Écorces - Le Poche

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Écorces - Le Poche

ÉCORCES (créati on)

8 > 28 MARS 2010

Texte Jérôme Richer

Mise en scène Éric Devanthéry

Assistanat Ludovic Payet

Scénographie Gilbert Maire

Lumière Bernard Colomb

Costumes Valentine Savary

Jeu

Le chœur

Olivia Csiky Trnka

Valérie Liengme

Matthieu Sesseli

Jean-Louis Bolay

Natacha de Santignac

Jonathan Durandin

Nathalie Garbely

Rosangela Gramoni

Chloé Peytermann

Aurélien Riondel

Julien Rivolier

Fabienne Silva

Patricia Steiner

Dany Walker

Écorces met en scène deux sœurs qui cherchent un dernier espace de

liberté dans un monde de plus en plus contrôlé. L’une fait partie d’un

groupe révolutionnaire clandestin, l’autre travaille dans une

administration. Entre les attaques terroristes et le diktat de la télévision,

elles se cherchent, s’affrontent, se déchirent et s’épaulent tour à tour.

Parallèlement à leur histoire, nous assistons également aux premiers

combats d’un jeune soldat, découvrant l’effroi de la guerre. Nous ne

savons pas où l’action se déroule, seulement qu’elle nous concerne.

Production Le Poche Genève


8 > 28 MARS 2010 ÉCORCES

NI CONS NI HÉROS

entretien avec Jérôme Richer

réalisé par Julien Lambert, juin 2009

Pasolini, Fo, Bond : les auteurs que Jérôme Richer visite ont une

dimension politique voire militante, qui se retrouve dans ses propres

textes. Mais à trente-cinq ans, ce juriste devenu enfant de la balle sur le

tard est loin d'être un ado. Non content d'écrire par engagement, il veut

encore questionner dans ses pièces cette notion souvent galvaudée. Une

œuvre âpre, brute voire brutale dans sa forme, Écorces dépasse ainsi le

coup de poing sur la table. Et brouille les échelles de valeurs qui

tendraient à séparer un soldat et une révolutionnaire, dont les évolutions

parallèles ne se rencontrent pourtant jamais…

Dans Écorces, la distribution des rôles semble assez claire : un système

d'oppression représenté par la télévision ; un agent inconscient de ce

système : le Soldat ; deux victimes, les sœurs, l'une qui subit, l'autre qui

s'insurge…

Je suis parti de quelque chose de très basique, puis aux moments

cruciaux de leurs vies, les perceptions de ces personnages s'inversent.

Cela correspond à ma méthode de travail. J'écris beaucoup et de manière

très explicative dans un premier temps, puis il s'agit de rendre les choses

moins évidentes, plus suggestives...

Les trajectoires s'équilibrent en effet : le soldat déserte, la révolutionnaire

sombre dans l'abattement. La résultante n'en est pas moins

unilatéralement négative…

Je ne trouve pas. Deux personnages sur trois s'en sortent, parce qu'ils

s'ouvrent à la vie en sortant de leurs schémas, opposés mais

identiquement normés. Le soldat, par la lecture, découvre une autre

réalité, comme la sœur résignée, qui devient contestataire. Sa fuite n'est

pas un abandon, mais le choix valable de se reconstruire, une chance de

recommencer. C'est elle, qui semblait d'abord plus passive, qui porte

finalement sa sœur.

Est-ce à dire que tu tends à relativiser la valeur des engagements ?

Par le passé, j'ai été amené à fréquenter des militants d'extrême gauche

qui m'ont souvent déçu. Leurs actes étaient en contradiction avec leurs

discours. Comme dit Bond, c'est dans les situations critiques que nos

choix nous définissent en tant qu'être humain. Je cherche donc toujours à

exprimer le point de vue opposé au mien. Ce n'est pas en disant que tous

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les patrons sont des cons et les révolutionnaires des héros qu'on fait

avancer les choses. Il faut savoir combattre ses propres convictions : notre

premier ennemi dans la société, c'est nous-même. On vient ainsi toujours

voir un spectacle avec en tête une prélecture du sujet. J'aime la casser.

Les anciens habitants de Rhino sont venus voir ma pièce La Ville et les

ombres sur l'évacuation de leur squat, en pensant me casser la gueule à

la fin, ils sont souvent ressortis en larmes. Les trois personnages

d'Écorces sont trois versions de moi-même, trois façons différentes de

réagir à la notion d'engagement.

Pourquoi avoir choisi, pour traiter cette problématique personnelle, le

contexte d'une dictature qui ne peut pas vraiment être comparée avec celui

de la Suisse ?

Avant d'écrire, je me suis beaucoup intéressé à la situation de la Russie,

qui se dit démocratique et avec laquelle des États continuent de passer

des accords. C'est un pays qui m'effraie réellement. Mais ça pourrait aussi

bien se passer dans quelques années en France : on ne sait jamais

comment peuvent évoluer les situations de nos pays. Je voulais donc

m'ancrer dans une réalité suffisamment large, indéfinie.

Tu crées ainsi une sorte d'allégorie universelle de l'oppression…

C'est pour cela que je ne mets pas les deux sœurs en situation d'action,

mais dans leur appartement, un contexte familier entre deux phases de

vécu. Dans leurs rapports quotidiens, les échanges sur la nourriture ou

leurs problèmes de travail, chacun pourra trouver son compte. Nous

sommes tous amenés à travailler pour des entreprises, sans nous douter

forcément de l'implication que cela représente. Les vis produites par

l'usine de décolletage où je travaillais adolescent pouvaient servir à

l'industrie militaire. Pour gagner un peu d'argent, j'ai peut-être participé à

faire les avions qui ont bombardé l'ex-Yougoslavie…

Cette décontextualisation passe par une certaine âpreté de forme, une

ponctuation neutre. Éviter le style pour ne pas boursoufler le texte

d'émotions ?

Beaucoup de pièces nous interrogent concrètement sur le monde, mais

leur langage nuit à ce qu'on cherche à faire entendre. Les envolées

lyriques cassent même l'émotion que je pourrais ressentir. Je trouve plus

intéressant de travailler sur l'économie des mots pour obtenir un

maximum d'effets. Je travaille pourtant beaucoup à l'oreille, non sur de

grandes phrases, mais sur la musicalité et l'enchaînement de chaque

syllabe. Les silences sont aussi extrêmement importants. Je ne les

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indique pas, mais ces interstices doivent exister dans le jeu. Ces moments

de déblocage laissent aussi place à un humour qui n'apparaît pas en

positif dans le texte.

Tu as souvent mis en scène tes propres pièces. Est-ce un choix délibéré ?

J'ai mis du temps à acquérir une certaine maturité. J'ai longtemps été une

sorte de tâcheron en matière d'écriture. Mais je ne vis pas dans l'angoisse

d'être joué. C'est le hasard qui m'a fait monter mes textes, et j'ai aimé les

voir continuer à bouger lors du travail avec les comédiens :

inconsciemment, mon écriture est devenue plus en phase avec la réalité

du plateau. Jouer moi-même me permet aussi de savoir ce qui se passe à

l'intérieur d'un acteur, comment il est travaillé par l'écriture.

La mise en scène d'Éric Devanthéry a-t-elle des chances de te surprendre ?

Je l'espère ! J'ai écrit Écorces sans penser à une quelconque mise en

scène. J'ai confiance en la lecture d'Éric, et c'est beau aussi de livrer un

texte à quelqu'un, de lui dire « j'ai porté cet enfant, à toi de le faire aller

plus loin ». On a évidemment toujours peur de voir sa pensée trahie. Éric

peut le faire, peu importe, c'est à lui désormais.

Ton profil d'universitaire, licencié en droit, est plutôt atypique dans le

milieu du théâtre ?

Contrairement à beaucoup, je ne suis pas tombé dedans quand j'étais

petit. J'ai commencé par hasard, à vingt ans. Jusque-là le théâtre se

résumait pour moi à un ou deux Molière mal montés par des troupes de

province. Je suis allé à l'université avec la volonté d'être avocat, de

défendre la veuve et l'orphelin, et puis je me suis aperçu que les autres

étudiants vivaient dans une toute autre réalité. En deuxième année de droit,

je me suis inscrit aux cours de théâtre…

Cette expérience influence-t-elle ton écriture ?

Dans un milieu comme le théâtre où les emplois du temps fluctuent, où

l'on est exposé aux doutes, au chômage, mes études m'ont donné une

rigueur, une structure rassurantes. Mes écrits de théâtre documentaire

comme La Ville et les ombres comprennent un vrai travail de chercheur,

six mois de lectures et de synthèses pour s'appuyer sur des faits et des

propos parfaitement exacts. C'est aussi comme ça qu'on fait entendre

différentes voix. Je prépare pour l'an prochain à Saint-Gervais un texte sur

la construction identitaire de la Suisse par ses banques, qui nécessite

aussi un grand travail en amont.

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8 > 28 MARS 2010 ÉCORCES

Théâtre politique, documentaire : tu t'es fait une spécialité que d'autres

visitent épisodiquement. Surprends-nous en nommant tes amours

secrètes…

Les catégories ne m'intéressent pas. J'écris ce type de théâtre parce que je

ne sais pas faire autre chose, mais je vais voir une trentaine de spectacles

par saison et suis très curieux d'univers étrangers comme ceux

d'Antoinette Rychner ou de Joël Pommerat. Je suis toujours impressionné

par la force et l'intemporalité de Sophocle, la vivacité de la langue de

Sénèque dans les traductions de Florence Dupont, la mécanique des

pièces de Marivaux. Plus « surprenant » encore, je trouve Feydeau

extraordinaire, j'aimerais le monter un jour.

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8 > 28 MARS 2010 ÉCORCES

QUELQUES MOTS SUR LE CHŒUR

ou chaque chœur recrée un monde

Éric Devanthéry, juillet 2009

Sans refaire ici l'histoire du théâtre, il suffira de préciser que le chœur - la

cité des hommes - traverse les siècles, pour venir, sans cesse, depuis les

premières tragédies, poser encore et encore des questions. Depuis

l'Orestie, avec son leitmotiv scandé : agir, souffrir, apprendre... ou plus

proche de nous les chœurs de certaines pièces de Brecht : apprendre,

comprendre, faire... ou encore un chœur contemporain, chez Roland

Schimmelpfennig : poser des questions, esquisser des réponses.

Je convoquerai donc la tradition avec cette parole plurielle. Je veux que le

chœur soit tout à la fois : voix du pouvoir, rumeurs et vox populi, voix de la

majorité souvent silencieuse (mais qui pense évidemment).

Et nous interrogerons ensemble, vocalement, corporellement, la question

à l'œuvre dans Écorces de Jérôme Richer, la question de l'engagement. La

question du "que faire de sa vie" ? Comment être un individu responsable

parmi une multitude ?

J'attends des choreutes une grande attention collective, une envie de

mettre son individualité au service d'une histoire collective. Une capacité à

laisser son ego de côté, sans l'oblitérer totalement, car un chœur n'est pas

uniquement la somme de ses individualités, de ses personnalités, mais il

crée quelque chose de supérieur. Il crée un monde.

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8 > 28 MARS 2010 ÉCORCES

ÉRIC DEVANTHÉRY

Éric Devanthéry a la trentaine bouillonante. L’ancien assistant de Thomas

Ostermeier à Berlin enseigne le théâtre aux étudiants de l’Université à

Genève et enchaîne les créations audacieuses : Anéantis de Sarah Kane,

Fragments Empédocle d’après Friedrich Hölderlin, Supermarché de

Biljana Srbljanovic et, plus récemment, L’Inattendu de Fabrice Melquiot au

Théâtre du Galpon, un spectacle émouvant interprété par Rachel Gordy.

JÉRÔME RICHER

Né en 1974, Jérôme Richer reçoit le prix de la Société Suisse des Auteurs

(SSA) en 2006 pour Naissance de la violence et en 2008 pour Écorces. Il

écrit aussi La Ville et les ombres, créé à La Bâtie en août 2008. Sa pièce

Jeunesse dorée est lue à l’occasion d’un Apéro d’auteur du Poche, en mai

2005.

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8 > 28 MARS 2010 ÉCORCES

Olivia Csiky Trnka

Valérie Liengme

Matthieu Sesseli

For mation

La Manufacture, Haute École de Théâtre de Suisse Romande (HETSR) et

l’Université de Lausanne en Lettres.

Projet marquant

Titus Andronicus Fall of Rome de Heiner Müller, mis en scène par

Gabriel Alvarez au Théâtre du Grütli. Pourquoi ? Parce qu’il s’agissait de

faire autre chose que ce que l’on en attendait...Il s’agissait de me faire

déplacer !

Dernier spectacle

Mais je suis un ange qu’elle interprète et met en scène en version

abrégée à L’Arsenic à Lausanne puis dans son intégralité au Théâtre

Interface à Sion et au Théâtre de la Voirie à Pully.

For mation

Conservatoire d’Art Dramatique de Lausanne (SPAD).

Projet marquant

À ma personnagité d’après les écrits bruts avec la Cie Pasquier-Rossier

à l’Arsenic et en tournée suisse.

Dernier spectacle

Les chevaliers Jedi ont-ils un bouton sur le nez au Théâtre Am Stram

Gram dans une mise en scène d’Anne-Cécile Moser.

For mation

Conservatoire d’Art Dramatique de Lausanne (SPAD).

Projet marquant

Macadam Cyrano, un spectacle de rue avec Les Batteurs de Pavés.

Dernier spectacle

Sallinger de Bernard-Marie Koltès par la Cie Opal, mis en scène par

Erika von Rosen aux Halles de Sierre.

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