEGUE,

ancienne conservatrice en chef du MUDO-Musée de l’Oise

« Couture commence à travailler sur le sujet des Enrôlés dès 1847, année de son triomphe au Salon avec

son tableau Les Romains de la Décadence (musée d’Orsay), qui lui valut la médaille d’or et la notoriété.

C’est avec enthousiasme que l’artiste, de sensibilité républicaine, explore cette belle idée de la défense

de la patrie en danger, épisode emblématique de la Révolution française dont, à soixante ans de

distance, il donne une vision quasi romantique, sous l’influence de l’historien Jules Michelet (1798-

1874).

Quand éclate la révolution de 1848, suivie de l’instauration de la Seconde République, le projet

artistique du peintre se pare d’une actualité inespérée. Le nouveau gouvernement lui passe commande

de L’Enrôlement pour une affectation prestigieuse sans doute, mais qui reste imprécise. De nouveaux

soubresauts politiques, le coup d’état du 2 décembre 1851 et l’avènement du Second Empire en 1852,

ont pu remettre en cause un avenir tout tracé et porter un coup d’arrêt, si l’on suit l’artiste dans ses

écrits, à l’achèvement d’une toile dont le sujet heurtait le nouveau régime. Les tentatives répétées de

le faire admettre par des modifications (suppression de la Liberté remplacée par un porte-drapeau

tricolore) ne convaincront pas l’Empire. Il faut également prendre sincèrement en compte le choc subi

par Couture, qui a mis toute son énergie passionnée dans sa toile, et sinon davantage dans les travaux

préparatoires, au risque de s’y perdre. La gloire s’est transformée en échec sans doute, mais le peintre

gardera toujours, dans ses différents ateliers, son chef-d’œuvre inachevé. À Beauvais, dans les murs du

palais Renaissance, dès sa révélation au public et aux historiens de l’art du XIX e siècle, il connaît une

deuxième vie. Cette première présentation au public a permis la révélation sereine, avec le recul du

temps, du tableau sur lequel des experts s’étaient déjà penchés : Albert Boime aux États-Unis, Pierre

Vaisse et Bruno Foucart en France. Puis, après un nouveau sommeil de 17 ans, (fermeture du palais

entre 1998 et 2015), a sonné le retour – pour longtemps espérons-le – de cette œuvre sur le devant de la

scène. Une ultime phase d’accrochage a eu lieu, après la restauration sur place du support et la mise

sur châssis, en décembre et janvier dernier ».

12


Le dernier Romantique ?

(extrait du catalogue)

Par Olivia VOISIN,

conservatrice au Musée de Picardie

« Le gris retenu par Couture pour Les Romains de la décadence serait en effet son coup de génie, témoignage

d’une filiation intellectuelle des plus respectables : « Comme dit Barroilhet qui s’y connaît, tous les

maîtres sont gris, du gris Velasquez ou Van Dyck, mais non pas du gris des élèves de M. Ingres ».

Un nom, pourtant, surpasse les autres. Porteur d’une éthique picturale nourrie des visites au Louvre,

puisant dans un Panthéon savamment sélectionné par la critique parmi les coloristes, Couture est

avant tout, comme le scandent les journaux enthousiastes, le nouveau Véronèse. La composition

trahit l’influence du Vénitien : « l’architecture de l’Orgie romaine est surtout d’une grande tournure,

à la façon de Véronèse », « le groupe de ces deux hommes, aux têtes pensives, aux belles formes

respectées par la débauche, est dessiné dans le plus grand style et peint avec une ampleur et une

certitude dignes de Véronèse et des vigoureux artistes de la Renaissance » ; la couleur ensuite, évoque

aux visiteurs le peintre des Noces de Cana, dans un rapprochement métonymique d’autant plus aisé

que Les Romains de la décadence recouvrent alors, le temps du Salon, le chef-d’œuvre de Véronèse.

Arsène Houssaye en souligne l’effet immédiat sur le regard du public: « Quel beau gris argenté et

vivant ! En voyant de prime abord ce tableau dans le grand salon, à la place même d’un Véronèse,

on pourrait s’imaginer que, par un oubli bizarre, on a laissé là une page d’ancien maître parmi les

tableaux des peintres modernes ».

13


Le fonds Thomas Couture

au palais de Compiègne

(extrait du catalogue)

Par Laure CHABANNE, conservatrice, et Gilles GRANDJEAN,

conservateur en chef, chargés des musées du Second Empire

du Palais de Compiègne

« Constitué grâce à la générosité des deux descendants de Couture, le fonds de dessins conservé

à Compiègne est particulièrement riche et mérite que l’on s’y attarde. Il compte 570 feuilles au

total. Georges Bertauts-Couture a donné successivement 11 dessins puis un album factice contenant

284 croquis qui ont été démontés depuis, soit au total 295 feuilles rejointes par 4 autres qu’il avait

données au Louvre et qui furent déposées à Compiègne. La donation Grodet-Moatti a apporté, en

1971, 16 dessins et une aquarelle, et surtout un ensemble de 250 dessins (dont un retrouvé au dos d’un

montage en 1994), soit 275 feuilles au total. Il faut aussi prendre en compte que certaines feuilles sont

double-face et que six brouillons de lettres de Couture comportent des croquis.

C’est de loin l’ensemble le plus important conservé de cet artiste qui représente l’essentiel de ce qui

se trouvait à la mort de Couture dans son atelier, qui avait échappé aux destructions par les Prussiens

en 1871 et que se partagèrent ses deux filles. Il faut toutefois déduire les dons consentis aux musées

de Beauvais, de Senlis, d’Alger où Georges Bertauts-Couture avait effectué une partie de sa carrière

militaire. Surtout, les époux Bertauts-Couture avaient conservé une partie de la collection, les feuilles

les plus achevées qui furent vendues le 23 novembre 1970, à Drouot, après le décès de Madame veuve

Bertauts-Couture. Une huile et 57 dessins furent dispersés, parmi lesquels se trouvait notamment une

très belle version de la Courtisane des temps modernes.

L’ensemble de Compiègne couvre assez exhaustivement l’œuvre de Couture, en dehors des Romains

de la décadence pour lesquels on ne connaît pratiquement pas de dessins - les deux esquisses de

Compiègne n’en sont que plus rares. Il y a également peu de portraits mais de très grande qualité.

Ceux du Prince impérial et de Jeanne Couture sont superbes. Toutes les techniques sont représentées:

pierre noire, craie, plume, papier blanc et papier bleu. »

14


Visuels disponibles pour la presse

AMIENS - Musée de Picardie


Thomas Couture,

L’Empire terrassant l’Anarchie, 1856

© Musées de Senlis

BEAUVAIS - MUDO-Musée de l’Oise

Thomas Couture,

Le Roi de l’Époque,

© RMN-Grand Palais (musées nationaux du palais de Compiègne)

/ Daniel Arnaudet

Thomas Couture,

L’Enrôlement des volontaires de 1792, 1848-1852

© RMN - Grand Palais (MUDO-Musée de l’Oise) / Philip Bernard

Thomas Couture,

Profil de femme au ruban bleu

© RMN-Grand Palais (MUDO – Musée de l’Oise) / Thierry Ollivier

COMPIÈGNE - Musée Antoine Vivenel

Thomas Couture,

Portrait d’Henri Didier, 1843

© Musée Antoine Vivenel

Thomas Couture,

Portrait du Pierrot, Étude pour

le Souper à la Maison d’Or, vers 1855

© Musées de Senlis

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COMPIÈGNE - Palais de Compiègne

Thomas Couture,

Le Baptême du Prince impérial, 1856,

© RMN-Grand Palais (Musées nationaux du palais de Compiègne)

/ Daniel Arnaudet

PARIS - Musée de la Vie romantique

Thomas Couture,

La lecture,

© RMN-Grand Palais (Musées nationaux du palais de Compiègne)

/ Daniel Arnaudet

PARIS - Musée d’Orsay

Thomas Couture,

La Commandite, vers 1860-1869

© Musées de Senlis

Thomas Couture,

Les Romains de la décadence, 1847,

© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay)

SENLIS - Musée d’Art et d’Archéologie

Thomas Couture,

La Noblesse, vers 1867-1876

© Christian Schryve / Musées de Senlis

La chapelle Thomas Couture du Musée d’Art et d’Archéologie

de Senlis

© Christian Schryve / Musées de Senlis

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Informations pratiques

AMIENS – Musée de Picardie

48 rue de la République 80000 Amiens

Tél : 03 22 97 14 00

www.amiens.fr/musees

Horaires : Mardi, vendredi et samedi : 10 h à 12h et 14h à 18h

Mercredi : 10h à 18h

Jeudi : 10h à 12h et 14h à 21h

Dimanche : 14h à 19h

Fermé le lundi et les jours fériés

Tarifs :

Plein : 5,50 euros - Réduit : 3,50 euros

Gratuit le premier dimanche du mois, le jeudi soir à partir de 19h

et pour les moins de 26 ans

BEAUVAIS – MUDO-Musée de l’Oise

1 rue du musée 60000 Beauvais

Tél : 03 44 10 40 50

www.mudo.oise.fr

Horaires : Tous les jours de 11h à 18h sauf le mardi

et certains jours fériés

Entrée gratuite

COMPIÈGNE – Musée Antoine Vivenel

2 rue d’Austerlitz 60200 Compiègne

Tél : 03 44 20 26 05

www.musee-vivenel.fr

Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 13h

et de 14h à 18h. Fermé le 01/11, le 25/12 et le 01/01

Tarifs :

Plein : 3 euros - Réduit : 1,50 euro

Gratuit le premier dimanche du mois et pour les moins de 26 ans

COMPIÈGNE – Palais de Compiègne

Musées et domaine nationaux

place du Général-de-Gaulle 60200 Compiègne

Tél : 03 44 38 47 00

www.musees-palaisdecompiegne.fr

Horaires : 10h à 18 h fermé le mardi et le 1 er janvier

Tarifs :

Plein : 7,50 euros - Réduit : 5,50 euros

incluant les collections permanentes et l’exposition

Marcello, une femme artiste entre cour et bohême

PARIS – Musée de la Vie romantique

Hôtel Scheffer-Renan

16, rue Chaptal 75009 Paris

Tél : 01 55 31 95 67

www.museevieromantique.paris.fr

Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Fermé le lundi et les jours fériés

Entrée gratuite dans les collections permanentes

SENLIS – Musée d’Art et d’Archéologie

Place Notre-Dame 60300 Senlis

Tél : 03 44 24 86 72

www.musees-senlis.fr

Horaires : Du mercredi au dimanche de 10h à 13h et de 14h

à 18h

Tarifs au 1er janvier 2015 : (billet unique pour les 3 musées

de Senlis)

Plein : 6 euros - Réduit : 3 euros

Gratuit le premier dimanche du mois et pour les moins de 18 ans

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#ThomasCouture2015

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