Appel d'un enfant : rôle de la régulation médicale - SFMU

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Appel d'un enfant : rôle de la régulation médicale - SFMU

URGENCES

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Points essentiels

1. SAMU 80, CHU Amiens, place Victor Pauchet, 80054 Amiens cedex.

2. Service de santé publique, CHU Amiens, place Victor Pauchet, 80054 Amiens cedex.

Correspondance : Carole Amsallem, SAMU 80, CHU Amiens, place Victor Pauchet, 80054 Amiens

cedex. Tél. : 03 22 44 66 84 60. Fax : 03 22 66 85 07. E-mail : amsallem.carole@chu-amiens.fr

APPEL D’UN ENFANT : RÔLE DE LA RÉGULATION MÉDICALE

Chapitre 90

Appel d’un enfant :

rôle de la régulation médicale

C. AMSALLEM 1 , Ch. AMMIRATI 1 , M. GIGNON 2 , Ch. BOYER 1

■ En régulation, créer un lien rapide avec l’enfant en l’appelant par son prénom.

■ La localisation précise de l’enfant peut présenter une difficulté en fonction de

son âge.

■ Rassurer avec un ton calme, une voix posée, lui affirmer qu’il ne va pas rester

seul trop longtemps et que le docteur est là pour l’aider.

■ Le questionnement est adapté à l’âge de l’enfant et à ses capacités de

compréhension.

■ Le recours aux autres services de secours (pompiers et forces de l’ordre) peut

contribuer à retrouver une adresse.

■ Lorsqu’un enfant raccroche en pleine conversation, rappeler immédiatement

pour valider l’appel.

■ Au domicile, demander si la porte est ouverte ou s’assurer qu’il est en capacité

de l’ouvrir.

■ Déclencher le moyen quelque soit le motif d’appel initial, y compris pour des

appels, qui ne nécessiteraient qu’un conseil pour un adulte.

■ Envoyer le moyen le plus rapidement sur place pour éviter qu’il soit seul trop

longtemps.

■ Le garder en ligne si possible, jusqu’à l’arrivée des secours (relais entre le

régulateur et l’ARM) pour les enfants les plus jeunes.

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La régulation est un acte médical à distance qui mobilise, sur une courte période

d’écoute et de questionnement, toutes les compétences médicales et de

communication du médecin régulateur afin que les décisions prises soient les plus

adaptées.

L’adaptation de la réponse (du conseil médical à l’envoi d’une équipe de

réanimation) doit être le plus possible en corrélation avec les informations

délivrées par l’appelant. Ce degré d’urgence parfois difficile à cerner est d’autant

plus compliqué à appréhender lorsque l’appelant est un enfant.

Après les expériences pilotes dans la Somme en 1998 (1) les programmes scolaires

ont rendu obligatoire depuis 2004, la formation « apprendre à porter secours »

(APS) à l’école (2). Cet apprentissage est développé en fonction des compétences

psychomotrices de l’élève depuis la maternelle jusqu’au collège. Un certain

nombre d’enfants est donc formé par leurs enseignants à agir et à alerter les

secours face aux situations les plus fréquemment rencontrées.

L’appel d’enfant implique qu’il n’y a plus d’adulte référent à ses côtés, voire même

que l’adulte lui-même est en difficulté. La situation est différente lorsqu’il s’agit

d’un enfant qui appelle le SAMU sous les directives d’un adulte à cause d’un

problème de langue par exemple.

Dans ces cas, l’équipe de régulation (assistant de régulation médicale (ARM) et

régulateurs) doit avoir en mémoire qu’il s’agit d’emblée d’une régulation difficile,

plus chronophage et potentiellement plus à risque puisque l’enfant est seul.

1. Appels d’enfant, est-ce une réalité ?

En 2010... Au SAMU 80, le 25 mai 2010 13 h 35, Albin. 11 ans : « Allo ma petite

sœur vient de tomber sur le nez, elle à 16 mois et c’est gonflé et y’a du sang »...

Le 4 juin 2010 à 18 h 15, Émilie, 12 ans téléphone pour « mon frère s’est coupé

avec un couteau au niveau de l’index gauche »... Le 7 juin 2010 à 10 h 47 Gabriel.

6 ans « j’appelle pour maman, elle est allongée sur le sol, elle respire bizarre et elle

tremble »... le 28 juin à 13 h 48, Sabrina, 11 ans « maman est hospitalisée en

dermato et François 15 ans, Noémie 2 ans et Juliette 1 ans, on est à la maison et

on sait pas quoi faire »... le 7 juillet 2010 à 23 h 21 Brenan, 10 ans « maman est

en train de faire une crise, elle saigne » ; le 11 juillet 2010 à 17 h 16 Albertine

12 ans « bonjour je me suis fait piquer par une guêpe à la cuisse et depuis ça me

gène pour respirer ». Voici quelques exemples des 96 dossiers médicaux validés

d’enfants reçus de janvier à octobre 2010 dans notre service. Ces appels sont

essentiellement passés par des enfants de plus de 5 ans (l’âge maximal retenu

pour cette analyse étant de 16 ans). On retrouve des causes traumatiques

(25,5 %) à égalité avec des causes médicales, pour des intoxications

médicamenteuses ou alcoolique d’un voire des deux parents (10,6 %). On retient

un seul appel d’une enfant de 12 ans pour se plaindre « d’un problème

psychiatrique qu’elle avait dans sa tête ». Seize appels ont été répertoriés comme

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■ SITUATION DIFFICILE EN RÉGULATION


validés car ils ont débuté par une alerte correcte, une cause clairement énoncée,

essentiellement traumatique, mais se sont révélés être des faux appels soit lors du

rappel, soit lors de l’envoi de moyens. Ces appels, construits, émanent

majoritairement d’adolescents souvent réunis en groupe.

Nous n’avons pas répertorié les faux appels rapidement identifiés, y compris ceux

dits « en cascades » qui entraînent parfois une dizaine d’affaires créées, souvent

lorsque les numéros sont masqués.

Ces faux appels sont en augmentation pendant les périodes de vacances scolaires,

le mercredi et plus inquiétant, dans la semaine après 21 heures. Une étude de ces

faux appels devrait être réalisée afin d’avoir un reflet social plus précis, en fonction

des bassins de population, des horaires et des zones d’habitation des enfants.

2. Quelles sont les capacités de l’enfant en fonction de l’âge ?

Quelles implications pour la régulation médicale ?

Par commodité, nous prendrons les cycles scolaires comme repères temporels.

L’élaboration de la stratégie d’enseignement intégré au curriculum de l’école au

collège « d’apprendre à porter secours » a été réfléchie à partir du développement

psychomoteur de l’enfant et des programmes scolaires. En connaissant cette

progression, le régulateur peut extraire des informations efficaces.

3. CYCLE 1 : L’enfant de 3 à 5 ans scolarisé à l’école maternelle

En fin de maternelle, l’enfant peut être capable de faire une phrase pour

s’exprimer, de mettre en lien des données et donc identifier les signes d’une

situation « anormale ».

On retrouve dans le bulletin officiel de l’éducation nationale que l’enfant développe

au cours du cycle 1 : l’acquisition « progressive des éléments de la langue

nécessaires pour se faire comprendre, c’est-à-dire pour : désigner correctement les

protagonistes concernés, marquer les liens entre les faits, exprimer les relations

temporelles par le temps adéquat des verbes et les mots ou expressions pertinents,

situer les objets ou les scènes et décrire les déplacements de manière pertinente. [...]

Les enfants sont amenés à comprendre un camarade qui parle de choses qu’ils ne

connaissent pas, un interlocuteur adulte, familier ou non, qui apporte des

informations nouvelles » (2). Seule l’expression à travers un téléphone peut être

considérée comme difficile pour les plus jeunes car l’interlocuteur est physiquement

absent. Ses envies d’aider l’autre sont très présentes. Par contre, il a des capacités

physiques extrêmement limitées et un apprentissage gestuel complexe n’a pas

d’intérêt. Ainsi, à la fin de la grande section de maternelle, l’élève est capable

d’identifier un risque pour rester en sécurité, d’identifier une situation anormale et

alerter en racontant ce qu’il a observé en allant chercher un adulte, en téléphonant

au 15, s’il n’y a pas d’adulte (4).

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Lors d’un appel d’un très jeune enfant, l’ARM doit rapidement créer un lien

personnel avec l’enfant en lui demandant son prénom, son nom et son âge (5).

Quelque soit la fonction en régulation, ARM ou médecin régulateur, le ton de la

voix doit être posé, calme, « rassurant », les mots utilisés simples. Les questions

doivent être courtes et traitées les unes à la suite les autres, sans laisser la

possibilité d’un choix. Dès qu’il l’a en ligne, le régulateur se présente en tant que

« docteur » et précise qu’il est là pour « l’aider ». Le terme dedecin ne fait pas

encore partie du vocabulaire. Les premières questions visent à s’assurer que

l’enfant est seul à la maison, qu’aucun parent n’est présent ou en état de prendre

le téléphone, qu’il n’a ni grand frère, ni grande sœur à ses côté.

S’il s’agit d’un faux appel, c’est souvent à ce stade que l’enfant de cet âge

raccroche. Ce faux appel doit être validé en tant que tel par l’ARM en rappelant

systématiquement pour vérifier qu’il ne se passe rien. Ce rappel est notifié dans le

dossier de régulation, même si personne ne décroche.

Un enfant de moins de 4 ans connaît son environnement proche et retient parfois

son adresse s’il l’a apprise par cœur. Il est incapable de se localiser ailleurs que

dans des lieux connus de lui, sa maison, son école... Il n’est pas capable de donner

son numéro de téléphone et le contre appel ne peut être obtenu que si le numéro

n’est pas caché. Parfois, seules des recherches rapides d’annuaire inversé

permettent de retrouver une adresse, encore faut-il que ce soit un numéro de

téléphone fixe. La multiplication des téléphones portables ne rend pas fiables ces

recherches du fait de la mobilité. L’appel à un opérateur pour identification est

aléatoire du fait de la réattribution rapide des numéros de téléphones portables et

de l’existence de forfaits à carte. L’impossibilité à ce stade d’obtenir une adresse

imposera de faire rechercher un adulte a proximité de l’habitation, sans pour

autant faire prendre un risque à l’enfant en lui faisant traverser une route par

exemple. Dans ce but, la régulation prend un temps supplémentaire pour le

questionner sur son entourage proche. Est-ce qu’il vit dans une maison, un

appartement ? Est-ce qu’il connaît quelqu’un à côté de sa maison, de son

appartement ? Est ce qu’il voit une route ? Est-ce que des voitures passent sur

cette route ? Cette décision est un réel dilemme, car elle impose de sortir un

enfant d’un environnement connu et sécuritaire. Le téléphone portable devient

alors une aide précieuse et permet de garder un contact permanent avec l’enfant.

L’enfant ne sais pas forcément ouvrir une porte, soit parce qu’il ne sais pas tourner

une clef soit parce que physiquement il ne l’atteint pas. Il ne faut pas hésiter à

poser la question : « Est-ce que la porte est ouverte ? Est-ce que tu as appris à

ouvrir la porte ? » Cette localisation est primordiale pour l’envoi des secours. La

régulation ne doit pas hésiter a faire appel aux autres services de secours

(pompiers, forces de l’ordre) qui peuvent avoir des moyens d’identifications

différents et complémentaires.

Pour se faire une idée de la situation, le régulateur peut faire décrire la situation

avec des mots simples. L’analyse des appels émis par ces enfants en bas âge,

révèle parfois qu’ils sont « simplement » sans surveillance d’adulte (parents partis

faire des courses, au travail...). N’ayant pas la notion de « durée », ne différenciant

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■ SITUATION DIFFICILE EN RÉGULATION


pas le passé du présent, lui poser la question « depuis combien de temps » n’a

aucune valeur.

Jusqu’à 5-6 ans, la description de la localisation du malade ou du blessé est

possible dans son domicile, dans l’escalier, la chambre, sur lit, par terre...

Ses connaissances imparfaites des parties du corps doivent imposer au régulateur de

parler de tête, de ventre, de bras et de jambe (une localisation plus fine ne serait pas

comprise) (5). Par contre, il sait identifier la présence de sang. La conscience peut

déjà être évaluée, en effet à cet âge, l’enfant fait la différence entre le fait de parler

et celui de dormir. Le régulateur peut lui demander « il répond quand tu lui parles

fort ? » ou « il dort toujours quand tu lui parles fort ? ». Il lui serait difficile de

répondre à « qu’est-ce qu’il fait quand tu lui parles fort ? »

Dans ce contexte d’appel d’un jeune enfant dès lors que l’adresse est connue,

l’envoi d’un véhicule de secours aux victimes (VSAV) semble pertinent, voire même

dans certains villages plus éloignés, le déclenchement du centre de première

intervention (CPI).

4. CYCLE 2 : L’enfant de 6 à 8 ans scolarisé à l’école primaire

jusqu’au cours élémentaire première année

En tenant compte de la poursuite de ses apprentissages et de son développement

psychomoteur l’enfant de 6 à 8 ans peut être capable de faire des phrases plus

complexes, de commencer à se situer dans l’espace géographique, il apprend à

différencier la rue du quartier et le quartier de la ville. Ils comparent ces lieux

familiers avec d’autres endroits et espaces plus lointains et des travaux sur cartes

et planisphères développent une notion « d’ailleurs ».

Au cycle des apprentissages fondamentaux, l’élève poursuit l’acquisition du langage

oral : respect de l’organisation de la phrase, expression des relations de causalité et

des circonstances temporelles et spatiales (pourquoi ? quand ? où ?) (2).

Ainsi, il peut décrire une situation en recueillant des indices évidents et

physiquement il peut faire des gestes simples (3, 4). Certains ont appris avec APS,

à identifier un risque, s’en protéger et protéger l’autre. Ils sont capable d’alerter

en donnant un message structuré, en se localisant, en décrivant précisément la

situation. Ils ont appris à appuyer sur une plaie qui saigne et à passer une brûlure

sous l’eau. Ils savent qu’ils ne doivent pas bouger un camarade qui aurait un

traumatisme. Enfin ils peuvent appliquer quelques conseils simples donnés par le

régulateur (3). Les formations dont ils bénéficient dans les écoles visent à leur faire

porter secours à un de leur camarade et non à un adulte.

La localisation est plus simple si l’enfant se situe dans des lieux habituels, la

description est plus fiable. C’est hors de son quartier (dans les grosses

agglomérations), ou lorsqu’il est hors de sa ville que l’enfant a le plus de difficultés

pour se situer (pendant les périodes de vacances). Il peut confondre le nom donné

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à un quartier comme étant le nom d’une commune (j’habite à « la Défense » par

exemple) et c’est à la régulation et sa connaissance des secteurs que revient la

tâche de différencier un quartier d’une ville. L’acquisition de la lecture dès la fin du

cours préparatoire (CP) peut parfois aider à déchiffrer les lettres sur un courrier,

une enveloppe, une pancarte.

S’il raccroche le téléphone à ce stade, il paraît souhaitable de le rappeler

immédiatement. Cela permet parfois de rentrer en contact avec un adulte. Qu’il

soit seul ou en groupe, l’enfant de cet âge, construit rarement une histoire

plausible pour des services de secours. C’est ainsi que si l’appel perdure, ou que

les informations sont identiques lors du contre appel, il faut y prêter une attention

toute particulière. Après avoir identifié le thème de l’appel, traumatique ou

médical, l’équipe de régulation cherche par le questionnement à obtenir des

détails sur un ou deux points plus précis qui visent à valider l’appel. « Peux-tu me

dire où est actuellement le (la) blessé(e) ? », « Peux-tu me décrire la position dans

laquelle elle se trouve ? Sur le dos ? Sur le ventre ? » ? Cette étape doit rester

rapide, sous peine que l’enfant raccroche, parce qu’il a le sentiment de n’être pas

cru ou de le laisser à proximité d’une situation qui l’effraie (présence de sang...).

L’enfant développe ses connaissances des risques et il a plus de facilité à les

identifier même s’ils sont potentiels. Il est en pleine acquisition des limites que lui

impose son corps face à une action à mener et face a ces risques (3).

L’enfant à ce stade, est capable de parler du temps passé proche et du présent (2,

3). Il n’a pas encore développé une capacité à se projeter dans l’avenir, et le temps

qui passe n’a pas le même rapport que celui d’un adulte. Lorsqu’on lui dit que les

secours arrivent, c’est l’immédiateté qui compte. D’où l’importance de le garder le

plus longtemps en ligne pour éviter le plus possible cette distorsion du temps et

éviter un sentiment d’abandon.

Peu de gestes peuvent être demandés à un enfant à cet âge, surtout si le patient

est un adulte inconscient (ce qui explique l’appel de l’enfant) par contre il peut

venir en aide à un de ses camarades. La guidance se fait toujours avec des phrases

courtes, des mots simples. Le régulateur doit être rassurant en le valorisant à

chaque étape en lui disant que « c’est bien » qu’il s’en « sort très bien ». La rétro

information de l’acte effectué doit être systématique.

Comme précédemment c’est la rapidité du moyen le premier sur place qui

compte.

5. CYCLE 3 : L’enfant de 9 à 10 ans scolarisé du cours

élémentaire deuxième année (CE2) jusqu’au cours moyen

deuxième année (CM2)

À la fin de l’école élémentaire vers 10-11 ans, il est capable de discernement, de

faire un récit avec des phrases construites et d’avoir un raisonnement logique avec

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des liens cognitifs (2). Il est capable de déléguer certaines actions et de se faire

aider par un camarade de son âge. Enfin il peut exécuter des gestes plus

complexes (3).

S’il a suivi l’enseignement obligatoire, il peut effectuer une protection. Il peut

discerner les trois numéros d’urgences français et alerter le service adapté à la

situation. Il peut affirmer la présence ou non de l’état de conscience, basculer la

tête en arrière, vérifier la présence de la ventilation et mettre quelqu’un « sur le

côté » (il n’utilise pas le terme de Position Latérale de Sécurité PLS) après que le

docteur du SAMU le lui ai conseillé (4, 5).

La première étape visant à le localiser, est beaucoup plus facile, même s’il peut

encore confondre l’appellation de quartiers et le nom de la ville.

Concernant le faux appel, il peut construire une histoire crédible mais il raccroche

souvent après avoir donné la localité ou lorsque les questions se précisent. Il est

capable d’adapter son histoire à notre réalité professionnelle. La majorité de ces

appels émanent d’enfants réunis en groupe. Souvent l’ARM ou le médecin entend

plusieurs voix d’enfants et souvent des rires. Une attention tout particulière doit

être portée aux bruits qui entourent cet appel pour différencier les rires, les pleurs

voire les cris (d’adultes parfois...).

Lorsque l’appel vient d’un enfant seul, et qu’il n’existe pas de bruit ou que les

bruits sont des cris et/ou des pleurs, cet appel doit réclamer toute l’attention de la

régulation. Comme précédemment, quelques questions visant à obtenir une

description plus précise de l’événement sont nécessaires. La description du

problème devient plus riche en explications et en vocabulaire. Si le problème

identifié par le médecin correspond à un thème enseigné à l’école, il faut lui

demander s’il a appris à l’école des « gestes qui sauvent ». Que ce soit le cas ou

pas, comme pour n’importe quel autre appel avec une aide au geste par

téléphone, il est souhaitable de s’assurer des capacités physiques de l’enfant,

surtout si l’appel concerne un adulte.

Poser la question « Est-ce qu’il est plus gros/plus grand que toi ? » permet

rapidement de savoir s’il pourra éventuellement le mettre sur le côté (hors

pathologie traumatique).

L’apprentissage réalisé dans les écoles est facilitant, mais la guidance doit être plus

précise qu’avec un adulte. Comme précédemment, les conseils de phrases courtes

et de mots simples et d’encouragement restent valables. Cet accompagnement

est rassurant pour l’enfant car la peur de faire mal peut être limitant. La

valorisation, l’encouragement et la rétro action de l’action engagée restent

fondamentaux à cet âge encore. S’il n’est pas formé, le régulateur peut utiliser des

images pour l’aider à visualiser : « l’objectif c’est le mettre sur le côté comme s’il

dormait ».

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6. Au collège : l’adolescent de 11 à 16 ans

C’est au collège que les élèves apprennent à faire face à une obstruction totale des

voies aériennes, à agir face à une personne en arrêt cardiaque. Comme ils peuvent

faire de la garde d’enfants, les gestes sont appris sur les nourrissons et le petit

enfant (3, 4). Dans le livret de compétence, les élèves sortant du collège devraient

être titulaires du PSC1 (2).

À cette période, souvent difficile de la puberté, le fait de toucher l’autre peut être

un facteur limitant dans l’apprentissage des manœuvres de désobstructions et de

mise sur le côté. Ils ne semblent pas tentés de pratiquer sur l’autre des gestes pour

s’entraîner, en particulier lorsqu’il s’agit d’un camarade de sexe différent. Aucune

étude n’a montré qu’en situation d’urgence cette gêne aurait un impact dans

l’aide à l’autre. Au minimum, le fait de l’avoir vu, favorise sa réalisation lorsque le

régulateur l’aide au téléphone. Ces techniques (PLS, tapes dorsales et manœuvre

de Heimlich) sont peu vues dans les programmes télévisuels contrairement au

massage cardiaque ou à l’utilisation des défibrillateurs (séries télévisées sur les

« urgences »).

À l’adolescence, on devient soi et plus « l’enfant de ses parents », les espaces de

libertés grandissent et tous les risques sont pris. C’est l’âge où l’adolescent

n’évalue plus ses capacités physiques par rapport à un risque mais par rapport aux

capacités de l’autre : « s’il est capable de le faire... moi aussi ». Les accidents de la

vie courante touche ainsi plus les garçons que les filles (6). L’appel émanant d’un

adolescent dans le cadre d’un événement traumatique lors de réunion en groupe

doit être particulièrement pris au sérieux.

Hors situations traumatiques, un nouveau type d’appel : l’alcoolisation aiguë, est

apparue pour des enfants de plus en plus jeunes. En effet, le « binge drinking »

qui consiste à absorber une quantité excessive et intensive d’alcool pour parvenir

le plus rapidement possible à l’ivresse est en progression. Pour ce type

d’alcoolisation aiguë, les lieux de consommation sont extérieurs (parcs...) et moins

fréquemment le domicile ou les lieux collectifs (7).

Le rapport 2010 de l’observatoire français des drogues et des toxicomanies révèle

« qu’environ 6 jeunes de 17 ans sur 10 (60 %) déclarent avoir déjà été ivres au

cours de leur vie, plus de la moitié (51 %) au cours des douze derniers mois et un

sur dix (9 %) au moins dix fois au cours de cette période. Comme la

consommation d’alcool, l’ivresse s’avère très masculine : le sex ratio atteint 1,2

pour l’ivresse au cours de la vie, 1,3 pour l’ivresse au cours de l’année et 2,7 pour

l’ivresse régulière (au moins dix épisodes au cours de l’année) ».

Ces appels proviennent de portables ou de cabines publiques. Ils surviennent dans

un contexte de groupe qui peut favoriser l’impression d’un faux appel car il peut y

avoir des rires, des cris, de la musique... mais parfois aussi du silence... c’est toute

la difficulté de ces appels d’enfants.

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■ SITUATION DIFFICILE EN RÉGULATION


L’envie de venir en aide à l’autre est moins prégnante et parfois, la première

impulsion de l’adolescent est la fuite, non pas du danger mais par peur de la

réprimande, de la punition. Ainsi, le régulateur face à des appels d’adolescent doit

favoriser la réassurance, il doit taire son appréciation de l’action qui a provoqué

l’événement. Éviter le : « vous vous rendez compte de ce que vous avez fait... »

qui n’a pas d’intérêt, mais favoriser l’action à deux : « nous allons vérifier tous les

deux s’il respire »... « Nous allons ensemble faire un massage cardiaque... est-ce

que tu veux bien ? »). S’assurer qu’il a appris certaines gestes peut favoriser cet

accompagnement. « Tu te rappelles, c’est comme ce que tu as appris... tu va

appuyer au milieu de la poitrine... rappelle toi... il faut appuyer assez fort... ».

Les secours déclenchés doivent être informés par la régulation du fait que c’est un

enfant qui a appelé. Les équipes de secours sur place, en lien avec la régulation

doivent s’efforcer, de trouver un adulte de la famille pour prendre en charge

l’enfant (informations par les voisins, carnet d’adresses, numéros préenregistrés

des portables...). Dans l’hypothèse où l’enfant serait seul (ou en attente de

l’arrivée de parents), il est transporté aux urgences en vu d’un hébergement. Le

service receveur doit être informé de son arrivée et de la pathologie de la personne

pour laquelle il a alerté afin que la prise en charge soit adaptée. Lorsqu’un parent

arrive au domicile, il est important de le sensibiliser au fait de dialoguer avec

l’enfant qui vient de vivre une situation difficile. Dans certains cas grave, ces

événements peuvent apparaître comme un véritable psycho traumatisme et

l’appel à un psychologue peut être nécessaire.

Dans les situations d’intoxication éthylique aiguë, de rixe, d’abandon, un

signalement à la protection de l’enfance voire aux forces de l’ordre est

indispensable.

Enfin, les condamnations à la suite d’appels d’enfant sont peu nombreuses. Seules

deux affaires sont à relever. La plus récente concerne une affaire dont le jugement

n’est pas connu et qui concerne les sapeurs-pompiers. Un enfant ayant alerté les

voisins et le 18 n’a pas été cru alors qu’il parlait d’un ami passé à travers le toit

d’un hangar et ayant fait une chute de 6 mètres. (À l’époque, la mère de l’enfant

décédé n’a pas cru non plus l’enfant). Ceci nous rappelle qu’un appel d’enfant

n’est pas forcément synonyme de faux appel et que l’histoire racontée avec

beaucoup de détails peut être réelle, même si celle-ci peut nous paraître parfois

abracadabrante.

La seconde a provoqué la condamnation des médecins régulateur et généraliste

de garde après qu’un enfant de 10 ans ai appelé le SAMU pour son père qui

présentait un malaise et qui avait eu une perte de connaissance brève. Le

régulateur lui a donné conseil d’appeler le médecin de garde. En pleine grève des

généralistes, l’enfant n’a pu joindre ce médecin dont le portable ne passait pas

(situation connue par lui). L’envoi d’un moyen (VSAV) n’a été réalisé qu’après un

second appel trois heures plus tard par le même enfant. Le père était décédé. Les

deux médecins ont été condamnés à 10 mois de prison avec sursis (8). Il convient

de rappeler qu’un enfant qui appelle doit être accompagné jusqu’à la prise en

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charge du blessé ou du malade et de l’enfant appelant et ce, jusqu’à l’âge légal de

la majorité.

Le nombre d’enfants formés aux gestes d’urgence dès l’école, augmente chaque

année et l’appel privilégié au SAMU est enseigné. Cette formation, normalement

obligatoire et l’accessibilité au téléphone impliquent une réalité des appels

d’enfants.

Les équipes de régulation doivent êtres préparées à réagir à ce type d’appel auquel

il faut consacrer du temps. Les capacités de l’enfant dépendent de son âge. Le

comportement adapté du professionnel de régulation est le garant de la qualité de

la prise en charge. L’utilisation de mots simples avec un ton rassurant facilite le

dialogue. L’envoi de moyen est indispensable pour un appel réel d’enfant qui doit

être assuré d’obtenir une aide la plus rapide possible. Le maintien du contact

téléphonique est privilégié. Aborder cette régulation d’enfant en pensant

d’emblée que c’est un mensonge est susceptible de favoriser un mauvais

questionnement, d’avoir une tonalité de voix inadaptée et un envoi de moyen

inapproprié. « Le doute profite toujours au patient ». Dans le cadre d’appel

d’enfants, plus que jamais cette règle trouve sa place.

Bibliographie

1. Ammirati Ch., Desailly D., Bréant J., Mercieca J.M., Tharsis E., Tellier M., Amsallem C.,

Boyer Ch., Routhier J., Nemitz B. Apprendre à porter secours de l’école maternelle au

CM2 : expérience du département de la somme en 1998 – revue des SAMU, 1999 ;

XXI, 1 : 4-11.

2. Décret 2006-830 du 11-7-2006, JO du 12-7-2006 relatif au socle commun de

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de l’école au collège. Thèse pour le doctorat d’état en science de l’éducation université

Paris. 2008.

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au SAMU centre 15 Paris, SFEM 2009, 517 p.

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■ SITUATION DIFFICILE EN RÉGULATION

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