programme en pdf - Orchestre Philharmonique Royal de Liège

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programme en pdf - Orchestre Philharmonique Royal de Liège

avel dans l’appartement familial à Paris, vers 1912.

découverte de l’acte sexuel (le duo des

chats à la fin de la Première partie), ce qui

ne manqua par de provoquer un scandale

lors de la première parisienne, en 1926.

par ailleurs, comme dans toute littérature

enfantine (perrault, andersen, Lewis

Carroll…), la cruauté est présente. en 1929,

le livret inspire même une analyse à la

psychanalyste mélanie Klein, qui décode

les attaques sur la chambre comme

des pulsions sadiques dirigées contre

des « objets maternels », et désigne des

symboles phalliques (l’écureuil, la queue

du chat, le glaive que le garçon désire pour

retenir la princesse…), symboles d’un père

absent. Dans l’opéra, le mot « maman »

revient deux fois, comme appel au secours

et demande d’amour, et à chaque fois,

sur un intervalle mélodique descendant.

or, si l’on suit le devenir de cet intervalle

maternel (une quarte), seul leitmotiv de

la partition, on le retrouve sur des paroles

qui traduisent l’ambivalence entre la

haine et l’amour : « méchant », « plus de

leçon », « ah ! c’est elle » (quand apparaît

la princesse), « épée », « mes bras », « nid

plein », « les petites, sans leur mère »,

« prison »… mais aussi, en mouvement

ascendant sur « je suis libre »…

le chant qui prédomine ici. L’orchestre,

sans faire fi de la virtuosité instrumentale,

reste néanmoins au second plan. […] Il ne

s’agit pas d’émuler puccini mais de tenir

compte de la leçon de Pelléas [et Mélisande

de Debussy] ou du Mariage de moussorgski

[…]. »

satie et Massenet. À rosenthal,

le compositeur donnera une autre clef :

« Debussy et moi devons énormément à

deux musiciens aujourd’hui vilipendés :

Satie et massenet. […] regardez L’Enfant et

les sortilèges, ce qu’on appelle maintenant

l’air de L’Enfant (Toi, le cœur de la rose), c’est

un pastiche de Manon (Adieu notre petite

table), entendez un hommage à massenet

car c’est fait avec les même procédés.

Simplement, c’est mieux chez massenet ! ».

or, cet air est en vérité une brève cantilène

avec des écarts d’intervalles réduits

au minimum : surtout rien de large et

« d’infini ». Le laconisme et la planéité

œuvrent contre l’emphase, exactement

comme la prosodie sans « e » muets (celle

de l’opérette et de la chanson de cabaret),

les bruits d’animaux, le faux japonais, les

mots découpés en syllabes (« arithmétique,

tique, tique, tique »), avec un sadisme

ludique.

laissera Colette indifférente et dont moi je

[me] fous ». Les images se succèdent ici

comme des objets musicaux s’étalant dans

la boutique d’un artisan surdoué, autant de

petits œufs de Fabergé concentrant toute

l’histoire de la musique occidentale.

PatCHWork. au début, c’est la musique

médiévale, symbole de l’ennui de l’enfant.

À l’opposé, c’est l’actualité brûlante, un

fox-trot des années 1920. ravel, rapporte

rosenthal, « lorsqu’il était fourbu de

travail, filait à paris et courait les boîtes de

nuit. Non point tant pour la vie nocturne

que pour la musique qu’on y jouait car

seul le jazz le reposait de sa propre

musique. Il était notamment sensible à

ces longues mélodies mélancoliques qui

l’impressionnaient d’autant plus que c’est

aussi ce qu’il y a de plus touchant dans

la plupart de ses œuvres. Car je crois

qu’une de ses grandes obsessions était la

mélodie en elle-même ». entre ces deux

extrêmes défilent un « menuet » (du fauteuil

Louis XV), un « tambourin » (trépignement

des bergers), un peu de rimski-Korsakov

(la musique du feu), un zeste de Wagner

(l’arbre blessé rappelle Parsifal), et surtout

une « valse » (y compris sous la forme

d’une autocitation de La Valse, de 1920).

pour la rédemption finale, ravel suit la

suggestion de Colette. Il reprend le langage

baroque d’un « rigaudon 1 », puis passe

à une épure et une plénitude rappelant

Franck et Fauré. au fond, la vertu de ravel

dans L’Enfant ne réside-t-elle pas dans

cette oscillation perpétuelle, ce chaud-froid

permanent, cette suite de danses où —

comme sur des montagnes russes — le

compositeur replonge l’auditeur dans les

vertiges de l’enfance ?

en pleurs, l’enfant, n’arrive pas à retenir

la princesse des fées, sortie de son livre

déchiré. Il ne connaîtra jamais la fin de

l’histoire. Surgit l’arithmétique (sous les

traits d’un petit vieillard), suivie d’un duo

des Chats. La Deuxième partie conduit au

jardin, avec bruits d’insectes, de crapauds…

plaintes de l’arbre et valses dansées par la

Libellule, air de la Chauve-souris et danse

des rainettes. Les Chats reviennent : « Ils

s’aiment, ils m’oublient », dit l’enfant, qui

se sent abandonné et crie « maman ! » : à

ce cri, les bêtes se dressent et l’attaquent,

le laissant dans un coin. mais, blessé luimême,

il va soigner l’Écureuil et s’attirer

la sympathie des animaux : le chœur final

célèbre l’enfant sage.

oPÉrette aMÉriCaine. La

revendication de l’enfance soutient en

même temps un projet esthétique, celui de

se débarrasser du grand opéra symbolisé

par Wagner. Cocteau avait réclamé ce

meurtre du père dès 1918. D’innombrables

efforts visent dans les années 1920 à

dégraisser, à revenir vers la danse et la

terre, à dire les choses plus directement

(pensons au groupe des Six). on retient

de Bach la pulsation rythmique, et de

mozart, la mélodie. mozartien déclaré,

ravel résume ainsi le projet de L’Enfant :

« Le souci mélodique qui y prédomine s’y

artisan surdouÉ. anti-wagnérienne,

la partition de L’Enfant reprend la

tradition de l’opéra à numéros, en se

présentant comme une suite de danses

ou une lanterne magique qui projette

d’extraordinaires images musicales.

plusieurs choses importent : une

construction sans retours ni rappels, une

vitesse de défilement élevée, et surtout la

variété. ravel écrit à roland-manuel : « Je

peux vous assurer que cette œuvre, en deux

parties, se distinguera par un mélange

des styles qui sera sévèrement jugé, ce qui

Martin kalteneCker

sexe et CruautÉ. Le récit n’est trouve servi par un sujet que je me suis

pas niais et s’adresse aussi aux adultes. plu à traiter dans l’esprit de l’opérette

Conjointement à l’éclosion d’une rêverie américaine. Le livret de mme Colette

amoureuse, Colette montre en effet la autorisait cette liberté dans la féérie. C’est

1 rigaudon. danse vive à deux temps des xVii

4 5

e et xViiie siècles.

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