Lettres du P. Henri Planchat

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Lettres du P. Henri Planchat

Bien chers Frères,

PREFACE

En cette année 1996, où nous rappelons le 125° anniversaire de la glorieuse mort du Père Planchat, il est

bon que nous soyons incités à mieux connaître sa vie et son œuvre.

Grâce au travail du P. Laberge, assisté du F. Courtin, lesquels ont saisi l’occasion de cet anniversaire pour

décrypter quelques-uns de ses écrits, je suis heureux de pouvoir vous y aider en vous présentant ce beau volume

des Lettres du Père Planchat (366, dont 105 autographes).

D’emblée, vous remarquerez que cette correspondance est peu diversifiée. Les lettres qui traitent, plus

qu’en passant, de la vie religieuse ou de la vie spirituelle, ne manquent pas mais elles ne sont pas nombreuses.

Nos archives possèdent en effet d’autres documents manuscrits du P. Planchat : sermons, instructions de

retraites, méditations et commentaires sur la vie religieuse, qui attendent d’être publiés et que je souhaite voir

prochainement mis à la disposition de toutes les communautés. Dans ce présent recueil, Henri Planchat nous

introduit dans l’intimité de sa famille, mais surtout il nous entraîne sur deux terrains d’apostolat qu’il laboura de

toutes ses forces: ses œuvres de patronage et la régularisation des mariages.

Si Don Bosco avait repris pour sa Congrégation l’appel de St François de Sales au Seigneur:“Donnez-moi

des âmes”, il est permis d’affirmer que son contemporain, Henri Planchat poussa, lui aussi, le même cri, dont

l’écho se fit entendre, pendant près de vingt ans, dans tout le Paris charitable. La foi et la charité qui habitaient

cet humble prêtre firent de son ministère sacerdotal, même brisé en plein élan, l’un des plus féconds qu’ait pu

connaître le diocèse de Paris sous le Second Empire.

Et pourtant, au lendemain de la Révolution, qui avait tant déchristianisé la France et désorganisé le clergé,

on ne faisait plus grand cas du prêtre! Bertier de Sauvigny, fondateur de l’une de ces institutions laïques qui

florissaient au début du siècle et qui firent surgir la fameuse Société de Saint Vincent-de-Paul, n’hésitait pas à

écrire: “Je suis convaincu que les prêtres ne peuvent plus être les apôtres les plus efficaces”. Le XIX° siècle,

siècle des laïcs? Certes, mais voyez comme cette conviction de 1820 fut quelque peu démentie, cinquante ans

plus tard, en 1871, par l’hommage rendu à “l’efficacité” du P. Planchat, dans cette adresse envoyée aux

Communards par des habitants du quartier de Charonne, pour obtenir sa libération : “Nous certifions que M.

Planchat est le soutien de nos misères et le père de nos enfants; sa charité inépuisable nous fait défaut, surtout

dans la situation où nous sommes” (recueil p. 263).

Aussi est-il à relever que M. Planchat sut travailler, avec des laïques, non seulement pour le bien de

jeunes apprentis, mais aussi pour redonner à des familles ouvrières, dignité humaine et vie de la grâce. On ne

peut lire les billets dont il harcèle la Société St François Régis, sans être bouleversé par sa ténacité et son amour

des pauvres.

De même, comment ne pas souligner que le fait de son entrée dans une congrégation de Frères laïques

décida de l’avenir de cet Institut, qui unira désormais prêtres et laïques, dans l’exercice de la charité. C’est bien à

lui que nous devons, en grande partie, d’être ce que nous sommes aujourd’hui.

Nous qui savons jusqu’où sa charité l’a poussé: “Nul parmi nous n’a porté plus loin le zèle et le

dévouement pour les pauvres et les ouvriers; nul n’a pratiqué plus généreusement les vertus religieuses; nul

enfin n’a professé un si tendre attachement pour notre petite famille” (P. Le Prevost), puissions-nous voir, très

bientôt, ses mérites couronnés, pour qu’à son exemple nous sachions nous dévouer jusqu’au bout en faveur de

notre prochain!

Rome, Jeudi Saint, 4 avril 1996

“Jésus, qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde,

les aima jusqu’au bout”. Jn 13,1.

P. Richard Corbon, sv

Supérieur Général

1


PRESENTATION

Un volume relié des Lettres du Père Planchat a existé, (probablement une reliure des autographes) en

vue de l’étude (vers 1897) des écrits du Serviteur de Dieu. Ce volume a été égaré vers 1920-23; mais des copies

circulaient. Nous avons aux archives générales une copie de la première partie du volume en question. Depuis,

on a rassemblé d’autres lettres autographes et plusieurs copies, comme les lettres du Père à sa sœur Marie-

Elisabeth (Maria), les lettres au jeune Edouard Cauroy, à M. Decaux des Conférences de S.V. de Paul et les

lettres de la captivité.

Le décryptage comporte ses difficultés et la vérification, à partir des copies, présente une possibilité

de trahison du texte original, qui fait défaut. Quand il est impossible de lire, quand la copie laisse un espace

blanc, des crochets indiquent ce qui manque:[...]; mais les parenthèses ( ) et les mots soulignés sont des

remarques du Père Planchat; ainsi, à l’en-tête des lettres, le Père indique souvent la fête du jour et il le fait

parfois en utilisant des parenthèses.

Les caractères gras ont été ajoutés pour mettre en évidence un point; par exemple, après avoir

annoncé la vocation sacerdotale du jeune Henri, nous avons inséré une Lettre d’un tiers, où la phrase en gras

souligne des éléments de cette vocation. Les caractères en italique peuvent être des titres de livres, des citations,

(comme aussi les guillemets) etc.

Dans la composition de ce travail quelques modifications ont été retenues: ainsi le nom officiel des

personnes a été rétabli: v. g. Monsieur Caille pour Cail, le Père Cauroy pour Caurroy, Guillot pour Guyot, etc. --

puis on a changé “ci-incluse”, “ci-jointes” pour les expressions “ci-inclus”, “ci-joint” invariables lorsqu’ils

précèdent leur objet. - Le Père Planchat avait un style “parlé”; aussi pour faciliter l’intelligence de la phrase, la

ponctuation a été révisée et des paragraphes ont été introduits.

Plusieurs verbes, cependant, ont gardé leur saveur du temps: “qu’il aye, qu’il essaye, qu’il paye,” etc.

-- Nous relevons des expressions qui nous sont moins familières, comme “faire sa soupe avec” -- “elle s’en va

de la poitrine” [de la tuberculose] -- “ il est assis sur son crochet” [le paresseux?] -- “d’aimables pas de

conduite” [accompagner à la sortie] -- “causer d’abandon” avec quelqu’un -- le journal n’est pas entièrement “en

courant” [il est rédigé à bâtons rompus] -- “j’avertirai aux Lazaristes” -- “pour le quart d’heure” [pour le

moment] -- qu’on nous abandonne les vieux souliers... nous achèterons avec des habits”, -- “à 4.00 heures de

relevée” [après midi], -- Nous ne pouvons “loger sous notre clef” [loger chez nous], “qu’il devait se trouver

tranquille” [rester tranquille - ne pas vouloir changer d’obédience], -- “je n’ai su à qui entendre” [tous voulaient

me parler en même temps], etc.

La plupart des lettres ont une présentation; il s’agit d’attirer l’attention sur un point du contenu ou

d’expliquer un détail, parfois de poser une interrogation.

En guise d’introduction générale aux Lettres, on a jugé utile de faire une description des membres de

la famille et de dresser un tableau généalogique. De plus, des lettres de tierces personnes ont été transcrites, soit

qu’elles nous parlent du jeune Henri, soit qu’elles servent à mieux présenter le Serviteur de Dieu.

Il a paru utile de signaler les étapes de la vie du Père Planchat pour mieux situer le contexte des

lettres. Aussi le lecteur ne se surprendra pas de remarquer au passage: “le séminariste” - “la vocation au

sacerdoce” - “la profession” - “le siège de Paris”, etc.

Enfin, nous nous permettons de souligner l’humour du Père Planchat: par exemple il écrit à sa soeur:

“ma lettre sera cependant plus longue que la dernière fois, car j’espère que tu pourras la lire! (annoncée, mais

jamais venue) -- “votre château branlant de Blidah” [votre maison là-bas] -- “Dans mes efforts désespérés pour

diminuer ma dette, je ne sais comment, vous, si bienveillant pour toutes les petites œuvres de notre communauté,

avez été oublié” i.e. pour me venir en aide -- préparant un mariage religieux d’un couple marié civilement, il

parlera du “futur passé” ! -- enfin, même dans un moment tragique, à quelques jours de son exécution, il écrira:

“Que la volonté de Dieu soit faite et pour ces souffrances et pour le sacrifice de la vie, si mon nom tombe au sort

à la loterie de la Commune“ -- “tout faire pour que le vieux chaudron, s'il vous revient, vous revienne le moins

fêlé possible”.

Bonne lecture et bon profit!

INTRODUCTION

a) Généalogie PLANCHAT

P. Roger Laberge, sv

I -- L’ENFANT

postulateur

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PLANCHAT, LOUIS,

Grand-père d’Henri, Louis est né le 23 octobre 1750 à St-Michel-en-Brenne, diocèse de Bourges; il protégeait des prêtres durant

la Révolution, entre autres l’abbé Rocher (nous conservons une lettre de l’abbé à François datée de 1814); il meurt en 1798. La grandmère

Marie Lemoine décède en 1802.

La famille se composera de neuf enfants, dont six mourront en bas âge.

PLANCHAT, FRANÇOIS Ours (13-03-1791 -- 27-04-1848)

Père d’Henri. Né à Loches le 13 mars 1791; devenu orphelin il sera accueilli à Châtillon-sur-Indre par une tante maternelle,

probablement Françoise Lemoine, mariée à Louis Ducarrois; en 1814 il habite à Loches chez Monsieur de Marsay, - le 12 janvier 1818

il est avocat à Paris; le 17 juin 1820 il est juge de paix à Compiègne, où il fait connaissance de Virginie Garanger de la Roche; ils se

marient le 16 août 1822. Quatre enfants naîtront de ce mariage: Henri, Virginie, Eugène, Marie-Elisabeth. François est juge à Bourbon-

Vendée (maintenant La Roche-sur-Yon) en 1823-1824; puis à Chartres de 1824 à 1829 et ensuite il se rend à Lille, toujours pour sa

profession, de 1829 à 1842; il passe en Algérie, à Oran de 1842 à 1844. On le retrouve à Alger où il est Conseiller à la Cour royale de

1844 à sa mort, survenue le 27 avril 1848. Il est enterré au cimetière de Bab-el-Oued d’Alger.

PLANCHAT, Marie, VIRGINIE, Clémence,

Celle-ci naît le 4 décembre 1825. Son parrain sera le grand-père, Henri François de Paule Garanger de la Roche et sa marraine

Marie-Rose de la Forêt (tante Laforêt). Papa François l’accompagne d’Alger à Paris chez les Filles de la Charité de S. Vincent de

Paul; elle portera le nom de Sœur MELANIE puis de Sœur MARIE. -- En 1847 elle est à Genève; à partir de 1851, on la retrouve en

Turquie, à Constantinople ou dans la région; elle sera enseignante. Elle décède le 15 janvier 1894 à Scutari d’Asie Mineure, en Turquie

d’alors.

PLANCHAT, EUGENE,

Il est frère unique (né à Lille le 2 juin 1832); son parrain sera le Marquis Eugène d’Ambly et sa marraine, Catherine Louis; il fait

ses études en Droit et il fait du service militaire jusqu’en 1864; il passe en Algérie comme Magistrat et Juge de Paix. Il vient à Marseille

en février 1867 pour épouser Marie Pauline MURE de Pélanne (+15-08-1911). Le couple aura plusieurs enfants, mais un seul survivra.

Eugène sera Magistrat et Officier auxiliaire d’administration des Hôpitaux militaires. Il décédera en janvier 1893.

PLANCHAT, MARIE, Elisabeth, Thérèse,

Cette sœur, qu’on appellera communément Maria, est née à Lille le 2 juin 1841 -- sa marraine sera Virginie, sa sœur aînée.

Marie-Elisabeth reste avec sa mère jusqu’en 1864, année où, devant se séparer de sa mère pour la santé de l’une et de l’autre, elle se

rend à son ancien couvent à l’Abbaye-aux-Bois, à Paris. Elle entre dans la Congrégation de Notre-Dame des Chanoinesses de St-

Augustin (fondation de saint Pierre Fourier, au 17 ème siècle) et porte d’abord le nom de Sœur ST JEAN DE LA CROIX, puis de Sœur

ST ALPHONSE. Elle fait profession en 1867 et résidera longtemps à Moulins. En 1908 elle se trouve à Ste-Croix, dans les Flandres

occidentales, Belgique.-- En 1912 elle habite Heuvy-Namur (Chaussée de Louvain) -- En 1919 elle revient en France. Son décès

survient le 19 mars 1926.

PLANCHAT, JOSEPH,

Fils d’Eugène et de Marie Pauline Mure de Pélanne; il semble que Henri Planchat, avocat, soit ce même Joseph.

LENSEIGNE -- PLANCHAT, Elisabeth Gertrude

Elle est la sœur de François Planchat, père de l’abbé Henri. A la mort de son époux Louis Lenseigne, elle se rend à Paris pour

gagner sa vie, puis à Valençay (Indre), où elle meurt le 10 février 1842.

ROUSSEAU - LENSEIGNE, Louise,

Elle est une des filles d’Elisabeth Gertrude Planchat, sœur de François. Louise Elisabeth épouse en 1830 Pierre Rousseau; -

elle donnera naissance à six enfants; mais seul Emile aura une descendance.

Louise est cousine germaine de l’abbé Henri et mère d’Emile Rousseau. C’est ce dernier qui fait des recherches pour reprendre contact

avec la famille Planchat; c’est ainsi que Mme Vve Planchat écrira à Louise en 1874.

ROUSSEAU, Maxime

Petit-fils de Louise Lenseigne, fils d’Emile Rousseau et de Marthe Baudran.

Ce dernier héritera des Lettres de l’abbé Henri à sa sœur Maria Planchat et les remettra aux F. S. V. en 1927. Il sera Curé dans l’Indre:

en 1908 il est à Bommiers; en 1912, on le retrouve à Châteauroux et en 1921 il est à St Marcel. En 1940 il est à Velles, d’où il écrit son

volume HENRI PLANCHAT [Editions LABOUREUR et Cie - 1941]; il meurt en 1958.

FICHOT, Sœur

Fille de la Charité de St Vincent de Paul. Elle est une fille de Léon Fichot et de Berthe Rousseau [sœur de l’abbé Maxime].

Au début des années 1940, on la trouve à Bordeaux.

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MARSAY, (de) J.

François Planchat habite chez ce monsieur en 1814. J. de Marsay signe comme témoin au mariage du gd-père Louis.


Branche GARANGER

GARANGER de la Roche, Henri, François de Paule

Grand-père de l’abbé Henri.

GARANGER de la Roche, Marie, VIRGINIE, (14-06-1804 -- avril 1877)

Mère du père Henri. Après avoir résidé en Algérie, elle voyagera souvent en Algérie et en France pour ses affaires de

maisons. Elle habitera à Paris: rue de Vaugirard, rue Duguay-Trouin, à Morangis, à Châlons-sur-Marne. Au moment des

événements tragiques de 1871, elle réside à Compiègne, sa ville natale. Elle meurt à la fin mars ou au début d’avril 1877, dans le

quartier des Batignolles à Paris.

GARANGER, HENRI-Antoine

Seul frère de la maman; ancien notaire à Reims, notaire honoraire à Provins (Seine et Marne); son épouse s’appellerait Joséphine;

sa fille Claire épousera Molleveaux, Alfred; ils auront 4 ou 5 enfants. Claire meurt le 25. 12 . 1911.

BLAMPIN de la Salle, Marie Elisabeth, grand-mère de l’abbé Henri.

Joséphine Vestu, sa belle-sœur (femme Blampin de la Salle) : marraine (et grande-tante maternelle) du p. Henri.

ELAMBERT, Tante Joséphine

Sœur de maman Planchat, mariée à Pierre-Antoine Elambert, officier sous Napoléon 1 er , chevalier de l’ordre royal et militaire

de St Louis et de la Légion d’honneur. -- Tante Joséphine décède en juin1867.

ELAMBERT, Alfred

Il est fils de tante Elambert de Reims: avocat, puis notaire; il épouse Mélanie Colombier en 1849, puis il acquiert de son

oncle Henri Granger l’étude de notaire de Reims; il sera engagé dans les œuvres charitables avec Mgr Langénieux; en 1864 il se

démettra de la Présidence de la Conférence de S. Vincent de Paul. Il aura un fils nommé Paul et une fille, Marie (qui épousera le

sieur PETIT).

LAFORET, Tante Marie-Rose, Clémence

Autre sœur de maman Planchat; elle épouse Jean-Marie La Rigourdelle de la Forêt, originaire de St Domingue, employé des

Finances, qui sera le parrain d’Henri; tante Laforêt décède le 19 décembre 1861.

LECLERE, Tante

Meurt fin 1848: il est question de cette tante dans les premières lettres; c’est une tante de maman Planchat.

VESTU, Marie, Jeanne, Joséphine, femme Blampin de la Salle, de Compiègne:

marraine du père Henri. Elle semble être la tante maternelle de Mme Planchat.

MAUSSAIS, cousin: cf. lettre du 29 décembre 1861; il est parent du côté maternel.

LALYRE, une cousine, voir lettre du 1 er septembre 1860.

VIVIER, (du) Eugène

médecin, ami de la famille. Nathalie ELAMBERT, fille de “tante Elambert”, épousera Eugène du Vivier.

MOLLEVEAUX

Notaire à PROVINS, notaire de confiance de la famille Planchat.

Un fils, Alfred, est notaire à Provins; il épouse la cousine Claire Garanger. Ils auront les enfants: Marie, René, Henry, une

autre fille? et peut-être un Joseph. Alfred Molleveaux décède le 20 janvier 1907.

MURE: Marie-Pauline Mure de Pélanne

Epouse d’Eugène Planchat. Elle meurt le 15 août 1911.

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) SA NAISSANCE:

L’An mil huit cent vingt trois, le neuf novembre, à dix heures du matin,

par devant nous, Aimé Joseph DAUTRIVE,

premier adjoint du Maire de la Ville de BOURBON- VENDEE,

officier de l’Etat civil,

est comparu M. François PLANCHAT, juge au tribunal séant en cette ville, y demeurant, lequel nous

a présenté un enfant du sexe masculin, né le jour d’hier, à sept heures du matin, de lui, déclarant, et de dame

Marie Virginie GARANGER de la Roche, son épouse en légitime mariage, et auquel il a déclaré donner les prénoms

de Marie Mathieu Henry.

Lesquelles déclarations et présentation faites en présence...le père et les témoins ont signé avec nous

après que lecture...

[Extrait des Registres des Actes de l’Etat civil de la Commune de la Roche-sur-Yon, Vendée]

(Archives S. V.)

c) SON BAPTEME:

Le trois janvier mil huit cent vingt quatre a été baptisé Marie - Mathieu Henri,

né en cette ville le huit novembre dernier à sept heures du matin,

du légitime mariage de Monsieur François PLANCHAT, Juge au Tribunal civil de cette ville,

et Dame Marie Virginie GARANGER;

il a eu pour parrain Monsieur Jean-Marie LA RIGOURDELLE de la Forêt,

suivant le consentement de celui-ci, signé de lui et daté de Paris le 26 décembre dernier; et pour

marraine dame Marie, Jeanne, Joséphine VESTU, femme BLAMPIN de la Salle,

suivant son consentement signé d’elle et daté de Compiègne, le 23 décembre dernier,

les dits parrain et marraine représentés par M. Alcide BOULANGER et Justine COSSON, lesquels se

sont soussignés avec le dit père et nous.

MAZIERRE, curé de Bourbon-Vendée

copie déclarée conforme à l’acte de baptême

Henri CROUZAT, vicaire à la Roche-sur-Yon

à Lille le 7 avril 1835.

[Copie de l’acte de Baptême de Marie - Mathieu Henri Planchat]

(Archives S. V.)

d) SA PREMIERE COMMUNION

II-- L’ETUDIANT

En octobre 1837, il arrive à Paris, au Collège Stanislas.

Lettre d’un responsable d’études d’Henri, où l’on voit déjà sa fragilité, ses maux de tête, ses préoccupations, qui

le suivront toute sa vie. Nous disposons d’une copie de lettre, non datée, écrite par Mr Buquet, futur vicaire

général et évêque à Paris.

Date inconnue

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Monsieur,

Vous m’avez écrit, vous ou Madame, plusieurs fois, et je n’ai pas répondu; j’espère pourtant

que vous n’aurez pas pris mon silence pour indifférence de ma part: non, Henri m’est tout aussi cher

que l’année dernière, et je lui porte le même intérêt; restez toujours bien persuadé de cela. La tête est

toujours plus ou moins préoccupée. Je le raisonne, lorsqu’il vient me parler de ses idées, je le secoue

quelquefois, je me moque de lui, mais toujours amicalement et j’ai la pensée que par moment il se

croit plus tourmenté qu’il ne l’est réellement. Habituellement il est gai à table; je le vois de ma place,

ses camarades l’aiment beaucoup, il est très bien avec tous; il y en a qui cherchent à le distraire,

lorsqu’ils le voyent un peu sombre. Monsieur Valtron (?) est très content de lui; il trouve qu’il fait

généralement de bons devoirs. J’espère donc qu’en somme l’année sera bonne. Je ne l’ai pas fait

quitter le catéchisme; je crois qu’il en eût été contrarié. Je lui ai proposé pour la retraite d’aller à

Compiègne ou de le dispenser de plusieurs exercices: il n’a pas voulu; quand je l’aurais contraint,

ç’eût été pire.

En allant son petit train, comme tout le monde, je crois que ce sera mieux; mais je ne

cesserai d’avoir l’œil ouvert pour le soutenir ou le remonter au besoin.

Je vous prie d’agréer l’assurance des sentiments respectueux avec lesquels j’ai l’honneur

d’être, Monsieur,

à Mme Veuve Elisabeth Gertrude Lenseigne-Planchat

Place des Victoires, N o 6 — Paris

votre très humble serviteur,

Buquet

Monsieur François Planchat écrit à sa sœur, qui après le décès de son mari, Louis Lenseigne (1784 -- 1822), a

trouvé du travail à Paris: des nouvelles de la famille. La tante de Châtillon-sur-Indre, probablement Françoise

Lemoine, femme Ducarrois avait recueilli le jeune François et sa sœur Elisabeth Gertrude à la mort des deux

parents.

Ma chère sœur,

Lille, le 25 mai 1839

Je ne comprends pas que tu aies pu supposer que mes sentiments d'estime et d'affection

pour toi aient pu éprouver la moindre altération. Il faudrait que nous fussions aussi injustes que

ridicules. Je craignais, au contraire, ainsi que ma femme, que ton amitié pour nous ne fût refroidie.

Comme nous avions repondu à ta dernière lettre et que nous n'entendions plus parler de toi, je

pensais que tu n'habitais plus Châteauroux, voilà pourquoi je me suis privé du plaisir de t'écrire. Je

m'informai de toi aux militaires de Châteauroux en garnison à Lille, ils ne te connaissaient pas.

Ta lettre nous a comblés de joie. Elle est arrivée hier. J'étais parti de Compiègne pour

revenir à Lille. Que ne l'ai-je reçue il y a huit jours, j'aurais été moi-même te porter la réponse; hier

encore je n'étais qu'à 19 lieues de Paris. Mais il y a moyen de nous en dédommager largement, il faut

venir nous voir; tu passeras avec nous le peu de temps dont tu pourras disposer. Tu dis que tu vas à

Valençay et tu ne nous marques pas pourquoi, si c'est pour y rester ou pour faire un voyage

d'agrément. Si c'est pour l'habiter, tu aurais dû nous dire par quelles circonstances et avec quels

avantages.

Juge de mon cœur par le tien et tu auras une idée de l'intérêt que m'inspire tout ce qui te

concerne. Il y a longtemps que nous t'aurions pressée de venir nous voir si nous avions pensé que tu

pusses te décider à t'éloigner de tes enfants. Je suis charmé de savoir que j'ai deux neveux de ton

côté. J'aurais bien des choses à te dire et des propositions à te faire que je ne puis, ignorant tout à fait

l'état des choses. Sans y rien changer, viens nous voir de suite et nous t'ouvrirons notre cœur tout

entier. Viens nous voir de suite, lors même que tu ne pourrais disposer que de quelques jours, ne sois

pas arrêtée par la crainte de nous occasionner de la dépense. Le voyage de Lille à Paris ne nous

coûtera que trente six francs, les places n'étant que de 18 F en ce moment depuis une quinzaine de

jours; il serait plus élevé que cela ne nous arrêterait certainement pas. Nous aurons tant de plaisir à te

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voir, viens de suite, retiens ta place à la diligence des Messageries Royales de la rue des Victoires.

S'il n'y a pas de place, on t'indiquera 2 autres diligences. Elles partent toutes le soir à 5 heures; on

arrive le lendemain à la même heure le soir. Tu nous écriras et nous irons te relever à la voiture. Nous

demeurons rue de l'Arc, N° 1.

Notre fils aîné est à Paris au Collège Stanislas, rue Notre Dame des Champs. Il est en

3 ème , il a beaucoup de succès, tu pourras le voir de midi à 1 heure 1/2; il te verra avec bien du plaisir,

il a 15 ans. Sa sœur en a 13, elle est à Lille et mon plus jeune fils a 7 ans. Ils sont tous bien portants

et promettent beaucoup.

Viens donc de suite arranger tes affaires de manière à passer avec nous le plus de temps

que tu pourras. Je ne puis penser que tu nous refuses cette satisfaction à moins que le retard doive

nuire à tes intérêts. Donne-nous au moins dans ce cas les plus grands détails sur tes affaires.

Adieu ma chère sœur, je t'embrasse de tout cœur en t'attendant.

François Planchat

Je me joins à mon mari, ma chère sœur, pour vous assurer du plaisir que j'aurais à vous

voir, et vous prier de faire tout ce qui vous sera possible pour que nous ne soyons pas privés de la

satisfaction de vous posséder ici. Comme mon mari vous le dit, sans doute si nous avions reçu votre

lettre plus tôt, nous eussions arrangé les choses pour faire cadrer le petit voyage qu'il avait à faire à

18 lieues de Paris avec le vôtre et vous vous seriez déjà vus. Mais nous ne pourrions nous absenter

tous deux et, en venant, toute la famille au moins vous verrait.

Mes enfants ont un grand désir de vous connaître. Je me suis toujours rappelé avec plaisir

les courts moments que j'ai passés avec vous, près de notre bonne tante à Châtillon, toute votre

famille m'avait beaucoup intéressé. J'espère que Louise est heureuse en ménage [mariée en 1830 à

Pierre Rousseau] et que vous avez du moins cette consolation, car je le sens, ma chère sœur, une

bonne mère ne peut être heureuse qu'autant que ses enfants le sont.

Les nôtres, Dieu soit loué, nous donnent beaucoup de consolation et mon Henri est chéri et

estimé autant de ses maîtres que de ses camarades; ses bulletins sont vraiment des pièces à

conserver. Si, comme je l'espère, vous pouvez l'aller voir, embrassez-le bien tendrement pour moi et

si, comme je l'espère, vous pouvez venir nous voir, faites-lui en part.

Adieu ma chère sœur, croyez à l'amitié bien sincère d'une sœur qui n'a jamais cessé de

vous estimer et de vous aimer.

Je vous avertis, pour votre gouverne, que les places sont très courues et qu'il faudra vous y

prendre de suite pour retenir votre place.

à Mme Veuve Elisabeth Gertrude Lenseigne-Planchat

Votre affectionnée sœur

Difficultés financières au moment de la Révolution de juillet 1830.

[Virginie] Planchat

Lille, le 29 mai 1839

Je regrette d'autant plus de n'avoir pas reçu la première lettre 8 jours plus tôt, que tu n'as pu

venir nous voir et qu'alors j'aurais été à Paris sans frais de plus, puisque je me suis rendu à

Compiègne. J'aurais eu le plaisir de te voir et nous aurions pu nous entretenir de nos positions

respectives avec des détails; ce qui n'est pas aussi facile par lettres. Sois bien persuadée que je ne

suis pas de caractère à oublier une sœur que j'ai toujours tendrement aimée, les tribulations et les

chagrins que tu as éprouvés ne sont qu'un motif de plus pour augmenter notre attachement, les

malheurs...la révolution de juillet qui a arrêté...et m'a fait éprouver des pertes d'argent

considérables ne me rendent que plus sensible aux malheurs de mes proches et surtout à

ceux d'une sœur. J'ai déjà en partie réparé ces pertes énormes.

Je regrette que tu ne me donnes aucun détail sur la place que tu vas occuper à Valençay, je

vois avec plaisir qu'il n'est qu'à 10 lieues de tes enfants. J'avais pensé à te proposer de venir passer

le temps qu'il t'aurait convenu avec nous et nous aurions fait notre possible pour adoucir tes chagrins.

11


Si un bureau de tabac auprès de tes enfants avait pu te convenir et qu'il eût fallu te prêter le

cautionnement, j’aurais fait mon possible pour le fournir; je ne serais pas assuré de pouvoir, par mes

demandes, te faire obtenir un bureau ou une place analogue, parce que je suis loin d'être en crédit

comme sous la Restauration.

Tiens-nous au courant de tes affaires, tu dois éprouver du soulagement à t'en entretenir

avec des frère et sœur qui y prendront une part si vive. Dans ta prochaine lettre, n'oublie pas de nous

dire ce que te rapporte ta place et en quoi elle consiste; ne balance pas à entrer dans de plus grands

détails, ce que tu ne fais pas dans ta dernière lettre. Je regrette beaucoup que tu aies été si

longtemps sans nous écrire et je suis heureux que tu t'y sois enfin décidée. Peut-être aurions-nous

pu, sinon prévenir, du moins adoucir beaucoup tes peines. Qu'il n’en soit plus ainsi désormais. Ecrismoi

avec toute la confiance que tu dois avoir dans un frère qui est tel qu'il doit être et qui a la plus

grande...

[François] Planchat

à Mme Vve Elisabeth Gertrude Lenseigne-Planchat

Grave maladie de François Planchat - Nouvelles de son épouse et des enfants -- ensemble chez M. Depréville:

en pension après Châtillon? plus tard ? Ta fille est-elle bien mariée? il s’agit de Louise, mariée à Pierre

Rousseau en 1830; car Céleste-Delphine n’épousera François Nivet qu’en 1843. Tante Gertrude est allée voir

Henri à Paris(cf Lettre du 25 mai 1839).

Ma chère sœur,

Lille, le 15 août 1839

Depuis ma dernière lettre, j'ai fait une maladie grave dont je ne suis pas entièrement

rétabli.

J'ai bien regretté que tu ne sois pas entrée avec moi dans de plus grands détails sur ta

position. Quelle place occupes-tu, que te rapporte-t-elle ? Tu ne dois pas craindre de me faire

connaître les plus petits détails; crois-tu que j'ai oublié que nous avons été ensemble chez M.

Depréville ?

Si tu n'étais pas bien dans ta place, ayant quelques amis à Paris, je ferais tout mon possible

pour te procurer quelque chose de mieux, par exemple une place pour soigner le linge, soit dans un

collège, soit dans une maison particulière, mais importante, si cela te convenait. Il faudrait sans doute

du temps pour cela, mais nous ferions pour le mieux. Il faut avant tout que je connaisse ta position actuelle.

Sois persuadée que nous ferons tout ce qui dépendra de nous pour adoucir ton sort.

Surtout, ne te laisse pas aller au découragement; songe bien que tu es loin d'être sans

ressource, puisque tu as une famille qui t'aime et qui t'estime. Ecris-nous donc avec la plus grande

confiance. Es-tu heureuse du côté de tes enfants, ta fille a-t-elle bien rencontré dans son mari? Si tu

as des peines et des chagrins, à qui les confieras-tu, si ce n'est à ton frère?

Nos enfants se portent tous très bien. Celui que tu as vu à Paris et qui t’aime si

tendrement (Henri) est un enfant de grande espérance; l’on m’a assuré qu’il était le sujet le plus

distingué de son collège; il va obtenir beaucoup de premiers prix à son collège; il aura même, j’espère

quelque accessit au concours général, où il en a déjà obtenu un l’année dernière; sa mère qui est

obligée d’aller passer quelque temps à Compiègne dans sa famille pour sa santé, aura le plaisir

de le voir couronner à Paris. Tu vois, ma chère amie, que ton cher neveu promet beaucoup pour

l’avenir.

J’entre dans ces détails, persuadé que cela te fera plaisir. Le plus jeune (Eugène), qui a eu

sept ans au mois de juin, montre aussi beaucoup de dispositions; il est avancé pour son âge; nous

espérons qu’il suivra les traces de son frère. C’est nous-mêmes qui faisons son éducation jusqu’à ce

qu’il soit en âge d’aller rejoindre son frère.

Ma fille (Virginie) qui aura 14 ans au mois de novembre est grande pour son âge; elle a

aussi des succès dans sa pension, mais elle a presque continuellement mal à un oeil depuis quelque

temps; ce qui lui nuit beaucoup.

Ma femme part demain matin pour aller voir son fils et ils reviendront à Compiègne, où ils

doivent rester trois semaines; je ferai quelques absences pendant les vacances qui commencent le

premier septembre.

Si donc tu m’écrivais à cette époque et que je ne te répondisse pas de suite, n’en sois pas

surprise, c’est que je serais absent.

12


Adieu, ma chère sœur, je t’embrasse de tout cœur, ainsi que ma femme et mes enfants

F. Planchat

à la nièce Louise Rousseau, née Lenseigne

Châteauroux, Indre

Louise Elisabeth Lenseigne (1810 -- 1886) a épousé Pierre Rousseau en 1830. L’oncle François ne connaît pas

l’adresse de la nièce: lettre à faire suivre.

François a pu enfin voir sa sœur, Elisabeth Gertrude Lenseigne Planchat; mais elle vient de décéder (1785--

1842); réactions de foi de ce dernier, qui a été frappé “d’affection cérébrale”.

Ma chère nièce,

Lille, le 24 février 1842

Nous étions en voyage ma femme et moi lorsque nous est parvenue la lettre qui nous

annonce la triste nouvelle de la mort douloureuse de notre chère sœur. Les cruelles souffrances

qu’elle a éprouvées auront achevé de la purifier, et Dieu, au sortir de ce monde l’aura admise au ciel,

nous pouvons l'espérer, espoir consolateur qui change les plus cuisants chagrins en douce

résignation à la volonté du Seigneur qui nous a confié plutôt que donné le peu de jours que nous

passons dans cette vallée de larmes, dans ce triste exil où les satisfactions et les jouissances sont si

rares et si fugitives tandis que les maux, les douleurs et les cuisants chagrins nous obsèdent et nous

accablent à chaque pas que nous faisons. Dieu, en nous envoyant des afflictions si fréquentes et si

multipliées, nous avertit qu’ici-bas n'est point notre véritable séjour, que nous devons nous détacher

d'une terre ingrate qui ne nous abreuve que d’amertumes et porter toutes nos espérances vers la cité

permanente, vers notre patrie où il veut que notre cœur et tous nos désirs nous portent et nous

devancent.

Lorsque aux vacances je goûtai le plaisir de revoir une sœur chérie dont j'avais été si

longtemps séparé, j'étais loin de croire toucher de si près une dernière séparation; nous nous étions

même flattés réciproquement de l'espoir de nous revoir bientôt et plus longtemps; nous formions dans

un avenir rapproché des projets que la cruelle mort devait sitôt déconcerter par ses impitoyables

rigueurs.

Je reverrai, il est vrai, ma chère sœur et peut-être le moment n'est pas éloigné, car un

événement funeste que j'étais loin de prévoir, en bouleversant toute notre existence a failli me

tuer, il y a 15 jours, par la violente secousse qu'il m’a fait éprouver. J'ai été atteint d'une

affection cérébrale dont je ne suis pas rétabli parce que la cause existe toujours. Cependant,

que Dieu me donne la force de prendre le dessus et me conserver quelques années encore à ma

famille.

Les sentiments de piété dont votre lettre est empreinte m'ont fait un plaisir infini, parce que

la piété, c'est le seul bien que les démons ne puissent nous ravir, qui nous console de tout, qui

adoucit nos maux et les transforme en véritables biens, en biens impérissables qui nous sont assurés

dans un meilleur avenir.

Recevez, ma chère nièce, l'assurance de notre vive affection et de notre attachement

inaltérable.

Votre oncle Planchat

Je n'affranchis pas cette lettre parce que, n'ayant pas donné votre adresse, on ne se mettrait

pas en peine de la [...]

Je partage bien vivement, chère nièce, le chagrin que vous fait éprouver la perte cruelle que

vous venez de faire. Il suffit d'avoir connu votre excellente mère pour l'apprécier et pour juger du vide

qu'elle doit laisser à des enfants qu'elle chérissait, mais du ciel où ses vertus l'ont conduite, elle

intercédera pour eux. Ne m'oubliez pas auprès de votre sœur.

Mes enfants me chargent de vous dire mille choses aimables de leur part et combien ils

prennent part à votre chagrin.

Je vous embrasse bien tendrement et suis, avec une vive affection,

Votre tante, Femme Planchat

13


III - VOCATION AU SACERDOCE

En 1843, Henri communique avec l’Evêché de Paris et reçoit la réponse suivante:

Mon cher Henri,

J’ai appris avec grand plaisir que vous sollicitiez votre admission dans le Diocèse, bien

persuadé que l’esprit de piété et l’amour du travail qui vous ont distingué jusqu’à présent ne feront

que s’accroître en suivant la vocation à laquelle Dieu semblait vous avoir destiné et qu’un jour

vous sortirez du Séminaire prêtre selon le cœur de Dieu.

Monseigneur me charge de vous dire d’aller trouver M. Carbon; c’est lui qui devra vous

répondre,

Votre dévoué et affectionné

Ravinet, vic. gén.

En 1843 également, Henri fait partie de la Conférence de ST--VINCENT DE PAUL de la paroisse St-Lambert

de Vaugirard. Il se rend souvent au PATRONAGE de la rue du Regard, à Paris, pour donner des cours du soir; il

y rencontre M. Jean-Léon Le Prevost, futur Fondateur des FRERES DE ST VINCENT DE PAUL.

Il passe son baccalauréat au Collège de Vaugirard (aujourd’hui Hôpital de Vaugirard). Il continue à ce Collège -

dirigé jusqu’en 1852 par l’abbé Poiloup - à rendre service comme surveillant et répétiteur.

En 1845 il maintient son projet du sacerdoce, mais son père veut qu’il fasse ses études de droit; voici une lettre

de recommandation d’un vicaire général de Paris:

à M. François Planchat

Conseiller à la Cour royale — Alger

Monsieur,

7 août 1845

Votre fils me dit qu’il va partir sous peu de jours pour vous revoir après une bien longue

séparation.Vous le trouverez tel qu’il a toujours été, honnête, laborieux et surtout sincèrement

vertueux.

Il m’a fait confidence de ses désirs et de ses projets. Déjà l’année dernière il m’en avait dit

quelques mots; je lui conseillai de ne pas se presser et de mûrir sérieusement cette affaire aussi

grave.

Il paraît qu’il pensait, et même il aurait voulu entrer cette année au Séminaire. Il ne m’a pas

caché, je ne dis pas vos répugnances, mais votre détermination d’attendre pour donner votre

consentement, qu’il ait fait son droit. Ce terme lui paraît très éloigné; il craint de perdre un temps

considérable et il préférerait entrer de suite dans la carrière où il croit être appelé....

...vous savez que l’intérêt que je portre à votre fils ne date pas d’hier; j’ai voulu lui en donner

une nouvelle marque en vous écrivant quelques mots à son sujet...

L. vic. gén.

Sa sœur, Maria, écrira en 1909:

“Mon excellent père ne s’est nullement opposé à la vocation de son fils aîné, mais, pour

offrir à Dieu, disait-il, la victime complète, il a voulu que mon frère passe la licence en droit avant

d’entrer au Séminaire”.

14


Notre Henri ira donc à la Faculté et obtiendra sa Licence en Droit le 28 août 1847. Il pourra enfin

entrer au Séminaire pour ses études théologiques.

01 - à ses parents

LETTRES

DE L’ABBE HENRI PLANCHAT

IV -- LE SEMINARISTE

Le problème des dépenses; “étant chez M. Poiloup, j’aurais pu me faire une bibliothèque” (l’abbé Poiloup

dirigeait un Collège à Vaugirard; cette Institution passera aux Jésuites en 1852 (G.A. Boissinot,sv, UN AUTRE

VINCENT DE PAUL, p.258);

Les tantes Elambert et Laforêt sont les soeurs de Mme Planchat; tante Leclère fait partie de la famille

maternelle, c’est une tante de la maman; elle décédera en fin 1848 (lettre du 6 janvier 1849) - Monsieur Daidou

semble être un prêtre d’Alger. Eugène Du Vivier est l’époux de Natalie Elambert. M. Vivaillier semble tenir une

petite caisse de la famille.

15


Chers parents,

Paris, Séminaire de St Sulpice, 12 décembre 1847

Votre lettre du 4 décembre m’a vivement affligé, tant pour l’inquiétude et l’embarras que ce pauvre

Eugène vous cause que pour ce cher Eugène lui-même.

Je me faisais si bien une fête de recevoir une longue lettre de sa main; et il est si indisposé, si fatigué

qu’il n’a même pas pu ajouter un mot à votre lettre! Oh! j’ai la ferme espérance que le bon Dieu, comme ma

bonne mère le dit si bien, ne vous éprouvera point au-dessus de vos forces; que si la divine Providence permet

qu’aux pertes pécuniaires viennent s’ajouter des peines bien plus sensibles, toutes ces tribulations ne

dépasseront pas la mesure du plus grand bien de vos âmes; ni même celle d’une patience ordinaire; elle vous

réserve, je n’en doute point, pour une époque prochaine, des consolations qui vous feront oublier vos douleurs;

et bientôt le cher Eugène ne vous inspirera plus aucune inquiétude ni pour son corps, ni pour son âme. C’est du

moins la double grâce que je ne cesse de demander à Dieu dans toutes mes prières, de lui faire demander par

toutes les personnes que je crois puissantes sur son cœur, par l’intermédiaire du cœur de notre bonne Mère, cette

Consolatrice souveraine de tous les affligés.

Je crains bien qu’il ne soit survenu à M. Eugène Du Vivier et par suite à ma tante Elambert quelque

nouvel embarras; car je ne l’ai point revue depuis l’unique fois où elle m’a rendu le service de me faire ma

provision de bougies. J’attends pour lui donner votre lettre ou sa visite ou notre sortie du Jour de l’An; car c’est

une trop grande affaire ou, disons mieux, c’est une chose trop contraire à l’esprit du Séminaire que de demander

une permission extraordinaire de sortir, fût-ce dix minutes, pour que je lui porte moi-même, et je n’ai pas envie

de payer un commissionnaire.

Je n’ai pas revu non plus ma tante Laforêt, dont je vous donne des nouvelles, -- ainsi que de ma tante

Elambert -- dans un billet joint à un paquet que j’ai fait passer à M. Daidou par une occasion. Je n’ai pas vu

davantage la bonne tante Leclère.

Je me hâte, pressé que je suis par l’heure, d’en venir à la question des dépenses. Hélas! vous me

connaissez bien peu, chers parents, si vous me croyez ou bibliomane ou dépensier, moi qui n’ai pas acheté, dans

ma vie, deux de ces brochures que les jeunes gens se font un devoir de lire, pas même l’oraison funèbre

d’O’Connell, moi qui, pour ne pas user de bois et économiser la lumière, ai quitté ma gentille chambre avec le

feu si gai de sa cheminée, pour le chauffoir commun où l’on est du reste fort bien et pour la température et pour

le travail, moi qui aurais pu, étant chez M. Poiloup, me faire de mon argent une jolie bibliothèque, comme on

me le conseillait. Vous savez que je n’ai jamais refusé de faire bourse commune et que des 4.000 francs au

moins que j’avais par devers moi sans Eugène, je n’ai jamais songé à regretter un sou. Si je regrette aujourd’hui

quelque chose, c’est de ne rien gagner que je puisse sacrifier pour contribuer à le soulager. Je serais disposé à

m’imposer toutes les privations, afin que vous puissiez pourvoir à tous ses besoins, sans vous imposer aucune

privation à vous-mêmes, et, du moment où je serais convaincu que vous prenez sur votre nécessaire une partie

de ce que vous me donnez, je tâcherais de faire en sorte que vous me donnassiez moins. Toutefois, et précisément

à cause de ce vif désir que j’éprouve de ne vous causer de mon côté aucune gêne, aucune inquiétude,

aucun ennui, il faut que je vous dissipe et le mécontentement et les craintes que votre lettre m’exprime: cela ne

me sera pas difficile; il me suffira de vous faire observer

1° que vous m’avez mal compris,

2° qu’il vous eût suffi, pour vous rassurer, de parcourir un peu plus attentivement ma note de

dépenses. D’abord vous ne m’avez pas bien compris. Jamais je n’ai dit que je comptais faire une dépense de 100

francs en livres; je vous ai dit qu’il me manquait encore un de mes livres nécessaires, une histoire de l’Église;

que de plus, usant de la latitude que vous m’aviez donnée d’acheter chaque année quelques livres utiles, je me

procurais de suite trois ouvrages qui me profiteraient beaucoup plus, achetés maintenant qu’achetés à une autre

époque de l’année; c’était dire que j’épuisais une fois pour toutes le chapitre des achats de livres utiles, pour

cette année.

Et cependant, c’est ma seconde réflexion, en parcourant ma note, vous auriez pu voir que les 50

francs annuels marqués sur le budget pour achat de livres utiles n’étaient point absorbés par les acquisitions dont

je vous prévenais. En effet, je vous ai annoncé une dépense totale à 20 francs. En lisant ma note avec plus

d’attention, vous auriez encore vu que la plupart de mes dépenses étaient des dépenses une fois, des dépenses de

premier établissement, dépenses prévues; dépenses dès Montrouge, dépenses en considération desquelles une

différence très grande avait été établie entre le budget de cette année et celui des suivantes. Enfin je vous disais

bien clairement que le port de la malle d’Augustine de Barle étant payé, il ne resterait que 10 francs, qu’il fallait

que je prisse chez Vivaillier quelques chose pour payer mon histoire de l’Église, etc... (et encore ici remarquez

que j’ai choisi la moins coûteuse, risque à être obligé d’en acheter une autre au sortir du Séminaire); que prendre

seulement 50 francs, c’était ne mettre l’avance qu’il était convenu que j’aurais toujours, que pour cela je

prendrais 100 francs...[texte perdu]....Afrique un frère et un oncle; il m’a dit que l’un et l’autre avaient

commencé par se porter fort mal pendant quelques mois et qu’ils s’étaient ensuite parfaitement acclimatés.

16


J’espère que la petite Marie, ma chère petite Marie, a reçu son livre de lecture que j’avais envoyé à M.

Daidou pour elle. Je tâcherai de lui envoyer par la prochaine occasion ses étrennes; quelque petit livre de 2 ou 4

sous, avec une image, et à Eugène aussi quelque almanach amusant de 25 ou 50 c.

Embrassez bien pour moi l’un et l’autre.

02 - à ses parents

Je vous embrasse de tout mon cœur.

Votre fils soumis

l’Abbé H. Planchat

1848: le 22 février des barricades se montent; atttaque de la Garde nationale; le 24 février, il y a des morts -

Louis-Philippe abdique; la deuxième République commence.

Tante Laforêt est pensionnaire chez les Bénédictines de la rue Neuve--S te Geneviève (voir lettre du 1 er novembre

1864).

Nathalie est la cousine Elambert (cf. lettre du 06-01-1849). Ninie est l’abréviation du nom de sa sœur religieuse,

Marie Virginie, née à Chartres le 11 novembre [ou en décembre] 1825. On appelle familièrement Marie

Elisabeth du nom de Maria.

Chers parents,

Séminaire de St-Sulpice, 29 février 1848

Vous attendez sans doute impatiemment de mes nouvelles, après les grands événements dont

l’annonce aura sans doute devancé cette lettre. Vous saurez, en l’ouvrant, ce que vous désirez le plus apprendre,

c’est qu’on nous laisse parfaitement tranquilles, puisque nous sommes au Séminaire. Cela ne veut pas dire que

nous ne l’ayons point quitté quelques instants; mais on peut bien dire que c’est par un excès de prudence ou

plutôt par poltronnerie. Ce qui nous avait prédisposés à la peur, c’est que, dans la nuit du mercredi au jeudi,

nous avions été réveillés par le tocsin sonné à toute volée, avec les cloches de St-Sulpice, par des jeunes gens

des écoles, et que deux décharges tirées par les municipaux contre les tours pour faire peur à cette jeunesse,

s’étaient mêlées au bruit du tocsin. Après la Messe, ce fut invasion chez le Supérieur, qui ne savait que nous

conseiller, car il avait appris de bonne source le mercredi au soir que Paris était pacifié et dans le fait, sans la

décharge du boulevard des Capucines, tirée de l’Hôtel Guizot sur la foule inoffensive et joyeuse des promeneurs,

Louis-Philippe restait sur son trône. A la vue de l’indécision du Supérieur, chacun ne prit conseil que de

soi-même et l’on se dispersa.

Je fus bientôt arrivé à mon gîte, d’où je vis presqu’aussitôt que je pouvais parfaitement sortir avec la

précaution d’un habit laïc; cependant je couchai chez ma tante Elambert les trois nuits du 24 au 25, du 25 au 26

et du 26 au 27. J’y transportai une partie de mes affaires et je déposai l’autre chez Madame Beaugron, rue Madame.

Me voilà rentré dans ma cellule avec un léger bagage du linge et des livres indispensables; comme je

puis me passer de la plupart de mes livres et de mes petits meubles, je les laisserai sans doute indéfiniment dans

les endroits où je les ai déposés et où ils ne gênent personne, afin d’éviter des dépenses de transport. Du reste, à

ne considérer que ce qui s’est passé dans les trois journées et que l’état actuel de Paris, ce déménagement aura

été parfaitement inutile. De ces barricades, si nombreuses qu’au delà du Pont-Neuf chaque rue en possédait une

douzaine et que même dans le faubourg Saint-Germain chaque ruelle avait la sienne, si gigantesques que dans

les quartiers de bataille plusieurs atteignaient jusqu’au premier étage, il ne reste plus à cette heure nulle trace.

Hier les omnibus ont repris leur course, au profit des blessés, et nous, notre habitude de traverser la place en

surplis. Car en exécution d’un mandement de Monseigneur, nous avons chanté une Messe pour les défunts. La

veille les offices et les catéchismes s’étaient faits à la paroisse comme à l’ordinaire et nous avions chanté de

toute la force de nos poumons: Dominus salvam fac Rempublicam. Pas un mot jusqu’à cette heure contre le

clergé; l’opinion générale du peuple est que les prêtres partagent le libéralisme patriotique de leur chef

souverain, et Châtel, en voulant, par les centaines d’affiches, - pour lesquelles il n’aurait sans doute pas trouvé

d’imprimeur, si S te -Pélagie existait encore - ameuter le peuple contre les frères, n’a guère réussi qu’à provoquer

des réflexions de cette sorte: quoi! il n’est pas encore mort, cet imbécile de Châtel? qu’est-ce qu’il nous veut?

nous sommes républicains catholiques! vive Pie IX!

Les journaux vous apprendront en détail les traits inimaginables de respect pour les choses saintes qui

ont signalé la chaleur du combat et de la victoire; je me bornerai à vous dire de croire sans défiance tout ce que

vous lirez et je vous le dis sur la foi d’un vicaire de St-Roch, témoin oculaire. Le Père Lacordaire, qui a commencé

dimanche sa station du carême, a eu non seulement un nombreux auditoire, mais de frénétiques

applaudissements.

17


En voilà, je pense, assez pour vous rassurer sur mon compte; je n’ai rien de plus fâcheux à vous dire

sur mes tantes, ni sur le reste de la famille. Ma présence a un peu diminué les frayeurs de ma tante Elambert; ma

tante Laforêt et son couvent ont été parfaitement tranquilles; ma tante Leclère n’a éprouvé aucune commotion,

malgré le voisinage d’un des champs de bataille les plus acharnés.

Enfin Natalie et les Du Vivier, Alfred [Elambert] et tout le monde de Reims sont entrés sans aucune

encombre dans l’ère de la République. M. et Mme St-Ange sont à Versailles; je n’ai pas de nouvelles de

Ninie[Virginie]; une des postulantes de Genève arrivait à Paris mardi soir, au beau milieu de la bagarre.

Voilà l’heure de la préparation de la classe qui vient de sonner, il faut que je vous quitte, d’autant plus

que la révolution n’a pas avancé nos études.

Embrassez bien pour moi la chère petite Maria, qui est si gentille, si bonne, même lorsqu’on lui brûle

les pieds, la pauvre petite! ses pieds sont bien guéris, j’espère, et elle force souvent sa bonne petite Mère à sortir

pour la promener. Il faut cependant qu’elle trouve le temps de m’écrire, puisqu’elle a déjà écrit à Ninie. Dites au

cher Eugène que la prochaine fois je lui écrirai; et si vous n’y voyez pas d’inconvénient, dites-lui qu’il m’écrive.

Adieu, chers parents; je vous embrasse de tout mon cœur.

Votre fils très soumis,

l’Abbé Planchat

p.s. L’avant-veille de l’avènement de la République, j’ai été retirer mon diplôme de licencié en Droit.

j’ai pris chez M. Vivaillier les 100 francs que j’ai déposés chez ma tante Elambert.

Mes tantes me chargent de bien des choses pour vous. Maman ferait bien plaisir à ma tante Elambert,

si elle lui écrivait.

03- à sa mère (Mme veuve Planchat)

rue de la Caserne des Indigènes – Blidah, (Algérie)

veuve: Monsieur François Planchat meurt en Algérie le 27 avril 1848;

Henri se rend auprès de sa mère après la tonsure cléricale du 17 juin 1848.

La séparation des missionnaires est plus dure que la nôtre - la santé a été ébranlée par le nouveau climat et de

multiples soucis. -- “ancien collègue chez M. Poiloup”: au Collège de Vaugirard.-- la Soeur de Tromelieu? (ou

Franelieu) -- Blidah (ou Blida) se trouve environ à 40km d’Alger.

Chère et bonne Mère,

Toulon, 25 septembre 1848

Me voici arrivé à Toulon et tout près d’en partir; je ne puis attendre plus longtemps sans causer avec

cette bonne mère qui, j’en suis sûr, se trouve si seule depuis que la frégate a emporté son Henri, [i. e. lui-même].

Moi aussi, chère et bonne Mère, j’ai éprouvé un si grand vide en vous laissant sur cette terre

d’Afrique, et il a fallu, pour me distraire un peu de mon ennui, la rencontre nullement attendue d’un de mes

anciens collègues chez M. Poiloup, aujourd’hui missionnaire Mariste sur le point de partir pour la Nouvelle-

Calédonie. Ce jeune homme, me suis-je dit, a lui aussi des parents; la séparation pour ceux-ci est bien plus

cruelle que pour ma bonne mère, et cependant le bon Dieu leur donne la force de supporter leur solitude.

Comment refuserait-il à ma bonne mère les consolations et l’énergie dont elle a besoin? Car, enfin, si je ne vais

pas en Océanie, c’est pour le bon Dieu que je m’éloigne de ma mère, puisque c’est pour aller continuer ma

préparation au ministère auquel il me destine. Voilà de ces pensées capables d’endormir les douleurs les plus

vives: hélas! combien de personnes, placées dans une situation analogue, auxquelles manque cette précieuse

ressource!

Il doit vous être d’autant moins difficile de surmonter votre ennui, chère et bonne Mère, que vous

pouvez être sûre d’atteindre complètement le but pour lequel vous êtes privée de votre Henri depuis une

quinzaine de jours. La traversée pour moi a été excellente; je n’ai point manqué un seul repas; et c’est à peine si

j’ai un peu senti la mer; j’ai parfaitement dormi à Toulon comme à bord. Mon séjour ici me coûtera fort peu, car

si l’ami de M. Sauve s’est trouvé trop occupé par une besogne extraordinaire pour me recevoir, je ne paye ma

chambre que 1 franc et les bons Pères Maristes me payent à dîner aujourd’hui. Je pars ce soir pour Lyon,

probablement avec la pluie qui ne nous a guère quittés depuis que nous avons approché de la France. Vous n’en

êtes pas encore là, vous autres, mais enfin la chaleur est un peu diminuée, et vous l’avez subie tout entière, sans

être même indisposée; c’est une grande grâce du bon Dieu.

18


Très certainement il vous protège pour cela, comme pour le reste, d’une façon toute particulière, et je

suis sûr qu’il rend la chère petite Maria plus gentille encore que de coutume, parce qu’il sait que sa maman a

plus besoin, dans ce moment, d’être distraite par sa petite fille. Elle sait, cette chère enfant, combien je l’aime, et

quel plaisir j’aurais eu à rester quelque temps de plus avec elle. Embrassez-la pour moi, chère et bonne mère; je

vous embrasse moi-même de tout cœur.

Votre fils très soumis,

l’Abbé Planchat, clerc tonsuré

p.s. Mille choses à M. le Curé de Blidah. J’ai fait sa commission pour la voilette. Je viens de

rencontrer dans la rue ma Sœur de Tromelieu, qui me donnera ce soir une lettre pour ma tante Laforêt. Le

couteau blanc de Maria n’est pas perdu; je viens de le retrouver dans ma poche; je le lui enverrai par la

prochaine occasion.

04 - à sa mère

La santé est bonne - certaines affaires sont réglées un peu vite? des réponses d’affaire à venir - le cousin Alfred

Elambert devient notaire avec pignon sur rue: il achète l’étude de son oncle Henri Garanger à Reims; - intention

de prière - les Du Vivier sont Natalie Elambert et son époux, Eugène.

Chère et bonne Mère,

Séminaire de St-Sulpice, 27 novembre 1848

Ne pas vous dire qu’en lisant votre lettre je n’ai pu me défendre d’une certaine impression de

tristesse, ce serait vous cacher quelque chose, et si la peine de la séparation peut être diminuée par la

correspondance, c’est à la condition qu’il n’y aura rien de secret entre nous. Aussi, chère et bonne Mère, je ne

craindrai pas de vous demander que vous m’écriviez plus souvent, quoique vous ne puissiez causer avec moi

que de choses assez tristes; ces confidences au moins vous soulagent, et comment alors ne me feraient-elles pas

du bien, à moi aussi ?

Soyez-en sûre, ce ne sera pas moi qui manquerai à la fréquence et à l’intégrité de ces épanchements

mutuels. Je me ferais même un scrupule de vous celer une indisposition, une fatigue, et voilà pourquoi je vous ai

parlé de ce petit dérangement de corps, si complètement guéri par les premiers jours de la vie régulière de St-

Sulpice, et le seul motif de l’usage, bien court du reste, de cette ceinture de flanelle, qui vous a tant inquiétée. Si

aujourd’hui je voulais vous parler de ma santé, je ne pourrais que vous répéter ce que je vous ai dit dans ma

dernière lettre. Je me porte à ravir; j’ai l’esprit parfaitement libre, et bien qu’une seconde année de Séminaire

ajoute au poids, toujours plus ou moins sensible d’une première, des études multipliées et plus sérieuses (le

Mariage et les Sacrements en général sont en ce moment l’objet de nos cours de théologie), quoique cette année

soit particulièrement pour moi grave et laborieuse, puisqu’aux examens ordinaires s’ajoutent deux examens

d’ordination, je ne m’aperçois de ce surcroît qu’à une plus grande facilité à faire les choses et à les faire sans la

moindre ombre de préoccupation. Et cependant mes Supérieurs veillent pour vous, et avec une grande

sollicitude, je vous assure, car on a refusé de me renouveler, au commencement de cette année, une permission

dont j’avais usé toute l’année dernière, celle de me lever un quart d’heure avant le réveil, à 5h. 1/4 au lieu de 5h.

1/2; notez que l’on doit être dans son lit à 9h. un quart du soir.

Vous voilà, je pense, pleinement rassurée à l’endroit de ma santé. Mais faut-il que vous permettant,

par la grâce du bon Dieu, une si grande sécurité sous ce rapport, je devienne, par mon irréflexion, la cause

involontaire d’un déplaisir pour vous, ma bonne Mère! C’est vrai, j’aurais pu donner moins sur le bateau à

vapeur; mais j’ai cru que je ne pouvais moins donner qu’un marin qui partageait la table du commandant et qui

me semblait n’avoir pas à se gêner avec des collègues; et puis remarquez qu’outre le domestique du capitaine et

le [...] il a fallu contenter les matelots qui m’avaient aidé à descendre mes effets dans la barque. Certes, si vous

aviez vu la scène que j’ai subie à mon hôtel de Toulon, plutôt que de donner 2 francs au lieu de 75 c. à celui qui

m’avait apporté ma malle du port [il n’a donné que 75 c.], vous auriez compris que je n’aime pas plus qu’un

autre à jeter mon argent ou plutôt l’argent (car je n’en ai point que vous ne me donniez) par les fenêtres.

Mais comment ai-je pu remettre l’obligation à M. Valentin, avant d’avoir une explication de vous au

sujet de la dette de cent francs pour le loyer! Sans doute, en un sens, il était d’autant plus naturel d’attendre cette

explication que M. Valentin, à son âge, peut oublier; mais je croyais me rappeler que papa m’avait dit qu’on

payait cent francs de moins pour le loyer, à valoir sur l’obligation. Du reste, j’ai écrit samedi soir (votre lettre ne

m’est parvenue que ce jour-là) à [...] je ne vous donne pas sa réponse, parce qu’il faudrait pour l’attendre que je

manquasse le courrier du 30, et je crains que vous ne soyiez inquiète. Mais vous recevrez ci-joint la réponse de

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M. Desglajeux; elle me semble avoir d’autant plus de valeur que je disais assez nettement à M. Desglajeux que

quand il ne croirait pas pouvoir hasarder un conseil, cela ne m’étonnerait point.

La même raison du courrier à ne pas manquer m’empêche de joindre ici ma dépense depuis le dernier

bordereau; je serais bien aise que vous me disiez jusqu’à quelle époque il allait. J’avais écrit à M. Viallier pour

lui demander des nouvelles de Ninie [sa sœur Virginie, religieuse] et le prier d’avertir sa Supérieure que vous

désiriez vivement une lettre d’elle; j’ai su hier, par une lettre qu’elle écrivait à ma tante Laforêt, que vous

deviez, à l’heure qu’il est, en avoir une d’elle. Ma tante Laforêt, que j’ai donc vue hier, se porte bien, ainsi que

ma tante Elambert que je n’ai pas vue depuis un certain temps. Les Du Vivier vont bien maintenant.

Alfred a été dans ces derniers temps plus souffrant qu’à l’ordinaire; on peut attribuer cela à la fatigue

de ses examens de Notariat, et à la préoccupation toute naturelle de son avenir. Il faut avouer cependant que

l’esprit chrétien dans lequel il envisage cet avenir doit être pour lui la source d’un grand calme; dans une lettre

admirable d’affection et de piété qu’il m’écrivait dernièrement à ce sujet, il me dit que ce qui l’a déterminé à

conclure la grave affaire de l’achat de l’étude de son oncle, c’est la conviction que le bon Dieu le veut à Reims

pour tâcher d’y faire un peu de bien, et puis il me demande que je prie et que je fasse [prier] non pas pour qu’il

fasse fortune, mais pour que le bon Dieu augmente sa Foi et sa Charité, pour qu’il suive avec probité, avec

honneur, la vocation qui lui a été donnée, pour qu’il attire sur soi et sur sa maison la bénédiction du Ciel en

échange du bien qu’il fera.

Voici ce qu’il dit pour vous: “Combien je regrette que ma tante soit si éloignée. Lorsque tu lui écriras,

ne m’oublie pas près d’elle, dis-lui que je t’ai chargé de lui faire part de mon traité avec mon oncle, et que,

quand je serai nommé, je lui écrirai directement pour lui faire part de mon changement de position. Dis à Maria

que je l’embrasse”.

Quant à ce que dit Eugène de mon petit relâchement, vous ne devez y voir qu’une franchise

charmante. Le Supérieur m’aurait écrit, s’il y avait eu la moindre chose grave; nous en étions convenus. - Je suis

fâché de n’avoir pas pensé à demander à M. Desglajeux son avis sur la demande de secours, mais je le verrai. Je

ne crois pas qu’il y ait le moindre inconvénient à laisser cela, au moins en attendant que je vous écrive de

nouveau. - Ne reparlez pas trop vite à M. le Curé de son abonnement; vous savez qu’il est bien en avance avec

nous.

Embrassez dix fois pour moi la chère petite Maria; dites-lui que je suis heureux de savoir qu’elle a de

petites compagnes, et que je lui enverrai, par la prochaine occasion, une jolie gravure où elle pourra, - si elle

veut, - voir mon portrait; car on y représente deux séminaristes au pied de la Très Sainte Vierge dans la chapelle,

si connue, de la maison de campagne du Séminaire.

Je vous embrasse vous-même de tout cœur, chère et bonne mère,

05 - à sa mère

Votre fils très soumis,

l’Abbé Planchat

clerc tonsuré

Il a reçu les Ordres mineurs hier;

Mgr Affre est mort sur les barricades en juin 1848; c’est Mgr Sibour qui lui succède.

Sa petite sœur Maria est absente de la maison pour un peu de temps; -- possible retour en France de sa mère.

Chère et bonne Mère,

St-Sulpice, le 25 décembre 1848

Sans doute, à l’heure où je trace ces lignes, vous commencez à reposer; moi je fais la veillée de Noël;

elle est bien douce au Séminaire, bien douce surtout le lendemain d’une ordination, et de l’ordination la plus

touchante qui se soit faite à Paris depuis dix-huit années! Oh! comme l’âme était portée à Dieu, comme elle se

recueillait en lui sans effort, à la parole pénétrante de ce saint et aimable pontife que la Providence a placé sur le

Siège de Paris pour réunir, ce semble, dans le Pasteur d’une Eglise si difficile à gouverner dans le temps présent,

la fermeté de Mgr Affre à la grâce de Mgr de Quélen. Ainsi, n’eus-je été que simple spectateur, cette imposante

cérémonie eût laissé dans mon âme un délicieux parfum; je recevais quatre ordres à la fois; jugez quelle a dû

être mon émotion et mon bonheur!

Mais n’est-ce pas vous parler trop de moi-même, en un jour où je devrais avoir trop peu de temps et

trop peu de paroles pour vous exprimer tous les désirs de mon cœur, tous les vœux que forme ce cœur pour la

meilleure et la plus tendre des mères. Oh! non, c’est au contraire vous montrer accompli, de tous vos souhaits,

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l’un des plus ardents, l’un des plus continus, puisque c’est vous dire que votre Henri est heureux, que son

bonheur croît chaque jour, et que dans l’avenir, dans un avenir bien peu éloigné, il entrevoit de la joie sainte et

de la paix, dans l’immolation entière et irrévocable de tout son être au Seigneur [le Sous - Diaconat].

Mais sera-ce, chère et bonne Mère, votre seule consolation au milieu de tant de peines, le seul gage

d’une année meilleure que la terrible année qui va finir? Oh! non, car vous pouvez en juger par sa lettre si

affectueuse et si simple, Eugène lui aussi réjouira votre cœur; vous pourrez conserver la douce pensée qu’il est

heureux autant qu’il le peut être loin de vous, parce qu’il contente à la fois et sa conscience et tous ses maîtres.

Et que cette petite Maria, cet ange que le bon Dieu, que la bonne Mère, ont placé près de vous pour

égayer votre exil, sera-ce à son sujet que vous vous tourmentez? serait-ce elle qui rendrait votre isolement plus

pénible? par une absence contraire aux dispositions si manifestes de la Providence? Oh! non, chère et bonne

Mère, vous avez déjà compris, je n’en doute pas, que, pour elle et pour vous, la séparation devait être fort

courte, au plus de quelques jours; et cette chère petite vous continue depuis longtemps déjà ses gentillesses et

ses caresses, comme vous lui donnez ces soins si faciles, qui suffisent, et au delà, à un âge aussi tendre que le

sien. J’en suis tellement sûr que je ne lui adresse pas à Moustapha la gravure que je lui avais promise, et que

j’expédie par la poste, moyennant 10 c. de port.

Quel désir vous exprimer après cela, bonne Mère, dont l’amour pour vos enfants est si désintéressé.

Vous apprendre qu’ils sont heureux, même loin de vous, c’est vous faire déjà partager leur bonheur. Mais ne le

goûteriez-vous pas encore davantage, ce bonheur si pur, si élevé au dessus des vicissitudes humaines, si vous

étiez près d’eux? Eh bien, je ne puis m’empêcher de l’espérer, mais d’une espérance qui approche de la

certitude: cette année ne s’écoulera pas sans que vous soyez au milieu de nous; le bon Dieu ne montra-t-il pas

que telle est sa volonté, en vous forçant à remettre en d’autres mains ces affaires d’intérêt dont le poids était trop

lourd pour vous? Oui, nous serons réunis cette année, sur la terre, en attendant que nous le soyons dans le ciel:

là seulement la réunion de la famille sera complète; car, bonne maman, notre bon père et tant d’autres parents

nous y attendent.

Je voulais vous parler longuement de nos tantes, mais l’heure de la Poste me presse; tout le monde va

bien; je vous dirai la prochaine fois ce que je suis forcé d’omettre aujourd’hui. Dites à Maria que la prochaine

fois aussi, elle aura une petite lettre de son frère Henri.

06 - à sa mère

Votre fils très soumis,

l’Abbé Planchat, clerc minoré

Sa mère ferait mieux de confier ses affaires à une autre personne et de rentrer en France.- Maria est à l’extérieur

-- la succession de tante Leclère.

Chère et bonne Mère,

St-Sulpice, 6 janvier 1849

Loin d’être tentée de déchirer votre lettre, vous auriez pu vous applaudir de l’avoir écrite, car vous

deviez vous dire: “je tiens à Henri la promesse qu’il réclamait de moi, il y a quelques semaines, celle de ne lui

rien cacher de mes ennuis et de mes peines”. Et certainement l’une des réflexions qui ont arrêté le mouvement

de tristesse qui serait naturellement dans mon âme, a été que, sans vous en douter, tout en vous le reprochant à

vous-même, vous aviez soulagé votre cœur.

Une autre pensée n’a pas peu contribué à éloigner la tristesse pour mettre à sa place la prière, et la

prière pleine de confiance, c’est la pensée que l’état pénible où vous vous trouvez est une permission de Dieu.

Une permission de Dieu, et non pas une punition, chère et bonne Mère. Si le bon Dieu vous fait passer par toutes

les épreuves imaginables, ce n’est pas qu’il soit irrité contre vous et qu’il exerce un châtiment, c’est, croyez-le

bien, qu’il se plaît à purifier de plus en plus votre âme. Et en effet, de quel crime le bon Dieu vous punirait-il?

Cette force que vous avez trouvée dans les moments difficiles, vous l’avez toujours attribuée à une grâce

spéciale d’en haut; vous devez vous rappeler que vous me l’avez dit cent fois dans vos lettres et de vive voix.

Cette assurance que vous aviez dans vos démarches d’affaires ne vous a, après tout, pas si mal servie, et

certainement, si vous vous êtes trompée quelques fois, ça été bien moins souvent que cent et cent hommes

d’affaires; vous vous exagérez donc les choses, lorsque vous croyez reconnaître que vous n’avez fait que des

sottises. Oh! non, chère et bonne Mère, jamais ni vos enfants, ni le bon Dieu, ne pourront vous reprocher d’avoir

négligé les intérêts de votre famille. Non seulement vous en faites assez pour elle, mais vous en faites trop.

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Et très certainement, si tous vos enfants étaient en état de vous exprimer leur sentiment à cet égard,

vous ne resteriez pas longtemps en Afrique. Pour moi, quoi que m’en ait écrit M. Daidou, qui ne pense pas que

vous deviez encore revenir, je vous l’avouerai franchement, il me semble que dans l’état actuel des choses, c’est

vous condamner à un martyre inutile que de rester là en présence de maisons qui ne peuvent être louées et de

débiteurs que vous ne pouvez décider à payer; vous m’avez dit, dans votre dernière lettre, que vous étiez obligée

de confier vos affaires à autrui. Cela fait, qui vous retiendrait encore en Afrique?

Toutefois, je le sens, je n’ai le droit de parler qu’en mon nom; ainsi je ne puis me prononcer d’une

manière absolue sur le départ immédiat. Mais ce que je crois pouvoir vous dire, sans assumer de responsabilité

et sans m’écarter de l’opinion du Conseil de famille, est que si votre état ne s’est point amélioré à cette heure,

deux mesures sont urgentes:

1° que vous abandonniez la gestion à une personne de confiance, pourquoi pas à M. Gombert? est-il

vraiment trop tard, comme vous semblez me le dire ?

2° que vous ayez un concierge pour votre maison de Blidah; car autrement comment pourriez-vous

être bien tranquille à Alger et profiter des petits voyages que vous y feriez? (ce concierge me paraît nécessaire

même dans l’hypothèse d’un mieux total).

Ces petits voyages, ne les plaignez pas, je vous en conjure, chère et bonne Mère, c’est comme à

Montrouge; vous croyiez que sortir vous faisait du mal, et cependant cela vous distrayait. D’ailleurs, vous avez

un ordre du médecin; il le faut suivre en aveugle. Le médecin vous a encore ordonné autre chose: de vous

soigner pour la nourriture. Le faites-vous, chère et bonne Mère? Le faites-vous, mais de telle sorte qu’il vous

semble que vous excédiez grandement? Je ne serai rassuré que lorsque vous pourrez m’assurer cela; car je sais

combien facile doit vous être l’illusion, avec l’habitude invétérée que vous avez de vous traiter chétivement. Oh!

ma bonne Mère, combien il me serait pénible de penser que, pendant que j’engraisse chaque jour, pendant que

j’use d’une nourriture excellente et copieuse, sans coûter rien de ce côté à ma pauvre mère, ma pauvre mère se

défie assez de la Providence pour se dire: “j’ai des enfants, donc il faut que j’économise sur ma nourriture, c’està-dire

sur ma santé, sur ma vie, en un mot, sur les intérêts les plus précieux de ma famille”.

Mais que dis-je, chère et bonne Mère, vous êtes remplie de confiance en la Providence; cette

confiance dissipera, je n’en doute pas, vos inquiétudes, vos préoccupations sur la dépense; vous pouvez compter

sur mon économie et sur celle de Montdidier; après cela, je vous en supplie, mettez-vous au large pour vous et

pour Maria. Vous avez bien tort, chère et bonne Mère, de croire que son séjour au Sacré-Cœur diminuera

quelque chose de sa tendresse pour vous. Rappelez-vous avec quelle joie elle est toujours rentrée dans sa

famille.

Eugène, mes tantes, Alfred et les Du Vivier vont bien; ma tante Elambert et Natalie vous écriront

ensemble, un de ces jours. J’ai demandé de l’argent à Compiègne pour payer, par l’intermédiaire de ma tante

Elambert, une somme de 25 francs par droits de mutation incombant à votre part dans la succession de la tante

Leclère.

Adieu, chère et bonne Mère, je vous embrasse de tout cœur, et je vous prie d’embrasser pour moi

Maria. Je me vois encore forcé de remettre à un autre jour de lui écrire.

Votre fils très soumis,

l’Abbé Planchat

Vous pouvez faire passer à la banque les sommes que vous avez. M. Desglajeux trouve la situation

assez tranquille en ce moment, quoiqu’après tout personne ne sache trop où il en est.

Je l’ai vu le 2 janvier; tout le monde de chez lui m’a chargé de mille choses pour vous. M. et Mme St-

Ange ont décidément trouvé leur domicile à Paris.

07 - à sa mère

L’ordination au Sous-Diaconat aura lieu le 2 juin 1849 - Le choléra sévit -- Le curé de la Gare serait

l’abbé Parguel, ancien vicaire à St Lambert de Vaugirard.

Chère et bonne mère,

St-Sulpice, 30 mai 1849

Tout à l’heure, à l’avant-veille de mon ordination, je serai tout de suite excusé de ne vous écrire que

deux lignes. Ce sera pour vous assurer que la Sainte Vierge est toujours aussi fidèle à préserver sa maison de la

façon la plus entière. Pas une indisposition à St-Sulpice; ce sera jusqu’à la fin comme jusqu’à cette heure, car

voyez-vous, l’honneur de la bonne Mère y est engagé. Puis il faut voir le soin de nos bons Supérieurs à entrer

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dans les intentions de celle dont ils tiennent la place; il faut voir comme le régime alimentaire est approprié aux

circonstances; plus de salade, force riz, etc. [...]

On dirait qu’on veut nous habituer à commander notre dîner en temps de choléra, quand nous serons à

notre ménage.

Du reste le choléra respecte aussi bien la soutane hors du Séminaire que dedans; pas un prêtre n’en a

été attaqué à Paris, ceux qui courent les cholériques depuis le matin jusqu’au soir, comme le curé de la Gare, pas

plus que ceux qui restent chez eux; vous savez du reste que ce mal n’est en aucune façon contagieux.

Une lettre que j’ai reçue d’Eugène, il y a peu de jours, me le montre dans les meilleures dispositions;

il sort d’une bonne retraite. Je lui envoie votre lettre, aujourd’hui même.

Adieu, bonne mère; ne vous fatiguez point, et continuez de prier avec nous le bon Dieu que les

affaires soient bientôt finies; car le choléra ne va plus guère durer, et quand il sera fini, nous serons bien

impatients de vous revoir, bonne mère.

Embrassez dix fois pour moi la chère petite Maria. Je vous embrasse moi-même de tout cœur,

Votre fils très soumis,

l’Abbé Planchat, clerc minoré

Tout le monde va bien. Ma tante Laforêt est si occupée avec ses pauvres qu’il y a deux mois au moins

que je ne l’ai vue. - Pour moi, je me porte à ravir, et les grandes chaleurs que nous avons depuis quelques jours

ne m’ôtent nullement l’appétit - je suis un des voraces de ma table.

Maria pourra, si elle le veut, donner l’image que je lui envoie à sa petite amie.

08 - à sa mère

Dans la foi, fêtons la nouvelle année en famille, même avec notre père défunt.

La bonne Sœur Mélanie est sa sœur Virginie -- l’autre Mélanie [Colombier] est la femme d’Alfred Elambert,

probablement enceinte. Natalie Elambert a épousé Eugène Du Vivier.

Henri a reçu l’ordination au Diaconat le 22 décembre 1849 - il se prépare au Sacerdoce, qui lui sera conféré le

21 décembre 1850.

Chère et bonne Mère,

St-Sulpice, 24 décembre 1849

Puisque les exigences du courrier d’Afrique me font dater mes souhaits du jour où nos aïeux

comptaient leur nouvelle année, passons la veillée en famille; nous le pouvons quelqu’éloignés que nous nous

trouvions les uns des autres; nous le pouvons parce que tous nous sommes bien près de notre divine Mère, de

Marie, dont le bonheur occupe en ce moment toutes nos pensées; bien près surtout de notre divin Frère, de

Jésus, petit enfant qui nous attend à la Crèche et que dans quelques heures nous posséderons au dedans de nousmêmes.

Ne nous plaignons pas qu’il manque à la réunion, celui qui en devrait être le centre visible: il est présent

à notre fête, celui qui nous a précédés dans la patrie, oui, tandis qu’en priant pour lui nous remplissons un devoir

qui ne cessera qu’avec la vie, du haut du ciel, nous en devons avoir la douce et ferme confiance, ce bon père

bénit l’année que le Seigneur nous ouvre par sa naissance en nos cœurs comme en l’étable.

Et ce petit ange que le bon Dieu, dans sa divine Providence charge plus particulièrement du soin de

vous consoler, la chère Maria présente aussi son cœur au bon Jésus en attendant qu’elle puisse le lui ouvrir, et

Jésus en retour lui fait goûter auprès de sa mère autant de joie qu’elle en aurait si nous étions effectivement rassemblés.

Pour la bonne Sœur Mélanie, la pensée de Jésus Enfant la reporte tout de suite à cette petite sœur qui

reçut de ses mains quelques-uns des soins que Marie prodigue à Jésus nouveau-né. Eugène aussi, j’en suis bien

sûr, Eugène, qui naguère me recommandait de prier afin qu’il se préparât saintement à cette fête, Eugène se

retrouve par ses pieuses pensées auprès de cette bonne Mère à laquelle, après Marie, son enfance et sa jeunesse

devront d’être sorties victorieuses de tant de combats.

Et pour moi, chère et bonne Mère, pour votre Henri, peut-il se rappeler qu’il y a deux jours le Pontife

saint lui disait: “Reçois le St Esprit pour être fort contre le démon, contre ses attaques: accipe Spiritum Sanctum

ad resistendum diabolo et tentationibus ejus”, peut-il se rappeler ces paroles solennelles sans se redire aussi que

sa tendre mère a formé ses premiers pas dans la carrière des luttes saintes, que sans cette main maternelle dont la

divine bonté s’est servi pour le défendre et pour le soutenir, jamais sans doute il n’aurait reçu, avec l’imposition

de la main épiscopale, cet Esprit qui, avant-hier, pénétrait si fortement, si doucement sa pauvre âme. Oui, ma

bonne mère, j’étais heureux avant-hier; je le serai plus encore avant que ne soit finie cette nouvelle année; cette

espérance pour une mère qui m’aime tant, cette espérance embellit l’année nouvelle au-delà de tous les vœux

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que peut former un cœur de fils. Votre Henri sera prêtre en 1850; vous le verrez au Saint Autel; vous recevrez

de ses mains ce Jésus qu’il reçoit comme vous aujourd’hui; quel bonheur plus grand pourriez-vous goûter que ce

bonheur suprême de votre Henri!

Mais votre joie ne sera-t-elle pas encore augmentée par celle de la chère sœur Mélanie que transporte

la pensée de son frère, offrant la Victime sainte et pour elle et pour cette mère qu’elle aime davantage à mesure

qu’elle croît dans l’amour du divin Époux, pour cette tendre Maria, plus vivante au fond de son cœur à mesure

qu’elle s’attache davantage à ces petites sœurs que le bon Dieu lui a données, pour notre Eugène, pour lequel

elle cherche sans cesse de nouvelles sources de secours et de grâces. Mes prières à moi sont trop misérables

pour consommer l’œuvre de la persévérance de ce cher enfant, mais quand ce sera Jésus que je présenterai pour

lui au Seigneur, oh! les bénédictions tomberont sur lui au-delà même de ses besoins.

Aidez-moi, chère et bonne mère, à sanctifier, par ces pensées et par celles de toutes les autres œuvres

qui me seront confiées avec le Ministère sacré, le temps qui se doit écouler d’ici à mon sacerdoce; il sera bien

court et pour ma faible science et pour ma chétive vertu.

Je voudrais prolonger ce délicieux entretien, mais je veux écrire quelques lignes à part à Maria, et

voilà la Messe de Minuit qui va sonner.

Je termine en vous donnant les nouvelles les plus fraîches que j’aie de la famille. Ma tante Laforêt

serait plutôt moins souffrante, ma tante Elambert est toujours aussi infatigable pour la prière et pour les pauvres;

le bon Dieu l’en récompense en ce monde par l’espoir d’être dans 7 ou 8 mois grand-mère à Reims; Mélanie

[Colombier - femme Elambert] va bien pour son état; Alfred, naturellement, oublie de parler de sa santé, qui

n’était pas bien brillante, lorsqu’à la Toussaint il passa par Paris pour conduire sa femme à Lille, au baptême

d’un sien neveu; il se console aussi, tant bien que mal, de la stagnation complète des affaires; M. Du Vivier est

au contraire passablement occupé; Natalie[Elambert] enfin se trouve trop souvent entre deux rhumes.

Je joins ci-contre une petite sentence qui ne peut manquer d’être d’une pratique journalière en

Algérie.

Adieu, chère et bonne Mère, outre la famille, M. et Mme St-Ange me chargent de mille choses pour

vous. Ne m’oubliez pas auprès de ces MM. d’Alger.

09 - à son frère Eugène

Je vous embrasse de cœur,

votre fils, l’Abbé Planchat,

diacre

L’abbé Henri est au Séminaire de St-Sulpice; des comptes à clarifier; -- un bulletin scolaire à faire parvenir --

Henri corrige les lettres de son frère; on se souviendra qu’il fut surveilllant et répétiteur au Collège de Vaugirard

--- des nouvelles partagées; échange de courrier; -- la communion pascale à la fin de mars -- la dévotion à saint

Joseph: un livre utile - une dévotion jusqu’à l’heure de la mort!

Mon cher Eugène,

St-Sulpice, mars 1850

Le détail que tu me donnes des avances me satisfait entièrement, de même que celui du livre des

livres et papiers. Ayant rouvert à ce propos la lettre de M. Demanchy, je te demanderai à quoi se rapporte le

chiffre de 20 porté pour le drapier en outre de 5,20 c. pour le tailleur; ce n’est pas certes que je trouve ce chiffre

exorbitant, mais comme il ne peut s’agir que de raccommodages, je suis bien aise d’en connaître un peu de

détails. Pendant que nous en sommes aux chiffres, cela me fait penser à ton bulletin, que tu as oublié de me

renvoyer; joins-le sans faute à la prochaine lettre.

Ayant un peu plus de temps aujourd’hui, je vais te noter les fautes d’orthographe semées dans tes

missives du 26 février et du 21 mars, dont la propreté du reste et même l’écriture laissent un peu à désirer:

1ère lettre.-- Il y a bien longtemps que je ne t’ai écri, c’est un t qu’il faut; la faute est répétée 3 fois à

la première ligne de la 2 ème page et à la fin. La seule que j’ai trouvée en outre peut compter pour la même: je

t’ai dis pour je t’ai dit; relis ta grammaire à l’article des participes de la quatrième conjugaison.

2 ème lettre, 3 fautes: nottes pour notes j’attens pour j’attends et enfin une faute de participe: les livres

que j’ai reçu pour reçus.

J’ai vu deux lettres également intéressantes de maman: l’une à notre tante Laforêt, toujours bien

souffrante, l’autre à notre tante Elambert, dont tu ne dis pas seulement avoir reçu le petit mot que j’ai mis moi-

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même à la poste. Je ne manquerai point de te faire passer la 1 ère lettre que je recevrai de Blidah, mais je pourrai

bien attendre assez longtemps, quoiqu’il y ait plus d’un mois que j’ai reçu la dernière; car notre bonne mère a

bien peu de loisir avec son ménage, ses affaires, et la petite Maria; et les offices le lui enlèvent tout entier en ce

temps.

Cela me ramène tout naturellement à te féliciter de tes bonnes dispositions pour la grande fête de

Pâques. Tu ne doutes pas, mon cher Eugène, de l’intérêt que j’y prends et tu penses bien que, s’il y a quelqu’un

qui s’en réjouisse plus que moi, qui prie davantage pour leur progrès et leur continuation, ce ne peut être que

notre bonne mère.

Après un semestre si bien employé et si heureusement terminé, tes vacances de Pâques seront, j’en

suis heureux d’avance, également joyeuses et innocentes; afin qu’il te soit plus facile de conserver la pensée de

Dieu et de Marie au milieu de ces délassements, si légitimes mais si voisins de la plus grande action de l’année,

je t’envoie un délicieux petit livre qui te parlera de saint Joseph, dont ta communion pascale clora le mois. Ce

livre est plus portatif que celui dont nous nous servions ces vacances, tu y trouveras des lectures plus courtes,

plus pieuses et plus appropriées encore à la circonstance, si tu sais les choisir à la table. Le livre en lui-même est

d’ailleurs l’un des mieux faits, le plus attachant peut-être après l’imitation de N. S. Sois bien fidèle par affection

pour moi ou plutôt par reconnaissance pour le bon Dieu, à lire chaque matin un chapitre de ce livre, à déposer

entre les mains du bon saint Joseph, -- ce gardien si fidèle des trésors célestes, ce tendre père de tous ceux qui

n’ont plus de père en ce monde -- les fruits de ta communion pascale. Enfin invoque-le chacun de tes jours de

vacances à ton réveil et à ton coucher. Heureux si jusqu’à la fin de ta vie ce saint nom, uni aux noms plus sacrés

encore de Jésus et de Marie, pouvait être la première et la dernière parole de chacune de tes journées. Nous

aurions alors la douce assurance que ces noms sacrés seraient aussi les derniers à la mort, à laquelle il faut

souvent penser. Cela n’est point amer comme on se l’imagine.

Je m’en remets [...]

Adieu,

l’abbé Planchat, diacre

10 - à son frère Eugène

Un contretemps bien accepté -- l’ordination au sacerdoce à Noël; maman viendra d’Algérie bien avant -- pas

trop de préoccupation pour le baccalauréat, pour la mémorisation de l’histoire; former le style est plus

important. -- la “fatigue de ma tête”: il s’en plaindra jusque durant l’incarcération!

Mon bien cher Eugène,

St-Sulpice, 2 avril 1850

mardi de Pâques

Quoique tu doives avoir reçu une lettre où je te répétais ce que je te dis, à Reims, que je m’en remets

très entièrement à M. le Supérieur de l’autorisation, ta lettre du 30 mars apportée au Séminaire il y a deux heures

à peine, me fait trop de plaisir et me donne trop à craindre que, contre mon attente, tu ne t’ennuies passablement,

pour que je remette à vendredi ma conversation avec toi.

La manière dont tu reçois un contretemps, dont j’apprécie, je te l’assure, toute l’amertume, la

délicatesse des motifs qui t’ont fait refuser une invitation pressante, tout me le prouve, par la grâce du bon Dieu

et par la protection de la S te Vierge mon Eugène devient tout à fait raisonnable, mon Eugène commence à savoir

se vaincre, mon Eugène sera la consolation de sa pauvre mère.

Le voyant si résigné je ne craindrai pas de lui causer peut-être un désappointement en lui disant ce

qu’il faut bien après tout lui dire ,pour répondre à ses questions, que jamais il ne fut question de mon ordination

pour la Trinité; ce fut toujours et ce sera, s’il plaît à Dieu, pour Noël 1850. Toutefois maman, -- à en juger par

ses lettres (tu le verras toi-même par la présente, je te l’envoie quoiqu’elle en annonce une prochaine sans doute

à cette heure à mon adresse) -- compte venir longtemps avant, probablement dès le commencement de tes

vacances. Oui, mon cher Eugène, tu prends trop bien le moyen d’obtenir du bon Dieu que tout s’arrange pour sa

venue: ton bulletin que j’ai envoyé tout de suite à notre tante Laforêt est trop satisfaisant, trop consolant sur tous

les points, tu ne peux manquer de goûter le bonheur de la voir.

Tes lettres la consolent déjà beaucoup, mais si Notre Seigneur par la grâce de sa résurrection

t’affermit dans les sentiments où je te vois, ta conversation la consolera bien plus encore, cette bonne mère. Rien

de plus sage, bien cher Eugène, que tes pensées sur l’avenir, mais avant tout ne t’en préoccupe pas; des classes

bien terminées, cela mène à tout, et tout me prouve que tu prends tous les moyens pour bien achever tes classes.

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Peut-être tu t’occupes un peu trop, dès à présent, de la préparation du baccalauréat et surtout de ton

histoire. Sans doute pour cet examen il faut avoir des connaissances précises sur tout l’ensemble des histoires,

mais ces connaissances n’ont besoin d’être ni trop vastes ni surtout trop minutieuses, et pour le travail de

mémoire, quoiqu’il soit bon de le préparer d’avance, c’est surtout l’affaire des deux derniers mois avant

l’examen. Avant tout songe à former ton style; on ne remplace jamais une rhétorique négligée. L’histoire se peut

toujours étudier et quelques bons livres peuvent suffisamment guider dans cette étude, mais le style, pour le

perfectionner plus tard, il faut absolument se l’être formé en rhétorique. Je me repens pour mon compte de

n’avoir pas fait plus de discours, de n’y avoir pas donné plus d’application; je trouve, il est vrai, une excuse dans

la fatigue de ma tête à cette époque. Mais enfin on me reprochait alors d’aimer les “qui” libres, et tu t’en

aperçois encore à mes lettres; je suis loin d’être corrigé.

Les Vêpres sont sonnées, je termine en t’exprimant encore une fois toute la satisfaction que ta lettre

me fait éprouver; je le vois, saint Joseph exauce les prières que j’ai tâché de lui faire pour la famille pendant son

mois.

Adieu; tu peux être sûr que tes commissions seront faites avant vendredi.

Je t’embrasse de tout cœur,

Notre tante Laforêt va mieux; le reste de la famille est en bonne santé.

11 - à son frère Eugène

ton frère,

l’abbé Planchat, diacre

Le séminariste écrit de Vaugirard, probablement du Collège de Vaugirard où il a fait une partie de ses études. --

les vacances avec son frère se préparent -- sa dévotion à saint Vincent de Paul est déjà vivante, étant membre

des Conférences S. V. de P. et sa sœur Virginie, Fille de la Charité -- Loterie de St Vincent: probablement liée à

l’Œuvre des Frères de S.Vincent-de-Paul de Grenelle (cf. lettres de l’abbé Damoiseau et de Ch. Millot ci-après).

Mon cher Eugène,

Vaugirard, 26 juillet 1850

fête de st Joachim et de ste Anne

Tu m’en veux sans doute de te faire attendre si longtemps la réponse à ton aimable lettre. Tu me

remercieras en la recevant (puisque tu devras à ce retard une lettre si consolante de notre bonne mère, et des

détails non seulement précis, mais encore définitifs, je l’espère, sur l’emploi de nos vacances.

Tu iras à Bertangles, et si M. le Supérieur l’agrée, chez l’ami dont tu me parles, jusqu’au retour de

Madame Beaugrou de Barus. Notre oncle [Henri Garanger] sera de retour à Reims très certainement dans la

première quinzaine de septembre; c’est ce qu’il a dit à notre tante Laforêt il y a dix jours, en passant par Paris.

Nous pourrons donc passer en famille beaucoup plus de temps que je ne l’espérais; car je me garderais bien de

refuser la prolongation de vacances que t’accorde M. le Supérieur.

Que nous reste-t-il donc à faire, mon cher Eugène, sinon de remercier la divine Providence si aimable

dans sa maternelle sollicitude, sinon de demander à la S te Vierge qu’elle nous prépare des joies pures en nous

prémunissant contre les dangers inséparables des vacances. Oh! nous sommes bien sûrs d’être exaucés si nous

nous adressons à Marie par saint Joachim et sainte Anne, ses glorieux parents, -- par saint Vincent aussi, dont

nous célébrons aujourd’hui l’octave -- si surtout nous lui promettons, à cette bonne Mère, une communion pour

chacune de ses deux grandes fêtes (j’allais dire de ses 3 grandes fêtes) si bien distribuées dans les vacances:

l’Assomption et la Nativité [le Rosaire, le 1 er dimanche d’octobre, serait la 3 ème ].

Tout bourgeois que je suis, j’ai bien des comptes à régler pour la loterie de St Vincent, et bien des

courses à faire. Tu me pardonneras donc la brièveté de ma lettre cette fois encore.

Adieu, mon cher Eugène, je t’embrasse de cœur,

26

V-- VOCATION à la VIE RELIGIEUSE

ton frère, H. Planchat, diacre


A l’aide de notes et de quelques lettres, nous donnons des détails sur la vocation religieuse de l’abbé

Henri:

Le diacre Planchat est toujours en contact avec les Œuvres de M. Le Prevost et s’implique pour

trouver de l’aide; voici deux lettres qu’on lui adresse à ce sujet.

Cher Monsieur Planchat,

12 janvier 1850

Je reçois à l’instant votre lettre et je me hâte d’y répondre. Elle me reproche si doucement

ma négligence inconcevable à votre égard...Je reçus, je crois me souvenir, les dix billets du

patronage quelques jours avant le 25 juillet (1849), jour de votre départ. J’attendis pendant trois

semaines une occasion de les placer...Quand je fus revenu, et en état de songer sérieusement à

m’acquitter de la mission que j’avais acceptée en recevant votre lettre, la loterie était tirée...Je vous

envoie dans cette lettre les dix francs que je vous dois, avec deux francs pour le patronage de

Grenelle...

Damoiseau

...J’espère que l’année prochaine je retournerai à Paris. Il est vrai que vous n’y serez plus

peut-être, ou.....

Mon cher et excellent confrère,

St Dizier, ce 29 avril 1850

Je viens de recevoir votre petit mot qui avait été précédé de quelques jours seulement de

votre envoi de billets. C’est assez vous dire qu’il a été un mois en route pour arriver ici. J’ai regretté

d’autant plus ce retard que nos enfants auraient pu en placer un certain nombre dans leur famille

pendant les vacances de Pâques...

Vous aurez la bonté de me faire connaître justement les billets qui auront gagné. Les 29

autres billets ont été envoyés à M. le Président de la Société de S. Vincent de Paul. S’il ne pouvait les

placer tous, j’en prendrais encore quelques-uns...

Présentez mes hommages à M. Molleveaux (cousin du P. Planchat), aux prières duquel je

me recommande...

J’aurai l’honneur d’écrire incessamment à M. Gallet...

votre ami le plus dévoué,

Ch. Millot, prêtre

Voulez-vous que je remette l’argent chez M. de Baudicourt à St Dizier [...] à Paris. Mes

amitiés respectueuses à M. Le Prevost, M. Paillé, M. Myionnet, etc.

Vers le mois de novembre, Henri se sent toujours interpellé au ministère des ouvriers et des pauvres:

il aimerait bien se dévouer encore, comme autrefois, auprès de M. Le Prevost et des ses Œuvres: mais le petit

Institut est composé seulement de Frères laïcs: il prie et consulte: il s’ouvre à M. Le Prevost et à ses Directeurs

du Séminaire.

Le 21 novembre 1850, Monsieur Le Prevost note au Journal de la Congrégation:

"Deux autres sujets sont encore au moment d'entrer parmi nous; si comme tout l'annonce

ils persévèrent..."

Et le 10 décembre 1850, M. Le Prevost écrit à l'abbé Planchat, qui se prépare à l'ordination sacerdotale

(prévue le 21 décembre):

"...j'écrivais moi-même, en datant de l'aimable fête de l'Immaculée Conception, une note que

j'envoyais à l'abbé Icard afin d'aplanir les voies, suivant ses conseils, et de préparer votre entrée au

milieu de nous. Que le Seigneur est bon, très cher ami, de nous indiquer si clairement son adorable

volonté et de préciser si nettement votre vocation. A l'inspiration de nos cœurs, en effet, se joignent

les sentiments unanimes de votre Directeur, de MM. Carbon et Icard, vos Supérieurs, enfin de M.

l'abbé Buquet, que je suis allé voir et qui, en donnant pleine adhésion à notre projet, m'a promis de

régler l'affaire à l'Archevêché.

27


Nous serons forts avec de telles autorisations et, bien sûrs que Dieu nous envoie, nous

travaillerons avec un dévouement absolu à le servir, à le faire connaître et aimer ..."

Le Prevost

Durant sa retraite d'ordination au sacerdoce l'abbé Planchat note sa réflexion au sujet de son appel chez

les Frères de S. Vincent de Paul:

“Votre vocation me semble pure et sûre, me disait le bon curé de la Gare [l’abbé Garduel]

dans ma dernière confession; mais on peut ne pas correspondre à sa vocation”. C'est en d'autres

termes ce que vient de me dire mon directeur pour ma vocation à la petite communauté de Saint

Vincent. Reste à savoir si le désir que j'éprouve de m'y voir réuni ne se mêle pas quelque affection

naturelle, soit aux personnes, soit aux emplois, tandis que j'y devrais rechercher uniquement les

mépris, les souffrances et la pauvreté... M. Caduc estime au moins à première vue que je trouverai à

la petite communauté toute facilité pour la retraite du mois...”

Le 24 décembre, voici un “cadeau de Noël”: l'abbé Planchat rejoint la petite Communauté de quatre

profès laïcs et quelques "novices".

Le 27 décembre suivant, M. Le Prevost écrit au Journal:

"Les nouveaux frères persévèrent et montrent un désir sincère de servir Dieu dans la vie de

prière et de charité; le dernier admis est un frère ecclésiastique, l'abbé Planchat, ancien membre

très dévoué de la Société de St Vincent de Paul et qui a voulu se donner tout entier à ses œuvres dès

qu'il a pu le faire, après son ordination.

Un autre jeune prêtre de ses amis, l'abbé Gentil, sent la même inspiration et va aussi

prendre place dans la petite famille..."

Depuis ce moment la Congrégation des Frères de S.Vincent-de-Paul prend une nouvelle forme:

elle est composée de laïcs et d'ecclésiastiques.

Un ancien confrère, l’abbé Louis Vitu, écrit le 2 janvier 1851; on y devine les bonnes relations

entretenues avec “ces Messieurs de Grenelle”, les premiers membres des Frères de S. Vincent de Paul; l’abbé

Vitu ne semble pas être au courant du pas franchi par son ami.

Les Religieux confiaient à des confrères ou à des ecclésiastiques des pauvres à visiter; -- M. Poiloup,

un abbé, directeur du Collège de Vaugirard, passé ensuite aux jésuites; par la suite l’édifice est devenu une partie

de l’Hôpital de Vaugirard.

Monsieur l’abbé,

Soissons, 2 janvier 1851

Mon grand désir d’avoir de vos nouvelles ne me permet pas de retarder davantage, si je ne

vous ai pas écrit plutôt, c’est que mes occupations ne me l’ont point permis; d’abord j’ai commencé

par être malade, ensuite, j’ai préparé le traité de l’Eucharistie pour les Ordres mineurs, que j’ai eu le

bonheur de recevoir; il est inutile que je vous dise ma joie à ce sujet, car vous le comprenez, et je

vous engage à en remercier le bon Dieu pour moi. Maintenant vous savez après quoi je soupire.

Je crois que vous avez reçu la prêtrise, je vous félicite de votre bonheur, j’ai pensé à vous

tout spécialement pendant la retraite, j’ai demandé au bon Dieu que vous soyez toujours et en toutes

choses un alter Christus, et c’est à l’occasion de la nouvelle année. Maintenant donnez-moi de vos

nouvelles d’une manière assez étendue, et dites-moi surtout ce que vous allez devenir. Parlez-moi

aussi de vos vacances; j’ai su que vous êtes allé dans nos pays et à deux lieues seulement du village

qu’habitait ma pauvre mère. Pour moi aussitôt que je vous vis à Vaugirard, j’ai pensé à de belles

vacances et je ne fut pas trompé, je vous remercie de toutes vos bontés, de tous les agréments que

vous m’avez procurés et surtout de m’avoir fait faire connaissance de ces bons Messieurs de

Grenelle. Rappelez-moi à leur souvenir et dites-leur de prier pour moi, car j’en ai bien besoin.

J’ai parlé d’eux à notre bon Supérieur; il en a été touché et il a fait leur éloge assez longuement, à

une lecture spirituelle, en rapportant ce que je lui avais dit; mais c’est de l’eau qui tombe sur de la toile

28


cirée. Je me propose bien dès le commencement de mes vacances d’aller m’offrir à ces bons

Messieurs, pour visiter encore quelques familles, car je puis vous dire que ce sera là mon plus grand

bonheur et je puis vous assurer que ce furent les plus beaux moments de mes vacances, ainsi que

ceux de la place Dupleix, je me plais à me rappeler ces souvenirs ainsi que de ces bonnes Petites

Sœurs des pauvres

...

Si c’est la volonté de Dieu que j’aille à Paris étant prêtre, je vous assure que ce sera bien

volontiers, mais je laisserai parler mes Supérieurs, et je me gardeai bien de faire la moindre

démarche. Si M. Poiloup veut de moi, comme il me l’a dit en quittant, il me demandera. Enfin la

volonté du bon Dieu c’est là mon plus grand désir. En attendant....

Recevez, monsieur l’abbé, ...

VI -- LE JEUNE PRETRE -- RELIGIEUX

a -- Apôtre de Grenelle

1851 -- 1861

Le Père Henri semble avoir été souvent fatigué; sa mère écrira le 22 juin 1864:

l’abbé Louis Vitu

“Mon médecin [Foville], qui a connu mon bon père autrefois, qui avait donné de bons

conseils pour notre bon Abbé [Henri], lors de sa fatigue à la suite de ses études classiques, de celles

nécessaires pour faire son droit, de celles plus sérieuses encore pour se préparer au sacerdoce...”.

Or après quelques mois de ministère exercé à Grenelle, près de Paris, le jeune Père doit aller, se reposer aux

Thermes; il y est encore en septembre, lorsque Monsieur Le Prevost lui écrit trois fois. Ce repos ne suffit pas: on

lui prescrit un voyage; il ira en Italie.

b -- Repos forcé et voyage en Italie

(nov.1851- nov.1852)

Voici une lettre d’Eugène résumant ce voyage-pèlerinage en Italie; elle est écrite vingt ans après les faits.

Monsieur et cher ami:

Paris, 10 juillet 1871

L’état de ma santé altérée par les violentes secousses que la divine Providence a permis

que je ressentisse [ peu après la mort de l’abbé Henri] ne me permet pas de vous donner les détails

que je serais heureux de vous fournir sur mon Vénéré frère.

De plus, nos volumineuses notes écrites jour par jour de notre voyage en Italie sont chez

ma mère à Compiègne.

Je veux cependant vous donner sous forme de sommaire quelques jalons, tels que ma

mémoire peut me les fournir:

Départ de Paris, avec ma mère vers la fin de novembre 1851.

Arrêt à Lyon; messe à N. D. de Fourvière. De là presque directement à Rome, où nous

restons jusqu’au commencement du Carême.

L’abbé partage son temps entre la Conférence de S. Vincent de Paul de Saint Louis des

Français, la visite des monuments, etc. etc. et il apprend assez l’italien pour pouvoir causer un peu

avec les indigènes; il en profite pour catéchiser les enfants que nous rencontrons dans nos

excursions...

J’étais chargé de la bourse et de tous les détails du voyage pour épargner à l’abbé toute

préoccupation. Il montre la docilité d’un enfant de 10 ans bien sage, quoiqu’il sente parfaitement que

l’ordre naturel des choses entre nous est retourné.

Nous ne manquons aucune des cérémonies papales: messe de minuit à S te Marie Majeure,

messe de Noël à St Pierre, etc. etc.

29


Au commencement du Carême [fin de février] départ pour Naples à pied; (quelques fois,

quand l’étape est longue, nous prenons une voiture pour une partie de la route), moi un sac de

touriste, l’abbé de grandes poches en cuir sous sa soutane. - ...Nous allons à Naples par Terracina,

les Marais Pontins et nous prenons le chemin de fer à Capoue - 15 jours à Naples [peut-être ici une

échappée à Mugnano, au sanctuaire de S te Philomène] - visite de Pompei, Ercolanum - Vu le

coucher du soleil au sommet du Vésuve (couché à la maison de l’hermite) ... Visité Salerne, Portici,

Sorrente, l’Ile de Capri. couché dans le couvent (à Nocera de’ Pagani) où est conservé le corps de

saint Liguori; l’abbé y dit la messe. Nous partons au lever du soleil pour éviter les grandes chaleurs,

mais bien souvent l’abbé a manqué de dire la messe; il se levait pour le pouvoir une heure avant moi.

- Nous couchions le plus souvent dans des couvents.

Retour de Naples par le Mont Cassin; nous passons un jour et demi dans le fameux

monastère des Bénédictins. - Une formalité de passeport nous prive de visiter à Subiaco les grottes

célèbres où se retira d’abord saint Benoît.

...Arrivé à Rome le Mercredi-Saint [7 avril] nous retrouvons notre mère. Nous assistons à

toutes les cérémonies de la Semaine Sainte (lavement des pieds par le Saint Père, qui sert ensuite à

table 12 prêtres , etc. etc.) Le Vendredi-Saint lavement des pieds, service à la table des pèlerins des

deux sexes par les princes et les princesses romains - Fête de Pâques, illumination de la Coupole.

Ici nous insérons un extrait du Journal: l’audience du Pape, accordée à Mme Virginie, à Eugène et au

Père Henri; le jour nous reste inconnu, probablement après Pâques:

[le Pape] “dit à mon frère: vous êtes venu pour votre santé; il faut espérer que le climat de

Rome vous fera du bien. Puis il me dit: vous êtes son frère, qui l’avez accompagné!...il fit à ma mère

une question analogue...mon frère lui présenta cette demande, savoir: la faculté d’accorder une

Indulgence plénière à tout parent jusqu’à la 3 ème génération ou à 30 années au choix... Il demanda

ensuite à mon frère quel était son ministère; et sur la réponse qu’il s’occupait des enfants auxquels il

avait eu la bonté d’envoyer un Bref...le Pape dit qu’il était bien sensible au souvenir de ces

enfants...puis quand il lui eut parlé de la petite Communauté de Grenelle [les premiers Frères de S.

Vincent de Paul], le St-Père ajouta : “E’ una cosa bella e buona!, bien utile dans la société,

surtout dans le temps où nous vivons”, dit-il, avec une certaine tristesse, puis avec confiance,

mais où heureusement s’opère un retour vers le bien”...

Notre mère part pour Alger, où des affaires l’appellent.

Nous prenons à pied la route de Lorette. -- Arrêt à Orvieto; nous couchons au couvent des

Dominicains, où professa longtemps saint Thomas d’Aquin. Cascades de Terni.

12 - à sa mère

N. B. suite de la lettre d’Eugène Planchat après celles-ci (12 et 13) du Père Henri:

Henri visite Pérouse, Assise, Lorette — difficultés de vie commune avec son frère Eugène.

Il a appris la langue italienne; -- un petit mot d’Eugène à sa mère.

Chère et bonne Mère,

Pérouse, 7 mai 1852

Je m’en aperçois bien; vous avez résolu d’obtenir de la Sainte Vierge un progrès décisif pour ma

guérison pendant ce beau mois de Marie. Depuis le commencement de ce mois, l’amélioration n’a pas cessé

d’augmenter notablement, et il n’y avait eu depuis le départ de Rome qu’un mauvais moment.

La Sainte Vierge s’en mêle de son côté: elle m’a fait commencer son mois par célébrer la Sainte

Messe à l’un de ses pèlerinages et par baiser la main encore vermeille d’une sainte dont le corps se conserve

entier depuis 600 ans, de sainte Rose de Viterbe. Samedi ou dimanche, je dirai la Sainte Messe à Notre-Dame

des Anges [La Portioncule], le sanctuaire de la Sainte Vierge le plus riche peut-être en indulgences. Le

lendemain, sur le corps de saint François d’Assise, et puis ensuite à Lorette.

Vous pensez bien que je ne vous oublie pas, bonne Mère, en tous ces sanctuaires, non plus que

personne de la famille, non plus surtout que ce bon Père [son papa]. J’ai dit la Messe pour lui presque tous les

jours, notamment sur l’autel du pèlerinage, privilégié pour la délivrance des âmes du Purgatoire.

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Mon bon Eugène, mon fidèle compagnon, a toujours aussi une grande part dans mes SS. Sacrifices; et

certes il le mérite bien; loin de se lasser, il est plus gentil chaque jour. La Providence du reste pourvoit à le

distraire un peu. Voilà presque une semaine que nous sommes reçus dans les couvents. Outre l’économie, ce séjour

a l’avantage de mettre des tiers entre nous deux, de donner à Eugène l’occasion de causer, de s’épanouir.

On le trouve aimable; on le traite avec affection et, vous le savez, rien ne lui fait autant de bien. Il est tout

heureux en ce moment de l’accueil que lui ont fait ici les bons Lazaristes, grâces aux lettres du P. Litardi.

Eugène m’ordonne d’achever, parce que 6 heures [...] C’est fini. Il faut bien que je commence à lui

obéir.

Adieu donc, chère et bonne Mère, surtout soignez-vous, comme si nous ne voyagions pas. Assurez les

bonnes personnes de Blidah: Mme Delahaye, Mme de Tonnac, que je ferai une mémoire spéciale d’elles dans

les divers sanctuaires.

Je vous embrasse de cœur,

votre...

Henri Planchat, prêtre

Ma chère et excellente mère,

Je m’aperçois qu’Henri m’a laissé bien peu de place. Aussi je veux en profiter le mieux

possible. Je vous dirai d’abord que notre cher voyageur n’a eu, depuis les douze jours que nous

sommes partis (nous avons quitté Rome le samedi 24 [avril]), n’a eu qu’une journée pénible, et cela à

cause de l’air malsain de l’endroit où nous étions. Le reste du temps, il a été gai, content, a bien dormi

généralement. Ce n’est pas que nous n’ayons encore eu bien des petites misères, j’entends par là de

petites disputes, des impatiences d’une minute, qui finissaient toujours [...]

[Eugène]

13 - à ses apprentis de Grenelle

Extrait d’une lettre perdue, que les Chroniques du Patronage, (édition 1862), écrites par Maurice Le Prevost,

alias Maurice Maignen, nous livrent sur le mois de Marie des jeunes de Lorette, en Italie.

mai 1852

Mes bien chers enfants,

...je veux vous dire, en finissant, comment les apprentis de Lorette font leur mois de Marie, à une

condition cependant, c’est que l’un de vous me racontera comment on l’a célébré cette année dans la maison de

patronage...

Voici comment les choses se font ici: sur une grande place, en face de la Porte de Rome, les bons

apprentis de Lorette ont dressé un petit autel tout garni de bougies et de fleurs; au-dessus est un tableau de la

Sainte Vierge; au-dessus encore le nom de la Sainte Vierge, dessiné avec des lanternes, et à une certaine

distance, des lampions sur des perches. Un artiste ne saurait pas si bien faire.

Et ne croyez pas que pour leur office ces bons enfants aient besoin d’un maître de chapelle; je ne sais

pas comment ils s’y prennent, mais ils font tout à eux seuls. A huit heures et demie du soir, les trois plus grands

rassemblent sur des bancs les enfants du quartier. Les mamans, les papas se tiennent debout autour. L’apprenti

sacristain allume et la musique commence. Elle n’est pas trop mauvaise, je vous assure. Ce sont d’abord les

Litanies de la Sainte Vierge. Les trois apprentis chantent un verset, tout le peuple chante le suivant; puis vient un

cantique; oh! il faudra que je vous le traduise quelque jour, il est si beau! j’entendrais avec tant de plaisir mes

bons enfants chanter de tout leur cœur et, comme ces bons apprentis de Lorette, invoquer le beau nom de Marie!

Pendant le cantique, l’apprenti trésorier fait la quête; c’est à qui donnera, de ces bons ouvriers! Après le

cantique, les trois apprentis se mettent à genoux sur un banc; tout le monde en fait autant, et l’on chante de tout

cœur une belle prière. Enfin nos trois officiants donnent la bénédiction, c’est-à-dire qu’ils disent en latin, et en

faisant le signe de la croix, “Que la Sainte Vierge et son saint Enfant nous bénissent.”

l’abbé Planchat, prêtre

reprise de la lettre d’Eugène, de juillet 1871

31


...Cascades de Terni, Urbino, (souvenirs de Raphaël) -- Assise, couvent de sainte Claire -

Couvent du Mont l’Alverne: grotte où saint François reçut les Stigmates; - Couvent de la Portioncule

[à côté d’Asisse, donc avant l’Alverne] - Lorette, où nous passons 8 jours chez M. l’abbé de Précy

(qui... était chapelain de France) ancien condisciple de l’abbé au Collège St-Stanislas. - De là,

Florence, où nous passons 3 semaines: fêtes ducales de la St-Jean [Baptiste] - Nous passons 6 semaines

(juillet et commencement d’août) dans la fameuse abbaye de Vallombreuse (à six heures de

Florence) que chante Lamartine.

suite p. 41, après la lettre 15.

14 - à sa sœur Virginie

Maison des SS. de la Charité

rue du Vertbois -- Paris

La santé s’améliore - retour dans trois mois? -- Henri a quelques sautes d’humeur, dues à sa fatigue.

M. Jean-Léon Le Prevost: fondateur de la Congrégation des FF. de S.V. de Paul; M. Beaussier: directeur

sacerdotal de la Congrégation naissante; M. Caduc: directeur spirituel de l’abbé Henri au Séminaire -- le père de

Villefort: Secrétaire Général des Jésuites.

L’extatique dont il est question ici n’est pas identifiée dans le Journal de voyage, sinon par “la ragazza”, la jeune

fille. -- Le Monte San Savino est situé dans la province d’Arezzo.

Suit un mot d’Eugène - le voyage se poursuivra en direction de Venise.

Chère et bonne Sœur,

Vallombreuse, 9 août 1852

vigile de St-Laurent

Il m’a fallu mon espèce de serment d’obéissance à Eugène, serment auquel il faut bien commencer

enfin à être fidèle, pour me laisser mortifier jusqu’à aujourd’hui mon envie démesurée de t’écrire. Tout le

monde gagne à l’obéissance, même ceux que l’on semble y sacrifier. Ainsi tu y gagneras d’apprendre que ta victoire

sur le Cœur de Jésus a été décisive, puisque voilà tout à l’heure un mois que saint Vincent [de Paul] m’a

renouvelé, à me rendre méconnaissable. Plus de préoccupations, oubli presque complet du passé, empire chaque

jour croissant sur soi-même, gaieté parfois un peu folle, par-dessus tout, confiance sans mesure en la T.S.Vierge

et dans les Saints, mes libérateurs, confiance qui s’accroît à chaque soubresaut, à chaque victoire de ma

mauvaise nature.

C’est de la Saint-Vincent, bien positivement, que date cette rénovation, préparée, comme je te le

disais, par la Saint-Pierre et la Saint-Henri, mais tellement sensible pendant l’octave de St-Vincent que l’on ne

peut douter qu’elle lui eut été réservée. Il me reste, il est vrai, bien à faire pour devenir tout à fait homme et

prêtre, pour atteindre seulement le but unique auquel je vise en ce moment, de rendre à Eugène ma société aussi

aimable qu’elle lui était intolérable jusqu’à cette heure et pour cette fin de m’oublier complètement moi-même

pour ne songer qu’à lui faire plaisir.

Mais la S te Vierge aime trop Eugène pour permettre que son caractère s’aigrisse; elle m’aidera donc

puissamment. Que dis-je! elle fait ce dont je suis incapable; je le sens davantage chaque jour de cette neuvaine

de l’Assomption.

“Avec de la confiance vous obtiendrez par la S te Vierge la grâce que vous demandez”, telles sont les

simples paroles que me disait, il y aura demain huit jours, l’extatique de Monte San Savino, après avoir prié

pour moi pendant la messe où je venais d’être témoin de ses extases, empreintes de tous les caractères de la vérité,

comme j’en ai acquis la conviction auprès des personnes les plus graves et les moins enthousiastes. Ces

paroles me frappent vivement, non pas depuis le moment même -- mon imagination me promettait quelque

chose de plus -- mais à mesure que je les repasse dans mon esprit.

Confiance, certitude de guérir par la S te Vierge, tel est en effet le refrain de M. Le Prevost, de M.

Beaussier, de M. Caduc, surtout du P. de Villefort dans les moments les plus difficiles; et Dieu seul a pu le

mettre dans la bouche de la Dominicaine à laquelle ces saints Directeurs sont aussi inconnus que moi-même.

32


C’est bien aussi ton refrain, chère et bonne Sœur, et tu le prouves par ta persévérance infatigable à

prier et à souffrir pour moi. Continue, car plus la grâce m’entoure et me soulève, plus je dois être fidèle;

continue, car une voix me dit que l’œuvre de la divine miséricorde est à peine commencée, que le dessein du

Seigneur est de me donner, par cette épreuve, une expérience de ses voies sur les âmes, surtout une horreur et un

détachement de moi-même, que je n’eusse jamais acquis sans ces misères. Quelle tâche de répondre à un pareil

dessein, puisque jusqu’à cette heure, je n’ai point encore avancé d’un pas.

Il me semble que je ne fais que commencer avec toi, et cependant il faut que je te quitte pour parler

[une lettre à écrire] à mes chers enfants qui viennent de renouveler ou qui vont renouveler dimanche prochain

[...]

Adieu donc, chère et bonne Sœur; tous mes respects, avec l’assurance de ma profonde gratitude à M.

Martin, à MM. Rousseau et Stur... surtout à ta bonne Supérieure; prière à tous de redoubler d’instances auprès

des SS. Cœurs de Jésus et de Marie, dans lesquels je suis ton frère qui t’aime tendrement,

H. Planchat, prêtre

Il faut bien que toujours passe le bout de l’oreille; j’ai oublié de te souhaiter ta fête. Je m’en punirai

en pensant deux fois plus à ma chère Virginie, pendant la Sainte Messe, d’ici l’Assomption et toute l’octave.

Recommande à Eugène de m’écouter, quand je lui donne des conseils pour sa santé, et de ne pas se

préoccuper à l’excès de l’économie. Avec une imagination aussi active, un tempérament aussi bouillant, un soin

raisonnable et les fatigues nécessaires et les sensations inévitables du voyage sont déjà trop pour une nature qu’il

faut se garder d’user.

Nous comptons bien que tu te fais rembourser le port de nos lettres par ma tante Laforêt, avec

laquelle tu as un compte ouvert pour Maria.

Chère sœur,

(Fille de la Charité de saint Vincent de Paul)

Que ta bonne lettre nous a fait plaisir! nous n’avions pas besoin de cette preuve pour être

persuadés que tu pensais souvent à nous; Mais nous avons vu avec une bien grande joie que ta

santé était bonne, que les chaleurs ne t’avaient pas trop fatiguée, ou au moins nous l’espérons bien,

car tu ne nous parles pas de ta santé dans cette lettre. Je suis sûr que les bonnes prières que tu as

faites pour Henri pendant la neuvaine de saint Vincent sont exaucées, car Henri va toujours très bien,

voilà six semaines sans interruption, et tout porte à croire qu’avec la grâce du bon Dieu, c’est fini au

moins pour toute rechute grave.

Combien nous aurons à nous réjouir, à remercier le bon Dieu, quand, parfaitement rétabli, il

reviendra à ses occupations. Espérons que ce sera dans trois mois au plus tard. Je ne sais si Henri

t’a dit qu’il avait écrit à M. Foville [son médecin], lui rendant compte de la manière dont il avait été

depuis le départ de Rome, de son état actuel, et lui demandant conseil sur ce qu’il devait faire. Nous

attendons.

Henri ne te dit pas qu’il y a dix jours je lui ai dit qu’il valait mieux attendre cinq ou six jours,

afin de mieux distribuer le temps des lettres, depuis cinq jours je lui ai dit qu’il pouvait parfaitement

t’écrire, ce qui était difficile, à cause de l’excursion, et que s’il t’écrit aujourd’hui, avant de le faire à ses

enfants, c’est grâce à mes instances. Mets à la poste la lettre pour ma tante, et fais parvenir le plus

tôt possible le petit mot à Maria [sa petite sœur].

Ce sera à Venise qu’il faudra adresser maintenant les lettres. Je te souhaite donc pour cette

année, et j’espère bien que le bon Dieu l’accordera à nos prières, une santé solide pour supporter

toutes les fatigues et une joie de l’âme qui ne t’abandonne jamais. Adieu encore une fois; je

t’embrasse comme je t’aime,

ton frère affectionné,

Eugène Planchat

15 -- à sa sœur Maria

Souhaits de Bonne Fête! je t’aime; tous t’aiment tendrement et la Reine du Ciel. La dernière lettre,

annoncée pourtant, n’a pas été écrite?

Ma bonne petite Maria,

Vallombreuse (près Florence), 10 août 1852

33


Eugène me laisse bien peu de place; ma lettre sera cependant plus longue que la dernière fois, car

j’espère que tu pourras la lire!

Et puis qu’ai-je à te dire pour te souhaiter la fête? Deux mots que tu sais par cœur, que je t’aime

beaucoup, parce que tes maîtresses sont contentes de toi, que tu as envie de devenir une petite fille bien pieuse,

parce que tu pries chaque jour pour moi, que de mon côté, je ne dis jamais la messe sans recommander au bon

Dieu et à la T. S. Vierge ma chère Maria et que je tâcherai de le faire mieux le beau jour de l’Assomption. Oh!

vois, ma chère petite Maria, comme tu es heureuse: non seulement tu as sur la terre de bonnes maîtresses, qui te

soignent et te chérissent comme de véritables mères, une sœur qui t’aime à la folie et, pour te rendre bien sage,

des frères qui ne t’aiment pas moins, des tantes qui ne sont pas moins empressées à s’occuper de toi et à te faire

plaisir, par dessus tout une maman telle qu’il n’y a pas beaucoup de semblables.

Mais tu as pour mère, pour patronne dans le Ciel une Reine qui t’aime bien plus encore et qui peut

tout pour te rendre bonne et heureuse. Remercie-la bien, cette tendre Mère, au jour de son entrée dans le Ciel;

remercie-la bien pour nous comme pour toi. Continue de lui demander que je revienne bientôt.

Je t’embrasse de cœur,

ton frère qui t’aime tendrement,

reprise de la lettre d’Eugène, p.38

l’abbé Planchat, prêtre

Vers milieu d’août, départ par Bologne, Ferrare, Padoue, Venise, où nous passons une

semaine au couvent des dominicains. - Auparavant nous avons visité en détail Pise, où l’abbé dit une

messe, avec petite allocution à la Société de St-Vincent-de-Paul, qui nous réunit ensuite dans un

banquet fraternel (après avoir visité avec nous des pauvres qu’elle assiste); - De Venise à Vérone -

Milan: 8 jours - Lac de Côme - Varèse, célèbre par son pèlerinage, et depuis, par les escapades de la

chemise rouge de Garibaldi - Lac Majeur, Isola Bella -- Avant, Arona, où statue colossale de saint

Charles Borromée.

suite p.44

16 - à sa mère

à Salluste (?) ou à Blidah

Vous êtes sans nouvelles de nous? -- le voyage se poursuit à Bologne, Venise, Padoue.

La santé physique et psychique s’améliore toujours.

M. Le Prevost a écrit un mot, qui n’a pas été conservé; on peut lire la lettre suivante du fondateur datée du 17

septembre 1852, expliquant la prescription du médecin: “l’offre que nous lui avons faite [pour vous] de la

culture du jardin et de quelques ouvrages dans la maison ne l’a pas satisfait.” -- Eugène devrait soigner sa santé;

-- souhaits que la maman quitte l’Afrique au plus tôt!

Eugène écrit à la suite de son frère.

Chère et bonne Mère,

Venise, 1 er septembre 1852

Je regrette vivement qu’à toutes vos contrariétés se joigne celle de n’avoir pas de nouvelles de nous.

Nous vous avions déjà écrit à Paris [par tante Laforêt], et la lettre que reçoit en ce moment la bonne tante

Laforêt eût encore augmenté votre joie. Elle vous eût appris le progrès constant de ma santé, les bonnes fortunes

que la Providence a su tirer pour nous des contretemps eux-mêmes. Je puis du reste, aujourd’hui, ajouter encore

à ces deux sujets de consolation. J’ai eu assez de tête dans des moments de fatigue, de mauvais temps, pour que

des mauvaises humeurs -- assez notables pour fatiguer beaucoup Eugène -- se terminassent par de simples excuses,

suivies du calme et de la gaieté habituelles.

A trois agréables journées gratis à Bologne auprès du tombeau de saint Dominique, succèdent à

Venise la réception la plus cordiale, les soins les plus délicats et les plus affectueux des bons PP. Dominicains,

et nous avons, de plus, à notre service les PP. Jésuites. Nous jouirons de cette délicieuse hospitalité jusqu’à la

Nativité, puis nous retournerons au tombeau de saint Antoine de Padoue, qu’Eugène tient à honorer en y faisant

ses dévotions [projet non réalisé].

34


Ce cher Eugène est chaque jour plus patient, plus charitable, plus modéré en toutes choses; il n’y a

que lui-même qu’il s’obstine un peu trop à oublier; c’est toute une histoire pour l’obliger à prendre un bain, à ne

pas veiller, à ne pas trop se fatiguer. Il est vrai que je suis parfois trop minutieux et qu’en définitive il se porte

bien. Mais je voudrais que vous lui fissiez entendre qu’en fait de soins de la santé, il ne doit pas plus regarder à

l’argent pour lui-même que pour moi.

Quant à l’avenir, ne vous en préoccupez pas plus que moi-même et tout ira bien. Je viens de recevoir

de M. Le Prevost une lettre qui entre tout à fait dans vos idées; on fera de moi ce que l’on voudra, un jardinier, si

l’on veut. Le bon Dieu sait que je désire vivement reprendre le ministère; mais il sait aussi le moment où il

convient que je le reprenne et la manière également. Je ne doute pas qu’il inspire à ceux auxquels je dois une

obéissance aveugle la décision utile pour sa plus grande gloire et pour mon plus grand bien.

Adieu donc, chère et bonne Mère, je vous embrasse comme je vous aime, c’est-à-dire de tout cœur.

J’ai prié ce matin saint Joseph qu’il vous consolât et vous tirât au plus tôt de cette vilaine Afrique.

votre fils...

H.Planchat, prêtre

Nous sommes passés par Florence; nous passerons par Milan [du... au 18] et la Suisse [vers le milieu

d’octobre].-- Le médecin est d’avis qu’Henri rentre en France en novembre.

Chère et bonne mère,

Nous vous croyions déjà en France, quand une lettre que nous trouvâmes en arrivant à

Venise, nous apprit que vous ne deviez partir que vers le 8 septembre. Cette nouvelle nous a fait de

la peine, car vous devez avoir bien chaud là-bas; espérons pourtant que le bon Dieu vous

maintiendra en bonne santé.

Vous devez avoir reçu, peu de temps après avoir écrit votre dernière lettre, la nôtre, datée

de Florence, où nous vous disions que nous avions reçu la réponse de M. Foville, qui était d’avis

qu’Henri revînt en France au mois de novembre et jusqu’à ce moment passât le plus de temps

possible dans les montagnes. Aussi comptons-nous être en Suisse dans trois semaines environ, si

c’est votre avis que nous retournions en la visitant.

Nous sommes maintenant à Venise, admirablement bien chez les Dominicains, où, s’ils

acceptent quelque chose, le prix sera toujours très modéré, tandis qu’il est excessif dans les hôtels;

nous y restons jusqu’au 10 septembre, puis nous allons à Milan et en Suisse.

Henri, dimanche dernier, a dit la Messe sur le tombeau de saint Antoine de Padoue à

Padoue; il va très bien.

Nous vous avons écrit une lettre à Paris dans une [lettre] pour ma tante Laforêt; nous vous

disions que ce que nous avions d’argent ne pourrait nous suffire jusqu’à la fin du voyage; nous avons

encore 260 francs environ, qu’une fois en Suisse, nous ne pourrions guère vous indiquer notre

adresse à un moment positif; qu’il vaudrait mieux faire l’envoi à Milan, où nous serons jusqu’au 18 de

ce mois: Lombard Vénitien, poste restante. Je crois que 300 francs nous seraient nécessaires, non

pas que je crois que nous dépenserions tout, mais ainsi nous aurions quelque chose devant nous;

d’ailleurs vous savez que nous allons à la plus stricte économie. Il faudrait faire cet envoi le plus tôt

possible. Je crois que trois billets de 100 francs ou un de 200 et un de 100 seraient le mieux pour ne

pas tout changer à la fois; afin de ne pas avoir d’inquiétudes; assurez!

Je voudrais, bonne Mère, pouvoir causer longtemps avec vous, mais je tiens à ce que la

lettre parte aujourd’hui et, pour cela, il n’y a plus que quelques minutes.

Adieu donc, surtout soignez-vous parfaitement et ne ménagez rien pour ne pas vous

fatiguer dans le voyage; que tous trois nous nous revoyions en excellente santé.

Je pense toujours à la vie heureuse que nous mènerons ensemble; il me tarde d’y arriver.

Je vous embrasse comme je vous aime,

votre fils obéissant et affectionné,

Eugène Pl.

17 - à ses apprentis de Grenelle

35


La beauté du paysage. Le passage à Milan: la retraite en silence des apprentis; prière pour que je revienne

bientôt.

Mes bien chers enfants,

Varèse, 26 septembre 1852

sanctuaire de N.D. du Mont

Je voudrais que vous fussiez tous ici avec nous. Vous seriez fatigués, c’est vrai, surtout si vous aviez

eu, comme moi, le sac sur le dos en montant pendant deux heures entières. Mais comme vous verriez de belles

choses! D’abord l’église de la Sainte Vierge, bâtie tout en haut de cette grande montagne, puis du haut en bas 14

jolies églises consacrées toutes aussi à la S te Vierge, et 4 ou 5 arcs de triomphe, moins hauts que l’Arc de

l’Etoile, c’est vrai, mais bien jolis aussi.

Ce n’est encore là que la moindre des choses. Vous savez, l’hiver, quand la Seine est débordée et

remplit toute la plaine jusqu’au parc de M. de Lepine, lorsque la montagne de Meudon, celle de Sèvres, le Mont

Valérien, sont couverts de neige, cela est bien beau à voir. Et si, au lieu d’une plaine de Grenelle, on en voyait

deux ou trois remplies d’eau, si au-dessous de la neige, on voyait le Bois de Boulogne tout vert, des vignes

chargées de raisin, cela serait encore bien plus beau. Ce ne serait pas encore ce que je vois de la maison du bon

curé chez lequel je vous écris. Au lieu de deux plaines de Grenelle inondées, je vois 7 pièces d’eau, dont la plus

petite a 4 lieues, la plus grande 20 lieues de tour. Je vois 50 lieues de montagne cent fois plus hautes que le

Mont Valérien et toutes couvertes de neige, et au dessous une plaine grande 200 ou 300 fois comme celle de

Grenelle, toute plantée d’arbres verts et chargés de fruits.

Mais pour venir de Venise, où je vous écrivais il y a quinze jours, jusqu’à cette montagne-ci, j’ai fait

bien du chemin. Surtout je suis passé deux jours dans une grande ville, appelée Milan, où j’ai logé deux jours

avec des apprentis comme vous. Mais devinez un peu ce qu’ils faisaient, ces apprentis. Depuis deux jours ils

priaient le bon Dieu et la S te Vierge, du matin au soir, sans dire une seule parole, si ce n’est à leur confesseur. Il

y en a qui trouvent que l’on reste bien longtemps à l’église pendant la retraite de première Communion; ce n’est

pas encore cela, comme vous voyez. M. le Curé a beau dire à M. Maignen: “mais j’ai peur qu’en courant dans le

terrain, les enfants du patronage ne renversent le lait de la parole du bon Dieu, dont vous avez rempli le petit

vase de leur cœur”; M. Maignen ne défend pas de parler, ni même de courir un peu. Eh bien, ces bons enfants de

Milan se privent de bon cœur de parler. J’aurais voulu que vous les vissiez dans leur cour, se promener, le

chapelet à la main, ou lisant quelque livre d’histoires, ou bien faisant une bonne prière à genoux devant la S te

Vierge de la cour (je pense qu’il y a maintenant une Sainte Vierge dans le terrain de Grenelle, comme dans la

cour de la rue du Regard). Et c’est pendant leurs vacances que ces bons apprentis de Milan s’enferment ainsi

trois jours, se mettent ainsi trois jours le cadenas à la bouche, et cela, pour avoir le bonheur de faire une bonne

confession et une bonne communion; il est vrai qu’il n’y a pas au monde plus grand bonheur que celui-là.

N’allez pas croire cependant que les apprentis milanais ne savent pas jouer. Oh! ils s’en donnent le

quatrième jour, et tous les dimanches, ils s’en donnent encore plus que vous. Cependant on peut passer dans la

rue d’à côté sans avoir les oreilles fendues, et puis aussitôt que la cloche donne le premier signal, tous sautent

sur leurs habits et au second signal, chaque coopérateur, - c’est ainsi qu’on appelle les chefs de division -- a tout

son monde bien rangé. Ils finissent par une prière qu’ils font plus longue que la nôtre, mais pas meilleure; je les

en défie; car on ne fait nulle part la prière du soir mieux qu’à Grenelle. Je leur ai dit, à ces bons enfants, que

leurs frères de Paris priaient pour eux tous les dimanches soirs et ils m’ont promis de prier, eux, de tout leur

cœur, pour leurs frères de Paris. Ils m’ont promis aussi de prier pour que je revinsse bien vite vous voir; vous

continuez toujours vos prières pour cela, n’est-ce pas? Je vous en remercie et vous embrasse.

Suite et fin de la lettre d’Eugène:

Votre père en N.S.

H. Planchat prêtre

Entrée en Suisse; ascension du St--Gothard - Petits Cantons, Schwyz, Uri, Unterwalden,

Lac des 4 Cantons, chapelle de Guillaume Tell - Lucerne - Pèlerinage de N. D. de [?]- Schaffhausen

(chute du Rhin) -- Fribourg - Bâle - Rentrée en France par St-Louis, Mulhouse, Colmar -- 4 jours à

Strasbourg - Toul - un jour à St-Nicolas de Port, où le curé, M. Le Begne de Giromont nous offre une

cordiale hospitalité...- Nancy - Metz - Bar-le-Duc - St--Dizier, où nous nous arrêtons 2 jours au Collège

dont le Supérieur a été condisciple de l’abbé à Vaugirard -- Châlons-sur-Marne, hospitalité au Grand

Séminaire des Lazaristes - N. D. de l’Epine...Nous retrouvons à Reims notre mère, chez son frère, M.

36


Garanger de la Roche, où nous passons une dizaine de jours; mais cela ne peut retenir davantage

l’abbé, qui avait soif de retrouver sa Communauté et ses œuvres. - ...

Votre affectionné et dévoué,

c -- Fin du temps de repos

et reprise du ministère à Grenelle

18 - à l’abbé Louis RISSE, aumônier des orphelins

rue du Champé no 35, - Metz

Eugène Planchat

Le Père Planchat est de retour à Grenelle, faubourg de Paris; tout de suite il fonde une Conférence de S.V. de

Paul pour les jeunes.

Conseils pour une éventuelle fondation. -- Louis Risse (1823 - 1885) fera ses premiers vœux chez les F.S.V. le

27 décembre 1861. Abbés de Géblines et Stoufflet, clergé de Metz?

Monsieur et bien cher confrère,

Grenelle, 10 décembre 1852

fête de N.D. de Lorette

Je suis bien aise de n’avoir pas trouvé un instant jusqu’à aujourd’hui pour répondre à votre aimable

lettre. Ce retard me permet de mettre à profit l’expérience d’une fondation encore même incomplète. Le jour de

l’Immaculée Conception [fête dont le dogme sera proclamé en 1854], nous avons inauguré une petite conférence

dans notre maison d’orphelins. Un mot sur l’origine et les progrès de la grande Société, un autre mot sur la

naissance des petites conférences, due au récit de la pièce de 30 sous donnée par saint Vincent [de Paul] à l’âge

de douze ans, tel a été tout le discours d’ouverture.

Sont venus ensuite se ranger près de moi au bureau un grand confrère, vice-président, un trésorier, un

secrétaire, un gardien du vestiaire, pris parmi les enfants admis au nombre de 10 à faire partie de la petite

association. Ils ont, séance tenante, fait preuve d’un zèle et d’une sagacité au-dessus de leur âge, trouvant le

moyen d’amener des ressources dans la pauvre caisse fondée avec quelques petites souscriptions mensuelles; on

fera, ont-ils dit, “une quête à la Chapelle le dimanche, après vêpres; qu’on nous abandonne les vieux os, les

vieux papiers, les vieux souliers, nous achèterons avec des habits”. - Les réunions auront lieu le jeudi de chaque

semaine pendant la récréation de midi; les visites se feront le mercredi au commencement de la promenade, sous

la conduite de Majors de notre petite communauté.

Depuis, deux enfants m’ont accompagné dans une enquête et ont bravement pris leurs notes pour le

support. On exigera d’eux une sorte de compte-rendu; après les communications sur les pauvres, chacun devra

dire en toute simplicité s’il n’a pas, dans toute la semaine, fait un petit acte de charité en faveur des pauvres ou

de ses camarades.

La question est encore indécise sur le moyen de recruter la conférence; nous attendons quelques

renseignements à fournir par les aînés des autres conférences, qui nous feront prochainement visite. Nous n’en

fonctionnons pas moins, en attendant, avec 5 familles et 15 membres. Faites de même, et en réponse au récit de

votre fondation, rédigé s’il se peut par votre jeune secrétaire, vous recevrez du nôtre de plus amples détails. Le

Saint Enfant Jésus ne peut manquer de vous bénir. Priez pour nos enfants de Paris et de Grenelle; ils prieront

pour ceux de Metz.

Tout à vous dans les Sacrés Cœurs,

H. Planchat prêtre

p.s.- Notre livre de lecture est le livre de M. l’Abbé Mullois, intitulé Charité aux enfants. Mes

respects dans l’occasion à MM. de Géblines et Stoufflet.

Profession religieuse : avril 1853

VII -- L’APOTRE DES FAMILLES

(La réhabilitation des mariages)

37


19 - à la Société St Régis

La Société charitable de St. Régis de Paris avait été créée pour “le mariage civil et religieux des pauvres et la

légitimation des enfatns”.

La Sainte-Famille est une association créée par Monsieur Jean-Léon Le Prevost pour les ouvriers et les pauvres:

fête, formation et prière - fondée à la paroisse St-Sulpice, elle s’est répandue dans les différentes Œuvres S.V.

Monsieur et bien cher Confrère,

Grenelle, 26 novembre 1853

Je recommande à toute votre charitable activité les démarches à faire pour régulariser la position des

futurs époux DUPRE (Eugène-Hippolyte) et Marie JACQUET, membres de notre Sainte-Famille.

20 - à un Curé

Tout à vous en N.S.. et en S. Vincent...

Service pastoral dans une paroisse proche: disponibilité et sens de responsabilité.

Monsieur le Curé,

l’abbé Planchat, prêtre

29 juin 1854

Notre communauté pourra, selon votre désir, donner les 3 et 4 juillet la messe de 6 heures, et pendant

l’absence de M. Rivier, la messe de 7 heures en semaine, celle de 8 heures le dimanche. Comme cette dernière

dérange nos exercices, il nous serait bien difficile de la donner plus de deux ou trois dimanches.

Agréez, Monsieur le Curé, l’hommage de mon profond respect et l’expression de notre vive

reconnaissance pour toutes vos bontés.

21 - à un Confrère de S. Vincent-de-Paul

Votre très humble serviteur et tout dévoué confrère,

M. de RAINCOURT fut à la tête de la Conférence St Vincent-de-Paul de Grenelle.

recherche d’extraits de baptême des enfants d’un déserteur à Londres.

Monsieur et cher Confrère en S. Vincent,

l’Abbé Planchat,

des Frères de S. Vincent-de-Paul

Vaugirard, 19 février 1855

Monsieur de Raincourt m’a écrit que je fisse passer au Conseil Général les noms des enfants d’une de

nos familles de Grenelle dont les extraits de baptême lui sont nécessaires.

Voici ces noms:

Henri et Marie, baptisés dans Warwick Chapel, Warwick Street, Regent Street, le 1 er en 1848, le

2 ème en 1849;

Eugène et Nathalie, baptisés dans la chapelle de Sutton Street, Soho Square le 1 er en 1845, le 2 ème en

1844, (Londres).

38


Tous nés de Pierre HONDU (Meunier) cet homme ayant pris un faux nom, comme déserteur de la

chouannerie de 1832) et d’Elise FERRY.

Soyez l’interprète de ma gratitude pour les cent almanachs qui m’ont été envoyés et comptez que je

viendrai prochainement régler mes comptes.

22 - au Président Général des Conférences

Tout à vous en saint Vincent,

La famille Hondu ne peut payer les frais des extraits; qui pourrait les obtenir gratuitement?

l’Abbé Planchat, prêtre

Vaugirard, 22 février 1855

Une de nos familles de Grenelle a besoin des extraits de baptême de plusieurs de ses enfants, nés à

Londres; mais elle est hors d’état de supporter la dépense de ces actes, qui est assez forte.

Celles des conférences de Londres qui se rattachent aux chapelles où les enfants ont été baptisés, ou

quelques membres de la conférence avec lequel vous seriez en rapport, ne pourraient-ils pas nous faciliter

l’obtention gratuite de ces actes?

Agréez, Monsieur le Président Général, la respectueuse assurance de mon fraternel dévouement.

l’abbé Planchat, prêtre

23 - à la Société St Régis

Monsieur et cher confrère,

Grenelle, 11 avril 1855

Je vous prie de vouloir bien donner aux futurs, porteurs de ce billet, tous les renseignements qu’ils

vous demanderont relativement à l’expédition de leurs papiers, que la mère du futur consent à leur envoyer,

mais à grand-peine, parce qu’elle est vieille et doit se transporter à une assez grande distance.

Tout à vous en St Vincent de Paul...

24 - à M. Decaux

l’Abbé Planchat, prêtre

M. Decaux, Paul, est un membre important de la Société de S. V. de Paul. -- Mme Planchat demeure sur la rue

de Vaugirard, au no 61.

Mon bon Monsieur Decaux,

Vaugirard, 11 septembre 1855

Je vous serais bien reconnaissant si vous aviez la charité de venir dimanche prochain à 8 heures 1/4

très précises du soir nous raconter une de vos charmantes histoires à la Ste Famille de Grenelle. Nous comptions

bien sur vous le jour de la distribution des prix du patronage. Ce petit dédommagement diminuerait le chagrin

que nous éprouvons encore de votre absence en cette occasion solennelle.

Seriez-vous assez bon pour donner une réponse à ma bonne mère, qui vous portera ce billet, soit de

vive voix, si elle a l’honneur de vous rencontrer, soit par un petit billet immédiatement envoyé chez elle, rue de

Vaugirard, 61.

Tout à vous en Saint Vincent ...

l’Abbé Planchat, prêtre

39


25 - à M. Decaux

Mon bon Monsieur Decaux,

Vaugirard, 11 avril 1856

La Ste-Famille de Grenelle serait tout heureuse de vous entendre le 20 courant à 8 heures précises du

soir. Vous me rendriez à moi-même un vrai service en m’accordant cette aimable visite.

Tout à vous...

l’Abbé Planchat, prêtre

P. S. -- Si, à mon bien grand regret, vous vous trouviez empêché, je vous serais obligé de m’avertir

immédiatement.

26 - à la Société St Régis

PROFESSION PERPETUELLE : 19 avril 1856

Grenelle, 11 octobre 1856

Prière à MM. de S. Régis d’inscrire le mariage entre FERRAHY et GAILLOT, vivant ensemble

depuis 16 ans, non par malice, mais par la fausse idée des difficultés pour avoir leurs papiers.

Je viens d’écrire au curé du futur pour savoir si sa mère, seule existante à la date des dernières

nouvelles, est encore en vie. Si elle est décédée, il vous l’écrira directement, comme il vous adressera aussi

directement l’attestation de son consentement, si elle est encore de ce monde.

Je ne m’explique pas plus que vous comment les certificats du futur mariage S[...] portés par moimême

au percepteur, ne vous sont pas encore revenus; j’irai voir dès demain et le percepteur et le commissaire

de police.

Tout à vous...

et le mariage GINORET: où en est-il? veuillez me l’écrire.

27 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 2 novembre 1856

Prière à MM. de S. Régis de vouloir bien pousser avec toute l’activité possible le futur mariage entre

HECTOR et CADRETTE, sans attendre le consentement de la mère du futur, que je me charge d’avoir d’ici à

très peu de jours.

28- à la Société St Régis

40

l’abbé Planchat, prêtre


voir lettre du 18 octobre 1859

4 novembre 1856

Prière à MM. de S. Régis de pousser avec toute l’activité possible le mariage MERLOT et

DORIVALLE, dont j’ai longtemps désespéré.

La lettre est écrite pour avoir le consentement du père de la future, consentement dont on est

moralement assuré.

Vous pourriez donc, et je vous en prie, remettre dès aujourd’hui les certificats aux futurs, leur

recommandant, comme je l’ai fait, de les porter eux-mêmes aux diverses signatures.

29 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 2 décembre 1856

Prière à MM. de S. Régis de vouloir bien presser avec une diligence toute exceptionnelle la traduction

et le visa des actes ci-joints.

Les futurs ont le plus vif désir de régulariser leur position et ils ont été déjà bien retardés par un

malentendu dont je fus la cause.

Il leur est maintenant impossible d’ajouter à leurs dépenses.

H.P.

30 - à la Société St Régis

Grenelle, 9 janvier 1857

Prière à MM. de S. Régis de pousser avec toute la diligence possible le futur mariage entre BERGER

et M. L. DURAND.

Le futur a eu plusieurs fois le consentement de son père et lui écrira dimanche pour l’avoir par écrit.

31 - au Grand Vicaire M. Darboy

l’abbé Planchat

Il s’agit du futur archevêque de Paris, Mgr Georges Darboy, qui sera fusillé sous la Commune, le 24 mai 1871

Monsieur le Grand Vicaire,

Grenelle, 13 février 1857

Permettez-moi de vous rappeler la demande que je vous avais faite par la poste, il y a huit jours au

moins, d’un binage pour les dimanches 15 et 22 février. Ce binage est absolument nécessaire pour la Messe de

nos patronages.

Je serais reconnaissant de vouloir bien remettre la réponse au porteur.

J’ai l’honneur d’être, M. le Grand Vicaire, votre très humble serviteur,

“FIAT UT PETITUR”,

G. Darboy, vic. gén.

32 - à la Société St Régis

l’Abbé Planchat ptre

chargé de l’Association ouvrière de la Ste-Famille

41


Rappel d’une demande déjà faite le 11 octobre 1856: Ferrahy [ou Serrahy]

Grenelle, 14 février 1857

Prière à ces MM. de S. Régis d’activer un peu plus le futur mariage SERRAHY et GAILLOT.

Ils me pardonneront de les fatiguer si souvent de mes envois et réclamations; mais s’ils touchaient du

doigt l’étendue et la susceptibilité de la plaie que je découvre, et qu’eux travaillent ensuite à guérir, ils

excuseraient mes importunités.

Je leur rappelle le mariage CHATAUMONT.

33 - à M. le curé d’Aire

canton de Marchiennes (Nord)

Grenelle sera annexée à Paris en 1860.

Monsieur le Curé,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 15 février 1857

Seriez-vous assez bon pour mander le nommé FOURNIER, votre paroissien, charretier de son état,

pour lui demander s’il veut consentir au mariage de son fils François, demeurant à Grenelle, près Paris, avec

Geneviève BENOÎT, avec laquelle il vit malheureusement depuis trois ans.

Vous auriez la charité d’adresser franc de port à M. le Président de la Société S. Régis, rue du Gindre,

no 3, à Paris, un billet attestant l’intention à vous exprimée de M. Fournier; une fois munis de ce papier, la

Société fournira gratuitement aux futurs tous les papiers.

Agréez, Monsieur le Curé, l’hommage de mon profond respect.

Votre très humble...

l’abbé Planchat, prêtre

34 - à la Société St Régis

Grenelle, 19 mars 1857

fête de saint Joseph

Messieurs, Je vous prie de vouloir bien presser activement le futur mariage BOREDON et COLLOT.

l’abbé Planchat, prêtre

35 - à la Société St Régis

Grenelle, 21 ème jour

du mois de saint Joseph

Prière à MM. de S. Régis de presser le futur mariage DUBOIS et DUBOIS, passage Bourbon à

Vaugirard, cousins germains.

l’abbé Planchat, prêtre

36 - à la Société St Régis

42


Voir la lettre précédente.

Grenelle, 26 ème jour

du mois de St Joseph

Je supplie ces MM. de S. Régis de vouloir bien presser avec une diligence inusitée le mariage

DUBOIS et DUBOIS et de demander la publication des bans aussitôt l’arrivée des pièces essentielles.

Le futur désire vivement faire sa première Communion le plus tôt possible, et je ne serais pas fâché de

mettre à profit la circonstance de notre retraite de la SteFamille, laquelle se clôt le dimanche du Bon Pasteur.

l’abbé Planchat, prêtre

37 - à la Société St Régis

Grenelle, 28 ème jour

du mois de Saint Joseph

Prière à MM. de S. Régis de pousser avec toute l’activité possible le futur mariage Jos. LHERAULT

et Jeanne JENNEVE.

La future est sûre du consentement de son père.

J’écris pour en obtenir l’attestation.

l’abbé Planchat, prêtre

38 - à M. Decaux

Société de S.V. de Paul,

16, rue de Tournon, Paris,

Paul Decaux est alors Vice-Président général de la Société de S. V. de Paul. -- L’abbé Codant est le futur

Vicaire Général du diocèse de Versailles.-- “La plus belle de nos fêtes: la retraite.”

Monsieur et cher ami,

Grenelle, le 6 avril 1857

La plus belle de nos fêtes, la retraite, commencera le lundi 20 avril à 7 heures et demie très précises

du soir, et se continuera tous les soirs à la même heure, jusqu’au 26 avril inclusivement. Elle sera prêchée par un

véritable ami des ouvriers, l’Abbé Codant, qui vient, pendant tout le Carême, d’attirer en foule au pied de la

chaire les ouvriers de la ville de Rouen.

C’est donc pour vous une excellente occasion de nous revoir, et même d’amener à nos petites

réunions tous ceux qui pourraient en tirer quelque profit.

Confiant dans votre zèle, je vous envoye quelques lettres pour les bons ouvriers de votre

connaissance.

Votre ami dévoué...

l’abbé Planchat, prêtre

aumônier de la Ste-Famille

39 - à la Société St Régis

Voir la lettre du 26 novembre 1853 à ce projet de mariage -- La Grande Maison: orphelinat?

Messieurs,

Grenelle, 16 avril 1857

43


Les futurs DUPRE et JACQUET, après les publications faites, se sont vus repoussés par la Mairie,

sous prétexte qu’un consentement de famille était nécessaire pour la future, enfant de la Grande Maison. Ces

tardives exigences les ont découragés.

Ils veulent aujourd’hui reprendre à tout prix leur réhabilitation.

40 - à M. Decaux

Mon bon Monsieur Decaux,

l’abbé Planchat, prêtre

Vaugirard, 17 avril 1857

vendredi de Pâques

Vous me promettiez naguère de visiter prochainement la Ste-Famille de Grenelle; si vous pouviez,

sans préjudice de la visite officielle, lui accorder un petit coup d’oeil sur sa retraite, venir un de ces soirs chanter

et prier avec nous ?

Nous en serions tous bien heureux. N.D. de Grâce, à laquelle vous vous êtes voué, vous sourirait et

vous rendrait le sacrifice de votre temps toujours si précieux.

Tout à vous en S. Vincent,

l’abbé Planchat, prêtre

Faites prier, s’il vous plaît, mardi, au Conseil de Paris pour les retraites de la Ste -Famille de Grenelle,

de S. François Xavier, de Vaugirard, de la prison du Fort de Vanves et de notre petite communauté; cette

dernière commence le 26 à 9.30 hres du soir.

Transmettre S.V.P. idem à la Conférence de Stanislas [N.D. de Nazareth] etc...etc...

41 - à la Société St Régis

Grenelle, 22 avril 1857

Prière à MM. de S. Régis de vouloir bien pousser avec toute l’activité possible le futur mariage

VILLEDIEU et QUARRE.

42 - à la Société St Régis

rue du Gindre, 6 - Paris

Je prie ces M.M. de S. Régis d'adopter et d'activer le mariage de...

[texte qui nous est parvenu inachevé]

43- à la Société St Régis

pas de cohabitation “criminelle”

44

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 16 mai 1857

[l'abbé Planchat prêtre]

Grenelle, 14 juin 1857


Prière à MM. de S. Régis de presser avec toute la diligence possible le futur mariage MALAISSE et

LAPIRRO.

Les futurs sont chacun chez soi et désirent éviter jusqu’à la fin une cohabitation criminelle. Le retard

serait pour eux une grande tentation, vu leur état de gêne.

44 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 27 juin 1857

Prière à MM. de S. Régis de presser le futur mariage MAINE et HEN. Ces futurs sont d’une conduite

exemplaire, mais leur position est des plus difficiles, celle du pauvre veuf surtout.

Je vous supplie donc d’aller rondement.

45 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 13 juillet 1857

Prière à MM. de S. Régis de presser le plus possible le futur mariage Eugène DUMESNIL et Aimée

MALAR.

46 - à la Société St Régis

Voir billet du 27 juin 1857; bel exemple de générosité en attendant le mariage.

Monsieur le Président,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 15 août 1857

fête de l’Assomption.

Permettez-moi de réclamer un tour exceptionnel et de faveur pour le futur mariage MAINE et

Marguerite HEN, que je vous ai adressé le 1 er juin [ou le 27 juin?].

Les jours sont des siècles pour un pauvre homme obligé de laisser à l’abandon une enfant épileptique.

Ces futurs sont de cette rare espèce qui supportent tous les inconvénients de dépenses et autres, plutôt que de se

décider à une cohabitation prématurée. C’est le sentiment chrétien qui les domine, et j’ai sur leur compte les

renseignements extérieurs et les données personnelles les plus favorables. Ils réunissent donc des titres bien

rares à votre bienveillance exceptionnelle. Je vous en conjure, activez leur affaire.

Si quelques démarches directes de ma part pouvaient leur être utiles; veuillez aussi leur dire

franchement combien de temps au moins ils ont encore à attendre.

Tout à vous,

l’abbé Planchat, prêtre

Ces braves gens comptent retourner dans leur pays aussitôt le mariage fait, et ap ...[ici des mots

manquent] à eux le vieux père de la future.

45


47 - à la Société St Régis

Voir lettre du 14 juin 1857

Grenelle, fête de saint Louis [25 août], 1857

Prière instante à MM. de S. Régis de pousser plus activement le mariage MALAISSE et LAPIRRO.

Je ne m’explique pas, par exemple, comment on n’a pas encore le consentement des parents du futur,

quoiqu’ils soient très certainement disposés à le donner.

48 - à la Société St Régis

Une formalité non nécessaire -- voici deux témoins.

Monsieur et cher confrère en S. Vincent,

l’abbé Planchat

Grenelle, 27 septembre 1857

Un couple que vous avez eu la bonté d’accueillir, le couple FOURNIER et BELOIN, se décourage

d’une formalité que vous exigez et que, bien sûr, il ne comprend pas.

Ils disent que vous demandez deux témoins attestant que la future a été mariée.

Mais le certificat délivré à la Villette ne constate-t-il pas ce mariage, célébré à cette commune le 24

avril 1826?

Je n’y conçois rien en vérité; du reste, s’il le faut, voici deux noms de personnes qui vous certifieront

ce mariage, si vous y tenez absolument: M. Aubin, Marchand de Vins, rue Virginie, à Grenelle, et M. Lamotte,

demeurant chez M. Aubin.

Votre très humble serviteur,

l’abbé Planchat

49 - à sa mère

à Blidah

Maria a maintenant 16 ans -- La maman part pour l’Afrique - Maria est restée à Provins.

Arzeu: ville d’Algérie, à 32 km au N.E. d’Oran, où se trouve Eugène. - l’étude des langues espagnole et arabe. -

- une punition militaire méritée?

Duclair en Normandie; chez la sœur de M. Le Prevost.

Chère et bonne mère,

Vaugirard, 30 septembre 1857

Une lettre de Maria, que je reçois aujourd’hui, me tire de l’inquiétude où commençait à me mettre

votre long silence, après un si brusque départ. Cependant j’y vois que vous avez été souffrante quatre ou cinq

jours, et que vous êtes accablée d’ennuyeuses et fatigantes affaires. Puisse votre bon Ange vous protéger de ses

ailes contre les ardeurs du climat, plus sensibles peut-être à un étranger, quand elles se combinent avec le

mouvement de la saison d’automne. Puisse-t-il encore, en vous communiquant ses lumières, vous rendre moins

pénible le travail que vous impose votre dévouement vraiment maternel!

Oh! que j’ai pensé à vous tous ces jours-ci au St Autel! que j’y vais penser surtout vendredi, fête des

SS. Anges gardiens. Il est bien consolant de se trouver, à si grande distance que ce soit, en relation, par

l’intermédiaire de ces bienheureux esprits, avec ceux que l’on aime. Nous sommes en ce moment dispersés aux

quatre coins du monde. Mais nos anges sont unis par leur adoration devant le trône de Dieu, par de communs

hommages à leur Reine, notre Mère. Ils s’entretiennent de nos besoins; ils se parlent de nos mutuelles prières; ils

les portent ensemble dans le sein de Dieu et de Marie.

46


J’ai pensé plusieurs fois qu’il devait vous être pénible de laisser ignorer à Eugène votre séjour si près

de lui. Quand je pense à cette angoisse de votre cœur maternel, je me trouve si indécis sur ce que je ferais à

votre place, que je ne trouve autre chose à faire que de décharger pour vous cette perplexité dans le Cœur de Jésus,

et de lui dire, à ce Cœur si affligé, parce qu’il est si tendre: “Inspirez à ma bonne Mère ce qui est le mieux

pour Eugène et pour elle”.

Ce qui a rendu ces pensées plus vives dans mon esprit, c’est une lettre que je viens de recevoir

d’Arzeu, en réponse à la mienne, datée de Duclair, pendant le petit voyage en compagnie de M. Le Prevost.

Cette lettre est excellente. Eugène y montre, non seulement de très bonnes dispositions, mais une grande énergie

à les soutenir. Il a, par sa patience, su rendre sans gravité, sans conséquence, une punition, la première de toutes,

depuis son entrée à la compagnie, laquelle pourtant était le résultat d’une inadvertance inexplicable d’un chef

subalterne; et c’est votre souvenir qui l’a rendu si fort contre lui-même. Si vous aviez un moyen de lui faire passer

les livres essentiels pour l’étude de l’espagnol, je croirais la chose fort utile, parce qu’il ne peut s’absorber

dans l’étude de l’arabe, et que dans l’absence de toute bibliothèque, l’étude est sa seule distraction. Il paraît

désœuvré; ce qui explique son ennui; ce qui, de plus, n’est pas sans danger.

Adieu, chère et bonne Mère, non seulement je me porte bien, mais je suis gras et frais; tout le monde

m’en fait compliment.

La famille Elambert est toute réunie à Provins; Maria me dit que tout le monde va bien.

50 - à la Société St Régis

Abus de bureaucratie? le couple a disparu de Grenelle.

Votre fils respectueux, qui vous embrasse de cœur...

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 17 octobre,1857

17 ème jour du mois des SS. Anges

Prière à MM. de S. Régis de vouloir bien pousser avec toute la diligence possible le futur mariage de

Pierre OSPITAL et Antoinelle SIGOBERT.

Le futur seul a ses parents, qui connaissent la future et dont le consentement est assuré d’avance. Je

viens d’écrire pour le demander.

51 - à la Société S. Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 29 ème jour des SS. Anges, année 1856 ou 1857

Prière à MM. de S. Régis de vouloir bien presser le futur mariage COUGNET et BOUQUET. J’écris

aux parents du futur pour le consentement dont on est moralement sûr.

SUQUET et DUCOURRAY, mariés civilement par abus des papiers de la Société, ont disparu de

Grenelle, sans que j’aie pu découvrir leur trace.

52 - à sa mère

à Alger

l’abbé Planchat, prêtre

Le Père est revenu de son voyage en Normandie. -- Un ministère spécial pour la Toussaint explique le retard à

écrire; -- “les grands jours que nous traversons”: la Toussaint et le mois des défunts?

Eugène est encore en Afrique, où il subit les conséquences de sa punition; -- Maria est à Provins.

Mme Planchat possède une maison à BLIDAH (à 48 km d’Alger); elle essaie de vendre ses propriétés. -- Le

Père Henri a des soucis financiers pour ses oeuvres.

Vaugirard, 6 novembre 1857

47


Chère et bonne Mère,

vendredi dans l’octave de la Toussaint,

Je vous donne en conscience le premier moment que j’ai de libre depuis la Toussaint. Il m’avait fallu

négliger mes malades et mes infirmes pour confesser la veille et le jour de Toussaint, puis encore le jour des

Morts. Il a fallu que ces pauvres reclus eussent leur tour.

J’ai eu du travail, non pas certes en proportion des besoins dans une population de 16,000 âmes, où il

n’y a pour le moment que deux prêtres en pleine activité et santé comme clergé paroissial, mais enfin plus que

les autres années en pareille circonstance, et cependant je suis moins fatigué, je ne le suis pas sérieusement le

moins du monde. Je conserve toute la bonne mine que j’ai rapportée de Normandie. Quelque pressé que je soye

par les besoins pécuniaires de la Ste-Famille, chaque jour plus nombreuse, plus dévorante aussi, et par ceux de

N.D. de Grâce, qui réclamerait ses 12,000 francs, comme l’année dernière, enfin par l’épuisement de ma petite

bourse, si nécessaire pour les premiers secours d’urgence et pour les petits cadeaux de circonstance, qui vous

attachent les gens; quelque absorbantes donc que soient, pour le quart d’heure, les préoccupations financières,

j’irai la semaine prochaine voir mes tantes.

Je viens donc de recevoir une lettre d’Eugène et une autre de Maria. Dites à Eugène, si vous lui

écrivez de suite, qu’il aura, comme il le demande, sa réponse dans la deuxième quinzaine de novembre. Quant à

Maria, elle paraît se trouver fort bien à Provins. il ne lui manque que sa bonne mère. Pour ma part, je ne suis pas

fâché que vous ayez oublié en France cette chère enfant; cela vous fera revenir vite, bon gré mal gré. Et quoique

vous disiez des délices de la température actuelle en Algérie, vous n’êtes point en mesure, pour la force et la

santé, de rester tout un hiver dans les tracas de ce pays. Réglez donc, chère et bonne Mère, le plus urgent, et puis

revenez-nous bien vite, dussent les intérêts en pâtir un peu. Vous avez déjà trop souffert, quoique vous affirmiez

modérer vos soucis et vous soigner en conscience. Après tout, mieux vaudrait cent fois vendre, même à perte,

que de vous condamner à l’exil, et nous, à la dure séparation de celle que nous aimons uniquement en ce monde.

Je crois que vous suivez à l’égard d’Eugène juste la marche qu’il faut suivre, c’est-à-dire lui faire

comprendre que la raison et les dispositions de la Providence de la famille, nullement un excès de sévérité, nous

obligent à le laisser achever son épreuve, puis lui procurer les adoucissements raisonnables que nous pouvons

apporter à sa position. Je lui ai déjà recommandé son arabe; mais il se plaint, je crois, de n’avoir pas les livres

nécessaires. Vous feriez bien de les lui procurer.

Je vous avouerai que j’ai assez mal fait la commission relative aux lettres de Brousse [de Virginie, en

Turquie], mais surtout parce que j’attendais de jour en jour votre retour. Dès demain j’avertirai aux Lazaristes.

Vous pensez bien que toute la famille, et vous en particulier, êtes présents au S. Autel, pendant ces

grands jours que nous traversons. Je n’oublierai pas non plus la famille Meyer et toute la paroisse de Blidah.

Votre fils respectueux ...

53 - à sa sœur Maria

chez Maître Garanger, notaire honoraire

rue des Faisceaux, Provins (Seine-et-Marne)

Mon ministère -- la famille.

Chère et bonne Maria,

l’abbé Planchat, prêtre

Vaugirard, 6 novembre 1857

(vendredi dans l’octave de la Toussaint)

Tu as eu bien raison de penser que l’excès de travail m’empêchait seul de répondre plus tôt à tes

aimables lettres. Nous avons eu à Grenelle (sans compter Vaugirard, qui nous incombe aussi un peu) dans les

deux jours de la Toussaint et des Morts 1000 et 1100 communions; or j’avais, comme devenant un peu ancien

dans le pays, des confessions plus que ma part. Il fallait préparer tout cela un peu d’avance. Puis nous sommes

au moment où poitrinaires et vieillards défilent; il faut donc être toujours aux aguets. Je viens de recevoir par le

même courrier que toi une lettre de notre bonne mère, dont le contenu est nécessairement l’équivalent de ta

lettre.

48


Adieu, ma chère sœur; je voulais t’écrire plus longuement, mais la cloche sonne. Je me porte toujours

à ravir. J’ai eu d’Eugène des nouvelles récentes, qui sont bonnes. Tu sais sans doute mieux que moi comment

vont nos tantes et Natalie, car il y a longtemps que je ne les ai pas vues.

Présente mon respect et mon souvenir le plus affectueux à Claire et à son mari [Alfred Molleveaux].

Embrasse bien pour moi le cher petit.

Je t’embrasse moi-même de cœur,

ton frère qui t’aime tendrement, ...

l’abbé Planchat, prêtre

Je pense que le séjour de Provins ne t’a rien fait changer à tes habitudes chrétiennes.

Si tu n’avais déjà fait choix d’un confesseur pour ton séjour, je t’en indiquerais un, que je puis à bon

escient te dire excellent, puisque j’en ai usé: Monsieur LALONGE, curé de St-Griace. C’est l’intime ami de la

famille St-Ange.

Tu as vu sans doute cette vénérable famille. Fais-y une visite exprès pour me rappeler à son souvenir

et l’assurer que je pense à elle devant Dieu.

54 - à la Société St Régis

Le dossier Maine et Hen a déjà été traité les 27 juin et 15 août.

Monsieur et cher Confrère en S. Vincent de Paul

Grenelle, le 15 novembre 1857

dédicace des églises

Permettez-moi de réclamer de vous, avec les plus vives instances, la recherche immédiate d’une pièce

qui, d’après une lettre reçue de Besançon, et que j’ai entre les mains, doit être au dossier de MAINE et HEN.

C’est le consentement que la mère de Maine a très positivement donné par-devant le notaire Brugnon, de

Besançon et signé en due forme le 9 octobre.

Si, par impossible, ce notaire, ami des Maine, s’était oublié, veuillez me le dire. Ce retard va faire

perdre à M. Maine une excellente place qui l’attend à Bordeaux.

Toutes les publications sont faites.

Tout à vous...

55 - à M. Dublaix

marchand de Vins en gros,

trésorier de l’Œuvre des Stes Familles, rue du Bac, 92, Paris

l’abbé Planchat, prêtre

Qui pourrait faire le catéchisme de première Communion à un jeune malade?

demandes d’aide à présenter à la réunion de demain.

L’abbé Le Rebours participera aux funérailles du père Planchat; il insistera pour une sépulture dans le

Sanctuaire N.D. de la Salette.

Exemple du style parlé: “une dette de quatre, cinq cents francs...”

Grenelle, le 11 décembre 1857

4 ème jour de l’octave

de l’Immaculée Conception de la T.S. Vierge

49


Monsieur et cher Confrère en S. Vincent,

Parmi les membres si nombreux et si zélés des Conférences avec lesquels vous a mis en rapport votre

actif dévouement, ne pourriez-vous pas en trouver un qui visitât, pour l’instruire, le jeune Angeli, malade à

l’hospice Necker, salle S. Pierre (la Sœur dira le numéro) Ce pauvre jeune homme n’aura pas de sa vie une autre

occasion de faire sa première Communion.

Le bon Confrère qui fera cette grande œuvre de charité répondra au vif désir de M. l’Aumônier, de la

bonne Sœur et de votre serviteur, qui regrette vivement, absorbé comme il est par sa Ste-Famille, de ne pouvoir

faire lui-même le catéchisme.

Je ne parle pas des bénédictions que réservent à ce bon confrère les Cœurs Immaculés de Jésus et de

Marie.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

N.B. Puisque vous aurez demain réunion pour le Conseil des Stes - Familles, dûment excusé par M.

Decaux, qui sait que je confesse à l’heure fixée, je vous prie de vouloir bien présenter, en faveur de la Ste-

Famille de Grenelle, les observations suivantes:

1° Je désire une généreuse allocation d’almanachs. J’ai fondé l’année dernière une fête des étrennes,

où chacun des 700 assistants reçoit un almanach. Or, je suis en ce moment avec 100 et quelques francs en caisse,

fruit de plusieurs jours de laborieuse quête, en présence d’une dette de quatre, cinq cents francs pour le pharmacien

seul, et d’un vestiaire vide, malgré mon invariable usage d’envoyer à chaque nouveau-né de mes 600

familles au moins une petite portion de layettes.

2° Je demanderais donc un peu d’argent au moins, s’il n’en reste plus dans la caisse.

3° Je serais vivement reconnaissant aussi si l’on m’indiquait quelques dames charitables, à qui je

puisse demander des layettes; j’ai en moyenne trois ou quatre nouveau-nés par mois.

4° Nous avons eu cinq à six cents communions dans la Ste-Famille, du 1 er au 8 novembre. Le chiffre

des mariages est en moyenne de 2 par semaine.

5° Nous avons eu distribution générale d’images pour l’Immaculée Conception, présidée par M.

l’Abbé Le Rebours, Grand Vicaire de Son Éminence. Nous aurons pour Noël distribution générale de

médaillons en plâtre à 9 c. pièce, représentant la Sainte Famille ou la Nativité.

Ces dépenses sont des fondations particulières de personnes charitables. Je recommande aux prières

plusieurs communions d’hommes pour Noël.

56 - à M. Chollet

Secrétariat Général de la Société S. Vincent de Paul

rue de Furstenberg, 6

Baudon: Président Général de la Société S. V. de P. -- Rita De Angeli: y a-t-il un lien avec Angeli de la lettre

antérieure?

Un acte de baptême de l’Espagne dans une forme telle qu’il pourrait plus tard servir pour le mariage.

Grenelle, 12 décembre 1857

5 ème jour dans l’octave

de l’Immaculée Conception de la T. Ste Vierge

Monsieur et cher Confrère en S. Vincent,

S’il existe une Conférence de S. Vincent-de-Paul à Valence, en Espagne -- et s’il n’en existe point,

par le Conseil de Madrid -- ne pourrait-on pas me procurer l’acte suivant dont j’ai besoin pour la première

communion d’un enfant de Grenelle, appartenant à une mère extrêmement gênée.

C’est l’acte de Baptême de Joséphine Rita De Angeli, née à Valence le 23 octobre 1846 et baptisée

deux ou trois jours après, à la paroisse S. Martin.

Veuillez faire pour moi cette demande à M. Baudon.

50

Tout à vous en s. Vincent

l’abbé Planchat, prêtre

Il serait bon que l’on obtînt cet acte en la forme voulue pour qu’il pût servir, au besoin, au mariage.


57 - à sa mère

à Alger

Maman est encore en Afrique; -- je vais à merveille; M. Le Prevost veille à notre repos; -- action de grâce pour

l’année qui achève; -- mes besoins matériels.

Chère et bonne Mère,

Grenelle, le 31 décembre 1857

7 ème jour de l’octave de Noël

En attendant que je trouve un peu de loisir pour causer d’abandon avec vous, je veux au moins vous

souhaiter la bonne année au jour où je le ferais, si vous étiez à Paris.

C’est bien pour moi une peine de cœur de ne pouvoir cette fois vous embrasser, surtout vous sachant

accablée d’ennuyeuses affaires. Je puis dire au moins que cette absence m’a fait me souvenir plus

particulièrement de vous au S. Autel. Après tout, c’est là seulement que les vœux sont efficaces. A notre Bon

Maître seul, il appartient de rendre heureux les jours qu’il nous a comptés; de lui seul découlent toutes les

bénédictions, celle du temps, comme celles plus précieuses et seules à désirer de l’éternité.

J’ai pour moi bien des actions de grâce à lui rendre en repassant dans mon esprit les jours de cette

année qui s’achève. Jamais je ne me suis mieux porté, ni senti plus fort, à la suite même de notables fatigues,

comme celles des fêtes de Noël. Il est vrai que notre bon Supérieur [M. Le Prevost] est toujours là, soigneux de

mettre le repos après le travail.

Même remerciement à Dieu et à Marie pour mon petit ministère. Sans doute il serait bien plus étendu

et bien moins stérile, si mes misères ne venaient pas à chaque instant arrêter et gâter l’œuvre de Dieu. Mais

enfin, malgré tout, la divine semence fructifie.

Priez pour que mes maladresses et gaspillages de temps nuisent moins aux pauvres âmes.

Priez aussi pour que je trouve les ressources matérielles, plus que jamais nécessaires à la fondation

bien lourde de N.D. de Grâce (le 27 janvier, notre Sermon de charité à S. Roch par le P. Lefebvre) et à ma

pauvre Ste-Famille qui doit, à cette heure, plus de 600 francs au pharmacien, sans parler des dépenses courantes.

J’ai ouvert, chez M. Daniel, à votre intention, un compte qui doit se monter à une vingtaine de francs. Comme il

commence à vieillir, je serais bien aise que vous ne tardiez pas à le solder. J’aurais bien besoin, pour une foule

de choses, du reste de mes étrennes.

Je n’ai pu encore voir Maria, depuis son retour; mes tantes se portent bien et aussi Natalie.

Je vous embrasse de cœur.

Votre fils...

58 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 28 janvier 1858

fête des épousailles de la Ste Vierge

Prière à MM. de S. Régis d’admettre et de presser avec grande diligence, car il traîne depuis le mois

d’octobre, le futur mariage MENARD et GAUTHIER...

59 - à M. Grand

rue St-Louis, 61, Grenelle

La rue de Grenelle s’appelle aujourd’hui rue de Lourmel.

l’abbé Planchat, prêtre

51


Monsieur Grand,

Grenelle, le 20...1858

Mon bon ami, vous me feriez plaisir si vous veniez me voir, rue de Grenelle, 29. J’aurais besoin de

vous parler jeudi ou samedi, de 7.00 à 9.00 hres du soir.

60- à la Société St Régis

Votre tout dévoué ami...

l’abbé Planchat, prêtre

Depuis le 14 juin et le 25 août 1857 deuxième rappel. -- Voici maintenant des conséquences fâcheuses!

MM. de S. Régis,

Grenelle, 2 février 1858

fête de la Chandeleur

Je supplie M. le Président de donner des ordres pour hâter l’expédition du mariage Jean MALAISSE

et Julie LAPIRRO.

Je ne puis m’expliquer comment depuis le 15 juin 1857, tout n’est pas terminé.

Je désire positivement savoir à quoi tient un pareil retard, qui aboutit enfin à une déplorable

cohabitation.

61- à la Société St Régis

Mariage Malaissé et Lapirro: voir 14 juin et 25 août 1857 et 2 février 1858.

M. le Président de la Société

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 22 février 1858

Chaire de S. Pierre

Je vous adresse Mlle Julie LAPIRRO, future du nommé Jean MALAISSE, qui vient vous expliquer sa

désolation de voir son mariage retardé indéfiniment par un fâcheux malentendu.

On m’a écrit des bureaux de S. Régis qu’en décembre le Juge de Paix avait répondu aux demandes de

la Société: “Malaissé ne veut plus se marier” et que là-dessus tout avait été arrêté.

MALAISSE m’assure que ses parents, s’ils ont ainsi parlé, ont parlé de leur chef et contre sa pensée.

Il en donne pour preuve le consentement authentique dressé sous ses yeux au pays et, affirme-t-il,

immédiatement adressé à la Société.

Quoi qu’il en soit des dispositions postérieures des parents, une simple déclaration verbale ne peut

infirmer cette déclaration authentique et rien, ce me semble, ne peut empêcher l’affaire de marcher.

Déjà les retards ont eu ce triste résultat de mettre en concubinage une jeune fille jusque-là honnête et

chrétienne. Je supplie que l’on rachète par une grande activité ces funestes délais.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

52


62- à la Société St Régis

Grenelle, 1 er avril 1858

Jeudi-Saint

Prière à MM. de S. Régis de vouloir bien accueillir avec une bienveillance particulière les futurs

CONTE et DORE, que je poursuis depuis deux ans, et qui consentent enfin à sortir d’un long concubinage...

l’abbé Planchat, prêtre

63 - à la Société St Régis

Grenelle, 4 mai 1858

4 ème jour du mois de Marie

Prière à MM. de S. Régis de vouloir bien inscrire et presser le futur mariage RENARDET, Pierre et

Philiberte CHARLES...

l’abbé Planchat, prêtre

64 - à la Société St Régis

Cf. le 28 janvier 1858.

Grenelle, 15 mai 1858

15 ème jour du mois de Marie

Monsieur, je vous serais reconnaissant de vouloir me dire où en est le mariage J.B. Pierre MENARD

et Marie Octavie GAUTHIER.

S’il était possible de l’activer!

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

65 - à la Société St Régis

à MM. de S. Régis:

Grenelle, 29 ème jour du mois de Marie 1858

Je suis passé à la Mairie de Grenelle et j’ai constaté l’absence de deux pièces essentielles dans le

dossier Augustin DUCHATEL et Marguerite HENRY, à savoir:

1° le congé de M. Duchâtel à retirer à Melun des mains de M. le Capitaine de recrutement, qui ne

veut, à ce qu’il paraît, le remettre qu’à Duchâtel; (écrire de suite pour savoir la raison de cette singulière

exigence).

2° et l’acte de naissance (à la maternité) de l’enfant à légitimer, deux ans au 5 mars dernier.

La future étant sourde, beaucoup de patience avec elle, s’il vous plaît.

Duchâtel a eu son congé en avril 1856....

l’abbé Planchat, prêtre

66 - à des parents

d’une jeune fille

Grenelle, le 1 er juin 1858

Persuadé que vous avez l'intention de faire renouveler à votre chère [...] sa première communion, je

vous avertis que cette année la première communion se fait le mercredi 9 juin.

53


Il serait bien à désirer que votre chère [...] pût assister à la retraite au moins depuis le dimanche 6 juin.

Je désirerais dans tous les cas la voir le 6; elle pourra me trouver ce jour-là à l'église de Grenelle de 5

h.1/2 à 9 h. 1/2 du matin et de midi à 2 h.

67 - à la Société St Régis

rue du Gindre, Paris

Votre très humble serviteur,

Lenteurs pénibles; refus d’assister de la part du père. Voir lettre du 28 janvier 1858.

l'abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 14 ème jour

du mois du S.Cœur 185[8]

Le père de J.B. Pierre Marin MENARD, au moment de se marier avec Marie-Octavie GAUTHIER,

renonce à venir assister au mariage; il est prêt à donner son consentement aussitôt qu’il en sera requis par la

Société. Je supplie ces MM. d’écrire de suite.

Il y a un an que ce mariage traîne, sans aucune faute de la Société, je le sais bien, mais à ma grande

désolation.

68 - à la Société St Régis

Cf. le billet du 29 mai 1858.

Monsieur le Président et cher confrère,

l’Abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 23 juin 1858

23 ème jour du mois du Sacré-Cœur

DUCHATEL a été à Melun pour son congé. On le lui délivrera demain au Ministère de la Guerre.

Il affirme que la petite, déposée sous le nom de Marguerite Clarisse HENRY, est bien née de ses

œuvres: il demande, si cela étant, il ne peut pas, en présentant l’acte de naissance déposé à la Mairie, reconnaître

et légitimer tout à la fois cette chère petite.

Recommandez-lui maintenant de presser la célébration, afin que ses bans ne soient pas périmés.

69 - à M. Léon Gossin

Président de la Société S. Régis,

Tout à vous...

Cf. au 22 février 1858 et les démarches antérieures; une lettre au Président sera-t-elle décisive?

M. et cher confrère en S. Vincent,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 28 juin 1858

28 ème jour du mois du S.-Cœur

Je suis désolé de voir combien traîne le mariage MALAISSE (Jean) et LAPIRRO (Julie), surtout dans

l’état de la future.

Veuillez, je vous en conjure, me dire :

1° ce qui retarde encore la conclusion,

2° si une lettre de moi aux personnes à qui il appartient de délivrer la pièce dernière pourrait hâter son

expédition.

54


70 - à sa sœur Maria

rue de Vaugirard, 61 - Paris

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Maman et Maria habitent Paris. -- Une pauvre communiante à habiller au complet; je ne puis soutenir une

dépense extérieure à mes fonctions.

Chère et bonne sœur,

Vaugirard, 28 ème jour du mois du Sacré-Cœur 1858

Samedi, je te demandais d’habiller mon bréviaire; aujourd’hui, je te demande d’habiller ma petite

orpheline qui fait sa Première Communion le 11 juillet. Elle n’a ni la robe de dessus, ni même celle de dessous,

ni le voile, ni les souliers, ni le cierge, rien à peu près que ce qu’elle peut conserver de sa garde-robe actuelle,

bien pauvre, hélas! et bien chétive!

Dis-en un petit mot à ton amie, Mlle BOCQUILLON; elle sera tout heureuse de t’aider, peut-être tu

peux frapper à quelqu’autre porte encore, à celle des demoiselles DANIEL, par exemple.

Qui refuse pour une pauvre enfant abandonnée, au moment où elle va devenir le tabernacle de Jésus-

Christ? Ainsi se trouvera couronnée l’œuvre que nous portons depuis longtemps, combien péniblement, tu le

sais!

Si au milieu de ces excessives chaleurs survenait un jour supportable, maman ne pourrait-elle pas

retourner à Conflans pour faire de nouvelles instances en faveur de ma pauvre enfant ?

La prudence, la charité même qui m’attache à mon œuvre propre et principale de la Ste-Famille, ne

me permettent pas de garder l’enfant à ma charge plus tard que le mois de septembre exclusivement, époque du

renouvellement. Encore serait-ce me rendre grand service que de la caser aussitôt après sa Première Communion.

Ton frère qui t’embrasse de cœur, ...

l’abbé Planchat, prêtre

Ces dames de l’œuvre des SS. Anges disent mille choses à notre bonne mère et à toi. Egaye bien cette

bonne mère et embrasse-la pour moi.

Adresse-toi aussi aux jeunes demoiselles BEAUGRAND.

71 - à la Société St. Régis

Frais d’un procès? que la Société y songe!...

Grenelle, le 3 décembre 1858

fête de st François Xavier

Prière à MM. de S. Régis d’écouter l’exposé de la grave affaire que viennent lui communiquer les

porteurs, et d’adopter le mariage HARAN et BAUDOUX, s’il n’y a pas d’autre moyen de rectification que le

recours à la justice, car ils ne peuvent faire les frais d’un procès.

72 - à la Société St Régis

Une affaire si simple à régler!

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 17 janvier 1859

55


fête de st Antoine

Je supplie M. l’Agent de me dire où en est le mariage PETREMONT (Michel) et DUBOIS (Uralie).

Je ne puis vraiment m’expliquer comment une affaire si simple n’est pas encore terminée.

73 - à Mgr de Ségur

Association de S. François de Sales

rue de Grenelle, 39

l’abbé Planchat, prêtre

Les heureux fruits de l’œuvre de la Ste-Famille -- cette dernière répond au but de l’Association de S. François

de Sales -- des conversions du protestantisme et une protection -- Elle mérite votre aide.

Monseigneur,

Grenelle, le 26 janvier 1859

5 ème jour de la neuvaine de s. François de Sales

Les efforts de la Ste-Famille de Grenelle rentrent, je crois, dans le double but de l’Association de S.

François de Sales. Ils combattent l’indifférence; ils disputent à la propagande protestante le terrain et ses

victimes.

L’indifférence est combattue par l’instruction religieuse que l’œuvre procure dans les séances semihebdomadaires

et dans les deux retraites de Pâques et de l’Assomption à 700 familles ouvrières. Les résultats de

pratique sont sept à huit cents Pâques au moins, dont près de la moitié d’hommes; 500 communions à Noël, dont

plus de 100 d’hommes; des retours nombreux aux fêtes principales, plusieurs Pâques arriérées chaque dimanche;

en moyenne deux à trois mariages réhabilités chaque semaine. Chaque année une douzaine de premières

communions d’adultes et une trentaine de confirmations.

La Ste-Famille dispute aussi leur proie aux Protestants: chose difficile dans un pays tout entier pauvre

où l’hérésie compte quatre écoles (le territoire de la Ste-Famille embrasse une grande partie de Vaugirard et

d’Issy) deux orphelinats et deux temples, où surtout elle verse l’argent à pleines mains.

Je me borne à deux faits récents:

1° La Ste-Famille a fait rentrer, au lit de mort, dans le giron de l’Eglise un pauvre ouvrier; elle

soustrait par là sa veuve et deux orphelins à la corruption de l’or protestant. Elle a, de plus, procuré par ses

démarches et par ses secours le baptême catholique de l’un de ces deux orphelins, enfant de deux ans, envoyé

dans le Nivernais, après avoir été présenté à l’Oratoire de Paris.

2° Une enfant de neuf ans vient d’être arrachée à l’orphelinat protestant de Vaugirard. Son père veuf

la laissait dans la rue; un oncle, -- gagné par les protestants, qui ont attiré à leur école ses deux fils, catholiques

de naissance, comme lui, -- allait s’emparer de cette enfant au nom des protestants, quand elle a été cachée dans

l’excellente maison des Sœurs de S. Paul à Illiers (Eure-et-Loire). La direction de la Ste-Famille a dû, pour cela,

s’engager à fournir pendant trois années consécutives la somme de 75 fr.; la sœur supérieure de Grenelle a pris

de son côté pareil engagement.

Je ne parle pas de l’abjuration solennelle d’une luthérienne dans l’église de Grenelle à la fête de la

Purification 1858, ni de huit à dix mariages mixtes, (plusieurs civils de date plus ou moins ancienne) lesquels

ont assuré l’avenir d’autant de femmes catholiques et de leurs enfants. Un employé des prisons de Rouen a

abjuré dans l’église de Grenelle le samedi de la Pentecôte 1858 [29 mai].

Mais les charges matérielles de la Ste-Famille de Grenelle sont lourdes. Sans tenir compte des œuvres

spéciales pareilles à celle mentionnée ci-dessus; la dépense monte chaque année à 2000 fr. au moins. Il faut dire

qu’outre les médicaments attachés à l’assistance régulière aux séances, l’œuvre s’est imposé de ne laisser aucun

ménage sans un crucifix, une Ste Vierge et un livre de Messe, tout au moins le petit manuel de la Ste-Famille;

sans quelque bonne lecture, tout au moins l’almanach et les petites feuilles de la Société de S. Vincent de Paul.

Elle s’efforce aussi chaque jour, sinon d’enrichir beaucoup, d’entretenir du moins, sa bibliothèque et d’en faire

circuler les livres.

Or ces charges pèsent à peu près exclusivement sur le Directeur, pauvre religieux placé dans des

circonstances telles qu’il ne peut même appeler à son secours les industries ordinaires. D’autres œuvres, dans les

paroisses de Grenelle et de Vaugirard, ont en effet leurs sermons, leurs souscriptions, leur loterie.

On ne s’étonnera donc pas que la Ste-Famille de Grenelle se trouve en ce moment endettée de mille

francs.

56


Elle s’adresse avec confiance à l’association de S. François de Sales pour en obtenir un secours qui

l’aide à se libérer. Ce grand saint, aux approches de sa fête, ne peut manquer d’inspirer aux initiateurs de son

zèle un nouvel acte de cette générosité qui fait le caractère et la force de la bénite association que son nom

protège.

Dans cet espoir, Monseigneur, je vous prie d’agréer l’expression anticipée de ma profonde gratitude.

Votre très humble serviteur,

[en surimpression on lit] : 4 février -- refusé -- lui offrir des livres.

74 - au Comte Anatole de Ségur

Secrétaire Général de l'Association catholique de S. François de Sales

rue de Verneuil, 11, Paris

l’abbé Planchat, prêtre

Directeur de la Ste-Famille

Une explication, malgré le refus de votre Société, en suite de la lettre du 26 janvier dernier: l’aide de votre

Association n’est pas une décharge pour la Société de S.Vincent de Paul. -- La Ste-Famille de Grenelle est une

situation à part, à cause des protestants. Je suis seul à porter le fardeau!

Monsieur et cher Confrère en S. Vincent de Paul,

Grenelle, le 7 février 1859

Je vous suis reconnaissant de votre offre obligeante de livres de controverse; je l'accepte d'autant plus

volontiers que ma petite provision est complètement épuisée depuis un certain temps déjà et que mes affaires de

mariage m'ont mis à même de suivre plusieurs protestants en voie de conversion.

Me permettrez-vous une toute petite explication au sujet du motif qui a fait prendre au Conseil de S.

François de Sales la décision dont il m'exprime si obligeamment par votre organe, Monsieur le Comte, son vif

regret.

La Société de S.Vincent de Paul reconnaît elle-même la position tout exceptionnelle de la Ste-Famille

de Grenelle, obligée de faire face en grande partie aux besoins spirituels et temporels d'ouvriers nombreux

appartenant à diverses paroisses; reposant de plus tout entière sur son pauvre religieux, qui succombe à la tâche

et qui doit ravir aux soins si pressants de son ministère sacerdotal le temps qu'il consume, hélas trop vainement,

à la recherche des ressources matérielles.

Je crois donc qu'aider ce pauvre religieux dans son embarras, ce ne serait point décharger la Société

de S.Vincent de Paul, mais empêcher la chute d'une œuvre en détresse et faisant face à bien d'autres besoins que

ceux auxquels s'adressent les Stes-Familles ordinaires.

Je conjure donc le Conseil de prendre note de mon humble et suppliante démarche pour le moment

favorable où l'état de sa caisse lui permettra de s'en souvenir.

En attendant je prierai chaque jour au St Autel pour la prospérité d'une œuvre aussi sainte et aussi

nécessaire que la généreuse et bénite Association de S. François de Sales.

Veuillez agréer, Monsieur et cher Confrère en S. Vincent de Paul l'expression de mon fraternel

dévouement et de ma sincère gratitude.

Votre très humble serviteur et confrère,

l'abbé Planchat, prêtre ; directeur de la Ste-Famille

membre de la Communauté des Frères de S. Vincent de Paul

Seriez-vous assez bon pour me faire savoir quand je pourrai faire prendre les livres de controverse que

le Conseil veut bien m'accorder?

[en surimpression] : REPONDRE QU'ON NE PEUT LE SECOURIR POUR LE MOMENT - 2 mars

57


75 - à la Société St Régis

Monsieur et cher confrère,

Grenelle, le 1 er mars 1859

1 er jour du mois de S. Joseph

La lettre ci-jointe me paraît équivaloir à la promesse de consentement.

J’écris à M. le Curé du futur LAFOURCADE pour lui expliquer que l’acte de notoriété peut se

dresser ici, surtout avec cette lettre qui renferme le témoignage des parents de Lafourcade et le sien.

l’Abbé Planchat,

Lafourcade me déclare qu’il lui est impossible de faire la dépense d’un voyage au pays. Veuillez

appeler sans délai Lafourcade pour lui indiquer la marche à suivre pour son acte de notoriété.

76 - à la Société St Régis

Grenelle, le 7 mars 1859

7 ème jour du mois de S. Joseph

Prière à MM. de S. Régis de recevoir et presser le mariage SOUQUET (Ed. B.) et PLISSON (Louise

Cat.), veuve ADAM.

l’abbé Planchat, prêtre

77 - à la Société St Régis

Grenelle le 13 mars 1859

13 ème jour du mois de S. Joseph

Prière à MM. de S. Régis d’inscrire et de pousser le futur mariage AUNEAU (René) et PIERSON

(Thérèse)

l’abbé Planchat, prêtre

78 - à la Société St Régis

Grenelle, le 18 mars 1859

veille de S. Joseph

Prière à MM. de S. Régis d’inscrire et de presser le futur mariage MASSON (Joseph) et FLEURY

(Augustine)

l’abbé Planchat, prêtre

79 - à Mgr de Ségur

Président de l'œuvre de S. Francois de Sales,

39 rue du Bac, Paris

Difficulté pastorale à cause du protestantisme dans le quartier; le pasteur Météthal et le ministre calviniste sont

astucieux et zélés.

58

Grenelle, le 28 mars 1859


Monseigneur,

28 ème jour du mois de S. Joseph

Je suis heureux de vous dire que les causeries font du bien ici. Dans une lettre engagée, un peu

malgré moi, il est vrai, mais faute de mieux sous ma surveillance, entre un solide chrétien de la Ste-Famille et

un réfugié Belge qui n'avait fait qu'y passer, les causeries ont réduit le réfugié au mutisme le plus complet. Il en

a référé au Sieur Météthal, ministre de Grenelle et Vaugirard. Celui-ci n'a trouvé rien de mieux à faire que de

crier bien haut à son prêche qu'il attaquerait en justice Mgr de Ségur.

Ce même Météthal comble de ses assiduités un ménage mixte où il vient de naître un enfant. Et

comme sur l'avis de M. le Curé, j'oppose visite à visite, il ose bien dire: “c’est étrange! que ces MM. prêchent

dans leur église tout ce qu'ils voudront; mais qu'ils ne viennent pas prêcher à domicile.”

J'ai de tristes preuves de la recrudescence et de l'extension de la propagande protestante à Grenelle. Ce

n'est pas seulement Météthal qui missionne ici; le pasteur du temple calviniste, récemment installé vis-à-vis S.

Roch, est parvenu à acheter, tout près de notre maison, une famille de campagnards, débarqués il y a peu. Visites

du ministre, réceptions cordiales à l'oratoire S. Roch, puis à la table pastorale, enfin association à une sorte de

cercle ouvrier qui se tient le dimanche soir et où le temps se partage entre des jeux et la lecture de la Bible, enfin

aimable pas de conduite au sortir du cercle, tout est prodigué à ces pauvres gens ébahis.

Le point de départ de la captation a été d'exploiter le mécontentement injuste que le malheureux

homme éprouvait contre la Société de S. François-Xavier de Vaugirard. Il avait trois francs et il voulait

absolument, avant les trois mois révolus, avoir le médecin et les médicaments.

Le zèle et le ravissement de ces malheureux n'ont point de bornes. La femme a brûlé son crucifix,

image défendue par l'Ecriture et a fait sa soupe avec; l'homme ne travaille qu'une petite journée et va presque

chaque soir apprendre à lire à l'Ecole S. Roch pour pouvoir par lui-même étudier la Bible. On dit que tous deux

vont se faire rebaptiser dimanche prochain. Il faut dire qu'une telle conduite inspire dans la maison, l'une

pourtant des plus mal composées de Grenelle, une réprobation universelle; que la femme du même ouvrier --

que Météthal redoute et anathématise -- a vertement rivé son clou au missionnaire calviniste essayant de

l'attirer.

Mais les apostats n'en sont pas moins des agents dévoués; ils répandent les brochures qu'eux-mêmes

ne peuvent lire; ils ne se lassent point de vanter le bonheur qu'ils éprouvent et dans l’occasion les avantages que

l'on retrouverait à les inviter.

Si les préoccupations matérielles que j'ai eu plus d'une fois l'honneur d'exposer à Mgr ne m'eussent

absorbé, j'aurais continué à visiter ce ménage que j'avais vu une fois ou deux dans le temps de la maladie et je

n'aurais pas appris trop tard la funeste action qu'ils ont subie.

Tout à vous dans les Sacrés Cœurs,

80 - à un bienfaiteur

Monsieur,

l'abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 12 avril 1859

mardi de la Passion,

Dans mes efforts désespérés pour diminuer ma dette de 1300 fr. pour les médicaments de la Ste-

Famille, je ne sais comment, vous, si bienveillant pour toutes les petites œuvres de notre communauté, avez été

oublié.

L’extrême détresse où je me trouve au moment de ma retraite annuelle de la Ste-Famille, sans un sou

pour faire face aux frais journaliers de l’expédition des lettres, à bout de toutes les provisions d’objets de piété

qui me deviennent plus nécessaires que jamais, m’enhardit à solliciter votre charité.

Vous pouvez en toute sûreté remettre votre aumône à mon commissionnaire, en notant seulement le

chiffre sur un papier signé de vous.

81 - à M. l’abbé Ravinet

Votre très humble et très reconnaissant serviteur,

l’abbé Planchat, prêtre

59


[Vicaire Général]

Cf. lettre du 16 juin 1859: la dédicace et la signature.

Monsieur et bien cher Père en N. S.

Grenelle, 12 mai 1859

Je vous prie de vouloir bien m’accorder une dispense totale de bans pour de pauvres ouvriers qui,

mariés à la mairie le jeudi de la mi-carême, n’ont pas été à l’église, parce qu’on leur avait dit qu’il fallait de

l’argent.

Votre enfant en N. S.

l’abbé Planchat, prêtre

Il me revient en mémoire une autre dispense à demander pour un autre couple, marié civilement, faute

d’un acte de baptême que j’obtiens enfin.

82 - à la Société St Régis

Grenelle, le 31 mai 1859

dernier jour du mois de Marie

Je supplie MM. de S. Régis de vouloir bien presser l’expédition du mariage LEROUGE (Louis,

Victor) et BAILLEULE (Victorine, Rosalie).

Le pauvre homme parle de retourner un de ces quatre matins en province, parce qu’il ne gagne pas

assez pour donner du pain à son enfant.

83 - à l’Abbé Louis RISSE

aumônier des Orphelins,

rue de la Fonderie, 7, Metz.

l’Abbé Pl.

Le Père Planchat prie pour lui et l’invite à devenir F. de S.V. de Paul. -- nous sommes six ecclésiastiques --

l’attention constante des premiers religieux à étudier les vues de la Providence, “afin de nous y conformer

docilement”.

Mon bien cher M. Risse,

Grenelle, le 10 juin 1859

10 ème jour du mois du S.- Cœur

Je fais part à Millet du juste mécontentement de sa bonne mère. Son service l’accable, cependant il

trouvera le loisir d’écrire un de ces jours.

Vous me demandez de prier pour vous. Votre post-scriptum m’y oblige plus que je ne saurais dire,

même abstraction faite de votre empressement si aimable à m’obliger de toute façon. Il me montre en effet que

vous nous êtes uni de cœur et de désir; pourquoi ne serait-ce pas aussi un jour, et bientôt, de vocation et de vie

commune?

Je me hâte donc de vous envoyer, comme vous me le demandez, une petite note sur la communauté

des Frères de S.Vincent de Paul. Nous n’avons encore fait imprimer aucun document complet. La petite note cijointe

a été faite à la demande de M. Baudon, Président Général de la Société de S.Vincent de Paul, et elle

concerne plus particulièrement les frères laïcs. Elle est cependant applicable aux frères ecclésiastiques dans ses

dispositions générales.

Ces notions générales auront pour effet, je l’espère, de vous rapprocher de plus en plus de nous. Par le

cœur cette union serait, je le crois, bientôt consommée, et nous n’aurions sans doute guère de peine à nous

entendre; j’en trouve la pleine assurance dans la conformité de nos vues et dans la parité de nos œuvres. Seulement

les obligations des œuvres, les liens de position, peuvent parfois créer quelques difficultés. Nous

souhaitons bien, cher Monsieur l’Abbé, qu’aucun obstacle sérieux ne vous semble se mettre entre vous et nous.

60


Pour ceux qui vous paraîtraient résulter de notre constitution, j’oserais bien dire d’avance qu’ils ne

sont qu’apparents. Quelques points de notre règlement peuvent, il est vrai, n’être pas encore assez définis; mais

ils sont un témoignage de notre attention constante à étudier les vues de la Providence à notre égard, afin de

nous y conformer docilement.

Cette façon d’agir nous a si bien réussi jusqu’à ce jour que nous devons y persévérer. Du reste, dans

la pratique, nous vivons en paix parfaite, et dans des conditions excellentes pour accomplir tout le bien que les

œuvres nous donnent l’occasion d’espérer. Nous sommes six frères ecclésiastiques; nous nous concertons entre

nous, sous la direction d’un vénérable prêtre [l’Abbé Beaussier] qui nous a dirigés, ecclésiastiques et laïcs dès le

commencement, en tout ce qui regarde notre ministère, et nous cherchons ensemble tous les moyens de procurer

la plus grande gloire de Dieu par nos humbles travaux.

Adieu, cher ami, priez et faites prier pour nous.

84 - à l’Abbé Ravinet

Grand-Vicaire, vice-Official,

127, rue de Grenelle, St-Germain.

Tout à vous dans les S. Cœurs

l’abbé Planchat, prêtre

Cf. la lettre du 10 juillet 1859 -- Le Vicaire Général Ravinet avait écrit au futur séminariste Planchat en 1843. --

A cause du travail du “futur” le mariage ne peut être célébré que le soir

Monsieur et bien cher Père en N. S.

Grenelle, le 16 juin 1859

16 ème jour du mois du S. Cœur

Je vous serais reconnaissant de vouloir bien accorder dispense des deux derniers bans pour le mariage

de MUTELET et AUBIN, pauvres ouvriers mariés civilement. Je me suis assuré qu’il n’y avait nul

empêchement canonique à ce mariage.

Le motif de la dispense est dans les fréquentes absences du mari pour son travail. Il ne peut non plus

être marié, à cause de la presse de son travail, que le soir de 7 à 8h; au moment de la prière.

Monsieur le Curé, étant absent, n’a pu signer.

85 - à la Société St Régis

Votre enfant en N. S.

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 20 juin 1859

20 ème jour du mois du S. Cœur

Prière à MM. de S. Régis de voir s’ils ne pourraient s’occuper du mariage de DEMEULIN (Pierre) et

FERCOT (Elise).

Le futur est encore sous les drapeaux, mais en congé de convalescence et libérable presqu’aussitôt

après l’expiration de ce congé.

La future, seule, a sa mère, dont le consentement est assuré; elle lui écrit ce soir même pour vous

pouvoir fournir une preuve des intentions de sa mère.

86 - à l’Abbé Clauzet

l’abbé Planchat, prêtre

61


Cf. la lettre du 16 juin 1859. -- Préparer la célébration du mariage à la paroisse Y, après avoir célébré le

Sacrement de la Réconciliation.

M. l’Abbé Clauzet,

Grenelle, 10 juillet 1859

Muni des permissions ci-contre, j’ai fait promettre aux futurs MUTELET et AUBIN de venir me

trouver, rue de Grenelle, 29, demain vers 7h. du soir, pour de là se rendre à l’église [et s’y confesser]. Ce serait

donc un mariage à inscrire pour 7. 3/4 h., demain soir.

J’ai pensé qu’il vous serait facile de prévenir le bon M. Cornubert, qui est de garde demain.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

J’ai vu Mme Hébert, qui va toujours bien mal, et qui comptait sur votre visite aujourd’hui, dans la

soirée (23, rue Ste-Marie)

87 - à M. Léon Gossin

(Société St Régis)

Cf. lettre du 31 mai 1859 -- Le marié a dû emprunter des vêtements pour son mariage.

M. le Président,

Grenelle, le 6 août 1859

Transfiguration de N. S.

M. et cher confrère en S. Vincent, je vous serais reconnaissant de vouloir bien procurer à M.

LEROUGE, — qui vous remettra avec ce billet l’attestation de son mariage — quelques effets qui lui seraient

bien nécessaires pour occuper une place qu’on lui a presque promise; il a dû, pour son mariage, en emprunter.

Je tâcherai bien de lui procurer un pantalon; mais c’est tout ce que je pourrai faire, accablé de toutes

sortes d’occupations et de besoins.

Je suis content de la façon sérieuse dont ces pauvres gens se sont préparés à leur mariage, et de leurs

dispositions actuelles.

88 - à M. Léon Gossin

(Société St Régis)

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Cf. les lettres du 31 mai et du 6 août -- il vaut la peine d’aider ce jeune Lerouge; il est débrouillard et se montre

très responsable.

Monsieur et cher confrère,

Grenelle, le 22 août 1859

octave de l’Assomption

Permettez-moi de rappeler à votre souvenir le nommé LEROUGE, récemment marié par la Société S.

Régis. J’ai déjà eu l’occasion de vous le recommander.

Il continue à me donner pleine satisfaction; je m’affermis chaque jour dans la conviction que ce

mariage les a, lui et sa femme, complètement changés. Il s’est empressé, aussitôt qu’un petit secours, obtenu

d’un bienfaiteur par ses seules démarches, lui a permis de se liquider, de quitter pour un logement plus

convenable le garni qu’il occupait.

62


Il lui faudrait pour se tirer d’affaire un petit emploi, et il en est plus d’un qu’il remplirait, avec

intelligence et activité.

Veuillez s.v.p. penser à lui:

M. Lerouge,

31, rue Croix-Nivert, à Grenelle.

89 - à M. le curé de Moncel

Cf. lettre du 18 mars 1859.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 30 août 1859

fête de ste Rose de Lima

Ci-joint une lettre pour le curé de l’endroit où MASSON, qui vous remettra le tout, présume que sa

mère peut se trouver en ce moment.

Remplir, s.v.p., le blanc laissé pour le nom du notaire à qui vous avez demandé de recevoir le

consentement de la veuve Masson, afin que M. le Curé puisse communiquer à ce notaire.

La découverte une fois faite, m’envoyer, s.v.p., le nom et la résidence de votre notaire...

90 - à l’Abbé Ravinet

M. et bien cher Père en N . S.,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 30 août 1859

fête de s. Rose de Lima

Je vous prie de vouloir bien accorder dispense de deux bans pour le mariage LANGLOIS et CARTE,

célébré civilement, il y a six mois et que je désespérais de réhabiliter. Je me suis assuré de l’absence de tout

empêchement canonique.

91 - à la Société St Régis

Cf. lettres du18 mars et du 30 août 1859

M. l’Agent principal de S. Régis,

Votre enfant en N. S...

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 22 septembre 1859

fête de s. Thomas de Villeneuve

J’ai écrit le 30 août au curé de Moncel, au sujet de la veuve Masson, que vous ne pouvez trouver pour

le mariage de MASSON (Joseph) et FLEURY (Marie). Je suppose que ce curé vous aura écrit, ne m’ayant pas

répondu à moi.

Je ne puis m’expliquer le statu quo où demeure depuis cinq mois ce mariage; veuillez me dire où il en

est, et ce qu’il y aurait à faire pour avancer les choses.

Réponse de suite, s.v.p.,

Votre humble...

63


l’abbé Planchat, prêtre

Je supplie que l’on veuille bien me dire ce qui retarde encore le mariage FERRAND et

COMMISSAIRE (37.118).

92 - à la Société St Régis

Grenelle , le 22 septembre 1859

fête de s. Thomas de Villeneuve

Prière à MM. de S. Régis de vouloir bien inscrire et presser le futur mariage PROVOST et LE

BORGNE.

J’ai été profondément touché de la honte et du regret que la pauvre fille a témoigné de son triste état

par ses larmes et par ses sanglots....

93 - à la Société St Régis

Mariage urgent à cause de la maladie grave de la future.

M. et cher confrère,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 24 septembre 1859

Je vous prie de vouloir bien inscrire et presser le futur mariage BREL et HANTZER.

Ce mariage est urgent; car la femme, qui sent sa faute et désire vivement la réparer, s’en va de la

poitrine. Je l’ai fait entrer à l’hospice Necker, salle Ste-Adelaïde, 22; elle ira loin encore.

Je vous prie donc de recevoir, par exception, l’homme seul, avec les certificats que j’ai dû faire

signer, car cet homme est très occupé.

94 - à la Société St Régis

Cf. la lettre du 4 mai 1858. -- Ils avaient laissé tomber le projet commencé l’an dernier.

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 26 septembre 1859

Je vous envoye de nouveau le couple RENARDET et CHARLES (35.087) qu’avait rebuté la pensée

de ne pouvoir légitimer une petite fille de la future et non du futur.

RENARDET n’aurait-il pas la ressource de l’adopter ?... Un petit garçon des deux à retirer des

orphelins.

l’abbé Planchat, prêtre

95 - à la Société St Régis

Un religieux de S. V. de Paul, de la communauté de Grenelle, ancien membre de la Conférence de Nantes (cf.

lettre du 7 octobre 1859) est probablement Georges de Lauriston; puis-je agir directement avec la Société de

Nantes? Cf. lettre du 22 septembre 1859.

64

Grenelle, le 26 septembre 1859


Ayant dans la Communauté un ancien membre des Conférences [S.V. de P.] de Nantes, bien posé

dans la Société de cette ville, je me demande si je ne pourrais pas accélérer le mariage PREVOST (Frédéric) et

LEBORGNE (Julie), inscrits hier, en agissant directement auprès de la Société S. Régis de Nantes pour l’avis à

obtenir d’un conseil de famille à rassembler pour la fille Leborgne.

Si vous pensez comme moi, veuillez de suite me dire les démarches à faire à Nantes, tant auprès des

membres présumés de ce conseil de famille qu’auprès de la Société S. Régis de Nantes.

l’abbé Planchat, prêtre

96 - à la Société St Régis

Prière d’inscrire et de presser le futur mariage LIREPENNE et SORLET.

97 - à la Société St Régis

Grenelle, le 26 septembre 1859

l’Abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 27 septembre 1859

Prière d’inscrire et de presser le futur mariage LILLION (J. Baptiste) et BIGEL (Catherine). Trois

enfants, Annette Bigel, six ans, au pays,

Héloïse Lillion et Louis Lillion.

L’acte de naissance de Catherine Bigel n’est pas légalisé.

Bien accueillir le futur, qui a longtemps résisté aux instances de ses parents pour le mariage. Ils y

viendront.

98 - à M. Léon Gossin

Cf. lettre 22 et 26 septembre 1859.

Monsieur et cher confrère en s. Vincent,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 7 octobre 1859

7 ème jour du mois des SS. Anges

Dans le mariage PROVOST et LEBORGNE, inscrit à S. Régis sous le N o 37475, la principale

difficulté vient de la minorité de la future et du peu de relations qu’elle a conservées avec Nantes, son pays

natal. On lui avait conseillé, à S. Régis, d’écrire elle-même aux personnes de sa famille ou de ses connaissances

dont elle se rappellerait l’adresse.

Il m’a semblé qu’il pourrait être plus utile de demander les démarches à la Société S. Régis de Nantes,

envoyant les noms à son président. D’autant plus qu’un de nos frères de la petite communauté de S. Vincent de

Paul de Grenelle a de grandes relations à Nantes dans le monde charitable. Toutefois, je n’ai voulu modifier en

rien la marche indiquée à la Société, avant d’avoir votre avis.

Ce qui m’a suggéré l’expédient ci-dessus, c’est et la négligence habituelle des gens à qui on demande

pareil service, et le peu de bonne volonté du frère de la future, dans la circonstance présente.

65


Je vous serai reconnaissant d’une prompte réponse, car une lettre écrite, il y a huit jours pour le

même objet, n’est point parvenue, faute d’avoir été affranchie.

99 - à la Société St Régis

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 8 octobre 1859

Vigile de S. Denis

8 ème jour du mois des SS. Anges

Prière d’inscrire et de presser (la future a, du premier lit, une fille de 15 ans) le mariage projeté

PRUDHOMME (Joseph) et REGNIER Célestine (veuve SAUDRAS).

Ne pas oublier de réclamer au futur, avant l’envoi du paquet à la mairie, sa permission militaire pour

le mariage.

l’abbé Planchat, prêtre

100 - à la Société St Régis

Cf. lettre du 20 juin 1859; vous vous étiez chargé d’écrire!

Monsieur,

Grenelle, le 8 octobre 1859

Vigile de S. Denis,

8 ème jour du mois des SS. Anges

Voilà qu’en repassant les papiers pour rédiger l’acte de mariage DEMEULIN et FERCOT, on cherche

en vain la permission que vous étiez chargé d’obtenir du Colonel pour devancer d’un mois la libération

définitive.

Auriez-vous oublié ce papier, ou l’auriez-vous reçu tout récemment et remis à l’envoyé, pensant que

la troisième publication était demain?

Dispense obtenue de cette publication, le mariage devait se faire aujourd’hui; il se ferait encore, si

vous aviez la pièce.

101 - à M. Léon Gossin

l’abbé Planchat, prêtre

Vaines recherches pour obtenir le consentement des parents. -- Peut-on établir un acte de notoriété de disparition

de ces parents? -- Onze ans de vie commune.

M. et cher confrère en s. Vincent,

Grenelle, le 18 octobre 1859

18 ème jour du mois des SS. Anges

Le couple LEDUC et CAPLAIN s’est déjà présenté à la Société S. Régis sur ma recommandation, il

y a quatre ans environ. Vous lui dites alors de faire préalablement toutes recherches nécessaires pour découvrir

la mère de la future.

Plusieurs lettres écrites, soit par Leduc, soit par moi, tant au Maire qu’au Curé, obtinrent pour unique

réponse: “la veuve Caplain a disparu du pays”.

N’y a-t-il pas là lieu à un acte de notoriété de disparition, comme dans le mariage MERLOT et

DORIVALLE, légalisé à Grenelle par ce moyen et par votre entremise le 7 juillet de cette année, en des

circonstances identiques ? [voir lettre du 4 novembre 1856]

66


Ici le concubinage est encore de plus longue durée, il date de onze ans.

102 - à sa tante Laforêt

12, rue Neuve--Ste-Geneviève, Paris.

l’abbé Planchat, prêtre

La tante Veuve Laforêt est très charitable -- La maladie appauvrit davantage le couple Bourgeois; pourriez-vous,

en attendant...?

Ma bonne tante,

Grenelle, le 24 octobre 1859

fête de s. Raphaël, archange

J’ai suivi en tous points vos conseils. M. Rataud a été d’une charité admirable; il a payé la plus grande

partie du loyer du couple BOURGEOIS, 13, rue Royer-Collard; il a procuré, pendant la petite vérole de la

femme, médecin, médicaments, visite des Sœurs.

Mais dans quel embarras cette maladie a, de nouveau, jeté le couple infortuné! Arriéré pour l’enfant

en nourrice; il ne sait comment pourvoir aux besoins de chaque jour, surtout avec une vieille mère sur les bras.

J’écris à une bonne dame du quartier; mais elle est à la campagne.

En attendant, faites, je vous en prie, une petite visite à ces infortunés, si longtemps dans l’aisance.

Leur mariage est en bonne voie.

Votre neveu reconnaissant...

103 - à la Société St Régis

Monsieur,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 10 novembre 1859

Par suite de la lettre ci-jointe de M. le Curé de St-Lambert de Vaugirard, la validité du mariage

LAMOTTE et DUMET cesse d’être atteinte par le changement de domicile des futurs.

Mais il faudrait alors obtenir du Maire de Vaugirard une autorisation pareille pour celui de Grenelle.

Voyez ce que vous pouvez faire à cet égard. ...

104 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 12 novembre 1859

Prière à MM. de S. Régis d’inscrire le futur mariage OTT, (il n’y a plus d’ascendants), libérable au

1 er janvier 1860 et HALTER, ayant un enfant de deux ans, des œuvres du futur.

J’ai écrit lundi au curé de Fessenheim, commune de Neuf-Brisach (Ht Rhin) pour obtenir l’attestation

du consentement présumé du père de la future.

105 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

67


Le curé, trop occupé; et il a égaré des documents; dommages pour le couple.

Grenelle, le 19 novembre 1859

Ste Elisabeth

Prière d’inscrire et de presser le futur mariage GRASSAT -- GRANGE et MAIRE, Marie.

Ces braves gens sont tout découragés de ce que M. le Curé de Plaisances, entraîné par ses affaires, n’a

pas pu, selon sa promesse, suivre leur demande et a égaré deux ou trois papiers que le futur lui avait remis.

Grassat sacrifie, pour venir, sa journée de cocher.

Les certificats ont été préparés; la demoiselle Mairé les apportera signés.

106 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 19 novembre 1859

Ste Elisabeth

Prière de donner au couple DRIEU et LONTAIN les conseils dont il a besoin pour lever la difficulté

d’un tuteur ad hoc, nécessaire pour autoriser la future (enceinte).

l’abbé Planchat, prêtre

107 - à la Société St Régis

Grenelle, le 24 novembre 1859

Je supplie ces MM. de S. Régis de mener rondement le futur mariage BONSEIGNON et PLADIS.

Trois enfants, déjà, depuis quatre ans.

Le malheureux Pladis--père est aux galères à perpétuité pour attentat sur sa fille. Cette circonstance

rendait les futurs timides à se présenter. Le père du futur l’a reconnu, mais n’est pas marié.

Le père Bonseignon et la mère Pladis sont tout disposés à consentir et présents ici.

l’abbé Planchat, prêtre

108 - à M. Léon Gossin

Cf. lettre du 18 octobre 1859.

M. et cher Confrère en s. Vincent de Paul,

Grenelle, le 24 novembre 1859

fête de s. Jean de la Croix

Par une lettre en date du 26 août, M. Petel, l’un de vos charitables collaborateurs, me promettait

l’action la plus active de la Société en faveur des futurs LEDUC (Charles) et CAPLAIN (Marie), inscrits à cette

date. Il m’affirmait que le conseil déciderait la demande d’acte de notoriété de l’absence de la mère de la future,

dont on ne peut pas avoir de nouvelles depuis cinq ans, absence de nouveau prouvée par le silence du Maire, à

qui j’ai écrit le 23 octobre.

Les père et mère du futur ont déclaré entre mes mains désirer ardemment ce mariage.

Je désire savoir ce qu’a fait la Société et la conjure de se hâter.

Le mariage du frère de Charles, le mariage LEDUC (Simon) et BERCIAUX (Aspasie, dite Aspasie

SYLVAIN) a enfin été célébré à l’église le 10 courant.

68

Tout à vous ...

l’abbé Planchat, prêtre


109 - à la Société St Régis

Grenelle, 24 décembre 1859

Veille de Noël

Prière de recevoir et de questionner aujourd’hui au sujet du décès de sa mère le Sieur DEVOIX, qui

se trouve libre, et qui travaillerait lundi.

l’Abbé Planchat

Devoix me dit que sa mère a été à l’hospice de Montmorillon; elle y sera morte, sans doute. Y écrire

dès aujourd’hui.

La mère de Devoix est morte en couches du frère puîné du susdit, et ce frère a sept ans de moins que

lui. La femme Devoix doit donc être morte en 1832.

110 - à M. Dublaix

92 rue du Bac, Paris

Trésorier de l’œuvre des Saintes-Familles; cf. Lettre du 11 décembre 1857 -- je suis débordé! -- Venez conter

une histoire à notre Ste-Famille; en retour nous prierons pour vous.

Monsieur et bien cher confrère en st Vincent,

Grenelle, Paroisse St Jean Baptiste, 18 janvier 1860

Chaire de saint Pierre à Rome

Vous me ferez la charité, n’est-ce pas, de venir dimanche prochain, 22 courant, raconter une histoire à

la Ste-Famille de Grenelle à 7 h. 1/2 du soir. Je ne sais où donner de la tête; vous ne me condamnerez pas à

chercher. Tombée pendant l’été, la Ste-Famille est à peu près relevée; il faut pour la soutenir, une chaude parole

comme la vôtre.

J’ai du reste à vous entretenir d’une petite affaire qui vous intéresse. Pour votre peine de visiter le

20 ème arrondissement vous aurez un mémento de votre serviteur et une bonne prière de la Ste-Famille pour

votre santé, pour vos enfants et pour vos affaires.

Tout à vous en saint Vincent,

réponse de suite en ces deux mots: je suis à vous.

111 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat prêtre

Grenelle, le 21 janvier 1860

Prière d’inscrire et de presser le futur mariage BOUSSARD, veuf de BEAUNE (Anne) et PAILLOT.

La future est dans un état d’infirmité qui ne lui permet pas de se transporter à la Société. Le futur

apporte du reste tous ses papiers.

Accueillir Boussard avec une particulière bienveillance. Plongé dans une affreuse misère, dont l’excès

de travail -- principe d’une cruelle infirmité -- est la seule cause, il est rempli de la plus grande bonne volonté;

donnés hier, ses certificats sont signés aujourd’hui.

La fille Paillot, étant sur le point d’accoucher, je supplie ces MM. de traiter cette affaire d’urgence.

l’abbé Planchat, prêtre

69


112 - à la Société St Régis

Des malentendus ont déjà fait perdre du temps. — Pour le couple Bourgeois, cf. lettre du 24 octobre 1859;

l’adresse diffère: 13 ou 17 rue Royer--Collard: il s’agit d’un lapsus.

Grenelle, 24 janvier 1860

Je recommande d’une façon toute particulière l’expédition du mariage EPPARS et COUZET, inscrit

sur mes listes depuis le 21 juin 1859.

Divers malentendus ont retardé la présentation à S. Régis de ces futurs que vous avez bien voulu

inscrire déjà provisoirement dimanche dernier. Jugez par là de la nécessité de réparer le temps perdu.

Le futur est un peu sourd et se prépare péniblement à faire sa première Communion; double titre à

toute votre indulgence. Peu intelligents l’un et l’autre.

l’Abbé Planchat

J’aurais absolument besoin de savoir le N o du couple BOURGEOIS et BOURGEOIS-GARBE,

cousins germains, 17, rue Royer-Collard, présentés par M. Vincent, de la Conférence S. Jacques du Haut-Pas.

Dans une lettre du 17, M. Vincent se plaint à moi que l’affaire languit à S. Régis; pourtant les pauvres

gens souffrent bien de ces retards avec leur enfant.

113 - à Mgr de Ségur

l’abbé Planchat, prêtre

Mgr de Ségur est responsable de l’Association ou Œuvre de St François de Sales: diffusion de la bonne presse --

Le Siècle est un mauvais journal; vos opuscules sont un contrepoison. -- Des vœux à Mme de Pétrée, votre

soeur! -- Mgr de Ségur s’est occupé des zouaves pontificaux.

Monseigneur,

Grenelle, 26 janvier 1860

6 ème jour de la Neuvaine de S. François de Sales

Sous le patronage du bon saint François de Sales, et pendant sa neuvaine que nous faisons de notre

mieux (car il est l'un des Patrons de notre petite Communauté) permettez-moi de vous adresser pour vous-même

et pour votre belle œuvre une petite demande de livres. Les 800 ménages de notre Ste-Famille ont grand besoin

de bonnes lectures.

Je voudrais en particulier offrir à mes bonnes gens le contrepoison du Siècle, qu'ils lisent souvent bon

gré mal gré. Votre petit livre: le Pape me parait excellemment ce contrepoison. Vous m'en accorderez, n'est-ce

pas, un bon nombre d'exemplaires? car avant qu'il eût paru, j'avais épuisé toutes mes petites ressources à répandre

le Pape et Rome de Monsieur Mullois. Vous aviez aussi la charité de me faire voter par le Conseil de S.

François-de-Sales un nombre respectable de Réponses et autres livres semblables. J'attendais pour renouveler ma

provision, complètement épuisée depuis trois mois, un don que je recevais toujours au mois de janvier et qui me

manque cette année.

Daignez agréer, Monseigneur, la nouvelle expression de ma profonde gratitude avec mes souhaits

bien sincères pour l'année qui vient de commencer. Puissent les plus abondantes bénédictions se répandre sur

toutes vos œuvres et, surtout, sur la Mission que doit donner cette année à Grenelle votre chère Société.

Veuillez être aussi l'interprète de ma gratitude et de mes vœux envers votre digne sœur, Madame de

Pétrée, si bienveillante et si zélée, cette année comme l'an dernier, pour les misères sans nombre et pour les

petites œuvres de Grenelle.

70

Tout à vous en N. S.

l'abbé Planchat, prêtre


P. S. Vous avez eu l'extrême bonté d'apostiller une demande que le nommé Dumoulin, l'un de mes

bons amis de la Ste-Famille, naguère l'un des vôtres comme zouave en garnison à Rome, avait présentée pour

entrer, vu ses infirmités contractées au service, dans l'administration des Eaux de la Ville. Ne s'étant pas trouvé

là de places vacantes, il va former une demande pour entrer au Louvre comme gardien.

Ne pourriez-vous, Monseigneur, appuyer cette demande, autrement dépourvue de toute chance de

succès? La réussite serait le salut d'une famille de cinq personnes, où le père et la mère sont malades et les trois

enfants, en bas âge.

Livres envoyés 28 janvier.

114 - à M. Henri Guillot

chez Monsieur Caille;

Maison S.Vincent de Paul, faubourg de Noyon, Amiens

Henri Guillot: F.S.V., entré en juillet 1855 - décédé en octobre 1890.

Caille, Florent: entré le 14 mai 1852 -- profession le 8 octobre 1852 -- sorti en 1874 ou 1875.

Desouches,Victor: entré chez les F.S.V. en mai 1858 et parti en avril 1860.

Mon bon frère Henri,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 31 janvier 1860

fête remise pour Paris de s. François de Sales

Un brave ouvrier de Grenelle, le Sieur LAGIER (Jean Claude) en congé de semestre expirant le 31

mars prochain, s’était fait délivrer ce congé à la destination d’Amiens.

Voulant rester à Paris, ville pour laquelle on ne pouvait pas lui délivrer de congé, parce qu’il n’en est

pas originaire, il s’est borné à envoyer son congé avec le certificat de son patron de fabrique, attestant qu’il

travaille ici et fournissant, par conséquent, motif d’obtenir une permission de séjour à Paris. En réponse à ce

double envoi, M. Lagier attendait, soit un permis de séjour ici, soit un ordre de se rendre à Amiens. Trois lettres

pour réclamer réponse et papiers, demeurant ind [...]

Je recours à vous, bien cher frère, pour savoir si ce silence vient de ce que les papiers, adressés d’une

façon trop vague au Commandant de la Gendarmerie, à Amiens, auraient été perdus ou si ce silence équivaut à

un refus du permis de séjour ici.

Vous prendrez, n’est-ce pas, cher frère, dans le plus bref délai possible, les indications nécessaires.

Je suis tout heureux de saisir cette occasion pour vous assurer que personne ici ne vous oublie, surtout

devant Dieu. Présentez, s.v.p., mes amitiés les plus tendres à nos bons frère Caille [Florent], Desouches [Victor]

et Streicher.

Tout à vous dans les Sacrés-Cœurs de Jésus, de Marie et de Joseph,

M. Lagier demeure dans le pourtour de l’église, à Grenelle.

115 - à M. Léon Gossin

Monsieur et cher Président,

l’Abbé Planchat

Grenelle, 4 février 1860

Les Protestants profitent des lenteurs qu’entraîne ici, dans vos bureaux, le changement d’organisation.

Entre autres couples, le couple DESFLECHEN et FAVENT, demeurant 20, avenue S. Charles, couple

inscrit par vous le 4 septembre 1859, a été sollicité par eux avec promesse d’expédier en quelques semaines (à

force d’argent sans doute) ce mariage, dont la lenteur désespère les futurs.

71


Par contre, là où ils sont les maîtres, les Protestants ont pour le mariage des indigents d’inqualifiables

exigences, comme le prouve la lettre ci-jointe.

M. de Marolles, Juge de Paix du 15 ème , vous propose, en pareille circonstance, d’appliquer aux

futurs GEISER (protestant) et DEVAUX -- que je vous recommande, comme inscrits sur mes tablettes depuis

trois ans au moins -- la coutume qui est notre seule ressource pour les pays qui refusent, ou équivalemment, à

leurs nationaux leurs papiers pour se marier en France, tels que le Wurtemberg, Bade, la Bavière, c’est-à-dire de

suppléer les actes de l’état-civil et de consentement par des actes de notoriété.

Voyez, mais voyez vite, s.v.p.: il y a deux ou trois enfants.

Réponse, s.v.p. par les porteurs; et toujours recommandation de m’apporter leur N° d’inscription.

116 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 18 février 1860

Prière d’examiner sérieusement si les futurs CLOUG et PIERRE, porteurs du présent, ne sont pas liés

par l’empêchement civil d’oncle à nièce.

117 - à la Société St Régis

Cf. lettre du 18 février 1860.

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 23 février 1860

J’envoye à ces MM. les certificats pour le mariage CLOUG et PIERRE, et leur exprime le regret de

n’avoir pas reçu de réponse à la petite lettre qu’apportaient les futurs et où je demandais s’il n’y avait à leur

mariage aucun empêchement.

118 - au Commissaire de Police de Vaugirard

Faire gratuitement ce document?

Monsieur le Commissaire,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, le 5 mars 1860

De bons jeunes gens, habitant votre ressort, le nommé BARROIS (Célestin) et la demoiselle

TISSERAND (Aimé, veuve Pelletier), domiciliés 54, rue de Sèvres, à Vaugirard, se voient arrêtés dans leur

projet d’union par la disparition depuis 18 mois de la mère de la future, laquelle, cependant, n’a point quitté

Paris.

Ces gens sont pauvres, comme il appert des certificats d’indigence qu’ils soumettent en ce moment à

votre signature, pour obtenir leurs papiers par le moyen de la société charitable de S. Régis.

N’y aurait-il aucun moyen de faire faire gratuitement, par la Préfecture de Police, la recherche de la

veuve Pelletier, et dans ce cas, quelle serait la marche à suivre pour obtenir cette recherche?

Agréez, M. le Commissaire, l’assurance de ma considération distinguée,

119 - à M. Maurice Maignen

72

l’Abbé Planchat, prêtre,

Directeur de l’Association Ouvrière de la Ste-Famille


MAIGNEN, Maurice, est le troisième frère de la Congrégation; il est entré en octobre 1846, a fait

profession le 8 octobre 1852 et est décédé le 3 décembre 1890 -- l’abbé Louis Vitu, du pays des Autels près

Brunehamel, Aisne, est un collègue au Collège de Vaugirard, dirigé par l’abbé Poiloup.

L’abbé Henri recommande le jeune Auguste DOUCE.

Grenelle, 17 avril 1860

Je m’intéresse vivement à ce jeune homme sur lequel le saint Curé des Autels, -- mon ami de chez M.

Poiloup -- m’a donné dans une autre lettre -- que je regrette de n’avoir pas sous la main -- des renseignements

plus détaillés et plus favorables encore que dans la lettre ci-jointe.

120 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat prêtre

Grenelle, 10 juillet 1860

1 er jour de la neuvaine de S. Vincent de Paul

Prière d’inscrire et de presser le futur mariage SCHMAHL et PICARD.

J’écris au père du futur pour le consentement; le tuteur de la future l’accompagne.

Je prie MM. de S. Régis d’entamer cette affaire avant le consentement du père du futur, consentement

dont je me charge.

La mise en train de ce mariage aura pour résultat immédiat de délivrer la future des obsessions d’un

homme marié.

121 - à la Société St Régis

Messieurs,

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 26 juillet 1860

fête de Ste-Anne, octave de S. Vincent

Je recommande à toute votre bienveillante attention et à toute votre sollicitude la plus active le couple

BHUMET-CHAPELLE et GOUGET, porteur de ce billet.

Depuis huit ans ces pauvres gens vivent ensemble. Ils ont eu la promesse du père du futur, qui, les

bans publiés, est venu objecter qu’il fallait que sa femme, obligée par les mauvais traitements à regagner son

pays, rentrât d’abord avec lui.

Il sera facile de s’assurer que le Sieur Rhumet-Chapelle [ou Bhumet] est, dans le fait, mauvais père,

car on le peut trouver chaque jour assis sur son crochet au coin des rues S. Dominique et S. Guillaume. S’il

s’obstine, c’est évidemment le cas d’un acte irrespectueux (le futur a trente ans).

Je ne doute pas que le cas échéant, la Société ne consente à se décharger de cet acte; je prie seulement

que la délibération du conseil se fasse promptement, et que l’on me fasse savoir de suite le résultat, quel qu’il

soit.

122 - à la Société St Régis

l’abbé Planchat, prêtre

Grenelle, 26 juillet 1860

fête de Ste-Anne

Prière d’inscrire et de presser avec un intérêt tout particulier le futur mariage FROHBART et

GASTING.

73


La future avait quitté le futur, parce qu’il ne voulait pas se faire catholique; c’est sur sa promesse

d’abjurer le luthéranisme qu’elle poursuit le mariage.

Ecrire sous enveloppe aux futurs, qui veulent le secret, à leur domicile.

l’Abbé Planchat, prêtre

Le futur écrit demain même à Wolfenbüttel (Allemagne) à sa mère, pour obtenir une lettre de

consentement qu’il sait ne devoir pas lui être refusée.

123 - à sa sœur Maria

Rempart du Midi, Avize (Marne)

La ”Sœur Marie” est sa sœur religieuse -- Eugène prépare son dernier examen de Droit, à l’aide d’un livre d’un

autre étudiant; il va passer à Avize. - La cousine Lalyre serait de la famille Garanger. — Mlle Elise Payen, fille

du chimiste Anselme Payen, dirige à Grenelle le patronage N. D. du Bon Conseil pour les jeunes ouvrières.

Chère Maria,

Grenelle, le 1 er septembre 1860

Je n’arrive qu’hier soir de Chaville; voilà le secret du nouveau retard de tes Petites Lectures. Fais

pressentir que l’an prochain, il faudra, ou bien faire prendre les livraisons à Epernay où il y a une Conférence de

S. V. de Paul, je le crois du moins, (dans le cas contraire ce serait à Reims) ou bien payer 10 cent. en sus pour le

port, soit par an 30 cent. au lieu de 20 cent. J’ai voulu cette année, comme encouragement, prendre le port à ma

charge.

J’ai les lots de la loterie du Bon-Conseil; indique-moi comment te les faire parvenir par occasion; si tu

ne m’indiques rien d’ici à la fin du mois, je te les expédierai par le chemin de fer.

Que je suis heureux des bonnes nouvelles que tu me donnes de maman! La sœur Marie aura tant prié

pour elle à l’occasion de sa fête. J’aurais bien désiré à ce propos, que tu me renvoyasses, comme je te l’avais

demandé, la lettre de la Sœur Marie. Pour ta pénitence, envoie-la directement à Mlle Payen, 69, rue Violet, avec

les bonnes nouvelles de maman, qui la préoccupait beaucoup.

Nous allons employer la neuvaine et l’octave de la Nativité à remercier la T. S. Vierge. Faites de

même là-bas.

Adieu, bien chère sœur; j’embrasse ma bonne mère et je t’embrasse avec mes joues de vacances.

J’allais oublier de vous présenter le bonjour d’Eugène. Il espère une permission de quelques jours

pour Avize. Dites-lui qu’il sera le bienvenu. Il va emprunter, pour préparer son dernier examen de droit, les

livres de LETULLE, qui a fini.

Encouragez-le bien.

envoie.

Nativité.

Ton frère ...

l’abbé Planchat, prêtre

Je ne sais comment, mais je me trouve posséder les Petites Lectures d’octobre, le n o 10. Je te les

Assure la cousine LALYRE de mon souvenir tout particulier au saint autel, pendant ce temps de la

124 - à Mgr de Ségur

Président de l’Œuvre de S. François de Sales

74


39, rue du Bac, -- Paris

Le Père écrit: PRESSE, REPONDRE -- les manœuvres des protestants pour gagner des “fidèles”.

Monseigneur,

Grenelle, le 8 septembre 1860

Nativité de la T. Sainte Vierge

La T. S. Vierge est le divin marteau qui pulvérise l'hérésie; c'est donc, je crois, appeler son secours sur

notre pauvre paroisse que de choisir le jour de sa naissance pour vous signaler diverses manœuvres de la

propagande protestante. Sans doute ces manœuvres doivent être générales, mais c'est tout récemment que je les

ai constatées à Grenelle:

l° Les écoles protestantes donnent leurs vacances avant les écoles communales et rouvrent juste après

la distribution des prix de celles-ci. Les parents, toujours gênés du fardeau de leurs enfants désœuvrés, quand

même leur travail permet de porter ce fardeau, voient venir à eux maîtres d'école et pasteur évangélique. Alors

on recherche les enfants qui, après une simple apparition à l'aide évangélique, par coup de tête ou dépit contre

les Frères ou contre les Sœurs, étaient rentrés au bercail.

On dirait que l'inscription sur les listes de l'école protestante est un pacte fait avec Satan. Si le billet

d'avis du maître protestant, billet porté par quelques camarades bien entraînants, si ce billet n'a pas suffi, on

envoye demander aux parents ce qui empêche de remettre leur enfant à l'école évangélique. Si pour se

débarrasser même, les parents disent: “l'enfant ne peut aller à l'école parce qu'il lui manque quelque chose”, le

jour même l'objet est envoyé. Puis le ministre, et il s'y entend, car il a femme et enfant (c'est la remarque toute

récente d'une brave femme), vient faire l'inspection du ménage; un lit de plus est-il commode? il le prouve.

2° Lorsque l'adresse d'une bonne catholique a fait, bon gré mal gré, tenir à son mari protestant la

promesse qui fut la condition du mariage, lorsque malgré les observations du ministre un garçon a été baptisé

catholique, le ministre ne se regarde pas pour cela comme battu.

Les gens sont au-dessus du besoin? n’importe, ils ne refuseront pas une loge de concierge; le ministre

leur en procure une à sa portée, dans sa maison, s'il est possible (le cas vient d’arriver à Vaugirard pour un

ménage de Grenelle), afin que le premier enfant qui viendra procure à Satan sa revanche.

Nous voici affligés d'un établissement protestant de plus. C'est un asile pour l'enfance,

commencement évident d'une école, dans un quartier où l'école libre -- que soutient, pour sa part, l'œuvre de S.

François-de-Sales -- se trouve à cette heure tout à fait insuffisante, à l'avenue S. Charles. Suivant la tactique

ordinaire, on a profité, pour l'ouvrir, des courtes vacances de l'asile communal; les premiers élèves sont les

enfants catholiques de familles mixtes.

En présence de pareils efforts, la S. Famille doit employer tous les moyens pour les combattre. Les

petits livres ne sont pas inutiles; or en ce moment la S. Famille est tout à fait dépourvue et de ces petits livres et

de ressources pour en acheter. Je demande donc pour elle un bon nombre de Réponses, de causeries, de petits

traités.

Daignez agréer, Monseigneur, l’hommage de mon profond respect et de ma vive gratitude pour

l’Œuvre de S. François-de-Sales et pour vous.

Votre très humble serviteur,

l’abbé Planchat, prêtre

Directeur de la Ste-Famille

5 Carnets, 25 Réponses, 25 Consciences, 12 Manuels, 12 Napoléon, 6 Jésus Christ Expédiés le 22 octobre.

125 - à Mgr de Ségur

J’aimerais recevoir vos publications; je n’ai pas de quoi les payer...les diffuser est une “œuvre” de zèle et de

miséricorde.

Monsieur et Vénérable Confrère

Grenelle, 23 janvier 1861

Fête du Mariage de la Très Ste Vierge

3 ème jour de la neuvaine de S. François de Sales

Je ne saurais vous dire combien je trouve excellent votre petit livre de la Ste Communion. J'ai travaillé

tant que j'ai pu à le répandre, non seulement en distribuant les 50 exemplaires que vous avez bien voulu me

donner, mais en achetant tout ce que j'ai pu ensuite m'acheter, en envoyant par la poste à des amis éloignés un

75


on nombre d'exemplaires. D'où la confiance d'en avoir, par ces divers moyens, fait acheter des centaines. Je

voudrais ne pas m'arrêter dans cette propagande que je regarde comme une œuvre, tant je vois le cher petit livre

goûté, efficace pour la gloire du bon Maître.

Mais ma pauvreté est telle que l° je n'ai pu faire mes achats que par petites parties; ce qui me les a fait

payer le double; que 2° je ne puis aucunement les renouveler; et cependant j'aurais encore beaucoup

d'exemplaires à placer, tant pour le bien des âmes que pour la diffusion de cette doctrine si excellente et si peu

répandue. Voyez, Monseigneur, ce que vous pouvez faire pour moi.

Je recevrais aussi avec une vive reconnaissance un certain nombre d'exemplaires de votre brochure

sur l'Eglise. Je n'en ai pu acheter qu'un petit nombre et je me trouve arrêté, comme pour la première. Cependant

je la crois non moins utile dans son genre. Je n’en ai point encore reçu de votre générosité.

Pardonnez-moi mes importunités, mais je souhaiterais tant faire arriver aux âmes cette doctrine

onctueuse et pure que Dieu, dans sa miséricorde, fait découler de votre cœur! Que le bon saint François de Sales,

dont la fête approche, conserve et augmente en vous ces dons précieux. Je le lui demanderai, en retour de votre

grande charité.

Tout à vous dans les Sacrés Cœurs,

Expédiés 9 février 25 Eglises, 50 Communions,

abbé Roussel 100 Eglises , 25Communions, 25 Rome.

126 - à sa mère

VIII -- LE GRAND FRERE à Arras et à Amiens

1861-1863

l'abbé Planchat, prêtre

Notons qu’Henri se trouve maintenant à Arras. Le Père Le Prevost a dû l’envoyer à l’extérieur de Paris, parce

qu’il n’est plus agréé du curé de la paroisse; son zèle dérange! -- il se rend à Amiens deux fois par mois.—

Henri Halluin entre chez les F.S.V. en juin 1856 et quitte en avril 1864.

Mme Planchat est de nouveau en Afrique; elle a été malade -- Mlle Payen était responsable de l’Œuvre du Bon

Conseil de Grenelle, où l’abbé Planchat assurait un service pastoral.

Chère et bonne Mère,

Amiens, 12 juillet 1861

3 ème jour de la neuvaine de S. Vincent

C’est une petite vacance pour moi que ma visite de deux fois le mois à la Maison d’Amiens. Je profite

de ma vacance pour vous écrire. Je serai ce soir rentré à Arras.

Merci de votre bonne lettre. Elle m’a fait du bien, parce qu’elle m’a prouvé ce que vous me dites, que

par la grâce de Dieu, vous avez heureusement supporté une rude secousse.

76


Merci de vos bonnes prières pour nos chers orphelins; nous en avons ressenti l’effet. La première

Communion, qui a eu lieu dimanche dernier, s’est bien passée. Je n’ai pas oublié de faire payer par nos chers

enfants, immédiatement après leur avoir donné la Ste Communion, leur dette envers tous ceux qui avaient prié

pour eux. Priez de nouveau maintenant pour la persévérance des premiers communiants et des nouveaux

apprentis et jeunes ouvriers qui les ont accompagnés.

Merci, en troisième lieu, ma bonne Mère, pour vos souhaits si tendres de la S. Henri. Je ne l’aurai

jamais vu si solennelle que cette année. C’est la fête du saint prêtre, fondateur et supérieur de la maison

d’Arras. C’est encore la fête de deux autres frères d’Arras [dont Henri Guillot]. Tous les Henri de la

Communauté s’y trouvent réunis. Je me porte à ravir et je ne sens déjà plus du tout la fatigue de la retraite de

première Communion. Il est vrai que depuis deux jours, je me donne du bon temps.

Hier, en venant d’Arras à Amiens, je me suis arrêté au fameux pèlerinage de N.D. d’Albert, et là j’ai

dit la Messe pour Eugène et pour la famille d’Afrique, en même temps que pour mes premiers communiants, et

pour les œuvres.

Je voudrais vous écrire plus longuement; mais je dois vous quitter pour Mlle Payen, à qui, depuis

tantôt quinze jours, je n’ai pas répondu. Ecrivez-lui, de votre côté; elle a tant prié et fait prier pour vous; elle m’a

si souvent demandé de vos nouvelles, quand vous étiez malade. Que Maria joigne à votre lettre son petit mot;

car ni Mme ni Mlle Payen ne l’oublient; ces pauvres dames sont dans l’embarras et dans l’épreuve au sujet de

leurs œuvres si importantes, que le clergé de la paroisse -- dont le personnel a un peu changé -- ne comprend

plus comme autrefois.

Je remercie bien ma chère Maria de sa charmante petite lettre. Je lui répondrai pour sa fête. Je

l’embrasse de cœur, ainsi que vous, bonne Mère. Soignez-vous bien toutes deux pendant ces grandes chaleurs de

l’Afrique. Je le fais, moi, à Arras.

Votre fils soumis et reconnaissant,

127 - à M. Florent Caille

32, rue de Noyon, Amiens

l’Abbé Planchat, prêtre

chez M. l’Abbé Halluin (Arras)

Le Père Planchat assure une présence de grand frère auprès des autres - Le noviciat en bonne et due forme

n’existe pas encore.

Mon bon frère Caille,

Arras, 23 juillet 1861

mardi dans l’octave de S. Vincent

Je vous viendrai jeudi à la même heure que la dernière fois et pour le même temps.

Notez du reste une fois pour toutes (car je suis honteux de m’annoncer ainsi chaque fois que je viens à

Amiens) le 2 ème et le 4 ème jeudi de chaque mois, sauf avis contraire.

Mille amitiés à nos frères Alphonse [Vasseur], François et Gustave. J’espère que notre bon

persévérant n’est plus malade.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Si on pouvait, jeudi, retarder la lecture jusqu’à 2 heures 1/2, j’y serais certainement; d’autant que

j’arriverai moins affamé que l’autre jour.

128 - à sa sœur Maria

Un ennui: des billets de loterie à placer; une consolation: causer avec sa sœur autour de la fête de l’Assomption

de la Vierge.

Amiens, 8 août 1861

(2 ème jour de la neuvaine de l’Assomption)

Ma chère Maria,

77


Le courrier t’apportera tout à la fois et un ennui et une consolation.

La consolation, c’est la petite lettre que j’ai semblé te refuser l’autre jour et que certes je te dois bien

pour ta fête.

L’ennui, c’est la corvée de placer quelques billets de loterie à 10 cent. Mais en vérité je ne puis rendre

ces billets ni à Mlle Payen (je suppose que maman lui a écrit et tient à participer à ses œuvres si précieuses, par

sa souscription de 2 f. par an), ni à nos chers apprentis de la petite conférence d’Amiens. Et cependant je ne sais

que faire de ces billets, -- nouveau comme je suis à Arras (c’est toujours là qu’il faut m’écrire; je ne suis jamais

à Amiens qu’en passant).

Venons à notre petit entretien dont je me fais un bonheur autant que toi. Que te souhaiterais-je, ma

chère Maria? D’abord d’aimer chaque jour davantage ta sainte et divine patronne [le 15 août] et de célébrer son

octave par le plus grand nombre de communions que tu pourras. Nous avons tout à demander pour la famille,

pour les bonnes œuvres, pour l’Eglise, puis de diminuer pour maman l’ennui de ce séjour d’Afrique où tu as été,

dès l’abord et en des moments bien difficiles, l’ange consolateur de cette bonne mère, enfin de surmonter pour

toi-même cet ennui qui, je l’espère, aura bientôt un terme dans le retour plus près du reste de la famille.

Je ne peux complètement te souhaiter la fête sans avoir un souvenir pour ce petit nombre d’amis que

le bon Dieu t’a donnés sur la terre d’exil. Les vœux que je fais pour ta santé, pour ton bonheur, je les fais pour le

bonheur et pour la santé de ces personnes que tu peux assurer de toute ma reconnaissance.

Comme j’aurai prié pour toi et pour tes amis pendant la neuvaine de la Bonne Mère, prie pour ton

frère, pour ses enfants d’Arras, bien exposés par suite de la foire pendant les derniers jours du mois d’août, et

pour ses intentions diverses.

Une réunion me réclame; je te quitte à regret.

Ton frère qui t’embrasse tendrement ...

l’abbé Planchat, prêtre

Embrasse trois fois pour moi ma bonne mère; je prie et fais prier pour elle à l’occasion de votre fête.

N’oublie pas l’âme de notre si excellent père le jour de la Bonne Mère.

129 - à M. Florent Caille

M. Caille se repose enfin à l’extérieur. -- Un postulant n’est pas accepté au noviciat; M. Caille le prendrait-il

dans sa Maison? -- Vous l’aiderez! -- M. Alphonse Vasseur écrit à Arras pour offrir ses services, sans y être

autorisé; -- Vous pourriez fêter N. D. de la Salette en dehors du sanctuaire de Paris; -- si vous tenez à ce que je

confesse, demandez les autorisations.

Mon bon frère,

Amiens, le 13 septembre 1861

vendredi dans l’octave de la Nativité de la Ste Vierge

M. Le Prevost vient de déclarer à M. Halluin terminée -- dans le sens de la rentrée parmi les ouvriers -

- l’épreuve d’un persévérant, envoyé d’Arras à Vaugirard.

Ce jeune homme vient d’atteindre sa 21 ème année. Il est de la conduite la plus régulière; il lui manque

seulement l’esprit d’abnégation nécessaire pour notre petit institut. Cette espèce de mollesse est, comme ouvrier,

son seul défaut; il a l’adresse dans les mains et peut faire un fort bon menuisier. Il retournerait volontiers à

Arras, où M. Le Prevost le trouverait beaucoup mieux qu’à Paris.

Mais M. Halluin voit deux inconvénients à le reprendre. Le premier, et le plus considérable, c’est

qu’il se sentirait peut-être trop soutenu matériellement à Arras; le deuxième, c’est qu’il y pourrait retrouver des

compagnies, oubliées il est vrai depuis longtemps, mais qui avaient failli lui devenir funestes. M. Halluin vous

prie de vouloir bien le recevoir chez vous et le placer à Amiens, le mettre, en un mot, au nombre de vos jeunes

ouvriers internes.

Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, écrivez-le de suite à M. Le Prevost, qui désire que cette affaire

se termine de suite. Ce jeune homme a quelque argent à toucher comme atteignant sa majorité; vous donneriez

avis de suite de son entrée chez vous à M. Halluin, qui s’entendrait avec vous au sujet de cet argent.

J’ai trouvé ici une lettre de M. Lantiez, me recommandant M. Victor [Trousseau] au nom de M. Le

Prevost. J’étais chargé de le voir pour lui faire à la fois l’aumône corporelle et l’aumône spirituelle. Vous me

remplacerez sans peine à votre retour; il n’y a que le retard à regretter. - M. Le Prevost a oublié que je l’avais

78


prévenu de votre absence et me faisait dire de vous demander l’adresse. Veuillez, le 4 ème jeudi du mois, me

rappeler que je dois à M. Victor une visite à chaque voyage. M. Le Prevost vous tiendra compte de l’argent

dépensé pour lui.

M. Alphonse a eu depuis votre départ une étrange boutade. Il a écrit à M. Halluin une lettre où il

demandait équivalemment à rentrer à Arras. Vous comprenez ce que M. Halluin lui a répondu: qu’il devait se

trouver tranquille à Amiens; qu’à Arras les affaires étaient assises et que l’on ne pensait qu’à une augmentation

du personnel secondaire, nullement à un changement nouveau.

Ce qui a étonné comme moi M. Halluin, c’est que M. Alphonse écrivît des lettres et surtout de telles

lettres, sans les montrer à son Supérieur. Ce n’est pas qu’il y eût un mot de plainte sur la situation à Amiens.

Pauvre ami, sa tête travaille toujours; il ne comprend pas bien encore la portée pratique de l’obéissance.

Toutefois, j’ai été content de la manière dont le frère Alphonse a reçu mes observations; je préviens de l’incident

notre bon M. Le Prevost. M. Alphonse, du reste, paraît ne pas comprendre toute la portée de sa boutade; vous

pourriez donc noter simplement le fait, sans lui en parler.

C’est jeudi, 19 courant, N. D. de la Salette. Ce sera fête solennelle à Vaugirard. Ne serait-ce pas

naturel de faire aussi un peu fête dans chacune de nos maisons, où N. D. de la Salette est quotidiennement

invoquée? J’en parlerai à M. Halluin pour Arras. Ne pourriez-vous ici: 1° de dimanche à jeudi, faire à vos

internes une sorte de préparation, consistant par exemple en une visite à N. D. de la Salette, où l’on réciterait les

litanies; 2° demander au P. Charlet quelques mots aux enfants avant la messe de jeudi, et l’Ave Maria à N. D. de

la Salette à la fin; on allumerait l’autel, etc. j’ai oublié d’en écrire à M. Le Prevost, mais je crois être dans sa

pensée.

Tout me paraît aller comme il le faut en votre absence; cependant ces deux MM. pourraient-ils, avec

un peu plus d’attention à cela, arriver à se remplacer de façon à faire plus complètement leurs exercices de piété.

Que je suis heureux de vous voir vous reposer comme je le désirais, et faire partager ce repos à M.

Marcaire! C’est, je suppose, pour votre ménage que vous aurez emmené le persévérant. Et puis tres faciunt

capitulum; vous vous trouverez en communauté au bourg d’Hault.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Si vous persistez à désirer que je confesse vos plus jeunes écoliers, demandez s.v.p. à M. Le Prevost

sa réponse à ce sujet; puis, dans le cas de l’affirmative, mes pouvoirs -- de suite.

Une personne des environs d’Amiens, que j’ai eu occasion de remettre en route à son passage à Paris,

et qui doit pratiquer en cachette, m’écrit pour savoir si elle me pourra joindre ici.

130 - à sa mère

M. Le Prevost répond à Mme Planchat par l’intermédiaire de son fils; - Cette dernière se fait propagandiste des

bonnes lectures; - le séjour du Père Henri à Arras se prolongera... Des travaux à la chapelle de Grenelle sont en

cours; l’Abbé ROUSSEL cherchera à payer les frais (ce dernier est entré chez les F. de S. V. de Paul le 30

décembre 1854 et a quitté en novembre 1865; il est le fondateur en 1866 de l’Œuvre des Orphelins Apprentis

d’Auteuil). Qui me remplacera à Arras et à Amiens après mon départ? - je serais ingrat d’oublier Grenelle - je

suis bien ici: des vocations s’annoncent; - ma santé est très bonne - préoccupation pour Eugène - soignez votre

santé (v. g. pendant le sirocco, un vent oriental). - Une retraite de la Communauté à Vaugirard; - Mlle Payen

s’informe de vous.— Brousse: lieu d’apostolat de sa soeur Virginie, en Turquie, où il y a risque de fermeture?

Chère et bonne Mère,

Arras, 13 octobre 1861

13 ème jour du mois des SS. Anges

Une lettre de M. Le Prevost, reçue aujourd’hui même, me prouve que votre lettre lui est bien

parvenue. Il me l’avait adressée à Arras. Je ne l’ai pas reçue; ni M. Le Prevost ni moi ne pouvons nous expliquer

comment cela s’est fait.

Ce bon Père me charge de vous exprimer tous ses regrets de l’inquiétude qu’il vous a bien

involontairement causée et de “vous assurer de son respect, de son affectueux intérêt pour tout ce qui vous

touche, vous et votre famille”.

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J’ai chargé ma tante Elambert de vous abonner au Secrétariat général de la Société [de S. V; de Paul]

pour 25 exemplaires des Petites Lectures, (on ne s’abonne que pour 10, 25 ou 50, etc.) et de payer à votre

compte les huit francs pour 1861. En conséquence, vous recevrez franco par le courrier qui suivra cette lettre,

sinon par le même qui vous l’apportera, les dix premières livraisons de 1861 à 25 exemplaires; les deux

dernières arriveront franco en leur temps. Vous aurez donc à vous faire rembourser 40 c. pour chaque

abonnement; ce ne serait que 30 c. si l’on réunissait 50 souscripteurs.

Vous ne sauriez croire, chère et bonne Mère, tout le plaisir que vous me faites en vous livrant à cette

propagande. C’est peut-être, dans votre position, la seule œuvre de zèle que vous puissiez faire, et certes elle a

son mérite; elle apportera sa bénédiction que le pauvre Eugène, — dont je n’ai nulle nouvelle depuis l’avis de

son départ de Paris — partagera avec vous. L’ignorance de notre sainte Religion est si grande, l’horreur du

catéchisme tout cru, si invincible et la [...] du mal si commune et chaque jour présentée sous des formes si

attrayantes.

Je ne puis vous dire, chère et bonne Mère, sur mon séjour à Arras, autre chose, sinon qu’il se

prolongera probablement tout cet hiver. M. Le Prevost lui-même ne voit pas clair encore dans la question

d’avenir. La chapelle de Grenelle, à peu près couverte maintenant, sera sans doute achevée avant la fin de

l’année. Il s’en faut qu’elle soit payée. M. l’Abbé Roussel pourra-t-il, lui seul, en organiser le service et en

préparer le payement? c’est ce que l’on ne peut encore décider. D’un autre côté, l’on ne voit pas qui envoyer

pour aider et Arras et Amiens, quand je reviendrai. Or, il faut quelqu’un pour donner cet appui.

Priez le bon Dieu que sa sainte Volonté se fasse, et se fasse seule, sans aucun égard pour moi ni pour

qui que ce soit. Du reste, je n’ai jamais été ni plus heureux ni plus indifférent à toutes choses; non pas certes que

je ne demeure aussi profondément attaché à Grenelle que la Sœur Marie demeure attachée à Brousse. Si j’oubliais

Grenelle, je serais un grand ingrat; j’en ai bien reçu cent lettres depuis trois mois et demi. Ayant dû y

reparaître trois semaines après mon départ, je n’ai su à qui entendre; une communion des grands du Patronage

s’est trouvée organisée à la Messe que j’ai dite à N. D. de Grâce à onze heures, le dimanche que j’y ai passé.

Malgré une chaleur étouffante, l’église s’est trouvée pleine le soir à la réunion de la Ste-Famille. Mais à la

grande différence de Brousse, les deux œuvres dont j’étais chargé continuent par les soins de M. Roussel et de

M. Lantiez, et l’on peut fort aisément se passer de moi jusqu’à présent. Dans un temps il y aurait eu, nonobstant

tout cela, une cruelle séparation pour moi. Le bon Dieu a tellement disposé mon esprit que je n’ai pas senti la

peine du sacrifice. Du reste je suis, comme vous le supposez, fort satisfait de mes enfants. On m’avait dit dès

l’abord que, soignés, ces pauvres orphelins seraient fort pieux. Certes je les soigne bien mal et cependant

plusieurs comprennent et goûtent les choses de Dieu de façon à me confusionner. J’entrevois même pour notre

petite Communauté quelques vocations que j’aurai à éprouver longuement, mais qui m’intéressent et que je

recommande à vos prières.

Quant à ma santé, je ne crois pas qu’elle aye jamais été meilleure, ni qu’elle puisse l’être. Tout, du

reste, est arrangé au mieux pour cela: repas, sommeil et vie toute entière exactement réglés, puisque c’est moi

qui dois faire vivre dans la règle la petite communauté [locale]; promenade de deux ou trois heures en étudiant

mes instructions par les champs, au moins quatre fois par semaine, de temps en temps une excursion plus

longue, enfin, comme distraction, voyage de 48 heures à Amiens deux fois le mois; n’est-ce pas un arrangement

parfait pour ma nature?

Vous, ma bonne Mère, vous n’êtes ni si tranquille ni, quoique vous disiez, si soigneuse de votre santé.

Je conçois toutes vos tristesses et préoccupations au sujet d’Eugène. Mais certes vous n’avez à vous faire, à son

égard, aucun reproche ni d’indifférence ni de faiblesse. Et ce n’est pas d’aujourd’hui que nous sommes

contraints d’abandonner le pauvre enfant à la Providence. Croyez-le, je partage ce que vous éprouvez à son

sujet, et, comme vous, je me réfugie dans la prière [...] restons-y l’un et l’autre en paix et en confiance. Mais je

vous en conjure, prenez pendant le sirocco les [...] et exercice convenable; et ne vous confinez plus dans votre

maison pour attendre les locataires qui [...] Il n’en viendra point pendant les heures que réclameront votre santé.

J’envoye à Maria, pour sa seconde fête, une charmante petite vie de Sainte Thérèse [d’Avila]. Le

pieux commerce avec les morts est à votre intention; vous êtes si près d’une tombe chérie [celle de son époux,

François] et voilà que la Toussaint approche. Les couvertures de ces deux petits livres sont, de plus, un

programme d’excellente et facile propagande de bonnes lectures. Vous en tirerez, j’en suis sûr, bon parti pour la

gloire de Dieu.

Adieu, chère et bonne Mère, priez, ainsi que Maria, pour que les fruits de la Retraite de la

Communauté, qui s’ouvre à Vaugirard, au moment même où je vous écris, soyent abondants et solides; pour que

ces fruits rejaillissent sur nos Maisons d’Amiens et d’Arras, qui s’imposent une gêne momentanée assez grande,

en envoyant chacune plusieurs de leurs membres à la retraite.

80

Votre fils reconnaissant...

l’abbé Planchat, prêtre


Mlle Payen me demande souvent de vos nouvelles. Si vous et Maria lui écriviez quelques lignes en

lui envoyant en timbres-poste vos 2 francs pour sa souscription -- qui se recueille ces jours-ci --. Elle serait, j’en

suis sûr, profondément touchée de ce souvenir. Mme Payen est autant que sa fille préoccupée de votre santé.

131- à sa mère

Le Père écrit de Hénin-Liétard, à cinq lieues d’Arras; - S. Acheul: Collège des jésuites à Amiens - Projet de

Mme Planchat de revenir en France?

Un mot sur sa mission de “frère aîné” à Arras et à Amiens - “quand aurai-je davantage d’engagement pastoral?”.

La Société de S. Vincent de Paul est persécutée par le Gouvernement - un couple dont il faut régulariser le

mariage et qu’il faut aider financièrement.

Chère et bonne Mère.

Hénin-Liétard, 2 décembre 1861

3 ème jour de la neuvaine

de l’Immaculée Conception de la T. S. Vierge

Voilà, ce me semble, plus d’un mois que je vous ai écrit. J’attendais, je l’avoue, une réponse un peu

plus tôt. Si je n’en ai point encore, c’est peut-être que vous méditez, soit un voyage à Paris, soit votre retour

définitif d’Afrique. Oh! dans cette hypothèse, je vous pardonnerais votre silence! Votre présence ferait tant

d’heureux! Nos bonnes tantes vous désirent tant! Puis de Paris il y a moins loin à Arras que d’Alger; on pourrait

se voir quelque jour, par exemple au mois d’avril où, bien sûr, j’irai à la Retraite.

A propos de retraite, nous venons d’avoir la Retraite générale annuelle de nos orphelins. Elle était

prêchée par un zélé missionnaire de S. Acheul. Ce bon père jésuite a fort bien réussi auprès de nos jeunes gens.

C’est à peine si trois ou quatre ont manqué à communier.

Moi, je suis comme un coq en pâte: confesser un peu chaque jour et faire quelques catéchismes, voilà

tout mon travail. Sans doute j’ai aussi à m’occuper de nos bons frères d’Arras et d’Amiens; mais c’est là une

consolation et une joie plutôt qu’un labeur. Ces huit bons frères sont si fervents, si déférents à la petite Direction

affectueuse que j’ai à effectuer envers eux, non certes comme Supérieur — j’ai le mien à Paris et à Arras, et je

ne le suis de personne, — mais comme frère aîné, délégué pour cela par M. Le Prevost. Cet excellent père est

toujours aussi tendre pour moi. J’en reçois deux lettres au moins chaque mois.

Quand cette vie si peu active, comparée à celle de Grenelle, se complétera-t-elle par un travail

extérieur? je ne sais... Cela, pourtant, peut arriver un jour ou l’autre. Déjà le soin des orphelins me crée quelques

relations. C’est dans le loisir d’une pédestre excursion à cinq lieues d’Arras, pour visiter quelques-uns de nos

enfants, que je vous trace ces lignes. Mon hôte est le président de la petite conférence du pays, médecin chrétien

à qui nous avons donné pour commis un de nos meilleurs jeunes gens.

Pauvre Société de S. Vincent de Paul, ou plutôt pauvre Gouvernement qui s’amuse à la persécuter!

On ne sait en vérité pour lequel des deux on doit le plus prier. Notre chère Société se trempera, je l’espère, plus

vigoureusement par les épreuves; elle semblait les ignorer jusqu’à ce jour. Cependant il est toujours des hommes

que les épreuves effrayent et font reculer, qui encore écoutent trop le premier mouvement d’une juste

indignation et, pour protester, précipitent le dénouement que l’ennemi, malgré son désir, hésiterait à procurer.

Ainsi, à Paris, le coup qui frappe le Conseil général, tête de la Société, a réveillé le zèle des Conférences et

resserré les liens qui unissent les membres entre eux. Dans le Midi, au contraire, des Conférences se seraient

dissoutes plutôt que de se courber devant l’exigence, ridicule, il est vrai, mais, jusqu’à plus ample expérience,

inoffensive de l’autorisation.

Prions donc, prions surtout Marie conçue sans péché, patronne de la Société de S. Vincent de Paul.

L’Immaculée Conception est aussi la fête de notre orphelinat d’Arras. Vous recevrez cette lettre au moins

pendant l’octave de cette belle fête.

Je demande à Maria et à vous une communion, en sus de celle du jour même de la fête, pour nos chers

enfants et pour un mariage auquel je m’intéresse vivement. C’est le premier dont j’aurai à m’occuper à Arras.

Pauvres gens! leur position est bien embarrassée, et pourtant bien digne d’intérêt! Un orphelin qui

voit sa belle-sœur dans l’abandon avec deux enfants et qui ne trouve d’autre ressource que de la prendre avec

lui. Il y a maintenant deux enfants de plus, et de là une grande difficulté pour obtenir la dispense civile. Ces

pauvres petits sont si bien élevés; il faut absolument leur faire une position; les parents seraient si chrétiens sans

cette entrave de leur état irrégulier! il faut absolument la régulariser. Peut-être il faudra recourir à une séparation

de quelques mois. Cette séparation accroîtra la misère déjà grande par ces temps si durs.

81


Bonne Mère, si peu que vous me puissiez envoyer (en timbres-poste pour éviter retards et frais) pour

cette famille, je vous en serais reconnaissant; cette aumône serait bénie; d’autant plus qu’elle s’ajouterait aux

sous de nos orphelins de l’Association des Enfants de Marie et autres, sous qui procurent chaque semaine le peu

de pain et de viande porté par eux et par moi à ces pauvres gens. S’il y avait un franc ou deux en sus pour deux

saints pauvres que nous voyons aussi chaque semaine, ils prieraient bien pour vous.

Quant au montant des billets de loterie, j’attends vos ordres pour ma tante Elambert; d’autant plus

qu’une part est à solder à Paris. J’ai écrit à Eugène à peu près en même temps qu’à vous. Point de réponse

encore. Il est vrai que j’engageais nettement, quoiqu’avec douceur, ce pauvre enfant à réfléchir devant Dieu sur

les nouveaux chagrins qu’il venait de nous causer.

Alfred [Elambert] est, à ce qu’il paraît, bien souffrant; ma tante Laforêt aussi. J’embrasse de tout

cœur Maria et vous.

Je me porte à ravir.

votre fils soumis...

l’abbé Planchat, prêtre

132 - à sa mère

Le P. Henri se trouve à Paris pour les obsèques de tante Laforêt; — la chapelle de Grenelle a été bénite le 8

décembre dernier.

Chère et bonne Mère,

Paris, 20 décembre 1861

4 ème jour de la neuvaine de Noël

Le précédent courrier vous aura apporté la nouvelle si douloureuse pour vous, plus que pour aucun

autre de la famille, de la mort, du reste précieuse devant Dieu, de la bonne et sainte Mme Laforêt.

J’en ai été prévenu hier matin à Arras. Tout de suite je me suis dit: ”Ce sera pour ma bonne Mère une

consolation que je l’aye représentée aux obsèques de sa sœur chérie”; je suis parti, malgré les difficultés de

l’approche de Noël, malgré mon apparition à Paris huit jours auparavant pour la bénédiction de la chapelle de

Grenelle. J’ai pu à l’arrivée prendre mes mesures pour chanter moi-même la Messe de ma bonne tante; je ferai

aussi, je l’espère, la sépulture. Si donc je suis seul ici sur cinq [de la famille], du moins il y aura quelque

compensation, puisque j’aurai, plus qu’aucun autre de la famille, rendu les derniers devoirs à cette sainte tante.

C’était du reste un besoin de mon cœur. Je n’oublierai jamais le tendre intérêt que ma bonne tante m’a

porté en toute circonstance, mais surtout dans ma longue maladie, intérêt qui de moi se reportait sur les œuvres

et sur toutes les petites affaires de la Communauté.

Je vous quitte, chère et bonne Mère, pour recommander l’âme de ma bonne tante à diverses personnes

et recueillir ainsi le plus possible de prières immédiates, afin que cette âme chérie aille célébrer Noël au Paradis.

Embrassez bien pour moi Maria; je vous embrasse moi-même de cœur.

133 - à M. Florent Caille

Votre fils respectueux...

l’abbé Planchat, prêtre

La chapelle de Grenelle a été bénite; tante Laforêt était bienfaitrice matérielle et spirituelle de Vaugirard et de

Grenelle, etc. - Le 27 décembre est la fête de la St-Jean; c’est l’occasion de fêter chaque année le Supérieur, le

Père Jean-Léon Le Prevost.

Le frère Louis PAILLE, confrère et avocat, est le quatrième membre de la Communauté; il est entré le 17 juin

1848; il fut “infirmier” de M. Le Prevost dans ses cures et supérieur à N. D. de Nazareth, sur le Boul.

Montparnasse à Paris.

Fêterez-vous la St-Jean? -- Le Père Guidée s.j. vit à St-Acheul d’Amiens: un billet pour lui -- Le Post-scriptum

est pour M. Caille.

82

Mon bon frère Caille,

Arras, 21 décembre 1861

fête de s. Thomas


Je reviens de Paris pour la seconde fois depuis que je vous ai quittés. Le 8, je m’y suis trouvé à la

bénédiction de la chapelle de Grenelle. Hier, j’y ai enterré la sœur bien-aimée de ma pauvre mère. J’espérais,

jeudi, m’arrêter à Amiens. Il eût fallu pour cela un train de 10.00 heures, qui n’existe pas.

Avec tous ces arrangements, le travail de Noël me privera jusqu’au 2 ou 3 janvier prochain du plaisir

de vous voir. Je vous souhaite donc à tous par avance la bonne année. Je vous demande en échange beaucoup de

prières pour moi, qui en ai tant besoin, puis pour ma pauvre mère pour qui la nouvelle d’une perte aussi sensible

et aussi subite que celle que nous venons de faire, sera une terrible épreuve, dans son isolement d’Algérie; enfin

pour ma bonne tante, morte, on peut le dire, dans l’exercice de la charité, puisque résistant jusqu’à la fin aux

étreintes de la mort, elle avait encore visité ses pauvres samedi dernier [le 14 décembre]. Sa dernière sortie a été

dimanche pour aller porter à M. le Curé son offrande du Denier de S. Pierre.

Une messe sera, je pense, dite à Grenelle et à Vaugirard pour elle. Elle était bienfaitrice de ces deux

Maisons depuis leur fondation. Elle n’a fait que prier pour Amiens; je serais tout heureux, cependant, qu’une

messe de Requiem y fût dite dans notre chapelle lundi, dernier jour libre d’ici à bien longtemps.

Je compte que vous irez à Paris et à Vaugirard pour le 27. Je vous ai annoncé à M. Le Prevost.

Voici trois petites commissions:

1° prendre, rue Furstenberg, 6, un paquet raisonnable que M. Decaux aura dû faire préparer pour

moi;

2° Écrire à Mme la Comtesse Ferrand, 1, rue Ste-Catherine d’Enfer, la rue et le n° de votre Hôtel

d’Amiens. Jamais je ne les puis retenir et Mme la Comtesse veut bien faire de temps en temps, pour moi, le

dépôt d’une revue pieuse;

3° Demander à M. Paillé un crucifix en cuivre que j’ai laissé sur le bureau ou la table de la salle

d’étude de Nazareth.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Amiens vous députera à Vaugirard pour la fête du bon Père [Le Prevost]. Mais les frères qui resteront

ne feront-ils rien pour la St-Jean? Ici, nous aurons la messe pour tous, apprentis comme écoliers, et j’espère

qu’un certain nombre d’écoliers communiera.

Prière de faire passer au Père Guidée le billet ci-inclus.

Nota bene - Ruffet, 38, rue S.- Sulpice, doit faire déposer à Vaugirard, à votre adresse, pour le 27,

une douzaine de jolis almanachs. Seriez-vous assez bon pour réclamer ce petit paquet qui pourrait bien rester,

non point chez le portier (il n’y en a pas de réel aux orphelins) mais à la loge? S’il n’y est point, passer chez

Ruffet pour lui rafraîchir la mémoire; il doit en même temps me faire passer mes 100 abonnements [...] de la

petite feuille l’Union catholique. Il a besoin, pour les envois suivants, de l’adresse exacte de l’hôtel d’Amiens.

134 - à sa mère

La sépulture de tante Laforêt a eu lieu au nouveau cimetière d’Ivry - détails sur les funérailles; -- cousins

Maussais: probablement du côté maternel, - M. Caduc était le directeur spirituel du Père Henri au Séminaire. --

Mme Planchat devrait revenir en France durant la nouvelle année. -- Vœux de M. Le Prevost à sa mère.

Chère et bonne mère,

Arras, le 29 décembre 1861

SS. Innocents

Bien qu’un peu pressé par le travail de préparation du dimanche, je ne puis me résoudre à vous faire

attendre mes souhaits de bonne année. Plus encore qu’en décembre dernier, j’éprouve le besoin de suppléer cette

causerie si douce qui se passait presque tout entière chez celle hélas! que nous venons de perdre.

Nous consoler les uns les autres, en nous rappelant les vertus de cette bonne tante et en nous disant les

prières qui l’ont, de toute part, accompagnée, voilà l’épanchement que réclament nos cœurs affligés. C’était bien

en cette occasion du renouvellement de l’année que la bonté d’âme de cette chère défunte éclatait tout entière.

Ces jours étaient ceux de ses grandes souffrances; or qui l’eût dit, à la voir si oublieuse d’elle-même, si

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préoccupée des petits tracas et des moindres malaises de chacun? Les larmes et les prières de tous les siens,

(puisque la part principale à moi réservée compensait votre absence) l’ont accompagnée à sa dernière demeure.

Nos trois maisons de Paris avaient chacune envoyé leur représentant à ses funérailles, quoique

prévenues seulement la veille à 9.00 heures du soir. Mon bon oncle [Henri Garanger], Alfred [Elambert], M.

Molleveaux [Alfred] (il vous a écrit pour les affaires) étaient là. A peu près tout le clergé de St-Etienne

[paroisse], et notamment M. le Curé, assistaient à la messe que j’ai chantée. C’est moi qui ai conduit cette chère

défunte au cimetière et qui ai béni doublement sa fosse, parce qu’elle repose à Ivry[banlieue de Paris], dans le

nouveau cimetière de la ville, non encore consacré.

J’espère que ma tante Elambert n’est pas malade de ses fatigues et de sa douleur. Elle a montré un

courage héroïque; toutefois, au cimetière, elle était bien émue.

J’ai dû me séparer au cimetière de toute la famille. Il fallait repartir le soir même pour Arras, où mon

absence laissait un vide fâcheux aux approches de Noël. Mon oncle [Henri Garanger] et M. et Mme Du Vivier,

le cousin et la cousine Maussais, se portaient bien. Alfred [Elambert] n’était pas trop souffrant, bien qu’il n’eût

pu reposer de la nuit. Les nouvelles de ma tante Garanger, de Claire et de Mélanie étaient bonnes.

Que vous dirai-je en terminant, car mon catéchisme général de demain est à préparer sans plus de

retard. Chère Mère, voilà une rude année. Mais là-haut, j’en suis sûr, elle comptera pour deux. Et puis, comme

le bon Dieu mêle d’ordinaire les consolations aux [...] vont venir en 1862 [...] compensations pour votre cœur.

Les prières de la bonne tante vont convertir Eugène. Vous vous rapprocherez [prochain retour en France] de

cette bonne tante Elambert, qui éprouve à cette heure un si grand vide et dont la présence rendra le vôtre moins

sensible.

Sans doute alors nous nous verrons et ce sera l’une de nos plus douces joies, en attendant la réunion

de là-haut. Toutes choses que je demanderai chaque jour au S. Sacrifice, après l’accomplissement sur nous de

l’adorable volonté de Dieu. Aux pieds de la crèche, surtout, adorant le petit Jésus, en union avec Joseph et

Marie, je prierai pour vous et pour la chère Maria, plus que jamais votre Ange consolateur. Je ne serai pas le

seul à prier pour vous à l’autel. M. Le Prevost, j’en suis sûr, ne vous oubliera pas, ni le vénérable M. Caduc, non

plus. Je lui ai fait part de cette nouvelle épreuve qui vous venait de la main du Bon Maître. Il m’a répondu qu’il

vous avait recommandée à N. D. des Victoires. Je l’ai fait de mon côté à Arras, où l’Archiconfrérie est érigée

dans cette chapelle des Bénédictines du St-Sacrement, que je dessers pour une petite part.

Je me porte à ravir. Le travail de Noël n’était ici qu’un jeu auprès de celui de Grenelle.

Notre bon supérieur, M. Halluin, me charge de vous présenter ses respects et ses vœux. Vous

comprendrez bien que mes enfants prient pour vous.

Votre fils respectueux...

l’abbé Planchat, prêtre

Ma tante Elambert m’a remis les 100 francs d’étrennes et l’argent des billets.

Dans l’apparition que je fis à Vaugirard à l’occasion de la bénédiction de notre chapelle de Grenelle,

le 8 courant, M. Le Prevost me recommanda bien de vous présenter ses respects les plus affectueux.

135 - à sa mère

Mme Planchat est malade, déprimée. “Il faut m’obéir; vous devez vendre votre maison: saint Joseph y verra”. --

Mmes de Tonnac et Delahaye sont des familles amies d’Algérie. -- quelques notes de finances; Mlle PAYEN

était responsable de l’Œuvre du Bon Conseil à Grenelle et l’abbé Planchat y assurait un service pastoral. -- le

“peu et souvent” est écrit en italique pour faciliter la lecture.

Chère et bonne Mère,

Arras, 5 mars 1862

Mercredi des Cendres

5 ème jour du mois de S. Joseph

Deux mots en réponse à la lettre de Maria qui vient de se croiser avec la mienne. Deux mots, c’est

bien peu; mais dans la situation pénible où il plaît au bon Dieu de vous mettre, le cœur, comme l’estomac, aime

bien, peu et souvent.

Chère et bonne Mère, je vous en conjure, ne vous laissez point aller à l’ennui. Quel serait le sujet de

votre mélancolie croissante? Ne trouvons-nous pas bien fait tout ce que vous faites? Une autre fois, quand on

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vous proposera d’acheter votre maison, pour n’avoir nul regret, vous demanderez huit jours et vous consulterez

mon oncle [Henri Garanger], à qui vous exposerez ou ferez exposer par Maria vos incertitudes. En définitive,

qu’y a-t-il à regretter pour le présent? On dit que vous ne trouverez plus d’acheteurs? Et moi, je vous dis que

saint Joseph vous vendra votre maison et vous la vendra bien. Je vais lui demander, tout son mois, le retour de

notre bonne mère, le jour de sa fête surtout. Il faudra bien qu’il me l’amène jusqu’à Arras. Or, le bon saint

Joseph sait bien que ma bonne Mère ne reviendrait pas tranquille, sans avoir vendu; donc elle vendra.

Encore une fois, plus de tristesse. Vous irez au temps de Pâques à Blidah: chantez d’avance

l’Alléluia. Mais votre état ne se raisonne pas; je le sais. Eh bien, prenez-moi pour votre Directeur et obéissezmoi,

comme je dus jadis vous obéir, en situation analogue, à la vôtre. Promenez souvent Maria; elle en a besoin;

promenez-la vous-même; il vous faut cela, et c’est une ordonnance. Quand vous la menez chez Mmes de

Tonnac ou Delahaye, restez-y avec elle; on vous y aime tant!

C’est moi qui me suis trompé pour les 10 francs de Mlle Payen; c’était de bonne foi, je croyais payer

les billets dont ma tante Elambert a les lots. Mais allez, le malheur n’est pas gros: ces 10 francs sont si bien

placés, qu’ils vous feront vendre et vous ramèneront près de nous.

Le catéchisme sonne; adieu. Je vous embrasse, vous et Maria, de cœur.

136 - à sa mère

Votre fils bien respectueux et bien tendre,

l’abbé Planchat, prêtre

Village natal de saint Benoît Joseph Labre: Amettes.

Les Pères maristes sont accueillants, même après la pluie -- une souscription pour agrandir l’église devenue trop

petite et pour une maison à l’usage des missionnaires.

HELLO, Emile, est ordonné prêtre le 17 décembre 1853, avant d’entrer dans l’Institut en 1854; il est le

troisième prêtre (Planchat, Lantiez et Hello) : il fera profession le 27 avril 1855 et décédera le 29 août 1900.--

de son vivant, il avait une réputation de sainteté.

Ma bonne Mère,

8 juillet 1862

Me voilà de nouveau dans le village natal du Bienheureux Benoît Joseph Labre et m’y voilà dans des

conditions telles, que je crois qu’il ne me refusera pas ce que je viens de lui demander au saint Autel pour Maria

et pour vous. Je ne suis pas seul en effet au sanctuaire du Bienheureux, j’y suis avec notre saint petit Père Hello,

l’aumônier de cette belle chapelle de Nazareth; j’y suis avec un de nos enfants, que ce bon père est venu, de

Paris, préparer à la Première Communion. Ce cher petit vient de faire pour tous ceux qui l’aiment une

communion le surlendemain de la première de toutes. J’aurais dû avant toute autre prière lui faire dire un Ave

Maria pour les exilés d’Afrique; je réparerai cet oubli après déjeuner.

J’ai déjeuné et je tire sur vous pour payer le simple et excellent repas offert par la cordiale hospitalité

des bons Pères Maristes.

Ils ont été, ces bons pères, jusqu’à nous prêter leurs chaussures pour que, venus par la pluie, nous

disions la messe les pieds secs. Eh bien! les voyant refuser tout argent pour notre repas, je vous ai inscrite et je

me suis inscrit pour la souscription dont il est fait mention ci-contre. Je ne doute pas que pour cette année, où je

suis ruiné, vous n’ajoutiez les 4 francs à mon banquet déjà préparé de la St-Henri.

Le bon saint était si reconnaissant des moindres services qu’on lui rendait; comme il bénira ceux qui,

du fond de l’Afrique, contribueront à agrandir l’église désormais trop étroite où il fut baptisé et à fonder la

maison si nécessaire des missionnaires dans un pays où, avec la foi, sont restés les délices de la piété. Mais faute

de missionnaires, ces dehors couvrent une immoralité profonde.

Adieu; je me porte à merveille; le chemin de fer va me ramener à Arras. Je vous embrasse.

Bientôt écrivez-moi; embrassez pour moi Maria.

Votre très reconnaissant

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137- à un Frère

Je n’oublierai pas de prier pour la famille de Tonnac.

l’abbé Planchat, prêtre

Partie de lettre retrouvée et dont la date n’apparaît pas; les indices de cette date seraient: un moment après une

retraite de Première Communion à une époque très chaude de l’année, la présence de ce petit gamin de Paris,

dont il était aussi question dans la lettre antérieure et une suite plausible dans la lettre du 14 juillet 1862 envoyée

à M. Caille.

sans date précise, juillet 1862

... La protection des Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie et du Bienheureux Benoît Joseph Labre

auxquels la Retraite avait été vouée, a parfaitement réussi. Dans une chapelle qui était une véritable étuve, pas

un des premiers Communiants n’a dormi. Tous nos pauvres petits étaient délicieux, le dimanche à la messe, de

recueillement simple et de pieuse joie. Un gamin de Paris, que j’avais amené depuis deux mois à peine, s’est

levé de son banc, au moment de partir pour la Communion, pour me dire: “Monsieur, ceci me revient à

l’instant...”.

La visite des pauvres, faite avec l’aumône de leurs petits sous, a [...]

138 - à M. Florent Caille

l’abbé Planchat, prêtre

Quelques commissions à faire; avez-vous des manuels de l’apprenti à offrir? - M. Jean: il pourrait s’agir du

séminariste Jean Marie Gauffriau est entré en communauté le 3 mars 1859.

Marcaire, Jules: entré le 2 avril 1853 - profession le 13 mai 1854 - décédé le 8 juillet 1918.

Mon bon frère Caille,

Arras, 14 juillet 1862

4 ème jour de la neuvaine de S. Vincent

J’ai oublié de vous demander de vouloir bien apporter le ciboire pour M. Halluin, et de l’étoffe

pareille à celle dont vous faites vos gilets, pour M. Guillot; le sien a besoin d’être raccommodé.

Ne pourriez-vous aussi, faire demander chez M. de Ponsortet de m’apporter: 1° 12 abonnements aux

Petites Lectures du 1 er janvier à aujourd’hui. 2° deux quatrième numéro de cette année. M. Marcaire solderait

comptant sur le peu qui me reste entre ses mains.

Tout à vous, au plaisir de vous embrasser demain...

l’abbé Planchat, prêtre

Apportez-nous de bien bonnes nouvelles de M. Jean. Si vous aviez, un peu avariés, des Manuels de

l’apprenti, comme ceux que vous aviez, dans le temps, procurés à M. Halluin, il vous serait obligé de vouloir

bien en apporter une ou deux douzaines. Ces livres servaient journellement aux écoliers pour se préparer à la

confession; ils sont usés.

139 - à sa mère

Souvenir de son père, enseveli à Bab-el-Oued, et des autres défunts de la famille; je n’ai toujours pas grandchose

à faire; la pauvreté nous empêche de célébrer plus souvent pour les défunts de la famille ou des pauvres. -

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il y aurait tant à faire ici: tout est à créer -- Des nouvelles de son frère Eugène; ce dernier fait son service

militaire.

Chère et bonne Mère,

Arras, 4 novembre 1862

S. Charles

2 ème jour de l’octave des Morts

Les saints jours que nous parcourons reportent tout naturellement mon cœur vers la terre d’Afrique.

Une seule fois j’ai pu m’agenouiller sur l’humble tombe qui recouvre à Bab-el-Oued une dépouille bien chère.

C’était avec vous, bonne Mère! Là nous avons prié ensemble pour celui qui sacrifia tout à sa famille, tout jusqu’à

sa vie! Si nous étions hier séparés de corps, nous étions unis d’esprit dans les Cœurs Sacrés de Jésus et de

Marie pour y puiser ces grâces de rafraîchissement, de lumière et de paix dont la source est en ces divins Cœurs,

attentifs aux larmes du Purgatoire, comme aux larmes de la terre.

Bien entendu, j’ai dit la messe hier pour tous les défunts de la famille, à commencer par mon bon

père. Au second rang dans mon mémento figurait la bonne tante Laforêt. Voilà tout à l’heure onze mois qu’elle

nous a quittés! Bien sûr, il y a longtemps qu’elle prie pour nous; son purgatoire était fait sur la terre.

C’est pourtant pour moi une rude privation, que celle imposée par notre extrême pauvreté, de ne

donner que bien rarement une messe aux défunts de la famille ou des pauvres familles de Grenelle, dont les

nouvelles m’arrivent encore (je ne parle pas d’Arras, où je reste étranger, comme au premier jour). Enfin ici les

messes se payent cher: 1.50 f. de règle, sans compter les gracieusetés des personnes aisées et de bon ton. Nos

messes, à nous deux, sont un des bons revenus de M. Halluin pour payer le pain de ses pauvres enfants.

Chère et bonne Mère, il me semble que j’attends depuis bien longtemps la réponse à ma dernière

lettre. Seriez-vous malade? Retomberiez-vous insensiblement dans votre ennui si funeste? Je vous en prie,

donnez-moi vite de vos nouvelles et de celles de Maria.

Moi, je me porte à ravir. Il n’y a pas encore huit jours, un bon Père de la Miséricorde, absent depuis

quatre mois seulement, me disait: “Vous n’aviez pas mauvaise mine quand je vous quittai; mais vous avez bien

meilleure mine encore aujourd’hui”.

Priez seulement pour que j’aye quelque chose à faire à Arras. Tout y est à créer pour les pauvres et les

ouvriers en fait d’instruction religieuse et de soins spirituels spéciaux. Et je suis là depuis dix-sept mois les bras

absolument croisés. Pourtant tel quartier d’Arras vaut pour le moins Grenelle au point de vue moral et chrétien!

J’ai des nouvelles toutes fraîches d’Eugène. Le voilà rentré à Lyon ou plutôt au camp de Sathonay. Il

s’ennuie à mourir, faute de livres; je ne connais personne à Lyon; je pourrai tenter néanmoins, par le moyen

d’un bon Monsieur de Grenelle, lyonnais de naissance, de lui indiquer, à ce pauvre Eugène, quelque ressource.

Veuillez présenter mon respect à M. et à Mme de Tonnac. Je me sens plus que jamais obligé à me

souvenir devant Dieu de toute leur pieuse famille.

140 - au P. Le Prevost

Votre fils respectueux...

l’abbé Planchat, prêtre

Le Père Louis Lantiez entre le 10 janvier 1852; il fait profession religieuse, avec le premier groupe, le 8 octobre

1852; il sera le premier Supérieur Général à succéder au Père Fondateur; il mourra en juillet 1916. Avant de

quitter l’Institut après un essai d’un an, l’abbé Gentil avait invité l’abbé Lantiez à le remplacer dans la

Congrégation.

Divergence Planchat - Halluin sur la confession fréquente: ajouter à la confession mensuelle celle des quatre

grandes fêtes est tout ce que l’on peut désirer?

Un aumônier qui sent son inutilité absolue; un congréganiste du Patronage d’Amiens est décédé; j’en écrirai à

CAUROY. (Edouard, né en 1848, entrera en 1868 comme ecclésiastique et mourra en 1894).

Mon bon Père,

Amiens, le 28 novembre 1862

Le bon frère Lantiez vous aura dit toute ma joie de causer à loisir avec lui, sur le chemin d’Arras, de

la Communauté, du Noviciat, d’Arras et de Grenelle. Son passage nous aura fait grand bien, je l’espère, surtout

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s’il peut suivre l’importante question entamée avec M. Halluin, à propos du spirituel des enfants. Le bon frère

Lantiez a pu voir combien M. Halluin serait difficile à convertir à cette idée qu’il ne faut pas simplement viser à

poser des jalons dans la vie de ses jeunes gens, en acceptant comme habituel l’état de péché mortel, le sommeil

dans les habitudes les plus honteuses.

Si M. Lantiez a bonne mémoire, il se rappellera que tout en l’écoutant avec déférence, M. Halluin n’a

nullement renoncé à son vieux système, de viser à la seule confession du mois, sous le prétexte que tomber de

cette confession à celle des quatre grandes fêtes, est tout ce que l’on peut désirer pour nos jeunes gens d’Arras

dans le monde. Il ne veut pas comprendre deux choses: d’abord que d’après son aveu, presque tous nos jeunes

gens sont à corriger d’habitudes ou quotidiennes, ou approchant de ce degré, et que sous peine d’arriver dans le

monde du débordement le plus affreux -- dont il a tant d’exemples pour ses anciens -- il faut, avant tout, tirer

d’un tel bourbier les pauvres âmes. Ce qui ne se peut absolument sans la confession très fréquente et la

Communion de deux ou trois fois le mois, de chaque dimanche même, nec plus ultra d’un apprenti.

Dans sa persuasion, le bon Père Halluin suit ceux qui communient à peine chaque mois pour arriver à

constater s’ils se sont soutenus dans l’intervalle. Il va jusqu’à se réjouir quand, les communions s’espaçant, on

ose lui répondre qu’on se soutient. Il ne croit pas à la possibilité du mensonge dans les réponses à des interrogations

pareilles, faites en dehors de la confession. Si au contraire un grand mauvais sujet, pour se débarrasser

de ses instances sur l’accomplissement de ses devoirs, va lui dire: “je me suis confessé à M. Planchat, mais je

n’ai pas communié, parce que j’avais caché telle chose”, voilà le P. Halluin qui tremble pour la sincérité en

général de ceux qui se confessent à M. Planchat, et il [M. Halluin] favorise le passage à d’autres confesseurs

impuissants à suivre d’un peu près les âmes.

Voilà comment il se fait (M. Lantiez a parcouru la liste avec M. Halluin) qu’ayant fait faire depuis

dix-huit mois la première communion à plus de 80 enfants, restés pour la plupart dans la maison et dont 17

seulement restent écoliers, je n’ai pas pour la Toussaint confessé 40 apprentis.

De plus M. Lantiez insistait pour qu’on travaillât à former dans l’orphelinat une tête de bons jeunes

gens communiant habituellement chaque dimanche, M. Lantiez sent bien que M. Halluin n’a nullement adopté

cette pensée; j’ai observé que j’avais eu quelques mois un commencement de cela, mais que l’inquiète observation

dirigée sur ces jeunes gens et la crainte de me soutenir avaient produit ce résultat que plus un apprenti ne

communiait chaque dimanche. M. Halluin s’est borné à répondre: “Je suis bien fâché de faire de la peine à M.

Planchat”.

Cependant la mise en train pendant les trois premiers mois avait été heureuse, M. Halluin l’avoue;

cependant je ne me suis jamais découragé; je n’ai jamais rudoyé les enfants qui me revenaient après un long

intervalle; j’ai même cherché à transiger avec eux autant que l’urgent besoin de leurs âmes me semblait le

permettre. M. Halluin ne veut pas admettre cela et il ne voit d’autres explications d’une baisse spirituelle (qui,

après tout, est loin de l’alarmer, puisqu’elle rentre dans son système) que mon caractère trop impétueux. Quel

moyen d’arriver à quelque chose, lorsqu’il suffit d’une grimace de mécontentement de quelqu’enfant pour faire

changer M. Halluin de manière et lui faire réprouver la méthode d’autrui?

Ne croyez pas cependant que je me désole ni ne me décourage outre mesure. Je souffre de mon

inutilité absolue; je souffre de voir M. Halluin me mettre de plus en plus de côté pour le spirituel des apprentis,

ne me laissant pas même ma part dans les exhortations du soir, me confinant absolument dans les catéchismes;

mais je me résigne [...] et de mon pèlerinage au Bienheureux Joseph Labre [...] sa surveillance.

Rien de saillant pour le journal d’Arras ni d’Amiens. Je regrette de n’avoir pas pensé à rédiger une

petite notice sur la mort, si propre à impressionner, d’un congréganiste du patronage d’Amiens et sur les

honneurs si touchants rendus à sa dépouille mortelle; je tâcherai d’en faire l’objet d’une petite lettre à Cauroy.

Priez s.v.p. pour la distribution des prix d’Arras (7 décembre) et pour tout l’ensemble de notre fête de

l’Immaculée Conception fixée à ce jour. La distribution a stimulé[...] émulation des enfants, mais ils sont si

susceptibles pour l’appréciation des récompenses! Priez aussi pour la fête de la Congrégation au patronage d’Amiens

et pour notre Avent à tous.

J’oubliais de vous dire que la Présentation s’est très bien faite à Amiens. M. Caille vous en a parlé du

reste.

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Votre enfant en N. S.,

l’abbé Planchat, prêtre


IX -- LE SECRETAIRE du Père Le Prevost

141 - à M. Louis Lantiez

(à M. Halluin pour remettre au P. Lantiez, et pour ouvrir en l’absence de celui-ci)

Le Père Planchat est rendu à Vaugirard; -- Charles Lenoir sera postulant: à qui iront les indemnités: à Arras? à

Vaugirard? -- Pour mon obédience: à Arras? à Vaugirard? les besoins sont là partout. Je suis indifférent: fiat

voluntas! P. S. de M. Le Prevost: j’attends votre retour pour décider.

Mon bon P. Lantiez,

Vaugirard, 19 janvier 1863

M. le Supérieur vous laisse à décider avec M. Halluin ce qui convient mieux pour notre bon petit

Charles Lenoir. Si M. Halluin recevait encore pour cet enfant une indemnité, M. Le Prevost pense qu’elle

devrait être perçue le plus longtemps possible au profit de Vaugirard, si décidément il y entrait. Par bonheur j’ai

su, en général, me présenter comme un passant [durant le séjour à Arras].

Pour moi-même je suis, je vous l’assure, dans l’indifférence. Si deux sentiments me partageaient, ce

serait, il me semble, celui de la peine de notre bon P. Halluin, des besoins de nos enfants d’Arras et du quartier

St-Géry, d’une part; d’autre part, le sentiment des besoins de Vaugirard, et surtout de M. le Supérieur.

J’ai répété ces trois jours au S. Sacrifice le fiat voluntas. Je demande à Dieu par Marie et Joseph de le

dire de tout mon cœur, en oubliant entièrement mes goûts personnels et mes affections.

P.S. de M. Le Prevost

Mon bon abbé,

Tout à vous dans les Sacrés Cœurs,

l’abbé Planchat, prêtre

M. Planchat vous dit mon sentiment, en même temps que le sien propre; je regretterais bien

de mettre M. Halluin en peine, quoique, à vrai dire, nous puissions utiliser davantage M. Planchat ici

qu’à Arras; je suspendrai donc la décision définitive, jusqu’à votre retour, sur ce point; assurez M.

Halluin de nos sincères affections et prenez-en vous-même votre part.

Mille amitiés à nos frères,

Le Prevost

142 - à M. Florent Caille

32, rue de Noyon, à Amiens, Somme

Le Noviciat s’installe, à Chaville; mes nouvelles fonctions; conduire à M. Halluin un orphelin.

Une messe par semaine aux intentions du Supérieur. -- La Réunion d’octobre 1862: un genre de Chapitre

général avant la lettre.

Mon bon frère Caille,

Vaugirard, 22 janvier 1863

M. le Supérieur [M. Le Prevost] m’a fait revenir, au moins provisoirement, à Vaugirard, pour l’aider

un peu dans l’expédition de ses lettres — son travail de direction étant augmenté et compliqué par l’installation

du Noviciat à Chaville —. Peut-être aurai-je la place de M. Lantiez, trop occupé, à Grenelle, à visiter fréquemment

Arras, et serai-je chargé de vous aider, en passant, à votre petite retraite du mois; toujours est-il que je ne

pourrai venir ce soir.

Je mets à profit cette occasion pour vous faire connaître une décision du Conseil, appliquant une des

mesures prises à la Réunion du mois d’octobre. Désormais, dans toutes les maisons où se trouve un prêtre de la

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Communauté, il sera dit chaque semaine une messe aux intentions de M. le Supérieur. Comme vous avez un

aumônier étranger, M. le Supérieur se contente de vous demander l’application, une fois chaque semaine, des

communions des Frères à ses intentions.

Je recommande à toute votre charité, pour le faire arriver à bon port jusque chez M. Halluin, un

orphelin de Dalmas, âgé de huit ans et demi, qui vous sera tout prochainement adressé à cet effet; on vous

versera, je pense, le premier mois de sa pension, fixée, ce me semble, à 240 francs. Je devais emmener

d’Amiens [à Arras] cet enfant.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Ce serait entre vos mains que l’on verserait régulièrement, par trimestre, si je m’en souviens bien, la

pension de l’orphelin de Dalmas.

143 - à sa sœur Maria

Le portrait du Curé d’Ars (décédé en réputation de sainteté le 4 août 1859) -- M. Le Prevost salue la mère du

Père Planchat, qui a quitté Arras.

Ma bonne petite sœur,

Arras, 5 février 1863

Tu recevras probablement par le même courrier deux petits livres et le portrait du curé d’Ars? Ce

n’est qu’en me retrouvant, dans ma visite mensuelle à Arras, chez le libraire où j’avais pris le premier portrait

que je me suis rappelé ta demande. Je suis heureux, ma bonne petite sœur, de te faire un peu plaisir et de te

distraire un peu.

Continue à offrir, avec courage et silence, tes épreuves au bon Dieu pour notre bonne mère, et tu le

verras bientôt, tout sera arrangé pour le mieux.

Remercie-la bien, cette bonne mère, pour moi, de ses 50 francs que je n’ai point encore demandés à

ma tante. Dis-lui que M. Le Prevost me charge de le rappeler à son souvenir et de l’assurer du sien devant Dieu.

J’espère la voir bientôt nous visiter à Vaugirard.

Adieu, bonne petite sœur; je t’embrasse de cœur, ainsi que notre bonne mère. Je suis un peu pressé. je

me porte à ravir.

Ton frère...

l’abbé Planchat, prêtre

Prie pour mes enfants d’Arras qui n’ont encore personne pour me remplacer. Je n’oublie pas les

personnes que tu m’a recommandées.

144 - à M. Halluin

Une note sur la mort édifiante d’Auguste Charpentier, un jeune de Vaugirard.

Justin Faÿ reçoit le sacerdoce le 20 décembre 1856; il entre en communauté le 31 mars 1857, fait sa profession

religieuse le 8 avril 1859 - il mourra le 25 décembre 1871.

Antoine Chaffaut, frère laïc, entré en mai 1862 - profession en 1864 et décès en 1903.

Tel temps qu’il fît: quelque temps qu’il fît.

Mon bon Père Halluin,

Vaugirard, 12 février 1863

Je tiens à vous communiquer, toute fraîche, la suave impression de la mort un peu soudaine et toute

sainte d’un de nos meilleurs petits enfants de Vaugirard. Je tiens aussi à obtenir tout de suite, de nos bons

écoliers d’Arras, quelques prières et, s’il est possible, quelques communions pour la prompte délivrance de cette

chère âme.

Le petit Auguste Charpentier était soigné pour une rechute de rougeole; tout à coup, hier matin, le

médecin déclare qu’il est au plus mal. Il reçoit l’Extrême-onction [le Sacrement des Malades] pieusement; mais

il n’a que neuf ans. on ne s’attendait pas du tout à cette crise; comment lui faire faire sa première communion?

Nous décidons, M. Faÿ et moi, que, si l’on peut donner à l’enfant une idée nette, quoique sommaire, du

Sacrement et lui en inspirer le désir, on le fera communier. M. Faÿ est aussitôt émerveillé de trouver dans le cher

petit, et une instruction plus que suffisante et surtout le plus ardent désir de recevoir son Dieu.

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Il communie avec la piété la plus naïve et la plus tendre. Son action de grâces du cœur terminée, il

prend son petit chapelet et essaye à plusieurs reprises de le réciter en prononçant distinctement toutes les

paroles; puis il appelle l’infirmier: “M. Chaffaut, M. Chaffaut, quel malheur, je ne puis dire mon chapelet; cela

me fait mal à la gorge!” A quelques moments de là: “M. Chaffaut, mais maintenant je pourrai communier le

dimanche avec les autres, n’est-ce pas?” Sa pauvre mère accourt de l’Ecole normale, où elle est femme de

chambre chez le Directeur: “Maman, Maman”, dit-il d’une voix entrecoupée, au milieu des souffrances que lui

occasionne un large et puissant vésicatoire appliqué sur la poitrine pour tenter une dernière chance de salut,

“maman, j’ai reçu l’Extrême-onction, j’ai fait ma première communion! Oh! je suis bien content!” Puis quelques

instants après: “Maman! tu vas m’ôter mon vésicatoire, il me fait tant souffrir!’ - “ Mon enfant, tu le sais, petite

mère ne t’a jamais menti, je te l’ôterai dans quelques instants, sitôt qu’on m’en aura donné la permission”. -

“Oui, c’est cela, il faut demander la permission à M. Chaffaut - - Maman, maman, ne va-t-on pas me l’ôter? “ -

“Mon enfant, le bon Dieu a tant souffert pour nous, tu l’as reçu; ne veux-tu pas souffrir un peu pour lui? “ - Et

les cris de l’enfant s’apaisent.

Comme l’assoupissement qui venait le conduire à la mort venait de se déclarer: “ Mon enfant, lui disje,

aimez-vous bien la Sainte Vierge? “ - “Oh! oui,” répond-il en ouvrant les yeux. “Seriez-vous bien aise de

recevoir le S. Scapulaire? “ - “Oh! oui!”.-- Je lui donne; il se soulève péniblement à cause de l’enflure et de la

somnolence, mais énergiquement, pour que je lui passe sous les épaules. “Baisez le crucifix, mon petit ami”. Il

ouvre les yeux et soulève la tête pour le baiser avec plus d’attention et d’amour. Je dus le quitter pour aller

exposer le St Sacrement pour l’adoration nocturne; comme les prières de l’ouverture de l’adoration se

terminaient quelques instants après que le Bon Maître l’eut, de la chapelle, spécialement béni sur sa couche de

douleur, l’infirmier s’approchait pour lui donner à boire; il essaye d’obéir, puis il dit: “Je ne puis plus...je ne puis

plus boire...” et il expire. Je n’ai pu le voir que ce matin, à 8 heures et 1/2, sur son lit; jamais figure calme,

souriante, ne réalisa mieux, à la pâleur près, l’idée que nous aimons à nous faire de Jésus enfant, endormi.

Cette mort, si douce et si consolante pour la foi, avait son explication dans la vie, si courte cependant,

de cet enfant, non seulement dans sa vie d’écolier à Vaugirard, où il a passé un peu moins de deux ans, mais

dans sa vie antérieure, au milieu d’une famille bien désolée.

A Vaugirard, il avait été un modèle d’obéissance et de piété. Donné au père Louis [Lantiez] pour

l’aider dans un travail ingrat, vous le savez, il ne lui avait désobéi qu’une fois. Le Père Louis lui avait donné

pour pénitence d’aller tous les jours, pendant cinq jours, à telle heure, à telle chapelle, réciter cinq Pater et cinq

Ave en l’honneur des cinq plaies de N. S. Il n’avait pas manqué à sa pénitence et il n’était jamais retombé dans

sa faute. Je ne pouvais troubler par des questions la douleur de la pauvre mère, assistant avec moi le cher enfant

pendant la plus grande partie de son agonie.

Mais je devais laisser son cœur se soulager en me parlant lui-même [ce cœur] de son enfant: “Si vous

saviez, me disait-elle, combien mon cher petit Auguste se trouvait heureux chez vous! Un jour madame X lui

demanda: “Te plais-tu à Vaugirard ?” - “Oh! oui” répondit Auguste. “D’abord j’avais entendu Madame N. dire à

Maman qu’à [...] son garçon, placé comme moi, était battu bien fort par ses camarades; à Vaugirard, on ne se bat

jamais. Et puis, Madame, je prie tant le bon Dieu, la sainte Vierge et saint Joseph! Oh! que je suis content de

prier comme cela pour petite mère... et puis pour papa... tout de même.” Lorsqu’il se confessa à Vaugirard pour

la première fois, cela lui fit tant d’impression, il en fut si joyeux, qu’il accourut tout rayonnant vers moi à la

sortie suivante, en me disant: “Maman, maman j’ai fait ma première confession, et il me fallut lui expliquer

comme quoi son bonheur n’était encore que commencé. Si je voulais vous raconter tous les traits charmants de

son enfance entre cinq et sept ans, époque de son entrée chez vous, je n’en finirais pas. Oh! mon Dieu! vous me

prenez l’enfant sur lequel je comptais pour me dédommager de toutes mes peines! Mais enfin, il est à vous!”

Ce que je me rappelle des récits entrecoupés de la pauvre mère sur ces deux années de son enfant

béni, peut se résumer en trois mots: Il aimait déjà beaucoup la prière; il était d’une obéissance courageuse et

constante. Il saisissait toutes les occasions de rendre service à tous et surtout à sa mère.

Un fait d’abord comme exemple à la fois de son obéissance en même temps que de son amour pour

la prière: “Tous les soirs, dit la mère, hiver comme été, tel temps qu’il fît, il allait à 6.00 heures du matin me

chercher mon lait. Nous demeurions rue des Ursulines, là où se trouve le couvent de l’Adoration réparatrice,

avec l’exposition nuit et jour du S. Sacrement. Jamais en revenant il ne manquait d’entrer. Il déposait son petit

broc en fer-blanc dans le vestibule, et là, me disait la donneuse d’eau bénite, il se tenait quelques minutes à

genoux, au bas de l’église, les mains jointes, comme un petit Ange, et les yeux fixés sur le resplendissant ostensoir.”

“J’avais à cette époque un enfant de six mois, le dernier des quatre que le Tribunal m’avait laissés, en

me séparant de mon mari. Cet enfant, né au milieu des angoisses et des larmes, était toujours souffrant et

inquiet; les nuits surtout étaient affreuses. Auguste, de lui-même, se levait, jusqu’à deux et trois fois la même

nuit, et, pour m’éviter un refroidissement, allait me chercher près du poêle les langes de son petit frère.”

“Un jour je m’aperçus qu’il manquait une pièce de dix sous. “Auguste, lui dis-je, me l’aurais-tu prise

?” Auguste de rougir. Tu as pris ma pièce de 10 sous, et nous n’avons pas de pain! - “Oh! maman, maman, tous

les matins, en passant devant l’église St Jacques, je vois un homme qui n’a plus de jambe et qui n’a plus d’oeil

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(borgne et jambe de bois); ça me fait tant de peine que j’ai pris la pièce de dix sous pour lui donner. Je ne

croyais pas que cela était mal. Mais puisque c’est mal, je te le promets, jamais je ne recommencerai plus!” Et il

pleurait, sanglotait si fort qu’il en eut la fièvre huit jours. Complaisant et actif, comme il l’était, en faisant mes

commissions, il faisait souvent aussi celles de plusieurs voisins. Cela lui rapportait de temps en temps un petit

sou. “Voilà pour toi, maman, disait-il aussitôt. Bien, je le mettrai de côté pour te commencer une petite bourse,

puisque je suis contente de toi. - Non! c’est pour toi! -- Tu ne veux donc jamais avoir un cerceau pour jouer le

dimanche au [jardin du] Luxembourg? - Mais, maman je t’ai pris dix sous; il faut que je les rende...”

Comme preuve authentique de tous ces faits, je vais reproduire textuellement une petite lettre

charmante de piété et de naïveté, qui vous fera connaître le caractère aimable de notre cher enfant. Nous avons

trouvé cette lettre aujourd’hui, dans ses affaires de classe; sans doute qu’une circonstance imprévue l’avait

empêché de l’envoyer à sa mère à l’époque du Jour de l’An.

l’abbé Planchat, prêtre

“Ma chère mère,

“Je vois avec plaisir le jour de l’an arriver, et je voudrais bien sortir pour te voir, et je prie le

bon Dieu pour que tu deviennes riche, et tu sais que les richesses de la terre sont rien du tout auprès

de Dieu, mais j’aime bien mieux les richesses du ciel que les richesses de la terre, et je t’aime

beaucoup, et je suis très bien à la maison où tu m’as mis, et on dit à la maison que les messieurs sont

trop sévères, et moi je trouve qu’ils ne sont pas assez sévères.

“Ma chère mère, si je sors le jour de l’an, je désirerais de voir mon petit frère et ma petite

sœur, et je termine en te disant: si tu peux me mener voir ma petite sœur que je n’ai pas encore vue.”

Charpentier / M. Faÿ

145- à sa sœur Maria

3, rue de la Caserne indigène -- Blidah, Algérie.

Prions pour maman en ce mois de S. Joseph -- Maurice Maignen: troisième frère -- Louis Paillé: quatrième

frère -- Du Vivier: Eugène et cousine Natalie Elambert -- Sœur de Constantinople: Virginie, sa sœur.

Ma bonne petite Maria,

Paris, Communauté de N. D. de Nazareth, 23 février 1863

Me voilà encore déménagé! Le bon petit abbé Hello, -- aumônier de N. D. de Nazareth, 11, rue

Stanislas, ou si tu veux, boulevard Montparnasse, à Paris, -- est fatigué et se repose quelques semaines à

Chaville. Je fais l’intérim; tu vas bien prier pour qu’il soit fructueux et pour que notre petit saint, -- car cet abbélà,

c’est le petit saint de la Communauté -- se trouve remis pour les Pâques où le bon Dieu lui donne toujours

grande moisson. Tu n’oublieras pas mes enfants d’Arras, bien délaissés. Ils m’avaient si cordialement accueilli

dans ma visite du commencement de ce mois! Je me faisais une fête d’aller leur ouvrir le mois de S. Joseph.

Chère sœur, tu le feras avec maman de ton mieux, ce beau mois, n’est-ce pas? Tu le feras faire autour de toi, à

Mme de Tonnac, à Mme Delahaye, etc. je vais t’envoyer deux petites livres à cette intention. Je sais bien pour

qui tu le feras avant tout, comme moi-même, bonne petite sœur: pour notre chère mère! j’ai la ferme confiance

que c’est saint Joseph qui va lui rendre la santé et terminer heureusement toutes ses affaires. Qu’elle lui

promette quelque chose pour mes petites œuvres si, comme elle ne le peut être, notre confiance n’est pas

trompée.

Ma tante Elambert va bien et m’a remis les 50 francs. Les Du Vivier vont bien. J’ai de bonnes

nouvelles de la sœur de Constantinople; je me porte fort bien. Prions tous pour le succès du Carême partout.

Je t’embrasse de cœur, après notre bonne mère. Elle va, j’en suis sûr, me prouver, et à ma tante,

qu’elle est guérie, en m’écrivant quelques lignes. M. Le Prevost se rappelle, ainsi que M. Paillé et Maignen, à

ton souvenir.

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Vous aurez vu par le petit livre sur l’oraison (fais-la bien) que Monsieur C. pensait à vous.

l’abbé Planchat, prêtre


146 - à sa sœur Maria

Monsieur Hello va mieux cf. lettre du 23 février 1863; je pense aller à Arras le 18 mars. -- enrôle les personnes

dans l’Association du culte perpétuel à S. Joseph -- prie pour les retraites, dont celle d’Arras et du Bon-Conseil

de Mlle Payen.

Ma bonne petite Maria,

Paris, 1 er mercredi du mois de S. Joseph [4 mars] 1863

Je suis inquiet de ne pas recevoir de lettre de toi. Donne-moi sans plus tarder des nouvelles de

maman, de Mme de Tonnac, de Mme Delahaye et de toi même.

Tâche d’enrôler ces dames et les autres personnes que tu peux connaître dans l’association si simple,

si pieuse et si profitable aux âmes, du culte perpétuel de S. Joseph.

Je crois t’avoir écrit que je remplaçais à Nazareth M. l’abbé Hello, fatigué. Ce bon abbé va beaucoup

mieux et je compte aller vers le 18 à Arras, pour y préparer nos enfants aux Pâques. Je reviendrai ensuite à Paris

pour la retraite d’un de nos patronages de garçons et pour celle des jeunes ouvrières du Bon-Conseil de

Grenelle.

Prie bien pour cette retraite et pour toutes les autres, en particulier pour celle de la Ste-Famille de

Nazareth, dont je commence aujourd’hui à m’occuper sous la spéciale protection du bon père saint Joseph.

Travaille aussi pour lui là-bas; ce sera travailler merveilleusement pour maman et pour toi-même.

Adieu, bonne petite sœur; je t’embrasse de cœur, ainsi que notre bonne mère.

Ton frère...

l’abbé Planchat, prêtre

147 - à M. Buquet Vicaire général de Paris

Oubli à corriger; retraite de communion pour cérémonie à la paroisse.

17 mars 1863

Monsieur Le Prevost me prie d’ajouter à la nomenclature de nos maisons d’œuvres celle du patronage

Ste-Anne, qui se trouve oubliée.

Dans cette œuvre des enfants, jeunes gens et parents de toutes paroisses sont convoqués pour une

retraite dont la communion se fait à Ste-Marguerite.

148 - à M. Cauroy

l’abbé Planchat, prêtre

Le P. Planchat exerce un apostolat à Charonne, Paris. -- le jeune Cauroy, appelé Joseph à sa Confirmation, est à

Metz.

Mon bon petit Joseph,

Charonne, 19 mars 1863

à minuit et demie

Deux mots seulement à cette heure; comme votre pieuse et généreuse bienfaitrice, c’est sous le nom

de Joseph que j’aime à vous présenter à ma mémoire de père et à notre bon Maître.

Vous aurez, cher ami, votre grande part dans mes messes d’aujourd’hui et de lundi. Je me convaincs

chaque jour davantage que saint Joseph vous a réellement adopté. Appliquez-vous plus que jamais à lui obéir,

comme le faisait l’Enfant-Dieu lui même. Ite ad Joseph; omnia quaecumque dixerit vobis, facite. Alors vous lui

pourrez tout demander pour vous-même et pour les autres.

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Parmi ce prochain, objet de vos prières, vos parents nourriciers, votre bienfaitrice, la Communauté de

S. Vincent, votre mère spirituelle, votre Père Supérieur de Paris, celui de Metz, enfin moi-même, ne serons pas

oubliés, n’est-ce pas?

Je vous embrasse de tout cœur...

l’abbé Planchat, prêtre

Je rouvre ma lettre pour dire mille choses au bon Père Lantiez, et à tous les Frères de Metz; bonsoir ou

bonjour à tous.

149 - à M. Baloche

Baloche: confrère de S. V. de Paul qui vient de perdre une petite fille; un autre Baloche est prêtre.

Paris, 1 er avril 1863

Mercredi Saint

Monsieur et cher confrère en Saint Vincent,

La nouvelle de votre affreux malheur m’a été donnée dimanche soir à mon retour d’Arras par la

concierge de notre maison des Jeunes Ouvriers de la rue Montparnasse, amie de votre concierge du 90.

Je prends, croyez-le bien, la plus vive part à votre profonde affliction. J’ai, bien des fois déjà,

recommandé au saint autel Madame Baloche et vous, encore plus que la chère défunte.

Oh! pour elle, elle est heureuse; avant d’avoir connu le monde et les dangers de la vie à part où peutêtre

elle allait entrer, Dieu l’appelle des bras de sa pieuse mère dans les siens. Mais pour vous: quel vide! je

dirais quel désespoir, si vous n’étiez pas chrétien; mais N. S. vous adresse avec une tendre affection ces paroles

aussi bien qu’à votre sainte épouse: “Moi-même, je vous consolerai”.

Comme il vous les fera doucement entendre au cœur ces fortifiantes paroles quand vous l’allez

recevoir pour les fêtes pascales! votre deuil si amer vous rapprochera plus que jamais du Dieu de toute

consolation; bien souvent désormais on vous verra près de Mme Baloche à la Table Sainte. Vous vous y assiérez

en particulier plus volontiers pendant ce beau mois de Marie, qui va bientôt amener de grandes fêtes aussi.

Marie est la Mère des douleurs, et pour cela même, la plus puissante Consolatrice des affligés.

Si votre douleur vous le permet, donnez-moi quelques détails sur la fin si pieuse de votre chère

enfant. Surtout, donnez-moi des nouvelles de M. l’Abbé Baloche.

Je recommande aux ferventes prières de toute la famille la retraite que je prêche depuis dimanche à

300 apprentis et jeunes ouvriers du faubourg Saint-Denis. Cette retraite se termine le jour de Pâques.

150 à M. Florent Caille

Votre ami dévoué...

l’abbé Planchat, prêtre

M. Léon “ne fera pas ses voeux à la retraite”; il s’agit de M. Léon Guichard - voir lettre du 2 octobre 1863.

Rémond, Louis: un postulant qui s’éloignera bientôt;

pas d’aide pour le temps de la retraite.

Jeunes Ouvrières de Grenelle: Œuvre du Bon-Conseil dirigée par Mlle Payen.

Retraite.

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Mon bon Monsieur Caille,

Grenelle, 21 avril 1863

4 ème jour de la neuvaine du patronage de S. Joseph

Monsieur le Supérieur ne peut, à son grand regret, envoyer personne à Amiens pour le temps de la


Il décide que M. Léon ne fera pas ses voeux maintenant; vous êtes donc parfaitement libre d’envoyer,

de M. Léon ou de M. Rémond, lequel vous voudrez. C’est, vous le savez, dimanche 26 au soir que la retraite

commencera. Prions ardemment qu’elle nous renouvelle tous.

Un petit souvenir aussi auprès du Bon Maître, et auprès de Marie et Joseph, pour la retraite des Jeunes

Ouvrières de Grenelle, que je commence ce soir.

151 - à une bienfaitrice

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Besoin d’aide pour images, etc. pour mes apprentis et pour ceux d’Arras -- pauvres et malades -- M. Jean Marie

Tourniquet entre le 16 octobre 1854; il fait profession le 27 octobre 1855; directeur au patronage St-Charles,

puis au Cercle militaire de Rome; il meurt le 7 juillet 1871.

Madame,

Vaugirard, 9 ème jour du Mois de Marie 1863

Je sais combien vous aimez le Très Sainte Vierge; je crois donc vous faire plaisir en vous procurant le

moyen de m’aider à la faire honorer. Vous assureriez aussi par là à toute votre petite famille, et en particulier à

votre cher aîné, les prières de plus de cinq cents enfants pauvres, orphelins et autres. C’est une joie pour moi de

reparaître un jour à la maison de Patronage des faubourgs St-Denis et St-Martin (la maison St-Charles, 12, rue

de Bossuet, où je prêchai la retraite pascale) pour y parler un peu de la Bonne Mère; mais il faut bien que je

laisse son image aux mains de chacun de nos trois cents apprentis et que je donne aux plus grands quelques

petits livres du Mois de Marie. Je ne le puis, sans dépenser une vingtaine de francs. J’ai fait envers la Ste Vierge

cet acte de confiance de les emprunter, pensant un peu à vous, Madame.

Mais je ne puis oublier mes orphelins d’Arras, eux les plus pauvres, les plus délaissés de tous! Je pars

vendredi pour les préparer à célébrer le mois de Marie par une communion générale à la Pentecôte. Les

précédentes années, ce mois béni était marqué pour tous par une belle vente de statuettes, de livres, d’images,

d’effets d’été, donnés par la Ste Vierge à ceux qui avaient le plus de bons points de catéchisme.

Pour les deux associations de la T. Ste Vierge il y avait pèlerinage à un Mois de Marie de campagne,

avec souper extraordinaire sur la pelouse, payé, moitié par moi, moitié par le bon curé du village que nous

visitions. Je voudrais bien ne pas laisser tomber cet usage. Cependant je n’ai rien pour faire face à la dépense.

Les deux dernières années mes amis de Paris m’envoyaient [des subsides] je les ai, cette année, épuisés pour les

trois petites missions que j’ai dû donner à Paris même, dont une dans votre quartier. Voyez si Mme Pinard et

Mme Fournier ne pourraient pas me venir, comme vous, encore une fois en aide.

Vous serez la quêteuse de Marie en un samedi de son mois; Marie vous comblera de nouvelles

bénédictions.

Vous pourriez me faire passer ce que vous aurez, demain dans la journée, à la maison de St-Charles.

Demain passé, vous l’adresseriez au même lieu:

à M. Jean-Marie, directeur du Patronage,

pour M. l’abbé Planchat.

J’oubliais de vous dire que, la Semaine Sainte, vos prières et aumônes avaient admirablement fructifié

à St-Charles. Il y aura eu en définitive plus de 300 Pâques de jeunes ouvriers ou apprentis.

Excusez, Madame, mes importunités; c’est Marie qui vous demande pour ses enfants les plus pauvres,

partant les plus chéris.

Votre très reconnaissant serviteur,

La pauvre petite image est pour votre cher aîné; je l’ai bénite à son intention.

l’abbé Planchat, prêtre

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Me permettez-vous de vous rappeler la famille Démalle. Je ne sais si le pauvre infirme est mort; ce

que j’ai appris, c’est que l’un de nos deux enfants qui soutenaient la famille par leur chétif travail, est à l’hôpital.

152 - à une bienfaitrice

Il s’agit de la suite donnée à la lettre d’hier! Merci! à vous et à Mme Pinard; -- dans la rue: ne donner que des

bons de charité! -- Le 12 rue de Bossuet est l’adresse du Patronage St-Charles.

Madame,

Paris, 10 ème jour du mois de Marie 1863

Merci mille fois; que la Ste-Vierge vous rende selon votre grande charité! Je me regarde comme

obligé de la prier et faire prier chaque jour et de recommander chaque matin au saint Autel toutes vos intentions.

Vous savez que l’une d’elles surtout m’est bien chère. Tous nos enfants de St-Charles les présenteront tout à

l’heure au Salut à notre divin Seigneur. Oh! aimons-le, soignons-le dans la personne de ses pauvres.

Je crois toutefois qu’il est mieux dans la rue de ne donner que quelques bons de fourneaux; avec ces

petites cartes que vous pourrez vous procurer ici, rue de Bossuet, 12, et qui coûtent 10 centimes chaque, vous

procurez une bonne soupe et un peu de pain, un petit repas en un mot. Il est difficile de les vendre pour boire.

Dieu vous aidera pour que vous puissiez continuer de si généreuses charités, faites à de si pieuses intentions.

J’ai reçu 20 francs de vous, 20 f. de Mme Pinard; veuillez la remercier mille fois pour nos chers

artisans et pour moi. Je fais miennes toutes ses intentions comme les vôtres.

153 - à M. Florent Caille

Votre très reconnaissant serviteur,

l’abbé Planchat, prêtre

Jean-Marie Gauffriau est entré en communauté le 3 mars 1859; profession le 26 octobre 1860; cette ordination

au sous-diaconat sera retardée un peu: voir lettre du 4 juin 1863. Il sortira en 1871. -- Le père de M. Risse est

décédé; prions pour lui.

Mon bon frère Caille,

Arras, 21 mai 1863

octave de l’Ascension

21 ème jour du mois de Marie

Je vous arriverai le lundi de la Pentecôte à midi et demi. Je vous demanderai l’hospitalité d’une nuit

pour un de nos bons jeunes gens que j’accompagne à Paris.

Ce serait demain que commencerait la petite neuvaine que l’on fera, je pense, en chacune de nos

maisons, pour l’ordination de M. l’Abbé Jean (il va être sous-diacre bientôt) et pour celle de M. d’Arbois

(prêtre). Le mieux serait, je crois, d’appliquer à cette intention le Veni Creator habituel et l’Ave Maria à N. D.

de la Salette. Les enfants ne pourraient-ils pas dire cet Ave Maria à l’intention de M. Jean?

Vous avez sans doute reçu la lettre de faire-part de la mort du vénérable père de M. Risse. Si je

pouvais lui dire qu’à Amiens comme à Vaugirard une messe a été dite pour le repos de cette chère âme, le cœur

du bon abbé serait, je crois, profondément touché de cet acte de charité fraternelle.

Tout à vous dans les Sacrés Cœurs

et dans l’attente de l’Esprit-Saint, si nécessaire à toutes nos misères et faiblesses.

154 - à M. Jean Marie Gauffriau clerc minoré, chez M. Risse

7 rue de la Fonderie, Metz.

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l’Abbé Planchat


Le Frère Tharsice est le jeune Père Léon d’Arbois; son ordination sacerdotale eut lieu le 30 mai 1863.

M. Georges, Law, de Lauriston, frère laïc: entré en 1857; profession le 8 avril 1859; décès le 2 décembre 1883.

Comment souligne-t-on le mois du Sacré-Cœur dans la Communauté?

M. Roussel prêchera la retraite de première communion à Arras. -- La communion fréquente n’était pas

quotidienne à ce moment-là. -- Les repas du midi et du soir sont le dîner et le souper.

M. Paul, Luzier, frère laïc, entré en 1858 - profès en 1860 - sorti en 1866.

Le père d’Arbois ajoute un petit mot.

Mon bon frère Jean,

Vaugirard, 4 juin 1863

fête du T. S. Sacrement

J’allais écrire à notre bon frère Risse pour lui rappeler, de la part du P. Supérieur, les pratiques en

usage dans la Communauté pour le mois du Sacré-Cœur, lorsque j’ai reçu votre aimable lettre. Ce sera donc

cette fois encore sous votre couvert que Metz recevra de nos nouvelles.

Samedi dernier, arrivé trop tard à l’ordination pour imposer les mains à notre heureux frère Tharsice,

j’ai, du moins, [...] témoin du spectacle de son angélique [...] et j’ai ensuite reçu à la porte de sa chambre sa

deuxième bénédiction; M. Hello avait dérobé la première.

Je me faisais une fête d’assister à la première messe de notre cher frère; mais avant tout il fallait que le

Père de famille jouît du bonheur de son enfant. M. Le Prevost étant au séminaire à 6 heures et 1/2 pour la messe

de Communauté, qui était celle du frère Tharsice, impossible qu’il se trouvât à 6 heures 3/4 à Chaville pour la

messe du Noviciat; j’ai dû la dire; car nous sommes si riches en prêtres que notre Maître des Novices est en

même temps aumônier de St-Charles. Enfin le bon P. Tharsice est à nous; il attend dans sa cellule le moment

fortuné de sa première Grand-messe. Je vais lui recommander de bien penser à vous.

Venons-en au mois du Sacré-Cœur. M. Georges, qui aime tant les litanies de toute sorte, ne vous aura

pas laissé ignorer qu’à la fin de chaque exercice de Communauté on répète l’invocation Cor Jesu... Cor

Mariae... et qu’après le Veni Creator quotidien, on lit l’acte de consécration au Sacré-Cœur. Mais avez-vous

chacun votre petit livre du Mois du Sacré-Cœur pour le lire à votre loisir? Si cet opuscule vous manque,

achetez-en un, et faites-y, comme à Arras, la lecture pieuse du dîner ou du souper.

Ce qui vous semblera plus difficile, c’est la communion d’un frère chaque jour, en l’honneur du

Sacré-Cœur au nom de la Communauté. Cependant vous êtes quatre, M. Risse pouvant donner chaque semaine

une messe à cette intention, et puis chacun des simples frères communie plus d’une fois par semaine. Cette

communion perpétuelle du mois de juin se fait, dans la Communauté, partout où j’ai pu avertir; elle se fait en

esprit de réparation et pour les besoins de l’Eglise, de la France et de la Communauté.

Adieu, mon bon frère; le temps me presse pour écrire à Amiens et à Arras, avec lesquels je suis en

retard, comme avec vous.

Tout à vous et au bon P. Risse, ainsi qu’à nos chers frères Paul et Georges. Qu’ils redoublent de prière

pour toute la maison d’Arras. Le bon P. Roussel y prêchera la première communion du 1 er au 5 juillet. Je

l’assisterai dans la grande tâche de faire participer toute la maison à cette fête touchante.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Bon frère Jean,

Je me réjouis que votre ordination du sous-diaconat soit remise seulement de si peu; ce me

sera une vive joie de vous voir promu à cet ordre si fécond en consolations et en force.

J’aurai le plaisir de vous voir dans peu à Metz. Je vous embrasse de tout mon cœur, en

vous remerciant de toutes vos bonnes prières.

Mes respects et amitiés au bon Monsieur Risse qui m’a écrit quelques lignes d’affection

dont je le remercie bien.

Mille choses aux bons frères,

F. Tharsice, prêtre

155 - à sa sœur Maria

rue de la Caserne Indigène -- Blidah (Algérie)

97


Dans les peines invoquer Jésus et Marie, comme le fait Pie IX -- le mois du S. Cœur dure trente-trois jours -- la

communion quotidienne n’existe pas encore -- la vente de la maison d’Alger sera avantageuse pour tous -- S’il

le faut, j’irai à Alger pour vous aider à en sortir.

Chère bonne petite sœur,

Vaugirard, 5 juin 1863

(1 er vendredi du mois du Sacré-Cœur)

Je ne puis laisser s’avancer davantage le mois du Sacré-Cœur de Jésus sans t’inviter à te réfugier dans

ce Cœur, infiniment compatissant, ressource et consolation de chaque âme chrétienne dans les afflictions qui

l’accablent toujours plus ou moins sur cette misérable terre.

Ma bonne petite sœur, répète bien souvent, et surtout à chaque peine que tu éprouves, ces deux

puissantes invocations: Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de nous -- doux Cœur de Marie, soyez mon refuge

(oraison jaculatoire habituelle de Notre Saint Père, Pie IX) et tu verras quelle douceur, quelle force, quelle paix

rempliront chaque fois ton cœur attristé et brisé.

Si renfermée que tu sois dans ce tombeau de la rue de la Caserne, tu connais néanmoins à Blidah

quelques âmes pieuses; engage-les à faire avec toi le mois du Sacré-Cœur (elles y mettront toujours les 33 jours

qui correspondent aux 33 années de Notre Seigneur, ne le commençant peut-être qu’au reçu de cette lettre, elles

le finiront à la mi-juillet)

Que ces saintes âmes s’habituent comme toi aux pieuses invocations ci-dessus. Entends-toi avec elles

pour que chaque semaine il y ait plusieurs communions faites en l’honneur du Sacré-Cœur. Le mieux serait qu’il

y en eût une chaque jour; pourvu que vous fussiez trois ou quatre, la chose serait facile. Tu peux bien pour ta

part donner quatre jours par semaine, tout au moins; surtout que le vendredi, ce jour du Sacré-Cœur par

excellence, ne soit jamais oublié! Pour vendredi prochain, le propre jour de la fête du Sacré-Cœur (quand elle se

trouverait pour la solennité remise à un dimanche) récolte, récolte des communions de personnes même qui ne

feraient pas en règle le mois du Sacré-Cœur. Tâche de former à cette occasion, de commencer du moins une

série pour la Communion réparatrice (tu recevras le livret de cette dévotion avec un papier de série placé à la fin

du livret. Je t’envoie aussi divers petits livres sur le Sacré-Cœur, entre autres un Mois, pour Mme de Tonnac, si

elle n’en avait pas ou pour quelque autre bonne âme).

Si j’ai parlé à mon oncle [Henri Garanger] d’aller [moi-même], au besoin, jusqu’à Blidah, pour vous

y rechercher, c’est que je suis réellement disposé à en demander la permission, au moment que la Providence

marquerait pour cette démarche, comme pouvant obtenir son but. Du reste, la chose ne se ferait pas sans difficultés

à cause de l’urgence des œuvres. Je compte sur le Cœur Adorable de Jésus et sur le Cœur si tendre de

Marie pour me rendre, sans ce suprême effort, ma sœur et ma mère bien-aimées. Quelques regrets que la

mauvaise disposition des nerfs inspire à notre bonne mère au sujet de la vente de la maison d’Alger, je vois dans

cette vente -- avantageuse à tout prix dans l’état présent des affaires, à part même l’intérêt personnel du retour --

un coup de la bonne Providence, rompant le premier de nos liens. Bientôt vous chanterez avec David: “Tous

sont rompus”. Combien je te remercie, bonne petite sœur, au nom de toute la famille, d’avoir contribué à ce

résultat si heureux!

Courage, ma bonne petite sœur. Prie bien et fais prier les Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie pour la

Première Communion de l’orphelinat de Vaugirard (2 juillet) et de l’orphelinat d’Arras (5 juillet).

Je te quitte pour aller dire, devant le Saint-Sacrement exposé, la messe du premier vendredi du mois.

Ma bonne mère et toi, je vous laisse, après vous avoir tendrement embrassées, dans le Cœur adorable de notre

doux Maître.

156 - à M. Louis Risse

Tout à toi, bonne petite sœur,

ton frère, l’abbé Planchat, prêtre

Abelly a écrit une vie de saint Vincent de Paul; -- comment fêter notre saint Patron; suites de la première

communion à Vaugirard. — L’abbé Taillandier, Louis, curé de St-Augustin à Paris, restera toujours en relation

avec M. Le Prevost, qui l’a soutenu dans sa vocation (cf. P. Boissinot, in Un autre Vincent de Paul, p. 185). —

Le bon père Marty est un prêtre diocésain, devenu novice chez nous; il sera en même temps Maître des Novices

(cf. voir lettre du 25 septembre 1863).— La lettre reste inachevée: la suite a été perdue?

98


Mon bon frère Risse,

Vaugirard, 10 juillet 1863

fête des sept frères martyrs

Notre P. Supérieur me charge de vous rappeler la neuvaine de notre saint Patron. Elle consiste 1° à

faire chaque jour, du 11 au 19; la méditation sur les vertus de saint Vincent; la matière est facile, à puiser dans

Abelly. Vous ferez sans peine, alternativement, le frère Georges, le frère Jean et vous, le petit travail de mise en

forme. Vous pourriez même donner au frère Luzier (Paul) une méditation à préparer; cela l’exercerait utilement.

Le P. Marty fait ainsi pour ses novices; il leur donne le titre de la méditation, leur met en main Abelly, enfin

revoit leur ébauche. Il y a là une étude de notre admirable modèle, conforme à la recommandation que renferme

le dispositif du Conseil de Chaville. -- 2° ajouter à la fin de tous les exercices communs l’invocation à saint

Vincent.

Vous serez sans doute obligé de transférer, comme nous, à un jour de l’octave, la fête de famille dans

la Communauté. A Vaugirard, office et promenade sont remis au mardi. Les maisons de Paris se réuniront ce

jour à Chaville pour fêter saint Vincent.

Voilà faites nos deux [Premières] Communions d’Arras et de Vaugirard. A Vaugirard, malgré

plusieurs contretemps, la retraite et le grand jour ont donné des consolations inespérées. Un enfant était à la Ste

Table: tout à coup, au moment où le prêtre (notre vieil ami M. l’Abbé Taillandier, curé de la Chapelle St-Denis)

lui présente la Ste Hostie, il détourne la tête, se lève, et va courageusement exposer son scrupule à M. Faÿ, qui

se trouvait à quelques pas en arrière. Le lendemain, premier vendredi du mois, presque tous ont communié une

seconde fois, un ou deux le samedi, tous le dimanche. Pour mercredi dernier, jour de messe et de sortie, tout à la

fois, il a fallu, pour empêcher la masse des demandes dont quelques-unes eussent pu être hasardeuses, à cause

du milieu peu chrétien peut-être où plusieurs allaient passer la journée, il a fallu que M. Faÿ déclarât qu’il

remettait toutes les communions à dimanche, jour de la Confirmation.

A Arras, la tâche était plus difficile; les apprentis, arrachés à leur atelier pour se préparer à renouveler,

formaient plus de la moitié des 70 retraitants. Il fallait, en outre, agir par un seul mot, dit le matin à 5 heures 1/4,

le soir à 9.00 heures; le reste des communiants de la maison, jeunes gens de 15 à 22 ans; le bon Père Roussel y a

mis tout son cœur, et Dieu aidant, par...

[Lettre inachevée ou fragment de lettre]

157 - à M. Henri Guillot

[l’abbé Planchat, prêtre]

Extrait d’une lettre déchirée: nous respectons le choix de l’édition 1995 des Lettres de M. Le Prevost (p.238), en

plaçant ce fragment ici.

août 1863

“... Qui renferment le plus de frères fatigués et souffrants. Avant tout, notre bon Père Halluin, avec

toutes ses infirmités, devrait grandement se ménager par un temps pareil. Le lui écrire directement serait

presqu’inutile; chez lui, l’abnégation est portée jusqu’à un trop complet oubli de soi.

Notre bon Père [Le Prevost] me charge donc de vous prier, demain à votre petit Conseil de

communauté, de conjurer M. Halluin d’avoir soin de lui-même, et cela au nom de l’intérêt de ses chers enfants,

petits et grands, lesquels ont en ce ....

l’abbé Planchat, prêtre

P.S. de M. Le Prevost:

Il va sans dire, bien cher ami, que les petites recommandations ne doivent être l’occasion

d’aucune contrariété pour M. Halluin dont je vois tout le bon vouloir et auquel je vous prie surtout de

venir en aide en lui rappelant les besoins qui vous auraient frappé en ce qui concerne les frères.

Adieu, bien cher ami; je vous embrasse affectueusement.

Votre ami et Père en N. S. Le Prevost

158 - à M. Florent Caille

99


Préparer la fête de N. D. de la Salette -- j’écris pour remplacer mes visites; vous gagnerez à recevoir la visite des

“représentants les plus vénérables et plus autorisés “de la Communauté: Père Lantiez et Frère Myionnet; -- la

frêle santé du Père Le Prevost ne lui permet pas de passer par Amiens en allant se reposer en Normandie. -- Nos

activités à venir dont la retraite de Communauté et le Conseil extraordinaire; nous attendons vos remarques à ce

sujet.

Mon bien cher Frère,

Vaugirard, 10 septembre 1863

(1 er jour de la neuvaine de N. D. de la Salette)

Peut-être vous nous avez devancés dans la préparation à l’anniversaire de la Sainte Apparition. Les

bonnes âmes qui entretiennent avec tant d’amour votre pieuse grotte, seraient là pour vous annoncer le 19

septembre, quand, par impossible, vous n’y penseriez pas dès le commencement de la neuvaine.

Cependant notre bon Père Supérieur m’ayant chargé de rappeler à chaque maison la fête de N. D. de

la Salette, je n’aurais garde d’oublier Amiens. Vous écrire est un dédommagement pour la privation de ce plaisir

que j’avais depuis deux ans de vous voir et de vous entretenir souvent. La nouvelle maison de Ste-Anne, bien

qu’elle n’existe encore qu’en préparation plus ou moins lointaine, ne me permet plus les excursions périodiques

à Arras ni à Amiens. Vous gagnerez du reste à ce changement, de voir de temps en temps les représentants plus

vénérables et plus autorisés de la Communauté, le bon Père Lantiez et le bon Frère Myionnet.

Comme je l’avais prévu, notre bon Père Supérieur était trop fatigué par les trop grandes chaleurs et

trop dérangé par le partage entre Vaugirard et Chaville, pour pouvoir ajouter à son petit voyage de Normandie

l’excursion qu’il eût, sans cela, tant désiré faire à Amiens. Le raffermissement du temps avait un peu remonté

notre bon Père; je crains que les froids prématurés qui s’annoncent, n’éprouvent de nouveau sa frêle santé.

Vous la recommanderez [sa santé] à N. D. de la Salette avec tous nos autres besoins, avec le retraite

des écoliers réunis pendant les vacances à St-Charles, avec la retraite de Communauté, que nous tâcherons de

placer au commencement d’octobre, avec la deuxième session du Conseil extraordinaire, qui suivra de tout près

la retraite.

Adieu, mon bon Frère; je vous embrasse de cœur, ainsi que tous nos Frères d’Amiens; le bon Père

Supérieur vous bénit tous.

Vos petits écoliers amiénois se portent à ravir et sont fort gentils.

Tout à vous

l’abbé Planchat, prêtre

P.S. de M. Le Prevost:

J’embrasse, bien cher ami, vous et vos frères très cordialement; je n’oublie point le

remplacement de M. Rémond; je cherche toujours ce qui serait le mieux; nous arriverons sans trop de

retard, espérons-le à quelque combinaison satisfaisante. M. Luzier est revenu de Metz; il prend un

peu de repos, sa santé étant fatiguée. Nous verrons s’il se remet assez pour vous convenir.

Votre tout affectionné ami et Père Le Prevost

M. Léon Guichard est arrivé au moment de faire ses premiers voeux à la prochaine retraite;

je pense que vous le trouvez bien disposé pour cette consécration.

La fête de la Salette n’est pas une solennité extérieure; c’est une dévotion à laquelle d’habitude ne

manquent point les diverses maisons de la Communauté.

Ci-joint une ébauche du programme du Conseil extraordinaire. Si vous pouviez adresser au Père

Supérieur vos réponses et réflexions pour le 20 courant, cela l’aiderait grandement à rédiger le programme

définitif.

159 - à M. Halluin

l’abbé Planchat, prêtre

Maintenir la dévotion à N. D. de la Salette;

Le Père Roussel (cf. Lettre du 13 octobre 1861) sera à la Montagne de la Salette (Alpes) -- Ste-Anne m’absorbe

maintenant; je pense à vos écoliers -- belles confessions. -- P.S. de M. Le Prevost. -- Brice, Alfred, laïc:

profession: 26 octobre 1860 et sortie en 1867.

100


Monsieur et bien cher frère en N. S.

Vaugirard, 10 septembre 1863

1 er jour de la neuvaine de N. D. de la Salette

Voilà que nous touchons à l’anniversaire de l’apparition de la Salette. Ce jour, vous le savez, est cher

à la petite Communauté. M. le Supérieur sait qu’on n’oublie pas de la fêter à Arras, où du reste cette dévotion

n’est pas exclusivement propre à la Communauté, puisque N. D. de la Salette a son Office solennel à Ste-Agnès.

Cependant le P. Supérieur me charge de rappeler à l’avance le 19 septembre à chacune de nos maisons, afin que,

loin de Vaugirard et de son petit sanctuaire, chaque frère fasse, comme à Vaugirard même, sa petite préparation,

pour recueillir plus abondamment les grâces de ce saint Jour.

Cette année, comme l’an dernier, la Communauté se trouvera représentée sur la Sainte Montagne, et

ce sera cette fois le 19 septembre même. Le bon Père Roussel a le souvenir d’Arras trop présent à la mémoire

pour que tous les chers enfants de M. Halluin, et en particulier ceux de la Première Communion de cette année,

n’ayent pas une part spéciale dans le Mémento de sa messe sur la Sainte Montagne. Mieux que tout autre, le bon

frère Guillot pourra s’unir à lui de cœur.

Vous trouverez, j’en suis sûr, moyen de faire préparer mes chers écoliers cette année, comme l’an

dernier, pour la fête de N. D. de la Salette, et de leur procurer, ainsi qu’à la Communauté, une petite instruction

avec Salut.

A Vaugirard il y aura fête le matin et le soir; on espère pouvoir renouveler la procession qui avait

attiré pas mal de monde l’an dernier. Je vous adresse ci-inclus 6 francs en timbres-poste pour compléter les 36 f.

versés pour les mois d’août et de septembre par le père du petit Germain. Monsieur Berthelotte a reçu ces joursci

30 f., qu’il vous remettra.

Adieu, mon bon Père, Ste-Anne m’absorbe trop maintenant pour que je puisse vous embrasser de fait

aussi souvent que par le passé: je ne le fais que plus cordialement en esprit. Rappelez-moi, s.v.p. au souvenir de

tous mes chers enfants, écoliers ou apprentis. Dites aux petits écoliers que je compte bien sur leur souvenir

devant Dieu le jour de N. D. de la Salette.

Pour moi, c’est tous les jours que je porte à l’autel tous les enfants d’Arras. Je les y ai portés en

particulier ce matin devant le T. S. Sacrement exposé pour l’adoration nocturne. Je compte de plus qu’on prie à

Arras pour les enfants de Ste-Anne, dont je n’ai du reste qu’à me louer, surtout pour leur empressement à

s’approcher des sacrements. Il faisait, samedi soir, un temps affreux, et cependant j’ai confessé jusqu’à 10

heures: plusieurs venaient de 2 et de 3 kilomètres de distance. Nous serons deux, samedi prochain, pour

confesser; obtenez-nous beaucoup d’ouvrage à chacun pour la gloire de Marie; c’est dimanche que les

patronages fêtent sa Nativité.

Je vous embrasse une seconde fois, vous et tous nos frères d’Arras.

Notre bon P. Supérieur vous bénit tous.

Votre tout dévoué frère en N. S.

l’abbé Planchat, prêtre

Une intention au Veni Creator de la Communauté, à la dizaine de chapelet que disent les enfants au

commencement de la messe, pour la retraite de nombreux écoliers réunis à St-Charles pendant les vacances.

P.S. de M. Le Prevost:

Mille affections à vous et à vos frères, de votre dévoué ami et père,

Le Prevost

P. S. M. Brice aurait à renouveler ses voeux à la prochaine retraite; pensez-vous qu’il soit

prudent de l’y autoriser?

160 - à M. Louis Risse

7, de la Fonderie, Metz

Ne pas oublier de fêter N. D. de la Salette; laquelle n’est pas encore reconnue sur le plan liturgique - besoin de

causer avec mes frères de Metz. --Les messins sont les habitants de Metz.

Le frère Jean Gauffriau est encore désappointé.

Apostolat du P. Planchat à Charonne, au Patronage dédié à Sainte Anne.

101


prochaine Retraite - prochain Conseil extraordinaire, (Chapitre général de l’époque).

Un post-scriptum de M. Le Prevost.

Mon bon cher frère en N. S.

Vaugirard, 10 septembre 1863

1 er jour de la neuvaine de la Salette

Le bon P. Supérieur me charge de rappeler à chacune de nos maisons la fête de N. D. de la Salette.

Metz, si fidèle à tous les usages de la Communauté, n’a pas, sans doute, besoin de ce rappel. Mais j’ai besoin,

moi, de causer avec nos bons frères de Metz; ils me savaient si bavard! ils finiraient par me croire muet. Depuis

si longtemps nos entretiens sont suspendus.

J’ai vivement ressenti le nouveau désappointement de l’excellent frère Jean. Oh! que le grand pas lui

coûtera peu dans trois mois! Il aurait en vérité le droit d’en faire quatre au lieu d’un!

Le bon frère Georges s’irritera peut-être de ce que le patronage de Charonne me fait négliger

définitivement son Eugène et sa Mélanie. Il peut être bien sûr que M. Halluin n’a pas besoin de me voir pour

penser à eux.

Le bon frère Luzier vous aura, sans doute, écrit son arrivée à bon port. Il nous a paru bien pâle; mais il

descendait de chemin de fer. Il va probablement se reposer quelque temps à Chaville.

Adieu, mon bon frère; je ne me rappelle plus au juste quand vous devez nous arriver; mais si vous

n’êtes pas ici le 19, je vous raconterai de mon mieux notre fête de N. D. de la Salette. En attendant, je prie cette

bonne Mère pour tous vos jeunes gens. Votre chère œuvre a eu sa large part, bien entendu, dans notre adoration

de cette nuit.

De votre côté, priez beaucoup pour nous, pour les œuvres de Paris et d’ailleurs, toutes bien

imparfaites: pour Ste-Anne, si difficile à soigner, à une telle distance (de Vaugirard); pour la Retraite, à laquelle

on doit songer déjà; car elle sera (nous tâcherons du moins de la disposer ainsi) tout au commencement

d’octobre, enfin pour la deuxième session du Conseil extraordinaire.

Vous autres, pieux Messins, vous avez sans doute fêté la Nativité le jour même; pour nos patronages

de Paris, elle n’est que dimanche prochain; aidez-nous par vos Memento à la faire bien belle.

Sans doute M. le Supérieur vous aura donné avis qu’il avait pris pour vous 40 intentions de messes et

que l’on désirait que ces intentions fussent acquittées par vous. Si notre bon Père Supérieur avait oublié cette

communication, commencez à dire ces messes, autant que possible aussitôt cette lettre reçue.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Au milieu de toutes mes recommandations, j’ai oublié la retraite des nombreux écoliers réunis à S.

Charles pendant les vacances; priez pour cette petite mission à des enfants de faubourg et d’écoles mutuelles

qu’on n’a guère le temps de confesser.

P.S. de M. Le Prevost:

Mille affections pour vous et pour vos frères de

votre ami et Père, Le Prevost

La fête de N. D. de la Salette n’est pas une solennité extérieure, mais seulement une dévotion à

laquelle les diverses maisons de la Communauté ne manquent pas d’habitude.

Ci-joint l’ébauche du programme du Conseil extraordinaire. Le bon frère Georges le doit étudier

comme membre du Conseil ordinaire de la Communauté. Si ses réponses et réflexions pouvaient être prêtes pour

votre départ, le petit [...] arriverait juste à point pour aider notre P. Supérieur à rédiger le programme définitif.

161 - à M. Florent Caille

32, rue Noyon, Amiens

Trouver un remplaçant pour Louis Rémond - Adolphe Schwiren: un postulant germanophone -- la Retraite et le

prochain Conseil extraordinaire.

Fête de N. D. de la Salette à Vaugirard. -- le jeune Luzier [voir lettre et note du 4 juin 1863].

102


Braun, Victor: ordonné prêtre en juin 1851 -- entré le 15 avril 1862 -- profession le 23 avril 1864 et sortie vers

1874 -- il fonde la Congrégation des Servantes du Sacré-Cœur de Jésus. — Braun, Eugène, est jésuite et

missionnaire en Chine pour un temps.— le p. Braun avait également un demi-frère jésuite, Antoine,

missionnaire au Canada: à Québec (SS. de la Charité de Québec et SS. du Bon Pasteur de Québec) puis à

Montréal.

Le Voyant de la Salette, Maximin, est de passage au Sanctuaire.

L’abbé Chantaud fut postulant.

M. et bien cher frère en S. Vincent,

Vaugirard, 24 septembre 1863

N. D. de la Merci

Le dispositif du Conseil extraordinaire de 1862 contient une disposition formulée à peu près en ces

termes: “Le 27 septembre de chaque année, la Communauté fera mémoire du Trépas de S. Vincent: petite

Instruction, et, si possible, bénédiction.” Notre bon P. Supérieur me charge de rappeler à chaque maison cet

article du dispositif. Vous l’exécuterez du mieux qu’il vous sera possible. Le 27 se trouvant cette année un

dimanche, la commémoraison du Trépas de notre bon Père saint Vincent doit nécessairement être remise. Notre

Ordo Romain portant un semi-double le 28, nous célébrerons à Paris et à Chaville cette petite fête de famille

lundi prochain. Il se peut que quelque Saint, propre au diocèse d’Amiens, occupe chez vous le 28. Alors vous

prendrez, pour la messe votive, le jour libre le plus rapproché; chez nous un autre semi-double se rencontre au 3

octobre.

Vous avez peut-être quelque sujet de penser que nous oublions votre demande instante et motivée de

remplacement de M. Rémond; il n’en est rien. Cette question nous préoccupe à chaque Conseil; hier encore, elle

nous a retenus longtemps. Nous pensions d’abord vous donner le jeune Luzier ; on en était content à Metz, mais

il avait là trop de fatigue pour sa chétive santé. Cette santé se remettra, mais il faudra pour cela un séjour à

Chaville (où il est présentement) un peu prolongé. Donc, en attendant, nous vous offrons M. Adolphe Schwiren,

actuellement employé à Grenelle, où sans doute il fera faute pour l’œuvre des allemands. Mais il appartient à M.

Lantiez et ce bon Père, quand il s’agit de sacrifices pour le bien de quelqu’une de nos maisons, est toujours prêt.

M. Adolphe est un homme déjà mûr, de bonne tenue, intelligent, fort propre à tous les soins d’intérieur. Il n’a

contre lui que sa science imparfaite encore de notre langue; elle est suffisante toutefois pour exécuter tout ordre,

pour suivre toute indication et pour se faire très convenablement comprendre. Il vous serait, avons-nous pensé,

vraiment utile en attendant M. Luzier.

Sans que la date soit encore fixée d’une manière certaine, nous avons sujet d’espérer que la Retraite

pourra s’ouvrir le 4 octobre au soir. Le mardi d’après la clôture s’ouvrirait à Chaville le Conseil extraordinaire,

lequel serait, comme l’an dernier, de trois jours.

En tous cas, il est temps, pour tous, de prier à l’intention de ces deux importantes réunions et pour

ceux qu’elles concernent directement, de commencer à s’y préparer? C’est le bien vif désir de notre bon P.

Supérieur qu’il en soit ainsi. Nous attendons pour mardi soir , 29 courant, vos réponses aux questions que je

vous ai récemment communiquées. Mercredi matin se tient un Conseil spécial dans le but de fixer, à l’aide des

réponses remises par chaque membre du Conseil, le programme de la Réunion de Chaville.

Évidemment la bonne Mère a eu pour agréable notre petite fête de la Salette à Vaugirard. D’abord

exceptionnelle et splendide sérénité du temps. Puis affluence de pèlerins de 6.00 heures du matin jusqu’au soir,

malgré l’absence pour nous de moyens de publicité. Six messes, dont la première dite par le P. Braun, jésuite,

partant pour la Chine, et cousin de notre frère, l’Abbé Braun, dite à 5 h; 1/2 pour la Communauté et pour les

persévérants; à 7 heures, messe et communion pour les enfants; tous ceux non encore en apprentissage définitif,

et à peu près tous les domestiques, y ont communié. A la messe un peu plus solennelle de 9 heures, assistance

refluant dans le corridor, dans la grande chapelle [des Saints Cœurs?] et jusque dans la tribune où la psallette

exécutait de délicieux cantiques. A cette messe on remarquait, près de l’autel, Maximin, qui y a fait la Ste-

Communion. Il va sans dire qu’à toutes les messes et à celle-là surtout, les communions étaient nombreuses.

Plusieurs pèlerins, entre autres quatre pénitents de M. Braun[Victor], venaient remercier N. D. de la Salette de

guérisons inespérées. Quelques pèlerins, pour rester tout le jour aux pieds de la Bonne Mère, ont collationné de

leurs provisions sur nos bancs de gazon. A 3 heures, instruction par notre bon abbé Chanteaud, procession à

laquelle assistaient au moins 400 personnes, venues de tous les quartiers de Paris, un certain nombre en

équipages. Remercions le Bon Maître et redoublons de confiance en N. D. de la Salette.

Tout à vous et à tous nos frères ...

l’abbé Planchat, prêtre

103


162 - à M. Florent Caille

S.Acheul: Collège des jésuites, dans la Commune d’Amiens.(cf. lettre du 2 décembre 1861).- Un postulant

venant de deux expériences ailleurs ! ..jugez vous-même, avec l’inspiration de l’Esprit, de l’utilité d’un essai

prolongé chez vous.— Un post-scriptum de M. Le Prevost.

M. et cher frère en N. S.,

Vaugirard, 25 septembre 1863

vendredi dans l’octave de N. D. de la Salette

Notre bon P. Supérieur vous remercie des consolants détails que vous lui donnez sur les œuvres

d’Amiens. Il rend surtout grâces à Dieu avec vous, il bénit avec vous Marie, -- toujours secourable à ceux qui,

sous sa protection puissante, se donnent aux petits et aux pauvres -- des résultats spirituels toujours croissants

qu’il leur plaît de donner à vos travaux. C’est bien là notre grande et unique récompense ici-bas: gagner à Jésus

par Marie des cœurs qui nous aideront à Les bénir durant l’éternité.

Quant au bon frère qui demande à passer de S. Acheul chez nous, le P. Supérieur voit bien un préjugé

peu favorable dans le séjour de plusieurs années aux Ecoles Chrétiennes, de plusieurs mois aux Jésuites, séjours

aboutissant pareillement à une sortie. Toutefois, il vous laisse juge de l’opportunité pour ce sujet d’une épreuve

préliminaire en vue de notre Communauté. Le P. Supérieur voit l’élément essentiel de votre décision dans votre

conversation avec le P. Dorr. Il pense que ce bon Père ne se croira pas obligé à refuser les explications les plus

précises et les plus complètes à l’égard de ce sujet qu’il nous propose.

Si à la suite de l’entretien avec le Père et de celui avec le sujet lui-même, vous ne voyez pas

d’inconvénient à un postulat, M. Le Prevost trouverait tout à fait convenable un postulat un peu prolongé à la

maison d’Amiens.

Nous comptons, comme je vous le dis dans la lettre que vous venez de recevoir avant celle-ci [du 24

septembre] sur vos notes en réponse aux questions récemment envoyées pour la préparation du Conseil

extraordinaire; nous comptons, dis-je, sur ces notes pour mardi soir au plus tard.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

P.S. de M. Le Prevost:

Mon bien bon ami, je m’en rapporte pleinement à votre jugement pour ce qui regarde le

sujet proposé par les RR. PP.; vous serez mieux à même, sur les lieux, d’examiner l’affaire et vous la

traiterez comme le Bon Maître vous inspirera de le faire. Je vous remercie d’avoir procuré un peu de

repos à notre cher F. Marcaire.

Mille affections à vous et à tous, Le Prevost

163 - à M. Florent Caille

Retraite avec le P. Bertrand, jésuite; - Léon Guichard fera ses premiers vœux le 10 octobre 1863, mais il quittera

en septembre 1871.

Maurice Maignen, troisième membre de l’Institut (1823-1890). - Une Association à la T. S. Vierge commence à

Charonne, au patronage Ste-Anne. - le Père Charlet, directreur d’une Association de la T. S. V. Marie

(congrégation mariale) qui vit à Amiens, au Collège S. Acheul.

Mon bon frère Caille,

Vaugirard, 2 octobre 1863

SS. Anges gardiens, 1 er vendredi du mois

C’est dimanche 4 courant, à 9h. du soir, que commence notre retraite. Elle sera donnée par le R. P.

Bertrand, jésuite. Ce bon Père nous a déjà fait faire les exercices avec grande joie et grand profit spirituel pour

tous.

Vous remercierez avec nous le Cœur de N. S. d’avoir ainsi exaucé nos désirs pour cette importante

affaire de la Retraite;

104


Notre R. P. Supérieur espère que vous pourrez, comme l’an dernier, nous envoyer les retraitants pour

l’ouverture même de la retraite. Ce seront, pense-t-il, les frères Léon et Rémond. A moins d’avis contraire de

votre part, le R. P. Supérieur serait assez disposé à laisser prononcer à M. Léon ses premiers voeux.

Nous vous attendons vous-même à Chaville dans la journée du lundi 12 courant. C’est le soir de ce

jour, à 9h., que s’ouvre, par le Veni Creator, le Conseil extraordinaire. M. Maignen attend de vous, pour son

rapport d’ensemble, rapport sur les œuvres et sur la Communauté d’Amiens (62-63).

Vous prierez avec nous pour que les bons Anges amènent ici, tout prédisposés au recueillement, vos

deux bons frères et vous rendent au centuple en force pour les œuvres ce qu’ils auront consacré de temps à la

solitude et à la prière.

Embrassez bien d’avance ces bons frères pour moi, ainsi que M. Marcaire, et, si vous l’avez

décidément, le cher postulant.

Tout à vous ...

l’abbé Planchat, prêtre

Dimanche, fête du S. Rosaire, se fonde tout petitement à Ste-Anne, pour nos bons apprentis et jeunes

ouvriers du faubourg St-Antoine, une Association de la T. S. Vierge. Recommandez bien s.v.p. cet essai à votre

fervente Association et à son admirable Directeur, le Père Charlet, et par lui aux PP. et aux congréganistes du

Collège de la Providence. Si Dieu, dans sa miséricorde, pouvait me donner quelque part à l’esprit si calme, si

ardent à la fois et si ferme du bon P. Charlet!

164 - à Mlle Erdeven

Des recrues pour votre patronage féminin.

Mademoiselle,

Auteuil, 21 ème jour du mois des SS. Anges 1863

Si vous devez, un de ces jours, un lundi, de 11 heures 1/2 à midi et demi, m’amener à Charonne; le

futur de la fille LEFEVRE; vous pourriez peut-être, en passant, vous présenter dans les maisons suivantes où

vous trouveriez, je crois, de faciles recrues pour votre patronage:

1° no 40, rue de la Muette, une demoiselle GIRARD de 19 ans, bonne franc-comtoise, travaillant

avec sa mère veuve (faciles à ramener à la pratique), sœur d’un enfant qui a fait sa première communion au

patronage et que vous pourriez m’aider à attirer rue des Bois.

2° 191, rue de Charonne: ménage GRIZET; il y a là une jeune fille de 19 ans, bonne ouvrière, sœur

d’un de nos apprentis assidu et sage.

3° Boulevard Charonne, no 70, KIBLINGER ou RIBLINGER; il y a là une grande fille nommée

Catherine, sœur d’un de nos enfants, travaillant à la fabrique qui fait face à Ste-Anne et que l’aspect de la

famille me fait présumer assez bonne encore.

Priez pour que la volonté du bon Dieu se fasse au sujet de notre installation de Charonne, dont le

moment paraît ajourné indéfiniment. Mes misères empêchent que nous puissions venir un peu efficacement en

aide aux âmes qui périssent dans tous ces pauvres quartiers.

Votre très humble serviteur,

l’abbé Planchat prêtre

Le jeune CLOPIN est venu dimanche au patronage et paraît s’y plaire. J’écris à quelqu’un pour

presser à la Préfecture la recherche du jeune BIGOT. J’ai vu cette pauvre famille.

165 - à Mme Baloche

59 ou 61, près de la Chapelle de N. D. de Grâces,

rue de Fondarie - Grenelle

Cf. lettre du 1 er avril 1863 -- “missionnaire” au faubourg St-Antoine, (Charonne) au patronage Ste-Anne;

pauvreté d’où demande de couvre-nappe d’autel.

105


Madame,

Vaugirard, 22 ème jour du mois des Saints Anges 1863

Vous le savez, sans doute, me voilà depuis trois mois, plus ou moins missionnaire au faubourg St-

Antoine. J’ai installé, comme j’ai pu, dans le nouveau local du patronage de ce quartier, qui est la maison Ste-

Anne de Charonne, une chapelle provisoire, mais la pauvreté de ce petit sanctuaire est telle que, depuis trois

mois, nous n’avons pu encore trouver un surtout d’autel; nous sommes obligés, quand on balaye, de couvrir la

nappe avec une couverture que j’ai ôtée de mon lit de Vaugirard, où je la remplace en ces premiers froids par

mes habits; pour arriver à blanchir notre nappe d’autel, nous allons être obligés de couper en deux notre nappe

de communion. J’aurais bien voulu venir vous conter moi-même ces détresses, mais Vaugirard me nourrit,

même les trois jours que je puis passer seul à Charonne dans l’état actuel des choses; je suis donc obligé

d’économiser mon temps pour Vaugirard, les quatre jours que j’y passe.

Vous pouvez remettre en toute sécurité votre aumône au jeune commissionnaire porteur du présent.

Cette aumône priera sur notre autel le beau jour de la Toussaint pour vos chers défunts, et surtout pour cette

enfant bien-aimée que nous regrettons tous et que je n’ai garde d’oublier devant Dieu.

Si à votre offrande, vous pouviez joindre un billet m’indiquant quelqu’une de vos connaissances à

Paris, chez qui je puisse me présenter pour mon faubourg Saint-Antoine, je vous en serais vivement

reconnaissant.

Mes amitiés à M. Baloche et à l’excellent abbé.

166 - à M. Florent Caille

Votre très humble serviteur,

l’abbé Planchat prêtre

Rassemblement pour la messe des Défunts de la Communauté et visite au cimetière.

Priez pour nos œuvres parisiennes; que le P. Charlet et ses congréganistes prient pour notre naissante

association...

Mon bon frère Caille,

Vaugirard, 28 octobre 1863

SS. Simon et Jude

Le mardi dans l’octave de la Toussaint, les frères de Paris se réuniront à Chaville pour la messe des

défunts de la Communauté et pour la visite à la tombe de nos frères. Ne pourriez-vous avoir, ce même jour, une

messe dans votre chapelle à la même intention?

Nous comptons sur la consolante communication des résultats spirituels que vous auront donnés les

beaux jours de la Toussaint et des morts.

Si une circonstance quelconque réunissait d’ici-là à N. D. du Bon-Secours quelques-uns de vos

fervents congréganistes, recommandez-leur s.v.p. la Toussaint dans les œuvres de Paris et surtout à Ste-Anne.

Combien je vous serais reconnaissant d’un Ave Maria pour ces œuvres, après la Communion générale! Si le P.

Charlet pouvait faire quelquefois prier ses congréganistes pour la naissante association de Ste-Anne...

167 - à Mlle Erdeven

3, rue Barbette.

106

Tout à vous et tout à nos frères d’Amiens...

l’abbé Planchat, prêtre


Deux visites aux pauvres: recrue et assistance -- Mlle Erdeven? -- le ”patronage” de Mlle Sarrazin: s’agit-il de

l’Institution: Patronage? ou du patronage ou attention de Mlle N? -- Sœurs de Sainte-Marguerite: i.e. de la

paroisse Ste-Marguerite?

Mademoiselle,

Vaugirard, 5 novembre 1863

(jeudi dans l’octave de la Toussaint)

Deux familles à visiter par vous pour le patronage de Mlle Sarrazin, toutes deux 17, rue Sedaine:

1° Famille GUERIN: jeune fille de 15 ans, n’ayant pas été élevée chez les Sœurs; sa mère la verrait

bien volontiers aller au patronage.

2° Mlle DESTIGNY: sœur d’un de nos enfants -- 16 ou 17 ans, je crois; jadis très aimée des Sœurs

de la rue des Minimes. -- Bourreau de travail.

Pourriez-vous passer un jour chez un nommé HUGUE, 95 rue de Charonne. Il relève de maladie et est

chargé de petites orphelines. Je cède -- en vous faisant la prière de recommander cette détresse à qui de droit --

au sentiment inspiré par le spectacle d’un bel acte de charité. Le frère de ces pauvres petites avait fort peu

contenté son maître d’apprentissage, lequel néanmoins les recueille le jeudi et les donne pour compagnes à ses

propres filles.

Souvenez-vous, s’il vous plaît, du jeune MAGNE, 15, rue Louis--Philippe pour du linge des Sœurs de

Sainte-Marguerite.

Votre très humble serviteur,

l’abbé Planchat, prêtre.

en surimpression :

Jemont, rue Sedaine, 44 à visiter pour l’engager à venir au Patronage.

168 - à Mlle Erdeven

Plusieurs personnes à visiter pour aide aux enfants ou à elles-mêmes.

Mademoiselle,

Vaugirard, 13 novembre 1863

(S. Stanislas Kostka)

J’ai toutes sortes d’excuses à vous faire. Dimanche dernier, j’ai complètement oublié votre bon

conseil et ne suis arrivé à [rue] Keller qu’à 1 h. 40. Là, j’ai presque bousculé Mlles Sarrazin et Fayet, parce que

vous n’y étiez pas; je n’ai pas su encore m’arranger pour voir votre famille BARTELEMY. Je tâcherai de la voir

demain.

Malgré tous ces méfaits, je recours encore à votre obligeance:

1° Pourriez-vous voir demain, soit rue des Vosges, 3, son domicile, soit rue Keller, 15, où elle

travaille chez un doreur, la demoiselle Louise EBNER. C’est la sœur d’un de nos bons enfants qui vient d’être

bien malade et qui, j’espère, retournera dimanche au patronage. J’ai parlé de votre patronage à Louise, qui me

paraît bonne fille et à la veuve Ebner, qui me semble fort bonne aussi. Toutes les deux sont très disposées, il m’a

semblé, à répondre à vos avances. Louise serait, paraît-il, assez libre le dimanche. Je crains seulement pour elle

une amie qui était là lors de ma visite, l’attendant pour la conduire à son travail.

2° Cette excellente demoiselle Fayet qui a fait preuve dimanche de tant de patience, ne pourrait-elle

voir, cité Industrielle, 24, rue de la Roquette, à gauche, immédiatement après le boulevard du Prince-Eugène, la

famille BRICOT, famille chargée d’enfants, laquelle, à ce que j’ai cru comprendre, est déjà visitée par la

Conférence de St-Vincent-de-Paul de St-Ambroise, probablement. Il y a là une jeune fille de 15 ans pour

laquelle j’ai parlé de votre patronage, et un petit garçon de 12 ans que les parents parlent d’envoyer au nôtre; il

est placé dans la même cité, chez un ébéniste fort poli, mais peut-être assez peu disposé à se priver de son apprenti

le dimanche. Si Mlle Fayet ne voyait pas autre chose à faire, elle pourrait du moins prier son père de

s’entendre avec M. le Président de St-Ambroise au sujet de cette famille, où il me semble y avoir beaucoup de

bien à faire facilement.

107


3° Il serait facile encore à Mlle Fayet de demander à Monsieur son père ce qu’il penserait, pour les

visites de charité du Bon-Conseil, de la veuve MOYER, 96, rue de Montreuil, visitée, je crois, par la conférence

Sainte-Marguerite. Il y a là trois enfants: l’aîné, âgé de 12 ans 1/2, est un des bons du patronage dont il ne bouge

pas chaque dimanche, de 7 h. du matin à 6 h. du soir. Il y a en outre un charmant petit garçon et une bonne petite

fille. La pauvre veuve meurt de faim à faire des jarretières.

4° Autre famille, dont Mlle Fayet pourrait faire elle-même la visite préliminaire en vue du Bon-

Conseil, ou, -- si l’existence d’un garçon, toujours néanmoins le dimanche au patronage, rendait cette visite

contraire à votre règlement -- pour quelque autre Société charitable: la veuve LAVEZ, 33, rue de Montreuil,

marchande de papier à lettres, 50 ans au moins. Secourue des Sœurs pendant la longue maladie de son mari, elle

en a été, paraît-il, délaissée depuis sa mort assez récente. Il paraît que le fils attend souvent pour rompre le jeûne

le repas que son patron lui donne au milieu du jour. J’ai dû donner un lit pour que le jeune homme ne couchât

point avec sa mère. Il y aurait à surveiller discrètement la liaison de la veuve Lavez avec une dame dite femme

GODART, demeurant à Charonne, mère d’un de nos autres apprentis. La femme Godart, bien digne de pitié

comme aveugle, vit en adultère avec un maçon depuis de longues années.

5° Enfin, une excellente famille AVON, 93 rue de Montreuil, -- dont les deux fils, encouragés par

leurs parents, sont tout zèle pour le patronage -- a une fille de 16 ans pour laquelle votre patronage me

semblerait une précieuse ressource. Parfaitement douce et candide, cette pauvre enfant est un peu simple d’esprit

et légèrement contrefaite de figure, résultat de convulsions survenues à l’âge de 12 ans. Elle a cependant fait sa

première communion et je ne la croirais pas plus incapable, au premier coup d’oeil du moins, qu’une certaine

Marie BONNIN, restée longtemps au patronage de Grenelle (Mlle Payen vous en pourra parler), d’approcher

aux grandes fêtes, des sacrements. Mlle Avon a sur Marie Bonnin cet avantage immense de travailler toujours

chez elle et d’avoir encore son père, homme parfait. Ses excellents parents désireraient bien pour elle un peu de

distraction et la continuation de ses devoirs religieux. Du reste n’ayant fait que passer dans la famille, je vous

laisse entièrement juge de cette question; le degré des infirmités de cette pauvre enfant est-il ou non tel qu’elle

puisse gêner ou être gênée au patronage. J’obtiendrais bien, je crois, la permission de la confesser le lundi à Ste-

Anne. En tous cas, il y a là une œuvre quelconque à faire, bien digne de votre charité.

Je n’ai pas revu dimanche dernier le futur mariage Barré et fille dite LEFEVRE.

Priez bien pour toutes nos misères et impuissances à Ste-Anne.

169 - à M. Florent Caille

l’abbé Planchat, prêtre

Pénurie grave de personnel à Arras.

Mitouard, Jacques entre le 19 octobre 1863, fait profession le 29 septembre 1866 - et décède en communauté le

5 décembre 1887;

André Brouand: entré en 1861, profès le 10 octobre 1863; il quitte en 1867.

Myionnet, Clément est le premier frère à entrer en Communauté le 1 er mars 1845; il décède le 3 décembre 1886.

Sadron, Henri entre en 1858 - fait profession le 26 octobre 1860 - remplacera M. Myionnet, Clément à

l’Orphelinat de Vaugirard -- il décède le 28 août 1907.

Guillot, Henri, religieux - Lucien: Jacquart, entré en mars 1863 et sorti en 1868.

Leclerc, Edmond, postulant; Bosmel, Ferdinand, postulant.

Vaugirard, 15 décembre 1863

octave de l’Immaculée Conception

Mon bien cher frère,

Notre P. Supérieur, en présence des graves embarras que causent à M. Halluin la fatigue et le malaise

de la plupart de nos frères d’Arras, notre P. Supérieur vous propose, pour le bien de notre chère maison de

l’Immaculée Conception, l’arrangement suivant:

Vous pourriez mander chez vous, pour y être à l’essai comme postulant, ce jeune surveillant de la

maison du Gard qui demande à entrer dans la Communauté. Quand vous l’aurez assez vu pour savoir s’il

pourrait travailler utilement avec vous pendant un certain temps seulement, comme épreuve sérieuse en vue de

son admission parmi nous, vous enverriez alors à Arras M. Mitouard, dont le séjour au Gard ne pourra, nous le

supposons, se prolonger beaucoup maintenant.

Faisons échange de prières à l’occasion de la préparation pour Noël. Nous pouvons tout obtenir par

Marie Immaculée.

108


Notre plus affectueux souvenir et la bénédiction de notre P. Supérieur à tous vos frères et à vousmême.

Notre bon Supérieur regrette bien de ne vous avoir pas vu lors de votre dernier passage à Paris. Les

besoins d’Arras sont un peu pressants, l’embarras d’y satisfaire ayant tardé un peu à répondre. Notre frère André

se fortifie de jour en jour dans son heureuse convalescence. Marie Immaculée l’a sauvé.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

A Arras, cher ami, MM. Sadron et Leclerc sont souffrants et obligés de se ménager, ainsi que M.

Guillot. M. Halluin reste seul avec M. Brouand pour 250 enfants.

A Vaugirard, M. André, malade, MM. Ferdinand et Lucien rappelés comme appartenant à la réserve.

Nos difficultés sont grandes.

170 - à M. Florent Caille

Remarquons le titre de Très Honoré Père Le Prevost.- Séruzier est un postulant -- l’abbé MANGOT est

conseiller spirituel. -- Allard est un postulant. -- on espère du renfort en personnel.

Mon bon Frère Caille,

Vaugirard, 18 décembre 1863

(fête de l’attente de la T. S. Vierge)

Notre Très Honoré Père, trop souffrant, pour un peu longtemps peut-être (recommandez-le bien à

toutes les prières possibles), pour vous l’écrire lui-même comme il l’aurait voulu, me charge de vous témoigner

toute sa joie et toute sa reconnaissance pour la générosité avec laquelle vous vous êtes sacrifié au bien de la

pauvre maison d’Arras.

De notre côté, nous faisons un vrai sacrifice en vous envoyant de suite, les yeux fermés sur les besoins

de notre atelier de cordonnerie, le jeune Séruzier, porteur du présent message, jeune homme intelligent, de

bonne tenue et vraiment désireux de faire un peu de bien. Sans doute nous voudrions que ce cher enfant eût 20

ans au lieu de 16, mais le bon Frère Marcaire le guidera charitablement. Pour le spirituel qui chez lui est droit et

solide, M. l’abbé Mangot le soutiendra et perfectionnera; tout ira donc bien pour le mois que ce jeune homme

doit passer à Amiens.

Nous pensons en effet qu’au bout de ce temps M. Mitouard se trouvera suffisamment remis pour

aborder son importante tâche d’Arras. Lui seul, et non également M. Léon, pourra suffire à cette tâche et

préparer à M. Sadron la possibilité d’un repos à Vaugirard. Allard ne peut absolument en ce moment quitter

l’atelier des bronzes.

Tout à vous, mon bon Frère, et à M. Marcaire, dans les Cœurs Sacrés de Jésus, de Marie et de Joseph,

attendant tous deux la naissance du divin Enfant ...

Notre bon Père en échange de vos prières offrira pour vous ses souffrances.

l’abbé Planchat, prêtre

P.S. de M. Le Prevost:

Mon indisposition, bien cher ami, n’a rien, je pense, de dangereux (ce sont seulement des

hémorroïdes assez violentes pour être fort incommodes et douloureuses).

Je vous embrasse affectueusement, ainsi que nos frères.

Votre ami et Père, Le Prevost

vous.

Mille respects à l’abbé Mangot; c’est une joie pour moi de le voir de nouveau veiller sur

19 décembre

Je viens de recevoir votre lettre d’hier; vous faites très bien de ménager M. Mitouard;

laissez-le se remettre avant de songer à l’envoyer à Arras. Avec M. Léon Guichard, M. Halluin peut

prendre mieux patience; je vous sais bien bon gré, ainsi qu’à mon f. Marcaire, de l’empressement que

109


vous avez mis l’un et l’autre à secourir M. Halluin, malgré la gêne que vous en deviez trouver.

Assurez M. Marcaire de mes sentiments affectueux, bon souvenir aussi à M. Mitouard; je suis

heureux du bien que vous me dites de lui.

Je bénis Dieu aussi de tout le bien qui se fait dans nos chères œuvres d’Amiens.

Votre dévoué ami et Père Le Prevost

171- à M. Decaux

Président des Conférences S. V. de Paul

Mes étrennes: de bonnes lectures, comme apostolat.

Monsieur et cher Président,

X -- L’APOTRE DE CHARONNE

Patronage Sainte-Anne

Paris, 18 décembre 1863

fête de l’Attente de l’Enfantement de la T. S. Vierge

Permettez-moi de vous demander deux choses pour mes étrennes:

1° L’abandon par le Secrétariat d’une petite créance de 8 fr. 30, se composant a) du prix d’une

livraison dépareillée des Petites Lectures; b) de la facture de quelques abrégés de Ce que tout chrétien... et de

quelques livres allemands; c) de quelques livres-manuels de la Ste-Famille.

2° Le don, comme l’an dernier, du plus grand nombre possible de Petites Lectures dépareillées de

1863 ou même des années précédentes, s’il en restait.

Mes nombreuses visites dans le faubourg St-Antoine et la nécessité d’y répandre de bonnes lectures,

en opposition avec les distributions actives des protestants sont les motifs de ma demande. Je ne sais comment

faire face à ces besoins et à tant d’autres.

L’Abbé Planchat, prêtre,

aumônier de Ste-Anne, à Vaugirard, Chemin du Moulin, no 1.

172 - à Mlle Erdeven

ERDEVEN, Mlle est responsable d’un patronage; Mme CLOPIN; cf. lettre du 21 octobre 1863. -- Je passerai à

votre patronage une heure à Noël au midi -- voici des billets pour la Messe de Minuit -- des visites à faire -- des

recrues pour votre patronage.

110

Mademoiselle,

Vaugirard, 22 décembre 1863

(6ème jour de la neuvaine de Noël)


J’ai pris mes mesures pour venir à votre patronage le jour de Noël. J’y serai à 1h. 1/4. Je n’y pourrai

rester que jusqu’à 2h. 1/4 au plus tard. Voyez comment caser dans cet intervalle, sans déranger vos

divertissements, ma petite instruction.

Si vous pouviez d’ici à jeudi voir vous-même Mme Clopin? Je n’ai pu lui faire promettre

positivement de venir se confesser; elle est pourtant bien bonne et se prive courageusement du charmant petit

Charles; chaque samedi soir il nous est utile, et chaque dimanche dès le matin. Vous la décideriez, je crois, à me

venir trouver ou à voir M. Lantiez.

Le P. Hamon a promis de venir pour Noël. En attendant, je n’ai pas revu dimanche passé Théodore

qui, le dimanche précédent, avait communié de si grand cœur. Passez-y, s’il vous plaît, ou du moins écrivez. Ciinclus

un billet pour la veillée et pour la messe de minuit, à l’intention du P. Hamon. Si vous en portiez un aussi

à ce bon P. Barthélémy? La messe de minuit est plus favorable aux gens faibles dans la foi. Mais après tout il y

aura encore celles de 6h., 8 h. 1/2 et 12 h. 1/2.

Nous voici arrivés à la dernière heure pour le mariage BARRE. Il n’est pas trop tard. Si ce mariage

est fait; envoyez-moi, demain soir à Ste-Anne, M. Barré. Je lui ferai faire sa Première Communion à la messe de

minuit (je suis à Ste-Anne de demain 23 courant à midi à lundi 28 courant à midi, toujours visible à midi et de

7h. à 9h. du soir).

Si vous pouviez passer rue des Boulets 38, près la rue Charonne? Il y a là une veuve DIMOFF, mère

d‘un de nos meilleurs enfants, qui vous donnerait, je l’espère, pour le patronage sa bonne et grande fille

Clotilde. - Mme Dimoff est intime avec la famille GAY , nouvelle débarquée de Toulouse. Je vous envoie pour

les Gay un billet de messe de minuit. Bertrand Gay est un charmant enfant de 13 ans que l’on m’a promis pour

la communion de Noël.

Mlle SARRAZIN a dû vous parler de l’urgence d’admettre à la maison du Bon-Conseil Catherine

HILT, 129, rue de la Roquette. Son oncle Hilt, 51, rue de Charonne, se porte répondant. De plus je puis recourir,

ou vous-même le pouvez, à M. LASMER, boulevard Beaumarchais, 60, commissaire du quartier, pour les

convalescentes de la Salpétrière. Il s’est déjà intéressé à Catherine à l’occasion de sa mère, en rechute à la

Salpétrière.

Priez pour nos Noël et pour nos Premières Communions. Nous prions pour vos Noël.

Votre très humble serviteur,

173 - à M. Florent Caille

l’abbé Planchat, prêtre.

M. Mitouard irait à Arras, avec recommandations pour sa santé - il n’a pas fait de stage à Vaugirard ou à

Chaville pour sa formation!

Mon bon frère Caille,

Vaugirard, 5 janvier 1864

Vigile de l’Epiphanie

Notre vénéré P. Supérieur n’a jamais douté de votre désintéressement parfait en vue du plus grand

bien de la Communauté. Il en trouve une nouvelle preuve dans les observations si mesurées et si pleines de

l’esprit de charité que renferme votre bonne lettre, au sujet de la destination définitive à donner à M. Mitouard.

Il craint toutefois de ne pouvoir tenir de ces observations, si judicieuses, tout le compte qu’il voudrait.

Car il n’entrevoit, pas plus aujourd’hui qu’il y a un mois, d’autre moyen pour aider M. Halluin, toujours en

embarras extrême de côté de ses écoliers, et pour refaire M. Sadron, épuisé, que l’envoi à Arras de M. Mitouard.

Notre bon Père désirerait savoir de vous si, en présence de pareilles difficultés, vous persisteriez à penser que M.

Mitouard ne pourrait réellement porter le fardeau d’Arras, à la condition d’être, à Arras, ménagé et soigné. M.

Le Prevost écrirait très positivement en ce sens à M. Halluin. Il chargerait de plus M. Guillot de veiller à l’exécution

du régime prescrit à M. Mitouard. Notre bon P. Supérieur compterait sur vous pour les indications sur

lesquelles ce régime pourrait se baser.

Quant à l’inconvénient des mutations au début du travail dans la Communauté, sans doute, il eût été

désirable que le bon M. Mitouard pût venir d’Amiens à Chaville ou à Vaugirard. Mais en définitive, il n’a

encore été jusqu’à cette heure qu’à Amiens; l’apparition à Vaugirard et le petit séjour au Gard ne peuvent

compter.

111


Notre bon Père Supérieur est tout heureux de vous donner, à vous et à tous les membres de la petite

Communauté d’Amiens, sa bénédiction, en ce renouvellement de l’année et en la vigile de cette belle fête de

l’Epiphanie.

174 - à M. Halluin

Tout à vous en Jésus Enfant...

l’abbé Planchat, prêtre

Où il est question de la lettre du P. Le Prevost, celle du 5 janvier(n o 926): aller voir le papa de notre petit Charles

LENOIR pour un problème avec le jeune Joseph LUCAS. -- P.S. du Père Le Prevost: M. Mitouard arrive,

fatigué.

Mon bon Père Halluin,

Vaugirard, 8 janvier 1864

(vendredi dans l’octave de l’Epiphanie)

Notre Père Supérieur me charge de vous expliquer plus au long une petite affaire dont il vous a touché

deux mots hier ou avant-hier. Une nouvelle lettre du père de Charles Lenoir, nous oblige à réclamer de vous une

prompte et énergique intervention auprès de ce brave et digne vieillard, bien vivement et bien mal à propos

inquiet.

Un nommé Joseph Lucas, jeune homme de 19 ans, nous avait été en quelque sorte imposé pour les

études latines par un excellent Père Dominicain qu’avaient trompé des dehors hypocrites et un rare génie

d’intrigue. Dès l’arrivée de Charles à Vaugirard, ce jeune chercha à faire de notre bon petit ami son intime; un

sens droit et l’expérience tinrent Charles sinon complètement, au moins suffisamment en garde contre les

avances de ce mauvais garnement. Néanmoins, dominateur et entraînant au possible, ce vilain drôle aurait fini

par dévoyer et remplir de son mauvais esprit non seulement Charles, mais plusieurs autres de nos bons jeunes

gens. De mauvaises conversations avec un de nos latinistes et le soupçon qui se confirme de plus en plus, d’un

vol considérable, nous firent expulser Lucas, il y a environ trois semaines. Lucas avait juré d’emmener avec lui

Charles, fort peu disposé à le suivre. Mais la Providence a voulu que je saisisse, sans l’avoir cherché le moins du

monde la première lettre d’une correspondance que Lucas, de son propre mouvement, et sans aucune réciprocité

de la part de Charles, voulait absolument établir avec celui-ci, pour en venir à ses fins. D’autres lettres se

succédèrent coup sur coup; mais malgré mille ruses, poussées jusqu’au changement d’écriture, pas une ne

parvint à son destinataire. Nous en avons formé un dossier que, le Père Dominicain étant changé de maison,

nous allons remettre entre les mains de Mgr de Ségur sur lequel le Père se reposait du nouveau casement en

séminaire de Lucas, actuellement en attente chez un curé de Normandie.

Toutefois, sous prétexte de venir se confesser à M. Faÿ (le misérable avait bien, avant de partir,

demandé hypocritement à notre Père Supérieur sa bénédiction) Lucas put pénétrer de nouveau quelques instants

dans la maison et entretenir, à la dérobée, Charles auquel il extorqua l’adresse de son père. Là-dessus il écrivit

au pauvre vieillard la lettre la plus odieuse par les calomnies contre la maison, par le perfide intérêt pour Charles

et par les folles promesses de travailler à l’avenir de l’enfant. Lui, nourri par la charité qu’il vilipende et se

donnant des aises avec l’argent qu’il ne peut qu’avoir dérobé, n’en étant pas du reste probablement à son coup

d’essai, car il nous est passé sous les yeux une certaine lettre de famille, parlant d’huissiers lancés contre lui, peu

après son départ du village, Lucas a bien osé adresser à Charles (c’est à nous qu’elle est parvenue) une copie ou

plutôt un commentaire d’une lettre à lui répondue par le père Lenoir, en ayant l’effronterie de joindre à ce

commentaire l’original, passablement différent de sa glose. Charles commence à s’étonner de n’avoir point de

réponse à la lettre écrite à son père pour le Jour de l’An. Je lui ai dit que j’écrirais lundi, s’il ne lui venait rien

d’ici là. Dans le fait arrive ce matin une épître du père Lenoir, où celui-ci gémit sur sa misère à l’hospice et

insinue à Charles que s’il était là, sa présence lui procurerait de petites douceurs et de la consolation.

C’est le thème dicté par le perfide Lucas. Jamais Charles n’a été plus content ici, ni plus disposé à se

donner au Bon Dieu, lorsqu’il en sera temps. Il sort de faire pour l’octave de l’Immaculée Conception une

excellente retraite dont les fruits ont été sa fermeté personnelle contre les assauts de Lucas et la découverte de

l’infâme complot. Il dit lui-même que Lucas lui pesait par ses plaintes continuelles sur toutes choses et, certes, je

voudrais que le père Lenoir vît ses joues roses et rebondies pour juger s’il manque ici, quand il est traité pour le

moins aussi bien que nous, qu’il vît son visage riant, quand on le représente comme un triste esclave et qu’on

112


change en une domesticité rebutante un service de confiance et de charité, paternellement mesuré à ses forces et

à ses aptitudes.

Voyez donc au plus tôt le père Lenoir; mettez-le bien au fait des choses; tâchez de lui faire

comprendre qu’à Arras Charles ne lui pourrait procurer aucune douceur, tandis qu’il vous est facile à vous

d’intéresser une bonne âme de la ville au vieillard qui donne deux de ses enfants à Dieu. Faites-lui honte d’avoir

de prime abord retiré sa confiance au P. Halluin et à moi qui nous sommes chargés de son enfant, qui le lui

rendrions demain, s’il demandait à partir, mais qui ne voulons pas jouer son avenir temporel et éternel en

étouffant une vocation possible, qui ne voulons surtout à aucun prix le livrer à un mauvais sujet. Ajoutez qu’il

ne sera pas bien longtemps sans voir Charles, car de deux choses l’une, ou bien Charles demandera son retour à

Arras après avoir prié, libre de toute influence de Lucas, pour connaître la volonté de Dieu; ou bien, quand nous

le verrons suffisamment affermi, M. Lantiez pourra le faire compagnon d’un de ses voyages pour procurer au

vieux père la joie d’embrasser son enfant et de juger lui-même de ses progrès en santé et en développement

intellectuel et chrétien.

Tout à vous et à tous les Frères d’Arras, au père Lenoir aussi.

l’abbé Planchat; prêtre

P.S. de M. Le Prevost:

Cher Monsieur l’abbé,

J’ai pris mes mesures pour que M. Mitouard vous arrive demain samedi. J’espère que son

concours sera un soulagement pour vous et pour nos frères. M. Mitouard, en suite des fatigues qu’il a

eues dernièrement au Gard, a été grippé. Il reste encore un peu faible. Je vous demande pour lui un

peu de ménagement quant au régime et aux garanties contre le froid. Votre sollicitude saurait bien y

pourvoir. J’ai cru seulement à propos de signaler le fait à votre attention.

Adieu, cher Monsieur l’abbé; nous vous demeurons bien affectueusement unis en N. S.

Le Prevost

175 - à Mlle Sarrazin

L’œuvre du Bon Conseil, avec Mlle Erdeven; -- Hilt, Catherine (cf. lettre du 22 décembre 1863) est à placer au

travail.

Charonne, 11 janvier 1864

lundi dans l’octave de l’Epiphanie

Je recommande instamment pour être placée, à Mlle Sarrazin, Mme Veuve BADOUX dont le

certificat est ci-inclus. C’est la mère d’un de nos apprentis que nous instruisons pour la Première Communion.

M. Hilt est venu me trouver. Il est urgent que l’on place sa nièce, Catherine, pour laquelle je vous

avais parlé de la maison du Bon-Conseil. Elle est grande et forte, sage jusqu’à présent, mais seule toute la

journée au logis; elle prend des habitudes de paresse et est exposée à toutes les visites possibles. Vous savez à

quelle extrémité son père est réduit pour le coucher.

Je conjure Mlle Erdeven et vous de se mettre en quatre tout de suite pour lui trouver place de bonne

ou apprentissage couché et nourri. Quoiqu’elle ait 17 ans, le père veut bien donner quatre ans. Le père, 12, rue

Basfroi, à peu près introuvable, l’excellent oncle toujours chez lui avec sa femme; c’est lui qui est venu hier et

s’occupe des enfants de son pauvre frère, dont la femme est à la Salpétrière, cet oncle demeure rue de Charonne,

51. -- Catherine nous intéresse doublement; elle est la sœur et cousine de deux de nos meilleurs apprentis de Ste-

Anne.

176 - à M. Florent Caille

Mme Badoux

Cité des Singes 8 ou 11

à côté de la Maison Ste-Anne, à Charonne

l’abbé Planchat, prêtre.

113


S. François de Sales était alors fêté le 29 janvier; le jeune Edouard Séruzier et son frère (cf. également la lettre à

M. Caille du 18 décembre 1863; -- invitation à communiquer des nouvelles de la maison; intentions de prières,

dont la maladie de Mme Planchat ; Mgr Buquet, Auxiliaire à Paris viendra donner le Sacrement de la

Confirmation.

Mon bien cher Monsieur Caille,

Vaugirard, 26 janvier 1864

5 ème jour de la neuvaine à s. François de Sales

M. Le Prevost ne s’oppose point à ce que le jeune Séruzier donne à son frère les 38 francs dont

mention est [faite] dans votre lettre et dans la sienne. Il croit seulement convenable qu’Edouard, avant de faire

ce don, consulte, sur son opportunité, son frère aîné.

Nous recevrions avec grand plaisir, d’ici à quelques jours, le petit journal de ce qui peut s’être passé

de notable à Amiens depuis le jour de Noël jusqu’à présent; nous apprendrions en particulier avec grande joie

que notre aimable patron, saint François de Sales, a été bien fêté chez vous.

Un souvenir, s’il vous plaît, devant Dieu 1° pour un de nos orphelins (13 ans 1/2) qui agonise depuis

plusieurs semaines,

2° pour les baptêmes, fixés au 29, d’un grand garçon protestant, qu’on nous a envoyé de Genève, et

d’un de nos orphelins, âgé de 12 ans.

3° pour la confirmation que Mgr Buquet, le protecteur de notre petite Communauté, vient le 31

courant donner au patronage de Charonne.

4° pour ma pauvre mère, plus malade que jamais.

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

P.S. de M. Le Prevost:

Je n’ajoute rien, mon bon ami, à la lettre de notre cher abbé Planchat, sinon l’assurance

accoutumée de tous mes sentiments de tendre affection pour vous et pour votre maison.

Votre ami et Père, Le Prevost.

177 - à M. Halluin

25, rue de Beaufort -- Arras

Santé de M. Henri Sadron s. v. -- la S. François de Sales -- deux baptêmes - Mgr Buquet, protecteur de la

Communauté dès l’origine, viendra confirmer dimanche. -- M. Emile BEAUVAIS: entré le 2 octobre 1854 -

profession le 27 octobre 1855 -- sorti le 31 juillet 1885; il fut Econome général. Mme Planchat est très malade --

M. Simonnet ? -- rédigez un Journal de l’Oeuvre.

Monsieur et bien cher Frère en N. S.

Vaugirard, 26 janvier 1864

(5 ème jour de la neuvaine de S. François de Sales)

Vous devez être étonné de n’avoir pas encore eu la visite de M. Lantiez. Si vous jugiez sa présence

immédiate tout à fait utile, il s’échapperait à l’instant même de Grenelle. Si vous ne voyez pas d’inconvénient à

ce que ce bon Père Lantiez diffère sa visite chez vous de deux ou trois semaines, l’expédition de ses affaires personnelles

s’en trouverait mieux.

Nous aimerions n’être pas trop longtemps sans nouvelles de M. Sadron. Sa santé se remet-elle ? Les

soins maternels que le bon M. Mitouard donne à nos chers petits écoliers d’Arras sont-ils combinés de façon à

ne pas trop gêner la discipline et à ne pas contrarier les mouvements de M. Sadron ? Notre Père Supérieur vous

a écrit, je crois, qu’il lui paraissait convenable, provisoirement du moins, de laisser à M. Sadron la conduite de

l’ensemble chez les écoliers.

Le fête de saint François de Sales, cet aimable patron de la Communauté, sera marquée, à Vaugirard

par le baptême de deux élèves, dont l’un protestant genevois, âgé de 16 ans, envoyé exprès par le curé de

l’Immaculée Conception de Genève pour se préparer à son abjuration. Nous vous recommandons nos deux catéchumènes,

ainsi qu’un pauvre petit de la maison, depuis plusieurs semaines à l’agonie et ne pouvant achever de

114


mourir. Enfin je vous recommande la Confirmation que viendra donner dimanche prochain au patronage Ste-

Anne Mgr Buquet, le protecteur de notre petite Communauté dès l’origine.

Nous aimerions à recevoir bientôt de vous une sorte de petit journal de ce qui s’est passé à Arras

depuis Noël, et notamment le récit de votre petite fête de S. François de Sales. J’ai touché du grand-père de

Germain 30 f. pour ses mois de janvier et de février; je les ai remis à M. Emile [Beauvais].

Tout à vous dans les Sacrés-Cœurs ...

l’abbé Planchat, prêtre

J’oubliais de vous recommander ma mère bien malade -- J’ai aperçu en omnibus M. Simonnet.

P.S. de M. Le Prevost:

Je n’ajoute rien à la lettre de notre cher abbé Planchat, sinon les nouvelles assurances de

ma vive affection pour vous, cher Monsieur l’abbé, et pour toute votre Maison. Dites bien à nos frères

que je n’en oublie aucun dans mes prières. J’ai reçu avec plaisir leurs lettres toutes cordiales et

toutes pleines d’excellentes dispositions; elles m’ont été une vraie consolation.

Votre ami et Père en N. S.

Le Prevost

178 - à M. Florent Caille

M. Alexandre Legrand: entré le 26 décembre 1861 -- un séjour à Amiens serait une épreuve pour sa vocation? --

profession le 23 avril 1864 et décédé le 26 janvier 1875. -- Pénitences du Carême: avec discrétion pour les

santés délicates des frères; -- priez pour le tirage au sort en vue du service militaire de sept de nos frères.

Mon bon frère Caille,

Vaugirard, 5 février 1864

Ste Agathe

Les parents de M. Alexandre insistent beaucoup pour qu’il aille à Amiens à l’occasion de son tirage

au sort. M. Alexandre se persuade que leur arrière-pensée est de le détourner de sa vocation. Or, il veut

s’épargner cette secousse, défiant de lui-même autant qu’attaché, il l’est plus que jamais, à son saint état. Ces

pensées fâcheuses ne seraient-elles pas inspirées aux parents de M. Alexandre, et surtout à sa belle-mère, par

une gêne plus grande en ce moment que d’ordinaire, en conséquence de la maladie du frère de M. Alexandre?

Peut-être vous pourriez voir cette famille avec laquelle vous êtes un peu en relations, et par là vous assurer du

véritable état des choses.

Voici venir le Carême. Je sais avec quel soin vous étudiez ce que vos frères, peu forts et ayant,

comme vous-même, beaucoup à travailler, peuvent porter des pénitences de l’Eglise? Pour suppléer au jeûne qui

sera pour plusieurs ou nul ou bien peu rigoureux, le Conseil a cru pouvoir exprimer à chaque maison cette

pensée: le dispositif de Chaville recommande les pénitences corporelles, dans la mesure de la discrétion et de

l’obéissance. Ne pourrait-il pas, dans chaque maison, en être offert une, chaque jour, pour les sept jeunes frères

qui vont tirer au sort cette année, et pour trois desquels nous ne connaissons aucun cas d’exemption?

Tout à vous et à tous les frères d’Arras dans les Sacrés-Coeurs

l’abbé Planchat, prêtre

Remerciez Dieu de la bonne Confirmation de Ste-Anne de Charonne, et priez pour son Adoration de

dimanche et pour ma mère, bien malade.

P.S. de M. Le Prevost:

La visite que je vous prie, mon bon ami, de faire à la famille Legrand, serait surtout pour

observer et juger l’état et les dispositions de cette famille. M. Alexandre croit qu’on l’a laissé partir à

regret et qu’on voudrait le ramener à Amiens, dans la pensée, sans doute, qu’il pourrait aider les

siens; le père gagne, mais il boit, je crois, plus qu’il ne serait sage de le faire. Notre jeune frère aurait

115


une grande répugnance à se retrouver dans ce milieu. Je ne crois pas que vous ayez à leur parler de

tout cela, s’ils n’en parlent eux-mêmes; voyez, observez et faites ce qui vous semblera à propos.

Le Prevost

179 - à un père de famille

Mon bon ami,

Charonne, 5 février 1864

Plusieurs ouvriers ont demandé à faire dimanche prochain de midi à 5 h. un peu d'adoration devant le

S. Sacrement, en même temps que nos jeunes gens du patronage, leurs enfants. J'ai pensé que vous pourriez

peut-être partager ce désir, et je vous envoye l'heure à laquelle vous pourriez plus utilement, si vous vous

trouviez libre à ce moment, faire un peu d'adoration.

180 - à M. Florent Caille

Votre ami dévoué,

Léon Guichard -- jeûne à remplacer durant le carême; à nous de faire pénitence...

Mon bon frère Caille,

l’abbé Planchat, prêtre

Vaugirard, 16 février 1864

1 er mardi de Carême

Notre P. Supérieur trouve prudente et selon Dieu votre pensée au sujet du carême de M. Léon. Il faut

ménager, en vue de l’aide plus vigoureuse qu’il prêterait à M. Marcaire, les forces de notre bon frère Léon.

Notre P. Supérieur trouve donc à propos que M. Léon remplace le jeûne rigoureux par la mortification positive

en chaque repas. Ainsi le matin, au lieu de votre lait, café ou chocolat du courant de l’année, du pain avec

quelques figues ou autres choses semblables; à midi, privation d’un dessert; à la collation, plus sans doute de

nourriture que pour le jeûne, un peu moins cependant qu’à un souper ordinaire.

Que nous aurions besoin, nous autres, d’ajouter pénitences à pénitences en présence des innombrables

et effrayants besoins spirituels que nous devons, dans notre impuissance, abandonner à peu près complètement

au travail direct de Dieu sur les âmes!

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

P.S. Vous avez appris, sans doute, qu’on a tiré pour notre frère Alexandre un bon numéro (114). Vous

en remercierez Dieu avec nous et saint Joseph, à qui nous avions confié cette affaire.

181- à M. Florent Caille

Souligner le mois de S. Joseph; intentions de prières. -- Frère Alexandre Legrand -- Frère Noël serait un

postulant; l’extraction des numéros est en vue du service militaire.

Mon bon frère Caille,

Vaugirard, 26 février 1864

fête du S. Suaire

Notre P. Supérieur sait avec quel zèle se célèbre à Amiens le mois de S. Joseph, soit à la

Communauté, soit dans les œuvres. Il éprouve néanmoins le besoin de vous rappeler par le petit envoi ci-joint ce

mois béni. Pour vous la photographie, pour vos frères les lithographies.

116


Nous avons remercié de tout cœur saint Joseph pour M. Alexandre; nous avons toute espérance de le

pouvoir remercier pour le frère Noël de Chaville, dont le numéro est assez bon. Prions bien pour les autres.

Prions bien pendant tout le mois de S. Joseph pour les nécessités si diverses et si pressantes de la Communauté,

des œuvres et surtout de nos retraites pascales en tous lieux.

Tout à vous et à tous...

l’abbé Planchat, prêtre

182 - à sa mère

Un innocent complot de la famille pour faire se reposer et sa mère et sa sœur. -- Mgr Buquet est protecteur de la

famille; ainsi Maria sera accueillie pour un mois à son ancienne pension, chez les Sœurs de la Congrégation de

Notre - Dame. -- Future résidence de maman: rue Duguay-Trouin à Paris.

Chère et bonne Mère,

Vaugirard, 26 février 1864

fête du S. Suaire de N. S.

Vous le comprenez, notre inquiète sollicitude pour Maria et pour vous, nous a forcés d’ourdir en

famille un innocent complot. Il fallait vous décider ainsi au seul parti qui puisse procurer à Maria et à vous les

quelques semaines de repos nécessaires à toutes deux. C’est de la main même de Mgr Buquet qu’ont été choisies

les excellentes Sœurs qui vous accueillent avec toute la charité que peut inspirer le dévouement chrétien envers

les personnes souffrantes, isolées à Paris. Elles se promettent de si bien faire par leurs bons et aimables soins,

que dans l’espace d’un mois toutes vos tristes idées se seront évanouies. Maria est reçue à bras ouverts, toujours

sur la recommandation de Mgr Buquet, dans les rangs de ses anciennes compagnes, les pensionnaires de

l’Abbaye-aux-Bois, également pour un mois.

Adieu, chère et bonne Mère, je vous embrasse de cœur, n’ayant pas eu le courage de le faire

autrement. Je prie toute la journée la Ste Vierge et N. S. pour vous. Il faudra bien que saint Joseph m’obtienne,

comme couronnement de son mois, votre retour rue Duguay-Trouin. Je viendrai vous voir aussi souvent que me

le pourra permettre le travail des Pâques à Charonne.

183 - à sa mère

Votre fils reconnaissant et dévoué,

l’abbé Planchat, prêtre

Nécessaire séparation de la mère et de la fille. -- La “bonne sœur qui vous aime tant” sera celle qui prend soin

d’elle à la pension.

Chère et bonne Mère,

Vaugirard, 1 er jour du mois de S. Joseph 1864

J’éprouve le besoin de vous dire une seconde fois, vous me pardonnerez, n’est-ce pas, l’innocent

stratagème auquel j’ai dû recourir pour abréger les moments, si pénibles à notre cœur comme au vôtre, d’une

séparation devenue nécessaire dans l’intérêt de votre complet retour à votre état ordinaire de paix et de liberté

d’esprit. J’étais bien préoccupé au milieu de mes travaux jusqu’au moment où j’ai reçu la lettre plus rassurante

de la bonne Sœur qui vous aime tant. Vous devez le comprendre, bonne Mère, tant que je ne saurai pas

positivement qu’enfin vous croyez à la droiture de mes intentions, à la sagesse du parti indiqué à la famille par

ce médecin si respectable, si expérimenté, si désintéressé, par ce bon docteur Foville à qui je dois tout, après

vous, à qui je devrai pour vous, j’en suis sûr, tout après le secours de Jésus, de Marie et de Joseph; tant que je ne

serai pas pleinement rassuré à cet égard, le poids de mon travail sera doublé. En même temps mon activité se

trouvera paralysée dans le moment où il serait le plus naturel de la déployer pour le soin des âmes.

Oh! comme je serais soulagé, si vous m’écriviez: “c’est vrai, jusqu’ici je ne consentais pas à rester

chez les bonnes Sœurs, mais maintenant, c’est par ma volonté comme par celle de la famille que j’y demeure”.

Ce serait pour nous tous, chère et bonne Mère, non seulement un allégement pour l’heure présente, mais le plus

rassurant espoir pour l’avenir. Nous dirions: “Maman a supporté convenablement cette rude épreuve; donc dans

117


un mois, elle sera complètement revenue à elle-même, et Maria, bien reposée à l’Abbaye, pourra lui être

rendue”.

Chère et bonne Mère, vous m’avez affectueusement remercié des prières que j’avais fait faire pour

vous, quand vous étiez malade en Algérie; ah! faites qu’à mon tour je puisse vous remercier de nous avoir à tous

rendu la paix et la joie, absentes en ce moment de nos cœurs.

J’attends avec impatience, très chère mère, dix bonnes lignes de vous; je les demande à St Joseph.

Je vous embrasse de cœur et bien affectueusement.

Présentez s.v.p. mon respect à la bonne Sœur,

184 - à M. Decaux

Votre fils tendrement dévoué...

l’abbé Planchat, prêtre

Avec le concours du P. Pica, le P. Planchat organise la première retraite pour les Italiens installés dans les

environs de l’œuvre de Sainte-Anne. -- L'Œuvre de Saint-François de Sales avait été fondée par Mgr de Ségur

pour la défense et la promotion de la foi et aidait flnancièrement différentes œuvres d'apostolat. -- Grizelain,

Etienne, entré le 19 jullet 1865 - profession le 9 mai 1868 - sorti le 5 août 1889.

Mon bien cher Monsieur Decaux,

Charonne, 7 e jour du mois de saint Joseph 1864

Je m'empresse de vous annoncer une bonne nouvelle. La Providence nous donne un excellent père

Barnabite pour faire aux Italiens une mission toute la semaine de la Passion, et la Société de Saint-François de

Sales me vient un peu en aide pour les dépenses du luminaire, du culte, des souvenirs, etc. de cette mission.

Les Italiens sont, vous le savez, la part que M. Ie curé de Charonne m'a dévolue dès le principe et

proprio motu parmi ses ouailles, errantes en trop grand nombre. Je n'en aurai qu'un plus grand soin de le mettre

au courant de l'ensemble des exercices quand je vais les avoir réglés avec le père. M. le curé m'a déjà promis, le

cas échéant, de venir, une fois au moins, donner la bénédiction Pour trancher toute difficulté de Pâques, je le

prierai de faire comme M. le curé de Notre-Dame des Champs, de dire la messe de communion; je me munirai

pour cela d'un binage. J'espère avoir le père Barnabite les huit jours à demeure à Sainte-Anne. En tous cas, le

supérieur m'a prévenu qu'il faudrait qu'il y couchât, parce que leur couvent se clôt sans exception à 9 heures.

Sauf le samedi, je ne verrais pas là de difficulté; le lit et la chambre de M. Grizelain pourraient servir au père,

mais cette difficulté du samedi est réelle, elle se reproduira pour le père picputien qui m’est à peu près promis et

qui serait excellent pour la retraite du patronage; il confessera bien tard le Vendredi et le Samedi Saint (nous

avions hier 300 enfants au moins et 60 communions environ pour la Saint-Joseph; nos inscrits dépassent 500).

Si la commission de Sainte-Anne garnissait du coucher une cellule de plus, ne serait-ce pas chose faite pour

l'installation de la communauté ici?

Quelque chose me dit que, si des bénédictions abondantes sont accordées aux deux retraites, ce pourra

être pour nos supérieurs un signe de hâter notre demeure ici. Voilà un doute que je vous exprime, je ne voudrais

nullement insister sur une nouvelle dépense après tant d'autres que votre cœur paternel vous a fait faire

spontanément pour Sainte-Anne; et puis vos charges principales sont si accablantes!

Tout à vous en saint Vincent et en saint Joseph

L'abbé Planchat, prêtre.

Ne vous paraîtrait-il pas utile de faire savoir cette mission et cette présence d'un religieux italien à

Sainte-Anne au Conseil de Paris, pour obtenir ses prières, pour qu'aussi les conférences du voisinage au moins

vissent des auditeurs à nous envoyer? Il serait possible que de cette mission sortît une espèce de Sainte-Famille

italienne. En ce cas, pourrait-on compter un peu sur les allocations du Conseil de Paris ? (du lundi au samedi,

l'exercice à 8 heures du soir).

118


185 - à M. l’Abbé Demante

Demante: l’abbé Victor, qui entra chez les F.S.V. le 25 février 1869; il fit profession le 7 octobre 1871 et quitta

à l’expiration de ses voeux temporaires en 1873. -- Deux retraites à la rue des Bois. -- Merci de votre don --

Nous aurions chez vous le Salut du S.S. Sacrement, lors de notre promenade le lundi de la Pentecôte.

Mon bien cher Monsieur Demante,

Charonne, 10 ème jour du mois de Saint Joseph 1864

Nous allons habiter la rue du Bois, de samedi prochain au 28 mars pour les deux retraites des Italiens

et du Patronage. A cette occasion, je les recommande à vos Mémentos et aux prières de vos bonnes âmes. Il

nous serait donc plus facile dans cette quinzaine qu’à tout autre moment, d’envoyer prendre au chemin de fer de

Lyon cet ornement rouge, destiné par votre gracieuse charité à notre extrême pauvreté.

M. le Directeur du patronage accepte avec empressement l’offre que vous avez bien voulu lui faire,

par mon intermédiaire, de recevoir dans votre église pour le Salut un jour de la belle saison, nos 40 à 50 jeunes

ouvriers. Il a choisi déjà le lundi de la Pentecôte (16 mai).

Je n’oublierai pas mon petit sermon de charité chez vous aux environs de la Fête-Dieu.

Tout à vous en Saint Joseph...

l’abbé Planchat, prêtre

186 - à sa mère

M. Foville, médecin de la famille, donne des espérances d’une guérison rapide. - Retraite des Italiens. -

Relations nouées avec le Conseil supérieur de la Soc. S.V. de Paul italienne, dont le siège est à Gênes - retraite

des apprentis.

Chère et bonne Mère,

Vaugirard, 23 ème jour du mois de S. Joseph[1864]

Deux lettres, l’une de M. Foville, l’autre de mon oncle [Henri Garanger], me comblent de joie. Le

mois de S. Joseph ne finira pas sans que vous soyez tout à fait guérie de votre malheureuse tristesse. Je le

demande et je le fais demander à ce grand saint et j’ai toute confiance d’être exaucé.

Remerciez Dieu, s.v.p. du succès de la retraite des Italiens, après un manque aussi complet, bien

qu’involontaire, de préparation: 130 communions d’hommes principalement, dont 40 retours et 10 premières

communions mises en train. Relations nouées dans les termes de cordiale charité avec le Conseil supérieur de la

Société de S. Vincent en Italie (il est à Gênes).

Priez pour le succès de la retraite des apprentis, -- pour nos 15 premières communions de Français,

dimanche, -- pour que je trouve de l’argent; toutes mes ressources et relations sont épuisées.

Je me soigne et n’ai qu’un peu de fatigue.

l’Abbé Planchat

Maria va mieux, mais elle en aura pour longtemps à se remettre de sa fatigue.

187 - à Mgr l’Evêque de Versailles

Permission d’avoir le Salut du S.S. Sacrement durant les promenades à l’extérieur. - Bienveillance de

Monseigneur pour la Communauté et pour son Noviciat de Chaville. -- Ministère auprès des Italiens et des

apprentis. -- Indispensable préparation des promenades.

Suite de cette lettre au 6 août 1864.

Monseigneur,

mars 1864

119


Permettez à l’aumônier du Patronage de S. Vincent de Paul du Faubourg St-Antoine [Charonne] de

vous demander une faveur pour ce patronage.

Il s’agirait de la permission d’un Salut spécial pour ce patronage, dans une église rurale quelconque

de votre diocèse, les lundis de Pâques et de la Pentecôte, à la condition, bien entendu, de se concerter à l’avance

avec M. le Curé du lieu.

Notre patronage jouit du droit à un Salut [du S.S. Sacrement], comme couronnement de toute

instruction qui lui est faite.

Or nous tenons à cette instruction et à ce Salut tout particulièrement les lendemains de grandes fêtes, à

cause de la Communion de la veille pour le plus grand nombre, pour un nombre notable aussi le matin même.

Mais les deux jours susdits, nous menons soit nos 250 à 300 enfants, soit la section des jeunes

ouvriers (50 environ) en promenade, de la Messe jusqu’au soir, et cela, le plus habituellement, dans une

campagne du diocèse de Versailles. Il nous serait souvent difficile de calculer les mouvements de notre monde

sur l’heure du Salut de la paroisse où nous stationnerons.

Du reste, malgré la permission que daignerait nous accorder Votre Grandeur, nous serions heureux de

nous unir aux fidèles de la paroisse, lorsque la chose ne serait pas trop incommode pour nous.

Oserai-je, en terminant, Monseigneur, vous demander votre bénédiction et pour ma Communauté

dont vous encouragez si paternellement le Noviciat à Chaville, et pour moi-même, si inférieur à la lourde tâche

qui m’incombe; enfin pour notre faubourg et pour notre maison Ste-Anne, surtout pour ses deux retraites pascales

des Italiens et des apprentis.

L’exploration des lieux, préliminaire indispensable de toute promenade, devant avoir lieu, pour celle

de Pâques, avant la Semaine Sainte; nous serions, Monseigneur, vivement reconnaissants à votre Grandeur de

vouloir bien nous faire donner une prompte réponse.

Je suppose que la permission ci-dessus demandée nous serait accordée une fois pour toutes.

Agréez, Monseigneur, l’expression de mon profond respect et de notre vive gratitude à tous,

Votre très humble serviteur,

188 - à Mgr de Ségur

l’Abbé Planchat, prêtre

de la Communauté des Frères de St Vincent de Paul,

Secrétaire du P. Supérieur Général,

aumônier du Patronage Ste-Anne de Charonne, Paris

Un long rapport sur les deux dernières retraites, celle des Italiens et celle du patronage; bonne connaissance de

ses ouailles italiennes; projet d’une Ste-Famille italienne, quand viendront résider ici les Frères de S.V.d.P.; les

prédicateurs: le P. Picca et un Père “de Picpus“; considérations pour l’avenir; promenade du Lundi de Pâques;

“Accidents de famille”: cf. lettre du 21. 04.1864.

Monseigneur,

Vaugirard, 6 avril 1864

fête remise, de s. Gabriel

Avant tout je dois vous exprimer, et témoigner aussi à la Société de S. François de Sales, toute ma

reconnaissance pour les deux cents francs que la Société de S. François a bien voulu m'adresser. Pour assumer la

lourde charge de deux retraites successives, je me suis confié en la Providence; la Providence ne fait défaut à

personne; par vous elle m'est venue en aide en un pressant besoin. Ce qui peut donner plus de prix à vos yeux

aux humbles résultats obtenus par la retraite des Italiens et par celle du patronage, c'est la spontanéité de ces

résultats. Complètement livré à moi-même pour la préparation de la retraite des Italiens, j'ai vu, de plus, mes

faibles efforts paralysés et par l'effrayante distance qui sépare Vaugirard de Charonne, et par la préoccupation

que me causaient de pénibles accidents de famille. Seul de son côté pour préparer et préparer de si loin sa

retraite, M. le Directeur du patronage ne put adresser en temps vraiment utile ni aux parents ni même aux patrons

les convocations ordinaires. Les deux retraites se sont donc préparées en quelque sorte d'elles-mêmes. Dieu seul

ayant égard aux prières d'un certain nombre de bonnes âmes a pu prédisposer et attirer les cœurs:

l° Retraite des Italiens

Ouverte le dimanche de la Passion à 7h. du soir, cette retraite a été prêchée huit jours entiers avec un

zèle aussi simple, aussi modeste qu'ardent par un excellent père barnabite, natif d'Aquila (les Abruzzes), par le R.

Père Picca, isolé tout ce temps de sa maison de la rue de Monsieur pour se donner complètement à Ste-Anne.

120


Quarante à cinquante personnes composaient tout l'auditoire du premier jour. Dès le lundi ce nombre fut presque

doublé. L'excellent premier vicaire d'une paroisse voisine amena toute une compagnie de braves ouvriers

italiens, fidèles jusqu'à la fin au rendez-vous de chaque soir, et zélés pour la propagande sainte. Dès le mercredi

le côté des hommes était rempli; l'auditoire atteignait le chiffre de cent soixante-dix personnes environ. Ce jour

consacré au bon saint Joseph a été pour nous un jour privilégié. Le clergé de la paroisse de Charonne et

Monsieur le Président du Conseil de Paris, accompagné d'un des anciens de ce Conseil s'étaient sans doute donné

rendez-vous dans notre humble sanctuaire. Assisté de ses deux vicaires, M. le Curé de Charonne présida la

séance et la suivit dans ses détails avec un paternel intérêt. Son cœur s'ouvrit pour encourager et accueillir ces

braves gens, dont la moitié peut-être étaient ses paroissiens. Ses paroles toutes de zèle et de charité furent redites

en italien par le R. P. Picca. M. le Curé donna la bénédiction du saint ciboire et ne se retira qu'après avoir suivi

des yeux le défilé silencieux de tous. Le nombre des assistants du soir augmenta encore le jeudi et le vendredi; le

dimanche des Rameaux la chapelle était remplie. De 200 à 250 Italiens assistaient à la cérémonie de clôture. Les

hommes dès l'abord, et toujours les hommes, furent en majorité de plus de moitié. Cela s'explique et par le grand

nombre d'hommes qui viennent seuls à Paris, qu'ils soient ou non mariés, et par l'existence de compagnie de

musiciens et par le grand nombre d'enfants dans les familles qui émigrent toutes entières.

Tel est le nombre de ces enfants que nous n’eussions presque pas eu de femmes à la retraite, si nous

eussions rigoureusement exclu les enfants en bas âge, je dirai plus, les enfants à la mamelle. Même à la messe de

Communion générale, tel père et telle mère ont dû se passer leur petit innocent pour aller successivement à la sainte

Table; ce qui n'était pas moins caractéristique, c'était les chants de ces braves gens. Ils sont de contrées bien

diverses de l'Italie; cependant tous savent par cœur et chantent sur un ton à eux particulier les litanies de Lorette

en latin. Un d'eux les entonnait et tous suivaient. Le chapelet également dirigé par un brave gênois et récité avec

l'indication des mystères du Rosaire, ouvrait la séance du soir, séance de fond. Et puis venait une glose

doctrinale du Père sur les commandements de Dieu; ensuite les litanies, puis l'instruction d'une demi-heure; enfin le

tout petit Salut, où les bons italiens chantaient le Tantum Ergo à la façon de leur pays; après la bénédiction, avis final

comme dans nos retraites françaises. Le matin une première messe à 6h., suivie d'un petit exercice du mois de S.

Joseph, fort goûté par les bons italiens; puis à 7h.1/4 la messe du Père, suivie d'une très courte instruction catéchistique

sur les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Une quarantaine de ces braves gens assistaient à l'un ou à

l'autre de ces exercices du matin. Le soir, dès le mardi, trois prêtres furent occupés à entendre les confessions en

italien. A partir du mercredi la plus grande partie du jour le Père et l'aumônier de Ste-Anne se trouvèrent absorbés

par les confessions. Les napolitains venaient par bandes de la place Maubert, sacrifiant leur après-midi, à la

“Doctrine”, comme ils disent, et à la confession.

Hélas! les pauvres gens, chassés presque tous par la guerre des Calabres, de la Basilicata, avaient

quitté leur pays, la plupart sans avoir fait de première communion et sans avoir reçu d'autres instructions

chrétiennes que celle du signe de la croix et de vagues notions sur la Trinité et le crucifix; peu même savaient

bien leur Pater, aussi pour le plus grand nombre la retraite s'est bornée à se confesser une première fois de leur

vie. Moins ignorants, bien que presqu’aucun ne sache lire sont les génois, cantonnés presque tous à Charonne et

dans le faubourg St-Antoine et les Lucquois s'échelonnent rue de la Roquette, rue Baffroid, rue Popincourt etc.

Les plus instruits sont 1° les Tessinois, tous vitriers ou peintres en bâtiments; ils ont pour quartier général

Ménilmontant; 2° les Milanais, les moins nombreux de tous les émigrés. Les génois descendus ici presque tous

des montagnes de Chiàvari, apportent avec eux un orgue, une sérinette ou un accordoir. Ils vont et viennent

beaucoup de France en Italie et réciproquement.

La Doctrine était faite, le matin après la messe et le soir avant la séance, à de nombreux enfants de tout

âge que les pères et mères envoyaient ou amenaient à cet effet. Le noyau de cette réunion était formé par huit

enfants de 12 à 16 ans (sept garçons et une fille) assidus depuis cinq mois à un catéchisme italien hebdomadaire;

deux jeunes gens se sont ajoutés à eux pendant la retraite. La Communion générale a été de 120 personnes y

compris dix premières communions. Le total des pâques produites par la retraite a été de 150, dont 40 retours

d'hommes pour la plupart, et un grand nombre après 10 et 15 ans d'oubli. On peut prévoir que le chiffre définitif

des pâques montera à 170 au moins pour le dimanche du Bon Pasteur. Quatre mariages sont sur le métier, une

réconciliation éclatante a eu lieu entre deux femmes.

Rien de plus touchant que la cérémonie de clôture. Le Magnificat entonné par les napolitains (joueurs

de harpe pour la plupart) y a été chanté avec un véritable élan du cœur. Tous se sont levés pour recevoir le saint

scapulaire. Bien tristes se sont retirés ceux à qui l'insuffisance de la provision et l'heure avancée déjà n'ont pas

permis d'imposer l'habit de la Madone. Chacun baisait avec respect et avec joie les crucifix, bénitiers,

médaillons, bénits et distribués en souvenir de la mission. Les savants étaient fiers d'emporter chacun un petit

livre de piété en langue italienne (ces petits livres avaient été envoyés avec les vœux les plus sympathiques par le

Conseil Supérieur de la Société de S.-Vincent-de-Paul de Gênes) Tous ont donné leurs noms pour la Ste-Famille,

œuvre nécessairement ajournée au moment où une colonie de Frères de S. Vincent de Paul pourra s'installer à

poste fixe à Ste-Anne.

En résumé,

121


1° Les immenses besoins spirituels des 20,000 ouvriers italiens disséminés et sur la rive droite de la

Seine, dans la zone de Ste-Anne, et sur la rive gauche, à la place Maubert; ces besoins ont été, sinon approfondis,

du moins entrevus assez pour exciter le zèle des amis des Pauvres de Dieu.

2° Il est évident que la foi vit encore dans ces âmes. Car cette retraite improvisée a donné un élan

constaté par les confessions, qui se continuent pendant la semaine même de Quasimodo.

3° Si l'on ne veut pas laisser cette foi périr, étouffée sous l'ignorance, le moment paraît venu de former

pour ces braves gens deux ou trois groupes d'instruction chrétienne, dont la sphère serait déterminée d'après leur

provenance et d'après leur habitation; une Ste-Famille italienne à Ste-Anne et une à St-Nicolas du Chardonnet

auraient, ce semble, beaucoup d’avenir.

Les objets pieux ravissent ces pauvres gens. La croix manquait dans plusieurs des rares maisons que

nous avons pu visiter. Tel homme qui n'avait pu assister à l'exercice de clôture est venu de la Place Maubert réclamer

son crucifix. Tel ménage a soigneusement emballé des souvenirs de retraite pour les montrer bientôt à tous au pays.

2- Retraite du Patronage

Comment à 4h. 1/2 de l'après-midi le dimanche des Rameaux la pauvre chapelle Ste-Anne a-t-elle pu

réunir près de 300 apprentis et jeunes ouvriers, quelques-uns de leurs parents, et 7 à 8 bons confrères de S.-

Vincent-de-Paul appartenant la plupart aux conférences du quartier latin? C'est le secret de la Providence; aussi

M. le Curé de Charonne était-il visiblement ému, en faisant, avec une bienveillance plus que paternelle et avec

une ardeur toute apostolique, l'ouverture de nos petits exercices. L'un des Pères les plus éminents de la Maison-

Mère de Picpus a donné ensuite la première instruction avec une simplicité pleine d'onction, avec un accent de

tendresse pour les âmes de nos ouvriers petits et grands, qui devaient assurer le succès de la retraite.

Le lundi, nous tremblions à la pensée du vide qui allait se faire pour la réunion du soir, réunion bien

tardive, dans une saison si peu avancée, réunion que pourtant les exigences du travail ne permettaient pas de

fixer plus tôt que 8h. La différence du nombre entre ce jour et la veille à 8h. et 8h.1/4 était à peine sensible. Le

recueillement était absolument le même; recueillement touchant par sa cordiale simplicité; recueillement

soutenu, non seulement pendant toute la durée de la séance, mais jusqu'à la dernière instruction de la retraite. Les

confessions, nombreuses déjà le dimanche des Rameaux, ont occupé chaque soir, une heure avant l'instruction, le

père de la retraite, et M. le premier aumônier du Père Lachaise tout entier pendant dix jours, aux veilles de Ste-

Anne, que précédaient pour lui de rudes labeurs de la fosse commune. Les confessions occupaient, encore après

l'instruction et souvent même pendant le temps de la séance, outre l'aumônier de Ste-Anne, M. l'aumônier du

Père Lachaise et l'humble prêtre breton, infatigable apôtre des œuvres en détresse.

On peut compter pendant la retraite près de 400 confessions d'apprentis et de jeunes ouvriers. Nombre

d’anciens, de frères, plus ou moins étrangers à nos réunions étaient accourus de distances parfois considérables,

du Marché du Temple ou de St-Gervais, par exemple, et commençaient tout franchement leur retraite par la

confession. On peut présumer qu'une quinzaine au moins de jeunes gens de quatorze à dix-huit ans se

confessaient pour la première fois depuis leur première communion; car il n'est pas de dimanche qui n'amène à

Ste-Anne de pareils retardataires; les adultes n'ayant pas fait leur première communion étaient admis à la retraite.

Il y en a eu un certain nombre qui se sont, à 14, 15, à 17 ans, confessés pour la première fois.

Chaque dimanche en effet apporte à Ste-Anne son contingent de confessions pareilles. Nous n'avions

cru pouvoir inviter à la retraite avec nos enfants que leurs pères, vu l’exiguïté du local. Dès le dimanche des

Rameaux le choeur était garni de ces braves gens; il fallut, les jours suivants, serrer les rangs réservés à cette

avant-garde, au point de gêner les mouvements du prêtre à l'autel; encore, étions - nous obligés, auprès des deux

seuls confessionnaux organisés au fond de la chapelle, de laisser à peine l'espace nécessaire aux mouvements des

pénitents. Le Vendredi Saint la foule affluait assez avant sur le palier. On peut évaluer à 60 le nombre des

parents, presque tous hommes, qui ont profité de la retraite. Plus de la moitié se sont confessés. Ils l’ont fait avec

une simplicité pleine de courage, fendant la foule de leurs camarades, ou même des patronnés, pour aller trouver

le prêtre.

Ce ne sont pas les seuls que nos chers enfants nous aient amenés. Le dimanche de Quasimodo de

grand matin plusieurs hommes encore nous arrivaient, vaincus par les insistances de leurs enfants, presque tous

les pères, qui se sont confessés à la chapelle; ils y ont communié avec leurs enfants. Monseigneur avait étendu

aux parents assidus à la retraite la permission des Pâques à Ste-Anne. Un de ces excellents pères de famille,

obligé de faire une rude corvée le matin de Pâques, arrivait ce saint jour au patronage à 12h., encore à jeun; il y

communiait à côté d'un bon jeune homme de 14 ans, frère d'un de nos premiers communiants du matin.

En effet comme la retraite des Italiens, la retraite du patronage a eu ses premiers communiants. Sans

doute les premières communions italiennes avaient été le prix d'un labeur plus difficile. Rassembler de pauvres

enfants que le travail de musiciens ou de balayeurs, de charbonniers ou de maçons rend également insaisissables,

difficilement accessibles à toute autre instruction que la leçon purement orale de catéchisme; faire cela de

Vaugirard, c'était un tour de force et donc la main de la Madone s'était montrée dans l'arrivée du père Barnabite,

si nécessaire pour compléter une œuvre aussi imparfaite. Sans doute le résultat de cette œuvre avait été consolant

par la piété timorée de nos bons petits Italiens pendant leurs deux jours de clôture et de retraite au patronage, par

122


leur attitude angélique à la Sainte Table, à la rénovation des voeux et tout le grand jour de leur première

communion; sans doute, on le peut espérer, ce résultat sera durable, car il était préparé par une assiduité bien

méritoire à la messe et à la confession bimensuelle, comme au catéchisme; car le jour de Pâques presque tous se

sont unis aux Français pour la communion générale.

Mais j'éprouve le besoin d'insister quelque peu sur la première communion de nos apprentis et de nos

jeunes ouvriers. Dans la zone du patronage Ste-Anne le zèle du clergé paroissial, uni à celui des frères et des

admirables Sœurs de la Charité, multiplie les institutions et les efforts pour faciliter la première communion à

cette masse effrayante d’enfants travaillant dès le plus bas âge dans les usines, fabriques et chambrées de toutes

sortes. Cependant la statistique des résultats obtenus est là pour le prouver, plus de la moitié de ces malheureux

enfants, des milliers, par conséquent, grandissent encore sans première communion; par suite, sans les premiers

éléments de l'instruction chrétienne, sans savoir même leur Pater. Un catéchisme dominical est pour un certain

nombre de ces pauvres esclaves une précieuse ressource.

Avec la haute approbation de l'autorité épiscopale avec les plus paternels encouragements de MM. les

Curés; avec les précautions les plus minutieuses pour éviter tout détriment au catéchisme de paroisse, ce

catéchisme dominical se fait à Ste-Anne par les FF. ou par les confrères de S. Vincent de Paul, sous la direction

de l'aumônier, direction aussi attentive que le lui permet la surcharge du travail. L'assistance à la messe de midi

et demie en la Chapelle de l'Œuvre est 1e préliminaire obligé. Les difficultés incroyables qui entourent la plupart

de ces pauvres enfants et jeunes ouvriers inspirent à l'aumônier de cette œuvre une grande indulgence. Il se borne

à exiger l'assiduité pendant plusieurs mois au catéchisme dominical et puis l'assiduité à la confession

bimensuelle, enfin celle d'un mois au moins à un catéchisme du jeudi soir, catéchisme supplémentaire. Eh bien,

malgré cette facilité le quart à peine des adultes qui recourent, pour leur première communion, à cette ressource

suprême du patronage peut atteindre le but désiré. Ces préliminaires feront mieux comprendre la valeur de notre

première communion du jour de Pâques.

La connaissance de tels besoins, atténués encore par l'imparfaite exploration de nos pauvres quartiers

attirera, nous l'espérons, sur notre œuvre quelques prières et quelques aumônes aussi. Je dis quelques aumônes,

non pas que nous ayons à marchander avec les patrons ni même avec les parents la première communion de leurs

enfants. Sur ces 21 adultes (je ne compte point 2 malades) qui ont participé, tant à la première communion

italienne qu'à la première communion française, la moitié tout au plus ont été aidés par nous pour leur

habillement; trois seulement, placés en dehors de toutes les assistances charitables ordinaires, ont reçu un habillement

complet. Mais enfin cette assistance si mesurée pour l'habillement est lourde encore. Mais surtout nous

tenons à isoler trois jours nos chers néophytes pour les tenir sous l'oeil de Dieu, dans l'atmosphère de la prière et

de l'instruction chrétienne; notre petite expérience du reste nous prouve déjà pleinement l'utilité de ce plan pour

la préparation solide et vraie de ces âmes peu dégrossies mais simples et très accessibles aux paroles et aux

impressions de la foi. Il faut donc, sinon coucher, du moins nourrir quatre jours durant, -- nous nous garderions

bien de leur laisser faire fête le grand jour ailleurs qu'au patronage -- ces enfants et ces jeunes gens. Il faut

fournir encore aux frais de souvenirs et d'une solennité modeste, il est vrai, et toute renfermée à l'intérieur du

patronage, cependant coûteuse encore.

Revenons, pour terminer, à la communion générale du patronage. Après l'assiduité complète de 130

apprentis et jeunes ouvriers, chaque soir des 7 jours de retraite et l'assiduité très notable de plus de 250 autres

(après un recueillement parfait observé pour la sortie et gardé jusqu'à son quartier, d'irrécusables témoignages

nous l'avaient prouvé), après la bénédiction de M. le Curé de Charonne au début de la retraite; après surtout la

bénédiction que Monseigneur l’Archevêque avait chargé M. le Vicaire Général, -célébrant-, de nous apporter à

notre messe de Communion, nous étions autorisés à beaucoup espérer. Cependant notre attente a été dépassée.

245 patronnés et 60 parents, parmi eux 18 femmes seulement et 15 convertis au moins, dont plusieurs arriérés de

10 à 20 ans, ont reçu la Ste Communion le jour de Pâques en notre chapelle, presque tous de la main de M.

l'Archidiacre de St- Denis. Le lundi de Pâques 50 patronnés et 49 parents la recevaient de la main de M. l'Aumônier

du patronage. Depuis les parents jusqu'au plus jeune apprenti, tous avaient évidemment recueilli les paroles

si bien senties, si bien appropriées aux besoins de chacun prononcées par M. le Vicaire Général et après la

Communion de Pâques; mais les aînés surtout avaient été électrisés par les témoignages d'affectueuse estime que

leur avait donnés le représentant de Monseigneur, en présidant, avant de quitter l'autel, au renouvellement des

dignitaires du patronage. A ces témoignages d'une haute et tendre bienveillance nos chers aînés, toujours du reste

la joie et le soutien de l'œuvre, répondaient par un bon exemple. Ils voulurent renouveler en masse le lundi leur

communion de la veille. Faite avec la franchise et avec l'élan qui les caractérise, cette pieuse démarche attira sur

la promenade une bénédiction privilégiée. Invoqué au départ, honoré tout le jour par les deux cierges entretenus

devant son image, saint Joseph fixa l'incertitude du temps. Il la fit braver à 7 membres des Conférences, fidèles

au rendez-vous. Sous la direction de ces excellents confrères, nos bons jeunes gens firent des prodiges d'entrain,

d'activité, d'intelligente et fraternelle vigilance. Deux cents apprentis et jeunes ouvriers purent passer leur journée

en chemin de fer et dans les bois, sans que l'on eût à déplorer ni le moindre désordre ni le moindre accident.

Nous le devons reconnaître avec bonheur, puisque le vénérable curé de Rièvres a cru pouvoir et le dire et l'écrire,

nos jeunes amis ont édifié la paroisse choisie pour but de leur promenade. Dans le fait, le recueillement de tout

123


ce petit peuple ouvrier mêlé, pendant l'instruction et pour le Salut, à de nombreux fidèles, devait produire sur eux

une impression heureuse. Que le bon Maître, par l'intercession de Marie Immaculée et du bon saint Joseph,

pourvoyeurs et patrons de nos deux retraites, nous fasse la grâce de résider à Ste-Anne et quelques âmes de plus

seront remises sur le chemin du seul et vrai bonheur ici-bas.

[en surimpression]: Bien abréger et ne prendre que la fleur.

189 - à sa mère

l'abbé Planchat, prêtre

aumônier de Ste-Anne

En retraite on n’écrit à personne; cependant...— Sollicitude réciproque de la mère et des enfants Planchat. -- La

séparation mère-fille était nécessaire! -- Rue des Anglaises...

Chère et bonne Mère,

Vaugirard, 21 avril 1864

En retraite, il est d’usage de n’écrire à personne; cependant M. Le Prevost m’autorise à vous

demander de vos nouvelles, en attendant mardi prochain, le premier jour où je pourrai vous aller voir.

Croyez-le bien, chère et bonne Mère, si la tendresse de vos enfants ne peut égaler votre dévouement

de tous les jours, de toutes les heures aux intérêts de la famille et à l’avenir de chacun d’eux, cette tendresse

répond au moins à votre héroïque sollicitude.

Je ne suppose pas que vous ayez jamais pu croire à un calcul quelconque de la part d’aucun de nous;

vous m’avez compris quand, rue des Anglaises, je vous ai dit, les larmes aux yeux, que si quelque chose pouvait

entraver nos projets, nos œuvres, troubler notre présent et notre avenir à tous et à chacun, c’était la préoccupation

incessante causée par votre santé, par les mesures, aussi, que cette santé si chère nous faisait un devoir de

prendre à l’égard de notre bonne Mère; mais j’ai besoin d’ajouter un mot de plus afin de compléter votre

conviction à cet égard. Quand je vous parlai, rue des Anglaises, je n’avais pas encore eu la pensée de faire à

Maria la moindre question sur son avenir. La décision formelle et spontanée de M. Foville, basée sur son long et

sérieux entretien avec Maria devant ma tante, décision ainsi conçue: “Pour le bien de votre mère et pour celui

surtout de Mlle Maria, une séparation indéfinie est nécessaire”, la décision de M. Foville me donna seule,

comme il est bien naturel, la pensée d’interroger Maria.

Pauvre enfant, elle a compris notre tendresse à tous pour vous, chère et bonne Mère; elle s’est

regardée comme ayant charge de nous représenter tous auprès de vous, et c’est dans ce sentiment qu’elle a puisé

la force d’aller aussi loin dans son sacrifice qu’il lui était possible d’aller.

Pour n’avoir pas pu vous la témoigner de la sorte, vos autres enfants n’ont pas pour vous une

tendresse moindre et voilà ce qui les met dans l’anxiété la plus profonde quand ils se demandent si vous allez

vous trouver toute seule chez vous. Oh! non, chère et bonne Mère, vous ne nous jetterez point dans ces

angoisses. Dès demain, si vous ne l’avez déjà fait, vous chercherez vous-même, ou vous demanderez soit aux

bonnes Sœurs, soit à nous, de vous chercher une personne dont la présence auprès de vous rassure toute la

famille contre les assauts de tristesse qui pourraient revenir.

Les jours de Retraite sont des jours de prière; votre pensée a partagé avec notre chère Communauté,

avec la fondation de Ste-Anne, l’intention de toutes mes prières et y tiendra jusqu’à la fin une large place.

Adieu, chère et bonne Mère, je vous embrasse de cœur,

190 - à M. Decaux

124

Monsieur et cher confrère en s. Vincent,

Votre fils...

l’abbé Planchat, prêtre

Vaugirard, 23 avril 1864


Vous le voyez, j’ai échoué dans ma démarche auprès de l’Abbé Sibon (voyez la lettre ci-incluse en

réponse à l’invitation faite en votre nom de présider la réunion générale à Ste-Anne des Petites Conférences le

jour de l’Ascension); si vous me croyez en position d’en faire une autre [démarche], quelque surchargé que je

me trouve, je suis tout prêt.

191 - à M. l’abbé Demante

Tout à vous en s. Vincent...

l’abbé Planchat, prêtre

MOUTIER, Léopold: entré le 6 janvier 1862 -- profession le 10 octobre 1863 -- sorti en 1871 -- préparatifs de la

promenade-- recherche de bienfaiteurs..-- Serez-vous des nôtres un jour?

Mon bien cher Monsieur Demante,

Charonne, 25 avril 1864

(S. Marc)

Je le comprends, à Bonneuil, comme à St-Paul, votre cœur charitable a souvent des élans qui

dépassent vos ressources; vos bonnes filles des Sœurs le savent assez pour pleurer chaque jour votre départ.

C’est chose bien convenue; vous ne vous chargez pour nos jeunes 50 jeunes gens que de la boisson

seulement; vous direz un Ave pour qu’au lieu de 20 francs j’en trouve 30 pour la promenade; Dieu seul sait où,

peut-être il vous enverra quelque bonne âme à qui vous pourrez parler de vos détresses.

M. Moutier, directeur laïc du Patronage, viendra la veille de la Pentecôte (14 mai) au plus tard,

prendre ses dispositions à Créteil et à Bonneuil pour la promenade. Il vous verra pour savoir définitivement si

l’organiste peut céder un peu son orgue et ce que nous chanterons, soit à la messe, soit au Salut.

Vous aviez sans doute, mardi dernier, vu la famille DE MARBEAU et su s’il y aurait moyen pour nos

jeunes gens de faire un tour dans le grand parc. On me parlait samedi dernier de l’intelligente et généreuse

charité de cette famille. Je demande chaque jour à Dieu que votre aimable industrie -- pour me mettre en rapport

avec cette famille, au profit de Ste-Anne -- obtienne plein succès. Vous saurez sans doute le lundi de la

Pentecôte si la famille devra se trouver à son Château le jour de la première Fête-Dieu.

Tout à vous dans les Sacrés Cœurs et dans l’espoir d’une fraternelle union

quelque jour.

L’Abbé Planchat prêtre

Deux feuilles du culte perpétuel de Saint Joseph pour vos deux bonnes Sœurs. Nous venons d’ouvrir

un registre à la maison des Orphelins de Vaugirard.

192 - à sa mère

Nous avons tous, dans la famille, un tempérament nerveux impressionnable. Maria a besoin d’une solitude

prolongée. -- Tentation de faire un voyage trop fatigant.

Chère et bonne Mère,

Vaugirard, 2 ème jour du mois de Marie 1864

J’ai su par Madame la Supérieure de l’Abbaye-aux-Bois combien vous étiez peinée de la résolution

qu’a prise Maria de prolonger le repos complet si nécessaire à sa santé. Vous le savez mieux que moi, ma bonne

Mère, Dieu a permis que tous nous ayons tempérament nerveux extrêmement impressionnable. De nous tous,

éprouvés chacun à notre tour un peu fortement, Maria, vous le reconnaissez, est la plus délicate. Rien d’étonnant

donc que ses nerfs soient ébranlés et qu’ils aient besoin, pour se remettre, de quelques mois d’une solitude

entière. Ainsi le jugent les médecins savants, vénérés et d’un entier désintéressement. Je fais appel, chère et

bonne Mère, à votre si vive et si constante tendresse pour nous tous, pour Maria en particulier, à cette tendresse,

seule cause du cuisant chagrin que vous éprouvez, que je partage et dont je voudrais pouvoir, en conscience,

faire cesser immédiatement la cause. Le repos que Maria s’est choisi est le repos nécessaire; vous ne voudrez

pas le troubler d’une façon pleine de dangers pour cette chère enfant. Mais, chère et bonne Mère, vous détruiriez

125


toute paix dans l’âme de la pauvre enfant, si vous cédiez aux inspirations de votre douleur; si vous vous

éloigniez de nous; vous êtes ici au milieu de vos enfants et de vos parents qui vous chérissent comme la plus

tendre et la plus dévouée des mères. Avec nous, demandez à Dieu, à Marie, pour vous comme pour nous, la

force de supporter cette épreuve. Si vous vous abstenez de toute démarche extraordinaire envers Maria, comme

envers nous, cette épreuve n’aura qu’un temps et sera couronnée de succès, sans compter le poids de mérites

ajouté devant N. S. à tout ce que vous avez déjà fait et souffert pour lui.

La T. S. Vierge, à qui j’ai demandé de me dicter cette lettre, me donne la confiance qu’elle obtiendra

le succès ardemment désiré.

193 - à Mr l’abbé Victor Braun

Je vous embrasse donc bien affectueusement...

l’abbé Planchat, prêtre

BRAUN, Pierre Victor entre chez les F.S.V. le 15 avril 1862; il fait profession religieuse le 23 avril 1864; il se

dévoue auprès des “Allemands” (ou mieux germanophones) de Grenelle. Il quitte la Congrégation des F.S.V.

entre 1874 et 1875, très occupé à soutenir sa fondation d’un Institut féminin, les Servantes du Sacré-Cœur de

Jésus, actuellement en France, en Autriche et en Angleterre.

Trèves: (en all. TRIER) en Rhénanie-Palatinat, vestiges romains -- S. Régis: la Société créée pour aider à la

préparation des mariages.

Mon bien cher M. Braun,

Vaugirard, 3 ème jour du mois de Marie 1864

Je vous adresse avec bonheur deux braves Allemands, en concubinage bien contre leur gré, fort

désireux de régulariser au plus vite leur position. Mieux que personne, vous pourrez et les confesser et faire

venir directement le peu qui leur manque de papiers. Ce couple est le couple: Jacques DENIS et Louise

WOOLF, n o 109, Grande--Rue à Vaugirard.

Cette dernière est de Trèves, où l’on ne peut, par défaut d’obligeance, croit-elle, retrouver ni son acte

de naissance ni son acte de baptême. Ce sont là, paraît-il, les seules pièces qui manquent. Un mot de vous au

secrétariat de l’Evêché de Trèves obtiendra et l’acte de baptême pour lequel la future a des indications précises,

et une démarche pour procurer l’acte de naissance.

N’allez pas vous jeter pour si peu dans les lenteurs de S. Régis

194 - à sa mère

Voir s’ils sont mariés.

Tout à vous en Marie et Joseph,

l’abbé Planchat, prêtre

Voyage de C.P.: projet d’aller à Constantinople (cf. lettre du 16 juin 1864). -- Un reçu à faire. -- des dépenses

urgentes et nécessaires.

Chère et bonne Mère,

Vaugirard, 6 ème jour du mois de Marie 1864

fête de S. Jean devant la Porte Latine

deuxième fête de M. Le Prevost

Quel bien m’a fait M. Le Prevost, en me disant que vous renonciez à ce voyage de C. P. qui vous vous

eût tant fatiguée, et mise sous un climat si contraire à votre santé!

Je regrette, après cette joie que vous nous donnez, de venir vous causer une contrariété. Mais, d’après

ce que me dit Maria, il n’y a pas moyen de faire autrement; le reçu, que l’on eût accepté de sa main ou de la

mienne, ne pouvant être fait en pleine connaissance de cause que par vous toute seule. Les réparations, dont

126


vous trouverez peut-être le chiffre bien élevé, étaient vraiment urgentes, me dit Maria; c’est moi qui ai pris sur

moi de faire garder à Maria les 100 francs, pensant que peut-être vous compteriez avec elle et que les opérations

du compte, et les délais pour réaliser, pourraient la mettre en grande gêne. Ces 100 francs sont ceux que j’ai

marqués sur la note de l’autre jour comme versés à l’Abbaye-aux-Bois; il doivent être, à l’heure qu’il est,

employés.

Adieu, chère et bonne Mère, je prie chaque jour de tout cœur Marie pour vous, la suppliant de réparer

nos maladresses. Certes elles ont été faites dans la vue du plus grand bien et avec assez de réflexion et de conseil

pour que je n’aye rien à me reprocher. Il m’en a assez coûté de faire ce que, je crois, je devais faire. Je remercie

Dieu de n’avoir pas permis qu’au milieu de tant d’autres préoccupations, celles de la santé, des peines, des

contrariétés si vivement exprimées de ma bonne Mère, troublassent ma paix, ni ma tête, toujours cependant,

faible et distraite.

Adieu, chère et bonne Mère, je vous embrasse de cœur,

195 - à Mlle Erdeven

de l’œuvre (féminine) de la rue Keller

votre fils tendrement dévoué...

Mlle Erdeven, responsable d’un patronage.

Je serai absent dimanche; voici deux histoires à raconter; celle d’Henriette et celle de Louis. -- Lariboisière:

Hôpital de la rue Ambroise Paré, à Paris .-- Le travail précoce et dangereux confié aux enfants; -- Du Garreau,

Charles Abel, f. s. v. entré le 16 décembre 1861 - profession le 1 er mai 1863 - décédé le 17 décembre1901. --

Chanteaud, abbé, aumônier au Gros-Caillou: prêtre de la paroisse Saint-Séverin, fit un essai d’un an chez les

F.S.V.

Mademoiselle,

Charonne, 27 ème jour du mois de Marie 1864

Dimanche prochain je suis obligé d’aller faire un petit prône à la campagne dans l’espoir d’intéresser

à Ste--Anne une riche et chrétienne famille. Je ne pourrai qu’avec peine être revenu pour clore à Ste-Anne la

petite Adoration du S. S. Sacrement. Impossible donc d’aller rue Keller.

Deux canevas d’histoires que vous pourrez développer à vos enfants; (je suis horriblement pressé).

Une jeune fille de 15 ans et demi se trouvait, il y a trois semaines, chez les Sœurs de Charonne pour y

chercher des médicaments; “Vous êtes bien souffrante, mon enfant ? - Oui, et ce qu’il y a de pire, c’est que je

n’ai pas fait ma première communion. --- Eh bien, venez dimanche aux offices et au catéchisme; M. le Curé

vous interrogera.” Elle vint et fut si souffrante ensuite qu’on dut la reconduire chez elle sous le bras.

Cette pauvre enfant, dont la mère est sourde et le père aveugle, qui a un jeune frère et une jeune sœur,

fut mise à 12 ans chez une blanchisseuse où le travail l’a tuée. La veille de l’Ascension, la Sœur de Charonne

vint, de la part de M. le Curé, me charger de préparer d’urgence cette première communion. Je visitai le plus

souvent que je pus la pauvre enfant. Plusieurs fois je la trouvai sommeillant, son chapelet au bras et son

catéchisme ouvert sur son lit. Elle épelait à peine; mais sa mère lui apprenait quelques réponses. Le samedi,

veille de la Pentecôte, à 8h. du matin, la petite chambre de l’aveugle était propre par extraordinaire. Même il s’y

dressait une table couverte d’un linge blanc, orné de deux cierges et de deux bouquets d’aubépine rose.

Henriette, dans ses draps éclatant de blancheur, était parée de blanc; son visage amaigri se perdait dans un grand

voile. La bonne Sœur qui lui avait fait l’école quelques mois avant son malheureux apprentissage était là,

accompagnée d’une autre bonne Sœur; je trouvai dans l’attente et la pauvre mère et surtout Henriette. Le

recueillement de la malade était profond. Je ne saurais redire l’accent naïf et convaincu de sa voix, quand elle

répondit à cette question: “ Mon enfant, êtes-vous heureuse de recevoir le bon Dieu? “ -- Oh! oui, dit-elle, bien

heureuse.” Je ne saurais exprimer, non plus, l’ardeur avec laquelle elle s’unit à notre prière d’action de grâces,

avec laquelle surtout elle baisa son cachet de première communion et son image de consécration à la Ste Vierge.

Aujourd’hui, elle a éprouvé un mieux inespéré; nous ne désespérons pas de la conduire demain, du

moins en voiture, à la confirmation de la paroisse.

Louis L., charmant apprenti de treize ans, me fut confié par M. le Curé le même jour et pour le même

objet qu’Henriette. Une affreuse blessure au bras, creusée par un engrenage d’imprimerie l’avait conduit, il y a

quatre mois, à Lariboisière, d’où un ennui profond le chassa bientôt chez ses pauvres parents. Aujourd’hui, son

bras est cicatrisé, mais la masse de sang se décompose par l’effet de la peur et une jambe affreusement enflée

127


dévore, par une suppuration continuelle, toute la substance de l’enfant. “Nul de mes malades n’a une fièvre

pareille”, disait, il y a quatorze jours, le médecin.

A ce récit, je me hâtai, j’achevai rapidement la préparation commencée et, en sortant de chez

Henriette, N. S. entra chez Louis. Plus naïvement encore et plus amoureusement qu’Henriette, j’entendis Louis

me dire et me répéter: “Comme je suis content de recevoir le bon Dieu!” Quand je revins le dimanche soir: “ Si

vous saviez, me dit sa mère, comme Louis m’a dit qu’il était content; que c’était beau; qu’il voudrait bien

recommencer. --- “Volontiers, cher enfant”; un peu plus tard: “Qu’avez-vous devant votre lit? --- Le portrait de

ma première communion”. Louis, attaché dès onze ans à la conduite de la fatale machine, n’avait été que

quelques mois à l’école des bons Frères de la rue St-Bernard.

Cependant, le matin à son départ pour l’ouvrage, et le soir, à son retour, il trouvait toujours moyen de

passer devant Ste-Marguerite et d’y faire sa petite prière. Si, attardé, il trouvait l’église fermée, il pleurait

jusqu’à la maison. C’est ce que me racontait, ces jours-ci, son frère aîné. Lundi dernier, les 10 jours accomplis,

il a renouvelé sa Première Communion. Mais il va bien mal. Je vais peut-être le trouver mort tout à l’heure.

Priez pour lui et pour Henriette.

l’Abbé Planchat, prêtre,

Si vous pouviez faire copier ce griffonnage et l’envoyer de ma part à M. Abel, Directeur du patronage

S. Jean, passage Landrieu, au Gros-Caillou, pour le remettre après l’avoir lu, s’il veut, à M. l’Abbé Chanteaud,

son aumônier, rédacteur des annales de la Première Communion.

196 - à une bienfaitrice

Difficile de faire la procession du T. SS. Sacrement, à cause des frais. -- Déjà je ne puis payer le pain que la

Communauté mange ici 4 jours/semaine. -- Pourriez-vous m’aider un peu; je prierai à toutes vos intentions.

Madame,

Vaugirard, 31 ème jour du mois de Marie 1864

Je me rappelle avec une profonde édification ces paroles d’un billet que vous m’envoyiez, avec une

aumône pour Arras où j’allais en mission d’orphelins, vers la fin du mois de Marie 1863: “Je ne puis vous

refuser ce que vous me demandez au nom de la T. S. Vierge”. Aujourd’hui, c’est un hommage plus direct encore

à N. S. que je viens vous demander comme couronnement du mois de Marie.

Le cœur bien gros, sans doute, mais enfin pour ne pas tenter la Providence, j’avais renoncé pour cette

première année à Ste-Anne à la Procession si touchante du T. S. Sacrement, qui se fait généralement dans nos

maisons de patronage. Impossible en effet de me procurer sans une dépense au--dessus de nos forces, le dais le

plus modeste.

Mon excellent confrère du Patronage St-Charles, 12, rue de Bossuet, (où je prêchai, vous le savez, la

retraite pascale de 1863) vint ces jours-ci m’offrir son dais et sa troupe angélique. Je résolus alors de

m’abandonner à Dieu pour le reste de la dépense. Votre nom m’était venu à l’esprit. Ce n’est pas que je prétende

que vous puissiez me procurer absolument toute la somme. N. S. est l’hôte quotidien de votre âme; à lui seul de

vous inspirer ce qu’il lui plaira. Je dois seulement vous le dire en toute simplicité: j’en étais, il y a huit jours,

duit à devoir près de deux cents francs pour le pain que le bon frère Directeur du patronage Ste-Anne et moi,

l’aumônier de ce patronage, mangeons pendant les quatre journées de notre séjour hebdomadaire à Ste-Anne.

Un suprême effort fait auprès de Mgr Buquet et de quelques autres amis, les derniers peut-être que je n’eusse

pas épuisés, m’a remis juste au pair. Où trouverai-je les 50 à 60f. minimum de la dépense à faire pour le

luminaire et pour les reposoirs de dimanche? Déjà je dois 10f. de cire pour la petite adoration de dimanche

dernier.

Enfants, public presque insignifiant, qui se compose de leurs pauvres parents, tous ont fait plus que

force en m’aidant à installer pour le mois de Marie, dans notre chapelle, une statue convenable de Marie et en

l’entretenant de lumière et de fleurs.

Nous avons prié de notre mieux pour nos bienfaiteurs pendant le mois de Marie et aux fêtes de la

Pentecôte. Si j’ai dimanche le bonheur de tenir 3/4 d’heure N. S. entre mes mains pour notre procession, je lui

recommanderai mille et mille fois, et le cher petit Léonce et votre vénérable défunte et surtout les deux

conversions que vous m’avez vous-même recommandées tant de fois.

128


Chaque dimanche du mois de Marie, nous avons eu de 50 à 55 communions, un peu plus à

l’Ascension, 140 le jour et le lundi de la Pentecôte. A la Pentecôte 8 Premières Communions de pauvres

apprentis ou jeunes gens de fabrique et 3 de malades.

Ce n’est rien en face des milliers de personnes qui grandissent dans nos quartiers, sans faire de

première communion.

Toujours nous faut-il beaucoup remercier N. S. Vous m’aiderez, Madame, à le faire.

Votre très reconnaissant serviteur,

à partir du samedi à midi: 6, rue des Bois, à Charonne.

197- à une bienfaitrice

L’abbé Planchat

chemin du Moulin à Vaugirard

Asile Keller des Jeunes-Ouvrières: cf. Lettre du 27 mai 1864 sur cette maison de la rue Keller. Le récit de la

Communion des enfants malades -- le“petit Louis est mort”. -- Cf. lettre du 27 mai 1864 -- Chanteaud, abbé: cf.

lettre 195 -- l’Abbaye-aux-Bois: cf. lettres du 26 février et du 2 mai 1864 -- M. Louis Lantiez S.V.

Charonne, 16 ème jour du mois du Sacré-Cœur 1864

Ci-inclus 15 francs sur 20 pour souscriptions recueillies à l’Abbaye-aux-Bois en faveur de votre asile

Keller des Jeunes Ouvrières. Ma pénurie est telle en ces jours où j’expédie maman en province pour sa santé,

que j’ai dû vous emprunter les autres 5 francs.

Vous ferez bien d’aller en mon nom voir Mme la Supérieure de l’Abbaye-aux-Bois, la remercier et lui

parler de votre Faubourg et son asile. M. Charles confesse le pensionnat et vous appuiera. Je vous ai, moi,

ouvert l’entrée, c’est tout ce que je puis faire; à vous de suivre doucement la chose.

M. Chanteaud (l’abbé) n’avait pas encore reçu lundi dernier la feuille contenant les deux récits de

Première Communion d’enfants malades, que je vous avais prié de lui retourner. Vous voudrez bien ajouter que

le petit Louis est mort comme un saint, après avoir pieusement renouvelé sa Première Communion en me

réclamant. J’étais hélas! à Vaugirard.

l’abbé Planchat, prêtre

M. l’abbé Chanteaud, directeur des Annales de la Première Communion, à la sacristie de l’église

Saint-Séverin, Paris.

M. Lantiez vous portera la réponse dernière de M. le Curé de Sainte-Marguerite.

198 - au notaire Alfred Molleveaux

L’intervention d’un cousin, probablement le notaire MOLLEVAUX, époux de la cousine Claire Garanger, pour

convaincre Mme Planchat d’un changement; voir lettre du 1 er novembre 1864. — le début de la lettre manque.

juin 1864

... puissiez-vous aller ensemble, rue des Anglaises. Je vous serais obligé de me répondre le plus tôt

possible.

Le temps nous presse, en effet, puisque la personne de confiance vous a prévenue de son départ pour

le 28 courant.

Je n’ai pas besoin de vous dire, mon cher cousin, qu’en ceci il n’y a pas l’ombre d’un mensonge. C’est

une de ces ruses toutes légitimes pour faire prendre à un malade un remède nécessaire.

C’est de concert avec mon oncle, l’ancien notaire, et avec toute la famille que j’agis. Seulement je

recours à vous, parce que Maman n’a pas la moindre défiance de vous et que vous êtes de tous, au sortir de nos

tristes discussions d’affaires, celui pour qui elle conserve le plus d’affection.

Nous vous serons, Maria, Eugène, la Sœur de Constantinople, tous les autres parents et moi,

reconnaissants de votre démarche comme d’un grand service.

129


199 - à M. Cauroy

Mes respectueuses amitiés à ma bonne cousine.

Votre cousin affectionné...

l’abbé Planchat, prêtre

GAUFFRIAU Jean: profès le 26 octobre 1860 -- BRICE, Alfred: profès à la même date. -- GUILLOT, Henri:

profès le 3 octobre 1856. -- Un prêtre d’Alsace vient d’arriver à Vaugirard: l’Abbé Augustin BALTENWECK

(il arrive en juin 1864 et quittera en 1867). -- Vous avez la vocation! -- donnez-moi votre règlement particulier -

- votre protectrice paiera encore pour un semestre.

Mon cher petit Joseph,

Charonne, 2 juillet 1864

(Visitation de la T. S.Vierge)

Dieu me garde de vous oublier. Chaque jour je pense à vous à l’autel; j’y ai pensé plus

particulièrement depuis votre départ. Mais je veux vous donner une preuve extérieure de ce souvenir. Parmi

divers livres donnés aujourd’hui au patronage, j’ai trouvé celui que vous recevrez par le même courrier que cette

lettre. Peut-être vous ne faites pas la méditation avec la communauté; ce petit livre, excellent d’ailleurs et se

rapportant à peu près à l’époque présente de l’année, vous aiderait en ce cas à varier vos sujets.

Avec ce petit memento d’amitié, deux petits conseils, cher ami. Vous m’apprendrez bientôt, n’est-ce

pas, quel est votre règlement particulier à Metz. On y a inséré, je suppose, quelques services à rendre à la

maison. Oh! cher enfant, trouvez-vous heureux d’avoir une toute petite occasion de travailler pour l’intérêt

commun. Tout aussi sérieusement que votre bon camarade, Charles Lenoir, je vous crois, mon bon Joseph,

appelé à vivre parmi nous, à vous immoler avec nous au bien des orphelins, vos petits frères et des pauvres

ouvriers. Eh bien! la marque certaine de cette vocation sera votre cordiale affection pour vos maîtres, pour tous

leurs intérêts et pour toutes leurs œuvres. La communauté de S. Vincent, cher ami, c’est votre pays, votre

famille, dans les miséricordieux desseins de notre Père des Cieux.

En second lieu, je vous engage à vous mettre dès l’abord, bien à votre aise avec votre confesseur.

Vous avez eu déjà quelques tristesses, vous en aurez encore, cher ami. C’est la croix de votre âge, et chaque état,

chaque phase de notre carrière, doit avoir sa croix. Tout cela n’est rien pour une âme qui s’épanche volontiers

dans le cœur de son père spirituel. Dieu lui a donné la tendresse nécessaire pour remplacer tous les amis.

Pendant que je vous écris ces dernières lignes, Charles doit aborder à la gare de Paris. Il a trouvé longs

et ennuyeux ses quinze jours de vacances. Il sent, nous a-t-il écrit deux fois, malgré tout son bonheur de voir son

père, son vieux père, qu’il n’est à sa place, lui, qu’à Vaugirard.

Adieu, mon cher Joseph, à bientôt votre réponse, où vous me direz:

1° votre règlement à Metz;

2° Votre travail d’acclimatation;

3° L’état de votre âme.

MM. Gauffriau, Brice et Guillot joindront, je l’espère, chacun dix lignes pour moi, à votre lettre.

Quant à M. l’abbé Risse, votre bon Supérieur, ce sont des lettres entières qu’il m’écrit; je lui en suis bien

reconnaissant. Nous avons à Vaugirard un nouveau prêtre, bon curé d’Alsace; priez tous à Metz que ce secours

arrivé à l’orphelinat, hâte notre installation à Ste-Anne.

Votre bonne protectrice est heureuse de vous savoir parti joyeux pour Metz. Elle a payé votre voyage

et le semestre de votre pension du 15 juin au 15 janvier 1865. M. Risse n’aura qu’à s’entendre avec M. Emile

[Beauvais, s.v.] pour le toucher; Mme Corcelet compte que vous allez travailler avec ardeur pour vous retrouver,

dans un an au plus tard, à Chaville [Petit Noviciat].

Je vous embrasse de cœur.

200 - à M. Cauroy

130

Votre père et ami dans les Sacrés Cœurs,

l’abbé Planchat, prêtre


Séjour à Vaugirard et à Charonne.-- Départ pour Metz. -- Courage pour corriger votre caractère. -- Ouverture à

votre directeur.

Mon bon petit Joseph,

Vaugirard, 15 juillet 1864

(St Henri)

6 ème jour de la neuvaine de S. Vincent

Le Bon Dieu, j’en suis sûr, vous a déjà ôté de l’esprit cette sotte idée que, pour avoir passé avec moi

trois jours à Charonne, au sortir de Vaugirard, vous éprouveriez répugnance et honte à rentrer à Vaugirard. Moi,

je suis certain que, si vous y étiez rentré, comme Charles au bout de quinze jours, vous vous y trouveriez aussi à

l’aise que lui. Vous n’y seriez pas en effet moins bien accueilli par vos camarades. Continuez à bien aimer votre

excellent Supérieur et confesseur, M. l’abbé Risse, M. l’abbé Jean, votre si aimable professeur et le bon M.

Guillot. Rappelez-vous bien la ferme résolution que vous avez prise avant votre départ pour Metz, de retenir

coûte que coûte toute expression d’indocilité ou de mauvaise humeur dans vos rapports avec vos bons maîtres;

et si, par malheur, vous vous étiez échappé de ce côté, de faire de vous-même, et autant que possible de suite, de

franches et humbles excuses.

Je vois avec plaisir que vous êtes chargé le dimanche du contrôle; vous vous en acquittez, j’en suis

sûr, avec zèle.

Surtout, cher ami, ouvrez-vous à votre bon directeur, simplement, entièrement, comme vous le faisiez

à moi. Cette ouverture est une condition nécessaire avant tout pour attirer sur vous les bénédictions du Bon

Dieu, ensuite pour prévenir, pour empêcher du moins de s’aggraver, toutes vos petites tristesses.

Auriez-vous par distraction, emporté à Metz la chemise prêtée à Ste-Anne, que vous deviez déposer à

St-Charles ?

Adieu, cher ami; priez un peu pour moi (j’en ai un besoin particulier en ce moment), à l’occasion de

la Saint-Henri. Je ne vous oublierai pas le jour de la Saint-Vincent, notre patron et père à tous.

Surtout faites exactement autant de communions qu’à Vaugirard et ne négligez pas l’extra des petites

fêtes.

201 - à Mgr l’Evêque de Versailles

Tout à vous,

l’Abbé Planchat, prêtre

Réaction à la réponse de l’Evêque; cf. lettre de mars 1864 et nouvelle permission à venir; -- retraite pour les

petits Italiens...

Monseigneur,

Charonne, 6 août 1864

fête de la Transfiguration

L’insigne honneur que vous nous avez fait à Pâques en écrivant de votre propre main la formule la

plus large de concession comme réponse à ma demande pour le patronage du Faubourg St-Antoine; cette

attention si délicate nous prouve une bienveillance à laquelle vous me permettrez de recourir encore:

Le dimanche après l’Assomption est le jour de notre troisième et dernière promenade de l’année.

Villeneuve--St-Georges est notre but. Selon toute apparence, quelqu’autre localité de votre diocèse, sinon la

même le sera les autres années à pareille époque. Nous aurions besoin, vu la circonstance du dimanche où notre

chapelle ne peut manquer de ses messes habituelles, ni surtout nos 400 apprentis ou jeunes ouvriers de leur

messe de communion:

1° de la permission pour moi de biner à l’arrivée dans une église de votre diocèse, le dimanche de

notre promenade dite “de l’Assomption”.

2° pour le même jour, d’une permission de Salut à nous spécial, que cette bénédiction soit donnée

après la messe de la promenade, ou dans le cours de l’après-midi.

Agréez une fois de plus, Monseigneur, l’expression de notre profonde gratitude pour vos paternelles

bontés, pour votre paternelle bénédiction, qui nous a porté bonheur, vous le voyez, par l’augmentation de notre

nombre.

131


J’ose la solliciter de nouveau, cette précieuse bénédiction, en particulier pour notre petite retraite des

Enfants de Marie, pour notre Communion générale et pour nos premières Communions de pauvres petits

Italiens à l’occasion de l’Assomption.

202 - à M. Cauroy

De votre Grandeur, Monseigneur, le très humble serviteur,

l’Abbé Planchat, prêtre

de la Communauté de M. Le Prevost,

aumônier du Patronage du Faubourg St-Antoine

L’abbé Jean Gauffriau a eu une nouvelle obédience -- s’habituer en communauté aux changements de

confesseurs, etc. -- soyez docile -- préparez votre vocation sacerdotale.

Mon bon petit Joseph,

Chaville, 31 août 1864

Depuis le départ de ce bon M. Jean, je me demande souvent comment vous avez supporté cette

privation momentanée. Déjà vous vous étiez attaché à ce bon et aimable prêtre, chose bien naturelle. Le bon

Dieu vous veut à lui, et voilà pourquoi il vous habitue de bonne heure à ne vous pas trop attacher à telle ou à

telle personne bienveillante pour vous, comme votre bon petit cœur vous y porterait. Du reste votre foi est là

pour vous commander confiance aussi bien que respect envers tous vos Supérieurs, et en particulier envers ceux

qui, comme le vénérable M. Risse, sont plus positivement chargés de vous. Vous avez, j’en suis sûr, à l’heure

qu’il est, ouvert votre âme toute entière à ce saint prêtre, dont le cœur est si tendre et la direction si forte et si

sage pour redresser doucement et fermement les défauts de ses enfants spirituels.

Vous aurez pleinement aussi surmonté cette tendance à ne pas toujours recevoir assez docilement les

ordres, assez humblement les avis de l’excellent M. H. Guillot. Retenez-le, cher ami, la marque décisive à

laquelle on reconnaîtra si définitivement vous avez la vocation pour le sacerdoce, c’est l’empire que vous

acquerrez petit à petit sur votre caractère un peu rude, sur votre tête un peu difficile à plier.

Selon moi, si vous devenez prêtre, vous le devez être dans notre communauté. Dieu ne m’a jamais

donné d’autre pensée. Dès lors l’obéissance est la condition première de votre avancement. Me tromperais-je sur

cette circonstance et Dieu vous voudrait-il prêtre séculier, il ne vous appellerait encore à ce sacerdoce ordinaire,

qu’autant que, par votre fidèle correspondance à la grâce, vous parviendriez à dompter votre tête.

Adieu, mon petit Joseph, je prie pour vous, priez pour ma pauvre mère et pour moi.

Je vous embrasse et vous bénis.

l’abbé Planchat

Charles [Lenoir] va très bien de toutes façons; il vous embrasse et avec lui tous les persévérants, ceux

de Vaugirard; ceux de Chaville surtout, qui vous attendent, se rappelent à votre fraternel souvenir et prient pour

vous.

203 - à la Société St Régis

Un mariage entre personnes qui ne cohabitent pas -- un mariage secret et une complication pour l’enfant à

légitimer.

Charonne, 24 septembre 1864

Prière d’inscrire définitivement et de presser le mariage CUNEO et CABONA, séparés et jeunes.

Tâchons d’encourager une conduite honorable et de prévenir le mal.

l‘Abbé Planchat ,prêtre

132


Seriez-vous assez bon pour me résoudre une difficulté ? Dans un mariage qui doit se faire secrètement

pour des raisons graves, il y a à légitimer un enfant, encore aujourd’hui aux Enfants Trouvés.

Or en déclarant cet enfant, la future a dit que son père s’appelait Ferdinand, et il s’appelle Léonard,

nom que porte son acte de naissance à elle. Pourrait-on, par une [...] quelconque, obtenir que le Maire passât

outre, malgré ce désaccord?

Il est certain que les lenteurs exigées par un jugement de rectification feraient manquer le mariage. Le

futur dit lui-même: “Faites vite, autrement je vais retomber dans mon vieil entêtement de ne pas me marier”.

204 - au P. Le Prevost

1, Chemin du Moulin à Vaugirard

Ce Chemin du Moulin est devenu aujourd’hui la rue de Dantzig. -- Permission de ne pas assister au Conseil

Supérieur pour raisons sérieuses - l’Abbé Henri demeure disponible à venir sans regret.

Godard n’aura été que postulant; -- Marty, Victor, entré le 14 août 1862 -- profession le 23 avril 1864 - sortie en

octobre 1864. -- Tourniquet, Jean-Marie: entré le 16 octobre 1854 - profession le 17 octobre 1855 -- directeur du

Patro S. Charles et ensuite du Cercle militaire de Rome - il décède le 7 juillet 1871.

Mon bon Père,

Paris, 27 septembre 1864

6.00 heures

fête du Trépas de S. Vincent

Comme je vous l’avais fait dire par le frère Godard, j’ai examiné devant Dieu les raisons qu’il pouvait

y avoir pour moi de ne pas quitter S. Charles avant la retraite achevée:

1° - Nos jeunes gens et enfants vont bien, mais grâce à un petit ordre de mouvements et de choses,

soigneusement surveillé par moi. Je crains que M. Marty, occupé à confesser, ne le connaissant que par ouï-dire

de M. Jean Marie, ne le maintienne pas assez et que la dissipation ne survienne pendant cette dernière et si

importante après-midi,

2° - mercredi soir aura lieu le baptême d’un jeune Genevois de 22 ans. Les confessions permettrontelles

à M. Marty de préparer ce baptême et de le faire?

3° - Le patron de ce jeune homme, son second père, qui l’a amené de Genève, fait un vrai sacrifice, au

moment d’une presse, en nous le donnant à partir d’aujourd’hui à onze heures pour achever de le préparer au

baptême et à la Première Communion. Il faudra que je lui fasse retrouver, en le prenant à part et surtout demain,

pendant la récréation de midi, le temps perdu; c’est à cela que j’ai pensé, en arrangeant hier, dans ma visite à

Clignancourt, cette retraite abrégée.

Voilà mes raisons pour ne figurer au Conseil que comme lorsque j’étais en mission à Arras, par une

note écrite.

Si vous en jugez autrement, je m’absenterai sans regret. Vous aurez, en ce cas, la bonté de m’écrire

ces deux mots: “on vous attend au Conseil (à Vaugirard, je suppose) à 2h.”

Votre enfant en N. S.

l’Abbé Planchat, prêtre

Priez pour la petite retraite et pour les parents de nos enfants (il serait encore possible que quelquesuns

de ces parents me vinssent trouver mercredi après-midi, pour se confesser).

Priez le bon saint Vincent. Nous avons eu ce matin sa messe votive; ses reliques demeurent exposées

tout le jour dans la chapelle S. Charles.

205 - à M. Cauroy

Maison des Jeunes ouvriers de l’Enfant-Jésus -- Metz

Rappel des interventions de la grâce dans la vérification de sa vocation.-- Edouard a dû prendre le nom de

Joseph: sa protectrice, Mme Corcelet, met cette condition à son aide financière.

Vaugirard, 11 octobre 1864

133


Mon bon petit Joseph

(11 ème jour du mois des Saints Anges)

Je viens de faire à votre intention une visite à la Salette et une autre à Saint Joseph, demandant à la

bonne Mère et à votre tout-puissant protecteur qu’ils voulussent bien empêcher le mauvais effet de ma

négligence à vous répondre et m’inspirer ce que je vous devais dire.

Je me sens porté, cher ami, à vous rappeler ce grand principe de foi, qui est aussi un axiome de bon

sens: il ne faut pas se gouverner par des impressions de goût ou de dégoût, mais par le souvenir de ce que Dieu

a fait pour nous et par le conseil de ceux que Dieu a placés au-dessus de nous.

Or, mon cher enfant, reportez-vous à l’époque de votre Première Communion. Qui vous suggéra pour

lors cette pensée de vous consacrer à Dieu pour le servir à l’autel ? Ce n’est pas moi certainement. Vous me

confiâtes cette pensée; je vous donnai six mois pour la mûrir. Les six mois écoulés, cette pensée était en vous

plus forte que jamais. Naturellement je dus attribuer ce développement du germe déposé dans votre cœur à

l’action de N. S. lui-même, vivant en vous par les nombreuses et pieuses communions que vous aviez faites pour

obtenir lumière et grâce. Je me rappelais cette réponse que vous m’aviez faite d’abord, quand je vous demandai

pourquoi vous désiriez être prêtre: “pour recevoir chaque jour N. Seigneur”. Intention toute pieuse et toute pure.

Des obstacles de plus d’un genre s’opposaient à l’exécution du plan que je concevais pour préparer de

loin la réalisation de vos saints désirs. Les Supérieurs de Vaugirard étaient peu disposés à tenter un nouvel essai

pour un enfant venant d’Arras. Les ressources manquaient absolument. Nous touchions au mois de saint Joseph.

Vous vous consacrâtes à ce grand Saint; vous lui demandâtes avec moi, comme signe de son adoption propre à

fléchir par son évidence les Supérieurs de Vaugirard, que les ressources arrivassent quand elles ne pouvaient

venir que de Paris, où à peine conservais-je quelques relations, et encore par correspondance.

Et voilà qu’une duchesse, à laquelle je vous recommandais au nom de son unique fils, se déclare

impuissante à me donner le secours demandé. C’est une dame, mère adoptive déjà d’une foule d’autres enfants,

une dame à laquelle à peine osais-je demander 20 francs, qui vous adopte, sans vous connaître ni vous avoir

jamais vu, à la seule condition que vous prendrez le nom de Joseph.

Souvenez-vous de ces bienfaits de Dieu et demandez-vous si le bon saint Joseph a fait tout cela pour

vous abandonner; si vous deviez vous défier jamais de son secours dans vos difficultés et dans vos peines.

Evidemment ce serait vous qui manqueriez à l’invoquer, qui repousseriez sa main secourable, si vous veniez un

jour à défaillir. Rappelez-vous-le bien encore; si votre bonne protectrice fit pour vous ce sacrifice, c’était en vue

de la direction, que vous alliez prendre vers les bonnes œuvres dans notre Communauté. Je vous l’avais du reste

dit d’abord, si c’est dans un Petit Séminaire que vous voulez entrer, si vous répugnez à Vaugirard, déclarez-le

moi.

Voilà donc le passé; méditez-le bien.

Second principe à ne pas perdre de vue: Dans les dégoûts et perplexités, c’est aux directeurs qu’il

nous a donnés que Dieu accorde grâce et mission pour nous consoler et pour nous dicter une décision. Sans

doute il faut, avant tout, franche et complète ouverture avec eux. Peut-être en avez-vous manqué jusqu’ici avec

M. l’abbé Risse. Vous nous parlez, ce me semble, à cœur ouvert, en ce moment, à M. Faÿ et à moi.

Or que vous répond M. Faÿ?: “Vous vous découragez trop vite”. C’est aussi ce que je me sens porté à

vous répondre. Demeurez donc en paix et reprenez vigueur. Vous trouverez grande différence entre le milieu de

Metz et celui de Vaugirard. Il faut bien, mon ami, pour savoir ce que vous ferez en renonçant au monde, que

vous y ayez un peu vécu. Metz vaudra pour vous ce qu’a valu pour Charles l’atelier. Par exemple, vous relâcher

-- dans cet état de sécheresse intérieure et de lutte extérieure -- de la prière et des sacrements, ce serait une

souveraine imprudence, le moyen de manquer à une vocation que Dieu vous a, je le crois, moi, donnée , et si je

me trompais, d’entrer dans le monde où alors Dieu vous voudrait, tout désarmé pour de violents combats.

Je vous ai laissé deux conseils avant de vous quitter à Charonne:

1° envers Dieu: fidélité à votre règlement de Vaugirard pour la confession hebdomadaire et pour la

communion semi-quotidienne;

2° envers vos maîtres: docilité respectueuse, quoi qu’il vous en coûte! vous pourrez avec votre naturel

brusque et peu façonné dans l’enfance, vous oublier un premier moment; revenez vite, cordialement et sans

arrière-pensée de dédommagement par la cabale. On me dit que vos saillies deviennent rares. Prenez garde aux

avances de quelques jeunes gens qui chercheraient appui contre une ferme conduite.

Et puis, répondez-moi au plus tard après la Toussaint que vous m’avez compris et m’avez écouté.

Votre père en Notre Seigneur,

l’abbé Planchat, prêtre

Charles et les latinistes de Chaville pensent à vous, prient pour vous et vous embrassent; notre Supérieur vous

bénit.

134


206 - à sa mère

La rue Neuve--Ste-Geneviève devient rue Tournefort. - Un logement vous attend chez les Bénédictines.

Charonne, 1 er novembre 1864

La Toussaint

Chère et bonne Mère,

Sans perdre de temps, je vous annonce avec bonheur qu’il se trouve libre chez les dames

Bénédictines, rue Tournefort, 16, (ainsi est changé le nom de la rue Neuve Ste-Geneviève) un appartement

convenable, et que Mme la Prieure est heureuse de recevoir la sœur de la vénérable Mme Laforêt.

Seulement l’appartement ne sera complètement libre que lundi prochain. Les meubles ne peuvent

donc y être portés que ce jour. Peut-être feriez-vous bien de ne vous y installer que mercredi 9 courant. C’est du

reste le jour de notre bon saint Joseph qui commença de vous rendre la vie.

207 - à sa mère

Votre fils soumis, qui vous embrasse tendrement,...

l’abbé Planchat

Un déménagement de Châlons avec moi? ou avec le cousin Alfred Molleveaux? -- une visite chez les parents à

Avize et à Pierry (lesquels?) -- suite: à la lettre du 15 novembre 1864.

Chère et bonne Mère,

Vaugirard, 4 novembre 1864

S. Charles

Soyez sans inquiétude pour votre déménagement, arrêté dans ses moindres détails dès hier, aux

dépens de mes malades, même les plus pressés. Nous avons pris, Maria et moi, les précautions convenables pour

l’argenterie et pour les papiers. Une personne sûre prépare les paquets et ne quittera pas d’une minute les

déménageurs. Je serai là moi-même pour donner le coup d’œil du maître lundi prochain, jour de l’enlèvement.

Maintenant, chère et bonne Mère, laissez-moi vous faire une demande. J’étais bien triste quand je ne

pouvais pas même recevoir une lettre de vous. J’éprouvais le besoin de me dédommager en vous embrassant

vingt-quatre heures plus tôt. Si vous me permettez de venir vous prendre à Châlons et de vous conduire moimême

chez ces dames Bénédictines, où je tâcherai que, même pour ce trop court passage du dépôt de vos

malles, vous ne soyez pas trop mal installée?

Peut-être vous préféreriez que notre cousin Mollevaux fasse ce petit voyage et jette lui-même un coup

d’oeil sur votre nouvel intérieur. En ce cas, vous n’avez qu’à lui écrire. Peut-être, il est vrai, cela le dérangeraitil

plus que moi, à qui certes un petit voyage ne peut pas faire de mal. Je partirais mardi, de grand matin, ou

même lundi soir, en sortant de ranger provisoirement votre appartement. Nous pourrions, si vous le vouliez,

aller faire ensemble une visite à nos parents d’Avize et de Pierry.

Adieu, chère et bonne Mère; je vous embrasse de cœur, tout ému de la pensée de vous embrasser

bientôt en effet et de passer peut-être deux bons jours pleins avec vous.

Votre fils...

l’abbé Planchat, prêtre

J’attends votre réponse pour prendre mes petites dispositions en vue d’une petite absence.

208 - à la Société St Régis

Cf. lettre du 24 septembre 1864.

Charonne, 8 novembre 1864

135


N’ayant pas de réponse à la lettre que je vous ai récemment écrite au sujet du mariage CONIO

[CUNEO] et CABONA -- 45756 -- je prends la liberté d’envoyer les susdits à S. Régis.

Je le dois faire d’autant plus que Conio, maçon, doit profiter d’un dimanche libre pour presser son

affaire. Il pense à partir pour Londres. Ne le négligez pas.

Ecrivez-moi où en est le mariage.

l’Abbé Planchat, prêtre

209 - à la Société St Régis

Belleville: quartier de Paris. -- texte russe et latin d’un acte de naissance et (ou) de baptême.

Charonne, 12 novembre 1864

La Mairie du 20 ème est intriguée par cette page en russe au bas de laquelle se lit l’acte latin du

baptême de Marie CASAGRANDE.

De deux choses l’une: ou on distingue en Russie acte de naissance et acte de baptême, ou on ne

distingue pas. Si on distingue, pourquoi ne réclamez-vous pas [de la] Mairie de Belleville l’acte de naissance de

Rose? Si on n’exige pour le civil que l’acte de baptême, vous avez celui des deux enfants, et qu’importe le

grimoire russe?

Avant de faire à Belleville ces réflexions qui pourraient mettre en défiance contre la valeur civile de

l’acte de baptême de Rose, j’ai voulu vous consulter.

S’il fallait faire traduire la page russe, vous iriez vite, n’est-ce pas, puisque les publications

commencent demain à la mairie et à l’église.

Rendez-vous est donné à Belleville le 23 pour fixer le mariage.

210 - à sa mère

l’Abbé Planchat, prêtre

Cf. lettre du 4 novembre 1864; l’abbé Planchat est allé au déménagement. -- Mme Planchat se trouve bien à la

campagne, moins bien dans son nouveau logement: on verra.

Chère et bonne Mère,

Vaugirard, 15 novembre 1864

S. Eugène

J’apprends avec joie que vous vous trouvez bien à la campagne. Moi, je n’ai ressenti nulle fatigue de

mon voyage. Je ne supporte pas trop mal ce temps orageux et humide, bien mauvais pourtant pour les nerfs.

Maria m’écrit que vous trouvez triste et peu confortable votre petit appartement des Bénédictines. Il

m’avait bien fait aussi un peu cette impression; mais c’était incomparablement le plus convenable des deux

seuls vacants, et pour tout au monde je n’aurais pas voulu retarder d’un jour votre retour.

Quand vous reviendrez à Paris, nous verrons à faire pour le mieux, et quelles que soient mes

occupations à Vaugirard et à Charonne, je vous prêterai toute l’aide que vous désirerez.

Priez et faites prier pour mes 15 à 20 Premières Communions du 4 décembre. Grand travail pour

préparer l’esprit et l’âme de ces pauvres enfants et pour vêtir leur corps. Presque tous extrêmement pauvres, il

s’en faut qu’ils soient tous inscrits au bureau de bienfaisance.

Votre fils, bien tendrement...

l’abbé Planchat, prêtre

Je vous avais retourné, 16, rue Tournefort, une lettre d’Eugène et une de la Sœur de C. P.

[Constantinople] avant de connaître votre adresse. Ces lettres vous sont-elles parvenues ?

211 - au Curé de St Antoine des Quinze Vingts

Une permission demandée au curé.

136


M. le Curé,

Charonne, 17 novembre 1864

Voici un cas bien embarrassant. A vous de le décider.

Mme Veuve Sue, demeurant sur votre paroisse, avenue Daumesnil, Impasse Guillaumot, 3, s’était, sur

mon conseil, décidée à un grand sacrifice: à remettre à l’école, pour sa première Communion, son petit Louis,

travaillant depuis 8 ans. Elle avait compté sur l’affection des aînés pour leur petit frère. Ils ne pensent plus qu’à

s’amuser.

N’y aurait-il pas moyen d’aider un peu Mme Sue pour son loyer et pour la nourriture de Louis,

jusqu’à l’époque de la première Communion de S. Antoine, afin que cet enfant soit plus soigneusement préparé

et communie à sa paroisse?

Il a onze ans et demi; ou bien faut-il, contre nos règles qui fixent douze ans et demi, le préparer pour

la première Communion du Patronage?

212 - à M. Cauroy

Votre enfant en N. S.

Le Père jésuite confirme notre perception: vous avez une vocation ecclésiastique.

Mon bon Joseph,

l’abbé Planchat, prêtre

Vaugirard, 22 novembre 1864

(Ste Cécile)

Si j’avais mesuré l’empressement de ma réponse au plaisir que me faisait votre bonne et naïve

confidence, je vous aurais écrit poste pour poste.

Oui, mon cher enfant, c’est un trait de lumière, venu du ciel même, que cette exhortation si vive du

bon Père jésuite à des sentiments nobles et purs. Cette véhémente impulsion que le Père s’est senti inspiré de

vous donner, prouve que, du premier coup, il reconnaît en vous ce que nous avons constaté, -- vous suivant

depuis votre enfance -- une vocation ecclésiastique.

Y manquer, si en définitive elle est réelle, serait en effet mettre en danger votre salut. Or ce serait y

manquer, ce serait dévier de la route tracée par la Providence qui vous a pris au milieu des pauvres pour les

servir, que de s’arrêter à de basses pensées d’intérêt ou d’amour--propre susceptible. Dieu vous a fait voir clairement

le danger; il vous en préservera. Priez-le pour moi et pour M. Myionnet. -- Vous lui écrivez, je pense, pour

la Saint-Clément -- .

Mille choses à tous ces Messieurs de Metz.

Mon affectueux respect à MM. Risse et Gauffriau.

Votre père bien dévoué en N. S. ,

l’abbé Planchat, prêtre

Surtout soyez fidèle à vos résolutions de bien respecter tous vos maîtres et de ne manquer aucune de

vos communions. Notre Père Supérieur, sachant que je vous écris, me charge de vous dire qu’il vous embrasse

et vous bénit.

213 - à M. Decaux

M. Veilleux est Président local de la Conférence S. V. de P.-- Une demande d’aide spirituelle et financière. --

L’abbé Gœury, prêtre breton, aidera dans les Patronages, surtout à Charonne.

M. et cher Président,

Charonne, 26 novembre 1864

11 heures 1/2 du soir

137


Quelque tard qu’il soit, je ne puis remettre à lundi à vous envoyer un Memento pour la

recommandation aux prières du Conseil de Paris de la Première Communion du 4 et de la Confirmation du 11.

Vingt jeunes gens arrachés aux funestes conséquences de l’apprentissage prématuré commandé par la misère; ce

n’est rien assurément pour nos seize paroisses.

Pour moi, néanmoins, le fardeau de les nourrir quatre jours et de les habiller en grande partie est tel

que mes nuits s’y consument après mes jours. Ces enfants sont bien préparés par six mois, un an même,

d’assiduité sérieuse au patronage, d’instructions à leur petite portée, de confessions deux fois le mois au moins

par le saint abbé Gœury. Cependant, ne sachant lire presque aucun, ils ont encore bien besoin d’utiliser, pour

achever de s’instruire et de se pénétrer des vérités saintes, le temps de la retraite. Combien donc ne me sont pas

[sic] nécessaires ainsi qu’à eux les prières de nos bonnes et pieuses Conférences de Paris.

Je termine par une autre supplique toute personnelle à notre si généreux et si dévoué Président de Ste-

Anne.

Pour achever l’œuvre dignement commencée par sa prévoyante sollicitude, pour compléter le système

de chauffage de la maison Ste-Anne, nous avons dû dépenser ces jours-ci cent cinquante francs. Pour ne pas

augmenter d’autant nos dettes, il nous a fallu épuiser les bienfaiteurs qui l’an dernier nous avaient puissamment

aidés à passer un rude hiver. Après cet effort, tout dans l’intérêt de nos enfants, nous en sommes à nous

demander comment nous pourvoirons à Noël et au reste, d’ici au printemps. Notre excellent M. Veilleux, après

avoir contribué de sa bourse pour le calorifère enfin décent et économique de la chapelle, disait: “Vous avez tort

de ne pas écrire à M. Decaux; il prendrait ”sa part de cette dépense”. J’hésitais à vous transmettre cette parole de

celui que vous avez délégué pour veiller sur Ste-Anne. Après y avoir pensé devant Dieu, je me crois obligé en

conscience à vous redire cette phrase de notre bon président local.

214 - à une communauté de religieuses

Tout à vous...

Une malade à guérir et une famille à convertir. -- Des signes que je pourrai intervenir.

l’abbé Planchat, prêtre

fin novembre ou début décembre1864

Il m’en coûte de n’avoir pu, dès lundi recommander aux prières de vos Mères et de vos enfants une

pauvre malade que m’ont remise dimanche dernier les Sœurs de Charonne.

Cette malheureuse enfant a 13 ans et se meurt de la poitrine; elle n’a jamais rien appris; à peine a-telle

fréquenté quelques semaines une école du soir laïque. Pas de première communion, bien entendu, et toute

sorte d’obstacles à la préparation de ce grand devoir. La famille n’est mariée que civilement. La mère boit, selon

toute apparence. Le père, vieux soldat, pour couper court à tout, croyait-il, m’a fait cette profession de foi: “je

suis protestant et ma fille le veut être; donc ne lui parlez de rien!” Le pauvre homme n’est pas plus protestant

que sa femme. Seulement il espère pour supplément de son misérable gain de cloueur de chaussons en feutre,

des secours des protestants, qui ont une école tout à côté d’eux, école fréquentée, j’en ai la certitude morale par

les deux petits frères de la malade.

Toutefois on ne m’a pas fermé la porte, et comme on accepte du pain et de la viande -- m’a dit à haute

voix [pendant] son catéchisme un apprenti frais débarqué de la Manche, qui se trouve tombé dans ce bouge.

Dire que la malade écoute, ce serait beaucoup: mais du moins elle entend. Quand pourrai-je m’adresser à elle

mieux? cela dépend de vos prières; car elle paraît réellement en défiance et contrariée de me voir.

[Si] je dis que je suis sûr de conserver mes entrées, c’est parce que je me fie en la Providence; car le

jour même où la sœur m’a fait le présent précieux pour moi, je vous l’assure, de cette pauvre âme, j’étais sans

un sou. Voilà qu’une pauvre Italienne, malgré toutes mes réclamationss, m’a forcé d’accepter quinze francs pour

trois messes; “je suis traînante, m’a-t-elle répondu; pour le moment mon David, un petit facteur d’orgue à qui

j’ai fait faire la première communion à Pâques, me gagne mon pain. En mourant, je n’emporterai rien!”

Grâce à ce secours unique et inespéré, j’ai pu donner un bouillon à ma malade et à quelques autres, et

faire souper les enfants que je retenais le soir pour préparer leur première communion du 4 décembre, solennité

à Paris de l’Immaculée Conception de la Ste-Vierge.

Voilà plus de 15 apprentis ou jeunes ouvriers, la moitié au moins ayant 15 ans et plus, qu’il me faut

préparer de Vaugirard, à grand renfort de voitures pour me trouver le soir à Charonne, après la journée passée à

Vaugirard, qu’il me faudra nourrir quatre jours et habiller la plupart.

138


Grosse affaire que je recommande à vos prévisions charitables. Cette entreprise difficile à bien des

égards, j’en ai abandonné le succès à Marie Immaculée, votre généreuse Reine, comme elle est notre Mère. Ces

pauvres enfants prieront bien pour leurs bienfaiteurs, deux ne sont encore baptisés.

215 - à M. Cauroy

Ecrivez-moi une lettre chaque mois. -- La retraite aux persévérants.

Mon cher Edouard,

l’abbé Planchat, prêtre

Charonne, 15 décembre 1864

(octave de l’Immaculée Conception)

Il y a longtemps que vous ne m’avez écrit. Je voudrais, de vous, une petite lettre chaque mois.

Dites-moi comment vous avez passé cette belle octave de la T. S. Vierge. Insérez dans votre lettre un

billet pour Charles et demandez-lui le compte rendu de la belle retraite que M. Hello [Emile] a prêchée aux

persévérants réunis, de Chaville et de Vaugirard.

Travaillez de tout cœur pour l’amour de Jésus et de Marie conçue sans péché. Priez bien pour les

Noël de Charonne.

216 - à un Curé

M. le Curé,

l’abbé Planchat

7 janvier 1865

On me présente pour le catéchisme et pour la Première Communion du Patronage un nommé

MATTHIEU (Louis), demeurant 48, rue des Tourelles, âgé de 13 ans, et depuis un an en apprentissage.

J’attends pour l’admettre votre autorisation.

Votre bien reconnaissant confrère,...

l’abbé Planchat, prêtre

217 - à M. de Coulonges

Occupé à Chaville plusieurs jours pour remplacer l’abbé Faÿ, parti au chevet de son père à Melun -- M. Paul

Decaux: Président de la Société S. V. de Paul; M. de Coulonges, Président de l’œuvre de Ste-Anne.—

Difficultés entre la Société de S. V. de Paul et les Frères de S. V. de P. en général et à Ste-Anne en particulier; --

susceptibilités.

139


N. B.: cette réponse a été travaillée de concert avec M. Le Prevost; une partie écrite par M. Planchat a été

déconseillée par le Père Le Prevost et substituée.

Ci-dessous :brouillon de réponse proposé par le P. Planchat, suivi de la lettre définitive, dont l’in-

troduction et les derniers paragraphes sont de M. Le Prevost (en caractères italiques).

Monsieur et cher Confrère,

10 janvier1865

mardi dans l’octave de l’Epiphanie

M. Decaux, dans sa lettre du 7 janvier 1865, me reproche trois choses: l° Les variations de l'heure de

la messe de communion à Ste-Anne. 2° La fausse idée que deux avis donnés par moi à la chapelle ont pu faire

prendre aux enfants sur la position à Ste-Anne de M. De Coulonges, Président de l'Œuvre. 3° Les idées

contraires aux idées de M. Decaux que j'aurais exprimées sur le gouvernement et sur les traditions du patronage

dans une conversation intime avec M. De Coulonges.

Quant au peu de fixité de l'heure de la messe de communion, j’en ai moi-même senti l'inconvénient et

sans connaître l'observation de M. Decaux dont je n'avais pas encore reçu la lettre, j'ai repris dimanche dernier

l'heure réglementaire et annoncé qu'elle serait désormais rigoureuse.

Il est, toutefois, à propos d'expliquer les variations reprochées. Un grand nombre de confessions

surviennent au moment même de la messe. Les distances et les mauvais chemins expliquent assez que peu

d'enfants et de jeunes gens puissent venir le soir, où d'ailleurs les cours des écoles les retiennent souvent. Or le

lever matinal eut été bien héroïque le dimanche par les temps que nous venons de traverser.

2° Penser que j'aie voulu par des avis donnés à la chapelle amoindrir l'influence légitime de M. De

Coulonges sur les enfants, c'est se méprendre sur mes intentions. Sans précédent aucun à Ste-Anne, M. De

Coulonges y apparaît tout à coup comme Président; lui concilier, en le faisant connaître, la bienveillance et

l'affection des enfants, me paraissant un charitable office. J'ai présenté son arrivée comme un bienfait du ciel

dans une œuvre où un aide puissant nous était si nécessaire. Voilà le texte même de mes paroles, soit à

l'installation de M. De Coulonges, soit aux souhaits de bonne année, résumés comme la bienvenue dans une

prière au pied de l'autel. Pouvais-je en ces deux occasions ne point parler de M. Moutier? Il est de mon devoir de

cultiver dans le cœur des jeunes gens le sentiment de la reconnaissance. Leur dire qu'ils devaient prier pour M.

Moutier comme ayant été, comme étant l'âme de l'œuvre, c'était répéter les paroles mêmes de M. Baudon dans sa

réception du 31 décembre 1863: "Ste-Anne était morte; elle est ressuscitée”.

3° J'aurais exprimé dans une conversation intime avec M. De Coulonges des idées contraires aux avis

et anciens principes de gouvernement dans le patronage, et j'aurais, dans cet exposé laissé échapper des termes

peu obligeants pour M. Decaux. Averti le jour même, par une voie sûre, des inquiétudes et préoccupations de M.

Decaux, il était naturel que je cherchasse le reflet de sa pensée dans celle de M. De Coulonges. Me préoccuper

de la stabilité du bon ordre établi par M. Moutier à la grande joie de M. Decaux, qui avait vu, non sans quelque

reconnaissance, M. Moutier compromettre sa santé pour obtenir ce résultat, me préoccuper de cet avenir, ce

n'était pas envahir un domaine étranger ; car, M. l'abbé Gœury est là pour le dire, sans ordre et discipline

véritable dans un patronage, un aumônier sérieux y devient un meuble inutile.

M. de Coulonges aspire à des améliorations et à des réformes, je ne pouvais l'ignorer; or il m'était

permis avec ma vieille expérience de lui observer qu'il ne s'agissait point d'autre chose que de fortifier à Ste-

Anne l'organisation actuelle. Je ne puis convenir que Ste-Anne ou tout autre patronage soit un champ

d'application pour des théories d'économie politique; le mot de M. De Coulonges est textuel.

Cela posé, je ne pouvais mettre en question la présidence par M. De Coulonges du Conseil

hebdomadaire de Ste-Anne; mieux qu'un autre, je connais les réserves faites par notre Communauté pour les

deux maisons où son influence a incontestablement le plus de droit à être respectée. Je n’ignore pas que les dites

réserves ne s'étendent ni à St-Charles ni à Ste-Anne. J'ai exprimé quelque étonnement de ce que le manifeste lu

en assemblée générale avait été la seule réponse aux observations que notre Supérieur faisait au moment même

sur le point en litige. Je ne l'ai pas fait d'une manière plus vive que les Confrères de Nazareth et ceux de Ste-

Anne, communiquant leur impression à M. Maignen et à M. Moutier.

Tous avaient trouvé l° que le Conseil [...] avant les vacances, avait laissé la question entièrement

indécise. 2° que la discussion du conseil de rentrée avait été vraiment fâcheuse, à la faire regretter par l'immense

majorité des Confrères travaillant anciennement et activement dans les patronages dont la Communauté porte le

poids quotidien. En ce sens j'ai pu dire que le rapport me paraissait une sorte de coup d'état. Jamais je ne me

serais permis de qualifier de révolutionnaire M. le Président général du Patronage (Decaux).

l'abbé Planchat, prêtre

140

Monsieur de Coulonges,


J’ai été hors de Paris depuis plusieurs jours pour remplacer M. Faÿ, appelé en hâte à Melun, afin

d’assister son père au lit de mort; je n’ai pu conséquemment répondre immédiatement à la lettre que vous avez

bien voulu m’écrire relativement à celle que m’a lui-même adressée M. Decaux; je le fais ici, à mon premier

moment de loisir.

M. Decaux, dans sa lettre du 7 janvier 1865, me reproche trois choses:

1° les variations de l’heure de la messe de Communion à Ste-Anne.

2° la fausse idée que deux avis, donnés par moi à la chapelle, ont pu faire prendre aux enfants sur la

position à Ste-Anne de M. de Coulonges, Président de l’œuvre.

3° Les idées contraires aux idées de M. Decaux que j’aurais exprimées sur le gouvernement du

patronage, dans une conversation intime avec M. de Coulonges.

1° Quant au peu de fixité de l’heure de la messe de Communion, j’en ai moi-même senti

l’inconvénient, et sans connaître l’observation de M. Decaux, dont je n’avais pas encore reçu la lettre, j’ai repris

dimanche dernier l’heure réglementaire et annoncé qu’elle serait désormais rigoureuse. Il est toutefois à propos

d’expliquer les variations reprochées: un grand nombre de confessions surviennent au moment même de la

messe. Les distances et les mauvais chemins expliquent assez que peu d’enfants et de jeunes gens puissent venir

le soir, où d’ailleurs les cours des écoles les retiennent souvent. Or le lever matinal eût été bien héroïque le

dimanche par les temps que nous venons de traverser.

2° Penser que j’aie voulu, par des avis donnés à la chapelle, amoindrir l’influence légitime de M. de

Coulonges sur les enfants, c’est se méprendre sur mes intentions.

J’ai accepté franchement la juridiction telle que l’entend M. Decaux, puisqu’elle a été admise ainsi

pour Ste-Anne et St-Charles par le Supérieur de notre Communauté. J’ai cru en donner une preuve en invitant

les enfants, soit à notre arrivée, soit au Jour de l’An à remercier Dieu de l’aide puissant qu’il donnait à l’œuvre

en votre personne; il est vrai que j’ai ajouté quelques mots d’encouragement pour M. Moutiers, que les

changements subits survenus dans l’œuvre avaient un peu déconcerté, et que j’ai aussi parlé de l’influence

intérieure ou spirituelle qui me concernait; mais en cela rien d’agressif. Aurais-je involontairement mal énoncé

ma pensée? je le regretterais, je le répète, j’ai accepté simplement l’état actuel des choses et n’ai point entendu

y contredire.

3° Quant à ma conversation avec vous, touchant les mesures si imprévues arrêtées par M. Decaux,

j’ai pu les qualifier de révolution et de coup d’état, mais en réalité l’expression était vraie et je ne vois pas ce

qu’elle avait de blessant ou d’injurieux pour M. Decaux. On peut prendre une détermination rigoureuse,

imprévue, contristante dans sa forme, sans qu’elle comporte pourtant ni injustice ni malveillance; tel était le cas

et rien n’indiquait dans mes paroles que j’incriminasse le moins du monde la droiture des intentions.

Je pourrai remarquer, de mon côté, que la lettre à moi écrite par M. Decaux est dure et peu

charitable, mais je n’y insiste pas, ne voulant pas compliquer pour des susceptibilités personnelles le

regrettable dissentiment qui existe entre la Société et notre Communauté; je désire la paix si nécessaire au bien

que nous voulons faire; j’y concourrai de mon mieux en ce qui me concerne.

Voilà, Monsieur et cher confrère, mes sentiments; les vôtres paraissent aussi aspirer à la

conciliation. Je ne désespère pas que nous trouvions dans la charité réciproque le remède aux difficultés du

moment.

218 - à M. Cauroy

l’abbé Planchat, prêtre

CAUROY, Edouard sera religieux prêtre chez les F.S.V. -- Mme CORCELET: la bienfaitrice du jeune

CHARLES (Lenoir) et du jeune Cauroy; -- à quand le retour de ce dernier à Chaville?

Mon bon petit Joseph,

Charonne, 26 janvier 1865

(6 ème jour de la neuvaine de saint François de Sales [fêté alors le 29])

J’ai vu hier Mme Corcelet; elle ne se rappelait pas, au milieu de tant d’autres, la bonne lettre de

Nouvel An que vous avez dû lui écrire. Elle ne m’en a pas moins gracieusement remis, pour vous, comme pour

Charles, 5 francs que je vous envoie. Elle veut bien encore vous protéger pendant cette année 1865.

N’oubliez pas cher enfant, que voilà juste le mois écoulé depuis votre dernière lettre. J’en attends une

avec postille de M. l’abbé Risse, non moins consolante que la précédente.

141


Préparez-vous bien à la fête de saint François de Sales, l’un de nos patrons. Tâchez de dater d’un jour

de son octave une lettre pour l’abbé Faÿ, le pressant de vous indiquer quand vous pouvez espérer aller rejoindre,

à Chaville, vos excellents camarades qui vous attendent impatiemment.

Je vous envoye en étrennes un charmant petit livre respirant le parfum de notre bon saint François de

Sales. Je vous donne pour bouquet spirituel de 1865 cette parole si suave de notre saint; je ne la sais que quant

au sens: “On dit que les lièvres dans nos montagnes sont blancs à force de manger de la neige. Communiez souvent

et la céleste nourriture du corps et du sang de N. S. Jésus-Christ rendra votre âme toute blanche.” Je vous

souhaite donc, bien cher enfant, pour 1865, non seulement fidélité à vos communions, mais empressement à

saisir toutes les occasions d’en augmenter le nombre. D’ici à Pâques j’en aurai bien besoin d’une en plus par

semaine, par exemple le mercredi, à votre saint patron [Joseph], moitié pour Charonne, moitié pour mes 50

Premières Communions de Vaugirard. Ainsi a fait Charles, et cette augmentation de communions lui a donné tel

empire sur lui-même et telle paix qu’une joie profonde respire en toute sa physionomie. Votre bonne protectrice

à tous deux en a été frappée. Sans doute, il faut que vous fassiez effort sur votre caractère pour obtenir ce que je

vous propose. Mais je vous sais en bonne voie, et d’ailleurs c’est la communion même qui vous aidera.

Charles, le 8 décembre, a fait sa consécration à Marie Immaculée, comme persévérant de l’Immaculée

Conception. N’oubliez pas de vous donner de cœur à Marie, conçue sans péché, comme il s’est, lui, donné

extérieurement à elle.

Votre ami et père en N. S.,

l’abbé Planchat, prêtre

Mille choses affectueuses et assurance de prières à tous ces Messieurs [les religieux S. V.], surtout au

si bon et si dévoué M. Guillot.

Je demande qu’on prie pour ma mère toujours bien tristement malade.

219 - à M. Cauroy

Peur des études de grec? -- écrivez-moi un mot.

Mon bon petit Joseph,

Vaugirard, 7 février 1865

(St-Romuald, 11 heures 1/2 du soir)

Votre remerciement à Mme Corcelet, votre réponse à ma lettre, se sont fait un peu attendre. Je devine

bien pourquoi: le grec vous effraye; la petite tête en souffre. Allons, bon ami, je trouverai bien meilleures

paroles pour vous consoler et réconforter quand vous m’aurez vous-même conté vos peines avec votre naïveté

ordinaire. Moi, je ne me décourage pas du tout pour vous. Je compte sur Marie et Joseph, qui vous en ont bien

fait surmonter d’autres.

220 - à M. l’abbé Maignien

Curé de N. D. de la Croix

Votre ami et père en N. S.,

Respect envers les compétences des paroisses -- Régis est un autre nom de Viallon?

142

Monsieur le Curé,

l’Abbé Planchat, prêtre

Charonne, 9 février 1865


Un jeune homme appelé VIALLON, Laurent, se présente ici pour le catéchisme. Comme ce jeune

homme a suivi le catéchisme de Ménilmontant, et cela tout récemment, je manquerais à mon devoir, si je

l’admettais sans m’assurer que c’est votre désir.

D’après nos usages, il est trop tard pour que ce jeune homme fasse sa première communion avant le

mois de décembre de cette année. Si la mère, objet à ce qu’il paraît de vos grandes bontés, avait un motif grave

pour que Régis communiât à Pâques, en le supposant assez instruit pour cela, j’aurais besoin pour cette

exception de la recommandation expresse de Monsieur le Curé.

Votre très humble serviteur et confrère dans le sacerdoce.

l’abbé Planchat, prêtre

J’autorise le jeune Viallon de ma paroisse à faire sa première communion au Patronage Ste-Anne.

Maignien

curé de N. D. de la Croix

221- à M. l’abbé Riboul

curé de S. Paul - S. Louis

Nos règles et usages pour admettre à la première communion.

Monsieur le Curé,

Charonne, le 9 février 1865

Le jeune CORNUAU (Désiré) votre paroissien, venait d’abord au patronage comme apprenti. La

mère a fait le sacrifice de le mettre à l’école; c’est une chose digne d’éloges. Mais ce changement, si heureux

pour l’enfant, le place, par rapport à notre catéchisme, dans une situation toute nouvelle. Nos règles et usages

n’admettant jamais que des apprentis, il nous serait impossible de préparer Désiré pour la première communion

de décembre, la seule qui lui fût accessible, sans une autorisation toute spéciale de M. le Curé.

Agréez à cette occasion, Monsieur le Curé, l’hommage de mon profond respect et de ma vive

gratitude.

Votre très humble confrère,

l’abbé Planchat, prêtre

aumônier du patronage Ste-Anne

M. l’abbé Blancha [sic] est autorisé à faire faire la première communion à Désiré Cornuau,

qui suit le catéchisme et le patronage de la rue Dubois [len réalité rue des Bois]

L’abbé Riboul

curé de S. Paul - S. Louis

222 - à M. Cauroy

7, rue de la Fonderie - Metz, Moselle

L’Imitation de Jésus-Christ par Thomas a Kempis -- courage dans l’effort à vous améliorer: bouderie, murmure;

-- remerciez votre protectrice.

Mon bon petit Joseph,

Vaugirard, 14 février 1865

(fête de l’oraison de N. Seigneur)

Votre lettre est si franche et si pleine de bonnes dispositions que j’éprouve le besoin d’y répondre de

suite.

Puisque vous connaissez le remède, ne tardez jamais quinze jours à l’appliquer. Par là votre mal de la

bouderie sera l’affaire de quelques heures. Puis au moment même où survient l’épreuve, où le petit avis, la petite

réprimande font monter au cerveau les vapeurs de murmure et d’ennui, de suite une courte et ardente prière, ad

tentationis pericula superanda, comme disait à peu près la Collecte de ce matin? Ainsi deviendrez-vous, comme

le veut l’Imitation: in dies fortior contra teipsum. Et vos bons maîtres, témoins non seulement de votre aimable

143


onne volonté pendant les jours sereins, mais aussi de votre lutte énergique contre le rude naturel pendant les

jours orageux, prendront de vous, comme notre bien-aimé Supérieur en lisant votre lettre, la meilleure espérance

pour l’avenir.

Cher enfant, appliquez-vous aussi, surtout pendant ces fêtes qui vont se succéder jusqu’à Pâques, les

mardis d’abord, les vendredis ensuite, à méditer le Fiat de Notre Seigneur en sa Passion; communiez en surplus

ces jours-là pour obtenir l’empire sur votre humeur par le Cœur doux et humble de N. Seigneur et par le très

doux Cœur de Marie. Enfin, prenez pour oraison jaculatoire habituelle celle même de Notre Saint Père le Pape

[Pie IX]: Doux Cœur de Marie, soyez mon refuge! Des indulgences y sont attachées.

Ce n’est certainement pas importuner Mme Corcelet que lui écrire quelques mots pour la remercier de

ses gracieuses étrennes.

Adieu, cher enfant; je vous embrasse de cœur. N’oubliez auprès de Dieu ni mon âme ni aucune de

celles qui me sont confiées, soit à Vaugirard, soit à Charonne. Mille choses à tous ces bons maîtres, surtout à M.

Risse.

223 - à une Communauté de Religieuses

Votre bien affectionné père en N. S.

Des prières pour nos retraites en faveur des Français, -- Allemands et Italiens dans nos oeuvres.

Madame la Supérieure,

l’abbé Planchat, prêtre

Vaugirard, 21 ème jour du mois de S. Joseph 1865

Notre Père Supérieur, le Père Le Prevost, me charge de recommander aux prières de votre

Communauté toutes les retraites de Pâques du Jubilé dont nous sommes chargés, soit pour les ouvriers et

apprentis Français, soit pour les Allemands et les Italiens.

Votre très humble serviteur,

l’Abbé Planchat,

de la Communauté des FF. de S. Vincent de Paul.

224 - à M. Decaux

Au cours de la retraite les publications populaires éditées par la SSVP étaient distribuées aux participants. --

Atelier, abréviation de Almanach de l'Atelier.

M. de Coulonges était Président de l’oeuvre de Ste-Anne.

Monsieur et cher président,

Charonne, dernier jour du mois de Saint Joseph 1865

Monsieur de Coulonges a bien voulu se charger de recommander aux prières et à la publicité du

Conseil de Paris la retraite italienne de Sainte-Anne. Je viens vous prier de vouloir bien me faire la charité d'une

demande de prières mardi prochain pour la retraite générale du patronage Sainte-Anne et pour celle spéciale de

première communion. Vous savez que j'ai plus de 40 premiers communiants de 13 à 72 ans (pour tous, je me

suis entendu avec MM. Ies curés respectifs).

Combien je vous serais reconnaissant de me procurer plusieurs confrères pour chacun des trois jours

de la retraite de première communion, jeudi, vendredi et samedi Saints. La retraite dure de 6 h. 1/2 du matin à 6

heures du soir. Si de 10 heures du matin à 5 heures du soir, je pouvais avoir quelqu'un et pour la surveillance et

pour divers groupes de catéchisme. Je ne parle pas des finances, je m'abandonne à saint Joseph. Il peut suggérer

au Conseil de Paris une inspiration pareille au généreux mouvement de l'année 1864 où nos charges étaient

moindres qu'à Pâques 1865.

Tout à vous en saint Vincent dans l'espérance de vous voir avec M. votre frère et M. Priou à l'une de

nos soirées des Italiens que M. le curé de Charonne bénit, et ne manquera pas, j'en suis sûr, de visiter. Merci de

144


vos beaux almanachs de 1861, 1862, etc. Atelier et Coin du feu. S'il y avait encore de Petites Lectures

dépareillées? Ces feuilles contentent un plus grand nombre à la fois de retraitants que les almanachs.

225 - à la Paroisse St-Eloi

L'abbé Planchat, prêtre.

6 avril 1865

L’administrateur du 12 ème ayant retenu pour lui l’autorisation de M. le Curé pour la première

communion au Patronage des deux jeunes MINOUFLET, je prends la liberté, pour pouvoir compléter mon

dossier, de demander de nouveau la signature de M. le Curé de S. Eloi.

226 - à M. Decaux

l’abbé Planchat, prêtre

Le Père Pica, barnabite, se chargerait de la réunion mensuelle d’une conférence italienne; qu’en dites-vous?

Monsieur et cher Président,

Charonne, 8 avril 1865

(Samedi de la Passion)

Vos affectueuses paroles aux Italiens, hier soir, ont laissé penser au Père Barnabite que volontiers

vous verriez s’établir ici une réunion mensuelle italienne, dont il prendrait la direction. Toutefois ayant, dans la

préoccupation de mon gros poisson, oublié hier soir de vous dire les démarches positives du Père en ce sens auprès

de son Supérieur, qui accepte avec joie, j’écris en même temps à M. Le Prevost et à vous, pour la part

respective de consentement de chacun en cette affaire. Recevez une fois de plus l’assurance de ma vive gratitude

et de mon cordial concours.

Tout à vous...

227 - à M. Decaux

Je n’ai plus d’enveloppes.

Monsieur le Président,

L’abbé Planchat prêtre

Vaugirard, 18 avril 1865

(mardi de Pâques)

Je m’aperçois que j’ai oublié de vous écrire ce matin pour réclamer les prières du Conseil pour la

Confirmation de Ste-Anne, dimanche prochain à 1 heure et le concours de bons confrères pour la petite retraite

de Confirmation le 20,21 et 22 de 7h. 1/2 à 9h. du soir.

228 - à un Confrère de la Société S. Vincent de Paul

Monsieur et cher Confrère en S. Vincent,

l’Abbé Planchat

Vaugirard, 18 avril 1865

Mardi de Pâques

145


Le porteur est chargé de toucher les 20 francs que vous voulez bien m’accorder pour les frais des

Premières Communions faites à Pâques à Ste-Anne.

229 - à M. Decaux

Votre bien reconnaissant confrère, ...

Le dimanche de Quasimodo était le dimanche suivant la fête de Pâques.

Monsieur et cher Confrère,

l’abbé Planchat, prêtre

Vaugirard, 19 avril 1865

(mercredi de Pâques)

Le Conseil de demain sera probablement consacré en partie à des observations sur les fêtes de Pâques

à Charonne; voici les miennes:

1° pour la retraite italienne, il pourraît être mieux qu’elle ne commençât que le lundi pour éviter tout

encombrement avec le patronage;

2° pour les Premières Communions italiennes, je serais d’avis de les fixer au Jeudi Saint, afin que les

deux retraites de Première Communion ne coïncidassent point, ce qui produit un encombrement regrettable;

3° pour les offices de Pâques, il faudrait a) lire les Actes avant la Communion de façon à ce qu’ils se

terminassent pour le moment où le prêtre est prêt à parler; b) faire pour la Communion file contraire; ce qui

l’abrégerait de moitié c) le soir: en retrancher les Vêpres ou remettre au dimanche de Quasimodo la distribution

des souvenirs.

Je compte sur le concours de bons confrères, s’il est possible pour la retraite de Confirmation même,

et en particulier pour aller chercher Monseigneur rue Pérou, 6, dimanche à midi.

Tout à vous en s. Vincent ...

230 - à M. Decaux

l’abbé Planchat, prêtre

Retraites simultanées pour les jeunes italiens et pour les français. -- Observations faites pour les retraites et les

promenades - la messe “de communion” était célébrée à cause du jeûne eucharistique qu’on devait alors

respecter depuis minuit.

Monsieur et cher Président,

Vaugirard, 25 avril 1865

(S. Marc)

Bien que je me propose de me rendre, et le plus exactement possible à notre Conseil de jeudi

prochain, il est peut-être bon pour économiser le temps, que je vous soumette d’avance par écrit mes

observations sur les fêtes de Pâques, observations déjà communiquées à M. de Coulonges, et même deux fois,

une fois rue St-Sulpice, où la lettre l’attend, l’ayant trouvé déjà parti, une seconde fois aujourd’hui même, en

réponse à sa lettre du 23 courant.

1° Il était bien difficile, cette année où la besogne imprévue nous a menés, d’empêcher la coïncidence

de deux Premières Communions et retraites de Première Communion italienne et française. L’expérience et la

réflexion prouvent au P. Pica et à moi qu’on peut arriver à commencer un peu plus tôt le catéchisme des

Napolitains et par suite mettre leur retraite aux trois premiers jours de la Semaine Sainte, leur Première

Communion au Jeudi Saint. La mission italienne elle-même pourrait à la rigueur ne commencer que le lundi.

2° L’office de l’après-midi, surtout la station de l’après-midi le jour de Pâques à la chapelle, ont

vraiment été trop longs. Il serait facile d’abréger de moitié: a) en retranchant les Petites Vêpres,

avantageusement remplacées par la rénovation des vœux des premiers communiants; b) en remettant au

146


dimanche de Quasimodo (ce qui se fait à Grenelle) ou du moins en faisant dans la salle, après un intervalle de

récréation, la distribution des souvenirs de retraite.

3° Pour la messe de communion, je ne vois pas moyen de l’abréger: un petit quart d’heure

d’exhortation avant la communion pascale, ne me paraît pas de trop,-- peut-être pourrait-on, cependant, se

borner à dix minutes -- Si l’on prenait la Pentecôte pour époque du renouvellement des dignitaires et la

Quasimodo pour époque des admissions ?

4° Je n’ai pas été prévenu que les Actes [de Foi, d’Espérance, de Charité, etc.] seraient lus avant la

Communion du prêtre, lequel a dû attendre pour son exhortation.

5° Il eût été facile de diminuer les frais de la promenade, sans rien retrancher au plaisir des enfants. Il

n’y avait qu’à se préparer les voies à Villiers-sur-Marne, où Saint-Charles [Patronage] fut parfaitement accueilli

en 1864, dans un Château-fort bien disposé. Le Chemin de fer aurait coûté moitié moins.

J’ai soumis tout à l’heure aux réflexions de M. de Coulonges le coutumier en usage à Ste-Anne depuis

deux ans pour les offices religieux et pour leur durée, le remerciant de ses observations judicieuses sur la

nécessité de finir à l’heure, comme grâces à Dieu pour ce qui me concerne au moins, on commence maintenant.

J’allais oublier une note à laquelle je tiens essentiellement, précisément: veuillez remercier

cordialement de ma part tous et chacun de ces Messieurs les habitués de Ste-Anne du zèle et de l’empressement

qu’ils ont mis à nous aider, le Père Barnabite et moi, dans ce travail compliqué des deux retraites simultanées de

Première Communion.

Ce qui donnait un prix particulier à leur aimable dévouement, c’était l’imprévu de mes demandes,

excusable il est vrai, par l’imprévu et par l’accablement du travail.

Tout vôtre en S. Vincent ...

l’abbé Planchat, prêtre

231- à M. l’Abbé Guérin

M. le Curé,

3 juin 1865

Un pauvre jeune homme de Vaugirard, potier de terre de son état, constamment malade jusqu’à ces

dernières années (il a maintenant 17 ans et demi) et faible de tête par suite de tant de secousses, m’a été amené,

il y a quelque temps par la femme GUENANEN, sa mère, (blanchisseuse, séparée d’un mari débauché) comme

n’ayant pas fait sa première communion. Ces gens m’avaient connu il y a 5 ou 6 ans, par suite des visites que je

faisais à domicile pour le Patronage de Grenelle. Avec une bonne volonté héroïque, le jeune Guénanen est venu

tous les soirs depuis quelque temps prendre sa leçon de catéchisme. Je crois pouvoir répondre qu’il sera

suffisamment instruit et préparé pour la fin de ce mois, époque de la Première Communion des Orphelins. Je me

proposais de vous faire cette demande de vive voix, et je me réjouissais d’avoir cette occasion d’entretenir notre

bon et aimable Curé. Je n’ai pas cru pouvoir vous déranger au milieu de vos travaux de Première Communion et

de Confirmation; et me voici pris à mon tour entre Charonne, Vaugirard et Chaville, de façon à ne savoir

comment me retourner.

Seriez-vous assez bon pour mettre votre autorisation au bas de ce papier? J’ai vu l’acte de baptême du

jeune homme.

Votre bien humble et tout dévoué confrère...

l’abbé Planchat, prêtre

J’autorise ce jeune homme à profiter de la charité de M. l’Abbé Planchat. Signé: GUERIN

232 - à une bienfaitrice

Mademoiselle,

Charonne, 10 ème jour du mois du Sacré-Cœur 1865

Je me suis permis de vous envoyer, il y a quelques semaines, quelques billets d’une petite fête au

profit du Patronage.

147


Seriez-vous assez bonne pour remettre à mon petit commissionnaire, soit les billets, soit l’argent.

L’argent serait le mieux. Car il faut toujours que je vive, moi et les miens, à Charonne, et je n’arrive pas à me

libérer des 1000 francs de dettes que m’a laissé le Jubilé.

233 - à la Société St Régis

Ménilmontant: quartier de Paris.

l’abbé Planchat, prêtre

Charonne, 2 juillet 1865

Visitation de la Ste Vierge

Prière à MM. de S. Régis d’inscrire et de presser le futur mariage GRANELLI et LAVEZZOLO.

Ci-joint toutes les pièces nécessaires. Tout le travail de S. Régis se borne donc, ce me semble, à faire

traduire et viser au Ministère des Affaires Etrangères ces papiers dont tout le zèle du Comte [...] de Giletta n’a

pu obtenir qu’en trois mois la régularisation; car au 3 avril Granelli m’en apportait déjà une partie, mais non

légalisée. Ci-inclus la lettre d’envoi du Comte. Elle contient un renseignement important que je n’ai pas le temps

de copier, mais dont je tiens bonne note pour moi-même.

J’ai été hier chez les TOUARESTA pour l’affaire du départ BELLI. Ledit Belli était à son travail. Je

lui ai donné rendez-vous pour ce soir. Il ne se hâte pas de venir. Je conçois du reste leur impatience: toute cette

affaire traîne en longueur, malgré tous vos soins.

L’Abbé Planchat

Le Sieur HANRY de Ménilmontant, ne se rend pas à mon invitation de venir ici pour sa Première

Communion. Je tâcherai d’y passer demain.

234 - à la Société St Régis

Charonne, 29 juillet 1865

Ste Marthe

Prière de faire promptement traduire les pièces ci-jointes, seules nécessaires, ce me semble, pour le

futur mariage GIARDELLO et MAGGI.

S’il fallait des publications, demandez-les de suite et expliquez-moi le motif, pour qu’une autre fois je

les demande en même temps que les papiers.

235 - au P. Le Prevost

l’abbé Planchat, prêtre

Le P. Le Prevost est en repos à Allevard.

Derny, Alfred, entré le 13 janvier 1865 - profession le 29 septembre 1866 -- compagnon du P. Planchat à

Charonne jusqu’à l’emprisonnement -- sorti le 3 octobre 1871 -- M. LAGARDE: deviendra Vicaire général de

l’Archidiocèse de Paris -- fondation d’une communauté de F.S.V. résidant à Ste-Anne? -- Père PICA barnabite

d’origine italienne, qui aidera le P. Planchat dans son ministère auprès des Italiens -- régime “de patience, du P.

Henri, depuis deux ans” -- M. De VIENNE, prêtre étudiant qui rend des services pastoraux à Ste-Anne. -- M. de

Coulonges est un confrère S. V. de Paul, avocat à la cour impériale et président au Patronage Ste-Anne.

vous.

148

Mon bon Père,

17 août 1865

Puisque votre retour n’a lieu que la semaine prochaine, je viens causer une fois encore par lettre avec


Et d’abord ce m’a été une grande joie d’apprendre hier soir, à mon retour de Charonne, que les eaux

produisaient enfin l’effet tant désiré, de vous remonter un peu.

Notre petite retraite de Ste-Anne n’a pas trop mal été. Elle m’a, en outre, procuré l’occasion de faire

un peu plus connaissance avec l’excellent vicaire de S. Eloi, compatriote et ami de M. Risse, qui est le soutien

spirituel de la grande œuvre des écoles du soir, Premières Communions et Patronage des Sœurs au quartier de

Reuilly. Il a passé à Ste-Anne toute la soirée de vendredi, a bien voulu partager notre modeste souper, et

confesser un certain nombre d’enfants pendant la séance de retraite. Le samedi, j’ai été dire à sa place la messe

aux Petites Sœurs des Pauvres de la rue Beauveau. Elles n’en avaient point à cause de neuf mariages à la fois à

la paroisse.

Nous avons eu, entre le 13 et le 15, environ 200 communions. Dimanche prochain nous en donnera

bien, j’espère, une cinquantaine. Il y a bien des causes conjurées [conjuguées?] contre cette Communion de

l’Assomption: renouvellement dans beaucoup de paroisses le dimanche précédent, mais surtout, surtout, trouble

profond causé par les agitations de la fête civile, par les flots de parents et d’amis de province que les trains de

plaisir viennent jeter dans les quartiers ouvriers. Nous avons gardé jusqu’au soir une centaine d’enfants au

patronage. Dimanche, troisième et dernière promenade de l’année pour la masse du patronage. Je la

recommande à vos prières et à celles du bon frère Paillé.

J’ai reçu des MIGNON, qui sont à la campagne (je n’ai fait aucune démarche auprès de Mlle

Mignon), sur un simple mot de lettre exposant notre détresse et celle de nos familles pauvres, 200 francs. J’étais

bien navré de ce que j’avais vu dans quelques visites que m’a permis de faire, après une si longue interruption,

mon petit séjour à Charonne. J’ai néanmoins remis de suite cent francs aux mains de M. Derny, comme réserve.

Reflexion faite, les mille francs de l’archevêché sont disponibles, vous l’avez vu par la lettre de M. Lagarde;

vous verrez, le plus tôt possible après votre retour, le Curé de Charonne, qui vous attendra; il est trop bon pour

punir vos délais involontaires de fondation en retenant cette somme. La moitié suffira largement pour payer nos

dettes.

Je voulais être court et pourtant je ne puis m’empêcher de vous parler de trois choses encore: de

l’impression que votre lettre a produite sur moi; de ce qui me paraît indispensable comme attente à Ste-Anne;

enfin de la famille.

Suis-je victime d’une fatale illusion, enivré de mon propre sens? Peut-être, mais votre bonne et

affectueuse lettre ne m’a laissé que résigné, pas convaincu. Il me reste toujours dans l’esprit que sans affaiblir ni

Vaugirard ni Nazareth, en les débarrassant plutôt d’éléments qui les gênent, parce qu’ils sont hors de leur

sphère, on aurait un Ste-Anne tout formé, auquel le public s’est déjà habitué à peu près et dont par suite il ne se

défierait pas. Je ne puis non plus me persuader, en voyant toute la bienveillance de M. Lagarde, et le ton bien

plus obligeant des lettres de M. de Coulonges, que les menaces soient si terribles et la position si délicate du

côté de l’archevêché, même du côté de la Société de S. Vincent de Paul. Vous aurez, dans votre conversation

intime et seul à seul avec M. le Curé, bien des lumières encore à cet égard.

Enfin et par dessus-tout, je me dis que le bon Dieu vous fera sentir vivement le besoin de ces âmes

que nous sommes seuls à soutenir, presque seuls au moins, celles de nos enfants et de leurs parents; je le

constatais encore ces jours-ci, toujours heureusement impressionnées de nos relations avec eux et bientôt

refroidies par l’interruption de ces relations. Peut-être alors vous verrez moins d’imprudence que de confiance

en Dieu pour les immenses besoins des âmes, dans la fondation en question. En définitive, je suis résigné; car ce

n’est pas pour moi une affaire personnelle et il faudrait partir demain pour Arras, afin que Charonne se fondât

après-demain; je partirais de grand cœur. Du reste, il ne me paraît pas possible que de façon ou d’autre, Dieu ne

vienne pas bientôt en aide à des âmes si délaissées et, le plus grand nombre, de bonne volonté.

Les œuvres du Père PICA marchent. Une conférence s’est formée parmi les Italiens riches résidant à

Paris; elle m’a demandé des familles à Charonne. Une deuxième Ste-Famille italienne s’ouvre le 23 à St-

Séverin. Le Curé, que j’ai dû voir en quêtant pour nos frais de séjour pendant la retraite, est encore un véritable

ami pour notre petite Communauté.

En attendant, et sous le régime de patience que je suis depuis deux ans, je crois vraiment qu’il serait

bien urgent de me rendre mon jeudi. M. De VIENNE pousse la charité jusqu’à continuer, pendant les derniers

travaux de sa thèse, le catéchisme aux quarante enfants de Première Communion, mais celui de ce soir sera le

dernier. Puis-je laisser là cette œuvre jusqu’en novembre, quand ma Première Communion est en décembre?

quand plusieurs sont prêts pour la première communion de septembre à S. Charles? Et puis ne faire nulle visite

aux familles? ce serait décidément perdre un bon nombre de nos meilleurs anciens. Je l’ai constaté ces jours-ci

jusqu’à l’évidence.

Maman continue d’aller vraiment bien. Elle a passé le jour de l’Assomption, jour de sa fête, à Ste-

Anne. Elle a reçu comme bouquet de fête une lettre du Procureur Général, M. de Clary, le si respectable parent

de la miraculée de Metz, la lettre la plus flatteuse pour le présent et pour l’avenir d’Eugène.

Adieu, mon bon Père, faites-moi dans votre lettre un peu de direction. Le bon frère Derny est

charmant.

149


236 - à M. de Coulonges

L’Abbé Planchat prêtre

Intentions de prières -- maladie d’un jeune -- La Caisse d’épargne -- retraite aux Italiens -- un peu de repos à

Chaville -- livres de lectures pour combattre la mauvaise littérature. -- FONTAINE, un employé? un confrère?

Monsieur et cher Confrère en saint Vincent,

Charonne, 4 septembre 1865

(Ste Rose)

Je m’empresse de recommander à vos fraternelles prières:

1° Notre cher Jules COLLAS qui, revenu au patronage, nous aidait efficacement pour l’intérim de la

Caisse d’épargne pour lequel M. Fontaine ne s’est pas montré. Il a été violemment saisi mercredi dernier par une

fièvre cérébrale, ou typhoïde; profitant d’un moment lucide, ses bons parents me sont venus chercher dimanche

de grand matin et j’ai pu lui donner tous les Sacrements; il ne va plus mal.

2° L’espèce de petite retraite que le P. Pica donne mercredi, jeudi et vendredi soirs aux Italiens de ces

quartiers, à l’occasion de la Nativité de la T. S. Vierge. --- Cette fête remplacera pour eux l’Assomption,

annihilée par le mouvement des réjouissances civiles.

3° Notre fête de la Nativité au patronage.

Je vous envoie par ce courrier deux livres, pris parmi les volumes que j’ai obtenus de Castermann

[éditeur] pour prêter à nos malades ou convalescents, à mes familles. Ensemble un prospectus intéressant de ce

même libraire. Je ne sais si votre jugement se rencontrera avec le mien; mais j’ai pu, pendant mes cinq jours de

Chaville, pris en deux fois, lire trois ou quatre de ces volumes. Tous m’ont paru remarquablement bien faits

comme intérêt de morale, comme forme et comme fond. Il y avait, ce me semble, dans ces collections, une vraie

ressource pour notre bibliothèque, et dans la souscription à 5 cent. un facile moyen de les acquérir. Hélas! je

m’en convaincs chaque jour, les ravages faits dans les rangs de nos patronnés par les mauvaises lectures sont

désolants, et cela souvent faute pour nous, de leur présenter une pâture inoffensive, qu’ils sont loin de rejeter.

237 - à M. Dugeny

rue de Paris, 290, Montreuil.

Monsieur,

Tout à vous en Saint Vincent,

l’abbé Planchat, prêtre

Charonne, le 1 er octobre 1865

Mon intention est de faire faire à Jérôme sa première communion le jeudi 12 courant. Mais la chose

m’est absolument impossible si je n’ai samedi prochain, sans faute: 1° L’acte de baptême de Jérôme. 2° Un

billet écrit de M. le Curé de Montreuil, autorisant Jérôme à faire par mes soins sa première communion en la

chapelle du Patronage S. Charles, où je donne la Retraite dont je désire faire profiter Jérôme.

Je vous attends avec les deux pièces, soit jeudi soir à 8h., soit samedi soir à la même heure. Il ne

suffirait pas de me faire passer ces deux pièces, il faut que je vous voye vous-même.

Votre ami dévoué...

l’abbé Planchat, prêtre

Jérôme doit venir au patronage mercredi à 6h. 3/4 du soir et jeudi à 7h. 1/2 pour le catéchisme.

J’autorise Monsieur l’Abbé Planchat à faire faire la Première Communion à Jérôme, s’il est

constaté que ce dernier est mon paroissien.

Montreuil, ce 2 octobre 1865

L. Blond, curé

150


238 - à M. Decaux

TOURNIQUET, frère Jean- Marie: entré le 16 octobre 1854 -- profession le 27 octobre 1855 -- décédé le 7

juillet 1871 -- l’abbé Lagarde est le Grand Vicaire du diocèse. -- LEGENTIL, Alexandre est un confrère,

fondateur du patronage St-Charles. -- des victimes du choléra au patronage; les gens oublient d’appeler le prêtre.

-- Brandon, un confrère.

Monsieur et cher Président,

Paris, 13 octobre 1865

(mois des Saints Anges)

M. Jean-Marie [Tourniquet] me prie de vous donner avis que dimanche prochain, 15 courant, Mgr

l’Evêque de Basse-Terre confirmera à St-Charles nos enfants qui viennent d’y faire leur Première Communion.

Monseigneur dira la messe de 8 heures, puis ensuite confirmera. Nous avons entre les mains une lettre toute

bienveillante de M. l’Abbé LAGARDE, le Grand Vicaire de service hier, remerciant Monseigneur de sa bonté

pour nous. M. le Curé de St-Vincent de Paul et M. Legentil sont avertis, quoiqu’absents.

M. Jean-Marie ne pourra rédiger ses statistiques que lundi prochain. Il restera jusqu’à ce moment à St-

Charles où la petite retraite de Confirmation lui laissera moins de loisir encore que celle de Première

Communion. Il vous serait reconnaissant de vouloir bien recommander aux prières du Conseil de Paris:

1° Deux jeunes gens du patronage St-Charles, le jeune Justin AUBRIAUX (15 ans) et le jeune

DECAN, enlevés tous deux cette semaine par le choléra. M. l’abbé FOREY est arrivé, pour ce dernier -- qui du

reste l’avait demandé -- deux heures trop tard. J’ai pu, par des circonstances providentielles, mettre à profit pour

le confesser les dernières lueurs de connaissance du premier, que j’ai ensuite extrémisé, en même temps que sa

sœur;

2° Les nombreux malades du patronage St-Charles, pour la plupart, par bonheur, en voie de guérison.

-- Permettez-moi d’ajouter un petit renseignement que me dictent les longues tournées que j’ai faites ces jours-ci

pour St-Charles, à la Chapelle, à Clignancourt et à Montmartre. La stupeur des pauvres ouvriers est telle, quand

un cas de choléra se déclare chez eux, qu’heureux de voir le prêtre, ils oublient néanmoins souvent de l’appeler.

Ne serait-ce pas à nos bons confrères d’avoir l’oeil ouvert sur toutes leurs familles, et par celles-ci sur le

voisinage?

Merci mille fois, Monsieur le Président, de la générosité avec laquelle vous avez permis à M.

BRANDON de me fournir de Petites Lectures dépareillées pour Ste-Anne, St-Charles et Arras. Je recommande

à vos prières et à celles du Conseil ma petite mission à l’orphelinat d’Arras. Elle se trouve retardée d’une

semaine, j’en suis bien aise pour faire, moi aussi, ma revue des malades dans la zone Ste-Anne. L’excellent Père

Pica me remplacera du reste pendant mon absence.

239 - à M. Decaux

Votre reconnaissant et dévoué confrère en s. Vincent, ...

l’abbé Planchat, prêtre

MOUTIER, Léopold, entré en 1862 et parti en 1871. -- Caisse d’épargne en mauvaise situation par négligences

antérieures.

Monsieur et cher Président,

Charonne, 22 octobre 1865

(mois des S.S. Anges Gardiens)

Dans notre conversation toute abandonnée de vendredi soir s’est glissée une appréciation qu’il est

peut-être bon de rectifier. M. Moutier n’a pas mangé sa caisse d’épargne. Pour des aménagements urgents à

faire dans le local de Ste-Anne, dans l’intérêt des œuvres, aménagements qui se sont élevés plus haut encore et

auxquels nous avons pourvu par nos recherches personnelles, M. Moutier a emprunté à sa caisse d’épargne cinq

cents francs que j’y ai remis à la sueur de mon front. C’est donc tout simplement notre part que nous avons faite,

tout bénévolement dans l’installation de Ste-Anne, comme nous la faisons chaque jour, après le support complet

151


de la première installation, pour la chapelle qui coûte au moins 900 francs par an et pour laquelle le budget

spécial ne solde guère, sur ces 900 francs, que la messe de midi et demie.

Continuons de prier, Monsieur et bien cher Président. Je sais que je voudrais à notre messe du Saint-

Esprit offrir pour l’œuvre de Ste-Anne un faisceau de communions bien nombreuses et bien ferventes.

Tout à vous dans la charité de N. S. ...

l’abbé Planchat, prêtre

Si la caisse d’épargne de Ste-Anne se trouve assez notablement en déficit, c’est que M. Moutier l’a

reçue à la rue de la Roquette dans un désordre complet; il a eu le tort de n’en pas avertir immédiatement le

Conseil, même de la recevoir en cet état; c’est encore que le service, une fois remis à un confrère, ne l’a pas été

assez tôt, malgré nos instantes demandes et a même, depuis M. BONTEMPS, subi de nombreux intérim, aux

mains de jeunes gens probes, mais brouillons; nous l’avons constaté encore dimanche dernier pour une somme

de 59 francs, remboursée en août et dont le remboursement n’avait pas été noté.

240 - à un Curé

M. le Curé,

2 novembre 1865

Le jeune DELORME, votre paroissien, demeurant Square Napoléon, fréquente depuis avril le

catéchisme du patronage, obligé qu’il est de travailler pour sa mère veuve et pour ses deux petits frère et sœur.

Voyant l’affreuse détresse de la famille, la langueur même du pauvre enfant, que je pourrais peut-être, s’il avait

fait sa première communion, placer dans des conditions préférables, pour sa santé, à celles où sa mère l’a placé,

j’inclinerais à le préparer à la Première Communion de l’Immaculée Conception. Ce qui me fait hésiter, c’est

qu’il n’aura douze ans que le 4 décembre. Je remets, Monsieur le Curé, la chose à votre jugement.

Votre très humble confrère...

l’abbé Planchat, prêtre,

aumônier du Patronage Ste-Anne - Charonne

L’enfant, ayant l’âge voulu, 12 ans dans l’année; si vous le jugez disposé, j’autorise sa première

communion.

signé......

241 - à M. le Curé Arnaud

Permission de préparer à la Comunion un jeune; il faudra le suivre, parce que sa mère n’est convertie que depuis

peu.-- nouvelles d’une malade.

M. le Curé,

23 novembre 1865

Le jeune VIELLE, demeurant rue de Charonne, n o 14, dont la mère vous portera ce billet, me paraît

être dans les conditions exceptionnelles qui pourraient motiver une permission de faire sa première communion

au patronage. Il travaille dans le centre de Paris et ne rentre chez lui qu’à 9h. du soir. Il ne pourrait donc suivre

le catéchisme du soir des frères de Ste-Marguerite. De plus, appartenant à une [famille] qui s’accuse elle-même

de négligence, il a besoin d’être suivi de près pour l’exactitude au catéchisme et ce soin nous est facile pour le

petit troupeau que je catéchise le dimanche.

152


Vous êtes du reste, Monsieur le Curé, parfaitement libre de juger autrement la situation.

Je réponds seulement à l’invitation que vous m’avez faite de vous adresser une demande pour les cas

qui me sembleraient exceptionnels.

Votre très humble serviteur...

Abbé Planchat, prêtre,

aumônier du Patronage Ste-Anne du faubourg St-Antoine.

La brave femme si malade du choléra, que vous m’autorisâtes à administrer le soir du dimanche 8

octobre, est revenue à la santé.

Je ne pourrais, bien entendu, admettre à notre catéchisme AUGUSTE VIELLE, qu’autant qu’il

m’apporterait, M. le Curé, un billet signé de vous.

Nouveau motif de suivre Auguste de près: il n’a été qu’ondoyé, et par une sage-femme protestante; car sa mère

n’est entrée dans l’Eglise catholique qu’il y a trois ans, à l’occasion de son second mariage.

Je vous accorde bien volontiers ce que vous me demandez.. Tout à vous, Arnaud

242 - à l’Abbé Magnien

Monsieur le Curé,

Charonne, 30 novembre 1865

S. André

Je vous serais reconnaissant de vouloir bien permettre au jeune BRATEL (Auguste), votre paroissien

depuis le terme, de faire sa première Communion au Patronage de Charonne, qu’il fréquente depuis plus d’une

année. J’avais précédemment cette permission de M. le Curé de Charonne.

Le pauvre enfant et ses parents sont, par chômage et maladies récents, réduits à une grande misère.

Fiat ut petitur: MAGNIEN, curé

243 - à M. le Curé Caudin

Monsieur le Curé,

Votre très humble...

Planchat, aumônier du patronage

Charonne, 30 novembre 1865

S. André

Le jeune CAUX, Edouard, votre paroissien, demeurant rue St-Sébastien, impasse St-Sébastien, no 18,

est admis à la première communion du 10 décembre au patronage, sous la condition expresse que vous jugiez à

propos de donner la permission nécessaire. Edouard fréquente le patronage et notre catéchisme depuis le 5 février

dernier.

Agréez une fois de plus, Monsieur le Curé, l’expression de ma profonde gratitude.

Permis bien volontiers. Caudin, curé

244 - à M. Decaux

Votre bien humble confrère...

l’abbé Planchat, prêtre

153


Appel aux confrères à visiter les retraitants de leurs paroisses respectives; il y a encore beaucoup de pauvreté. --

belle collaboration des Confrères de la Soc. S. V. de P. pour l’apostolat.

Monsieur et cher confrère,

Charonne, 3 décembre 1865

(minuit)

Auriez-vous la charité de recommander aux prières du Conseil de Paris:

1° La première Communion de nos 30 apprentis et jeunes ouvriers de Charonne ou plutôt de Ste-

Anne, car sur les 30, 4 sont de St-Antoine, 2 de St-Paul, 2 de Belleville, 3 de Ménilmontant, 1 de Saint-Mandé,

1 de St-Nicolas du Chardonnet. Si quelque confrère des paroisses voisines se sentait inspiré de venir visiter nos

retraitants du 7 au 9 inclusivement, ce serait là un utile pèlerinage. Ne pourrait-il, outre nos bons membres du

Comité de Ste-Anne y avoir, à la messe de Première Communion (10 décembre à 8h.et 1/2) quelque

représentant des Conférences voisines ? Pendant la retraite, les enfants sont à Sainte-Anne de 8 h. du matin à 6

h. du soir.

2° La Confirmation qui aura lieu le 17 à 3h. de l’après-midi, et la retraite préparatoire (14 -- 16 de 8h.

à 9h. du soir). Si les conférences voisines et les autres patronages avaient des pauvres ou des enfants à faire

confirmer: les envoyer serait répondre aux désirs de Monseigneur.

Priez aussi pour ma confiance en la divine Providence, pour que l’acquittement de si lourdes dépenses

ne se trouve pas téméraire.

Tout à vous de cœur en notre Mère Immaculée, comme en notre Père saint Vincent...

l’abbé Planchat, prêtre

La misère est bien grande en nos quartiers. Jeudi dernier, je donnais, tout en soupant moi-même, mon

morceau de pain et de fromage à un jeune homme de 16 ans, accouru au catéchisme sans avoir mangé depuis

11h. J’ai appris indirectement aujourd’hui que sur quatre personnes, ce garçon avait été l’heureux privilégié qui

seul ne s’était point couché sans manger.

245 - à M. Decaux

Monsieur et cher Président du patronage,

Charonne, 9 décembre 1865

samedi dans l’octave de l’Immaculée Conception -- minuit et 35

Encouragé par votre offrande si aimablement prévenante, je continuerai à ouvrir la main aux misères

de ces quartiers qui nous touchent de plus près, à celles de nos enfants et de leurs familles, si éprouvées et si

chargées, un grand nombre!

Le vœu que votre cœur forme plus ardemment que jamais, sous la vivifiante impression de la retraite

des Conférences, j’éprouvais un pressant besoin hier, à la sainte messe, de le présenter à Dieu par Marie

Immaculée. Je ne suis ni le seul ni le plus ardent de notre petite famille à prier chaque jour dans ce même but la

bonne Vierge et saint Vincent. Ils ont bien sûr à part eux le moyen d’exaucer tant de prières réciproques.

Tout à vous bien cordialement en N. S....

l’abbé Planchat, prêtre

246 - à un Curé

154

Si nous avions le bonheur de vous voir un instant, soit demain, soit le 17...

M. le Curé,

Charonne, 14 décembre 1865

Jeudi de l’Immaculée Conception


Un nommé LECLERC, Joseph, apprenti bijoutier dans Paris depuis quelques années déjà, n’ayant

jamais été à l’école ni au catéchisme, actuellement âgé de treize ans et demi, se présente à notre patronage.

Comme il demeure rue de Tourtille, 26, je viens vous demander pour lui, Monsieur le Curé, l’autorisation de

suivre notre catéchisme et de faire au Patronage sa première communion, quand le moment sera venu.

Daignez, Monsieur le Curé, agréer une fois de plus, à cette occasion, l’hommage de mon profond

respect et de ma vive gratitude pour votre condescendance, toujours si aimable.

Votre très humble...

l’abbé Planchat, prêtre

247 - à M. le Greffier

Acte de décès du père du futur époux.

Monsieur le Greffier,

Charonne, 27 décembre 1865

Je vous serais obligé de me faire parvenir le plus tôt possible l’acte suivant, dûment légalisé: Décès

de François-Grégoire MARQUIS, mort le 27 décembre 1861, commune de Champcueil [Essonne], près

Mennecy.

Ci-inclus le coût de l’acte et de la légalisation de cet acte.

Mariage pressé de son fils.

Votre très humble...

l’abbé Planchat, prêtre

aumônier de Ste-Anne

248 - à M. le Greffier

Complément de dossier de la lettre précédente; acte de décès de la mère.

Monsieur le Greffier,

Charonne, 27 décembre 1865

Je vous serais obligé de vouloir bien me faire passer, dans le plus bref délai l’acte de décès de Marie-

Françoise BABIN, femme MARQUIS, morte à Videlles [Essonne], canton de la Ferté-Alais, le 16 juillet 1830.

Mariage pressé du Sieur Marquis, son fils.

Ci-inclus le coût de l’acte et de la légalisation.

249 - à M. Decaux

Votre très humble...

l’abbé Planchat, prêtre

Impossibilité d’assister au Conseil -- Garibaldi, Giuseppe (1807 -- 1882): agitateur révolutionnaire (en France

notamment), homme politique italien -- le service des confessions, d’une bibliothèque de bonnes lectures, du

service médical -- des places dans la chapelle pour accueillir les parents.

Monsieur et cher Président,

Charonne, 28 décembre 1865

(Saints Innocents)

155


Je regrette vivement de ne pouvoir assister au Conseil; mais mon absence est la suite de

l’impossibilité où se trouve la commission de Ste-Anne de me donner un confrère, et surtout de me l’assurer

complètement pour le catéchisme du jeudi. Telle est l’importance de ce catéchisme, surtout cette année où

Pâques nous arrive d’assez bonne heure que, malgré les difficultés énormes de la situation, je ne le puis

abandonner. En conséquence, je demande que le Conseil mensuel de Ste-Anne se tienne d’ici à Pâques le

vendredi soir à 8h., à moins qu’on ne préfère le tenir à Ste-Anne même le jeudi à 4h. 1/2.

Voici maintenant mes petites communications pour ce soir:

Il me paraît urgent d’organiser sérieusement le service d’appel pour les confessions. La revue des

enfants pour Noël nous a prouvé que nous avions un bon nombre de retardataires, et les statistiques accusent une

baisse notable dans le chiffre des confessions. Cependant la Providence nous a conservé le même nombre de

confesseurs. Seulement, le service d’appel par les confrères est interrompu depuis cinq mois.

La bibliothèque devient de plus en plus nécessaire. Aujourd’hui encore un enfant de 12 ans et demi,

dont nous négocions le placement, se plaignait que sa petite sœur lui eût déchiré les faits et gestes de Garibaldi.

Partout dans nos familles, nous ne trouvons que mauvais livres et mauvais journaux. Les livres que je puis distribuer

sont cependant acceptés avec reconnaissance et lus avec avidité. Mais je n’ai ni ne puis avoir une

bibliothèque; or, celle du patronage reste fermée depuis cinq mois. Les statistiques en font foi.

Une troisième observation relative au service médical: il était de la plus grande utilité. Il a cessé

depuis cinq mois. Il y a même eu tel dimanche où l’on ne pouvait bander une petite plaie, faire revenir un enfant

évanoui, parce que la clef de la petite pharmacie ne nous était pas restée.

Enfin, par rapport à la chapelle: depuis plusieurs dimanches, notre président local, M. de Coulonges,

se préoccupe de la convenance de réserver toute la place pour les enfants. A eux avant tout, appartient la

chapelle, c’est évident; et du moment où il faudrait opter, ce seraient évidemment les parents qui devraient rester

dehors. Mais des motifs dont l’aumônier seul peut apprécier toute la gravité, -- motifs que je développerai, si

l’on veut, au prochain Conseil -- militent pour le statu quo, c’est-à-dire pour la réserve aux parents d’une petite

partie de la chapelle provisoire. Cette réserve est possible en occupant et ménageant toutes les places.

250 - à M. le Curé Blond

Montreuil

M. le Curé,

Tout à vous...

l’abbé Planchat, prêtre

Charonne, 11 janvier 1866

jeudi dans l’octave de l’Epiphanie

Un nommé GIFFARD, Gustave, âgé, d’après son acte de baptême, de 12 ans et 4 mois, se présente

pour être admis à notre catéchisme du patronage, comme travaillant depuis un an. Cet enfant est votre

paroissien, puisque ses parents demeurent rue de Paris, n o 304, à Montreuil. Le préliminaire essentiel de son

admission, qui entraînerait la première communion en la chapelle du patronage, après les épreuves voulues, est

donc, Monsieur le Curé, votre permission écrite.

Je dois vous faire observer que cet enfant, de l’aveu de son père, a fréquenté jadis le catéchisme de la

chapelle du petit Montreuil, mais trop peu assidûment pour être admis à la première communion. A vous,

Monsieur le Curé, de juger en toute liberté si son admission chez nous ne créerait pas un précédent fâcheux pour

les enfants du quartier. Le père paraît brave homme et allègue sa misère comme cause de l’espèce d’oubli qu’il

faisait de la première communion de son garçon jusqu’au jour où des voisins lui ont parlé du patronage qu’il ne

connaissait pas. L’enfant est grand et porterait bien quatorze ans.

Voilà le pour et le contre. Encore une fois, vous seul, Monsieur le Curé, avez grâce d’état pour

décider le cas.

Votre bien reconnaissant serviteur...

l’abbé Planchat, prêtre

Je soussigné, Curé de Montreuil, autorise M. l’Abbé Planchat à faire faire la première communion

au jeune homme qu’il me recommande, laissant entièrement à sa responsabilité l’opportunité

du moment où il devra accomplir cet acte important que la négligence de ses parents a fait retarder

jusqu’à présent.

Montreuil, le 13 janvier 1866, L. Blond, curé

156


251 - à M. d’Arbois

Voici une mère que le P. Planchat vient de placer au service de la nouvelle communauté d’Angers. --- deux p.s.

du Père Le Prevost -- l’abbé Lacroix et l’abbé Braun sont fatigués.

Mon bon Frère,

Vaugirard, 30 janvier 1866

(fête de l’Oraison de N. S. au Jardin des Oliviers)

Je reçois de Jules et de sa mère conjointement une charmante lettre tout naïve et toute affectueuse

pour Vaugirard et pour Angers à la fois. J’espère bien vous avoir donné là deux cœurs dévoués. Vous faites bien

d’armer la pauvre mère d’un peu de dureté apparente contre son fils aîné. Le pauvre garçon du reste est un peu

moins à plaindre; il a trouvé un travail provisoire qui lui rapporte une cinquantaine de sous par jour et le

moment approche où le percepteur retiré de Vaugirard espère lui trouver, dans une Recette des finances, une

place analogue à celle qu’il avait gérée, en tout bien tout honneur, comme le prouvent ses certificats. N’avezvous

pas quelques relations aux Finances?

Si réellement la bonne tenue et le dévouement cordial, ce me semble, de la mère et du fils vous

agréent, ne serait-il pas mieux de ménager un peu la pauvre femme?

Dans la lettre à son fils, qu’elle me dit de lire, elle exagère sans doute à dessein les choses, afin de lui

ôter, selon nos conventions, tout espoir de trouver ressource en elle. Mais enfin elle dit deux choses qui, même

atténuées, méritent attention de votre part:

1° “je me couche à minuit et me lève à 4h.1/4”; c’est là évidemment un travail au-dessus, comme

ordinaire, des forces de la plus robuste chambrière que vous puissiez jamais trouver à Angers intra limites

aetatis canonicae;

2° “mes jambes sont enflées”.

Vous recommanderez, n’est-ce pas, à Mme Guillot l’économie de ses forces, comme celle du beurre

et du charbon. Donnez plutôt quelques raccommodages à faire au dehors. Vous m’aviez dit que Jules aiderait sa

mère; dans les faits il peut, à la cuisine, préparer et nettoyer bien des choses. Je ne vois pas qu’il en soit

question.

Pas un mot non plus du loisir laissé à Mme Guillot pour prier et fréquenter les Sacrements. Je lui ai

dit qu’elle serait bien libre à cet égard. S’il faut qu’elle le soit moralement, il faut qu’elle le soit aussi

matériellement.

Voyez comme je me permets de vous donner des avis, moi pauvre simple soldat, à un colonel de deux

régiments, à un Supérieur de par l’Evêque et de par notre Père! Vous me le pardonnerez, n’est-ce pas, en faveur

de l’intention ?

Mille choses à tous vos bons Frères; un baiser à mon petit Jules, si heureux d’être votre clerc. Soignez

votre santé en dormant plus et remuant moins. Fermez quelques fois votre porte à ce flot de visiteurs qui

émerveille Mme Guillot.

Adieu, bien cher ami; n’oubliez pas de prier pour la Communauté, pour les œuvres et pour Ste-Anne

plus que jamais.

Tout à vous en N. S.

P.S. de M. Le Prevost:

Bien cher ami et fils en N. S.

l’abbé Planchat

Vous prendrez, comme ils doivent être pris, les avis de M. Planchat, qui du reste à la

réflexion a bien saisi le sens des paroles de Mme Guyot, laquelle ne donnait pas comme ordinaires

les fatigues qu’elle avait eues à porter, mais seulement comme accidentelles et comme résultant d’un

peu d’arriéré, soit dans ses affaires propres, soit dans celles de la Maison. Elle semble satisfaite

d’ailleurs et se loue beaucoup des bons procédés de toute la famille d’Angers.

Comment allez-vous, cher ami, ce temps mou est bien défavorable aux santés débiles. Ici

M. Lacroix à peine entré, fait une petite maladie, suite de ses fatigues de l’ordination; il va mieux,

157


mais l’épuisement résultant de ses cinq années de vie recluse est bien manifeste et sera long à

réparer. Il se plaît jusqu’ici au milieu de nous. M. Braun soutient assez bien ses jeunes gens, mais sa

santé est dix fois plus chancelante que la vôtre. C’est avec ces instruments ébréchés que le grand

Maître se plaît à faire ses chefs d’œuvre; il est plus manifeste ainsi que le grand art de l’Ouvrier a su

triompher, malgré l’imperfection des instruments.

Adieu, bien cher ami; complaisons-nous dans nos faiblesses et impuissances, si elles

servent à la gloire de notre Dieu.

Embrassez vos Frères, que j’embrasse ici moi-même en votre personne et dans les Cœurs

Sacrés de Jésus et de Marie.

Votre ami et Père

Le Prevost

31 janvier

P. S. Nous recevons votre lettre à l’instant.

Hélas! que de charges pour les jours gras; et que ce moyen de remettre sa santé doit être

peu efficace! Je présume bien que vous n’avez pu rien retrancher; c’est pourtant bien compliqué.

On me dit qu’à Nantes, où le patronage est parmi les meilleurs, il n’y a que deux fêtes un

peu notables par an. Si avec le temps nous pouvions, dans toutes nos œuvres, simplifier un peu nos

moyens, nous serions certainement en progrès; vous en êtes, j’en suis sûr, convaincu comme moi;

peut-être avec de la persévérance y arriverons-nous.

Adieu encore, cher enfant; ne manquez pas de nous donner très souvent de vos nouvelles,

ne fût-ce que par un mot.

Votre tout affectionné Père

Le Prevost

252- à un Général

Monsieur le Général,

Charonne - Paris, 19 février 1866

Permettez-moi de vous exprimer toute ma reconnaissance pour l’accueil si bienveillant que vous avez

bien voulu faire il y a quelques jours au jeune BACHELOT, naguère enfant de troupe dans les zouaves. Je vous

adresse de nouveau ce pauvre enfant qui ne peut faire son chemin que dans la carrière militaire; les essais que

nous venons de faire d’un apprentissage le prouvent. Si son bulletin de naissance et l’acte de naissance de la

mère, ayant épousé, depuis la naissance du petit, le Sieur Bachelot, ne suffisent pas; s’il fallait en outre l’acte de

mariage où doit être mentionnée la reconnaissance de l’enfant par le Sieur Bachelot, veuillez me le faire savoir.

Daignez agréer, Monsieur le Général, l’assurance de ma haute considération.

253 - Présentation de l’Œuvre de Ste Anne

Votre très humble...

l’abbé Planchat, prêtre

Il s’agit de présenter l’Œuvre de la chapelle Ste-Anne, différente du Patronage de même nom; ce texte

reviendra, adapté, dans les demandes du Père.

Paris - église de la Madeleine, mardi 27 février 1866

A la suite du sermon de 1h, prêché par M. l’abbé Michaud, quête en faveur de la chapelle Ste-Anne

de Charonne (20 ème arrondissement) et des œuvres spéciales qui s’y rattachent.

Ces œuvres sont:

1° L’entretien de la chapelle

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2° L’œuvre des premières communions d’adultes, apprentis et jeunes ouvriers. Cette œuvre

comprend: le catéchisme du soir, soutenu par des encouragements divers -- les Retraites: deux de Première

Communion et deux de Confirmation chaque année.

Pour la première communion, les jeunes gens sont nourris quatre jours et habillés en grande partie;

250 premières communions et 350 confirmations, tant de pauvres italiens que de français, ont été

réalisées en deux ans et demie, avec l’autorisation pour les premières communions de MM. les Curés respectifs

de 18 paroisses;

3° Visite des familles des jeunes gens du Patronage - Plus de 200 malades ont dû à ces visites la

pieuse réception des Sacrements.

Ces diverses œuvres accessoires au Patronage, restent entièrement à la charge de l’aumônier. Pauvre

religieux, l’aumônier n’a d’autres ressources que celles de la charité.

l’abbé Planchat, prêtre

aumônier de Ste-Anne

254 - à un bienfaiteur

J’ai besoin de votre aide -- “la lourde tâche que mes supérieurs m’ont imposée”.

Charonne, le 12 ème jour du mois de Marie 1866

Depuis longtemps je me propose d'entrer e