Abdala; mélodrame en trois actes, à grand spectacle. Musique de ...

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Abdala; mélodrame en trois actes, à grand spectacle. Musique de ...

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Germe

Abdala


ABDALA9

MÉLODRAME

EN TROIS ACTES , A GRAND SPECTACLE,

Par M. GERMÉ,

Musique de MM. Quaisazn et Moranges , Ballets de

M. Richard , pensionnaire de l'Académie Impériale

de Musique.

Sieprésentepour la premièrefois ^ à Paris, sur le Théâtre

de PAmbigu-Comique , le Mardi i3 Janvier. 1807.

A PARIS,

Chez FAGES, au Magasin de Pièces de Théâtre,

boulevard Saint-Martin , N°. 29 , vis-à-ris le

Théâtre des Jeunes-Artistes.'

1807.


fa

:iHo

PERSONNAGES.

ISMAEL , roi de Césarée. M. Joisny.

ABDALA, roi d'Ab^^lène. M. Dêfresne.

SELIM, crû fils de Nadir. M. Vigne aujc,

FADIR , chef d'un village près d'Aby-

lène.

HIRCAN, confident d'Abdala.>

SAPHAR , villageois.

ORGAN, officier d'Ismaël.

Un Bostangi.

Un Héraut d'armes.

Un Villageois.

ZELISCÀ , mère de Zobéide.

ZOBEIDE.

FATMÉ , première Odalisque d*Abdala.M"*. Lerof.

Soldats d'Ismaël,

Soldats d'Abdala.

Villageois et Villageoises.

Troupe d'Odalisques.

Jeunes Houris.

Amours , etc.

M. Du MONT.

M. RÉ VOL.

M. Stokleit.

M. Martin.

M. S. Clair.

M. Barthelmï-,

M'^s. Laorenois.

M"8. HUGENS.

La scène se passe sur les bords du Jourdain.


'^%.^.'X-'^'^'^-^--^/^*'X.'^>%.,^.-^j'^.^,'%,^:.V''^.^i'^.'%r-^'^/^^^.^.'^'^»'%^"^,,''^/^

ABD AL A.

ACTE PREMIER.

Le Théâtre représents un bocage dans une prairie près le

Jourdain. On voit dans l'enfoncement le Monl~LLban»

SCENE PREMIERE.

SELIM, SAPHAR, VILLAGEOIS.

jtu lever du rideau , les Villageois ornent de guirlandes dejleurs un tertre:

SELIM.

Allons , mes amis , courage , hâtons-nous de terminer

nos préparatifs , pour accueillir avec éclat les deux rois

qui doivent honorer ce séjour de leur présence.

s A P H A R.

Tu le vois , Selim , tout est prêt pour les recevoir.

s E L I M.

C'est ici qu'Abdala , notre souverain , et Ismaël, roi de

Césarée , doivent se réunir.

s A p H A R.

Il était temps ; caria trêve qui , depuis trois jours avait

suspendu les hostilités , expii ait demain au lever du soleil,

s E L 1 M.

Que cette journée sera belle ! et combien les habitans

d'Abylène doivent bénir un si heureux événement ! Hier

encore nous n'avions aucun espoir de paix ; le roi de Césarée

menaçait Abylèno ; Abdala avait juré de s'anéantir

sous ses ruines plutôt que de se rendre. Enfin le ciel leur

,

a inspiré des sentimens plus doux , et ils ont choisi ce site

agréable placé entre la ville et le camp de l'ennemi

,

, coup

y abjurer leur aniraosité, et y procéder à une réconcîiiation

sincère,

s A F H A R.

Redoublons de zèle pour que nos préparatifs soient

•lignes d'un si beau jour.

s E I, 1 M.

D'un côté les remparts de la ville couverts de ses habitans

; ici le Jourdain roulant paisiblement ses flots argentés

; là le Mont-Liban élevant dans les nues son front mar

jestueux ; tout dans la nature semble prendre part à notre

fête.

UN VILLAGEOIS.

Le chef de notre village, le bon Nadir, ton père, va*

t-il bientôt venir?


(4)

s E L 1 M.

Il ne tardera pas à se rendre ici avec Zélisca et Zobéide.

Saphar vient de les passer sur cette rive ; il les a laissés au

milieu denoshabitans, qui leur témoignent , en cet instant,

le plaisir qu'ils éprouvent de les voir partager noire

ivresse.

SAPHAR , aux villageois.

Oui « mes amis , félicitsz - vous ; notre fête sera complète.

Zélisca, et sa fille Zobéide, ont voulu prendre part

a nos réjouissances. ( ai;ec intention , en regardant Sélirn )

Vous aurez aujourd'hui parmi , vous , la plus belle tille de

Ja contrée,,..

SELIM, avec yeu,

( u4 part. ) Saphar l'aimerait-il? ( Haut.) Tu en parles

avec bien de la chaleur , et....

SAPHAR , l* interrompant.

Rassure-toi, Selim, et n'en prends point d'ombrage;

Je sais que tu l'adores ; que tu en es aimé , et qu'elle doit

être ton épouse. Mais voudrais-tu m*empêcher de célébrer

avec tout le village les louanges d'une créature aussi parfaite?

SELIM.

Pardonne-moi un mou\cment dont je n*ai pas été Is

maître. Mais j'aperçois mon père , Zélisca et Zobéide ; allons

les recevoir.

Jl remonte la scène , ainsi que tous les ViUageoï^.

SCENE II.

Les précédens, NADIR, ZELISCA et ZOBEIDE,

accompagnés parles villageoises , villageois.

NADIR.

Mes enfans, votre fête sera charmante et digne de la

cause qui vous l'a inspirée. Voici bientôt l'heure fixée

pour la conférence des deux rois. Ailez à la rencontre

d'ismaël ; conduisez-le ici au bruit des fanfares, des acclaïuations,

et qu'il soit témoin des transports de joie qui

vous animent. ( A Selim. ) ïoi , mon fils , demeure , j'ai à

l'entretenir.

lies yiUagKOis et les ViKageoines sortent.

S C E N E 1 1 I.

ZELISCA , ZOBEIDE , NADIR , SELIM.

NADIR.

Voilà une iournée qui va faire bien des heureux. Qu'est

din-tu , Zobéide ?


(5)

" ZOBEIDE.

Quel est celui qui ne se livrerait pas à la joie, en voyant

succéder aux horreurs de la guerre une paix si ardemmeut

désirée ?

NADIR.

II est vrai que l'humanité la réclamait depuis longtemps;

mais actuellement que tout est terminé au gré de

nos souhaits , il est juste que Zélisca me tienne la promesse

qu'elle m'a faite.

ZELISCA.

Qu'elle promesse ?

NADIR.

Celle de la main de votre fille Zobéïde pour mon cher

Sélim. Tant qu'a duré la guerre , je ne vous ai point

f>ressé

d'accomplir ce mariage. Vous m'objectiez alors

'inconvenance d'nne pareille cérémonie, au milieu du

fracas des armes , et le contraste affligeant qu'il aurait

présenté avec le malheur des temps et la tristesse générale.

J'ai donc jugé à propos d'attendre un moment plus

heureux ; mais à présent que vous n'avez plus d'objections

à me faire, je pense bien que vous ne vous refuserez pas

à ma juste demande.

ZELISCA.

Je ne m'oppose point au bonheur de Sélim ; je sais apprécier

j ainsi que vous , les vertus et le courage de cet

aimable jeune homme : je sais que , sans lui , nous aurions

tous à pleurer Zobéide, depuis le jour qu'il a bravé la fureur

des flots pour l'arracher aune mort inévitable. Tant

d'obligations , tant de services lui ont acquis sur elle des

droits incontestables ; et puisqu'une douce sympathie les

unit depuis si long -temps, ma chère Zobéide, tu peux

suivre les mouvemens de ton cœur , et faire le bonheur

de Sélim , en faisant aussi le tien.

SELIM.

Ah! ma bonne Zélisca.... Que d'actions de grâces! et

vous, Zobéide, daignerez-vous joindre votre consente-»

ment à celui de votre mère ?

ZOBEIDE.

Mon devoir est d'obéir en tout à sa volonté.

NADIR.

Mes enfans je dois, avant tout, vous faire part d'un

secret que je tiens caché depuis vingt ans, et qui , je

n'en doute pas, vous étonnera beaucoup.

SELIM.

Parlez , mon père,

ZOBEIDE ET ZELISCA,

Nous vous écoutons.

NADIR.

Un soir , j'étais assis avec mon frère au pied d'un pla-^

îane; nous y respirions avec volupté la fraîcheur d'uae


(6)

Lelle soirée : la lune , au milieu de son cours , brillait de

toute sa clarté et ses rayons se perdant à travers le feuillage

qui nous couvrait, nous permettaient de tout voir

sans être aperçus. Soudain nous découvrons un arabe,

traîuant par la main un jeune enfant , et savançantde notre

côté à pas précipités : l'enfant pleurait ; mais le fcirouche

arabe le traînait encore avec plus de violence. Attentifs à

cette scène , nous en attendions le dénouement. Arrivé à

quelques pas de nous, l'arabe, après avoir regardé de

toutes parts , et n'apercevant personne, prend un poignard

qui était à la ceinture du jeune enfant et l'en frappe. A

cette vue, mon frèrp et moi , nous nous levons en jetant

des cris. L'arabe effrayé, prend la fuite et se dérobe à nos

regards. Nous volons au secours du malheureux , qui était

à terre , baigné dans son sang. Heureusement il n'avait

reçu qu'un seul coup et sa blés sure n'était pas mortelle.

La richesse de ses vêtemens , l'or et les pierreries , ornant

le poignard , dont il était armé , suivant l'usage antique

des princes de l'Orient , tout eniiu nous fit soupçonner que

cet infortuné appartenait à des parens illustres ; mais qu'il

avaitété dévoué à la mort par des ennemis puissans. Pour le

soustraire à ses persécuteurs, nous jugeâmes à propo"? de

tenir l'aventure secrète; nous le tratuportâmes sur-lecharnp

dans un endroit ignoré. Sa blessure fut bientôt;

guérie. Chaque jour il nous intéressait davantage : il semblait,

quoiqu'il n'eût à peine que trois ans, reconnaître

nos bienfaits et cherchait à nous payer par ses innocentes

caresses de tous les soin^ que nous prenions de lui. Grâce

au ciel ils n'ont point été infructueux , et cet enfant , arra-

ché à la mort, est actuellement le plus brave jeune

homme de toute la contrée : il m'aime comme un père,

jo l'aime comme un fils , il est la consolation de ma vieil-

lesse comme je fus le protecteur de son enfance.

s ELI IM.

Pourquoi m'avoir caché si long-temps son existence .^,

Ah! mon père ! nommez-le moi, que je vole dans les bras

de celui que je regarde déjà comme mon frère.

NADIR.

II est ici devant mes yeux.

Que dites-vous?

s E L I nr.

NADIR.

Ce jeune infortuné...

s E L I M.

Achevez , je vous en conjure...

NADIR.

Eh bien! c'est toi même et je ne suis pas ton père.

s E HM.

Quoi ! je ne suis pas votre fds ?


(7)

NADIR.

Pour mon coeur tu l'es et le seras toujours ; mais la nature

t'a refusé ce titre,

Z E L I s C A.

Ce que vous venez de nous apprendre m'étonne â ua,

point mais Nadir, vous avez toujours passé pour son *

père , et chacun de nous sait que votre épouse mourut eu

donnant le jour à un fils que vous nommiez Selim.

N ADI R.

Il est vrai qu'à cette époque j'avais un enfant , de sou

âge; mais la mort me l'enleva deux mois après cette

aventure. ( A Selim.) Je résoins alors de t'adopter à sa

place, je te donnai le nom de mon fils dont je cachai la mort;

actuellement que tu n'as plus rien à craindre de tes persécuteurs

j'ai cru qu'il était de mon devoir de te faire con-

,

naître la vérité.

s £ I. I M.

Qu'ai-je appris!

ZOBE I DE.

Ah! Selim, je ne suis plus digne du nom de votre

épouse» oubliez une infortunée...

aï L I M,

Que dis-tu Zobéide?0 secret horrible, qui viens de

m'enlever un père, me priverais-tu d'une amante adorée?

ZOBE i DE.

Fils de Nadir que j'ai tant aimé, je ne vois plus en toi

qu'un prince , une simple villageoise ne peutt'appartenir.

s E I< I M.

Eh !

quand cela serait, ce qui n'est pas encore prouvé,

j'abjurerais à jamais ce titre qui ferait mon désespoir :

puisque les auteurs de mes jours m'ont abandonné, je ne

reconnais d'autre père que celui qui me sauva la vie et qui

prit soin de ma jeunesse-

z E Lis c A.

Et si par la suite le secret de votre naissance venait à se

découvrir? si un trône vous était réservé.''

s £1. 1 M.

Je ne l'accepterais que pour y faire monter Zobéide. ,

NADIR, à Zobéide.

Rassure toi, ma chère, je me rends garant de ses promesses

, le tendre attachement qu'il m'a toujours témoigné

me répond de celui qu'il aura pour toi. Je veux que votre

hymen s'accomplisse aujourd'hui dans ce lieu même,

lorsque les deux rois auront terminé leur conférence.

s E L I Uf

Ah! mon père! {A Zobéide. )Ah! Zobéide, nous allons

donc être unis.

NADIR , à Selim , lui remettant un poignard.

Tiens Selim, je te remets le poignard qui devait trancher

tes jours et que l'arabe laissa dans ton flanc : prends et


(8)

«{u'il te serve à défendre ton épouse, tes amis et tous les

malheureux qui pourraient avoir besoin de tes secours,

s E L I M , tenant le poignard.

Oui, je jure que cet instrument de meurtre ne servira

, entre mes mains qu'à protéger l'innocence et venger le»

opprimés.

NADIR.

J'aperçois Abdala qui s'avance, accompagné d*Hircan.

SCENE ï y.

LES PRÉcÉDENs, ABDALA, HIRCAN, gardes.

A l'arrivée d'Abdala tous les personnages enscin» se prosternant devant lui,

A BD AI. A.

Mes enfans, je suis sensible à votre dévouement pour

moi , croyez que votre félicité est le vœu le plus cher de

mon cœur , je vais travailler de tout mon pouvoir à faire

cesser le fléau de la guerre. Le roi de Césarée est maintenant

en marche pour se rendre ici ; allez tous à sa rencontre

et que votre accueil le dispose à écouter avec intérêt ie«

propositions que je dois lui faire.

Les villageois et les gardss se retirent,

SCENE r.

ABDALA, HIRCAN.

ABDALA.

Hé bien ! Hircan , nous sommes donc forcés à demander

la paix ?

HIRCAN.

Oui, seigneur, et tel est l'état déplorable où la guerfe

nous a réduits , que sans une prompte paix , notre ruine

est inévitable.

ABDALA.

Crois-tu que l'orgueilleux Lsmaël , fier de ses succès ,

puisse modérer ses préten tions ?

HIRCAN.

Vous le savez , seigneur , il exige la remise de la ville et

du château d'Aby lène.

ABDALA.

Eh ! c'est à quoi je ne consentirai jamais. Je me verrais

donc dépouiller de la seule ville qui soit en mon pouvoir?

et que me restera-t-il après? les rochers affreux du Mont-

Liban !

HIRCAN.

lsmaël prétend que cette ville lui appartient depuis la

mort de son fils qu'il perdit en bas âge , lors de son expédition

contre les chrétiens croisés.

ABDALA.

Je le sais ; mais juge si je dois l'abandonner , après ce

qu'il m'en a coûté pour y établir ma domination. Ton


(9)

sèle à me servir t'a mérité ma confiance ; écoute : il y

a vingt ans je n'étais que le clief d'une tribu d'arabes du

Mont-Liban , et qni est encore soumise à ma puissance.

Cosrourégnait depuis long-temps sur Abylène, lorsque les

Croisés , après avoir fait prisonnier Ismaël^ vinrentassiéger

cette ville. Cosron, épouvanté, implora mon secours, j'assemblai

mes Arabes ; j'attaquai les Chrétiens ; je reniportaî

la victoire et fit lever le siège. Cosrou reconnaissant, me

rendit les plus grands honneurs. Pour m'attacher àsa personne,

il m'associa à son gouvernement. Sa santé s'affaiblissait

chaque jour, et son frère étant dans les fers, je ne

doutai pas de succédera l'empire. Cosrou se voyant sur le

point d'expirer , me fit appeler. Abdala , mo dit-il , je vais

rejoindre mes ancêtres ; avant la fin du jour j'aurai cessé

de vivre : sois le protecteur de la ville que tu as défendue,

ainsi que du jeune enfant appelé par la nature pour me

succéder , c'est à ce jeune enfant que je lègue ma couronne

: il est actuellement en m.arche pour se rendre ici,

sous la garde de son gouverneur. Qu'il trouve en toi ua

bienfaiteur, un père, je le recommande à tes soins généreux.

A ces mots il expira.

Juge qu'elle fut ma surprise ! je me voyais déchu de

mes espérances; mais l'obstacle me paruttrop faible pour

m'arrêter. Le peuple ignorait l'existence de cet enfant :

îsmaëlétait seul instruit des volontés de Cosrou ; j'envoyai

un émissaire au gouverneur. Séduit parmonor,il me livrason

jeune élève ; je le fis mettre à mort par un de mes esclaves

et m'assurai du secret en faisant périr également le traître

qui me l'avait livré. Ismaël apprit au fond de sa prison

qu'ils étaient tous les deux tombés sous les coups d'un©

troupe de brigands , dont la contrée était alors infestée.

Libre de tout obstacle , je m'étudiai à captiver la

bienveillance du peuple. Je lui représentai Ismaël dans

les fers ; je sus le rendre odieux en l'accusant d'être de la

secte des perfides Osmaulis, ennemis de notre religion.

Enfin le peuple s'habitua à ma domination , et Ismaël fut

bientôt oublié.

Après une longue captivilé il rentre dans ses états de

Césaree. A peine rétabli , il exige de moi la restitution

d'Abylène :sur mon relus il lève une puissante arme'e et

prc'tend se rendre maître d'une ville qui depuis quinze ans

est soumise à mes lois. Non , non , plutôt la mort !

HIRCAN.

Qu'espérez-vous de cette entrevue?

ABDAL A.

Je vais essayer de le faire renoncer à ses prétention^.

J»IR CA N.

Et s'il refuse , comme je n'en dçute pas?

2


( 'o)

A E D A LA.

Je suis délevminé h tout souffi ir p]i>{ôt que dt- céuei .-

tenterai eucove les iiasards d'un coinhat; et si Ja l'oi\uiie

m'est contraire, après avoir réduit Abylène en ceudres,

je me retire dans les gor^^cs inaccessibles du Liban. Telle

est jTia volonté inébranlable.

J'aperçois Ismaël.

On enteni la marche.

Il l R C A N.

A lî D A L A

Contraignons-nous; r|'.iel supplice!

SCENE ri.

AEDALA, ISMAEL, NADI'. ,

.

je

SF.LIM, ZELISCA ,

ZOBEIDE, HIRCAN, OP«.CAN, Villageois et

Villageoises, Gardes des deux rois.

ABD A L A.

"Noble Ismaël que ton arrivée en ces lieux soit pour mon

peuple et pour moi l'annonce d'un bonheur que ta générosité

semble nous promettre.

is M A B L.

N'en doute pas, Abdala, mon désir le plus doux est

d'assurer à jamais la tranquillité des paisibles habitans de

ces contrées par une paix que tu as paru désirer et cjiie je

viens avec plaisir cimenter avec toi.

.rfu bruit desfanfares , }es solJjis agitent leurs armes , le peuvle fait un inor:,ieme'it

et s* prosterne aux genoux des Jeux rois.

N A D I K.

Permettez, princes , cjue de simples villageois vous offrent

le tribut de leur reconnaissance pour le bonheur que vou^

leur préparez.

ABDALA à Ismaëi.

Vous voyez le zèle de ces bonnes gens ; ne leur refusez

pas cette grâce et jouissez d'avance de toutes \es bénédictions

des heureux que vous allez faire.

Zits deux rois sont invités à se placer sur le tertre qui leur a été préparé : ta fët^

commence. Ballet.

A B D A L A , après Le ballet.

C'est assez , mes amis ; Ismaëi et moi allons travailler

à votre félicité. Hircan, faites que chacun se retire.

Hircan donne le signal , on apporte une tente ouverte au milieu du Ttiéalre , on y

ose deux plians, des carreaux. Les deux roisy entrent et iout te monde ie relire.

SCENE Fil.

ABDALA, I S M A E L.

ABDALA.

jsraaël, lorsque tout retentit encore du bruit des armes ^


(Il)

lorsque deux aruiées nienaçatites sont prête;ià inonder de

leur srini^ ces campaiines désolées , il m'est bien doux de

voir l'illustre roi de Césarée nie présenter l'olivier ds la

paix.

I s M j\ E L.

Cette guene. vous le savez ,

(œur:ce n'a été qu'à la dernière extréïriitéqiie)';u' eu recours

aux armes pour rentrer dans mes droits trop long-temps

usurpés. Je suis prêta signerla paix otsans vouloir abuser

(ies avantages que m'ont donné ines victoires , je n'exige

pour toutes ronrlitions, que la remise d'Abylène que vous

occupez, et qui m'appartient.

A BD A L A.

Eli! quoi ! vos puissans états de Césarée ne sauraientils

satisfaire votre ambition ? Abylène . seule et isolée de

toutes vos possessions , vaut-el'e le sang de tant de milliers

de braves qu'il vous en conte pour la conquérir?

a tonjours répuf^ne à mon

I s M A E L.

Cette ville est à moi : vousne pouvez colorer du moindre

prétexte votre injuste usurpation. Certes je gémis comme

vous des maux inséparables de la guerre, mais faut-il

me laisser lâchement dépouiller? et n'est-ce pas à l'agreiseur

inique à répondre des calamités qu'il s'est attiré?

A B D A L A.

Aussi je prétends qu'une justo compensation vous indemnise....

1 s M A EL.

Et quelle compensation pouvez-vous m'offiir ? sont-ce

les gorges du Liban ? sout-ce les cavernes et les forêts qui

les entourent? que ne restiez-vous dans vos babitations?

vous avez profité de ma captivité pour envahir une ville

dont mon fière était le souverain. A sa mort il nomma pour

lui succéder mon fils, encore dans son enfance. Depuis

qu'une fin prématurée m'a enlevé ce iils , la ville m'appartient.

A quel titre voudricz-vous donc y prolonger votre

domination.^

A BU A I. A.

J'en suis possesseur depuis plus de vingt années. Sans

moi , sans ma vaillance , elle serait au pouvoir de vos plus

cruels ennemis ; il est bien juste que je conserve une

place que j'ai si bien défendue.

I s M A E L.

Ainsi donc, il ne me reste aucun espoir de coïKiliation

?

A B n A L A.

Faites inoi des propositions


C 12 )

main au lever de l'aurore la trêve expire. Ls dernier

combat achèvera votre ruine ; ne vous exposez point à

une perte inévitable.

A BDA L A.

Que peut- il m'arriver de pis que la prise d'Abylène ?

N'ai-je pas , dans le Liijan , des retraites inaccessibles où

je pourrais braver toutes les forces de l'Asie entière, liguée

contre moi ?

I s M A E E.

Abdala , je vous en conjure ; au nom de l'humanité, ne

persistez pas dans voire coupable obstination. La place ne

peut m*échapper , vous le savez ; croyez-moi...

ABDALA , se levant.

Non , je n'écoute plus rien. Je serai inflexible comme

vous. Vous voulez du sang ! eh bien , vous en aurez.

I s M A E L.

Je vais donc ordonner à mes soldats de reprendre les

armes.

ABDALA.

Vous le pouvez.

I s M A E I..

Adieu. J'espère que demain tout sera décidé.

( Isniaël sort. )

SCENE FUI.

ABDALA , seul.

Homme superbe ! tu veux m'y contraindre ? hé bien ,

si je succombe , tu éprouveras ce que peuvent ma fureur

et ma vengeance. Quoi! je perdrais en un moment

le fruit de mes crimes , et une possession si longue et si

paisible ! Quoi ! je quitterais le séjour voluptueux d'Abylène

pour habiter les rochers affreux du Liban ? Non ,

plutôt périr ! Mais ma chute sera terrible! Je ne laisserai

pas , dans ta ville , pierre sur pierre , et tu n'y trouveras

qu'un monceau de cendres et de ruines.

-

"•

. .

SCENE I X.

ABDALA, HIRCAN, Gardes.

ABDALA,

Ami, tout espoir de paix est évanoui , et demain la

guerre recommence.

Je le sais; îsmaël ,

H I R c A N

en rejoignant ses officiers, leur a

donné l'ordre de se tenir prêts à combattre.

A B D A L A.

Fais prc'parer des torches , et tiens sous les armes

quinze cents des plus

mes volontés.

valeureux soldats pour exérulev

.


( i3 )

H I R C A K.

Eh! seigneur , qu'est -il besoin d'incendier cette maî«

heurriise ville, lorsque vous avez un moyen sûr dévoua

défaire d'Ismaël.

A BD A li A.

Que dis-tu ? quel est-il?

H I R c A N.

Celui que vous avez déjà employé contre son fils.

AB D A L A.

Mes mesures étaient bien prises alors ; tout s'est passé

dans le pins profond mystère... Mais quel est celui qui

osera se dévouer à une mort certaine , et à des supplices

horribles , en frappant Ismaël au milieu de son armée ?

H I R c A N.

Ecoutez-moi : j'ai eu occasion de remarquer un jeime

musulman , nommé Selim , d'une intrépidité à toute

épreuve. C'est le fils du vieux Nadir , chef de ce village.

Il est éperdiîment amoureux d'une jeune fille qui a sa

demeure sur la rive opposée du Jourdain. Vous avez pu

la voir avec sa mère , parmi les villageois qui nous ont

donné la fête. Elles doivent, ce soir , traverser le fleuve

pour retourner dans ^eurs foyers ; cette circonstance m'a

suggère' le projet de faire périr Ismaël.

A B D A X A.

Jusqu'ici

parvenir.

je ne puis concevoir comment tu pourras y

H I R c AN.

Voici mon plan : Je ferai préparer une barque semblable

à celle d'Ismaël. Elle sera montée par des hommes

vêtus comme ses soldats. Quand la nacelle qui portera

Zobéide , et sa mère , sera parvenue au milieu du fleuve,

ils enlèveront la fille seulement. Arrivés à une légère

distance , et après avoir pris toutes les précautions convenables

pour qu'elle ne puisse jeter aucuns cris , un excellent

nageur, couvert d'habits pareils aux siens, se précipitera

dans le Jourdain. On le prendra pour Zobéide ; on la

croira engloutie dans les flots pour se soustraire à son déshonneur.

Trompée par les apparences , la mère ne manquera

pas d'imputer h Ismaël cette fin déplorable. L'amant

deviendra furieux, et il nous sera facile alors de l'engager

d'en tirer

timent.

vengeance, et d'immoler Ismaël à son ressen-

A B D A L A.

Fidèle ami , trésor

à mon cœur abattu.

inestimable ,

HIRC AN.

tu rends l'espérance

Voyez-vons derrière ces arbres , ces villageois qui nous

ont si bien reçus? Remarquez - vous ce jeune homme,

dont l'air noble se fait distinguer parmi tous les autres ?


( 14)

A B D A li A

Celui qui s'entretient avec le vieillard ?

H I R c A N.

Précisément; eli bien ! c'est ce jeune Seliin , dont j'ai

fait choix pour vous délivrer de votre ennemi ; ils ap-

Fvoclient, éloignons-nous, et allons tuut préparer pour

exécution de notre projet.

Us sortent , suivis des gardes.

NADIR, SELIM ,

S C E I\^ E X.

.

ZELïSG A, ZO^EIDE, Villageois ot

Villageoises.

NADIR.

Arrachez ces guirlandes, renversez ces monumens , crue

tout ici présente l'image de la désolation ! demain Lt trom-

pette guerrière va renouveler l'afFieux signal du larnags.

et de la mort.

On arrache les g'iirlandes , d'autres enlèvent îa tent^.

S ELIIVI.

Ah! mon père , voilà donc la fin d'une journée commencée

sous de si heureux auspices.

NADIR.

Jamais mon espérance ne fut aussi cruellement trompée;

jamais la guerre ne s'est présentée à mon esprit sous

des couleurs aussi noires. Que ce combat va être terrible 1

que de flots de sang vont couler i que je plains Al)jlène !

SE L r M .

On dit que l'implacable Ismaél a juré de la détruire de

fond en comble.

NADIR.

Quant à nous , villageois pauvres et dédaignés, lions trouvons

notre sûreté dans l'état obscur oii la Providence nous

a placés; mais Abylène!. que je plains ses malheureux habitans.

( On entend le son de la trompette.) Que vient-ou

nous annoncer ?

SCENE XI.

XEs précÉdens, nn Héraut d'armes, précédé de deux

soldats sonnant delà trompette.

IjE HERAUT.

Il est ordonné à tous ( eux en état de porteries armes, de

les prendre pour le salut de la patrie ; il est expressément

défendu aux hommes de s'éloigner, sous quelque prétexte

que ce soit. Telle est la volonté d'Abdala, chef des cro^yans.

'

XjB héraut et sa suite sortent.

S c E N E XJ I.

LES PRÉCÉDENS, excepté le héraut.

^^

Z O B E I D É.

Ah! Selim, la m'ort plane sur ta tête , cet ordre cruel..»


( i5 )

s E L 1 M

Cet ordre est juste; il n'y a qu'un lâche qui pourralÈ

vouloir s'y soustraire. Rassure toi , ma tendre amie; nous

combattons pour la bonne cause. Mahomet protégera ses

enfans, et~;i jiivine providence nie ramènera bientôt dans

tes bras. Amis , ne souffrons pas qu'un ennemi de notre

religion vienne avec audace nous apporter des fers; jurons

cpie nous combattrons tous pour sauver Abylène.

TOUS.

Oui , nous le jurons!

SE L 1 M.

Qu'on mette seulernenten sûreté les femmes et les enfans.

Quant aux hommes ils sont faits pour combattre,

NADIR.

Ma chère Zélisca, regagnez votre humble retraite. Saphar

vous attend sur le rivage avec sa nacelle. Hâtez votre

départ : ces lieux, ^aujourd'hui si tranquilles^ seront demain

le théâtre du carnage; dérobez Zobéide au danger qui la

menace.

ZOBEIDE.

Adieu , Selim , adieu , mes bons amis.

s E L I M.

Chère Zobéide, ma tendre épouse; ah .'qu'il me soit

permis de te donner ce nom.

ZOBEIDE.

Oui, Selinijtu es mon époux; reçois le serment que je

fais de ne jamais aimer que toi.

s E 1.1 M,

Mon père daigne nous bénir et confirmer par un nœud

sacré nos sermens mutuels.

NADIR.

Soyez unis, mes chersenfans,et que vos vœux innocens

soient poriés par les esprits célestes jusqu'au pied du trône

de l'éternel.

Nadir prend la main de Zobéide et ia met dans celle de Selim. Ceux-ci après s'être

tenus un instant embrasits se séparent. Zobéide sort avec Zélisca et toutes les

Villageoises

.

SCENE XIII.

NADIR, SELIM , Villageois.

s E LI M,

Elle est partie! mon père, elle est partie! et peut-être je

ne la reverrai plus.

NADIR.

D'où naissent tes funestes pressentimens?

SELIM.

Avez-vo'js remarqué ses yeux mouillés de larmes ? Ils

semblaient me dire un éternel adieu. Ah! mon père! seraitelle

menatc'e de quelque nouveau malheur ?

.


( i6)

NADIR.

Quelle apparence! sa demeure est de l'autre côté du

Jourdain où les armées n'ont jamais pénétré. Le fleuve est

tranquille , un quart d'heure sufEt pour la mettre à l'abri

de tout danger.

s E L I M.

Que Mahomet veille sur toi, aimable créature, etréserve

pour moi seul tous les maux qui pourraient troubler le

cours de ton innocente vie. Ah! bon Nadir , j'ai le cœur

abîmé dans les plus cruelles angoisses.

NADIR,

Selim , je te croyais une âme plus ferme.

s E Ll M.

Xe trajet de ce fleuve se présente à mon iraagiuation

sous un aspect efFra3^ant.

NADIR.

Nous l'avons traversé plus de mille fois. En quoi serait-il

aujourd'hui si redoutable.^

SELIM.

Ce fleuve lui sera funeste : elle a déjà manqué d*y

périr.... Pourquoi mon devoir m'a-t-il empêché de l'ac-

je donnerais la moitié de ma vie pour

compagner... Oui ,

la savoir de l'autre côté. J'entends des cris ! le bruit l'edouble

; Saphar accourt à pas précipités.

SCENE XI r.

Les PrécÉdens , SAPHAR- , suivi de toutes les Villageoises.

SAPHAR.

Vengeance ! vengeance ! Zobéide est morte î Zobéide

est assassinée !

Que dis-tu 7

TOUS.

s e 1. 1 M.

Grands dieux !

SAPHAR.

L'exécrable Ismaël lui a donné la mort.

O monstre !

s E L 1 M.

vomi parles enfers... Mais où est-elle ? que

je la voie ! que je meure en l'embrassant.

SAPHAR.

Elle a péri dans les flots, victime de l'amour et

pudeur,

de la

s E L I M.

Tristes pressentimens ! vous ne me trompiez pas.

SAPHAR.

Je la conduisais dans ma nacelle avec sa mère. Toutes

deux gardaient un u\ortte silence. Nous étions parvenus


( 17 )

vers le milieu du fleuve , un peu au-dessus de l'Ile des

Palmiers. Soudain une barque montée par plusieurs sol-

sort de l'enfoncement d'un rocher et nous

dats d'Ismaël ,

aborde. Trois soldats se saisissent de Zobéide, et , malgré

ses cris et ceux de Zélisca,la portent dans leur barque.

Zélisca voulait suivre sa fdle; mais ils l'en empêchent ea

disant qu'Ismaël leur avait donné^ l'ordre de n'enlever

que Zobéide. Aussitôt ils s'éloignent. A peine s'étaient ils

séparés de nous que nous avons vu l'infortunée Zobéide,

,

se débattre,s'échapper des mains de ces scélérats, et levant

•les yeux au ciel se précipiter dans le fleuve Les ravisseurs

ont poussé un cri de rage. Zélisca s'est évanouie et je suis

venu pénétré de douleur, vous rendre compte de ce triste

événement.

s E L I M.

Exécrable Ismaël! voilà donc le prélude du sort que tu

nous prépares ! ton lâche forfait ne sera pas impuni. Vengeance

! vengeance !

NADIR.

Qu'est devenue la malheureuse Zélisca.

s A P H A R,

Je viens de la déposer sur le rivage, où nos amis lui prodiguent

tous les secours qui peuvent la rappeler à la vie. ..

inais voici le roi.

'

'

SCENE XV,

lEsPRÉcÉDENs ABDALA , HIRCAN , suite.

^

A B D A L A.

O mes enfans! quelle nouvelle affreuse; est-il bien vrai

que l'exécrable Ismaël a fait lâchement périr une fille de

votre contrée?

NADIR.

Chef des croyans, vous nous en voyez pénétrés

d'horreur,

ABDALA, à Selim.

Jeune musulman quelle douleur farouche règne dans tes

sombres regards ? es-tu parent de cette infortunée ?

NADIR.

Il porte un titre encore plus sacré, celui de son époux.

Xi'heure même qui a précédé cet événement funeste , avait

vu Zobéide donner sa foi au Jeune Selim.

AE D A L A.

Quoi! tu serais cet intrépide Selim connu par tant d'actions

d'éclat? Jeune musulman dont j'admire le courage ,

viens auprèsdemoi recevoirles preuves du tendre attachement

que tu m'as inspiré. ( Aux Villageois. ) Mes amis,

retirez-vous , je veux l'entretenir seul un moment.

Nadir , les ViVageois et 7a suite d'Abdala sortent.


( i8 ) ^

SCENE XVI.

ABDALA, HIRCAN, SELIM.

A BD A L A.

Pourquoigarder ce morne silence ? Ouvre moi ton c œur

je veux être ton ami.

s ELI M.

Chef des croyans , pardonnez à l'état déplorable où Je

suis réduit. Mon âme, absorbée dans le sentiment de sa

perte, ne voit plus rien, n'entend plus rien; la douleur,

la rage, le désespoir, déchirent mon cœur... l'espérance •

de me venger est le seul lien cjuime retienne encore à la vie.

ABDALA.

Tes transports sont légitimes; mais il faut en régler les

mouvemens pour assurer ta vengeance.

SELIM.

Donnez le signal du combat; j'iraile chercher au milieu

des siens , je surmonterai tous les obstacles , je le p ercerai

de mille coups.

ABDALA.

A quoi te servira une fureur insensée.^ Prétends-tu

renverser à toi seul un rempart de dix mille soldats c[ui le

défendront? Ce serait te sacrifier inutilement. Si tu veux

punir son lâche forfait, c'est avant le combat, c'est lorsqu'il

sera seul que tu dois l'attaquer.

SELIM.

Ce serait un assassinat; Selim sait mourir, mais non,

commettre une lâcheté !

ABDALA.

En a-t-il agi autrement à l'égard de ton épouse 7 et

comment nommeras- tu l'action infâme qui a causé sou

trépas? sELiM.

Un assassinat exécrable.

ABDALA.

Eh bien! il t'a donné l'exemple que tu dois suivre.

s E I-IM.

Non, sa lâcheté ne justifierait pas la mienne.

ABDALA.

Ce n*est point une lâcheté, puisque tu te dévoues à une

mort certaine; et c'est le seul moyen de te venger. D'ailleurs

, n'est-il pas l'ennemi de notre religion? n'est -il

pas de la secte des perfides Osmanlis? n'u-t-il pas juré

d'anéantir Abylène par le fer et par la flamme. Sublime

jeune homme! puisque tu veux te sacrifier pour ton

épouse , songe que ton souverain et ta patrie ont aussi des

droits sur ton cœur, et c[ue ton trépas généreux serve au

salut de tous.

SELIM, avec enthousiasme.

Ah! vous enllâmez mon courage, et je ne balance


C 19 )

plds. Chef des crojans , ordorfnez , je suis prêt à vous

obéir.

A B D A L A.

viens consulter Maliomet

Avant de rien entreprendre ,

dans son temple. Je veux me joindre à toi pour conjurer

le divin propliête , et qu'il daigne lui-même t'éclairer. Approchez

, mes enfans.

SCENE XVII.

ABDALÂ, HIRCAN, SELIM ,

et Villageoises , Gardes.

NADIR. Villageois

A B D A L Ac

Le courageux Selim sera digne de vous. Mahomet l'a

choisi pour venger Zobéide , et mettre fin à tous vos maux.

SELIM.

Oui , mes amis ; et vous , mon père , recevez le serment

que je fais ici : Je jure de punir le monstre qui fit

périr mon épouse, et qui prétend vous réduire à l'esclavage.

Marchons.

ABDAiiA , à part.

Je triomphe !

Ahdala prend Selim par la main , et sort sr/hti de ses gardes, Le peuple tes

accompagne jusqu'au fond du théâtre.

Fin du premier Acte.

ACTE IL

Le Théâtre représente un Jardin du Palais d^Ahdala. A

gauche de l'acteur un trône élevé sur une estrade , des

bosquets, etc. etc.

SCENE PREMIERE.

ABDALA, HIRCAN.

HI B c AN.

Seigneur , vos ordres sont exécutés. Selim , après sa

prière , s'est endormi profondément dans la Mosquée, par

l'effet du breuvage que nous lui avons fait prendre.

ABDALA.

Où est-Il en ce moment ?

HIRCAN,

Dans une des salles de votre sérail. Nous attendons ,

pour le transporter ici, le moment où il commencera à

revenir de son assoupissement.

ABDALA.

Mes esclaves , et mes odalisques sont-ils prêts à présenter

à ses jeux les personnages célestes qui doivent frapper

son iœnoination?

4)r


( 20 )

H I R C A K.

Oui , seigneur.

A B D A L A.

Je dois tout altendre de la superstition de Selim : sa

croj^ance et sa naïveté , unies au plus ardent courage ,

m'assurent de sa résignation. Il ne doute nullement que

la voix qui s'est fait entendre dans la Mosquée, ne soit

celle de notre divin prophète. Ainsi abusé, il se croira, sans

peine , transporté dans le bienheureux séjour.

H I R c A N.

Ce célèbre ingénieur , qui depuis quelque temps est à

votre cour , a préparé ces machines , dont les effets éloniians

paraissent surnaturels à ceux qui ne connaissent pas

les ressorts qui les font mouvoir. Selim , enivré des merveilles

qui vont s'offrir à lui , n'aspirera plus qu'après le

moment heureux qui doit le réunir à son amante.

A BD A L A.

Fort bien.

frajeur ?

Et Zobéide est -elle enfin revenue de sa

n I R c A N.

Plus calme maintenant , elle soupire et prononce sans

cesse les noms chéris de sa mère et de son amant.

A E D A L A.

Elle ignore toujours quels sont ses ravisseurs, et le lieu

qu'elle habite ?

H I R c A N.

Oui , seigneur. Conduite ici dans une litière fermée ,

elle est dans votre sérail , se croyant au pouvoir d'Ismaël.

A BD A L A.

Gardons-nous de la désabuser. Elle est plus que personne

nécessaire à Texécution de nos projets ; mais il est important

de dissiper ses craintes , afin qu'elle se prête

d'elle-même à une ruse dont

motifs.

elle ne connaît point les

H r R c A N.

Fatmé , votre première odalisque conduira tout... Mais

la voici qui vient avec Zobéide. Retirons-nous dans ce cabinet

de verdure , d'où nous pourrons tout voir sans être

aperçus. (^ Ils sortent.)

SCENE IL

ZOBEIDE, EATMÉ, Odalisques.

ZOBEIDE.

OÙ suis-je?... où me conduisez-vous ? cpie voulez-vous

de moi ?

Fatmé.

Rassurez-vous . belle Zobéide. Il nous est ordonné , par

Ismaël , d'avoir pour vous les plus grands égards.


(21 )

Z O B E I D E.

Pourquoi m'a-t-il fait arracher des bras de ma mère ?

FAT M É.

Pour vous soustraire aux dangers auxquels la guerre

allait vous exposer. Soyez sans inquiétude sur votre sort;

ici vous êtes en sûreté.

sans cesse.

Les plaisirs vous accompagneront

z o B E I D E.

Peut-il en exister pour moi , séparée de tout ce qui

m*est cher ? Ah ! Zélisca ! ah ! Selim !

F ATM É.

Ne vous attristez pas , belle Zobéide. Vous allez bientôt

revoir ce jeune Selim, objet de vos regrets.

ZOBE I DE.

Que dites-vous ? je reverrais Selim ! Serait-il donc aussi

au pouvoir du barbare Ismaël ?

F A T M É.

Ismaël n'est point un barbare. Si par ses ordres Selim

est en ces lieux, c'est qu'il a voulu le rapprocher de

vous ; c'est pour le rendre à votre amour. Il sait qu'une

llâme mutuelle vous enchaîne l'un à l'autre. Il vous a rassemblés

dans ce séjour de délices ,

deux au comble du bonheur.

pour vous porter tous

ZOBEIDE.

Au comble du bonheur ? Eh ! que me manquait-il auprès

de ma tendre mère ? Mais quel si vif intérêt peuvent

donc inspirer , à Ismaël , deux êtres obscurs et ignorés?

F A T M É.

Celui que lui ont inspiré vos vertus , et surtout le courage

de votre amant.

ZOBE IDE.

Et c'est en employant la violence qu'il a prétendu

,

nous rendre heureux.

F A T M É.

Il a senti que tout autre moyen eût été inutile. Il a

craint... Mais pourquoi vous livrer à des appréhensions

chimériques ? Ismaël , en vous rendant votre amant , n©

vous montre-t-il pas la pureté de ses intentions ?

ZOBEIDE.

Non , je ne puis croire à son désintéressement. Cette

conduite mystérieuse...

F A T M É.

Dans peu vous l'en remercierez...

Ah !

ZOBEIDE.

qu'il me rende à ma mère. Elle me croit perdue

pour jamais.

r A T M É.

Rassurez-vous. Zélisca et vos amis ne tarderont point à

conuaitre votre destinée. Il a fallu, dans ce moment

,


( 22 )

leur en faire un mystère. Je dois vous prévenir même


(23)

donner mes ordres, et hâter le moment qui doit réunir

Selim à sa clière Zobéide.

Elle va au fond parler aux odalisques.

ZOBE IDE,« part.

Tout ce que je vois ne sert qu'à redoubler mes inquiétudes.

Je n'eu saurais douter, on ourdit ici quelque trame...

ah ! Selim , serions nous réservés pour être , sans le savoir ,

les instrumens du crime?

F A T M É.

Venez.

EUe prend Zobéide par la main , et la remet entre les mains des odalisguis qui

Vemmènent.

^ S C E N E 111,

FATME, ABDALA, HIRGAN.

F A T M É.

Vous avez entendu, seigneur...

ABDALA.

Oui , Fatmé , et je suis satisfait de ton zèle.

F A T M É.

Je vous avoue que je ne m'attendais pas aux questions

qu'elle m'a faites; elles m'ont embarrassée, et j'ai craint

plusieurs fois de me trahir...

A B D A I, A.

Zobéideest douée d'une force de caractère au-dessus de

son âge. Cependant, tu as su la réduire à l'obéissance , et

c'est tout ce que je désirais... Mais que veut ce Bostangi?

SCENE IF.

un BOSTANGI.

Les précédens ,

LE BOSTANGI.

Seigneur, l'effet du soporifique commence à se dissiper;

les signes que donne Selim , annoncent l'instant de soa

réveil.

ABDALA.

Il suffit. Qu'il soit transporté dans ce lieu ; que la

prudence dirige votre conduite; qu'il ne puisse rien soupçonner,

je saurai récompenser votre zèle ; mais aussi je

saurais punir celui qui me trahirait. Allez , Fatmé , allez

retrouver Zobéide; et toi , Hircan, aie les yeux ouverts

sur tout ce qi>i va se passer ici.

Des esclaves apportent un sepha sur lequel est Selim endormi; toutes les odalisque*

sont grouppées autour de lui ; On pose le sopha , et aux premiers m.ouvemens «fc

Selim , tout le monde se retire en silence.

SCENE r.

SELIM, seul

Quels doux accords retentissent à mon oi-eille !Qu^


(M)

spectacle enclianteur frappe mes regards! Quels parfums

délicieux embauraentl'air que je respire! Ai-je abandonné

le séjour de la terre , et mon âme, lassée de soufFrir, a-telle

quitté sa dépouille mortelle , pour se réunir au sein

de la divinité. Est-ce un songe ? Une illusion ? (// marche.)

Mais, non, je suis bien éveillé. Ces boccages, ces vergers,

jamais objets pareils ne se sontofFerts à ma vue. Comment

suis-je venu dans ces lieux ? je ne puis le concevoir, {apercevant

le Bostangi. ) Que vois-je?

SCE NE y I.

SELIM; UN BOSTANGI.

liE BOS T A NGl.

Jeune musulman , Mahomet a entendu ta prière ; elle

est montée vers la voûte céleste , comme un encens

agréable. Tes vœux seront exaucés. Il a commandé à ses

esprits aériens de te transporter , pendant ton sommeil ,

dans ce séjour éthéré, pour te faire goûter les prémices du

sort qui t'attend.

s E L 1 M.

Qu'elle est cette nouvelle demeure que j'habite ?

LE BOSTANGI.

C'est celle qui est destinée aux âmes vertueuses. Tu es

dans le paradis promis par notre grand prophète à ses

fidèles élus.

s E li I M.

J'ai donc terminé mes jours sur la terre ?

liE BOSTANGI,

Non : pour un instant tu as quitté le séjour des humains

, sans être pour cela piivé de l'existence. C'est une

faveur que le prophète accorde rarement aux mortels , et

tu la dois à ton subhme dévoûment.

s E li I M.

Resterai-je dans ce séjour , ou reverrai -je bientôt ce

inonde que j'ai quitté ?

LE BOSTANGI.

Tu dois accomplir ta promesse envers le grand prophète.

Après quoi , dégagé des liens qui te retiennent à la

vie , tu viendras jouir du bonheur qui t'es réservé. Ici ,

tous tes souhaits seront accomplis. Ici une jeunesse , éternellement

florissante , te prépare des plaisirs toujours

nouveaux , que la satiété et l'ennui ne pourront jamais

corrompre. Ici tu couleras des jours fortunés , environné

des houris charmantes qui sont la récompense des fidèles

serviteurs de Mahomet.

SEI.IM, à part.

Ah! Zobéide , sans toi , je le sens, ces plaisirs ne

pourront trouver accès dans le cœur de Selim.


(25 )

LE BOSTANGI.

Tu vas être témoin de leurs jeux etde leurs amusemens.

Chacun d'eux a conservé les goûts qu'il avait sur la terre :

les uns s'exercent à la chasse; d'autres à la lutte ou à la

course ; ceux-ci , dans des combats simulés , retracent ces

nobles exploits qui les illustrèrent pendant leur vie. Ceuxlà,

par des danses , célèbrent leurs plaisirs et leurs amours.

Tu vas les voir paraître.

' SCENE

VTTJ.

SELIM,LE BOSTANGI, ODALISQUES,

MUiSULMANS, AMOURS.

Une troupe de petits amours vient inviter Selim ù prendre place,

Les odalisques paraissent suivies par déjeunes musulmans ; des danses , desjeux )

det combats s'' exécutent . Chaque personnage se livre au divertissement relatifau

sujet qu'il est censé représenter.

S E L I M , après lafête.

C'est en vainque tous les plaisirs semblent ici réunis

pour me distraire du noir chagrin qui me dévore. Depuis

que i'ai perdu Zobéide , il ne peut plus exister de bonheur

pour moi.

LE BOSTANGI.

Quelle est cette Zobéide?

SELIM.

C'était une épouse adorée que le destin n'a fait que me

si elle étaitdu nombre

montrerun instant sur la terre. Ah !

de ces charmantes houris! s'il m'était permis de l'avoirici

pour compagne , avec quelle volupté je jouirais detons les

plaisirs que ce lieu rassemble! Mais sans elle,ces campagne»

verdoyantes, ces boccages enchanteurs, ces jeux, ces

houris, n'ont aucun prix pour moi.

LE BOSTANGI.

Si ton épouse fut vertueuse sur la terre, elle doit en

être récompensée, et, sans doute, en ce moment, elle

jouit, dans une autre partie de ce vaste séjour, du prix de

ses vertus. selim.

Il est donc encore d'autres lieux , témoins d'un semblable

bonheur.

LE BOSTANGI.

Oui, sans doute, et tu peux t'éclaircir sur le sort de

Zobéide. Ici tous tes souhaits doivent être accomplis;

invoque Mahomet, il ne te refusera pas cette faveur,

s E I4 1 M , i-e met à genoux , tous les petits amours sont près

de lui; les odalisques et ies musulmans élèvent les bras

i)ers le ciel.

O Mahomet! exauce ma prière ; fais cesser mon incertitude

et daigne m'apprendre la destinée de ma chère

Zobéide.

Le théâtre s'ohstureil, le tonnerre gronde, hs éclairs iritttnt, k


( ^6 )

UNE VOIX.

Zobéide est plongée dans les ténèbres de la mort; elle

n'en peut sortir que lorsqu'elle aura été vengée; elle sera

la récoinpense de celui qui périra en immolant son ravis-

seur.

Le tonnerre grortde de nouveau.

S E L 1 M,

Zobéide, ce soin ne doit regarder que ton époux. Oui,

je serai ton vengeur. Li inort la plus cruelle , les supplices

les plus afïreux , ne pourront retenir mon bras. Je vais , en

immolant le monstre qui t'a ravi à ma tendresse , t'arracher

au trépas , et mériter de partager avec toi les laveurs

de Mahomet.

LE BOSTANGl,

Jeune musulman , le prophète est satisfait ; il accepte

le secours de ton bras armé pour punir le crime. Tu vas

lire dans l'avenir, et connaître le sort qui t'est réservé.

Garde-toi , surtout , d'approcher des objets qui vont frapper

tes regards.

I,es odalisques et les musulmans sorte7it.

SCENE J X.

SELIM, LEBOSTANGI.

SCENE PANTOBIIME.

Au bruit du tonnerre, lefond du théâtre se couvre de nuages; bientôt V.s se dissipent

et laissent voir , à travers une gaze , le camp d'Ismaël.

Selim y estfiguré demandant audience; Ismael sert de sa tente; Selim T invite â faire

retirer sa suite , et lui remet une lettre, Ismaël fait sortir ses gardes , ot tandis

qu'il prend connaissance de fée rit , Selim ire son poignard , et l'en frappe. Les

gardes accourent . Selim est arrêté et frappé de mille cotips.

I Les nuages se rapprochent et dérobent ce tableau auxyeux des spectateurs.

LE BOSTANGI.

Voilà le sort qui t'attend.

s E li I M.

Je le subirai sans effroi.

LEBOSTANGI.

Et voici ta récompense.

Les nuages se dissipent de nouveau f et laissent voir Zoh^iâe portée sur vnmiage ;

elle est entourée déjeunes amours , et de Fatmé , gui surveille ses mouvemens.

Toutes les odalisques portant des gui landes defleurs, complètent ce tableau.

Selim est agité par d'fférentes émotions , suivant qu elles lui sont inspirées par les

objets représentés. Enfin, à la vue de ZohéiJe il s'écrie :

C'est-elle ! je la vois... Zobéide!

// veut $'élancer vers elle , le Bosiangi le retient.

ZOBEIDE.

Ah! Selim! Selim!

,


( 27 )

s E L I M , nuPC chaleur.

Ombre clière et sacrée , tu seras venoée j Je te le jure ,

et je vais bientôt rae réunir à loi.

Z O n F. 1 D E.

Selim, je te revois : viens dans les b'ns de ton épouse ;

ose frantlnr l'espace qui nous sépare. { Fatmé l'cmpéclic

de poursuivre. )

Seïimfa'.t un ?nou'.>e:rient pour aller vers Zohélje.

I.E BOSTANGI.

Garde- t-en bien , Seiini; crains la colère de Maliornet !

zo B E ID E.

Ah! Selim... ou m'entraîne...

Une pluie dejeu sépare tes deux amans , les nuages remontent; leîour reparaU , les

odalisques rentrent en seine.

SCENE X.

SELIM , LE BOSTANGT , les Odalisques.

SELIM.

Oui , je l'ai vue , je iVi entendue C'était elle , mon

cœur ne s'y est pas méj/iîs. Mais pourqiK': «-ette disparition

soudaine? pourquoi ce sileùce qu'on lui a imposé ?

LE BOSTANG.

Mortel chéri de Mahomet , ne cherche point à pénétrer

ces augustes mystères. L'avenir vient de se présenter à

toi : va remplir ta destinée. Li :r.ort t'attend; mais après

elle une félicité sans bornes. N'cubii-es pas , surtout, qu'il

faut que Zobéide 5oit vengée , et que ce serait en vain que

tu périrais pour elle, si, son ravisseur échappait à tes

coups. Transporte? par les esprits aériens, tu vas bientôt

te retrouver dans le temple : tu y recevras tes dernières

instructions. Et vous , jeunes houris , préparez-vous au retour

de Selim ; vous aurez à célébrer son triomphe , et la

délivrance de son épouse.

On présente à Selim un vase et une coup».

I..E BOSTANOI.

Reçois , des mains de cette houris, la liqueur divine

qu'elle te présente; elle fortifiera ton courage pour l'exécution

de tes nobles desseins.

On hii verse la liqueur; il hoil , tandis qitune hourii chavts.

AIR.

Du sein de l'éternelle nuit,

Oîi Zobéide est replongée ,

J'entends une voiK qui me dit :

a Je ne suis poiut encor vengée,

» Cher époux , ah ! délivre-m oi

» Dj-s ombres, d'une mort funeste !

» Pour entrer au séjour céleste ,

i) Je n'attends que toi. »

St!i:n i'jisoupit insensil/Umcnt . Les eJalisçues le conduisent au jcpha.


S E L T M.

TJn pouvoir surnaturel enchaîne mes sens ; un sonnmeil

agréable s'empare de moi. Je cède à ses doux efforts.

( // s'endort. )

S C E N E X I.

LES PRECEDENs , ABDALA , HIRCAN.

A BD A L A. 1

lie voilà tel que je le désirais. Son imagination frappée

m'assure de son dévoûment ; tout me dit cfue je dois

compter sur lui. Hircan , retourne à la Mosquée , et sois

attentif à son réveil. Que mes odalisques rentrent dans le

sérail ; que mes esclaves reprennent leurs travaux accoutumés

; et surtout, qu'un silence éternel couvre ce qui

vient de se passer. Allez.

Quatre esclaves emportent le sopha sur lequel Seli'm est endormi. Les

dalisques suivant en sihnce. Tableau.

Fin du second Acte.

ACTE ITI.

Le Théâtre représente le camp d'Isntaël. A droite de

tacteur, des rochers saiUans. On aperçoit une ouDerture

taillée dans l*épaisseur du roc , et conduisant au Liban.

SCENE PREMIERE.

HIRGAN, SELTM, sortant du souterrain.

H I R c A N.

Les ombres de la nuit disparaissent, et fout place aux

premiers rayons du jour. Nous voilà hors des murs de la

ville.

s E L 1 M.

Par où m'avez-vous conduit ?

H I R c A N.

Par un souterrain cjui n'est connu que de moi et d'Abdala.

Ce souterrain ignoré communique , du fond des jardins

de la Mosquée jusqu'à ,

l'extérieur des remparts d'Abylène.

Tu vois cet étroit passage , au milieu des rochers

c'est celui qvii meneau Mont-liiban; et ce chemiu conduit

au camp d'Ismaël.

^

s E I, 1 M.

Ismaël ! Ce nom me fait horreur.

H I R c A N.

Déjà il est en marche pour anéantir Abylène et maseacrer

les habitans. Sublime jeune homme 1 Mahomet t'a

choisi pour être le sauveur de ta patrie. Remplis ta destinée

, et que le saint prophète t'uccorde, dans son paradis ,

auprès de ta chère Zc'oéide, les félicités éternelles dont il

t'a déjà fait goûter les prémices !

,


C 29 3

s E L I M , pensif.

Vous me voyez , Hircan , prêta me sacrifier.

H r R C AN.

Songe qu'il ne suffit pas de mourir ; il faut que l'ennemi

commun périsse.

s E Ll M.

Je le sais ; que je puisse l'aborder , il est mort.

HIRCAN.

vas te présenter au chef des

Tu Cela te sera facile :

gardes ; tu seras introduit. L'babil que je t'ai fait prendre

est celui que portent les envoyés d'Abdérame. ( Il lui

donne un parckeniin roulé. ) Tu lui remettras cet écrit

dont les caractères sont parfaitement imités...

s E L I M.

Ensuite.

HIRCAN,

Il annonce des secrets que toi seul peux découvrir. Tu

demanderas une audience particulière; restéseul avec lui...

s E L IM.

Il suffit , retirez vous... J'obéirai àla volonté du ciel.

HIRCAN.

J'aperçois Ismaël.

s E 1. 1 M.

Dieux!

HIRCAN.

Qu'as-tu ,Selim ? tu frémis!

s E LI M.

Je l'avoue... un mouvement dontfe ne suis pas le maître..

HIRCAN.

Du courage , et remplis ton serment. Je te laisse. L'occasion

est favorable; sache en profiter. {Ilsort. )

SCENE I J.

s E li I M , seul.

Où suis-je .^ que vais-je faire ? Quelle est mon agitation!...

La victime s'approche, et le désir de la vengeance

semble s'anéantir dans mon cœur. Pi et à frapper l'ennemi

de mon dieu , l'assassin de Zobéide , je me sens retenu par

une force surnaturelle. Elle me crie: arrête; tu vas commettre

un crime! Mais , non .'... non !... Je vais puuir le

plus lâche des forfaits... O Mahomet! pardonne à ma faiblesse.

Puis-je ne pas hésiter en cet instant terrible ? Ta

vois mon cœur , ta sais que ce n'est pas la crainte de la

mort qui tient mon bras enchaîné. J'ai juré de t'obéir ,

et je me soumets à ta volonté... Mais... pourquoi te servir

de moi , faible et vile créature? N'as-tu pas ta foudre pour

anéantir les coupables ? Quel est donc ton pouvoir, s'il te

faut Je bras d'un mortel pour accomplir tes décrets ? . . . .

Malheureux! qu'oses-tu dire? cesse d'outrager la divinité...

,


(3o)

T'appartient-il de soulever le voile dont elle s*enveîoppe ?

Dois-tu chercher à pénétrer ses profonds mystères ? ah !

gîoiifie-toi plutôt d'avoir été clioisi pour porter Jes coups

que sa main va guider... Zobéide , ii'est-ce pas Ismaë! cfui

a voulu te ravir l'honneur ? N'est-ce pas lui qui te précipita

dans les flots, où tu trouvas la mort.... Ah! ce souvenir

me rend toute ma fureur! C'en est fait, il périra... Le

voici. Eloignons -nous un instant , j'ai besoin de calmer

mes esprits. ( Il sort. )

SCENE III.

ISMAEL, Officiers, Soldats.

I s M A E li.

iHustres chefs des troupes que je commande , l'instant

est arrivé où la trompette guerrière va rououveller le signal

des combats. Je prends le ciel à témoin de tous les efforts

que j'ai faits pour éviter ces calamités cruelles. Abdala ,

sourd à mes remontrances , s'obstine à garder Abjlène.

L;i force des armes peut seule me rendre ce que son injustice

me refuse. Terminons au plus vite une lutte qui répugne

à mon cœur. Que l'attaque soit vigoureuse , et que

l'ennemi , pressé de toutes parts , soit forcé de ce'der à

votre valeur. Mais quand , il ne vous sera pUis opposé de

résistance, qu'un sentiment généreux succède aux transports

de votre bouillant courage ; que l'ennemi vaincu

soit w\\ être sacré pour vous. Surtout n'oubliez jamais ,

dans toutes les circonstances , que les femmes et les enfans

ne sont point vos ennemis : songez qu'ils sont étrangers

à nos dissentions , et qu'il serait injuste et cruel qu'ils

en devinssent les victimes. Vous , Ben-Ali , commanderez

l'attaque du camp de l'ennemi. Vous , GiafTar , commanderez

celle des remparts , et dirigerez l'escalade. Que tous

mes soldats soient sous les armes , et prêts à obéir au signal

que je vais donner. Allez.

TiBS officiers font un mouvement pour se retirer,

SCENE IF.

ISMAEL, ORCAN, Officiers, Soldats.

O RC A N.

Seigneur, un envoyé d'Abdérame, votre allié , demande

audience.

ISMAEL.

Qu'il vienne.

S C E N E F.

ISMAEL , SELIM , ORCAN , officiers, soldats.

1 s M A E I/.

Approche , jeune étranger ; que me veux-tu ?


( 3i )

s E L I M.

Envoyé d'Abdérame , mon souverain , je viens vous remettre

cet écrit. ( U lui présente tinpurcheinln cacheté, )

ISMAEL , lisaiii la suscription.

Oui je reconnais les caractères de mon digne ami , , de

mon allié. ( Il va pour ouvrir le paquet. )

SE 1. 1 M

Seigneur , il m'est ordonné par mon , maître , de vous

prier de ne lire cet écrit que lorsque vous serez seul.

ISMAEL.

Pourquoi cette précaution?

SE L 1 M.

Je suis chargé d'ajouter, aux secrets qu'il renferme...

des confidences... qu'il n'a pu vous faire par écrit... dans

la crainte que je ne tombasse au pouvoir de son ennemi et

du vôtre.

ISMAEL.

Reste, brave Orcan , ( aux cifficiers et soldats. ) Retirezvous.

( Les officiers et soldats sortent. ) Tu peux parler; je

n'ai rien de caché pour lui. ( Montrant Orcan. )

dépositaire de mes plus secrètes pensées.

s E L I M.

C'est le

Pardonnez , seigneur... mais je ne puis m'expliquer devant

qui que ce soit... Telles sont mes instructions, je ne

saurais m'en e'carter.

ISMAEL, le fixant.

D'où le vient cette agitation ? Aurais-tu quelque nouvelle

sinistre à m'apprendre ? Serait-il question de toi ?

Oui, ...

s E L I M, troublé.

Non, seigneur; mais, me trouvant auprès de

vous... le bruit de vos exploits , de vos vertus , et surtout

de votre humanité... Je n'ai pu surmonter le trouble que

votre aspect a fait naître dans mon âme.

1S3IAE1. , à part.

Il m'intéresse !..

Mais, seigneur...

{^à Orcan.') Laissez-nous.

ORCAN.

ISMAEL.

Va , je n'ai rien ti craindre.

ORCAN, « part, en sortant.

Cette figure égarée... Ce son de voix mal assuré... m'inspirent

des soupçons... Observons-le. ( Il sort. )

SCENE FI.

ISMAEL, SELIM.

ISMAEL.

Noua sommes seuls, parle : Ismael psut-il quelque chose

pour ton bonheur ?

.


( 32 )

s E L 1 M.

Veuillez d'abord prendre connaissance...

Jsmaël ouvre le paquet et lit.

S E I- I M , à ytart.

Me voilà donc l'arbitre de ta destinée, perfide! L^, douceur

est peinte dans tes regards ; mais Ion cœur est celui

d'un tigre.... Ah ! vengeons !.. ma main tremble!

isMAEL , cessant de lire.

Je vois avec plaisir que son expédition de Trébisonde a

tout le succès qu'il devait en attendre. Comme moi , forcé

de recourir aux armes contre un usurpateur, combien sa

grande âme doit souffrir du sang qu'il est contraint de

répandre. Hommes iniques ! serez-vous donc toujours la

cause des maux qui désolent l'humanité.

( // continue de lire. )

s E L I M , û part.

Est-ce bien là le langage du meurtrier de Zobéide?.. Il

me désarme, et ie n'ai pas la force de l'imiter... ( tirant

son poignard. ) Mahomet guide mon bras... vil assassin ta

vas périr,

21 s'apf roche pourfrapper Ismaél , celui-ci se retourne ^ Seh'm s'arrête et cacht

son poignard.

I S M A E I.

Qu'as-tu, jeune musulman ?

frissonnes ?

tes traits sont altérés, tu

Non, je ne saurais

s E L 1 M.

me résoudre... Ismaël, je pouvais

te donner la mort; mais je ne puis être ton assassin.

( ILjette son poignard et tire son sabre. ) Défends-toi.

isMAEL , tirant son sabre.

Insensé ! que fais-tu 7

SELTM , avec rage ,

Défends-toi, te dls-je.

et s'avançant sur lui.

SCENE y II.

Les Precedens, ORCAN ,

Arrête , misérable !

TOUS.

Officiers.

Ils se précipitent sur Seh'm ; tous les sabres sont levés sur sa tête.

ISMAEL.

Qu'on le désarme; mais qu'on ne lui fasse aucun mal;

je veux l'interroger.

s E L I M , désarmé.

O Zobéide 1 Je te perds pour jamais.

ISMAEL.

Qui est-tu ?

s E 1. 1 M.

Je suis Selim , habitant de ces contrée*.

,

- -it


(33)

ISMA EL.

Tu n'es donc pas l'envoyé d'Abdérarae ?

SEL IM.

Won.

I SM AE L.

Et cet écrit ? ;

s EU M.

Est supposé.

I s M A EL.

Quel était ton dessein ?

s E L 1 M.

De te donner la mort.

I s M A E L.

Qui ta porté à commettre ce crime 7

s E 1.1 M.

Je voulais délivrer ma patrie d'un tyran qui cherche à

la détruire; je voulais venger mon épouse , dont tes lâches

fureurs ont causé le trépas.

Quelle est cette épouse ?

I s M A E L.

s E L I M.

Zobéide, l'infortunée Zobéide qui atrouvé dans les flots

un asyle contre le deshonneur que tu lui préparais

RC A N.

Seigneur , ordonnez que son supplice,..

IS M A £1..

Un moment.

s E L I M.

Chère Zobéide, Je vais mourir.

1 s ai A E L.

Eh ! quoi ! tu redoutes la mort , et tu n*as pas craint d&

tenter un assassinat.

s E L I M.

Ce n'est pas la mort que Je redoute ; elle est au contraire

l'objet de tous mes vœux; mais mourir , et perdre

Zobéide ! Hélas ! pourquoi ai-Je été plus généreux que toi ?

Pourquoi ne t'ai-je point frappé , lorsque je le pouvais?

Tu serais actuellement expirant à mQ^ pieds , Zobéide

serait vengée, et j'irais goûter, auprès d'elle, dans le paradis

de Mahomet, un bonheur qui n'est plus fait pour

moi. ISMA EL.

Que dit-il.^ quel mystère impénétrable règne dans tous

ses discours ! jeune homme, je ne suis point la cause de

la mort de ton épouse, une attroce calomnie...

s EI.1IVI.

En vain tu voudrais le nier : on a vu tes soldats l'enlever

et la transporter dans une de tes barques; on l'a vu

se précipiter dans le fleuve, près de l'Ile des Palmiers,


Enfin je l'ai revue mo;-méiTie, dans le paradis de Mahomet,

rajonnante de gloire, et me demander vengeance.

I s u A E L.

Tu l'as vue dans le paradis de JVÎahomet?Un vain songe,

ou le délire auraient-ils égaré ta raison ? et quand as tu été

transporté dans ce paradis.

s E li I M.

Je venais de prier l'éternel avec Abdala; un sommeil

profond s'estemparé de mes sens. A mon réveil, Zobéide

s'est présentée devant moi, entourée de la céleste cour.

J'ai bu une liqueur divine , et me suis retroHvé dans la

Mosquée oii m^attcndait Hyrcan.

I s W A EL.

Trop crédule jeune homme! un prestige trompeur a séduit

tes esprits. Ne serait-ce point Abdala , lui-même,

qui aurait fait jouer ces ressorts pour t'exciter à m'as^as-

siner.

OB.C .Mi ^ quipendant la scène a ramassé le poignard de Selim.

N'en doutez point, seigneur; la richesse de ce poignard

suffirait pour justifier vos soupçons.

isUA^L, prenant If poigiiard , et le considérant.

Que vois-jei^ voilà le poignard dont j'armai mon fils,

lors de mon départ pour la Palestine. De qui tiens-tu cette

arme ?

SELIM.

Que t'importe ; fais-moi donner la mort, et délivre moi

de rhorreur de te voir.

I SM A E L.

Ah.' parle je t'en conjure qui t'as remis , ; ce poignard

et depuis quand est-il en ta puissance?

SE uni.

Je le tiens de celui, qui, jusqu'à ce jour, s'était nommé

mon père.

1 s M iV. E L.

Quels sont tes parens ?

SELIM.

Je ne les connus jamais.

I s M A E li.

Quelle contrée t'a vu naître ?

SELI itf.

Je l'ignore. O Nadir/ cjue ne me laissais-tu périr/

Pourquoi tes funestes soins m'ont-ils ravi au trépas.^ Je

n'aurais point connu Zobéide, je serais mort victime d'un

lâche assassin, et je ne périrais point aujourd'hui comme

un vil meurtrier.

ISM AEL.

Que dis-tu? Quel est ce Nadir?

SELIM.

Celui qui , pour mon malheur , m'arracha des mains

,


(35 )

d'un aral)e féroce , an moment qu'il allait me frapper de

cette anne, que je portais à ma ceinture.

I SM A E L.

Dieux! quel soupçon... .' quel âge avais-tu?

Trois ans.

s E L I iil.

I s M A E L,

Trois ans ! ... Combien de temps s'est-il écoulé depuis ?

s E L 1 M.

Vingt années.

I s W .4. E L, à Orcan.

C'est l'époque où je perdis mon lils.

s E L I M.

Votre fils !

IS M A E L.

Orcan , quel espoir vient de naître en mon âme? Les

traits de ce jeune homme... l'époque où l'on tenta de le

faire périr... ce poignard , et plus encore le sentiment;

qu'il me fait éprouver, tout semble me confirmer...

Porterais-tu sur un bras cette marque sacrée , dont les

souverains empreignent leurs enfans le jour de leur

naissance.

s E 1. 1 M , découvrant son bras.

Vous la voyez , seigneur.

I s M A E L.

Ciel! c'est lui ! je n'en puis douter. Mon fils! mon cher

fils ! embrasse ton père.

s E L I M.

Qu'entends-je... ? Vous, mon père?

1 s M A E L.

O nature! vous ne me trompiez-pas.

( IL s^ embrassent. )

s ELi M.

Oi!i suis-je ? Laissez-moi... respirer an moment... quoi •

vous seriez mon père. ( avec horreur.) Et moi, moi! je

suis votre assassin.

I s M A E L.

Non, non, tu n'as pu le devenir que par les conseils

d'un monstre qui abusa .le ta crédulité. Abdala seul... O

crime épouvantable! Il a voulu faire périr le père par le

fils; c'est lui qui, pendant ma captivité, te fit enlever et

te livra à la mort pour s'einparer de ton héritage. C'est

lui, je n'en doute pas, qui t'a ravi ton épouse et t'a

fait croire que jetais l'auteur de ce crime; qui t'a abusé

par des prestiges trompeurs, afin de te porter à me sacrifiei;

mais tant de scélératesse ne restera pas impunie.

.Te jure, par Mahomet, que j'en aurai vengeance.

s E L I M.

Quel nuage épais se dissipe à mes yeux I cruelle lumière


(36)

afifreuse vient éclairer mon âme ! Combien Je fus abusé !

perfide Abdala !... Mais, Zobéide respirerait-elle encore ?

I s M A E L,

Rassure-toi , mon fils ; elle existe puisque tu dis l'avoir

Vue. Bientôt elle sera dans tes bras.

s E L I M.

Je la re verrais.^ O mon père.

1 s M A E L.

Oui mon fils, aujourd'hui même. Mais avant de commencer

l'attaque , je veux te faire reconnaître par mon

armée, et que le traître Abdala apprenne , du haut de

ses remparts, que sa perfidie n'a servi qu'à me faire retrouver

un fils dont je pleurais la mort

SCENE FI IL

ISMAEL , SELIM , ORCAN , ofiSciers , troupes.

ISMAEL, à son armée.

Soldais ! et vous chefs de mon armée , voilà mon fils ,

celui qui a échappé aux poignards d'Abdala ;

.

voilà l'héri-

tier de mon frère , et le souverain d'Abylène ; c'est

pour lui que vous allez combattre ; que toute l'armée le

reconnaisse , et jure de lui être fidèle.

Tous Us ojficiers lui prêtent serment ; il passt dans les rangs, L'armée

fait plusieurs évolutions militaires. On donne un sabre à Selini.

SELIM.

je me rende digne de

que Permettez , ô mon père !

l'honneur que je viens de recevoir : souffrez qu'à la tête

de ces braves , votre fils aille délivrer son épouse , et punir

Abdala de ses perfidies.

1 s BI A E L.

Va , mon fils , vole oii la victoire t'appelle; que la prudence

dirige l'impétuosité de ton courage. Prends soin de

tes jours ; ils sont nécessaires au bonheur dç ton père. . .

Mais , que veut Orcan ?

S CE N E J X.

Les pkécédkns, ORCAN.

o R c A^.

Seigneur, Abdala s'apprête à vous attaquer; il s'avance

à la tête de ses troupes , et veut sans doute , par une sortie

audacieuse , empêcher le siège de la loi teresse.

s E L I M.

Le traître vient lui-même s'offrir à mes coups ! Demeurez

en ces lieux, mon père. Ce souterrain communique

au palais d'Abdala; Userait dangereux de vouloir y

.


i37)

pénétrer. Qu'on le surveille seulement , et que personn»

ne puisse en sortir , sans recevoir le prix de sa témérité.

Marchons , braves amis.

Sehm sort à la tête das troupes , et d'une partie des officiers»

SCENE X.

I S M A E L ,

officiers.

I3MAEL , à un officier.

Que l'on fasse avancer les troupes qui sont de "côté*

N'abandonnons pas cette place. Ce chemin , pratiqué dan»

le roc , est le seul qui conduise au Libau. Abdala ne peut

tenter de s'y réfugier, sans y trouver la mort.

C L'Officier sort. J

O mon Dieu ! je te rends grâce ; tu n'as pu permettre

qu'un fils devint l'assassin de son père. Par ta toute puissance,

les efforts du crime n'ont servi qu'à faire triom-

pher la nature. Tu m'as fait retrouver un fils qui va dé-

sormais être le plus ferme appui de mon trône. Ah ! puisset-il

revenir vainqueur.' puisse le perfide Abdala prouver

,

que , si tu laisses quelquefois au scélérat un rayon

d'espérance , c'est pour le punir avec plus d'éclat , et fair©

triompher ta justice .'

SCENE XI.

ISMAEL, ORCAN, officiers, troupes.

o RC A N.

seigneur; tout cède à son

Selim est maître d'Abylène ,

courage. Abdala, combattant encore , n'a pu s'opposer à

son impétuosité. Il cherche à opérer sa retraite vers les

gorges du Liban ; mais sa position est telle qu'il ne peut

y parvenir sans avoir à combattre les troupes que vous

commandez. Je me suis hâté de venir vous annoncer cet

heureux événement , afin que vous fassiez les dispositions

que vous croirez nécessaires pour lui couper la retraite , et

lui enlever tout espoir de salut.

1 s w A E L.

Soldats .' ce n'est plus un ennemi audacieux que noua

avons à combattre , c'est un scélérat qui cherche à fuir ,

aicablé sous le poids de ses crimes. Ne le laissons pas

échappeîr; qu'il tombe en notre pouvoir , et reçoive de nos

mains le prix de ses forfaits.

o E c A H.

Il vient de ce coté.

ISMAEL.

Marchons à sa rencontre.

--

*


(38)

SCENE XII.

ABDALA , à la tête de ses troupes , ISMAEL ,

tête de son armée, OFFICIERS des deux partis.

à la

Les troupes marchent et rencontrent celles cC Abdala. Combat opin.àtre , dans

lequel les troupes d^^bdala sont repoursies. Abdala , dé;;agé un instant des

soldats , le cache , et voit avec désespoir Je reste des siens mis 9,i fuite.

ABDALA, resté seul.

Ainsi donc tout trahit mon courage / Perfide Ismaël /

Tu vas donc trioiuplxer d'Abdala , le forcer à chercher

lin asile dans les antres affreux du Liban / Mais ton triomphe

ne sera pas complet. Maître encore de l'épouse de

ton fils

, je vais la lui ravir pour toujours. Avant de

quitter Abylèue j'ai , chargé Hircan de conduire Zobéide

en ces lieux , dans le cas où l'on parviendrait à m'enle-

ver cette cité. C'est par ce souterrain qu'il doit amener

ina victime.. Ah !

qu'il tarde à mon impatience. M'aurait-on

ravi jusqu'à ce dernier espoir 7 J*ai tout à craindre

du retour d'Ismaël. J'éprouve Ips tourmens de l'enfer

J'entends du bruit. Ah ! c'est lui sans doute.

SCENE XIII.

ABDALA , HIRCAN , ZOBEIDE , amenée par quelques

soldats. C il-s sortent du souterrain. )

A B D A li A.

C'est toi , Hircan ; tu me vois au désespoir. Je suis

vaincu , et tous mes soldats sont en fuite.

H I R c A N.

Ah ! seigneur , profitons de ce moment pour nous soustraire

à toutes les recherches , et taudis que Selira , fier

de sa victoire , est occupé à chercher le lien qui recèle

son époose , hâtons nous de gagner ces montagnes.

ABDALA, à Zobéide.

Allons, viens , suis moi.

ZOBEIDE.

Barbare ! que prétends-tu faire , de la rnaVneuveuse

Zobéide.

ABDALA.

Tu le sauras, quand nous serons parvenus aux gorges

^n Liban.

HIRCAN.

Ismaël s'avance.

ZOBEIDE.

Odien ! j(p te rends grâce,


(39)

AB D A LA4

Vain espovr , marchons.

Ih gravissent les rochers. Ismael paraît avec ses troupes-

SCENE XI F.

I.ES PRECEDENs, ISMAEL, Soldats.

I s M A E L.

Rends-toi , perfide !

A B D A L A , du haut des rochers et le poignard levé sur [e

sein de Zobéide.

Ismaël , tu vois l'épouse de ton fils ; si tu fais encore

un pas , je l'égorgé à tes yeux.

ISMAEL.

Arrête, cruel! rends la liberté à cette infortunée, jeté

niardonne tous tes crimes , et te laisse paisiblement regagner

tes montagnes.

A B D A L A.

Emmène tes troupes , retire-toi , Ismaël,

pour ses jours.

ou tremble

SeUm reparaît par le souterrain ; il monte sur le rocher , suivi de ses qfficierf ,

précipite Abdala , et s'empare de Zobéide. Tableau,

SCENE XV ET DERNIERE.

LES pnÉcÉDENs , SELIM , Troupes d'Ismaël et d'Abdala.

yl l'instant oit AbdaUi est précipité du rocher sur le théâtre , ses troupes entrent

et mettent bas les armes devant celles d'Ismaël.

ISMAEL.

Qu'on s'empare de ce misérable , et qu'on prépare son

supplice,

ABD AL A.

Va , le plus grand pour moi est de te voir triompher

et de mourir sans vengeance.

On l'emmène , Selim et Zobéide descendent du rocher , et se j'etteut dans Ut

iras (fIsTnaé'l,

Ah !

mon père.

Mon fils !

SELIM.

ISMAEL^

ZOBEIDE.

Ah.' seigneur.

SELIM.

Voilà mon épouse; souffrez aussi qu'elle soit votre

fille.


(40)

I s M A E L.

Oui, Selîmjelle l'a mérité par ses vertus, et je l'accorde

â ton courage. Viens avec elle prendre possession

de tes états, et que toute la contrée célèbre la fin d'une

journée commencée sous de si funestes auspices.

FIN.


2260

G42A7

Germe

Abdala

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