Nouvelle Biographie Nationale - Académie royale de Belgique

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FABRY FABRY

voisine; dans Le Fil de la vie (1892), le travail

formaliste sur les visages se substitue aux

canons de la peinture classique.

De nombreuses influences nourrissent les

œuvres de cette période. La première est celle de

l'ésotérisme qui influa sur l'ensemble du

Symbolisme; en 1890, par exemple, Fabry

réalise une oeuvre sur le thème de L'Initiation.

Le recours au mythe et la musicalité de certains

traits peuvent être rapprochés de l'influence de

Wagner dont le peintre disait lui-même : « Il

apportait une expression nouvelle; j'ai cherché

les moyens par lesquels il y arrivait».

L'influence de certains écrivains fut aussi

prépondérante. Fabry fut profondément marqué

par la réflexion que Maurice Maeterlinck mena

sur les rapports entre l'homme et l'univers.

Comme chez le dramaturge symboliste, ses

personnages sont traversés par une temporalité

fuyante qu'ils ne peuvent maîtriser. Dans Le Fil

de la vie (1892), Fabry représente les Parques,

maîtresses du destin des hommes ; dans

L'Offrande, les différents personnages féminins

évoquent les âges de la vie et l'impuissance

devant l'écoulement du temps. A côté de ces

influences, Fabry s'imprégna aussi des peintres

de la Renaissance, et plus particulièrement des

fresquistes du Quattrocento. L'empreinte de

Mantegna, notamment, se fait sentir dans les

attitudes hiératiques des personnages. Mais il

faut surtout mentionner l'influence de Paolo

Uccello dont le schématisme et la perspective

écrasée semblent l'avoir profondément impressionné.

Dans Le Chemin (1893), par exemple, la

frise de personnages à cheval rappelle celle de

La Bataille de San Romano dont Fabry avait pu

voir l'un des panneaux au Musée du Louvre.

Au milieu de l'année 1892, Fabry rejoint les

rangs de Pour l'Art, dont il n'est pas l'un des

membres fondateurs, comme on l'a souvent écrit.

Il y exposera jusqu'en 1928. Dans l'une de ses

lettres, le peintre évoque son intérêt pour ce cercle

artistique : «j'ai fait longtemps partie du cercle

Pour l'Art. C'était, me semble-t-il, l'idéal (...)».

Lors du premier salon annuel (novembre 1892),

Fabry expose treize toiles, dont l'énigmatique

Prison; en 1894, quatre oeuvres, dont la Vierge

anxieuse (1893) qu'il offrit en 1896 au poète

Emile Verhaeren. En 1895, il réalise l'affiche de

l'exposition, illustrée d'un personnage à la tête

ailée repris à une grande composition italianisante

réalisée en 1894, Le Péché originel.

198

A cette époque, Fabry adhère à certains

cénacles occultistes en vogue parmi les artistes.

En 1893, par l'entremise de Jean Delville,

Joséphin Péladan l'invite à exposer aux Salons

de la Rose+Croix qu'il a créés à Paris. Fabry y

expose quatre œuvres en 1893, puis une seule

toile, en 1895, peut-être Le Péché originel. En

1894, il participe également à la deuxième exposition

organisée par la loge occultiste Kumris où

il présente entre autres un paysage, La Fin du

voyage.

En 1896 s'opère un tournant fondamental

dans son œuvre. En 1895, Jean Delville fait

sécession du cercle Pour l'Art et fonde le Salon

d'Art idéaliste. Emile Fabry refuse de se joindre

à lui et reste fidèle à Pour l'Art. En creux, c'est

l'intellectualisme de l'esthétique idéaliste qu'il

réprouve; dès cette époque, en effet, Fabry

oriente son art vers une sérénité qui contraste

nettement avec l'ambiance macabre de ses

premières œuvres. C'est au troisième et

quatrième salon de Pour l'Art (1895-1896) que

s'exprime cette mutation, dont le manifeste est

sans doute le triptyque (1896) composé de trois

volets : Péché originel, Déesses de la vie et

Prometheus. A l'opposé des personnages

angoissants du début, l'œuvre présente des héros

aux physionomies plus classiques. C'est vraisemblablement

l'œuvre de Frédéric Nietzsche -

lue et commentée avec ferveur dans le salon de

Ray Nyst que fréquentait Fabry - qui fut à

l'origine de ce tournant radical. On y retrouve

la même liberté créatrice que celle décrite dans

La Naissance de la tragédie; quant aux

personnages, leur physionomie athlétique

rappelle la figure du Surhomme d'Ainsi parlait

Zarathoustra.

Cette sérénité retrouvée se manifesta

également dans la vie privée d'Emile Fabry. Le

25 janvier 1897, le peintre épouse une tailleuse

ixelloise, Virginie Duchenes, en présence des

peintres Albert Ciamberlani et Henri Ottevaere.

De cette union naîtra un premier fils,

Barthélémy, en 1898, puis une fille, Suzanne, en

1904.

En 1899, Emile Fabry entre en collaboration

avec l'architecte Victor Horta. Cette année-là, il

entame l'exécution d'un panneau décoratif pour

la villa Carpentier (Renaix), construite par

Horta, L'Hymne de reconnaissance devant le

charme de la Nature. En 1898, il avait déjà

réalisé un carton pour l'Hôtel Solvay, représen-

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