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Diapositive 1 - Département de mathématiques et de statistique ...

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4ctes


Équipe d’édition :<br />

Jean-Clau<strong>de</strong> Girard, Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu,<br />

Marie-Jane Haguel, Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke,<br />

Gisèle Pay<strong>et</strong>te, Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke.<br />

Association mathématique du Québec<br />

Centre 7400<br />

7400, Boulevard St-Laurent, bureau 2579<br />

Montréal, Québec,<br />

H2R 2Y1, Canada<br />

Téléphone : (514) 278-4263<br />

Télécopieur : (514) 948-6423<br />

Courriel : amq@belln<strong>et</strong>.ca<br />

http://newton.mat.ulaval.ca/amq/<br />

Dépôt légal – Bibliothèque nationale du Québec, 2008<br />

Bibliothèque nationale du Canada, 2008<br />

978-2-9802297-5-6 (version PDF)


Actes du 49 e congrès<br />

Association mathématique du Québec


ACTES<br />

DU 49 e CONGRÈS DE<br />

L’ASSOCIATION MATHÉMATIQUE DU QUÉBEC<br />

MATHÉMATIQUES ET DIVERSITÉ CULTURELLE<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Congrès conjoint avec<br />

Espace mathématique francophone 2006 (EMF 2006)<br />

Groupe <strong>de</strong>s responsables <strong>de</strong> la mathématique au secondaire (GRMS)<br />

Message du prési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> l’AMQ 5<br />

Thème 7<br />

Conférences 11<br />

Ateliers 29<br />

Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au<br />

secondaire en <strong>mathématiques</strong><br />

Nadine Bednarz, UQAM,<br />

Josée Lafontaine, École Notre-Dame-<strong>de</strong>-Fatima,<br />

Mélanie Auclair, Polyvalente la Frontalière,<br />

Carole Morelli, Chantal Leroux, Commission scolaire <strong>de</strong>s Hauts-Cantons. 31<br />

Mathématiques <strong>de</strong> pointe au primaire<br />

Robert Bilinski, Collège Montmorency . 39<br />

Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique<br />

Chantal Buteau, Brock University St.Catharines, Ontario. 43<br />

Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières<br />

France Caron, Université <strong>de</strong> Montréal. 51<br />

L'analyse <strong>de</strong> copies d'élèves : un exercice <strong>de</strong> jugement professionnel ?<br />

Renée Caron, Université <strong>de</strong> Montréal. 59<br />

Les situations-recherche, Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong><br />

Léa Cartier, Karine Godot, Laboratoire Leibniz, Grenoble, France,<br />

Eva Knoll, Mount Saint Vincent University, Halifax, Canada,<br />

Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong>. IUFM <strong>de</strong> Créteil, France,<br />

Université Paris 7 DIDIREM, Paris, France. 63<br />

Mathématiques <strong>et</strong> Contes<br />

Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane, IUFM <strong>de</strong> Créteil, France. 77<br />

Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong><br />

Louis Charbonneau, UQAM. 81


Le logiciel Mathenpoche<br />

Benjamin Clerc, IREM <strong>de</strong> Montpellier, France. 89<br />

Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques<br />

Julien Constantin, Université <strong>de</strong> Sherbrooke. 95<br />

Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs<br />

Sylvie Coppé, IUFM <strong>de</strong> Lyon, France. 105<br />

L’approche par problème vécue par les élèves : Peut-on faire casser un verre<br />

<strong>de</strong> cristal avec une on<strong>de</strong> sonore?<br />

Audrey Corbeil Therrien, Guillaume Lapointe, Geneviève Vézina,<br />

étudiants au Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke. 113<br />

Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration<br />

Claudia Corriveau, Denis Tanguay, UQAM. 117<br />

Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou<br />

l'homologie pour les gourmands<br />

Sara Derivière, Anik Trahan <strong>et</strong> Tomasz Kaczynski, Université <strong>de</strong> Sherbrooke. 127<br />

Sur le concept d’indépendance linéaire<br />

Jean-Luc Dorier, IUFM <strong>de</strong> Lyon <strong>et</strong><br />

Équipe DDM, laboratoire Leibniz, Grenoble, France. 133<br />

Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique, Implication <strong>et</strong> quantification<br />

Viviane Durand-Guerrier, IUFM <strong>de</strong> Lyon,<br />

LIRDHIST-UCBL Lyon 1,<br />

IREM <strong>de</strong> Lyon, France. 139<br />

Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne<br />

Philippe Etchecopar, département <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, Jean-Clau<strong>de</strong> Simard, département<br />

<strong>de</strong> philosophie, Cégep <strong>de</strong> Rimouski. 149<br />

Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

preuve en mathématique<br />

Denise Grenier, Laboratoire Leibniz, Université Joseph Fourier,<br />

Grenoble, France. 155<br />

Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

Jacques Lefebvre, UQAM. 163<br />

Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes :<br />

l’exemple d’un travail <strong>de</strong> session proposé aux élèves du programme <strong>de</strong> Sciences <strong>de</strong><br />

la nature du Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke dans le cadre <strong>de</strong> leur cours d’algèbre linéaire<br />

Nicolas Pfister, Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke. 169<br />

Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en<br />

physique<br />

Marc Rogalski, Université <strong>de</strong>s Sciences <strong>et</strong> Technologies <strong>de</strong> Lille, France. 181<br />

Les dénombrements<br />

Jacques Sormany, UQAC <strong>et</strong> Cégep <strong>de</strong> Chicoutimi. 189<br />

Table ron<strong>de</strong> 199


À l’occasion <strong>de</strong> la journée commune au congrès Espace mathématique francophone, à la 29 e Session du<br />

GRMS, au 49 e Congrès <strong>de</strong> l’AMQ <strong>et</strong> au Colloque du primaire, voici quelques notes historiques sur l’AMQ. Pour en<br />

savoir plus, on peut consulter le site<br />

http://www.mlink.n<strong>et</strong>/~amq/AMQ/Organisation/histo.html<br />

L’Association mathématique du Québec (AMQ) a été fondée en 1958 par Maurice L’Abbé, l’un <strong>de</strong>s bâtisseurs<br />

<strong>de</strong>s sciences <strong>mathématiques</strong> au Québec. Elle regroupe les personnes intéressées par les <strong>mathématiques</strong>, leur<br />

enseignement <strong>et</strong> leurs applications. Depuis 1959, l’AMQ organise <strong>de</strong>s concours <strong>et</strong> <strong>de</strong>s camps <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong><br />

niveau secondaire <strong>et</strong> collégial, <strong>et</strong> publie une revue trimestrielle : le Bull<strong>et</strong>in AMQ. L’un <strong>de</strong>s groupes d’intérêt <strong>de</strong><br />

l’AMQ, le Groupe <strong>de</strong>s chercheurs en sciences <strong>mathématiques</strong>, publie <strong>de</strong>puis 1977 les Annales <strong>de</strong>s sciences<br />

<strong>mathématiques</strong> du Québec, une revue internationale <strong>de</strong> recherche en <strong>mathématiques</strong>. Un autre groupe d’intérêt <strong>de</strong><br />

l’AMQ, le Groupe <strong>de</strong>s didacticiens <strong>de</strong> la mathématique ( GDM ) organise régulièrement <strong>de</strong>puis sa fondation en<br />

1970 <strong>de</strong>s colloques sur la didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. L’AMQ a établi <strong>de</strong> nombreux partenariats avec <strong>de</strong>s<br />

institutions québécoises, en particulier avec l’Institut <strong>de</strong>s sciences <strong>mathématiques</strong> (ISM) dans le proj<strong>et</strong> Liaison cégepsuniversités<br />

<strong>et</strong> avec le Groupe <strong>de</strong>s responsables en <strong>mathématiques</strong> au secondaire (GRMS) en décernant chaque année dans cinq<br />

universités québécoises la Médaille <strong>de</strong> l’AMQ <strong>et</strong> du GRMS pour la formation <strong>de</strong>s maîtres du secondaire. Depuis la<br />

dissolution <strong>de</strong> l’Association <strong>de</strong>s promoteurs <strong>de</strong> l’avancement <strong>de</strong> la mathématique à l’élémentaire (APAME), l’AMQ a hérité <strong>de</strong> la<br />

responsabilité <strong>de</strong> l’enseignement mathématique au primaire. En remplacement <strong>de</strong> la revue Instantanés <strong>mathématiques</strong>,<br />

dont près <strong>de</strong> 40 volumes ont été publiés par l’APAME, une revue virtuelle MATH VIP consacrée à l’enseignement<br />

primaire a été lancée en 2005 sous l’égi<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’AMQ.<br />

L’AMQ a participé <strong>de</strong> façon active aux débats sur l’éducation au Québec en présentant <strong>de</strong>puis 1965 <strong>de</strong><br />

nombreux mémoires au Ministère <strong>de</strong> l’éducation <strong>et</strong> en intervenant auprès <strong>de</strong>s organismes à vocation éducative au<br />

Québec. Les dossiers récents portent sur la place <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans les programmes collégiaux en sciences<br />

humaines ou en techniques, <strong>et</strong> sur l’accès à la profession enseignante au secondaire pour les diplômés en sciences<br />

<strong>mathématiques</strong>. La formation <strong>de</strong>s maîtres du primaire <strong>et</strong> du secondaire ainsi que les programmes du secondaire ont<br />

toujours été au cœur <strong>de</strong>s préoccupations <strong>de</strong> l’Association <strong>de</strong>puis sa fondation. Enfin, l’AMQ est actuellement, grâce<br />

à son prési<strong>de</strong>nt, particulièrement active dans le domaine <strong>de</strong> la vulgarisation scientifique en <strong>mathématiques</strong>.<br />

Site <strong>de</strong> l’AMQ sur la Toile : http://newton.mat.ulaval.ca/amq/.<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 4 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


MESSAGE DU PRÉSIDENT<br />

DE L’ASSOCIATION MATHÉMATIQUE DU QUÉBEC<br />

Le 49e Congrès <strong>de</strong> l'Association Mathématique du Québec se tient c<strong>et</strong>te année sous le thème Mathématiques <strong>et</strong><br />

diversité culturelle.<br />

On a voulu par là attirer l’attention sur les relations très variées qu’entr<strong>et</strong>iennent les <strong>mathématiques</strong> avec les<br />

autres activités humaines. Les <strong>mathématiques</strong> sont en eff<strong>et</strong> pratiquées dans <strong>de</strong>s contextes sociaux <strong>et</strong> culturels très<br />

variés, sur les cinq continents <strong>et</strong> <strong>de</strong>puis les temps les plus anciens. De plus, <strong>de</strong>puis un siècle, elles ont donné<br />

naissance à <strong>de</strong>s disciplines nouvelles : <strong>statistique</strong>, recherche opérationnelle, informatique, <strong>et</strong>c. ayant leur culture<br />

propre <strong>et</strong> agissant <strong>de</strong> façon autonome. Elles interviennent aussi, aujourd’hui plus que jamais, dans les applications<br />

les plus diverses.<br />

Ce congrès revêt <strong>de</strong> plus un caractère bien spécial car il se tient au même moment <strong>et</strong> au même endroit que<br />

le troisième colloque Espace mathématique francophone <strong>et</strong> que le congrès annuel du GRMS. Il y aura également un<br />

Colloque du primaire, organisé sous les auspices <strong>de</strong> l’AMQ, qui augure bien <strong>de</strong> la relance <strong>de</strong>s activités <strong>mathématiques</strong><br />

<strong>de</strong>stinées aux enseignantes <strong>et</strong> enseignants du primaire. C'est ainsi qu'à l'aube <strong>de</strong> l'été 2006 se tient à l'Université <strong>de</strong><br />

Sherbrooke une sorte <strong>de</strong> « happening mathématique » qui ne manquera pas d'intéresser le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'enseignement<br />

ainsi que, grâce à la participation <strong>de</strong>s médias, la population en général.<br />

C'est pourquoi nous avons décidé <strong>de</strong> tenir le 31 mai une journée commune à tous ces colloques, laquelle se<br />

terminera en soirée par le spectacle Show Math, accessible au grand public, tant aux jeunes qu'aux moins jeunes.<br />

C<strong>et</strong>te journée commune, qui se veut l'événement marquant du congrès, sera une occasion unique pour les<br />

intervenants <strong>de</strong> tous les ordres d'enseignement : primaire, secondaire, collégial <strong>et</strong> universitaire, du Québec <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

francophonie, d'échanger sur les meilleures façons <strong>de</strong> structurer le cheminement scolaire <strong>de</strong>s étudiants <strong>et</strong> étudiantes<br />

en <strong>mathématiques</strong>.<br />

C'est d’ailleurs un peu dans c<strong>et</strong> esprit que nous tiendrons le len<strong>de</strong>main matin <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te journée commune<br />

une réunion <strong>de</strong>s coordonnateurs <strong>de</strong>s départements <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s cégeps, suivie en après-midi d'une table<br />

ron<strong>de</strong> AMQ-GRMS portant sur l'interface secondaire — post secondaire<br />

Au nom <strong>de</strong> l'AMQ, je tiens à remercier l'Université <strong>de</strong> Sherbrooke qui a bien voulu nous accueillir sur son<br />

magnifique campus ainsi que le comité organisateur pour le formidable travail accompli au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rniers mois.<br />

Enfin, mes remerciements vont au Comité d’organisation <strong>de</strong> Espace mathématique francophone qui fournit à l’AMQ une<br />

occasion exceptionnelle <strong>de</strong> participer à la francophonie mathématique dans le domaine <strong>de</strong> l’enseignement.<br />

JEAN-MARIE DE KONINCK, prési<strong>de</strong>nt<br />

Association mathématique du Québec.<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 5 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 6 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


THÈME<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 7 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 8 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


MATHÉMATIQUES ET DIVERSITÉ CULTURELLE<br />

Comme la musique <strong>et</strong> les arts plastiques, les <strong>mathématiques</strong> sont un langage universel <strong>et</strong> l’une <strong>de</strong>s activités<br />

créatrices fondamentales <strong>de</strong> l’homme, attachée à sa nature même. Elles n’ont d’existence que par <strong>et</strong> dans le cerveau<br />

humain. Ce caractère universel <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ne va-t-il pas <strong>de</strong> pair avec le mouvement actuel <strong>de</strong><br />

mondialisation ? Ou, au contraire, doit-on distinguer soigneusement universalité <strong>et</strong> mondialisation ? Quel est alors<br />

le rôle <strong>de</strong>s diverses cultures dans le développement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, le rôle <strong>de</strong> l’affectivité, <strong>de</strong> la passion, du côté<br />

droit du cerveau ? Préserver la diversité culturelle aura-t-il une influence positive sur le développement <strong>de</strong>s sciences<br />

<strong>mathématiques</strong>, sur leur enseignement, sur leurs applications ?<br />

Voici un thème <strong>de</strong> réflexion <strong>et</strong> quelques questions qui se posent naturellement en ce 49 e congrès <strong>de</strong><br />

l’Association mathématique du Québec qui aura lieu conjointement avec le congrès international Espace mathématique<br />

francophone 2006 (EMF2006) <strong>et</strong> la 33 e session <strong>de</strong> formation du Groupe <strong>de</strong>s responsables <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au secondaire<br />

(GRMS). Les trois premiers congrès EMF2000, tenu en France, EMF2003, tenu en Tunisie <strong>et</strong> EMF2006, qui sera<br />

tenu au Québec, contribuent en eff<strong>et</strong> à développer graduellement une francophonie mathématique illustrant le rôle<br />

<strong>de</strong> la culture française dans l’enseignement <strong>et</strong> la science mathématique.<br />

Les <strong>mathématiques</strong> se sont développées dans <strong>de</strong>s cultures particulières <strong>et</strong> en même temps qu’elles. C’est<br />

ainsi que l’on peut parler <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> babyloniennes, chinoises, indoues, égyptiennes, grecques, arabes,<br />

italiennes, françaises, anglaises, alleman<strong>de</strong>s, russes, américaines <strong>et</strong> bientôt, sans doute, chinoises au sens mo<strong>de</strong>rne.<br />

Le centre <strong>de</strong> gravité <strong>de</strong> l’activité mathématique s’est déplacé au cours du temps. Il est cependant arrivé <strong>de</strong> longues<br />

pério<strong>de</strong>s <strong>de</strong> stagnation, sous la Rome impériale ou au Moyen-âge par exemple.<br />

L’Occi<strong>de</strong>nt a vécu <strong>de</strong>puis la Renaissance une révolution scientifique <strong>et</strong> technique extraordinaire culminant<br />

dans la mécanique classique, la thermodynamique, la théorie électromagnétique, la théorie <strong>de</strong> la relativité, la<br />

mécanique quantique, la théorie du chaos, la théorie <strong>de</strong> l’information <strong>et</strong> toutes les inventions que l’on a tirées <strong>de</strong> ces<br />

avancées théoriques. Le phénomène actuel <strong>de</strong> la mondialisation, avec ses valeurs d’uniformité <strong>et</strong> <strong>de</strong> standardisation<br />

qui menace la diversité <strong>de</strong>s cultures, laisse-t-il présager une autre pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> stagnation <strong>de</strong>s sciences<br />

théoriques ?<br />

La défense <strong>de</strong> la diversité culturelle ne serait-elle pas au fond une façon <strong>de</strong> valoriser l’universalité en la<br />

recentrant sur l’homme incarné dans une culture plutôt que sur une abstraction, l’homo economicus, en m<strong>et</strong>tant<br />

l’accent sur la création plutôt que sur la consommation ? Le défi consiste à voir comment cela peut se faire<br />

concrètement au Québec <strong>et</strong> dans l’Espace francophone dans le domaine <strong>de</strong>s sciences <strong>mathématiques</strong>.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 9 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 10 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


CONFÉRENCES<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 11 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Madame Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

IMAG, IUFM <strong>de</strong> Grenoble, France<br />

Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong> est une didacticienne <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> bien connue, intervenant dans la formation<br />

<strong>de</strong>s enseignants au primaire, secondaire <strong>et</strong> collégial en France. Elle est responsable d'une équipe <strong>de</strong> recherche<br />

travaillant sur les environnements informatiques dans l'apprentissage <strong>et</strong> l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />

Elle a travaillé par le passé sur les questions qui touchent le rôle du langage dans l'enseignement <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, l'apprentissage <strong>de</strong> la preuve en géométrie <strong>et</strong> s'est intéressée à l'apport <strong>de</strong>s interactions sociales<br />

dans l'apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Ses travaux <strong>de</strong> recherche au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années ont plus<br />

spécifiquement porté sur les apports d'un environnement informatique dans les apprentissages en<br />

<strong>mathématiques</strong>. Ils touchent à <strong>de</strong>s suj<strong>et</strong>s aussi divers dans ce cas que l'apport <strong>de</strong>s environnements <strong>de</strong> géométrie<br />

dynamique sur l'apprentissage <strong>de</strong> la géométrie à l'école primaire <strong>et</strong> au début du secondaire, au développement<br />

<strong>de</strong>s notions <strong>de</strong> variable <strong>et</strong> fonction, probabilité, d'équations différentielles ou <strong>de</strong> vecteur permises par les outils<br />

<strong>de</strong> cabri géomètre pour favoriser l'apprentissage. Elle s'est intéressée aussi aux simulations informatiques<br />

comme ai<strong>de</strong> à la conceptualisation dans le cadre <strong>de</strong> formations professionnelles (à la conception par exemple <strong>de</strong><br />

situations d'apprentissage <strong>de</strong>stinées à la formation <strong>de</strong> travailleurs du bâtiment). Elle est ainsi une <strong>de</strong>s personnes<br />

les mieux placées actuellement pour nous faire part <strong>de</strong>s défis que pose l'utilisation <strong>de</strong>s technologies dans<br />

l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />

CONFÉRENCE PRINCIPALE<br />

LA PLACE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES EN CLASSE DE MATHÉMATIQUES:<br />

NI DÉFI NI MODUS VIVENDI<br />

Les défis technologiques multiples dans notre société actuelle ne semblent pourtant pas avoir atteint<br />

aussi profondément la vie quotidienne <strong>de</strong> l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. En se fondant sur <strong>de</strong>s cadres<br />

théoriques <strong>et</strong> <strong>de</strong>s recherches développés dans différents pays, l'exposé cherchera à analyser les processus<br />

d'intégration <strong>de</strong>s nouveaux outils technologiques au quotidien <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, en montrant qu'ils<br />

touchent à <strong>de</strong> nombreux aspects <strong>de</strong> l'enseignement: la forme <strong>et</strong> le contenu <strong>de</strong>s savoirs à enseigner, les tâches à<br />

proposer aux élèves, la gestion <strong>de</strong> la classe <strong>et</strong> celle du temps, la relation didactique, l'évaluation institutionnelle.<br />

Deux éléments sensibles <strong>et</strong> critiques dans ce processus seront particulièrement obj<strong>et</strong> d'attention: l'enseignant <strong>et</strong><br />

la conception même <strong>de</strong>s technologies.<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 12 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les nouvelles technologies dans<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> :<br />

entre défi <strong>et</strong> modus vivendi<br />

Le présent exposé offre une courte synthèse sur le rôle <strong>et</strong> les usages <strong>de</strong>s nouvelles<br />

technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, en s’appuyant sur quelques<br />

cadres théoriques. Il se centre sur la complexité du processus d’intégration, en<br />

abordant quatre aspects <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te complexité : les changements introduits par les<br />

technologies dans l’activité mathématique en classe, les difficultés <strong>de</strong>s élèves dans<br />

la résolution <strong>de</strong> problèmes en environnement technologique, les conditions sur les<br />

tâches données à faire avec les nouvelles technologies <strong>et</strong> <strong>de</strong>stinées à favoriser<br />

l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, la complexité d’une gestion <strong>de</strong> classe intégrant<br />

les nouvelles technologies. Les éléments <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te analyse sont illustrés par <strong>de</strong>s<br />

exemples portant en gran<strong>de</strong> partie sur <strong>de</strong>s technologies <strong>de</strong> géométrie dynamique;<br />

une analyse analogue pourrait être conduite sur d’autres environnements comme le<br />

montrent certains exemples <strong>de</strong> l’exposé.<br />

Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

IUFM <strong>de</strong> Grenoble<br />

<strong>et</strong> Université<br />

Joseph Fourier,<br />

Grenoble,<br />

Équipe IAM<br />

46 av FélixViall<strong>et</strong><br />

38 000 GRENOBLE<br />

CEDEX France<br />

Col<strong>et</strong>te.Labor<strong>de</strong>@<br />

imag.fr<br />

L<br />

es jeunes vivent dans un mon<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />

technologies ubiquitaires qui se<br />

développent à un rythme rapi<strong>de</strong> <strong>et</strong><br />

l’informatique a envahi le mon<strong>de</strong> du travail.<br />

L’école ne peut plus ignorer c<strong>et</strong>te présence<br />

croissante <strong>de</strong> l’informatique <strong>et</strong> se contenter<br />

d’accepter la coexistence <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux mon<strong>de</strong>s,<br />

celui <strong>de</strong>s jeux vidéo, <strong>de</strong>s téléphones mobiles,<br />

d’Intern<strong>et</strong> à la maison <strong>et</strong> dans la rue d’une<br />

part, celui du papier crayon à l’école d’autre<br />

part. L’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est<br />

particulièrement concerné par ces<br />

changements dans la mesure où <strong>de</strong>s<br />

technologies spécifiques sont adaptées à<br />

l’activité mathématique. Quelles technologies<br />

intégrer? Comment les utiliser en classe? Avec<br />

quels objectifs <strong>et</strong> dans quel type d’activités<br />

pour les élèves? Ces questions ne sont pas<br />

nouvelles.<br />

Il y a maintenant trente ans que l’enseignement<br />

mathématique est confronté à ce type <strong>de</strong><br />

questions. En 1976, au congrès ICME 3 à<br />

Karlsruhe, un panel avait ainsi été organisé sur<br />

le suj<strong>et</strong> brûlant <strong>de</strong> l’époque : faut-il utiliser les<br />

calculatrices à l’école élémentaire? Cependant,<br />

la situation n’est plus la même. En 2006, en<br />

France, l’épreuve <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> du<br />

concours <strong>de</strong> recrutement <strong>de</strong>s professeurs<br />

d’école donnée dans une région <strong>de</strong> la France a<br />

<strong>de</strong>mandé aux candidats <strong>de</strong> discuter, en<br />

contraste avec le papier crayon, la contribution<br />

<strong>de</strong> la géométrie dynamique dans une synthèse<br />

collective portant sur la plus courte distance<br />

d’un point à tous les points d’une droite 1.<br />

De fait, ces trente <strong>de</strong>rnières années ont connu<br />

<strong>de</strong> nombreux changements. L’intégration <strong>de</strong>s<br />

nouvelles technologies ne donne plus lieu à<br />

<strong>de</strong>s positions extrêmes <strong>et</strong> s’est fait jour dans le<br />

mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> manière plus ou moins poussée<br />

(Wong 2003). On dispose <strong>de</strong> cadres théoriques<br />

pour analyser les activités <strong>mathématiques</strong><br />

instrumentées, <strong>de</strong> nombreux enseignements<br />

innovants ont été développés <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

nombreuses analyses ont porté sur les usages<br />

par les élèves (pour une revue <strong>de</strong> la littérature<br />

à ce suj<strong>et</strong> entre 1994 <strong>et</strong> 1998, consulter<br />

Lagrange <strong>et</strong> coll. 2003). L’objectif <strong>de</strong> c<strong>et</strong><br />

exposé est <strong>de</strong> fournir une synthèse <strong>de</strong>s aspects<br />

saillants <strong>de</strong> la recherche sur le suj<strong>et</strong>.<br />

Dans la diversité <strong>de</strong>s technologies qui ont vu<br />

le jour lors <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières décennies, on peut<br />

distinguer les catégories suivantes, même si,<br />

comme le remarquent Hoyles <strong>et</strong> Noss (2003,<br />

p. 326), les catégories ne sont plus aussi<br />

1 L’épreuve peut être consultée sur Intern<strong>et</strong> à<br />

l’adresse<br />

http://www.education.gouv.fr/siac/siac1/suj<strong>et</strong>s20<br />

06/MAT-06-PG3.pdf (juill<strong>et</strong> 2006)<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 13 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> : entre défi <strong>et</strong> modus vivendi Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

tranchées actuellement en raison <strong>de</strong>s développements<br />

technologiques :<br />

- les outils pour l’activité mathématique qui vont <strong>de</strong>s<br />

calculatrices scientifiques aux logiciels comme <strong>de</strong>s grapheurs,<br />

<strong>de</strong>s éditeurs <strong>de</strong><br />

données, <strong>de</strong>s tableurs, <strong>de</strong>s environnements <strong>de</strong> géométrie<br />

dynamique, en passant par <strong>de</strong>s calculatrices avancées;<br />

- les ressources pour les élèves ou enseignants : Intern<strong>et</strong>,<br />

espaces numériques <strong>de</strong> travail;<br />

- les tuteurs plus ou moins « intelligents », plus ou moins<br />

ouverts;<br />

- <strong>de</strong>s dispositifs techniques comme les tableaux interactifs.<br />

C<strong>et</strong> exposé se restreint aux technologies outils <strong>de</strong> l’activité<br />

mathématique qui ont donné lieu au plus grand nombre<br />

d’étu<strong>de</strong>s parce qu’elles ont été les plus intégrées dans<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, quoique certes <strong>de</strong> façon<br />

inégale selon les pays.<br />

L’exposé porte sur les relations entre les connaissances<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> l’activité instrumentée par les technologies<br />

à l’école, entre élèves <strong>et</strong> technologies, entre enseignants <strong>et</strong><br />

technologies. La plupart <strong>de</strong>s exemples portent sur la<br />

géométrie dynamique, mais une analyse analogue pourrait<br />

être menée sur d’autres environnements.<br />

1. Faire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> à l’école<br />

avec <strong>de</strong>s technologies : qu'est-ce que cela<br />

change?<br />

Parmi les nombreux aspects <strong>de</strong> l’impact <strong>de</strong>s technologies sur<br />

l’activité mathématique, ce sont les changements résultant<br />

<strong>de</strong>s possibilités graphiques <strong>et</strong> <strong>de</strong> calcul qui sont abordés ici.<br />

1.1. Nouvelles formes <strong>de</strong> représentation<br />

<strong>de</strong>s connaissances<br />

Une première caractéristique <strong>de</strong>s technologies rési<strong>de</strong> dans<br />

l’existence <strong>de</strong> représentations multiples, le plus souvent en<br />

interrelation. Le rôle <strong>de</strong>s représentations dans les usages dans<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est essentiel comme<br />

l’écrivent Hoyles <strong>et</strong> Noss (2003, p.26) pour qui les<br />

technologies numériques sont <strong>de</strong>s formes interactives <strong>de</strong><br />

représentation qui médient <strong>et</strong> sont médiées par la pensée<br />

mathématique <strong>et</strong> son expression. Comme ces auteurs le<br />

soulignent, les systèmes <strong>de</strong> présentation ou représentation <strong>de</strong><br />

nos pensées à nous-mêmes ou aux autres pour constituer une<br />

mémoire <strong>et</strong> communiquer dans le temps <strong>et</strong> l’espace, pour<br />

raisonner <strong>et</strong> calculer, constituent une partie fondamentale <strong>de</strong><br />

notre infrastructure culturelle.<br />

Les obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong> sont idéaux, avaient tranché les<br />

Grecs anciens. Ils ne sont accessibles que par <strong>de</strong>s<br />

représentations (D’Amore 2003 pp.39-43, Duval 2000).<br />

Bosch <strong>et</strong> Chevallard (1999), après avoir introduit la<br />

distinction entre les obj<strong>et</strong>s ostensifs <strong>et</strong> non ostensifs,<br />

déclarent que les mathématiciens ont par trop envisagé leur<br />

travail comme portant sur les non ostensifs <strong>et</strong> ont sous-<br />

estimé les traitements qu’ils opèrent sur les ostensifs<br />

(diagrammes, formules, expressions algébriques,<br />

représentations graphiques) en ne leur accordant qu’un rôle<br />

auxiliaire. Moreno Armella affirme par ailleurs que toute<br />

activité cognitive est médiée par <strong>de</strong>s outils matériels ou<br />

symboliques (1999). Or toute représentation d’un obj<strong>et</strong><br />

mathématique m<strong>et</strong> au premier plan certaines caractéristiques<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong> obj<strong>et</strong> en même temps qu’elle en relègue d’autres à<br />

l’arrière-plan. Elle n’est pas sans eff<strong>et</strong> sur la conception que<br />

l’on se forge <strong>de</strong> c<strong>et</strong> obj<strong>et</strong>. Ainsi la représentation graphique<br />

sur papier <strong>de</strong> la fonction exponentielle e x ne coïnci<strong>de</strong>-t-elle<br />

en aucun endroit avec l’axe <strong>de</strong>s abscisses alors que c’est le cas<br />

pour les représentations sur ordinateur (dès que x est<br />

inférieur à -4 avec une unité <strong>de</strong> 1cm). La représentation<br />

papier crayon rompt la règle <strong>de</strong> représentation à l’échelle<br />

pour accentuer le fait que le graphe <strong>de</strong> la fonction est<br />

asymptote à l’axe <strong>de</strong>s abscisses tandis que les représentations<br />

sur ordinateur <strong>et</strong> calcul<strong>et</strong>te donnent à voir la p<strong>et</strong>itesse <strong>de</strong> e x.<br />

L’activité mathématique <strong>de</strong>man<strong>de</strong> non seulement<br />

d’interpréter <strong>de</strong>s représentations, mais <strong>de</strong> les manipuler,<br />

d’opérer sur ces <strong>de</strong>rnières. On a pu voir comment dans le<br />

développement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au cours du temps, les<br />

caractéristiques <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> représentation utilisés ont<br />

influé sur les <strong>mathématiques</strong> développées, comme l’écrit<br />

N<strong>et</strong>z (1999) à propos <strong>de</strong> la mathématique grecque à la fois<br />

étayée <strong>et</strong> limitée par les moyens d’expression alors<br />

disponibles. Kaput (2001) affirme que les systèmes d’écriture<br />

<strong>et</strong> d’algèbre ont joué un rôle déterminant sur la pensée <strong>et</strong> les<br />

possibilités d’action.<br />

Les nouvelles technologies introduisent <strong>de</strong> nouveaux<br />

systèmes <strong>de</strong> représentation avec <strong>de</strong>s possibilités accrues <strong>de</strong><br />

manipulation <strong>et</strong> <strong>de</strong> traitement. Par exemple, le déplacement<br />

en géométrie dynamique est un bon exemple <strong>de</strong> tels<br />

changements. Un <strong>de</strong>ssin en géométrie dynamique n’est plus<br />

un <strong>de</strong>ssin statique représentant une instance d’un obj<strong>et</strong><br />

géométrique, mais une classe <strong>de</strong> <strong>de</strong>ssins représentant les<br />

mêmes relations géométriques entre éléments variables<br />

(Labor<strong>de</strong> 1995). Un parallélogramme variable construit sur<br />

les points variables A, B <strong>et</strong> C représente <strong>de</strong>ux relations <strong>de</strong><br />

parallélisme entre <strong>de</strong>ux côtés opposés, pour la paire AB <strong>et</strong><br />

CD d’une part, pour la paire AD <strong>et</strong> BC d’autre part.<br />

L’invariance du parallélisme émerge dans le déplacement par<br />

contraste avec la variation <strong>de</strong>s points <strong>et</strong> constitue l’essence <strong>de</strong><br />

la figure dynamique ainsi construite. La généralité du<br />

parallélogramme est exprimée par c<strong>et</strong>te représentation<br />

dynamique rendue possible par les moyens numériques <strong>et</strong><br />

graphiques <strong>de</strong> l’ordinateur ou <strong>de</strong> la calculatrice. De même,<br />

Haspekian (2005) analysant le contenu auquel renvoie une<br />

cellule d’un tableur montre qu’en plus <strong>de</strong> la référence<br />

abstraite/générale d’une variable, un argument d’une cellule<br />

renvoie aussi à une référence particulière concrète (un<br />

nombre), une référence géographique (une adresse spatiale),<br />

<strong>et</strong> une référence matérielle (une boîte dans une grille), aucune<br />

<strong>de</strong> ces trois <strong>de</strong>rnières références n’ayant <strong>de</strong> contre partie en<br />

papier crayon. La fonction <strong>de</strong> recopie est un exemple <strong>de</strong><br />

traitement sémiotique <strong>et</strong> mathématique totalement nouveau.<br />

De plus, comme souligné par Kaput (op.cit), les nouvelles<br />

technologies perm<strong>et</strong>tent une interactivité entre différentes<br />

sortes <strong>de</strong> représentation, telles chaînes <strong>de</strong> caractères,<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 14 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

représentations graphiques, tables <strong>de</strong> valeurs numériques.<br />

Toutes ces caractéristiques créent un potentiel énorme pour<br />

une approche expérimentale <strong>de</strong> l’activité mathématique.<br />

1.2. Une économie d’expérimentation<br />

Les technologies utilisées comme outils <strong>de</strong> l’activité<br />

mathématique sont <strong>de</strong> nature particulière : elles embarquent<br />

<strong>de</strong>s connaissances <strong>mathématiques</strong> au sens où <strong>de</strong>s modèles<br />

<strong>mathématiques</strong> sont sous-jacents au traitement interne en<br />

machine <strong>de</strong>s données entrées par l’utilisateur. Ces<br />

technologies offrent à l’interface <strong>de</strong>s représentations d’obj<strong>et</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> relations sur lesquelles on peut opérer<br />

en mo<strong>de</strong> plus ou moins direct, <strong>et</strong> le résultat <strong>de</strong> ces opérations<br />

est calculé par la machine selon le modèle sous-jacent. On<br />

pourrait certes objecter que les livres aussi embarquent <strong>de</strong>s<br />

connaissances, mais le <strong>de</strong>gré d’interactivité entre machine <strong>et</strong><br />

utilisateur est beaucoup plus élevé. Le résultat fourni par la<br />

machine, censé être mathématiquement consistant, fournit<br />

une rétroaction susceptible d’impact sur l’utilisateur. La<br />

machine perm<strong>et</strong> à l’utilisateur <strong>de</strong> « voir » les obj<strong>et</strong>s se «<br />

comporter » mathématiquement, en un mot <strong>de</strong> voir <strong>de</strong>s<br />

phénomènes <strong>mathématiques</strong>, à la condition évi<strong>de</strong>mment que<br />

l’utilisateur soit capable <strong>de</strong> les interpréter en tant que tels. De<br />

plus, la machine a un potentiel incomparable <strong>de</strong> calcul <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

représentation graphique. Ces <strong>de</strong>ux caractéristiques,<br />

connaissances embarquées <strong>et</strong> possibilités numériques <strong>et</strong><br />

graphiques, contribuent à une économie importante<br />

d’expérimentation <strong>et</strong> modifient la nature même <strong>de</strong> l’activité<br />

mathématique en favorisant une approche expérimentale au<br />

sens large, incluant <strong>de</strong>s activités comme celle <strong>de</strong> modélisation<br />

ou <strong>de</strong> simulation à gran<strong>de</strong> échelle.<br />

2. Élèves <strong>et</strong> nouvelles technologies<br />

Les élèves n’entrent pas immédiatement dans ces diverses<br />

représentations offertes par les technologies. Ils doivent<br />

apprendre à les interpréter <strong>de</strong> façon consistante avec les<br />

<strong>mathématiques</strong> (Noble, Nemirovsky, Dimattia & Wright<br />

2004). Ils doivent donc mobiliser conjointement <strong>de</strong>s<br />

connaissances <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s connaissances sur la<br />

technologie en jeu. Ce <strong>de</strong>rnier type <strong>de</strong> connaissances a été<br />

sous-estimé au début <strong>de</strong> l’usage <strong>de</strong>s technologies dans<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> en un temps où les<br />

technologies ont pu être considérées comme transparentes<br />

ou neutres. L’approche instrumentale développée il y a dix<br />

ans (Vérillon & Rabar<strong>de</strong>l 1995) propose un modèle d’analyse<br />

<strong>de</strong> l’appropriation d’un artefact par l’utilisateur. Ce <strong>de</strong>rnier<br />

construit <strong>de</strong>s structures qui organisent ses actions avec<br />

l’artefact, lui perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> les répéter en les adaptant aux<br />

aspects variables <strong>de</strong> la situation. Ces structures sont appelées<br />

par Rabar<strong>de</strong>l <strong>et</strong> Vérillon schèmes d’utilisation. La genèse<br />

instrumentale est le processus <strong>de</strong> construction <strong>de</strong> tels<br />

schèmes. Elle n’est pas seulement individuelle, mais aussi <strong>de</strong><br />

nature sociale. L’école peut jouer un rôle déterminant dans la<br />

genèse instrumentale <strong>de</strong>s technologies par les élèves <strong>et</strong><br />

donner lieu à l’appropriation <strong>de</strong> techniques instrumentées (au<br />

sens <strong>de</strong> l’approche praxéologique <strong>de</strong> Chevallard 1999)<br />

(Lagrange 2001).<br />

En réaction à l’illusion <strong>de</strong> la libération <strong>de</strong>s élèves du travail<br />

technique par les nouvelles technologies, <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s ont<br />

cherché à analyser l’usage <strong>de</strong>s CAS (systèmes <strong>de</strong> calcul<br />

formel) par les élèves (Guin & Trouche 1999, 2002, Defouad<br />

2000, Artigue 2002). Elles ont relevé les difficultés <strong>de</strong>s élèves<br />

à utiliser les CAS <strong>et</strong> ont décrit les schèmes d’utilisation pour<br />

grapher <strong>de</strong>s fonctions sur <strong>de</strong>s calculatrices avancées afin d’en<br />

inférer leur limite ou leurs variations. Lagrange (1999),<br />

Artigue (2002) <strong>et</strong> Pierce <strong>et</strong> Stacey (2004) mentionnent aussi la<br />

difficulté <strong>de</strong>s élèves à passer d’un type <strong>de</strong> représentation à un<br />

autre dans un CAS.<br />

L’instrumentation d’autres types <strong>de</strong> technologies a aussi<br />

donné lieu à analyse, comme en particulier le déplacement en<br />

géométrie dynamique. Depuis le début <strong>de</strong> l’usage <strong>de</strong> la<br />

géométrie dynamique, il a été observé que les élèves n’ont<br />

pas recours spontanément au déplacement. Ils appellent<br />

l’enseignant pour vérifier que leur figure est correcte avant<br />

même <strong>de</strong> déplacer (Bellemain <strong>et</strong> Capponi 1992). Ou bien, ils<br />

bougent un élément <strong>de</strong> la figure, mais sur une p<strong>et</strong>ite zone<br />

comme s’ils craignent <strong>de</strong> détruire leur figure (Rol<strong>et</strong> 1996).<br />

Sinclair (2003) a observé que <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> 12e année,<br />

quoiqu’initialement intrigués par la possibilité <strong>de</strong> déplacer,<br />

cessent <strong>de</strong> le faire au bout d’un temps assez court, <strong>et</strong> se<br />

contentent <strong>de</strong> raisonner sur une figure statique. Parfois,<br />

certains créent un cas particulier en déplaçant <strong>et</strong> généralisent<br />

à partir <strong>de</strong> ce seul cas. Comme souligné par Strässer (1992), le<br />

déplacement offre une médiation entre <strong>de</strong>ssin <strong>et</strong> figure <strong>et</strong> ne<br />

peut être utilisé comme tel qu’au prix d’une introduction<br />

explicite par l’enseignant. Talmon <strong>et</strong> Yerushalmy (2004)<br />

utilisant un environnement <strong>de</strong> géométrie dynamique (The<br />

Geom<strong>et</strong>er’s Sk<strong>et</strong>chpad 3 <strong>et</strong> The Geom<strong>et</strong>ric Supposer pour<br />

Windows) ont <strong>de</strong>mandé à <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> 9ème année <strong>et</strong> à <strong>de</strong>s<br />

étudiants gradués d’éducation mathématique <strong>de</strong> prévoir le<br />

comportement dynamique <strong>de</strong> points d’une construction<br />

géométrique qu’ils avaient eux-mêmes effectuée suivant une<br />

procédure donnée <strong>et</strong> <strong>de</strong> justifier leur prédiction. L’étu<strong>de</strong><br />

montre que souvent les élèves considèrent une hiérarchie en<br />

sens inverse dans laquelle le déplacement d’un obj<strong>et</strong><br />

provoque le déplacement <strong>de</strong> ses parents <strong>et</strong> non ses<br />

<strong>de</strong>scendants.<br />

Les étu<strong>de</strong>s sur la genèse instrumentale <strong>de</strong> diverses<br />

technologies s’accor<strong>de</strong>nt en général sur la complexité <strong>et</strong> la<br />

durée du processus, ainsi que sur l’imbrication <strong>de</strong>s<br />

connaissances <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s connaissances sur<br />

l’artefact dans ce processus.<br />

Par exemple, le schème <strong>de</strong> vérification qu’une construction «<br />

résiste » bien au déplacement ne relève pas <strong>de</strong> la<br />

manipulation matérielle <strong>de</strong> la souris, mais <strong>de</strong> la<br />

compréhension que le <strong>de</strong>ssin en géométrie dynamique est<br />

caractérisé par un ensemble <strong>de</strong> propriétés invariantes <strong>et</strong> non<br />

par son apparence visuelle. L’usage du déplacement à <strong>de</strong>s fins<br />

<strong>de</strong> vérification nécessite d’entrer dans le mon<strong>de</strong> théorique <strong>de</strong><br />

la géométrie alors que les élèves <strong>de</strong> début d’école secondaire<br />

peuvent se cantonner dans une vue empirique <strong>de</strong> la<br />

géométrie. Arzarello <strong>et</strong> coll. (1998, 2002), Arzarello (2000),<br />

Olivero (2002) ont développé <strong>de</strong>s analyses très fines <strong>de</strong><br />

l’usage du déplacement par les élèves en situation <strong>de</strong><br />

résolution <strong>de</strong> problèmes <strong>et</strong> ont montré comment ils sont liés<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 15 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

au type <strong>de</strong> raisonnement mis en œuvre par les élèves. Là<br />

encore, l’usage instrumenté du déplacement pour explorer le<br />

problème <strong>et</strong> trouver <strong>de</strong>s idées <strong>de</strong> solution est profondément<br />

y<br />

lié aux connaissances <strong>mathématiques</strong>.<br />

y = 0.64x + 2.02<br />

Des conclusions analogues ont été tirées <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s sur les<br />

CAS. Artigue (2002) considère que toute technique<br />

instrumentée possè<strong>de</strong> <strong>de</strong>ux valeurs, une valeur pragmatique<br />

<strong>et</strong> une valeur épistémique (p.248) <strong>et</strong> qu’une instrumentation<br />

efficace requiert <strong>de</strong>s connaissances <strong>mathématiques</strong>. Les<br />

schèmes adéquats d’usage du zoom pour le cadrage <strong>de</strong><br />

représentations graphiques <strong>de</strong> fonctions sont fondés sur la<br />

compréhension que le zoom change les échelles <strong>de</strong>s axes <strong>de</strong><br />

différentes manières suivant le type <strong>de</strong> zoom <strong>et</strong> que le choix<br />

<strong>de</strong> l’échelle agit sur la taille du domaine <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’image <strong>de</strong> la<br />

fonction affichés à l’écran. Dans l’usage <strong>de</strong>s CAS, les élèves<br />

sont confrontés à <strong>de</strong>s problèmes d’équivalence entre <strong>de</strong>s<br />

formes d’expression inhabituelles en papier crayon dus aux<br />

algorithmes implémentés. L’usage contrôlé <strong>de</strong>s CAS<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> distinguer calcul exact <strong>et</strong> approché (Birebent<br />

2001). Dans un pays comme la France, l’enseignement <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> ne donne pas vraiment le même statut aux<br />

<strong>de</strong>ux types <strong>de</strong> calcul : en papier crayon, on effectue <strong>de</strong>s<br />

calculs approchés en cas d’impossibilité <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s calculs<br />

exacts alors que les calculatrices avancées perm<strong>et</strong>tent<br />

indifféremment les <strong>de</strong>ux types <strong>de</strong> calcul.<br />

Noss <strong>et</strong> Hoyles (1996) ont introduit la métaphore <strong>de</strong><br />

l’ordinateur « fenêtre » sur les conceptions <strong>mathématiques</strong><br />

<strong>de</strong>s élèves pour décrire le fait que l’ordinateur peut révéler<br />

<strong>de</strong>s difficultés cachées en raison <strong>de</strong> la nouveauté <strong>de</strong><br />

l’environnement dans lequel les routines usuelles ne<br />

fonctionnent plus. En fait, les observations <strong>de</strong>s démêlés<br />

d’élèves en train <strong>de</strong> résoudre <strong>de</strong>s tâches en environnement<br />

technologique montrent souvent que les problèmes<br />

rencontrés ne relèvent pas <strong>de</strong> problèmes strictement liés à la<br />

technologie, mais bien aux <strong>mathématiques</strong>. Moreno (2006) a<br />

étudié les difficultés <strong>de</strong> futurs enseignants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

sur les équations différentielles ordinaires <strong>de</strong> premier ordre,<br />

déjà initiés à ces équations <strong>de</strong>puis 4 ou 5 ans. Il leur a<br />

<strong>de</strong>mandé <strong>de</strong> déterminer l’équation différentielle <strong>de</strong> la famille<br />

décrite par une courbe variable d’un environnement <strong>de</strong><br />

géométrie dynamique (Cabri-géomètre II plus) (Figure 1). Il<br />

s’agissait <strong>de</strong> la courbe variable <strong>de</strong> la fonction C e x que l’on<br />

faisait varier en déplaçant un point dans tout l’écran.<br />

Trois stratégies étaient possibles :<br />

- reconnaissance <strong>de</strong> la forme <strong>de</strong> la courbe comme<br />

représentante d’une fonction exponentielle e ax dont la valeur<br />

du paramètre a pouvait être trouvée par essai erreur, en<br />

essayant <strong>de</strong>s valeurs testées ensuite en les graphant ;<br />

- une stratégie géométrique dans laquelle la constance<br />

<strong>de</strong> la sous tangence est repérée;<br />

- une stratégie algébrique dans laquelle l’équation <strong>de</strong><br />

la tangente en un point variable P <strong>de</strong> la courbe variable est<br />

affichée ainsi que les coordonnées <strong>de</strong> P : l’égalité <strong>de</strong> la pente<br />

<strong>de</strong> la tangente <strong>et</strong> <strong>de</strong> la coordonnée en y <strong>de</strong> P est inférée lors<br />

du déplacement <strong>de</strong> P.<br />

( - 2.13, 0.64 0.5)<br />

Tous les étudiants ont eu recours à la stratégie algébrique,<br />

mais l’observation fine <strong>de</strong> leurs processus <strong>de</strong> résolution a<br />

révélé <strong>de</strong> profon<strong>de</strong>s difficultés <strong>et</strong> <strong>de</strong>s conceptions<br />

inattendues <strong>de</strong> la notion d’équation différentielle. Certains<br />

étudiants pensaient que l’équation d’une tangente à la courbe<br />

<strong>de</strong>vait être l’équation différentielle, mais ils s’apercevaient <strong>de</strong><br />

leur erreur lorsqu’ils bougeaient P sur la courbe, l’équation <strong>de</strong><br />

la tangente changeant avec le déplacement <strong>de</strong> P. D’autres<br />

pensaient que l’équation différentielle <strong>de</strong>vait être <strong>de</strong> la forme<br />

y’ = a y + b <strong>et</strong> cherchaient a <strong>et</strong> b à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> points<br />

particuliers <strong>de</strong> la courbe variable. Certains cherchaient autant<br />

d’équations différentielles qu’il y avait <strong>de</strong> courbes… La<br />

plupart <strong>de</strong>s étudiants qui ont finalement noté que pour<br />

chaque point P, yP = y’P, n’ont pas reconnu une équation<br />

différentielle dans c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière écriture <strong>et</strong> ne savaient qu’en<br />

faire. De ces observations, il ressort que<br />

- la notion <strong>de</strong> dérivée en analyse n’est pas reliée à la<br />

pente d’une tangente en géométrie analytique;<br />

- une équation différentielle <strong>de</strong> premier ordre n’est<br />

pas vue comme une relation entre la pente <strong>de</strong> la tangente en<br />

tout point <strong>de</strong> la courbe <strong>de</strong> la famille <strong>de</strong>s solutions <strong>et</strong> les<br />

coordonnées du point : les étudiants n’ont pas su utiliser<br />

c<strong>et</strong>te interprétation géométrique à laquelle ils avaient<br />

pourtant été introduits dans leurs étu<strong>de</strong>s.<br />

La relation que les étudiants ont construite entre la famille <strong>de</strong><br />

courbes <strong>et</strong> l’équation différentielle conformément à<br />

l’enseignement reçu est orientée dans le sens équation<br />

différentielle vers courbe : elle repose sur un processus <strong>de</strong><br />

<strong>de</strong>ux étapes, d’abord résoudre l’équation différentielle suivant<br />

un procédé quelque peu algorithmisé puis tracer les courbes<br />

représentatives <strong>de</strong> quelques solutions.<br />

La technologie agit en quelque sorte comme un révélateur <strong>de</strong><br />

conceptions <strong>de</strong>s élèves, car elle rend possible le problème<br />

inverse, celui <strong>de</strong> trouver l’équation différentielle à partir <strong>de</strong> la<br />

famille <strong>de</strong> courbes grâce à un artefact perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> varier la<br />

courbe <strong>et</strong> <strong>de</strong> passer <strong>de</strong> la géométrie à l’algèbre <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’algèbre<br />

à la géométrie. Résoudre un problème non routinier dans un<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 16 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

P<br />

P<br />

C<br />

0.5<br />

y<br />

0.5<br />

( - 2.13, - 0.31)<br />

C<br />

0.5<br />

y = -0.31x - 0.96<br />

Figure 1. La courbe variable dans <strong>de</strong>ux positions<br />

différentes <strong>et</strong> la tangente au point P variable sur la courbe<br />

x<br />

x


Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

environnement technologique riche pose <strong>de</strong> nouveaux<br />

problèmes.<br />

Les connaissances <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s élèves influent sur leur<br />

usage <strong>de</strong> la technologie, mais inversement les connaissances<br />

émergeant <strong>de</strong> l’usage <strong>de</strong> technologies sont marquées <strong>de</strong><br />

l’environnement technologique ou même forgées par la<br />

technologie. Kieran <strong>et</strong> Yerushalmy (2004) ont recensé les<br />

nombreux changements introduits par les technologies<br />

graphiques dans l’apprentissage <strong>de</strong> l’algèbre sur le plan<br />

cognitif. Noss <strong>et</strong> Hoyles (1996) ont proposé le concept<br />

d’abstraction située pour décrire les invariants construits <strong>et</strong><br />

marqués <strong>de</strong> la situation spécifique dans laquelle ils ont été<br />

forgés. Bien que ces invariants soient situés, ils contiennent<br />

aussi en germe une généralité vali<strong>de</strong> dans d’autres contextes<br />

(Noss and Hoyles, p. 125).<br />

En bref, l’interdépendance <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux sortes <strong>de</strong> connaissances,<br />

connaissances <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> connaissances sur la<br />

technologie, conduit à leur coévolution. Il en résulte que<br />

résoudre un problème bien choisi dans un environnement<br />

technologique peut être la source d’un apprentissage<br />

mathématique à condition que certaines conditions soient<br />

satisfaites. Le paragraphe suivant discute trois types <strong>de</strong><br />

conditions.<br />

- le choix <strong>de</strong> l’interface;<br />

- le choix <strong>de</strong> la tâche donnée aux élèves;<br />

- le rôle <strong>de</strong> l’enseignant.<br />

3. Les technologies en tant que<br />

sources d’apprentissage<br />

3.1. Rôle <strong>de</strong> l’interface<br />

Comme souligné par Noss <strong>et</strong> Hoyles (2003, p.331), il est <strong>de</strong><br />

plus en plus reconnu que les apprentissages sont tributaires<br />

non seulement <strong>de</strong>s tâches, du contexte pédagogique, mais<br />

aussi <strong>de</strong>s caractéristiques <strong>de</strong> l’environnement technologique.<br />

En tant que lieu <strong>de</strong> l’interaction entre utilisateur <strong>et</strong> machine,<br />

l’interface est un élément critique dans les possibilités<br />

d’apprentissage. Des éléments comme les choix <strong>de</strong><br />

représentation <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong>, les façons dont<br />

l’environnement réagit aux actions <strong>de</strong> l’utilisateur <strong>et</strong> les<br />

mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> communication avec la machine jouent<br />

indubitablement un rôle sur la genèse instrumentale <strong>et</strong> en<br />

particulier sur la façon dont les élèves interprètent les<br />

rétroactions <strong>de</strong> la machine. Les représentations <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>s actions sur les obj<strong>et</strong>s doivent être cohérentes avec les<br />

caractéristiques <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> <strong>de</strong>s opérations<br />

sur ces obj<strong>et</strong>s. Par exemple, une interface d’un<br />

environnement <strong>de</strong> géométrie dynamique dans laquelle la<br />

construction d’une droite parallèle à une droite <strong>et</strong> passant par<br />

un point donné ne peut être faite dans les <strong>de</strong>ux ordres<br />

possibles, en communiquant d’abord la direction puis le<br />

point au logiciel ou d’abord le point puis la direction, est trop<br />

contraignante par rapport à la définition mathématique <strong>et</strong><br />

alourdit inutilement la charge en mémoire <strong>de</strong> l’apprenant.<br />

Les interprétations possibles <strong>de</strong>s eff<strong>et</strong>s <strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s ou<br />

<strong>de</strong>s outils ne sont pas sans inci<strong>de</strong>nce sur les schèmes<br />

d’utilisation construits par les utilisateurs. Nous avons<br />

indiqué plus haut que construire un schème d’utilisation du<br />

zoom dans les calculatrices graphiques requiert la<br />

compréhension <strong>de</strong>s relations entre échelle sur chaque axe <strong>et</strong><br />

la partie visible <strong>de</strong> la courbe. Une interface perm<strong>et</strong>tant le<br />

changement d’échelle par manipulation directe <strong>de</strong> l’unité sur<br />

les axes <strong>et</strong> montrant l’impact immédiat sur le graphe rend<br />

plus visibles ces relations qu’une interface dans laquelle le<br />

rapport du zoom n’est, ni contrôlé par l’utilisateur, ni<br />

directement visible.<br />

Ces réflexions <strong>et</strong> exemples témoignent <strong>de</strong> la dépendance <strong>de</strong>s<br />

choix d’interface du contenu mathématique <strong>et</strong> <strong>de</strong>s objectifs<br />

d’apprentissage. Ces choix sont peut-être encore plus<br />

critiques en c<strong>et</strong>te époque où la technologie est omniprésente<br />

dans la vie quotidienne. La technologie utilisée à l’école ne<br />

peut être trop éloignée <strong>de</strong> celle en cours en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong> l’école.<br />

3.2. Le choix <strong>de</strong> tâches<br />

On s’accor<strong>de</strong> maintenant à reconnaître que le sens <strong>de</strong>s tâches<br />

dépend <strong>de</strong> l’environnement <strong>et</strong> qu’une tâche intéressante en<br />

papier crayon peut être dénuée d’intérêt en environnement<br />

technologique. Ajouter 15 <strong>et</strong> 17 nécessite un calcul mental<br />

producteur pour les élèves d’école élémentaire, il est sans<br />

intérêt en tant que tâche à part entière sur une calculatrice.<br />

De plus, les possibilités offertes par les technologies peuvent<br />

perm<strong>et</strong>tre un renouvellement <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> tâches (cf. plus<br />

haut la tâche sur la détermination d’une équation<br />

différentielle). Le défi pour les enseignants <strong>et</strong> les chercheurs<br />

est <strong>de</strong> délimiter les caractéristiques <strong>de</strong>s tâches avec les<br />

technologies qui contribuent à donner un sens aux concepts<br />

<strong>mathématiques</strong> à apprendre.<br />

La théorie <strong>de</strong>s situations didactiques (Brousseau 1998)<br />

fournit un cadre théorique pour formuler <strong>de</strong>s conditions sur<br />

les tâches porteuses <strong>de</strong> nouveaux apprentissages en<br />

environnement technologique, en particulier sur les situations<br />

adidactiques. Les situations adidactiques sont <strong>de</strong>s problèmes<br />

dans lesquels la connaissance à construire est un outil efficace<br />

<strong>de</strong> solution. Un bon fonctionnement <strong>de</strong> telles situations<br />

dépend <strong>de</strong>s connaissances préalables <strong>de</strong>s élèves : elles doivent<br />

leur perm<strong>et</strong>tre d’abor<strong>de</strong>r le problème, mais sans leur donner<br />

<strong>de</strong>s moyens <strong>de</strong> le résoudre <strong>de</strong> façon efficace, ce sont les<br />

rétroactions <strong>de</strong> la situation qui doivent signaler l’inadéquation<br />

<strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong>s élèves. Une autre condition au bon<br />

fonctionnement <strong>de</strong>s situations adidactiques est donc aussi<br />

l’existence d’un milieu fournisseur <strong>de</strong> rétroactions <strong>et</strong> moyens<br />

d’action qui sont susceptibles <strong>de</strong> faire évoluer les stratégies <strong>de</strong><br />

résolution <strong>de</strong>s élèves vers <strong>de</strong>s solutions correctes <strong>et</strong> efficaces.<br />

Ces nouveaux moyens <strong>de</strong> solution élaborés par les élèves<br />

sont candidats à être <strong>de</strong> nouvelles connaissances. Nous<br />

étendons les conditions énoncées par Brousseau sur les<br />

situations adidactiques aux situations <strong>de</strong>mandant <strong>de</strong>s<br />

connaissances déjà introduites, mais non complètement<br />

appropriées par les élèves. En raison du large éventail <strong>de</strong>s<br />

actions possibles <strong>et</strong> <strong>de</strong>s rétroactions offertes, les nouvelles<br />

technologies peuvent être constituantes d’un milieu pour <strong>de</strong>s<br />

tâches choisies en vue <strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s connaissances sous-<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 17 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

jacentes aux stratégies optimales <strong>de</strong> résolution, <strong>et</strong> cela, pour<br />

trois raisons :<br />

- elles perm<strong>et</strong>tent un spectre d’actions plus large que<br />

celui rendu possible en papier crayon;<br />

- elles fournissent <strong>de</strong>s rétroactions embarquant <strong>de</strong>s<br />

connaissances <strong>mathématiques</strong>;<br />

- elles offrent différents types <strong>de</strong> représentation <strong>et</strong><br />

donc différentes possibilités à l’élève pour développer <strong>de</strong>s<br />

contrôles <strong>de</strong> ses stratégies.<br />

Les technologies perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong>s résolutions différentes <strong>de</strong><br />

celles en papier crayon grâce aux outils disponibles différents<br />

<strong>de</strong> ceux du papier crayon <strong>et</strong> sollicitent donc <strong>de</strong>s<br />

connaissances différentes. Par exemple, la géométrie<br />

dynamique peut être utilisée pour introduire les<br />

transformations géométriques comme outils <strong>de</strong> construction<br />

puisque sont disponibles <strong>de</strong>s outils fournissant l’image <strong>de</strong><br />

point, droite, polygone… par <strong>de</strong>s transformations comme<br />

symétrie axiale, rotation, translation, homothétie, <strong>et</strong>c. . Dans<br />

certains environnements, il est même possible d’éliminer<br />

temporairement <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> façon à rendre les<br />

transformations nécessaires. Par exemple, après avoir rendu<br />

indisponibles les outils Parallèle <strong>et</strong> Compas dans Cabrigéomètre,<br />

on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aux élèves <strong>de</strong> construire un<br />

parallélogramme <strong>de</strong> côtés donnés AB <strong>et</strong> AD (Fig.2). La<br />

symétrie centrale <strong>de</strong> centre le milieu <strong>de</strong> BD perm<strong>et</strong> d’obtenir<br />

un tel parallélogramme en construisant l’image du point A ou<br />

celle <strong>de</strong>s segments AB <strong>et</strong> AD. En absence <strong>de</strong>s outils «<br />

Compas » <strong>et</strong> « Parallèle », les stratégies <strong>de</strong> solution habituelles<br />

fondées sur le parallélisme ou l’isométrie <strong>de</strong>s côtés opposés<br />

ne peuvent être développées qu’au prix <strong>de</strong> constructions<br />

longues. La stratégie transformationnelle est la plus directe <strong>et</strong><br />

la valeur <strong>de</strong> la technique instrumentée correspondante est<br />

épistémique (cf. plus haut).<br />

A<br />

D<br />

B<br />

Fig.2. La construction d’un parallélogramme à partir <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

côtés donnés par une symétrie centrale<br />

Les transformations sont aussi un outil économique <strong>de</strong><br />

construction dans l’espace. Un cube <strong>de</strong> face donnée peut être<br />

construit rapi<strong>de</strong>ment à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> rotations : une première<br />

autour d’un côté fournissant ainsi une secon<strong>de</strong> face, puis <strong>de</strong>s<br />

rotations autour <strong>de</strong> l’axe <strong>de</strong> la première face <strong>et</strong> enfin la<br />

<strong>de</strong>rnière face parallèle à la première par translation (Fig.3).<br />

Fig.3. Le début <strong>de</strong> la construction d’un cube par <strong>de</strong>s<br />

rotations<br />

L’objectif d’apprentissage dans ce type <strong>de</strong> tâches est que les<br />

transformations produisent <strong>de</strong>s relations géométriques entre<br />

un obj<strong>et</strong> <strong>et</strong> son image ou <strong>de</strong>s propriétés sur les images,<br />

connaissance utile pour élaborer <strong>de</strong>s preuves. Nous<br />

considérons qu’il est difficile pour un élève d’avoir recours<br />

d’emblée aux invariants <strong>et</strong> propriétés <strong>de</strong>s transformations<br />

dans une preuve <strong>et</strong> que les utiliser en action dans les<br />

constructions est une étape intermédiaire qui leur perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

prendre conscience <strong>de</strong> c<strong>et</strong> aspect producteur <strong>de</strong>s<br />

transformations. C<strong>et</strong>te étape impossible à réaliser en papier<br />

crayon est rendue possible par la géométrie dynamique.<br />

Présentons un autre exemple relatif à l’apprentissage <strong>de</strong> la<br />

notion <strong>de</strong> transformation ponctuelle <strong>et</strong> <strong>de</strong> figure comme<br />

ensemble <strong>de</strong> points tirant aussi parti <strong>de</strong> la géométrie<br />

dynamique. Jahn (2002) a organisé une suite <strong>de</strong> situations<br />

<strong>de</strong>mandant aux étudiants <strong>de</strong> passer d’une conception <strong>de</strong><br />

transformation en tant que portant sur <strong>de</strong>s figures à une<br />

conception <strong>de</strong> transformation ponctuelle. Il s’agissait pour<br />

<strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> 15-16 ans <strong>de</strong> construire dans Cabri-géomètre<br />

l’image d’un cercle dans une transformation ne conservant<br />

pas les longueurs. « Trace » <strong>et</strong> « Lieu » étaient les seuls outils<br />

possibles pour une telle construction en obtenant l’image du<br />

cercle comme la trajectoire <strong>de</strong> l’image d’un point variable du<br />

cercle ou comme le lieu <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te image. Les élèves ont su<br />

obtenir l’image comme trajectoire, mais non comme lieu.<br />

C<strong>et</strong>te construction ponctuelle a permis à l’enseignant<br />

d’introduire l’usage <strong>de</strong> l’outil « Lieu » . La recherche <strong>de</strong> Jahn<br />

illustre comment les connaissances sur l’artefact évoluent<br />

avec la construction <strong>de</strong>s connaissances <strong>mathématiques</strong>,<br />

chaque avancée pour un type <strong>de</strong> connaissances s’appuyant<br />

sur l’autre type <strong>de</strong> connaissances.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 18 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

Le rôle <strong>de</strong>s rétroactions offertes par les technologies a été<br />

souligné par la recherche sur les micromon<strong>de</strong>s ainsi que par<br />

celles sur les environnements <strong>de</strong> géométrie dynamique dans<br />

lesquels les élèves peuvent vérifier leurs constructions par le<br />

déplacement ou m<strong>et</strong>tre à l’épreuve leurs conjectures à l’ai<strong>de</strong><br />

<strong>de</strong> divers outils (<strong>de</strong> mesure ou <strong>de</strong> construction). Ces<br />

rétroactions peuvent susciter la recherche d’autres solutions<br />

dans le cas où elles m<strong>et</strong>tent en évi<strong>de</strong>nce l’inadéquation <strong>de</strong> la<br />

solution. Dans une suite <strong>de</strong> tâches conçue par Hadas <strong>et</strong> coll.<br />

(2000), un conflit cognitif a été créé entre ce que les élèves<br />

prévoyaient <strong>et</strong> ce qu’ils observaient à l’écran quand ils<br />

vérifiaient leurs attentes sur le logiciel (Geom<strong>et</strong>ry Inventor).<br />

Ce jeu entre conjectures <strong>et</strong> vérifications, certitu<strong>de</strong> <strong>et</strong><br />

incertitu<strong>de</strong>, a été rendu possible par les possibilités<br />

d’exploration <strong>et</strong> <strong>de</strong> vérification <strong>de</strong> l’environnement.<br />

Ainley <strong>et</strong> coll. (Ainley, Bills and Wilson 2005, p. 193)<br />

partagent le même souci <strong>de</strong> concevoir <strong>de</strong>s tâches tirant parti<br />

<strong>de</strong>s possibilités <strong>de</strong>s technologies pour introduire <strong>de</strong>s idées<br />

<strong>mathématiques</strong>. Ils ont conçu une série <strong>de</strong> tâches pour <strong>de</strong>s<br />

tableurs créant le besoin <strong>de</strong> connaissances <strong>mathématiques</strong><br />

pour construire <strong>de</strong>s formules algébriques bien faites. Les<br />

possibilités <strong>de</strong>s tableurs jouent un rôle crucial sur les<br />

stratégies <strong>de</strong> résolution attendues contribuant à créer un<br />

milieu au sens <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s situations pour la notion <strong>de</strong><br />

formule. Cependant, Ainley <strong>et</strong> coll. soulignent le fait qu’au<strong>de</strong>là<br />

<strong>de</strong> besoins <strong>mathématiques</strong>, les tâches sont aussi conçues<br />

pour ai<strong>de</strong>r les élèves à prendre conscience <strong>de</strong> l’utilité <strong>de</strong>s<br />

connaissances <strong>mathématiques</strong>, c’est-à-dire à savoir si <strong>et</strong><br />

pourquoi une idée mathématique est intéressante. Par<br />

exemple, une <strong>de</strong>s tâches <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aux élèves d’engendrer <strong>de</strong>s<br />

exemples pour un enseignant d’une autre classe. La<br />

génération d’exemples donne l’occasion d’apprécier l’utilité<br />

<strong>de</strong>s notations du tableur. La technologie ne fournit pas<br />

seulement un outil <strong>de</strong> solution à <strong>de</strong>s problèmes, elle gagne en<br />

valeur d’ordre mathématique.<br />

3.3. Le rôle <strong>de</strong>s enseignants<br />

Déjà au début <strong>de</strong>s recherches sur les usages <strong>de</strong>s nouvelles<br />

technologies, quelques chercheurs avaient montré que <strong>de</strong>s<br />

tâches même soigneusement conçues ne conduisaient pas<br />

nécessairement aux apprentissages visés <strong>et</strong> que les<br />

interventions <strong>de</strong>s enseignants pouvaient être cruciales (sur la<br />

notion d’angle avec Logo, Hoyles <strong>et</strong> Sutherland 1990, sur la<br />

notion <strong>de</strong> symétrie axiale avec Logo, Gallou-Dumiel 1989).<br />

Au cours du temps, le rôle <strong>de</strong> l’enseignant n’a cessé d’être<br />

reconnu comme crucial dans l’usage <strong>de</strong>s nouvelles<br />

technologies (Hoyles <strong>et</strong> Noss 2003). L’enseignant peut inciter<br />

les élèves à modifier leurs stratégies <strong>de</strong> résolution, mais<br />

surtout il intervient pour relier ce qui est fait sur le logiciel<br />

avec <strong>de</strong>s savoirs théoriques. C’est ainsi que <strong>de</strong>s chercheurs<br />

suivant une approche vygotskienne ont utilisé <strong>de</strong>s<br />

environnements <strong>de</strong> géométrie dynamique pour médier <strong>de</strong>s<br />

connaissances <strong>mathématiques</strong>. Les élèves sont confrontés à<br />

<strong>de</strong>s tâches dans l’environnement <strong>et</strong> l’enseignant contribue à<br />

un processus d’intériorisation en organisant <strong>de</strong>s interactions<br />

sociales <strong>et</strong> <strong>de</strong>s discussions collectives dans la classe dans<br />

laquelle il intervient pour transformer la signification <strong>de</strong> ce<br />

qui a été fait dans l’environnement en une signification plus<br />

proche du sens officiel (à propos <strong>de</strong> la notion <strong>de</strong><br />

construction géométrique Mariotti 2001, à propos <strong>de</strong> la<br />

notion <strong>de</strong> graphe Mariotti <strong>et</strong> coll. 2003 <strong>et</strong> Falca<strong>de</strong> 2006).<br />

L’intégration <strong>de</strong>s technologies dans leur pratique n’est donc<br />

pas une tâche facile pour les enseignants <strong>et</strong> <strong>de</strong>s recherches<br />

récentes sur les pratiques d’enseignants dans <strong>de</strong>s classes<br />

ordinaires ont montré que ces <strong>de</strong>rniers pouvaient réduire le<br />

potentiel <strong>de</strong> la technologie pour gar<strong>de</strong>r un contrôle sur leur<br />

classe (Ruthven <strong>et</strong> coll. 2005). La gestion <strong>de</strong> la classe est plus<br />

complexe : les enseignants doivent adapter <strong>de</strong>s exercices du<br />

manuel pour être utilisés avec la technologie, préparer <strong>de</strong>s<br />

fiches <strong>de</strong> travail spécifiques (Monaghan 2004), ils doivent<br />

articuler connaissances sur la technologie <strong>et</strong> connaissances<br />

<strong>mathématiques</strong>, connaissances anciennes <strong>et</strong> connaissances<br />

nouvelles (Assu<strong>de</strong> 2005, Haspekian 2005). Passer <strong>de</strong> tâches<br />

dans lesquelles la technologie n’est qu’amplificatrice du<br />

papier crayon à <strong>de</strong>s tâches nouvelles ne pouvant exister en<br />

papier crayon <strong>de</strong>man<strong>de</strong> du temps aux enseignants (Labor<strong>de</strong><br />

2001) qui doivent finalement développer un double<br />

processus d’instrumentation :<br />

- l’instrumentation <strong>de</strong> la technologie pour faire <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong><br />

- l’instrumentation <strong>de</strong> la technologie pour faire<br />

apprendre les <strong>mathématiques</strong>.<br />

La formation initiale <strong>et</strong> continue <strong>de</strong>s enseignants est cruciale<br />

pour le second type d’instrumentation (Mousley, Lambdin<br />

and Koc 2003, Grugeon 2006, Tapan 2003).<br />

4. Conclusion<br />

C<strong>et</strong>te courte synthèse montre que les technologies nouvelles<br />

sont à même <strong>de</strong> changer profondément l’activité<br />

mathématique à l’école <strong>et</strong> en conséquence l’enseignement <strong>et</strong><br />

l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, mais que l’intégration <strong>de</strong>s<br />

technologies pour enrichir les apprentissages nécessite <strong>de</strong> la<br />

part <strong>de</strong>s enseignants une préparation soigneuse <strong>de</strong> tâches<br />

adéquates <strong>et</strong> ne facilite pas la gestion <strong>de</strong> classe.<br />

L’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> doit donc construire une<br />

voie intermédiaire entre <strong>de</strong>ux extrêmes, entre le modus<br />

vivendi acceptant que la technologie est en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong> l’école<br />

<strong>et</strong> la simple inclusion <strong>de</strong> technologies en classe sans choisir<br />

les moments <strong>et</strong> les occasions <strong>mathématiques</strong> d’usage, sans<br />

changement sur les activités données aux élèves.<br />

L’intégration <strong>de</strong>s technologies doit être obj<strong>et</strong> continu <strong>de</strong><br />

réflexions <strong>et</strong> <strong>de</strong> recherche, elle doit être prise en compte dans<br />

la formation <strong>de</strong>s maîtres <strong>et</strong> l’évaluation <strong>de</strong>s élèves. Elle ne<br />

doit pas être un phénomène <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>, mais être ouverte aux<br />

innovations dans les domaines technologiques pour les<br />

étudier. Il s’agit d’un ample <strong>et</strong> long travail prenant en compte<br />

toutes les dimensions <strong>de</strong> l’enseignement <strong>et</strong> engageant tous les<br />

partenaires <strong>de</strong> l’école.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 19 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />

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Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 21 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Monsieur Jean-Marie De Koninck<br />

Université Laval, Québec<br />

Professeur à l’Université Laval <strong>de</strong>puis 1972, Jean-Marie De Koninck est aussi chercheur en théorie<br />

analytique <strong>de</strong>s nombres. À ce titre, il a publié plus <strong>de</strong> cinquante articles scientifiques <strong>et</strong> cinq livres <strong>de</strong> recherche<br />

ou d’enseignement. Il est connu du public par ses apparitions régulières à la télévision comme analyste <strong>de</strong>s<br />

compétitions internationales <strong>de</strong> natation <strong>et</strong> comme prési<strong>de</strong>nt-fondateur <strong>de</strong> la fameuse Opération Nez-Rouge.<br />

L’ensemble <strong>de</strong> son œuvre universitaire <strong>et</strong> sociale lui a valu <strong>de</strong> nombreux prix <strong>et</strong> distinctions dont l’Ordre du<br />

Canada en 1994, l’Ordre national du Québec en 1999 <strong>et</strong> le prix d’éducation Adrien-Pouliot <strong>de</strong> la Société<br />

mathématique du Canada en 2004.<br />

Lors <strong>de</strong> l’Année mondiale <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> en l’an 2000, il a animé C’est mathématique ! , une série <strong>de</strong><br />

16 émissions <strong>de</strong> télévision présentant au grand public les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> leurs diverses applications.<br />

Récemment, il a mis sur pied le proj<strong>et</strong> Sciences <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> en action ( SMAC ) dont la mission est d’éveiller <strong>et</strong><br />

renforcer chez les jeunes l’intérêt pour les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> les sciences, <strong>et</strong> <strong>de</strong> démystifier les <strong>mathématiques</strong><br />

auprès <strong>de</strong> la population en général. La conférence spectacle ShowMath qu’il anime avec ses collaborateurs <strong>et</strong><br />

étudiants est une production <strong>de</strong> SMAC. Le 18 janvier 2006, le titre <strong>de</strong> Scientifique <strong>de</strong> l’année <strong>de</strong> Radio-Canada 2005<br />

lui a été décerné par l’équipe du magazine scientifique Les Années lumière pour avoir conçu <strong>et</strong> réalisé le proj<strong>et</strong><br />

SMAC.<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 22 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Show Math<br />

CONFÉRENCE SPECTACLE GRAND PUBLIC<br />

Qu’est-ce que le nombre π? Quel est son développement décimal? Avec quelle<br />

fréquence chaque chiffre <strong>de</strong> 0 à 9 apparaît-il dans ce développement? Peut-on<br />

trouver sa date <strong>de</strong> naissance dans le développement décimal du nombre π ? Quelle<br />

est la probabilité que quelqu'un soit soudainement téléporté sur la planète Mars?<br />

Comment Escher a-t-il construit son tableau d’une scène <strong>de</strong> quai distordue? Voilà<br />

quelques-uns <strong>de</strong>s thèmes abordés à l'ai<strong>de</strong> d'outils multimédias. L'objectif <strong>de</strong> la<br />

conférence est <strong>de</strong> montrer que les <strong>mathématiques</strong> sont à la base <strong>de</strong> toutes les<br />

sciences <strong>et</strong> qu'elles sont présentes partout dans notre vie <strong>de</strong> tous les jours.<br />

Mise en gar<strong>de</strong> : le texte suivant rend compte du spectacle. C’est un texte à propos<br />

<strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> non un texte scientifique. Il correspond à peu près au déroulement<br />

du spectacle.<br />

Jean-Marie<br />

De Koninck<br />

Université Laval<br />

jmdk@mat.ulaval.<br />

ca<br />

assisté <strong>de</strong><br />

Sylvain Hallé <strong>et</strong><br />

Laurent Vicente<br />

Université Laval<br />

B<br />

onjour mesdames <strong>et</strong> messieurs,<br />

bienvenue à Show Math!<br />

Pour vous illustrer que les <strong>mathématiques</strong> sont<br />

présentes partout dans notre quotidien, nous<br />

avons r<strong>et</strong>enu quatre grands thèmes :<br />

- Une histoire du nombre π.<br />

- La théorie <strong>de</strong>s probabilités.<br />

- Les maths dans les arts <strong>et</strong> dans la musique.<br />

- Deux phénomènes <strong>de</strong> physique à saveur<br />

mathématique : les tsunamis <strong>et</strong> la résonance.<br />

1. Une histoire du nombre π<br />

Au Moyen Âge, la plupart <strong>de</strong>s gens croyaient<br />

que la Terre était plate. On croyait même que<br />

si on allait en bateau assez loin sur l'océan, on<br />

tomberait dans le vi<strong>de</strong>! En fait, il aura fallu<br />

attendre l'audace d'un Christophe Colomb qui,<br />

en 1492, entreprit <strong>de</strong> traverser l'océan sans<br />

craindre <strong>de</strong> tomber dans le vi<strong>de</strong>, pour enfin<br />

découvrir l'Amérique.<br />

Pourtant, les Grecs <strong>de</strong> l'Antiquité savaient fort<br />

bien que la Terre était ron<strong>de</strong>. Et même, il y a<br />

plus <strong>de</strong> 2200 ans, le mathématicien grec<br />

Ératosthène avait entrepris <strong>de</strong> mesurer la<br />

circonférence <strong>de</strong> la Terre.<br />

Comment s'y est-il pris?<br />

Un jour, on lui rapporte que, dans la ville <strong>de</strong><br />

Syène en Égypte, au solstice d'été, à midi, la<br />

lumière du Soleil tombe d'aplomb, sans former<br />

d'ombre, au fond d'un puits. À c<strong>et</strong>te même<br />

date, à la même heure, il observe qu'à 800 km<br />

<strong>de</strong> Syène, l'ombre <strong>de</strong> l'obélisque d'Alexandrie<br />

forme un angle <strong>de</strong> 7 o. En prolongeant les<br />

verticales jusqu'au centre <strong>de</strong> la Terre, <strong>et</strong> par un<br />

simple argument <strong>de</strong> géométrie (d'angles<br />

alternes-internes) pas évi<strong>de</strong>nt à l'époque , il en<br />

déduit un angle <strong>de</strong> 7 o au centre <strong>de</strong> la Terre.<br />

Comme 7 o correspond à 800 km, il en déduit<br />

par une règle <strong>de</strong> trois que 360 o correspond à<br />

41 143 km, estimant ainsi la circonférence <strong>de</strong><br />

la Terre avec une précision remarquable,<br />

puisqu'on sait aujourd'hui que le diamètre <strong>de</strong> la<br />

Terre à l'équateur est <strong>de</strong> 40 066 km.<br />

Avec le nombre π, Ératosthène aurait pu<br />

calculer le diamètre <strong>de</strong> la Terre en utilisant la<br />

formule C = !D , où C désigne la<br />

circonférence d'un cercle <strong>de</strong> diamètre D. C'est<br />

ce qui m'amène aujourd'hui à vous parler du<br />

nombre π, ce nombre qui vaut<br />

approximativement 3,141592.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 23 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />

Définition du nombre π<br />

Comment peut-on voir le nombre π? Il suffit <strong>de</strong> se donner<br />

un segment <strong>de</strong> longueur un <strong>et</strong> <strong>de</strong> tracer autour <strong>de</strong> ce segment<br />

un cercle <strong>de</strong> diamètre D=1. Lorsqu'on déroule ce cercle, on<br />

obtient un nouveau segment d'une longueur égale à π.<br />

Voilà donc les fameuses décimales du nombre π :<br />

π=3,14159265…<br />

Une loi fixant la valeur exacte <strong>de</strong> π<br />

Pendant <strong>de</strong>s milliers d'années, les mathématiciens se sont<br />

acharnés à calculer les décimales du nombre π avec <strong>de</strong> plus<br />

en plus <strong>de</strong> précision. J'ai dit mathématiciens..., mais il n'y pas<br />

que les mathématiciens qui se soient intéressés au calcul <strong>de</strong>s<br />

décimales du nombre π. Il y a même les politiciens. En eff<strong>et</strong>,<br />

en 1897, dans l'État d'Indiana, un politicien excentrique<br />

rédige un proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> loi dans lequel il entend fixer la valeur <strong>de</strong><br />

π d'abord à 3,1, ensuite à 3,2, un peu plus loin à 3,4, mais ce<br />

n'est pas clair, <strong>de</strong> sorte que son proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> loi est même<br />

contradictoire. Il prétend même avoir démontré la quadrature<br />

du cercle <strong>et</strong> la trisection <strong>de</strong> l'angle. Il prétendait aussi avoir<br />

démontré <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s conjectures <strong>mathématiques</strong> sur<br />

lesquelles <strong>de</strong> grands mathématiciens avaient bûché pendant<br />

plusieurs années. Fort heureusement, on n'a pas écouté ce<br />

politicien, <strong>et</strong> son proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> loi n'a jamais été adopté. La<br />

recherche <strong>de</strong>s décimales du nombre π a <strong>de</strong> nouveau été<br />

confiée aux scientifiques. Voilà pour la p<strong>et</strong>ite anecdote<br />

historique concernant le nombre π.<br />

Dates mémorables se r<strong>et</strong>rouvant dans le<br />

développement décimal du nombre π<br />

Aujourd'hui, on connaît au moins mille milliards <strong>de</strong><br />

décimales du nombre π. Voilà qui est fort impressionnant.<br />

En eff<strong>et</strong>, si on entreprenait <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre sur papier le premier<br />

milliard <strong>de</strong> ces décimales, disons à raison <strong>de</strong> 500 décimales<br />

par page, il faudrait une pile <strong>de</strong> feuilles d'une hauteur <strong>de</strong> 300<br />

mètres, soit la hauteur <strong>de</strong> la tour Eiffel.<br />

Bien <strong>de</strong>s gens sont fascinés par les décimales <strong>de</strong> π. C'est ainsi<br />

qu'il y a plus d'un an, la compagnie Google a décidé <strong>de</strong><br />

vendre <strong>de</strong>s actions à la Bourse. Ayant rapi<strong>de</strong>ment vendu<br />

toutes ses actions, elle en a émis, en août 2005, une <strong>de</strong>uxième<br />

série, <strong>et</strong> elle en a émis exactement 14 159 265, soit les huit<br />

premières décimales du nombre π.<br />

Par ailleurs, on sait <strong>de</strong>puis 1761 que π est un nombre<br />

irrationnel, c'est-à-dire qu'il ne peut pas s'écrire comme un<br />

a<br />

quotient <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux entiers, <strong>de</strong> sorte que ! " , quels que<br />

soient les entiers a <strong>et</strong> b. En particulier, cela veut dire que le<br />

développement décimal du nombre π n'a pas <strong>de</strong> pério<strong>de</strong>.<br />

On croit même que π est un nombre normal, i.e. que chacun<br />

<strong>de</strong> ses chiffres apparaît selon la même fréquence : cela veut<br />

dire que le chiffre 0 apparaît environ une fois sur 10, que le<br />

nombre 1 apparaît environ une fois sur 10, <strong>et</strong> ainsi <strong>de</strong> suite.<br />

Le fait qu'il est normal veut aussi dire que toute séquence <strong>de</strong><br />

chiffres, par exemple la séquence "137", apparaît selon la<br />

fréquence attendue. Ainsi, la séquence "137" <strong>de</strong>vrait<br />

b<br />

normalement apparaître 1 fois sur 1000. En particulier, cela<br />

veut dire que si on fait défiler les décimales du nombre π, on<br />

<strong>de</strong>vrait pouvoir r<strong>et</strong>rouver toutes les dates mémorables. Par<br />

exemple, si on cherche la date où le premier homme, en<br />

l'occurrence l'Américain Neil Armstrong, a marché sur la<br />

Lune, i.e. le 21 juill<strong>et</strong> 1969, que l'on abrège par 210769, alors<br />

effectivement on r<strong>et</strong>rouve le premier chiffre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te date à la<br />

545 534e décimale du nombre π.<br />

Les dates d'anniversaire<br />

Parlant <strong>de</strong> dates, il y a d'autres dates importantes dans π… Y<br />

a-t-il quelqu'un dans la salle qui soit né le 23 juill<strong>et</strong>?<br />

Oui ?? ...<br />

Saviez-vous que votre date <strong>de</strong> naissance (le 23-07) est le<br />

premier anniversaire qui apparaît dans le développement<br />

décimal du nombre π? Il apparaît à partir <strong>de</strong> la 63e décimale.<br />

La 2e date qui y apparaît est le 28 mars. En fait, tous les<br />

anniversaires y apparaissent. Le <strong>de</strong>rnier anniversaire à surgir<br />

(serait-ce le moins populaire ?) est le 12 mars .<br />

D'ailleurs, si vous voulez connaître à quel rang votre date<br />

d'anniversaire apparaît dans le développement décimal <strong>de</strong> π,<br />

vous pourrez en prendre connaissance en consultant le site<br />

<strong>de</strong> SMAC, soit www.smac.ulaval.ca. On doit également<br />

s'attendre à ce que le développement décimal <strong>de</strong> π contienne<br />

toutes les combinaisons gagnantes <strong>de</strong> la loterie 6/49, passées<br />

<strong>et</strong> à venir! Donc, si vous êtes chanceux, vous allez trouver,<br />

dans le développement décimal <strong>de</strong> π, la prochaine<br />

combinaison gagnante <strong>de</strong> la 6/49, sinon... parlez-en à votre<br />

dépanneur du coin... il saura sûrement vous démêler...!!<br />

2. La théorie <strong>de</strong>s probabilités<br />

Mais revenons aux anniversaires...<br />

2.1 Le problème <strong>de</strong>s anniversaires<br />

Supposons que vous êtes dans une fête où il y a 10<br />

personnes. Y a-t-il <strong>de</strong> bonnes chances que <strong>de</strong>ux d'entre elles<br />

soient nées le même jour <strong>de</strong> l'année. Pas beaucoup? En fait,<br />

combien faut-il <strong>de</strong> personnes dans une fête pour être certain<br />

à 100 % qu'au moins <strong>de</strong>ux d'entre elles aient le même<br />

anniversaire? Il est clair qu'il en faut 366 (si on ne tient pas<br />

compte <strong>de</strong>s années bissextiles). Mais alors, d'après vous,<br />

combien faut-il <strong>de</strong> personnes dans une fête pour qu'on ait au<br />

moins 50 % <strong>de</strong> chances qu'il y en ait au moins <strong>de</strong>ux qui aient<br />

le même anniversaire? 50, 100, 200 ?<br />

En fait, 23 suffisent. Comment fait-on pour calculer ça?<br />

Examinons d'abord la probabilité que ça n'arrive pas.<br />

Par exemple, s'il y a 3 personnes à la fête, alors la probabilité<br />

qu'il n'y ait pas <strong>de</strong>ux personnes avec le même anniversaire est<br />

365 364 363<br />

égale à ! ! = 0, 9917 . De sorte que la<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 24 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

365<br />

365<br />

365<br />

probabilité qu'il y ait au moins <strong>de</strong>ux personnes avec le même<br />

anniversaire est égale à environ 1 %, ce qui n'est pas<br />

tellement surprenant!<br />

Si on a 10 personnes à la fête, alors la probabilité qu'il n'y ait<br />

aucun double est égale à


Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />

365 364 363 356<br />

! ! ! ... ! = 0,883 . Or, on aimerait que<br />

365 365 365 365<br />

c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière quantité soit inférieure à 1/2 afin que la<br />

probabilité cherchée soit au moins 1/2.<br />

Effectivement, lorsqu'on a 23 personnes à la fête, on obtient<br />

que la probabilité qu'il n'y ait aucun double est égale à<br />

professeur ne r<strong>et</strong>rouve nulle part ni 5 piles d'affilée, ni 5 faces<br />

d'affilée, c'est que l'étudiant a vraisemblablement triché <strong>et</strong><br />

c'est certain à 99,9 % .<br />

On a l'impression d'avoir rencontré un événement qui<br />

n'arrive pas souvent, pourtant il existe <strong>de</strong>s événements<br />

encore moins probables...<br />

365 364 363 343<br />

! ! ! ... ! = 0, 4927<br />

365 365 365 365<br />

2.3 La probabilité d'événements hautement<br />

improbables<br />

C'est pourquoi, si on a 23 personnes à la fête, on a environ<br />

une chance sur 2 qu'il y ait au moins <strong>de</strong>ux personnes avec le<br />

même anniversaire.<br />

Si on veut que c<strong>et</strong>te probabilité excè<strong>de</strong> 90 %, combien <strong>de</strong><br />

personnes faut-il à la fête? La réponse est 41; pour une<br />

certitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> 99 %, il en faut 56.<br />

Quelle est la probabilité que 3 personnes aient le même<br />

anniversaire?<br />

Autrement dit, combien faut-il <strong>de</strong> personnes dans une fête<br />

pour que la probabilité qu'au moins 3 aient le même<br />

anniversaire excè<strong>de</strong> 1/2? La réponse est 84.<br />

Pour ces <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rniers résultats, il faut faire appel à une<br />

notion un peu plus avancée, soit la loi <strong>de</strong> Poisson.<br />

2.2 Comment savoir si quelqu'un a triché en<br />

tirant à pile ou face?<br />

Un professeur donne en <strong>de</strong>voir à ses étudiants un exercice à<br />

emporter à la maison qui consiste à tirer à pile ou face 200<br />

fois <strong>et</strong> à inscrire le résultat <strong>de</strong> leur expérience. Pour savoir<br />

s'ils ont fait correctement leur <strong>de</strong>voir, le professeur vérifie si<br />

le résultat contient 5 piles ou 5 faces d'affilée. Si oui, il<br />

accor<strong>de</strong> une note <strong>de</strong> 100 %; sinon, il accor<strong>de</strong> une note <strong>de</strong> 0.<br />

Comment le professeur peut-il être certain <strong>de</strong> son coup?<br />

Plus précisément, si on tire à pile ou face 200 fois, on se<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong> d'abord quelle est la probabilité qu'on n'obtienne<br />

nulle part 5 fois PILE d'affilée. Pour donner la réponse,<br />

nous allons d'abord introduire la suite <strong>de</strong> Fibonacci, dont on<br />

parle d'ailleurs dans le roman <strong>de</strong> Dan Brown intitulé "Da<br />

Vinci Co<strong>de</strong>".<br />

Il s'agit <strong>de</strong> la suite<br />

1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, … où chaque terme <strong>de</strong> la suite<br />

(à partir du 3e) est la somme <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux précé<strong>de</strong>nts.<br />

Considérons maintenant la suite<br />

1, 1, 2, 4, 8, 16, 31, 61, 120, 236, … où chaque terme <strong>de</strong> la<br />

suite (à partir du 6e) est la somme <strong>de</strong>s 5 termes précé<strong>de</strong>nts.<br />

Soit Gn le terme général <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te suite.<br />

Alors, on peut démontrer que, si on tire à pile ou face 200<br />

fois, la probabilité qu'on n'obtienne nulle part 5 fois PILE<br />

d'affilée est égale à<br />

G 202<br />

= 200<br />

2<br />

54791153834410200521357534972264192268144873494441741342508<br />

Parlant <strong>de</strong> hasard, il y a <strong>de</strong>s situations où connaître les lois <strong>de</strong><br />

la probabilité peut être très utile, par exemple si vous êtes<br />

1606938044258990275541962092341162602522202993782792835301376<br />

invité à participer à un spectacle <strong>de</strong> télé...<br />

! 0, 034<br />

De sorte que la probabilité d'obtenir ni 5 piles ni 5 faces<br />

d'affilée est égale à 0, 034 2 ! 0, 001 . C'est donc dire que si le<br />

Le singe qui tape à la machine à écrire<br />

Prenons par exemple un singe qui tape à la machine à écrire<br />

au hasard, disons un caractère à la secon<strong>de</strong>. Combien faudrat-il<br />

attendre d'années pour qu'il arrive à taper les 6 premiers<br />

romans <strong>de</strong> Harry Potter?<br />

On va faire un certain nombre <strong>de</strong> calculs :<br />

Le nombre total <strong>de</strong> pages est 2764.<br />

Il y a environ 2120 caractères par page.<br />

Il y a donc un total <strong>de</strong> 5 859 680 caractères dans les 6 romans<br />

réunis. En supposant que le singe tape un caractère à chaque<br />

secon<strong>de</strong> <strong>et</strong> qu'il a une chance sur 100 <strong>de</strong> taper le bon<br />

caractère, alors on peut établir qu'il faudra attendre environ<br />

10 12 100 000 secon<strong>de</strong>s, i.e. plus <strong>de</strong> 10 12 099 993 années.<br />

Il faudra donc être patient, surtout si on se rappelle que l'âge<br />

<strong>de</strong> l'univers est d'environ 15 ×10 9 années.<br />

Mécanique quantique<br />

Joe est en train <strong>de</strong> boire sa bière. D'après les lois <strong>de</strong> la<br />

mécanique quantique, un électron peut se r<strong>et</strong>rouver à <strong>de</strong>ux<br />

endroits en même temps. Il est donc possible que certaines<br />

particules élémentaires <strong>de</strong> son verre <strong>de</strong> bière se r<strong>et</strong>rouvent<br />

soudainement sous la table. Il est ainsi possible qu'à cause<br />

<strong>de</strong>s fluctuations quantiques, son verre <strong>de</strong> bière se renverse<br />

sans que Joe n'y soit pour rien. Mais en utilisant les lois <strong>de</strong> la<br />

probabilité, on peut estimer que le temps qu'il faudra<br />

attendre pour que son verre <strong>de</strong> bière se renverse tout seul est<br />

<strong>de</strong> l'ordre <strong>de</strong> 10 à la puissance 10 33 années. Il faudra donc<br />

être patient... Mais il y a plus rare...<br />

Téléportation<br />

Toujours en raison <strong>de</strong>s fluctuations quantiques, il est possible<br />

que soudainement vous soyez téléporté sur la planète Mars;<br />

mais il n'y a pas vraiment lieu <strong>de</strong> s'inquiéter, car cela se<br />

produira une fois toutes les 10 à la puissance 10 51 années.<br />

En fait, on a davantage <strong>de</strong> chances <strong>de</strong> gagner<br />

systématiquement tous les tirages <strong>de</strong> la 6/49, en adm<strong>et</strong>tant<br />

même qu'il y ait un tirage chaque secon<strong>de</strong>, durant toute<br />

l'année, jusqu'à la fin <strong>de</strong> ses jours, même si on pouvait vivre<br />

jusqu'à l'extinction du soleil dans plus <strong>de</strong> 4 milliards d'années,<br />

que d'être soudainement téléporté sur la planète Mars.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 25 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />

2.4 Le problème <strong>de</strong> Monty Hall (ou le<br />

problème <strong>de</strong>s trois portes)<br />

Explication du problème par l'animateur : Il y a <strong>de</strong>vant vous<br />

3 portes. Derrière une <strong>de</strong> ces portes se trouve un ca<strong>de</strong>au <strong>de</strong><br />

250 000 $; <strong>de</strong>rrière les <strong>de</strong>ux autres portes se trouvent... <strong>de</strong>s<br />

mouches. L'animateur invite le concurrent à choisir une <strong>de</strong>s<br />

trois portes. Ce <strong>de</strong>rnier choisit la porte numéro 2.<br />

C'est alors que, dans un élan <strong>de</strong> générosité, l'animateur<br />

s'adresse au concurrent <strong>et</strong> lui dit :<br />

« Comme je sais où est le ca<strong>de</strong>au <strong>et</strong> comme je suis infiniment<br />

fin, je vais vous donner une chance... je <strong>de</strong>man<strong>de</strong> donc que<br />

l'on ouvre la porte numéro 1. »<br />

La porte numéro 1 s'ouvre <strong>et</strong> on constate qu'elle cache <strong>de</strong>s<br />

mouches! L'animateur s'adresse <strong>de</strong> nouveau au concurrent :<br />

« Comme je suis infiniment fin, je vais vous donner une<br />

chance en vous offrant <strong>de</strong> changer d'idée. Soit vous déci<strong>de</strong>z<br />

<strong>de</strong> conserver la porte numéro 2, ou alors vous déci<strong>de</strong>z <strong>de</strong><br />

porter votre choix sur la porte numéro 3. »<br />

Le concurrent réfléchit. Comme il a peu <strong>de</strong> temps, il déci<strong>de</strong><br />

<strong>de</strong> consulter un expert... un mathématicien. Ce <strong>de</strong>rnier lui dit:<br />

« Je vous conseille <strong>de</strong> changer <strong>de</strong> porte <strong>et</strong> <strong>de</strong> choisir la porte<br />

numéro 3. La raison est la suivante. Quand vous avez choisi<br />

la porte numéro 2, vous étiez conscient d'avoir une chance<br />

sur 3 que le ca<strong>de</strong>au soit <strong>de</strong>rrière c<strong>et</strong>te porte; vous étiez par le<br />

fait même conscient qu'il y avait exactement 2 chances sur 3<br />

que le ca<strong>de</strong>au soit <strong>de</strong>rrière l'une <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux autres portes, i.e.<br />

soit la 1, soit la 3. Mais l'animateur, qui sait où est le ca<strong>de</strong>au, a<br />

choisi d'ouvrir la porte numéro 1. C'est pourquoi vous avez 2<br />

chances sur 3 que le ca<strong>de</strong>au soit <strong>de</strong>rrière la porte numéro 3<br />

(puisque le cas <strong>de</strong> la numéro 1 est réglé!). »<br />

Voyant le concurrent hésiter, le mathématicien déci<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />

renchérir avec une autre explication :<br />

« Imaginez qu'il y ait non pas 3 portes, mais plutôt 1 000<br />

portes. Au départ, vous en choisissez une; il est clair que<br />

vous avez seulement une chance sur 1000 <strong>de</strong> gagner. Vos<br />

chances <strong>de</strong> gagner sont faibles, n'est-ce pas? Mais le jeu<br />

continue <strong>et</strong> il reste 999 portes dont une est peut-être la<br />

bonne (<strong>et</strong> c'est même presque certain). Or, l'animateur, pour<br />

vous donner une chance, entreprend alors d'ouvrir 998<br />

portes -- évi<strong>de</strong>mment parmi celles qui ne contiennent pas le<br />

gros lot. Il reste alors <strong>de</strong>ux portes : la première que vous avez<br />

choisie, <strong>et</strong> celle que l'animateur n'a pas ouverte. Qu'allez-vous<br />

faire? En réalité, si vous changez votre choix, vous avez alors<br />

99,9 % <strong>de</strong> chances <strong>de</strong> gagner le gros lot! »<br />

Si vous n'êtes pas convaincu, on vous encourage à visiter le<br />

site <strong>de</strong> SMAC. On vous offre <strong>de</strong> faire le jeu en accéléré.<br />

L'ordinateur va jouer pour vous. Vous pouvez <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r à<br />

l'ordinateur <strong>de</strong> jouer 100 fois avec la première stratégie, i.e.<br />

<strong>de</strong> ne pas changer d'idée après avoir choisi la première porte :<br />

vous allez voir que vous gagnez environ 1 fois sur 3. Ensuite,<br />

vous <strong>de</strong>man<strong>de</strong>z à l'ordinateur <strong>de</strong> jouer encore 100 fois, mais<br />

avec la <strong>de</strong>uxième stratégie, i.e. en optant pour l'autre porte<br />

(celle non choisie au préalable) : vous allez constater que<br />

vous gagnez alors 2 fois sur 3.<br />

Il n'y a pas que dans le hasard qu'il y a <strong>de</strong>s maths, il y a aussi<br />

dans les arts.<br />

3. Les arts <strong>et</strong> la musique<br />

3.1 Les <strong>de</strong>ssins d'Escher<br />

Maurits Cornelis Escher (1898-1972) est un <strong>de</strong>s plus célèbres<br />

artistes graphiques <strong>de</strong> tous les temps. Il est particulièrement<br />

connu pour ses structures dites impossibles, comme le<br />

tableau <strong>de</strong>s montées <strong>et</strong> <strong>de</strong>s <strong>de</strong>scentes : c'est tout à fait contreintuitif,<br />

voire même troublant. Il y a aussi le tableau <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />

mains. Un <strong>de</strong> ses fameux tableaux est une distorsion d'une<br />

scène <strong>de</strong> quai. Mais ce tableau se distingue particulièrement<br />

<strong>de</strong>s autres, en ce sens que l'on peut apercevoir au centre du<br />

<strong>de</strong>ssin une région floue (où la signature d'Escher a d'ailleurs<br />

été apposée), comme si l'artiste n'avait pas réussi à compléter<br />

son <strong>de</strong>ssin. Voilà un mystère qui a piqué la curiosité du<br />

mathématicien Hendrik Lenstra, qui a aussitôt entrepris <strong>de</strong><br />

l'éclaircir. Son objectif était <strong>de</strong> reconstituer la partie<br />

inachevée du <strong>de</strong>ssin.<br />

Bien qu'Escher fût fasciné par <strong>de</strong>s concepts <strong>mathématiques</strong><br />

visuels, il n'avait qu'une formation mathématique <strong>de</strong> niveau<br />

secondaire. Lenstra s'est vite rendu compte qu'Escher avait<br />

d'abord fixé les bases <strong>de</strong> son <strong>de</strong>ssin sur un quadrillé <strong>de</strong> lignes,<br />

en faisant grossir chaque carré par un facteur 256 tout en<br />

effectuant une rotation autour du centre <strong>de</strong> la grille. Il plaça<br />

alors la grille originale au-<strong>de</strong>ssus <strong>de</strong> son <strong>de</strong>ssin non tordu <strong>et</strong><br />

entreprit <strong>de</strong> translater le <strong>de</strong>ssin original <strong>de</strong>puis la grille droite<br />

vers la grille modifiée, un p<strong>et</strong>it carré à la fois.<br />

Lenstra a alors constaté que le fait <strong>de</strong> grossir ou <strong>de</strong> diminuer<br />

le <strong>de</strong>ssin non tordu par un facteur 256 donnait encore une<br />

fois le même <strong>de</strong>ssin : cela veut dire que lorsqu'on fait un<br />

zoom ou encore une "mise en abîme" (l'équivalent <strong>de</strong> grossir<br />

256 fois), on r<strong>et</strong>rouve à nouveau le <strong>de</strong>ssin original.<br />

Mathématiquement parlant -- <strong>et</strong> c'est là qu'Escher était peutêtre<br />

confus -- le <strong>de</strong>ssin original est périodique selon un<br />

facteur multiplicatif <strong>de</strong> 256.<br />

Mais, qu'en est-il <strong>de</strong> la pério<strong>de</strong> du "<strong>de</strong>ssin tordu"? Lenstra a<br />

constaté que sa pério<strong>de</strong> est un nombre complexe, plutôt<br />

qu'un nombre réel. C<strong>et</strong>te reconstitution perm<strong>et</strong>tait <strong>de</strong><br />

résoudre la question <strong>de</strong> ce qui aurait dû apparaître au centre<br />

du <strong>de</strong>ssin. Le problème n'était pas complètement résolu, car<br />

il restait à trouver la valeur exacte <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te pério<strong>de</strong> complexe.<br />

Lenstra a alors obtenu la valeur exacte <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te pério<strong>de</strong>, en<br />

montrant par surcroît que c<strong>et</strong>te valeur était unique. En fin <strong>de</strong><br />

compte, on peut se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r pourquoi Escher n'avait pas<br />

complété son <strong>de</strong>ssin. L'explication la plus plausible est<br />

qu'Escher avait une vague idée que les obj<strong>et</strong>s rap<strong>et</strong>issaient au<br />

centre du <strong>de</strong>ssin, mais il savait qu'il fallait qu'il arrête quelque<br />

part, <strong>et</strong> c'est pourquoi il aurait laissé ce blanc en plein centre.<br />

C'est bien connu, il y a aussi <strong>de</strong>s maths dans la musique.<br />

3.2 Les entiers baroques<br />

On va maintenant voir comment on peut, à partir d'une suite<br />

<strong>de</strong> nombres, créer une musique qui plaît à l'oreille.<br />

Construisons d'abord, à l'ai<strong>de</strong> d'un algorithme, une suite<br />

toute simple, <strong>et</strong> à chaque nombre 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,<br />

associons les notes do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, <strong>et</strong> en répétant<br />

ainsi avec les nombres 9, 10, 11, ... écoutons ce que ça donne<br />

comme musique.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 26 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />

Ce qu'on vient <strong>de</strong> faire, c'est d'utiliser un algorithme pour<br />

construire une suite <strong>de</strong> nombres <strong>et</strong> ensuite d'écouter la<br />

symphonie <strong>de</strong>s nombres.<br />

Écoutons une autre suite…<br />

Écoutons une 3e suite…<br />

On pourrait aussi "faire jouer" <strong>de</strong>ux suites en même temps.<br />

Voici ce que ça peut donner... C'est comme si à tout<br />

algorithme <strong>de</strong> construction <strong>de</strong> nombres, on pouvait associer<br />

une interprétation musicale.<br />

3.3 Les MP3<br />

Restons dans le domaine <strong>de</strong> la musique. Vous connaissez les<br />

MP3 ?? Ça <strong>de</strong>man<strong>de</strong> beaucoup <strong>de</strong> compression -- les maths<br />

peuvent servir... Les maths peuvent aussi servir pour la<br />

compression <strong>de</strong>s fichiers MP3.<br />

Au fait, ça veut dire quoi un MP3 ?<br />

MP3 = Moving Picture Expert Group Layer 3<br />

(=compression audio) (Abréviation <strong>de</strong> MPEG)<br />

Un son, c'est une on<strong>de</strong> (la plus simple, un sinus) qui se<br />

propage dans un haut-parleur. Celle-là fait 440 Hz <strong>et</strong>, à<br />

l'oreille humaine, voici ce que ça donne...<br />

Une autre on<strong>de</strong>, avec une pério<strong>de</strong> plus courte, disons avec<br />

une fréquence <strong>de</strong> 660 Hz, donne un son plus aigu, que voici<br />

.... Supposons qu'on veut les écouter en même temps.<br />

M<strong>et</strong>tons-les ensemble, additionnons les <strong>de</strong>ux sinus, i.e. les<br />

<strong>de</strong>ux hauteurs, <strong>et</strong> voici le son résultant, qui est encore une<br />

on<strong>de</strong>, soit tout simplement la somme <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux on<strong>de</strong>s<br />

précé<strong>de</strong>ntes, i.e. la somme <strong>de</strong>s hauteurs, la somme <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />

sinus. La résultante, c'est la somme <strong>de</strong> l'on<strong>de</strong> bleue <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

l'on<strong>de</strong> verte : c'est donc 440 Hz + 660 Hz. On a donc<br />

seulement <strong>de</strong>ux nombres à r<strong>et</strong>enir plutôt que l'on<strong>de</strong> au<br />

compl<strong>et</strong>. Voilà donc déjà un principe : on n'a qu'à r<strong>et</strong>enir les<br />

composantes fondamentales qui sont les fréquences<br />

respectives. Mais dans la réalité, qu'est-ce qui arrive si je<br />

prends le son dans un spectacle rock?<br />

On a alors une on<strong>de</strong> très compliquée. Mais alors, l'on<strong>de</strong><br />

résultante est la somme <strong>de</strong> quoi ??? C'est là qu'intervient un<br />

mathématicien français, Jean-Baptiste Joseph Fourier (1768-<br />

1830). Il a démontré que tout signal périodique (par exemple<br />

une pièce <strong>de</strong> 3 minutes) est la somme <strong>de</strong> sinus : ça marche<br />

tout le temps! Et il a aussi développé une métho<strong>de</strong> pour le<br />

faire!!!<br />

Pour en revenir à nos MP3, examinons d'abord la courbe <strong>de</strong><br />

réponse <strong>de</strong> l'oreille humaine -- échelle logarithmique -- <strong>de</strong><br />

grave à aiguë – bonne oreille : jusqu'à 20 000 Hz. Sur l'axe<br />

vertical, on a l'intensité du son (en décibels). Pour une même<br />

intensité, écoutons le son avec d'abord du sinus <strong>de</strong> 20 Hz, <strong>de</strong><br />

..., <strong>de</strong> 10 000... On a l'impression que le son est plus fort.<br />

Les animaux ont une capacité auditive supérieure à celle <strong>de</strong>s<br />

humains (on est un peu <strong>de</strong>s handicapés sur le plan auditif).<br />

Mais ce handicap fait notre affaire lorsqu'il s'agit d'enregistrer<br />

<strong>de</strong> la musique... Avec les MP3, on élimine les fréquences<br />

qu'on n'entend pas, i.e. les trop graves <strong>et</strong> les trop aiguës; en<br />

éliminant tous les sons sous c<strong>et</strong>te courbe, on flush sans que<br />

ça paraisse. On r<strong>et</strong>ient ainsi, somme toute, seulement 10 %<br />

du son original, une belle économie <strong>de</strong> mémoire!<br />

Écoutons un extrait d'un MP3 où on a éliminé les sons<br />

inutiles.... On ne s'aperçoit pas qu'il manque <strong>de</strong>s sons! La<br />

courbe <strong>de</strong> réponse <strong>de</strong> l'oreille du Martien (merci à la NASA<br />

pour nous avoir fourni c<strong>et</strong>te information... zone 51) nous<br />

perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> constater ce que le Martien est capable d'entendre.<br />

Pour enregistrer <strong>de</strong> la musique sur un MP3 martien, il<br />

faudrait éliminer tous les sons situés sous sa courbe<br />

d'enten<strong>de</strong>ment. De sorte que si on voulait, nous, écouter <strong>de</strong><br />

la musique sur un MP3 martien, voici ce que l'on entendrait...<br />

<strong>de</strong> quoi ne pas apprécier les Beatles.<br />

Maintenant, la courbe <strong>de</strong> réponse <strong>de</strong> l'oreille du saturnien...<br />

Comme quoi la compression est basée sur les caractéristiques<br />

<strong>de</strong> l'oreille humaine.<br />

4. Problèmes <strong>de</strong> physique<br />

Comme on approche <strong>de</strong> la fin <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te présentation, on peut<br />

peut-être <strong>de</strong>venir un peu moins sérieux, tout en gardant un<br />

esprit scientifique.<br />

Allons-y donc avec <strong>de</strong>ux phénomènes que l'on rencontre en<br />

physique.<br />

4.1 Les tsunamis<br />

On parle beaucoup, ces temps-ci, d'un phénomène naturel<br />

récurrent, soit le tsunami. Pour en savoir plus, nous allons<br />

rejoindre le Professeur Passimplepantoute dans son bureau<br />

au Centre <strong>de</strong> recherche Icitontrouve.<br />

jmdk : --Bonjour Professeur Passimplepantoute, comment<br />

allez-vous aujourd'hui, au Centre <strong>de</strong> recherche Icitontrouve?<br />

prof : -- Aujourd'hui, je suis allé en voiture avec un collègue,<br />

mais habituellement je viens à pied, à moins qu'il pleuve<br />

auquel cas je viens en autobus, mais s'il pleut beaucoup, je<br />

viens en métro, <strong>et</strong> si.... (le prof est interrompu par l'homme<br />

<strong>de</strong> ménage (HM)).<br />

HM -- Pas ça... il veut savoir comment ça va!<br />

jmdk : -- Vous m'avez l'air en plein déménagement, est-ce<br />

que vous déplacez <strong>de</strong>s choses, est-ce qu'on vous dérange ?<br />

prof : ... Pas du tout, il n'y a rien qui bouge!<br />

jmdk : -- Peu importe... Professeur, on aimerait que vous<br />

nous parliez <strong>de</strong>s tsunamis. On a entendu aux nouvelles que la<br />

vague d'un tsunami pouvait voyager à 700 km/h en pleine<br />

mer; pourtant, la vague n'atteint pas les rives à une telle<br />

vitesse, n'est-ce pas?<br />

prof : -- En réalité, il est bien connu que la vitesse <strong>de</strong> la vague<br />

est proportionnelle à la racine carrée <strong>de</strong> la profon<strong>de</strong>ur <strong>de</strong><br />

l'océan, selon la formule v = c ! h <strong>de</strong> sorte que... (il est<br />

interrompu par HM).<br />

HM : -- Plus elle s'approche, plus elle ralentit!<br />

jmdk : -- On a également entendu que la hauteur <strong>de</strong> la vague<br />

en pleine mer était <strong>de</strong> seulement quelques centimètres. Mais<br />

alors comment se fait-il que l'on a vu <strong>de</strong>s vagues d'une<br />

hauteur <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 10 mètres sur les plages?<br />

prof : -- C'est que l'amplitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la vague est, au contraire,<br />

inversement proportionnelle à la racine carrée <strong>de</strong> la<br />

profon<strong>de</strong>ur du fond <strong>de</strong> l'océan, selon la formule h = 0 c<br />

h <strong>de</strong><br />

sorte que... (il est interrompu par HM).<br />

HM : -- Plus elle s'approche, plus elle est haute!<br />

jmdk : -- On a aussi entendu parler dans les médias <strong>de</strong><br />

"mega-tsunamis" qui se caractérisent par <strong>de</strong>s vagues <strong>de</strong> plus<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 27 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />

<strong>de</strong> 300 mètres qui pourraient atteindre la cote est <strong>de</strong>s États-<br />

Unis.<br />

prof : -- En eff<strong>et</strong>, il est possible que <strong>de</strong>puis les Îles Canaries,<br />

aux abords <strong>de</strong> l'Afrique du Nord, puisse se former un mur<br />

d'eau d'une hauteur <strong>de</strong> 300 mètres, créant une vague pouvant<br />

traverser l'océan Atlantique à une vitesse <strong>de</strong> l'ordre <strong>de</strong> 1000<br />

km/h ...<br />

HM : -- À la vitesse d'un j<strong>et</strong>!<br />

prof : -- … pour atteindre la ville <strong>de</strong> New York, <strong>et</strong> c'est ce<br />

qu'on appelle un mega-tsunami.<br />

jmdk : -- Mais qu'est-ce qui peut provoquer une vague si<br />

démesurée?<br />

prof : -- C'est un gigantesque glissement <strong>de</strong> terrain ou, si vous<br />

voulez, un formidable éboulis...<br />

jmdk : -- Un éboulis ?<br />

prof : -- La définition scientifique d'un éboulis, c'est... (le prof<br />

est alors interrompu par un gron<strong>de</strong>ment (eff<strong>et</strong> <strong>de</strong> son!) <strong>et</strong> on<br />

voit alors les piles <strong>de</strong> livres <strong>de</strong>rrière lui se m<strong>et</strong>tre à débouler<br />

sur son bureau...).<br />

HM : -- C'est ça un éboulis, <strong>et</strong> pis ça arrive trois fois par jour<br />

dans son bureau...<br />

jmdk : -- On a compris... mais qu'arriverait-il aux New-<br />

Yorkais advenant un tel scénario?<br />

prof : -- Voilà une situation qui pose problème <strong>et</strong> que l'on n'a<br />

jamais vécue... Hypothétiquement, le choc d'une si grosse<br />

vague pourrait causer <strong>de</strong>s perturbations incommensurables<br />

sur les structures matérielles, <strong>de</strong> sorte que le sort <strong>de</strong>s<br />

habitants new-yorkais, comment dirais-je...<br />

HM : -- Ils vont être faits à l'os!<br />

jmdk : -- Mais quelle est la probabilité qu'un tel événement se<br />

produise?<br />

prof : -- De tels événements sont très rares, le <strong>de</strong>rnier est<br />

arrivé il y a 4 000 ans sur l'Île <strong>de</strong> la Réunion. Mais il existe sur<br />

l'Île <strong>de</strong> La Palma dans les Canaries un volcan qui a fait<br />

éruption en 1949. Durant c<strong>et</strong>te éruption, une immense<br />

crevasse est apparue d'un côté du volcan. Alors que le volcan<br />

ne présente aucun danger lorsqu'il est calme, les scientifiques<br />

croient que son versant ouest cé<strong>de</strong>ra lors d'une future<br />

éruption. En d'autres mots, d'ici les prochains millénaires,<br />

une portion <strong>de</strong> La Palma, pesant 500 mille millions <strong>de</strong><br />

tonnes, va tomber dans l'Océan Atlantique. Donc, d'ici<br />

quelques milliers d'années...<br />

HM : -- il y a pas d'inqui<strong>et</strong>, ça arrivera pas!<br />

jmdk : -- Professeur Passimplepantoute, je vous remercie<br />

infiniment pour vos explications... (le prof interromp jmdk<br />

pour dire).<br />

prof : -- mais j'oubliais <strong>de</strong> vous présenter mon collègue (en<br />

pointant HM) le Professeur Archisimple. Vous voyez...<br />

<strong>de</strong>puis les coupures, on fait le ménage chacun notre tour (il<br />

prend alors la casqu<strong>et</strong>te <strong>de</strong> HM <strong>et</strong> se la m<strong>et</strong> sur la tête <strong>et</strong> saisit<br />

ensuite la moppe <strong>de</strong>s mains <strong>de</strong> HM, alors que ce <strong>de</strong>rnier<br />

vient s'asseoir à la place du prof...).<br />

Fort heureusement, <strong>de</strong>s bureaux comme ça, il n'y en a pas à<br />

l'Université Laval!<br />

4.2 Un autre phénomène <strong>de</strong> la physique : la<br />

résonance<br />

La tragédie du pont <strong>de</strong> Tacoma<br />

Vous avez tous entendu dire que la ville <strong>de</strong> Kobe au Japon,<br />

en 1995, a été en partie détruite par un tremblement <strong>de</strong> terre.<br />

Vous avez aussi entendu parler du verre <strong>de</strong> vin cassé par la<br />

voix aiguë d'un chanteur d'opéra... Voilà <strong>de</strong>ux situations qui<br />

ont en commun le phénomène <strong>de</strong> la résonance!<br />

Voici comment le professeur Passimplepantoute aurait défini<br />

le phénomène <strong>de</strong> la ré-so-nan-ce :<br />

« La résonance est l'augmentation <strong>de</strong> l'amplitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />

oscillations d'un système électrique ou d'un système<br />

mécanique qui est excité par une force externe périodique<br />

dont la fréquence est égale à la fréquence naturelle du<br />

système. »<br />

Voici maintenant comment le professeur Archisimple aurait<br />

défini le phénomène <strong>de</strong> réso-nan-ce. Il aurait utilisé l'exemple<br />

<strong>de</strong> la balançoire. Imaginez une p<strong>et</strong>ite fille qui se balance<br />

tranquillement sur une balançoire. Son père, qui est placé<br />

<strong>de</strong>rrière elle, l'observe. Il déci<strong>de</strong> alors <strong>de</strong> fournir une<br />

impulsion additionnelle (= une force externe) pour<br />

augmenter l'amplitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la balançoire. Il entre ainsi en<br />

résonance avec le mouvement <strong>de</strong> sa fille. S'il continue à<br />

exercer une force externe, éventuellement l'amplitu<strong>de</strong> du<br />

mouvement pourrait <strong>de</strong>venir trop gran<strong>de</strong>, à un point tel que<br />

la p<strong>et</strong>ite fille pourrait s'envoler en quittant le siège <strong>de</strong> la<br />

balançoire.<br />

Voilà qui n'est pas souhaitable!<br />

La résonance est un phénomène courant... parfois<br />

dramatique. Ce fut le cas en 1940 lorsque, à cause <strong>de</strong> la force<br />

du vent (pourtant un faible vent d'environ 55-60 km/h), le<br />

pont Narrow <strong>de</strong> Tacoma dans l'État <strong>de</strong> Washington s'est<br />

effondré. Les scientifiques ont i<strong>de</strong>ntifié la résonance comme<br />

la cause <strong>de</strong> l'acci<strong>de</strong>nt. Mais <strong>de</strong>s détectives amateurs ont émis<br />

une autre hypothèse...<br />

Merci à vous tous. Bonne fin <strong>de</strong> journée, <strong>et</strong> merci à tous ceux<br />

<strong>et</strong> celles qui ont contribué à Show Math.<br />

GÉNÉRIQUE<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 28 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


ATELIERS<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 29 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 30 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation<br />

dans la transition<br />

du primaire au secondaire<br />

en <strong>mathématiques</strong><br />

Dans le cadre d’une recherche collaborative, une équipe d’enseignantes du 3e cycle<br />

du primaire <strong>et</strong> du 1er cycle du secondaire ont mis en commun leurs préoccupations,<br />

leurs expériences <strong>et</strong> leurs connaissances concernant un moment clé dans le<br />

cheminement <strong>de</strong>s élèves : la transition du primaire au secondaire. Au cours <strong>de</strong> c<strong>et</strong><br />

atelier, les animatrices partageront avec les participants les pistes d’intervention, <strong>et</strong><br />

plus particulièrement celles concernant l’aspect <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes, sur<br />

lesquelles elles ont travaillé <strong>et</strong> qui ont donné lieu à <strong>de</strong>s expérimentations en classe.<br />

Nadine Bednarz,<br />

Université<br />

du Québec<br />

à Montréal,<br />

nadinebednarz@<br />

yahoo.ca<br />

Josée Lafontaine,<br />

École Notre-<br />

Dame-<strong>de</strong>-Fatima<br />

Mélanie Auclair,<br />

Polyvalente<br />

la Frontalière<br />

Carole Morelli,<br />

cmorelli@<br />

cshc.qc.ca <strong>et</strong><br />

Chantal Leroux,<br />

Commission<br />

scolaire <strong>de</strong>s<br />

Hauts-Cantons<br />

a transition du primaire au secondaire<br />

en <strong>mathématiques</strong>, comme d’autres<br />

transitions institutionnelles (du<br />

préscolaire au primaire, du secondaire au<br />

postsecondaire), est un élément clé à<br />

considérer en lien avec le cheminement <strong>de</strong>s<br />

élèves <strong>et</strong> leur apprentissage (Durand-Guerrier,<br />

2003, Bloch, Kientega, Tanguay, 2006). Ces<br />

transitions sont en eff<strong>et</strong> souvent à la source <strong>de</strong><br />

difficultés importantes chez les élèves. Dans le<br />

cas plus spécifiquement ciblé, celui <strong>de</strong> la<br />

transition du primaire au secondaire, l’analyse<br />

<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux programmes <strong>de</strong> formation en<br />

<strong>mathématiques</strong> (MEQ, 2000, MELS, 2003)<br />

m<strong>et</strong> en évi<strong>de</strong>nce, sur le plan <strong>de</strong>s savoirs<br />

essentiels, que plusieurs contenus<br />

<strong>mathématiques</strong> communs se r<strong>et</strong>rouvent au<br />

troisième cycle du primaire <strong>et</strong> au premier cycle<br />

du secondaire. C’est le cas par exemple du<br />

travail sur les nombres <strong>et</strong> les opérations, les<br />

nombres naturels, les fractions <strong>et</strong> les nombres<br />

décimaux qui sont traités autant au primaire<br />

qu’au début du secondaire1 L<br />

. Il en est <strong>de</strong> même<br />

1<br />

Ainsi, par exemple, le travail sur le sens <strong>de</strong> la<br />

fraction est abordé au primaire <strong>et</strong> au début du<br />

secondaire, <strong>de</strong> même que la comparaison <strong>et</strong> la<br />

notion <strong>de</strong> fractions équivalentes. Celui sur les<br />

opérations sur les fractions (sens <strong>et</strong> calcul), amorcé<br />

à la fin du primaire (addition, soustraction <strong>de</strong><br />

<strong>de</strong> la mesure, <strong>de</strong> la géométrie, <strong>de</strong>s probabilités,<br />

<strong>de</strong>s <strong>statistique</strong>s où certaines composantes<br />

communes se r<strong>et</strong>rouvent aux <strong>de</strong>ux niveaux.<br />

Pourtant, les élèves ont souvent <strong>de</strong> la difficulté<br />

à reconnaître dans ce qu’ils font ces aspects<br />

communs, les manières d’approcher ces<br />

savoirs essentiels aux <strong>de</strong>ux niveaux scolaires<br />

étant souvent fort différentes. Par ailleurs, le<br />

passage du primaire au secondaire fait aussi<br />

appel, pour les élèves, à <strong>de</strong>s changements<br />

conceptuels importants. C’est le cas par<br />

exemple du passage <strong>de</strong> l’arithmétique à<br />

l’algèbre (Bednarz, Janvier, 1996), ou d’une<br />

géométrie empirique à une géométrie plus<br />

déductive au secondaire (Salin, 2003).<br />

À travers ce qui précè<strong>de</strong>, on perçoit bien<br />

l’intérêt qu’il y a à s’attar<strong>de</strong>r à c<strong>et</strong>te transition,<br />

<strong>de</strong> manière à mieux comprendre ce qui se<br />

passe <strong>de</strong> part <strong>et</strong> d’autre, à chacun <strong>de</strong>s niveaux<br />

scolaires, <strong>et</strong> à mieux penser leur articulation.<br />

Comment prendre en compte les apprentis-<br />

fractions dont le dénominateur <strong>de</strong> l’un est multiple<br />

<strong>de</strong> l’autre, multiplication d’un nombre naturel par<br />

une fraction), est repris au secondaire <strong>et</strong> poussé<br />

plus loin en introduisant les quatre opérations sur<br />

les fractions. On voit bien dans c<strong>et</strong> exemple le<br />

recoupement qu’il y a entre les savoirs essentiels<br />

travaillés à la fin du primaire <strong>et</strong> au début du<br />

secondaire.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 31 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />

-sages, les enseignements réalisés à chacun <strong>de</strong>s niveaux?<br />

Comment travailler à une meilleure articulation entre les <strong>de</strong>ux<br />

niveaux <strong>de</strong> manière à ai<strong>de</strong>r les élèves à effectuer ce passage <strong>et</strong><br />

à progresser dans leurs apprentissages?<br />

Ce questionnement est à l’origine d’un proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> recherche<br />

collaborative qui s’est déroulé sur <strong>de</strong>ux années, au cours <strong>de</strong>s<br />

années scolaires 2004-2006. Ce proj<strong>et</strong> a réuni <strong>de</strong>s<br />

enseignantes <strong>et</strong> enseignants du début du secondaire<br />

(secondaire 1) provenant <strong>de</strong>s différentes polyvalentes <strong>de</strong> la<br />

Commission scolaire <strong>de</strong>s Hauts-Cantons, <strong>de</strong>s enseignantes <strong>et</strong><br />

enseignants provenant <strong>de</strong>s écoles primaires associées à<br />

chacune <strong>de</strong> ces polyvalentes (écoles sources), intervenant au<br />

3e cycle du primaire. Ont ainsi participé à c<strong>et</strong>te recherche,<br />

pour le secondaire Marie-Pierre Beaudoin (Polyvalente<br />

Louis-Saint-Laurent, East Angus), Louis Pomerleau<br />

(Polyvalente Montignac, Mégantic), Mélanie Auclair<br />

(Polyvalente la Frontalière, Coaticook), pour le primaire<br />

Marc-André Barr<strong>et</strong>te (École Louis-Saint-Laurent, Compton),<br />

Josée Lafontaine (École Notre-Dame-<strong>de</strong>-Fatima, Lac<br />

Mégantic), Marie-Ève Péloquin (École St-Camille,<br />

Cookshire), Sylvie Roy (École Du Parchemin, East Angus),<br />

Isabelle Rodrigue (École Notre-Dame-du-Sacré-Cœur,<br />

Weedon). L’équipe <strong>de</strong> recherche était également formée <strong>de</strong><br />

Nadine Bednarz, professeure à l’UQAM, <strong>et</strong> <strong>de</strong> Carolle<br />

Morelli <strong>et</strong> Chantal Leroux, toutes <strong>de</strong>ux conseillères<br />

pédagogiques, respectivement au primaire <strong>et</strong> au secondaire, à<br />

la Commission scolaire <strong>de</strong>s Hauts-Cantons.<br />

1. Le point <strong>de</strong> départ du travail <strong>de</strong><br />

l’équipe <strong>et</strong> les thèmes plus<br />

spécifiquement ciblés dans les rencontres<br />

Au départ, il est apparu important à l’équipe <strong>de</strong> mieux<br />

connaître ce qui se fait, dans la pratique, au primaire <strong>et</strong> au<br />

secondaire en <strong>mathématiques</strong>. Les enseignants du secondaire<br />

côtoient en eff<strong>et</strong> rarement les enseignants du primaire, <strong>et</strong><br />

connaissent mal ce qu’ils font, leurs attentes, leur manière <strong>de</strong><br />

fonctionner; ils connaissent peu le programme du primaire,<br />

ce qui se vit actuellement en contexte <strong>de</strong> réforme, les<br />

questions qui se posent… De la même façon, les enseignants<br />

du primaire côtoient rarement les enseignants du secondaire<br />

qui recevront leurs élèves, connaissent mal leur manière <strong>de</strong><br />

fonctionner, leurs attentes, leur programme… De l’avis<br />

même <strong>de</strong>s enseignants <strong>et</strong> enseignantes qui ont travaillé à ce<br />

proj<strong>et</strong>, ces <strong>de</strong>rniers vivent souvent dans <strong>de</strong>ux mon<strong>de</strong>s, dans<br />

<strong>de</strong>ux cultures différentes qui se côtoient rarement. Pour<br />

briser c<strong>et</strong> isolement, nocif pour les <strong>de</strong>ux niveaux <strong>et</strong> les élèves<br />

concernés, nous avons cherché à m<strong>et</strong>tre en place une<br />

collaboration s’étalant sur une longue durée (<strong>de</strong>ux ans) qui<br />

perm<strong>et</strong>te un apprivoisement progressif <strong>de</strong> la réalité vécue <strong>de</strong><br />

part <strong>et</strong> d’autre, <strong>et</strong> un véritable engagement dans un proj<strong>et</strong><br />

conjoint.<br />

Les échanges, concrètement durant les rencontres, ont porté<br />

tout d’abord sur ce qui se fait <strong>de</strong> part <strong>et</strong> d’autre dans la classe,<br />

sur le matériel utilisé, sur le programme (un parallèle a été fait<br />

entre les <strong>de</strong>ux programmes en termes <strong>de</strong> savoirs essentiels),<br />

sur ce qui se fait en lien avec la réforme en cours au primaire.<br />

Toutefois pour éviter que le travail ne reste général, <strong>de</strong>s<br />

thèmes plus spécifiques ont vite été ciblés par l’équipe pour<br />

avancer sur la question <strong>de</strong> l’arrimage entre les <strong>de</strong>ux niveaux,<br />

en lien avec <strong>de</strong>s difficultés communes observées par les<br />

enseignants <strong>et</strong> enseignantes chez leurs élèves au primaire <strong>et</strong><br />

au secondaire.<br />

Parmi un ensemble <strong>de</strong> thèmes possibles perm<strong>et</strong>tant<br />

d’abor<strong>de</strong>r concrètement la transition entre le primaire <strong>et</strong> le<br />

secondaire en <strong>mathématiques</strong>, les enseignantes <strong>et</strong> les<br />

enseignants <strong>de</strong> l’équipe ont choisi <strong>de</strong> travailler sur les<br />

habil<strong>et</strong>és <strong>de</strong> calcul <strong>et</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes, <strong>de</strong>ux<br />

domaines où les élèves éprouvent <strong>de</strong>s difficultés aux <strong>de</strong>ux<br />

niveaux.<br />

La question <strong>de</strong> la transition primaire secondaire en<br />

<strong>mathématiques</strong> a donc été abordée à partir <strong>de</strong> ces<br />

thématiques précises, ancrées dans le contexte <strong>de</strong> ces<br />

enseignants, partant <strong>de</strong> leur pratique, <strong>de</strong>s difficultés<br />

observées, <strong>et</strong> ce, dans un souci <strong>de</strong> travailler à l’élaboration<br />

d’interventions facilitant le passage primaire secondaire pour<br />

les élèves <strong>et</strong> cherchant à les ai<strong>de</strong>r à progresser dans leurs<br />

apprentissages.<br />

Dans ce texte, nous revenons plus particulièrement sur une<br />

<strong>de</strong>s thématiques, celle <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />

2. Le travail plus spécifique sur le thème<br />

<strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes<br />

Pour faciliter un meilleur arrimage entre le primaire <strong>et</strong> le<br />

secondaire en <strong>mathématiques</strong>, l’équipe a travaillé à<br />

l’élaboration d’un référentiel commun en résolution <strong>de</strong><br />

problèmes entre enseignants du primaire <strong>et</strong> du secondaire.<br />

Elle a aussi cherché à se doter d’un outil d’analyse <strong>de</strong>s<br />

problèmes en lien avec ce référentiel, <strong>et</strong> à construire, en<br />

partant <strong>de</strong> ce référentiel, <strong>de</strong>s interventions visant à<br />

développer chez les élèves <strong>de</strong>s habil<strong>et</strong>és en résolution <strong>de</strong><br />

problèmes.<br />

2.1. Un référentiel commun progressivement<br />

élaboré par l’équipe<br />

Les échanges entre les enseignants autour du matériel <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

leur manière <strong>de</strong> fonctionner ont permis <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en<br />

évi<strong>de</strong>nce que, même si ces <strong>de</strong>rniers poursuivaient les mêmes<br />

objectifs à l’égard <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes, celle-ci<br />

n’était souvent pas abordée <strong>de</strong> la même façon en classe aux<br />

<strong>de</strong>ux niveaux. Par exemple, les références données aux élèves<br />

pour décrire la démarche face à un problème <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt <strong>de</strong><br />

souligner les données importantes, superflues au primaire,<br />

d’écrire les conditions du problème au secondaire… Le<br />

recours à une stratégie <strong>de</strong> type <strong>de</strong>ssin par les élèves est<br />

accepté au primaire, mais n’est pas nécessairement valorisé au<br />

secondaire.<br />

À travers les discussions, l’équipe a donc senti<br />

progressivement le besoin <strong>de</strong> se donner un référentiel<br />

commun, conçu au départ comme un outil <strong>de</strong> travail pour<br />

l’enseignant, <strong>et</strong> qui perm<strong>et</strong>trait d’intervenir dans le sens d’une<br />

continuité entre les <strong>de</strong>ux niveaux. Nous avons essayé aussi <strong>de</strong><br />

penser son adaptation pour les élèves, <strong>de</strong> manière à ce qu’il<br />

<strong>de</strong>vienne un outil auquel ils peuvent se référer, un outil qui<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 32 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />

leur donne une image <strong>de</strong> différentes composantes liées au<br />

processus <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />

Ce référentiel commun est formé <strong>de</strong> quoi?<br />

Une analogie ici productive <strong>de</strong> sens a été utilisée, celle d’une<br />

équipe au travail, perm<strong>et</strong>tant d’illustrer le processus <strong>de</strong><br />

résolution <strong>de</strong> problèmes comme une démarche non linéaire,<br />

dynamique, avec <strong>de</strong>s allers-r<strong>et</strong>ours, une démarche impliquant<br />

différentes composantes. C<strong>et</strong>te équipe renvoie à différents<br />

personnages.<br />

Comment est née c<strong>et</strong>te idée <strong>de</strong>s personnages?<br />

C<strong>et</strong>te idée provient d’une démarche déjà en place dans la<br />

Commission scolaire <strong>de</strong>s Hauts-Cantons en résolution <strong>de</strong><br />

problèmes au primaire, elle est issue d’un <strong>de</strong>s anciens<br />

conseillers pédagogiques en <strong>mathématiques</strong> (Richard Bibeau).<br />

Elle concerne trois <strong>de</strong>s personnages repris ici dans le<br />

référentiel : le détective, le menuisier <strong>et</strong> l’inspecteur.<br />

La reprise <strong>de</strong> ces trois personnages, en continuité avec ce qui<br />

était déjà engagé dans les écoles, nous a permis <strong>de</strong> nous<br />

articuler sur <strong>de</strong>s pratiques en place, pour les préciser, les<br />

raffiner au besoin. Compte tenu <strong>de</strong> notre problématique, une<br />

telle articulation sur les pratiques en place est centrale.<br />

Un autre personnage s’est ajouté à ces trois premiers<br />

personnages, pour rendre compte d’une dimension<br />

importante du processus <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problèmes, qui<br />

nous semblait absente, celle <strong>de</strong> la création. Le fou créateur,<br />

personnage issu <strong>de</strong> la pratique <strong>de</strong> certains enseignants du<br />

primaire en français, a alors été repris.<br />

Progressivement, nous avons été amenés à préciser ce<br />

référentiel commun pour chacun <strong>de</strong>s personnages : son rôle<br />

dans le processus <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problèmes <strong>et</strong> les stratégies<br />

qu’il peut se donner pour avancer dans la résolution.<br />

Le détective<br />

Son rôle :<br />

Il i<strong>de</strong>ntifie <strong>de</strong>s données du problème, il déco<strong>de</strong>, i<strong>de</strong>ntifie ce<br />

que l'on cherche ou ce qu'il faut faire, il s'assure <strong>de</strong> vérifier si<br />

on a tout ce qu'il faut pour résoudre le problème…<br />

Les stratégies possibles du détective :<br />

Il redit dans ses propres mots le problème, se raconte<br />

l'histoire, se la représente, reformule le problème pour que<br />

les autres membres <strong>de</strong> l’équipe (ou les autres dans la classe)<br />

puissent le comprendre, reformule la question; il i<strong>de</strong>ntifie les<br />

données (informations utiles, incontournables, éléments<br />

essentiels) du problème, nomme au besoin les informations<br />

manquantes ou superflues, note les questions qu'il se pose en<br />

relation avec la tâche à effectuer…<br />

Le menuisier<br />

Son rôle :<br />

Il se représente l'ensemble du problème, s’en construit un<br />

modèle, il élabore <strong>et</strong> organise la démarche en lien avec les<br />

autres membres <strong>de</strong> l’équipe, il choisit ses outils, il partage sa<br />

solution <strong>et</strong> les procédures <strong>de</strong> résolution utilisées avec les<br />

autres…<br />

Les stratégies possibles du menuisier :<br />

Il reformule un problème semblable, plus simple, dans un<br />

autre contexte, pour ai<strong>de</strong>r à voir la solution possible; il<br />

change au besoin les nombres pour <strong>de</strong>s nombres plus<br />

simples qui l'ai<strong>de</strong>nt à voir la solution du problème; il a<br />

recours à différentes procédures <strong>de</strong> résolution : <strong>de</strong>ssin,<br />

schéma, essais numériques contrôlés, …<br />

L’inspecteur<br />

Son rôle :<br />

Il vérifie le travail <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s membres <strong>de</strong> l'équipe, il<br />

s'assure que la solution amenée correspond à ce qui était<br />

<strong>de</strong>mandé dans le problème, <strong>et</strong> que la solution (les solutions)<br />

proposée(s) par l’équipe est (sont) vali<strong>de</strong>(s). Il a un rôle<br />

important à toutes les étapes <strong>de</strong> la démarche <strong>de</strong> résolution…<br />

Les stratégies possibles <strong>de</strong> l'inspecteur :<br />

Il anticipe la nature du résultat, l'ordre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> la<br />

réponse; il vérifie la logique <strong>de</strong> la démarche, la pertinence <strong>de</strong><br />

la réponse par rapport au problème; il doit rendre compte <strong>de</strong><br />

la validité <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te solution (<strong>de</strong>s solutions amenées) aux<br />

autres (en présentant sa justification); il vérifie les calculs; il<br />

perm<strong>et</strong> à chacun d'améliorer <strong>et</strong> <strong>de</strong> réajuster le travail…<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 33 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />

Le fou créateur<br />

Nous en reprenons ici quelques-uns à titre d’exemples :<br />

Son rôle :<br />

Il a un rôle important à jouer dans les problèmes non<br />

routiniers à résoudre (problèmes complexes, problèmes<br />

ouverts, situations problèmes...), ainsi que dans la<br />

formulation <strong>de</strong> problèmes. Il utilise sa créativité, il peut être<br />

utile à l'une ou l'autre <strong>de</strong>s étapes <strong>de</strong> la résolution en<br />

envisageant différents engagements possibles…<br />

Les stratégies possibles du fou créateur :<br />

Il regar<strong>de</strong> le problème sous différents angles, le ramène à un<br />

autre problème au besoin, énonce certaines conjectures,<br />

imagine plusieurs façons <strong>de</strong> résoudre, généralise le problème,<br />

invente d'autres problèmes…<br />

Parallèlement à l’élaboration <strong>de</strong> ce référentiel commun,<br />

différentes pistes d’exploitation ont été élaborées pour rendre<br />

ce référentiel signifiant pour les élèves :<br />

- reformulation du référentiel <strong>de</strong> manière plus synthétique<br />

pour les élèves;<br />

- construction d’affiches présentant les personnages qui<br />

servent <strong>de</strong> supports auxquels l’enseignant <strong>et</strong> les élèves<br />

peuvent référer;<br />

- résolution <strong>de</strong> différents types <strong>de</strong> problèmes par les<br />

élèves <strong>et</strong> r<strong>et</strong>our réflexif sur ceux-ci, pour m<strong>et</strong>tre en<br />

évi<strong>de</strong>nce selon eux, après résolution, les personnages qui<br />

ont été sollicités dans la résolution du problème, quand,<br />

où, pourquoi.<br />

Une discussion autour <strong>de</strong>s dimensions souvent absentes pour<br />

les élèves (inspecteur <strong>et</strong> fou créateur principalement) a<br />

conduit par ailleurs à nous intéresser au choix <strong>de</strong> problèmes<br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> mobiliser davantage chez les élèves le travail<br />

<strong>de</strong> contrôle sur le processus <strong>de</strong> résolution (auquel renvoie<br />

davantage l’analogie avec l’inspecteur) <strong>et</strong> le travail <strong>de</strong> création<br />

(recherche <strong>de</strong> conjectures, <strong>de</strong> différentes solutions possibles,<br />

auquel renvoie davantage l’analogie avec le fou créateur).<br />

2.2. Se doter d’un outil d’analyse <strong>de</strong>s problè-<br />

mes<br />

Différents problèmes ont été travaillés par l’équipe,<br />

expérimentés en classe aux <strong>de</strong>ux niveaux scolaires, en<br />

essayant <strong>de</strong> faire ressortir ce que ces problèmes perm<strong>et</strong>tent<br />

<strong>de</strong> développer chez les élèves, <strong>de</strong> voir leur potentiel en lien<br />

avec les personnages du référentiel. Il s’agissait ainsi<br />

d’i<strong>de</strong>ntifier <strong>de</strong>s problèmes qui sollicitent davantage le fou<br />

créateur, qui forcent un travail <strong>de</strong> l’inspecteur, du détective…<br />

Problème 1 : Un litre d’huile à chauffage coûte 2,35 $. Écris ce que<br />

tu ferais sur la calculatrice pour trouver combien cela coûterait pour<br />

remplir un p<strong>et</strong>it réservoir qui contient 0,53 l.<br />

Ce problème sollicite le travail du menuisier 2. Il va surtout<br />

chercher la reconnaissance <strong>de</strong> l’opération par l’élève, <strong>et</strong><br />

perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce la présence éventuelle <strong>de</strong><br />

certaines conceptions erronées (par exemple, le fait que<br />

l’élève pense : « Le résultat étant plus p<strong>et</strong>it, ça doit<br />

nécessairement donner une division. »)<br />

Problème 2 : En me promenant à vélo, j’ai traversé une ban<strong>de</strong><br />

fraîchement peinte large d’environ 15 cm. J’ai poursuivi ma route en<br />

ligne droite <strong>et</strong> je me suis r<strong>et</strong>ourné pour regar<strong>de</strong>r les marques <strong>de</strong> peinture<br />

laissées par les pneus sur le bitume. Qu’est-ce que j’ai vu? (tiré <strong>de</strong><br />

Mason, 1994)<br />

Ce problème sollicite le fou créateur. Il <strong>de</strong>man<strong>de</strong> une<br />

exploration, la formulation <strong>de</strong> conjectures, <strong>de</strong> penser à<br />

différents engagements possibles, ouvre sur la formulation <strong>de</strong><br />

nouveaux problèmes possibles.<br />

Problème 3 : Un expert efficace travaille dans une usine <strong>de</strong><br />

fabrication <strong>de</strong> robots. En 5 minutes, un robot construit une copie <strong>de</strong> luimême<br />

<strong>et</strong> se déplace ensuite dans une caisse où il est emballé pour être<br />

expédié vers l’extérieur.<br />

L’expert a une idée géniale <strong>et</strong> découvre une façon d’augmenter le<br />

ren<strong>de</strong>ment. Il fabrique un robot capable <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>ux <strong>de</strong> ses<br />

semblables en 5 minutes. Le robot mère se déplace ensuite dans une<br />

caisse où il est emballé pour être expédié vers l’extérieur.<br />

L’expert court voir sa supérieure pour lui expliquer qu’il a doublé la<br />

production <strong>et</strong> m<strong>et</strong> en route le robot au préalable pour être à même <strong>de</strong> lui<br />

montrer sa nouvelle invention. Lorsqu’il arrive, sa supérieure est en<br />

réunion <strong>et</strong> il doit attendre 3 heures avant <strong>de</strong> pouvoir la rencontrer.<br />

Quand elle est libre, l’expert lui explique son invention; celle-ci regar<strong>de</strong><br />

l’horloge <strong>et</strong> court jusqu’à l’usine. Combien <strong>de</strong> robots y trouve-t-elle?<br />

Combien <strong>de</strong> robots l’expert s’attend-il qu’elle trouve? (tiré <strong>de</strong> Confrey,<br />

1994)<br />

Ce problème sollicite le travail du détective : un travail<br />

important <strong>de</strong> décodage <strong>de</strong>s données, <strong>de</strong> compréhension du<br />

problème est ici en jeu.<br />

Problème 4 : Lucie <strong>et</strong> Pierre ont chacun leur argent <strong>de</strong> poche. Lucie a<br />

dépensé 1/6 <strong>de</strong> son montant d’argent <strong>et</strong> Pierre 1/3 du sien. À ton avis,<br />

qui a dépensé le plus? Explique.<br />

Est-ce possible que Lucie ait dépensé plus que Pierre? Pourquoi?<br />

Ce problème sollicite l’inspecteur : il y a en eff<strong>et</strong> ici nécessité<br />

<strong>de</strong> s’engager <strong>de</strong> façon réfléchie dans le problème, <strong>de</strong> revenir<br />

au besoin sur la réponse fournie (si j’ai dit par exemple que<br />

Lucie a dépensé moins que Pierre car 1/6 est plus p<strong>et</strong>it que<br />

1/3, <strong>et</strong> que l’on me <strong>de</strong>man<strong>de</strong> « Est-ce possible que Lucie ait<br />

dépensé plus que Pierre? », la nouvelle question peut<br />

m’amener à revenir sur ma réponse précé<strong>de</strong>nte).<br />

2<br />

Ceci ne veut pas dire, comme pour tous les problèmes qui suivent,<br />

que les autres personnages ne sont pas sollicités. Nous voulons<br />

simplement m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce, dans ce cas, une composante<br />

davantage mobilisée.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 34 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />

L’élaboration d’interventions en classe, s’appuyant sur le<br />

référentiel commun, a par ailleurs été menée dans le but <strong>de</strong><br />

développer chez les élèves <strong>de</strong>s habil<strong>et</strong>és en résolution <strong>de</strong><br />

problèmes.<br />

2.3. Faire intervenir chacun <strong>de</strong>s personnages<br />

2.3.1. Un premier exemple à propos du menuisier<br />

Un même problème a été présenté aux élèves dans différents<br />

contextes. C<strong>et</strong>te intervention visait à développer une prise <strong>de</strong><br />

conscience chez les élèves <strong>de</strong> l’influence du contexte, <strong>et</strong> le<br />

développement <strong>de</strong> la stratégie à aller chercher un problème<br />

semblable, plus simple, pour ai<strong>de</strong>r à voir clair dans le<br />

problème.<br />

D’abord confrontés au premier problème à résoudre (voir<br />

problème ci-<strong>de</strong>ssous), les élèves d’une <strong>de</strong>s classes, dans ce cas<br />

<strong>de</strong> la fin du primaire, ont, comme on s’y attendait, bloqué.<br />

Peu d’entre eux ont pu résoudre le problème.<br />

Problème 1 : Une solution est composée <strong>de</strong> glucose. La concentration<br />

<strong>de</strong> glucose est <strong>de</strong> 12 ml par litre <strong>de</strong> solution. Combien faudrait-il<br />

prendre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te solution pour avoir 90 ml <strong>de</strong> glucose?<br />

Dans le <strong>de</strong>uxième cas (voir problème ci-<strong>de</strong>ssous), lorsque le<br />

problème leur a été proposé (le len<strong>de</strong>main) par l’enseignante,<br />

la plupart ont pu le résoudre, en ayant recours à différentes<br />

solutions.<br />

Problème 2 : Super ca<strong>de</strong>au chez Provigo! Chaque caissière dispose<br />

d’un gros sac contenant 90 boîtes <strong>de</strong> gomme « balloune ». Elle en donne<br />

12 à chaque personne qui passe à la caisse. Premier arrivé, premier<br />

servi! À combien <strong>de</strong> personnes peut-elle donner <strong>de</strong>s boîtes <strong>de</strong> gomme<br />

« balloune »?<br />

Le jour suivant, Isabelle, l’enseignante, a ramené à la classe<br />

les problèmes. Qu’est-ce qui fait que l’un est facile à résoudre<br />

<strong>et</strong> l’autre non? Est-ce que ces problèmes se ressemblent?<br />

Qu’est-ce qu’on pourrait faire quand on est face à un<br />

problème comme le premier?<br />

La discussion a débouché sur ce qu’il serait possible <strong>de</strong> faire<br />

pour simplifier le premier problème <strong>et</strong> le rendre plus<br />

compréhensible.<br />

D’autres interventions ont été conduites dans le même sens<br />

par la suite. Ainsi, <strong>de</strong>s problèmes semblables ont été<br />

présentés, l’un avec le support du <strong>de</strong>ssin, l’autre non, ou<br />

encore l’un avec le support du matériel, l’autre non (voir<br />

exemples ci-<strong>de</strong>ssous), en cherchant à voir ce que les enfants<br />

feraient dans chacun <strong>de</strong>s cas. Un r<strong>et</strong>our collectif sur ces<br />

problèmes était alors organisé en classe dans le but, là encore,<br />

<strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s stratégies <strong>de</strong> résolution.<br />

Problème 1 : Peux-tu r<strong>et</strong>rouver la longueur <strong>de</strong> ma ban<strong>de</strong> <strong>de</strong> papier <strong>de</strong><br />

départ, sachant que j’en ai coupé les 7/9 <strong>et</strong> que le morceau qui me reste<br />

alors entre les mains mesure 60 mm? (<strong>de</strong>s ban<strong>de</strong>s <strong>de</strong> papier sont à la<br />

disposition <strong>de</strong>s enfants)<br />

Problème 2 : J’ai parcouru les 7/9 <strong>de</strong> la distance entre ma maison <strong>et</strong><br />

le chal<strong>et</strong> <strong>de</strong> ma tante Charlotte. S’il me reste 60 kilomètres à parcourir<br />

pour y arriver, quelle est la distance totale à parcourir entre chez moi <strong>et</strong><br />

le chal<strong>et</strong> <strong>de</strong> ma tante?<br />

2.3.2. Un <strong>de</strong>uxième exemple à propos du fou<br />

créateur<br />

Pour solliciter le fou créateur chez les élèves, une idée <strong>de</strong><br />

ligue d’improvisation mathématique est née. La formulation<br />

<strong>de</strong> problèmes qui prend place dans le cadre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te ligue<br />

d’improvisation cherche par ailleurs à prendre en compte la<br />

difficulté que les élèves éprouvent dans la compréhension <strong>de</strong><br />

problèmes. La formulation <strong>de</strong> problèmes est à c<strong>et</strong> eff<strong>et</strong> un<br />

outil intéressant. Composer un problème ai<strong>de</strong> à mieux le<br />

comprendre, à voir comment il est construit, les relations<br />

entre les données…<br />

La ligue d’improvisation mathématique (LIM), telle que<br />

pensée, s’inspire <strong>de</strong> la Ligue nationale d’improvisation (LNI),<br />

<strong>et</strong> place donc les élèves dans un contexte qu’ils connaissent,<br />

<strong>de</strong> défi, <strong>de</strong> jeu, <strong>de</strong> création.<br />

Pour ceux <strong>et</strong> celles nombreux au Québec qui connaissent la<br />

LNI, on y parle d’improvisation mixte (dans ce cas, un thème<br />

est joué par les joueurs <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux équipes) ou d’improvisation<br />

comparée (dans ce cas, les équipes jouent sur un même<br />

thème tour à tour). L’improvisation se fait sur un titre ou un<br />

thème. Plusieurs catégories viennent baliser le jeu, par<br />

exemple improvisation libre, mu<strong>et</strong>te ou en ayant recours au<br />

mime, à <strong>de</strong>s onomatopées, sous une forme dramatique,<br />

dansée, <strong>et</strong>c.; on fixe le nombre <strong>de</strong> joueurs, la durée <strong>et</strong> une<br />

pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> concertation préalable.<br />

Ce modèle a été repris <strong>et</strong> adapté pour créer la ligue<br />

d’improvisation mathématique. On parlera ainsi<br />

d’improvisation mixte lorsque celle-ci se réalise en équipe,<br />

d’improvisation comparée lorsque chaque élève est un<br />

joueur, d’improvisation sur un thème. Plusieurs catégories<br />

sont possibles, par exemple improvisation libre,<br />

improvisation impliquant <strong>de</strong>s concepts donnés, faisant appel<br />

à certains types <strong>de</strong> nombres, à un certain domaine (par<br />

exemple, mesure, géométrie…), m<strong>et</strong>tant en oeuvre<br />

éventuellement d’autres contraintes. Le nombre <strong>de</strong> joueurs<br />

peut être fixé dans le cas <strong>de</strong> l’improvisation en équipe. On<br />

prévoit là aussi une certaine durée <strong>et</strong> une concertation<br />

préalable.<br />

Un exemple d’improvisation ai<strong>de</strong>ra à mieux comprendre ce<br />

qui précè<strong>de</strong> :<br />

Improvisation comparée<br />

ayant pour thème « dans un pays imaginaire »<br />

Catégorie : mesure, 138, 10 <strong>et</strong> 52 doivent faire partie du problème<br />

Durée : 5 minutes<br />

Concertation préalable : 30 secon<strong>de</strong>s<br />

À vous <strong>de</strong> vous y exercer!<br />

Plusieurs improvisations ont été réalisées par les classes <strong>de</strong>s<br />

enseignants <strong>et</strong> enseignantes impliqués dans c<strong>et</strong>te recherche.<br />

Nous en reprenons une ci-<strong>de</strong>ssous expérimentée à la fois au<br />

primaire <strong>et</strong> au secondaire (avec <strong>de</strong>s variantes différentes dans<br />

l’énoncé). Nous donnerons aussi, dans ce cas, quelques<br />

exemples <strong>de</strong> productions d’élèves provenant d’une <strong>de</strong>s<br />

classes du primaire, la classe <strong>de</strong> Josée, <strong>et</strong> d’un <strong>de</strong>s groupes du<br />

secondaire, un <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> Mélanie.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 35 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />

Un exemple d’improvisation au primaire <strong>et</strong> au secondaire<br />

l’élève 1 qui oublie la contrainte « Données superflues »).<br />

L’improvisation proposée était la suivante :<br />

Certains formulent un problème à donnée manquante (c’est<br />

le cas <strong>de</strong> l’élève 5, on ne connaît pas la population du<br />

Improvisation comparée<br />

Québec, il faudra la r<strong>et</strong>rouver). Certains essaient <strong>de</strong> formuler<br />

portant sur le thème « une visite dans l’espace »<br />

un problème qui va s’avérer, pour les autres, complexe à<br />

Catégorie : multiplication<br />

résoudre, cherchant à créer ainsi un défi (voir par exemple<br />

Nombres utilisés : (au primaire, nombres naturels; au secondaire,<br />

l’élève 1).<br />

fractions)<br />

Autres contraintes : données superflues<br />

Notre analyse nous montre par ailleurs que la différence<br />

Durée : 5 minutes<br />

entre les élèves du primaire <strong>et</strong> du secondaire n’est pas si<br />

Concertation : 30 secon<strong>de</strong>s<br />

gran<strong>de</strong> dans ce domaine, les enfants pouvant à certains<br />

égards mieux réussir que les élèves du secondaire. Il y a donc<br />

là un chantier important à travailler aux <strong>de</strong>ux niveaux, pour<br />

favoriser à plus long terme le développement d’habil<strong>et</strong>és chez<br />

les élèves, en pensant soigneusement la progression d’un<br />

niveau scolaire à l’autre.<br />

Voici quelques improvisations formulées par <strong>de</strong>s enfants <strong>de</strong><br />

5 e/6 e années (provenant <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> Josée) :<br />

Élève 1 : Un astronaute fait 12 fois le tour d’une planète, un<br />

tour équivaut à 168 km. S’il va à 12 km/h, combien <strong>de</strong> temps<br />

m<strong>et</strong>tra-t-il à faire le tour avec un bris sur son vaisseau, ce qui<br />

lui rajoute 97 minutes <strong>et</strong> 2 km/h <strong>de</strong> moins? De plus, il doit<br />

faire un détour <strong>de</strong> 12 km à chaque tour.<br />

Élève 2 : Michael a 3 fois plus <strong>de</strong> cartes que Steven, <strong>et</strong><br />

Steven a 189 cartes. Maxime a 100 cartes. Combien Michael<br />

a-t-il <strong>de</strong> cartes <strong>de</strong> hockey?<br />

Élève 3 : Gérard est allé dans l’espace, il a vu 5 planètes, la<br />

Lune <strong>et</strong> le Soleil. Il a commencé à compter les étoiles, il en<br />

compte environ 50 par minute en 3 heures. Combien en voitil?<br />

Élève 4 : 4 hommes <strong>de</strong> la Nasa vont faire une visite dans<br />

l’espace pour une durée <strong>de</strong> 1 an, soit 365 jours. Si les 4<br />

hommes veulent savoir combien d’heures ils vont rester dans<br />

l’espace, quelle multiplication <strong>de</strong>vront-ils faire <strong>et</strong> combien<br />

d’heures vont-ils rester?<br />

Voici quelques improvisations formulées par <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong><br />

secondaire 1 (provenant <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> Mélanie) :<br />

Élève 5 : Bonjour, <strong>de</strong>rnièrement j’ai fait une expédition dans<br />

l’espace <strong>et</strong> j’ai vu beaucoup d’étoiles; c’était vraiment beau.<br />

La moitié <strong>de</strong>s étoiles étaient belles <strong>et</strong> les autres moins belles.<br />

Il y en avait à peu près 3 fois la population du Québec. Alors<br />

combien y avait-il <strong>de</strong> belles étoiles?<br />

Élève 6 : Julie est allée faire une visite dans l’espace. La durée<br />

<strong>de</strong> la visite était 1 heure. Elle a passé le 2/5 <strong>de</strong> son temps à<br />

faire le tour <strong>de</strong> la Terre. Ensuite, elle s’est dirigée vers<br />

Mercure où elle a passé le 1/5 du temps qui lui restait.<br />

Élève 7 : Louis <strong>et</strong> moi sommes allés dans l’espace <strong>et</strong> 1/4 du<br />

temps nous avons dormi, 2/4 du temps on a regardé les<br />

planètes <strong>et</strong> 1/4 du temps nous avons été sur la Lune.<br />

Combien <strong>de</strong> temps sommes-nous restés sur la Lune si le<br />

voyage a duré 2 mois? C’était en 1969.<br />

Les exemples précé<strong>de</strong>nts montrent bien a priori le potentiel<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te activité en lien avec le développement <strong>de</strong><br />

compétences par les élèves en résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />

Dans ces quelques exemples, beaucoup d’éléments<br />

ressortent. Ainsi, certains élèves formulent un problème<br />

incompl<strong>et</strong> (c’est le cas <strong>de</strong> l’élève 6 qui a du mal à formuler<br />

une question en lien avec l’énoncé, une question menant à<br />

résoudre une multiplication). Certains ont du mal à prendre<br />

en compte l’ensemble <strong>de</strong>s contraintes (C’est le cas par<br />

exemple <strong>de</strong> l’élève 2, centré sur la multiplication <strong>et</strong> les<br />

données superflues, <strong>et</strong> qui oublie le thème; ou encore <strong>de</strong><br />

Ce travail ouvre par ailleurs sur différentes pistes<br />

d’exploitation en classe :<br />

- résolution <strong>de</strong>s problèmes formulés par les autres élèves <strong>de</strong><br />

la classe, r<strong>et</strong>our sur les problèmes <strong>et</strong> reformulation au besoin<br />

du problème initial;<br />

- construction d’un répertoire <strong>de</strong> problèmes venant <strong>de</strong>s<br />

élèves, présenté à d’autres, repris en <strong>de</strong>voir ou lors <strong>de</strong><br />

travaux;<br />

- r<strong>et</strong>our sur les problèmes formulés à partir d’une grille <strong>de</strong><br />

co-évaluation (voir les exemples ci-<strong>de</strong>ssous expérimentés<br />

dans les <strong>de</strong>ux classes à propos <strong>de</strong>s problèmes précé<strong>de</strong>nts).<br />

C<strong>et</strong>te grille, présentée plus loin, perm<strong>et</strong> aux élèves (<strong>et</strong> à<br />

l’enseignant, enseignante), dans l’exploitation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

improvisation, <strong>de</strong> juger <strong>de</strong> la validité du problème formulé.<br />

Sur la façon <strong>de</strong> mener c<strong>et</strong>te ligue d’improvisation en classe, là<br />

aussi les pistes sont nombreuses, inspirées du modèle <strong>de</strong> la<br />

LNI. À titre d’exemples, on peut penser à la formulation<br />

d’une improvisation en équipe (improvisation mixte), à la<br />

simulation d’une improvisation par les élèves, à l’organisation<br />

d’un match d’improvisation opposant une équipe à une autre,<br />

une classe à une autre, <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s niveaux<br />

scolaires primaire <strong>et</strong> secondaire…<br />

Conclusion<br />

Plusieurs pistes se dégagent <strong>de</strong> ce travail <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux années avec<br />

l’équipe <strong>de</strong> recherche, dont nous n’avons vu ici que quelques<br />

éléments. Ces pistes ouvrent sur un dialogue entre les<br />

enseignants <strong>et</strong> enseignantes du primaire <strong>et</strong> du secondaire<br />

autour du développement d’habil<strong>et</strong>és <strong>de</strong> calcul chez les élèves<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes, visant une meilleure<br />

articulation entre les <strong>de</strong>ux niveaux, dans un souci <strong>de</strong><br />

progression <strong>de</strong>s apprentissages <strong>de</strong>s élèves. Des<br />

prolongements sont actuellement en cours d’élaboration qui<br />

impliqueront d’autres enseignants <strong>et</strong> enseignantes du<br />

primaire <strong>et</strong> du secondaire <strong>de</strong> la même commission scolaire,<br />

désireux <strong>de</strong> travailler sur c<strong>et</strong>te question. Les actions<br />

entreprises visent à partager avec d’autres le matériel <strong>et</strong> les<br />

stratégies élaborées, <strong>de</strong> manière à en favoriser une diffusion<br />

qui puisse profiter à d’autres personnes.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 36 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />

Grille d’autoévaluation proposée dans la classe du secondaire :<br />

CRITÈRES OUI +/_ NON<br />

J’ai respecté le thème<br />

J’ai utilisé <strong>de</strong>s fractions<br />

Il faut faire une multiplication<br />

pour résoudre<br />

Il y a une ou plusieurs données<br />

superflues<br />

Mon problème comporte une<br />

question ou une tâche<br />

J’ai fait preuve <strong>de</strong> créativité<br />

Grille <strong>de</strong> coévaluation proposée dans la classe du primaire<br />

Titre <strong>de</strong> l’improvisation : __________________________<br />

CRITÈRES<br />

Respect du thème<br />

Respect <strong>de</strong>s nombres proposés<br />

Respect <strong>de</strong>s notions<br />

TRÈS<br />

BIEN<br />

Respect<br />

contraintes<br />

<strong>de</strong>s différentes<br />

Comporte une question ou une<br />

tâche<br />

Problème<br />

formulation<br />

créatif dans sa<br />

Problème créatif par rapport<br />

aux notions <strong>mathématiques</strong><br />

Le problème est réalisable<br />

PLUS OU<br />

MOINS<br />

MOINS<br />

Références<br />

Bednarz, N. & Janvier, B. (1996). Algebra as a problem solving<br />

tool: Continuities and discontinuities with arithm<strong>et</strong>ic. In N.<br />

Bednarz, C. Kieran, & L. Lee (Eds.), Approaches to<br />

algebra: Perspectives for research and teaching, (pp.<br />

115-136). Dordrecht: Kluwer.<br />

Bloch, I., Kientega, G., Tanguay, D. (2006) Synthèse du<br />

thème 6, transition secondaire, post-secondaire en<br />

<strong>mathématiques</strong>. Actes du colloque international<br />

"Espace Mathématique Francophone". CD-ROM.<br />

Sherbrooke, Québec, 27 au 31 mai 2006.<br />

Confrey, J. (1994). « Voix <strong>et</strong> perspective » : à l’écoute <strong>de</strong>s<br />

innovations épistémologiques <strong>de</strong>s étudiants <strong>et</strong><br />

étudiantes. Revue <strong>de</strong>s Sciences <strong>de</strong> l’Éducation, vol. XX, no 1,<br />

115-133.<br />

Durand-Guerrier, V. (2003). Synthèse du thème 5. Transitions<br />

institutionnelles. Actes du colloque international "Espace<br />

Mathématique Francophone". CD-ROM. Tozeur,<br />

Tunisie, 19 au 23 décembre 2003.<br />

Mason, J. (1994). L’esprit mathématique. Collection la Spirale.<br />

Éditions Modulo.<br />

Programme d’étu<strong>de</strong>s en <strong>mathématiques</strong> au primaire (2000). Ministère<br />

<strong>de</strong> l’Éducation du Québec.<br />

Programme d’étu<strong>de</strong>s en <strong>mathématiques</strong> au premier cycle du secondaire<br />

(2003). Ministère <strong>de</strong> l’Éducation, du Loisir <strong>et</strong> du Sport.<br />

Salin, M.H. (2003). Comprendre les difficultés <strong>de</strong>s élèves à passer <strong>de</strong><br />

la « géométrie <strong>de</strong> l’école primaire » à la « géométrie du collège ».<br />

Actes du colloque international "Espace Mathématique<br />

Francophone". CD-ROM. Tozeur, Tunisie, 19 au 23<br />

décembre<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 37 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Mathématiques <strong>de</strong> pointe<br />

au primaire<br />

À l'ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> découpages, nous illustrerons comment <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong><br />

l'élémentaire sont à la fine pointe <strong>de</strong> la recherche en chimie <strong>de</strong> l'ADN.<br />

Robert Bilinski<br />

Collège<br />

Montmorency<br />

rbilinski@<br />

cmontmorency.qc<br />

.ca<br />

O<br />

n r<strong>et</strong>rouve beaucoup <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

amusantes au primaire. Quelques<br />

articles récents, à la fine pointe<br />

<strong>de</strong> la recherche active en science, démontrent<br />

qu’elles ne sont pas dénuées <strong>de</strong> sens, d’intérêt<br />

ou <strong>de</strong> potentiel, insoupçonné encore, pour<br />

faire avancer la science. Aussi, il ne faut pas se<br />

montrer réticent à les enseigner à cause <strong>de</strong> leur<br />

nature ludique ou <strong>de</strong> leur apparence frivole.<br />

Dans bien <strong>de</strong>s cas, c’est leur simplicité même<br />

qui leur perm<strong>et</strong> d’être si utiles.<br />

1. Des <strong>mathématiques</strong> amusantes<br />

dans une classe <strong>de</strong> primaire<br />

Je suis prêt à parier que si l’on faisait un<br />

sondage sur « les <strong>mathématiques</strong> les plus<br />

amusantes du primaire », sur « les <strong>mathématiques</strong><br />

du primaire qui nous ont le plus<br />

marqués » ou sur « les <strong>mathématiques</strong> du<br />

primaire dont on se souvient le plus », la<br />

réponse tomberait invariablement sur la<br />

construction à partir <strong>de</strong> patrons <strong>de</strong> figures<br />

géométriques en 3D.<br />

En eff<strong>et</strong>, l’éveil progressif <strong>de</strong> l’intérêt soulevé<br />

par la transformation d’une feuille <strong>de</strong> papier<br />

épais (ou <strong>de</strong> carton) n’ayant aucune<br />

profon<strong>de</strong>ur en un obj<strong>et</strong> fragile <strong>et</strong> vi<strong>de</strong>, mais<br />

ayant c<strong>et</strong>te précieuse troisième dimension, la<br />

profon<strong>de</strong>ur, n’a pas d’égal dans ma mémoire.<br />

Pourtant, je me souviens avec plaisir <strong>de</strong>s<br />

innombrables calculs réalisés, mais pas dans le<br />

détail. Il y en avait tellement que tous les<br />

calculs se mélangent dans mes souvenirs. Par<br />

contre, les constructions étaient si rares<br />

qu’elles sont restées dans ma mémoire : le<br />

carton jaune, le bâton <strong>de</strong> colle…<br />

Figure 1 : Patron usuel en 2D servant à la<br />

construction d’un cube<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 39 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Mathématiques <strong>de</strong> pointe au primaire Robert Bilinski<br />

2. Des <strong>mathématiques</strong> amusantes dans un<br />

laboratoire<br />

Aujourd’hui, loin <strong>de</strong> paraître enfantins, certains chercheurs<br />

passent pour <strong>de</strong>s génies avant-gardistes en continuant ces<br />

jeux amusants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, mais avec <strong>de</strong>s brins<br />

d’ADN à la place du matériel <strong>de</strong> bricolage <strong>de</strong> base du<br />

primaire... Le meneur <strong>de</strong> bal fut le chimiste new-yorkais N.C.<br />

Seeman qui faisait récemment la couverture <strong>de</strong> l’illustre revue<br />

« Scientific American » <strong>et</strong> y signait un article d’une dizaine <strong>de</strong><br />

pages.<br />

La Figure 2 illustre le potentiel <strong>de</strong> nos <strong>mathématiques</strong>,<br />

lorsque mélangées à un peu d’imagination <strong>et</strong> <strong>de</strong> savoir, sans<br />

oublier quelques subventions. On remarque qu’au lieu <strong>de</strong><br />

construire <strong>de</strong>s soli<strong>de</strong>s avec <strong>de</strong>s faces pleines, on construit<br />

avec l’ADN <strong>de</strong>s « squel<strong>et</strong>tes » <strong>de</strong> figures géométriques<br />

connues.<br />

C’est à se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r quel but poursuivent ces chercheurs<br />

dans leurs constructions. La réponse est à la fois fort simple,<br />

<strong>et</strong> surprenante :<br />

— créer <strong>de</strong>s « miniréacteurs » chimiques dans lesquels la<br />

proximité <strong>de</strong>s produits introduits à l’intérieur favoriserait <strong>de</strong>s<br />

réactions recherchées;<br />

— bâtir <strong>de</strong>s contenants pouvant servir à l’administration<br />

<strong>de</strong> médicaments…<br />

Figure 2a : Dessin d’un octaèdre fait à partir <strong>de</strong> brins<br />

d’ADN (extrait <strong>de</strong> Shih)<br />

Figure 2b : Le patron en 2D qui se plie pour obtenir<br />

celui <strong>de</strong> la Figure 2a<br />

Figure 2c : Dessin expliquant l’entrecroisement <strong>de</strong> 2<br />

branches issues <strong>de</strong> 2 étoiles<br />

Figure 2d : Photographies d’octaèdres réels réalisées<br />

à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> microscopes<br />

La première fois (dont on a la trace en Occi<strong>de</strong>nt) que<br />

l’homme a exploré les figures tridimensionnelles platoniciennes,<br />

c’était dans la Grèce antique où les mathématiciens,<br />

selon la légen<strong>de</strong>, <strong>de</strong>ssinaient ces figures dans le sable avec <strong>de</strong>s<br />

bâtons!<br />

3. D’autres <strong>mathématiques</strong> amusantes du<br />

primaire dans les laboratoires<br />

Dans le même ordre d’idées, pensons aux autres bricolages<br />

que nous avions dans nos cours <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> du<br />

primaire. En y pensant bien, on se souviendra aussi <strong>de</strong>s<br />

pavages ou <strong>de</strong>s variantes <strong>de</strong> « tangram » où l’objectif est <strong>de</strong><br />

remplir une surface avec <strong>de</strong>s figures géométriques<br />

prédéterminées.<br />

Ici les chimistes forment <strong>de</strong>s plaqu<strong>et</strong>tes à l’allure <strong>de</strong> cottes <strong>de</strong><br />

mailles médiévales. Le but avoué est <strong>de</strong> perm<strong>et</strong>tre la création,<br />

à plus ou moins long terme, d’ordinateurs entièrement faits<br />

d’ADN. Ainsi, on fait déjà <strong>de</strong>s structures se comportant<br />

comme <strong>de</strong>s portes ET, OU <strong>et</strong> NON que l’on voudrait<br />

pouvoir greffer à la surface <strong>de</strong> ces plaqu<strong>et</strong>tes…<br />

4. Encore d’autres <strong>mathématiques</strong> du<br />

primaire amusantes dans les laboratoires<br />

En utilisant notre imagination, le <strong>de</strong>ssin <strong>de</strong> <strong>de</strong> la Figure 3a<br />

pourrait évoquer <strong>de</strong>s Legos.<br />

Figure 3a : Dessin illustrant l’agencement <strong>de</strong> molécules<br />

d’ADN (extraite <strong>de</strong> Kiehl)<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 40 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Mathématiques <strong>de</strong> pointe au primaire Robert Bilinski<br />

Figure 3b : Photographie d’un pavage comme le a) par<br />

un microscope<br />

Vous l’aurez <strong>de</strong>viné, <strong>de</strong>s chimistes ont déjà construit <strong>de</strong> telles<br />

briques qui s’imbriquent l’une dans l’autre à la manière <strong>de</strong> ces<br />

jou<strong>et</strong>s…<br />

Figure 4 :: Assemblage <strong>de</strong> plusieurs briques « Legos »<br />

d’ADN<br />

5. Conclusion<br />

Clairement, le travail que l’on effectue au primaire dans<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> revêt une tout autre allure<br />

à la lumière <strong>de</strong>s constructions présentées dans c<strong>et</strong> article.<br />

Plusieurs constats s’offrent donc à nous. Ce n’est pas parce<br />

qu’une partie <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est amusante ou considérée<br />

comme facile qu’elle <strong>de</strong>vrait pour autant être négligée ou<br />

escamotée. Trop souvent, le contenu « beau », « élégant » <strong>et</strong><br />

« amusant » <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est sacrifié pour le côté<br />

« utile »… La source d’émerveillements immédiats <strong>et</strong> futurs<br />

chez les jeunes <strong>et</strong> les moins jeunes passe entre autres par une<br />

bonne formation au primaire.<br />

Il est clair que les <strong>mathématiques</strong> constituent une source <strong>de</strong><br />

bricolages époustouflants dans le domaine génétique. Ainsi, il<br />

faut continuer à amener les jeunes à explorer le mon<strong>de</strong> qui<br />

les entoure en découvrant les merveilles <strong>de</strong>s dimensions. De<br />

plus, il est possible <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans le<br />

moindre bricolage <strong>et</strong> <strong>de</strong> les rendre amusantes par le fait<br />

même. À vous <strong>de</strong> chercher…<br />

6. Références bibliographiques<br />

– Richard A. Kiehl, Karin Musier-Forsyth, Nadrian C.<br />

Seeman , Boris I. Shklovskii, T. Andrew Taton (2003),<br />

Assembly of Nanoelectronic Components by DNA Scaffolding, NSF<br />

Nanoscale Science and Engineering Grantees Conference,<br />

Dec 16-18.<br />

– William M. Shih, Joel D. Quispe & Gerald F. Joyce (2004),<br />

A 1.7-kilobase single-stran<strong>de</strong>d DNA that folds into a nanoscale<br />

octahedron, Nature: 427 p 618-621<br />

– Nadrian C. Seeman, Hui Wang, Xiaoping Yang, Furong<br />

Liu, <strong>et</strong> al (1998), New motifs in DNA nanotechnology,<br />

Nanotechnology 9 257–273.<br />

– N. C. Seeman (1998), DNA nanotechnology : Novel DNA<br />

constructions, Annual Reviews of Biophysical and Biomolecular<br />

Structures 27 : 225 — 248<br />

– Nadrian C. Seeman (June 2004), Nanotechnology and the<br />

Double Helix; Scientific American Magazine.<br />

– Yuriy Brun, Manoj Gopalkrishnan, Dustin Reishus, Bilal<br />

Shaw, Nickolas Chelyapov, and Leonard Adleman (2004),<br />

Building Blocks for DNA Self-Assembly, gratuit sur le site<br />

web <strong>de</strong> University of Southern California<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 41 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 42 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Quelques liens<br />

entre<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique<br />

Tout commença, dit-on, par Pythagore <strong>et</strong> ses calculs <strong>de</strong> proportions d’intervalles<br />

musicaux. C’est l’exemple classique <strong>de</strong> rapport entre les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> la<br />

musique. Mais y a-t-il plus? D’autres mathématiciens sont-ils venus m<strong>et</strong>tre leurs<br />

oreilles dans la musique? Quelles <strong>mathématiques</strong> joue-t-on dans la musique?<br />

Mathématiques <strong>et</strong> musique au XXI e siècle: comment cela sonne-t-il?<br />

Chantal Buteau<br />

Brock University<br />

St.Catharines<br />

Ontario<br />

cbuteau@<br />

brocku.ca<br />

Remerciements<br />

Je remercie Denis<br />

Poulin, étudiant à la<br />

Maîtrise en<br />

<strong>mathématiques</strong> à<br />

l’Université Laval<br />

dont le travail <strong>de</strong> fin<br />

<strong>de</strong> Baccalauréat<br />

traitait <strong>de</strong> la théorie<br />

mathématique <strong>de</strong> la<br />

musique, <strong>et</strong> Isabelle<br />

Beau<strong>de</strong>t, enseignante<br />

<strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> à<br />

la Commission<br />

scolaire <strong>de</strong>s<br />

Premières<br />

Seigneuries, pour<br />

leurs précieux<br />

commentaires<br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong><br />

clarifier plusieurs<br />

parties <strong>de</strong> c<strong>et</strong> article.<br />

M<br />

athématiques <strong>et</strong> musique ? Ça peut<br />

créer un eff<strong>et</strong> <strong>de</strong> surprise <strong>et</strong><br />

provoquer un commentaire<br />

comme "Oui bien sûr, Pythagore!". Eh oui, il<br />

y a eu Pythagore <strong>et</strong> ses étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> proportions<br />

d'intervalles musicaux. C'est certainement<br />

l'exemple le plus classique, bien qu’antique (!),<br />

<strong>de</strong> liens entre la musique <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong>.<br />

Mais y a-t-il plus? Y a-t-il eu d'autres<br />

mathématiciens qui sont venus m<strong>et</strong>tre leurs<br />

oreilles dans la musique? Y a-t-il eu <strong>de</strong>s<br />

musiciens qui ont inséré <strong>de</strong>s équations dans<br />

leurs œuvres? Quelles <strong>mathématiques</strong> joue-t-on<br />

dans la musique ?<br />

Je présente dans c<strong>et</strong> article quelques exemples<br />

diversifiés <strong>de</strong> liens entre les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />

la musique : l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la musique par <strong>de</strong>ux<br />

mathématiciens célèbres, l'introduction <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> par un théoricien <strong>de</strong> la<br />

musique pour formaliser sa théorie analytique<br />

<strong>et</strong> l'utilisation <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> par un<br />

compositeur du XX e siècle <strong>et</strong> par un autre <strong>de</strong><br />

l’époque baroque. Ceci nous mènera ensuite à<br />

l'introduction <strong>de</strong> la théorie mathématique <strong>de</strong> la<br />

musique (en abrégé la MaMuTh) <strong>de</strong>venue une<br />

discipline <strong>de</strong> recherche. La MaMuTh est une<br />

théorie mathématique, donc à la fois<br />

cohérente <strong>et</strong> rigoureuse, pour l’analyse d’obj<strong>et</strong>s<br />

musicaux <strong>et</strong> <strong>de</strong> leurs relations. C’est dans ce<br />

contexte<br />

que j’exposerai brièvement un modèle<br />

topologique <strong>de</strong> l'analyse mélodique <strong>de</strong> la<br />

musique, suj<strong>et</strong> principal <strong>de</strong> mes travaux <strong>de</strong><br />

recherche.<br />

1. Quelques liens entre les<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> la musique<br />

Il faut r<strong>et</strong>ourner au tout commencement alors<br />

que les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> la musique étaient<br />

étroitement liées en tant que disciplines. Au<br />

temps <strong>de</strong> Pythagore, <strong>et</strong> ce, jusqu’au Moyen<br />

Âge, le quadrivium <strong>de</strong> connaissance répartissait<br />

les <strong>mathématiques</strong> en quatre parties : la<br />

géométrie, l’arithmétique, l’astronomie <strong>et</strong> la<br />

musique. Par la suite, une coupure s’est faite :<br />

la musique est <strong>de</strong>venue un Art. À ce moment,<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique ont semblé<br />

s’éloigner, mais aujourd’hui, ces disciplines<br />

sont sans aucun doute <strong>de</strong> nouveau en harmonie.<br />

Regardons quelques liens dans le passé avant<br />

<strong>de</strong> présenter une théorie mathématique<br />

contemporaine <strong>de</strong> la musique. Au lecteur<br />

intéressé, je réfère à l’épiso<strong>de</strong> 3 Arts <strong>et</strong> culture<br />

(réf. (1)) <strong>de</strong> la série télévisée C’est Mathématique!<br />

pour une introduction captivante du suj<strong>et</strong>.<br />

Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 43 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />

1.1 Des mathématiciens <strong>et</strong> la musique<br />

La légen<strong>de</strong> veut qu'un jour Pythagore, se promenant <strong>de</strong>vant<br />

la boutique d'un forgeron, observa que lorsque celui-ci<br />

frappait l'enclume avec <strong>de</strong>s marteaux dont les masses étaient<br />

dans <strong>de</strong>s rapports simples, cela produisait <strong>de</strong>s sons<br />

consonants. Ceci l'emmena à créer un monocor<strong>de</strong> pour<br />

étudier systématiquement les rapports <strong>de</strong> fréquences <strong>de</strong>s<br />

sons.<br />

Figure 1 Le frontispice du livre Theorica Musice (1492)<br />

du théoricien <strong>de</strong> la musique Franchino Gafurio. On y<br />

remarque dans chacune <strong>de</strong>s images les nombres 16, 12, 9, 8, 6<br />

<strong>et</strong> 4 sur les marteaux, cloches, verres, cor<strong>de</strong>s tendues <strong>et</strong> flûtes se<br />

référant à l’étu<strong>de</strong> mathématique <strong>de</strong> la musique <strong>de</strong> Pythagore.<br />

Pythagore observa que <strong>de</strong>ux cor<strong>de</strong>s pincées (<strong>de</strong> même<br />

<strong>de</strong>nsité <strong>et</strong> sous même tension) donnaient un son plaisant si<br />

leurs longueurs étaient dans un rapport <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux p<strong>et</strong>its entiers.<br />

Par exemple, si les longueurs sont dans un rapport <strong>de</strong> 2:1,<br />

elles produisent <strong>de</strong>ux notes distantes d’une octave, la cor<strong>de</strong> la<br />

plus courte produisant le son plus aigu. Les cor<strong>de</strong>s dont les<br />

longueurs sont dans un rapport <strong>de</strong> 3:2 produisent la quinte,<br />

par exemple do – sol, qui est très agréable à l'écoute. Si, à<br />

partir <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te proportion, on reproduit une quinte, le<br />

quotient suivant par rapport à la note originale sera 3 2 : 2 2<br />

que l'on ramène dans l’octave précé<strong>de</strong>nte soit à 9 :8.<br />

Figure 2 Les rapports <strong>de</strong> longueurs <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s; 2:1 produit l’octave<br />

(do – do) ; 3:2 produit la quinte (do – sol) ; 3:2 <strong>de</strong> 3:2 (do – sol – ré)<br />

est 9:4 qui <strong>de</strong>vient 9:8 (do–ré) produisant la quinte <strong>de</strong> la quinte<br />

réajustée à l’octave.<br />

Et ainsi <strong>de</strong> suite, si on reproduit successivement <strong>de</strong>s quintes<br />

(do, sol, ré, la, mi, si) en y ajoutant une quinte inférieure au<br />

do donnant la note fa, on obtient la gamme <strong>de</strong> Pythagore :<br />

Note do ré mi fa sol la si do<br />

Ratio 1:1 9:8 81:64 4:3 3:2 27:16 243:128 2:1<br />

Figure 3 Rapports <strong>de</strong> fréquences <strong>de</strong>s notes <strong>de</strong> la gamme <strong>de</strong> Pythagore<br />

Notons que c<strong>et</strong>te gamme ne s'entend pas comme celle jouée<br />

sur un piano, car, sur ce <strong>de</strong>rnier, les rapports <strong>de</strong> fréquences<br />

ont été réajustés pour faciliter les changements <strong>de</strong> clés. Plus<br />

précisément, on observe que les rapports entre les tons do –<br />

ré, ré – mi, fa – sol, sol – la, la – si sont tous <strong>de</strong> 9 :8 <strong>et</strong> les<br />

rapports entre les <strong>de</strong>mi-tons mi – fa <strong>et</strong> si – do sont tous <strong>de</strong>ux<br />

<strong>de</strong> 256 : 243. Or, ( 256 : 243)<br />

2<br />

< 9 : 8 , <strong>et</strong> donc le <strong>de</strong>mi-ton<br />

pythagoricien n’est pas exactement un <strong>de</strong>mi-ton, alors que le<br />

<strong>de</strong>mi-ton sur le piano a été ajusté pour être exactement la<br />

moitié d’un ton.<br />

Ajoutons que l’impossibilité <strong>de</strong> refermer une gamme par<br />

progression <strong>de</strong> quintes justes vient du fait qu’on ne puisse<br />

trouver <strong>de</strong>ux entiers l <strong>et</strong> m tels que 3 l = 2 m . Et il s’en suivra<br />

une longue tradition sur l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s gammes <strong>et</strong><br />

tempéraments : comment refermer une gamme selon<br />

différents critères <strong>de</strong> maximisation par exemple sur les<br />

quintes justes <strong>et</strong> les tierces majeures (do – mi) ? Au lecteur<br />

intéressé, je recomman<strong>de</strong> les articles Mathématiques <strong>et</strong> Musique<br />

I, II <strong>et</strong> III (réf. (2),(3),(4)) <strong>de</strong> Serge Robert dans les bull<strong>et</strong>ins<br />

<strong>de</strong> l’Association Mathématique du Québec (AMQ) qui<br />

présentent la construction mathématique <strong>de</strong> gammes à<br />

travers l’Histoire. Aussi le site Intern<strong>et</strong> «Maths & Music »<br />

(réf.(5)) contient plusieurs autres références sur le suj<strong>et</strong>.<br />

Revenons aux rapports simples <strong>de</strong> fréquences. En se basant<br />

sur les calculs <strong>de</strong> Pythagore, le mathématicien Euler s’est<br />

intéressé à l’ordre <strong>de</strong> consonance d’un ensemble d’intervalles.<br />

Il a abordé le problème en utilisant le théorème fondamental<br />

<strong>de</strong> l'arithmétique, soit la factorisation unique, à ordre près, <strong>de</strong><br />

tout entier positif en nombres premiers, i.e. pour tout<br />

e1 e2 ek n ! N : n = p1 p2 ...pk où les p sont <strong>de</strong>s nombres<br />

i<br />

premiers <strong>et</strong> les e <strong>de</strong>s entiers positifs. Euler a employé c<strong>et</strong>te<br />

i<br />

décomposition dans la définition <strong>de</strong> la fonction gradus.<br />

!(n) :=1 + # ei ( pi "1) .<br />

i<br />

Puis, il a étendu sa fonction aux rationnels a:b, que l'on peut<br />

supposer réduits :<br />

!(a : b) := !(ab).<br />

Sa conjecture fut que plus la valeur du gradus du rapport<br />

d'entiers d'un intervalle est p<strong>et</strong>ite, plus l'intervalle est<br />

consonant. Par exemple, en comparant les intervalles <strong>de</strong> la<br />

gamme <strong>de</strong> do majeure 1 , on obtient l'ordre suivant <strong>de</strong><br />

consonance :<br />

1 Dans c<strong>et</strong> exemple, nous considérons la gamme en intonation juste,<br />

c’est-à-dire dans laquelle les rapports <strong>de</strong> fréquences <strong>de</strong>s accords<br />

majeurs, soit do – mi – sol, fa – la – do <strong>et</strong> sol – si – ré, sont tous 4 :<br />

5 : 6.<br />

Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 44 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />

Intervalles Rapports d'entiers<br />

Octave 2:1<br />

Quinte<br />

Quarte<br />

Sixte majeure<br />

Tierce majeure<br />

Secon<strong>de</strong> majeure<br />

Septième majeure<br />

3:2<br />

4:3<br />

5:3<br />

5:4<br />

9:8<br />

15:8<br />

Figure 4 Ordre <strong>de</strong> consonance <strong>de</strong>s intervalles <strong>de</strong> la gamme en<br />

intonation juste selon le modèle <strong>de</strong> Euler : plus la valeur du gradus du<br />

rapport d’intervalle est p<strong>et</strong>ite, plus l’intervalle est consonant.<br />

1.2 Un théoricien <strong>de</strong> la musique <strong>et</strong> la théorie <strong>de</strong>s<br />

ensembles<br />

Allen Forte, théoricien contemporain <strong>de</strong> la musique, a intégré<br />

dans les années soixante <strong>de</strong>s concepts <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s<br />

ensembles dans son approche d'analyse <strong>de</strong> musique atonale<br />

(réf.(6)). Je fais remarquer que la musique atonale, par<br />

exemple la musique sérielle du début du XX e siècle, comme<br />

celle <strong>de</strong> Schoenberg ou <strong>de</strong> Webern, dans laquelle les règles <strong>de</strong><br />

tonalité ne tiennent plus, est une musique très différente <strong>de</strong> la<br />

musique classique. Dans l’approche <strong>de</strong> Forte, les regroupements<br />

<strong>de</strong> notes, comme les accords, sont représentés par <strong>de</strong>s<br />

ensembles d'entiers 0, 1, ..., 11 correspondant aux hauteurs<br />

<strong>de</strong>s notes : 0 – do ou si#, 1 – do# ou réb, 2 – ré, ..., 11 – si<br />

ou dob. Puis, Forte établit <strong>de</strong>s relations entre les regroupements<br />

<strong>de</strong> notes en utilisant par exemple les concepts<br />

d'intersection, <strong>de</strong> complément <strong>et</strong> <strong>de</strong> sous-ensemble. La<br />

Figure 5 présente un exemple d'i<strong>de</strong>ntification <strong>de</strong> regroupements<br />

<strong>de</strong> notes "à la Allen Forte".<br />

Figure 5 Exemple mo<strong>de</strong>rne d’i<strong>de</strong>ntifications <strong>de</strong> regroupements <strong>de</strong> notes À la Forte.<br />

On y remarque que le système chromatique (do, do#, ré, ré#, ..., la#, si) est représenté par<br />

Z /12Z .<br />

Il faut noter que Forte n'était pas le premier à utiliser la<br />

représentation ensembliste dans son approche. Des<br />

théoriciens–compositeurs comme Milton Babbitt (né en<br />

1916) (réf.(7)) <strong>et</strong> Anatol Vieru (1926 – 1998) (réf.(8)) l'ont<br />

précédé. Par contre, on peut affirmer qu'à partir <strong>de</strong> la<br />

pério<strong>de</strong> Forte, l'approche mathématique dans l'analyse <strong>de</strong> la<br />

musique a vraiment commencé à s'établir parmi les<br />

théoriciens <strong>de</strong> la musique nord-américains. Et c'est à c<strong>et</strong>te<br />

pério<strong>de</strong> que la représentation du système chromatique (i.e. le<br />

système <strong>de</strong> notes) dans le cercle, tel que représenté dans la<br />

Figure 5, est véritablement <strong>de</strong>venue usuelle. Le développement<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te approche ensembliste, souvent appelée S<strong>et</strong><br />

Theory ou American S<strong>et</strong> Theory, dépasse aujourd’hui largement<br />

l'application à la musique atonale. Signalons que le théoricien<br />

David Lewin y a considérablement contribué (réf.(9))<br />

par son approche catégorielle.<br />

1.3 Des compositeurs <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong><br />

Il n’y a pas que le mathématicien qui joue <strong>de</strong> ses violons dans la<br />

musique ou le théoricien <strong>de</strong> la musique qui intègre les<br />

<strong>mathématiques</strong> dans son analyse, il y a aussi le compositeur<br />

qui a son mot à dire, ou plutôt à faire entendre. Par exemple,<br />

Iannis Xenakis (1922-2001) a composé son œuvre Nomos<br />

Alpha (1966) en suivant un algorithme très précis. Il a utilisé<br />

le groupe <strong>de</strong> rotations du cube sur lui-même (d'ordre 24) <strong>et</strong>, à<br />

chacun <strong>de</strong>s somm<strong>et</strong>s du cube, il a associé ce qu'il a appelé un<br />

complexe sonore : C1, C2, ..., C8, par exemple, une répétition<br />

<strong>de</strong> notes ou un nuage <strong>de</strong> notes. Or, on peut représenter les<br />

rotations par <strong>de</strong>s permutations <strong>de</strong>s 8 somm<strong>et</strong>s. Par exemple,<br />

dans la Figure 6 une rotation <strong>de</strong> π/2 dans le sens antihoraire<br />

selon l’axe vertical envoie les complexes C2 sur C1, C3 sur<br />

C2, C4 sur C3, C1 sur C4, <strong>et</strong>c, <strong>et</strong> c<strong>et</strong>te rotation est alors<br />

représentée par la permutation (23416785).<br />

Figure 6 Xenakis a associé un<br />

complexe sonore à chacun <strong>de</strong>s somm<strong>et</strong>s du<br />

cube <strong>et</strong>, en utilisant la représentation <strong>de</strong>s<br />

rotations en tant que permutations <strong>de</strong>s<br />

somm<strong>et</strong>s, il a considéré une suite finie <strong>de</strong><br />

rotations du cube sur lui-même pour<br />

composer Nomos Alpha.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 45 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />

Puis, il a considéré un procédé <strong>de</strong> Fibonacci pour créer son<br />

œuvre : il a engendré une suite <strong>de</strong> rotations en choisissant<br />

d'abord <strong>de</strong>ux rotations g1 <strong>et</strong> g2 , puis en déterminant les<br />

suivantes par<br />

gk+2 := gk+1 ! gk Étant donné que le groupe est fini, la suite est périodique.<br />

Or, Xenakis a en fait utilisé une suite aux propriétés<br />

maximales. En eff<strong>et</strong>, Moreno Andreatta a démontré dans sa<br />

thèse <strong>de</strong> doctorat (réf.(10)), en 2003, que la suite possè<strong>de</strong> le<br />

plus grand nombre d'éléments différents <strong>et</strong> qu’elle est <strong>de</strong><br />

pério<strong>de</strong> maximale. Le lecteur est invité à j<strong>et</strong>er un coup d’oeil<br />

sur ce procédé <strong>de</strong> composition sur le site Intern<strong>et</strong> (réf.(11)).<br />

Xénakis a délibérément utilisé un groupe mathématique dans<br />

la composition <strong>de</strong> son œuvre. Je dois faire remarquer que ce<br />

procédé était déjà présent chez les compositeurs baroques,<br />

mais qu’il était caché sous les règles <strong>de</strong> composition, plus<br />

précisément celles <strong>de</strong> la fugue. L'idée <strong>de</strong> la fugue est <strong>de</strong><br />

présenter une mélodie, puis <strong>de</strong> la répéter le plus souvent<br />

possible dans d'autres voix <strong>et</strong> décalées dans le temps, comme<br />

un canon. Ces répétitions, appelées imitations, sont <strong>de</strong><br />

strictes reproductions, ou elles sont transposées (par exemple<br />

une quinte plus haut), ou inversées (réflexion par rapport à<br />

l'axe horizontal) ou encore rétrogradées (réflexion par<br />

rapport à l'axe vertical). Et on y reconnaît bien la structure<br />

<strong>de</strong> groupe. La Figure 7 présente les premières mesures <strong>de</strong><br />

l'Inventio I <strong>de</strong> Johann Sebastian Bach (1685-1750) dans<br />

laquelle quelques symétries sont mises en évi<strong>de</strong>nce.<br />

Figure 7 Quelques symétries <strong>de</strong> l'Inventio I <strong>de</strong> Johann<br />

Sebastian Bach.<br />

Or, dans son traité d’analyse en 1992, Xenakis (réf.(12)) a<br />

représenté ces symétries, soit la répétition, l’inversion, la<br />

rétrogradation, <strong>et</strong> l’inversion rétrogradée, par <strong>de</strong>s opérations<br />

linéaires dans le plan complexe (Figure 8).<br />

2 Théorie mathématique <strong>de</strong> la musique<br />

Dans la section précé<strong>de</strong>nte, nous avons vu <strong>de</strong>s liens entre<br />

musique <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> qui sillonnent différents aspects<br />

<strong>de</strong> la musique, plus précisément les aspects <strong>de</strong> composition <strong>et</strong><br />

d'analyse <strong>et</strong> les aspects physique <strong>et</strong> intellectuel. Dans c<strong>et</strong>te<br />

section, j’expose brièvement quelques gran<strong>de</strong>s lignes d’une<br />

théorie mathématique contemporaine <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> systématique<br />

<strong>de</strong> la musique.<br />

Figure 8 Autre représentation possible <strong>de</strong>s symétries selon le<br />

compositeur Xenakis (réf.(12), page 374) par <strong>de</strong>s opérations<br />

linéaires dans le plan complexe.<br />

Nous préludons avec une citation <strong>de</strong> Pierre Boulez (né en<br />

1925), chef d'orchestre <strong>et</strong> compositeur français : “Music cannot<br />

be <strong>de</strong>generated or reduced to a section of Mathematics: Music is<br />

fundamentally rooted within physical, psychological and semiotic<br />

realities. But we need more sophisticated m<strong>et</strong>hods besi<strong>de</strong>s statistical and<br />

empirical data in or<strong>de</strong>r to formally <strong>de</strong>scribe musical instances” 2. Dans<br />

ce contexte, la théorie mathématique <strong>de</strong> la musique, en<br />

abrégé la MaMuTh 3, est un cadre <strong>de</strong> travail scientifique pour<br />

la musicologie qui respecte les limites imposées par la nature<br />

même <strong>de</strong> la musique.<br />

Dans les années quatre-vingt, le mathématicien <strong>et</strong> musicien<br />

professionnel Guerino Mazzola a présenté (réf.(13),(14)) le<br />

début du développement d’un cadre mathématique abstrait<br />

<strong>de</strong> la MaMuTh. Mazzola propose <strong>de</strong>s structures abstraites<br />

dans lesquelles on peut redéfinir plusieurs approches, les<br />

généraliser <strong>et</strong>, parfois même, résoudre certaines contradictions.<br />

Avec <strong>de</strong>s concepts <strong>de</strong> géométrie algébrique, <strong>de</strong> théorie<br />

<strong>de</strong>s modules <strong>et</strong> <strong>de</strong>s catégories, <strong>de</strong>s topologies algébrique <strong>et</strong><br />

combinatoire, <strong>de</strong> théorie <strong>de</strong>s représentations <strong>et</strong>, enfin, <strong>de</strong><br />

théorie <strong>de</strong>s topoï, <strong>et</strong> avec l'apport <strong>de</strong> diverses disciplines<br />

comme les sciences informatiques, la sémantique, la<br />

2 « La musique ne peut être réduite à une section <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> : la musique est fondamentalement enracinée dans<br />

les réalités physique, psychologique <strong>et</strong> sémiotique. Par contre, en<br />

plus <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s <strong>statistique</strong>s <strong>et</strong> empiriques, nous avons aussi<br />

besoin <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s sophistiquées pour décrire formellement les<br />

obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> relations musicaux.»<br />

3 Du nom allemand <strong>de</strong> la théorie, Mathematische Musiktheorie, qui<br />

concor<strong>de</strong> également avec Mathematical Music Theory.<br />

Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 46 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />

physique, les sciences cognitives <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong>, on sinon, ! = - 1. Le contour mélodique du motif <strong>de</strong> la<br />

ij<br />

étudie les obj<strong>et</strong>s musicaux <strong>et</strong> leurs relations dans les Figure 9 donne par exemple la matrice suivante :<br />

contextes <strong>de</strong> composition, d’analyse <strong>et</strong> d’interprétation.<br />

Pour illustrer le type <strong>de</strong> recherche qui se développe dans le<br />

" 0 0 0 !1%<br />

$<br />

'<br />

domaine <strong>de</strong> la MaMuTh, ces <strong>de</strong>rnières années, principale-<br />

$<br />

0 0 0 !1<br />

'<br />

ment en Europe <strong>et</strong> en Amérique du Nord, j’ébauche<br />

$ 0 0 0 !1'<br />

brièvement la théorie <strong>de</strong>s espaces motiviques, un modèle<br />

$<br />

'<br />

topologique <strong>de</strong> l'analyse <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la structure<br />

# 1 1 1 0 &<br />

mélodique <strong>de</strong> la musique, qui constitue le suj<strong>et</strong> principal <strong>de</strong> puisque la mélodie reste constante pour les trois premières<br />

mes travaux <strong>de</strong> recherche actuels.<br />

notes, expliquant tous ces 0, puis <strong>de</strong>scend (d’une tierce<br />

majeure) ce que l’on observe par les - 1 dans la partie<br />

triangulaire supérieure <strong>de</strong> la matrice . Par définition, si<br />

! = - 1, alors<br />

ij ! = 1 <strong>et</strong> vice versa. La matrice, souvent<br />

ji<br />

appelée « comparison matrix », en abrégé COM, est donc<br />

antisymétrique <strong>et</strong> la diagonale principale ne contient que <strong>de</strong>s<br />

0, i.e. ! ii = 0.<br />

2.1. Espaces motiviques<br />

Décrivons d'abord en quelques lignes ce qu'est l'analyse<br />

mélodique ou, plus précisément, l'analyse motivique. C<strong>et</strong>te<br />

<strong>de</strong>rnière décrit la structure d'une composition musicale par le<br />

biais <strong>de</strong> l’organisation hiérarchique <strong>de</strong> ses motifs (courtes<br />

mélodies d'environ <strong>de</strong>ux à dix notes). C<strong>et</strong>te analyse se<br />

résume souvent à déterminer le motif générateur <strong>de</strong> la<br />

composition, appelé motif germinal. Le motif germinal<br />

remplit la fonction particulière d'unifier toute la composition.<br />

Plus précisément, selon le théoricien Rudolph Réti<br />

(réf.(15)), c'est le motif dont le contour est répété tout au<br />

long <strong>de</strong> la composition, soit sous forme d’une stricte<br />

répétition, soit après transformation. L'exemple classique<br />

d'un motif germinal est le fameux motif formé <strong>de</strong>s quatre<br />

notes sol – sol – sol – mib (voir Figure 9) <strong>de</strong> la Cinquième<br />

Symphonie <strong>de</strong> Be<strong>et</strong>hoven que l'on entend, remarquablement,<br />

du début à la fin <strong>de</strong> la symphonie.<br />

Figure 9 Motif germinal à l’ouverture <strong>de</strong> la Cinquième<br />

Symphonie <strong>de</strong> Be<strong>et</strong>hoven. Si le temps d’attaque du silence est fixé à<br />

0, la durée d’une barre <strong>de</strong> mesure à 1, la hauteur du do central à 0 <strong>et</strong><br />

chaque <strong>de</strong>mi-ton à 1, on peut représenter ces notes par : sol1=(1/4, 7),<br />

sol2=(1/2, 7), sol3=(3/4, 7), <strong>et</strong> mib=(1,3). Ce motif est alors<br />

représenté dans notre modèle par l’ensemble <strong>de</strong> ces 4 notes, soit<br />

M={sol1, sol2, sol3, mib}.<br />

Présentons maintenant les concepts <strong>de</strong> notre modèle<br />

simplifié4 . Les notes sont représentées par leur temps<br />

d'attaque (O) <strong>et</strong> leur hauteur (P) <strong>et</strong> l'espace <strong>de</strong>s notes est<br />

l’espace réel R {O,P} ! R 2 . Un motif est un ensemble fini non<br />

vi<strong>de</strong> <strong>de</strong> notes ayant toutes <strong>de</strong>s temps d'attaque distincts. En<br />

d'autres mots, c<strong>et</strong>te contrainte exclut les accords. Le motif<br />

d'ouverture <strong>de</strong> la Cinquième Symphonie est un bon exemple <strong>de</strong><br />

motif. Le contour mélodique <strong>de</strong>s motifs est défini par une<br />

application ensembliste sur l'ensemble <strong>de</strong> tous (oui, tous!) les<br />

motifs <strong>de</strong> la composition. Par exemple, le contour<br />

mélodique d'un motif M peut être représenté par la matrice<br />

( ! ) où ij ! =1 si la hauteur <strong>de</strong> la note j est plus élevée que<br />

ij<br />

celle <strong>de</strong> la note i, ! =0 si les notes ont la même hauteur <strong>et</strong><br />

ij<br />

4 Le lecteur peut se référer à (réf.(16),(17)) pour une <strong>de</strong>scription<br />

détaillée.<br />

Les imitations, comme la transposition (par exemple do-rémi<br />

<strong>de</strong>venant sol-la-si joué à une quinte supérieure) ou<br />

l'inversion (par exemple do-do#-ré <strong>de</strong>venant do-si-sib), sont<br />

représentées par l'action d'un groupe. Il agit sur l'ensemble<br />

<strong>de</strong>s contours. Les classes (regroupements) <strong>de</strong> motifs<br />

résultant <strong>de</strong> l'action du groupe sont appelées gestalt.<br />

L'introduction <strong>de</strong> métriques (fonctions <strong>de</strong> distance) sur les<br />

contours <strong>de</strong> même cardinalité5 perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> rendre compte <strong>de</strong><br />

la similarité mélodique <strong>de</strong> même cardinalité. Nous en sommes<br />

alors à l'étape cruciale <strong>de</strong> la construction du modèle, celle <strong>de</strong><br />

représenter les transformations <strong>de</strong> motifs impliquant la<br />

similarité <strong>de</strong> motifs <strong>de</strong> cardinalités différentes. Nous<br />

définissons le voisinage V ! (M) <strong>de</strong> rayon ε du motif M<br />

comme étant l'ensemble <strong>de</strong> tous les motifs contenant un<br />

sous-motif <strong>de</strong> même cardinalité que M <strong>et</strong> dont le contour est<br />

distant du contour <strong>de</strong> M d’au plus ε. Nous disons alors que<br />

le motif N est une transformation <strong>de</strong> M si N ! V " (M) ou<br />

M ! V " (N) .<br />

Et voilà, le tour est joué : on obtient un espace <strong>de</strong> motifs,<br />

appelé espace motivique, correspondant à la structure<br />

hiérarchique <strong>de</strong>s motifs <strong>de</strong> la composition.<br />

Plus précisément, sous certaines conditions 6 , la collection <strong>de</strong><br />

tous les voisinages <strong>de</strong>s motifs forme une base pour une<br />

topologie sur l'ensemble <strong>de</strong>s motifs <strong>de</strong> la composition. Dans<br />

ces espaces, très différents du plan euclidien 7, le motif aux<br />

5 Sous certaines conditions, ces métriques s'éten<strong>de</strong>nt sur les gestalt<br />

<strong>de</strong> même cardinalité.<br />

6 C'est-à-dire dans tous les cas classiques à une exception près.<br />

C<strong>et</strong>te exception est la construction avec le contour mélodique <strong>de</strong><br />

notes strictement consécutives. Par exemple, le motif <strong>de</strong> la Figure<br />

9 serait représentée dans ce cas par (0,0,-1), indiquant que la<br />

mélodie reste, reste <strong>et</strong> <strong>de</strong>scend. Or, c<strong>et</strong>te représentation est<br />

problématique. Voir (réf. (17) ou (18)) pour plus <strong>de</strong> détails.<br />

7 Les espaces motiviques ne sont que <strong>de</strong> type T <strong>et</strong> ne sont donc<br />

0<br />

pas <strong>de</strong>s espaces <strong>de</strong> Hausdorff comme le plan Euclidien. Dans un<br />

espace <strong>de</strong> type T , on ne peut pas toujours séparer <strong>de</strong>ux points par<br />

0<br />

<strong>de</strong>s voisinages ouverts disjoints. Au contraire, dans le plan<br />

Euclidien, on se rappelle qu’étant donné <strong>de</strong>ux points P <strong>et</strong> Q, les<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 47 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />

voisinages les plus «<strong>de</strong>nses» 8, c'est-à-dire ayant le plus <strong>de</strong><br />

motifs voisins, est alors considéré comme le motif germinal.<br />

Ce modèle a été appliqué à l'Art <strong>de</strong> la Fugue <strong>de</strong> Johann<br />

Sebastian Bach dans le but d'étudier le problème <strong>de</strong> la<br />

longueur <strong>de</strong> son thème principal : est-il formé <strong>de</strong>s huit<br />

premières notes <strong>de</strong> l'ouverture ou plutôt <strong>de</strong> ses douze<br />

premières notes? Or, du point <strong>de</strong> vue compositionnel, il est<br />

bien accepté que le thème doive contenir toutes les douze<br />

notes. En utilisant notre modèle (voir réf.(18) pour les<br />

détails), nous avons conclu que le thème, du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong><br />

sa structure motivique, n'est composé que <strong>de</strong> ses huit<br />

premières notes. Plus précisément, la structure motivique du<br />

thème est déjà présentée dans ses huit premières notes <strong>et</strong><br />

l'ajout <strong>de</strong>s quatre <strong>de</strong>rnières notes appuie la structure<br />

motivique, mais ne l'enrichit pas.<br />

Figure 10 Le thème principal <strong>de</strong> l’Art <strong>de</strong> la Fugue <strong>de</strong> Bach :<br />

est-il composé <strong>de</strong>s 8 ou <strong>de</strong>s 12 premières notes ? En appliquant<br />

notre modèle d’analyse motivique, dont tous les détails se trouvent<br />

dans (réf.(18)), on en a conclu que, du point <strong>de</strong> vue motivique, les 8<br />

premières notes forment le thème.<br />

2.2. Quelques mots sur la recherche en théorie<br />

mathématique <strong>de</strong> la musique<br />

Nous terminons la présentation <strong>de</strong> la MaMuTh par quelques<br />

questions qui se posent naturellement en raison <strong>de</strong> son<br />

caractère interdisciplinaire. D'abord, la terminologie<br />

musicale n'est pas universelle (même mot pour plusieurs<br />

concepts ou plusieurs mots pour un même concept).<br />

Comment travaille le mathématicien dans sa formalisation<br />

d'obj<strong>et</strong>s musicaux <strong>et</strong> <strong>de</strong> leurs relations? Et comment est<br />

reçue c<strong>et</strong>te terminologie par les musiciens <strong>et</strong> les théoriciens<br />

<strong>de</strong> la musique? Aussi, on construit <strong>de</strong>s modèles<br />

<strong>mathématiques</strong> décrivant <strong>de</strong>s relations entre obj<strong>et</strong>s musicaux.<br />

Comment vali<strong>de</strong>-t-on ces modèles <strong>mathématiques</strong>? Ce qui<br />

revient à se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r : mais qu'est-ce que la vérité en<br />

musique ? Si on revient à c<strong>et</strong> exemple <strong>de</strong> motif germinal<br />

chez Be<strong>et</strong>hoven, avait-il incorporé intentionnellement son<br />

motif "sol-sol-sol-mib" dans sa Cinquième Symphonie chaque<br />

fois que nous l'entendons? En fait, avons-nous le droit<br />

d'examiner son œuvre d'art à la loupe mathématique<br />

computationnelle du XXI e siècle ?<br />

disques ouverts <strong>de</strong> centres P <strong>et</strong> Q <strong>et</strong> <strong>de</strong> rayons égaux à la <strong>de</strong>midistance<br />

entre P <strong>et</strong> Q sont disjoints <strong>et</strong> séparent les <strong>de</strong>ux points.<br />

8 Le terme <strong>de</strong>nse n'est pas utilisé ici tout à fait au sens topologique.<br />

Il est utilisé pour décrire l'idée <strong>de</strong> <strong>de</strong>nsité, mais dans un espace <strong>de</strong><br />

type T . Dans un tel espace, nous décidons <strong>de</strong> considérer les <strong>de</strong>ux<br />

0<br />

relations " être inclus dans " <strong>et</strong> " inclure " un voisinage comme<br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> bien définir la nature germinale d'un motif.<br />

Notre réponse à c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière question est ferme : si nous<br />

adm<strong>et</strong>tons que Be<strong>et</strong>hoven fut un génie, n’ayons pas peur <strong>de</strong><br />

sortir notre machinerie lour<strong>de</strong> pour approfondir notre<br />

compréhension <strong>de</strong> ses œuvres. Rendons hommage à leur<br />

beauté <strong>et</strong> à leur complexité 9.<br />

3. Conclusion<br />

Choisissons une coda bien simple mais néanmoins<br />

concluante : “La musique est une mathématique <strong>de</strong> l’âme qui compte<br />

sans savoir qu’elle compte”, a dit un jour le célèbre<br />

mathématicien Gottfried W. Leibniz (1646 – 1716) 10.<br />

4. Références bibliographiques<br />

(1) Arts <strong>et</strong> Culture, Épiso<strong>de</strong> 3 <strong>de</strong> la série 1 <strong>de</strong> « C’est<br />

mathématique ! », Téléfiction, Montréal.<br />

(2) Robert, S. (2003), Mathématique <strong>et</strong> musique I, dans Bull<strong>et</strong>in<br />

AMQ, vol. XLIII, no.3, pp.28-35, Octobre.<br />

(3) Robert, S. (2005), Mathématique <strong>et</strong> musique II, dans Bull<strong>et</strong>in<br />

AMQ, vol. XLV, no.2, pp.37-56, Mai.<br />

(4) Robert, S. (à paraître), Mathématique <strong>et</strong> musique III, dans<br />

Bull<strong>et</strong>in AMQ.<br />

(5) Site Intern<strong>et</strong> Mathematics & Music à l'adresse<br />

http://www.brocku.ca/mathematics/maths&music/<br />

(6) Forte A. (1973), The Structure of Atonal Music, New<br />

Haven: Yale University Press.<br />

(7) Babbit M. (1946), The Function of S<strong>et</strong> Structure in the Twelve-<br />

Tone System, Ph.D. Dissertation, Princ<strong>et</strong>on University<br />

(accepté en 1992).<br />

(8) Vieru A. (1967), Cartea modurilor, 1 (Le livre <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s,<br />

1), Ed. muzicala, Bucarest.<br />

(9) Lewin D. (1987), Generalized Musical Intervals and<br />

Transformation, Yale University Press.<br />

(10) Andreatta, M. (2003), Métho<strong>de</strong>s algébriques dans la musique<br />

<strong>et</strong> la musicologie du XXème siècle : aspects théoriques, analytiques <strong>et</strong><br />

compositionnels, Thèse <strong>de</strong> doctorat, École <strong>de</strong>s hautes étu<strong>de</strong>s en<br />

sciences sociales (EHESS)-Paris, 2003.<br />

(11) http://recherche.ircam.fr/equipes/repmus/Analyse/Xe<br />

nakis/<br />

9 Mon directeur <strong>de</strong> thèse, Guerino Mazzola, aimait bien ajouter que,<br />

si Einstein a introduit sa théorie (assez complexe!) <strong>de</strong> la relativité<br />

pour arriver à mieux comprendre l’œuvre <strong>de</strong> Dieu, on peut<br />

certainement oser introduire nos modèles topologiques, par<br />

exemple, pour essayer <strong>de</strong> mieux comprendre l’œuvre <strong>de</strong> Be<strong>et</strong>hoven !<br />

10 Le lecteur intéressé par les applications <strong>mathématiques</strong> dans la<br />

musique trouvera quelques références sur notre site Intern<strong>et</strong> Maths<br />

& Music (réf.(5)). En particulier, on y trouve <strong>de</strong>s références sur <strong>de</strong>s<br />

cours <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique aux niveaux élémentaire (réf.(19)),<br />

secondaire (réf.(20)) <strong>et</strong> universitaire (réf.(21)).<br />

Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 48 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />

(12) Xenakis, I. : Formalized Music : Thought and Mathematics in<br />

Composition, Harmonologia Series No. 6, Pendragon Press,<br />

Stuyvesant NY.<br />

(13) Mazzola, G. (1989), Geom<strong>et</strong>rie <strong>de</strong>r Töne, Birkhäuser, Basel.<br />

(14) Mazzola, G. <strong>et</strong> al (2002), Topos of Music, Birkhäuser,<br />

Basel.<br />

(15) Réti, R. (1951), Thematic Process of Music, Greenwood<br />

Press, Connecticut, USA.<br />

(16) Buteau, C. (2003), A Topological Mo<strong>de</strong>l of Motivic Structure<br />

and Analysis of Music: Theory and Operationalization, Thèse <strong>de</strong><br />

doctorat, University of Zurich.<br />

(17) Buteau, C. (2005), Topological Motive Spaces, and Mappings of<br />

Scores’ motivic Evolution Trees, Grazer Mathematische Berichte,<br />

Proceedings of the Colloqium on Mathematical Music<br />

Theory, Graz 2004, H. Fripertinger, L. Reich (eds.).<br />

(18) Buteau, C. <strong>et</strong> G. Mazzola (2000), From Contour Similarity<br />

to Motivic Topologies, dans Musicae Scientiae, European Soci<strong>et</strong>y<br />

for Cognitive Sciences of Music (ESCOM), Vol IV, no 2,<br />

pp.125-49.<br />

(19) Site Intern<strong>et</strong> Enriching mathematical concepts through music à<br />

l'adresse :<br />

http://schools.tdsb.on.ca/joyce/main/pathfin<strong>de</strong>r/midi_in<strong>de</strong><br />

x.html<br />

(20) Communication en ligne Pure Mathematics 30: Mathematics<br />

and Music, Optional curriculum project for Gra<strong>de</strong> 12, Alberta<br />

(Canada), February 2004, à l'adresse<br />

http://www.education.gov.ab.ca/k_12/testing/diploma/pro<br />

jects/feb_2004/puremath30_project.pdf<br />

(21) Site Intern<strong>et</strong> Mathematics and Music du cours offert par<br />

Dave Benson à University of Aber<strong>de</strong>en (Écosse) à l'adresse<br />

http://www.maths.abdn.ac.uk/~bensondj/html/mathsmusic.htm<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 49 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 50 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Enjeux <strong>et</strong> défis<br />

d’une culture mathématique<br />

sans frontières<br />

L'intégration d'une dimension culturelle à l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> paraît<br />

faire consensus. Mais la variété <strong>de</strong>s approches envisagées pour une telle intégration<br />

reflète la diversité <strong>de</strong>s conceptions qu'on a <strong>de</strong> la culture <strong>et</strong> <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>s frontières qu'on leur attribue. Ce texte tente <strong>de</strong> faire le point sur ces questions<br />

<strong>et</strong> propose quelques pistes <strong>et</strong> balises pour que l'universalité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

puisse émerger <strong>de</strong> la légitime prise en compte <strong>de</strong> la diversité <strong>de</strong> leurs<br />

manifestations.<br />

France Caron,<br />

Université <strong>de</strong><br />

Montréal<br />

france.caron@<br />

umontreal.ca<br />

D<br />

epuis quelques années déjà, les<br />

médias se plaisent à souligner<br />

l’orientation par compétences du<br />

Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong> l’école québécoise en<br />

l’associant régulièrement à un recul <strong>de</strong> la place<br />

accordée aux connaissances. Ce point <strong>de</strong> vue,<br />

bien souvent exprimé <strong>de</strong> façon alarmiste,<br />

néglige un aspect important <strong>de</strong> ces programmes<br />

qui leur vient <strong>de</strong> l’intention clairement<br />

exprimée <strong>de</strong> rehausser la dimension culturelle<br />

<strong>de</strong> l’éducation dispensée aux élèves du<br />

Québec. En témoignent les nombreux<br />

« repères culturels » intégrés aux programmes<br />

d’enseignement <strong>de</strong>s différentes disciplines<br />

(Gouvernement du Québec; 2001, 2003a), <strong>et</strong><br />

un document d’accompagnement produit à<br />

l’intention <strong>de</strong>s enseignants spécifiquement sur<br />

l’intégration <strong>de</strong> la dimension culturelle à l’école<br />

(Gouvernement du Québec, 2003b).<br />

Comme il est plutôt malvenu <strong>de</strong> s’opposer à la<br />

vertu, c<strong>et</strong> aspect <strong>de</strong> la réforme est rarement<br />

remis en cause, si ce n’est pour souligner la<br />

nécessité d’outiller les enseignants en ce sens.<br />

Ainsi, l’intégration d’une dimension culturelle<br />

à l’enseignement, y compris en <strong>mathématiques</strong>,<br />

paraît vouloir faire consensus. Mais la<br />

variété <strong>de</strong>s approches envisagées pour ce faire<br />

témoigne bien <strong>de</strong> la diversité <strong>de</strong>s conceptions<br />

<strong>de</strong> la culture <strong>et</strong> <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

frontières qu’on leur attribue. Si l’universalité<br />

est l’un <strong>de</strong>s attributs les plus précieux <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, à quelle(s) culture(s) <strong>de</strong>vraiton<br />

s’intéresser en classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>?<br />

Les nouveaux programmes <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

vont-ils dans le sens <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te culture idéale?<br />

C’est en partant <strong>de</strong> ces vastes questions que<br />

nous avons amorcé une réflexion dans le cadre<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier.<br />

Un concept polysémique<br />

Il existe <strong>de</strong> nombreuses façons <strong>de</strong> concevoir <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> définir la culture. Notons d’abord une<br />

vision essentiellement académique, élitiste <strong>et</strong><br />

quasi absolue <strong>de</strong> la culture (dite alors générale),<br />

aux visées universelles, mais liée dans la<br />

pratique à une nation :<br />

Culture générale : ensemble <strong>de</strong> connaissances<br />

générales sur la littérature, l'histoire, la<br />

philosophie, les sciences <strong>et</strong> les arts, que doivent<br />

possé<strong>de</strong>r, au sortir <strong>de</strong> l'adolescence, tous ceux<br />

qui forment l'élite <strong>de</strong> la nation. (Dictionnaire<br />

<strong>de</strong> l’Académie française, 1932)<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 51 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />

À l’autre extrême, abordé sous un angle anthropologique <strong>et</strong><br />

sociologique, le concept <strong>de</strong> culture <strong>de</strong>vient quelque chose <strong>de</strong><br />

relativiste, dans la mesure où il peut s’appliquer à tout groupe<br />

social, sans visée normative ou prescriptive :<br />

Ensemble <strong>de</strong>s données acquises <strong>et</strong> transmises à l'intérieur d'un<br />

groupe social. Les productions intellectuelles, artistiques,<br />

religieuses, <strong>et</strong>c., <strong>de</strong> ce groupe. (http://dictionnaire.tv5.org/)<br />

Quelque part entre ces <strong>de</strong>ux positions, on r<strong>et</strong>rouve une<br />

conception <strong>de</strong> la culture qui paraît mieux correspondre à une<br />

vision démocratique <strong>de</strong> l’éducation :<br />

Ensemble <strong>de</strong>s connaissances acquises qui perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong><br />

développer le sens critique, le goût, le jugement. (Le Robert,<br />

2004)<br />

Mais, comme tend à le suggérer la charmante ban<strong>de</strong> <strong>de</strong>ssinée<br />

ci-<strong>de</strong>ssous 1 , sans doute convient-il <strong>de</strong> préciser l’ensemble <strong>de</strong>s<br />

connaissances utilisables dans la pratique mathématique, <strong>et</strong><br />

propices à y développer le sens critique, le goût <strong>et</strong> le<br />

jugement .<br />

Préciser c<strong>et</strong> ensemble revient à définir ce qu’on entend par<br />

culture mathématique. L’Organisation <strong>de</strong> coopération <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

développement économiques (OCDE), à travers son Programme<br />

international pour le suivi <strong>de</strong>s acquis <strong>de</strong>s élèves<br />

(PISA) s’est attelée à une telle tâche :<br />

La culture mathématique (Mathematical literacy) est l'aptitu<strong>de</strong><br />

d'un individu à i<strong>de</strong>ntifier <strong>et</strong> à comprendre les divers rôles joués<br />

par les <strong>mathématiques</strong> dans le Mon<strong>de</strong>, à porter <strong>de</strong>s jugements<br />

fondés à leur propos <strong>et</strong> à s'engager dans <strong>de</strong>s activités<br />

<strong>mathématiques</strong>, en fonction <strong>de</strong>s exigences <strong>de</strong> sa vie présente <strong>et</strong><br />

future en tant que citoyen constructif, impliqué <strong>et</strong> réfléchi.<br />

(OCDE, 2001)<br />

Prise seule, sans les contenus, processus <strong>et</strong> contextes qui en<br />

précisent le sens, c<strong>et</strong>te définition peut sembler à la fois<br />

ambitieuse <strong>et</strong> insuffisante. En eff<strong>et</strong>, il apparaît difficile <strong>de</strong><br />

« porter <strong>de</strong>s jugements fondés à propos <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> »<br />

si l’on ne réfère dans c<strong>et</strong>te culture mathématique à l’épistémologie<br />

propre à c<strong>et</strong>te discipline, à la façon dont s’est<br />

construit <strong>et</strong> continue <strong>de</strong> se construire ce corpus <strong>de</strong> connaissances.<br />

1 Quino (1985) Les vacances <strong>de</strong> Mafalda, © Éditions Glénat.<br />

Pour tenter <strong>de</strong> mieux définir c<strong>et</strong>te culture mathématique à<br />

laquelle tout citoyen aurait droit, revenons au concept <strong>de</strong><br />

culture. Selon Fernand Dumont, figure <strong>de</strong> proue <strong>de</strong> la<br />

sociologie au Québec, la culture d’un individu est constituée<br />

<strong>de</strong> <strong>de</strong>ux vol<strong>et</strong>s : d’une part, ce qui crée l'unité première du<br />

mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> soi (« culture première ») <strong>et</strong>, d’autre part,<br />

l'ensemble <strong>de</strong>s procédés <strong>de</strong> rupture (« culture secon<strong>de</strong> ») qui<br />

perm<strong>et</strong>tent à l’individu <strong>de</strong> voir le mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> se voir en<br />

même temps.<br />

On r<strong>et</strong>rouve c<strong>et</strong>te double nature <strong>de</strong> la culture dans la présentation<br />

générale du programme du premier cycle du<br />

secondaire, applicable à toutes les disciplines. La culture y<br />

est en eff<strong>et</strong> présentée comme « instrument d’appréhension <strong>de</strong><br />

soi <strong>et</strong> du mon<strong>de</strong> », <strong>et</strong> l’école aurait pour responsabilité <strong>de</strong><br />

développer chez l’élève autant sa culture première « en<br />

partant d’éléments du milieu immédiat, à la source <strong>de</strong><br />

l’i<strong>de</strong>ntité personnelle <strong>et</strong> sociale » qu’une culture élargie qui<br />

« puise dans les fruits <strong>de</strong> l’activité humaine d’hier comme<br />

d’aujourd’hui, dans les connaissances <strong>de</strong> l’héritage collectif <strong>et</strong><br />

dans les repères communs élaborés au fil du temps »<br />

(Gouvernement du Québec, 2003a, p.7). On y précise par<br />

ailleurs qu’enseigner dans une perspective culturelle consiste,<br />

notamment, à « exploiter <strong>de</strong>s repères culturels pour amener<br />

l’élève à comprendre le mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> lui faire découvrir chaque<br />

discipline comme porteuse <strong>de</strong> sens, tant par son histoire que<br />

par les questionnements particuliers qu’elle suscite », à<br />

« amener l’élève à établir un plus grand nombre <strong>de</strong> liens entre<br />

les divers phénomènes scientifiques, sociaux, artistiques,<br />

moraux <strong>et</strong> économiques <strong>et</strong> à se situer par rapport à eux » <strong>et</strong>,<br />

ainsi, à « poser un regard critique, éthique <strong>et</strong> esthétique sur le<br />

mon<strong>de</strong> ». C<strong>et</strong>te visée finale, qui lie compétences <strong>et</strong><br />

connaissances, nous renvoie à la définition <strong>de</strong> la culture du<br />

Robert. Et pour s’en approcher, tout en reconnaissant que la<br />

culture est aussi « une réalité vivante à laquelle chaque<br />

génération apporte sa contribution », le programme précise<br />

que « l’école prendra appui sur la culture propre aux jeunes<br />

pour les amener à s’ouvrir à d’autres dimensions <strong>de</strong>s<br />

multiples manifestations <strong>de</strong> l’activité humaine <strong>et</strong> à actualiser<br />

leur créativité dans tous les domaines. » Cela nous ramène à<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 52 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />

la complémentarité <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux cultures, telles que définies par<br />

Dumont, qui participent au développement d’un individu.<br />

En intégrant <strong>de</strong> façon explicite la dimension historique à<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, les nouveaux programmes<br />

québécois donnent une <strong>de</strong>s clés pour espérer porter <strong>de</strong>s<br />

« jugements fondés à propos <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> », comme le<br />

voudrait la culture mathématique telle que définie par<br />

l’OCDE. Ce choix curriculaire rejoint la position <strong>de</strong> Charnay<br />

(2002), selon qui, pour prétendre à la dimension culturelle,<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> se doit d’envisager, dès le<br />

primaire, l’ensemble <strong>de</strong>s enjeux suivants :<br />

• Commencer, lorsque c’est possible, à situer les connaissances<br />

<strong>mathématiques</strong> dans une perspective historique<br />

pour les faire percevoir comme construction<br />

humaine.<br />

• Fournir aux élèves les outils intellectuels utiles au citoyen<br />

pour appréhen<strong>de</strong>r, <strong>de</strong> façon critique, les informations<br />

<strong>et</strong> les propositions qui lui sont soumises.<br />

• Éveiller au caractère scientifique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

<strong>et</strong> à leur large applicabilité.<br />

• Initier très tôt les élèves à la façon spécifique dont les<br />

<strong>mathématiques</strong> envisagent le rapport au vrai <strong>et</strong> au<br />

faux, soit en s’appuyant sur leur rapport au « réel »,<br />

soit en ayant recours à la puissance du raisonnement.<br />

• Initier à une pratique <strong>de</strong> l’activité mathématique,<br />

caractérisée à la fois par :<br />

o le goût du questionnement, <strong>de</strong> la recherche, <strong>de</strong><br />

l’investigation ;<br />

o la nécessité <strong>de</strong> structurer, d’organiser, d’expliciter,<br />

<strong>de</strong> prouver.<br />

Tout en étant ambitieuse, c<strong>et</strong>te liste fait ressortir à la fois la<br />

spécificité disciplinaire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> les liens<br />

multiples qu’elles entr<strong>et</strong>iennent avec les autres disciplines <strong>et</strong><br />

les différents domaines d’activité humaine. C’est en touchant<br />

à ces <strong>de</strong>ux aspects qu’il nous paraît possible <strong>de</strong> faire apprécier<br />

les <strong>mathématiques</strong> comme discipline porteuse <strong>de</strong> sens, autant<br />

pour elle-même que pour ce qui lui est extérieur, <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

contribuer ainsi au développement d’une culture propice à<br />

l’exercice du sens critique, du goût <strong>et</strong> du jugement à l’endroit<br />

<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s réalités qu’elles perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong><br />

modéliser. Nous référerons donc à ce cadre pour examiner<br />

jusqu’à quel point la mise en place <strong>de</strong>s nouveaux<br />

programmes s’inscrit dans le développement d’une telle<br />

culture mathématique <strong>et</strong> constitue un changement par<br />

rapport à ce qui a pu se faire avant. Pour aller au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s<br />

intentions énoncées dans les documents officiels <strong>et</strong> nous<br />

rapprocher <strong>de</strong> leur réalisation en classe, nous avons aussi<br />

parcouru le contenu <strong>de</strong>s nouveaux manuels <strong>de</strong> première<br />

secondaire 2 , publiés par trois éditeurs différents <strong>et</strong> approuvés<br />

2<br />

Cadieux, R., Gendron, I. <strong>et</strong> Ledoux, A. (2005) Panoram@th, Les<br />

Éditions CEC.<br />

Coupal, M.. (2005) À vos maths! , Graficor · Chenelière Éducation.<br />

par le MÉLS. Une telle exploration suggère quelques pistes<br />

<strong>et</strong> balises à envisager pour le développement à l’école d’une<br />

culture mathématique.<br />

La perspective historique<br />

Malgré une liste relativement courte <strong>de</strong> repères historiques<br />

dans les programmes <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> du premier cycle, la<br />

perspective historique est bien présente dans les nouveaux<br />

manuels. C<strong>et</strong>te direction avait déjà été amorcée dans les<br />

manuels <strong>de</strong>s programmes antérieurs, mais on sent ici une<br />

volonté <strong>de</strong> faire ressortir davantage le processus <strong>de</strong> construction<br />

du savoir mathématique, en allant plus souvent au-<strong>de</strong>là<br />

<strong>de</strong>s dates, <strong>de</strong>s personnages <strong>et</strong> <strong>de</strong>s anecdotes. Cela se<br />

manifeste notamment par :<br />

• l’exposé <strong>de</strong> constructions variées du savoir mathématique<br />

telles qu’elles ont émergé dans différentes civilisations;<br />

les systèmes <strong>de</strong> numération en représentent<br />

l’exemple le plus classique, abondamment utilisé dans<br />

les nouveaux manuels du primaire <strong>et</strong> repris dans ceux<br />

<strong>de</strong> première secondaire, en incluant parfois les<br />

algorithmes utilisés dans ces systèmes pour réaliser les<br />

opérations arithmétiques (ex. le procédé <strong>de</strong> multiplication<br />

dans l’Égypte ancienne que fait découvrir À vos<br />

maths! 3 )<br />

• l’exposé <strong>de</strong>s débats <strong>et</strong> changements <strong>de</strong> points <strong>de</strong> vue<br />

qui ont marqué certaines évolutions : la présentation<br />

dans Panoramath 4 du long processus ayant mené à la<br />

reconnaissance <strong>de</strong>s nombres négatifs en est un bel<br />

exemple;<br />

• <strong>de</strong>s activités d’apprentissage qui amènent l’élève à<br />

résoudre un problème similaire à celui qu’ont résolu<br />

<strong>de</strong>s mathématiciens à une autre époque : par exemple,<br />

le calcul <strong>de</strong> la circonférence <strong>de</strong> la terre <strong>et</strong> celui <strong>de</strong> la<br />

distance terre-lune, réalisés dès l’Antiquité, sont joliment<br />

présentés dans Perspective 5 ;<br />

• <strong>de</strong>s idées <strong>de</strong> suj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> recherche pour aller plus loin.<br />

Il est intéressant <strong>de</strong> noter que dans ces manuels où l’on<br />

abor<strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la géométrie <strong>de</strong> façon un peu plus<br />

systématique, le traitement réservé à Eucli<strong>de</strong> est vite expédié.<br />

Entre l’œuvre mathématique d’Eucli<strong>de</strong> <strong>et</strong> l’œuvre artistique<br />

d’Escher, on semble préférer la secon<strong>de</strong> pour m<strong>et</strong>tre en place<br />

<strong>de</strong>s activités d’apprentissage en géométrie. Il est vrai que<br />

<strong>de</strong>puis les années 70, sans avoir été officiellement mise <strong>de</strong><br />

côté comme ce fut le cas en France, la géométrie euclidienne<br />

n’occupe plus au Québec la position dominante qu’elle<br />

occupait avant dans l’enseignement <strong>de</strong> la géométrie au<br />

secondaire, ayant fait place, notamment, à la géométrie <strong>de</strong>s<br />

transformations. Et pour c<strong>et</strong>te géométrie <strong>de</strong>s transforma-<br />

Guay, S. , Hamel, J.-C. <strong>et</strong> Lemay, S. (2005) Perspective mathématique,<br />

Éditions Grand Duc – HRW.<br />

3 À vos maths! Manuel A, p.160-161.<br />

4 Panoram@th, Manuel A, Volume 1, p.114-115.<br />

5 Perspective mathématique, Manuel A, Volume 2, p.352-357.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 53 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />

tions, l’œuvre d’Escher peut effectivement constituer à la fois<br />

une banque d’illustrations aux qualités esthétiques indéniables<br />

<strong>et</strong>, par son côté fascinant <strong>et</strong> intrigant, une source <strong>de</strong><br />

questionnements intéressants.<br />

Il reste néanmoins, comme le rappelle Perspective 6 , que les<br />

Éléments d’Eucli<strong>de</strong> ont constitué pendant plus <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux mille<br />

ans le noyau <strong>de</strong> l’enseignement <strong>de</strong> la géométrie. On ne peut<br />

nier que c<strong>et</strong>te œuvre majeure ait fortement contribué à<br />

définir « la façon spécifique dont les <strong>mathématiques</strong><br />

envisagent le rapport au vrai <strong>et</strong> au faux » <strong>et</strong> contrôlent ce<br />

rapport par « la puissance du raisonnement ». Préciser que le<br />

mérite d’Eucli<strong>de</strong> n’aura été que <strong>de</strong> rassembler <strong>de</strong>s savoirs<br />

déjà connus pour la plupart <strong>et</strong> <strong>de</strong> les présenter <strong>de</strong> façon claire<br />

<strong>et</strong> logique n’est sans doute pas suffisant pour que l’élève<br />

puisse en faire <strong>de</strong> même avec ses connaissances, comme<br />

l’invite à le faire le manuel. Une fréquentation un peu plus<br />

prolongée <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te géométrie qui, dans le sillage <strong>de</strong> Platon <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> Thalès <strong>de</strong> Mil<strong>et</strong>, a cherché à se dégager du mon<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />

obj<strong>et</strong>s pour viser celui <strong>de</strong>s idées <strong>et</strong> a contribué ainsi à poser<br />

les bases du raisonnement déductif, pourrait ai<strong>de</strong>r l’élève à<br />

percevoir certains <strong>de</strong>s échafaudages qui ont servi <strong>et</strong> servent<br />

encore à encadrer c<strong>et</strong>te vaste construction humaine que sont<br />

les <strong>mathématiques</strong>.<br />

Le raisonnement mathématique<br />

Le raisonnement mathématique tient à la fois <strong>de</strong> l’inductif,<br />

pour explorer <strong>et</strong> dégager une régularité à partir d’observations,<br />

<strong>et</strong> du déductif pour tirer, par le recours à la logique,<br />

une conclusion à partir d’hypothèses supposées vraies <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

propriétés connues. Le raisonnement déductif perm<strong>et</strong> entre<br />

autres <strong>de</strong> vali<strong>de</strong>r, à l’intérieur <strong>de</strong> certaines conditions, une<br />

conjecture inférée à partir d’expériences <strong>et</strong> d’observations.<br />

Par sa rigueur <strong>et</strong> son formalisme, la démonstration est la<br />

forme la plus achevée du raisonnement déductif. La géométrie<br />

a longtemps été perçue comme le cadre privilégié pour<br />

l’apprentissage <strong>de</strong> la démonstration.<br />

Si dans certains pays comme la France, l’enseignement <strong>de</strong> la<br />

démonstration a continué <strong>de</strong> vivre à l’école à travers<br />

notamment la géométrie <strong>de</strong>s transformations <strong>et</strong> <strong>de</strong>s espaces<br />

vectoriels (au coût parfois élevé que <strong>de</strong>mandait le nonrecours<br />

à une géométrie euclidienne, souvent plus accessible),<br />

la remise en question <strong>de</strong> la géométrie euclidienne au<br />

secondaire a plutôt entraîné au Québec un arrêt <strong>de</strong><br />

l’enseignement <strong>de</strong> la démonstration <strong>et</strong> une centration en<br />

géométrie sur les processus <strong>de</strong> construction <strong>de</strong>s transformations<br />

<strong>et</strong> sur les calculs d’angles, d’aires, <strong>de</strong> longueurs <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

volumes. C<strong>et</strong>te réalité a été plusieurs fois dénoncée par les<br />

professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s collèges <strong>et</strong> <strong>de</strong>s universités.<br />

« Les <strong>mathématiques</strong> jouent un rôle central dans la civilisation<br />

occi<strong>de</strong>ntale. Il faut transm<strong>et</strong>tre quelque chose qui soit représentatif<br />

<strong>de</strong> ce qu’elles sont. (Au secondaire) ce <strong>de</strong>vrait être la géométrie,<br />

d’abord <strong>et</strong> avant tout, <strong>et</strong> sans visée utilitaire. L’objectif<br />

serait que chacun comprenne ce qu’est une théorie, comment, à<br />

partir d’axiomes <strong>et</strong> <strong>de</strong> règles <strong>de</strong> déduction, on peut arriver, par<br />

le raisonnement déductif, à démontrer <strong>de</strong>s choses qui ne sont<br />

6 Perspective mathématique, Manuel A, Volume 1, p.84.<br />

pas évi<strong>de</strong>ntes. Il ne s’agit pas <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong>s géomètres,<br />

ni même <strong>de</strong>s mathématiciens, mais bien <strong>de</strong>s citoyens qui<br />

puissent juger par eux-mêmes, qui auront fait l’expérience d’une<br />

démonstration <strong>et</strong> appris que le savoir humain ne repose pas<br />

entièrement sur l’observation empirique, qu’on peut comprendre<br />

la nature par le raisonnement, sans en faire l’expérience directe.<br />

Faire une démonstration plutôt que d’imposer une vérité<br />

est une exigence au cœur <strong>de</strong> la démocratie. »<br />

André Joyal, UQAM<br />

Le Devoir, novembre 1997<br />

Présenté sous c<strong>et</strong> angle, non seulement l’exercice <strong>de</strong> la<br />

démonstration perm<strong>et</strong>trait-il à l’élève <strong>de</strong> s’initier à un aspect<br />

caractéristique <strong>de</strong> la pratique mathématique <strong>et</strong> du raisonnement<br />

qui la sous-tend, mais il contribuerait aussi à doter<br />

l’élève d’« outils intellectuels utiles au citoyen pour appréhen<strong>de</strong>r,<br />

<strong>de</strong> façon critique, les informations <strong>et</strong> les propositions qui<br />

lui sont soumises ». En apprenant à lier hypothèses <strong>et</strong><br />

conclusions, l’élève développerait c<strong>et</strong>te pensée hypothétique,<br />

indispensable au scientifique <strong>et</strong> utile à tout individu : une telle<br />

pensée offre l’option <strong>de</strong> se libérer momentanément <strong>de</strong> l’état<br />

actuel d’une réalité pour imaginer <strong>de</strong> nouveaux scénarios,<br />

envisager leurs implications, choisir <strong>de</strong> façon stratégique ceux<br />

vers lesquels il convient d’investir pour créer les conditions<br />

qui en perm<strong>et</strong>tront la réalisation, <strong>et</strong> reconnaître les situations<br />

impossibles vers lesquelles toute énergie déployée le serait à<br />

pure perte (Guedj, 1997). Une telle pensée pourrait aussi<br />

ai<strong>de</strong>r à reconnaître les zones floues <strong>et</strong> les incohérences dans<br />

tout système organisé : informatique, administratif, économique,<br />

juridique, politique, <strong>et</strong>c.<br />

Si l’on adm<strong>et</strong> ces hypothèses, on serait porté à croire que<br />

l’apport <strong>de</strong>s nouveaux programmes au développement <strong>de</strong> la<br />

culture mathématique serait non négligeable, puisqu’à<br />

première vue on y lit un r<strong>et</strong>our affirmé <strong>de</strong> la preuve <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

démonstration. En eff<strong>et</strong>, la réalisation par l’élève <strong>de</strong> preuves<br />

ou <strong>de</strong> démonstrations constitue l’une <strong>de</strong>s composantes <strong>de</strong> la<br />

Compétence 2 « Déployer un raisonnement mathématique »<br />

visée par le programme <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> cela dès le<br />

premier cycle du secondaire (Gouvernement du Québec,<br />

2003a). Mais un second regard amène à constater que c<strong>et</strong>te<br />

même compétence s’évalue aussi par « l’utilisation correcte<br />

<strong>de</strong>s concepts <strong>et</strong> <strong>de</strong>s processus appropriés à la situation » <strong>et</strong><br />

que les problèmes admissibles pour l’évaluation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

compétence « nécessitent le recours à une combinaison<br />

connue <strong>de</strong> concepts <strong>et</strong> <strong>de</strong> processus appris antérieurement ».<br />

Dans ces conditions, on voit mal la motivation à amener<br />

l’élève à se questionner sur la validité d’une assertion, à<br />

chercher à enchaîner <strong>de</strong>s implications logiques, si sa capacité<br />

à raisonner ne sera évaluée que sur la base <strong>de</strong> son application<br />

à reproduire une procédure déjà connue.<br />

Il est sûr que l’apprentissage <strong>de</strong> la preuve est semé d’embûches;<br />

en témoignent les nombreuses étu<strong>de</strong>s didactiques sur la<br />

question (Dreyfus, 1999). Le raisonnement déductif ne s’inscrit<br />

pas dans la façon <strong>de</strong> penser spontanée <strong>de</strong>s élèves, <strong>et</strong> il est<br />

régulièrement ignoré dans la vie <strong>de</strong> tous les jours, où l’on<br />

n’hésite pas à généraliser rapi<strong>de</strong>ment à partir d’un événement<br />

ou à sombrer dans un « relativisme absolu » qui affirme<br />

mollement que toutes les opinions se valent. Par ailleurs,<br />

force est <strong>de</strong> reconnaître que la complexité <strong>de</strong> bien <strong>de</strong>s situa-<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 54 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />

tions réelles se prête difficilement à un enchaînement rigoureux<br />

<strong>de</strong> déductions <strong>et</strong> s’inscrirait davantage dans un paradigme<br />

<strong>de</strong> logique floue (Sangalli, 2001). Mais peut-être que la<br />

preuve constitue malgré tout un <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te culture<br />

secon<strong>de</strong> qui perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> mieux voir le mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> qui donne<br />

tout son sens à l’école.<br />

Cela n’implique pas pour autant <strong>de</strong> revenir en arrière en<br />

cherchant à reconstruire chez l’élève toute la géométrie euclidienne<br />

ou en réduisant dans l’enseignement le raisonnement<br />

mathématique à la preuve. L’exploration d’une situation, la<br />

recherche <strong>de</strong> régularités <strong>et</strong> la formulation <strong>de</strong> conjectures sont<br />

<strong>de</strong>s éléments fondamentaux <strong>de</strong> la pratique mathématique,<br />

autant dans ses développements que dans ses applications,<br />

que les programmes actuels ont raison <strong>de</strong> reconnaître comme<br />

autre composante <strong>de</strong> la Compétence 2 (même si les modalités<br />

d’évaluation risquent à nouveau <strong>de</strong> faire obstacle à ces<br />

intentions). Mais la construction <strong>et</strong> la structuration <strong>de</strong><br />

connaissances <strong>mathématiques</strong>, tant au niveau individuel que<br />

collectif, exige <strong>de</strong> ne pas s’arrêter là. L’épistémologie propre<br />

à toute discipline scientifique comman<strong>de</strong> <strong>de</strong> questionner la<br />

généralité <strong>de</strong> ce qu’on infère, d’en cerner les conditions <strong>de</strong><br />

validité <strong>et</strong> <strong>de</strong> chercher à en comprendre les causes. Et l’une<br />

<strong>de</strong>s forces <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> rési<strong>de</strong> justement dans le fait<br />

que le caractère idéalisé <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s d’étu<strong>de</strong>, où les structures<br />

sont mises à nu, perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> mieux contrôler les réponses à <strong>de</strong><br />

tels questionnements <strong>et</strong> d’assurer la cohérence <strong>de</strong> la construction.<br />

Par conséquent, il convient d’être vigilant lorsque le manuel<br />

paraît se satisfaire <strong>de</strong> l’observation <strong>de</strong> quelques cas pour<br />

conclure à une propriété, une « loi » ou une « règle » : c’est le<br />

cas notamment <strong>de</strong>s propriétés <strong>de</strong>s quadrilatères que Perspective<br />

7 fait découvrir à l’élève à partir d’activités <strong>de</strong> traçage <strong>et</strong><br />

d’observation. Sans rem<strong>et</strong>tre en cause la pertinence <strong>de</strong> telles<br />

activités, les résultats vers lesquels elles conduisent ne<br />

<strong>de</strong>vraient pas se voir reconnaître un statut autre que celui <strong>de</strong><br />

conjecture. Il conviendrait <strong>de</strong> se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r ensuite s’il s’agit<br />

d’une propriété commune à tous les quadrilatères <strong>de</strong> ce type<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> tâcher <strong>de</strong> s’en convaincre (ou <strong>de</strong> chercher à en comprendre<br />

la raison) en tirant parti <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s angles formés<br />

par les droites en jeu (aussi au programme d’étu<strong>de</strong> à ce<br />

niveau). C’est en questionnant les observations <strong>et</strong> en établissant<br />

<strong>de</strong>s liens entre les concepts qu’on peut espérer comprendre<br />

<strong>et</strong> organiser ses connaissances à l’intérieur d’une<br />

structure riche <strong>et</strong> logique (Hana, 2000), <strong>et</strong> c’est précisément<br />

ce que visent les <strong>mathématiques</strong>. Une telle organisation, qui<br />

perm<strong>et</strong> par les nombreux liens qu’elle tisse d’en r<strong>et</strong>rouver les<br />

éléments, libère par ailleurs <strong>de</strong> l’interminable mémorisation<br />

d’éléments isolés <strong>et</strong> donne tout son sens à c<strong>et</strong>te phrase bien<br />

connue d’Édouard Herriot : « La culture, c'est ce qui reste<br />

quand on a tout oublié ». On a donc tout intérêt à instaurer<br />

en classe une culture du doute, où l’argument d’autorité n’a<br />

plus sa place <strong>et</strong> où les « pourquoi » <strong>et</strong> les « est-ce que c’est<br />

toujours vrai » sont au moins aussi importants que les<br />

« combien », les « quoi » ou les « comment ». Dans sa<br />

rigueur, la pensée mathématique a un côté rebelle qu’il convient<br />

<strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en valeur.<br />

7 Perspective, Manuel A, Volume 1, p.85-87.<br />

La même approche peut s’appliquer à l’arithmétique <strong>et</strong> à<br />

l’algèbre. Par exemple, à la suite <strong>de</strong>s contextes <strong>et</strong> <strong>de</strong>s suites<br />

<strong>de</strong> nombres que présente À vos maths 8 pour amener l’élève à<br />

dégager la « règle <strong>de</strong>s signes », on pourrait compléter avec<br />

une justification mathématique qui fasse ressortir la<br />

cohérence interne <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te règle. Ce travail repose sur <strong>de</strong>ux<br />

idées-clés qui ont dirigé la construction du savoir mathématique<br />

en général, <strong>et</strong> <strong>de</strong>s nombres en particulier (Guedj, 1996) :<br />

d’une part, se perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> faire avec <strong>de</strong> nouveaux obj<strong>et</strong>s ce<br />

qu’on ne pouvait pas faire avec les anciens – dans le cas <strong>de</strong><br />

l’extension <strong>de</strong> ! à ! , soustraire un plus grand nombre<br />

d’un plus p<strong>et</strong>it – ; d’autre part, assurer la coexistence <strong>de</strong><br />

l’ancien avec le nouveau en ne m<strong>et</strong>tant pas en péril les<br />

résultats déjà établis – faire en sorte ici que les propriétés <strong>de</strong><br />

la multiplication dans ! (en particulier la distributivité,<br />

l’élément absorbant <strong>et</strong> la commutativité) <strong>de</strong>meurent valables<br />

dans ! –. Comme autre exemple, on pourrait plus tard,<br />

lors <strong>de</strong> l’entrée dans l’algèbre, reconnaître que « résoudre une<br />

équation, c’est encore démontrer » (Gandit <strong>et</strong> Demongeot,<br />

1996), en faisant ressortir les raisons qui perm<strong>et</strong>tent d’assurer<br />

l’équivalence <strong>de</strong>s équations (c.-à-d. ayant mêmes solutions)<br />

ou l’implication qui les lie (ex. si ce produit est nul, alors au<br />

moins un <strong>de</strong>s facteurs est nul).<br />

L’explicitation <strong>de</strong>s liens entre concepts ou entre concepts <strong>et</strong><br />

processus n’apparaît pas souvent dans les manuels <strong>de</strong><br />

première secondaire. En fait, on sent une volonté (ou peutêtre<br />

une consigne) <strong>de</strong> réduire au minimum la place occupée<br />

par l’exposé du savoir mathématique au profit d’activités<br />

d’apprentissage ou d’application. L’explicitation du savoir<br />

n’occupe en eff<strong>et</strong> qu’entre 3% <strong>et</strong> 13% <strong>de</strong> l’espace du livre,<br />

selon la collection. Souvent isolé dans <strong>de</strong>s encadrés qui<br />

encapsulent l’information associée à un élément <strong>de</strong> ce savoir,<br />

l’exposé se réduit aux définitions, à l’énoncé <strong>de</strong>s propriétés,<br />

aux procédures, aux « règles » ou aux « formules ». Si<br />

plusieurs <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong>s manuels ont été habilement<br />

conçues pour faire découvrir l’existence <strong>de</strong> liens, l’explication<br />

<strong>de</strong> propriétés <strong>et</strong> la justification <strong>de</strong>s procédures, il reste que<br />

ces aspects du savoir n’ont pas un statut officiel dans le livre<br />

<strong>de</strong> l’élève <strong>et</strong> que leur mise en évi<strong>de</strong>nce <strong>et</strong> leur valorisation<br />

institutionnelle reposent essentiellement sur les épaules <strong>de</strong><br />

l’enseignant. Sans nier la valeur <strong>de</strong>s activités présentées par<br />

les manuels, on peut néanmoins se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r s’il n’y aurait<br />

pas intérêt à doter aussi l’élève d’un ouvrage <strong>de</strong> référence<br />

pour les <strong>mathématiques</strong> du secondaire, qui serait structuré<br />

selon une logique <strong>de</strong>s savoirs <strong>et</strong> afficherait clairement le<br />

pourquoi <strong>de</strong>s choses. Dans c<strong>et</strong>te direction, les livres <strong>de</strong><br />

Deledicq 9 nous semblent constituer un modèle intéressant<br />

qu’on pourrait vouloir adapter aux programmes du Québec.<br />

Expliciter dans l’enseignement <strong>et</strong> l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

les propriétés qui expliquent les faits observés <strong>et</strong><br />

justifient les processus perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> valoriser les termes <strong>et</strong> leurs<br />

définitions comme outils pour raisonner <strong>et</strong>, par conséquent,<br />

s’inscrit aussi dans le développement <strong>de</strong> la Compétence 3<br />

8<br />

À vos maths! Manuel A, p.249-251.<br />

9<br />

Deledicq, A. (2004) Maths – Collège, Paris, Éditions <strong>de</strong> la<br />

Cité.<br />

Deledicq, A. (2004) Maths – Lycée, Paris, Éditions <strong>de</strong> la Cité.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 55 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />

« Communiquer avec le langage mathématique ». Car il y a<br />

une dimension langagière aux <strong>mathématiques</strong>, qui s’exprime<br />

dans différents registres (verbal, symbolique ou graphique).<br />

Développer une culture mathématique, c’est aussi s’approprier<br />

ce langage <strong>et</strong> en comprendre le rôle <strong>et</strong> la portée. Comme<br />

nous le laisse entendre Stendhal, c<strong>et</strong>te attention portée à<br />

l’explicitation pourrait même avoir <strong>de</strong>s eff<strong>et</strong>s qui débor<strong>de</strong>nt<br />

<strong>de</strong>s connaissances <strong>mathématiques</strong> : « Ma cohabitation passionnée<br />

avec les <strong>mathématiques</strong> m'a laissé un amour fou<br />

pour les bonnes définitions, sans lesquelles il n'y a que <strong>de</strong>s àpeu-près.<br />

»<br />

Le rapport à la réalité<br />

Une vision essentiellement puriste <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> pourrait<br />

confiner l’enseignement <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te discipline au niveau<br />

abstrait où se situent les obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong> enseignés, les<br />

liens qui les unissent <strong>et</strong> les structures qui en ren<strong>de</strong>nt compte.<br />

Mais ce serait faire silence à la fois sur les nombreux problèmes<br />

issus <strong>de</strong> la réalité qui ont favorisé le développement <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> sur l’utilisation croissante <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

dans les différents secteurs d’activité humaine, qui<br />

explique la place qu’elles occupent actuellement dans le<br />

cursus scolaire. Sans pour autant s’y réduire, une culture<br />

mathématique se doit d’inclure une prise en compte du<br />

rapport au réel, autant dans la construction du savoir<br />

mathématique que dans son application. Et les raisons pour<br />

aller dans ce sens vont au-<strong>de</strong>là du soutien à la motivation <strong>de</strong><br />

l’élève auquel peut donner lieu une contextualisation <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> à différents domaines <strong>de</strong> réalité.<br />

À travers les repères culturels <strong>et</strong> la Compétence 1 « Résoudre<br />

une situation-problème », le programme vise un transfert aux<br />

situations extra<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s connaissances développées<br />

en <strong>mathématiques</strong>. Le « décodage <strong>de</strong>s éléments qui se<br />

prêtent à un traitement mathématique » <strong>et</strong> la « représentation<br />

<strong>de</strong> la situation-problème par un modèle mathématique »,<br />

présentés comme composantes <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te compétence, relèvent<br />

<strong>de</strong> la modélisation mathématique. De fait, avec les<br />

technologies qui perm<strong>et</strong>tent d’explorer <strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre <strong>de</strong>s<br />

problèmes <strong>de</strong> plus en plus complexes <strong>et</strong> donc d’abor<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s<br />

pans <strong>de</strong> la réalité <strong>de</strong> plus en plus vastes, la modélisation a<br />

considérablement gagné en importance dans la pratique<br />

mathématique, au point d’être considérée maintenant par<br />

certains mathématiciens comme une <strong>de</strong>s composantes essentielles<br />

<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> 10 <strong>et</strong> un <strong>de</strong>s enjeux principaux <strong>de</strong><br />

leur enseignement (Bouleau, 2000). Or le passage <strong>de</strong><br />

connaissances <strong>mathématiques</strong> à <strong>de</strong> véritables compétences <strong>de</strong><br />

modélisation est loin d’aller <strong>de</strong> soi <strong>et</strong> nécessite un travail<br />

explicite en ce sens qui dépasse un simple « éveil à l’applicabilité<br />

» <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> requiert <strong>de</strong> l’enseignant un<br />

subtil dosage <strong>de</strong>s consignes, du temps alloué <strong>et</strong> <strong>de</strong>s ressources.<br />

En plus du niveau <strong>de</strong> structuration <strong>de</strong> ses connaissances<br />

(Caron, 2003), la capacité à modéliser d’un étudiant dépend<br />

10 Après avoir été longtemps vues comme science <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>urs,<br />

puis, plus récemment, comme science <strong>de</strong>s structures, les<br />

<strong>mathématiques</strong> sont <strong>de</strong> plus en plus décrites comme sciences <strong>de</strong>s<br />

modèles, ou science du calcul, <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

démonstration (Ronald Brown, Yves Lafont).<br />

<strong>de</strong> son expérience <strong>de</strong> la complexité, <strong>de</strong> ses compétences <strong>de</strong><br />

communication <strong>et</strong> du niveau d’intégration <strong>de</strong> la technologie à<br />

sa pratique mathématique (Caron <strong>et</strong> Bélair, 2006).<br />

Par le temps qu’elle requiert <strong>et</strong> la nécessité <strong>de</strong> miser sur les<br />

intérêts individuels <strong>de</strong>s élèves (pour éviter que le contexte<br />

d’application ne s’instaure en obstacle), la modélisation<br />

constitue une <strong>de</strong>s raisons d’intégrer <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s d’élèves à<br />

l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Les manuels offrent<br />

plusieurs idées <strong>de</strong> proj<strong>et</strong>s intéressants (ex. l’étu<strong>de</strong> du réchauffement<br />

<strong>de</strong> nos hivers proposée par Perspective 11 ). Pour que <strong>de</strong><br />

tels proj<strong>et</strong>s puissent contribuer au développement <strong>de</strong> compétences<br />

<strong>de</strong> modélisation, il importe <strong>de</strong> laisser le soin à l’élève<br />

<strong>de</strong> choisir les <strong>mathématiques</strong> qu’il m<strong>et</strong> à contribution (Caron<br />

<strong>et</strong> Muller, 2005). Idéalement, on favorisera la comparaison<br />

<strong>de</strong> différents modèles créés par les élèves pour en faire<br />

ressortir les ressemblances <strong>et</strong> les différences, les apports <strong>et</strong> les<br />

limites. Et on ira au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la régression gérée par la<br />

calculatrice (à laquelle la modélisation se voit souvent réduite<br />

au second cycle du secondaire) en visant le caractère<br />

explicatif du modèle : cela <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> comparer, <strong>de</strong> décrire<br />

le changement, <strong>de</strong> chercher les invariants, d’avancer <strong>de</strong>s<br />

hypothèses, <strong>de</strong> combiner à un niveau global <strong>de</strong>s relations<br />

simples qu’on aura pu définir à un niveau local, <strong>et</strong>c.<br />

La modélisation donne aussi un sens particulier à l’apprentissage<br />

<strong>de</strong> la <strong>statistique</strong>. En découvrant les différentes formes<br />

<strong>de</strong> distributions qui correspon<strong>de</strong>nt aux phénomènes examinés<br />

(naturels ou sociaux) <strong>et</strong> en appréciant la variabilité <strong>de</strong>s<br />

échantillons associés à une même distribution, l’élève<br />

apprend avec la <strong>statistique</strong> à connaître « la variabilité du<br />

mon<strong>de</strong> » qui échappe aux modèles déterministes (Wozniak,<br />

2005; Kahane, 2002). La loi <strong>de</strong> probabilité <strong>de</strong>vient ensuite la<br />

façon <strong>de</strong> r<strong>et</strong>rouver l’invariance dans c<strong>et</strong>te variabilité, qui<br />

perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> prédire, expliquer, évaluer <strong>et</strong> déci<strong>de</strong>r. Ainsi, un<br />

enseignement culturel <strong>de</strong> la <strong>statistique</strong> peut viser bien plus<br />

que le décodage <strong>de</strong> l’information transmise au citoyen <strong>et</strong> au<br />

consommateur. Mais cela <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> développer une culture<br />

du questionnement, <strong>de</strong> l’analyse, <strong>de</strong> l’interprétation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

communication en <strong>mathématiques</strong>.<br />

Finalement, il nous faut revenir sur le rôle <strong>de</strong>s outils informatiques<br />

dans la modélisation mathématique <strong>de</strong> la complexité<br />

du réel ; ce rôle essentiel contribue fortement à justifier leur<br />

intégration dans l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. L’inci<strong>de</strong>nce<br />

radicale <strong>de</strong> la technologie sur la pratique mathématique<br />

(pure ou appliquée) <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> ne pas en limiter l’utilisation<br />

à une ai<strong>de</strong> à l’enseignement (ou à l’apprentissage) d’un même<br />

savoir traditionnel. Une intégration réussie <strong>de</strong>s outils informatiques<br />

dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au secondaire<br />

<strong>et</strong> au collégial <strong>de</strong>vrait ouvrir progressivement vers les<br />

nouvelles approches qu’ils perm<strong>et</strong>tent (exploration graphique,<br />

collecte <strong>et</strong> traitement <strong>de</strong> données, métho<strong>de</strong>s itératives,<br />

simulations, <strong>et</strong>c.) pour traiter <strong>de</strong>s problèmes plus complexes<br />

<strong>et</strong> abor<strong>de</strong>r ainsi un champ plus vaste <strong>de</strong> situations réelles.<br />

L’élève ne pourra néanmoins exercer un réel contrôle sur les<br />

productions <strong>de</strong> ces outils que s’il est exposé à certains <strong>de</strong>s<br />

11 Perspective, Manuel A, Volume 2, p.230-231.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 56 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />

mécanismes, algorithmes <strong>et</strong> contraintes qui leur sont propres.<br />

Puisque l’informatique n’est curieusement pas couverte par le<br />

programme <strong>de</strong> science <strong>et</strong> technologie au secondaire, sans<br />

doute revient-il à l’enseignant <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> d’en faire<br />

connaître les éléments qui influencent l’activité mathématique<br />

<strong>de</strong> ses élèves <strong>et</strong> qui contribuent à façonner une nouvelle<br />

culture mathématique. Enfin, dans le souci <strong>de</strong> prolonger la<br />

perspective historique aux développements contemporains <strong>et</strong><br />

d’ « éveiller à l’applicabilité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> », on pourrait,<br />

comme le font déjà certains manuels, montrer le rôle fondamental<br />

qu’elles ont joué <strong>et</strong> qu’elles continuent <strong>de</strong> jouer en<br />

informatique : en cryptographie (évoquée dans Panoramath 12 ),<br />

en infographie, <strong>et</strong>c. Ces nouveaux champs d’application, où<br />

le virtuel constitue une couche entre le réel <strong>et</strong> le mathématisé,<br />

multiplient les occasions d’utiliser les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />

créent <strong>de</strong> nouvelles <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s pour en poursuivre le développement.<br />

Conclusion<br />

Une culture mathématique qui perm<strong>et</strong>te « d’i<strong>de</strong>ntifier <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

comprendre les divers rôles joués par les <strong>mathématiques</strong><br />

dans le Mon<strong>de</strong>, <strong>de</strong> porter <strong>de</strong>s jugements fondés à leur propos<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> s'engager dans <strong>de</strong>s activités <strong>mathématiques</strong>, en fonction<br />

<strong>de</strong>s exigences <strong>de</strong> sa vie présente <strong>et</strong> future », ne peut que<br />

reposer sur un vaste réseau <strong>de</strong> connaissances <strong>et</strong> une expérience<br />

riche <strong>et</strong> variée <strong>de</strong> la pratique mathématique. Si les<br />

nouveaux programmes <strong>et</strong> manuels semblent à bien <strong>de</strong>s<br />

égards vouloir relever un tel défi, il convient <strong>de</strong> prendre<br />

certaines précautions pour faire en sorte qu’une profon<strong>de</strong>ur<br />

accompagne l’ampleur du territoire qu’on se propose <strong>de</strong> faire<br />

parcourir à l’élève, <strong>et</strong> que celui-ci ressorte proprement outillé<br />

<strong>de</strong>s explorations qu’il aura pu y faire. Il y a tant à comprendre<br />

<strong>de</strong> la fréquentation <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> qu’il serait malheureux<br />

que, glissant par manque <strong>de</strong> temps <strong>de</strong> la culture au<br />

tourisme, on se contente <strong>de</strong> n’y faire qu’un « bien beau<br />

voyage ».<br />

Références<br />

Bouleau, N. (2000) Y a-t-il lieu d'envisager <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> postmo<strong>de</strong>rnes? Actes du colloque<br />

EM2000.<br />

Caron, F. (2003) Où sont les <strong>mathématiques</strong> quand on a besoin<br />

d’elles? Montréal, Éditions Ban<strong>de</strong> didactique.<br />

Caron, F. <strong>et</strong> Bélair, J. (2006) Exploring university stu<strong>de</strong>nts’<br />

comp<strong>et</strong>encies in mo<strong>de</strong>lling, In C. Haines, P. Galbraith,<br />

W.Blum, S. Khan (dir.) Mathematical Mo<strong>de</strong>lling: Education,<br />

Engineering and Economics. Chichester, Horwood<br />

Publishing. À paraître.<br />

Caron, F. <strong>et</strong> Muller, E. (2005) L’intégration <strong>de</strong> l’application <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> la modélisation dans les <strong>mathématiques</strong> au<br />

secondaire <strong>et</strong> au collégial », Actes <strong>de</strong> la 28e Rencontre<br />

annuelle du Groupe canadien d’étu<strong>de</strong> en didactique <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, 63-80.<br />

12 Panoram@th, Manuel A, Volume 1, p.102-103.<br />

Charnay, R. (2002) Pour une culture mathématique dès<br />

l’école primaire. Bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong> l’APMEP 441, 409- 417.<br />

Dreyfus, T. (1999) Why Johnny can’t prove. Educational<br />

Studies in Mathematics 38, 85–109.<br />

Dumont, F. (1968), Le lieu <strong>de</strong> l’homme : la culture comme distance<br />

<strong>et</strong> mémoire, Montréal, Éditions HMH, Montréal, 1968.<br />

Gandit, M. <strong>et</strong> Demongeot, M-C. (1996) Le vrai <strong>et</strong> le faux en<br />

<strong>mathématiques</strong>, IREM <strong>de</strong> Grenoble.<br />

Gouvernement du Québec (2003a). Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong><br />

l’école québécoise. Enseignement secondaire, premier cycle.<br />

Québec, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation.<br />

Gouvernement du Québec (2003b). L’intégration <strong>de</strong> la dimension<br />

culturelle à l’école. Document <strong>de</strong> référence à l’intention du<br />

personnel enseignant. Québec, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation.<br />

Gouvernement du Québec (2001). Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong><br />

l’école québécoise. Éducation préscolaire – Enseignement<br />

primaire. Québec, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation.<br />

Guedj, D. (1997) La gratuité ne vaut plus rien. Paris, Éditions du<br />

Seuil.<br />

Guedj, D. (1996) L’empire <strong>de</strong>s nombres. Paris, Éditions<br />

Gallimard.<br />

Hana, G. (2000) Proof, Explanation and Exploration : An<br />

overview. Educational Studies in Mathematics 44, 5–23.<br />

Kahane, J.P. (dir.) (2002) Enseignement <strong>de</strong>s sciences <strong>mathématiques</strong>:<br />

Commission <strong>de</strong> réflexion sur l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> :<br />

Rapport au ministre <strong>de</strong> l'éducation nationale. Paris, Éditions<br />

Odile Jacob.<br />

Organisation <strong>de</strong> coopération <strong>et</strong> <strong>de</strong> développement<br />

économiques (2001) Connaissances <strong>et</strong> compétences : <strong>de</strong>s atouts<br />

pour la vie. Paris, Éditions <strong>de</strong> l’OCDE.<br />

Sangalli, A. (2001) Éloge du flou – Aux frontières <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’intelligence artificielle. Les Presses <strong>de</strong><br />

l’Université <strong>de</strong> Montréal.<br />

Wozniak, F. (2005) Conditions <strong>et</strong> contraintes <strong>de</strong> l’enseignement <strong>de</strong> la<br />

<strong>statistique</strong> en classe <strong>de</strong> secon<strong>de</strong> générale – Un repérage didactique.<br />

Thèse <strong>de</strong> doctorat, Université Clau<strong>de</strong> Bernard – Lyon.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 57 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 58 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


L'analyse <strong>de</strong> copies d'élèves:<br />

un exercice<br />

<strong>de</strong> jugement professionnel ?<br />

Après avoir corrigé une à une les copies <strong>de</strong> nos élèves, nous ne prenons pas<br />

toujours le temps <strong>de</strong> revenir sur la performance globale <strong>de</strong> l'ensemble <strong>de</strong> la classe.<br />

Pourtant, c<strong>et</strong> exercice pourrait j<strong>et</strong>er un éclairage sur les erreurs que nos élèves ont<br />

faites individuellement <strong>et</strong> collectivement <strong>et</strong> sur ce qu'il convient <strong>de</strong> faire pour les<br />

ai<strong>de</strong>r à corriger certaines fausses conceptions.<br />

Renée Caron,<br />

Université <strong>de</strong><br />

Montréal<br />

renee.caron@<br />

umontreal.ca<br />

L<br />

es solutions que les élèves produisent<br />

aux problèmes qu'on leur propose dans<br />

une activité d'évaluation nous en disent<br />

long sur le sens qu'ils ont donné aux<br />

connaissances mises en jeu au cours <strong>de</strong>s<br />

activités que nous leur avons proposées. Dans<br />

le cas <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes<br />

<strong>mathématiques</strong>, il s'agit souvent pour l'élève,<br />

comme dans le cas <strong>de</strong> la plupart <strong>de</strong>s<br />

problèmes <strong>de</strong> sa vie, d'arriver à une solution,<br />

<strong>de</strong> répondre à la question posée. Le fait<br />

d'obtenir la réponse lui indique souvent qu'il a<br />

satisfait à la tâche. Or, en apprentissage <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, on compte sur l'activité <strong>de</strong><br />

résolution <strong>de</strong> problèmes pour amener les<br />

élèves à créer <strong>de</strong> nouveaux savoirs ou, à tout le<br />

moins, à en prendre conscience. Il faut donc<br />

aller au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la solution.<br />

Il importe donc d'analyser les résultats que les<br />

élèves produisent aux problèmes 1 qu'on leur<br />

propose pour les comprendre <strong>et</strong>, éventuelle-<br />

1 Pour les besoins <strong>de</strong> l'animation <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier, un<br />

échantillon <strong>de</strong> solutions d'élèves à <strong>de</strong>ux problèmes,<br />

proposés dans une épreuve expérimentale du<br />

ministère <strong>de</strong> l'Éducation du Québec, a servi <strong>de</strong> base<br />

à nos discussions <strong>et</strong> argumentations. On r<strong>et</strong>rouvera<br />

ces <strong>de</strong>ux problèmes en annexe à ce texte.<br />

ment, modifier ces problèmes. C<strong>et</strong>te analyse<br />

est fondamentale dans la tâche d'une<br />

enseignante ou d'un enseignant. Elle nous fait<br />

voir que la question qu'on voulait leur poser<br />

n'est pas celle qu'on leur a posée, <strong>et</strong> que le<br />

savoir qu'on voulait vérifier n'est pas celui que<br />

la situation perm<strong>et</strong>tait <strong>de</strong> vérifier. Dans<br />

d'autres cas, on constate que les connaissances<br />

qu'on croyait leur perm<strong>et</strong>tre d'acquérir ne sont<br />

pas celles qu'ils ont acquises.<br />

Voici donc quelques réflexions que nous<br />

avons été amenés à faire suite à l'observation<br />

<strong>de</strong>s copies d'élèves.<br />

PROBLÈME 1<br />

Pourquoi choisit-on que tel ou tel problème<br />

apparaisse dans un examen ?<br />

La réponse à c<strong>et</strong>te question est sans doute :<br />

« Pour s'assurer que l'élève a fait les apprentissages<br />

qui vont lui perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> poursuivre<br />

avec succès ses étu<strong>de</strong>s. »<br />

Si on considère ce problème (annexe 1), ce<br />

qu'on aurait dû chercher à vérifier chez les<br />

élèves <strong>de</strong> la fin du Primaire, ce sont leurs<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 59 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


L'analyse <strong>de</strong> copies d'élèves : un exercice <strong>de</strong> jugement professionnel ? Renée Caron<br />

habil<strong>et</strong>és à appliquer la priorité <strong>de</strong>s opérations <strong>et</strong> à utiliser<br />

adéquatement les parenthèses, <strong>de</strong> même qu’à représenter<br />

une situation-problème sous forme d'équation. On sait que<br />

ces acquis leur <strong>de</strong>viendront <strong>de</strong> plus en plus utiles à mesure<br />

que se complexifieront les problèmes <strong>et</strong> les équations qu'ils<br />

auront à résoudre au Secondaire. Ce sont aussi <strong>de</strong>s savoirs<br />

qui sont visés par le Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong> l'école québécoise.<br />

Toutefois, si ce qu'on veut vérifier est bien ce qui est énoncé<br />

au paragraphe précé<strong>de</strong>nt, il n'est pas nécessaire que les<br />

élèves fassent <strong>de</strong>s calculs, il est même souhaitable qu'ils ne<br />

les fassent pas. Réserver une plage pour les calculs <strong>et</strong> leur<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r <strong>de</strong> fournir la solution <strong>de</strong> l'équation vient donc<br />

modifier le sens <strong>de</strong> la question <strong>et</strong> détourner leur pensée<br />

d'une réflexion sur la relation entre la situation <strong>et</strong> l'équation<br />

ou les équations qui peuvent la représenter. C<strong>et</strong>te forme qu'a<br />

prise la situation reflète sans doute le sens qu'on a<br />

progressivement donné à la démarche <strong>de</strong> représentation d'un<br />

problème à données multiples par une équation dans la culture<br />

scolaire, soit par le biais <strong>de</strong>s manuels utilisés par les élèves,<br />

soit par les moyens qu'on a mis en place pour rendre la tâche<br />

accessible au plus grand nombre d'élèves.<br />

Comment les élèves ont-ils réagi à c<strong>et</strong>te question ?<br />

Une <strong>de</strong>s choses amusantes qu'on a pu observer, c'est que les<br />

élèves nous ont fait, pour la plupart, la démonstration qu'ils<br />

savent composer avec la priorité <strong>de</strong>s opérations <strong>et</strong> avec le<br />

sens <strong>de</strong>s parenthèses. Ils ont d'abord résolu le problème<br />

sans tenir compte <strong>de</strong>s équations qu'on leur proposait puis ils<br />

ont ensuite fait les calculs pour toutes les expressions ou<br />

équations qu'on leur proposait <strong>et</strong> ont choisi celle qui<br />

conduisait au même résultat que celui qu'ils avaient obtenu.<br />

C'est un peu primitif comme raisonnement mathématique <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>s jeunes <strong>de</strong> 12-13 ans sont sans doute capables <strong>de</strong> faire<br />

mieux. Quelques-uns nous l'ont démontré d'ailleurs, <strong>de</strong><br />

façon plus ou moins complète, par <strong>de</strong>s arguments tels que :<br />

- dans l'équation A, on ne tient pas compte <strong>de</strong>s breuvages;<br />

- dans l'équation B, on additionne le montant <strong>de</strong>s dépenses à 117 $.<br />

Les arguments qui avaient peu <strong>de</strong> lien avec les données du<br />

problème ont cependant été plus nombreux que les<br />

précé<strong>de</strong>nts. C'est ainsi que certains élèves ont écrit que 13 $<br />

était un « bon prix » pour un repas ou encore que ce prix<br />

était sans doute le bon puisque les autres prix étaient « exagérés<br />

». Pour plusieurs autres, la justification <strong>de</strong> leur choix<br />

n'a été qu'une simple répétition <strong>de</strong>s données du problème.<br />

Quelles conclusions peut-on tirer <strong>de</strong> ces comportements<br />

d'élèves ?<br />

Le nombre d'élèves ayant procédé en résolvant le problème<br />

<strong>et</strong> en comparant le résultat avec celui <strong>de</strong>s équations<br />

proposées est trop grand pour qu'on puisse conclure que<br />

c<strong>et</strong>te manière <strong>de</strong> faire est acci<strong>de</strong>ntelle chez eux, surtout<br />

quand on considère que les copies examinées viennent d'un<br />

nombre restreint <strong>de</strong> classes. Il est permis <strong>de</strong> croire que le<br />

comportement <strong>de</strong>s élèves est relié à un apprentissage<br />

insuffisant <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la mathématisation. Si<br />

nous sommes plutôt bien informés sur la capacité <strong>de</strong> l'élève<br />

à résoudre une situation-problème dont les données sont multiples<br />

comme le spécifie le programme, nous le sommes moins sur<br />

sa capacité à recourir à l'équation comme mo<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />

représentation lui perm<strong>et</strong>tant d'organiser ces données. Comme les<br />

consignes du problème leur <strong>de</strong>mandaient <strong>de</strong> faire les calculs,<br />

il leur paraissait inutile, une fois ces calculs faits, <strong>de</strong> chercher<br />

une justification mathématique plus sophistiquée quand il y<br />

en avait une toute simple sous leurs yeux.<br />

Par ailleurs si la démarche qu'ont empruntée la majorité <strong>de</strong>s<br />

élèves est une démarche apprise, il faut conclure qu'à un<br />

moment donné ou l'autre <strong>de</strong> leur apprentissage, l'activité <strong>de</strong><br />

«mathématisation» qui consiste à traduire une situationproblème<br />

à l'ai<strong>de</strong> d'outils <strong>et</strong> <strong>de</strong> symboles <strong>mathématiques</strong> a<br />

été perdue <strong>de</strong> vue au profit <strong>de</strong> quelque chose <strong>de</strong> beaucoup<br />

plus simple, soit trouver la réponse au problème.<br />

Se donner le temps <strong>de</strong> comprendre les réponses que nous<br />

donnent les élèves nous fait souvent réaliser qu'on a besoin<br />

<strong>de</strong> rectifier le tir. Cela nous fait réaliser que les moyens<br />

qu'on avait peut-être utilisés pour perm<strong>et</strong>tre à tous les élèves<br />

<strong>de</strong> se rendre au bout <strong>de</strong> la tâche les ont privés d'un exercice<br />

<strong>et</strong> d'un effort qui leur auraient permis d'atteindre un niveau<br />

plus élevé d'habil<strong>et</strong>é mathématique.<br />

PROBLÈME 2<br />

Nous avons consacré moins <strong>de</strong> temps à l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> ce<br />

problème; toutefois, il est intéressant <strong>de</strong> constater que, pour<br />

ce problème aussi, ce qu'on a prévu que les élèves<br />

apprennent n'est pas nécessairement ce qu'ils ont appris.<br />

Voici quelques observations :<br />

Certains élèves n'ont pas une idée claire du concept d'image<br />

<strong>de</strong> la figure <strong>de</strong> départ : ils changent donc <strong>de</strong>s détails sans<br />

que cela leur apparaisse incorrect.<br />

La flèche <strong>de</strong> translation est interprétée comme un indicateur<br />

<strong>de</strong> la direction, mais pas nécessairement comme un indicateur<br />

<strong>de</strong> la gran<strong>de</strong>ur du déplacement.<br />

Certains élèves interprètent les quadrants du plan cartésien<br />

comme <strong>de</strong>s espaces fermés à l'intérieur <strong>de</strong>squels la figure <strong>de</strong><br />

départ <strong>et</strong> son image doivent être placées <strong>de</strong> la même manière,<br />

par exemple à un carreau <strong>de</strong> distance du bord <strong>de</strong> gauche.<br />

Certains élèves interprètent les axes du plan cartésien<br />

comme <strong>de</strong>s axes <strong>de</strong> symétrie.<br />

Il aurait été intéressant <strong>de</strong> réfléchir davantage sur ce qui a<br />

amené les élèves à interpréter l'opération <strong>de</strong> translation <strong>de</strong><br />

telle ou telle manière. On peut proposer plusieurs<br />

hypothèses, mais c'est quand chaque enseignante, chaque<br />

enseignant, le fait pour les productions <strong>de</strong> ses élèves <strong>et</strong> au<br />

regard <strong>de</strong> son propre enseignement que c<strong>et</strong>te réflexion<br />

<strong>de</strong>vient productive <strong>et</strong> garante d'une amélioration <strong>de</strong>s<br />

apprentissages <strong>et</strong> <strong>de</strong>s savoirs <strong>de</strong>s élèves.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 60 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


L'analyse <strong>de</strong> copies d'élèves : un exercice <strong>de</strong> jugement professionnel ? Renée Caron<br />

ANNEXE 1<br />

ANNEXE 2<br />

Lors d'une sortie à l'île Blizzar<strong>de</strong>, le recteur a remis 117,00 $<br />

CAPNAR à un élève pour ses dépenses personnelles.<br />

Pour s'amuser avec ses amis, c<strong>et</strong> élève s'est ach<strong>et</strong>é pour<br />

39,00 $ CAPNAR d' « attrape-bébêtes».<br />

Il a dépensé 3 fois moins <strong>de</strong> dollars CAPNAR pour ses<br />

breuvages que pour les « attrape-bébêtes».<br />

Il a prêté 52,00 $ CAPNAR à une <strong>de</strong> ses amies <strong>et</strong> le reste, il<br />

l'a dépensé pour ses repas.<br />

Parmi les équations suivantes, laquelle perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

trouver ce que c<strong>et</strong> élève a dépensé pour ses repas?<br />

Explique pourquoi.<br />

A) 117 - 39 - 52 =<br />

B) 117 + (52 - 39 ÷ 3 - 39)<br />

C) 117- (39 + 39 ÷ 3 + 52)<br />

D) 117 - (39 + 39) ÷ 3 + 52<br />

Calcule ce que c<strong>et</strong> élève a dépensé pour ses repas.<br />

La l<strong>et</strong>tre (A, B, C ou D) qui me perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> trouver ce que<br />

c<strong>et</strong> élève a dépensé pour ses repas est ____.<br />

Explique pourquoi tu as choisi c<strong>et</strong>te équation.<br />

______________________________________________<br />

____________________________________________<br />

Laisse <strong>de</strong>s traces <strong>de</strong>s calculs qui te perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> trouver ce<br />

que c<strong>et</strong> élève a dépensé pour ses repas.<br />

C<strong>et</strong> élève a dépensé ____ $ CAPNAR pour ses repas.<br />

Pendant ton cours <strong>de</strong> potion 101, un intrus, dont on ne<br />

peut dévoiler l’i<strong>de</strong>ntité, s’est introduit dans l’école.<br />

Il est à la recherche <strong>de</strong> jeunes magiciennes <strong>et</strong> magiciens sur<br />

lesquels il veut pratiquer <strong>de</strong> dangereuses expériences qui<br />

risquent d’affecter leur cerveau.<br />

Jusqu’à nouvel ordre, il est strictement interdit <strong>de</strong> circuler<br />

dans l’école.<br />

Le directeur a donc <strong>de</strong>mandé à tous les enseignants <strong>de</strong><br />

« transplaner » leur groupe d’élèves dans leur dortoir<br />

respectif.<br />

Effectue la translation afin d’ai<strong>de</strong>r ton enseignant à<br />

« transplaner » les élèves <strong>de</strong> ton groupe dans leur dortoir.<br />

Effectue la translation décrite par la flèche <strong>de</strong> translation<br />

pour montrer le déplacement <strong>de</strong> la valise.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 61 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 62 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche,<br />

Apprendre à chercher en<br />

<strong>mathématiques</strong><br />

C<strong>et</strong> article s'articulera autour <strong>de</strong> plusieurs situations dites "situations-recherche".<br />

Ces situations sont généralement présentées sous la forme d'un jeu matériel <strong>et</strong> sont<br />

directement issues <strong>de</strong> la recherche mathématique actuelle. Nous les proposons dès<br />

l'école primaire jusqu’à l'université afin <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre les apprenants en situation <strong>de</strong><br />

recherche en <strong>mathématiques</strong>. Les participants à nos ateliers ont été invités à "jouer"<br />

<strong>et</strong> à analyser les situations-recherche proposées. Nous présentons dans c<strong>et</strong> article<br />

une analyse mathématique <strong>et</strong> didactique <strong>de</strong> ces situations <strong>et</strong> i<strong>de</strong>ntifions les apports<br />

<strong>de</strong> celles-ci pour la classe.<br />

Léa Cartier,<br />

lea.cartier@<br />

imag.fr<br />

Karine Godot,<br />

karine.godot@<br />

imag.fr<br />

Laboratoire<br />

Leibniz,<br />

Grenoble,<br />

France.<br />

Eva Knoll,<br />

eva.knoll@<br />

msvu.ca<br />

Mount Saint<br />

Vincent<br />

University,<br />

Halifax, Canada.<br />

Cécile Ouvrier-<br />

Buff<strong>et</strong>.<br />

cecile.ob@<br />

wanadoo.fr<br />

IUFM <strong>de</strong> Créteil,<br />

Université Paris 7<br />

DIDIREM, Paris,<br />

France.<br />

www.mathsamo<strong>de</strong>ler.n<strong>et</strong><br />

D<br />

ans les programmes scolaires <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> se <strong>de</strong>ssine un intérêt<br />

nouveau pour la démarche <strong>de</strong><br />

recherche en <strong>mathématiques</strong>. L’expression<br />

même <strong>de</strong> « démarche <strong>de</strong> recherche en<br />

<strong>mathématiques</strong> » a pris une place importante<br />

<strong>et</strong> apparaît actuellement <strong>de</strong> manière récurrente<br />

dans les instructions officielles françaises, du<br />

primaire au secondaire, <strong>et</strong> même à l’entrée <strong>de</strong><br />

l’université. Il est en eff<strong>et</strong> préconisé <strong>de</strong><br />

confronter les élèves à « <strong>de</strong> véritables<br />

problèmes <strong>de</strong> recherche » (cycle 2 <strong>de</strong> l’école<br />

primaire), à « une véritable activité<br />

mathématique » (collège), <strong>de</strong> les initier à « la<br />

pratique d’une démarche scientifique globale »<br />

(classe <strong>de</strong> Terminale). L’introduction <strong>de</strong> ce<br />

type d’activités au sein <strong>de</strong>s programmes<br />

français vise à « intéresser les élèves à la<br />

pratique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> », en faisant <strong>de</strong> la<br />

classe « une véritable p<strong>et</strong>ite communauté<br />

mathématique » (instructions officielles du<br />

primaire). Il ne s’agit pas seulement que les<br />

élèves trouvent du plaisir dans ces activités <strong>de</strong><br />

recherche : il est bien davantage question<br />

d’ « éviter <strong>de</strong> donner <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> une<br />

vision étriquée réduite à <strong>de</strong>s techniques »<br />

(instructions <strong>de</strong> terminale scientifique).<br />

C<strong>et</strong>te dimension « recherche », qui se veut<br />

donc proche <strong>de</strong> l’expérience <strong>de</strong>s chercheurs<br />

professionnels, s’inscrit dans une vision <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> scolaires qui donne plus <strong>de</strong><br />

poids, relativement, au raisonnement mathématique<br />

qu’aux connaissances acquises. C<strong>et</strong>te<br />

tendance est aussi visible dans d’autres pays<br />

francophones, notamment au Québec, où les<br />

« situations-problèmes » <strong>et</strong> la « résolution <strong>de</strong><br />

problèmes » sont préconisées dans les<br />

programmes. En eff<strong>et</strong>, l’entrée par les<br />

compétences dans les programmes québécois<br />

fait ressortir trois composantes : résoudre un<br />

problème, déployer un raisonnement,<br />

communiquer en langage mathématique.<br />

Cependant, la résolution <strong>de</strong> problèmes<br />

apparaît là plus comme une modalité<br />

pédagogique en situation d’apprentissage<br />

qu’un type <strong>de</strong> situation à part entière. Faut-il<br />

étudier le processus mobilisé dans <strong>de</strong> telles<br />

situations ou se concentrer davantage sur le<br />

savoir notionnel construit dans la résolution ?<br />

C’est une question difficile que pose<br />

également la lecture <strong>de</strong>s programmes belges :<br />

ceux-ci par exemple n’ont pas tranché.<br />

Soulignons que, dans ce cas particulier, il s’agit<br />

<strong>de</strong> construire un savoir dans les situationsproblèmes<br />

alors apparentées aux situations<br />

adidactiques <strong>de</strong> Brousseau (Brousseau, 1998).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 63 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

Mais revenons au processus <strong>de</strong> recherche lui-même :<br />

comment se caractérise la « démarche <strong>de</strong> recherche en<br />

<strong>mathématiques</strong> » ? Quelles compétences appelle-t-elle ?<br />

Quelles situations problématisent ce genre <strong>de</strong> démarche ?<br />

Quelle implémentation didactique est-il possible <strong>de</strong> faire ?<br />

Nous avons apporté <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> réponse à ces vastes<br />

questions au cours <strong>de</strong> trois ateliers proposés dans le cadre du<br />

congrès AMQ :<br />

- Karine Godot : « Maths à Mo<strong>de</strong>ler : <strong>de</strong>s jeux pour apprendre à<br />

chercher en <strong>mathématiques</strong> dès le plus jeune âge ».<br />

- Léa Cartier : « La chasse à la bête : une situation-recherche pour<br />

l’entrée dans la preuve »<br />

- Eva Knoll <strong>et</strong> Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong> : « Les situations-recherche<br />

pour la classe <strong>et</strong> la formation <strong>de</strong>s enseignants ».<br />

1. La « démarche <strong>de</strong> recherche en <strong>mathématiques</strong><br />

» : proposition <strong>de</strong> définition <strong>et</strong><br />

caractérisation<br />

En référence à Glaeser <strong>et</strong> Polya nous rassemblerons sous le<br />

terme « heuristiques » les caractéristiques <strong>de</strong> la démarche <strong>de</strong><br />

recherche en <strong>mathématiques</strong>.<br />

Heuristique :<br />

- Art <strong>de</strong> résoudre <strong>de</strong>s problèmes <strong>mathématiques</strong> (Polya, 1989).<br />

- Étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s spontanées ou non conduites par une personne<br />

confrontée à un problème (Glaeser, 1999, p.112).<br />

Une situation problématique (qui n’est pas forcément<br />

énoncée en langage mathématique ou restreinte à un seul<br />

problème) implique <strong>de</strong> se poser une question, d’étudier<br />

éventuellement un problème plus simple, <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s essais,<br />

d’ém<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s conjectures, <strong>de</strong> les réfuter ou <strong>de</strong> les vali<strong>de</strong>r, <strong>de</strong><br />

prouver, <strong>de</strong> généraliser… C’est c<strong>et</strong> ensemble <strong>de</strong> composantes<br />

que nous qualifierons d’heuristiques.<br />

La pratique du mathématicien est peu décrite. Nous nous<br />

sommes appuyées sur les travaux <strong>de</strong> Nimier d’une part<br />

(Nimier, 1989) <strong>et</strong> <strong>de</strong> Burton (Burton, 1999) d’autre part,<br />

conduits à partir d’entr<strong>et</strong>iens avec <strong>de</strong>s mathématiciens sur<br />

leur discipline <strong>de</strong> prédilection. Il en ressort <strong>de</strong>ux<br />

composantes propres à l’activité <strong>de</strong> recherche : une phase <strong>de</strong><br />

recherche individuelle <strong>et</strong> une phase collective, ces <strong>de</strong>ux<br />

phases pouvant aussi se développer conjointement selon<br />

Burton.<br />

Intéressons-nous tout d’abord à la première. Quelle que soit<br />

leur spécialité en <strong>mathématiques</strong>, les chercheurs parlent <strong>de</strong><br />

jeu, <strong>de</strong> plaisir, <strong>de</strong> persévérance, d’imagination <strong>et</strong> d’intuition<br />

ou d’insight (un aspect reconnu comme majeur selon Burton).<br />

La dimension sociale <strong>de</strong> l’activité professionnelle du<br />

chercheur apparaîtrait plutôt, quant à elle, dans un <strong>de</strong>uxième<br />

temps, à travers les échanges entre collègues, l’aspect<br />

communication étant le terme du processus <strong>de</strong> recherche une<br />

fois les avancées formalisées. Ces échanges font partie<br />

intégrante <strong>de</strong> la recherche, ils participent à son avancée,<br />

induisant échanges, dialogues, mises en débat. Soulignons<br />

que la phase <strong>de</strong> recherche <strong>et</strong> la phase <strong>de</strong> mise en commun <strong>et</strong><br />

d’échanges avec <strong>de</strong>s pairs ne sont pas séparées dans le temps,<br />

mais s’imbriquent réellement. Le cliché du mathématicien<br />

enfermé dans son bureau est <strong>de</strong> nos jours révolu : le travail<br />

en collaboration est en eff<strong>et</strong> à l’œuvre pour ainsi dire dès le<br />

début d’une recherche (Burton, 2004).<br />

Nous considérerons donc que chercher en <strong>mathématiques</strong>,<br />

c’est se r<strong>et</strong>rouver dans la peau d’un chercheur en <strong>mathématiques</strong>,<br />

s’interroger, essayer, tâtonner, observer, raisonner,<br />

ém<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s conjectures, généraliser, prouver, s’accrocher,<br />

imaginer, trouver du plaisir, échanger avec autrui, partager<br />

ses découvertes, critiquer, argumenter...<br />

Les programmes actuels français vont dans ce sens : du<br />

primaire à la fin du lycée, on r<strong>et</strong>rouve <strong>de</strong>s objectifs tels les<br />

heuristiques décrites ci-<strong>de</strong>ssus.<br />

2. Les programmes français actuels : un<br />

exemple d’attente institutionnelle <strong>de</strong><br />

mise en œuvre d’une « démarche <strong>de</strong><br />

recherche en <strong>mathématiques</strong> »<br />

Par exemple, les instructions officielles préconisent (Bull<strong>et</strong>ins<br />

officiels du Primaire, du Collège <strong>et</strong> du Lycée ; Godot, 2005,<br />

p. 62-63) :<br />

ce que l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> doit<br />

perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> développer :<br />

• au primaire : « Capacités à chercher, abstraire,<br />

raisonner, prouver »<br />

• au collège : « Pratiquer une démarche scientifique,<br />

chercher, observer »<br />

• au lycée : « Observation, abstraction, expérimentation,<br />

démonstration »<br />

<strong>de</strong> faire construire <strong>de</strong>s conjectures :<br />

• au primaire : « Ém<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s hypothèses <strong>et</strong> les tester –<br />

Faire <strong>et</strong> gérer <strong>de</strong>s essais successifs »<br />

• au collège : « Énoncer <strong>de</strong>s conjectures, les<br />

expérimenter »<br />

• au lycée : « Se poser <strong>de</strong>s questions – Conjecturer un<br />

résultat »<br />

<strong>de</strong> faire travailler l’argumentation :<br />

• au primaire : « Argumenter à propos <strong>de</strong> la validité<br />

d’une solution produite par soi-même ou par un<br />

camara<strong>de</strong> »<br />

• au collège : « Construction d’une argumentation –<br />

Écoute <strong>de</strong>s arguments d’autrui – Introduction<br />

progressive au raisonnement déductif »<br />

• au lycée : « Comprendre comment la question se<br />

résout dans <strong>de</strong>s cas particuliers <strong>et</strong> en quoi les<br />

arguments valables se généralisent ou non » (1re <strong>et</strong><br />

Terminale)<br />

<strong>de</strong> rechercher <strong>de</strong>s contre-exemples :<br />

• au primaire : « Élaborer une solution originale <strong>et</strong> en<br />

éprouver la validité »<br />

• au collège : « Recherche <strong>de</strong> contre-exemples »<br />

• au lycée : « Trouver d’éventuels contre-exemples »<br />

<strong>de</strong> vérifier, <strong>de</strong> contrôler ses résultats :<br />

• au primaire : « Contrôler <strong>et</strong> discuter la pertinence ou<br />

la vraisemblance d’une solution – I<strong>de</strong>ntifier <strong>de</strong>s<br />

erreurs dans une solution en distinguant celles qui<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 64 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

sont relatives au choix d’une procédure <strong>de</strong> celles qui<br />

interviennent dans sa mise en œuvre »<br />

• au collège : « Contrôle <strong>de</strong>s résultats <strong>et</strong> évaluation <strong>de</strong><br />

leur pertinence en fonction du problème étudié –<br />

Analyse critique »<br />

• au lycée : « Contrôler les résultats obtenus, évaluer<br />

leur pertinence en fonction du problème posé »<br />

mais aussi, <strong>de</strong> développer l’imagination <strong>et</strong> la créativité :<br />

• au primaire : « Favoriser l’initiative, l’imagination <strong>et</strong><br />

l’autonomie <strong>de</strong>s élèves »<br />

• au collège : « Des qualités d’initiative, d’imagination <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> créativité »<br />

• au lycée : « Capacités d’imagination <strong>et</strong> d’analyse<br />

critique » (2 n<strong>de</strong> <strong>et</strong> 1re)<br />

Les heuristiques qui sont au cœur <strong>de</strong> l’activité du mathématicien<br />

sont ainsi mises en avant par ces programmes. Mais <strong>de</strong><br />

quelles ressources pédagogiques disposent les enseignants<br />

pour les m<strong>et</strong>tre en œuvre en classe ? Comment évaluer leur<br />

maîtrise par les élèves ? Comment peuvent-ils noter ou<br />

vali<strong>de</strong>r ces séances ? Nos recherches ont montré que très peu<br />

d’outils sont disponibles pour les enseignants. Quelques<br />

manuels proposent <strong>de</strong>s problèmes pouvant perm<strong>et</strong>tre à<br />

l’élève d’accé<strong>de</strong>r à une heuristique, mais la ferm<strong>et</strong>ure relative<br />

<strong>de</strong> ceux-ci nous semble faire obstacle au développement <strong>de</strong><br />

telles compétences chez l’élève (voir en particulier Godot,<br />

2005, p. 70-97).<br />

Nous allons maintenant proposer un nouveau type <strong>de</strong> situations<br />

perm<strong>et</strong>tant effectivement <strong>de</strong> travailler la démarche <strong>de</strong><br />

recherche. Nous entendons « nouveau » au regard <strong>de</strong> ce qui<br />

existe dans la littérature, c’est-à-dire le problem-solving<br />

(Schoenfeld, 1985), les situations-problèmes, les problèmes<br />

ouverts (Arsac, Germain <strong>et</strong> Mante, 1988) <strong>et</strong> les situations<br />

adidactiques (Brousseau, 1998). Nous montrerons comment<br />

ces « situations-recherche » que nous proposons répon<strong>de</strong>nt à<br />

la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> institutionnelle, c’est-à-dire en quoi elles perm<strong>et</strong>tent<br />

à l’élève <strong>de</strong> mobiliser une réelle activité <strong>de</strong> recherche, en<br />

référence à ce que fait le chercheur professionnel.<br />

3. Les situations-recherche<br />

Nos recherches s’articulent autour <strong>de</strong> situations que nous<br />

appelons situations-recherche. Ce sont <strong>de</strong>s situations didactiques<br />

particulières qui peuvent être considérées comme la<br />

transposition pour la classe <strong>de</strong> l’activité du chercheur en<br />

<strong>mathématiques</strong> telle que nous l’avons précé<strong>de</strong>mment décrite.<br />

Nous les caractérisons ainsi :<br />

• Le problème abordé est le plus souvent issu <strong>de</strong><br />

problèmes <strong>de</strong> recherche actuels. Il peut donc comporter<br />

une, plusieurs ou aucune solution. Il peut être encore<br />

ouvert dans la recherche mathématique actuelle.<br />

• Le point <strong>de</strong> départ est une question facilement<br />

compréhensible pour celui à qui elle est posée. Elle n’est<br />

pas formalisée en termes <strong>mathématiques</strong>. C’est la<br />

situation qui amène l’élève à l’intérieur <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>.<br />

• Les métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> résolution ne sont pas désignées.<br />

Plusieurs pistes peuvent être suivies.<br />

• Les connaissances scolaires nécessaires sont les plus<br />

élémentaires <strong>et</strong> réduites possibles. Ainsi, le domaine<br />

conceptuel dans lequel se trouve le problème, même s’il<br />

n’est pas familier, est d’un accès facile pour que l’on<br />

puisse prendre facilement possession <strong>de</strong> la situation,<br />

s’engager dans <strong>de</strong>s essais, <strong>de</strong>s conjectures, <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s <strong>de</strong><br />

résolution.<br />

• Une question résolue peut amener à se poser <strong>de</strong><br />

nouvelles questions. Il n’y a que <strong>de</strong>s critères <strong>de</strong> fin locaux<br />

(Grenier <strong>et</strong> Payan, 2002 ; Godot, 2005).<br />

C<strong>et</strong>te caractérisation n’est pas sans rappeler certains <strong>de</strong>s<br />

éléments <strong>de</strong> définition <strong>de</strong>s problèmes ouverts (Arsac,<br />

Germain <strong>et</strong> Mante, 1988) ou du problem solving.<br />

On peut noter plusieurs points communs entre les situationsrecherche<br />

<strong>et</strong> les problèmes ouverts : l’énoncé n’induit ni la<br />

métho<strong>de</strong> ni la solution, la solution n’est pas une application<br />

directe <strong>de</strong>s résultats présentés en classe, mais <strong>de</strong>meure tout<br />

<strong>de</strong> même accessible, <strong>et</strong> la résolution nécessite la mise en<br />

œuvre d’une démarche <strong>de</strong> recherche. Cependant, plusieurs<br />

différences existent.<br />

Une situation-recherche peut avoir une, plusieurs ou aucune<br />

solution, contrairement à un problème ouvert ou au problem<br />

solving qui n’en ont généralement qu’une. De plus, les valeurs<br />

<strong>de</strong>s variables <strong>de</strong> recherche ne sont pas fixées au préalable.<br />

Les variables <strong>de</strong> recherche sont <strong>de</strong>s variables <strong>de</strong> tâches<br />

inhérentes à la situation-recherche, leurs valeurs perm<strong>et</strong>tent<br />

<strong>de</strong> caractériser les différents sous-problèmes <strong>de</strong> la situation <strong>et</strong><br />

les procédures afférentes (Godot, 2005, p. 133). Enfin, dans<br />

une situation-recherche, il n’y a pas nécessairement <strong>de</strong> savoir<br />

mathématique notionnel visé ou à mobiliser. En eff<strong>et</strong>, nous<br />

cherchons avant tout à m<strong>et</strong>tre l’accent sur la démarche <strong>de</strong><br />

recherche en elle-même : c’est pourquoi nous proposons <strong>de</strong>s<br />

situations où les savoirs notionnels ne viennent pas faire<br />

obstacle au développement <strong>de</strong> la démarche <strong>de</strong> recherche.<br />

4. Des situations-recherche <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

heuristiques spécifiques<br />

Les situations que nous proposons sont <strong>de</strong> plusieurs types :<br />

elles peuvent être liées à un travail plus spécifique sur une ou<br />

plusieurs heuristiques, impliquer <strong>de</strong>s notions <strong>mathématiques</strong><br />

données, appartenir à un ou plusieurs domaines<br />

<strong>mathématiques</strong> différents. Remarquons que la plupart <strong>de</strong>s<br />

situations que nous avons conçues sont proches <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> discrètes, un champ <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

comportant <strong>de</strong> nombreux problèmes compréhensibles <strong>et</strong><br />

encore ouverts dans la recherche. Remarquons que l’équipe<br />

dans laquelle s’inscrivent nos travaux, Maths à Mo<strong>de</strong>ler, est<br />

composée notamment <strong>de</strong> chercheurs en <strong>mathématiques</strong><br />

discrètes, ce qui nous donne un accès privilégié aux<br />

recherches <strong>mathématiques</strong> en cours <strong>et</strong> à l’observation <strong>de</strong> la<br />

démarche du chercheur elle-même.<br />

Indiquons quelques exemples <strong>de</strong> situations-recherche que<br />

nous avons développées au sein <strong>de</strong> Maths à Mo<strong>de</strong>ler <strong>et</strong><br />

expérimentées auprès <strong>de</strong> différents publics :<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 65 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

• Une situation sur les pavages du plan par <strong>de</strong>s polyminos<br />

perm<strong>et</strong>tant une alternative à l’apprentissage <strong>de</strong> la preuve<br />

est décrite dans (Grenier <strong>et</strong> Payan, 1998).<br />

• Une situation autour <strong>de</strong> droites discrètes perm<strong>et</strong> un<br />

travail tout particulier <strong>de</strong> l’heuristique « définir »<br />

(Ouvrier-Buff<strong>et</strong>, 2003 <strong>et</strong> 2006).<br />

• Une situation nommée « roue aux couleurs » perm<strong>et</strong><br />

l’entrée dans une démarche <strong>de</strong> recherche en<br />

<strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> ce, dès 8 ans (Godot, 2005).<br />

• Un ensemble <strong>de</strong> situations pouvant être proposées<br />

comme situations-recherche sont accessibles sur le site<br />

<strong>de</strong> la valise <strong>de</strong> Maths à Mo<strong>de</strong>ler.<br />

(http://www-leibniz.imag.fr/LAVALISE ).<br />

5. L’organisation <strong>de</strong>s ateliers : vers la<br />

caractérisation <strong>de</strong> la gestion d’une<br />

situation-recherche<br />

Nos hypothèses <strong>de</strong> travail, vérifiées expérimentalement à<br />

gran<strong>de</strong> échelle dans plusieurs cadres (cadre scolaire, extrascolaire,<br />

formation d’enseignants, animation scientifique, …)<br />

<strong>et</strong> donc auprès <strong>de</strong> publics différents, ont guidé les choix<br />

d’organisation <strong>de</strong>s ateliers proposés lors du colloque <strong>de</strong><br />

l’AMQ. Ainsi, l’organisation r<strong>et</strong>enue pour les ateliers souligne<br />

les aspects les plus importants du type <strong>de</strong> gestion d’une<br />

situation-recherche.<br />

Dans la gestion d’une situation-recherche, élèves <strong>et</strong><br />

enseignants sont dans une situation différente <strong>de</strong> celle d’une<br />

classe habituelle. L’élève se r<strong>et</strong>rouve en eff<strong>et</strong> en position <strong>de</strong><br />

« chercheur », mais aussi en situation <strong>de</strong> « gestionnaire » <strong>de</strong> sa<br />

propre recherche : c’est lui qui choisit <strong>et</strong> modifie les valeurs<br />

<strong>de</strong>s variables <strong>de</strong> recherche, par exemple. Et l’enseignant<br />

« gestionnaire » est également en position <strong>de</strong> « chercheur » : il<br />

ne connaît pas forcément les pistes qui seront explorées par<br />

les élèves, les différentes stratégies qui pourront être mises en<br />

place, ni les réponses aux questions que les élèves auront<br />

eux-mêmes choisies.<br />

Dans chaque atelier, les participants ont été confrontés<br />

directement aux problèmes <strong>mathématiques</strong>. Nous pensons<br />

en eff<strong>et</strong> que la compréhension <strong>de</strong> la démarche <strong>de</strong> recherche<br />

<strong>et</strong> l’analyse <strong>de</strong> ce que feront les élèves dans c<strong>et</strong>te situation<br />

passent par le fait d’être soi-même confronté au problème<br />

mathématique.<br />

Le travail dans les ateliers a ainsi été organisé autour <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its<br />

groupes <strong>de</strong> 3 à 4 personnes, le travail en groupe perm<strong>et</strong>tant<br />

une dynamique particulière par les échanges qu’il suscite<br />

d’une part, <strong>et</strong> court-circuitant le découragement individuel<br />

d’autre part. Le gestionnaire <strong>de</strong> la situation (professeur,<br />

intervenant extérieur ou animateur scientifique) peut relancer<br />

la recherche ou inciter à la prise <strong>de</strong> notes (en particulier<br />

auprès <strong>de</strong> jeunes enfants), mais n’induit en aucun cas les<br />

procédures <strong>et</strong> solutions.<br />

Du matériel a été utilisé dans certains groupes <strong>de</strong>s ateliers.<br />

L’utilisation <strong>de</strong> matériel peut modifier l’entrée dans la<br />

situation <strong>et</strong> la recherche même. La présence ou l’absence <strong>de</strong><br />

ce matériel peut être une variable <strong>de</strong> la situation <strong>et</strong> ainsi<br />

influer sur le déroulement d’une séance.<br />

Des synthèses collectives concernant la résolution<br />

mathématique ont également été organisées dans chaque<br />

atelier. Ces phases <strong>de</strong> synthèses nous semblent indispensables<br />

pour faire état <strong>de</strong> l’avancée <strong>de</strong>s travaux dans les groupes,<br />

pour montrer la variété <strong>de</strong>s stratégies développées ainsi que<br />

les démarches <strong>de</strong> preuve. Différentes modalités peuvent être<br />

mobilisées pour ces synthèses, par exemple celle du débat<br />

scientifique (Legrand, 1993).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 66 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

La grenouille ou les p<strong>et</strong>its cailloux<br />

Karine Godot<br />

Il s’agit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux énoncés différents pour une même situationrecherche.<br />

Relevant <strong>de</strong>s jeux <strong>de</strong> Nim, dont on doit la<br />

résolution dans les années 30 à Grundy (Grundy, 1935) <strong>et</strong><br />

Sprague (Sprague, 1935), c<strong>et</strong>te situation est une version bien<br />

plus ouverte <strong>de</strong> la situation « Qui dira 20 ? » décrite par<br />

Brousseau (Brousseau, 1998). Comme plusieurs autres<br />

situations-recherche, elle peut être proposée à différents<br />

niveaux scolaires. Dans le cadre <strong>de</strong> nos recherches, elle a été<br />

expérimentée auprès d’élèves <strong>de</strong> l’école primaire française <strong>de</strong><br />

cycle 3 (9 à 11 ans) au cours d’un trimestre, à raison d’une<br />

heure hebdomadaire. Leurs recherches ont été finalisées par<br />

un séminaire dans les locaux <strong>de</strong> notre laboratoire, en<br />

présence <strong>de</strong> chercheurs professionnels.<br />

1. Énoncés<br />

1. Énoncés<br />

Les <strong>de</strong>ux versions <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te même situation-recherche sont les<br />

suivantes :<br />

Version « Les p<strong>et</strong>its cailloux »<br />

Deux joueurs ont <strong>de</strong>vant eux un tas <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its cailloux<br />

(commun aux <strong>de</strong>ux joueurs). Chacun leur tour, ils doivent<br />

prendre dans ce tas un nombre <strong>de</strong> cailloux choisi parmi<br />

plusieurs quantités qu’ils ont préalablement fixées ensemble.<br />

Celui qui ne peut plus jouer a perdu.<br />

Vous <strong>de</strong>vez fixer à l’avance le nombre total <strong>de</strong> cailloux <strong>et</strong> les<br />

différents nombres que chaque joueur a le droit <strong>de</strong> prendre.<br />

Si vous êtes le premier joueur, que <strong>de</strong>vez-vous faire pour être<br />

certain <strong>de</strong> gagner ?<br />

Pour commencer, nous vous proposons d’essayer en<br />

décidant que chaque joueur ne pourra prendre que 1 ou 2<br />

cailloux.<br />

Version « La grenouille »<br />

Deux joueurs à tour <strong>de</strong> rôle font sauter la grenouille d’une<br />

case à une autre. Chacun leur tour, ils doivent faire avancer la<br />

grenouille d’un nombre <strong>de</strong> cases choisi parmi plusieurs<br />

quantités qu’ils ont fixées ensemble préalablement. Le but du<br />

jeu est d’amener la grenouille sur la <strong>de</strong>rnière case. Le joueur<br />

qui ne peut plus faire avancer la grenouille a perdu.<br />

Vous <strong>de</strong>vez fixer à l’avance le nombre total <strong>de</strong> cases <strong>et</strong> les<br />

longueurs <strong>de</strong>s sauts <strong>de</strong> la grenouille. Si vous êtes le premier<br />

joueur, que <strong>de</strong>vez-vous faire pour être certain <strong>de</strong> gagner ?<br />

Pour commencer, nous vous proposons d’essayer en<br />

décidant que la grenouille ne pourra faire que <strong>de</strong>s sauts <strong>de</strong><br />

longueur 1 ou 2.<br />

2. Résolution mathématique Les <strong>de</strong>ux énoncés<br />

renvoient au même problème mathématique à condition <strong>de</strong><br />

ne pas compter la case sur laquelle est la grenouille, mais<br />

toujours le nombre <strong>de</strong> cases qui la précè<strong>de</strong>nt.<br />

Si l’on veut être sûr <strong>de</strong> gagner, il faut déterminer une stratégie<br />

gagnante, <strong>et</strong> savoir i<strong>de</strong>ntifier quelles sont les situations<br />

gagnantes <strong>et</strong> les situations perdantes. Pour la résolution, nous<br />

nous limiterons au cas où les joueurs ont <strong>de</strong>ux alternatives<br />

quant au nombre <strong>de</strong> cailloux à prendre ou <strong>de</strong> cases à sauter.<br />

Prenons un exemple : considérons le cas où n, le nombre<br />

total <strong>de</strong> cailloux (ou <strong>de</strong> cases), est 10 <strong>et</strong> où l’on peut prendre<br />

1 ou 2 cailloux (ou on peut avancer d’une ou <strong>de</strong>ux cases).<br />

Nous noterons ci-après ce sous-problème (1,2).<br />

Si l’on joue au hasard, comme sur le schéma ci-<strong>de</strong>ssous<br />

réalisé par <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> CM2 (11 ans), il est alors difficile <strong>de</strong><br />

tirer <strong>de</strong>s conclusions <strong>de</strong>s différentes parties <strong>de</strong> jeu. Si l’on<br />

veut avancer dans la résolution du problème, il faut partir du<br />

principe que les <strong>de</strong>ux joueurs « savent jouer » c’est-à-dire<br />

qu’ils possè<strong>de</strong>nt tous <strong>de</strong>ux une stratégie gagnante <strong>et</strong> qu’ils<br />

l’appliquent à chaque coup.<br />

Après plusieurs parties, il apparaît alors expérimentalement<br />

que le premier joueur est gagnant quel que soit n, sous<br />

condition qu’il puisse choisir le nombre <strong>de</strong> cailloux ou <strong>de</strong><br />

cases à prendre <strong>de</strong> façon à laisser à son adversaire un nombre<br />

<strong>de</strong> cases ou <strong>de</strong> cailloux qui soit un multiple <strong>de</strong> 3. En fait, il<br />

s’agit <strong>de</strong> faire « <strong>de</strong>s paqu<strong>et</strong>s <strong>de</strong> trois ».<br />

Ainsi, nous parvenons à la conjecture :<br />

Dans le cas (1,2) :<br />

Si le nombre <strong>de</strong> cases ou <strong>de</strong> cailloux est un multiple <strong>de</strong> 3, je ne<br />

commence pas.<br />

Sinon, je commence <strong>et</strong> je prends <strong>de</strong>s cailloux ou j’avance <strong>de</strong> façon à<br />

laisser à mon adversaire un nombre <strong>de</strong> cailloux ou <strong>de</strong> cases multiple<br />

<strong>de</strong> 3.<br />

Dans les <strong>de</strong>ux cas, si l’autre joueur prend un caillou (ou avance<br />

d’une case), j’en prends <strong>de</strong>ux <strong>et</strong> inversement.<br />

Le même type <strong>de</strong> raisonnement peut être effectué pour les<br />

autres sous-problèmes, par exemple comme l’ont fait les<br />

élèves pour (2,3), (3,4), (1,3), (2,4), (2,5)… Á chaque fois, on<br />

parvient à i<strong>de</strong>ntifier les situations gagnantes <strong>et</strong> perdantes <strong>et</strong> à<br />

déterminer une stratégie gagnante.<br />

Par exemple, pour le sous-problème (1,3), le cas n = 2 étant<br />

perdant, on aboutit à la conjecture :<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 67 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

De façon générale, on aboutit au résultat suivant :<br />

Dans le cas (p,q) où q>p.<br />

Je regar<strong>de</strong> les situations perdantes lorsque n


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

gagnantes <strong>et</strong> perdantes puis ils ont cherché à généraliser pour<br />

(1,p), avant que je ne les incite à étudier le cas (2,3). Chaque<br />

fois, ils jouaient ensemble, <strong>et</strong>, comme je l’avais observé chez<br />

les élèves, ils ont pris très peu <strong>de</strong> notes, jusqu’à ce que je leur<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> préparer un bilan <strong>de</strong> leur recherche pour l’autre<br />

groupe.<br />

Le groupe qui s’est intéressé à la grenouille a procédé<br />

différemment. Tout d’abord, contrairement aux élèves <strong>et</strong> à<br />

l’autre groupe, il n’a cherché que sur le support papier crayon<br />

<strong>et</strong> n’a pas joué. Chaque membre cherchait <strong>de</strong> son côté puis ils<br />

m<strong>et</strong>taient en commun leurs résultats. Ensuite, leur étu<strong>de</strong> a été<br />

progressive. Pour (1,2), ils ont fait varier n, le nombre <strong>de</strong><br />

cases, <strong>et</strong> ont étudié, n = 1, 2, 3, 4… Une fois la conjecture<br />

sur les multiples <strong>de</strong> 3 établie, ce groupe a cherché une<br />

solution pour (2,3) puis pour (1,3).<br />

Faute <strong>de</strong> temps, les <strong>de</strong>ux groupes n’ont pas pu rechercher<br />

<strong>de</strong>s preuves formelles <strong>de</strong> leurs résultats, restés donc, comme<br />

pour la majorité <strong>de</strong>s élèves, au statut <strong>de</strong> conjecture, statut<br />

d’un énoncé mathématique bien peu souvent rencontré dans<br />

l’enseignement en France, alors que l’établissement <strong>de</strong><br />

conjectures est un élément moteur <strong>de</strong> la recherche en<br />

<strong>mathématiques</strong>. Le faire découvrir aux élèves, quel que soit<br />

leur niveau scolaire, nous semble donc particulièrement<br />

important.<br />

Comme nous l’avions remarqué dans les classes, la<br />

formulation <strong>de</strong> l’énoncé induit <strong>de</strong>s stratégies différentes <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>s dissemblances quant au recours au support papier<br />

crayon. Les p<strong>et</strong>its cailloux provoquent plus aisément le recours<br />

à la notion <strong>de</strong> paqu<strong>et</strong>s, alors que la grenouille incite à prendre<br />

<strong>de</strong>s notes.<br />

Les sept joueurs étaient enthousiastes, je n’arrivais plus à les<br />

arrêter afin d’avoir le temps <strong>de</strong> faire une synthèse <strong>et</strong> <strong>de</strong> leur<br />

montrer ce qu’ont fait les élèves <strong>de</strong> cycle 3. Dans les couloirs<br />

ensuite, ils parlaient encore <strong>de</strong> conjectures. Lors <strong>de</strong> la<br />

discussion finale, ils ont tous vu l’intérêt <strong>de</strong> proposer ce type<br />

<strong>de</strong> situations aux élèves; le fait que cela donne du sens à la<br />

notion <strong>de</strong> congruence a été apprécié par les enseignants <strong>de</strong><br />

lycée ou du supérieur. Tous ont perçu la richesse <strong>de</strong> la<br />

situation, liée à l’ouverture <strong>de</strong> l’énoncé, aux concepts<br />

heuristiques mis en jeu <strong>et</strong> au fait que même <strong>de</strong> jeunes élèves<br />

puissent se lancer dans la recherche <strong>et</strong> énoncer <strong>de</strong>s<br />

conjectures.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 69 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

La chasse à la bête<br />

Léa Cartier<br />

La « chasse à la bête » est une situation développée par<br />

l’équipe Maths à Mo<strong>de</strong>ler. Elle est issue d’un problème <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> discrètes : l’exclusion <strong>de</strong>s polyminos. Nous<br />

décrirons c<strong>et</strong>te situation <strong>et</strong> présenterons les résultats d’une<br />

classe française <strong>de</strong> 6 ème (élèves âgés <strong>de</strong> 11 à 12 ans). Nous<br />

conclurons sur l’atelier présenté au congrès AMQ.<br />

1. Présentation du problème mathématique<br />

Le problème général, dont est issue la « chasse à la bête », se<br />

présente ainsi : on dispose d’un morceau <strong>de</strong> grille discrète <strong>et</strong><br />

d’une taille <strong>de</strong> polyminos à exclure (se référer à Golomb 1994<br />

pour trouver d’autres types <strong>de</strong> problèmes <strong>de</strong> même nature).<br />

Par exemple, on cherche à exclure tous les polyminos <strong>de</strong><br />

taille 4 dans la grille suivante :<br />

Pour résoudre ce problème nous allons donc <strong>de</strong>voir choisir<br />

<strong>de</strong>s cases <strong>de</strong> telle façon à ne pas conserver 4 cases contiguës,<br />

ce qui exclue, <strong>de</strong> fait, les 4 tétraminos. L’intérêt du problème<br />

rési<strong>de</strong> dans la minimisation <strong>de</strong> ce nombre <strong>de</strong> cases exclues.<br />

Pour que ce problème soit plus facilement dévoluable, nous<br />

avons choisi <strong>de</strong> le transformer en choisissant un polymino<br />

particulier à exclure : ce polymino sera « la bête ». Le<br />

problème consiste alors à rechercher le plus p<strong>et</strong>it nombre<br />

d’obstacles à poser sur le territoire pour que la « bête » ne<br />

puisse pas s’y poser. Prenons un exemple :<br />

Précisons que les rotations <strong>et</strong> symétries <strong>de</strong> la bête sont<br />

autorisées :<br />

Les positions possibles <strong>de</strong> la bête :<br />

Comment choisir <strong>de</strong>s cases du territoire <strong>de</strong> telle manière que<br />

la bête ne puisse s’y poser ? Voici une façon <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r :<br />

Nous avons donc une solution à notre problème comportant<br />

quatre obstacles. C<strong>et</strong>te solution est-elle optimale ? Comment<br />

le prouver ? Toutes ces questions sont celles posées aux<br />

élèves dans <strong>de</strong>s cas plus ou moins particularisés que nous<br />

développerons ci-après.<br />

2. Présentation du problème proposé aux<br />

élèves <strong>et</strong> organisation <strong>de</strong>s séances<br />

Le problème peut être adapté à l’âge <strong>de</strong>s élèves. Il est<br />

possible <strong>de</strong> le « fermer » plus ou moins par le choix <strong>de</strong>s bêtes<br />

<strong>et</strong>/ou le choix <strong>de</strong>s territoires. Nous présenterons ici le<br />

problème tel qu’il a été proposé à <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> sixième<br />

disposant d’environ 6 heures <strong>de</strong> recherche sur 4 séances.<br />

La première séance a été consacrée à la présentation du<br />

problème. Le premier cas résolu a été celui <strong>de</strong> la bête à une<br />

case. Du matériel composé d’un territoire carré <strong>de</strong> 8 cases par<br />

8 cases <strong>et</strong> d’obstacles leur a ensuite été fourni <strong>et</strong> chaque<br />

groupe a choisi sa propre bête constituée <strong>de</strong> 4 à 6 cases.<br />

Dès la <strong>de</strong>uxième séance le territoire a été fixé à 5 par 5, la<br />

première bête étudiée étant le domino, la <strong>de</strong>uxième le trimino<br />

long, puis le trimino en L. Le matériel composé du territoire,<br />

<strong>de</strong> la bête <strong>et</strong> d’obstacles a été à leur disposition à chacune <strong>de</strong><br />

ces séances.<br />

La classe dans laquelle le problème a été proposé développait<br />

un proj<strong>et</strong> particulier entre le français <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong>.<br />

Le proj<strong>et</strong> principal était le montage d’une pièce <strong>de</strong> théâtre<br />

(Guedj, 2001). La recherche du problème <strong>de</strong> la chasse à la<br />

bête s’est conclue par la présentation du résultat <strong>de</strong> leur<br />

recherche lors d’un séminaire dans notre laboratoire, <strong>et</strong> ce<br />

auprès <strong>de</strong> chercheurs en <strong>mathématiques</strong> discrètes, d’élèves<br />

d’autres établissements <strong>et</strong> <strong>de</strong> leurs parents. Les extraits <strong>de</strong><br />

leurs travaux qui vous seront présentés dans c<strong>et</strong> article sont<br />

issus <strong>de</strong>s transparents qu’ils ont élaborés en vue <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

présentation.<br />

Les séances <strong>de</strong> recherche étaient animées par un chercheur<br />

en <strong>mathématiques</strong> discrètes <strong>et</strong> membre <strong>de</strong> l’équipe Maths à<br />

Mo<strong>de</strong>ler, les professeures <strong>de</strong> français <strong>et</strong> <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

étant présentes, ainsi que moi-même. Les élèves étaient<br />

organisés en groupes <strong>de</strong> 3, <strong>et</strong> chacun notait les résultats <strong>et</strong> les<br />

pistes suivies lors <strong>de</strong> la recherche. Chaque séance a comporté<br />

une phase <strong>de</strong> mise en commun d’au moins 20 minutes, c<strong>et</strong>te<br />

phase perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> montrer à chaque groupe ce qui s’était<br />

fait dans les autres groupes. La motivation <strong>de</strong>s élèves pour la<br />

recherche, pour la prise <strong>de</strong> note <strong>et</strong> pour la compréhension <strong>de</strong><br />

ce qui était avancé dans la classe n’a pas posé <strong>de</strong> problème,<br />

l’enjeu ne leur étant sûrement pas indifférent.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 70 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

3. Des stratégies <strong>de</strong> résolution<br />

Ce problème nécessite a priori peu <strong>de</strong> pré-requis<br />

<strong>mathématiques</strong> spécifiques. Cependant, les raisonnements<br />

qui <strong>de</strong>vront être mis en œuvre sont riches <strong>et</strong> peuvent se<br />

déployer dans différentes directions, comme les suivantes :<br />

Stratégies <strong>de</strong> base : <strong>de</strong>ux stratégies <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong> solutions<br />

par tâtonnement existent.<br />

On peut commencer par couvrir le territoire d’obstacles,<br />

sachant que c’est une solution, <strong>et</strong> les enlever p<strong>et</strong>it à p<strong>et</strong>it pour<br />

se rapprocher <strong>de</strong> la solution optimale.<br />

On peut chercher au contraire à poser dès le départ le moins<br />

d’obstacles possibles, <strong>et</strong> se rapprocher d’une solution.<br />

Des stratégies mixtes entre ces <strong>de</strong>ux premières façons <strong>de</strong><br />

procé<strong>de</strong>r peuvent être imaginées : on cherche une première<br />

solution que l’on améliore <strong>de</strong> façon à se rapprocher d’une<br />

solution optimale. Les stratégies par tâtonnement ne<br />

fournissant pas <strong>de</strong> preuve <strong>de</strong> l’optimalité <strong>de</strong>s solutions, on<br />

peut s’attendre à d’autres façons <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r intégrant <strong>de</strong>s<br />

justifications <strong>de</strong> la démarche d’établissement <strong>de</strong> solution.<br />

Stratégie par forçage<br />

Les solutions peuvent être établies par forçage : on considère<br />

une case particulière <strong>et</strong> on regar<strong>de</strong> comment elle peut être<br />

occupée par une bête. On dispose alors l’obstacle en fonction<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te occupation potentielle. En voici un exemple sur un<br />

territoire <strong>de</strong> 6 par 6, <strong>et</strong> d’une bête à 4 cases :<br />

Choisissons <strong>de</strong> regar<strong>de</strong>r la case du coin en haut à gauche.<br />

Elle peut être occupée <strong>de</strong> 2 façons par une bête, mais ces<br />

<strong>de</strong>ux dispositions sont en fait symétriques. On peut se<br />

contenter <strong>de</strong> n’en considérer qu’une :<br />

Pour empêcher la bête d’être dans c<strong>et</strong>te position, il faut<br />

m<strong>et</strong>tre au moins un obstacle. Quatre positions sont<br />

possibles :<br />

Les 2e <strong>et</strong> 3e dispositions peuvent sembler peu intéressan-tes<br />

dans la mesure où elles n’empêchent pas la « bête<br />

symétrique » <strong>de</strong> se poser. On peut alors considérer soit ces 4<br />

configurations, soit les <strong>de</strong>ux dispositions restantes, <strong>et</strong><br />

recommencer le raisonnement pour la case suivante.<br />

Selon la configuration <strong>de</strong> la bête, la stratégie dite <strong>de</strong> forçage<br />

donnera un réel forçage ou non. Si l’on considère le domino<br />

par exemple, une fois le premier choix effectué, tous les<br />

autres en découlent.<br />

Stratégie par découpage/pavage<br />

C<strong>et</strong>te stratégie peut être soit un pavage du plan par la bête,<br />

soit un découpage matériel du territoire par une forme<br />

appropriée.<br />

Utiliser c<strong>et</strong>te stratégie nécessite le raisonnement suivant :<br />

pour empêcher la bête <strong>de</strong> telle forme <strong>de</strong> se poser, il est<br />

nécessaire que toutes ces formes-là soient exclues. En<br />

particulier, si on arrive à paver le territoire avec n bêtes, alors<br />

n obstacles sont nécessaires. De façon plus générale, si on a<br />

montré qu’une forme donnée nécessite p obstacles pour<br />

empêcher la bête <strong>de</strong> se poser <strong>et</strong> que le territoire à notre<br />

disposition peut être pavé par q fois c<strong>et</strong>te forme, alors une<br />

solution optimale comportera au moins pq obstacles.<br />

Par exemple, avec la forme précé<strong>de</strong>nte, un territoire <strong>de</strong> 2 par<br />

3 nécessitant au moins un obstacle, on cherche à découper le<br />

territoire <strong>de</strong> 6 par 6 en morceaux <strong>de</strong> 2 par 3 :<br />

Ce découpage nous assure que la solution optimale comportera<br />

5 obstacles au moins. Si on trouve une solution<br />

comportant 5 obstacles, alors elle sera optimale.<br />

La stratégie par pavage peut perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>s<br />

solutions ; elle pourra être associée à la stratégie par forçage,<br />

les justifications pouvant venir <strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s stratégies.<br />

Ce découpage nous assure que la solution optimale<br />

comportera 5 obstacles au moins.<br />

Si on trouve une solution comportant 5 obstacles, alors elle<br />

sera optimale.<br />

La stratégie par pavage peut perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>s<br />

solutions, elle pourra être associée à la stratégie par forçage,<br />

les justifications pouvant venir <strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s stratégies.<br />

Autres stratégies<br />

D’autres stratégies existent, en particulier <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s<br />

mixtes entre celles décrites ci-<strong>de</strong>ssus. Une stratégie <strong>de</strong><br />

recherche <strong>de</strong> solutions par i<strong>de</strong>ntification <strong>de</strong>s bords a été mise<br />

en œuvre dans l’un <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> l’atelier AMQ, stratégie<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 71 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

qui pourrait s’avérer directement utilisable sur les territoires<br />

toriques proposés dans la valise <strong>de</strong> Maths à Mo<strong>de</strong>ler.<br />

(http://www-leibniz.imag.fr/LAVALISE/b<strong>et</strong>e2/b<strong>et</strong>e8.htm<br />

).<br />

4. Ce que l’on peut attendre <strong>de</strong> la<br />

situation en classe<br />

La chasse à la bête a montré lors <strong>de</strong>s séances observées toute<br />

sa richesse. Nous sommes bien conscients que la mise en<br />

œuvre particulière <strong>de</strong> la situation avec <strong>de</strong>ux intervenants<br />

extérieurs, <strong>de</strong>ux professeures <strong>et</strong> un séminaire à l’intérieur<br />

d’un laboratoire a joué, <strong>et</strong> ce, à plusieurs niveaux, dans la<br />

réalisation <strong>de</strong> la recherche. Malgré ce possible bémol, <strong>et</strong> étant<br />

donné que la situation a été testée à plusieurs reprises <strong>et</strong> dans<br />

<strong>de</strong>s conditions plus « standards », nous considérons que les<br />

résultats obtenus peuvent être attendus dans un contexte<br />

« classique » <strong>de</strong> recherche en classe.<br />

Le choix par les élèves <strong>de</strong> leur propre bête est une étape<br />

décisive dans la dévolution du problème. Dans la classe, sur<br />

les 9 groupes, tous ont choisi <strong>de</strong>s bêtes <strong>de</strong> formes différentes.<br />

En voici quelques-unes; remarquez que certaines ne sont pas<br />

connexes par les côtés :<br />

Le fait que certains groupes aient trouvé <strong>de</strong>s solutions <strong>de</strong><br />

faible cardinalité a motivé les autres à chercher <strong>de</strong> meilleures<br />

solutions. La nécessité <strong>de</strong> passer à <strong>de</strong>s problèmes plus p<strong>et</strong>its a<br />

été rapi<strong>de</strong>ment soulevée dans la classe, personne ne<br />

réussissant à trouver <strong>de</strong> preuve <strong>de</strong> l’optimalité <strong>de</strong> sa solution.<br />

L’étu<strong>de</strong> du domino a alors été la proposition d’un groupe<br />

pour la simplification du problème. En tant que gestionnaires<br />

<strong>de</strong> la situation, nous avons utilisé c<strong>et</strong>te proposition <strong>et</strong> fixé la<br />

taille du territoire à 5 par 5.<br />

Le travail sur le domino représente la phase la plus délicate<br />

<strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s séances. En eff<strong>et</strong>, lors <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te séance, les<br />

stratégies <strong>de</strong> forçage <strong>et</strong> <strong>de</strong> pavage sont apparues<br />

simultanément dans quelques groupes. Une première mise en<br />

commun a eu lieu. Elle a permis <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en lumière une<br />

propriété forte, qu’il est nécessaire <strong>de</strong> « désamorcer »<br />

rapi<strong>de</strong>ment, à savoir : « Ma solution est optimale, car si<br />

j’enlève un seul obstacle, alors ce n’est plus une solution ».<br />

C’est en particulier à cause <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te propriété que nous avons<br />

choisi un territoire <strong>de</strong> taille impaire : dans le cas du domino, il<br />

existe une solution à 13 obstacles telle que si l’on enlève un<br />

obstacle ce n’est plus une solution. Pourtant, il existe une<br />

solution à 12 obstacles :<br />

Les stratégies par forçage <strong>et</strong> par découpage ont été proposées<br />

par les groupes les ayant utilisées lors d’une secon<strong>de</strong> mise en<br />

commun. La compréhension <strong>de</strong> la technique <strong>de</strong> pavage est<br />

délicate : certains élèves restent au niveau du matériel <strong>et</strong> ne<br />

comprennent pas l’apparition d’un « nouveau » problème,<br />

dual, qui est celui du pavage. La présentation qui a emporté la<br />

conviction <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rniers incrédules est celle–ci : « Des bêtes<br />

sont déjà posées sur mon territoire. Pour les chasser, je<br />

<strong>de</strong>vrais utiliser au moins un obstacle par bête. Donc il me<br />

faudra au moins autant d’obstacles que l’on peut poser <strong>de</strong><br />

bêtes sur le plateau. J’ai réussi à poser 12 bêtes, donc il me<br />

faut au moins 12 obstacles. J’ai une solution avec 12<br />

obstacles, je ne peux pas faire mieux ».<br />

Pour le trimino long, le problème est du même type : les<br />

élèves trouvent une solution avec 8 obstacles. Les questions<br />

sont alors : c<strong>et</strong>te solution est-elle unique ? Peut-on le<br />

prouver ? Le fait <strong>de</strong> trouver un pavage du territoire avec 8<br />

bêtes conduit à la conclusion suivante : la solution est<br />

optimale.<br />

C<strong>et</strong>te phase <strong>de</strong> recherche nous a permis <strong>de</strong> vérifier que le<br />

problème était bien assimilé par les élèves : les raisonnements<br />

utilisés pour le domino peuvent être intégralement réinvestis,<br />

<strong>et</strong> ils l’ont été. La difficulté principale a été <strong>de</strong> trouver une<br />

solution à 8 obstacles <strong>et</strong> un pavage à 8 triminos.<br />

Le problème se complexifie avec le trimino en L, les élèves<br />

ayant trouvé une solution à 10 obstacles <strong>et</strong> un pavage à 8<br />

bêtes :<br />

Je vous propose ici un extrait <strong>de</strong> leur travail. Seules les<br />

couleurs ne sont pas conservées, chaque cadre correspond à<br />

un <strong>de</strong> leurs transparents, le passage entre croch<strong>et</strong>s résume les<br />

coupes du texte original. Les élèves ont nommé les obstacles<br />

« mines ».<br />

Une solution à 10 mines …mais 8 bêtes<br />

maximum ???<br />

Le nombre <strong>de</strong> mines est compris entre 8<br />

<strong>et</strong> 10.<br />

On simplifie le problème.<br />

Sur un territoire<br />

<strong>de</strong> 2 sur 2,<br />

il nous faut<br />

minimum 2 mines.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 72 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

• Résolution du problème : Pour chacune <strong>de</strong>s bêtes,<br />

Sur notre territoire,<br />

trouver les solutions optimales <strong>et</strong> montrer qu’elles le<br />

sont.<br />

on peut poser 4 territoires <strong>de</strong> 2 sur 2<br />

• Si un tel travail est proposé en classe :<br />

– Quels sont les apprentissages en jeu dans le problème ?<br />

– Quelles notions sont abordées ?<br />

– Á quelles difficultés <strong>de</strong>s élèves peut-on s’attendre ?<br />

Comment les dépasser ?<br />

Maintenant,<br />

comptons les mines nécessaires.<br />

Ici, il faudra 9 mines.<br />

Le nombre minimum <strong>de</strong> mines<br />

n’est donc pas 8.<br />

[Les élèves procè<strong>de</strong>nt ainsi pour 6 autres<br />

découpages <strong>et</strong> montrent pour chacun<br />

que 9 mines sont nécessaires]<br />

Mais, avec la <strong>de</strong>rnière disposition<br />

+<br />

1<br />

2<br />

2 2<br />

2<br />

2<br />

2<br />

+<br />

1<br />

Le nombre minimum <strong>de</strong> mines<br />

n’est donc pas 9.<br />

Il faut 10 mines au minimum<br />

pour que la bête<br />

ne s’installe pas<br />

sur le territoire <strong>de</strong> 5 sur 5.<br />

5. Production <strong>de</strong>s participants<br />

L’atelier « chasse à la bête » a permis <strong>de</strong> proposer c<strong>et</strong>te<br />

situation à une dizaine <strong>de</strong> participants. Dans chacun <strong>de</strong>s trois<br />

groupes, une grille 5 par 5, ainsi que <strong>de</strong>s obstacles <strong>et</strong> trois<br />

types <strong>de</strong> bêtes leur ont été fournis. Le problème a été réduit<br />

(étant donné le temps imparti) à la recherche sur le 5 par 5.<br />

Le questionnement comportait un versant mathématique <strong>et</strong><br />

un versant didactique :<br />

2<br />

2<br />

+<br />

1<br />

Comme l’analyse mathématique le laissait attendre, les<br />

stratégies mises en place par les participants ont été du même<br />

type que celles <strong>de</strong>s élèves, souvent plus élaborées ou<br />

comportant <strong>de</strong>s connaissances préalables sur le pavage par<br />

exemple. C’est surtout la rapidité <strong>de</strong> leur déploiement qui<br />

varie. Dans les trois groupes, la recherche s’est surtout axée<br />

sur la recherche <strong>de</strong> solutions <strong>et</strong> <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong><br />

ces solutions. Les stratégies mises en œuvre étaient<br />

complexes, je ne donnerai donc dans ce qui suit que les<br />

orientations <strong>de</strong> chaque groupe. Le premier groupe a plutôt<br />

utilisé <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s par tâtonnement <strong>et</strong> cherché à<br />

argumenter <strong>de</strong> la pertinence <strong>de</strong>s solutions trouvées. Le<br />

<strong>de</strong>uxième a mis en œuvre <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s mixtes basées sur le<br />

forçage. Le troisième a cherché à générer <strong>de</strong>s solutions par<br />

i<strong>de</strong>ntification <strong>de</strong>s bords, puis par suppression <strong>de</strong>s obstacles<br />

« en trop » pour chaque configuration.<br />

La mise en commun qui a suivi a permis <strong>de</strong> discuter en<br />

particulier <strong>de</strong> l’implémentation en classe d’une telle situation.<br />

L’une <strong>de</strong>s objections apportées à la mise en place <strong>de</strong><br />

situations-recherche en classe est le temps nécessaire à <strong>de</strong><br />

telles situations. Il convient d’insister sur le fait que nous ne<br />

n’affirmons pas que tout apprentissage mathématique doive<br />

se faire par ce type <strong>de</strong> situations. D’autre part, nous avons<br />

montré comment les instructions officielles préconisent un<br />

travail <strong>de</strong> recherche qui peut être mis en œuvre en classe par<br />

les situations-recherche. Parallèlement, nous n’ignorons pas<br />

les contraintes institutionnelles fortes qui peuvent détourner<br />

un enseignant <strong>de</strong> ces situations qui <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt du temps.<br />

C’est pourquoi il nous semble important que l’institution, en<br />

cohérence avec ses attentes, intègre un temps dédié à ce<br />

travail <strong>de</strong> recherche en classe. Apprendre à chercher sera utile<br />

dans la classe pour les autres temps alloués au travail en<br />

groupe, ainsi que sur le temps <strong>de</strong> travail individuel.<br />

Pour conclure, <strong>et</strong> comme lors <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier, je redonne la<br />

parole aux élèves <strong>et</strong> reprends leur conclusion sur ce qu’ils ont<br />

appris lors <strong>de</strong> ce travail <strong>de</strong> recherche :<br />

Nous avons commencé à apprendre à :<br />

Travailler ensemble<br />

Écouter un peu mieux les autres<br />

Ne pas dire tout <strong>de</strong> suite « c’est impossible »<br />

Simplifier un problème pour mieux l’étudier<br />

Essayer <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s preuves<br />

<strong>de</strong>s arguments<br />

Discuter <strong>de</strong> ces preuves avec d’autres<br />

Comprendre <strong>de</strong>s fautes <strong>de</strong> raisonnement<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 73 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

Le problème <strong>de</strong> Frobenius<br />

Eva Knoll <strong>et</strong> Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

Le savoir scientifique se construit dans le domaine <strong>de</strong> la<br />

recherche. C’est au type <strong>de</strong> pratiques propres au chercheur<br />

que nous souhaitons confronter l’élève : là est véritablement<br />

l’enjeu <strong>de</strong>s situations-recherche. Nous allons, dans c<strong>et</strong>te<br />

partie, prendre un problème venu tout droit <strong>de</strong> la recherche<br />

mathématique <strong>et</strong> montrer ce qu’il peut en advenir en classe.<br />

La transposition d’un problème issu <strong>de</strong> la recherche est<br />

effectivement un point crucial non traité par les travaux<br />

didactiques portant sur les « situations <strong>de</strong> recherche »<br />

(expression utilisée dans une très large acception).<br />

1. Présentation du problème<br />

Il s’agit du problème fameux <strong>de</strong> Frobenius (1849-1917),<br />

énoncé en ces termes : soient n1,...,n k, <strong>de</strong>s entiers positifs<br />

premiers entre eux. Trouver le plus grand entier naturel<br />

(appelé nombre <strong>de</strong> Frobenius) qui soit non atteignable (on<br />

dit non représentable) par combinaison entière positive <strong>de</strong><br />

n1,...,n k. Le problème est encore ouvert aujourd’hui pour<br />

k > 4 (cf. Ramirez Alfonsin, 2005).<br />

Nous avons utilisé pour l’atelier une version simplifiée du<br />

problème <strong>de</strong> Frobenius : si les valeurs nominales <strong>de</strong>s pièces<br />

en usage dans un système monétaire sont n1, n2,..., n k, quelles<br />

sommes sont payables exactement dans ce système ?<br />

Des questions <strong>de</strong> nature mathématique <strong>et</strong> didactique ont été<br />

soumises aux participants une fois la dévolution du problème<br />

effectuée :<br />

- Décrivez votre démarche <strong>de</strong> résolution<br />

- Quelles sont les questions <strong>mathématiques</strong> que pose ce<br />

problème ?<br />

- Quelle(s) utilisation(s) en classe <strong>et</strong> en formation <strong>de</strong>s<br />

enseignants voyez-vous pour ce problème particulier ?<br />

2. Résolution mathématique<br />

2.1. Étu<strong>de</strong> d’un p<strong>et</strong>it cas : k=2 La résolution<br />

mathématique du problème <strong>de</strong> Frobenius est relativement<br />

simple dans le cas où k = 2. Nous allons démontrer le<br />

théorème suivant :<br />

Théorème : si p <strong>et</strong> q sont <strong>de</strong>ux entiers naturels premiers<br />

entre eux, alors le plus grand entier non représentable par<br />

combinaisons entières positives <strong>de</strong> p <strong>et</strong> <strong>de</strong> q est : pq - p - q.<br />

Preuve<br />

Puisque p <strong>et</strong> q sont premiers entre eux, p peut s’écrire :<br />

p = xp + yq où x <strong>et</strong> y sont <strong>de</strong>s entiers relatifs.<br />

Dans ce cas, p peut être représenté <strong>de</strong> plusieurs façons. Sa<br />

représentation <strong>de</strong>vient unique si l’on impose 0 ≤ x < q.<br />

Alors, p est représentable si y ≥ 0 <strong>et</strong> n’est pas<br />

représentable si y < 0.<br />

Donc, le plus grand entier non représentable par<br />

combinaisons entières positives <strong>de</strong> p <strong>et</strong> <strong>de</strong> q est :<br />

(q – 1) p + (-1) q = pq – p – q .<br />

Nous renvoyons le lecteur à Ramirez-Alfonsin pour les<br />

preuves (particulièrement difficiles <strong>et</strong> délicates) pour k = 3, 4.<br />

Le lecteur pourra aussi faire <strong>de</strong>s essais sur une appl<strong>et</strong><br />

disponible en ligne<br />

(http://www.math.uu.nl/people/beukers/frobenius/in<strong>de</strong>x.h<br />

tml).<br />

2.2. Aspects <strong>mathématiques</strong> qui font du<br />

problème <strong>de</strong> Frobenius une Situation-<br />

Recherche<br />

Si nous reprenons les éléments <strong>de</strong> caractérisation d’une<br />

situation-recherche décrits précé<strong>de</strong>mment, il apparaît<br />

clairement que le problème <strong>de</strong> Frobenius remplit les<br />

différents critères : il s’agit en eff<strong>et</strong> d’un problème facilement<br />

accessible, encore partiellement ouvert dans la recherche<br />

mathématique, pour lequel <strong>de</strong>s stratégies initiales existent<br />

effectivement, où <strong>de</strong>s questions <strong>mathématiques</strong> se posent<br />

(nous allons le montrer ci-après) <strong>et</strong> où l’élève peut choisir ses<br />

propres variables <strong>de</strong> recherche.<br />

Considérons le problème <strong>de</strong> Frobenius expérimentalement.<br />

Prenons quelques valeurs distinctes (<strong>de</strong>ux ou trois) pour les<br />

pièces <strong>de</strong> monnaie <strong>et</strong> regardons quelles sont les valeurs<br />

atteintes. Si nous ne prenons que <strong>de</strong>s valeurs paires par<br />

exemple, la régularité <strong>de</strong>s valeurs atteintes apparaît <strong>de</strong><br />

manière quasi évi<strong>de</strong>nte. Il en va <strong>de</strong> même pour <strong>de</strong>s cas<br />

particuliers impliquant <strong>de</strong>s multiples. Considérons alors <strong>de</strong>s<br />

cas non « triviaux », à savoir : <strong>de</strong>s entiers premiers entre eux.<br />

Un phénomène (nous pourrions parler ici <strong>de</strong> fait expérimental)<br />

se dégage rapi<strong>de</strong>ment : il existe <strong>de</strong>s trous « au début » <strong>et</strong> à<br />

partir d’une certaine valeur, tous les entiers sont atteints. Le<br />

nombre <strong>de</strong> Frobenius est la plus gran<strong>de</strong> valeur entière non<br />

atteinte. Mais ce qui est remarquable là, c’est <strong>de</strong> s’interroger<br />

sur ces « trous ». Sont-ils caractérisables ? Répon<strong>de</strong>nt-ils à<br />

une régularité ? Justement, la réponse est non, <strong>et</strong> là rési<strong>de</strong><br />

toute la profon<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> ce problème. Cependant, le travail <strong>de</strong><br />

conjectures sur <strong>de</strong>s cas simples s’avère possible, tout comme<br />

l’élaboration <strong>de</strong> théorèmes locaux, ce qui caractérise ce<br />

problème comme étant une situation-recherche.<br />

Prenons à titre d’illustration <strong>de</strong>ux exemples <strong>et</strong> représentons<br />

les nombres atteints afin d’observer les « trous » :<br />

- Exemple 1 : les valeurs <strong>de</strong>s pièces sont 5, 8 <strong>et</strong> 11.<br />

Les nombres atteints sont : 5, 8, 10, 11, 13, 15, 16. Á partir<br />

<strong>de</strong> 18, tous les entiers sont atteints. Le <strong>de</strong>rnier « trou » est<br />

donc 17.<br />

- Exemple 2 : les valeurs <strong>de</strong>s pièces sont 9 <strong>et</strong> 11.<br />

Les nombres atteints sont : 9, 11, 18, 20, 22, 27, 29, 31, 33,<br />

36, 38, 40, 42, 44, 45, 47, 49, 51, 53, 54, 55, 56, 58, 60, 62, 63,<br />

64, 65, 66, 67, 69, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78. Á partir <strong>de</strong><br />

80, tous les entiers sont atteints. Le <strong>de</strong>rnier « trou » est ici 79.<br />

Ces <strong>de</strong>ux exemples illustrent bien la « variabilité » du<br />

phénomène <strong>et</strong> les questions qui découlent <strong>de</strong> l’observation<br />

<strong>de</strong>s « trous ». Encore faut-il reconnaître qu’une question est<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 74 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

véritablement une question : cela apparaît véritablement<br />

comme une heuristique propre au chercheur.<br />

3. Production <strong>de</strong>s participants – Implications<br />

didactiques<br />

Dans le cadre <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier, quatre groupes allant <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux à<br />

trois participants ont travaillé sur la résolution mathématique<br />

du problème <strong>de</strong> Frobenius. Le débat a rapi<strong>de</strong>ment porté,<br />

dans certains groupes, sur l’interprétation à donner du<br />

« système monétaire ». L’aspect concr<strong>et</strong> <strong>de</strong> la situation a<br />

conduit aux questions suivantes : utilise-t-on un système<br />

monétaire existant ? Et dans ce cas, est-il possible, ou<br />

acceptable, <strong>de</strong> rendre la monnaie ?<br />

Par ailleurs, soulignons que l’habillage <strong>de</strong> l’énoncé posé aux<br />

participants contient un certain formalisme dans la notation<br />

utilisée, étant donnée la présentation générale du problème.<br />

C<strong>et</strong> usage du symbolisme suggéra, à un groupe notamment,<br />

une métho<strong>de</strong> algébrique consistant en l’élaboration d’une<br />

formule <strong>de</strong> combinaison linéaire, couvrant ainsi effectivement<br />

tous les cas possibles. Une telle solution, qui se veut<br />

complète <strong>et</strong> la plus générale possible, peut ensuite servir pour<br />

calculer n’importe quel cas particulier, sans pour autant<br />

m<strong>et</strong>tre en valeur une possible structure <strong>de</strong> l’espace<br />

mathématique généré par la problématique <strong>de</strong> départ. Elle ne<br />

dit en fait « rien » sur la nature <strong>de</strong>s solutions. Or, comme<br />

nous l’avons souligné dans la présentation mathématique,<br />

c’est bien la répartition <strong>de</strong>s nombres atteints qui est remarquable<br />

<strong>et</strong> qui soulève <strong>de</strong> réelles questions <strong>mathématiques</strong>.<br />

Cela étant, ce phénomène nous amène à l’interrogation<br />

suivante : à quoi reconnaît-on une solution ?<br />

Il s’agit bien <strong>de</strong> négocier la transposition didactique <strong>de</strong> ce<br />

problème <strong>de</strong> recherche. Le propre d’une situation-recherche,<br />

dans sa gestion en classe, est bien <strong>de</strong> placer l’élève en<br />

situation <strong>de</strong> chercheur <strong>et</strong> <strong>de</strong> propre gestionnaire <strong>de</strong> sa<br />

recherche. L’enseignant quant à lui se r<strong>et</strong>rouve aussi en<br />

posture <strong>de</strong> chercheur, il n’est pas détenteur du savoir.<br />

L’habillage peut donc effectivement apparaître comme<br />

problématique, mais, in fine, il n’en est rien. L’ « épurement »<br />

d’un problème, l’établissement <strong>de</strong> questions, voire la<br />

modélisation intramathématique font partie intégrante <strong>de</strong> la<br />

démarche <strong>de</strong> recherche.<br />

Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s questionnements initiaux décrits ci-<strong>de</strong>ssus, la<br />

plupart <strong>de</strong>s groupes sont passés à l’expérimentation sur <strong>de</strong>s<br />

exemples, choisissant au moins une combinaison particulière<br />

<strong>et</strong> explorant les possibilités résultantes. Ces explorations ont,<br />

dans la plupart <strong>de</strong>s cas, permis <strong>de</strong>s conjectures sur l’existence<br />

<strong>de</strong> valeurs atteignables ou non, amenant <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong><br />

maximum non atteignable <strong>et</strong> <strong>de</strong> prédiction.<br />

Grâce aux questions didactiques mises en place dès le début<br />

<strong>de</strong> la session, plusieurs groupes ont débattu <strong>de</strong> thèmes plus<br />

théoriques en parallèle à la résolution même du problème.<br />

Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> l’importance <strong>de</strong> l’habillage <strong>de</strong> l’énoncé décrit plus<br />

haut, ces discussions concernaient par exemple l’applicabilité<br />

<strong>de</strong> l’activité en classe à différents niveaux scolaires,<br />

particulièrement pour ce qui se rapporte à l’engagement <strong>de</strong>s<br />

étudiants <strong>et</strong> à la perception <strong>de</strong> la facilité/difficulté du<br />

problème <strong>de</strong> départ.<br />

Les possibilités <strong>de</strong> reformulations du problème ont aussi été<br />

explorées. Un groupe, par exemple, a reformulé la question<br />

<strong>de</strong> la façon suivante : qu’arriverait-il si on fixait le nombre à<br />

générer <strong>et</strong> si on faisait varier les pièces en usage ? Bien que<br />

c<strong>et</strong>te nouvelle question puisse sembler triviale (il suffit<br />

d’avoir une pièce <strong>de</strong> 1 pour toujours pouvoir produire la<br />

somme voulue), ce genre <strong>de</strong> questionnement peut prendre<br />

une valeur didactique puisqu’il engage à une réflexion sur la<br />

qualité <strong>de</strong> la question <strong>de</strong> départ. En eff<strong>et</strong>, la situation <strong>de</strong><br />

départ étant ouverte, elle perm<strong>et</strong> une appropriation <strong>de</strong> la<br />

problématique par les participants : à eux <strong>de</strong> poser les<br />

« bonnes » questions pour l’avancée dans la résolution.<br />

Conclusion<br />

Nous avons montré, au travers <strong>de</strong> trois exemples <strong>de</strong><br />

situations, plusieurs <strong>de</strong>s spécificités <strong>de</strong>s situations-recherche.<br />

Au niveau mathématique, il s’agit <strong>de</strong> transposer dans la classe<br />

<strong>de</strong> réelles situations <strong>de</strong> recherche, parfois encore ouvertes<br />

mathématiquement. C<strong>et</strong>te transposition peut être une<br />

simplification du problème initial comportant une dimension<br />

ludique véhiculant un enjeu pour l’élève (chasse à la bête, Léa<br />

Cartier) ou une non-simplification (problème <strong>de</strong> Frobenius,<br />

Eva Knoll <strong>et</strong> Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong>). Dans le cas <strong>de</strong>s p<strong>et</strong>its<br />

cailloux <strong>et</strong> <strong>de</strong> la chasse à la bête, le support matériel à la<br />

disposition <strong>de</strong>s élèves perm<strong>et</strong> une implémentation <strong>de</strong> ce<br />

genre <strong>de</strong> situations en classe dès le primaire.<br />

Un certain champ <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, celui <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s<br />

jeux, semble apporter quant à lui <strong>de</strong>s situations pouvant être<br />

directement posées en classe (jeux <strong>de</strong> Nim, Karine Godot).<br />

Cependant, notre objectif étant d’impliquer les élèves dans<br />

une démarche <strong>de</strong> chercheur, nous ne nous limitons pas à<br />

cela. Les <strong>de</strong>ux situations présentées par Karine Godot font<br />

apparaître une nouvelle heuristique : reconnaître que <strong>de</strong>ux<br />

problèmes, issus <strong>de</strong> contextes différents, sont en réalité les<br />

mêmes. L’histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> nous montre combien<br />

la reconnaissance d’invariants a permis l’émergence <strong>de</strong><br />

nouveaux concepts.<br />

Au niveau didactique, les situations-recherche requièrent <strong>de</strong>s<br />

conditions particulières <strong>de</strong> gestion en classe. Il s’agit en eff<strong>et</strong><br />

d’organiser une prise <strong>de</strong> notes pour les plus jeunes en<br />

particulier.<br />

Un exemple d’organisation pédagogique <strong>et</strong> didactique utilise<br />

cela : la narration <strong>de</strong> recherche. Elle est susceptible <strong>de</strong> perm<strong>et</strong>tre<br />

l’observation <strong>et</strong> la valorisation du travail d’un élève en<br />

situation <strong>de</strong> recherche. Un groupe <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong><br />

Montpellier définit la narration <strong>de</strong> recherche ainsi : « l’exposé<br />

détaillé, écrit par l’élève lui-même, <strong>de</strong> la suite <strong>de</strong>s activités<br />

qu’il m<strong>et</strong> en œuvre lors <strong>de</strong> la recherche <strong>de</strong>s solutions d’un<br />

problème »<br />

(http://www.mathadoc.com/chapitre.php?chap=432). Il est<br />

aussi possible <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s résultats didactiques sur l’usage<br />

<strong>de</strong>s narrations <strong>de</strong> recherche<br />

(http://www.math.jussieu.fr/~leidwang/wwwIREM/Group<br />

eIrem3.htm <strong>et</strong> ouvrage collectif du groupe ZEP-REP <strong>de</strong><br />

l’IREM <strong>de</strong> Paris 7, 2002).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 75 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />

Dans le cas spécifique <strong>de</strong>s situations-recherche <strong>de</strong> Maths à<br />

Mo<strong>de</strong>ler, les notes représentent la mémoire du groupe sur<br />

l’état <strong>de</strong> leur recherche <strong>et</strong> seront utilisées en particulier lors<br />

<strong>de</strong> la communication ultérieure <strong>de</strong>s résultats. Elles ne sont<br />

pas a priori <strong>de</strong>stinées à l’enseignant. Insistons enfin sur le<br />

point suivant : la finalisation <strong>de</strong> la recherche <strong>de</strong>s élèves par<br />

un séminaire ou par la création d’une affiche s’avère en eff<strong>et</strong><br />

fondamentale.<br />

Pour que l’apprentissage <strong>de</strong>s heuristiques soit effectif, une<br />

pratique régulière se révèle nécessaire. Se pose alors la<br />

question <strong>de</strong> l’institutionnalisation <strong>de</strong> ces nouvelles<br />

compétences, dans le double objectif <strong>de</strong> répondre à la<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong> conjointe <strong>de</strong>s enseignants qui enseignent <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

élèves qui apprennent, mais aussi <strong>de</strong> rendre disponibles <strong>et</strong><br />

mobilisables ces heuristiques dans tout type <strong>de</strong> situations,<br />

qu’il s’agisse alors <strong>de</strong> nouvelles situations-recherche ou <strong>de</strong><br />

situations-problèmes.<br />

En cela, la formation <strong>de</strong>s enseignants vient au cœur <strong>de</strong> la<br />

discussion : l’entrée par les situations-recherche est tout à la<br />

fois une nouvelle voie pour explorer la démarche <strong>de</strong><br />

recherche, mathématiquement <strong>et</strong> didactiquement, mais aussi<br />

un moyen <strong>de</strong> requestionner l’intitulé « résolution <strong>de</strong><br />

problèmes ».<br />

C<strong>et</strong>te recherche est en cours. Nous espérons avoir montré<br />

dans c<strong>et</strong> article les perspectives didactiques nouvelles offertes<br />

par les situations-recherche.<br />

Références bibliographiques<br />

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ouvert <strong>et</strong> situation-problème. IREM <strong>de</strong> Lyon.<br />

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Éditions La Pensée Sauvage, Grenoble.<br />

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Learning Mathematics. London: Kluwer Aca<strong>de</strong>mic Publishers.<br />

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expérimentale <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Éditions La Pensée Sauvage,<br />

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la formation <strong>et</strong> la vulgarisation – Exemple <strong>de</strong> la roue aux couleurs,<br />

thèse <strong>de</strong> doctorat <strong>de</strong> l’université Joseph Fourier, Grenoble.<br />

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and Packings. Princ<strong>et</strong>on Science Library, Princ<strong>et</strong>on, NJ.<br />

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<strong>et</strong> <strong>de</strong> la modélisation en Mathématiques Discrètes, Recherches<br />

en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, vol. 18.2, pp. 59 -100, Éd. La<br />

Pensée Sauvage, Grenoble.<br />

GRENIER D., PAYAN C. (2002), Situation <strong>de</strong> recherche en<br />

classe : essai <strong>de</strong> caractérisation <strong>et</strong> proposition <strong>de</strong> modélisation en<br />

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recherche en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Édité par<br />

l’ARDM. Paris.<br />

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Cambridge 1939 (1964), vol 2 (vol 27), pp 6-8 (pp 9-11).<br />

GUEDJ D. (2001) One Zero Show – Du point à la ligne. Théâtre,<br />

Éditions du Seuil, Paris.<br />

LEGRAND M. (1993) Débat scientifique en cours <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> spécificité <strong>de</strong> l’analyse. Repères IREM n°10, p.<br />

123-159. Topics Editions.<br />

NIMIER J. (1989) Entr<strong>et</strong>iens avec <strong>de</strong>s mathématiciens. IREM <strong>de</strong><br />

Lyon.<br />

OUVRIER-BUFFET C. (2003) Construction <strong>de</strong> définitions /<br />

construction <strong>de</strong> concept : vers une situation fondamentale pour la<br />

construction <strong>de</strong> définition en <strong>mathématiques</strong> – Étu<strong>de</strong> théorique <strong>et</strong><br />

expérimentale auprès d’étudiants <strong>de</strong> 1 ère année d’université. Thèse <strong>de</strong><br />

doctorat <strong>de</strong> l’université Joseph Fourier, Grenoble.<br />

Disponible en ligne (http://tel.ccsd.cnrs.fr).<br />

OUVRIER-BUFFET C. (sous presse) Des définitions pour quoi<br />

faire ? Analyse épistémologique <strong>et</strong> utilisation didactique. Collection «<br />

Éducation <strong>et</strong> sciences » dirigée par Sylv<strong>et</strong>te Maury. Éditions<br />

Fabert.<br />

OUVRIER-BUFFET (sous presse) Exploring Mathematical<br />

Definition Construction Processes. Educational Studies in<br />

Mathematics.<br />

POLYA G. (1989) Comment poser <strong>et</strong> résoudre un problème.<br />

Éditions Jacques Gabay.<br />

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SCHOENFELD A. (1985) Mathematical Problem Solving.<br />

Aca<strong>de</strong>mic Press. Orlando.<br />

SPRAGUE R.P. (1935), Über mathematische Kampfspiele,<br />

Tôkoku Math J., 1935-36, vol 41, pp 438-444.<br />

Ouvrage collectif du groupe ZEP-REP <strong>de</strong> l'IREM <strong>de</strong> Paris 7<br />

(2002) Expériences <strong>de</strong> narration <strong>de</strong> recherche en <strong>mathématiques</strong>. Éd.<br />

ACL, Les éditions du Kangourou, IREM <strong>de</strong> Paris 7, Paris.<br />

Sites web<br />

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http://www.education.gouv.fr/<br />

Programmes (français) du primaire :<br />

http://eduscol.education.fr/D0048/primacc.htm<br />

Programmes (français) du secondaire :<br />

http://eduscol.education.fr/D0015/LLPHPR01.htm<br />

(MàM Valise) La valise <strong>de</strong> Maths à Mo<strong>de</strong>ler,<br />

http://www-leibniz.imag.fr/LAVALISE/<strong>de</strong>butval.php<br />

(Narrations <strong>de</strong> recherche, IREM <strong>de</strong> Montpellier)<br />

http://www.mathadoc.com/chapitre.php?chap=432<br />

(Narrations <strong>de</strong> recherche, IREM Paris 7)<br />

http://www.math.jussieu.fr/~leidwang/wwwIREM/Groupe<br />

Irem3.htm<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 76 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Mathématiques <strong>et</strong> Contes<br />

Au cours <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier, l’animatrice a présenté ses recherches <strong>et</strong> travaux sur les<br />

similitu<strong>de</strong>s à exploiter entre les contes <strong>et</strong> la mathématique. Entre autres choses, elle<br />

nous a proposé diverses activités <strong>et</strong> donné <strong>de</strong>s exemples concr<strong>et</strong>s d’exploitation <strong>de</strong><br />

contes <strong>mathématiques</strong> dans <strong>de</strong>s classes <strong>de</strong> l'éducation préscolaire <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

l'enseignement primaire.<br />

F. Cerqu<strong>et</strong>ti-<br />

Aberkane,<br />

IUFM <strong>de</strong> Créteil<br />

France<br />

cerqu<strong>et</strong>ti.francois<br />

e@wanadoo.fr<br />

C<br />

onte, conté, à conter…<br />

Es-tu véridique ?<br />

Pour les bambins qui s’ébattent au clair <strong>de</strong><br />

lune mon conte est une histoire fantastique. (…)<br />

Je suis à la fois futile, utile <strong>et</strong> instructeur.<br />

Amadou Hampâté Bâ (15)<br />

Conte mathématique : pourquoi ?<br />

Une vieille histoire<br />

Depuis que l’humanité est, le conte est. Le<br />

conte était vraisemblablement oral à l’origine.<br />

Sans doute les rapports <strong>de</strong> chasseurs du<br />

paléolithique étaient-ils un peu embellis ! Puis<br />

le conte entre dans l’histoire avec l’invention<br />

<strong>de</strong> l’écriture.<br />

Il est particulièrement émouvant <strong>de</strong> r<strong>et</strong>rouver<br />

les quêtes <strong>de</strong> héros sur <strong>de</strong>s tabl<strong>et</strong>tes d’argile<br />

datant <strong>de</strong> plusieurs millénaires, comme celle<br />

relatée par l’épopée <strong>de</strong> Gilgamesh.<br />

Dans un conte, la quête du héros possè<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />

nombreuses ressemblances avec celle <strong>de</strong><br />

l’élève tentant <strong>de</strong> résoudre un problème<br />

mathématique (8) !<br />

Les <strong>mathématiques</strong>, comme le conte, sont fort<br />

anciennes : prévoir le cycle <strong>de</strong>s saisons par le<br />

calcul pouvait s’avérer être une nécessité vitale<br />

pour une population.<br />

Hérodote nous apprend que la géométrie est<br />

née en Égypte sur les bords du Nil. On<br />

comprend que la répartition <strong>de</strong> l’eau dans une<br />

zone désertique <strong>et</strong> le calcul <strong>de</strong>s aires <strong>de</strong>s<br />

champs inondés par les crues du Nil, qu’il<br />

fallait prévoir par ailleurs, étaient aussi une<br />

nécessité vitale. Contes <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

étaient alors liés comme l’étaient imaginaire <strong>et</strong><br />

raison. La paix <strong>et</strong> l’harmonie régnaient alors<br />

entre elles ! Les calculs <strong>mathématiques</strong> ne<br />

contredisaient pas les transes <strong>de</strong>s <strong>de</strong>vins, mais<br />

cohabitaient sans heurt avec le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> la<br />

magie <strong>et</strong> <strong>de</strong>s astres.<br />

Une profon<strong>de</strong> unité<br />

Ou plutôt :<br />

« Dans une ténébreuse <strong>et</strong> profon<strong>de</strong> unité,<br />

Vaste comme la nuit <strong>et</strong> comme la clarté, »<br />

Ces vers <strong>de</strong>s Correspondances <strong>de</strong> Bau<strong>de</strong>laire<br />

peuvent parfaitement illustrer certaines<br />

situations en géométrie, où il faut « reconnaître<br />

(…) une figure plane (…) dans une<br />

configuration plus complexe » (20). À un<br />

autre niveau, Bau<strong>de</strong>laire nous invite à avoir<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 77 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Mathématiques <strong>et</strong> contes Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane <strong>et</strong> Younès Aberkane<br />

une vision synthétique <strong>de</strong> la connaissance <strong>et</strong> non pas<br />

seulement analytique. C<strong>et</strong>te vision est « ténébreuse », comme<br />

lorsque l’on commence à chercher un problème, puis « vaste<br />

(…) comme la clarté » lorsque l’on trouve la solution.<br />

L’utilisation du conte en mathématique perm<strong>et</strong> c<strong>et</strong>te<br />

approche synthétique par la transdisciplinarité, l’ouverture<br />

d’autres portes : la langue (12, 13, 14), la poésie (2), les arts<br />

plastiques, la musique, le mime, le théâtre (6). D’autre part,<br />

les savoirs <strong>et</strong> les connaissances mises en jeu sont plus<br />

facilement intégrés.<br />

Les <strong>mathématiques</strong> impliquent une résolution <strong>de</strong> problème.<br />

Il en est <strong>de</strong> même pour le conte dans lequel le héros doit<br />

résoudre <strong>de</strong>s problèmes successifs au cours d’une quête.<br />

Éducation.<br />

Traditionnellement le conte était utilisé pour transm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s<br />

connaissances <strong>et</strong> pour éduquer, à partir d’histoires d’animaux<br />

par exemple, comme l’explique Ibn Al-Muqaffa (8e siècle)<br />

dans son introduction <strong>de</strong> Kalila <strong>et</strong> Dimna. (23)<br />

« Deux raisons conjuguées incitaient ces savants à faire<br />

parler les animaux : ils trouvaient là, en même temps qu’un<br />

moyen <strong>de</strong> s’exprimer en toute liberté, un vaste domaine à<br />

exploiter ; quant au livre lui-même, il joignait l’agrément à<br />

la sagesse, celle-ci le faisant choisir par les philosophes,<br />

celui-là par les esprits légers. »<br />

Le conte a aussi un aspect culturel. En eff<strong>et</strong>, il perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

prendre en compte la culture <strong>de</strong>s enfants issus <strong>de</strong><br />

l’immigration par exemple. En Afrique on utilise le conte<br />

comme moyen d’enseignement. Chez les Inuits également<br />

(24) le conte sert à transm<strong>et</strong>tre les savoirs.<br />

Affectivité.<br />

On sait <strong>de</strong>puis longtemps que l’affectivité est l’une <strong>de</strong>s<br />

composantes <strong>de</strong>s difficultés psychologiques <strong>de</strong> la résolution<br />

<strong>de</strong> problèmes en classe. On le sait, bien entendu, par notre<br />

propre expérience, notre vécu, mais aussi, si l’on n’en était<br />

pas persuadé, par Freu<strong>de</strong>nthal (17), Tobias (18) ou Nimier<br />

(16).<br />

Proposer un problème situé dans un mon<strong>de</strong> imaginaire<br />

perm<strong>et</strong> une distanciation <strong>de</strong> la situation vécue, <strong>et</strong> par là une<br />

sécurisation du jeune chercheur qui <strong>de</strong>vient alors bien plus<br />

performant.<br />

Autre avantage majeur, l’enfant en difficulté dans la<br />

résolution <strong>de</strong> problème a une secon<strong>de</strong> chance. Le nouveau<br />

cadre proposé, celui du conte, lui perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> sortir du<br />

conditionnement négatif dans lequel il est enfermé, <strong>et</strong> peutêtre<br />

aussi <strong>de</strong> quitter le cycle infernal <strong>de</strong>s situations d’échec<br />

(un r<strong>et</strong>our <strong>de</strong>s enfers comme dans la mythologie grecque).<br />

Il ne faut pas oublier non plus le simple plaisir d’écouter une<br />

histoire que l’on raconte.<br />

D’autre part, on sait <strong>de</strong> manière certaine, <strong>de</strong>puis l’émergence<br />

<strong>de</strong> la psychologie cognitive, que la mémorisation (<strong>de</strong> résultats<br />

<strong>mathématiques</strong>, <strong>de</strong> procédures, <strong>de</strong> théorèmes, par exemple)<br />

est gran<strong>de</strong>ment facilitée par un choc émotionnel. Or c<strong>et</strong><br />

aspect émotionnel est sans doute l’une <strong>de</strong>s composantes<br />

majeures du conte… Heureux hasard ?<br />

Enfin l’évocation. Le « geste mental » <strong>de</strong> l’évocation est l’un<br />

<strong>de</strong>s axes principaux <strong>de</strong> la gestion mentale d’Antoine <strong>de</strong> La<br />

Garan<strong>de</strong>rie (21). Les paramètres d’évocation P1 (concr<strong>et</strong>) <strong>et</strong><br />

P4 (imagination) sont sollicités (22).<br />

Le conte répond-t-il donc à tous nos problèmes d’enseignement<br />

<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ? Est-il alors un outil magique ?<br />

Quelle bonne fée invoquer, <strong>et</strong> que <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r au génie<br />

endormi que l’on réveille ?<br />

Conte mathématique : comment ?<br />

La résolution <strong>de</strong> problèmes <strong>mathématiques</strong> présentée différemment,<br />

c’est une nouvelle chance pour les enfants en<br />

difficulté.<br />

Dans la classe, plusieurs pistes sont possibles.<br />

1) Au travers <strong>de</strong> nouvelles, <strong>de</strong> contes, on peut faire sortir les<br />

représentations qu’ont les élèves <strong>de</strong> ce qu’est un problème.<br />

Le texte « Le problème » (11), extrait <strong>de</strong>s Contes du chat perché <strong>de</strong><br />

Marcel Aymé (7), est un bon outil.<br />

Delphine <strong>et</strong> Marin<strong>et</strong>te doivent résoudre le problème suivant<br />

que leur a donné la maîtresse :<br />

« Les bois <strong>de</strong> la commune ont une étendue <strong>de</strong> seize hectares.<br />

Sachant qu’un are est planté <strong>de</strong> trois chênes, <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux hêtres<br />

<strong>et</strong> d’un bouleau, combien les bois <strong>de</strong> la commune<br />

contiennent-ils d’arbres <strong>de</strong> chaque espèce ? »<br />

Les p<strong>et</strong>ites filles, ne parvenant pas à résoudre le problème,<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> aux animaux <strong>de</strong> la ferme qui suggèrent<br />

<strong>de</strong> se répartir le travail <strong>et</strong> d’aller compter les arbres <strong>de</strong> chaque<br />

espèce présents dans les bois <strong>de</strong> la commune. Naturellement<br />

ce n’est pas la réponse qu’attendait la maîtresse <strong>et</strong> les fill<strong>et</strong>tes<br />

sont très désappointées quand elles découvrent la réaction <strong>de</strong><br />

l’enseignante.<br />

Les élèves peuvent facilement déceler le quiproquo qui<br />

s’installe lors <strong>de</strong> la résolution du problème par les fill<strong>et</strong>tes.<br />

N’étant pas directement concernés ils peuvent analyser plus<br />

objectivement la situation, alors que ce n’est pas le cas<br />

lorsqu’ils sont eux-mêmes confrontés à une résolution <strong>de</strong><br />

problèmes.<br />

Le texte Le problème <strong>de</strong> Christian Lamblin (6) perm<strong>et</strong> aussi <strong>de</strong><br />

faire réfléchir les élèves sur la distance à prendre entre un<br />

texte <strong>de</strong> problème <strong>et</strong> la situation réelle à laquelle il fait<br />

référence. Dans ce texte, le maître propose aux élèves <strong>de</strong><br />

résoudre le problème suivant :<br />

« Mon papa achète une grosse tarte aux fraises <strong>et</strong> il la partage<br />

en quatre. Sachant que la tarte pèse 800 grammes, quel va<br />

être le poids <strong>de</strong> chaque part ? »<br />

Dans la nouvelle, une discussion s’engage entre le maître <strong>et</strong><br />

les élèves au suj<strong>et</strong> du papa dont on parle dans le texte <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

tarte aux fraises que le papa d’un <strong>de</strong>s élèves ne supporte pas.<br />

Pour tenir compte <strong>de</strong> toutes les objections <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

toutes leurs situations personnelles, le maître modifie le texte<br />

<strong>de</strong> problème qui <strong>de</strong>vient :<br />

« J’achète une p<strong>et</strong>ite tarte aux pommes <strong>et</strong> je la partage en<br />

23. Sachant que la tarte pèse 80 g, quel sera le poids <strong>de</strong><br />

chaque part ? »<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 78 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Mathématiques <strong>et</strong> contes Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane <strong>et</strong> Younès Aberkane<br />

Le texte n’a plus aucun sens.<br />

problèmes <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Plusieurs outils <strong>de</strong> création <strong>de</strong><br />

contes sont disponibles dans la littérature.<br />

Les élèves peuvent sans difficulté analyser la situation<br />

caricaturale présente dans c<strong>et</strong>te histoire.<br />

2) On peut utiliser les problèmes <strong>et</strong> les énigmes figurant dans<br />

plusieurs ouvrages <strong>et</strong> présentés sous forme <strong>de</strong> nouvelles.<br />

C’est le cas <strong>de</strong>s Énigmes <strong>de</strong> Shéhéraza<strong>de</strong> (4) <strong>et</strong> du Démon <strong>de</strong>s<br />

maths (5). Le livre Arithmétique appliquée <strong>et</strong> impertinente (25)<br />

propose, quant à lui, <strong>de</strong>s problèmes loufoques comme celuici<br />

:<br />

« L’hippopotame a refusé <strong>de</strong> se déshabiller pour se peser.<br />

La balance a affiché : 3 tonnes 4 quintaux, 53 kilogrammes<br />

<strong>et</strong> 210 grammes. Son blouson <strong>de</strong> cuir pèse un quintal <strong>et</strong><br />

85 kg, son jean 66,4 kg, ses santiags 0,1375 tonne, son<br />

p<strong>et</strong>it linge 25,32 kg <strong>et</strong> son walkman 612 g.<br />

Quel est le poids réel <strong>de</strong> l’hippopotame ? »<br />

Ce type <strong>de</strong> problème peut être intégré à <strong>de</strong>s contes.<br />

3) On peut aussi « détourner » un conte traditionnel. Le p<strong>et</strong>it<br />

chaperon rouge a changé <strong>de</strong> couleur dans bien <strong>de</strong>s ouvrages.<br />

Il lui est même arrivé, dans <strong>de</strong>s mon<strong>de</strong>s parallèles, <strong>de</strong> poser<br />

au loup <strong>de</strong>s problèmes <strong>mathématiques</strong>. Ce qui, soit dit en<br />

passant, a bien ennuyé le loup <strong>et</strong> lui a coupé l’appétit.<br />

Toujours dans le domaine <strong>de</strong> l’appétit, on peut s’interroger<br />

mathématiquement sur la cure d’amaigrissement du cochon<br />

<strong>de</strong> la ferme <strong>de</strong>s parents <strong>de</strong> Delphine <strong>et</strong> Marin<strong>et</strong>te <strong>et</strong> aussi se<br />

questionner sur les chances <strong>de</strong> la buse d’emporter le cochon<br />

dans les airs – s’il maigrit trop ! (7) – ou encore sur un<br />

partage <strong>de</strong> pains entre bons amis (10).<br />

On peut également utiliser le conte Alice aux pays <strong>de</strong>s merveilles<br />

<strong>et</strong> faire un travail spécifique sur les syllogismes, par exemple.<br />

D'ailleurs, un très sérieux concours <strong>de</strong> professeurs <strong>de</strong>s écoles<br />

proposait aux candidats <strong>de</strong> réfléchir sur le thème <strong>de</strong> la<br />

proportionnalité à partir <strong>de</strong>s différentes pastilles qu’Alice<br />

avait prises pour grandir ou rap<strong>et</strong>isser.<br />

4) On peut, si l’on se sent l’âme d’un conteur, créer soimême<br />

un conte parsemé d’énigmes <strong>et</strong> <strong>de</strong> problèmes, ou<br />

inventer « une histoire dont vous êtes le héros » comportant<br />

plusieurs problèmes à résoudre. Divers sites comme celui <strong>de</strong><br />

« l’asdmaths » proposent également <strong>de</strong>s problèmes <strong>de</strong><br />

recherche <strong>et</strong> <strong>de</strong>s énigmes qu’on peut incorporer à ces divers<br />

contes inventés ou détournés, ou qu’on peut associer à « <strong>de</strong>s<br />

histoires dont vous êtes le héros ».<br />

Une expérience menée en <strong>de</strong>rnière année <strong>de</strong> l’école<br />

élémentaire a permis la résolution <strong>de</strong> problèmes très variés en<br />

utilisant « une histoire dont vous êtes le héros » inspirée <strong>de</strong>s<br />

Chevaliers <strong>de</strong> la Table ron<strong>de</strong>. Les élèves venaient présenter<br />

leur solution au tableau en jouant le rôle <strong>de</strong>s différents<br />

chevaliers. Cela leur a permis <strong>de</strong> se décentrer <strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre<br />

les problèmes <strong>de</strong> façon plus aisée, car ils étaient les héros<br />

d’une histoire <strong>et</strong> plus seulement les élèves <strong>de</strong> la classe.<br />

5) On peut aussi – <strong>et</strong> c’est beaucoup plus amusant – faire<br />

créer un conte par les enfants à partir d’un thème donné <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r aux élèves d’y incorporer plusieurs énigmes <strong>et</strong><br />

6) On peut aussi vivre le conte en le mimant (<strong>de</strong>s techniques<br />

<strong>de</strong> théâtre d’improvisation peuvent être utilisées). On peut y<br />

introduire un paysage sonore <strong>et</strong> résoudre en plus, pourquoi<br />

pas, <strong>de</strong>s énigmes musico<strong>mathématiques</strong>.<br />

7) On peut utiliser <strong>de</strong>s albums existants pour travailler<br />

différentes notions.<br />

Diverses expériences ont été réalisées. L’une d’entre elles a<br />

pris comme support le conte africain La lionne solitaire <strong>et</strong> les<br />

bébés autruches (éditions Circonflexes 2001) pour travailler la<br />

spatialisation en maternelle par exemple. Les élèves ont<br />

beaucoup progressé dans l’apprentissage <strong>de</strong>s notions <strong>de</strong><br />

spatialisation (<strong>de</strong>vant, <strong>de</strong>rrière, à côté, <strong>et</strong>c.), car en jouant le<br />

rôle <strong>de</strong>s animaux <strong>de</strong> l’album ils ont pu se décentrer <strong>et</strong> donc<br />

acquérir plus facilement ces différentes connaissances.<br />

Il ne faut pas oublier les albums du japonais Akihiro Nozaki,<br />

tous utilisables dès l’école primaire :<br />

Le pot magique (26) illustre la notion <strong>de</strong> factorielle <strong>de</strong> façon<br />

très simple.<br />

Jeux <strong>de</strong> chapeaux<br />

(27) propose <strong>de</strong>s problèmes <strong>de</strong> logique.<br />

Le loup, le crapaud <strong>et</strong> les trois p<strong>et</strong>its cochons (28) abor<strong>de</strong> la notion<br />

<strong>de</strong> probabilité.<br />

Ces albums, agréablement illustrés, peuvent être utilisés<br />

directement en classe au cours d’activités spécifiques <strong>de</strong><br />

recherche <strong>de</strong> problèmes.<br />

8) On peut aussi détourner <strong>de</strong>s ban<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ssinées <strong>et</strong> utiliser<br />

ses personnages célèbres pour m<strong>et</strong>tre en scène un problème,<br />

comme le montre l’exemple ci-<strong>de</strong>ssous réalisé par une<br />

étudiante <strong>de</strong> l’IUFM <strong>de</strong> Versailles.<br />

Le sourire que provoque la lecture <strong>de</strong> ce texte est une bonne<br />

mise en condition pour sa résolution.<br />

Rabelais n’écrivait-il pas d’abord pour faire rire ses mala<strong>de</strong>s <strong>et</strong><br />

leur perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> penser à autre chose qu’à leurs soucis<br />

personnels <strong>et</strong> à leur maladie ?<br />

Certains <strong>de</strong> nos élèves sont mala<strong>de</strong>s <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> en<br />

particulier <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes : n’hésitons pas à<br />

nous servir <strong>de</strong>s outils qui ont fait leur preuve <strong>de</strong>puis <strong>de</strong>s<br />

siècles !<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 79 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Mathématiques <strong>et</strong> contes Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane <strong>et</strong> Younès Aberkane<br />

Il ne s’agit pas d’inventer un artifice supplémentaire pour<br />

« habiller la résolution <strong>de</strong> problèmes », mais bien d’utiliser<br />

tous les moyens dont nous disposons pour perm<strong>et</strong>tre aux<br />

élèves <strong>de</strong> se lancer vraiment dans l’activité mathématique.<br />

Enfin, il nous semble que tous les moyens sont bons quand il<br />

s’agit d’ai<strong>de</strong>r les élèves à acquérir <strong>de</strong> nouveaux savoirs <strong>et</strong> à<br />

entreprendre une recherche.<br />

Leur perm<strong>et</strong>tre d’éprouver du plaisir en faisant <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

est également l’un <strong>de</strong>s objectifs <strong>de</strong> telles activités. On<br />

mémorise mieux ce qui a été appris agréablement.<br />

Comme le dit Amadou Hampaté Ba « Le savoir est la seule<br />

richesse que l’on puisse entièrement dépenser sans en rien la<br />

diminuer ».<br />

Donnons-nous-en les moyens !<br />

Bibliographie<br />

(1) Lewis Carroll, Alice’s Adventures Un<strong>de</strong>rground,<br />

Dover Publications, New York 1965.<br />

(2) Guillevic, Euclidiennes, Poésies, Gallimard, Paris 1977.<br />

(3) Vladimir Levchine, La frégate du capitaine unité,<br />

Éditions Radouga, Moscou 1989.<br />

(4) Raymond Smullyan, Les énigmes <strong>de</strong> Shéhéraza<strong>de</strong>,<br />

Flammarion, Paris 1998.<br />

(5) Hans Magnus Enzensberger, Le démon <strong>de</strong>s maths,<br />

Éditions du Seuil, Paris 1998.<br />

(6) Dominique Chauvel, Pièces <strong>et</strong> saynètes pour les<br />

enfants, (Le problème <strong>de</strong> Christian Lamblin), R<strong>et</strong>z 1999.<br />

(7) Marcel Aymé, Les contes du chat perché, (Le<br />

Problème), Gallimard, 1937.<br />

(8) Évelyne Roques, Du conte au problème, Dossier<br />

JDI, Nathan, octobre 1994.<br />

(9) Georges Kolebka, L’épicier rose <strong>et</strong> autres contes <strong>de</strong> la<br />

même couleur, Hach<strong>et</strong>te Jeunesse, 2000.<br />

(10) Luda, 365 contes <strong>de</strong> gourmandise (Le juste prix),<br />

Gallimard 1999.<br />

(11) Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane, Enseigner les<br />

<strong>mathématiques</strong> à l’école, collection enseignant, Paris<br />

Hach<strong>et</strong>te Éducation 2003.<br />

(12) Georges Perec, La vie mo<strong>de</strong> d’emploi : romans,<br />

Hach<strong>et</strong>te, Paris 1978,<br />

(Prix Médicis 78).<br />

(13) Oulipo, Abrégé <strong>de</strong> littérature potentielle, Éd. Mille <strong>et</strong><br />

une nuits, Paris 2002.<br />

(14) Harry Mathews, Cigar<strong>et</strong>tes : a Novel, Wei<strong>de</strong>nfeld &<br />

Nicholson, 1987.<br />

(15) Amadou Hampaté Bâ, Il n’y a pas <strong>de</strong> p<strong>et</strong>ite querelle,<br />

Éd. Stock, Paris 1999.<br />

(16) Jacques Nimier, Mathématique <strong>et</strong> affectivité, Coll.<br />

PERNOUD, Éd. Stock, Paris 1976.<br />

(17) Hans Freu<strong>de</strong>nthal, Mathematics as an Educational<br />

Task, Rei<strong>de</strong>l Publishing Co., Dordrecht 1973.<br />

(18) Sheila Tobias, Le Mythe <strong>de</strong>s maths, Axes pratiques,<br />

Éd. Étu<strong>de</strong>s vivantes, Paris 1980.<br />

(20) Ministère <strong>de</strong> l’Éducation nationale (France),<br />

Qu’apprend-on à l’école élémentaire ?, éditions CNDP, Paris<br />

2002.<br />

(21) Antoine <strong>de</strong> La Garan<strong>de</strong>rie, Les profils pédagogiques,<br />

Le Centurion Paris 1980.<br />

(22) Armelle Gémin<strong>et</strong>, La gestion mentale en <strong>mathématiques</strong>,<br />

R<strong>et</strong>z, Paris 1994.<br />

(23) Ibn al Muqaffa, Le livre <strong>de</strong> Kalila <strong>et</strong> Dimna traduit <strong>de</strong><br />

l’arabe par André Miquel édition Klincksieck Paris 1980<br />

(24) Louise Poirier, Conférence plénière à l’EMF 2006<br />

Sherbrooke « L’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> à la communauté<br />

inuite »<br />

(25) Jean Louis Fournier, Arithmétique appliquée <strong>et</strong><br />

imper-tinente, Edition Payot <strong>et</strong> Rivages, Paris 1993<br />

(26) Akihiro Nozaki, Le pot magique, Père Castor 1991<br />

(27) Akihiro Nozaki, Jeux <strong>de</strong> chapeaux, Père Castor 1991<br />

(28) Akihiro Nozaki, Le loup, le crapaud <strong>et</strong> les trois p<strong>et</strong>its<br />

cochons, Père Castor 1991-<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 80 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Géographie, civilisation <strong>et</strong><br />

styles <strong>mathématiques</strong><br />

Selon l’époque, les centres d’intense production du savoir mathématique se<br />

déplacent. Mais non seulement les lieux sont-ils différents, les domaines d’intérêts<br />

<strong>et</strong> les façons <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> elles aussi changent. Un lien existerait-il<br />

entre ces diverses façons <strong>de</strong> faire <strong>et</strong> les lieux où elles sont privilégiées ? C’est ce que<br />

nous abor<strong>de</strong>rons en nous penchant sur les <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s Mésopotamiens, <strong>de</strong>s<br />

Grecs, <strong>de</strong>s Arabes, <strong>de</strong>s Chinois, <strong>de</strong>s Européens.<br />

Louis<br />

Charbonneau,<br />

département <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong>,<br />

UQAM<br />

charbonneau.louis<br />

@uqam.ca<br />

L<br />

es <strong>mathématiques</strong> sont souvent<br />

qualifiées <strong>de</strong> langage universel. Tous les<br />

mathématiciens du mon<strong>de</strong> les<br />

comprennent. Elles sont un genre d’esperanto<br />

qui, en théorie, peut être décodé par tous. Au<br />

point qu’une phrase mathématique <strong>de</strong>vrait<br />

avoir un même sens pour un Sénégalais, un<br />

Japonais ou un Inuit. Notre confiance est si<br />

gran<strong>de</strong> dans l’universalité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

comme langage que nous, les hommes <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

planète, avons ajouté <strong>de</strong>s messages<br />

<strong>mathématiques</strong> dans <strong>de</strong>s engins spatiaux que<br />

nous avons lancés dans l’espace intersidéral <strong>et</strong><br />

qui pourraient, un jour, tomber entre les «<br />

mains » d’autres êtres intelligents. Avons-nous<br />

raison <strong>de</strong> croire en c<strong>et</strong>te universalité ?<br />

Les <strong>mathématiques</strong> ont une longue histoire.<br />

On les r<strong>et</strong>rouve à toutes les époques, dans<br />

toutes les gran<strong>de</strong>s civilisations. Elles ont donc<br />

effectivement un certain caractère universel.<br />

Néanmoins, à feuill<strong>et</strong>er les livres d’histoire <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, on se rend vite compte que<br />

même si certains suj<strong>et</strong>s reviennent toujours,<br />

l’arithmétique <strong>et</strong> la mesure <strong>de</strong>s surfaces par<br />

exemple, la forme que prennent les<br />

<strong>mathématiques</strong> varie considérablement.<br />

Qu’y a-t-il donc <strong>de</strong> commun, qu’y a-t-il <strong>de</strong><br />

différent entre ces <strong>mathématiques</strong> qui peuvent<br />

toutes se traduire dans les <strong>mathématiques</strong> qui<br />

sont les nôtres aujourd'hui, mais qui, tout <strong>de</strong><br />

même, se présentent sous un habillage<br />

différent, original ? Vouloir répondre à une<br />

telle question nous fait rencontrer dès le<br />

départ une difficulté non négligeable, du fait<br />

que chaque civilisation se situe à la fois dans<br />

l’espace <strong>et</strong> le temps. Comparer les<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> civilisations différentes<br />

nous oblige dans un premier temps à nous<br />

interroger sur les possibilités d’influences<br />

réciproques. En cela on doit tenir compte <strong>de</strong><br />

la contemporanéité <strong>de</strong> celles-ci aussi bien que<br />

<strong>de</strong> leur proximité géographique éventuelle.<br />

Aussi, tentons <strong>de</strong> représenter succinctement,<br />

schématiquement, les liens temporels <strong>et</strong><br />

géographiques entre les gran<strong>de</strong>s civilisations<br />

que sont, en autres, l’Égypte, la Mésopotamie<br />

antique, la Chine, l’In<strong>de</strong>, la Grèce, le mon<strong>de</strong><br />

arabo-musulman <strong>et</strong> l’Europe du Moyen Âge <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> la Renaissance.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 81 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />

La géographie du temps<br />

Tout au long <strong>de</strong> l’histoire, les lieux <strong>de</strong> forte activité<br />

mathématique ont varié. La carte qui suit situe les<br />

civilisations signalées ci-<strong>de</strong>ssus <strong>et</strong> qui se sont démarquées<br />

pour l’importance <strong>de</strong> leur activité mathématique.<br />

Une telle carte nous perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> voir d’un coup d’œil les liens<br />

géographiques pouvant avoir influencé l’évolution d’une<br />

civilisation, soit par le fait d’occuper un territoire sur lequel<br />

<strong>de</strong>s civilisations antérieures ont prospéré, soit par la simple<br />

proximité géographique. Ainsi, on constate que le mon<strong>de</strong><br />

arabo-musulman a englobé <strong>de</strong>s territoires qui auparavant<br />

avaient vu se déployer les civilisations égyptienne,<br />

mésopotamienne <strong>et</strong> grecque. L’on y voit aussi que l’In<strong>de</strong> <strong>et</strong> le<br />

mon<strong>de</strong> arabo-musulman se touchent géographiquement. De<br />

fait, toutes ces civilisations ont influencé les <strong>mathématiques</strong><br />

du mon<strong>de</strong> arabo-musulman. Par ailleurs, même si la<br />

civilisation grecque touche sur c<strong>et</strong>te carte le mon<strong>de</strong> européen<br />

<strong>de</strong> la Renaissance, l’influence <strong>de</strong> la civilisation grecque sur<br />

l’Europe ne découle pas d’une proximité physique, étant<br />

donné que la civilisation grecque antique s’est éteinte plus <strong>de</strong><br />

mille ans avant que l’Europe n’entre dans c<strong>et</strong>te pério<strong>de</strong> que<br />

nous appelons la Renaissance. L’influence du mon<strong>de</strong> grec sur<br />

l’Europe provient <strong>de</strong> son passage par le mon<strong>de</strong> arabomusulman<br />

<strong>et</strong> le mon<strong>de</strong> byzantin. On perçoit ici une faiblesse<br />

<strong>de</strong>s cartes sur lesquelles il n’est pas tenu compte du temps.<br />

Pour signaler les influences d’une civilisation à l’autre, une<br />

telle carte s’avère utile au niveau <strong>de</strong>s conjectures, mais elle<br />

reste très insuffisante.<br />

Pour indiquer schématiquement <strong>de</strong> telles influences, un<br />

schéma classique, comme celui ci-<strong>de</strong>ssous, pourrait faire<br />

l’affaire. Mais encore là, le temps y est absent tout comme les<br />

liens géographiques, même si j’ai tenté <strong>de</strong> placer les différents<br />

noms approximativement comme ils apparaissent sur la<br />

carte. Peut-être aurait-il fallu m<strong>et</strong>tre ces flèches sur la carte ?<br />

Mais encore là, le temps n’y serait pas apparu. Un artifice<br />

possible est <strong>de</strong> personnaliser les flèches <strong>de</strong> sorte que les<br />

influences contemporaines correspon<strong>de</strong>nt à <strong>de</strong>s flèches <strong>de</strong><br />

même format (couleur ou forme <strong>de</strong> la flèche). Dans le<br />

schéma, j’ai numéroté les flèches, chaque numéro<br />

correspondant à une gran<strong>de</strong> époque : le 1 pour l’Antiquité, le<br />

2 pour le Haut Moyen Âge (500-1200) <strong>et</strong> le 3 pour le Bas<br />

Moyen Âge (1200 – 1453) <strong>et</strong> la Renaissance. La forme du<br />

trait, pointillé ou non, indique respectivement une influence<br />

faible <strong>et</strong> localisée dans le temps ou une influence plus<br />

profon<strong>de</strong>.<br />

3<br />

2<br />

Byzance<br />

2<br />

Grèce<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 82 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

Europe<br />

1<br />

3<br />

Égypte<br />

Mon<strong>de</strong> arabe<br />

2<br />

1<br />

2<br />

2<br />

Mésopotamie<br />

2<br />

1<br />

2<br />

2<br />

2<br />

In<strong>de</strong><br />

Chine<br />

Afin <strong>de</strong> concilier c<strong>et</strong>te exigence <strong>de</strong> prendre en compte aussi<br />

le temps, voici la solution proposée par Neugebauer, le<br />

célèbre historien <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> mésopotamiennes 1. Je<br />

l’ai francisée <strong>et</strong> y ai ajouté une colonne pour la Chine. J’ai<br />

aussi ajouté <strong>de</strong>s zones ombragées qui indiquent <strong>de</strong>s pério<strong>de</strong>s<br />

d’activités <strong>mathématiques</strong> plus intenses. Les flèches<br />

soulignent par ailleurs les influences d’une civilisation à une<br />

autre. Ainsi, le tableau informe à la fois sur les espaces<br />

géographiques, les pério<strong>de</strong>s temporelles <strong>et</strong> les influences.<br />

Plus complexe que les tableaux précé<strong>de</strong>nts, il illustre plus<br />

adéquatement la complexité qui nous attend lorsqu’on veut,<br />

comme dans mon propos, regar<strong>de</strong>r <strong>de</strong> haut l’ensemble <strong>de</strong><br />

l’histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>puis les origines jusqu’à la<br />

Renaissance européenne.<br />

1 Neugebauer, O., The Exact Sciences in Antiquity, New York : Dover<br />

Publications, Inc., 1957, p. xvi.<br />

2


Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />

Ayant maintenant c<strong>et</strong>te toile <strong>de</strong> fond à notre disposition,<br />

nous pouvons revenir à notre question <strong>de</strong> départ : « En quoi<br />

les <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s différentes civilisations se<br />

ressemblent-elles <strong>et</strong> se distinguent-elles les unes <strong>de</strong>s autres ? »<br />

Pour y répondre, nous focaliserons notre attention sur<br />

différentes fac<strong>et</strong>tes <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> chaque civilisation.<br />

L’ensemble <strong>de</strong> ces fac<strong>et</strong>tes constituera pour nous le style<br />

mathématique d’une civilisation. Il va sans dire qu’il s’agit<br />

d’une conception très limitative du « style mathématique ».<br />

Styles <strong>mathématiques</strong>…<br />

Plusieurs éléments participent à la façon dont les<br />

<strong>mathématiques</strong> se présentent dans une société. Nous<br />

r<strong>et</strong>iendrons les fac<strong>et</strong>tes suivantes : contexte global, le rapport<br />

à la vérité, le numérique <strong>et</strong> le géométrique, la représentation<br />

<strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Notons, avant <strong>de</strong> les abor<strong>de</strong>r, que<br />

nous donnerons plus d’informations sur les <strong>mathématiques</strong><br />

chinoises que sur les <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s autres civilisations,<br />

étant donné qu’elles sont en général moins connues. 2<br />

Le contexte global<br />

Qui sont les mathématiciens ? Des fonctionnaires au service<br />

<strong>de</strong> l’état ayant pour tâche d’abor<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s questions pratiques<br />

<strong>de</strong> gestion impliquant les personnes ? Des « amateurs »<br />

trouvant dans les <strong>mathématiques</strong> un défi intellectuel à<br />

relever? Des « mathématiciens » au service <strong>de</strong> personnes ou<br />

institutions autres que l’état ? À c<strong>et</strong> égard, où se situe le<br />

mathématicien dans la hiérarchie sociale?<br />

En Égypte <strong>et</strong> en Mésopotamie, les mathématiciens dont on a<br />

trouvé <strong>de</strong>s traces <strong>de</strong> leur travail sont clairement <strong>de</strong>s scribes,<br />

donc <strong>de</strong>s fonctionnaires <strong>de</strong> l’état ou, éventuellement, <strong>de</strong><br />

temples. Pour ceux qui avaient <strong>de</strong>s fonctions religieuses,<br />

l’astronomie constituait sans doute une part majeure <strong>de</strong> leurs<br />

préoccupations.<br />

Il en va <strong>de</strong> même en Chine, du moins jusqu’au XII e siècle.<br />

On peut déjà connaître les préoccupations <strong>de</strong>s fonctionnaires<br />

par les titres <strong>de</strong>s chapitres du livre ayant eu la plus gran<strong>de</strong><br />

influence dans les <strong>mathématiques</strong> chinoises : Les neuf chapitres<br />

sur l’art mathématique, livre datant probablement du premier<br />

1. Champs rectangulaires (38 problèmes)<br />

2. Mill<strong>et</strong> <strong>et</strong> grain décortiqué (46 problèmes)<br />

3. Partage selon les rangs (20 problèmes)<br />

4. Diminution <strong>de</strong> la largeur (24 problèmes)<br />

5. Discussion <strong>de</strong>s travaux publics (28 problèmes)<br />

6. Taxation équitable (28 problèmes)<br />

7. Excé<strong>de</strong>nt <strong>et</strong> déficit (20 problèmes)<br />

8. Comparaison <strong>de</strong>s dispositions (18 problèmes)<br />

9. Base-hauteur (24 problèmes)<br />

Liste <strong>de</strong>s chapitres <strong>de</strong> Les neuf chapitres sur l’art mathématique<br />

(premier siècle <strong>de</strong> notre ère)<br />

2<br />

Les informations sur les <strong>mathématiques</strong> chinoises sont tirées <strong>de</strong>s<br />

<strong>de</strong>ux livres suivants : Yabuuti, Kiosi, Une histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

chinoises, Paris : Belin, 2000 <strong>et</strong> Yan, Li, <strong>et</strong> Shiran, Du, Chinese<br />

Mathematics, A Concise History, Oxford : Clarendon Press, 1987.<br />

siècle <strong>de</strong> notre ère. Mais ces fonctionnaires sont d’un rang<br />

inférieur. Ainsi, pendant la dynastie Tang (618-907), un<br />

astronome est un fonctionnaire <strong>de</strong> 5 ième rang inférieur mineur<br />

alors qu’un mathématicien est <strong>de</strong> 9 ième rang inférieur mineur.<br />

Dans les régions du nord, dominées par la dynastie<br />

mandchoue Jin (1115-1234), puis aussi dans les régions du<br />

sud <strong>de</strong> la dynastie chinoise <strong>de</strong>s Song du sud (1127-1279), <strong>et</strong><br />

enfin dans l’ensemble <strong>de</strong> la Chine sous la dynastie mongole<br />

<strong>de</strong>s Yuan (1279-1368), <strong>de</strong>s mathématiciens commencent à<br />

travailler pour les marchands (surtout dans la vallée du fleuve<br />

Yangszi). C<strong>et</strong>te évolution n’est sans doute pas étrangère au<br />

fait que les dynasties Jin <strong>et</strong> Yuan ne sont pas chinoises, mais<br />

que dans les <strong>de</strong>ux cas elles manifestent un profond respect<br />

pour la culture chinoise. De plus, l’insécurité qui, à c<strong>et</strong>te<br />

époque, a nécessairement accompagné les changements<br />

dynastiques a été un terreau favorable à un r<strong>et</strong>our d’un<br />

certain mysticisme taoïste auquel se greffe un intérêt pour la<br />

numérologie <strong>et</strong> les carrés magiques. Les mathématiciens nonfonctionnaires<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te époque participent à ces<br />

mouvements. De plus, les premiers empereurs <strong>de</strong> la dynastie<br />

Yuan sont en contact avec leurs parents qui sont allés jusqu’à<br />

Bagdad. 3 Ainsi, <strong>de</strong>s astronomes chinois vont à l’observatoire<br />

<strong>de</strong> Maraga <strong>et</strong> un observatoire dirigé par <strong>de</strong>s astronomes<br />

arabes est créé en Chine. Néanmoins, les astronomes sont<br />

<strong>de</strong>s scribes, <strong>de</strong>s fonctionnaires, <strong>et</strong> les relations entre les<br />

astronomes chinois <strong>et</strong> arabes, surtout en relation avec la<br />

prédiction <strong>de</strong>s éclipses, se limitent à l’échange <strong>de</strong> résultats.<br />

L’inertie intellectuelle <strong>de</strong>s fonctionnaires astronomes apparaît<br />

telle qu’elle inhibe la curiosité <strong>de</strong>s Chinois face aux<br />

techniques pourtant beaucoup plus efficaces <strong>de</strong>s astronomes<br />

arabes.<br />

En In<strong>de</strong>, la situation n’apparaît pas claire. L’importance du<br />

religieux dans l’intérêt pour les <strong>mathématiques</strong> nous porte à<br />

croire qu’il <strong>de</strong>vait y avoir <strong>de</strong>s mathématiciens scribes. Notons<br />

toutefois que les mathématiciens provenaient habituellement<br />

<strong>de</strong> familles <strong>de</strong> mathématiciens <strong>et</strong> astronomes. Peu<br />

d’échanges se faisaient entre mathématiciens, chaque famille<br />

préservant les connaissances du clan. Par ailleurs, il est<br />

intéressant <strong>de</strong> remarquer qu’alors, peu d’efforts étaient<br />

orientés vers l’amélioration <strong>de</strong>s calculs astronomiques. La<br />

tradition dominait puisque l’astronomie jouait un rôle dans le<br />

fonctionnement <strong>de</strong> l’état. Il n’en allait pas <strong>de</strong> même pour les<br />

<strong>mathématiques</strong>, car les mathématiciens n’avaient <strong>de</strong> compte à<br />

rendre qu’à eux-mêmes.<br />

Dans la Grèce hellénique (avant -323), les mathématiciens<br />

faisaient partie <strong>de</strong> l’élite citoyenne. De ce fait, ils n’étaient pas<br />

au service <strong>de</strong> l’état. Par la suite, dans la pério<strong>de</strong> hellénistique<br />

(-323, mort d’Alexandre le Grand à 500 <strong>de</strong> notre ère), ils<br />

servaient leur maître, mais beaucoup plus pour la gloire que<br />

ce <strong>de</strong>rnier en r<strong>et</strong>irait que pour <strong>de</strong>s raisons <strong>de</strong> fonctionnement<br />

<strong>de</strong> l’appareil étatique, comme pour les membres du Museum<br />

à Alexandrie. Au cours <strong>de</strong> la pério<strong>de</strong> hellénique, les<br />

<strong>mathématiques</strong> faisaient partie intégrante <strong>de</strong>s grands courants<br />

philosophiques. À la pério<strong>de</strong> hellénistique, elles se détachent<br />

3<br />

Deux p<strong>et</strong>its-fils <strong>de</strong> Gengis Khan jouèrent un rôle important ici. :<br />

Hulagu (1217-1265), fondateur <strong>de</strong> la dynastie mongole qui a dominé<br />

l’Iran <strong>et</strong> qui a fondé l’observatoire <strong>de</strong> Maraga, <strong>et</strong> Kubilay (1214-<br />

1294), fondateur <strong>de</strong> la dynastie Yuan en Chine.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 83 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />

partiellement <strong>de</strong> ces systèmes intellectuels par un mouvement<br />

socio-intellectuel qui touche aussi bien les <strong>mathématiques</strong><br />

que la philosophie.<br />

Dans le mon<strong>de</strong> arabo-musulman, on r<strong>et</strong>rouve <strong>de</strong>s mathématiciens<br />

qui ont un statut similaire à ceux <strong>de</strong> la Grèce<br />

hellénistique, comme, par exemple, al-Khwarizmi, membre<br />

<strong>de</strong> la Maison <strong>de</strong> la sagesse <strong>de</strong> Bagdad. Mais l’on r<strong>et</strong>rouve<br />

aussi toute une tradition qui se rattache clairement au<br />

commerce. L’importance <strong>de</strong> la numération positionnelle<br />

indo-arabe l’illustre <strong>et</strong> le développement <strong>de</strong> l’algèbre le<br />

montre bien. Notons que certaines prescriptions du Coran<br />

concernant les héritages, l’orientation <strong>de</strong>s mosquées <strong>et</strong> les<br />

moments <strong>de</strong>s cinq prières quotidiennes, posent <strong>de</strong>s<br />

problèmes qui faciliteront l’émergence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

dans c<strong>et</strong>te civilisation.<br />

En Europe, au cours du Bas Moyen Âge (1200-1453), l’on<br />

r<strong>et</strong>rouve principalement <strong>de</strong>ux types <strong>de</strong> mathématiciens. En<br />

Italie <strong>et</strong> dans les villes commerçantes du reste <strong>de</strong> l’Europe,<br />

plusieurs écoles <strong>de</strong>stinées aux fils <strong>de</strong> marchands sont sous la<br />

direction <strong>de</strong> mathématiciens. En Italie, leurs revenus sont si<br />

importants que ces mathématiciens font partie <strong>de</strong> la haute<br />

bourgeoisie. On r<strong>et</strong>rouve parfois aussi <strong>de</strong>s mathématiciens<br />

dans quelques universités nouvellement créées, comme, par<br />

exemple, à Paris <strong>et</strong> Cambridge. À partir du XV e siècle, les<br />

écoles <strong>de</strong> marchands cè<strong>de</strong>nt progressivement leur place<br />

comme centre <strong>de</strong> production mathématique, parfois à<br />

l’université, mais beaucoup plus souvent à un mon<strong>de</strong><br />

d’amateurs qui sont <strong>de</strong> fait plus près <strong>de</strong> l’université que du<br />

commerce. Ils participent à la mouvance néo-platonicienne<br />

qui se développe alors <strong>et</strong> dont les académies <strong>de</strong> la fin du<br />

XVI e siècle sont le fleuron. Au XVII e siècle, l’université sera<br />

complètement dépassée par c<strong>et</strong>te mouvance, sauf en<br />

Angl<strong>et</strong>erre où Cambridge re<strong>de</strong>vient un centre mathématique<br />

avec d’illustres mathématiciens tels Wallis <strong>et</strong> Newton. À c<strong>et</strong><br />

égard, la religion <strong>et</strong> la philosophie jouent un rôle <strong>de</strong> plus en<br />

plus explicitement limité dans le travail du mathématicien.<br />

Le rapport à la vérité<br />

Les règles qui découlent du travail du « mathématicien » fontelles<br />

l’obj<strong>et</strong> d’un discours assurant la justesse <strong>de</strong> celles-ci ?<br />

Jusqu’à quel point ce discours, s’il existe, cherche-t-il à<br />

convaincre ou à convaincre <strong>de</strong> façon irréfutable ? Ce discours<br />

semble-t-il davantage reposer sur la confiance du mathématicien<br />

lui-même, mais sans tentative <strong>de</strong> justification <strong>de</strong>stinée<br />

aux lecteurs ? La logique s’insère-t-elle structurellement dans<br />

le discours justificatif ?<br />

Les textes égyptiens <strong>et</strong> mésopotamiens se limitent à donner,<br />

pour résoudre <strong>de</strong>s problèmes, <strong>de</strong>s règles qui prennent la<br />

forme <strong>de</strong> <strong>de</strong>scription <strong>de</strong> solutions numériques. Le jeune<br />

apprenti scribe <strong>de</strong>vait donc intérioriser ces solutions <strong>et</strong><br />

éventuellement <strong>de</strong>venir capable <strong>de</strong> savoir quand les<br />

appliquer. Aucune justification n’apparaît. Mais peut-être y en<br />

avait-il une d’explicitée au niveau <strong>de</strong> l’enseignement oral.<br />

En Chine, les textes les plus anciens, comme les Neuf chapitres<br />

<strong>de</strong> l’art mathématique écrit au début <strong>de</strong> notre ère, s’organisent<br />

aussi autour d’un modèle semblable. Chaque énoncé d’un<br />

problème est suivi par la réponse <strong>et</strong> la procédure explicite<br />

pour y arriver. Dans le commentaire qu’en fait vers 260 Liu<br />

Hui, <strong>de</strong>s justifications viennent soutenir certaines <strong>de</strong>s règles<br />

Aire ABCD = Aire <strong>de</strong> AEFG, <strong>et</strong> donc c(a + b) = ab<br />

énoncées. Ainsi, pour justifier la procédure perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong><br />

déterminer la longueur du côté du carré inscrit dans un<br />

triangle rectangle donné, procédure correspondant à notre<br />

formule c = ab , où c est la mesure du côté du carré <strong>et</strong> a <strong>et</strong> b<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 84 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

a + b<br />

sont les cathètes du triangle rectangle, Liu Hui déplace <strong>de</strong>s<br />

morceaux dans une figure bien choisie. Il complète le<br />

rectangle dont l’hypoténuse du triangle rectangle donné est<br />

une diagonale. Déplaçant mentalement les morceaux du<br />

puzzle, il réarrange le rectangle <strong>de</strong> dimensions a <strong>et</strong> b en un<br />

rectangle <strong>de</strong> même aire dont l’une <strong>de</strong>s dimensions est c <strong>et</strong><br />

l’autre se révèle être a + b. Dès lors, on a c(a + b) = ab, d’où<br />

découle la formule ci-<strong>de</strong>ssus. Ce genre <strong>de</strong> justification se<br />

rencontrera tout au long <strong>de</strong> l’histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

purement chinoises. Elle se distingue <strong>de</strong> ce que faisaient les<br />

Grecs en ce qu’il n’y a <strong>de</strong>rrière aucun édifice déductif, aucune<br />

définition précise, aucun corps explicite <strong>de</strong> logique que<br />

<strong>de</strong>vrait respecter le raisonnement. 4 Liu Hui convainc, mais<br />

un géomètre grec n’aurait pu accepter un tel argument<br />

comme démonstration. À aucun moment les mathématiciens<br />

chinois ne sentiront le besoin d’entreprendre un travail <strong>de</strong><br />

fon<strong>de</strong>ment comme l’on fait les Grecs.<br />

Il n’est pas nécessaire <strong>de</strong> s’étendre sur l’importance bien<br />

connue que donnaient les Grecs à la structure déductive<br />

d’une démonstration. Le respect <strong>de</strong>s règles explicites <strong>de</strong> la<br />

logique prend une importance centrale ici. Il ne s’agit pas <strong>de</strong><br />

convaincre, mais bien <strong>de</strong> trouver une justification incontestable<br />

<strong>de</strong> la justesse d’un énoncé ou d’une construction.<br />

L’émergence <strong>de</strong>s régimes démocratiques dans certaines cités<br />

grecques n’est pas étrangère au développement <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

exigence <strong>de</strong> la rigueur dans la pensée mathématique.<br />

Les astronomes indiens ont été influencés par les écrits<br />

astronomiques grecs dans les <strong>de</strong>ux ou trois premiers siècles<br />

4<br />

Le philosophe Mozi (470-391 avant notre ère), aussi connu sous le<br />

nom <strong>de</strong> Maître Mô, <strong>et</strong> son école ont entrepris <strong>de</strong> donner une<br />

structure plus explicite <strong>et</strong> formelle à la logique, s’intéressant au<br />

passage à certaines définitions d’obj<strong>et</strong>s géométriques. Mais leurs<br />

travaux n’ont pas eu d’influence en géométrie.


Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />

<strong>de</strong> notre ère, particulièrement en ce qui a trait à l’utilisation 106, 93, 79, 65, 51, 37, 22, 7.<br />

<strong>de</strong> modèles géométriques <strong>et</strong>, par ricoch<strong>et</strong>, à la trigonométrie.<br />

Néanmoins, les mathématiciens, qui sont souvent <strong>de</strong>s<br />

astronomes, n’ont pas r<strong>et</strong>enu <strong>de</strong>s Grecs leur besoin <strong>de</strong><br />

rigueur <strong>de</strong> démonstration. En fait, les résultats sont souvent<br />

donnés par eux sans aucune justification. C’est un peu<br />

comme si la conviction <strong>de</strong> la justesse du résultat par l’auteur<br />

du texte suffisait. Par analogie, on peut penser ici au génial<br />

Stenza II, 12 By what number the second sine<br />

[difference] is less than the first sine, and by the quotient<br />

obtained by dividing the sum of the preceding sine<br />

[differences] by the first sine, by the sum of these two<br />

quantities the following sine [differences] are less than the<br />

first sine.<br />

Ramanujan (1887-1920), ce mathématicien indien découvert Stenza II-12 De combien la <strong>de</strong>uxième [différence <strong>de</strong>s]<br />

par l’anglais Hardy, qui générait <strong>de</strong>s résultats tout à fait sinus est moins que la première <strong>et</strong> par le quotient<br />

surprenants qu’il ne pouvait pas toujours justifier, mais qui se obtenu en divisant la somme <strong>de</strong>s [différences] <strong>de</strong>s<br />

sont souvent révélés justes.<br />

sinus précé<strong>de</strong>nte par le premier sinus, par la somme <strong>de</strong><br />

ces <strong>de</strong>ux quantités la [différence] <strong>de</strong>s sinus suivants<br />

sont moins que le premier sinus.<br />

Dans le mon<strong>de</strong> arabo-musulman <strong>et</strong> dans l’Europe <strong>de</strong> la fin<br />

du Moyen Âge <strong>et</strong> <strong>de</strong> la Renaissance, l’idéal <strong>de</strong> démonstration<br />

grecque sera repris <strong>et</strong> même enrichi.<br />

Le numérico algébrique <strong>et</strong> le géométrique<br />

Les <strong>mathématiques</strong> sont-elles <strong>de</strong> nature plus numérico<br />

algébrique que géométrique ? Les textes <strong>mathématiques</strong><br />

traitent-ils essentiellement <strong>de</strong> nombres <strong>et</strong> <strong>de</strong> mesure, plutôt<br />

que <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>urs plus générales, comme <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>urs<br />

géométriques ?<br />

Les nombres, souvent issus <strong>de</strong> mesures <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>urs<br />

géométriques, sont omniprésents dans toutes les cultures <strong>et</strong><br />

civilisations. Mais, dans certains cas, c<strong>et</strong>te présence semble<br />

plus profon<strong>de</strong> que dans d’autres. Ainsi, en Mésopotamie, le<br />

numérique est l’outil par excellence <strong>de</strong>s prédictions. La<br />

prévision <strong>de</strong>s éclipses <strong>de</strong> Lune <strong>et</strong> <strong>de</strong> Soleil se faisait en<br />

trouvant <strong>de</strong>s régularités dans les tables astronomiques issues<br />

<strong>de</strong>s observations. Il n’y avait pas <strong>de</strong> modèles géométriques <strong>de</strong><br />

l’univers. Le numérique était leur seul outil <strong>et</strong> les astronomes<br />

mésopotamiens ont poussé son utilisation au maximum. Le<br />

sens du numérique se manifeste aussi dans la numération<br />

sexagésimale. Le fait d’utiliser <strong>de</strong>s tables d’inverses pour<br />

effectuer les divisions montre leur habilité à jouer avec le<br />

nombre. Ce sens du numérique particulièrement poussé se<br />

r<strong>et</strong>rouve aussi en In<strong>de</strong>. La création d’une numération<br />

positionnelle l’illustre aussi. Mais cela est encore plus clair<br />

lorsqu’on examine leur traitement du calcul <strong>de</strong>s tables <strong>de</strong><br />

cor<strong>de</strong>s qu’ils semblent pourtant avoir en partie hérité <strong>de</strong>s<br />

Grecs qui, eux, avaient une approche très clairement<br />

géométrique. Dans son Aryabhatiya écrit en 499, Aryabhata<br />

(466-550) présente la table <strong>de</strong>s sinus, probablement issue <strong>de</strong><br />

la table <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s d’Hipparque, en donnant la liste <strong>de</strong>s<br />

premières différences, puis en précisant une façon <strong>de</strong><br />

r<strong>et</strong>rouver les sinus à partir <strong>de</strong>s <strong>de</strong>uxièmes différences. 5<br />

Stenza I, 10 The tewenty-four sine [differences]<br />

reckoned in minutes of arc are 225, 224, 222, 219, 215,<br />

210, 205, 199, 191, 183, 174, 164, 154, 143, 131, 119, 106,<br />

93, 79, 65, 51, 37, 22, 7.<br />

Stenza I-10 Les vingt-quatre <strong>de</strong>mi-arcs [différences]<br />

calculés en minutes d'arc sont 225, 224, 222, 219, 215,<br />

210, 205, 199, 191, 183, 174, 164, 154, 143, 131, 119,<br />

5<br />

Ma traduction <strong>de</strong>s citations anglaises dans Katz, Victor J., A<br />

History of Mathematics, An Introduction, secon<strong>de</strong> édition, Addison-<br />

Wesley, 1998, p. 212-213.<br />

La formule sous-jacente à ce <strong>de</strong>rnier énoncé est la suivante :<br />

sn = sn-1 + (s1 - (s1 + ... + sn-1)/s1).<br />

À nouveau, comme pour les astronomes mésopotamiens, le<br />

traitement en termes <strong>de</strong> différences nous indique qu’une<br />

approche numérique semble plus naturelle à l’astronome<br />

indien.<br />

Le mon<strong>de</strong> arabo-musulman s’est étendu sur la Mésopotamie<br />

<strong>et</strong> a atteint les marches occi<strong>de</strong>ntales du mon<strong>de</strong> indien. Il n’est<br />

donc pas surprenant que les mathématiciens du mon<strong>de</strong><br />

arabo-musulman aient hérité <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux civilisations une<br />

approche plus numérique. Mais c<strong>et</strong>te tendance a été<br />

contrebalancée par l’influence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> grecques.<br />

Ainsi la pensée grecque s’est-elle vue digérée par les Arabes,<br />

<strong>de</strong> sorte qu’au total, le numérique a r<strong>et</strong>rouvé, dans un cadre<br />

par ailleurs tout à fait original ayant absorbé les préoccupations<br />

<strong>de</strong> rigueur grecque, une place qu’il n’avait pas auparavant.<br />

Il faut rappeler qu’à la fin <strong>de</strong>s premiers siècles <strong>de</strong> notre<br />

ère. Il y a aussi eu dans le mon<strong>de</strong> hellénistique une<br />

recru<strong>de</strong>scence d’intérêt pour le numérique. Pensons à<br />

Diophante (v. 250) <strong>et</strong> à Nicomaque <strong>de</strong> Gérase (mort vers<br />

120). Mais il y a plus. Il ne faut pas oublier que la première<br />

gran<strong>de</strong> école mathématique grecque considérait le nombre<br />

comme la base <strong>de</strong> toute découverte <strong>de</strong>s relations cachées<br />

dans la nature. Pythagore est avant tout un numéricien. Si la<br />

géométrie semble pour les Grecs précé<strong>de</strong>r dans la hiérarchie<br />

<strong>de</strong>s connaissances le numérique, c’est qu’il y a eu un long<br />

cheminement dans lequel la découverte <strong>de</strong> l’incommensurabilité<br />

a joué un rôle majeur. Mais c<strong>et</strong>te découverte n’a été<br />

possible que parce que déjà la nécessité <strong>de</strong> justifications avait<br />

acquis une gran<strong>de</strong> importance.<br />

Les Européens hériteront d’abord <strong>de</strong>s Arabes la culture<br />

mathématique grecque. La place du numérique dans c<strong>et</strong><br />

héritage est d’autant plus gran<strong>de</strong> que le vecteur principal<br />

d’influence a été le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong>s marchands. C<strong>et</strong>te prépondérance<br />

sera remise en cause par l’arrivée en Italie <strong>et</strong> en Europe<br />

à la fin du XVI e siècle, après la chute <strong>de</strong> Constantinople, <strong>de</strong><br />

textes grecs n’ayant jamais été traduits.<br />

La Chine pour sa part a aussi une préférence pour le<br />

numérique, mais elle semble moins profondément ancrée<br />

dans l’esprit <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te civilisation qu’en Mésopotamie <strong>et</strong> en<br />

In<strong>de</strong>.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 85 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />

Les représentations <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

Comment représente-t-on les nombres ? Comment représente-t-on<br />

les fractions ? Comment représente-t-on les gran<strong>de</strong>urs<br />

? Les symboles jouent-ils un rôle important ? Les règles<br />

sont-elles exprimées en faisant référence à <strong>de</strong>s symboles ?<br />

Représenter un obj<strong>et</strong> mathématique par autre chose que <strong>de</strong>s<br />

mots nous semble aujourd’hui tout naturel. Et pourtant, j’ose<br />

dire que ce n’est pas naturel. À preuve, le fait qu’un grand<br />

esprit comme al-Khwarizmi écrive habituellement les<br />

nombres en mots, au long, souligne que l’oral <strong>et</strong> sa<br />

transcription écrite restent le plus naturel. Al-Khwarizmi dit<br />

clairement que la suite <strong>de</strong> chiffres qui représente un nombre<br />

en est l’« image », distinguant explicitement l’image du<br />

nombre. C’est par les mots que les tables <strong>de</strong> sinus seront<br />

d’abord apprises par cœur en In<strong>de</strong>, menant peu à peu à<br />

l’élaboration du système positionnel décimal qui sera<br />

présenté au mon<strong>de</strong> arabo-musulman par ce même al-<br />

Khwarizmi. Il y a une n<strong>et</strong>te progression entre les<br />

numérations antérieures, dans lesquelles les symboles ne<br />

servent qu’à écrire le nombre, <strong>et</strong> la numération indo-arabe,<br />

dans laquelle les symboles participent au calcul sur ces<br />

nombres, d’abord à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> tabl<strong>et</strong>tes <strong>de</strong> poussières en In<strong>de</strong>,<br />

puis sur le papier chez les Arabes. Le symbole <strong>de</strong>vient alors<br />

un outil <strong>et</strong> non seulement un signe remplaçant le nombre.<br />

Les fractions, par la complexité <strong>de</strong> ce qu’elles représentent,<br />

poussent aussi à développer <strong>de</strong>s symbolismes plus<br />

dynamiques. On r<strong>et</strong>rouve cela en Mésopotamie, avec les<br />

fractions sexagésimales, écriture qui sera reprise par les<br />

astronomes <strong>de</strong> l’école hellénistique à partir d’environ 200 ans<br />

avant notre ère.<br />

Il est intéressant <strong>de</strong> noter que l’utilisation <strong>de</strong> l’espace pour<br />

changer le sens d’un symbole sera utilisé dans d’autres<br />

circonstances. Ainsi, en Chine, dans Les neuf chapitres sur l’art<br />

mathématique, on résout <strong>de</strong>s systèmes d’équations linéaires en<br />

manipulant <strong>de</strong>s bagu<strong>et</strong>tes qui sont disposées sur une surface<br />

plate. Par exemple, pour résoudre le système suivant dans le<br />

chapitre 8, (en symboles mo<strong>de</strong>rnes)<br />

5x – 7y = 11<br />

7x – 5y = 25,<br />

on va disposer les nombres selon la disposition<br />

suivante (chaque nombre étant écrit avec <strong>de</strong>s bagu<strong>et</strong>tes) :<br />

7 5<br />

-5 -7<br />

25 11.<br />

Ce type d’utilisation <strong>de</strong> la position spatiale sera utilisé en<br />

1248 dans le Refl<strong>et</strong>s <strong>de</strong>s mesures du cercle sur la mer <strong>de</strong> Li Ye, l’un<br />

<strong>de</strong> ces mathématiciens non-fonctionnaires <strong>de</strong> l’époque Jin.<br />

Pour représenter l’équation 6x 2 - 3x + 2 = 0, il dispose les<br />

nombres ainsi :<br />

Le symbole indique les unités. La barre oblique indique<br />

que trois fois l’inconnue est enlevée. À la même époque,<br />

mais sous les Yuan, dans le Miroir <strong>de</strong> ja<strong>de</strong> <strong>de</strong>s quatre inconnues<br />

(1303), Zhu Shijie représente l’expression à quatre inconnues<br />

suivante :<br />

x 2 + 4y 2 + 9z 2 - 16u 2 - 4xy + 6xz + 16yu - 24zu - 2yz<br />

Ici, le indique simplement l’absence <strong>de</strong> nombre à c<strong>et</strong>te<br />

position. Il est intéressant <strong>de</strong> noter que les noms <strong>et</strong> les<br />

symboles utilisés dans l’algèbre chinoise <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te époque,<br />

désignée comme étant l’art <strong>de</strong> l’inconnue céleste, se réfère<br />

aussi à l’espace. Ainsi, alors que la constante est associée au<br />

mot homme, le x l’est au mot ciel6, le x2 au mot <strong>de</strong>ssus, les x2 à<br />

haut, <strong>et</strong>c. Alors que x-1 est associée à terre, x-2 au mot <strong>de</strong>ssous,<br />

x-3 au mot bas, <strong>et</strong>c.<br />

Une utilisation analogue <strong>de</strong> l’espace a été faite par plusieurs<br />

mathématiciens arabo-musulmans. Pour eux il faut plutôt<br />

parler <strong>de</strong> tableaux. Ainsi, dans son travail sur les polynômes,<br />

as-Samawal (1130-1180) a représenté une approximation<br />

<strong>de</strong> 10 au moyen du tableau suivant :<br />

3 1 6 2 2 7 7<br />

Approximation <strong>de</strong> la racine carrée <strong>de</strong> 10 :<br />

3,162277<br />

Un tableau semblable 7 pouvait aussi représenter l’expression<br />

3 + x -1 + 6x -2 + 2x-3, <strong>et</strong>c. Les tableaux font partie <strong>de</strong> la<br />

tradition mathématique arabe. Pour résoudre les questions<br />

d’héritage, les juges, qui avant le IX e siècle étaient parfois<br />

aussi mathématiciens, utilisaient <strong>de</strong>s tableaux bien structurés<br />

pour leur perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> déterminer adéquatement les<br />

différentes parts <strong>de</strong>s héritiers.<br />

Apparue probablement à Séville au tout début du XIII e<br />

siècle, une nouvelle notation pour les expressions polyno-<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 86 31 mai <strong>et</strong> 1er Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

6<br />

Le ciel est la première <strong>de</strong>s entités agissantes, la <strong>de</strong>uxième étant la<br />

terre <strong>et</strong> la troisième, l’homme. D’où le nom d’art <strong>de</strong> l’inconnue<br />

céleste donné à c<strong>et</strong>te algèbre.<br />

7<br />

Rashed, Roshdi, Entre arithmétique <strong>et</strong> algèbre, Recherches sur l'histoire <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> arabes, Paris : Belles-L<strong>et</strong>tres, 1984, p. 144.<br />

juin 2006


Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />

miales reprend c<strong>et</strong>te utilisation <strong>de</strong> la disposition spatiale.<br />

Contrairement à la notation d’as-Samawal, un simple<br />

symbole est écrit au-<strong>de</strong>ssus du coefficient correspondant à un<br />

certain ordre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> l’inconnue. Ainsi, ce que nous<br />

écrivons aujourd’hui 3x 5 + 3x 4 + 17x 3 - (200 + 10x 2 + 20x)<br />

est représenté par<br />

. 8<br />

Même s’il n’existe aucune preuve directe <strong>et</strong> explicite, on peut<br />

penser que c<strong>et</strong>te notation est à l’origine <strong>de</strong> notations reposant<br />

sur le même principe utilisé en Europe à la Renaissance,<br />

comme chez Chuqu<strong>et</strong> (1485) par exemple, qui représente 5x3 par .53, ou un siècle plus tard chez Jost Bürgi, où 3x2 + 7x - 4<br />

est représenté par 3 II<br />

+ 7 I<br />

! 4 0<br />

. Le même esprit se r<strong>et</strong>rouve dans<br />

la notation <strong>de</strong> Stevin (1585), dans laquelle<br />

peut aussi bien exprimer 27 + 8x + 4x 2 + 7x 3 que le nombre<br />

27,847. Notre notation algébrique, qui est celle <strong>de</strong> Descartes<br />

(1637), n’utilise pas la position comme principe <strong>de</strong> base. Les<br />

symboles ont un sens en soi. Il y a ici une très gran<strong>de</strong><br />

originalité par rapport à tout ce qui s’était fait auparavant. 9<br />

Où en sommes-nous ?<br />

Le génie particulier <strong>de</strong> chaque civilisation se manifeste dans<br />

la façon dont les <strong>mathématiques</strong> se situent dans la mouvance<br />

sociale, philosophique <strong>et</strong> religieuse, dans leur rapport à la<br />

justification <strong>de</strong> ses résultats, dans l’importance relative du<br />

numérique <strong>et</strong> du géométrique, <strong>et</strong> dans leurs outils <strong>de</strong><br />

représentation.<br />

Dans les esquisses, presque <strong>de</strong>s caricatures, que nous avons<br />

présentées, il apparaît que les <strong>mathématiques</strong> d’une<br />

civilisation ne peuvent se ramener à celles d’une autre sans<br />

l’amputer <strong>de</strong> l’une <strong>de</strong> ses caractéristiques. Dans ce sens, on<br />

peut dire que chaque civilisation a un style mathématique qui<br />

lui est propre. Il y a certes <strong>de</strong>s éléments qui apparaissent<br />

transcen<strong>de</strong>r presque toutes les civilisations. Ainsi le<br />

numérique apparaît-il partout au départ comme l’élément <strong>de</strong><br />

base du travail mathématique. Seule la civilisation grecque<br />

s’est détachée du numérique. De plus, seules les civilisations<br />

ayant connu une influence soutenue <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

grecques ont relativisé l’importance du numérique. En In<strong>de</strong>,<br />

malgré l’influence <strong>de</strong> l’astronomie géométrique hellénistique,<br />

le numérique n’a pas été déplacé, bien au contraire. Mais<br />

l’astronomie est une science <strong>de</strong> modélisation du réel. Ce n’est<br />

pas le cas pour l’ensemble <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />

Il apparaît dès lors que le phénomène grec est un cas unique,<br />

remarquable, exceptionnel.<br />

Un autre cas remarquable est le développement du<br />

symbolisme en Europe <strong>de</strong> la Renaissance, <strong>et</strong> surtout au<br />

XVII e siècle. La nature <strong>de</strong>s représentations symboliques<br />

utilisées dans diverses civilisations repose sur la disposition<br />

spatiale. Certes il y a <strong>de</strong>s symboles, mais ils sont tous<br />

numériques. 10 Les obj<strong>et</strong>s que nous qualifierions d’algébriques<br />

(représentation d’une relation) sont représentés dans un<br />

cadre <strong>de</strong> dispositions spatiales. Ce type <strong>de</strong> symbolisme a<br />

évolué vers <strong>de</strong>s techniques calculatoires riches <strong>et</strong> efficaces, en<br />

particulier chez les mathématiciens du mon<strong>de</strong> arabomusulman.<br />

Toutefois, il a <strong>de</strong>s limites, comme, par exemple,<br />

lorsqu’il y a plusieurs inconnues dans un problème. Les<br />

Chinois utilisèrent la double dimensionnalité dans le plan<br />

pour abor<strong>de</strong>r ce genre <strong>de</strong> problèmes. Mais ce furent les<br />

Européens qui, en utilisant un symbolisme non spatial,<br />

innovèrent avec le plus d’originalité. L’utilisation <strong>de</strong> symboles<br />

ne va pas <strong>de</strong> soi. Mais le Bas Moyen Âge a été une époque<br />

particulièrement fertile dans la création <strong>et</strong> le développement<br />

<strong>de</strong> divers symbolismes. Pensons au développement <strong>de</strong> la<br />

notation musicale, <strong>de</strong> la comptabilité, <strong>de</strong> la cartographie.<br />

Ainsi, forte d’une influence <strong>de</strong> l’algèbre du mon<strong>de</strong> arabomusulman,<br />

l’Europe va développer une algèbre dont l’outil<br />

symbolique ne sera plus principalement <strong>de</strong> nature spatiale. Le<br />

symbole sera un signe à interpréter. Après <strong>de</strong> nombreuses<br />

décennies pendant lesquelles toutes sortes <strong>de</strong> symboles<br />

seront proposés, les algébristes en viendront à utiliser un<br />

symbolisme qui allie l’efficacité à la fois <strong>de</strong> représentation <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> calcul. Aujourd’hui, nous sommes encore sur la lancée <strong>de</strong><br />

c<strong>et</strong> apport tout à fait original.<br />

En terminant ce regard englobant <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> à<br />

travers l’espace <strong>et</strong> le temps, je ne peux qu’attirer votre<br />

attention sur les moments <strong>de</strong> haute production<br />

mathématique originale. Ils semblent correspondre à <strong>de</strong>s<br />

pério<strong>de</strong>s <strong>de</strong> mixage <strong>de</strong> besoins divers auxquels répon<strong>de</strong>nt les<br />

<strong>mathématiques</strong> ou, plus encore, <strong>de</strong> mixage <strong>de</strong> civilisations.<br />

Dans le premier cas, pensons à ces mathématiciens<br />

fonctionnaires chinois dont les capacités à innover semblent<br />

restreintes après un certain temps. Toutefois, au XIII e siècle,<br />

<strong>de</strong>s besoins nouveaux, issus du commerce ou <strong>de</strong><br />

considérations philosophiques d’une nouvelle classe <strong>de</strong><br />

mathématiciens – qui ne sont plus <strong>de</strong>s fonctionnaires –<br />

débouchent sur <strong>de</strong> nouvelles <strong>mathématiques</strong>. Dans le second<br />

cas, qu’il suffise <strong>de</strong> penser au mon<strong>de</strong> arabo-musulman. On<br />

pourrait aussi ajouter la pério<strong>de</strong> Jin <strong>et</strong> Yuan en Chine, <strong>et</strong> le<br />

Bas Moyen Âge <strong>et</strong> la Renaissance en Europe. C’est très<br />

souvent en j<strong>et</strong>ant un regard neuf, <strong>et</strong> disons innocent, sur le<br />

travail d’une civilisation antérieure ou différente, qu’une<br />

civilisation fait <strong>de</strong>s pas <strong>de</strong> géants <strong>et</strong>, par le fait même, m<strong>et</strong> en<br />

place son propre style mathématique.<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 87 31 mai <strong>et</strong> 1er 8<br />

Ab<strong>de</strong>ljaouad, Mahdi, Le manuscrit mathématique <strong>de</strong> Jerba : Une<br />

pratique <strong>de</strong>s symboles algébriques maghrébins en pleine maturité,<br />

Actes du 7<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006<br />

ème Colloque Maghrébin sur l’Histoire <strong>de</strong>s Mathématiques Arabes,<br />

vol. 2, Marrakech : École Normale Supérieure, 2005, p. 9-98, p. 76.<br />

9<br />

Pour les notations, voir Cajori, Florian, A History of Mathematical<br />

Notations, vol. 1 : Notations in Elementary Mathematics, La Salle<br />

10<br />

Il y a <strong>de</strong>s occurrences <strong>de</strong> symbolismes non numériques, comme<br />

(Ill.) : Open Court Publishing Company, 1928.<br />

chez Diophante, mais d’une influence très limitée.


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 88 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le logiciel Mathenpoche<br />

MathEnPoche est un logiciel gratuit composé <strong>de</strong> centaines d'exercices <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> : activités <strong>de</strong> découverte, <strong>de</strong> démonstration, exercices d'application,<br />

travaux <strong>de</strong> synthèse. Il est développé par <strong>de</strong>s professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> en<br />

exercice <strong>et</strong> diffusé par l'association Sésamath.<br />

Résumé <strong>de</strong> l'atelier :<br />

* Les expérimentations académiques : présentation, <strong>statistique</strong>s ;<br />

* Interface professeur : gestion <strong>de</strong> l'interface, utilisation <strong>de</strong> l'interface (gestion <strong>de</strong>s<br />

groupes, gestion <strong>de</strong>s séances, compléments (bilans, options, ai<strong>de</strong>, gestion <strong>de</strong>s outils,<br />

<strong>et</strong>c.))<br />

Benjamin Clerc,<br />

IREM 1 <strong>de</strong><br />

Montpellier,<br />

France<br />

Benjamin.clerc@<br />

sesamath.n<strong>et</strong><br />

1 Institut <strong>de</strong> recherche sur<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

athenpoche est un logiciel libre, sous<br />

licence GPL2, d’exercices <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> à <strong>de</strong>stination <strong>de</strong>s<br />

élèves, en accès libre <strong>et</strong> gratuit sur Intern<strong>et</strong>3. M<br />

On peut également l’installer en local sur un<br />

ordinateur individuel ou sur un réseau en<br />

Intran<strong>et</strong>.<br />

L’élève peut ainsi l’utiliser aussi bien à<br />

domicile qu'en classe, sous la direction d’un<br />

professeur.<br />

Les exercices sont répartis en chapitres, euxmêmes<br />

partagés en séries <strong>de</strong> plusieurs exercices.<br />

Il existe également un didacticiel 4 pour<br />

enseigner à l’élève les spécificités <strong>de</strong> l’outil<br />

informatique (répondre dans une zone <strong>de</strong><br />

saisie, utiliser les instruments <strong>de</strong> géométrie<br />

virtuels…).<br />

L’ensemble couvre intégralement le programme<br />

d’un niveau. Actuellement, le niveau<br />

collège est achevé (<strong>de</strong> 11 ans à 15 ans en<br />

2 http://fsffrance.org/gpl/gpl.fr.html<br />

3 http://mathenpoche.n<strong>et</strong>/<br />

4 http://mathenpoche.n<strong>et</strong>/6eme/pages/<br />

geom<strong>et</strong>rie/chap0/serie2/<br />

http://mathenpoche.n<strong>et</strong>/6eme/pages/geom<strong>et</strong>r<br />

ie/chap0/serie1/<br />

France), les niveaux <strong>de</strong>rnière année <strong>de</strong><br />

primaire (10 ans) <strong>et</strong> première année <strong>de</strong> lycée<br />

(16 ans) sont en cours <strong>de</strong> développement.<br />

Chaque chapitre comporte une série <strong>de</strong><br />

découverte ou <strong>de</strong> révisions, les séries étant <strong>de</strong><br />

difficulté croissante, jusqu’à la série « Pour<br />

aller plus loin », qui se situe dans une lecture<br />

large <strong>de</strong>s programmes.<br />

Chaque exercice comporte 10 questions auxquelles<br />

l’élève doit successivement répondre.<br />

Pour chaque question, l’élève a droit à une<br />

« secon<strong>de</strong> chance » : s’il a commis une erreur à<br />

sa première réponse, le logiciel la lui indique.<br />

Une ai<strong>de</strong> animée est alors proposée à l’élève<br />

pour lui perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> mieux i<strong>de</strong>ntifier, puis <strong>de</strong><br />

corriger c<strong>et</strong>te erreur, ce qui favorise le travail<br />

en autonomie. Si l’élève se trompe <strong>de</strong><br />

nouveau, le logiciel lui donne la correction.<br />

Que l’élève ait su répondre ou non, on passe à<br />

la question suivante.<br />

À la fin <strong>de</strong> l’exercice, l’élève se voit attribuer<br />

une note sur 10 ainsi qu’une appréciation.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 89 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />

Il existe quatre exceptions à ce principe :<br />

– Quelques exercices se présentent sous forme <strong>de</strong> QCM :<br />

ils n’offrent qu’une seule « chance » <strong>de</strong> réponse.<br />

– Les exercices longs (constructions géométriques ou<br />

raisonnement difficile) ne comportent que 5 questions.<br />

– De rares exercices ne comportent qu'une seule<br />

question, principalement quand il s'agit <strong>de</strong> problèmes<br />

ouverts.<br />

– Des exercices-jeux ne sont pas évalués.<br />

– Les données <strong>de</strong>s questions sont variables <strong>et</strong> aléatoires<br />

(un véritable aléatoire la plupart du temps, <strong>de</strong>s milliers<br />

d'énoncés différents pour chaque exercice).<br />

Les nouveautés<br />

Le logiciel Mathenpoche, dans sa version actuelle, intègre un<br />

certain nombre <strong>de</strong> nouveautés :<br />

Chaque exercice (à l’exception <strong>de</strong> ceux qui ne sont pas<br />

évalués) est accompagné d’une ai<strong>de</strong> animée interactive 5. Le<br />

déroulement <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te ai<strong>de</strong> est linéaire : l’élève doit cliquer sur<br />

un bouton « suite » pour avancer, mais peut également<br />

revenir en arrière, relire l’ai<strong>de</strong> autant <strong>de</strong> fois qu’il le souhaite<br />

<strong>et</strong> la quitter à tout moment pour revenir à l’exercice.<br />

Il ne s’agit pas d’une correction, mais d’un p<strong>et</strong>it cours<br />

rappelant les notions <strong>et</strong> métho<strong>de</strong>s utiles à la résolution <strong>de</strong><br />

l’exercice. Ainsi, l’élève est incité à travailler en autonomie,<br />

tous les moyens lui sont donnés pour parvenir à résoudre le<br />

problème qui lui est posé. Lorsque l’exercice nécessite<br />

plusieurs compétences ou connaissances distinctes, l’ai<strong>de</strong><br />

commence par un menu dans lequel on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> à l’élève <strong>de</strong><br />

choisir la notion qui lui sera expliquée, toujours dans le souci<br />

<strong>de</strong> favoriser son autonomie. Le passage entre <strong>de</strong>ux étapes est<br />

agrémenté d’eff<strong>et</strong>s d’animation que le format <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

présentation ne perm<strong>et</strong> pas <strong>de</strong> reproduire.<br />

Le logiciel présente <strong>de</strong>s outils virtuels intégrés aux exercices<br />

qui le nécessitent : compas, règle, équerre, rapporteur,<br />

crayon, calculatrice…<br />

Les outils virtuels 6 <strong>de</strong> géométrie perm<strong>et</strong>tent ce qu’il est<br />

impossible <strong>de</strong> réaliser sur support papier :<br />

1. Les exercices <strong>de</strong> construction <strong>et</strong> d’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> figures<br />

géométriques ont, comme les autres, <strong>de</strong>s données aléatoires.<br />

Mathenpoche présente ainsi un grand nombre d’exercices<br />

analogues, mais légèrement différents qui perm<strong>et</strong>tent la<br />

répétition <strong>et</strong> dont la résolution amène l’élève à réfléchir sur<br />

ce qu’il fait, sur les métho<strong>de</strong>s employées…<br />

2. Dans ces exercices, les constructions sont libres : l’élève<br />

peut tracer <strong>de</strong>s figures <strong>et</strong> les effacer autant <strong>de</strong> fois qu’il le<br />

veut. On se concentre ainsi sur la construction<br />

mathématique, sans problèmes pratiques (oubli <strong>de</strong> matériel,<br />

crayons mal taillés, papier froissé, <strong>et</strong>c.) rencontrés avec <strong>de</strong><br />

jeunes élèves lors d’exercices sur cahier.<br />

3. Le maniement très aisé <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> géométrie (pilotage<br />

avec la souris ou <strong>de</strong>s touches du clavier) rend ces exercices<br />

accessibles aux élèves qui ont <strong>de</strong>s difficultés <strong>de</strong> manipulation,<br />

qu’elles soient d’ordre psychologique ou physiologique. On<br />

pense naturellement aux élèves handicapés.<br />

– Le logiciel présente <strong>de</strong>s exercices utilisant un logiciel <strong>de</strong><br />

géométrie dynamique (Tracenpoche 7, le développement <strong>de</strong><br />

ces exercices a conduit au développement d'un logiciel <strong>de</strong><br />

géométrie dynamique très compl<strong>et</strong>), la construction<br />

<strong>de</strong>mandée à l'élève est validée par l'exercice.<br />

Actes du 49è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 90 31 mai <strong>et</strong> 1er 6 Tous les instruments ont été regroupés dans un logiciel qui<br />

constitue ainsi le premier logiciel <strong>de</strong> géométrie aux instruments<br />

virtuels : Instrumenpoche http://instrumenpoche.n<strong>et</strong>/ . À<br />

noter qu'un lecteur d'animation couplé à ce logiciel perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

lire les animations ainsi construites ; la bibliothèque compte plus<br />

<strong>de</strong> 100 animations réalisées par les utilisateurs du logiciel<br />

5 Toutes les ai<strong>de</strong>s animées sont accessibles à l'adresse<br />

http://instrumenpoche.n<strong>et</strong>/rubrique.php3?id_rubrique=10<br />

http://cii.sesamath.n<strong>et</strong>/montpellier/ai<strong>de</strong>s_animees/<br />

7 http://tracenpoche.n<strong>et</strong>/<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006


Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />

<strong>statistique</strong>s nécessaires. Pendant la séance, l’interface <strong>de</strong> suivi<br />

en temps réel (qui comporte un système d’alerte signalant<br />

tout élève en échec sur sa série d’exercices) perm<strong>et</strong> au<br />

professeur <strong>de</strong> connaître en permanence la progression <strong>de</strong>s<br />

élèves : il a toutes les données à sa disposition pour pouvoir<br />

intervenir lorsqu’il le juge utile.<br />

– Si certains exercices numériques sont guidés pour faciliter<br />

l’apprentissage <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s, d’autres sont volontairement<br />

« ouverts » : le logiciel propose un problème <strong>et</strong> attend<br />

uniquement la réponse. Le but <strong>de</strong> tels exercices est d’inciter<br />

l’élève à organiser sa pensée <strong>et</strong> à renforcer son autonomie<br />

face à <strong>de</strong>s problèmes : à lui <strong>de</strong> mobiliser ses connaissances,<br />

puisées éventuellement dans différents chapitres <strong>de</strong> son<br />

cours. Dans ce cas, Mathenpoche propose une « feuille <strong>de</strong><br />

brouillon » virtuelle où l’élève peut écrire ses recherches.<br />

C<strong>et</strong>te feuille n’est pas évaluée.<br />

– Certains exercices <strong>de</strong> calcul proposent une calculatrice,<br />

d’autres non, suivant que l’objectif <strong>de</strong> l’exercice soit<br />

l’application <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> raisonnement ou <strong>de</strong> techniques<br />

<strong>de</strong> calcul.<br />

Version réseau<br />

La version réseau <strong>de</strong> Mathenpoche peut être installée sur un<br />

serveur Intern<strong>et</strong> (serveurs dédiés à Mathenpoche pour les<br />

utilisateurs <strong>de</strong>s académies <strong>de</strong> Créteil, Montpellier, Strasbourg,<br />

Rennes, Nancy-M<strong>et</strong>z, La Réunion, Paris) ou en Intran<strong>et</strong> via<br />

un réseau local (Salles pupitres <strong>de</strong> l'académie <strong>de</strong> Lille).<br />

Pour utiliser c<strong>et</strong>te version, l’élève doit saisir un nom<br />

d’utilisateur (login) <strong>et</strong> un mot <strong>de</strong> passe qui lui sont<br />

personnels. Le logiciel i<strong>de</strong>ntifie alors l’élève connecté, ce qui<br />

perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> personnaliser l’accès aux exercices, <strong>de</strong> récupérer <strong>et</strong><br />

traiter les résultats.<br />

Le professeur intervient lui aussi sur un ordinateur. Une<br />

interface lui est réservée, qui lui perm<strong>et</strong> en quelques clics <strong>de</strong><br />

souris <strong>de</strong> créer ou <strong>de</strong> modifier par avance <strong>de</strong>s groupes<br />

d’élèves <strong>et</strong> <strong>de</strong>s séances personnalisées, <strong>de</strong> suivre la progression<br />

<strong>de</strong>s élèves en temps réel, d’analyser les résultats pour<br />

affiner son enseignement. La facilité d’utilisation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

interface libère l’enseignant <strong>de</strong>s contraintes du support<br />

papier. Il peut ainsi très simplement organiser <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong><br />

besoin suivant les difficultés repérées chez les élèves. Ces<br />

difficultés sont très facilement repérables lorsqu’elles ont été<br />

rencontrées lors <strong>de</strong> précé<strong>de</strong>ntes séances d’exercices <strong>de</strong><br />

Mathenpoche : le logiciel effectue lui-même les calculs<br />

Il est désormais possible au professeur d'intégrer dans sa<br />

séance ses propres exercices <strong>de</strong> géométrie dynamique ou <strong>de</strong><br />

géométrie aux instruments virtuels ; différents TP 8 sont<br />

disponibles pour une prise en main accélérée <strong>de</strong> ces<br />

fonctionnalités.<br />

Le système<br />

Mathenpoche est conçu <strong>et</strong> développé par une équipe <strong>de</strong><br />

professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> en exercice. Ainsi, chaque<br />

étape <strong>de</strong> la conception <strong>et</strong> du développement du logiciel est<br />

soumise à <strong>de</strong>ux critères d’exigence : la qualité pédagogique <strong>et</strong><br />

la conformité aux programmes officiels. Les développeurs<br />

sont les premiers à tester les exercices avec leurs élèves.<br />

Une équipe <strong>de</strong> testeurs (actuellement plus <strong>de</strong> 200 professeurs<br />

répartis dans toute la France <strong>et</strong> quelques-uns à l’étranger),<br />

utilisent la version réseau avec leurs élèves <strong>et</strong> sont inscrits à<br />

une liste <strong>de</strong> diffusion <strong>de</strong> courriers électroniques qui leur<br />

perm<strong>et</strong> d’échanger leurs commentaires <strong>et</strong> <strong>de</strong> faire part aux<br />

développeurs <strong>de</strong> leurs remarques. La modularité du logiciel<br />

(chaque exercice est programmé <strong>de</strong> façon indépendante)<br />

perm<strong>et</strong> aux développeurs <strong>de</strong> réagir très rapi<strong>de</strong>ment : les<br />

bogues signalés sont en général corrigés dans un délai <strong>de</strong><br />

quelques heures.<br />

Huit expérimentations sont menées dans plusieurs académies.<br />

Tous les professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> ont la<br />

possibilité d’utiliser la version réseau <strong>de</strong> Mathenpoche, avec<br />

là aussi une liste <strong>de</strong> diffusion dédiée, animée par un<br />

développeur du logiciel. Des séances <strong>de</strong> présentation sont<br />

organisées pour ai<strong>de</strong>r à la prise en main du logiciel.<br />

Plusieurs groupes <strong>de</strong> recherche (IREM dans plusieurs<br />

académies, IUFM 9 <strong>de</strong> Br<strong>et</strong>agne…) se sont constitués pour<br />

étudier l’impact du logiciel, pour créer <strong>de</strong>s documents<br />

d’accompagnement ou réfléchir aux améliorations<br />

pédagogiques ou techniques que l’on pourrait apporter à<br />

Mathenpoche à l’avenir. Là encore, l’esprit <strong>de</strong> Mathenpoche<br />

est <strong>de</strong> favoriser <strong>de</strong> tels échanges, d’y participer parfois, <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

toujours en tenir compte.<br />

8 http://mathenpoche.sesamath.n<strong>et</strong>/?option=<strong>de</strong>couvrir<br />

9 Institut universitaire <strong>de</strong> formation <strong>de</strong>s maîtres<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 91 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />

La conception même du logiciel, son caractère libre <strong>et</strong> gratuit, 2. Sur la version Réseau<br />

l’esprit d’ouverture <strong>et</strong> <strong>de</strong> coopération qui anime l’équipe <strong>de</strong><br />

développeurs encourage tous ceux (élèves, parents,<br />

professeurs, pédagogues, institutions scolaires) qui sont<br />

concernés par Mathenpoche à se l’approprier, dans une réelle<br />

démarche <strong>de</strong> service public.<br />

−<br />

−<br />

Développer une interface spécifique pour les <strong>de</strong>voirs à la<br />

maison en Extran<strong>et</strong>.<br />

Développer un module <strong>de</strong> « <strong>de</strong>voirs surveillés en<br />

réseau » perm<strong>et</strong>tant au professeur <strong>de</strong> créer son <strong>de</strong>voir<br />

puis d’être assisté lors <strong>de</strong> la correction (barème,<br />

Extensions possibles du logiciel Mathen- <strong>statistique</strong>s…) <strong>et</strong> enfin <strong>de</strong> générer <strong>de</strong>s séances<br />

poche<br />

personnalisées <strong>de</strong> remédiation à partir <strong>de</strong> la copie<br />

virtuelle <strong>de</strong> chaque élève.<br />

Extensions horizontales<br />

− Développer les échanges <strong>et</strong> interactions <strong>de</strong> postes à<br />

Mathenpoche est un logiciel modulaire dont la technologie postes dans l’optique <strong>de</strong> travaux <strong>de</strong> groupe en réseau<br />

axée sur Intern<strong>et</strong> perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> nombreuses évolutions. Parmi (<strong>de</strong>s élèves pouvant travailler simultanément sur le<br />

celles-ci, certaines concernent les exercices eux-mêmes, même exercice ou l’un créant l’énoncé perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong><br />

d’autres, les fonctionnalités réseau <strong>de</strong> Mathenpoche. construire une figure, l’autre la construisant…).<br />

Certaines <strong>de</strong> ces extensions ont été suggérées par les<br />

utilisateurs actuels du logiciel.<br />

− Dans le cadre <strong>de</strong>s serveurs académiques, développer <strong>de</strong>s<br />

modules d’échanges entre classes, soit pour <strong>de</strong>s<br />

1. Sur les exercices<br />

problèmes ouverts ou pour <strong>de</strong>s rallyes <strong>mathématiques</strong><br />

(avec un système souple d’inscription suivant les heures<br />

<strong>de</strong> cours…).<br />

− Dans le cadre <strong>de</strong>s serveurs académiques, développer les<br />

outils perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong>s évaluations à gran<strong>de</strong> échelle sur la<br />

maîtrise d’une ou plusieurs notions ou compétences (sur<br />

le modèle <strong>de</strong>s évaluations en 6e, mais avec plus <strong>de</strong><br />

souplesse <strong>et</strong> la possibilité <strong>de</strong> créer <strong>de</strong>s modules <strong>de</strong><br />

remédiation spécifiques <strong>et</strong> <strong>de</strong> les proposer aux classes).<br />

− Créer <strong>de</strong>s corrections animées (en cas <strong>de</strong> secon<strong>de</strong> erreur)<br />

qui tiendraient compte à la fois du type d’erreur fait par<br />

l’élève (dans le cas d’une erreur classique), mais aussi <strong>de</strong>s<br />

données <strong>de</strong> l’exercice (données aléatoires dans certaines<br />

limites).<br />

− Donner la possibilité d’écouter les énoncés d’exercice,<br />

<strong>de</strong> les traduire plus facilement dans d’autres langues, <strong>de</strong><br />

développer l’accès aux élèves empêchés en tenant compte <strong>de</strong><br />

différents handicaps.<br />

− Croiser la base d’exercices dynamiques actuelle avec une<br />

base d’exercices statiques perm<strong>et</strong>tant d’alterner à partir<br />

du support-écran les exercices interactifs <strong>et</strong> les exercices<br />

papier/crayon à faire sur cahier 10.<br />

− Donner la possibilité <strong>de</strong> générer certains types<br />

d’exercices, via <strong>de</strong>s interfaces prévues à c<strong>et</strong> eff<strong>et</strong>. Ce<br />

concept pourrait être particulièrement intéressant pour<br />

la géométrie virtuelle aux instruments.<br />

− Développer d’autres outils directement intégrés (ou non)<br />

dans les exercices <strong>de</strong> Mathenpoche : tableur, géométrie<br />

dynamique (couplée à la géométrie aux instruments<br />

virtuels), calcul formel… en favorisant <strong>de</strong>s passerelles<br />

naturelles <strong>de</strong>s uns aux autres, avec la possibilité <strong>de</strong> les<br />

bri<strong>de</strong>r partiellement suivant les besoins…<br />

Extensions verticales<br />

En liaison avec les villes <strong>et</strong> les Conseils Régionaux, <strong>de</strong>ux<br />

extensions <strong>de</strong> Mathenpoche sont envisagées (<strong>et</strong> déjà mises en<br />

chantier) pour les <strong>de</strong>ux importantes liaisons inter- cycles qui<br />

encadrent le collège.<br />

1. La liaison école primaire/école secondaire<br />

Dans le cadre <strong>de</strong> la refonte récente <strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong><br />

Mathématiques en primaire (rentrée 2003), la liaison entre<br />

l’école <strong>et</strong> le collège en Mathématiques est un enjeu capital,<br />

souvent très difficile à négocier.<br />

Actes du 49è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 92 31 mai <strong>et</strong> 1er 10 Les cahiers Mathenpoche http://lescahiersmep.sesamath.n<strong>et</strong>/<br />

répon<strong>de</strong>nt à cela pour les classes <strong>de</strong> 6<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006<br />

e <strong>et</strong> 5e; en 5e le manuel<br />

Sésamath http://manuel.sesamath.n<strong>et</strong>/ , premier manuel<br />

scolaire libre, complète avantageusement les cahiers.


Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />

2. La liaison 3 e /secon<strong>de</strong><br />

La liaison entre le collège <strong>et</strong> le Lycée est souvent redoutée<br />

par les élèves. C’est un cap essentiel dans l’orientation <strong>de</strong>s<br />

élèves.<br />

Intérêts d’un logiciel intercycles<br />

– Pour les élèves : les élèves utilisent <strong>de</strong>s outils similaires en<br />

changeant d’établissement, c’est un facteur <strong>de</strong> transition non<br />

négligeable. Par ailleurs, les versions <strong>de</strong>s autres cycles étant<br />

libres <strong>et</strong> gratuites, elles aussi, <strong>et</strong> surtout inter opérables, les<br />

professeurs peuvent déjà utiliser <strong>de</strong>s exercices <strong>de</strong>s autres<br />

cycles quand ils le jugent opportun.<br />

– Pour les professeurs : les stages <strong>de</strong> formation inter -<br />

catégoriels ou intercycles sont toujours difficiles à poursuivre<br />

dans la durée. En perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong>s concertations en partie<br />

centrées sur <strong>de</strong>s outils communs, Mathenpoche développe<br />

les connaissances réciproques <strong>de</strong>s professeurs <strong>de</strong>s différents<br />

cycles.<br />

– Pour la programmation : mener une réflexion globale <strong>de</strong><br />

développement intercycles perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> prendre en<br />

considération les obstacles pédagogiques ou didactiques<br />

inhérents à ces transitions.<br />

Expérimentations académiques<br />

Description<br />

1. L'installation<br />

Mathenpoche est installé sur un serveur dédié du rectorat,<br />

principalement pour faciliter les mises à jour du logiciel. Un<br />

nom <strong>de</strong> domaine "officiel" pour accé<strong>de</strong>r aux pages est déjà<br />

réservé.<br />

2. La participation <strong>de</strong>s professeurs<br />

Elle n'est aucunement obligatoire <strong>et</strong> reste sur la base du<br />

volontariat. Elle se fait par une simple inscription en ligne<br />

(personnelle ou via le responsable Mathenpoche <strong>de</strong><br />

l'établissement.<br />

3. Procédure d'inscription<br />

Inscription en ligne via un formulaire :<br />

− Le nom d'utilisateur est envoyé par courriel à l'adresse<br />

professionnelle du professeur.<br />

− Le mot <strong>de</strong> passe <strong>de</strong> connexion est envoyé par courriel.<br />

− Parallèlement à l'envoi <strong>de</strong> ces i<strong>de</strong>ntifiants, le professeur<br />

est automatiquement inscrit à une liste <strong>de</strong> diffusion<br />

dédiée à l'expérimentation, afin <strong>de</strong> favoriser les échanges<br />

entre les participants.<br />

4. Responsable Mathenpoche<br />

Dans chaque établissement qui comptera <strong>de</strong>s participants à<br />

l'expérimentation, un responsable privilégié est désigné; par<br />

défaut, c'est le premier <strong>de</strong> l'établissement qui s'inscrit. À ce<br />

titre, il possè<strong>de</strong> <strong>de</strong>s droits supplémentaires :<br />

– Possibilité <strong>de</strong> création <strong>de</strong>s classes par incorporation <strong>de</strong>s<br />

fichiers GEP 11 (celles <strong>de</strong> tous les collègues <strong>de</strong><br />

l'établissement) ;<br />

– Possibilité d'inscriptions groupées au programme (pour<br />

ai<strong>de</strong>r ses collègues) ;<br />

– Possibilité <strong>de</strong> modifier les i<strong>de</strong>ntifiants <strong>de</strong>s collègues <strong>de</strong><br />

son établissement ;<br />

– Possibilité <strong>de</strong> nommer un autre responsable au sein <strong>de</strong><br />

l'établissement.<br />

5. Rôle du coordonnateur <strong>de</strong> l'expérimentation<br />

– Développer l'interface d'inscription ;<br />

– Accompagner les utilisateurs dans leur prise en main du<br />

logiciel, via la liste dédiée au rectorat ;<br />

– Assurer la liaison avec l’équipe <strong>de</strong>s développeurs <strong>de</strong><br />

Mathenpoche (r<strong>et</strong>ours <strong>de</strong> bogues ou <strong>de</strong> suggestions<br />

d'amélioration par exemple) ;<br />

– Formation <strong>de</strong> formateurs lors <strong>de</strong> réunions d'information<br />

pour qu'ils puissent à leur tour former leurs collègues <strong>et</strong><br />

faire connaître le programme ;<br />

– Mises à jour <strong>et</strong> maintenance du serveur.<br />

6. Évaluation du proj<strong>et</strong><br />

Elle est laissée à la charge <strong>de</strong> l'Inspection Académique qui<br />

évaluera l'impact du logiciel sur les professeurs <strong>et</strong> les élèves<br />

lors <strong>de</strong> leurs différentes visites dans les établissements. Le<br />

protocole reste à déterminer.<br />

7. Évolution possible<br />

L’évolution suivante a été envisagée :<br />

Création d'un annuaire LDAP 12 pour faciliter, à terme,<br />

l'installation sur les serveurs SLIS 13 <strong>de</strong>s établissements.<br />

Statistiques<br />

Des dizaines <strong>de</strong> réunions <strong>de</strong> présentation, réparties dans les<br />

différentes académies, ont eu lieu à partir <strong>de</strong> novembre 2004.<br />

Pour chacune d’elles, sur simple invitation <strong>de</strong>s inspecteurs, le<br />

taux <strong>de</strong> représentation <strong>de</strong>s établissements a été supérieur à<br />

60 %.<br />

En ce qui concerne l’utilisation <strong>de</strong> Mathenpoche ,pour<br />

l'année scolaire 2005/2006 :<br />

11 Gestion <strong>de</strong>s Établissements Publics<br />

12 Lightweight Directory Access Protocol<br />

13 Serveur <strong>de</strong> communications Linux pour l'Intern<strong>et</strong> scolaire<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 93 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />

− 2 420 professeurs inscrits,<br />

− 921 collèges concernés,<br />

− 5 770 classes enregistrées,<br />

− 110 800 élèves inscrits,<br />

− 1 714 000 exercices faits <strong>et</strong><br />

− 11 324 séances programmées.<br />

Expérimentation nationale 14<br />

Les enseignants <strong>de</strong>s autres académies (<strong>et</strong> <strong>de</strong> l'étranger) se<br />

voient proposer le même service sur un serveur gracieusement<br />

mis à disposition par le Centre <strong>de</strong> Ressources<br />

Informatiques <strong>de</strong> Haute-Savoie 15.<br />

Statistiques<br />

− 1 583 professeurs inscrits,<br />

− 997 collèges concernés,<br />

− 5 746 classes enregistrées,<br />

− 88 300 élèves inscrits,<br />

− 1 319 464 exercices faits <strong>et</strong><br />

− 8 878 séances programmées.<br />

Groupes <strong>de</strong> recherche<br />

IREM <strong>de</strong> Strasbourg<br />

Le groupe « Scenarii pour Mathenpoche » est constitué<br />

d'enseignants <strong>de</strong> collège ; il travaille à la création <strong>de</strong> scénarios<br />

pour Mathenpoche 4°, chapitre "calcul littéral", qui seront<br />

traités par la suite.<br />

IREM <strong>de</strong> Lille<br />

Ce groupe s'est fixé comme objectifs :<br />

- <strong>de</strong> se pencher sur la question <strong>de</strong> la pertinence <strong>de</strong> l’utilisation<br />

<strong>de</strong> l’informatique dans l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> (si<br />

l’ordinateur perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> différencier les exercices <strong>et</strong> l’ai<strong>de</strong> à<br />

apporter pour chaque élève, alors Mathenpoche est une ai<strong>de</strong><br />

pour les élèves);<br />

- <strong>de</strong> réfléchir à l’utilisation <strong>de</strong> ce logiciel : à quel moment<br />

dans la classe ? pour quels élèves ? les élèves font-ils<br />

réellement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ? Est-ce pour renforcer une<br />

notion ? lui donner du sens ? la découvrir ?<br />

- d'étudier plus particulièrement les chapitres concernant<br />

« Entiers <strong>et</strong> décimaux » du logiciel Mathenpoche.<br />

14 Accès élève : http://mathenpochereseau.sesamath.n<strong>et</strong>/gestion/<br />

Accès professeur : http://mathenpochereseau.sesamath.n<strong>et</strong>/interface_formateur/<br />

15 http://www.cri74.org/<br />

IREM <strong>de</strong> Montpellier<br />

Ce groupe s'est fixé comme objectifs :<br />

– <strong>de</strong> travailler à l'élaboration <strong>de</strong> documents d'accompagnement<br />

<strong>de</strong>stinés aux enseignants, présentant <strong>de</strong>s scénarios<br />

d’intégration au cours <strong>et</strong> en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong> l’établissement ; ces<br />

documents contiendraient :<br />

une fiche professeur avec les compétences exigibles ;<br />

une fiche élève ;<br />

un scénario d'usage décrivant chaque phase <strong>de</strong> la<br />

séquence avec les phases d'utilisation <strong>de</strong> Mathenpoche,<br />

les phases <strong>de</strong> travail papier/crayon, les différents<br />

lieux... ;<br />

– d'utiliser Mathenpoche en situation avec les classes dont<br />

les animateurs ont la charge ;<br />

– <strong>de</strong> réfléchir aux différents types d'ai<strong>de</strong> utilisables par les<br />

élèves ;<br />

– <strong>de</strong> répondre aux questions :<br />

Pourquoi utiliser Mathenpoche ?<br />

Quels sont ses avantages <strong>et</strong> ses inconvénients par<br />

rapport aux autres logiciels ?<br />

IREM <strong>de</strong> Reims<br />

Écriture <strong>de</strong> scénarios pour Mathenpoche 2n<strong>de</strong>, triangles<br />

isométriques.<br />

IREM <strong>de</strong> Paris Nord<br />

Évaluation, observation <strong>et</strong> proposition d'amélioration du<br />

chapitre Axes <strong>de</strong> symétrie <strong>de</strong> Mathenpoche 6 e.<br />

IREM <strong>de</strong> Rennes<br />

Utilisation <strong>de</strong> Mathenpoche en 6 e /5 e pour l'enseignement <strong>de</strong><br />

la proportionnalité, expérimentations - analyse critique –<br />

propositions.<br />

Commission Inter IREM<br />

Une Commission Inter IREM Mathenpoche coordonne les<br />

actions <strong>de</strong> ces différents groupes 16.<br />

DidmaR, Équipe <strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> Rennes<br />

Groupe <strong>de</strong> recherche associant l'INRP 17, l'IUFM <strong>de</strong> Br<strong>et</strong>agne<br />

<strong>et</strong> l'équipe <strong>de</strong> didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> Rennes.<br />

Les travaux <strong>de</strong> ce groupe portent sur l'emploi <strong>de</strong> produits<br />

multimédia en CM2 <strong>et</strong> en sixième. Dans ce cadre, le groupe a<br />

r<strong>et</strong>enu Mathenpoche comme premier suj<strong>et</strong> d'étu<strong>de</strong>.<br />

Le travail sera centré sur le thème <strong>de</strong> la proportionnalité.<br />

16 http://cii.sesamath.n<strong>et</strong>/<br />

17 Institut national <strong>de</strong> recherche pédagogique<br />

Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 94 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur une construction <strong>de</strong><br />

carrés magiques diaboliques<br />

Les carrés magiques ont traversé les siècles <strong>et</strong> les cultures <strong>de</strong>puis l’Extrême-Orient<br />

jusqu’à l’Occi<strong>de</strong>nt. Passe-temps, obj<strong>et</strong>s symboliques, magiques ou <strong>mathématiques</strong>,<br />

ils continuent d’intriguer. Parmi la multitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> rec<strong>et</strong>tes que leur construction a<br />

suscitées, nous nous intéressons ici aux carrés magiques dits affines, dont la<br />

construction est basée sur les propriétés élémentaires du parallélisme dans un plan<br />

affine paramétré par un anneau.<br />

Julien<br />

Constantin,<br />

Université <strong>de</strong><br />

Sherbrooke<br />

julien@vi<strong>de</strong>otron.<br />

ca<br />

L<br />

a construction <strong>de</strong>s carrés magiques<br />

affines est décrite dans [1] <strong>et</strong> le présent<br />

texte y fait suite. Nous ferons d’abord<br />

un rappel du principe <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te construction <strong>de</strong><br />

carrés magiques <strong>et</strong> panmagiques. Nous verrons<br />

ensuite comment dans ce cadre obtenir,<br />

lorsque c’est possible, <strong>de</strong>s carrés diaboliques.<br />

§1 Construction <strong>de</strong> carrés<br />

magiques affines<br />

Un carré semi-magique d’ordre n est un<br />

carré <strong>de</strong> n 2 cases où apparaissent, chacun dans<br />

sa case, les entiers 0, 1, 2, 3, … , n 2 – 1, <strong>de</strong> telle<br />

façon que toutes les lignes <strong>et</strong> les colonnes<br />

aient la même somme. On voit aisément que<br />

c<strong>et</strong>te somme doit être S n = n(n 2 – 1)/2. Si, <strong>de</strong><br />

plus, chacune <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux diagonales du carré a<br />

aussi c<strong>et</strong>te somme, le carré est magique.<br />

Voici comment construire un tel carré à partir<br />

d’une inspiration proprement géométrique.<br />

On y voit le carré comme un plan, les n 2 cases<br />

étant les points <strong>de</strong> ce plan.<br />

1 ♦ Il faut d’abord choisir un anneau<br />

commutatif A à n éléments.<br />

L’anneau Zn <strong>de</strong>s entiers modulo n fait très<br />

souvent l’affaire dans le cas d’un n impair.<br />

2 ♦ On dispose les éléments <strong>de</strong> A le long du<br />

bord inférieur du carré, chaque élément<br />

correspondant à une colonne. De même, on<br />

place à notre gré les éléments <strong>de</strong> A le long du<br />

côté gauche du carré, chaque élément<br />

correspondant à une ligne.<br />

On définit ainsi, comme en géométrie<br />

analytique, une abscisse <strong>et</strong> une ordonnée,<br />

chaque case du carré étant repérée par un<br />

couple (x, y) d’éléments <strong>de</strong> A. La figure 1a<br />

illustre ce procédé dans le cas où n = 7,<br />

l’anneau A étant celui <strong>de</strong>s entiers modulo<br />

7 <strong>et</strong> les éléments <strong>de</strong> Z7 étant placés dans<br />

l’ordre « naturel » le long <strong>de</strong>s axes. On y a<br />

par exemple marqué le point (4,1) en gris.<br />

Les lignes du carré sont les droites <strong>de</strong> pente<br />

0, les colonnes sont les droites <strong>de</strong> pente ∞.<br />

Une droite <strong>de</strong> pente m ∈ A sera donnée par<br />

les solutions (x, y) d’une équation <strong>de</strong> la forme<br />

y = mx + b. Chaque droite contient exactement<br />

n points ; pour chaque m ∈ A, il y a<br />

précisément n droites <strong>de</strong> pente m puisqu’il y a<br />

n choix pour l’ordonnée à l’origine b ∈ A ;<br />

elles forment une partition du plan qu’on<br />

appelle le faisceau <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m.<br />

En incluant les pentes 0 <strong>et</strong> ∞, il y a n + 1<br />

pentes <strong>et</strong> donc en tout (n + 1)n droites. C’est<br />

ce qu’on appelle un plan affine lorsque n est<br />

un nombre premier.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 95 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

Fig.1a<br />

Fig.1b : C1 Fig.1c : C2<br />

La figure 1a montre, dans le cas où A = Z7, les 7 points <strong>de</strong><br />

la droite y = 3 x + 1.<br />

Ces points sont étiqu<strong>et</strong>és ou marqués<br />

par la l<strong>et</strong>tre b. Notez que si l’on i<strong>de</strong>ntifie, d’une part, le<br />

bord gauche <strong>et</strong> le bord droit du carré <strong>et</strong>, d’autre part, le<br />

bord supérieur <strong>et</strong> le bord inférieur, on peut voir le carré<br />

comme un tore <strong>et</strong> trouver facilement dans le cas présent<br />

les points <strong>de</strong> la droite sans faire <strong>de</strong> calcul : puisque c’est<br />

une droite <strong>de</strong> pente 3, il suffit, partant d’un point <strong>de</strong> la<br />

droite, d’avancer d’une case vers la droite <strong>et</strong> <strong>de</strong> monter <strong>de</strong><br />

3. La figure 1b montre le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />

pente 3, les étiqu<strong>et</strong>tes étant a, b, c, …f, g. On a fait le<br />

choix ici d’étiqu<strong>et</strong>er les points <strong>de</strong> la droite d’ordonnée à<br />

l’origine i par la (i + 1) ième l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> l’alphab<strong>et</strong>. C’est un<br />

choix arbitraire.<br />

Le point essentiel : dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />

pente m, <strong>de</strong>ux points ont la même étiqu<strong>et</strong>te si <strong>et</strong> seulement<br />

s’ils appartiennent à la même droite.<br />

3 ♦ Avec m1, m2 ∈ A, on construit les faisceaux étiqu<strong>et</strong>és C1<br />

<strong>et</strong> C2 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m1 <strong>et</strong> m2.<br />

Les figures 1b <strong>et</strong> 1c montrent, avec A = Z7, les faisceaux<br />

étiqu<strong>et</strong>és C1 <strong>et</strong> C2 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente 3 <strong>et</strong> 4.<br />

4 ♦ Les étiqu<strong>et</strong>tes <strong>de</strong> C1 étant vues comme <strong>de</strong>s variables, on<br />

leur donne <strong>de</strong>s valeurs <strong>de</strong> sorte que l’ensemble <strong>de</strong> ces valeurs<br />

soit précisément {0, 1, 2, …, n-1}. Et <strong>de</strong> même pour C2.<br />

Les figures 2a <strong>et</strong> 2b illustrent le résultat pour l’exemple <strong>de</strong>s<br />

figures 1b <strong>et</strong> 1c. Dans C1, on a posé a = 0, b = 1, c = 2,<br />

d= 3, e = 4, f = 5, g = 6.<br />

Dans C2 on a posé (a, b, c, d, e, f, g) = (3, 4, 0, 1, 2, 5, 6).<br />

Fig. 2a : C1 Fig. 2b : C2<br />

Fig. 2c : C<br />

5 ♦ On fait C = nC1 + C2, en voyant C1 <strong>et</strong> C2 comme <strong>de</strong>s<br />

matrices. Si, en cours <strong>de</strong> route, on a fait les bons choix, C<br />

sera magique <strong>et</strong> plus… Un carré magique C obtenu par ce<br />

procédé est dit affine ; C1 <strong>et</strong> C2 sont les carrés auxiliaires.<br />

C’est le cas du carré C <strong>de</strong> la fig. 2c obtenu à partir <strong>de</strong>s<br />

carrés <strong>de</strong>s figures 2a <strong>et</strong> 2b.<br />

Quelles conditions assurent le résultat cherché ? En voici,<br />

telles qu’établies dans [1].<br />

C1 Si m1 - m2 est inversible (ou simplement simplifiable) dans<br />

A, alors tous les entiers <strong>de</strong> 0 à n 2 – 1 apparaîtront dans C<br />

<strong>et</strong> sans répétition.<br />

C2 Si m1 <strong>et</strong> m2 sont inversibles (ou simplement simplifiables)<br />

dans A, alors C1 <strong>et</strong> C2 sont à somme constante, c’est-à-<br />

dire que toutes les lignes <strong>et</strong> colonnes <strong>de</strong> ces carrés ont la<br />

même somme Tn = 0 + 1+<br />

2 + ... + n ! 1 = ( n ! 1)<br />

n / 2.<br />

En conséquence<br />

C est semi-magique.<br />

C3 Si une diagonale <strong>de</strong> C1 est une droite <strong>de</strong> pente d <strong>et</strong> si<br />

m1 – d est inversible, alors c<strong>et</strong>te diagonale a aussi comme<br />

somme T n.<br />

En particulier, lorsque A = Z n, que les coordonnées sont<br />

dans l’ordre naturel, comme dans la figure 1a <strong>et</strong> comme nous<br />

le ferons toujours par la suite, <strong>et</strong> que m1, m2, m1 - m2 , m1 ± 1,<br />

m2 ± 1 sont inversibles, alors le carré C est magique, quelles<br />

que soient les valeurs données aux étiqu<strong>et</strong>tes selon l’étape 4.<br />

C’est ce qui s’est produit dans l’exemple précé<strong>de</strong>nt avec<br />

A = Z7 <strong>et</strong> les pentes 3 <strong>et</strong> 4 : le carré C <strong>de</strong> la figure 2c est<br />

magique. En fait, lorsque n est premier, toutes les conditions<br />

précé<strong>de</strong>ntes sont satisfaites avec <strong>de</strong>s pentes distinctes autres<br />

que 0 <strong>et</strong> ± 1; on peut obtenir ainsi (n!) 2 carrés magiques.<br />

Même si les conditions précé<strong>de</strong>ntes ne sont pas toutes<br />

satisfaites, on peut souvent obtenir un carré magique en<br />

faisant un choix judicieux <strong>de</strong>s valeurs données aux étiqu<strong>et</strong>tes<br />

à l’étape 4, comme le montrent plusieurs exemples donnés en<br />

[1].<br />

Terminons par une remarque souvent utile par la suite. Un<br />

anneau <strong>de</strong> coordonnées A étant donné, disons qu’une paire<br />

<strong>de</strong> points (x1, y1), (x2, y2) du carré a comme pente m ∈ A si<br />

(y2 - y1) = m(x2 - x1). C’est la définition usuelle en géométrie<br />

analytique. Notons cependant que si A n’est pas un corps,<br />

une paire <strong>de</strong> points peut avoir plusieurs pentes ! C’est le cas<br />

par exemple avec A = Z12 <strong>et</strong> 9 –3 = 2(5 – 2) = 6(5 –2).<br />

Lemme 1. Si m n’est pas une pente <strong>de</strong> la paire (x1, y1), (x2, y2),<br />

alors dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m, ces points n’ont pas<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 96 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

la même étiqu<strong>et</strong>te. Plus généralement, si aucune paire d’un ensemble E<br />

<strong>de</strong> points n’a la pente m, alors, dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />

pente m, toutes les étiqu<strong>et</strong>tes <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> E sont distinctes.<br />

En eff<strong>et</strong>, si (x1, y1), (x2, y2) avaient la même étiqu<strong>et</strong>te, ils<br />

appartiendraient à une même droite <strong>de</strong> pente m <strong>et</strong> d’équation<br />

y = mx + b. Mais alors y1 = mx1 + b <strong>et</strong> y2 = mx2 + b, d’où<br />

(y2 - y1) = m(x2 - x1) <strong>et</strong> m est une pente <strong>de</strong> la paire.<br />

§2 Pour assurer la panmagie<br />

Un carré d’ordre n est dit panmagique si ses 2n diagonales,<br />

brisées ou non, ont la somme magique. Par exemple, dans le<br />

carré <strong>de</strong> la figure 2c, les 7 nombres 5, 24, 42, 16, 41, 11, 29<br />

décrivent une diagonale <strong>de</strong>scendante brisée. De même les<br />

nombres 30, 18, 5, 35, 27, 8, 45 forment une diagonale<br />

montante brisée. Dans ce carré, toutes les diagonales brisées<br />

ou non ont comme somme 168 : ce carré est panmagique.<br />

On dit aussi pandiagonal ou diabolique, mais nous<br />

réserverons ce <strong>de</strong>rnier terme pour une propriété étudiée à la<br />

section suivante. Notons que si l’on voit toujours le carré<br />

comme un tore, les diagonales brisées per<strong>de</strong>nt leur air …<br />

brisé.<br />

Pour s’assurer <strong>de</strong> la panmagie, il suffit en principe <strong>de</strong><br />

résoudre pour C1, <strong>et</strong> aussi pour C2, le système <strong>de</strong> 2n<br />

équations linéaires à n inconnues <strong>et</strong> à coefficients entiers<br />

obtenu en écrivant, pour chaque diagonale, que la somme <strong>de</strong>s<br />

étiqu<strong>et</strong>tes y apparaissant vaut T n. Cela peut être assez lourd.<br />

Et seules les solutions où l’ensemble <strong>de</strong>s valeurs données aux<br />

étiqu<strong>et</strong>tes est exactement l’ensemble {0, 1, 2, …., n-1} sont<br />

acceptables. Heureusement, il y a bien <strong>de</strong>s cas où le problème<br />

peut se simplifier considérablement.<br />

Lemme 2. Si une diagonale L, brisée ou non, est une droite <strong>de</strong> pente<br />

d <strong>et</strong> si m – d est simplifiable, alors, dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites<br />

<strong>de</strong> pente m, toutes les étiqu<strong>et</strong>tes <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> L sont distinctes <strong>et</strong> la<br />

somme <strong>de</strong>s étiqu<strong>et</strong>tes sur L est T n.<br />

En eff<strong>et</strong>, soient (x1, y1), (x2, y2) <strong>de</strong>ux points distincts <strong>de</strong> L <strong>et</strong><br />

supposons L d’équation y = dx + b, alors (y2 - y1) = d(x2 - x1).<br />

Si la paire <strong>de</strong> points avait la pente m, on aurait<br />

(y2 - y1) = m(x2 - x1), d’où 0 = (m – d) (x2 - x1)<br />

<strong>et</strong>, puisque m – d est simplifiable, x1 = x2 <strong>et</strong> les points ne<br />

seraient pas distincts.<br />

Proposition 3. Si C = nC1 + C2 est un carré affine obtenu au<br />

moyen <strong>de</strong>s carrés auxiliaires C1 <strong>et</strong> C2, faisceaux <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m1<br />

<strong>et</strong> m2 respectivement, alors toute diagonale <strong>de</strong> C, brisée ou non, a la<br />

somme magique si elle est une droite <strong>de</strong> pente d <strong>et</strong> si m1 – d <strong>et</strong> m2 – d<br />

sont simplifiables.<br />

C’est une application directe du lemme précé<strong>de</strong>nt.<br />

Corollaire 4. Soient n un entier , <strong>et</strong> m1, m2 ∈ Z n avec m1, m2,<br />

m1 - m2, m1 ± 1, m2 ± 1 premiers avec n ; alors, si les coordonnées<br />

sont placées dans l’ordre naturel le long <strong>de</strong>s axes, le carré<br />

C = nC1 + C2 obtenu à partir <strong>de</strong>s carrés auxiliaires <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />

pente m1 <strong>et</strong> m2 est panmagique.<br />

En eff<strong>et</strong>, dans ce cas toutes les diagonales, brisées ou non,<br />

sont <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente 1 ou –1 <strong>et</strong> la proposition<br />

précé<strong>de</strong>nte s’applique.<br />

C’est le cas du carré <strong>de</strong> la figure 2c, avec le nombre premier 7<br />

<strong>et</strong> les pentes 3 <strong>et</strong> 4 : le carré est panmagique.<br />

L’article [1] est essentiellement consacré aux carrés<br />

panmagiques <strong>et</strong> on y trouve plusieurs résultats <strong>et</strong> exemples<br />

sur les équations perm<strong>et</strong>tant d’assurer la panmagie. On y<br />

montre en particulier comment construire <strong>de</strong>s carrés<br />

panmagiques affines pour tout n > 3 <strong>et</strong> non congru à 2<br />

modulo 4.<br />

§3 Pour assurer le diabolisme<br />

Souvent on essaie d’obtenir la somme magique avec d’autres<br />

configurations à n cases que les lignes, colonnes ou<br />

diagonales d’un carré d’ordre n. Ces configurations sont<br />

choisies davantage pour <strong>de</strong>s motifs d’ordre esthétique ou<br />

visuel que mathématique : on les souhaite d’une forme<br />

intéressante <strong>et</strong> aisément i<strong>de</strong>ntifiables à l’œil. Voici quelques<br />

configurations dans le cas n = 5.<br />

P<strong>et</strong>ite croix latine Gran<strong>de</strong> croix latine<br />

P<strong>et</strong>ite <strong>et</strong> Gran<strong>de</strong> croix <strong>de</strong> Saint-André<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 97 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

Fig. 3<br />

Chacune <strong>de</strong> ces configurations à 5 cases apparaît 5 2 fois dans<br />

un carré d’ordre 5, si l’on se rappelle toujours <strong>de</strong> voir le carré<br />

comme un tore. Pour une configuration donnée, on passe<br />

d’une apparition à une autre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te configuration en la<br />

faisant simplement glisser le long <strong>de</strong>s lignes <strong>et</strong> <strong>de</strong>s colonnes.<br />

La figure 4 présente un carré affine C d’ordre 5 obtenu à<br />

partir <strong>de</strong> Z5 <strong>et</strong> <strong>de</strong>s pentes 2 <strong>et</strong> 3 pour les carrés auxiliaires C1<br />

<strong>et</strong> C2. Dans ces <strong>de</strong>ux carrés, on a simplement donné<br />

l’étiqu<strong>et</strong>te j à la droite d’ordonnée à l’origine j.<br />

Le carré C est panmagique. De plus, les 25 p<strong>et</strong>ites croix<br />

latines qu’on peut y trouver ont toutes la somme magique. Il<br />

en est <strong>de</strong> même pour toutes les gran<strong>de</strong>s croix latines <strong>et</strong> toutes<br />

les p<strong>et</strong>ites ou gran<strong>de</strong>s croix <strong>de</strong> Saint-André. Ce qui, avec les<br />

lignes, les colonnes <strong>et</strong> les diagonales, donne 120 fois la<br />

somme magique. N’est-ce pas un peu diabolique ? Et cela se<br />

serait produit ici, quel que soit l’étiqu<strong>et</strong>age donné aux droites<br />

dans les carrés C1 <strong>et</strong> C2. Pourquoi en est-il ainsi ?


Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

exemplaires ainsi que pour toutes les gran<strong>de</strong>s croix latines <strong>et</strong><br />

4 2 0 3 1 4 1 3 0 2<br />

toutes les gran<strong>de</strong>s croix <strong>de</strong> Saint-André, car tous<br />

s’obtiennent, avec l’anneau Z5, par translation <strong>et</strong> homothétie<br />

3 1 4 2 0 3 0 2 4 1<br />

à partir <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux premières. Et voilà pourquoi ce carré<br />

panmagique est diabolique pour les p<strong>et</strong>ites <strong>et</strong> les gran<strong>de</strong>s<br />

2 0 3 1 4 2 4 1 3 0<br />

croix latines <strong>et</strong> <strong>de</strong> Saint-André. On peut constater que ce<br />

1 4 2 0 3 1 3 0 2 4<br />

carré est aussi diabolique pour ce qui paraît être d’autres<br />

configurations, comme celles <strong>de</strong> la figure 5. En réalité, 5a <strong>et</strong><br />

0 3 1<br />

C1<br />

4 2 0 2 4<br />

C2<br />

1 3<br />

5b montrent <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s croix latines si on les voit sur le tore<br />

<strong>et</strong> elles sont obtenues <strong>de</strong>s précé<strong>de</strong>ntes par translation. 5c<br />

vient d’une croix <strong>de</strong> Saint-André par une homothétie <strong>de</strong><br />

24 11 3 15 7<br />

rapport 3.<br />

18 5 22 14 1<br />

12 4 16 8 20<br />

6 23 10 2 19<br />

0 17 9 21 13<br />

C<br />

Fig. 4<br />

Un carré d’ordre n est diabolique pour une configuration <strong>de</strong><br />

n cases (autre qu’une ligne, colonne ou diagonale) si toutes<br />

les apparitions <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te configuration dans le carré (toujours<br />

vu comme un tore) ont la somme magique. C<strong>et</strong>te acception<br />

du terme diabolique, quoique moins courante, est utilisée dans<br />

[2] <strong>et</strong> [3], par exemple.<br />

Dans la suite, désignons par E un ensemble <strong>de</strong> n points ou<br />

cases du carré. Si aucune paire <strong>de</strong> points <strong>de</strong> E n’est <strong>de</strong> pente<br />

m ∈ A, on dira que E évite m. Avec A = Z5, la p<strong>et</strong>ite croix<br />

latine <strong>de</strong> la figure 3 évite les pentes 2 <strong>et</strong> 3, quelle que soit sa<br />

position dans le carré, <strong>et</strong> il en est <strong>de</strong> même pour la p<strong>et</strong>ite<br />

croix <strong>de</strong> Saint-André, comme on peut le vérifier<br />

visuellement. Le lemme suivant est utile pour voir si un carré<br />

est diabolique pour une configuration. Une translation <strong>de</strong><br />

vecteur (a, b) ∈ A×A du plan du carré est une application<br />

T a,b du plan en lui-même, définie par<br />

T a,b (x, y) = (x + a, y + b). De même, une homothétie <strong>de</strong><br />

rapport a ∈ A est une application H a telle que<br />

H a(x, y) = (ax, ay). En général, lorsque A ≠ Z n, ces<br />

applications peuvent « déformer » considérablement une<br />

configuration !<br />

Lemme 5. Si E évite m, alors toute translation ou toute homothétie<br />

<strong>de</strong> rapport simplifiable appliquée à E produit un ensemble qui évite<br />

aussi m.<br />

C’est une conséquence immédiate du fait très aisément<br />

vérifiable que l’application d’une telle translation ou<br />

homothétie à une paire <strong>de</strong> points ne change pas les pentes.<br />

Proposition 6. Si E évite m, alors, dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s<br />

droites <strong>de</strong> pente m, les étiqu<strong>et</strong>tes <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> E sont toutes différentes <strong>et</strong><br />

la somme <strong>de</strong> ses étiqu<strong>et</strong>tes est T n. En conséquence, si toutes les<br />

apparitions <strong>de</strong> la configuration E dans le carré évitent les pentes m1 <strong>et</strong><br />

m2, alors le carré C = nC1 + C2 construit à partir <strong>de</strong>s carrés étiqu<strong>et</strong>és<br />

<strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m1 <strong>et</strong> m2 est diabolique pour E.<br />

C’est une conséquence du lemme 1.<br />

Revenons à l’exemple <strong>de</strong> la figure 4. Aussitôt que l’on a<br />

constaté qu’un exemplaire <strong>de</strong> la p<strong>et</strong>ite croix latine <strong>et</strong> un<br />

exemplaire <strong>de</strong> la p<strong>et</strong>ite croix <strong>de</strong> Saint-André évitent les<br />

pentes 2 <strong>et</strong> 3, alors il en est ainsi pour tous les autres<br />

Fig. 5a Fig. 5b Fig. 5c<br />

Nous pouvons considérer beaucoup d’autres configurations.<br />

En voici quelques exemples, figure 6 pour n = 7, 9 <strong>et</strong> 11,<br />

figures 7 <strong>et</strong> 8 pour n = 7. Chacune <strong>de</strong> ces configurations à n<br />

cases apparaît n 2 fois dans un carré d’ordre n, si l’on se<br />

rappelle toujours <strong>de</strong> voir le carré comme un tore. On peut<br />

obtenir divers résultats comme ceux qui suivent.<br />

Corollaire 7. Avec A = Z n <strong>et</strong> n = 2k + 1, la p<strong>et</strong>ite croix latine à<br />

n cases (voir figure 6) évite les pentes k <strong>et</strong> k +1. En conséquence, le<br />

carré affine d’ordre n construit à partir <strong>de</strong>s carrés étiqu<strong>et</strong>és <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />

pente k <strong>et</strong> k + 1 est diabolique pour les p<strong>et</strong>ites croix latines à n cases <strong>et</strong><br />

pour les gran<strong>de</strong>s croix latines correspondantes obtenues par homothétie<br />

inversible. Ceci quel que soit l’étiqu<strong>et</strong>age.<br />

Fig.6 : p<strong>et</strong>ites croix latines pour n = 7, 9, 11<br />

Étau E Grille G<br />

Croix <strong>de</strong> Saint-André<br />

Fig. 7<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 98 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

<strong>et</strong> C2 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m1 = 4 <strong>et</strong> m2 = 5 respectivement,<br />

chaque droite d’ordonnée à l’origine i étant étiqu<strong>et</strong>ée Xi. Il<br />

s’agit maintenant <strong>de</strong> donner <strong>de</strong>s valeurs convenables à ces<br />

étiqu<strong>et</strong>tes <strong>et</strong> <strong>de</strong> produire les carrés C1 <strong>et</strong> C2 <strong>de</strong> la figure 11.<br />

Fig. 8a : Gran<strong>de</strong>s croix latines<br />

Fig. 8b : Fourche<br />

Revenons au carré magique C <strong>de</strong> la figure 2, avec n = 7. Un<br />

simple examen visuel montre que, à l’instar <strong>de</strong> la croix latine<br />

à gauche <strong>de</strong> la figure 6, l’étau <strong>et</strong> la grille <strong>de</strong> la figure 7 évitent<br />

les pentes 3 <strong>et</strong> 4. En conséquence, le carré C est diabolique<br />

pour toutes ces configurations ! Et comme les trois<br />

configurations <strong>de</strong> la figure 8 s’obtiennent <strong>de</strong> la p<strong>et</strong>ite croix<br />

latine <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’étau par <strong>de</strong>s homothéties <strong>de</strong> rapport 3 <strong>et</strong> 4 <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>s translations, le carré est aussi diabolique pour ces trois<br />

autres configurations. On pourrait continuer… Je laisse au<br />

lecteur le soin <strong>de</strong> compter combien <strong>de</strong> fois on obtient ainsi la<br />

somme magique.<br />

Ce n’est pas tout ! Superposons l’étau E <strong>et</strong> la grille G en leur<br />

donnant le même centre. Comme ces <strong>de</strong>ux ensembles <strong>de</strong><br />

cases ont la même somme magique, alors les ensembles E\G<br />

<strong>et</strong> G\E doivent avoir la même somme. Cela signifie que<br />

partout dans le carré C, la somme <strong>de</strong>s cases marquées ♠ dans<br />

un sous-carré 3×5 égale toujours celle <strong>de</strong>s cases marquées ♥<br />

(figure 9a). De même, en superposant la p<strong>et</strong>ite croix latine <strong>et</strong><br />

le sandwich, on obtient que la somme <strong>de</strong>s cases marquées ♦<br />

dans un quelconque sous-carré 5×3 est égale à celle <strong>de</strong>s cases<br />

marquées ♣ (figure 9b). On peut aisément trouver d’autres<br />

résultats du genre.<br />

♦<br />

♠ ♣ ♣<br />

♥ ♥ ♦ ♦<br />

♠ ♣ ♣<br />

♦<br />

Fig. 9a Fig. 9b<br />

On pourrait croire que la métho<strong>de</strong> se limite aux carrés<br />

d’ordre premier. Il n’en est rien. Considérons le cas n = 9.<br />

Deux anneaux se présentent à l’esprit : l’anneau Z9 <strong>de</strong>s<br />

entiers modulo 9 <strong>et</strong> le corps F9. Voici d’abord un exemple<br />

avec A = Z9. La figure 10 présente les faisceaux étiqu<strong>et</strong>és C1<br />

X8 X4 X0 X5 X1 X6 X2 X7 X3<br />

X7 X3 X8 X4 X0 X5 X1 X6 X2<br />

X6 X2 X7 X3 X8 X4 X0 X5 X1<br />

X5 X1 X6 X2 X7 X3 X8 X4 X0<br />

X4 X0 X5 X1 X6 X2 X7 X3 X8<br />

X3 X8 X4 X0 X5 X1 X6 X2 X7<br />

X2 X7 X3 X8 X4 X0 X5 X1 X6<br />

X1 X6 X2 X7 X3 X8 X4 X0 X5<br />

X0 X5 X1 X6 X2 X7 X3 X8 X4<br />

Fig. 10a : C1 : droites <strong>de</strong> pente 4<br />

X8 X3 X7 X2 X6 X1 X5 X0 X4<br />

X7 X2 X6 X1 X5 X0 X4 X8 X3<br />

X6 X1 X5 X0 X4 X8 X3 X7 X2<br />

X5 X0 X4 X8 X3 X7 X2 X6 X1<br />

X4 X8 X3 X7 X2 X6 X1 X5 X0<br />

X3 X7 X2 X6 X1 X5 X0 X4 X8<br />

X2 X6 X1 X5 X0 X4 X8 X3 X7<br />

X1 X5 X0 X4 X8 X3 X7 X2 X6<br />

X0 X4 X8 X3 X7 X2 X6 X1 X5<br />

Fig. 10b : C2 : droites <strong>de</strong> pente 5<br />

4 1 7 2 8 5 6 3 0<br />

3 0 4 1 7 2 8 5 6<br />

5 6 3 0 4 1 7 2 8<br />

2 8 5 6 3 0 4 1 7<br />

1 7 2 8 5 6 3 0 4<br />

0 4 1 7 2 8 5 6 3<br />

6 3 0 4 1 7 2 8 5<br />

8 5 6 3 0 4 1 7 2<br />

7 2 8 5 6 3 0 4 1<br />

Fig. 11a : C1 : droites <strong>de</strong> pente 4<br />

4 0 3 6 5 8 2 7 1<br />

3 6 5 8 2 7 1 4 0<br />

5 8 2 7 1 4 0 3 6<br />

2 7 1 4 0 3 6 5 8<br />

1 4 0 3 6 5 8 2 7<br />

0 3 6 5 8 2 7 1 4<br />

6 5 8 2 7 1 4 0 3<br />

8 2 7 1 4 0 3 6 5<br />

7 1 4 0 3 6 5 8 2<br />

Fig. 11b : C2 : droites <strong>de</strong> pente 5<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 99 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

40 9 66 24 77 53 56 34 1<br />

30 6 41 17 65 25 73 49 54<br />

50 62 29 7 37 13 63 21 78<br />

20 79 46 58 27 3 42 14 71<br />

10 67 18 75 51 59 35 2 43<br />

0 39 15 68 26 74 52 55 31<br />

60 32 8 38 16 64 22 72 48<br />

80 47 61 28 4 36 12 69 23<br />

70 19 76 45 57 33 5 44 11<br />

Carré magique issu <strong>de</strong>s faisceaux <strong>de</strong> pentes 4 <strong>et</strong> 5<br />

Croix latine Croix <strong>de</strong> Double croix<br />

Lorraine <strong>de</strong> St-André<br />

Fig. 12<br />

Comment a-t-on déterminé c<strong>et</strong> étiqu<strong>et</strong>age ? On s’est inspiré<br />

<strong>de</strong> la proposition 3 <strong>et</strong> du corollaire 4 : ici m1, m2, m1 - m2,<br />

m1 + 1, m2 - 1 étant premiers avec n, seuls m1 – 1 <strong>et</strong> m2 + 1<br />

peuvent causer problème pour obtenir la panmagie : il s’agit<br />

<strong>de</strong>s diagonales montantes <strong>de</strong> C1 <strong>et</strong> <strong>de</strong>s diagonales<br />

<strong>de</strong>scendantes <strong>de</strong> C2. Si on écrit les équations exigeant que<br />

ces diagonales aient somme T9 = 0 + 1 + 2 +…+8 = 36, on<br />

obtient le système<br />

3(X0 +X3 + X6) = 36 X0 +X3 + X6 = 12<br />

3(X1 +X4 + X7) = 36 ou X1 +X4 + X7 = 12<br />

3(X2 +X5 + X8) = 36 X2 +X5 + X8 = 12<br />

Seules les solutions où {X0, X1, X2,…,X8} = {0, 1, 2, … , 8}<br />

conviennent. Il y en a 2592. Nous avons arbitrairement<br />

adopté la même solution pour C1 <strong>et</strong> C2, soit<br />

(X0, X1, X2,… , X8) = (7, 8, 6, 0, 1, 2, 5, 3, 4), ce qui donne<br />

les carrés <strong>de</strong> la figure 11. La formule C = C2 + 9×C1 produit<br />

finalement le carré panmagique du haut <strong>de</strong> la figure 12.<br />

Pour les trois configurations présentées au bas <strong>de</strong> la figure<br />

12, on constate visuellement qu’elles évitent les pentes 4 <strong>et</strong> 5.<br />

En vertu <strong>de</strong> la proposition 6, le carré panmagique <strong>de</strong> la figure<br />

12 est diabolique pour la croix latine, la croix <strong>de</strong> Lorraine <strong>et</strong><br />

la double croix <strong>de</strong> Saint-André, ainsi, bien sûr, que pour<br />

toutes les homothéties <strong>de</strong> ces configurations ! Et la métho<strong>de</strong><br />

produit 2592 2 tels carrés !<br />

Proposition 8. Si une configuration E évite la pente m <strong>et</strong> si m est<br />

inversible dans l’anneau, alors la configuration transposée tE, obtenue<br />

en changeant les lignes en colonnes <strong>et</strong> les colonnes en lignes, évite la pente<br />

m – 1.<br />

En eff<strong>et</strong>, on voit facilement qu’une paire <strong>de</strong> points <strong>de</strong> pente<br />

m <strong>de</strong>vient par transposition une paire <strong>de</strong> pente m – 1.<br />

Ainsi, puisque dans Z9, 4 – 1 = 7 <strong>et</strong> 5 – 1 = 2, tout carré affine<br />

d’ordre 9 construit avec Z9 <strong>et</strong> les pentes 7 <strong>et</strong> 2 est automatiquement<br />

diabolique pour les transposées <strong>de</strong>s trois configurations<br />

<strong>de</strong> la figure 12.<br />

Et que se passe-t-il si on utilise plutôt le corps F 9 à 9<br />

éléments ? Ce corps est formé <strong>de</strong> toutes les expressions <strong>de</strong> la<br />

forme bα + c où b, c ∈Z3 avec α 2 = 2α + 1. D’où l’on tire<br />

α 3 = 2α + 2, α 4 = 2, α 5 = 2α, α 6 = α + 2, α 7 = α + 1,<br />

α 8 = 1. Plaçons les coordonnées c 0, c 1, c 2, … , c 8 dans<br />

l’ordre 0, 1, 2, α, α + 1, α + 2, 2α, 2α + 1, 2α + 2 le long<br />

<strong>de</strong>s axes, regroupant ainsi les éléments suivant les classes<br />

modulo le sous-corps G = {0, 1, 2}, c’est-à-dire G suivi <strong>de</strong><br />

G+α = {α, α + 1, α + 2}, suivi <strong>de</strong><br />

G + 2α = {2α, 2α + 1, 2α + 2}.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 100 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

2α+2<br />

2α+1<br />

X8 X5 X2 X1 X7 X4 X3 X0 X6<br />

X7 X4 X1 X0 X6 X3 X5 X2 X8<br />

2α X6 X3 X0 X2 X8 X5 X4 X1 X7<br />

α+2<br />

α+1<br />

X5 X2 X8 X7 X4 X1 X0 X6 X3<br />

X4 X1 X7 X6 X3 X0 X2 X8 X5<br />

α X3 X0 X6 X8 X5 X2 X1 X7 X4<br />

2 X2 X8 X5 X4 X1 X7 X6 X3 X0<br />

1 X1 X7 X4 X3 X0 X6 X8 X5 X2<br />

0 X0 X6 X3 X5 X2 X8 X7 X4 X1<br />

0 1 2 α α+1 α+2 2α α 2 α 3<br />

Fig. 13a : Carré C1 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente α étiqu<strong>et</strong>ées par les Xi<br />

2α+2 X8 X4 X0 X7 X3 X2 X6 X5 X1<br />

2α+1 X7 X3 X2 X6 X5 X1 X8 X4 X0<br />

2α X6 X5 X1 X8 X4 X0 X7 X3 X2<br />

α+2 X5 X1 X6 X4 X0 X8 X3 X2 X7<br />

α+1 X4 X0 X8 X3 X2 X7 X5 X1 X6<br />

α X3 X2 X7 X5 X1 X6 X4 X0 X8<br />

2 X2 X7 X3 X1 X6 X5 X0 X8 X4<br />

1 X1 X6 X5 X0 X8 X4 X2 X7 X3<br />

0 X0 X8 X4 X2 X7 X3 X1 X6 X5<br />

0 1 2 α α+1 α+2 2α α 2 α 3<br />

Fig. 13b : Carré C2 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente α + 1<br />

La figure 13 présente les carrés étiqu<strong>et</strong>és <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente<br />

α <strong>et</strong> α + 1 respectivement. Par un trait plus gras, nous avons<br />

partitionné les <strong>de</strong>ux carrés 9 × 9 en sous-carrés <strong>de</strong> côté 3.


Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

Dans chacun toutes les étiqu<strong>et</strong>tes apparaissent. La<br />

proposition suivante l’explique.<br />

Proposition 9. Soit K un sous-corps d’un corps fini A <strong>et</strong> m ∈<br />

A\K. On suppose les coordonnées placées suivant les classes additives<br />

modulo K, comme illustré dans la figure 13 ; alors, pour le carré<br />

étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m, toutes les étiqu<strong>et</strong>tes sont distinctes dans<br />

chaque sous-carré d’ordre k = card (K) déterminé par le produit<br />

cartésien <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux classes.<br />

En eff<strong>et</strong>, si <strong>de</strong>ux points distincts (x1, y1), (x2, y2) d’un tel carré<br />

avaient la même étiqu<strong>et</strong>te, ils formeraient une paire <strong>de</strong> pente<br />

m <strong>et</strong> donc y2 - y1 = m(x2 - x1). Mais en vertu <strong>de</strong> la définition<br />

<strong>de</strong>s classes, on a x2 - x1, y2 - y1 ∈ K <strong>et</strong> donc m ∈ K.<br />

Ainsi, quelles que soient les valeurs données aux étiqu<strong>et</strong>tes<br />

dans les carrés <strong>de</strong> la figure 13, comme les sous-carrés <strong>de</strong> la<br />

partition ont 9 éléments, la somme <strong>de</strong>s étiqu<strong>et</strong>tes dans<br />

chacun sera toujours T9 : le carré C = C2 + 9×C1 sera<br />

magique <strong>et</strong> tous ces sous-carrés auront la somme magique.<br />

On voudrait plus : que le carré C soit panmagique <strong>et</strong> diabolique.<br />

Notons que pour les coordonnées c i on a ici, pour tout<br />

i, c i +3 = ci + α. On peut donc utiliser la proposition 6 <strong>de</strong> [1]<br />

ou, si l’on préfère, écrire directement les équations assurant la<br />

panmagie. Après simplification, on obtient pour C1 le<br />

système<br />

X0 + X4 + X8 = 12 X0 + X1 + X2 = 12<br />

X1 + X5 + X6 = 12 X3 + X4 + X5 = 12<br />

X2 + X3 + X7 = 12 X6 + X7 + X8 = 12<br />

Considérons les carrés<br />

X0 X1 X2 3 8 1<br />

X4 X5 X3 2 4 6<br />

X8 X6 X7 7 0 5<br />

Celui <strong>de</strong> droite est le carré magique d’ordre 3. Comme le<br />

système d’équations se ramène à trouver <strong>de</strong>ux partitions <strong>de</strong><br />

{0, 1, 2, …, 8} en trois classes <strong>de</strong> 3 éléments <strong>et</strong> <strong>de</strong> somme<br />

12, les lignes <strong>et</strong> les colonnes du carré magique <strong>de</strong> droite font<br />

parfaitement l’affaire : on assigne à chaque élément du carré<br />

<strong>de</strong> gauche l’élément correspondant du carré <strong>de</strong> droite, donnant<br />

ainsi <strong>de</strong>s valeurs convenables aux étiqu<strong>et</strong>tes du carré C1:<br />

on obtient la solution (X0, X1,…, X8)=(3, 8, 1, 6, 2, 4, 0, 5, 7).<br />

On peut obtenir 72 solutions en permutant les lignes du carré<br />

<strong>de</strong> gauche, ou encore en permutant ses colonnes, ou en le<br />

tournant d’un quart <strong>de</strong> tour. Un travail analogue avec<br />

C2 nous donne le système suivant, dont on a r<strong>et</strong>enu pour la<br />

suite la solution (3, 0, 6, 5, 2, 8, 4, 1, 7).<br />

X0 + X5 + X7 = 12 X0 + X4 + X8 = 12<br />

X1 + X3 + X8 = 12 X1 + X5 + X6 = 12<br />

X2 + X4 + X6 = 12 X2 + X3 + X7 = 12<br />

La figure 14 montre ce que <strong>de</strong>viennent les carrés C1, C2.<br />

Comme prévu, ils sont du type « sudoku ».<br />

On peut vérifier que le carré magique C = C2 + 9 × C1 <strong>de</strong> la<br />

figure 15 est panmagique <strong>et</strong> diabolique pour chacune <strong>de</strong>s<br />

trois configurations indiquées au bas <strong>de</strong> la figure. En fait, il<br />

se trouve que les quatre systèmes d’équations qui assurent<br />

dans C1 la panmagie <strong>et</strong> chacun <strong>de</strong>s trois diabolismes sont<br />

équivalents <strong>et</strong> il en est <strong>de</strong> même pour C2.<br />

2α+2 7 4 1 8 5 2 6 3 0<br />

2α+1 5 2 8 3 0 6 4 1 7<br />

2α 0 6 3 1 7 4 2 8 5<br />

α+2 4 1 7 5 2 8 3 0 6<br />

α+1 2 8 5 0 6 3 1 7 4<br />

α 6 3 0 7 4 1 8 5 2<br />

2 1 7 4 2 8 5 0 6 3<br />

1 8 5 2 6 3 0 7 4 1<br />

0 3 0 6 4 1 7 5 2 8<br />

0 1 2 α α 7 α 6 α 5 α 2 α 3<br />

Le carré C1 <strong>de</strong> pente α<br />

2α+2 7 2 3 1 5 6 4 8 0<br />

2α+1 1 5 6 4 8 0 7 2 3<br />

2α 4 8 0 7 2 3 1 5 6<br />

α+2 8 0 4 2 3 7 5 6 1<br />

α+1 2 3 7 5 6 1 8 0 4<br />

α 5 6 1 8 0 4 2 3 7<br />

2 6 1 5 0 4 8 3 7 2<br />

1 0 4 8 3 7 2 6 1 5<br />

0 3 7 2 6 1 5 0 4 8<br />

0 1 2 α α 7 α 6 α 5 α 2 α 3<br />

Le carré C2 <strong>de</strong> pente α + 1<br />

Fig. 14 : Les carrés C1 <strong>et</strong> C2 <strong>de</strong> pente α <strong>et</strong> α + 1 respectivement<br />

70 38 12 73 50 24 58 35 0<br />

46 23 78 31 8 54 43 11 66<br />

4 62 27 16 65 39 19 77 51<br />

44 9 67 47 21 79 32 6 55<br />

20 75 52 5 60 28 17 63 40<br />

59 33 1 71 36 13 74 48 25<br />

15 64 41 18 76 53 3 61 29<br />

72 49 26 57 34 2 69 37 14<br />

30 7 56 42 10 68 45 22 80<br />

Carré magique issu <strong>de</strong> C1 <strong>et</strong> C2 <strong>de</strong> la figure 14<br />

trois configurations : bloc <strong>et</strong> escaliers<br />

Fig. 15.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 101 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

Proposition 10. Soit G un sous-groupe additif d’un anneau A,<br />

t ∈ A \G <strong>et</strong> G1 = G + t. Supposons les coordonnées placées le long<br />

<strong>de</strong>s axes dans l’ordre <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> G , G1,<br />

G + t1,<br />

G1<br />

+ t1,<br />

G + t2<br />

, G1<br />

+ t2<br />

,... .<br />

Si m ∈ A \{0} est tel que ( 1 ) { 0}<br />

= ! " G G mG , alors,<br />

dans tout rectangle V = ( G + ti<br />

) " [ ( G + tk<br />

) ! ( G1<br />

+ tk<br />

) ] , toutes les<br />

étiqu<strong>et</strong>tes sont distinctes.<br />

Démonstration. Soit ( x 1 , y1),<br />

( x2<br />

, y2<br />

) ! V . Alors<br />

x 2 " x1<br />

! G <strong>et</strong> y 2 # y1<br />

" G ! G , comme on le voit facile-<br />

1<br />

α<br />

ment. Si ( x 1,<br />

y1),<br />

( x2<br />

, y2<br />

) ont la même étiqu<strong>et</strong>te, alors ils<br />

sont sur la même droite <strong>de</strong> pente m <strong>et</strong> donc<br />

y2 $ y1<br />

= m(<br />

x2<br />

$ x1)<br />

# mG " ( G ! G1)<br />

= { 0}<br />

<strong>et</strong> les points<br />

sont i<strong>de</strong>ntiques.<br />

6 α<br />

2 0 3 1 7 5 6 4<br />

5 α<br />

1 3 0 2 4 6 5 7<br />

4 α<br />

7 5 6 4 2 0 3 1<br />

2 1<br />

α<br />

4<br />

0<br />

6<br />

2<br />

5<br />

1<br />

7<br />

3<br />

1<br />

5<br />

3<br />

7<br />

0<br />

4<br />

2<br />

6<br />

3 α<br />

0<br />

3<br />

5<br />

6<br />

1<br />

7<br />

4<br />

2<br />

4<br />

7<br />

0<br />

6<br />

5<br />

6<br />

0<br />

3<br />

4<br />

2<br />

1<br />

7<br />

1<br />

2<br />

5<br />

3<br />

0<br />

0 α α3 1 α2 α4 α5 α6 Fig.16a : C1 : droites <strong>de</strong> pente α<br />

α6 0 3 4 7 6 5 2 1<br />

α5 2 1 6 5 4 7 0 3<br />

α4 7 4 3 0 1 2 5 6<br />

α2 5 6 1 2 3 0 7 4<br />

1 1 2 5 6 7 4 3 0<br />

α3 3 0 7 4 5 6 1 2<br />

α 6 5 2 1 0 3 4 7<br />

0 4 7 0 3 2 1 6 5<br />

Appliquons ce résultat à l’étu<strong>de</strong> d’un carré d’ordre 8. Le<br />

corps F 8 est formé <strong>de</strong>s 8 éléments <strong>de</strong> la forme aα2 + bα + c,<br />

où a, b, c ∈ Z2 = {0, 1} avec α3 = α + 1. On a α4 = α2 + α,<br />

α5 = α2 + α + 1, α6 = α2 + 1 <strong>et</strong> α7 = 1. Prenant le sousgroupe<br />

G = {0, α}, on place les coordonnées suivant les<br />

classes G, G1 = G + α3, G + α2, G1 + α2, c’est-à-dire dans<br />

l’ordre 0, α, α3, 1, α2, α4, α5, α6. Avec m = α ou α3, on a<br />

bien ( 1 ) { 0}<br />

= ! " G G mG <strong>et</strong> donc on est assuré, d’après la<br />

proposition précé<strong>de</strong>nte, que les 16 rectangles 4 × 2 dont les<br />

coordonnées du coin inférieur gauche sont dans {0, α3, α2, α5} ont toutes leurs étiqu<strong>et</strong>tes distinctes <strong>et</strong> ont donc chacun<br />

comme somme T8 = 28, quel que soit l’étiqu<strong>et</strong>age. Comme<br />

ici les <strong>de</strong>ux diagonales sont <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente 1 = -1, on<br />

obtient, en utilisant les pentes α <strong>et</strong> α3 pour les carrés<br />

auxiliaires C1 <strong>et</strong> C2, (9!) 2 = 131 681 894 400 carrés magiques<br />

partitionnés <strong>de</strong> plusieurs façons en blocs 4×2 <strong>de</strong> somme<br />

magique. Mais on veut davantage : que tous les blocs 4 × 2<br />

aient la somme magique. Pour cela, il faut un étiqu<strong>et</strong>age<br />

convenable. Après avoir écrit les systèmes d’équations reflétant<br />

c<strong>et</strong>te exigence dans C1 <strong>et</strong> dans C2, on trouve dans chaque<br />

cas 144 solutions. Elles ne sont pas toutes également<br />

intéressantes. Dans la figure 16, on a choisi pour C1<br />

l’étiqu<strong>et</strong>age (6, 5, 3, 0, 4, 7, 1, 2) <strong>et</strong> pour C2 l’étiqu<strong>et</strong>age<br />

(4, 6, 3, 1, 5, 7, 2, 0), dans chaque cas la iième étiqu<strong>et</strong>te étant<br />

celle <strong>de</strong> la droite ayant comme ordonnée à l’origine la iième coordonnée. Ces carrés auxiliaires produisent le carré <strong>de</strong> la<br />

figure 17a qui, on pourra le vérifier, est panmagique <strong>et</strong><br />

diabolique pour les trois configurations exhibées à la figure<br />

17b. De plus, les coins opposés <strong>de</strong> tous les sous-carrés <strong>de</strong><br />

côté 5 ont comme somme 63 = 82 – 1. Il faut noter qu’ici<br />

toutes les translations du plan affine déplacent dans le carré<br />

<strong>et</strong> sans les déformer les trois configurations <strong>de</strong> la figure 17b.<br />

0 α α 3 1 α 2 α 4 α 5 α 6<br />

Fig.16b : C2 : droites <strong>de</strong> pente α 3<br />

16 3 28 15 62 45 50 33<br />

10 25 6 21 36 55 40 59<br />

63 44 51 32 17 2 29 14<br />

37 54 41 58 11 24 7 20<br />

1 18 13 30 47 60 35 48<br />

27 8 23 4 53 38 57 42<br />

46 61 34 49 0 19 12 31<br />

52 39 56 43 26 9 22 5<br />

Fig.17a : Carré panmagique <strong>et</strong> diabolique pour les configurations <strong>de</strong><br />

la fig.17b.<br />

Fig. 17b : Bloc 4×2, sandwich <strong>et</strong> guirlan<strong>de</strong>.<br />

On pourrait continuer… Qu’on me perm<strong>et</strong>te plutôt <strong>de</strong><br />

conclure comme Descartes le fait dans sa Géométrie : « Mais<br />

ie ne m'arreste point a expliquer cecy plus en <strong>de</strong>tail, a cause<br />

que ie vous osterois le plaisir <strong>de</strong> l'apprendre <strong>de</strong> vous mesme »<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 102 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

Références<br />

[1] Constantin, Julien (2005). Carrés magiques : une construction<br />

géométrique. Bull<strong>et</strong>in AMQ, Vol. XLV, no 1, mars 2005.<br />

http://newton.mat.ulaval.ca/amq/bull<strong>et</strong>ins/mars05/car<br />

res.pdf<br />

[2] http://www.alain.granier2.free.fr/maths/logique/car<br />

remagique.doc<br />

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Carr%C3%A9_diabolique<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 103 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 104 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Présentation d’un site sur<br />

l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre<br />

pour les professeurs<br />

Nous avons élaboré un site pour les professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, <strong>de</strong>stiné à leur<br />

donner <strong>de</strong>s outils pour enseigner l'algèbre à <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> 11 à 16 ans. Ces outils<br />

sont constitués d'écrits théoriques sur l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre (à partir <strong>de</strong><br />

publications <strong>de</strong> recherche), d'analyse <strong>de</strong> programmes, d'éléments <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong><br />

classe <strong>et</strong> d'activités pour les élèves.<br />

Sylvie Coppé<br />

IUFM <strong>de</strong> Lyon <strong>et</strong><br />

UMR ICAR,<br />

équipe COAST,<br />

CNRS Université<br />

Lyon 2, France<br />

sylvie.coppe@<br />

univ-lyon2.fr<br />

D<br />

ans c<strong>et</strong>te communication, nous souhaitons<br />

présenter un site élaboré<br />

pour les professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>,<br />

<strong>de</strong>stiné à leur donner <strong>de</strong>s outils pour<br />

enseigner l’algèbre élémentaire à <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong><br />

collège en France (élèves <strong>de</strong> 11 à 16 ans).<br />

La conception <strong>de</strong> ce site fait partie d’un proj<strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> recherche pluridisciplinaire (associant les<br />

sciences physiques <strong>et</strong> la chimie) qui vise à<br />

produire <strong>de</strong>s documents, appelés « Outils pour<br />

le professeur », <strong>de</strong>stinés à ai<strong>de</strong>r les enseignants<br />

ou les formateurs dans leur pratique <strong>de</strong> classe<br />

en sciences <strong>et</strong> en <strong>mathématiques</strong> en prenant en<br />

compte <strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> recherche, notamment<br />

en didactique <strong>de</strong>s sciences. Nous souhaitons<br />

ainsi contribuer à la formation continue <strong>de</strong>s<br />

professeurs. Le nom <strong>de</strong> ce groupe <strong>de</strong><br />

recherche est SESAMES pour Situations<br />

d'Enseignement Scientifique : Activités <strong>de</strong><br />

Modélisation, d'Évaluation, <strong>de</strong> Simulation.<br />

Il est constitué <strong>de</strong> plusieurs groupes thématiques<br />

dans lesquels <strong>de</strong>s chercheurs <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

enseignants sont associés pour la production<br />

<strong>de</strong> documents. Ainsi, le groupe portant sur<br />

l’algèbre est constitué d’une chercheure, <strong>de</strong><br />

cinq professeurs <strong>et</strong> d’un doctorant. Pour c<strong>et</strong>te<br />

partie, les documents sont accessibles sur le<br />

site consultable à l'adresse suivante :<br />

http://web.lyon.iufm.fr/formation/UCDmat<br />

h//algebre/in<strong>de</strong>x.htm.<br />

1. Contexte <strong>de</strong> la recherche<br />

Depuis plus <strong>de</strong> dix ans, à Lyon, l'équipe<br />

COAST a mené <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> recherchedéveloppement<br />

dans l'objectif <strong>de</strong> produire <strong>de</strong>s<br />

documents pour les professeurs qui intègrent<br />

<strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> recherche en didactique <strong>de</strong>s<br />

sciences <strong>et</strong> qui soient directement utilisables.<br />

Ces proj<strong>et</strong>s, dont la question générale porte<br />

sur l’articulation entre activités <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong><br />

pratiques d’enseignement, ont la particularité<br />

d’associer <strong>de</strong>s enseignants <strong>et</strong> <strong>de</strong>s chercheurs au<br />

travail <strong>de</strong> conception <strong>et</strong> d’expérimentation. Ils<br />

ont permis <strong>de</strong> développer ce que nous avons<br />

appelé <strong>de</strong>s « outils » pour les professeurs. Le<br />

travail <strong>de</strong> conception <strong>de</strong> ces outils nécessite <strong>de</strong><br />

m<strong>et</strong>tre simultanément en œuvre <strong>de</strong>s résultats<br />

<strong>de</strong> recherche très divers : <strong>de</strong>s analyses<br />

épistémologiques sur le savoir, <strong>de</strong>s analyses<br />

didactiques sur certains obj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> savoir, <strong>de</strong>s<br />

hypothèses d’apprentissage, <strong>de</strong>s connaissances<br />

sur les représentations <strong>de</strong>s élèves ou sur les<br />

erreurs, <strong>et</strong> <strong>de</strong>s connaissances sur les pratiques<br />

professionnelles.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 105 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />

Le travail <strong>de</strong>s groupes se fait à plusieurs niveaux. Chaque<br />

groupe thématique se réunit régulièrement <strong>et</strong> produit <strong>de</strong>s<br />

documents pour les professeurs. Avant d’être mis sur le site,<br />

tous les documents sont discutés <strong>et</strong> les activités proposées<br />

sont expérimentées dans les classes. Les productions <strong>de</strong>s<br />

élèves sont conservées <strong>et</strong> quelques séances sont filmées.<br />

Des réunions <strong>de</strong> coordination regroupant les responsables <strong>de</strong>s<br />

sous-groupes <strong>et</strong> tous les chercheurs associés <strong>et</strong> doctorants<br />

sont organisées pour faire émerger <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong> recherche<br />

portant, par exemple, sur les conditions <strong>de</strong> la diffusion <strong>de</strong>s<br />

outils ou sur les pratiques professionnelles.<br />

Enfin, <strong>de</strong>s réunions plénières regroupant l'ensemble <strong>de</strong>s<br />

enseignants <strong>et</strong> <strong>de</strong>s chercheurs ont lieu <strong>de</strong>ux fois par an pour<br />

informer <strong>de</strong>s productions <strong>et</strong> <strong>de</strong> l'avancement du travail, pour<br />

harmoniser la présentation <strong>de</strong>s documents <strong>et</strong> pour favoriser<br />

<strong>de</strong>s collaborations entre sous-groupes.<br />

2. Pour le groupe Mathématiques: enseignement<br />

<strong>de</strong> l’algèbre au collège <strong>et</strong> en secon<strong>de</strong><br />

Nous sommes partis d’un premier constat <strong>de</strong> départ selon<br />

lequel les élèves <strong>de</strong> 2 n<strong>de</strong> (élèves <strong>de</strong> 15-16 ans) semblent avoir<br />

<strong>de</strong>s difficultés importantes pour mobiliser leurs connaissances<br />

algébriques pour résoudre <strong>de</strong>s problèmes. En particulier, il<br />

semble que les élèves <strong>de</strong>s classes <strong>de</strong> 3 e (élèves <strong>de</strong> 14-15 ans)<br />

ou <strong>de</strong> 2 n<strong>de</strong> ont du mal à introduire une l<strong>et</strong>tre dans un<br />

problème si on ne la leur donne pas. Ceci provient<br />

certainement du fait que, d’une part, l’aspect modélisation est<br />

peu mis en avant actuellement lors <strong>de</strong> l’introduction <strong>de</strong><br />

l’algèbre élémentaire <strong>et</strong> que, d’autre part, les types <strong>de</strong> tâches<br />

portant sur l’aspect purement technique du calcul algébrique<br />

prennent le pas sur d’autres types <strong>de</strong> tâches qui donneraient<br />

du sens à la pratique algébrique.<br />

Or, en France, dans les programmes actuels du collège, il y a<br />

un découpage important <strong>de</strong>s notions algébriques qui, selon<br />

nous, ne favorise pas les liens entre les notions abordées ou<br />

leur utilisation: par exemple, sur le calcul algébrique, on<br />

n’abor<strong>de</strong> pas en même temps développement <strong>et</strong> factorisation;<br />

il y a une séparation d’une année. De plus, jusqu’à présent les<br />

processus <strong>de</strong> preuve en algèbre étaient peu mis en avant; il<br />

semble que les concepteurs <strong>de</strong>s programmes aient pris<br />

conscience <strong>de</strong> ce fait puisqu’on trouve dans les nouveaux<br />

programmes <strong>de</strong> 4 e qui seront appliqués en septembre 2007<br />

une injonction à l’ « Utilisation du calcul littéral pour prouver<br />

un résultat général ».<br />

Dans les manuels, on peut constater que les problèmes posés<br />

aux élèves ne nécessitent pas toujours le recours à<br />

l’introduction d’une équation, car ils peuvent facilement être<br />

résolus par d’autres métho<strong>de</strong>s notamment arithmétiques.<br />

Enfin, la plupart du temps, on indique quelle est l’inconnue<br />

qui doit être introduite sous la forme «appelle x… ».<br />

Voici un exemple assez fréquent d’un problème qui ne<br />

nécessite pas une mise en équation :<br />

Je pense à un nombre, je lui ajoute 34, je multiplie par 7 le résultat <strong>et</strong> je<br />

trouve 112. Quel était le nombre <strong>de</strong> départ ?<br />

Ce problème peut être facilement résolu par une procédure<br />

qui consiste à "remonter" les calculs 112 : 7 = 16 <strong>et</strong><br />

16 – 34 = -18. Ainsi, on voit bien que l’introduction d’une<br />

l<strong>et</strong>tre <strong>et</strong> d’une équation n’est pas une procédure indispensable<br />

pour c<strong>et</strong> exercice. Or ce type d’exercice est souvent celui<br />

choisi par les manuels pour introduire les équations. Enfin,<br />

très souvent les nombres qui interviennent dans les<br />

problèmes sont <strong>de</strong>s entiers <strong>et</strong> la solution est souvent, elle<br />

aussi, un nombre entier peu élevé, ce qui perm<strong>et</strong> <strong>et</strong> renforce<br />

<strong>de</strong>s procédures par essais peu coûteuses.<br />

De la même façon, concernant les systèmes d’équations,<br />

Coulange, 1997 a montré une gran<strong>de</strong> uniformité sur la forme<br />

<strong>de</strong>s problèmes qui peuvent être résolus par un système qui<br />

entraîne <strong>de</strong>s eff<strong>et</strong>s <strong>de</strong> contrat importants <strong>et</strong> qui laisserait<br />

penser que m<strong>et</strong>tre en équation se fait par une simple<br />

traduction pas à pas <strong>de</strong> l’énoncé.<br />

Comme dans les programmes, les types <strong>de</strong> tâches relevant<br />

<strong>de</strong>s preuves en algèbre sont très peu représentés dans les<br />

manuels <strong>et</strong> l’existence <strong>de</strong>s théorèmes d’algèbre est souvent<br />

ignorée. On fait comme s’il n’y avait pas <strong>de</strong> théorèmes ou <strong>de</strong><br />

règles en algèbre alors qu’on travaille beaucoup sur les<br />

propriétés en géométrie. De la même façon, on trouve peu<br />

d’incitation à employer <strong>de</strong>s procédures <strong>de</strong> vérifications<br />

(Coppé, 1993) même si dans le programme il est<br />

explicitement indiqué que les élèves doivent savoir tester une<br />

égalité. Or il nous semble que travailler sur les vérifications<br />

perm<strong>et</strong>, au <strong>de</strong>là <strong>de</strong> savoir si les résultats sont plausibles pour<br />

l’élève, <strong>de</strong> donner du sens notamment à la notion <strong>de</strong> variable<br />

(Chalancon <strong>et</strong> al., 2002). Cela pourrait donc être une façon <strong>de</strong><br />

travailler sur la notion <strong>de</strong> variable.<br />

Tous ces constats <strong>et</strong> d’autres étu<strong>de</strong>s théoriques (Vergnaud,<br />

1989, Chevallard, 1985, 1989, 1990, Gascon, 1993) nous<br />

amènent à penser que l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre au collège<br />

ne semble pas problématisé, qu’il est souvent rabattu sur <strong>de</strong> la<br />

technique algébrique, que les questions <strong>de</strong> continuité /<br />

rupture entre arithmétique <strong>et</strong> algèbre sont peu prises en<br />

compte dans la pratique habituelle <strong>de</strong>s professeurs, que les<br />

erreurs <strong>de</strong>s élèves sont peu reconnues <strong>et</strong> analysées par les<br />

professeurs.<br />

Les documents élaborés <strong>et</strong> diffusés sur le site visent donc à<br />

perm<strong>et</strong>tre aux professeurs <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en place <strong>de</strong>s activités<br />

dans les classes prenant en compte ces différentes questions.<br />

Notons que nous employons le terme "activités" dans un<br />

sens large : <strong>de</strong>s exercices, <strong>de</strong>s problèmes, mais aussi <strong>de</strong>s types<br />

<strong>de</strong> problèmes avec une gestion <strong>de</strong> classe associée.<br />

Cependant, nous pensons que les documents proposés ne<br />

doivent pas se réduire, comme dans les manuels, aux textes<br />

<strong>de</strong>s problèmes. Nous avons donc rajouté d’autres<br />

documents :<br />

- une liste <strong>de</strong> sept principes qui gui<strong>de</strong>nt nos choix<br />

d'activités à m<strong>et</strong>tre en œuvre dans les classes,<br />

- <strong>de</strong>s écrits théoriques provenant notamment <strong>de</strong>s travaux<br />

<strong>de</strong> recherche sur l’algèbre,<br />

- <strong>de</strong>s analyses <strong>de</strong> programmes,<br />

- <strong>de</strong>s éléments concernant la gestion <strong>de</strong> la classe,<br />

- une bibliographie <strong>de</strong>s travaux sur l’algèbre.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 106 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />

De plus, dans les propositions d'activités pour la classe, nous<br />

avons intégré une analyse en fonction <strong>de</strong>s principes, <strong>de</strong>s<br />

propositions <strong>de</strong> déroulement, <strong>de</strong>s <strong>de</strong>scriptions <strong>de</strong> procédures<br />

d'élèves <strong>et</strong> <strong>de</strong>s prolongements possibles. Les commentaires<br />

doivent perm<strong>et</strong>tre au professeur <strong>de</strong> s’approprier le problème<br />

posé avec toutes ses caractéristiques, notamment les choix<br />

<strong>de</strong>s variables didactiques ainsi que <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong><br />

classe. Les <strong>de</strong>scriptions <strong>de</strong> procédures d’élèves doivent<br />

perm<strong>et</strong>tre au professeur <strong>de</strong> mieux comprendre les enjeux <strong>de</strong>s<br />

activités proposées <strong>et</strong> d’anticiper les réactions <strong>de</strong>s élèves.<br />

L’entrée dans le site peut se faire à plusieurs niveaux : par les<br />

principes, par <strong>de</strong>s thèmes <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> par les activités,<br />

par niveau <strong>de</strong> classe. Nous proposons donc un plan qui n'est<br />

plus tout à fait celui <strong>de</strong>s manuels qui proposent, en général,<br />

un chapitre sur le calcul algébrique puis un chapitre sur les<br />

équations/inéquations, puis sur les fonctions. Nous avons<br />

également en tête ce découpage, mais nous envisageons<br />

davantage l'introduction <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre <strong>et</strong> la pratique du calcul<br />

algébrique comme un outil pour résoudre <strong>de</strong>s<br />

équations/inéquations <strong>et</strong> pour les fonctions.<br />

3. Présentation <strong>de</strong>s principes<br />

Nous avons énoncé sept principes qui nous paraissent<br />

essentiels pour perm<strong>et</strong>tre un enseignement <strong>de</strong> l'algèbre qui<br />

montre aux élèves l'utilité <strong>et</strong> la force <strong>de</strong> l’outil algébrique <strong>et</strong><br />

qui justifient nos choix. Ces principes sont <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux types : 1<br />

<strong>et</strong> 3 sont plus généraux, ils concernent tout l'enseignement<br />

<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au collège <strong>et</strong> au lycée ; les autres sont plus<br />

spécifiques à l'algèbre.<br />

Pour rendre compte <strong>de</strong> l’atelier, nous avons choisi <strong>de</strong><br />

présenter les sept principes avec quelques commentaires qui<br />

ne sont pas forcément ceux qui sont sur le site, mais qui<br />

reprennent plusieurs documents, puis nous donnerons un<br />

exemple d’activité que nous proposons sur le site. En<br />

revanche nous ne développerons pas toutes les références<br />

théoriques (notamment sur l’algèbre, les travaux sont<br />

nombreux) qui sous-ten<strong>de</strong>nt notre travail.<br />

1 - Proposer aux élèves <strong>de</strong>s problèmes dans lesquels l'emploi <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres<br />

(ou autre symbole) paraît sinon indispensable mais utile, performant<br />

pour résoudre le problème.<br />

Ce premier principe n'est pas spécifique <strong>de</strong> l'algèbre. En eff<strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>puis trente ans, en s'appuyant sur les travaux <strong>de</strong> Piag<strong>et</strong>, <strong>de</strong><br />

Bachelard <strong>et</strong> <strong>de</strong> Vigotsky, les recherches en didactique <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> m<strong>et</strong>tent en avant la notion <strong>de</strong> problèmes.<br />

Ainsi, ces recherches se fon<strong>de</strong>nt sur l'idée que l'on construit<br />

ses connaissances en résolvant <strong>de</strong>s problèmes pour lesquels<br />

nos connaissances anciennes se révèlent insuffisantes ou<br />

inadaptées, <strong>et</strong> nécessitent la création <strong>de</strong> nouveaux outils qui<br />

seront, à leur tour, transformés en obj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> connaissance<br />

dans le cadre <strong>de</strong> l'enseignement.<br />

Nous pensons que ce jeu entre, d’une part, connaissances<br />

anciennes <strong>et</strong> nouvelles <strong>et</strong>, d’autre part, entre le statut d'outil<br />

pour résoudre <strong>de</strong>s problèmes <strong>et</strong> d'obj<strong>et</strong> <strong>de</strong> connaissance se<br />

révèle à la base <strong>de</strong> notre enseignement actuel en France<br />

comme en témoignent les nouveaux programmes du collège.<br />

Pour l'enseignement <strong>de</strong> l’algèbre, nous pouvons traduire <strong>de</strong><br />

façon plus concrète c<strong>et</strong>te première position théorique. Ainsi,<br />

il nous semble important <strong>de</strong> proposer aux élèves <strong>de</strong>s<br />

problèmes qui nécessitent l'emploi <strong>de</strong> l<strong>et</strong>tres non pas parce<br />

que le professeur le <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, mais parce que cela ai<strong>de</strong> à la<br />

résolution du problème ou bien cela perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre une<br />

série <strong>de</strong> problèmes semblables du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> la structure<br />

mathématique.<br />

Ces problèmes peuvent déboucher soit sur <strong>de</strong>s résolutions<br />

d'équations, soit sur l'introduction du calcul littéral. Ainsi,<br />

nous pensons que, pour l'élève, la l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>vrait apparaître pas<br />

seulement comme une écriture, un symbole qui remplace un<br />

nombre, <strong>et</strong> que le professeur ne désigne plus par une écriture<br />

numérique, mais plutôt, <strong>et</strong> assez rapi<strong>de</strong>ment dans le cursus<br />

scolaire, comme une variable (ou une inconnue). Il est<br />

important <strong>de</strong> montrer aux élèves que la l<strong>et</strong>tre ne remplace pas<br />

seulement un nombre singulier, mais tout un ensemble <strong>de</strong><br />

nombres, ce qui est une caractéristique du raisonnement<br />

algébrique à la différence du raisonnement arithmétique<br />

(Vergnaud, 1989).<br />

2 – Ne pas désigner trop tôt les quantités inconnues ou variables par<br />

une (ou <strong>de</strong>s) l<strong>et</strong>tre(s). Laisser les élèves ressentir la nécessité <strong>de</strong> leur<br />

introduction plutôt que <strong>de</strong> les donner a priori.<br />

Ce principe constitue la suite du précé<strong>de</strong>nt. À la suite <strong>de</strong>s<br />

constatations ci-<strong>de</strong>ssus sur les manuels, ce principe a été écrit<br />

en réaction contre une tendance actuelle <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>rniers à<br />

découper les problèmes <strong>et</strong> à les rendre très fermés (B<strong>et</strong>ton <strong>et</strong><br />

Coppé, 2005), ce qui est particulièrement vrai dans le cas <strong>de</strong>s<br />

équations <strong>et</strong> <strong>de</strong>s fonctions.<br />

De plus, si l'on veut montrer à l'élève la puissance du<br />

raisonnement algébrique, il est essentiel <strong>de</strong> lui donner <strong>de</strong>s<br />

problèmes qu'il a du mal à résoudre par d'autres métho<strong>de</strong>s,<br />

arithmétiques par exemple.<br />

Il est donc important pour le professeur <strong>de</strong> connaître les<br />

spécificités <strong>et</strong> les différences entre le raisonnement algébrique<br />

<strong>et</strong> le raisonnement arithmétique afin, d’une part, <strong>de</strong> laisser les<br />

élèves m<strong>et</strong>tre en place différents types <strong>de</strong> raisonnement <strong>et</strong>,<br />

d’autre part, <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s problèmes qu’on peut plus<br />

difficilement résoudre par <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s arithmétiques. C’est<br />

pourquoi nous avons explicitement présenté <strong>de</strong>s activités<br />

d’introduction <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre avec ses différentes fonctions<br />

(variable <strong>et</strong> inconnue, nombre généralisé, voire paramètre) <strong>et</strong><br />

utilisé les notions <strong>de</strong> problèmes connectés <strong>et</strong> déconnectés<br />

(Bednarz <strong>et</strong> Janvier, 1996) pour bâtir <strong>de</strong>s séances<br />

d’introduction aux équations.<br />

3 – Favoriser les liens entre <strong>de</strong>s textes en langage naturel, <strong>de</strong>s<br />

expressions numériques <strong>et</strong> <strong>de</strong>s représentations géométriques pour donner<br />

du sens à certaines expressions algébriques<br />

L'algèbre perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre <strong>de</strong>s problèmes par la<br />

modélisation, mais c'est aussi un langage symbolique avec <strong>de</strong>s<br />

règles spécifiques. Duval (1993) définit <strong>et</strong> utilise la notion <strong>de</strong><br />

registre <strong>de</strong> représentation sémiotique. Ainsi, un obj<strong>et</strong><br />

mathématique peut être représenté dans différents registres<br />

(décrit en langue naturelle, illustré par un <strong>de</strong>ssin, défini dans<br />

un langage symbolique, <strong>et</strong>c.). Chaque registre perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

travailler sur l'obj<strong>et</strong> d'une façon particulière associée à ce<br />

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registre, mais l'obj<strong>et</strong> n'est jamais la somme <strong>de</strong> ses<br />

représentations dans les divers registres.<br />

Un exemple assez simple est celui <strong>de</strong>s fonctions : ainsi on<br />

peut définir une fonction à l'ai<strong>de</strong> d'une phrase en langue<br />

naturelle (par exemple, la vitesse est fonction du temps), à<br />

l'ai<strong>de</strong> d'une formule algébrique, d'une courbe, d'un tableau <strong>de</strong><br />

valeurs, d'un graphe, <strong>et</strong>c. Or, les traitements dans chacun <strong>de</strong><br />

ces registres ne sont pas tous équivalents. Par exemple, il sera<br />

quelquefois plus simple <strong>de</strong> travailler dans le registre <strong>de</strong>s<br />

écritures symboliques en ne faisant que du calcul littéral, en<br />

laissant <strong>de</strong> côté le problème posé en langue naturelle.<br />

En ce qui concerne l'algèbre, nous pensons qu'il est<br />

important <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s activités qui vont perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong><br />

travailler les passages entre la langue naturelle, les écritures<br />

algébriques <strong>et</strong> les <strong>de</strong>ssins géométriques. À partir <strong>de</strong>s<br />

problèmes proposés, nous veillons à laisser les élèves<br />

s’exprimer soit dans le registre <strong>de</strong> la langue naturelle, soit<br />

dans celui <strong>de</strong>s écritures symboliques, <strong>et</strong> à faire verbaliser <strong>de</strong>s<br />

propriétés dans ces mêmes registres.<br />

Enfin, à l’occasion <strong>de</strong> certains problèmes, nous apprenons<br />

aux élèves à désigner par une écriture symbolique (<strong>et</strong> nous<br />

institutionnalisons ces écritures) certaines propriétés <strong>de</strong>s<br />

nombres : un nombre pair, un nombre divisible par 5, un<br />

nombre entier <strong>et</strong> son suivant, <strong>et</strong>c.<br />

Nous souhaitons également travailler les <strong>de</strong>ux aspects sens <strong>et</strong><br />

dénotation d’une expression (Drouhard, 1992) au travers <strong>de</strong>s<br />

formulations <strong>de</strong>mandées.<br />

Enfin, nous avons introduit une rubrique intitulée « Problèmes<br />

<strong>de</strong> synthèse » dans laquelle nous proposons <strong>de</strong>s<br />

problèmes qui peuvent être résolus dans différents cadres <strong>et</strong><br />

qui peuvent évoluer par un jeu sur les variables didactiques <strong>et</strong><br />

donc qui peuvent être proposés à différents niveaux <strong>de</strong> classe.<br />

4 - Travailler sur les vérifications qui donnent du sens aux notions<br />

Comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, ce point nous<br />

paraît extrêmement important <strong>et</strong> relativement nouveau dans<br />

sa prise en compte institutionnelle. Dans les nouveaux<br />

programmes <strong>de</strong> collège (2005), il est indiqué : « contrôler ou<br />

anticiper <strong>de</strong>s résultats par <strong>de</strong>s calculs mentaux approchés». Ici apparaît<br />

le terme « contrôle » qui, pour nous, englobe les vérifications.<br />

Dans le programme <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> 5 e, il apparaît : « Tester si<br />

une égalité comportant un ou <strong>de</strong>ux nombres indéterminés est vraie<br />

lorsqu'on leur attribue <strong>de</strong>s valeurs numériques données ».<br />

Nous interprétons c<strong>et</strong>te injonction, d’une part, comme une<br />

injonction à la vérification <strong>et</strong>, d’autre part, comme une<br />

rencontre avec la notion <strong>de</strong> variable. En eff<strong>et</strong>, en testant une<br />

égalité, c'est-à-dire en remplaçant la (les) "l<strong>et</strong>tre(s)" par <strong>de</strong>s<br />

nombres <strong>et</strong> en répétant c<strong>et</strong>te opération pour plusieurs<br />

nombres, on indique à l'élève que c<strong>et</strong>te l<strong>et</strong>tre représente bien<br />

un nombre qui varie <strong>et</strong> qu'alors la phrase mathématique<br />

obtenue est vraie ou fausse.<br />

Il y a donc là, selon nous, un double travail pour favoriser la<br />

compréhension <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong> leur entrée dans l'algébrique. Il<br />

nous semble tout à fait important que le professeur m<strong>et</strong>te en<br />

place dans la classe <strong>de</strong>s types d'exercices qui favorisent ce<br />

lien.<br />

Dans le programme <strong>de</strong> 4 e, on indique que « le test d’une égalité<br />

par substitutions <strong>de</strong> valeurs numériques aux l<strong>et</strong>tres prend tout son<br />

intérêt ». Même si le terme vérifier n’est pas utilisé, nous<br />

pensons qu’il s’agit ici <strong>de</strong> faire une vérification <strong>de</strong>s calculs<br />

littéraux.<br />

Enfin dans le programme <strong>de</strong> 2 n<strong>de</strong>, il est encore indiqué : « on<br />

explicitera quelques procédures simples perm<strong>et</strong>tant d'infirmer ou <strong>de</strong><br />

confirmer une formule ».<br />

Pour aller dans ce sens, nous avons bâti <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong> calcul<br />

mental algébrique qui prennent en compte c<strong>et</strong>te question <strong>de</strong><br />

test d’égalité.<br />

5 – Travailler sur la notion <strong>de</strong> formule qui prépare la notion <strong>de</strong> fonction<br />

Nous pensons que le travail algébrique est une notion<br />

unificatrice du programme <strong>de</strong> collège. Ainsi, l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />

programmes montre que l'entrée dans l'algèbre ne se fait pas<br />

seulement en classe <strong>de</strong> 4 e même si, bien sûr, un travail<br />

important est fait durant c<strong>et</strong>te année qui constitue un<br />

moment d'unification <strong>et</strong> <strong>de</strong> synthèse <strong>de</strong> notions déjà vues.<br />

Les liens avec la classe <strong>de</strong> troisième sont certainement faits<br />

par les notions <strong>de</strong> développement / factorisation <strong>et</strong> par<br />

équations / inéquations.<br />

Pour les classes <strong>de</strong> 6 e/5 e, cela paraît moins évi<strong>de</strong>nt. Or, selon<br />

nous, ce sont les formules qui peuvent faire ce lien. En eff<strong>et</strong>,<br />

les élèves connaissent <strong>de</strong>s formules <strong>de</strong>puis l'école primaire<br />

(même si leur place a été réduite à l'école primaire <strong>de</strong>puis les<br />

années 1970, <strong>et</strong> encore davantage avec les programmes <strong>de</strong><br />

2002 puisque le formulaire pour les aires a été supprimé); les<br />

élèves voient <strong>et</strong> utilisent <strong>de</strong>s formules, notamment <strong>de</strong><br />

périmètre <strong>et</strong> d'aire pour le rectangle <strong>et</strong> le cercle/disque.<br />

Pour eux c'est un procédé <strong>de</strong> calcul qui fournit un résultat<br />

numérique lorsqu'on affecte à la (ou aux) "l<strong>et</strong>tre(s)" une ou<br />

<strong>de</strong>s valeurs numériques. Donc nous pensons qu'à travers cela<br />

les élèves ont déjà rencontré l'idée <strong>de</strong> variable. Il nous semble<br />

donc important d'exploiter dans <strong>de</strong>s exercices le lien avec les<br />

formules, soit en donnant <strong>de</strong>s formules aux élèves <strong>et</strong> en<br />

faisant calculer <strong>et</strong> représenter graphiquement, soit en faisant<br />

établir <strong>de</strong>s formules à partir <strong>de</strong> problèmes.<br />

Nous avons d’ailleurs constaté dans les activités<br />

d’introduction <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre que les élèves utilisaient<br />

spontanément ce terme pour désigner les écritures produites<br />

soit pour établir une formule générale, soit pour produire une<br />

équation.<br />

6 – Ne pas négliger la notion <strong>de</strong> preuve en algèbre<br />

À la suite du principe précé<strong>de</strong>nt, nous pensons également<br />

qu'il faut proposer <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> tâches donnant à voir, à<br />

prouver <strong>de</strong>s égalités vraies pour tout x dans un ensemble <strong>de</strong><br />

nombres. Ainsi nous pensons que les activités <strong>de</strong> preuve par<br />

l'outil algébrique sont <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> tâches qui vont perm<strong>et</strong>tre<br />

à l'élève tout d'abord <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s conjectures en utilisant la<br />

l<strong>et</strong>tre comme remplaçant n'importe quel nombre d'un<br />

ensemble donné, puis <strong>de</strong> prouver ces conjectures en utilisant<br />

les règles du calcul algébrique qui fonctionneront bien alors<br />

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comme <strong>de</strong>s théorèmes avec le même statut qu'en géométrie.<br />

Un exemple d’activité <strong>de</strong> preuve est donné en annexe.<br />

7 – Ne pas négliger les justifications <strong>de</strong>s calculs par l'utilisation <strong>de</strong> règles<br />

algébriques<br />

Pour illustrer ce point, nous prendrons comme exemple la<br />

formule <strong>de</strong> la distributivité qui est introduite formellement en<br />

classe <strong>de</strong> 5 e, mais pour laquelle il n'y a que peu <strong>de</strong> types <strong>de</strong><br />

tâches en lien <strong>et</strong> qui est donc assez vite oubliée par les élèves<br />

puisqu'ils ne voient pas son utilité. Or, c'est elle qui perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

justifier toutes les règles <strong>de</strong> calcul littéral, <strong>de</strong> développement<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> factorisation. Il revient donc au professeur <strong>de</strong> faire vivre<br />

c<strong>et</strong>te formule pour qu'elle prenne tout son sens, c'est–à–dire<br />

autrement que pour faire <strong>de</strong>s calculs <strong>de</strong> différentes façons (ce<br />

qui est essentiellement le cas actuellement).<br />

Il est donc tout à fait important que <strong>de</strong>s exercices dans<br />

lesquels c<strong>et</strong>te formule fonctionne comme une règle soient<br />

proposés aux élèves.<br />

Nous pensons que, contrairement à la géométrie où un travail<br />

important est fait pour exiger <strong>de</strong>s justifications par <strong>de</strong>s<br />

théorèmes, en algèbre la question <strong>de</strong> la justification <strong>de</strong>s règles<br />

<strong>de</strong> calcul n'est pas vraiment posée. En eff<strong>et</strong>, en algèbre, on<br />

cherche à donner aux élèves <strong>de</strong>s automatismes <strong>de</strong> calcul, ce<br />

qui est légitime. Or un automatisme <strong>de</strong> calcul est fait pour<br />

être appliqué sans avoir à justifier les différentes étapes (c'est<br />

ce qui fait qu'il est rapi<strong>de</strong> <strong>et</strong> performant). Mais, au début <strong>de</strong><br />

l'apprentissage, il nous semble important <strong>de</strong> bien faire<br />

comprendre aux élèves que la propriété <strong>de</strong> distributivité doit<br />

fonctionner comme un théorème c'est-à-dire avec <strong>de</strong>s<br />

conditions d'application. Il nous semble donc important <strong>de</strong><br />

travailler avec les élèves <strong>de</strong> 5 e <strong>et</strong> 4 e sur les justifications <strong>de</strong>s<br />

calculs.<br />

4. Un exemple <strong>de</strong> problème proposé<br />

Toutes les propositions d'activités, soit sur l’introduction <strong>de</strong><br />

l’algèbre, soit sur <strong>de</strong>s thèmes <strong>mathématiques</strong> (équations,<br />

factorisation), soit encore sur <strong>de</strong>s problèmes <strong>de</strong> synthèse, ont<br />

été rédigées en suivant le même plan : texte du problème, but,<br />

objectif, lien avec les principes, mise en œuvre dans la classe,<br />

analyse du problème, institutionnalisation ou synthèse<br />

possible, production <strong>de</strong>s élèves, prolongements possibles.<br />

Nous en donnons un exemple en annexe.<br />

Il s’agit d’une activité <strong>de</strong> preuve d’une formule générale.<br />

D’ailleurs dans les questions posées aux élèves nous utilisons<br />

bien ce terme. Nous avons veillé à faire trouver la formule<br />

générale par les élèves plutôt que <strong>de</strong> la donner, ce qui perm<strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> favoriser l’écriture dans un registre symbolique (nous<br />

n’excluons pas la langue naturelle, mais ce serait complexe).<br />

Comme nous l’avons dit, c<strong>et</strong>te activité a été réalisée en classe<br />

<strong>et</strong> nous avons pu ainsi nous rendre compte <strong>de</strong>s difficultés <strong>de</strong>s<br />

élèves, notamment en ce qui concerne la désignation d’un<br />

nombre <strong>et</strong> son suivant. En revanche, les élèves ont bien<br />

accepté le fait <strong>de</strong> prouver c<strong>et</strong>te formule <strong>et</strong> ne se sont pas<br />

contentés <strong>de</strong> quelques exemples. Un autre point difficile pour<br />

les élèves a été le calcul sur les fractions qui a été un obstacle<br />

au passage à l’écriture <strong>de</strong> la formule.<br />

Nous pensons qu’il est important <strong>de</strong> donner ces<br />

commentaires au professeur qui souhaite prendre ce<br />

problème pour sa classe pour qu’il comprenne dans quel<br />

esprit nous lui proposons ce travail <strong>et</strong> pour lui perm<strong>et</strong>tre<br />

d’anticiper les réactions <strong>de</strong>s élèves en restant ouvert à<br />

différentes procédures. Ainsi, nous pensons que donner à<br />

voir <strong>de</strong>s réponses ou <strong>de</strong>s procédures d’élèves (éventuellement<br />

commentées) <strong>de</strong>vrait perm<strong>et</strong>tre aux professeurs <strong>de</strong> changer<br />

leur regard sur les apprentissages <strong>de</strong>s élèves. De même,<br />

donner aussi <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> classe (temps,<br />

organisation <strong>de</strong> la classe, synthèse) doit perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> gar<strong>de</strong>r la<br />

cohérence entre le travail attendu <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong> les modalités<br />

choisies par le professeur. Nous faisons l’hypothèse forte que<br />

ces informations sont essentielles pour l’appropriation <strong>de</strong>s<br />

activités proposées <strong>et</strong>, à plus long terme, pour la formation<br />

continue <strong>de</strong>s professeurs.<br />

À noter également que nous proposons une synthèse qui<br />

indique les connaissances décontextualisées qui peuvent être<br />

mises en avant à partir <strong>de</strong> ce problème singulier.<br />

Enfin nous tentons, quand c’est possible, <strong>de</strong> proposer <strong>de</strong>s<br />

prolongements afin d’enrichir les problèmes, <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s<br />

liens entre différentes notions, plutôt que <strong>de</strong> travailler<br />

uniquement un type <strong>de</strong> tâches.<br />

5. Conclusion<br />

Nous avons présenté ce site pour les professeurs ou<br />

formateurs, <strong>et</strong> nous sommes bien consciente que ce n’est que<br />

le début d’un travail. Pour le moment, ce site <strong>et</strong> son<br />

architecture sont en évolution à la fois pour les rubriques <strong>et</strong><br />

pour les activités proposées. Après trois ans <strong>de</strong><br />

fonctionnement, une première conclusion est que la création<br />

d’un site <strong>et</strong> son alimentation <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt un travail très<br />

important <strong>et</strong> <strong>de</strong>s moyens pour les professeurs impliqués. De<br />

plus, comme nous avons fait le choix d’expérimenter tous les<br />

problèmes, nous sommes tributaires <strong>de</strong> contraintes<br />

institutionnelles comme les programmes <strong>et</strong> le temps <strong>de</strong>s<br />

classes. Il ne s’agit donc pas, pour nous, <strong>de</strong> proposer une<br />

multitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> problèmes, mais plutôt d’en choisir certains qui<br />

perm<strong>et</strong>tront d’amorcer une réflexion chez les professeurs qui<br />

utilisent les documents pour qu’ils puissent ensuite euxmêmes<br />

en produire d’autres.<br />

Pour le moment, nous avons laissé <strong>de</strong> côté les problèmes<br />

d’entraînement au profit <strong>de</strong> problèmes d’introduction ou <strong>de</strong><br />

synthèse, ce qui renforce les questions sur les types <strong>de</strong><br />

documents à proposer aux professeurs. Ainsi, la question du<br />

rapport entre un problème d’introduction, forcément<br />

singulier, <strong>et</strong> l’institutionnalisation <strong>de</strong>s connaissances qui peut<br />

être faite se révèle centrale, comme le soulignent aussi Robert<br />

<strong>et</strong> Rogalski, 2004. De la même façon, nous ne proposons pas<br />

non plus d’évaluations, ce que nous comptons faire plus tard.<br />

Une autre interrogation concerne les liens avec les manuels<br />

scolaires. En eff<strong>et</strong>, une étu<strong>de</strong> sur la façon dont les<br />

professeurs stagiaires préparent leurs séances <strong>de</strong> classe<br />

montre qu’ils utilisent <strong>de</strong> façon massive les manuels (Coppé,<br />

à paraître). Or l’entrée dans les documents du site ne se fait<br />

pas comme dans les manuels par chapitres, mais par <strong>de</strong>s<br />

problèmes qui ne renvoient pas forcément à <strong>de</strong>s titres <strong>de</strong><br />

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Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />

chapitres. L’idée d’ordre dans la présentation <strong>de</strong>s notions, très<br />

fortement ancrée dans les manuels par le biais <strong>de</strong>s chapitres,<br />

est donc beaucoup moins présente sur le site.<br />

De plus, nous avons fait le choix explicite <strong>de</strong> donner <strong>de</strong>s<br />

problèmes avec <strong>de</strong>s questions ouvertes, ce qui n’est pas non<br />

plus conforme aux manuels actuels.<br />

Le travail autour <strong>de</strong> ce site ouvre <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong> recherche<br />

sur la nature <strong>de</strong>s documents à proposer pour une véritable<br />

appropriation non seulement <strong>de</strong>s activités, mais aussi <strong>de</strong>s<br />

références théoriques sur les apprentissages <strong>et</strong> sur<br />

l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre. Nous faisons l’hypothèse que<br />

travailler à la fois sur les activités <strong>de</strong> classe <strong>et</strong> sur <strong>de</strong>s éléments<br />

théoriques est une façon <strong>de</strong> participer à la formation continue<br />

<strong>de</strong>s professeurs. Une autre question concerne le niveau <strong>de</strong><br />

<strong>de</strong>scription <strong>et</strong> d’explicitation <strong>de</strong>s séances <strong>de</strong> classe : jusqu’où<br />

doit-on aller dans la <strong>de</strong>scription <strong>de</strong>s activités, le détail <strong>de</strong>s<br />

consignes, les documents sur les élèves ?<br />

Enfin, à plus long terme, nous pensons faire une étu<strong>de</strong> sur la<br />

façon dont les professeurs s’approprient ces documents. Estce<br />

une simple appropriation ou un vrai travail <strong>de</strong> formation ?<br />

Dans ce cas, faut-il organiser <strong>de</strong>s séances <strong>de</strong> formation en<br />

parallèle pour compléter, approfondir? Est-ce que le travail<br />

autour <strong>de</strong>s séances d’algèbre au collège peut avoir <strong>de</strong>s eff<strong>et</strong>s<br />

dans d’autres champs <strong>de</strong> connaissances ?<br />

Références bibliographiques<br />

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Première partie. P<strong>et</strong>it x n° 5: IREM <strong>de</strong> Grenoble.<br />

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dans l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au collège.<br />

Deuxième partie. P<strong>et</strong>it x n° 19: IREM <strong>de</strong> Grenoble.<br />

Chevallard, Y. (1990). Le passage <strong>de</strong> l'arithmétique à l'algèbre<br />

dans l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au collège.<br />

Troisième partie. P<strong>et</strong>it x n° 30: IREM <strong>de</strong> Grenoble.<br />

Combier, G., Guillaume, J. C. & Pressiat, A. (1996). Les<br />

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Sauvage Éditions.<br />

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didactiques <strong>et</strong> vrais obstacles épistémologiques dans<br />

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Edits. CIRADE.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 110 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Annexe<br />

Introduction <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre<br />

Établir une formule <strong>de</strong> calcul<br />

Faites les calculs suivants :<br />

1 1<br />

!<br />

2 3 =<br />

1 1<br />

!<br />

3 4 =<br />

1 1<br />

!<br />

4 5 =<br />

Quel serait le calcul suivant ?<br />

Ces calculs semblent tous faits sur le même modèle.<br />

Pouvez-vous trouver lequel ? Pouvez-vous établir une<br />

formule qui ren<strong>de</strong> compte <strong>de</strong> ce que vous avez constaté<br />

<strong>et</strong> la prouver?<br />

Buts <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te activité par rapport aux principes :<br />

1 Montrer l'intérêt <strong>et</strong> la nécessité <strong>de</strong> trouver une formule<br />

dans laquelle une l<strong>et</strong>tre est introduite pour établir une<br />

formule.<br />

2 Ne pas désigner trop tôt les quantités variables par une<br />

l<strong>et</strong>tre, laisser aux élèves ressentir la nécessité <strong>de</strong> leur<br />

introduction.<br />

3 Travailler sur les vérifications.<br />

4 Travailler sur les formules.<br />

5 Établir <strong>de</strong>s preuves en algèbre.<br />

Durée : une séance d'une <strong>de</strong>mi-heure<br />

Les élèves travaillent seuls pendant 5 à 10 minutes.<br />

Ils doivent faire les calculs proposés, se rendre compte <strong>de</strong><br />

leurs liens, puis trouver une formule qui rend compte <strong>de</strong> ces<br />

remarques. Les calculatrices sont autorisées. Le professeur<br />

passe auprès <strong>de</strong> chacun. Il peut ainsi voir les formules<br />

produites.<br />

Mise en commun au tableau <strong>et</strong> discussion sur les formules<br />

produites<br />

Plusieurs objectifs pour ce moment :<br />

- Faire <strong>de</strong>s calculs avec <strong>de</strong>s fractions simples qui n'ont pas<br />

le même dénominateur.<br />

- Trouver la formule, savoir l'exprimer avec une seule<br />

l<strong>et</strong>tre.<br />

- Distinguer les formules vraies ou fausses par vérification<br />

avec les premiers calculs faits.<br />

Synthèse<br />

Avec <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres on peut écrire une formule générale <strong>et</strong> la<br />

prouver.<br />

On peut calculer avec <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres comme avec <strong>de</strong>s nombres<br />

puisqu'ici elles remplacent n'importe quel nombre.<br />

Deux nombres entiers consécutifs peuvent s'écrire a <strong>et</strong> a+1.<br />

Analyse <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te activité<br />

Il s'agit <strong>de</strong> faire trouver une formule à partir d'exemples. On<br />

est ici dans une activité <strong>de</strong> généralisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> preuve. En ce<br />

sens, c<strong>et</strong>te activité est différente <strong>de</strong> l'activité 2.<br />

Les premiers calculs ont pour but <strong>de</strong> faire entrer dans<br />

l'activité, mais aussi <strong>de</strong> servir <strong>de</strong> modèle à l'énoncé <strong>de</strong> la<br />

formule.<br />

Ce qui est difficile pour les élèves, c'est <strong>de</strong> traduire ce qu'ils<br />

constatent par une formule. Ainsi, nous avons pu constater<br />

qu’ils utilisaient spontanément <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres, mais qu'ils avaient<br />

du mal à traduire (ou qu'ils ne voyaient pas) les nombres<br />

consécutifs alors que le produit du second membre était bien<br />

perçu.<br />

Ainsi, les premières formules produites étaient souvent du<br />

type :<br />

1 1 1<br />

! =<br />

a b ab<br />

a a a<br />

! =<br />

b c bc<br />

(ce qui pourrait être correct avec c= b+1, mais qui ne<br />

correspond pas à c<strong>et</strong> énoncé).<br />

La difficulté pour le professeur est donc <strong>de</strong> faire évoluer ces<br />

formules vers celles qui m<strong>et</strong>tent en avant la relation entre a <strong>et</strong><br />

b. On travaille donc ici sur la désignation <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux nombres<br />

consécutifs.<br />

Prolongements :<br />

Généralisation <strong>de</strong> la formule à :<br />

a a<br />

!<br />

b b +1 =<br />

a<br />

b(b +1)<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 111 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 112 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


L’approche par problème<br />

vécue par les élèves :<br />

Peut-on faire casser un verre <strong>de</strong> cristal<br />

avec une on<strong>de</strong> sonore?<br />

Est-il possible <strong>de</strong> faire éclater un verre <strong>de</strong> cristal par la reproduction d’un signal<br />

sonore provenant <strong>de</strong> ce verre? C’est que nous avons voulu découvrir lors du proj<strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> fin d’étu<strong>de</strong>s 2006 en <strong>mathématiques</strong>. La partie expérimentale <strong>de</strong> ce proj<strong>et</strong><br />

consistait à faire l’enregistrement analogique d’un signal sonore émis par un verre<br />

<strong>de</strong> cristal <strong>et</strong> à le reproduire par la suite. Pour ce faire, nous avons dû développer<br />

<strong>de</strong>s outils <strong>mathématiques</strong>, grâce à l’algèbre linéaire, le calcul différentiel <strong>et</strong> intégral,<br />

sur les concepts d’espaces vectoriels, <strong>de</strong> vecteurs, <strong>de</strong> bases, <strong>de</strong> produit scalaire <strong>et</strong><br />

d’intégration numérique pour ainsi aboutir à la théorie <strong>de</strong> l’approximation linéaire.<br />

C<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière nous a permis d’établir une approximation numérique du signal<br />

enregistré pour ainsi le reproduire. Le verre <strong>de</strong> cristal a-t-il résisté à ce signal ou a-til<br />

éclaté? C’est ce que vous pourrez découvrir…!<br />

Audrey Corbeil<br />

Therrien,<br />

audrey.corbeil.therri<br />

en@usherbrooke.ca<br />

Guillaume<br />

Lapointe,<br />

Guillaume.Lapointe@<br />

usherbrooke.ca<br />

Geneviève Vézina,<br />

genevieve.r.vezina@<br />

usherbrooke.ca<br />

étudiants au Cégep<br />

<strong>de</strong> Sherbrooke<br />

D<br />

ans le cadre <strong>de</strong> notre cours <strong>de</strong> proj<strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> fin d’étu<strong>de</strong>s, lors <strong>de</strong> notre <strong>de</strong>rnière<br />

session en sciences <strong>de</strong> la nature au<br />

Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke, nous avons élaboré un<br />

proj<strong>et</strong> en <strong>mathématiques</strong>. Nous avons choisi<br />

d’enrichir l’un <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s offerts qui, au<br />

départ, consistait à capter un signal sonore <strong>et</strong> à<br />

en faire l’analyse harmonique dans le but <strong>de</strong> le<br />

reproduire. En plus <strong>de</strong> faire la captation,<br />

l’analyse <strong>et</strong> la reproduction d’un signal sonore,<br />

nous avons également tenté <strong>de</strong> vérifier si<br />

l’histoire <strong>de</strong> la chanteuse qui réussit à casser un<br />

verre en chantant est un mythe ou une réalité,<br />

s’il est vraiment possible <strong>de</strong> briser un verre <strong>de</strong><br />

cristal avec une on<strong>de</strong> sonore.<br />

Un verre <strong>de</strong> cristal a <strong>de</strong>s fréquences auxquelles<br />

il vibre plus efficacement. Autrement dit,<br />

lorsque le verre est heurté, ou encore frotté<br />

avec un doigt humi<strong>de</strong>, il dissipe son énergie<br />

via ces fréquences sous forme d’on<strong>de</strong> sonore<br />

<strong>et</strong> lorsque <strong>de</strong> l’énergie sonore lui est transmise<br />

selon ces fréquences, il accumule c<strong>et</strong>te énergie,<br />

vibrant <strong>de</strong> plus en plus fort, jusqu’à ce que le<br />

matériau ne le supporte plus. C’est ce que l’on<br />

appelle résonance <strong>et</strong> c’est ce phénomène que<br />

nous allons tenter <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre à profit pour<br />

casser notre verre.<br />

Il faudra donc effectuer un enregistrement du<br />

signal sonore émis par le verre <strong>de</strong> cristal<br />

lorsque celui-ci vibre naturellement <strong>et</strong> recréer<br />

ce signal à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />

Dans le cadre <strong>de</strong> ce proj<strong>et</strong>, nous avons<br />

privilégié une approche vectorielle.<br />

Tout d’abord, l’enregistrement a été effectué à<br />

l’ai<strong>de</strong> du programme Vizu, un programme<br />

informatique qui a transformé les variations <strong>de</strong><br />

pression selon le temps, c’est-à-dire le son, en<br />

une série <strong>de</strong> points sur un graphique. Le son a<br />

été produit par friction d’un doigt humidifié<br />

sur le rebord du verre. Cela donne un son plus<br />

continu, avec moins <strong>de</strong> variations que les<br />

autres métho<strong>de</strong>s auxquelles nous avions<br />

songé. Ce son a ensuite été capté à l’ai<strong>de</strong> d’un<br />

micro.<br />

L’analyse <strong>de</strong> ce graphique (figure 1) montre<br />

une pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> 0,00212 secon<strong>de</strong>s, ou encore<br />

une fréquence fondamentale <strong>de</strong> 471 Hz. Afin<br />

<strong>de</strong> reproduire ce signal, il faut trouver la<br />

fonction se rapprochant le plus <strong>de</strong>s points du<br />

graphique. Puiqu’il s’agit d’un signal <strong>de</strong> nature<br />

périodique (vibrations sonores), les fonctions<br />

sinusoïdales ont été r<strong>et</strong>enues.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 113 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


L’approche par problème vécue par les élèves Audrey Corbeil-Therrien,, Guillaume Lapointe <strong>et</strong> Geneviève Vézina<br />

l’avions appris auparavant. Pour développer ce nouveau<br />

concept que nous ne connaissions pas, nous nous sommes<br />

basés sur la définition suivante <strong>de</strong> la projection orthogonale<br />

d’un vecteur sur un autre1: -1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1<br />

Fig. 1 Pression, en fonction du temps, lors d’une pério<strong>de</strong> du signal<br />

sonore du verre <strong>de</strong> cristal<br />

Nous nous sommes basés sur certaines notions d’algèbre<br />

linéaire acquises préalablement à ce proj<strong>et</strong> : les espaces<br />

vectoriels <strong>et</strong> les caractéristiques <strong>de</strong> leurs bases, les<br />

combinaisons linéaires, ainsi que le produit scalaire <strong>et</strong> la<br />

projection orthogonale d’un vecteur sur un autre. Toutefois,<br />

ces notions ne sont pas suffisantes pour résoudre le<br />

problème posé.<br />

Le premier obstacle a été <strong>de</strong> rapprocher les notions <strong>de</strong><br />

vecteurs <strong>et</strong> <strong>de</strong> fonctions. Nous avons donc vérifié si les<br />

fonctions pouvaient se comporter comme <strong>de</strong>s vecteurs, c’està-dire<br />

si elles possédaient les mêmes propriétés que ces<br />

<strong>de</strong>rniers. Après l’analyse <strong>de</strong> différents cas, nous en sommes<br />

arrivés à l’élaboration du théorème suivant : «Un sousensemble<br />

est un sous-espace vectoriel s’il fait partie d’un plus<br />

grand espace vectoriel tel que les propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong><br />

l’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> la multiplication par un scalaire sont<br />

vérifiées». En acceptant le fait que l’ensemble <strong>de</strong>s fonctions<br />

réelles dans les réels forment un espace vectoriel, le théorème<br />

précé<strong>de</strong>nt nous perm<strong>et</strong> d’affirmer que l’ensemble <strong>de</strong> tous les<br />

polynômes trigonométriques <strong>de</strong> <strong>de</strong>gré n ou moins <strong>de</strong> la<br />

forme :<br />

P(x) = a 0<br />

+ a cos !x + a cos 2!x + ... + a cos n!x +<br />

1<br />

2<br />

n<br />

b sin !x + b sin 2!x + ... + b sin n!x<br />

1<br />

2<br />

n<br />

est également un espace vectoriel. En eff<strong>et</strong>, l’ensemble <strong>de</strong>s<br />

polynômes trigonométriques <strong>de</strong> <strong>de</strong>gré n ou moins fait partie<br />

d’un espace vectoriel plus grand, soit les fonctions réelles<br />

dans les réels, <strong>et</strong> les propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong> l’addition <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> la multiplication par un scalaire sont vérifiées pour c<strong>et</strong><br />

ensemble. Nous noterons P c<strong>et</strong> espace dont la dimension est<br />

2n+1. Nous pouvons maintenant travailler dans l’espace<br />

vectoriel P.<br />

Ensuite, pour pouvoir reproduire le plus fidèlement le son du<br />

verre, il faut trouver la fonction «la plus proche» <strong>de</strong> celle <strong>de</strong><br />

notre signal sonore, soit le polynôme trigonométrique<br />

approchant le mieux le graphique. Pour ce faire, il est<br />

possible d’utiliser le concept <strong>de</strong> projection orthogonale, qui<br />

perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> trouver le vecteur d’un sous-espace «le plus<br />

proche» d’un autre donné. Autrement dit, il s’agit <strong>de</strong> trouver<br />

une fonction dans l’espace <strong>de</strong>s polynômes trigonométriques<br />

qui sera la «plus semblable» au graphique représentant le<br />

signal sonore. Toutefois, nous <strong>de</strong>vons appliquer ici la<br />

projection orthogonale à un espace vectoriel <strong>de</strong> dimension<br />

2n+1, au lieu d’un espace <strong>de</strong> dimension 1 comme nous<br />

Soit <strong>de</strong>ux vecteurs non nuls, ! v <strong>et</strong> ! u non parallèles <strong>et</strong> non<br />

orthogonaux ; la projection orthogonale <strong>de</strong> ! v sur ! u (notée<br />

! v! u ) est l’unique vecteur pour lequel<br />

1) ! v! u / / ! u<br />

2) ! v ! ! v ! u " ! u.<br />

Algébriquement, la première condition s’exprime par le fait<br />

que la projection ! v! u est combinaison linéaire <strong>de</strong> ! u : il existe<br />

un scalaire k tel que ! v ! u = k ! u , alors que l’orthogonalité<br />

imposée par la secon<strong>de</strong> condition s’écrit (! v ! ! v ! u )i ! u = 0.<br />

Nous avons donc proposé une généralisation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

définition pour pouvoir l’appliquer à un espace quelconque E<br />

<strong>de</strong> dimension n. Nous obtenons :<br />

« Soit un vecteur ! v d’un espace W <strong>et</strong> soit E un sous-espace<br />

!<br />

<strong>de</strong> dimension n, muni d’une base v ,<br />

1 ! v ,...,<br />

2 ! v . La<br />

n<br />

!<br />

projection orthogonale (notée v ) est l’unique vecteur pour<br />

E<br />

lequel<br />

!<br />

1) v ! E<br />

E<br />

!<br />

2) v ! ! v " E. »<br />

E<br />

Dans c<strong>et</strong>te généralisation, la première condition se traduit par<br />

!<br />

le fait que la projection v est combinaison linéaire <strong>de</strong>s<br />

E<br />

!<br />

vecteurs v ,<br />

1 ! v ,...,<br />

2 ! v <strong>de</strong> la base <strong>de</strong> E : il existe donc <strong>de</strong>s<br />

n<br />

scalaires k 1 ,..., k ! ! !<br />

tels que v = k v + ... + k v . La secon<strong>de</strong><br />

n E 1 1 n n<br />

!<br />

condition exige que le vecteur v ! ! v soit orthogonal à<br />

E<br />

l’espace E. En particulier, il doit être orthogonal à tous les<br />

vecteurs <strong>de</strong> la base <strong>de</strong> E, ce qui s’écrit<br />

À partir <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te définition, nous pouvons développer une<br />

formule qui nous perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> calculer la projection<br />

orthogonale, lorsque la base <strong>de</strong> E est orthogonale.<br />

( ! v ! ! v )i E ! v = 0, ( 1 ! v ! ! v )i E ! v = 0,...,( 2 ! v ! ! v )i E ! v = 0.<br />

n<br />

!<br />

Soit e , 1 ! e ,..., 2 ! e une base orthogonale du sous-espace E<br />

n<br />

dans W, soit ! !<br />

F un vecteur <strong>de</strong> W <strong>et</strong> soit F la projection<br />

E<br />

orthogonale <strong>de</strong> ! F sur le sous-espace E. La première<br />

! ! !<br />

condition donne F = k e + ... + k e <strong>et</strong> la secon<strong>de</strong> :<br />

E 1 1 n n ( ! F ! ! F ) • E ! e = 0 , i = 1, ...,n <strong>de</strong>vient donc, après substitution,<br />

i ( ! ! !<br />

F ! (k e + ... + k e )) • 1 1 n n ! e = 0 i = 1,..., n , c’est à dire<br />

i<br />

!<br />

F • ! e ! k ( i 1 ! e • 1 ! e ) + ... + k ( i n ! e • n ! e ) = 0 i = 1,..., n .<br />

i<br />

1<br />

PAPILLON, Vincent. Vecteurs, matrices <strong>et</strong> nombres complexes,<br />

Modulo, Mont-Royal, 1993, p. 61.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 114 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


L’approche par problème vécue par les élèves Audrey Corbeil-Therrien,, Guillaume Lapointe <strong>et</strong> Geneviève Vézina<br />

Par l’orthogonalité <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> la base, on a alors que<br />

!<br />

F • ! ! 2<br />

e ! k (0) + ... + k e + ... + k (0) = 0 i = 1,..., n ,<br />

i 1 i i<br />

n<br />

!<br />

F •<br />

d’où k =<br />

i ! B. En eff<strong>et</strong>, on peut montrer que le produit scalaire <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

ei i = 1,..., n ,<br />

! 2<br />

ei !<br />

<strong>et</strong> ! F •<br />

F =<br />

E<br />

vecteurs distincts quelconques <strong>de</strong> B est nul, ce qui indique<br />

que ces <strong>de</strong>ux vecteurs sont orthogonaux. À l’ai<strong>de</strong> d’un<br />

théorème que nous avons élaboré mais que nous ne<br />

présentons pas ici, il nous est possible d’affirmer que tout<br />

ensemble <strong>de</strong> vecteurs orthogonaux <strong>de</strong>ux à <strong>de</strong>ux est<br />

linéairement indépendant. Donc l’ensemble B respecte les<br />

<strong>de</strong>ux conditions lui perm<strong>et</strong>tant d’être une base <strong>de</strong> l’espace<br />

<strong>de</strong>s polynômes trigonométriques. De plus, c<strong>et</strong>te base est<br />

orthogonale, perm<strong>et</strong>tant ainsi <strong>de</strong> l’utiliser pour la technique<br />

<strong>de</strong> projection orthogonale.<br />

! !<br />

e<br />

1 ! F •<br />

e +<br />

! 2 1<br />

e1 ! !<br />

e<br />

2 ! F •<br />

e + ... +<br />

! 2 2<br />

e2 ! e<br />

k !<br />

e .<br />

! 2 n<br />

en On remarque que<br />

!<br />

F =<br />

E ! F! +<br />

e1<br />

! F! + ... +<br />

e2<br />

! F! , où<br />

en<br />

sur la droite engendrée par<br />

P(x) = a 0 + a 1 cos !x + a 2 cos 2!x + ... + a n cos n!x +<br />

b 1 sin !x + b 2 sin 2!x + ... + b n sin n!x<br />

!<br />

F E peut aussi s’écrire :<br />

!<br />

F E est la projection orthogonale<br />

!<br />

e i , i = 1,..., n.<br />

Nous avons maintenant une formule perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> trouver<br />

la projection orthogonale sur un espace. Cependant, c<strong>et</strong>te<br />

formule utilise la notion <strong>de</strong> produit scalaire, une notion que<br />

nous n’avons pas définie dans notre espace P <strong>de</strong>s polynômes<br />

trigonométriques décrit précé<strong>de</strong>mment. La définition<br />

axiomatique du produit scalaire indique qu’il est à la fois<br />

commutatif, distributif sur la somme vectorielle <strong>et</strong> distributif<br />

sur la multiplication par un scalaire. De plus, le produit<br />

scalaire d’un vecteur avec lui-même donne le carré <strong>de</strong> sa<br />

norme. On peut satisfaire à c<strong>et</strong>te définition si on définit le<br />

produit scalaire <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux fonctions f <strong>et</strong> g par la formule<br />

"<br />

f • g = # f (x)g(x)dx .<br />

!"<br />

Puisque les fonctions <strong>de</strong> l’espace P sont périodiques <strong>de</strong><br />

pério<strong>de</strong> 2 ! , nous pouvons les étudier sur une seule pério<strong>de</strong>.<br />

Nous avons choisi <strong>de</strong> travailler sur une pério<strong>de</strong> étalée <strong>de</strong> - !<br />

à ! . Par une simple transformation affine il sera possible <strong>de</strong><br />

se ramener à la pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> notre signal. Toutefois, il faut<br />

d'abord définir une base orthogonale <strong>de</strong> l'espace P.<br />

Une base d’un espace vectoriel doit pouvoir engendrer<br />

chaque vecteur <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace. De plus, chaque élément <strong>de</strong> la<br />

base doit être linéairement indépendant <strong>de</strong> tous les autres. Si<br />

nous regardons l’espace vectoriel formé <strong>de</strong> tous les<br />

polynômes trigonométriques <strong>de</strong> la forme<br />

une base possible serait formée <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s monômes, ce<br />

qui nous donnerait :<br />

B = 1,cos ( ! x),cos(<br />

2! x),...,cos(n!<br />

x)<br />

! { sin ( ! x),sin<br />

( 2! x),...,sin(n!<br />

x) }<br />

{ }<br />

Vérifions si c<strong>et</strong> ensemble respecte les <strong>de</strong>ux conditions.<br />

D’abord, en utilisant <strong>de</strong>s combinaisons linéaires, il est<br />

possible d’obtenir tous les vecteurs <strong>de</strong> l’espace. Ensuite, à<br />

l’ai<strong>de</strong> du produit scalaire décrit précé<strong>de</strong>mment, il est possible<br />

<strong>de</strong> vérifier l’indépendance linéaire <strong>de</strong>s vecteurs <strong>de</strong> l’ensemble<br />

Maintenant il est possible d'appliquer la formule <strong>de</strong><br />

projection orthogonale <strong>de</strong> la fonction F sur l'espace P.<br />

Le produit scalaire tel qu’il a été présenté auparavant ne peut<br />

être calculé algébriquement, puisque le graphique est<br />

constitué <strong>de</strong> points <strong>et</strong> non d’une fonction continue. Il faut<br />

donc avoir recours à une métho<strong>de</strong> numérique pour<br />

approximer le résultat. Comme métho<strong>de</strong> d’intégration<br />

numérique, notre choix s’est arrêté sur la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />

trapèzes. C<strong>et</strong>te métho<strong>de</strong> nous <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> diviser notre<br />

intervalle <strong>de</strong> temps en plusieurs sous-intervalles <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur<br />

x, la distance entre <strong>de</strong>ux instants. L’aire <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s<br />

trapèzes formés par <strong>de</strong>ux points consécutifs du graphique est<br />

ensuite calculée. La sommation <strong>de</strong> tous ces trapèzes est une<br />

approximation <strong>de</strong> l’intégrale numérique recherchée. On peut<br />

alors approximer le produit scalaire <strong>de</strong> la fonction f sur un<br />

élément <strong>de</strong> la base <strong>de</strong> l'espace P, nommé g, par<br />

f ig = f (x)g(x)dx !<br />

"x( f (x)g(x)+ f (x )g(x ))<br />

i+1 i+1 ,<br />

2<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 115 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

&<br />

%<br />

$%<br />

N<br />

#<br />

i =1<br />

où N est le nombre <strong>de</strong> points sur l’intervalle que l’on cherche<br />

à calculer.<br />

C<strong>et</strong>te métho<strong>de</strong> nous perm<strong>et</strong>tra donc d’approximer l’intégrale<br />

nécessaire au calcul <strong>de</strong> la projection orthogonale.<br />

C’est à l’ai<strong>de</strong> du logiciel SystemView que le signal fut<br />

reproduit. Ce logiciel perm<strong>et</strong> d’obtenir un fichier sonore <strong>de</strong><br />

type wav à la sortie, donc un fichier qui pouvait être joué<br />

directement dans un haut-parleur. Ci-<strong>de</strong>ssous il y a le<br />

graphique du signal original <strong>et</strong> la projection orthogonale <strong>de</strong><br />

ce signal produit à l'ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> Maple6. C<strong>et</strong>te projection a été<br />

faite avec un polynôme <strong>de</strong> <strong>de</strong>gré n égal à 80 <strong>et</strong><br />

l'approximation <strong>de</strong>s intégrales à l'ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />

trapèzes a été faite avec 182 points.<br />

Enfin, nous avons tenté <strong>de</strong> casser notre verre <strong>de</strong> cristal avec<br />

le signal sonore. Le verre a répondu au signal, mais sans<br />

casser. En eff<strong>et</strong>, le verre s’est mis à vibrer avec intensité sans<br />

toutefois éclater. Nous croyons que cela est dû au fait que<br />

notre verre n’avait pas <strong>de</strong> pied <strong>et</strong> qu’il était impossible <strong>de</strong> le<br />

fixer convenablement. Il dissipait l’énergie par un mouvement<br />

latéral par rapport à la surface sur laquelle il était<br />

déposé. Il nous est donc impossible d’affirmer que la<br />

reproduction du signal sonore perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> casser le verre <strong>de</strong><br />

cristal. Toutefois, les résultats obtenus laissent un doute. Il<br />

faudrait répéter l’expérience avec un verre à pied. L’histoire<br />

du verre <strong>de</strong> cristal brisé par son on<strong>de</strong> sonore reste donc, pour<br />

nous, un mystère.


L’approche par problème vécue par les élèves Audrey Corbeil-Therrien,, Guillaume Lapointe <strong>et</strong> Geneviève Vézina<br />

-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1<br />

Fig.2 Pression, en fonction du temps, lors d’une pério<strong>de</strong> du<br />

signal sonore du verre <strong>de</strong> cristal<br />

Fig.3 Fonction modélisant le signal sonore (Maple6)<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 116 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Arrimage<br />

secondaire-collégial,<br />

formalisme <strong>et</strong> démonstration<br />

Dans c<strong>et</strong> article, nous nous proposons <strong>de</strong> discuter <strong>de</strong> la préparation, reçue <strong>de</strong>s<br />

élèves du secondaire, au formalisme <strong>et</strong> au raisonnement hypothético-déductif, en<br />

vue <strong>de</strong> ce qui en est exigé au cégep, entre autres dans les cours <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong><br />

sigles NYA, NYB <strong>et</strong> NYC. Pour mieux comprendre <strong>et</strong> cerner les difficultés vécues au<br />

passage du secondaire au collégial vis-à-vis les exigences accrues en matière <strong>de</strong><br />

formalisme, nous analysons <strong>de</strong>s productions d'étudiants d'un cours d'algèbre<br />

linéaire <strong>de</strong> niveau collégial (MATH-704). Nous comparons ensuite les apprentissages<br />

du formalisme <strong>et</strong> <strong>de</strong> la démonstration mathématique tels que, selon notre<br />

évaluation, les ancien <strong>et</strong> nouveau programmes du secondaire les m<strong>et</strong>tent en œuvre.<br />

Claudia Corriveau<br />

UQAM<br />

corriveauc@<br />

hotmail.com<br />

Denis Tanguay<br />

UQAM<br />

tanguay.<strong>de</strong>nis<br />

@uqam.ca<br />

Remerciements<br />

Nous tenons à<br />

remercier les<br />

enseignants du<br />

collégial qui ont<br />

accepté <strong>de</strong> participer<br />

à la consultation<br />

décrite en<br />

introduction.<br />

Nous sommes<br />

également très<br />

reconnaissants à<br />

Diane Demers,<br />

d’abord pour sa<br />

précieuse<br />

collaboration, sans<br />

laquelle le présent<br />

article n’aurait<br />

jamais vu le jour,<br />

ensuite pour ses<br />

suggestions, qui ont<br />

contribué à améliorer<br />

l’article.<br />

e programme Mathématique 536, en<br />

vigueur <strong>de</strong>puis 1998 <strong>et</strong> qui le restera<br />

jusqu’à ce que le nouveau programme<br />

soit implanté en 5e L<br />

secondaire, a été conçu <strong>de</strong><br />

façon à préparer l’élève à <strong>de</strong> possibles étu<strong>de</strong>s<br />

scientifiques au collégial, <strong>et</strong> même au-<strong>de</strong>là.<br />

Cela signifie entre autres qu’à travers les<br />

programmes Mathématique 436 <strong>et</strong> Mathématique<br />

536, l’élève <strong>de</strong>vrait être initié à un certain<br />

formalisme, comme le laisse entendre l’extrait<br />

suivant :<br />

De plus, [...] démonstrations <strong>et</strong> preuves <strong>de</strong>vraient<br />

être constamment présentes, autant en algèbre<br />

qu’en géométrie. L’élève qui suit ce cours<br />

poursuivra probablement <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s supérieures ; il<br />

faut donc lui assurer une préparation appropriée<br />

en relevant graduellement le niveau <strong>de</strong> traitement<br />

<strong>de</strong> la mathématique (MEQ, 1998, p. 16).<br />

La question se pose donc : comment<br />

aménager le cours MATH 536 en vue <strong>de</strong><br />

mieux préparer les élèves aux cours <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> du Cégep, <strong>et</strong> notamment aux<br />

exigences <strong>de</strong> formalisme accrues dans ces<br />

cours. C’est en cherchant à répondre à c<strong>et</strong>te<br />

question que, dans le cadre d’un proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> fin<br />

<strong>de</strong> formation au Baccalauréat en enseignement<br />

secondaire (concentration mathématique)<br />

mené avec une collègue, l’auteure du présent<br />

article proposait à une soixantaine <strong>de</strong><br />

professeurs <strong>de</strong> différents cégeps québécois un<br />

questionnaire <strong>de</strong> dix questions, auquel dix<br />

professeurs ont répondu. Un premier compterendu<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te enquête est paru dans<br />

Corriveau <strong>et</strong> Parenteau (2005). De ce proj<strong>et</strong>,<br />

nous présentons ici quelques éléments<br />

significatifs. La Question 3, par exemple, allait<br />

comme suit : « Quelles difficultés (<strong>mathématiques</strong>,<br />

non organisationnelles) rencontrent les<br />

étudiants au début <strong>de</strong> leur apprentissage ? »<br />

L’extrait suivant est tiré d’une entrevue avec<br />

un <strong>de</strong>s répondants.<br />

L’enseignant veut justifier tout ce qu’il fait au<br />

tableau, mais les étudiants ne comprennent pas<br />

pourquoi ça doit être fait. Faire une preuve, c’est<br />

l’enfer ! Il faut arriver rapi<strong>de</strong>ment à une finalité en<br />

disant à quoi ça sert. [...] Ils n’ont pas le sens <strong>de</strong><br />

la preuve : pourquoi raisonner en <strong>mathématiques</strong> ?<br />

[...] L’algèbre est un gros obstacle. Par exemple,<br />

la factorisation, la mise en évi<strong>de</strong>nce, le produit <strong>de</strong><br />

racines carrées…<br />

C<strong>et</strong> autre extrait a été donné par écrit :<br />

L’arrivée au collégial est souvent un choc. Le<br />

rythme est plus rapi<strong>de</strong> qu’au secondaire, les suj<strong>et</strong>s<br />

sont fortement dépendants les uns <strong>de</strong>s autres,<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 117 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />

surtout en calcul. Ce qui constituait un exercice en soi au<br />

secondaire (une décomposition en facteurs par exemple) <strong>de</strong>vient une<br />

simple étape dans la résolution d’un problème plus complexe au<br />

collégial. [...] En algèbre linéaire, à un certain point du cours, le<br />

niveau d’abstraction augmente brusquement. Il faut avoir du métier<br />

pour préparer <strong>de</strong> longue main ces passages difficiles pour les élèves,<br />

mais même dans ces conditions, l’expérience peut s’avérer difficile <strong>et</strong><br />

frustrante, pour les étudiants <strong>et</strong> le professeur !<br />

À la Question 8, « Avec quels concepts abordés les étudiants<br />

ont-ils plus <strong>de</strong> difficulté ? », l’enseignant interviewé<br />

répondait entre autres : « LA PREUVE. La justification du<br />

recours aux preuves. La limite (mais ça dépend <strong>de</strong><br />

l’approche qu’on lui donne…). » Parmi les réponses écrites,<br />

on trouve « L’algèbre <strong>et</strong> le raisonnement logique » ou encore<br />

c<strong>et</strong>te autre : « La manipulation <strong>de</strong> fractions, la manipulation<br />

<strong>et</strong> la simplification d’expressions algébriques. Aussi, les<br />

rudiments <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s ensembles (les diagrammes <strong>de</strong><br />

Venn, les opérations ∩ <strong>et</strong> ∪ ainsi que le symbolisme ∈, ∉,<br />

⊆, ⊄, ∅). » Pour finir, nous reproduisons <strong>de</strong>ux extraits <strong>de</strong><br />

réponses écrites à la Question 10 : « Sachant qu’un nouveau<br />

programme d’étu<strong>de</strong>s est en rédaction pour le <strong>de</strong>uxième cycle<br />

du secondaire, avez-vous <strong>de</strong>s recommandations à faire ? »<br />

À mon humble avis, le programme actuel est trop diversifié. On<br />

pourrait par exemple, ne pas abor<strong>de</strong>r les <strong>statistique</strong>s <strong>de</strong>scriptives en<br />

536. On a l’impression que le temps accordé à chaque thème est<br />

insuffisant pour perm<strong>et</strong>tre une assimilation plus profon<strong>de</strong>. On<br />

aurait intérêt à toucher moins <strong>de</strong> suj<strong>et</strong>s, moins <strong>de</strong> notions <strong>et</strong> se<br />

consacrer davantage aux habil<strong>et</strong>és opératoires essentielles.<br />

... faire l’algèbre correctement <strong>et</strong> plus <strong>de</strong> géométrie.<br />

En résumé, il ressort <strong>de</strong> l’enquête que les professeurs <strong>de</strong><br />

Cégep évaluent la préparation <strong>de</strong>s élèves du secondaire<br />

comme déficiente :<br />

• pour les cours NYA <strong>et</strong> NYB 1, surtout en ce qui a<br />

trait aux manipulations algébriques, aux notions <strong>de</strong><br />

composition <strong>de</strong> fonctions <strong>et</strong> <strong>de</strong> fonction réciproque ;<br />

• pour le cours NYC 2, surtout en ce qui a trait au<br />

formalisme, aux démonstrations, à la rigueur, aux<br />

rudiments <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s ensembles <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

logique propositionnelle.<br />

Dans le présent article, nous nous attacherons plus<br />

particulièrement à la préparation <strong>de</strong>s élèves du secondaire à<br />

un certain formalisme <strong>et</strong> à la démonstration. Par conséquent,<br />

ce sont les cours d’Algèbre linéaire (NYC, 105, 704, …) qui<br />

r<strong>et</strong>iendront notre attention 3 . Nous présenterons un aperçu<br />

<strong>de</strong>s travaux <strong>de</strong>s didacticiens, pour en r<strong>et</strong>enir certains<br />

éléments théoriques sur la base <strong>de</strong>squels nous analyserons<br />

quelques productions d’étudiants d’un cours d’Algèbre<br />

linéaire (MATH-704). Nous chercherons à y évaluer les<br />

capacités <strong>de</strong>s étudiants, à mieux diagnostiquer leurs<br />

difficultés, leurs faiblesses, à mieux comprendre <strong>et</strong> préciser<br />

ce que les didacticiens désignent par « obstacle du<br />

formalisme » en algèbre linéaire. Nous comparerons ensuite<br />

le programme actuel <strong>de</strong> MATH 536 <strong>et</strong> le nouveau<br />

programme du secondaire, afin <strong>de</strong> déterminer si celui-ci est<br />

susceptible <strong>de</strong> mieux préparer les élèves pour affronter ces<br />

difficultés.<br />

1. Quelques repères théoriques<br />

1.1. L’obstacle du formalisme<br />

Dans la littérature en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, on peut<br />

lire entre autres sur les travaux <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong> J.-L. Dorier<br />

menés en France, <strong>de</strong> G. Harel aux États-Unis <strong>et</strong> <strong>de</strong> A.<br />

Sierpinska au Québec, <strong>et</strong> qui portent tous trois sur l’algèbre<br />

linéaire. Ces didacticiens s’enten<strong>de</strong>nt sur la nature<br />

formalisatrice, généralisatrice <strong>et</strong> unificatrice <strong>de</strong> plusieurs <strong>de</strong>s<br />

concepts abordés en algèbre linéaire, ceux-ci commandant<br />

par conséquent un niveau d’abstraction qui se pose en<br />

obstacle pour les étudiants. Au collégial, le cours d’Algèbre<br />

linéaire est le plus abstrait auquel ceux-ci sont confrontés. Ils<br />

sont amenés à traiter <strong>de</strong>s expressions <strong>et</strong> symboles nouveaux,<br />

souvent introduits <strong>de</strong> manière implicite par l’enseignant. Les<br />

manipulations sur les nouveaux obj<strong>et</strong>s se constituent en <strong>de</strong><br />

nouvelles algèbres (vectorielle <strong>et</strong> matricielle) plus complexes<br />

que l'algèbre du secondaire. On remarque c<strong>et</strong>te complexité<br />

lorsque les étudiants produisent <strong>de</strong>s résultats incohérents ou<br />

vi<strong>de</strong>s <strong>de</strong> sens. Dorier <strong>et</strong> al. (1997, p. 116) mentionnent que :<br />

Pour la majorité <strong>de</strong>s étudiants [<strong>de</strong> 18 à 20 ans qui en sont à leur<br />

premier cours d’Algèbre linéaire], l’algèbre linéaire n’est qu’un<br />

catalogue <strong>de</strong> notions très abstraites qu’ils n’arrivent pas à se représenter ;<br />

<strong>de</strong> plus, ils sont submergés sous une avalanche <strong>de</strong> mots nouveaux, <strong>de</strong><br />

symboles nouveaux, <strong>de</strong> définitions nouvelles <strong>et</strong> <strong>de</strong> théorèmes nouveaux.<br />

Pour c<strong>et</strong>te raison, les difficultés <strong>de</strong>s étudiants en algèbre<br />

linéaire relèvent <strong>de</strong> ce que Dorier <strong>et</strong> al. appellent « l’obstacle<br />

du formalisme ». Sierpinska ajoute :<br />

L’obstacle du formalisme se manifeste chez les étudiants qui opèrent sur la<br />

forme <strong>de</strong>s expressions, sans considérer ces expressions comme faisant<br />

référence à autre chose qu’à elles-mêmes. Un <strong>de</strong>s symptômes en est la<br />

confusion entre différentes catégories d’obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong> ; par exemple,<br />

les ensembles sont traités comme <strong>de</strong>s éléments d’ensembles, les<br />

transformations comme <strong>de</strong>s vecteurs, les relations comme <strong>de</strong>s équations, les<br />

vecteurs comme <strong>de</strong>s nombres, <strong>et</strong> ainsi <strong>de</strong> suite. L’obstacle du formalisme<br />

fait produire aux étudiants un discours qui a les apparences du discours<br />

utilisé par l’enseignant ou le manuel. Pour être efficaces en tant<br />

qu’étudiants, ceux-ci vont souvent développer <strong>de</strong>s automatismes. Un <strong>de</strong> ces<br />

automatismes est <strong>de</strong> construire une matrice <strong>et</strong> <strong>de</strong> réduire à chaque fois<br />

qu’ils le peuvent, quelle que soit la question qui leur est <strong>de</strong>mandée<br />

(Sierpinska <strong>et</strong> al., 1999, p. 12 ; trad. Tanguay, 2002, p. 37).<br />

Dorier a <strong>de</strong> plus mis en évi<strong>de</strong>nce une corrélation<br />

relativement n<strong>et</strong>te entre les manifestations <strong>de</strong> l’obstacle du<br />

formalisme <strong>et</strong> les lacunes <strong>de</strong>s étudiants en théorie <strong>de</strong>s<br />

ensembles.<br />

1.2. Nouvelles pratiques attendues<br />

Dans un article <strong>de</strong> 1998, A. Robert cherche à i<strong>de</strong>ntifier <strong>et</strong><br />

analyser les spécificité <strong>et</strong> complexité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> du<br />

lycée <strong>et</strong> <strong>de</strong>s premières années d’université (15 à 19 ans).<br />

Outre les attentes accrues en ce qui a trait au travail<br />

personnel, à la plus gran<strong>de</strong> autonomie requise <strong>de</strong> chaque<br />

élève-étudiant, ce sont surtout les exigences nouvelles en<br />

matière <strong>de</strong> démonstration, <strong>de</strong> formalisation <strong>et</strong> plus<br />

généralement, <strong>de</strong> pratiques <strong>mathématiques</strong> que l’auteure<br />

qualifie « d’expertes » qui r<strong>et</strong>iennent son attention <strong>et</strong><br />

inci<strong>de</strong>mment, la nôtre. Elle repère entre autres les éléments<br />

<strong>de</strong> complexité que nous énumérons ci-<strong>de</strong>ssous 4. Ses<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 118 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />

exemples sont le plus souvent puisés au domaine <strong>de</strong><br />

l’Analyse. Les nôtres seront choisis en Algèbre linéaire.<br />

1. Des types <strong>de</strong> problèmes jamais rencontrés jusqu’alors.<br />

Par exemple, montrer que le produit <strong>de</strong> Lie (défini pour<br />

<strong>de</strong>ux matrices carrées A <strong>et</strong> B <strong>de</strong> même format comme la<br />

matrice AB–BA) n’est pas associatif.<br />

2. Pluralité d’arguments à faire intervenir concurremment pour un<br />

problème donné.<br />

Par exemple, déterminer le volume d’un tétraèdre dont les<br />

coordonnées <strong>de</strong>s somm<strong>et</strong>s sont connues. On doit alors faire<br />

le lien entre le tétraèdre <strong>et</strong> le parallélépipè<strong>de</strong> (<strong>de</strong> même<br />

hauteur, dont l’aire <strong>de</strong> la base est double <strong>de</strong> celle du<br />

tétraèdre) engendré par trois vecteurs bien choisis, entre les<br />

somm<strong>et</strong>s donnés <strong>et</strong> ces vecteurs, entre le volume <strong>de</strong> ce<br />

parallélépipè<strong>de</strong> <strong>et</strong> le produit mixte <strong>de</strong>s trois vecteurs, ou<br />

encore le déterminant <strong>de</strong> la matrice construite sur ces trois<br />

vecteurs.<br />

3. Arguments à appliquer à répétition...<br />

... quand par exemple, pour étudier le signe d’un<br />

discriminant (variable), il faut utiliser un autre discriminant.<br />

4. Sélection d’information. Théorème à appliquer « en partie »<br />

seulement.<br />

Par exemple, déduire <strong>de</strong> la valeur du produit vectoriel<br />

!!!" !!!"<br />

AB! AC que les points A, B <strong>et</strong> C ne sont pas alignés.<br />

5. Changements (à la charge <strong>de</strong> l’élève-étudiant) <strong>de</strong> cadre, <strong>de</strong> registre<br />

<strong>de</strong> représentations, <strong>de</strong> point <strong>de</strong> vue, d’angle d’attaque.<br />

Ce sera le cas par exemple quand on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> déterminer<br />

la position relative <strong>de</strong> trois plans dans l’espace, ce qui<br />

nécessite le passage du cadre <strong>de</strong> la géométrie vectorielle au<br />

cadre <strong>de</strong>s systèmes d’équations linéaires. Autre exemple : on<br />

peut avoir à établir que A, B <strong>et</strong> C sont alignés en « réinter-<br />

!!!" !!!"<br />

prétant » l’énoncé comme C ! AB ou encore, AB <strong>et</strong> AC<br />

sont multiples scalaires l’un <strong>de</strong> l’autre. Etc.<br />

6. Quantifications implicites à repérer, à prendre en compte...<br />

... quand par exemple il faut vérifier les conditions <strong>de</strong><br />

ferm<strong>et</strong>ure, pour déterminer si tel sous-ensemble constitue<br />

un sous-espace d’un espace vectoriel donné, <strong>et</strong> pour<br />

déterminer sinon quel est le sous-espace engendré par ce<br />

sous-ensemble.<br />

À ces éléments, nous ajoutons les difficultés plus<br />

généralement liées aux structures déductives, <strong>de</strong> plus en plus<br />

complexes: arbre plutôt que chaîne d’inférences (cf. par ex.<br />

Tanguay, 2005), preuves par l’absur<strong>de</strong>, par contraposition,<br />

par cas, <strong>et</strong>c.<br />

2. Analyses diagnostiques<br />

2.1. La tâche<br />

Nous tentons <strong>de</strong> mieux comprendre les difficultés vécues<br />

par les étudiants à travers l’analyse <strong>de</strong> productions<br />

d’étudiants, recueillies dans le cadre d’un cours <strong>de</strong> sigle<br />

MATH-704 5, donné au Collège <strong>de</strong> Maisonneuve à l’hiver<br />

2006. Les participants <strong>de</strong> notre recherche en étaient à leur<br />

quatrième session au Cégep <strong>et</strong> avaient complété les cours <strong>de</strong><br />

Calcul différentiel <strong>et</strong> <strong>de</strong> Calcul intégral. Le groupe comptait 26<br />

étudiants. Nous avons pu obtenir les 21 copies remises pour<br />

le premier <strong>de</strong>voir, élaboré <strong>et</strong> soumis par le professeur en<br />

charge du cours. Nous avons utilisé 11 à 12 <strong>de</strong>s 21 copies<br />

(selon les questions) pour faire l’analyse, rej<strong>et</strong>ant celles que la<br />

reproduction avait rendues difficilement lisibles. La première<br />

question du <strong>de</strong>voir était la suivante :<br />

Soit An×n une matrice inversible. En utilisant la définition<br />

d’une matrice inverse, montrer que<br />

a) (AT) –1 = (A –1) T<br />

b) (kA) –1 = (1/k) A –1<br />

2.2. Analyse a priori<br />

Compte tenu <strong>de</strong> la consigne, <strong>de</strong> ce que nous connaissons <strong>de</strong>s<br />

notes <strong>de</strong> cours <strong>et</strong> <strong>de</strong>s résultats couverts au moment où la<br />

tâche a été soumise, nous avançons que la démonstration<br />

attendue pour la Question 1a aurait dû ressembler à la<br />

démonstration présentée à la Figure 1.<br />

Démonstration<br />

Selon les notations établies en cours, (AT) –1 désigne l’inverse<br />

<strong>de</strong> la matrice AT. Si nous parvenons à montrer que (A –1) T est<br />

aussi l’inverse <strong>de</strong> AT, c’est-à-dire que la multiplication <strong>de</strong> ces<br />

<strong>de</strong>ux matrices donne bien l’i<strong>de</strong>ntité, par unicité <strong>de</strong> l’inverse<br />

d’une matrice carrée, nous aurons que (A T) –1 = (A<br />

Évaluons sommairement la difficulté <strong>de</strong> la tâche, à partir <strong>de</strong>s<br />

éléments <strong>de</strong> complexité décrits à la section 1.2.<br />

• Il s’agit effectivement d’un type <strong>de</strong> démonstration assez<br />

éloigné <strong>de</strong> ce à quoi les étudiants sont habitués.<br />

• Il y a bien une pluralité d’arguments à coordonner, mais<br />

elle est relativement restreinte : définition <strong>et</strong> unicité <strong>de</strong><br />

l’inverse, propriété <strong>de</strong> la transposition d’un produit,<br />

symétrie <strong>de</strong> l’i<strong>de</strong>ntité.<br />

• Il n’y a pas d’arguments à appliquer à répétition, il n’y a<br />

pas d’information à sélectionner dans les résultats<br />

invoqués.<br />

• Il n’y a pas <strong>de</strong> changement <strong>de</strong> cadres ou <strong>de</strong> registres <strong>de</strong><br />

représentation à effectuer dans la mesure où le cadre est<br />

celui <strong>de</strong> l’algèbre matricielle <strong>et</strong> où la consigne impose un<br />

registre précis, qui est celui <strong>de</strong> l’énoncé, avec les matrices<br />

désignées par <strong>de</strong>s majuscules 6 .<br />

• Il n’y a pas <strong>de</strong> quantification implicite à repérer (sinon<br />

que <strong>de</strong> comprendre que la démonstration doit être<br />

valable pour toute matrice carrée). La structure déductive<br />

n’est pas particulièrement complexe.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 119 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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–1) T.<br />

Vérifions :<br />

(A –1) T AT = (AA –1) T par la propriété <strong>de</strong> la transposition<br />

d’un produit,<br />

= (I) T par définition <strong>de</strong> l’inverse d’une<br />

matrice donnée,<br />

= I car la matrice i<strong>de</strong>ntité est<br />

symétrique.<br />

On vérifie <strong>de</strong> la même façon que AT (A –1) T = I.<br />

Donc, (A –1) T est bien l’inverse <strong>de</strong> AT, ce qui démontre que<br />

(AT) –1 = (A –1) T.<br />

Figure 1 La démonstration attendue


Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />

De prime abord, on aurait donc tendance à évaluer c<strong>et</strong>te<br />

tâche comme relativement simple. On peut par ailleurs<br />

penser qu’à travers c<strong>et</strong>te tâche, le professeur visait un travail<br />

<strong>de</strong> mise en fonctionnement <strong>de</strong>s règles <strong>et</strong> définitions (liées au<br />

produit, à l’inverse, au neutre, à la transposition, dans le<br />

cadre <strong>de</strong> l’algèbre matricielle), comme le suggère d’ailleurs la<br />

consigne. Donc en ce sens, la tâche ne vise pas<br />

exclusivement un travail sur la démonstration, qui y<br />

intervient au moins autant comme outil que comme obj<strong>et</strong>,<br />

au sens <strong>de</strong> Douady (1986).<br />

2.3. Les productions <strong>et</strong> leur analyse<br />

Pour préserver l’anonymat <strong>de</strong>s étudiants, nous avons recopié<br />

leurs productions. Bien entendu, les disposition <strong>et</strong> graphie<br />

ont été reproduites telles quelles.<br />

Analyse <strong>de</strong> la première production<br />

La Figure 2 présente la première production.<br />

Figure 2 La première production<br />

L’étudiant 7 fait montre ici d’une conception ritualiste <strong>de</strong> la<br />

preuve (Harel <strong>et</strong> Martin, 1989), favorisée par l’enseignement<br />

au secondaire :<br />

• On part <strong>de</strong> la définition (l’étudiant interprète la<br />

consigne « En utilisant la définition d’une matrice<br />

inverse, montrer que ... » comme une indication <strong>de</strong> ce<br />

avec quoi il doit partir).<br />

• On manipule.<br />

• On arrive à l’égalité <strong>de</strong>mandée.<br />

Ligne 5. Procédé <strong>de</strong> manipulation (relativement) standard :<br />

on « ajoute 0 » ou on « multiplie par 1 » pour introduire une<br />

<strong>de</strong>s expressions auxquelles on veut arriver. Ici, cela <strong>de</strong>vient<br />

multiplier par I = AT(AT) –1.<br />

L’étudiant est dans un cadre purement calculatoire, parce<br />

que c’est le cadre que comman<strong>de</strong> sa démarche <strong>de</strong> preuve. Il<br />

applique donc <strong>de</strong>s « règles <strong>de</strong> calcul »:<br />

− en perdant <strong>de</strong> vue que ces règles ne sont pas valables<br />

dans le présent contexte (que « T » n’est pas un<br />

exposant) ; qu’elles n’y ont plus <strong>de</strong> sens. Nous<br />

faisons face ici à ce que nous appelons le « paradoxe<br />

<strong>de</strong> l’apprentissage <strong>de</strong> l’algèbre » : on introduit une<br />

nouvelle algèbre (algèbre tout court en 2 e secondaire,<br />

algèbre vectorielle en 5 e secondaire, algèbre<br />

matricielle au cégep) comme outil <strong>de</strong> calcul, « d’automatisation<br />

», « d’algorithmisation » <strong>de</strong>s démarches, <strong>de</strong><br />

prise en charge du raisonnement par le calcul <strong>et</strong> ses<br />

règles. Cela suppose donc qu’on accepte <strong>de</strong> déléguer<br />

à c<strong>et</strong>te algèbre <strong>et</strong> à ses règles une partie du contrôle<br />

<strong>de</strong> la validité <strong>et</strong> du sens 8 . Mais c<strong>et</strong>te abdication<br />

entraîne à son tour <strong>de</strong>s pertes <strong>de</strong> contrôle <strong>et</strong> <strong>de</strong> sens.<br />

− en perdant <strong>de</strong> vue la structure logique <strong>de</strong> la preuve :<br />

si c<strong>et</strong>te règle (à savoir qu’on peut intervertir les<br />

« exposants » T <strong>et</strong> –1) était vraie, on aurait pu<br />

conclure la preuve en une ligne; cela revient aussi à<br />

constater que l’étudiant utilise le résultat à prouver à<br />

l’intérieur <strong>de</strong> la démonstration.<br />

Le cadre calculatoire a certainement provoqué ces pertes <strong>de</strong><br />

sens, <strong>de</strong> contrôle, mais on peut également sans doute les<br />

attribuer au « bruit 9 » engendré par les symboles nouveaux, à<br />

la pression psychologique causée par la vague conscience<br />

qu’a l’étudiant que « A », « T », « –1 » ne désignent plus <strong>de</strong>s<br />

obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong> familiers.<br />

Ligne 7. AA –1 remplacé par I. Il y a ici un manque <strong>de</strong><br />

contrôle <strong>de</strong> la structure logique : si l’expression AA –1 « revient<br />

» à I à la ligne 7, à quoi a-t-elle servi aux lignes 3, 4 <strong>et</strong><br />

5 ?<br />

Ligne 8. Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la grosse perte <strong>de</strong> sens (paradoxe <strong>de</strong><br />

l’apprentissage <strong>de</strong> l’algèbre) qui fait traiter A T comme un<br />

nombre qu’on envoie « en <strong>de</strong>ssous », du côté droit <strong>de</strong><br />

l’équation (en traitant inci<strong>de</strong>mment la matrice i<strong>de</strong>ntité<br />

comme le nombre 1), il y a ici incapacité <strong>de</strong> l’étudiant à<br />

déco<strong>de</strong>r ce qu’il y a à montrer du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong>s<br />

définitions, <strong>et</strong> <strong>de</strong> voir que l’égalité <strong>de</strong> la ligne 7,<br />

A T(A –1) T I = I, traduit en fait exactement ce qu’on doit<br />

démontrer.<br />

À la lumière <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te analyse <strong>et</strong> <strong>de</strong>s diagnostics posés, nous<br />

faisons un premier constat : les difficultés provoquées par<br />

l’introduction <strong>de</strong> nouveaux obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> <strong>de</strong> nouvelles règles <strong>de</strong><br />

manipulation viennent amplifier les difficultés liées au<br />

contrôle du raisonnement déductif <strong>et</strong> <strong>de</strong> sa structure logique;<br />

à moins que ce ne soit l’inverse ! Pour éviter <strong>de</strong> débattre ad<br />

infinitum <strong>de</strong> la poule <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’œuf, disons plus simplement (<strong>et</strong><br />

mathématiquement...) que les difficultés ne s’additionnent<br />

pas, mais se multiplient !<br />

Analyse <strong>de</strong> la <strong>de</strong>uxième production<br />

La Figure 3 présente la <strong>de</strong>uxième production.<br />

Ici, il semble que l’étudiant comprenne mieux comment faire<br />

intervenir la définition <strong>de</strong> la matrice inverse dans la<br />

démonstration. Il adopte un mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> fonctionnement<br />

fréquemment utilisé au secondaire : on part <strong>de</strong> l’égalité à<br />

montrer, qu’on transforme — soit un côté, soit les <strong>de</strong>ux<br />

côtés à la fois — jusqu’à arriver à une égalité qu’on sait être<br />

vraie. C<strong>et</strong>te conduite dénote un manque <strong>de</strong> contrôle sur la<br />

structure logico-déductive <strong>de</strong> la preuve, puisqu’il n’y a<br />

visiblement pas vérification par l’étudiant que le passage <strong>de</strong><br />

chaque égalité à la suivante résulte bien d’une équivalence,<br />

qui seule rendrait vali<strong>de</strong> une telle démarche. Bien entendu, ni<br />

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le signe ⇔, ni le signe ⇒ ne sont utilisés d’une égalité à<br />

l’autre.<br />

Ligne 7. L’utilisation <strong>de</strong> la définition <strong>de</strong> la matrice inverse<br />

est valable, <strong>et</strong> semble-t-il bien contrôlée. Cependant, on ne<br />

sait trop quel statut donner à l’égalité <strong>de</strong> la ligne 8.<br />

Lignes 9 <strong>et</strong> 10. L’étudiant énonce une implication sans se<br />

rendre compte que du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> la structure logique,<br />

c’est en fait la réciproque qui est implicitement utilisée dans<br />

sa démonstration : pour l’étudiant, les lignes 11 à 15<br />

montrent que (A –1) T est « aussi » l’inverse <strong>de</strong> AT. C’est donc<br />

–1) T=(AT) –1<br />

bien l’implication (A –1) Test l’inverse <strong>de</strong> A T ⇒ (A<br />

qui perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> conclure à l’égalité <strong>de</strong> la ligne 16. Par ailleurs,<br />

il est vrai que la proposition sous-jacente est en fait une<br />

équivalence <strong>et</strong> que les <strong>de</strong>ux implications sont valables.<br />

Lignes 11, 12 <strong>et</strong> 13. Le passage <strong>de</strong> la ligne 11 à la ligne 12 à<br />

la ligne 13 est difficile à déco<strong>de</strong>r cognitivement. Nous<br />

ém<strong>et</strong>tons l’hypothèse que ce passage résulterait d’une<br />

« réinterprétation » abusive <strong>de</strong> la règle (AB) T = B T A T,<br />

réinterprétation qui ferait <strong>de</strong> la règle quelque chose comme<br />

l’énoncé « pour faire <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux transpositions une seule dans<br />

un produit, il faut [d’abord] commuter les matrices » ;<br />

énoncé qui expliquerait alors la ligne 12.<br />

Figure 3 La <strong>de</strong>uxième production<br />

Analyse <strong>de</strong> la troisième production<br />

La Figure 4 présente la troisième production.<br />

Figure 4 La troisième production<br />

Dans c<strong>et</strong>te production, on r<strong>et</strong>rouve pratiquement toutes les<br />

erreurs relevées précé<strong>de</strong>mment. Il est difficile <strong>de</strong><br />

comprendre comment s’organise la preuve du point <strong>de</strong> vue<br />

du strict déroulement logique. Nous <strong>de</strong>vons spéculer sur ce<br />

qu’a pu être le raisonnement. Parmi plusieurs possibles,<br />

l’hypothèse décrite ci-<strong>de</strong>ssous est celle qui suppose à<br />

l’étudiant la meilleure compréhension.<br />

L’étudiant veut montrer la Ligne 1, mais va plutôt montrer la<br />

Ligne 2 — équivalente dans son esprit — obtenue <strong>de</strong> la<br />

Ligne 1 en multipliant chaque côté <strong>de</strong> l’égalité par (A T).<br />

L’étudiant manipule le côté droit jusqu’à obtenir la matrice<br />

i<strong>de</strong>ntité à droite, <strong>et</strong> l’égalité (A T) –1(A T)= I. C<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière<br />

serait justifiée par ce qui est entouré d’un nuage, <strong>et</strong> qui<br />

viendrait <strong>de</strong> la définition <strong>de</strong> l’inverse (toujours donnée en<br />

cours sous la forme AA –1 = A –1A = I, ce qui expliquerait la<br />

2 e ligne du nuage). Une fois l’égalité (A T) –1(A T)=I justifiée,<br />

l’égalité à montrer s’en trouve vérifiée (toujours en<br />

supposant qu’elles sont bien équivalentes ; l’étudiant ne<br />

précise bien sûr rien <strong>de</strong> tout cela). Par ailleurs, nous<br />

n’arrivons pas à comprendre la signification <strong>de</strong>s 3 e <strong>et</strong> 4 e<br />

lignes du nuage.<br />

Pour ce qui est du détail <strong>de</strong>s manipulations Ligne 2 à Ligne<br />

6, mentionnons que l’étudiant transpose le produit <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />

matrices sans les commuter (Lignes 3 <strong>et</strong> 4). On peut penser<br />

que comme dans la Production 1, l’étudiant traite « T »<br />

comme un exposant. Il est d’ailleurs très intéressant <strong>de</strong><br />

constater que l’étudiant « sort » d’abord le « T » <strong>de</strong>s<br />

parenthèses (passage <strong>de</strong> la Ligne 2 à la Ligne 3), comme<br />

pour le m<strong>et</strong>tre au même niveau que le « T » qui affecte A –1.<br />

Comme dans la Production 1, il y a ici perte du sens accordé<br />

aux manipulations <strong>et</strong> aux symboles, dont l’accumulation <strong>et</strong> la<br />

nouveauté étourdissent visiblement l’étudiant.<br />

2.4. Bilan <strong>de</strong>s analyses<br />

Pour faire le bilan <strong>de</strong> ces analyses, penchons-nous sur les<br />

pratiques « expertes » (Robert, 1998) qui nous ont permis <strong>de</strong><br />

détecter les failles dans les productions, <strong>et</strong> qui constituent<br />

par ailleurs les éléments <strong>de</strong> compétences que <strong>de</strong>vraient avoir<br />

les étudiants pour contrôler <strong>de</strong> telles productions.<br />

• Contrôle <strong>de</strong> la structure logique <strong>de</strong> tous les instants.<br />

o Repérer dans la 1re copie que le terme A A –1 n’a en<br />

fait pas servi.<br />

o Être conscient du danger (équivalences versus<br />

implications simples) qui gu<strong>et</strong>te celui qui démontre<br />

une égalité qu’on sait être vraie (2e <strong>et</strong> 3e copies).<br />

o Repérer dans la 2 e copie que « si (A T) –1 = (A<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 121 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

–1) T,<br />

alors (A –1) T est aussi matrice inverse <strong>de</strong> A T » est la<br />

réciproque <strong>de</strong> l’implication utilisée dans la<br />

démonstration, <strong>et</strong> ce, bien qu’il y ait équivalence<br />

sous-jacente.<br />

• Conscience constante <strong>de</strong> ce que désignent les symboles<br />

malgré leur nouveauté, <strong>de</strong> ce à quoi s’appliquent les<br />

règles, <strong>de</strong>s règles <strong>de</strong> calcul valables <strong>et</strong> <strong>de</strong> celles non<br />

valables (comme (AB) T = A T B T).<br />

• Facilité (compétence) à lire une égalité dans le bon sens.<br />

Par exemple, la règle (AB) T = B T A T doit en fait être<br />

appliquée <strong>de</strong> droite à gauche dans la démonstration.<br />

• Facilité à reconnaître ou appliquer une définition ou une<br />

propriété quand il faut y remplacer une variable par une<br />

expression complexe (par exemple, appliquer<br />

correctement une règle énoncée avec A, quand A y est<br />

remplacé par BC ou A –1 ou A T).<br />

• Maîtriser le nouveau symbolisme, les nouveaux termes,<br />

particulièrement quand ils rentrent en conflit avec les


Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />

anciens. Exemple : ne pas traiter « T » comme un<br />

exposant.<br />

• Savoir interpréter, déco<strong>de</strong>r une règle, une définition. Par<br />

exemple :<br />

(A T) –1 = (A –1) T à déco<strong>de</strong>r comme « l’inverse <strong>de</strong> A T<br />

s’obtient en transposant l’inverse <strong>de</strong> A ». Ce qu’il faut<br />

comprendre ici, dans une égalité qui concentre à<br />

peine une douzaine <strong>de</strong> symboles, parenthèses<br />

comprises, c’est que A est une matrice inversible<br />

dont on connaît (ou dont on pourra éventuellement<br />

calculer) l’inverse A –1 <strong>et</strong> qu’alors, l’inverse <strong>de</strong> A T<br />

s’obtiendra simplement en transposant A –1.<br />

Ce <strong>de</strong>rnier point en particulier nous fait mesurer à quel point<br />

l’évaluation <strong>de</strong> la tâche comme « relativement simple » a<br />

priori (cf. § 2.2) est trompeuse. En cours, la propriété<br />

(AB) T = B T A T avait été énoncée une fois, <strong>et</strong> illustrée par un<br />

exemple (avec matrices 2×2). Un exercice <strong>de</strong>s notes <strong>de</strong><br />

cours <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> montrer que (ABC) T = C T B T A T. Dans la<br />

Question 1a du <strong>de</strong>voir, neuf copies sur douze n’ont pas<br />

utilisé la propriété, ou l’ont utilisée incorrectement. Toujours<br />

pour la Question 1a, on n’arrive pas à déco<strong>de</strong>r l’égalité à<br />

montrer à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la définition <strong>de</strong> la matrice inverse dans<br />

sept copies sur douze. Six copies sur douze traitent « -1 »<br />

comme un exposant dans la Question 1b, <strong>et</strong> passent<br />

directement <strong>de</strong> (kA) –1 à k –1A –1 ou encore à (1/k) A –1. Pour<br />

illustrer davantage le décalage entre les attentes du<br />

professeur <strong>et</strong> les capacités <strong>de</strong>s étudiants, mentionnons enfin<br />

qu’à la Question 2 du <strong>de</strong>voir, où il fallait montrer que<br />

(cof(A)) T=cof(A T), cof(A) désignant la matrice <strong>de</strong>s<br />

cofacteurs <strong>de</strong> A, une seule copie sur onze a fait intervenir<br />

l’invariance du déterminant par transposition — l’argument<br />

central <strong>de</strong> la démonstration — <strong>et</strong> encore était-ce <strong>de</strong> façon<br />

totalement inadéquate.<br />

À la lumière <strong>de</strong> ce qui précè<strong>de</strong>, nous tirons les conclusions<br />

suivantes :<br />

➢ Le secondaire prépare mal aux compétences dont il a<br />

été question ci-<strong>de</strong>ssus, <strong>et</strong> plus généralement au<br />

formalisme <strong>et</strong> à la démonstration.<br />

➢ Un travail d’analyse d’erreurs, comme nous l’avons fait<br />

en § 2.3 <strong>et</strong> § 2.4, perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> mieux mesurer la difficulté<br />

<strong>de</strong> ce qui est <strong>de</strong>mandé aux étudiants. Il serait<br />

souhaitable que les enseignants (du collégial)<br />

s’attachent avec autant d’application que possible à<br />

évaluer ces difficultés, les ruptures <strong>et</strong> sauts cognitifs<br />

impliqués, au besoin par le biais d’un tel travail<br />

d’analyse 10.<br />

➢ Le cas échéant, les enseignants du collégial se seront<br />

alors donné <strong>de</strong> meilleurs moyens pour aménager une<br />

transition moins abrupte vers le formalisme, ce qui<br />

<strong>de</strong>vrait constituer pour eux une préoccupation<br />

constante.<br />

Pour éclairer ce <strong>de</strong>rnier point, nous proposons en annexe un<br />

réaménagement possible <strong>de</strong> la tâche proposée en § 2.1. Nous<br />

avons cherché à prendre en compte les difficultés i<strong>de</strong>ntifiées<br />

en § 2.2, § 2.3 <strong>et</strong> § 2.4 pour gui<strong>de</strong>r le choix <strong>de</strong>s questions<br />

intermédiaires a), b) <strong>et</strong> c), <strong>et</strong> pour fixer les valeurs <strong>de</strong>s<br />

variables didactiques (cf. Artigue, 1998, § B2) : par exemple, <strong>de</strong>s<br />

entrées fractionnaires <strong>et</strong> une matrice W <strong>de</strong> format 4 × 4, afin<br />

d’inciter à ne pas utiliser l’algorithme <strong>de</strong> Gauss-Jordan pour<br />

déterminer W –1 . On notera que le fait qu’une réponse<br />

correcte à d) constitue également une réponse correcte à c)<br />

peut être utilisé en classe par l’enseignant comme base <strong>de</strong><br />

discussion, d’ordre méta-mathématique, sur ce qu’est une<br />

démonstration générale <strong>et</strong> sur les avantages que c<strong>et</strong>te<br />

généralité confère au résultat démontré.<br />

3. La démonstration dans les programmes du<br />

secondaire<br />

Tel qu’annoncé dans l’introduction, nous regardons<br />

maintenant comment le programme actuel prépare l’élève à<br />

la démonstration, <strong>et</strong> nous comparons ensuite avec ce que<br />

propose le nouveau programme à c<strong>et</strong> égard.<br />

3.1. Le programme actuel<br />

Dans les programmes <strong>de</strong> Math 436 <strong>et</strong> Math 536, les<br />

démonstrations sont sollicitées essentiellement en contexte<br />

géométrique. En quatrième secondaire, les élèves doivent<br />

démontrer <strong>de</strong>s propositions en utilisant la géométrie<br />

analytique. Selon le programme, les élèves peuvent<br />

démontrer <strong>de</strong>s propositions comme : « Les milieux <strong>de</strong>s côtés<br />

<strong>de</strong> tout quadrilatère sont les somm<strong>et</strong>s d’un parallélogramme.<br />

» On <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aussi aux élèves, lorsqu’ils travaillent<br />

l’isométrie <strong>et</strong> la similitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s figures, <strong>de</strong> dégager <strong>de</strong>s<br />

propriétés <strong>et</strong> théorèmes, <strong>de</strong> les démontrer quand c’est<br />

possible <strong>et</strong> <strong>de</strong> les appliquer à la résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />

En cinquième secondaire, les élèves doivent démontrer<br />

! ! ! !<br />

certaines propriétés <strong>de</strong>s vecteurs (ex : u ! v " u i v = 0 )<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong>s propositions à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong>s vecteurs (ex. : Les médianes<br />

d’un triangle se rencontrent aux <strong>de</strong>ux tiers <strong>de</strong> leur longueur à<br />

partir du somm<strong>et</strong>). Les élèves doivent aussi démontrer <strong>de</strong>s<br />

propositions lorsqu’ils travaillent les relations métriques dans<br />

le cercle <strong>et</strong> le triangle rectangle. Dans le programme, on<br />

suggère à l’enseignant <strong>de</strong> démontrer les i<strong>de</strong>ntités fondamentales<br />

<strong>de</strong> trigonométrie, afin que les élèves puissent par la<br />

suite démontrer l’i<strong>de</strong>ntité d’expressions trigonométriques.<br />

Dans les <strong>de</strong>ux programmes, 436 <strong>et</strong> 536, les attentes quant à<br />

la démonstration sont énoncées clairement, que ce soit à<br />

travers les objectifs globaux, terminaux ou intermédiaires.<br />

Pour chaque thème abordé (géométrie analytique, isométrie<br />

<strong>et</strong> similitu<strong>de</strong>, vecteurs, <strong>et</strong>c.), on r<strong>et</strong>rouve en annexe une liste<br />

<strong>de</strong> propriétés pouvant faire l’obj<strong>et</strong> <strong>de</strong> démonstrations.<br />

3.2. Le nouveau programme<br />

Le nouveau programme du <strong>de</strong>uxième cycle (troisième,<br />

quatrième <strong>et</strong> cinquième secondaires, toujours en<br />

préparation) propose un choix <strong>de</strong> trois profils <strong>de</strong> formation,<br />

que les auteurs nomment séquences. La troisième secondaire<br />

offre une formation générale <strong>et</strong>, dès la quatrième, les élèves<br />

choisissent selon leurs intérêts l’une ou l’autre <strong>de</strong>s séquences<br />

suivantes :<br />

− La séquence Culture, société <strong>et</strong> technique, qui vise à<br />

préparer les élèves à poursuivre leurs étu<strong>de</strong>s dans le<br />

domaine <strong>de</strong>s arts, <strong>de</strong> la communication, <strong>de</strong>s sciences<br />

humaines <strong>et</strong> sociales.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 122 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />

− La séquence Technico-sciences, qui prépare les élèves<br />

aux domaines techniques tels que l’alimentation, les<br />

techniques en biologie ou en physique,<br />

l’administration <strong>et</strong> la communication graphique, <strong>et</strong>c.<br />

− La séquence Sciences-naturelles, qui perm<strong>et</strong> aux élèves<br />

<strong>de</strong> poursuivre <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s en sciences <strong>de</strong> la nature.<br />

On peut donc s’attendre à ce que les étudiants inscrits aux<br />

cours <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s filières scientifiques du collégial<br />

proviennent <strong>de</strong>s séquences Technico-sciences ou Sciencesnaturelles.<br />

À travers ces trois profils, les élèves doivent développer<br />

leurs compétences à communiquer à l’ai<strong>de</strong> du langage<br />

mathématique, à déployer un raisonnement mathématique <strong>et</strong> à résoudre<br />

une situation-problème. L’explication générale <strong>de</strong> la compétence<br />

déployer un raisonnement mathématique évoque l’importance <strong>de</strong><br />

conjecturer, critiquer <strong>et</strong> justifier lors d’activités <strong>mathématiques</strong>.<br />

Réaliser <strong>de</strong>s preuves est une composante <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

compétence <strong>et</strong>, selon le programme, elle <strong>de</strong>vrait être évaluée<br />

chez les étudiants.<br />

3.2.1. La séquence Technico-sciences<br />

Les processus importants <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te séquence sont la<br />

modélisation <strong>et</strong> la prise <strong>de</strong> décision. On dit dans le<br />

programme que l’élève <strong>de</strong>vrait alterner entre « preuves<br />

pragmatiques » <strong>et</strong> « preuves intellectuelles » ; on peut penser<br />

que les auteurs du programme désignent par là, comme chez<br />

Balacheff (1987), les démonstrations plus formelles. Or, à la<br />

lecture <strong>de</strong> la <strong>de</strong>scription détaillée <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te séquence, la<br />

démonstration ne nous semble pas y avoir une place si<br />

importante. Notamment, les élèves sont amenés à faire <strong>de</strong> la<br />

géométrie analytique, mais avec une tout autre visée que<br />

celle <strong>de</strong> démontrer <strong>de</strong>s résultats géométriques. Ils se<br />

concentrent davantage sur les concepts <strong>de</strong> distance entre<br />

<strong>de</strong>ux points, <strong>de</strong> droite, <strong>de</strong> pente... <strong>et</strong> ils ont principalement<br />

recours à la géométrie analytique pour modéliser. De plus,<br />

on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> que l’élève découvre les relations métriques<br />

dans le triangle rectangle (ou quelconque) à partir <strong>de</strong> ses<br />

connaissances du concept <strong>de</strong> similitu<strong>de</strong>, sans mentionner<br />

toutefois l’importance <strong>de</strong> démontrer les conjectures<br />

trouvées. Dans l’Annexe D du programme (MELS, p. 205),<br />

on propose une liste d’énoncés qui pourront servir comme<br />

pistes d’exploration ou comme résultats à utiliser dans les<br />

preuves en résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />

3.2.2. La séquence Sciences-naturelles<br />

Dans c<strong>et</strong>te séquence, on mentionne que le processus <strong>de</strong><br />

modélisation est central <strong>et</strong> que le niveau <strong>de</strong> formalisme<br />

augmente. En algèbre, on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> à l’élève <strong>de</strong> démontrer<br />

<strong>de</strong>s i<strong>de</strong>ntités algébriques. En géométrie, les élèves travaillent<br />

les figures isométriques <strong>et</strong> semblables, les figures <strong>et</strong> soli<strong>de</strong>s<br />

équivalents, les relations métriques dans le triangle rectangle,<br />

les rapports trigonométriques, les coniques <strong>et</strong> finalement les<br />

vecteurs. Contrairement au programme actuel, il n’y a pas<br />

dans le nouveau programme l’exigence explicite <strong>de</strong><br />

démontrer les propriétés <strong>de</strong>s vecteurs, ni <strong>de</strong> démontrer <strong>de</strong>s<br />

propositions géométriques à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong>s vecteurs. Seules les<br />

opérations addition, soustraction <strong>et</strong> multiplication par un<br />

scalaire sont à l’étu<strong>de</strong>.<br />

La <strong>de</strong>uxième année du cycle (secondaire 4) apparaît comme<br />

celle où la démonstration <strong>de</strong>vrait être davantage sollicitée.<br />

L’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s figures semblables <strong>et</strong> isométriques, <strong>de</strong>s rapports<br />

trigonométriques <strong>et</strong> <strong>de</strong>s relations métriques dans le triangle<br />

rectangle gagnerait, selon le programme, à être faite par la<br />

découverte. Conjecturer est un processus dominant. On<br />

mentionne que l’élève pourra utiliser les conjectures (qu’il<br />

aura énoncées <strong>et</strong> validées empiriquement) à titre <strong>de</strong><br />

justification en résolution <strong>de</strong> problèmes. Là non plus, on ne<br />

signale pas l’importance <strong>de</strong> démontrer les résultats<br />

découverts. Cependant, on note que certaines propriétés<br />

seront déduites « ... à l’ai<strong>de</strong> d’un raisonnement organisé à<br />

partir <strong>de</strong> définitions ou <strong>de</strong> propriétés déjà établies tout en<br />

introduisant la rigueur souhaitée » (MELS, p. 192). Comme<br />

pour la séquence Technico-sciences, la section se termine<br />

avec une annexe constituée d’une liste d’énoncés, mais rien<br />

n’est dit sur ce qui doit en être fait.<br />

3.3. Comparaison <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux programmes <strong>et</strong><br />

conclusion<br />

Dans le nouveau programme, l’accent est surtout mis sur les<br />

processus généraux que les enseignants doivent m<strong>et</strong>tre <strong>de</strong><br />

l’avant en classe. Par exemple, on insiste sur le fait que les<br />

élèves doivent conjecturer, mais on ne sait pas à quels<br />

concepts ou contenus donner priorité. Ainsi, pour un<br />

concept ou un résultat donné, certains enseignants pourront<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r aux élèves d’ém<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s conjectures pour ensuite<br />

en travailler avec eux les démonstrations. Mais un autre<br />

enseignant pourrait se contenter <strong>de</strong> faire découvrir ce même<br />

concept ou résultat par <strong>de</strong>s processus d’exploration <strong>et</strong><br />

d’induction, <strong>et</strong> en négliger tous les aspects déductifs. Le seul<br />

extrait du nouveau programme qui fait le lien entre<br />

conjectures <strong>et</strong> preuves se trouve dans la <strong>de</strong>scription générale<br />

du « sens <strong>de</strong> la compétence Déployer un raisonnement<br />

mathématique » :<br />

La rédaction <strong>de</strong> la preuve est donc l’étape ultime du processus <strong>de</strong> validation<br />

d’une conjecture. Celle-ci peut être qualifiée d’explication ou <strong>de</strong><br />

démonstration selon le raisonnement choisi par l’élève <strong>et</strong> elle s’exprime en<br />

faisant appel au langage propre à la discipline (MELS, p. 119).<br />

Le programme actuel est plus précis sur les objectifs à<br />

atteindre. Si l’enseignant décidait <strong>de</strong> ne pas travailler la<br />

démonstration en géométrie analytique, par exemple, alors il<br />

ne répondrait pas aux exigences du programme.<br />

Il nous semble clair que le nouveau programme laisse plus<br />

<strong>de</strong> latitu<strong>de</strong> aux enseignants pour ce qui est du traitement <strong>de</strong>s<br />

contenus, ce qui pourra stimuler l’enseignant consciencieux<br />

<strong>et</strong> donner lieu à un enseignement riche <strong>et</strong> dynamique. Mais à<br />

l’inverse, un enseignant moins impliqué pourrait avoir<br />

tendance à évincer les contenus auxquels l’élève n’a pas<br />

accès par l’exploration, ou encore à ne <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r<br />

systématiquement que <strong>de</strong>s conjectures <strong>et</strong> <strong>de</strong>s validations<br />

empiriques ou informelles, sans jamais solliciter le<br />

raisonnement déductif. Si l’on s’en tient à ce qui est<br />

explicitement prescrit dans le nouveau programme, on peut<br />

donc difficilement dire que les élèves seront mieux préparés<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 123 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />

au raisonnement déductif. Quant au formalisme, les<br />

directives du nouveau programme sont au moins aussi<br />

vagues que dans le programme actuel, <strong>et</strong> ne vont pas au-<strong>de</strong>là<br />

<strong>de</strong>s « vœux pieux », comme « s’assurer du respect <strong>de</strong>s règles<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong>s conventions propres au langage mathématique »<br />

(MELS, p. 129), ou encore :<br />

Mentionnons aussi la compréhension <strong>de</strong>s rôles <strong>de</strong>s quantificateurs […] <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>s opérateurs logiques […]. Étant donné que plusieurs définitions <strong>de</strong><br />

termes <strong>et</strong> <strong>de</strong> symboles se précisent à mesure que progressent les<br />

apprentissages, il importe <strong>de</strong> leur accor<strong>de</strong>r une attention particulière afin <strong>de</strong><br />

s’assurer que l’élève en comprenne le sens, en perçoive l’utilité <strong>et</strong> ressente le<br />

besoin d’y recourir (MELS, p. 126).<br />

Nous évaluons que les enseignants du Cégep <strong>de</strong>vraient<br />

s’attendre, après la réforme, à avoir <strong>de</strong>s groupes plus<br />

hétérogènes, à ce que leurs étudiants soient outillés <strong>de</strong> façon<br />

très variable, tant au niveau <strong>de</strong>s contenus que du <strong>de</strong>gré <strong>de</strong><br />

formalisme avec lequel auront été abordés ces contenus. De<br />

plus, si les élèves provenant <strong>de</strong> la séquence Technico-sciences<br />

peuvent être admis en sciences pures au Collégial, nous<br />

croyons qu’il pourrait y avoir une différence marquée quant<br />

à leur compétence à démontrer <strong>et</strong> à déduire, par rapport aux<br />

étudiants provenant <strong>de</strong> la séquence Sciences-naturelles.<br />

En conclusion, pour minimiser les impacts <strong>de</strong> la transition<br />

secondaire-collégial du point <strong>de</strong> vue du formalisme <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

démonstration, il reste donc à espérer que :<br />

• les enseignants comprendront l’importance <strong>de</strong><br />

démontrer les conjectures, d’y m<strong>et</strong>tre en œuvre <strong>de</strong><br />

véritables raisonnements déductifs 11 ;<br />

• que les rédacteurs <strong>et</strong> éditeurs <strong>de</strong>s manuels à venir ou<br />

déjà en chantier soient eux aussi sensibles à la<br />

préparation au formalisme <strong>et</strong> à la démonstration ;<br />

• que la mise en place d’un quatrième cours <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

préparatoire aux trois cours standards, <strong>et</strong><br />

plus axé sur le raisonnement hypothético-déductif<br />

que sur les applications, comme celui qu’offre le<br />

Cégep Ahuntsic par exemple, soit généralisée à tous<br />

les cégeps.<br />

Comme il est ressorti dans le Thème 6 — Transition<br />

secondaire/postsecondaire <strong>et</strong> enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

dans le postsecondaire — du Colloque Espace<br />

Mathématique Francophone, EMF-2006 12 , il serait alors<br />

important que, dans un tel cours, « … les connaissances<br />

logico-déductives [soient] mises en œuvre en articulation<br />

avec la construction <strong>de</strong>s concepts <strong>mathématiques</strong> sur<br />

lesquels elles perm<strong>et</strong>tent d’opérer » (Bloch <strong>et</strong> al., 2006,<br />

caractères gras dans le texte).<br />

ANNEXE<br />

Un réaménagement possible <strong>de</strong> la Question 1a du<br />

<strong>de</strong>voir<br />

On suppose que la propriété<br />

(A T) –1=(A –1) T aura été vue en cours, <strong>et</strong> illustrée à travers<br />

quelques exemples <strong>et</strong> exercices.<br />

Question 1. La propriété<br />

(AT) –1 = (A –1) T.<br />

a) Considérez la matrice L donnée par<br />

" 1 0 ! 5 3 #<br />

$<br />

2 ! 1 4 ! 1<br />

%<br />

L = $ % .<br />

$ 3 2 3 0 %<br />

$ %<br />

&4 ! 3 ! 2 1 '<br />

Montrez que la matrice M, donnée ci-<strong>de</strong>ssous, est l’inverse<br />

<strong>de</strong> L ;<br />

" ! 4 ! 25 11 1 #<br />

$ 23 92 46 4 %<br />

$ ! 3 ! 9 7 0 %<br />

23 23 23<br />

M = $ % .<br />

$ 6 49 ! 5 ! 1%<br />

$ 23 92 46 4 %<br />

$ 19 45 ! 6 ! 1%<br />

$ & 23 46 23 2 % '<br />

b) Déterminez l’inverse <strong>de</strong> la matrice W, donnée par :<br />

" ! 4<br />

$ 23<br />

$ ! 25<br />

92<br />

W = $<br />

$ 11<br />

$ 46<br />

$ 1<br />

$ & 4<br />

! 3<br />

23<br />

! 9<br />

23<br />

7<br />

23<br />

0<br />

6<br />

23<br />

49<br />

92<br />

! 5<br />

46<br />

! 1<br />

4<br />

19 #<br />

23 %<br />

45 %<br />

46 % .<br />

! 6 %<br />

23 %<br />

! 1%<br />

2 % '<br />

c) Démontrez la propriété<br />

(A T ) –1 = (A –1) T, pour toute matrice A3×3 inversible.<br />

d) Démontrez la propriété<br />

(A T) –1 = (A –1) T, pour toute matrice An×n inversible,<br />

n ∈ N*.<br />

Indice : utilisez la définition <strong>et</strong> l’unicité <strong>de</strong> l’inverse d’une<br />

matrice carrée donnée.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 124 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />

Bibliographie<br />

Artigue, M. (1988). Ingénierie didactique. Recherches en<br />

didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Vol. 9, n°3 pp. 281-308.<br />

Balacheff, N. (1987). Processus <strong>de</strong> preuve <strong>et</strong> situations <strong>de</strong><br />

validation. Educational Studies in Mathematics, Vol. 18,<br />

n°2, pp. 147-176.<br />

Bloch, I., Kientega, G. <strong>et</strong> Tanguay, D. (2006). Synthèse du<br />

Thème 6. À paraître dans les Actes du Colloque EMF<br />

2006. Université <strong>de</strong> Sherbrooke.<br />

Corriveau, C. <strong>et</strong> Parenteau, J. (2005). Comment aménager le<br />

cours mathématique 536 du secondaire en vue <strong>de</strong><br />

mieux préparer les élèves aux cours <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

du cégep. Envol, n°132 (juill<strong>et</strong>-août-septembre 2005),<br />

pp. 25-28.<br />

Dorier, J.-L. (1998). État <strong>de</strong> l’art <strong>de</strong> la recherche en<br />

didactique à propos <strong>de</strong> l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre<br />

linéaire. Recherches en Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques, Vol.<br />

18, n°2, pp. 191-230.<br />

Dorier, J.-L., Harel, G., Hillel, J., Rogalski, M., Robin<strong>et</strong>, J.,<br />

Robert, A., Sierpinska, A. (1997). L’enseignement <strong>de</strong><br />

l’algèbre linéaire en question. Coord. par J.-L. Dorier. La<br />

Pensée Sauvage. Grenoble, France.<br />

Douady, R. (1986). Jeux <strong>de</strong> cadres <strong>et</strong> dialectique outil-obj<strong>et</strong>.<br />

Recherches en didactiques <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Vol. 7, n°2, pp.<br />

5-31.<br />

Duval, R. (1993). Registres <strong>de</strong> représentation sémiotique <strong>et</strong><br />

fonctionnement cognitif <strong>de</strong> la pensée. Annales <strong>de</strong><br />

Didactique <strong>et</strong> <strong>de</strong> Sciences Cognitives, n°5, pp. 37-65. IREM<br />

<strong>de</strong> Strasbourg.<br />

Grenier, D. <strong>et</strong> Payan, C. (1998). Spécificités <strong>de</strong> la preuve <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> la modélisation en <strong>mathématiques</strong> discrètes.<br />

Recherches en didactiques <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Vol. 18, n°1,<br />

pp. 59-99.<br />

Harel, G. & Martin, W. G. (1989). Proof Frames of<br />

Preservice Elementary Teachers. Journal for Research in<br />

Mathematics Education, Vol. 20, n°1, p. 41-51.<br />

MEQ. (1998). Programme d’Étu<strong>de</strong>s, Secondaire 5,<br />

Mathématique 536. Direction <strong>de</strong> la formation générale<br />

<strong>de</strong>s jeunes, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation du Québec.<br />

Québec.<br />

MEQ. (1997). Programme d’Étu<strong>de</strong>s, Secondaire 4,<br />

Mathématique 436. Direction <strong>de</strong> la formation générale<br />

<strong>de</strong>s jeunes, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation du Québec.<br />

Québec.<br />

MELS. (2005). Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong> l’école<br />

québécoise, 2e cycle du secondaire, Domaine <strong>de</strong> la<br />

mathématique, <strong>de</strong> la science <strong>et</strong> <strong>de</strong> la technologie,<br />

document <strong>de</strong> travail aux fins <strong>de</strong> validation. Ministère <strong>de</strong><br />

l’Éducation, du Loisir <strong>et</strong> du Sport du Québec. Québec.<br />

Robert, A. (1998). Outils d’analyse <strong>de</strong>s contenus<br />

<strong>mathématiques</strong> à enseigner au lycée <strong>et</strong> à l’université.<br />

Recherches en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, vol. 18, n°2, pp.<br />

139-190.<br />

Sierpinska, A., Dreyfus, T. <strong>et</strong> Hillel, J. (1999). Evaluation of<br />

a Teaching Design in Linear Algebra : the Case of<br />

Linear Transformations. Recherches en didactiques <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, Vol. 19, n°1, pp. 7-40.<br />

Sierpinska, A. (1997). Les vecteurs au collège <strong>et</strong> à<br />

l’université. Actes du 40e congrès <strong>de</strong> l’Association<br />

Mathématique du Québec (AMQ), pp. 131-147. Les<br />

éditions Le Griffon d’argile, Sainte-Foy, Québec.<br />

Tanguay, D. (2005). Apprentissage <strong>de</strong> la démonstration <strong>et</strong><br />

graphes orientés. Annales <strong>de</strong> didactique <strong>et</strong> <strong>de</strong> sciences<br />

cognitives, n°10, pp. 55-93. IREM <strong>de</strong> Strasbourg.<br />

Tanguay, D. (2003). Un enseignement <strong>de</strong> la preuve au<br />

collégial. Actes du 45e Congrès <strong>de</strong> l’AMQ, publiés sous la<br />

dir. d’André Ross, pp. 82-103. Les éditions Le Griffon<br />

d’argile. Sainte-Foy, Québec.<br />

Tanguay, D. (2002). L’enseignement <strong>de</strong>s vecteurs. Bull<strong>et</strong>in<br />

AMQ, Vol. XLII, n°4 (décembre 2002), pp. 36-47.<br />

1 Respectivement cours <strong>de</strong> Calcul différentiel <strong>et</strong> cours <strong>de</strong> Calcul<br />

intégral en Sciences <strong>de</strong> la nature.<br />

2 Cours d’Algèbre linéaire en Sciences <strong>de</strong> la nature.<br />

3 Pour une évaluation sommaire <strong>de</strong>s contenus <strong>de</strong>s cours <strong>de</strong> niveau<br />

collégial en Sciences <strong>de</strong> la nature, sous l’angle <strong>de</strong> ce qui est susceptible<br />

d’y être mis en œuvre en démonstration, le lecteur pourra consulter<br />

Tanguay (2003), § 3.<br />

4 Bien qu’i<strong>de</strong>ntifiés par A. Robert dans le cadre <strong>de</strong>s démonstrations<br />

exigées <strong>de</strong>s élèves-étudiants, ces éléments contribuent également à<br />

augmenter les difficultés en résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />

5 Cours d’Algèbre linéaire <strong>et</strong> géométrie vectorielle du programme DEC<br />

intégré. Celui-ci offre une formation en sciences, l<strong>et</strong>tres <strong>et</strong> arts<br />

perm<strong>et</strong>tant aux étudiants <strong>de</strong> poursuivre leurs étu<strong>de</strong>s dans presque<br />

n’importe quel domaine à l’université. Les étudiants qui le suivent<br />

sont en principe académiquement forts, puisque le programme<br />

accepte un nombre limité <strong>de</strong> candidats. Le cours d’Algèbre linéaire <strong>et</strong><br />

géométrie vectorielle est sensiblement le même que celui offert dans le<br />

programme <strong>de</strong> Sciences <strong>de</strong> la nature, mais se donne en 60 heures<br />

plutôt qu’en 75 heures.<br />

6 Utiliser un autre registre <strong>de</strong> représentation sémiotique (cf. Duval, 1993)<br />

consisterait par exemple à désigner les matrices par <strong>de</strong>s tableaux<br />

avec entrées doublement indicées (a11, a12, a1n, aij, ann, <strong>et</strong>c.), dont les<br />

positions dans le tableau sont suggérées à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> points <strong>de</strong><br />

suspension. Mais la consigne « en utilisant la définition... » rend<br />

inopérant le travail dans un tel registre.<br />

7 Nous utilisons systématiquement le masculin mais il peut s’agir en<br />

fait d’une étudiante.<br />

8 Dorier écrit : « Il faut pouvoir travailler sur <strong>de</strong>s équations en<br />

oubliant momentanément ce qu’elles représentent mais en sachant<br />

y revenir quand besoin est […] » (Dorier <strong>et</strong> al., 1997, p. 106).<br />

9 « bruit » à prendre ici au sens <strong>de</strong>s interférences qui brouillent un<br />

message radio.<br />

10 … mais nous sommes bien sûr conscients que l’investissement<br />

requis en temps n’est pas disponible pour chacun !<br />

11 Les prescriptions du nouveau programme auront alors l’avantage<br />

<strong>de</strong> faire plus souvent porter les démonstrations sur <strong>de</strong>s résultats<br />

moins accessibles à l’intuition, pas d’emblée acceptés comme vrais<br />

par l’élève, où se pose un véritable « enjeu <strong>de</strong> vérité » (Grenier <strong>et</strong><br />

Payan, 1998).<br />

12 Colloque tenu conjointement avec les congrès <strong>de</strong> l’AMQ <strong>et</strong> du<br />

GRMS, à l’Université <strong>de</strong> Sherbrooke en mai-juin 2006.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 125 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 126 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Comment compter les trous<br />

dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse,<br />

ou l'homologie pour les gourmands<br />

Nous présentons une approche gourman<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'homologie, motivée dès le départ<br />

par <strong>de</strong>s problèmes concr<strong>et</strong>s que l'on se propose <strong>de</strong> résoudre par la suite grâce à c<strong>et</strong><br />

outil mathématique puissant qu'est l'homologie, assisté par <strong>de</strong>s programmes<br />

informatiques, facilement manipulables par l'utilisateur non informaticien, voire<br />

non-mathématicien.<br />

Sara Derivière,<br />

Anik Trahan <strong>et</strong><br />

Tomasz Kaczynski<br />

Université <strong>de</strong><br />

Sherbrooke<br />

sara.<strong>de</strong>riviere@<br />

Usherbrooke.ca<br />

anik.trahan @<br />

Usherbrooke.ca<br />

tomasz.kaczynski<br />

@Usherbrooke.ca<br />

'homologie est une spécialité <strong>de</strong> la<br />

topologie algébrique. La topologie est la<br />

science qui étudie les propriétés<br />

géométriques invariantes d'un obj<strong>et</strong> quand<br />

celui-ci est étiré, tordu ou rétréci <strong>de</strong> manière<br />

continue. L'algèbre étudie les propriétés <strong>de</strong>s<br />

ensembles munis d'une structure algébrique<br />

(groupes, anneaux, lois <strong>de</strong> composition, ...).<br />

Ainsi, la topologie algébrique est une branche<br />

<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> où l'algèbre générale est<br />

utilisée dans l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s espaces topologiques1<br />

L<br />

. C<strong>et</strong> article est plutôt basé sur une sousbranche<br />

<strong>de</strong> la topologie algébrique : la topologie<br />

computationnelle. Celle-ci se concentre sur<br />

les applications informatiques <strong>et</strong> algorithmiques.<br />

Tout ceci est très impressionnant, mais<br />

pourquoi s'intéresser à une chose apparemment<br />

si barbare ? C'est ce à quoi se propose <strong>de</strong><br />

répondre la Section 1. Une fois que vous aurez<br />

compris tout le génie <strong>de</strong> l'homologie <strong>et</strong> ce qu'il<br />

vous perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> faire, vous aurez hâte d'en<br />

apprendre davantage, d'où le besoin <strong>de</strong> définir<br />

certains obj<strong>et</strong>s dans la Section 2, obj<strong>et</strong>s que<br />

1 Une définition plus rigoureuse <strong>de</strong> la topologie<br />

algébrique ainsi qu'une présentation <strong>de</strong>s recherches<br />

possibles dans ce vaste domaine se trouvent sur la<br />

page web du GRTC : http ://www.dmi.usherb.ca/<br />

kaczyn/grtc/in<strong>de</strong>x.html<br />

nous manipulerons dans la Section 3. Tout<br />

ceci nous perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> définir, plus ou moins<br />

rigoureusement, l'homologie <strong>de</strong>s ensembles<br />

dans la Section 4. Finalement, dans la Section<br />

5, vous serez en mesure <strong>de</strong> compter le nombre<br />

<strong>de</strong> trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, <strong>de</strong><br />

calculer le nombre <strong>de</strong> cratères sur la lune, <strong>de</strong><br />

prédire si tel ou tel labyrinthe est réalisable, <strong>et</strong><br />

bien plus encore ... Vous pourrez ainsi<br />

impressionner p<strong>et</strong>its <strong>et</strong> grands lors <strong>de</strong> votre<br />

prochain souper familial !<br />

1 L'homologie, pour quoi faire ?<br />

Ainsi donc, les calculs d'homologie seraient<br />

utiles ? Oui, nous l'affirmons ! Voici quelques<br />

exemples concr<strong>et</strong>s. Imaginons un instant que<br />

vous vouliez résoudre un labyrinthe. Vous<br />

pourriez vous <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r, avant <strong>de</strong> commencer<br />

à vous atteler à c<strong>et</strong>te tâche, si le labyrinthe en<br />

question adm<strong>et</strong> bien une solution. Par<br />

exemple, sur la Figure 1, existe-t-il un chemin<br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> joindre le côté inférieur gauche<br />

au côté supérieur droit ?<br />

Imaginons à présent qu'un inconnu frappe à<br />

votre porte, un soir d'hiver enneigé, vous<br />

montre la photo <strong>de</strong> la Figure 2 <strong>et</strong> vous prom<strong>et</strong><br />

un voyage à Miami Beach si vous lui donnez le<br />

nombre exact <strong>de</strong> cratères. (Presque) rien n'est<br />

impossible...<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 127 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou l'homologie pour les gourmands S. Derivière, A. Trahan <strong>et</strong> T. Kaczynski<br />

Fig. 1 - La souris ne pourra-t-elle jamais atteindre le morceau<br />

<strong>de</strong> fromage ?<br />

Fig. 2 - Combien <strong>de</strong> cratères sont visibles sur c<strong>et</strong>te partie <strong>de</strong><br />

la lune ?<br />

Et si vous étiez un riche industriel, fabriquant <strong>de</strong>s pièces<br />

électroniques (voir Figure 3), vous aimeriez donner à vos<br />

distributeurs l'assurance <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> vos pièces.<br />

Fig. 3a - Tous les circuits imprimés ont-ils<br />

été reproduits conformément à l'original?<br />

Manque-t-il <strong>de</strong>s connections ?<br />

Figure 3b - Les questions posées à la figure<br />

3a peuvent être traitées par <strong>de</strong>s calculs<br />

d’homologie (comme nous allons le voir) en<br />

passant simplement par la représentation en<br />

noir <strong>et</strong> blanc!<br />

Et bien sûr, une question primordiale lors d'un bon repas :<br />

quel morceau <strong>de</strong> fromage choisir ? Lequel a le moins <strong>de</strong><br />

trous, <strong>et</strong> donc le plus <strong>de</strong> succulente saveur à dévorer ? Vous<br />

pourrez répondre à toutes ces questions grâce aux simples<br />

calculs d'homologie. Incroyable, mais vrai !<br />

2 Approche cubique<br />

L'homologie se propose d'attribuer, à tout obj<strong>et</strong> géométrique,<br />

une suite <strong>de</strong> groupes abéliens 2 dont les dimensions vont<br />

répondre à nos questions ! Par exemple, si l'on note par X<br />

notre obj<strong>et</strong> d'étu<strong>de</strong> <strong>et</strong> H 0(X), H 1(X), H 2(X), ... la suite <strong>de</strong><br />

groupes abéliens calculée, les dimensions <strong>de</strong> H 0(X), H 1(X) <strong>et</strong><br />

H 2(X) déterminent respectivement le nombre <strong>de</strong> composantes<br />

connexes, le nombre <strong>de</strong> boucles <strong>et</strong> le nombre <strong>de</strong><br />

chambres vi<strong>de</strong>s (<strong>de</strong> cavités) dans X (voir Figure 4).<br />

Obj<strong>et</strong> géométrique groupes abéliens<br />

X → H*(X) = {Hk(X)}<br />

dim H0(X) = # composantes connexes <strong>de</strong> X<br />

dim H1(X) = # boucles <strong>de</strong> X<br />

dim H2(X) = # chambres vi<strong>de</strong>s dans X<br />

Fig. 4 -Récapitulatif<br />

Pour calculer ces groupes abéliens, nous <strong>de</strong>vons considérer<br />

<strong>de</strong>s images ou <strong>de</strong>s données représentées par <strong>de</strong>s ensembles<br />

cubiques dont voici la définition (voir par exemple [4] <strong>et</strong> [2]<br />

pour plus <strong>de</strong> détail).<br />

Définition 1 Un ensemble cubique est une union finie <strong>de</strong><br />

produits d'intervalles. Dans notre cas, nous considérons<br />

uniquement <strong>de</strong>s intervalles <strong>de</strong> longueur un :<br />

! [a , a + 1] ! [a , a + 1] ! · · · ! [a , a + 1] , a " Z.<br />

1 1 2 2 n n i<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 128 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

finie<br />

2 Un groupe abélien est une structure algébrique dont les éléments<br />

peuvent être additionnés, soustraits, multipliés par <strong>de</strong>s scalaires<br />

entiers, mais la division par <strong>de</strong>s scalaires n'est pas permise.


Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou l'homologie pour les gourmands S. Derivière, A. Trahan <strong>et</strong> T. Kaczynski<br />

Dans ce cas, un intervalle simple est un segment (<strong>de</strong> longueur<br />

un), le produit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux intervalles un carré, <strong>de</strong> trois<br />

intervalles un cube, ...<br />

3. Motivation pour l'approche cubique<br />

Mais pourquoi utiliser c<strong>et</strong>te approche cubique ? Il existe<br />

différents cadres <strong>mathématiques</strong> perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> définir <strong>et</strong><br />

calculer l'homologie <strong>de</strong>s ensembles. Les plus utilisés sont<br />

l'approche cubique (que nous privilégions ici) <strong>et</strong> l'approche<br />

simpliciale. Voici les <strong>de</strong>ux principales raisons <strong>de</strong> ce choix :<br />

Raison mathématique Le produit cartésien <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

simplexes (éléments <strong>de</strong> base <strong>de</strong> l'homologie simpliciale) n'est<br />

pas nécessairement un simplexe, alors que le produit <strong>de</strong><br />

cubes est toujours un cube :<br />

simplex × simplex ≠ simplex<br />

cube × cube = cube<br />

Raison informatique Comme nous l'avons laissé entendre<br />

précé<strong>de</strong>mment, nous allons utiliser l'ordinateur <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

programmes informatiques pour calculer efficacement les<br />

homologies. Et comme chacun sait, une image sur un écran<br />

est en fait une collection <strong>de</strong> pixels, donc <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its carrés :<br />

c'est un ensemble cubique !<br />

!<br />

X = n-pixels<br />

finie<br />

Les programmes que nous utiliserons par la suite<br />

s'appliqueront en général sur <strong>de</strong>s fichiers dits cubiques <strong>et</strong><br />

portant l'extension .cub.<br />

3 Programmation<br />

Nous présentons dans c<strong>et</strong>te section le programme <strong>et</strong> les<br />

comman<strong>de</strong>s dont nous avons besoin pour transformer un<br />

fichier image .bmp en fichier cubique .cub :<br />

fichier image →fichier .cub<br />

Les programmes que nous utiliserons dans toute la suite<br />

proviennent d'une bibliothèque <strong>de</strong> programmes librement<br />

accessible sur le n<strong>et</strong> appelée CHomP 3.<br />

Le programme qui perm<strong>et</strong> d'obtenir un fichier cubique à<br />

partir d'un fichier .bmp est bmp2ps<strong>et</strong>. Chaque comman<strong>de</strong> est<br />

définie lorsque l'on tape uniquement son nom. Par exemple,<br />

le mo<strong>de</strong> d'emploi <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te comman<strong>de</strong> r<strong>et</strong>ourné par le<br />

programme est montré à la Figure 5.<br />

Fig. 5 - Le mo<strong>de</strong> d'emploi <strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s<br />

est très utile.<br />

Ainsi, le fichier cubique du labyrinthe <strong>de</strong> la Figure 1, obtenu<br />

suite à l'appel :<br />

bmp2ps<strong>et</strong> maze.bmp maze.cub,<br />

est affiché à la Figure 6.<br />

Fig. 6 - Le début du fichier cubique correspondant au<br />

labyrinthe <strong>de</strong> la Figure 1.<br />

4 Définition <strong>de</strong> l'homologie<br />

C<strong>et</strong>te section, la plus mathématique, perm<strong>et</strong> enfin <strong>de</strong> définir<br />

exactement l'homologie (voir [1] pour une approche plus<br />

rigoureuse <strong>de</strong>s complexes cubiques).<br />

4.1 Complexe cubique<br />

Définition 2 Un cube élémentaire Q est un produit cartésien<br />

d'intervalles <strong>de</strong> longueur un ou dégénérés (réduit à un point) :<br />

Q = I 1 × I 2 × · · · × I n ⊂ R n ,<br />

I j = [a, a + 1] ou I j = [a] := [a, a], a ∈ Z<br />

Les cubes pleins sont <strong>de</strong>s produits cartésiens d'intervalles<br />

élémentaires non dégénérés : I j = [a, a + 1] ∀j .<br />

Remarque 3 Les pixels sont <strong>de</strong>s cubes pleins <strong>de</strong> dimension<br />

2.<br />

Définition 4 Un ensemble cubique X est une union finie <strong>de</strong><br />

cubes élémentaires,<br />

X := {cubes élémentaires} .<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 129 31 mai <strong>et</strong> 1er 3 Page web <strong>de</strong> Computational Homology Project : http<br />

Exemple 5 Considérons le carré Q (qui est par définition un<br />

cube élémentaire) <strong>de</strong> la Figure 7. Intuitivement le bord <strong>de</strong> ce<br />

cube est la somme <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong> ces quatre côtés. Il faut<br />

toutefois prendre gar<strong>de</strong> au sens <strong>de</strong>s vecteurs. Selon<br />

://www.math.gatech.edu/ chomp/<br />

l'orientation classique <strong>de</strong> la base <strong>et</strong> si l'on parcourt le bord<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006<br />

!<br />

finie<br />

On note C k(X) le groupe abélien libre engendré par l'ensemble<br />

K k(X) <strong>de</strong> k-cubes dans X. C k(X) est appelé le groupe <strong>de</strong>s kchaînes,<br />

ces éléments sont <strong>de</strong> la forme :<br />

c =∑α iQ i<br />

4.2 Opérateur <strong>de</strong> la frontière cubique - idée<br />

Nous définissons à présent un opérateur (appelé opérateur <strong>de</strong> la<br />

frontière ou opérateur <strong>de</strong> bord) entre <strong>de</strong>ux groupes <strong>de</strong> chaînes <strong>de</strong><br />

dimensions consécutives. Pour développer l'intuition <strong>de</strong> c<strong>et</strong><br />

opérateur, regardons l'exemple suivant.


Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou l'homologie pour les gourmands S. Derivière, A. Trahan <strong>et</strong> T. Kaczynski<br />

du carré dans le sens contraire <strong>de</strong>s aiguilles d'une montre, A 2<br />

<strong>et</strong> B 1 sont parcourus positivement tandis que B 2 <strong>et</strong> A 1 sont<br />

parcourus négativement. Ainsi l'opérateur <strong>de</strong> bord appliqué<br />

à Q, noté ∂Q est :<br />

∂Q = A 2 + B 1 - B 2 - A 1<br />

Définition 6 Frontière <strong>et</strong> homologie cubique<br />

De manière générale <strong>et</strong> non rigoureuse, la frontière d'un cube<br />

<strong>de</strong> dimension k est la somme alternée 4 <strong>de</strong> tous les cubes <strong>de</strong><br />

dimension k - 1, c'est à dire <strong>de</strong> toutes les faces qui le<br />

composent :<br />

∂Q =∑± (k - 1)-faces <strong>de</strong> Q.<br />

De plus, on peut vérifier que la composition <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

opérateurs <strong>de</strong> frontière correspond à l'opérateur nul :<br />

∂ ° ∂ = 0.<br />

Définition 7 Un complexe cubique C(X) est la donnée <strong>de</strong><br />

groupes <strong>de</strong> chaînes <strong>de</strong> toutes les dimensions <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

opérateurs <strong>de</strong> bords entre chaque groupe <strong>de</strong> chaînes<br />

consécutif :<br />

C(X) := {C k(X), ∂k}<br />

Fig. 7 -<br />

Étant donné un complexe cubique C(X), on peut définir<br />

l'homologie <strong>de</strong> X <strong>de</strong> dimension k, pour tout k ≥ 0. Pour cela,<br />

on utilise la notion <strong>de</strong> cycles <strong>et</strong> bords.<br />

Définition 8 Pour tout k > 0, on note ∂k l'opérateur <strong>de</strong><br />

frontière entre C k(X) <strong>et</strong> C k-1(X). On note respectivement<br />

Z k(X) <strong>et</strong> B k(X) le noyau <strong>de</strong> ∂ k <strong>et</strong> l'image <strong>de</strong> ∂ k+1. Une k-chaîne<br />

<strong>de</strong> C k(X) est appelée un k-cycle si son bord est nul, c'est-à-dire<br />

si ∂ kz = 0. Ainsi, par définition, l'ensemble <strong>de</strong> tous les<br />

k - cycles est exactement Z k(X).<br />

Une k-chaîne z <strong>de</strong> C k(X) est appelée un k-bord s'il existe une<br />

(k + 1)-chaîne c telle que ∂ k+1c = z . L'ensemble <strong>de</strong> tous les kbords<br />

est noté B k(X). Puisque ∂ 2 = 0, alors B k(X) est un sousgroupe<br />

<strong>de</strong> Z k(X).<br />

Deux cycles c 1 <strong>et</strong> c 2 <strong>de</strong> Z k(X) sont homologues si c 2 - c 1 est un<br />

bord. Il s'agit d'une relation d'équivalence. Finalement, le k ième<br />

groupe d'homologie <strong>de</strong> X est le groupe quotient<br />

4 La règle d'alternance du signe est trop technique pour c<strong>et</strong>te<br />

H (X ) := k Z (X ) k cycles<br />

=<br />

B (X ) bords k .<br />

Intuitivement, l'homologie détecte les cycles qui ne sont pas<br />

triviaux, dans le sens qu'ils ne sont pas <strong>de</strong>s bords <strong>de</strong> chaînes<br />

<strong>de</strong> dimensions plus élevées.<br />

Pour plus <strong>de</strong> détails sur l'homologie, consultez par exemple<br />

le livre [3].<br />

5 Exemples <strong>de</strong> calcul d'homologie<br />

Nous avons vu dans la Section 4 comment créer un fichier<br />

cubique avec l'extension .cub à partir d'un fichier image<br />

.bmp. À présent, nous transformons le fichier cubique en<br />

complexe <strong>de</strong> chaîne grâce à la comman<strong>de</strong> cubchain sur lequel<br />

nous pourrons calculer l'homologie. La comman<strong>de</strong> exacte est<br />

la suivante :<br />

cubchain maze.cub maze.chn<br />

Ensuite, on calcule l'homologie par l'appel <strong>de</strong> la fonction<br />

homchain :<br />

homchain maze.chn<br />

Cependant, le programme possè<strong>de</strong> une secon<strong>de</strong> comman<strong>de</strong><br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> calculer l'homologie directement sur le fichier<br />

cubique : homcubes. Dans certains cas, c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière est plus<br />

avantageuse, car beaucoup plus rapi<strong>de</strong>. À l'appel <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux<br />

comman<strong>de</strong>s, le programme nous r<strong>et</strong>ourne toutes les valeurs<br />

<strong>de</strong> H k(X), dans l'ordre, jusqu'à la <strong>de</strong>rnière non nulle, ainsi que<br />

le temps qui a été nécessaire au calcul. Par exemple, la Figure<br />

8 montre les <strong>de</strong>ux résultats obtenus suite à l'appel <strong>de</strong> ces<br />

<strong>de</strong>ux fonctions sur une image représentant le chiffre huit.<br />

Fig. 8 - Résultat obtenu suite à l'appel <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />

fonctions homchain <strong>et</strong> homcubes.<br />

Le résultat obtenu est sans surprise. En eff<strong>et</strong>, le chiffre 8 est<br />

formé d'une seule composante connexe <strong>et</strong> <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux boucles,<br />

la dimension <strong>de</strong> H 0 doit donc être 1, celle <strong>de</strong> H 1 égale à 2 <strong>et</strong><br />

toutes les homologies <strong>de</strong> dimensions supérieures doivent être<br />

nulles, ce qui correspond exactement aux résultats r<strong>et</strong>ournés.<br />

Cependant, homcubes a effectué le calcul en 0,31 secon<strong>de</strong>s<br />

alors qu'il a fallu plus <strong>de</strong> 4 secon<strong>de</strong>s pour obtenir le même<br />

résultat avec homchain !<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 130 31 mai <strong>et</strong> 1er présentation, nous référons à [4], chap. 2 pour la formule exacte.<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006


Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou l'homologie pour les gourmands S. Derivière, A. Trahan <strong>et</strong> T. Kaczynski<br />

Nous voulons à présent calculer le nombre <strong>de</strong> trous dans la<br />

meule <strong>de</strong> fromage <strong>de</strong> la Figure 9 appelée slicing.cub .C<strong>et</strong>te<br />

image a été obtenue à partir du fichier cubique par l'appel <strong>de</strong><br />

la fonction showcubes :<br />

showcubes slicing.cub<br />

Fig. 9 - Combien <strong>de</strong> trous dans ce fromage ?<br />

Nous calculons donc l'homologie <strong>de</strong> ce fromage grâce à<br />

l'appel :<br />

homcubes slicing.cub<br />

dont le résultat est montré à la Figure 10.<br />

Fig. 10 - Homologie du fromage<br />

D'après ce calcul, on conclut que ce morceau <strong>de</strong> fromage (un<br />

seul morceau parce que H 0(X) = Z dont la dimension est 1) a<br />

exactement 6 cycles (H 1(X) = Z 6 ) <strong>et</strong> 3 cavités à l'intérieur<br />

même du fromage, donc invisibles sans trancher le fromage<br />

(H 2(X) = Z 3 ). On peut ensuite vérifier ces résultats en<br />

découpant le fromage en tranches par la comman<strong>de</strong><br />

suivante :<br />

cubslice slicing.cub tranche<br />

puis en regardant tranche par tranche ce que l'on obtient. Par<br />

exemple, la première tranche <strong>de</strong> ce morceau est montrée à la<br />

Figure 11 grâce à la comman<strong>de</strong> :<br />

showcubes tranche1.cub<br />

Fig. 11 - La première tranche du fromage. On ne<br />

pouvait pas voir ces trous, invisibles <strong>de</strong> l'extérieur<br />

mais détectés par le programme showcubes !<br />

6 Conclusion<br />

Ainsi, les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> l'homologie nous ont permis <strong>de</strong><br />

résoudre rapi<strong>de</strong>ment <strong>de</strong>s problèmes divers <strong>et</strong> variés. Chacun<br />

<strong>de</strong> vous est maintenant en mesure <strong>de</strong> calculer sans erreur le<br />

nombre <strong>de</strong> trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, <strong>et</strong> ça, qui<br />

l'eut crû...<br />

Nous vous invitons à présent à venir vous amuser avec la<br />

bibliothèque <strong>de</strong> programmes CHomP pour apporter une<br />

réponse à vos nombreuses questions existentielles !<br />

Références<br />

[1] J. Blass, H. Wolsztynski : Cubical Polyhedra and<br />

homotopy.<br />

[2] R. Ehrenborg, G. H<strong>et</strong>yei : Generalization of Baxter's<br />

Theorem and cubical homology. J. Combinatorial Theory,<br />

Series A 69, 233-287, 1995.<br />

[3] P.J. Hilton, S. Wylie : Homology Theory. Cambridge.<br />

University Press, Cambridge, 1960.<br />

[4] T. Kaczynski, K. Mischaikow, M. Mrozek :<br />

Computational Homology. Appl. Math. Sci. Series 157,<br />

Springer-Verlag, New York 2004.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 131 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 132 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur le concept<br />

d’indépendance linéaire<br />

Dans les cours classiques d'algèbre linéaire au niveau collégial/universitaire,<br />

l'indépendance linéaire ne prend que quelques lignes <strong>et</strong> donne lieu à <strong>de</strong>s types <strong>de</strong><br />

tâches bien référenciées que les étudiants finissent par savoir faire. Cependant, dès<br />

qu'on sort <strong>de</strong> ces tâches routinières, <strong>de</strong> graves lacunes peuvent être mises en<br />

évi<strong>de</strong>nce. Partant <strong>de</strong> ce constat, nous proposons un éclairage historique <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

notion <strong>et</strong>, à l'appui d'une lecture épistémologique, un dispositif didactique prenant<br />

mieux en compte la dualité intuition/formalisme dans l'enseignement <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

notion.<br />

Jean-Luc Dorier<br />

IUFM <strong>de</strong> Lyon<br />

<strong>et</strong> Équipe DDM,<br />

laboratoire Leibniz<br />

Grenoble, France<br />

Jean-Luc.Dorier@<br />

pse.unige.ch<br />

L<br />

es difficultés <strong>de</strong>s étudiants en algèbre<br />

linéaire sont connues <strong>de</strong>puis longtemps<br />

(cf. (Robert <strong>et</strong> Robin<strong>et</strong> 1989) <strong>et</strong><br />

(Rogalski 1990)). Depuis près <strong>de</strong> trente ans,<br />

<strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> recherche sur<br />

l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire ont vu le<br />

jour un peu partout dans le mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> l'intérêt<br />

pour ce domaine semble s'être rapi<strong>de</strong>ment<br />

accru. Ainsi, on dispose aujourd'hui <strong>de</strong><br />

plusieurs travaux qui, grâce à <strong>de</strong>s échanges<br />

internationaux, perm<strong>et</strong>tent d'avoir une vue<br />

d'ensemble assez unifiée <strong>de</strong>s différents<br />

problèmes <strong>et</strong> <strong>de</strong> problématiques <strong>de</strong> recherche<br />

diverses <strong>et</strong> complémentaires qui débouchent<br />

sur <strong>de</strong>s résultats encore partiels, mais<br />

encourageants (pour une synthèse déjà<br />

ancienne, voir Dorier 1997a ou Dorier 2000).<br />

Notre but n’est pas ici <strong>de</strong> rendre compte <strong>de</strong>s<br />

tous ces travaux. Nous désirons nous focaliser<br />

sur un concept bien précis, qui peut sembler<br />

assez insignifiant, celui d’indépendance<br />

linéaire.<br />

1. L’obstacle du formalisme<br />

Il existe une difficulté particulièrement forte<br />

<strong>de</strong>s étudiants à faire fonctionner les concepts<br />

d'algèbre linéaire dans <strong>de</strong>s cadres formels en<br />

<strong>de</strong>hors <strong>de</strong> tâches routinières où une technique<br />

précise peut être mise en place. Ce constat est<br />

somme toute assez banal, d'ailleurs la plupart<br />

<strong>de</strong>s enseignants le font <strong>de</strong>puis longtemps (<strong>et</strong><br />

pas seulement en algèbre linéaire) <strong>et</strong> même les<br />

étudiants en ont conscience. Mais nos analyses<br />

ont permis <strong>de</strong> préciser la nature <strong>de</strong> ce que<br />

nous avons appelé (dans un sens naïf)<br />

l'obstacle du formalisme. Elles montrent<br />

que, plus que tout autre contenu enseigné au<br />

même niveau, la théorie <strong>de</strong>s espaces vectoriels<br />

apparaît comme un domaine abstrait <strong>et</strong> formel<br />

aux étudiants qui se sentent noyés par les<br />

nouvelles définitions <strong>et</strong> ont du mal à faire le<br />

lien avec ce qu'ils ont précé<strong>de</strong>mment appris.<br />

Dans un contexte où l'espace vectoriel n'est<br />

pas spécifié (« soit E un espace <strong>de</strong> dimension<br />

n… »), certaines tâches, même en fin<br />

d'enseignement, donnent lieu à <strong>de</strong>s réponses<br />

qui semblent dénoter un manque total <strong>de</strong><br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 133 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />

maîtrise <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> logique <strong>et</strong> <strong>de</strong> langage ensembliste <strong>et</strong> se<br />

traduisent par <strong>de</strong>s dérapages face auxquels les enseignants se<br />

sentent désarmés.<br />

Face à ce constat, les enseignants se plaignent du manque <strong>de</strong><br />

formation antérieure en logique <strong>et</strong> langage ensembliste <strong>et</strong> en<br />

géométrie. Nous verrons dans ce texte que la première piste<br />

est moins évi<strong>de</strong>nte qu’elle en a l’air. Pour la <strong>de</strong>uxième, nous<br />

renvoyons au travail <strong>de</strong> thèse <strong>de</strong> Gueu<strong>de</strong>t (2000).<br />

Pour ce qui concerne la notion d’indépendance linéaire, on<br />

peut arriver à ce que <strong>de</strong>s étudiants bien entraînés réussissent<br />

tout à fait correctement à déterminer si une famille <strong>de</strong><br />

vecteurs est libre ou liée. Selon les exigences, ceci peut être<br />

fait avec <strong>de</strong>s n-upl<strong>et</strong>s (<strong>de</strong> taille plus ou moins gran<strong>de</strong>), mais<br />

aussi moyennant un enseignement <strong>de</strong> techniques ad hoc,<br />

pour <strong>de</strong>s familles <strong>de</strong> fonctions, <strong>de</strong> suites ou <strong>de</strong> polynômes.<br />

Cependant, on a montré que, sur <strong>de</strong>s tâches plus formelles<br />

relevant <strong>de</strong> la notion d’indépendance linéaire, les mêmes<br />

étudiants pouvaient être mis en difficulté.<br />

Examinons par exemple l'exercice suivant :<br />

Soit u, v <strong>et</strong> w trois vecteurs <strong>de</strong> l'espace <strong>et</strong> f un endomorphisme.<br />

1) Si u, v <strong>et</strong> w sont indépendants, est-ce que f(u), f(v) <strong>et</strong> f(w) le<br />

sont ?<br />

2) Si f(u), f(v) <strong>et</strong> f(w) sont indépendants, est-ce que u, v <strong>et</strong> w le<br />

sont ?<br />

Une proportion écrasante d'étudiants se trompent <strong>et</strong><br />

affirment que la première proposition est vraie, alors que la<br />

secon<strong>de</strong> est fausse. Le raisonnement le plus fréquent<br />

revient, à quelques variantes près, à ceci :<br />

Si αu + βv + γw = 0, alors comme f est une application linéaire :<br />

αf(u) + βf(v) + γf(w) = f(0) = 0. Or, comme u, v <strong>et</strong> w sont<br />

indépendants, alors α = β = γ = 0; donc f(u), f(v) <strong>et</strong> f(w) sont<br />

indépendants, donc la proposition est vraie.<br />

Une première analyse <strong>de</strong> ce type <strong>de</strong> réponse semble révéler<br />

une difficulté dans l'utilisation <strong>de</strong> l'implication<br />

mathématique. Dans c<strong>et</strong> exemple, en eff<strong>et</strong>, l'implication<br />

apparaît à <strong>de</strong>ux niveaux, dans l'énoncé <strong>de</strong> la proposition à<br />

démontrer, mais aussi dans la définition <strong>de</strong> l'indépendance<br />

linéaire qui est au cœur <strong>de</strong> l'hypothèse <strong>et</strong> <strong>de</strong> la conclusion <strong>de</strong><br />

la proposition. Plus précisément, la proposition à démontrer<br />

suit un schéma du type suivant :<br />

si (P implique Q) est vraie alors (P' implique Q') est vraie.<br />

De fait, la proposition est une implication dont l'antécé<strong>de</strong>nt<br />

<strong>et</strong> la conclusion sont <strong>de</strong>s implications. Pour démontrer ce<br />

type <strong>de</strong> proposition, il faut partir <strong>de</strong> P' <strong>et</strong> en déduire Q', en<br />

utilisant que (P implique Q) est vraie. Or ici Q = Q' <strong>et</strong> les<br />

étudiants partent <strong>de</strong> P dont ils déduisent P', puis comme (P<br />

implique Q) est vraie en déduisent Q qui est aussi Q'. Ils<br />

croient ainsi avoir démontré la proposition. Il semblerait<br />

donc que leur difficulté soit essentiellement <strong>de</strong> nature<br />

logique.<br />

Or dans notre travail <strong>de</strong> thèse (Dorier 1990), à l’appui <strong>de</strong><br />

données <strong>statistique</strong>s portant sur environ 160 étudiants, nous<br />

avons montré qu'il n'y avait pas <strong>de</strong> corrélation directe entre<br />

les compétences <strong>de</strong>s étudiants dans l'utilisation <strong>de</strong><br />

l'implication mathématique <strong>et</strong> les réponses aux <strong>de</strong>ux<br />

exercices précé<strong>de</strong>nts. Par ailleurs, si on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aux<br />

étudiants ayant donné une réponse fausse d'illustrer la<br />

proposition en géométrie par exemple, la plupart réalisent<br />

immédiatement qu'il y a une erreur, sans être cependant<br />

capables <strong>de</strong> l'i<strong>de</strong>ntifier. Il apparaît donc que les<br />

dysfonctionnements repérés dans l'utilisation <strong>de</strong> la<br />

définition formelle <strong>de</strong> l'indépendance linéaire ne peuvent<br />

être dus aux seules difficultés <strong>de</strong> type logique. 1 Il serait vain<br />

également d'invoquer une difficulté générale <strong>de</strong>s étudiants à<br />

pouvoir mener correctement une démonstration formelle.<br />

Nous avons donc cherché <strong>de</strong>s raisons plus intrinsèquement<br />

liées au contexte <strong>de</strong> l'algèbre linéaire, à travers l'analyse <strong>de</strong><br />

l'histoire du concept <strong>de</strong> dépendance linéaire.<br />

2. Un éclairage historique<br />

La dépendance linéaire trouve ses origines dans l'étu<strong>de</strong><br />

<strong>de</strong>s systèmes d'équations linéaires. Un <strong>de</strong>s premiers textes<br />

m<strong>et</strong>tant ce concept explicitement en avant est dû à Leonhard<br />

Euler <strong>et</strong> s'intitule: Sur une Contradiction Apparente dans la<br />

Doctrine <strong>de</strong>s Lignes Courbes; il date <strong>de</strong> 1750. Euler y traite du<br />

paradoxe dit <strong>de</strong> Cramer. L'étu<strong>de</strong> du problème le mène à<br />

rem<strong>et</strong>tre en cause le fait qu'un système <strong>de</strong> n équations<br />

linéaires en n inconnues détermine toujours une solution<br />

unique, fait qui, semble-t-il, était à l'époque implicitement<br />

admis <strong>de</strong> tous. Euler commence par examiner ce problème<br />

pour n = 2; il donne comme exemple les <strong>de</strong>ux équations:<br />

3x -2y = 5 <strong>et</strong> 4y = 6x – 10.<br />

Voici ce qu'il en dit :<br />

On verra qu'il n'est pas possible d'en déterminer les <strong>de</strong>ux<br />

inconnues x <strong>et</strong> y, puisqu'en éliminant l'une x, l'autre s'en va d'ellemême<br />

<strong>et</strong> on obtient une équation i<strong>de</strong>ntique, dont on est en état <strong>de</strong><br />

déterminer rien. La raison <strong>de</strong> c<strong>et</strong> acci<strong>de</strong>nt saute d'abord aux yeux,<br />

puisque la secon<strong>de</strong> équation se change en 6x - 4y = 10, qui n'étant<br />

que la première 3x - 2y = 5 doublée, n'en diffère point. (Euler<br />

1750, 226)<br />

Il ne s'agit pas ici <strong>de</strong> croire que ce que dit Euler est une<br />

révélation pour les mathématiciens <strong>de</strong> l'époque. Mais le fait<br />

que <strong>de</strong>ux équations puissent être i<strong>de</strong>ntiques, c<strong>et</strong> « acci<strong>de</strong>nt »<br />

pour reprendre le terme employé par Euler, n'était pas jugé<br />

digne d'intérêt. Jusque-là on n'avait pas cherché à faire une<br />

théorie <strong>de</strong>s équations linéaires, mais à m<strong>et</strong>tre en place <strong>de</strong>s<br />

techniques pratiques <strong>de</strong> résolution (<strong>et</strong> ce, <strong>de</strong>puis la haute<br />

antiquité). C'est en cela que le texte d'Euler est une<br />

nouveauté; il porte sur les équations linéaires, mais n'a pas<br />

pour but d'en donner <strong>de</strong> résolution, il propose une approche<br />

plutôt <strong>de</strong>scriptive <strong>et</strong> qualitative.<br />

Regardons maintenant <strong>de</strong> plus près ce que dit Euler. Ce<br />

qui semble important, c'est que, bien qu'elle « saute d'abord<br />

aux yeux », ce n'est pas l'i<strong>de</strong>ntité <strong>de</strong>s équations qui est le<br />

critère pour signifier l'indétermination du système, mais une<br />

1 Ces résultats ont <strong>de</strong>puis été confirmés par <strong>de</strong>s travaux sur<br />

l'apprentissage <strong>de</strong> la logique, qui ont mis en évi<strong>de</strong>nce l'importance<br />

du contexte dans lequel les exercices <strong>de</strong> logique sont proposés dans<br />

les compétences <strong>de</strong>s étudiants (Durand-Guerrier, 1996).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 134 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />

résolution par élimination. Ceci prouve que la résolution<br />

reste la préoccupation majeure.<br />

Pour n = 3, Euler donne <strong>de</strong>ux exemples : un où <strong>de</strong>ux<br />

équations sont i<strong>de</strong>ntiques, <strong>et</strong> un autre où une équation est le<br />

double <strong>de</strong> la somme <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux autres. Dans les <strong>de</strong>ux cas, il n'y<br />

a pas <strong>de</strong> tentative <strong>de</strong> résolution, <strong>et</strong> Euler conclut :<br />

Ainsi quand on dit que pour déterminer trois inconnues, il<br />

suffit d'avoir trois équations, il y faut ajouter c<strong>et</strong>te restriction, que<br />

ces trois équations diffèrent tellement entr'elles, qu'aucune ne soit<br />

déjà comprise dans les autres. (ibid., 226)<br />

Pour n = 4, Euler rajoute que, dans certains cas, <strong>de</strong>ux<br />

inconnues peuvent rester indéterminées, <strong>et</strong> il donne<br />

l'exemple <strong>de</strong>s quatre équations suivantes :<br />

5x + 7y - 4z + 3v - 24 = 0 ,<br />

2x -3y + 5z - 6v - 20 = 0 ,<br />

x + 13y - 14z + 15v +16= 0 ,<br />

3x + 10y - 9z + 9v - 4 = 0 ,<br />

elles ne vaudroient que <strong>de</strong>ux, car ayant tiré <strong>de</strong> la troisième la valeur<br />

<strong>de</strong> x = - 13y + 14z - 15v - 16<br />

<strong>et</strong> l'ayant substituée dans la secon<strong>de</strong> pour avoir :<br />

y =<br />

33z ! 3v ! 52<br />

29<br />

<strong>et</strong> x =<br />

!23z + 33v + 212<br />

29<br />

ces <strong>de</strong>ux valeurs <strong>de</strong> x <strong>et</strong> <strong>de</strong> y étant substituées dans la première <strong>et</strong> la<br />

quatrième équations conduiront à <strong>de</strong>s équations i<strong>de</strong>ntiques 2 , <strong>de</strong><br />

sorte que les quantités z <strong>et</strong> v resteront indéterminées. (ibid., 227)<br />

Ici donc, à nouveau, la démonstration repose sur une<br />

résolution par élimination <strong>et</strong> substitution. Euler ne<br />

mentionne pas les relations linéaires entre les équations,<br />

pourtant assez apparentes : (1) - (2) = (4) <strong>et</strong> (1) - 2x(2) = (3)<br />

(par exemple). Pour finir, il conclut par un énoncé général :<br />

Quand on soutient que pour déterminer n quantités inconnues<br />

il suffit d'avoir n équations qui expriment leur rapport mutuel, il y<br />

faut ajouter c<strong>et</strong>te restriction que toutes les équations soient<br />

différentes entre elles, ou qu'il n'y en ait aucune qui soit renfermée<br />

dans les autres. (ibid., 228)<br />

Pour un lecteur mo<strong>de</strong>rne, « être comprise dans » ou « être<br />

renfermée dans » traduit immédiatement une relation <strong>de</strong><br />

dépendance linéaire. Pourtant, une lecture minutieuse <strong>de</strong> ce<br />

que fait Euler nous montre, qu'à ses yeux, cela traduit plutôt<br />

un « acci<strong>de</strong>nt » dans la fin d'une résolution par élimination <strong>et</strong><br />

substitution, qui fait que certaines inconnues restent<br />

indéterminées. Bien sûr il nous montre, à quelques reprises,<br />

que la raison en vient <strong>de</strong> relations linéaires entre les<br />

équations, mais ce n'est pas le critère qu'il r<strong>et</strong>ient comme<br />

décisif. Ce faisant, il s'inscrit tout à fait dans la ligne <strong>de</strong> ce qui<br />

prédominait à l'époque, la résolution. La différence entre les<br />

propriétés <strong>de</strong> « dépendance linéaire » <strong>et</strong> « être comprise<br />

(enfermée) dans » peut sembler mince, mais elle a eu <strong>de</strong>s<br />

inci<strong>de</strong>nces importantes. En eff<strong>et</strong>, le point <strong>de</strong> vue d'Euler le<br />

lie au cadre <strong>de</strong>s équations alors que la dépendance linéaire<br />

est un concept plus large, valable à la seule condition qu'on<br />

puisse faire <strong>de</strong>s combinaisons linéaires. Aussi, pour bien<br />

2 Attention, Euler ne veut pas simplement dire que les <strong>de</strong>ux<br />

équations sont i<strong>de</strong>ntiques l'une à l'autre, mais que chacune est<br />

i<strong>de</strong>ntique, c'est-à-dire toujours vraie.<br />

,<br />

marquer la différence, nous appellerons dépendance inclusive<br />

c<strong>et</strong>te propriété pour une équation « d'être comprise<br />

(enfermée) dans d'autres ».<br />

Jusque vers la <strong>de</strong>uxième moitié du 19 e siècle, le concept <strong>de</strong><br />

dépendance inclusive, plutôt que celui <strong>de</strong> dépendance<br />

linéaire, est à l'œuvre dans le cadre <strong>de</strong>s équations linéaires.<br />

C<strong>et</strong>te conception est mathématiquement équivalente à la<br />

dépendance linéaire, <strong>de</strong> plus, elle était tout à fait efficace, <strong>et</strong><br />

en quelque sorte naturelle, dans le contexte <strong>de</strong> l'époque, où<br />

la préoccupation majeure face aux systèmes d'équations<br />

linéaires était leur résolution. Cependant, c<strong>et</strong>te conception<br />

empêchait <strong>de</strong> voir les équations <strong>et</strong> les n-upl<strong>et</strong>s <strong>de</strong> solutions<br />

<strong>de</strong> la même façon au regard <strong>de</strong> leur linéarité. Or, c<strong>et</strong>te<br />

limitation n'a pas permis <strong>de</strong> dégager entièrement le concept<br />

<strong>de</strong> rang. En eff<strong>et</strong>, pour ce faire, il fallait pouvoir utiliser un<br />

raisonnement dual perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> relier entre eux tous les<br />

systèmes ayant le même ensemble <strong>de</strong> solutions. Or un<br />

raisonnement dual nécessite <strong>de</strong> pouvoir transformer une<br />

équation en un n-upl<strong>et</strong> <strong>et</strong> vice versa, c'est-à-dire d'unifier ces<br />

<strong>de</strong>ux obj<strong>et</strong>s sous un même concept linéaire : le vecteur, au<br />

sens d'élément d'un espace vectoriel. Ce pas a été franchi en<br />

1875 par Frobenius.<br />

Celui-ci commence par donner la définition suivante :<br />

Plusieurs solutions particulières 3<br />

A1 (χ) , A2 (χ) , …, An (χ) (χ= 1, 2,…, k)<br />

seront dites indépendantes ou différentes,<br />

si c1Aα (1) + c2Aα (2) + …+ ckAα (k) ne peuvent s'annuler<br />

pour tous les α = 1, 2, …n, sans que c1, c2, …, ck soient tous<br />

nuls, en d'autres termes, si les k formes linéaires<br />

A1 (χ) u1 + A2 (χ) u2 + …+ An (χ) un (χ = 1,…, k) sont<br />

indépendantes (Frobenius 1875, 255).<br />

Non seulement c<strong>et</strong>te définition est tout à fait semblable à la<br />

définition mo<strong>de</strong>rne <strong>de</strong> l'indépendance linéaire (c'est la<br />

première fois qu'une telle définition est donnée), mais elle<br />

montre explicitement la similarité entre les n-upl<strong>et</strong>s <strong>de</strong><br />

solutions <strong>et</strong> les équations dans leur caractère linéaire. C<strong>et</strong>te<br />

idée, a priori si simple, va être essentielle dans le travail <strong>de</strong><br />

Frobenius; il va ainsi m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce, en quelques pages,<br />

pour la première fois, toutes les caractéristiques essentielles<br />

du rang d'un système (cf. Dorier à paraître).<br />

Ainsi, on repère dans l'histoire que la conception <strong>de</strong><br />

dépendance inclusive joue un rôle d'obstacle à l'émergence<br />

du concept <strong>de</strong> rang.<br />

3. R<strong>et</strong>our sur le didactique<br />

Dans sa thèse, Ousman (1996) a montré que <strong>de</strong>s étudiants<br />

en début d'université (avant enseignement d'algèbre linéaire)<br />

ont <strong>de</strong>s conceptions voisines <strong>de</strong> la dépendance inclusive à<br />

propos <strong>de</strong>s équations linéaires. Mais les difficultés <strong>de</strong>s<br />

étudiants ne montrent pas qu'une résistance <strong>de</strong> leur<br />

conception <strong>de</strong> dépendance inclusive empêche une bonne<br />

utilisation <strong>de</strong> la définition formelle. En revanche, nous avons<br />

3 Attention, il s'agit <strong>de</strong> k vecteurs à n composantes.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 135 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />

mis en évi<strong>de</strong>nce que les raisonnements utilisant <strong>de</strong>s<br />

conceptions primitives sur la dépendance (dont la<br />

dépendance inclusive) ne suffisent pas pour bien utiliser la<br />

définition formelle.<br />

Ce constat nous conduit à l'hypothèse que la difficulté<br />

didactique est en fait ici plus globale, elle vient du processus<br />

<strong>de</strong> généralisation à l'œuvre dans le passage à la théorie <strong>de</strong>s<br />

espaces vectoriels. En eff<strong>et</strong>, le concept formel<br />

d'indépendance linéaire est une généralisation (<strong>de</strong> la<br />

dépendance inclusive, <strong>de</strong> la proportionnalité, <strong>et</strong>c.) dans le<br />

sens où il unifie diverses conceptions dont les domaines <strong>de</strong><br />

validité sont limités, chacun, à un contexte particulier. Dans<br />

ce processus, il n'y a pas <strong>de</strong> possibilité <strong>de</strong> généralisation<br />

abusive : la généralisation n'est tout simplement pas possible<br />

sauf à créer justement le concept formel qui va se substituer<br />

globalement à toutes les conceptions primitives. Du point <strong>de</strong><br />

vue logique, il y a équivalence <strong>de</strong>s conceptions primitives au<br />

concept formel dans chacun <strong>de</strong> leurs champs d'application.<br />

L'obstacle est donc dans la nature <strong>de</strong> la généralisation, ce<br />

que nous avons appelé « l'obstacle du formalisme ». C<strong>et</strong>te<br />

double analyse historique <strong>et</strong> didactique montre alors que la<br />

difficulté consiste à accé<strong>de</strong>r au concept formel à travers un<br />

processus prenant en compte les conceptions primitives <strong>et</strong><br />

les caractéristiques épistémologiques <strong>de</strong> ce type <strong>de</strong><br />

généralisation unifiante. Pour le cas <strong>de</strong>s équations, il s'agit<br />

donc <strong>de</strong> passer <strong>de</strong> la conception <strong>de</strong> dépendance inclusive au<br />

concept <strong>de</strong> dépendance linéaire dans une problématique qui<br />

montre, d'une part, le lien entre les <strong>de</strong>ux conceptions <strong>et</strong>,<br />

d'autre part, la supériorité du concept <strong>de</strong> dépendance<br />

linéaire. Or ce passage ne peut être conçu que comme<br />

réponse au besoin d'unification relativement à d'autres<br />

contextes.<br />

Le contexte historique est beaucoup trop complexe pour<br />

servir ici d'inspiration pour m<strong>et</strong>tre en place un dispositif<br />

didactique adéquat. On peut penser à un autre dispositif<br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> transposer les idées essentielles à l'œuvre dans<br />

le travail <strong>de</strong> Frobenius. Il s'agit essentiellement d'introduire<br />

un « saut qualitatif », dès le début <strong>de</strong> l'enseignement<br />

universitaire d'algèbre linéaire, en remplaçant la<br />

problématique <strong>de</strong> résolution par celle <strong>de</strong> l'étu<strong>de</strong> plus<br />

théorique <strong>de</strong>s systèmes. Dans ce sens, la métho<strong>de</strong> du pivot<br />

<strong>de</strong> Gauss est particulièrement adaptée pour perm<strong>et</strong>tre le<br />

passage <strong>de</strong> la conception <strong>de</strong> la dépendance inclusive à la<br />

définition formelle du concept <strong>de</strong> dépendance linéaire. En<br />

eff<strong>et</strong>, la « disparition » éventuelle d'une équation en fin <strong>de</strong><br />

résolution (une ligne <strong>de</strong> zéros en bas <strong>de</strong> la diagonale du<br />

tableau triangulaire) est l' « acci<strong>de</strong>nt » qui montre la<br />

dépendance au sens d'Euler (la dépendance inclusive). Or,<br />

l'algorithme fonctionnant par combinaisons linéaires<br />

successives <strong>de</strong>s lignes, la ligne nulle à la fin est aussi le<br />

révélateur <strong>de</strong> l'existence d'une relation linéaire entre les<br />

équations. Ainsi, une analyse réflexive sur l'algorithme offre<br />

une possibilité d'interpréter la dépendance inclusive en<br />

termes <strong>de</strong> dépendance linéaire 4 . Ce type <strong>de</strong> démarche est<br />

4 Notons que, dans le développement <strong>de</strong>s concepts d'algèbre<br />

linéaire, la théorie <strong>de</strong>s déterminants, inaugurée par un traité <strong>de</strong><br />

Cramer <strong>de</strong> 1750, a joué un rôle prédominant. Néanmoins nos<br />

mis en œuvre dans le début <strong>de</strong> l'enseignement expérimenté à<br />

Lille par Rogalski <strong>et</strong> débouche sur une mise en place du<br />

concept <strong>de</strong> rang dans le cadre <strong>de</strong>s systèmes d'équations<br />

linéaires.<br />

4. Une ingéniérie didactique<br />

Rogalski avait commencé dès 1984 un enseignement<br />

« expérimental » <strong>de</strong> l'algèbre linéaire à l'Université <strong>de</strong>s<br />

Sciences <strong>et</strong> Technologies <strong>de</strong> Lille. À partir <strong>de</strong> 1989, il a<br />

intégré dans c<strong>et</strong> enseignement les résultats <strong>de</strong>s recherches<br />

précé<strong>de</strong>ntes. L’expérience s’est déroulée jusqu’à la fin <strong>de</strong>s<br />

années 90 <strong>et</strong> a donné lieu à plusieurs publications.<br />

C<strong>et</strong> enseignement repose sur les trois hypothèses suivantes<br />

qui constituent un point <strong>de</strong> départ opératoire pour élaborer<br />

une ingénierie, en ce qui concerne l'enseignement <strong>de</strong><br />

l'algèbre linéaire.<br />

a) Il faut prendre en compte la nature formalisatrice,<br />

unificatrice, généralisatrice <strong>et</strong> simplificatrice <strong>de</strong>s concepts <strong>de</strong><br />

l'algèbre linéaire.<br />

b) L'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire nécessite un certain<br />

nombre <strong>de</strong> prérequis.<br />

c) Il faut utiliser <strong>de</strong> façon interactive les trois idées suivantes:<br />

* le recours au levier du « méta »;<br />

* la construction d'ingénieries longues;<br />

* l'utilisation <strong>de</strong>s changements <strong>de</strong> points <strong>de</strong> vue<br />

comme moteur d'unification d'abord, <strong>de</strong> résolution<br />

ensuite.<br />

Outre les choix découlant <strong>de</strong> ces trois hypothèses, un choix<br />

plus particulier a été fait d'organiser l'enseignement pour<br />

arriver à dégager, <strong>de</strong> manière centrale, la notion <strong>de</strong> rang,<br />

dont les travaux historiques <strong>et</strong> épistémologiques ont montré<br />

à la fois qu'elle est effectivement centrale en algèbre linéaire<br />

<strong>et</strong> particulièrement difficile pour les étudiants. Cela amène à<br />

privilégier l'entrée dans l'algèbre linéaire par les équations<br />

linéaires, théorie où la notion <strong>de</strong> rang se présente<br />

naturellement, est plus 0 car liée à la dualité, <strong>et</strong> pour laquelle<br />

il est assez facile d'introduire une problématique pour<br />

laquelle la notion <strong>de</strong> rang peut apparaître comme centrale<br />

pour répondre aux questions. Cela amène aussi à insister<br />

plus sur le rang d'un système <strong>de</strong> vecteurs que sur la seule<br />

indépendance (voir à ce suj<strong>et</strong> le paragraphe suivant).<br />

L'ingénierie comporte quatre étapes, que nous<br />

présentons très schématiquement ci-<strong>de</strong>ssous (pour plus <strong>de</strong><br />

détails cf. (Rogalski 1991, 1994 <strong>et</strong> 1995) <strong>et</strong> (Dorier 1997a, II-<br />

3)).<br />

analyses historiques montrent également que c<strong>et</strong> outil puissant mais<br />

aussi excessivement technique a pu masquer certaines idées<br />

élémentaires <strong>et</strong> ralentir l'émergence <strong>de</strong> certains concepts, dont celui<br />

<strong>de</strong> rang. Nous défendons donc la thèse que le pivot <strong>de</strong> Gauss est<br />

une métho<strong>de</strong> mieux adaptée pour introduire les concepts<br />

élémentaires d'algèbre linéaire par l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s systèmes que ne le<br />

sont les déterminants.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 136 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />

1) Dans la première étape, il s'agit <strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s<br />

préliminaires en même temps que le début <strong>de</strong> l'algèbre<br />

linéaire, <strong>et</strong> d'organiser problématiques, changements <strong>de</strong><br />

cadres <strong>et</strong> convergence <strong>de</strong> points <strong>de</strong> vue différents.<br />

En ce qui concerne les préliminaires, Rogalski développe au<br />

début du cours l'activité « circuit électrique », telle que Marc<br />

Legrand l'a exposée dans (Legrand, 1990), susceptible <strong>de</strong><br />

favoriser la compréhension par les étudiants du<br />

raisonnement mathématique. Il introduit aussi assez tôt les<br />

éléments <strong>de</strong> langage <strong>de</strong> théorie <strong>de</strong>s ensembles. Enfin il<br />

donne <strong>de</strong>s compléments <strong>de</strong> géométrie dans l'espace.<br />

2) La secon<strong>de</strong> étape débute par une présentation explicite<br />

aux étudiants <strong>de</strong> toutes les interrogations communes qu'on<br />

peut tirer <strong>de</strong> ce qui a été fait dans la première étape. Le<br />

schéma ci-<strong>de</strong>ssous leur est présenté en amphi, <strong>et</strong> figure<br />

explicitement dans le polycopié distribué.<br />

Parallèlement à l'algèbre linéaire, dans c<strong>et</strong>te étape, les<br />

métho<strong>de</strong>s linéaires sont systématiquement utilisées dans<br />

d'autres domaines <strong>mathématiques</strong> : polynômes, suites<br />

récurrentes linéaires; équations différentielles linéaires.<br />

3) La troisième étape traite <strong>de</strong> l'algèbre linéaire abstraite<br />

(axiomatique <strong>de</strong>s espaces vectoriels, espaces <strong>de</strong> dimension<br />

finie, applications linéaires…), qui est utilisée comme cadre<br />

<strong>de</strong> modélisation interne aux <strong>mathématiques</strong>.<br />

4) La quatrième étape est plus technique <strong>et</strong> plus brève. Elle<br />

comporte l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s matrices, les techniques <strong>de</strong> changement<br />

<strong>de</strong> bases, <strong>et</strong> l'inversion <strong>de</strong>s matrices carrées.<br />

5. Conclusion<br />

Dans ce travail, la question <strong>de</strong> la diversité <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong><br />

représentation <strong>et</strong> <strong>de</strong> pensée apparaît sans être la question<br />

centrale. La première entrée est celle <strong>de</strong> l'analyse du savoir,<br />

plus particulièrement, dans sa dimension historique. La<br />

nature unificatrice, généralisatrice, simplificatrice <strong>et</strong><br />

formalisatrice <strong>de</strong> l'algèbre linéaire (telle que l'analyse<br />

épistémologique l'a révélée) conduit inévitablement à poser<br />

la question <strong>de</strong> la multiplicité <strong>de</strong>s cadres, <strong>de</strong>s registres, <strong>de</strong>s<br />

points <strong>de</strong> vue ou <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> raisonnement, mais aussi <strong>de</strong><br />

leur unification dans la théorie formelle. L'obstacle du<br />

formalisme semble en ce sens relever d'une difficulté <strong>de</strong>s<br />

étudiants à prendre du recul par rapport aux différents<br />

mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> représentation <strong>et</strong> <strong>de</strong> pensée.<br />

L'analyse historique est alors une source pour r<strong>et</strong>rouver <strong>de</strong>s<br />

sens oubliés d'un concept <strong>et</strong> mieux comprendre l'évolution<br />

<strong>de</strong> ce concept jusqu'à sa formalisation ultime dans la théorie<br />

axiomatique <strong>de</strong>s espaces vectoriels. Sans vouloir recréer dans<br />

l'enseignement les conditions historiques d'émergence d'un<br />

concept, les travaux <strong>de</strong> Dorier-Robert-Robin<strong>et</strong>-Rogalski ont<br />

montré que l'analyse historique perm<strong>et</strong>tait <strong>de</strong> mieux<br />

comprendre certaines difficultés <strong>de</strong>s étudiants, mais aussi <strong>de</strong><br />

construire <strong>de</strong>s ingénieries locales visant à introduire les<br />

concepts d'algèbre linéaire <strong>de</strong> façon à faire saisir aux<br />

étudiants la nécessité du formalisme, tout en leur présentant<br />

les différents sens possibles <strong>de</strong> ces concepts dans leurs<br />

différents cadres ou registres <strong>de</strong> représentation, en<br />

particulier en liaison avec leurs connaissances antérieures sur<br />

les systèmes d'équations linéaires <strong>et</strong> la géométrie du lycée.<br />

L'enjeu <strong>de</strong> la flexibilité cognitive s'inscrit donc dans une<br />

problématique globale visant le dépassement <strong>de</strong> l'obstacle du<br />

formalisme.<br />

Bibliographie<br />

DORIER J.-L. (1990), Contribution à l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'enseignement à<br />

l'université <strong>de</strong>s premiers concepts d'algèbre linéaire - Approches<br />

historique <strong>et</strong> didactique. Thèse <strong>de</strong> doctorat, Grenoble :<br />

Université Joseph Fourier, 571 p.<br />

DORIER J.-L. (1991), Sur l'enseignement <strong>de</strong>s concepts<br />

élémentaires d'algèbre linéaire à l'université. Recherches<br />

en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. 11(2/3), 325-364.<br />

DORIER J.-L. (1992), Illustrer l'aspect unificateur <strong>et</strong> généralisateur<br />

<strong>de</strong> l'algèbre linéaire. Cahier DIDIREM n°14, Paris :<br />

IREM <strong>de</strong> Paris VII, 40 p.<br />

DORIER J.-L. (1993), Emergence du concept <strong>de</strong> rang dans<br />

l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s systèmes d'équations linéaires. Cahiers du<br />

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première année, essai d'évaluation d'une ingénierie<br />

longue <strong>et</strong> questions. In Artigue M. <strong>et</strong> al. (eds) Vingt ans<br />

<strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques en France, 328-342.<br />

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question. Grenoble : la Pensée Sauvage, 331 p.<br />

DORIER J.-L. (1997b), Recherches en didactique <strong>et</strong> en histoire <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> sur l'algèbre linéaire - Perspective théorique sur<br />

leurs interactions. Notes <strong>de</strong> synthèse pour obtenir le<br />

diplôme d'habilitation à diriger <strong>de</strong>s recherches,<br />

Université Joseph Fourier, Grenoble 1. Paru sous la<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 137 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />

forme d’un cahier du laboratoire Leibniz, Cahier n°12,<br />

disponible en ligne à l’adresse suivante :<br />

http://www-leibniz.imag.fr/LesCahiers/in<strong>de</strong>x.html.<br />

DORIER J.-L. (1998a) The role of formalism in the teaching<br />

of the theory of vector spaces, Linear Algebra and its<br />

Applications , 275-276, 1998, 141-160.<br />

DORIER J.-L. (1998b) État <strong>de</strong> l'art <strong>de</strong> la recherche en<br />

didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> à propos <strong>de</strong><br />

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Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques 18(2), 191-230.<br />

DORIER J.-L. (1999) Le concept <strong>de</strong> rang dans les systèmes<br />

d'équations linéaires, in IREM <strong>de</strong>s Pays <strong>de</strong> Loire (ed.)<br />

Contribution à une approche historique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> –<br />

IREM - Actes <strong>de</strong> la 7° université d'été interdisciplinaire sur<br />

l'histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Université <strong>de</strong> Nantes, 12-17<br />

Juill<strong>et</strong> 1997, pp. 237-252.<br />

DORIER J.-L. (ed.) (2000) On the teaching of linear algebra,<br />

Dordrecht : Kluwer Aca<strong>de</strong>mic Publisher (xxii + 288<br />

pages).<br />

DURAND-GUERRIER V. (1996), Logique <strong>et</strong> raisonnement<br />

mathématique - Défense <strong>et</strong> illustration <strong>de</strong> la pertinence du calcul<br />

<strong>de</strong>s prédicats pour une approche didactique <strong>de</strong>s difficultés liées à<br />

l'implication. Thèse <strong>de</strong> Doctorat, Lyon : Université<br />

Clau<strong>de</strong> Bernard, 291+62 p.<br />

EULER L. (1750), Sur une contradiction apparente dans la<br />

doctrine <strong>de</strong>s lignes courbes. Mémoires <strong>de</strong> l'Académie <strong>de</strong>s<br />

Sciences <strong>de</strong> Berlin, 4 , 219-223; ou in Opera omnia, 3 séries<br />

(57 vols), vol. 26, 33-45, Lausanne: Teubner - Orell<br />

Füssli - Turicini, 1911-76.<br />

FROBENIUS G. F. (1875), Über das Pfaffsche Problem.<br />

Journal für die reine und angewandte Mathematik, 82, 230-<br />

315; ou in J-P. Serre (ed.) Gesammelte Abhandlungen, 3<br />

vols. (vol. 1, pp. 249-334). Berlin/Hei<strong>de</strong>lberg/New-<br />

York: Springer, 1968.<br />

GUEUDET, G. (2000) Rôle du géométrique dans l'enseignement <strong>et</strong><br />

l'apprentissage <strong>de</strong> l'algèbre linéaire. Thèse <strong>de</strong> doctorat <strong>de</strong><br />

l’Université Joseph Fourier, Grenoble 1.<br />

OUSMAN R. (1996), Contribution à l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre<br />

linéaire en première année d'université. Thèse <strong>de</strong> doctorat,<br />

Rennes : Université <strong>de</strong> Rennes I, 242 p.<br />

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l'apprentissage <strong>de</strong> l'algèbre linéaire en première année <strong>de</strong><br />

DEUG. Cahier <strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques<br />

n°53, Paris : IREM <strong>de</strong> Paris VII.<br />

ROBERT A. (1992), Proj<strong>et</strong>s longs <strong>et</strong> ingénierie pour<br />

l'enseignement universitaire : questions <strong>de</strong><br />

problématique <strong>et</strong> <strong>de</strong> méthodologie. Un exemple : un<br />

enseignement annuel <strong>de</strong> licence en formation continue.<br />

Recherches en Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques, 12(2/3), 181-<br />

220.<br />

ROBERT A., ROBINET J. (1996), Prise en compte du méta en<br />

didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Recherches en Didactique<br />

<strong>de</strong>s Mathématiques, 16(2), 145-176.<br />

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l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire?. In Commission<br />

inter-IREM université (ed), Enseigner autrement les<br />

<strong>mathématiques</strong> en DEUG Première Année, 279-291, Lyon :<br />

IREM.<br />

ROGALSKI M. (1991), Un enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire en<br />

DEUG A première année. Cahier <strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s<br />

Mathématiques n°53, IREM <strong>de</strong> Paris VII.<br />

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première année <strong>de</strong> DEUG A. La Gaz<strong>et</strong>te <strong>de</strong>s<br />

Mathématiciens, 60, 39-62.<br />

ROGALSKI M. (1995), Que faire quand on veut enseigner un<br />

type <strong>de</strong> connaissances tel que la dialectique outil/obj<strong>et</strong><br />

ne semble pas marcher, <strong>et</strong> qu'il n'y ait pas<br />

apparemment <strong>de</strong> situation fondamentale ? L'exemple<br />

<strong>de</strong> l'algèbre linéaire. Séminaires DidaTech 1994-1995 -<br />

n°169, 127-162.<br />

ROGALSKI M. (1996), Teaching linear algebra : role and<br />

nature of knowledge in logic and s<strong>et</strong> theory which <strong>de</strong>al<br />

with some linear problems. In L. Puig <strong>et</strong> A. Guitierrez<br />

(eds), Proceedings of the XX° International Conference for the<br />

Psychology of Mathematics Education (4 vol.), Valencia :<br />

Université, vol 4, 211-218.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 138 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Logique <strong>et</strong> raisonnement<br />

mathématique,<br />

Implication <strong>et</strong> quantification<br />

Les connecteurs logiques associés aux questions <strong>de</strong> quantification jouent un rôle<br />

essentiel dans l’activité mathématique. Or la complexité <strong>de</strong> ces notions est en<br />

général sous-estimée par les professeurs. Je proposerai <strong>de</strong>s pistes pour travailler<br />

avec les élèves <strong>et</strong> les étudiants sur les difficultés liées aux interactions entre<br />

implication, négation <strong>et</strong> quantification.<br />

Viviane Durand-<br />

Guerrier<br />

Université Lyon<br />

1, France<br />

LIRDHIST<br />

IUFM 1 <strong>de</strong> Lyon<br />

IREM 2 <strong>de</strong> Lyon<br />

France.<br />

Viviane.Durand-<br />

Guerrier@univlyon1.fr<br />

1 Institut universitaire <strong>de</strong><br />

formation <strong>de</strong>s maîtres <strong>de</strong><br />

Lyon<br />

http://www.lyon.iufm.fr/<br />

2 Institut <strong>de</strong> recherche sur<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>,<br />

Université Clau<strong>de</strong><br />

Bernard Lyon 1.<br />

http://sierra.univ-<br />

lyon1.fr/irem/<br />

L<br />

es difficultés liées au maniement <strong>de</strong><br />

l’implication dans la classe <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> sont attestées par <strong>de</strong><br />

nombreux travaux <strong>de</strong> recherche, ainsi que par<br />

les résultats d’évaluations tant nationales<br />

qu’internationales. Les professeurs semblent<br />

souvent démunis <strong>de</strong>vant ces difficultés qui<br />

résistent tout au long <strong>de</strong> la scolarité, y compris<br />

chez <strong>de</strong>s étudiants avancés, ceci pouvant<br />

sembler être en contradiction avec la simplicité<br />

apparente <strong>de</strong> ce connecteur <strong>et</strong> sa présence<br />

centrale dans l’activité mathématique. De<br />

nombreux travaux <strong>de</strong> psychologie cognitive<br />

attestent que <strong>de</strong>s suj<strong>et</strong>s mêmes cultivés sont en<br />

difficulté pour repérer les cas qui satisfont une<br />

implication dans <strong>de</strong>s tâches abstraites, alors<br />

que <strong>de</strong>s tâches proches proposées dans <strong>de</strong>s<br />

contextes issus <strong>de</strong> la vie ordinaire sont<br />

majoritairement réussies. Les travaux <strong>de</strong><br />

recherche en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

que je conduis <strong>de</strong>puis plusieurs années ont mis<br />

en évi<strong>de</strong>nce le fait que la complexité <strong>de</strong> la<br />

notion d’implication est très largement sousestimée,<br />

dans ces travaux <strong>de</strong> psychologie d’une<br />

part, par les professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

d’autre part, en particulier parce que les<br />

phénomènes liés aux interactions entre<br />

implication <strong>et</strong> quantification sont insuffisamment<br />

pris en compte. C’est l’importance <strong>de</strong> la<br />

nécessité <strong>de</strong> la prise en compte <strong>de</strong> ces<br />

phénomènes que j’ai souhaité m<strong>et</strong>tre en<br />

lumière dans c<strong>et</strong> atelier. Pour cela, j’ai proposé<br />

aux participants <strong>de</strong> résoudre une tâche<br />

révélatrice <strong>de</strong> ce phénomène, d’observer<br />

quelques réponses d’étudiants <strong>et</strong> d’élèves à<br />

c<strong>et</strong>te même activité <strong>et</strong> <strong>de</strong> discuter <strong>de</strong>s<br />

conséquences que l’on peut en tirer pour<br />

l’enseignement.<br />

I. Un labyrinthe surprenant 3<br />

I.1 Présentation <strong>de</strong> la tâche du<br />

labyrinthe<br />

C<strong>et</strong>te tâche a été proposée dans le cadre<br />

d’EVAPM2 91 ; il s’agit d’une évaluation<br />

proposée par l’Association <strong>de</strong>s professeurs <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> l’enseignement public à <strong>de</strong>s<br />

enseignants volontaires en fin <strong>de</strong> secon<strong>de</strong>,<br />

dont les résultats sont publiés dans APMEP<br />

(1992). Le labyrinthe est le premier exercice<br />

d’une série <strong>de</strong> six portant sur le thème<br />

Argumentation – Raisonnement – Expression.<br />

L’exercice se présentait ainsi :<br />

3<br />

On trouve un analyse détaillée <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te tâche dans<br />

Durand-Guerrier (1999, 2003) <strong>et</strong> dans Durand-<br />

Guerrier & al (2000).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 139 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />

Exercice 1<br />

Lire attentivement les lignes ci-<strong>de</strong>ssous avant <strong>de</strong> répondre aux questions.<br />

Une personne que nous appellerons X a traversé ce<br />

labyrinthe, <strong>de</strong> l’entrée à la sortie, sans jamais être passée <strong>de</strong>ux<br />

fois par la même porte<br />

Les pièces sont nommées A, B, C… comme il est indiqué sur<br />

la figure<br />

Il est possible d’énoncer <strong>de</strong>s phrases qui aient un sens par<br />

rapport à la situation proposée <strong>et</strong> sur la vérité <strong>de</strong>squelles on<br />

puisse se prononcer (VRAI ou FAUX), ou qui peuvent être<br />

telles que les informations que l’on possè<strong>de</strong> ne suffisent pas<br />

pour déci<strong>de</strong>r si elles sont vraies ou fausses (ON NE PEUT<br />

PAS SAVOIR).<br />

Par exemple, la phrase « X est passée par C » est une<br />

phrase VRAIE.<br />

En eff<strong>et</strong>, on affirme que X a traversé le labyrinthe, <strong>et</strong> C<br />

est la seule pièce d’entrée.<br />

Pour chacune <strong>de</strong>s six phrases suivantes, dire si elle est<br />

VRAIE, si elle est FAUSSE ou si ON NE PEUT PAS<br />

SAVOIR, <strong>et</strong>, dans chaque cas, expliquez votre réponse.<br />

Phrase n°1 : « X est passé par P »<br />

Phrase n°2 : « X est passé par N »<br />

Phrase n°3 : « X est passé par M »<br />

Phrase n°4 : « Si X est passé par O, alors X est passé par<br />

F »<br />

Phrase n°5 : « Si X est passé par K, alors X est passé par<br />

L »<br />

Phrase n°6 : « Si X est passé par L, alors X est passé par<br />

K »<br />

Avant <strong>de</strong> poursuivre votre lecture, je vous invite à résoudre<br />

pour vous-même c<strong>et</strong> exercice en notant les arguments qui<br />

vous perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> répondre.<br />

I.2. Quelques réponses d’étudiants<br />

Les réponses présentées ci-<strong>de</strong>ssous ont été recueillies dans le<br />

cadre d’un module optionnel s’adressant à <strong>de</strong>s étudiants<br />

scientifiques en <strong>de</strong>uxième ou troisième année <strong>de</strong> licence en<br />

France (semestre 4 ou semestre 5 <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s universitaires)<br />

en mars 2005. Il s’agit d’un module transversal <strong>de</strong> sciences<br />

humaines <strong>et</strong> sociales <strong>de</strong> l’université Lyon 1, intitulé Analyse<br />

logique <strong>de</strong>s énoncés <strong>et</strong> <strong>de</strong>s raisonnements <strong>mathématiques</strong>. Aspects<br />

épistémologiques <strong>et</strong> didactiques. À c<strong>et</strong>te session, le groupe<br />

comprenait <strong>de</strong>s étudiants en licence <strong>mathématiques</strong>,<br />

physique, biologie, informatique <strong>et</strong> électronique. La réponse<br />

à chacune <strong>de</strong>s questions pour chacun <strong>de</strong>s vingt-huit étudiants<br />

est présentée en annexe.<br />

Comme le montre la lecture <strong>de</strong> ce tableau, les réponses sont<br />

unanimes pour les phrases n°1, 2 <strong>et</strong> 4 <strong>et</strong> correspon<strong>de</strong>nt sans<br />

doute à vos propres réponses. Pour la phrase n°3, un<br />

étudiant a répondu que la phrase est fausse, les autres<br />

répondant on ne peut pas savoir . Pour la phrase n°5 un étudiant<br />

s’est posé la question <strong>de</strong> savoir s’il fallait prendre en compte<br />

le temps (y a-t-il une chronologie entre antécé<strong>de</strong>nt <strong>et</strong><br />

conséquent ?). Les résultats qui vont r<strong>et</strong>enir principalement<br />

notre attention sont ceux qui concernent la phrase n°6. En<br />

eff<strong>et</strong>, les réponses sont ici partagées entre ceux qui répon<strong>de</strong>nt<br />

que la phrase est fausse (13 sur 28), ceux qui répon<strong>de</strong>nt on ne<br />

peut pas savoir (10 sur 28) ou <strong>de</strong>s formulations proches (2) : le<br />

même étudiant qui s’interroge sur le temps <strong>et</strong> un étudiant qui<br />

répond que la phrase est vraie (il s’agit <strong>de</strong> l’étudiant qui avait<br />

répondu faux à la question n°3). Voici un relevé représentatif<br />

<strong>de</strong>s réponses obtenues lors <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te session.<br />

Exemples <strong>de</strong> réponses à la phrase n°6<br />

1. Pas nécessairement/ CDILMNQR.<br />

2. On ne sait pas : traj<strong>et</strong> CDILMNQR, la déduction est fausse,<br />

mais on ne peut rien déduire sur le traj<strong>et</strong>.<br />

3. ONPPS (X peut passer par L sans passer par K).<br />

4. Problème <strong>de</strong> concordance <strong>de</strong>s temps.<br />

5. On ne peut pas savoir : pas forcément on peut directement<br />

passer à M.<br />

6. On ne peut pas savoir. L ouvre sur trois pièces, si X ne peut<br />

pas passer 2 fois par la même pièce il peut passer par K ou I<br />

avant L pour y rentrer.<br />

7. On ne peut pas savoir, car il peut avoir passé par I.<br />

8. On ne peut pas savoir L appartient à <strong>de</strong>ux chemins ≠. ∃<br />

donc 1 chemin où X peut passer par L sans passer par K.<br />

9. On ne peut pas savoir. En arrivant dans la pièce I, X a le<br />

choix entre J <strong>et</strong> L. S’il prend directement L, il ne peut pas<br />

passer par K car il passerait <strong>de</strong>ux fois par la même porte. S’il<br />

prend J, alors il passe par K <strong>et</strong> donc L.<br />

10. On ne peut pas savoir. Il existe un chemin où X passe par L<br />

<strong>et</strong> non par K <strong>et</strong> il existe un chemin où X passe par L <strong>et</strong> par<br />

K.<br />

11. Elle peut être vraie, mais elle peut aussi être fausse. (…) En<br />

réalité, la construction si alors entraîne que la phrase est<br />

fausse (car on a pas d’implication).<br />

12. Faux, car X a pu passer par L en arrivant <strong>de</strong> I <strong>et</strong> en allant<br />

dans M (L a trois portes) <strong>et</strong> donc sans passer par K, donc<br />

l’implication est fausse, il y a un contre-exemple (cependant,<br />

il est possible que X soit passé par L <strong>et</strong> K).<br />

13. Faux chemin ⇒ X n’est pas passé par K (pour la 6, on<br />

pourrait dire « on ne peut pas savoir » mais le alors me fait<br />

dire que c’est faux.<br />

14. Faux, car L a 2 portes 1 sur K 1 sur I <strong>et</strong> les <strong>de</strong>ux sont<br />

accessibles <strong>de</strong>puis l’entrée donc il aurait pu passer par I.<br />

15. Faux : X peut passer par CILMNOR.<br />

16. Faux. X peut passer par I mais aussi par K pour aller à L.<br />

17. Faux. Il est possible que X soit passé par L sans passer par<br />

K.<br />

18. Faux. Il peut couper par I.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 140 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />

19. Faux. X peut passer par L sans passer par K.<br />

20. Faux. Lorsque X est en I, il peut passer par en L, puis en<br />

M <strong>et</strong> aller jusqu’à la sortie sans jamais passer par K.<br />

Je propose c<strong>et</strong>te activité <strong>de</strong>puis <strong>de</strong> nombreuses années à <strong>de</strong>s<br />

étudiants <strong>de</strong> licence, ainsi qu’à <strong>de</strong>s enseignants en formation<br />

initiale ou continue du primaire, du secondaire ou du<br />

supérieur ; les résultats sont toujours sensiblement les<br />

mêmes, même si les professeurs chevronnés sont plus enclins<br />

à répondre que la phrase n°6 est fausse que les étudiants ou<br />

les futurs enseignants.<br />

I.3 Les résultats <strong>de</strong> l’évaluation EVAPM2 91<br />

L’exercice du labyrinthe visait à tester la maîtrise <strong>de</strong><br />

l’implication dans une situation non classique, <strong>et</strong> les auteurs<br />

s’interrogent sur le rapport entre c<strong>et</strong>te maîtrise <strong>et</strong> la capacité à<br />

produire <strong>de</strong>s démonstrations correctes en <strong>mathématiques</strong>.<br />

Les résultats obtenus indiqués par les auteurs sont les<br />

suivants (en pourcentage <strong>de</strong> réponses attendues) :<br />

Phrase n°1 : 100%<br />

Phrase n°2 : 96%<br />

Phrase n°3 : 85%<br />

Phrase n°4 : 93%<br />

Phrase n°5 : 69%<br />

Phrase n°6 : 29%.<br />

Ceci correspond au pourcentage <strong>de</strong> réussite relativement aux<br />

réponses considérées comme exactes par les auteurs, à savoir:<br />

Phrase n°1 : FAUSSE<br />

Phrase n°2 : VRAIE<br />

Phrase n°3 : ON NE PEUT PAS SAVOIR<br />

Phrase n°4 : VRAIE<br />

Phrase n°5 : VRAIE<br />

PHRASE n°6 : FAUSSE.<br />

On voit que les taux <strong>de</strong> réussite <strong>de</strong>s élèves sont bons pour les<br />

quatre premières phrases 4, commencent à chuter pour la<br />

cinquième <strong>et</strong> s’effondrent pour la sixième. Dans les résultats<br />

compl<strong>et</strong>s par questionnaire, on obtient en outre <strong>de</strong>s<br />

informations sur les réponses obtenues en fonction <strong>de</strong><br />

différents critères. Par exemple, sur une population <strong>de</strong> 227<br />

élèves répartis dans 16 classes, 29% répon<strong>de</strong>nt que la phrase<br />

est fausse ; 60% répon<strong>de</strong>nt on ne peut pas savoir si la phrase est<br />

vraie ou fausse. Si l’on rapporte ce taux à l’ensemble <strong>de</strong>s élèves<br />

qui sont admis en Première Scientifique 5, ces taux sont<br />

respectivement <strong>de</strong> 19% <strong>et</strong> 70%, tandis que pour les<br />

redoublants, ils sont <strong>de</strong> respectivement <strong>de</strong> 42% <strong>et</strong> 47%.<br />

Suite à l’analyse <strong>de</strong> ces résultats, les auteurs font part <strong>de</strong> leur<br />

étonnement :<br />

« La réussite à la question du labyrinthe se révèle<br />

indépendante, voire corrélée négativement avec la<br />

réussite aux démonstrations à contenu mathémati-<br />

4 Les résultats un peu plus faibles pour la phrase n°3 viennent du<br />

fait que quelques élèves hésitent à répondre on ne peut pas savoir.<br />

5 L’évaluation a été réalisée en Secon<strong>de</strong> entre le 21 mai <strong>et</strong> 15 juin<br />

1991.<br />

que <strong>de</strong> l’épreuve T 6, avec la moyenne <strong>de</strong> l’année<br />

attribuée par les enseignants <strong>et</strong> avec le score obtenu<br />

à la première passation. Les élèves qui réussissent le<br />

mieux c<strong>et</strong>te question sont les futurs redoublants. Les<br />

élèves admis en Première S sont aussi ceux qui<br />

réussissent le mieux les démonstrations à contenu<br />

mathématique, mais ils répon<strong>de</strong>nt massivement je ne<br />

sais pas à la question concernant la phrase 5 7. Ainsi,<br />

un échec à c<strong>et</strong> item est un bon indicateur <strong>de</strong> réussite<br />

aux autres questions, mais aussi aux évaluations <strong>de</strong>s<br />

enseignants 8. »<br />

Ces résultats font en eff<strong>et</strong> apparaître une divergence entre <strong>de</strong><br />

nombreux élèves pour qui la phrase n°6 appelle la réponse on<br />

ne peut pas savoir, <strong>et</strong> les auteurs <strong>de</strong> l’évaluation, pour qui elle<br />

appelle la réponse fausse. On doit tenir compte du fait que la<br />

réponse on ne peut pas savoir est donnée dans les consignes<br />

comme une réponse possible, <strong>et</strong> que c’est celle que donnent<br />

les auteurs <strong>de</strong> la brochure d’une part, une très large majorité<br />

<strong>de</strong>s élèves d’autre part, pour la phrase n°3.<br />

Grâce à Antoine Bodin, l’un <strong>de</strong>s auteurs d’EVAPM91, j’ai eu<br />

la possibilité d’examiner cinquante <strong>et</strong> une copies pour<br />

lesquelles j’ai r<strong>et</strong>enu la réponse donnée pour la phrase n°6 <strong>et</strong><br />

la justification <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te réponse. Sur les cinquante <strong>et</strong> une<br />

copies consultées, on trouve cinq fois la réponse la phrase est<br />

vraie, treize fois la réponse la phrase est fausse <strong>et</strong> trente-trois fois<br />

la réponse on ne peut pas savoir, soit respectivement environ<br />

10%, 25% <strong>et</strong> 65% <strong>de</strong>s réponses, si bien que l’échantillon est<br />

bien représentatif <strong>de</strong> la répartition <strong>de</strong>s réponses <strong>de</strong> la<br />

population générale. Dans la plupart <strong>de</strong>s copies, les réponses<br />

sont justifiées soigneusement. Ce qui apparaît à la lumière <strong>de</strong><br />

ces quelques copies, c’est que <strong>de</strong> nombreux élèves répondant<br />

on ne peut pas savoir invoquent comme argument le fait que<br />

certains traj<strong>et</strong>s ren<strong>de</strong>nt la phrase vraie, mais pas tous. Il apparaît<br />

que nombre d’entre eux reconnaissent que la présence <strong>de</strong><br />

la l<strong>et</strong>tre L sans la présence <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre K dans le traj<strong>et</strong><br />

emprunté rend l’implication fausse, mais sans en déduire que<br />

la phrase proposée est fausse. Comme pour les étudiants, on<br />

voit également que ce sont sensiblement les mêmes arguments<br />

qui conduisent aux <strong>de</strong>ux réponses faux ou on ne peut pas<br />

savoir.<br />

1. « Faux parce que L a <strong>de</strong>ux portes, celle <strong>de</strong> droite mène à la sortie <strong>et</strong><br />

ne passe pas par K. »<br />

2. « On ne peut pas savoir. En eff<strong>et</strong>, X aurait pu passer soit dans la<br />

pièce K, soit dans la pièce I pour rejoindre la pièce L. »<br />

On voit également, comme l’on pouvait s’y attendre,<br />

qu’interviennent <strong>de</strong>s arguments qui débor<strong>de</strong>nt le cadre strict<br />

consistant à répondre en tenant compte <strong>de</strong>s traj<strong>et</strong>s possibles.<br />

3. « La phrase n°6 est une phrase fausse, car en entrant par C, X est<br />

passé directement par I puis par L, car si X était passé par K, il aurait<br />

fait un grand détour inutile. »<br />

6<br />

Il s’agit d’une épreuve <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux heures dont fait partie c<strong>et</strong> exercice<br />

(voir ci-<strong>de</strong>ssous).<br />

7<br />

Il s’agit vraisemblablement <strong>de</strong> la phrase 6, puisque la phrase 5 a un<br />

taux <strong>de</strong> réussite <strong>de</strong> 69%.<br />

8 C’est moi qui souligne.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 141 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />

4. « On ne peut pas savoir, car il existe plusieurs possibilités pour<br />

accé<strong>de</strong>r à L <strong>et</strong> si X est passé par K, il a pris le chemin le plus long. »<br />

Les copies examinées montrent que c’est le fait que la valeur<br />

<strong>de</strong> vérité <strong>de</strong> la phrase n°6 dépend du traj<strong>et</strong> effectué qui<br />

conduit le plus souvent à la réponse on ne peut pas savoir. Or<br />

pour les auteurs <strong>de</strong> la brochure, c’est précisément c<strong>et</strong>te raison<br />

qui conduit à déclarer que la phrase n°6 est fausse. Leurs<br />

commentaires m<strong>et</strong>tent en évi<strong>de</strong>nce le fait que pour eux, les<br />

phrases 4, 5 <strong>et</strong> 6 sont quantifiées implicitement <strong>et</strong> la question qu’ils<br />

semblent poser est la suivante :<br />

Est-il vrai que pour toute personne X ayant traversé le labyrinthe, si X<br />

est passé par L, alors X est passé par K ?<br />

Ils écrivent en eff<strong>et</strong>, à propos <strong>de</strong> la phrase n°6 :<br />

« S'agit-il d'énoncés <strong>mathématiques</strong> qu'il s'agirait<br />

d'appréhen<strong>de</strong>r <strong>de</strong> façon globale? Dans ce cas, ce qui<br />

importe c'est la qualité d'un lien entre les <strong>de</strong>ux assertions<br />

<strong>et</strong> non la véracité particulière <strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s<br />

assertions. »<br />

Il semble donc que la divergence entre la réponse majoritaire<br />

<strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong> celle qui est considérée comme exacte par les<br />

auteurs <strong>de</strong> l’évaluation porte sur l’interprétation <strong>de</strong>s énoncés<br />

conditionnels proposés. C’est ce point que je vais maintenant<br />

expliciter en m’appuyant sur une formalisation <strong>de</strong> la situation<br />

dans le cadre <strong>de</strong> la logique <strong>de</strong>s prédicats du premier ordre.<br />

I.4 Analyse dans le cadre <strong>de</strong> la logique <strong>de</strong>s<br />

prédicats<br />

Une idée communément répandue est que la logique<br />

mathématique doit se construire contre la logique <strong>de</strong> sens<br />

commun <strong>et</strong> l’on pourrait voir, dans les résultats précé<strong>de</strong>nts,<br />

une nouvelle illustration <strong>de</strong> ce point <strong>de</strong> vue. Cependant,<br />

dans ce cas, une analyse logique dans le cadre du calcul <strong>de</strong>s<br />

prédicats montre que la divergence observée ne se laisse pas<br />

réduire à c<strong>et</strong>te analyse 9.<br />

Pour conduire une analyse logique <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te tâche, je me place<br />

dans le calcul <strong>de</strong>s prédicats du premier ordre, dans lequel on<br />

peut modéliser la situation évoquée dans l’exercice du<br />

labyrinthe. 10 Rappelons que, dans le calcul <strong>de</strong>s prédicats, on<br />

dispose <strong>de</strong>s connecteurs propositionnels classiques définis<br />

par leurs tables <strong>de</strong> vérité (¬ : non ; ∧ : <strong>et</strong> ; ∨ : ou ; ⇒ : si,<br />

alors ; ⇔ : si <strong>et</strong> seulement si), <strong>de</strong> l<strong>et</strong>tres <strong>de</strong> variables, <strong>de</strong><br />

l<strong>et</strong>tres <strong>de</strong> prédicats pour formaliser les propriétés (prédicats à<br />

une place) <strong>et</strong> les relations (prédicats à <strong>de</strong>ux ou plusieurs<br />

places) <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux quantificateurs existentiels <strong>et</strong> universels. Les<br />

règles <strong>de</strong> syntaxe perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> définir les expressions bien<br />

formées, c’est-à-dire les formules. Pour attribuer une valeur<br />

<strong>de</strong> vérité à une formule, il faut l’interpréter dans une<br />

structure comportant un univers du discours non vi<strong>de</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

interprétations pour chacune <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres <strong>de</strong> prédicats<br />

intervenant dans la formule. Le travail <strong>de</strong> modélisation<br />

consiste à partir d’une structure (un domaine <strong>de</strong> réalité ou<br />

9 Je discute c<strong>et</strong>te position dans la communication à paraître dans le<br />

cadre <strong>de</strong>s actes du colloque EMF 2006.<br />

10 D’autres exemples d’analyses <strong>de</strong> ce type sont présentés dans<br />

Durand-Guerrier (1996a, 1996b).<br />

une théorie mathématique) pour proposer une formule montrant<br />

la structure logique sans référence à la situation<br />

proposée.<br />

Dans notre exemple, le domaine <strong>de</strong> réalité est la situation<br />

évoquée dans l’énoncé. On peut formaliser c<strong>et</strong>te situation<br />

évoquée en attribuant à chaque pièce du labyrinthe un<br />

prédicat. Ainsi, à la pièce P, j’attribue un prédicat P qui<br />

s’interprète par « être passé par P ». Un traj<strong>et</strong> se formalise<br />

par la conjonction <strong>de</strong>s prédicats associés aux pièces qui sont<br />

sur le traj<strong>et</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> la négation <strong>de</strong>s prédicats associés aux pièces<br />

qui ne sont pas sur le traj<strong>et</strong>. On peut ainsi formaliser chacun<br />

<strong>de</strong>s trois traj<strong>et</strong>s qui perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> sortir du labyrinthe :<br />

T1 : CDILMNQR ; T2 : CDIJKLMNR ; T3 : CBGFONQR.<br />

Les phrases numéro 1 à 6 sont <strong>de</strong>s interprétations dans le<br />

domaine <strong>de</strong> réalité considérée <strong>de</strong> formules contenant une<br />

variable libre. Je m’intéresse ici exclusivement aux phrases 3<br />

<strong>et</strong> 6.<br />

La phrase n°3 : « X est passée par M », interprète la formule<br />

« F1 : M(x) » .<br />

La phrase n°6 : « Si X est passée par L, alors X est passée par<br />

K », interprète la formule « F2 : L(x) ⇒ K(x) ».<br />

Dans c<strong>et</strong>te analyse, la question à laquelle nous sommes<br />

confrontés est celle du statut logique <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X dans les<br />

phrases 1 à 6. Plusieurs interprétations sont possibles <strong>et</strong><br />

conduisent à <strong>de</strong>s résultats différents.<br />

Une première interprétation , <strong>de</strong> type empirique, consiste à<br />

considérer que X est le nom propre d’une personne qui a<br />

traversé le labyrinthe sans passer <strong>de</strong>ux fois par la même porte<br />

(on aurait aussi bien pu déci<strong>de</strong>r <strong>de</strong> désigner c<strong>et</strong>te personne<br />

par un nom patronymique). Trois cas sont alors possibles :<br />

1 er cas : X a emprunté le traj<strong>et</strong> T1 : M(X) est vrai dans le<br />

domaine <strong>de</strong> réalité ; donc, X satisfait la phrase ouverte M(x).<br />

2 ème cas : X a emprunté le traj<strong>et</strong> T2 : M(X) est vrai dans le<br />

domaine <strong>de</strong> réalité ; donc, X satisfait la phrase ouverte M(x).<br />

3 ème cas : X a emprunté le traj<strong>et</strong> T3 : M(X) est faux ; donc X<br />

ne satisfait pas la phrase ouverte M(x).<br />

Comme celui qui doit répondre à la question ne connaît pas<br />

le traj<strong>et</strong> emprunté par X, il ne sait pas ce qu’il en est <strong>de</strong> la<br />

vérité <strong>de</strong> la phrase n°3, ce qui conduit à la réponse on ne peut<br />

pas savoir. Autrement dit, l’énoncé est contingent pour le<br />

suj<strong>et</strong>. Notons que cela ne veut pas dire ici que l’énoncé n’a<br />

pas <strong>de</strong> valeur <strong>de</strong> vérité. En eff<strong>et</strong>, comme le traj<strong>et</strong> a été réalisé,<br />

l’un <strong>de</strong>s trois cas s’est produit.<br />

Le même raisonnement montre qu’il en est <strong>de</strong> même pour la<br />

phrase n°6. En eff<strong>et</strong>, sous c<strong>et</strong>te interprétation, la phrase<br />

numéro 6 est une instance d’une implication ouverte <strong>et</strong><br />

certaines <strong>de</strong>s instances sont <strong>de</strong>s phrases vraies, tandis que<br />

d’autres sont <strong>de</strong>s phrases fausses.<br />

1 er cas : X a emprunté T1, X satisfait l’antécé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> F2, mais<br />

pas le conséquent ; donc, X ne satisfait pas F2.<br />

2 ème cas : X a emprunté T2, X satisfait l’antécé<strong>de</strong>nt <strong>et</strong> le<br />

conséquent <strong>de</strong> F2 ; donc X satisfait F2.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 142 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />

3 ème cas : X a emprunté T3, X ne satisfait pas l’antécé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong><br />

F2 ; donc X satisfait F2.<br />

Dans la mesure où celui qui doit répondre à la question ne<br />

connaît pas le traj<strong>et</strong> emprunté par X, il ne sait pas <strong>de</strong> quelle<br />

instance il s’agit. C<strong>et</strong>te interprétation <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X conduit à<br />

la réponse majoritaire <strong>de</strong>s élèves, qui apparaît donc comme<br />

étant tout à fait cohérente, ceci d’autant plus que <strong>de</strong><br />

nombreuses formulations langagières proposées par les<br />

élèves sont cohérentes avec c<strong>et</strong>te interprétation (par exemple<br />

2 ou 4, ou l’exemple cité par les auteurs).<br />

Une <strong>de</strong>uxième interprétation, sans doute plus conforme au<br />

canon mathématique habituel, consiste à considérer que X<br />

est un élément générique, le nom <strong>de</strong> n’importe quelle<br />

personne ayant traversé le labyrinthe sans passer <strong>de</strong>ux fois<br />

par la même porte. Dans ce cas-là, non seulement celui qui<br />

doit répondre à la question ne peut pas savoir quel cas est<br />

réalisé, mais il n’est pas possible d’attribuer une valeur <strong>de</strong><br />

vérité aux phrases n° 3 <strong>et</strong> 6, puisque cela dépend <strong>de</strong> l’individu.<br />

Ainsi, ici encore, les <strong>de</strong>ux énoncés sont contingents pour<br />

le suj<strong>et</strong>, mais ils sont également contingents <strong>de</strong> manière<br />

intrinsèque 11. Notons que c<strong>et</strong>te interprétation peut conduire<br />

assez naturellement à une réponse du type pas nécessairement.<br />

Une troisième interprétation , qui renvoie à une pratique<br />

ordinaire dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, consiste à<br />

considérer que X est une l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> variable universellement<br />

quantifiée implicitement. C<strong>et</strong>te interprétation est ici très<br />

problématique. En eff<strong>et</strong>, d’une part, il n’y a pas <strong>de</strong> population<br />

<strong>de</strong> référence, autrement dit pas <strong>de</strong> domaine <strong>de</strong> quantification,<br />

<strong>et</strong> d’autre part, pour une population <strong>de</strong> référence donnée, il<br />

se pourrait que certains traj<strong>et</strong>s ne soient pas empruntés <strong>et</strong><br />

l’on ne peut donc pas être sûr que les exemples <strong>et</strong> contreexemples<br />

potentiels soient actualisés. Par conséquent, la<br />

valeur <strong>de</strong> vérité <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux phrases est dépendante <strong>de</strong> la<br />

population <strong>de</strong> référence. Les <strong>de</strong>ux énoncés sont contingents<br />

<strong>de</strong> manière intrinsèque. Ils sont même dans les limbes<br />

(Quine, 1990, 1993). Notons que ceci est fréquent en<br />

<strong>mathématiques</strong>. Ainsi en va-t-il <strong>de</strong> l’énoncé « Pour tout x,<br />

x 2+1 est positif strictement ». Si l’on ne précise pas la<br />

structure dans laquelle on considère c<strong>et</strong> énoncé, on ne peut<br />

pas se prononcer sur sa valeur <strong>de</strong> vérité.<br />

Une quatrième interprétation consiste à considérer que la<br />

quantification implicite porte sur la variable traj<strong>et</strong>, <strong>et</strong> que le<br />

domaine <strong>de</strong> référence est l’ensemble <strong>de</strong>s traj<strong>et</strong>s possibles.<br />

Dans ce cas les <strong>de</strong>ux énoncés sont faux, puisqu’ils ont chacun<br />

un contre-exemple. Notons qu’en fait, dans la formalisation<br />

<strong>de</strong> la situation, c’est naturellement la variable traj<strong>et</strong> qui est<br />

prise en compte, <strong>et</strong> que dans les <strong>de</strong>ux premières interprétations,<br />

l’on raisonne non pas sur la personne X, mais sur son<br />

traj<strong>et</strong>. Dans le premier cas, on raisonne donc sur un traj<strong>et</strong><br />

singulier que l’on ne connaît pas <strong>et</strong> dans la secon<strong>de</strong>, sur un<br />

traj<strong>et</strong> générique.<br />

Ce qui se dégage <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te analyse logique, outre le fait,<br />

comme je l’ai dit plus haut, que la réponse majoritaire <strong>de</strong>s<br />

élèves est tout à fait cohérente, c’est le fait qu’aucune<br />

interprétation <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X ne fournit les réponses considé-<br />

rées comme correcte pour les auteurs <strong>de</strong> l’évaluation, à savoir<br />

la réponse on ne peut pas savoir pour la phrase numéro 3 <strong>et</strong> la<br />

réponse faux pour la phrase numéro 6. Ceci m<strong>et</strong> en lumière le<br />

fait que les auteurs, <strong>et</strong> <strong>de</strong> nombreux professeurs <strong>et</strong> étudiants,<br />

changent le statut logique <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X entre la phrase<br />

numéro 3 <strong>et</strong> la phrase numéro 6. Il faut noter que pour les<br />

phrases 1, 2, 4 <strong>et</strong> 5, la réponse est toujours la même, quelle<br />

que soit l’interprétation <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X choisie. Pour la phrase<br />

numéro 1, ceci est lié au fait qu’aucune instance <strong>de</strong> la phrase<br />

ouverte associée n’est vraie ; pour les phrases ouvertes<br />

numéro 2, 4 <strong>et</strong> 5, ceci est lié au fait que toutes les instances<br />

<strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s phrases associées sont vraies. Dans ces<br />

quatre cas, il n’est nul besoin <strong>de</strong> connaître le traj<strong>et</strong> emprunté<br />

par la personne X pour se prononcer sur la valeur <strong>de</strong> vérité<br />

<strong>de</strong> la phrase correspondante, ceci parce que c<strong>et</strong>te valeur <strong>de</strong><br />

vérité est contrainte par la situation : pour la phrase numéro<br />

1, parce que l’énoncé existentiel « Il existe x, P(x) » est faux<br />

dans c<strong>et</strong>te situation, pour les trois autres phrases, parce que<br />

les énoncés universels associés sont vrais. Les cas 3 <strong>et</strong> 6<br />

conduisent à <strong>de</strong>s énoncés contingents dans les <strong>de</strong>ux<br />

premières interprétations, car l’énoncé universel associé est<br />

faux, tandis que l’énoncé existentiel associé est vrai. La<br />

troisième interprétation conduit à <strong>de</strong>s énoncés contingents<br />

parce que la variable personne est non pertinente dans c<strong>et</strong>te<br />

situation.<br />

On pourrait penser que c<strong>et</strong>te situation du labyrinthe, parce<br />

qu’elle est très éloignée <strong>de</strong>s activités <strong>mathématiques</strong> ordinaires,<br />

n’est pas significative pour comprendre ce qui se joue<br />

dans la classe autour <strong>de</strong>s interactions entre implication <strong>et</strong><br />

quantification. L’exemple suivant montre que, bien au<br />

contraire, le phénomène observé se r<strong>et</strong>rouve également dans<br />

les activités <strong>mathématiques</strong> scolaires.<br />

II. Un quadrilatère problématique<br />

L’exercice ci-<strong>de</strong>ssous a été proposé à 273 étudiants arrivant à<br />

l’université scientifique dans le cadre <strong>de</strong> mon travail <strong>de</strong><br />

thèse 12 en octobre 1992. C’était le premier exercice <strong>de</strong> la<br />

première partie d’un questionnaire qui en comportait six.<br />

Dans l’ensemble du questionnaire, la question principale était<br />

<strong>de</strong> savoir si les étudiants arrivant à l’université reconnaissaient<br />

les cas où l’on ne peut pas faire <strong>de</strong> déduction en<br />

présence d’un énoncé conditionnel affirmé. Pour c<strong>et</strong><br />

exercice, un énoncé classique du niveau du collège français<br />

était rappelé, puis une question simple était posée.<br />

Énoncé 1 : Dans un losange, les diagonales se coupent en<br />

leur milieu.<br />

Question : un quadrilatère (ABCD) a ses diagonales<br />

perpendiculaires. Est-ce un losange? Justifiez votre réponse.<br />

Il faut noter que c<strong>et</strong> énoncé n’est pas a priori <strong>de</strong> type<br />

implicatif. En eff<strong>et</strong>, si l’univers du discours est la classe <strong>de</strong>s<br />

losanges, il se traduit par l’énoncé « ∀x D(x) » (1) où D<br />

s’interprète par la propriété « avoir ses diagonales<br />

perpendiculaires » . C’est lorsque l’on plonge les losanges<br />

dans une classe plus large qu’apparaît la nécessité <strong>de</strong><br />

l’implication : dans la classe <strong>de</strong>s parallélogrammes, l’énoncé<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 143 31 mai <strong>et</strong> 1er 11<br />

C’est-à-dire que l’on ne peut pas leur attribuer <strong>de</strong> valeur <strong>de</strong> vérité.<br />

12<br />

Durand-Guerrier, 1996<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006


Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />

<strong>de</strong>vient « ∀x (L(x)⇔ D(x)) » (2), où L s’interprète par la<br />

propriété « être un losange ». Lorsque l’univers du discours<br />

considéré est la classe <strong>de</strong>s quadrilatères, l’énoncé <strong>de</strong>vient<br />

« ∀x (L(x) ⇒ D(x)) » (3), l’énoncé réciproque « ∀x (D(x) ⇒<br />

L(x) ) » étant alors faux, si bien qu’en toute rigueur, dans la<br />

classe <strong>de</strong>s quadrilatères, c<strong>et</strong> énoncé <strong>de</strong>vrait se formaliser par<br />

« [∀x (L(x) ⇒ D(x)) ] ∧¬[∀x (D(x) ⇒ L(x)) ] » (4). La<br />

question posée se situe explicitement dans la classe <strong>de</strong>s<br />

quadrilatères <strong>et</strong> correspond au cas d’un obj<strong>et</strong> vérifiant le<br />

conséquent <strong>de</strong> (3). Comme certains quadrilatères vérifient à<br />

la fois le conséquent <strong>et</strong> l’antécé<strong>de</strong>nt, tandis que d’autres<br />

quadrilatères vérifient le conséquent sans vérifier l’antécé<strong>de</strong>nt,<br />

on ne peut pas se prononcer compte tenu <strong>de</strong>s informations<br />

données.<br />

Dans la population étudiée, un peu plus <strong>de</strong> 20% <strong>de</strong>s étudiants<br />

répon<strong>de</strong>nt oui en arguant le plus souvent qu’il n’y a pas<br />

d’autres quadrilatères à diagonales perpendiculaires 13. Près <strong>de</strong><br />

40% répon<strong>de</strong>nt non, soit qu’ils interprètent la question comme<br />

signifiant : « Peut-on affirmer que le quadrilatère<br />

(A,B,C,D) est un losange? », ou encore « Un quadrilatère<br />

ayant ses diagonales perpendiculaires est-il toujours un<br />

losange? »; soit qu’ils appliquent le principe du maximum<br />

d’information 14, considérant que le quadrilatère en question<br />

n’est pas un parallélogramme, car sinon ce serait précisé.<br />

Enfin 30% environ donnent une réponse du type on ne peut<br />

pas savoir en utilisant largement le vocabulaire <strong>de</strong>s modalités,<br />

les expressions les plus fréquentes étant pas forcément (près <strong>de</strong><br />

50% <strong>de</strong>s réponses) ou pas obligatoirement (environ 25% <strong>de</strong>s<br />

réponses). Ici encore, comme dans le cas du labyrinthe, <strong>de</strong>s<br />

arguments similaires conduisent à répondre soit faux, soit pas<br />

forcément, ou une formulation équivalente.<br />

Imaginons maintenant <strong>de</strong>ux élèves en train <strong>de</strong> travailler<br />

ensemble à déterminer la nature d’un quadrilatère intervenant<br />

dans le problème qu’ils sont en train <strong>de</strong> résoudre. Ils ont<br />

établi le fait que ce quadrilatère a ses diagonales perpendiculaires<br />

<strong>et</strong> ils se posent la question <strong>de</strong> savoir s’il s’agit ou non<br />

d’un losange. Est-ce que l’on s’attend à ce qu’ils répon<strong>de</strong>nt<br />

non au motif que la condition est nécessaire sans être<br />

suffisante ? Évi<strong>de</strong>mment non ; la seule réponse pertinente<br />

dans ce cas, c’est que l’on n’a pas assez d’information pour se<br />

prononcer, <strong>et</strong> qu’il faut donc poursuivre la recherche. On<br />

r<strong>et</strong>rouve ici le rôle du raisonnement plausible <strong>de</strong> Polya<br />

(1958).<br />

Dans c<strong>et</strong> exercice, contrairement à la situation du labyrinthe,<br />

les étudiants n’avaient pas à évaluer la valeur <strong>de</strong> vérité d’une<br />

implication, mais ils <strong>de</strong>vaient reconnaître s’ils étaient dans un<br />

cas où ils pouvaient déduire que le quadrilatère proposé<br />

possédait ou non la propriété antécé<strong>de</strong>nte. Or c’est précisément<br />

parce que parmi les instances <strong>de</strong> l’implication ouverte<br />

associée à la réciproque <strong>de</strong> l’énoncé (3) ayant un antécé<strong>de</strong>nt<br />

vrai, certaines sont vraies tandis que d’autres sont fausses,<br />

que l’on ne peut pas trancher dans ce cas.<br />

13 Plusieurs étudiants précisent que le seul contre-exemple est le<br />

carré, mais que le carré est aussi un losange.<br />

14 Maxime conversationnelle due à Grice selon laquelle le locuteur<br />

est censé donner toute l’information dont il dispose. Voir aussi<br />

IREM <strong>de</strong> Grenoble, 1985.<br />

III. L’implication, une notion polysémique<br />

Il ressort <strong>de</strong> ce qui précè<strong>de</strong> que <strong>de</strong>rrière l’apparente simplicité<br />

<strong>de</strong> l’implication se cachent plusieurs notions qui entr<strong>et</strong>iennent<br />

entre elles <strong>de</strong>s relations multiples <strong>et</strong> qui toutes sont à<br />

l’œuvre dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Nous en avons<br />

rencontré cinq que je détaille ci-<strong>de</strong>ssous.<br />

La première est le conditionnel courant, exprimé dans la<br />

langue ordinaire <strong>et</strong> en contexte quotidien. Les phrases 4, 5 <strong>et</strong><br />

6 du labyrinthe relèveraient a priori <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te catégorie, si la<br />

tâche n’était pas proposée dans un contexte mathématique.<br />

Selon Quine (1950), une spécificité du conditionnel courant,<br />

c’est que l’on se place toujours dans les cas qui vérifient<br />

l’antécé<strong>de</strong>nt. C<strong>et</strong> aspect n’est pas soulevé dans la tâche du<br />

labyrinthe telle qu’elle est proposée dans l’évaluation<br />

EVAPM91 car, pour chacune <strong>de</strong>s implications proposées, il y<br />

a au moins un cas qui vérifie l’antécé<strong>de</strong>nt. Marc Rogalski a<br />

proposé la tâche du labyrinthe à <strong>de</strong> futurs enseignants en<br />

ajoutant la phrase « Si X est passé par S, alors il est passé par<br />

T ». Comme aucun chemin perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> traverser le<br />

labyrinthe ne satisfait l’antécé<strong>de</strong>nt, c<strong>et</strong>te phrase est vraie<br />

quelle que soit l’interprétation <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X choisie. Sur les<br />

<strong>de</strong>ux populations concernées, un tiers environ <strong>de</strong>s personnes<br />

interrogées déclarent que c<strong>et</strong>te phrase est vraie ; un peu plus<br />

d’un cinquième disent qu’elle est non pertinente, <strong>et</strong> un peu<br />

plus <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux cinquièmes la déclarent fausse (Rogalski &<br />

Rogalski, 2003, 2004). Les auteurs notent que l’on peut<br />

cependant déclarer la phrase vraie avec <strong>de</strong>s arguments non<br />

logiques en ne prenant pas en compte la contrainte selon<br />

laquelle on ne doit pas passer <strong>de</strong>ux fois par la même porte.<br />

La secon<strong>de</strong> est l’implication entre propositions, souvent<br />

appelée implication matérielle à la suite <strong>de</strong> Russell (1903,<br />

1989). Dans une interprétation donnée, sa valeur <strong>de</strong> vérité<br />

dépend exclusivement <strong>de</strong> la valeur <strong>de</strong> vérité <strong>de</strong>s propositions<br />

élémentaires qui la composent. C’est ce que l’on obtient dans<br />

la tâche du labyrinthe en interprétant la l<strong>et</strong>tre X par un nom<br />

propre, ou par un terme générique. Une implication<br />

matérielle est fausse dans le seul cas où son antécé<strong>de</strong>nt est<br />

vrai <strong>et</strong> son conséquent faux. Comme on l’a rappelé ci-<strong>de</strong>ssus,<br />

le fait qu’une implication matérielle dont l’antécé<strong>de</strong>nt est faux<br />

soit déclarée vraie est en conflit avec l’usage courant. C’est ce<br />

que montrent également les nombreux travaux <strong>de</strong> psychologie<br />

cognitive consacrés à c<strong>et</strong>te question 15. On a vu dans<br />

l’exemple du losange que c<strong>et</strong>te définition est cependant<br />

nécessaire puisque c’est lorsque le domaine <strong>de</strong> quantification<br />

contient <strong>de</strong>s éléments qui ne satisfont pas l’antécé<strong>de</strong>nt que le<br />

recours à l’implication pour formaliser un énoncé général est<br />

pertinent. On fait alors appel à la troisième forme d’implication.<br />

C<strong>et</strong>te troisième forme est l’implication universellement quantifiée<br />

articulant <strong>de</strong>ux propriétés, souvent appelée implication<br />

formelle à la suite <strong>de</strong> Russell (1903, 1989). C’est ce que l’on<br />

obtient dans la tâche du labyrinthe si l’on considère que la<br />

l<strong>et</strong>tre X est une l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> variable universellement quantifiée.<br />

La vérité d’une implication formelle dans une interprétation<br />

15<br />

Voir en particulier les travaux autour <strong>de</strong> la tâche <strong>de</strong> sélection <strong>de</strong><br />

Wason présentés dans le numéro 11 <strong>de</strong> la revue Intellectica.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 144 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />

donnée exprime que toutes les implications matérielles obtenues<br />

en assignant à la variable un élément du domaine (qui<br />

est non vi<strong>de</strong> par hypothèse) sont vraies. Elle est donc fausse<br />

dès qu’elle a un contre-exemple. C’est le point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong>s<br />

auteurs <strong>de</strong> l’évaluation EVAPM2 91 sur la phrase numéro 6.<br />

C’est c<strong>et</strong>te opposition entre l’implication formelle <strong>et</strong><br />

l’implication matérielle qu’ils semblent exprimer lorsqu’ils<br />

écrivent :<br />

« S'agit-il d'énoncés <strong>mathématiques</strong> qu'il s'agirait<br />

d'appréhen<strong>de</strong>r <strong>de</strong> façon globale? Dans ce cas, ce qui<br />

importe c'est la qualité d'un lien entre les <strong>de</strong>ux<br />

assertions <strong>et</strong> non la véracité particulière <strong>de</strong> chacune<br />

<strong>de</strong>s assertions.»<br />

La quatrième forme est l’implication ouverte, qui relie <strong>de</strong>ux<br />

propriétés <strong>et</strong> qui correspond à une formule du calcul <strong>de</strong>s<br />

prédicats contenant une variable libre 16. C’est ce qui perm<strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> relier l’implication formelle <strong>et</strong> l’implication matérielle.<br />

Ainsi, les phrases 4, 5 <strong>et</strong> 6 sont les cas d’implications<br />

ouvertes. Pour les phrases 4 <strong>et</strong> 5, les implications formelles<br />

associées sont vraies dans l’interprétation <strong>et</strong> on peut donc se<br />

prononcer sur la valeur <strong>de</strong> vérité. Dans le cas <strong>de</strong> la phrase<br />

numéro 6, l’implication formelle associée est fausse, mais<br />

certaines instances sont vraies <strong>et</strong> c’est la raison pour laquelle<br />

on ne peut pas se prononcer. Il doit être clair que le passage<br />

par l’implication ouverte est indispensable, puisqu’en eff<strong>et</strong>,<br />

dans une implication formelle, la variable est mu<strong>et</strong>te <strong>et</strong> ne<br />

peut donc donner lieu à aucune assignation d’obj<strong>et</strong>.<br />

La cinquième forme d’implication que nous avons rencontrée<br />

est la règle du détachement, également appelée Modus<br />

Ponens. Il s’agit <strong>de</strong> la règle classique d’inférence qui perm<strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> détacher la conclusion d’un énoncé conditionnel affirmé<br />

lorsque l’on sait que son antécé<strong>de</strong>nt est vrai. Dans la plupart<br />

<strong>de</strong>s cas, dans le cadre <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> scolaires, on<br />

applique c<strong>et</strong>te règle à partir d’une implication formelle, vraie<br />

dans une théorie mathématique donnée (autrement dit un<br />

théorème). On montre qu’un obj<strong>et</strong> donné satisfait la<br />

propriété antécé<strong>de</strong>nte, d’où il s’ensuit que c<strong>et</strong> obj<strong>et</strong> satisfait la<br />

propriété conséquente. Pour cela, on passe par une<br />

implication matérielle, selon le schéma suivant :<br />

Soit w un élément <strong>de</strong> l’univers du discours (singulier ou<br />

générique) satisfaisant la propriété P. Comme l’énoncé « Pour<br />

tout x, si P(x), alors Q(x) » est vrai, on peut affirmer que<br />

l’énoncé « si P(w), alors Q(w) » est vrai. Par suite (règle du<br />

détachement), Q(w) est vrai.<br />

Supposons maintenant, comme dans le cas du losange, que la<br />

réciproque <strong>de</strong> ce théorème n’est pas un théorème, <strong>et</strong><br />

considérons un élément u <strong>de</strong> l’univers du discours satisfaisant<br />

Q. Sans information supplémentaire, on ne sait pas si<br />

l’implication matérielle « si Q(u), alors P(u) » est vraie ou<br />

fausse. Par conséquent, on ne peut pas faire <strong>de</strong> déduction ;<br />

mais naturellement, cela ne signifie pas que P(u) est fausse.<br />

16<br />

Je n’ai pas abordé dans l’atelier la question <strong>de</strong>s prédicats à<br />

plusieurs places <strong>et</strong> <strong>de</strong>s difficultés liées aux quantifications<br />

multiples. Ces questions difficiles sont abordées par exemple<br />

dans Dubinski & Yparaki (2000), Durand-Guerrier & Arsac<br />

(2003), Chellougui (2004).<br />

C’est exactement la situation du losange que j’ai présentée au<br />

paragraphe II.<br />

IV. Conclusion<br />

Les questions que j’ai abordées dans c<strong>et</strong> atelier sont loin<br />

d’épuiser toutes les difficultés concernant le maniement <strong>de</strong><br />

l’implication dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, mais elles<br />

m<strong>et</strong>tent en évi<strong>de</strong>nce plusieurs points qui sont autant <strong>de</strong> pistes<br />

pour travailler avec les élèves, à différents niveaux du cursus.<br />

Le point crucial concerne la pratique largement répandue <strong>de</strong><br />

quantification universelle implicite dans <strong>de</strong>s énoncés conditionnels.<br />

Associée à la règle du contre-exemple, elle fait<br />

disparaître l’implication matérielle au profit <strong>de</strong> l’implication<br />

formelle, qui <strong>de</strong>vient la seule référence explicite <strong>et</strong> instaure,<br />

<strong>de</strong> fait, la dichotomie du vrai <strong>et</strong> du faux comme la norme<br />

dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Les résultats obtenus avec<br />

la tâche du labyrinthe montrent que ceci rentre en conflit<br />

avec la logique <strong>de</strong> sens commun, mais aussi avec la logique<br />

<strong>de</strong>s prédicats du premier ordre. C<strong>et</strong>te pratique mathématique<br />

tend en outre à focaliser l’attention sur les énoncés au<br />

détriment du travail sur les obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> leurs propriétés, comme<br />

on le voit avec la tâche du losange. Elle laisse à un niveau<br />

totalement implicite la nécessaire reconnaissance <strong>de</strong> la<br />

contingence <strong>de</strong> certains énoncés <strong>mathématiques</strong> en situation<br />

<strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problème <strong>et</strong> risque <strong>de</strong> se poser par là même<br />

en obstacle didactique pour la construction par les élèves <strong>de</strong><br />

la rationalité mathématique 17. On le sait <strong>de</strong>puis longtemps,<br />

un travail isolé <strong>de</strong> logique mathématique ne perm<strong>et</strong> pas<br />

d’améliorer <strong>de</strong> manière significative les aptitu<strong>de</strong>s pour<br />

conduire <strong>de</strong>s raisonnements <strong>mathématiques</strong>. C’est au cœur<br />

même <strong>de</strong> l’activité mathématique que les différentes formes<br />

d’implication rappelées en III peuvent <strong>et</strong> doivent être<br />

travaillées <strong>et</strong> explicitées. Les résultats obtenus aux <strong>de</strong>ux<br />

tâches du labyrinthe <strong>et</strong> du losange montrent en outre qu’un<br />

raisonnement rigoureux peut, <strong>et</strong> même doit dans certains cas,<br />

s’appuyer sur <strong>de</strong>s éléments empiriques pertinents. Ceci rend<br />

justice au proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> Tarski (1936) <strong>de</strong> construire une définition<br />

<strong>de</strong> la vérité qui soit formellement correcte <strong>et</strong> matériellement<br />

adéquate 18.<br />

17<br />

Voir également le texte <strong>de</strong> ma communication à paraître dans les<br />

actes du colloque EMF 2006<br />

18<br />

La pertinence <strong>de</strong>s travaux <strong>de</strong> Tarski pour l’étu<strong>de</strong> didactique du<br />

raisonnement mathématique est présenté dans Durand-Guerrier<br />

(2004, 2005)<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 145 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />

Références<br />

APMEP (1992) Publication n°88 : EVAPM91/2.<br />

Évaluation <strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> Secon<strong>de</strong><br />

1991.<br />

CHELLOUGUI, F. (2003) Approche didactique <strong>de</strong> la<br />

quantification dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> dans<br />

l’enseignement tunisien, P<strong>et</strong>it x, n°61.<br />

CHELLOUGUI, F. (2004) L’utilisation <strong>de</strong>s quantificateurs<br />

universels <strong>et</strong> existentiels en première année universitaire entre l’explicite<br />

<strong>et</strong> l’implicite. Thèse <strong>de</strong>s l’Universités Lyon 1 <strong>et</strong> Tunis.<br />

DUBINSKY, E. & YPARAKI, O. (2000) On Stu<strong>de</strong>nts<br />

Un<strong>de</strong>rstanding of AE and EA Quantification. Research in<br />

Collegiate Mathematics Education IV, CBMS Issues in Mathematics<br />

Education, 8, 2000, 239-289. American Mathematical Soci<strong>et</strong>y,<br />

Provi<strong>de</strong>nce.<br />

DURAND-GUERRIER,V. (1995) Place <strong>de</strong> la logique<br />

formelle comme outil d'analyse <strong>de</strong>s connaissances mises en<br />

oeuvre dans le raisonnement mathématique dans une<br />

perspective didactique, in G. Arsac, J. Gréa, D. Grenier, A.<br />

Thibergien, Différents types <strong>de</strong> savoirs <strong>et</strong> leurs articulations, La<br />

Pensée Sauvage. Grenoble.<br />

DURAND-GUERRIER, V. (1996a) Logique <strong>et</strong><br />

raisonnement mathématique : défense <strong>et</strong> illustration <strong>de</strong> la pertinence du<br />

calcul <strong>de</strong>s prédicats pour une approche didactique <strong>de</strong>s difficultés liées à<br />

l'implication, Thèse <strong>de</strong> l’université Clau<strong>de</strong> Bernard Lyon 1.<br />

DURAND-GUERRIER, V. (1996b) Place <strong>et</strong> rôle <strong>de</strong><br />

la logique formelle dans la modélisation du raisonnement<br />

mathématique in Actes <strong>de</strong> la VIII ème école d'été <strong>de</strong> didactique <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, Noirfalise R., M.J. Perrin-Glorian, IREM <strong>de</strong><br />

Clermont-Ferrand.<br />

DURAND-GUERRIER, V. (1999) L’élève, le<br />

professeur <strong>et</strong> le labyrinthe, in P<strong>et</strong>it X 50, 57-79. IREM <strong>de</strong><br />

Grenoble, Université Joseph Fourier Grenoble1.<br />

DURAND-GUERRIER, V. (2000) Le statut logique <strong>de</strong>s<br />

énoncés dans la classe <strong>de</strong> mathématique. Éléments d’analyse pour les<br />

enseignants, IREM <strong>de</strong> Lyon.<br />

DURAND-GUERRIER, V. (2003) Which Notion of<br />

Implication is the Right One? From Logical Consi<strong>de</strong>rations<br />

to a Didactic Perspective, Educational Studies in Mathematics 53,<br />

5-34.<br />

DURAND-GUERRIER, V. (2004) La théorie<br />

élémentaire <strong>de</strong>s modèles comme référence épistémologique<br />

pour analyser les énoncés <strong>et</strong> les raisonnements<br />

<strong>mathématiques</strong> : aspects logiques, perspectives didactiques <strong>et</strong><br />

aperçus linguistiques, in Durand-Guerrier, V. & Tisseron, C.<br />

(éds), Actes du Séminaire National <strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

2003, IREM Paris 7.<br />

DURAND-GUERRIER, V. (2005) Recherches sur<br />

l’articulation entre la logique <strong>et</strong> le raisonnement mathématique dans une<br />

perspective didactique. Un cas exemplaire <strong>de</strong> l’interaction entre analyses<br />

épistémologique <strong>et</strong> didactique. Apports <strong>de</strong> la théorie élémentaire <strong>de</strong>s<br />

modèles pour une analyse didactique du raisonnement mathématique,<br />

note <strong>de</strong> synthèse pour l’Habilitation à diriger <strong>de</strong>s recherches<br />

en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, diffusée par IREM <strong>de</strong><br />

Lyon.<br />

DURAND-GUERRIER, V. Logique mathématique <strong>et</strong><br />

logique <strong>de</strong> sens commun : rupture ou continuité ? À paraître<br />

dans les Actes du colloque EMF 2006, dans le cadre du thème 8 :<br />

Développement <strong>de</strong> la rationalité mathématique au fil <strong>de</strong> la scolarité,<br />

Sherbrooke, 27-31 mai 2006.<br />

DURAND-GUERRIER, V. & ARSAC, G. (2003)<br />

Métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> raisonnement <strong>et</strong> leurs modélisations logiques.<br />

Le cas <strong>de</strong> l’analyse. Quelles implications didactiques ?,<br />

Recherches en Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques, 23/3, 295-342.<br />

LEGRAND, M. (1993) Débat scientifique en cours <strong>de</strong><br />

mathématique <strong>et</strong> spécificité <strong>de</strong> l’analyse in Repères n°10 123-<br />

158.<br />

POLYA, G. Les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> le raisonnement plausible.<br />

Editions J. Gabay. 1958.<br />

QUINE, W.V. (1950) M<strong>et</strong>hods of Logic, Holt, Rinehart &<br />

Winston; Traduction française Armand Colin, 1972.<br />

QUINE, W.V. (1990) Pursuith of Truth, Harvard<br />

University Press, Traduction française Éditions du seuil 1993.<br />

RUSSELL, B. (1903) Les principes <strong>de</strong> la mathématique,<br />

traduction française in RUSSEL, Écrits <strong>de</strong> logique philosophique.<br />

PUF: Paris 1989.<br />

TARSKI, A. (1936) Le concept <strong>de</strong> vérité dans les<br />

langages formalisés in Logique, sémantique <strong>et</strong> métamathématique,<br />

volume 1 : 157-269. Armand Colin, 1972.<br />

TARSKI, A. (1944) La conception sémantique <strong>de</strong> la<br />

vérité <strong>et</strong> les fon<strong>de</strong>ments <strong>de</strong> la sémantique in Logique,<br />

sémantique <strong>et</strong> métamathématique, volume 2 : 265-305. Armand<br />

Colin, 1972.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 146 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />

Annexe Les réponses <strong>de</strong>s étudiants <strong>de</strong> licence<br />

Réponse Phrase n°1 Phrase n°2 Phrase n°3 Phrase n°4 Phrase n°5 Phrase n°6<br />

E1 Faux Vrai ONPPS 19 Vrai Vrai Pas nécessairement<br />

E2 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux Faux<br />

E3 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

E4 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai On ne sait pas<br />

E5 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

E6 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux Faux<br />

E7 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

E8 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux ONPPS<br />

E9 Faux Vrai ONPPS Vrai Temps ? Temps ?<br />

E10 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

E11 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

E12 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E13 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E14 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E15 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

E16 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

E17 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux Faux<br />

E18 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux Faux<br />

E19 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E20 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E21 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E22 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E23 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

E24 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E25 Faux Vrai Faux Vrai Vrai Vrai<br />

E26 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />

E27 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 147 31 mai <strong>et</strong> 1er 19<br />

ONPPS : on ne peut pas savoir<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 148 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Mathématiques <strong>et</strong> philosophie :<br />

pour une culture scientifique<br />

citoyenne<br />

La culture humaniste, ciment intellectuel <strong>de</strong>s sociétés antérieures, a sombré corps <strong>et</strong><br />

biens. Or, l’environnement technoscientifique dans lequel nous baignons présente<br />

un risque élevé <strong>de</strong> déficit démocratique. Pour que c<strong>et</strong>te culture en gestation puisse<br />

jouer son rôle démocratique, il faudra donc dépasser une série d’obstacles. En<br />

prenant comme exemple l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, nous proposons en<br />

conséquence quatre défis : une maîtrise judicieuse <strong>de</strong> l’informatique, <strong>de</strong> nouvelles<br />

approches pédagogiques, davantage d’esprit critique <strong>et</strong>, enfin, une compréhension<br />

minimale du rôle social <strong>de</strong>s technosciences. Nous dégageons ainsi quelques pistes<br />

d'une culture scientifique citoyenne, susceptible <strong>de</strong> renouveler en profon<strong>de</strong>ur le<br />

sens <strong>de</strong> l’activité éducative.<br />

Philippe<br />

Etchecopar,<br />

<strong>Département</strong> <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong>,<br />

Cégep <strong>de</strong> Rimouski<br />

<strong>et</strong>checop@<br />

glob<strong>et</strong>rotter.n<strong>et</strong><br />

Jean-Clau<strong>de</strong><br />

Simard,<br />

<strong>Département</strong> <strong>de</strong><br />

philosophie,<br />

Cégep <strong>de</strong> Rimouski<br />

<strong>et</strong> UQAR<br />

jcsimard@<br />

glob<strong>et</strong>rotter.n<strong>et</strong><br />

T<br />

out un chacun reconnaîtra aisément<br />

l’importance <strong>de</strong> donner aux étudiants le<br />

goût <strong>de</strong> la liberté <strong>et</strong> <strong>de</strong> la critique…<br />

sauf dans certaines disciplines plus formelles<br />

comme les <strong>mathématiques</strong>. Pourtant, il y a<br />

quarante ans, déjà, Roger Go<strong>de</strong>ment, grand<br />

bourbakiste <strong>de</strong>vant l’éternel, écrivait ceci, qui<br />

nous semble plus actuel que jamais :<br />

Il semble que, dans les "gran<strong>de</strong>s" nations<br />

scientifiquement <strong>et</strong> techniquement surdéveloppées<br />

où nous vivons, le premier <strong>de</strong>voir <strong>de</strong>s<br />

mathématiciens, <strong>et</strong> <strong>de</strong> beaucoup d'autres, serait<br />

plutôt <strong>de</strong> fournir ce qu'on ne leur <strong>de</strong>man<strong>de</strong> pas,<br />

à savoir <strong>de</strong>s hommes capables <strong>de</strong> réfléchir par<br />

eux-mêmes, <strong>de</strong> dépister les arguments faux <strong>et</strong><br />

les phrases ambiguës, <strong>et</strong> aux yeux <strong>de</strong>squels la<br />

diffusion <strong>de</strong> la vérité importerait infiniment<br />

plus que, par exemple, la télévision planétaire<br />

en couleurs <strong>et</strong> en relief: <strong>de</strong>s hommes libres, <strong>et</strong><br />

non <strong>de</strong>s robots pour technocrates. Il est<br />

tristement évi<strong>de</strong>nt que la meilleure façon <strong>de</strong><br />

former ces hommes qui nous manquent n'est<br />

pas <strong>de</strong> leur enseigner les sciences <strong>mathématiques</strong><br />

<strong>et</strong> physiques, ces branches du savoir où la<br />

bienséance consiste, en premier lieu, à faire<br />

semblant d'ignorer jusqu'à l'existence même <strong>de</strong>s<br />

problèmes humains, <strong>et</strong> auxquels nos sociétés<br />

hautement civilisées accor<strong>de</strong>nt, ce qui <strong>de</strong>vrait<br />

paraître louche, la première place. Mais même<br />

en enseignant <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, on peut du<br />

moins essayer <strong>de</strong> donner aux gens le goût <strong>de</strong> la<br />

liberté <strong>et</strong> <strong>de</strong> la critique, <strong>et</strong> les habituer à se voir<br />

traités en êtres humains doués <strong>de</strong> la faculté <strong>de</strong><br />

comprendre.<br />

(Roger Go<strong>de</strong>ment, Cours d'algèbre, Paris,<br />

Hermann, 1966, préface)<br />

Fidèles à l’esprit <strong>de</strong> Go<strong>de</strong>ment, le thème du<br />

congrès 2006 <strong>de</strong> l’AMQ, Mathématiques <strong>et</strong><br />

diversité culturelle, nous a incités à présenter<br />

quelques réflexions sur un aspect trop négligé<br />

<strong>de</strong> l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

philosophie : le développement d’une culture<br />

scientifique citoyenne 1.<br />

Ces réflexions sont d’abord basées sur notre<br />

expérience <strong>de</strong> l’enseignement en Sciences <strong>de</strong> la<br />

nature, mais le développement d’une culture<br />

scientifique citoyenne nous semble tout aussi<br />

important dans les autres programmes du<br />

collégial. En eff<strong>et</strong>, quel que soit son champ <strong>de</strong><br />

1<br />

Ce texte a d’abord été présenté sous forme <strong>de</strong><br />

communication, <strong>et</strong> nous avons tenu à en conserver<br />

le style oral originel. Par ailleurs, puisqu’il s’agissait<br />

d’un congrès <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, nous avons mis<br />

l’accent sur c<strong>et</strong>te discipline. Mais bien sûr, les principes<br />

ici développés valent plus spontanément<br />

encore pour la philosophie ou d’autres matières…<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 149 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />

spécialisation, l’élève doit <strong>de</strong>venir non seulement un bon<br />

travailleur, mais aussi un citoyen à part entière.<br />

I - Le contexte actuel<br />

I.1- Nouvelles technologies, information <strong>et</strong> déficit<br />

démocratique : la nécessité <strong>de</strong>s passerelles<br />

Notre époque est marquée par divers phénomènes qui, sans<br />

lui être entièrement spécifiques, n’en ont pas moins pris <strong>de</strong><br />

nos jours une ampleur inédite. Le développement accéléré<br />

<strong>de</strong>s technologies <strong>de</strong> l’information <strong>et</strong> <strong>de</strong>s communications<br />

autant que la croissance fulgurante <strong>de</strong> l’informatique, bref ce<br />

qu’on pourrait appeler la numérisation <strong>de</strong> la société — un<br />

processus, notons-le, dans lequel les <strong>mathématiques</strong><br />

occupent une place centrale —, constitue certes l’un <strong>de</strong>s plus<br />

remarquables. On l’a dit <strong>et</strong> redit : nous vivons dans une<br />

société <strong>de</strong> l’information où l’économie du savoir joue un rôle<br />

majeur <strong>et</strong> qui ira toujours croissant.<br />

L’autre tendance lour<strong>de</strong>, tout aussi remarquable, <strong>et</strong> d’ailleurs<br />

liée à la première, est que c<strong>et</strong>te extension planétaire <strong>de</strong>s<br />

communications rend tous les phénomènes interdépendants.<br />

Et comme la chose s’est souvent produite par le passé, c<strong>et</strong>te<br />

addition quantitative <strong>de</strong> transformations amène un changement<br />

qualitatif majeur : la société actuelle tisse en eff<strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

réseaux <strong>de</strong> complexité qui ren<strong>de</strong>nt la saisie correcte <strong>de</strong> ses<br />

divers aspects <strong>de</strong> plus en plus ardue. Pensons par exemple<br />

aux modifications du climat, à la prolifération nucléaire, au<br />

r<strong>et</strong>our <strong>de</strong>s pandémies mortelles (SIDA, grippe aviaire, virus<br />

du Nil occi<strong>de</strong>ntal, <strong>et</strong>c.), à la question <strong>de</strong>s OGM, à l’emprise<br />

<strong>de</strong>s groupes pharmaceutiques sur la pratique <strong>de</strong> la mé<strong>de</strong>cine,<br />

<strong>et</strong>c.<br />

C<strong>et</strong>te situation historique inédite donne naissance à <strong>de</strong>ux<br />

dangers différents. Le premier concerne le décalage potentiel<br />

<strong>de</strong>s rythmes d’évolution. Les historiens distinguent en eff<strong>et</strong>,<br />

surtout <strong>de</strong>puis la naissance <strong>de</strong> l’histoire quantitative, diverses<br />

vitesses <strong>de</strong> transformation <strong>de</strong>s sociétés humaines. Soit <strong>de</strong>s<br />

modifications rapi<strong>de</strong>s, qui caractérisent l’histoire courte. C’est<br />

par exemple le cas du développement exponentiel <strong>de</strong>s<br />

technosciences. Soit encore un déroulement temporel<br />

médian, générationnel pourrait-on dire. C’est par exemple la<br />

lente évolution <strong>de</strong>s mentalités qui suit le développement <strong>de</strong>s<br />

technologies. Soit, enfin, l’histoire étalée sur la longue durée :<br />

c’est le cas <strong>de</strong> certains phénomènes que l’on pourrait appeler,<br />

par analogie, tectoniques, parce qu’ils forment une sorte <strong>de</strong><br />

soubassement <strong>de</strong>s événements. Ce temps géologique concerne,<br />

dans le cas qui nous occupe, le développement collectif<br />

<strong>de</strong>s capacités intellectuelles.<br />

Ce décalage important <strong>de</strong>s divers rythmes évolutifs risque<br />

d’induire une cassure entre, d’une part, la rapidité <strong>de</strong>s<br />

changements scientifiques <strong>et</strong> techniques <strong>et</strong>, d’autre part, la<br />

capacité <strong>de</strong> la société à les absorber <strong>et</strong> à développer en<br />

conséquence <strong>de</strong>s aptitu<strong>de</strong>s adaptées.<br />

À ce premier danger s’en ajoute un second, non moins actuel<br />

<strong>et</strong> sérieux : le contrôle <strong>de</strong> l’information. Le développement<br />

exponentiel <strong>de</strong>s technologies <strong>de</strong>s communications offre<br />

aujourd’hui <strong>de</strong>s possibilités inédites <strong>de</strong> manipulation <strong>de</strong><br />

l’opinion publique, <strong>et</strong> donc, <strong>de</strong>s esprits. Le public — <strong>et</strong> nos<br />

élèves ne font pas exception — baigne en permanence dans<br />

un océan <strong>de</strong> « communication » où sont présentes <strong>de</strong>s<br />

applications <strong>mathématiques</strong> sophistiquées. Il suffit <strong>de</strong> penser<br />

à l’utilisation <strong>de</strong>s <strong>statistique</strong>s ou au traitement <strong>de</strong>s données<br />

dans l’omniprésente publicité ou encore dans le mark<strong>et</strong>ing<br />

politique. Ces technologies <strong>de</strong> l’information, jointes aux lois<br />

du marché, ten<strong>de</strong>nt à transformer la réalité en spectacle <strong>et</strong><br />

effacent la frontière entre mon<strong>de</strong>s virtuels <strong>et</strong> mon<strong>de</strong> réel.<br />

La conjonction <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux dangers pose un sérieux<br />

problème à la démocratie. La complexité <strong>et</strong> la technicité <strong>de</strong>s<br />

enjeux scientifiques occasionnent en eff<strong>et</strong> un sentiment <strong>de</strong><br />

dépossession <strong>et</strong> peuvent entraîner une démission conséquente<br />

<strong>de</strong> la population, ce qui favorise le règne <strong>de</strong>s experts <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

leurs discours d’autorité. Se profile alors une perte éventuelle<br />

<strong>de</strong> contrôle <strong>de</strong> la population sur la technoscience. Quant à la<br />

manipulation <strong>de</strong>s esprits, elle peut pour sa part mener au<br />

monopole du savoir utile par une élite économique. Le<br />

conditionnement <strong>et</strong> la manipulation <strong>de</strong>s esprits entraînent<br />

alors une extension rapi<strong>de</strong> <strong>de</strong> la pensée unique, simpliste ou<br />

binaire. Les conséquences pour la démocratie sont lour<strong>de</strong>s :<br />

la population se r<strong>et</strong>rouve déphasée <strong>et</strong> déconnectée du présent<br />

<strong>et</strong> elle tendra à effectuer un repli sur soi pour trouver refuge<br />

dans l’intégrisme, l’irrationnel (les pseudosciences) ou un<br />

scientisme désincarné. La baisse tendancielle <strong>de</strong>s inscriptions<br />

dans les disciplines scientifiques est déjà préoccupante, mais<br />

la conséquence générale la plus sérieuse <strong>de</strong> tous ces facteurs<br />

délétères, c’est le déficit démocratique. Quand les grands<br />

problèmes <strong>de</strong>viennent l’affaire <strong>de</strong>s seuls spécialistes, le débat<br />

public en souffre <strong>et</strong> on perd <strong>de</strong> vue l’idéal grec, celui-là même<br />

qui a donné naissance à la démocratie : le lien consubstantiel<br />

entre vie démocratique <strong>et</strong> argumentation.<br />

Malgré ces risques nombreux <strong>et</strong> élevés, ce sombre portrait<br />

n’est pas sans remè<strong>de</strong>s. Car <strong>de</strong>s passerelles entre<br />

changements technologiques <strong>et</strong> population existent déjà.<br />

Songeons à l’augmentation <strong>et</strong> à l’accessibilité <strong>de</strong> l’information<br />

disponible grâce à Intern<strong>et</strong>, à la hausse <strong>de</strong> la scolarité<br />

moyenne, à la création d’organismes gouvernementaux —<br />

par exemple ici, au Québec, le Conseil <strong>de</strong> la science <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

technologie —, dédiés aux émissions <strong>de</strong> vulgarisation<br />

scientifique, <strong>et</strong>c. Pour pallier les graves dangers évoqués, il<br />

faut cependant créer <strong>de</strong> nouvelles passerelles, en particulier<br />

dans le domaine qui nous occupe au premier chef, celui <strong>de</strong><br />

l’enseignement.<br />

I.2 - La situation en <strong>mathématiques</strong><br />

C<strong>et</strong>te situation générale trouve son pendant dans le cas <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>. En eff<strong>et</strong>, au cœur <strong>de</strong>s sciences, elles ont<br />

connu une véritable explosion <strong>et</strong> elles se développent elles<br />

aussi à un rythme exponentiel. Les domaines <strong>mathématiques</strong><br />

se multiplient <strong>et</strong>, sous la poussée <strong>de</strong> l’informatique, nous<br />

l’avons dit, nous assistons à une mathématisation accélérée<br />

<strong>de</strong>s diverses sciences. La plupart <strong>de</strong>s disciplines y recourent<br />

en eff<strong>et</strong> pour modéliser les phénomènes à l’étu<strong>de</strong> grâce aux<br />

simulations informatiques. De telles simulations perm<strong>et</strong>tent<br />

<strong>de</strong> reproduire, d’expérimenter <strong>et</strong> <strong>de</strong> prédire. Elles <strong>de</strong>viennent<br />

omniprésentes <strong>et</strong> servent d’argument d’autorité pour les<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 150 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />

« déci<strong>de</strong>urs » qui les ont élaborées. Pensons seulement au<br />

fameux modèle Sylva planifiant l’exploitation forestière au<br />

Québec <strong>et</strong> dénoncé dans L’erreur Boréale <strong>de</strong> Richard<br />

Desjardins. Un modèle n’est après tout que la somme <strong>de</strong>s<br />

choix <strong>de</strong> ceux qui l’ont élaboré.<br />

Bref, les <strong>mathématiques</strong> évoluent rapi<strong>de</strong>ment <strong>et</strong> les jeunes,<br />

nos élèves, aussi. Ils ont été élevés dans le mon<strong>de</strong> très récent<br />

<strong>de</strong>s communications tous azimuts. C’est la génération<br />

d’Intern<strong>et</strong>, <strong>de</strong>s mp3, du vidéoclip. C’est encore celle du<br />

zapping <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’immédiat<strong>et</strong>é. Heureusement, c’est également<br />

celle d’une intense curiosité <strong>et</strong> du dynamisme propre à la<br />

jeunesse.<br />

Entre la croissance <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> ces jeunes d’une<br />

part, <strong>et</strong> l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> d’autre part, un<br />

fossé s’est creusé. Car l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, lui,<br />

a peu évolué. En général, il est resté magistral <strong>et</strong> dogmatique.<br />

D’ailleurs, il relève trop souvent d’une conception formaliste<br />

qui semble <strong>de</strong>stinée essentiellement à former d’autres<br />

professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Notons encore que les<br />

<strong>mathématiques</strong> appliquées n’ont pas bonne presse en<br />

Sciences <strong>de</strong> la nature <strong>et</strong> que l’usage <strong>de</strong> l’informatique ne<br />

s’introduit que difficilement dans l’enseignement. De plus, les<br />

<strong>mathématiques</strong> paraissent hors du temps aux élèves : celles<br />

qui leur sont enseignées remontent à un siècle ou <strong>de</strong>ux,<br />

tandis que, dans d’autres disciplines, les cours incluent <strong>de</strong>s<br />

découvertes récentes. Enfin, les métho<strong>de</strong>s sont généralement<br />

restées au sta<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’imprimerie <strong>et</strong> du tableau noir (ou blanc<br />

<strong>de</strong>puis quelque temps).<br />

L’absence <strong>de</strong> motivation adéquate <strong>et</strong> l’absence d’idées<br />

directrices transforment immanquablement un cours <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> en un fatras <strong>de</strong> rec<strong>et</strong>tes partielles qui dégénèrent<br />

très vite en rec<strong>et</strong>tes à appliquer automatiquement sans contrôle<br />

rationnel possible. (André Revuz)<br />

Pour les élèves l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> semble<br />

donc décroché <strong>de</strong> la réalité, il est vu comme un catalogue <strong>de</strong><br />

rec<strong>et</strong>tes, basé sur le couple exercices-mémorisation. Il ne faut<br />

pas s’étonner, alors, d’assister à une désaffection <strong>de</strong>s filières<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> au recul <strong>de</strong> la place <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

dans les programmes, <strong>et</strong> pas seulement au Québec.<br />

Ce recul <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, dans un mon<strong>de</strong> où elles sont <strong>de</strong><br />

plus en plus nécessaires, est un paradoxe qui aggrave le fossé<br />

technologique entre les citoyens <strong>et</strong> la science. Surtout que<br />

l’enseignement traditionnel engendre chez les élèves une<br />

passivité qui risque d’aggraver le déficit démocratique déjà<br />

évoqué.<br />

II - Quelques gran<strong>de</strong>s orientations<br />

Que faire, alors ? Ce qui est sûr, c’est qu’un tel diagnostic<br />

appelle <strong>de</strong> nouvelles orientations générales. Il faut que nos<br />

jeunes, futurs citoyens, puissent s’approprier les enjeux<br />

scientifiques majeurs <strong>de</strong> notre temps. Pour cela, il faut<br />

renouveler l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> établir <strong>de</strong>s<br />

passerelles inédites entre développement technologique <strong>et</strong><br />

citoyens, d’une part, <strong>et</strong> entre le rôle élargi <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

<strong>et</strong> leur enseignement, d’autre part. Comment, dans une<br />

optique <strong>de</strong> formation citoyenne, combler les fossés qui se<br />

sont creusés <strong>et</strong> le déficit démocratique qui s’ensuit ? Grâce à<br />

l’esprit critique <strong>et</strong> à la culture scientifique, croyons-nous,<br />

lesquels s’appellent l’un l’autre comme une compétence<br />

générale <strong>et</strong> son contenu nécessaire.<br />

II.1- Les <strong>mathématiques</strong> : du dogmatisme à<br />

l’esprit critique (un peu d’histoire)<br />

Dans l’esprit <strong>de</strong>s élèves (<strong>et</strong> <strong>de</strong> certains membres du personnel<br />

enseignant ?), les <strong>mathématiques</strong> sont encore le domaine <strong>de</strong><br />

la certitu<strong>de</strong> <strong>et</strong>, par conséquent, <strong>de</strong> la vérité. Pourquoi ? Parce<br />

que les Grecs, créateurs <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> pures, ont<br />

postulé dès l’origine un lien naturel entre celles-ci <strong>et</strong> la<br />

réalité : c’est la vérité comme correspondance spontanée au<br />

réel, ce qu’on appelle la position réaliste ou encore<br />

platonicienne (mais c’était déjà celle <strong>de</strong> Pythagore, <strong>de</strong>ux<br />

siècles avant Platon). Or, c<strong>et</strong>te association dogmatique <strong>de</strong> la<br />

vérité <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’axiomatique dure <strong>de</strong>puis lors. Si les axiomes<br />

d’un système formel sont vrais, pense-t-on, <strong>et</strong> que les<br />

démonstrations sont saines <strong>et</strong> le système cohérent, la<br />

certitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s axiomes se transm<strong>et</strong> nécessairement aux<br />

propositions. Ainsi, ce qui vaut pour les sciences<br />

expérimentales, la notion <strong>de</strong> falsifiabilité élaborée par Popper<br />

(Logique <strong>de</strong> la découverte scientifique, 1934, tr. fr., 1973), ne<br />

s’appliquerait pas aux <strong>mathématiques</strong>.<br />

Mais selon nous, c<strong>et</strong>te vision est erronée. Une certaine forme<br />

<strong>de</strong> falsifiabilité doit maintenant traverser les <strong>mathématiques</strong>.<br />

Pourquoi ne peut-on plus les considérer comme naturellement<br />

vraies ? Les géométries non euclidiennes <strong>et</strong> la crise <strong>de</strong>s<br />

fon<strong>de</strong>ments qui a suivi ont fait justice <strong>de</strong> la notion <strong>de</strong> vérité<br />

comme correspondance spontanée. La coexistence <strong>de</strong> propositions<br />

dûment démontrées, mais contradictoires entre elles,<br />

oblige maintenant à limiter la notion <strong>de</strong> vérité à la rigueur<br />

interne, c’est-à-dire à la cohérence formelle du système. En<br />

d’autres termes, on ne peut plus se prononcer sur la vérité<br />

<strong>de</strong>s axiomes ou <strong>de</strong>s propositions elles-mêmes, <strong>et</strong> il faut<br />

dorénavant penser en termes <strong>de</strong> validité plutôt que <strong>de</strong> vérité.<br />

Deledicq a exprimé <strong>de</strong> manière hautement colorée, mais tout<br />

à fait juste, ce changement <strong>de</strong> paradigme :<br />

Le règne <strong>de</strong> l’évi<strong>de</strong>nce est aboli. Les axiomes naissent <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>meurent libres <strong>et</strong> égaux en droit, les distinctions <strong>de</strong> valeurs ne<br />

peuvent être fondées que sur l’utilité. Le concept <strong>de</strong> vérité est<br />

limité essentiellement au-<strong>de</strong>dans d’une théorie donnée; nulle<br />

proposition ne peut être envisagée qui n’en fasse expressément<br />

partie. La liberté consiste à pouvoir énoncer tout ce qui ne<br />

contredit pas d’autres énoncés. Ainsi, l’existence <strong>de</strong> chaque<br />

axiome n’a <strong>de</strong> bornes que celles qui assurent avec les autres<br />

axiomes, la non-contradiction <strong>de</strong> la théorie dont ils sont la<br />

base 2 .<br />

Évi<strong>de</strong>mment, tout ceci vaut surtout pour les <strong>mathématiques</strong><br />

pures. Qu’en est-il alors <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> appliquées ?<br />

S’agit-il d’une situation complètement différente ? On sait<br />

que le critère traditionnel <strong>de</strong> la vérité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

appliquées était leur efficacité ou leur utilité. Dans la nouvelle<br />

conjoncture, ceci reste a fortiori valable. Cependant, là<br />

aussi, quelque chose d’essentiel a changé. Car nous croyons<br />

2 Clefs pour les maths mo<strong>de</strong>rnes, Paris, Seghers, 1972, p. 21.<br />

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Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />

que les <strong>mathématiques</strong>, qui ont toujours été une science 3<br />

pure ou formelle, quoiqu’universellement applicable, sont<br />

maintenant en partie expérimentales. Pour une raison très<br />

simple : l’extension intensive <strong>de</strong> l’informatique a fait <strong>de</strong> la<br />

numérisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la modélisation <strong>de</strong>s instruments d’expérimentation<br />

mathématique. Et c<strong>et</strong>te instrumentalité, distincte<br />

<strong>de</strong> l’applicabilité, modifie le statut traditionnel <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />

Se trouve-t-on pour autant en présence d’une forme<br />

<strong>de</strong> falsifiabilité au sens <strong>de</strong> Popper ? Sans doute pas, mais on<br />

nage dans les « vérités » alternatives. C’est d’ailleurs l’une <strong>de</strong>s<br />

raisons pour lesquelles l’épistémologue hongrois Lakatos,<br />

mathématicien <strong>de</strong> formation, qualifie <strong>de</strong> quasi empiristes <strong>de</strong><br />

larges pans <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> actuelles.<br />

Bien sûr, ce trop bref historique est brossé à grands traits.<br />

Mais la conclusion, qu’il y aurait évi<strong>de</strong>mment lieu <strong>de</strong> raffiner,<br />

n’en apparaît pas moins clairement : le lien spontané entre<br />

<strong>mathématiques</strong>, certitu<strong>de</strong> <strong>et</strong> vérité a vécu. Il faut dorénavant<br />

abandonner toute attitu<strong>de</strong> dogmatique <strong>et</strong> introduire l’esprit<br />

critique <strong>et</strong> la culture scientifique, même en <strong>mathématiques</strong>.<br />

II.2 - L’esprit critique<br />

Dans une société <strong>de</strong> communication où les techniques les<br />

plus sophistiquées tentent d’influencer le citoyen consommateur<br />

dans un grand nombre <strong>de</strong> domaines, un <strong>de</strong>s objectifs<br />

majeurs <strong>de</strong> l’enseignement, y compris l’enseignement <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, <strong>de</strong>vrait être <strong>de</strong> développer l’autonomie <strong>de</strong><br />

jugement chez les jeunes. C<strong>et</strong>te autonomie <strong>de</strong> jugement, en<br />

lien avec la capacité argumentative, est essentielle à la<br />

démocratie.<br />

Or, c’est l’esprit critique qui est à la base <strong>de</strong> l’autonomie <strong>de</strong><br />

jugement. Bien <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s ont été menées sur le suj<strong>et</strong>. Pour<br />

notre part, nous indiquerons certains principes simples qui<br />

font consensus, suivis <strong>de</strong> quelques éléments qui peuvent<br />

nous gui<strong>de</strong>r dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />

Un principe important consiste à placer l’élève dans <strong>de</strong>s<br />

situations où il est amené à réfléchir plutôt qu’à croire. En ce<br />

sens, l’accent <strong>de</strong>vrait être mis davantage sur la démarche<br />

plutôt que sur une réponse. Il s’agit d’explorer <strong>de</strong>s situations :<br />

cas particuliers, contre-exemples, domaine <strong>de</strong> validité,<br />

diversité <strong>de</strong>s approches, liens avec d’autres situations, <strong>et</strong>c. Il<br />

faut développer l’habitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> rechercher le plus souvent<br />

possible <strong>de</strong>s explications <strong>et</strong> considérer que les solutions<br />

définitives sont rares.<br />

En fonction <strong>de</strong> ce principe, on peut distinguer quelques<br />

capacités majeures <strong>de</strong> l’esprit critique, lesquelles figurent dans<br />

la plupart <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s sur la question. D’abord l’aptitu<strong>de</strong> à<br />

obtenir une vue d’ensemble d’une situation <strong>et</strong> à établir <strong>de</strong>s<br />

liens avec d’autres phénomènes. Ensuite la capacité à<br />

argumenter <strong>et</strong> raisonner. Enfin, la capacité <strong>de</strong> chercher, trier<br />

<strong>et</strong> maîtriser l’information, pour la communiquer ensuite <strong>de</strong><br />

manière efficace. Pour développer ces compétences,<br />

l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ne <strong>de</strong>vrait pas se limiter<br />

3<br />

Certains préfèrent parler plutôt d’un langage général <strong>de</strong>s sciences,<br />

mais cela ne change pas la nature <strong>de</strong> la problématique que nous<br />

esquissons ici…<br />

aux connaissances strictement disciplinaires, comme nous<br />

allons le voir à l’instant.<br />

II.3 - La culture scientifique<br />

L’esprit critique appelle une culture scientifique comme<br />

pendant naturel. Il existe presque autant <strong>de</strong> définitions <strong>de</strong> la<br />

culture scientifique que <strong>de</strong> personnes qui y travaillent. La<br />

nôtre, <strong>de</strong> nature d’abord académique, inclut principalement<br />

trois champs : l’histoire <strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> <strong>de</strong>s techniques,<br />

l’épistémologie, ainsi que les rapports STS (rapports Science,<br />

Technologie <strong>et</strong> Société) ouvrant sur l’éthique. L’idée est <strong>de</strong><br />

m<strong>et</strong>tre la science <strong>et</strong> la technique en perspective à tous les<br />

niveaux <strong>et</strong> d’offrir ainsi une prise à l’esprit critique.<br />

L’épistémologie <strong>de</strong> l’activité scientifique inculque le sens <strong>de</strong> la<br />

relativité <strong>et</strong> constitue un bon antidote au dogmatisme<br />

impénitent. L’histoire <strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> <strong>de</strong>s techniques<br />

possè<strong>de</strong>, quant à elle, une importante valeur pédagogique.<br />

Dans le cas qui nous occupe, il faut m<strong>et</strong>tre en relation<br />

l’histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> celle <strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> <strong>de</strong>s idées.<br />

Enfin, l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s rapports science, technologie <strong>et</strong> société<br />

perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> réfléchir à l’influence <strong>de</strong>s facteurs sociaux sur le<br />

développement <strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> <strong>de</strong>s techniques <strong>et</strong>, inversement,<br />

à l’impact <strong>de</strong> celles-ci sur la société, ce qui contribue<br />

éventuellement à l’établissement d’un système <strong>de</strong> valeurs<br />

raisonné. Il ne faut en eff<strong>et</strong> pas perdre <strong>de</strong> vue le but ultime<br />

<strong>de</strong> ce mariage entre esprit critique <strong>et</strong> culture scientifique, qui<br />

<strong>de</strong>meure l’autonomie intellectuelle <strong>et</strong> morale <strong>de</strong>s élèves.<br />

III - Des pistes pour l’enseignement<br />

Après avoir posé un diagnostic global <strong>et</strong> indiqué quelques<br />

orientations générales, il est maintenant temps <strong>de</strong> passer à<br />

l’étape <strong>de</strong>s applications pratiques.<br />

III.1 – Un principe <strong>de</strong> départ simple<br />

Un premier principe pédagogique assez simple consiste à<br />

utiliser la célèbre distinction du philosophe <strong>et</strong> historien <strong>de</strong>s<br />

sciences Reichenbach entre contexte <strong>de</strong> découverte <strong>et</strong><br />

contexte <strong>de</strong> justification (Experience and Prediction, 1938). Le<br />

contexte <strong>de</strong> justification, c’est la façon dont on enseigne les<br />

résultats scientifiques après coup. C’est l’approche habituelle,<br />

formelle, progressive <strong>et</strong> déductive. Le contexte <strong>de</strong> découverte<br />

est très différent, car il témoigne plutôt <strong>de</strong> la façon dont les<br />

découvertes ont été réellement effectuées. Qu’il s’agisse <strong>de</strong><br />

débats acerbes <strong>et</strong> interminables (l’élaboration simultanée <strong>et</strong><br />

malheureusement concurrente <strong>de</strong>s calculs différentiel <strong>et</strong><br />

intégral par Newton <strong>et</strong> Leibniz), <strong>de</strong> voies apparemment sans<br />

issue (Saccheri <strong>et</strong> ses tentatives <strong>de</strong> démontrer par l’absur<strong>de</strong> le<br />

cinquième postulat d’Eucli<strong>de</strong>, lesquelles, contre toute attente,<br />

ont ouvert la voie aux géométries non euclidiennes), du rôle<br />

du hasard (la découverte <strong>de</strong> l’électricité corporelle par<br />

Galvani), voire <strong>de</strong> la rêverie (Kekulé <strong>et</strong> la visualisation <strong>de</strong> la<br />

tétravalence du carbone), les voies <strong>de</strong> la découverte<br />

scientifique sont nombreuses, variées <strong>et</strong> ont très peu à voir<br />

avec la façon dont on les expose ensuite en classe. Replacer à<br />

l’occasion les concepts enseignés dans leur contexte<br />

historique <strong>et</strong> philosophique <strong>et</strong> rappeler les questionnements<br />

qu’ils ont soulevés perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> montrer que les résultats<br />

scientifiques ne sont pas figés, <strong>et</strong> qu’ils sont la plupart du<br />

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temps le fruit d’un long travail d’élaboration. Cela perm<strong>et</strong><br />

également <strong>de</strong> constater que les liens entre la science <strong>et</strong> les<br />

facteurs sociaux ne sont pas simples <strong>et</strong> ouvrent souvent <strong>de</strong>s<br />

avenues <strong>de</strong> réflexion inédites <strong>et</strong> stimulantes.<br />

Ainsi, certains thèmes se prêtent tout naturellement au développement<br />

<strong>de</strong> l’esprit critique <strong>et</strong> d’une culture scientifique en<br />

<strong>mathématiques</strong>. Ce sont ceux faisant état <strong>de</strong>s débats qui ont<br />

traversé leur histoire ou encore qui illustrent leur nature <strong>et</strong><br />

leur rôle. Souvent, on ne les abor<strong>de</strong> pas en classe, car on croit<br />

à tort qu’ils ne peuvent être traités sérieusement dans le cadre<br />

<strong>de</strong>s cours collégiaux. On peut par exemple penser aux<br />

différents types <strong>de</strong> nombres <strong>et</strong> aux polémiques ayant entouré<br />

leur élaboration, à la différence cruciale entre infini potentiel<br />

<strong>et</strong> infini actuel, aux géométries non euclidiennes, à l’invention<br />

<strong>de</strong> l’algèbre mo<strong>de</strong>rne par Galois, à la crise <strong>de</strong>s fon<strong>de</strong>ments,<br />

aux avenues <strong>mathématiques</strong> actuelles, <strong>et</strong>c.<br />

III.2 - Une carte du labyrinthe<br />

Outre la présentation occasionnelle du contexte <strong>de</strong>s découvertes,<br />

un <strong>de</strong>uxième élément perm<strong>et</strong>trait, dès l’abord, <strong>de</strong><br />

donner aux élèves une culture scientifique <strong>de</strong> base. Il s’agirait<br />

<strong>de</strong> leur offrir une vue d’ensemble <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, une<br />

sorte d’aperçu global. Pour nombre d’entre eux, les <strong>mathématiques</strong><br />

telles qu’elles sont enseignées paraissent un<br />

labyrinthe auquel manque le fil d’Ariane. Ils suivent aveuglément<br />

le professeur, <strong>de</strong> résultat en résultat, sans trop <strong>de</strong> recul<br />

ni <strong>de</strong> perspectives. Or la capacité à prendre du recul <strong>et</strong> à faire<br />

<strong>de</strong>s liens est, nous l’avons vu, essentielle pour développer<br />

l’esprit critique. C’est, au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la connaissance <strong>de</strong>s faits, la<br />

compréhension <strong>de</strong> leur dynamique.<br />

Il nous semble donc que, dès l’arrivée au collège, il faudrait<br />

fournir aux élèves, dans la mesure du possible, bien sûr, une<br />

carte <strong>de</strong> l’univers mathématique dans lequel ils vont être<br />

entraînés. C<strong>et</strong>te vision d’ensemble pourrait évi<strong>de</strong>mment<br />

prendre diverses formes. Cela pourrait être par exemple une<br />

sorte <strong>de</strong> paysage où seraient décrits les domaines (la géométrie,<br />

l’algèbre, le calcul différentiel <strong>et</strong> intégral, <strong>et</strong>c.), puis le<br />

terreau dans lequel ces domaines s’enracinent (les nombres,<br />

les fonctions, les transformations, <strong>et</strong>c.) <strong>et</strong> aussi les sentiers<br />

qui les parcourent, comme le raisonnement, les démonstrations,<br />

l’abstraction, la généralisation, <strong>et</strong>c. Elle serait<br />

complétée par un aperçu <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s étapes du développement<br />

historique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> occi<strong>de</strong>ntales : leur<br />

naissance en Grèce, la révolution scientifique <strong>de</strong>s XVIe-<br />

XVIIe siècles, la crise <strong>de</strong>s fon<strong>de</strong>ments au XIXe siècle,<br />

l’explosion du XXe siècle, <strong>et</strong> ainsi <strong>de</strong> suite.<br />

Cependant, un paysage, c’est statique. Il <strong>de</strong>vrait par conséquent<br />

être complété sous l’angle du contexte <strong>de</strong> découverte,<br />

qui en dévoile le dynamisme, <strong>et</strong> montre ce qui a fait progresser<br />

les <strong>mathématiques</strong> à travers l’histoire. Comment la solution<br />

<strong>de</strong> problèmes posés par les phénomènes naturels a-t-elle<br />

contribué à leur développement ? Songeons par exemple à<br />

l’importance <strong>de</strong> la compréhension du mouvement dans<br />

l’élaboration du calcul différentiel. En quel sens les questions<br />

<strong>de</strong> cohérence interne ont-elles été aussi un facteur ? Ainsi,<br />

Cantor aurait-il développé la théorie <strong>de</strong>s ensembles <strong>et</strong> les<br />

nombres transfinis sans les résultats contradictoires <strong>de</strong>s<br />

géométries non euclidiennes ? Enfin, comment les divers<br />

facteurs sociaux influencent-ils les <strong>mathématiques</strong> dans chaque<br />

civilisation ? Par exemple, pourquoi est-ce en Grèce<br />

antique <strong>et</strong> nulle part ailleurs que sont nées les <strong>mathématiques</strong><br />

comme système formel ? Qu’est-ce qui a déterminé l’apparition<br />

<strong>de</strong> ce style proprement occi<strong>de</strong>ntal ?<br />

III.3 – Métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail, pédagogie <strong>et</strong><br />

apprentissage<br />

Parlons à présent d’apprentissage <strong>et</strong> <strong>de</strong> pédagogie, lesquels<br />

<strong>de</strong>meurent dans l’enseignement le nerf <strong>de</strong> la guerre, quels que<br />

soient par ailleurs les époques <strong>et</strong> les changements.<br />

Les métho<strong>de</strong>s d’apprentissages r<strong>et</strong>enues doivent amener les<br />

élèves à développer l’esprit critique. En ce sens, la modélisation<br />

est une métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problème bien adaptée<br />

à c<strong>et</strong> objectif. Elle <strong>de</strong>man<strong>de</strong> en eff<strong>et</strong> une bonne capacité<br />

d’observation <strong>et</strong> d’abstraction pour déterminer les fonctions<br />

<strong>mathématiques</strong> représentant le phénomène. L’élaboration<br />

d’un modèle oblige à penser en terme d’étapes <strong>et</strong> non <strong>de</strong><br />

résultat à obtenir, <strong>et</strong> un bon esprit critique est indispensable<br />

pour établir les limites du modèle. Enfin, la modélisation,<br />

avec ses simulations informatiques, rapproche l’enseignement<br />

<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> leur utilisation effective dans les<br />

sciences.<br />

Toujours dans l’optique <strong>de</strong> développer l’esprit critique, les<br />

métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail doivent elles aussi m<strong>et</strong>tre les élèves en<br />

situation <strong>de</strong> questionnement <strong>et</strong> <strong>de</strong> communication. Il est<br />

pertinent <strong>de</strong> favoriser le travail d’équipe <strong>et</strong> l’utilisation <strong>de</strong>s<br />

TIC. Plus largement, les métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail à privilégier sont<br />

celles qui impliquent questionnement <strong>et</strong> jugement <strong>et</strong> qui<br />

correspon<strong>de</strong>nt aux technologies actuelles.<br />

Enfin, les métho<strong>de</strong>s d’enseignement doivent elles aussi<br />

évoluer. Pour susciter l’intérêt <strong>et</strong> développer une certaine<br />

autonomie, il faut passer d’un enseignement magistral à un<br />

enseignement plus interactif, provoquant les élèves à<br />

apprendre en pensant. En ce sens, il est nécessaire d’utiliser<br />

les ressources technologiques actuelles (informatique <strong>et</strong><br />

Intern<strong>et</strong>), tant pour leur efficacité que pour actualiser<br />

l’enseignement aux yeux <strong>de</strong>s élèves.<br />

III.4 - Collaboration interdisciplinaire <strong>et</strong> bases<br />

philosophiques<br />

On l’aura sans doute compris à la lecture, les gran<strong>de</strong>s<br />

orientations ici adoptées reposent sur quelques principes<br />

philosophiques <strong>de</strong> base, qui leur donnent à la fois sens <strong>et</strong><br />

cohérence. Ces principes sont aussi ceux qui offrent un cadre<br />

au travail interdisciplinaire entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> philosophie,<br />

dont le <strong>de</strong>stin historique fut souvent lié. (On sait que la<br />

plupart <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s révolutions <strong>mathématiques</strong> furent aussi<br />

celles où se développa la pensée philosophique, pour la<br />

raison très simple que les grands philosophes étaient souvent<br />

mathématiciens, <strong>et</strong> vice versa. Pensons par exemple à<br />

Pythagore, Platon, Descartes, Leibniz, <strong>et</strong>c.) Le premier <strong>de</strong> ces<br />

principes est la finitu<strong>de</strong> humaine, qui limite la possibilité qu’a<br />

l’homme d’atteindre l’absolu, quel que soit le domaine. Ainsi,<br />

la perte <strong>de</strong> certitu<strong>de</strong> en <strong>mathématiques</strong>, l’un <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rniers<br />

r<strong>et</strong>ranchements où on la croyait encore accessible, s’inscrit<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 153 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />

logiquement dans c<strong>et</strong>te foulée. C<strong>et</strong>te finitu<strong>de</strong> trouve son<br />

corrélat nécessaire dans le sens <strong>de</strong> la relativité <strong>de</strong>s connaissances<br />

humaines. Ainsi, les divers contextes <strong>de</strong> découverte,<br />

changeants, ondoyants <strong>et</strong> au fond imprévisibles, ne sont pour<br />

nous que le refl<strong>et</strong> <strong>de</strong> ces limites. L’histoire <strong>et</strong> ses incessantes<br />

transformations <strong>de</strong>viennent par là même l’illustration<br />

constante <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te relativité.<br />

Un second principe, qui justifie lui aussi la collaboration<br />

interdisciplinaire, mais également l’enseignement non magistral,<br />

est la conception <strong>de</strong> la vie démocratique comme dialogue<br />

intersubjectif. Comme l’a montré Popper dans Misère <strong>de</strong><br />

l’historicisme, tous les régimes politiques sont limités <strong>et</strong><br />

imparfaits, mais la démocratie est sans doute le moins<br />

mauvais d’entre eux, parce qu’elle suppose <strong>de</strong>s échanges<br />

constants entre citoyens ou citoyennes, c’est-à-dire entre<br />

suj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> droit. Bref, c’est peut-être un type limité <strong>de</strong> société,<br />

mais c’est c<strong>et</strong>te limite même, comme l’avait vu avant lui<br />

Bergson (Les <strong>de</strong>ux sources <strong>de</strong> la morale <strong>et</strong> <strong>de</strong> la religion, 1932), qui<br />

en garantit l’ouverture permanente. En ce sens, le lien entre<br />

argumentation <strong>et</strong> démocratie est essentiel, <strong>et</strong> ce n’est<br />

nullement un hasard si les Grecs anciens ont créé à la fois les<br />

<strong>mathématiques</strong> formelles, la philosophie <strong>et</strong> la démocratie.<br />

C’est pourquoi, amener nos élèves à penser par eux-mêmes,<br />

c’est en faire <strong>de</strong>s vecteurs démocratiques, <strong>de</strong>s multiplicateurs<br />

futurs. Ainsi, une culture scientifique citoyenne <strong>de</strong>vient un<br />

idéal, non seulement accessible, mais nécessaire. À leurs<br />

niveaux respectifs, tant la classe que la démocratie forment<br />

<strong>de</strong>s sociétés ouvertes, où incombent à chacun <strong>et</strong> chacune la<br />

tâche d’apprendre constamment <strong>et</strong> la nécessité d’argumenter<br />

pour ce faire.<br />

Pour une conclusion provisoire<br />

Les connaissances vont continuer à s’accumuler exponentiellement,<br />

le progrès <strong>de</strong>s technologies ne prendra pas <strong>de</strong> pause<br />

<strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong> resteront au cœur <strong>de</strong> ces changements.<br />

Comme il l’a toujours fait dans le passé, l’enseignement doit<br />

donc s’adapter aux réalités du jour. Si nous ne voulons pas<br />

que le fossé entre les sciences <strong>et</strong> le grand public continue <strong>de</strong><br />

s’élargir <strong>et</strong> que, par voie <strong>de</strong> conséquence, le risque d’un<br />

déficit démocratique ne s’accentue lui aussi, il nous semble<br />

donc impératif d’inclure un objectif <strong>de</strong> formation citoyenne<br />

dans l’enseignement. Et ce sont l’esprit critique autant que la<br />

culture scientifique qui balisent à notre avis la voie <strong>de</strong> l’avenir.<br />

En somme, les <strong>mathématiques</strong> doivent, à nouveau, être<br />

associées à la vie démocratique, comme l’a souvent été la<br />

philosophie. C’est la tâche future qui attend les enseignantes<br />

<strong>et</strong> les enseignants <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux disciplines vénérables.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 154 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour<br />

l'apprentissage<br />

<strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en<br />

mathématique<br />

L'objectif <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier est d'étudier un ensemble organisé <strong>de</strong> problèmes formant ce<br />

que nous appelons une « situation <strong>de</strong> recherche pour la classe » (SiRC), perm<strong>et</strong>tant<br />

<strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> tous âges <strong>et</strong> <strong>de</strong> différents niveaux dans une activité <strong>de</strong><br />

recherche. L'activité mathématique peut se caractériser par : <strong>de</strong>s expérimentations<br />

sur <strong>de</strong>s p<strong>et</strong>its cas, <strong>de</strong>s modélisations <strong>de</strong> problèmes, l'énoncé <strong>de</strong> conjectures, la<br />

recherche d'exemples <strong>et</strong> <strong>de</strong> contre-exemples, l'énoncé <strong>de</strong> résultats (éventuellement<br />

partiels) <strong>et</strong> la construction <strong>de</strong> preuves.<br />

Denise Grenier<br />

Laboratoire<br />

Leibniz,<br />

Université Joseph<br />

Fourier,<br />

Grenoble,<br />

France.<br />

Denise.Grenier@<br />

imag.fr<br />

L<br />

’atelier peut s'organiser en <strong>de</strong>ux temps:<br />

• la résolution <strong>de</strong>s problèmes ;<br />

• une « analyse didactique » <strong>de</strong> ces<br />

problèmes, consistant pour l'essentiel à<br />

s'intéresser aux questions suivantes : quelles<br />

sont les solutions <strong>et</strong> les procédures <strong>de</strong><br />

résolution possibles, quelles connaissances<br />

sont nécessaires pour chercher <strong>et</strong> résoudre ces<br />

problèmes, quels apprentissages sont mis en<br />

jeu.<br />

Ce travail est à mener en groupes, avec <strong>de</strong>s<br />

moments <strong>de</strong> synthèse collectifs. La première<br />

partie <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier s’adresse donc à tout<br />

public. La secon<strong>de</strong> partie (analyse didactique)<br />

intéresse plus particulièrement les enseignants<br />

<strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> les chercheurs en<br />

enseignement.<br />

Ce que nous désignons par « situations <strong>de</strong><br />

recherche » (SiRC) est très précis ; nous<br />

expliquerons en quoi nous les distinguons <strong>de</strong>s<br />

« situations-problèmes » <strong>et</strong> <strong>de</strong>s « problèmes<br />

ouverts » qui sont décrits dans d'autres travaux<br />

<strong>de</strong> didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Nous en<br />

donnons les éléments <strong>de</strong> caractérisation dans<br />

Grenier <strong>et</strong> Payan (2003 <strong>et</strong> EMF 2006).<br />

En particulier, trois aspects fondamentaux<br />

présents dans ces SiRC sont peu présents,<br />

voire absents, dans la classe usuelle.<br />

• L’« enjeu <strong>de</strong> vérité ». En classe,<br />

usuellement, ce qui est à prouver est la plupart<br />

du temps annoncé comme vrai (« démontrer<br />

que ») ; il n’y a pas d’enjeu <strong>de</strong> vérité.<br />

• L’aspect « social » <strong>de</strong> l’activité. Dans une<br />

SiRC, il peut y avoir un vrai enjeu social <strong>de</strong><br />

production mathématique, même s’il est local<br />

(groupe + professeur <strong>et</strong>/ou chercheur).<br />

• L’aspect « recherche ». Dans les manuels <strong>et</strong><br />

les pratiques enseignantes, il est explicitement<br />

déclaré que, pour résoudre un problème <strong>et</strong><br />

aussi pour prouver, « on ne doit utiliser que les<br />

propriétés du cours ou celles d'une liste<br />

donnée ». C<strong>et</strong>te consigne est contradictoire<br />

avec l’activité du chercheur <strong>et</strong> avec la<br />

démarche scientifique.<br />

Ces caractéristiques <strong>et</strong> contraintes entraînent<br />

<strong>de</strong>s conditions <strong>de</strong> réalisation <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

gestion précises. Notre équipe s'attache<br />

<strong>de</strong>puis <strong>de</strong>s années à l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> ces conditions.<br />

Nous disposons actuellement d' « analyses a<br />

priori » fiables pour quelques-unes <strong>de</strong> ces<br />

SiRC, résultats <strong>de</strong> nombreuses expérimentations<br />

que nous avons menées dans <strong>de</strong>s<br />

institutions <strong>et</strong> à <strong>de</strong>s niveaux scolaires très<br />

différents. La « situation <strong>de</strong> recherche » choisie<br />

ici en est un exemple.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 155 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />

I. La question mathématique générale.<br />

Quelques définitions.<br />

La question générale est la suivante :<br />

Q0. Étant donné un polymino, est-il pavable par<br />

un ensemble <strong>de</strong> polyminos i<strong>de</strong>ntiques plus p<strong>et</strong>its ?<br />

Un polymino peut être défini comme un morceau d'un plan<br />

quadrillé découpé selon les cases, chaque case étant adjacente<br />

à une ou plusieurs autres cases (4 au maximum) par au moins<br />

un <strong>de</strong> ses côtés. Un polymino peut avoir <strong>de</strong>s « trous » (<strong>de</strong>s<br />

cases manquantes).<br />

Par exemple, le polymino ci-<strong>de</strong>ssous est-il pavable par <strong>de</strong>s<br />

dominos ? (les zones hachurées sont <strong>de</strong>s trous). Après<br />

plusieurs « essais » il semble que non, <strong>et</strong> pourtant il comporte<br />

un nombre pair <strong>de</strong> cases ... Peut-on le prouver <strong>et</strong> comment?<br />

Figure 1<br />

C<strong>et</strong>te question relève <strong>de</strong> la géométrie combinatoire, une<br />

branche <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> discrètes (domaine mathématique<br />

absent <strong>de</strong>s programmes scolaires dans <strong>de</strong> nombreux<br />

pays). Cependant, nous allons montrer qu'à partir <strong>de</strong> la<br />

question générale Q0, on peut construire <strong>de</strong>s problèmes<br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> faire travailler les élèves sur <strong>de</strong>s notions qui<br />

concernent les programmes scolaires (<strong>et</strong> pas seulement en<br />

France). Il s'agit avant tout <strong>de</strong> travailler la modélisation <strong>et</strong> la<br />

preuve, allant <strong>de</strong> la mise en place <strong>de</strong> conjectures à<br />

l'élaboration <strong>de</strong> démonstrations. Nous verrons que d'autres<br />

notions <strong>mathématiques</strong> sont aussi en jeu dans ces problèmes.<br />

Il est facile <strong>de</strong> se convaincre rapi<strong>de</strong>ment qu'on ne peut<br />

répondre globalement à la question Q0 pour un polymino<br />

« quelconque ». Pour étudier Q0, il faut donc se fixer <strong>de</strong>s cas<br />

particuliers <strong>de</strong> polyminos à paver, par exemple, <strong>de</strong>s rectangles<br />

ou <strong>de</strong>s carrés, avec ou sans trous, ou <strong>de</strong>s trapèzes, <strong>et</strong>c.<br />

Quant au polymino qui servira à paver (on l'appellera pavé),<br />

on pourra en choisir <strong>de</strong> très simples (dominos, triminos,<br />

pentaminos, <strong>et</strong>c.) sans crainte <strong>de</strong> rendre le problème<br />

inintéressant 1. On considère que les pavés sont r<strong>et</strong>ournables<br />

(donc i<strong>de</strong>ntiques par isométrie directe ou indirecte).<br />

Avant <strong>de</strong> poursuivre, donnons-nous quelques définitions<br />

nécessaires pour la suite <strong>de</strong> notre propos.<br />

I.1. Définitions <strong>et</strong> remarques<br />

La taille d'un polymino est définie pour les polyminos<br />

« carré » <strong>et</strong> « rectangle ». La taille d'un carré est le nombre <strong>de</strong><br />

cases formant un côté (exemple : « carré <strong>de</strong> taille 3 »). Celle<br />

d'un rectangle est donnée par les nombres <strong>de</strong>s cases sur<br />

chacun <strong>de</strong>s côtés (exemple : « rectangle <strong>de</strong> taille 2x5 »). Un<br />

polymino rectangle <strong>de</strong> taille 1xn sera noté polymino-ligne.<br />

L'aire d'un polymino quelconque est le nombre total <strong>de</strong> ses<br />

cases (les trous ne sont pas comptés). Par exemple, le<br />

polymino <strong>de</strong> la figure 1 est d'aire 30, les trous sont <strong>de</strong> tailles 1<br />

<strong>et</strong> 1x2 respectivement.<br />

Un trapèze est un polymino sans trou pouvant être décrit,<br />

dans une position bien choisie, par <strong>de</strong>s polymino-lignes<br />

nommés paliers, <strong>de</strong> bas en haut, chaque palier m vérifiant<br />

<strong>de</strong>ux conditions :<br />

• le nombre <strong>de</strong> cases d'un palier m est inférieur ou égal au<br />

nombre <strong>de</strong> cases du palier m-1 ;<br />

• il n'y a pas <strong>de</strong> surplomb, le palier m est en r<strong>et</strong>rait du palier<br />

m-1.<br />

Le palier 1 sera nommé la « base ». Exemple :<br />

Figure 2<br />

Les <strong>de</strong>ux polyminos <strong>de</strong> la figure 3 ci-<strong>de</strong>ssous ne sont pas<br />

<strong>de</strong>s trapèzes, car quelle que soit l'orientation dans laquelle<br />

on les considère, chacun présente un palier « à trou » (ligne<br />

non connexe) ou un surplomb.<br />

Figure 3<br />

Bien sûr, avant <strong>de</strong> conclure qu'un polymino donné n'est pas<br />

un trapèze, il faut l'analyser dans les quatre orientations<br />

possibles. Le polymino <strong>de</strong> la figure 1 n'est pas non plus un<br />

trapèze.<br />

II. La situation <strong>de</strong> recherche<br />

II.1. Les problèmes<br />

La situation que nous allons étudier ici est composée <strong>de</strong> trois<br />

problèmes correspondant chacun à <strong>de</strong>s choix particuliers <strong>de</strong><br />

polyminos à paver <strong>et</strong> également à <strong>de</strong>s choix <strong>de</strong> pavés. L'ordre<br />

proposé pour ces trois problèmes a son importance, comme<br />

nous le verrons dans l'analyse. Voici les énoncés.<br />

Problème P1. À quelle(s) condition(s) un carré <strong>de</strong> taille<br />

quelconque, avec un « trou » <strong>de</strong> taille 1 (une case) est-il<br />

pavable par <strong>de</strong>s dominos ? Le trou peut se situer n'importe<br />

où, y compris sur un bord ou un coin du polymino. Voici le<br />

<strong>de</strong>ssin pour le polymino <strong>de</strong> taille 7 <strong>et</strong> un cas particulier <strong>de</strong> la<br />

position du trou.<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 156 31 mai <strong>et</strong> 1er 1 La question du pavage d'un polymino par <strong>de</strong>s uniminos<br />

(une seule case) ne présente aucun intérêt, car elle n'est pas<br />

problématique.<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006


Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />

Problème P2. À quelles conditions un trapèze <strong>de</strong> taille<br />

quelconque est-il pavable par <strong>de</strong>s dominos ? Voici <strong>de</strong>ux<br />

exemples <strong>de</strong> trapèzes.<br />

Problème P3. À quelles conditions un carré <strong>de</strong> taille 2 n , n<br />

entier quelconque, avec un trou <strong>de</strong> taille 1, est-il pavable par<br />

<strong>de</strong>s « triminos en L » 2? Ci-<strong>de</strong>ssous, un cas particulier avec<br />

n = 8 <strong>et</strong> une position particulière du trou (hachuré).<br />

Les problèmes P1 <strong>et</strong> P3 sont décrits <strong>et</strong> étudiés dans Grenier<br />

& Payan (1998) <strong>et</strong> Grenier (EMF 2006) ; nous reprenons<br />

quelques éléments <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te étu<strong>de</strong> ici. Nous situerons ensuite<br />

les trois problèmes en ce qu'ils ont <strong>de</strong> complémentaire <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

spécifique.<br />

II.2. L'organisation <strong>de</strong> la classe<br />

Le travail en groupes est un moyen d'assurer à la fois la<br />

dévolution <strong>de</strong>s problèmes (car ils ne sont pas usuels) <strong>et</strong> les<br />

échanges <strong>et</strong> la discussion sur les stratégies <strong>et</strong> les solutions.<br />

Des moments <strong>de</strong> synthèse collective perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> faire le<br />

point sur les cas résolus, les conjectures, les contre-exemples,<br />

les preuves, <strong>et</strong> aussi les difficultés. C<strong>et</strong>te organisation vaut<br />

aussi bien en formation d'enseignants qu'avec <strong>de</strong>s élèves en<br />

classe.<br />

Le temps est un élément important pour la résolution en<br />

groupes, <strong>et</strong> aussi pour les synthèses. La situation ne sera<br />

porteuse d'apprentissages que si elle se poursuit sur plusieurs<br />

séances. Il est donc nécessaire que chaque groupe tienne un<br />

« cahier <strong>de</strong> recherche », pour faire mémoire <strong>de</strong> l'état <strong>de</strong> la<br />

résolution d'une séance à l'autre : cas étudiés, conclusions,<br />

questions non résolues, nouvelles questions, mais aussi<br />

difficultés, pistes abandonnées, <strong>et</strong>c.<br />

III. Éléments d'analyse didactique <strong>de</strong>s<br />

problèmes<br />

C<strong>et</strong>te analyse est basée sur <strong>de</strong> nombreuses données<br />

expérimentales qui nous perm<strong>et</strong>tent d'avoir une analyse a<br />

priori fiable <strong>de</strong>s problèmes, <strong>et</strong> ainsi d'anticiper les<br />

apprentissages que c<strong>et</strong>te situation peut susciter.<br />

2 Il existe <strong>de</strong>ux sortes <strong>de</strong> triminos : le polymino-ligne (à 3 cases ) <strong>et</strong> le<br />

trimino en forme <strong>de</strong> L.<br />

III.1. Pavage <strong>de</strong> carrés à un trou par <strong>de</strong>s<br />

dominos (problème P1)<br />

III.1.1. Propriétés <strong>et</strong> conjectures émergeant <strong>de</strong> la<br />

recherche<br />

Le problème P1 a pour rôle la mise en place d'un<br />

« milieu » (au sens <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s situations didactiques)<br />

pour la résolution <strong>de</strong> la question Q0. En eff<strong>et</strong>, ce type <strong>de</strong><br />

questions est inconnu <strong>de</strong> la très gran<strong>de</strong> majorité <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>s enseignants. La résolution <strong>de</strong> P1 va donc perm<strong>et</strong>tre<br />

d'introduire <strong>de</strong>s outils spécifiques <strong>et</strong> d'établir <strong>de</strong>s propriétés<br />

<strong>de</strong> base sur le pavage <strong>de</strong>s polyminos, qui serviront ensuite<br />

pour les problèmes P2 <strong>et</strong> P3.<br />

L'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s carrés <strong>de</strong> p<strong>et</strong>ites dimensions (taille n ≤ 7) conduit<br />

à faire <strong>de</strong>s constats, puis à établir <strong>de</strong>s propriétés ou <strong>de</strong>s<br />

conjectures. Voici celles qui émergent très régulièrement,<br />

plus ou moins facilement selon le public concerné.<br />

Propriété 1. Une condition nécessaire pour pouvoir paver<br />

un carré ayant un trou avec <strong>de</strong>s dominos est que le polymino<br />

soit d'aire paire. C<strong>et</strong>te condition n'est pas suffisante.<br />

En eff<strong>et</strong>, pour les valeurs paires <strong>de</strong> n, on ne peut pas paver,<br />

puisque le nombre <strong>de</strong> cases restant à paver est impair (à<br />

cause du trou), <strong>et</strong> qu'un domino couvre 2 cases.<br />

Propriété 2. Pour n = 3, une condition nécessaire <strong>et</strong><br />

suffisante pour pouvoir paver avec <strong>de</strong>s dominos est que le<br />

trou soit placé sur une <strong>de</strong>s cases hachurées ci-<strong>de</strong>ssous.<br />

Preuve. Il y a les « bonnes » cases, c'est-à-dire que les autres<br />

sont <strong>de</strong>s « mauvaises » cases. Dans le cas <strong>de</strong>s « bonnes »<br />

cases (celles qui correspon<strong>de</strong>nt aux positions pour trou qui<br />

perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> paver), la preuve consiste à exhiber un pavage.<br />

Pour les « mauvaises » cases, la preuve consiste à décrire un<br />

pavage forcé qui aboutit à laisser <strong>de</strong>ux cases finales non<br />

connexes (donc non recouvrables par un domino).<br />

Remarques. Pour établir la propriété 2, on utilise le fait que<br />

si on peut exhiber un pavage, alors on a la « preuve » que le<br />

polymino est pavable. Ceci ne va pas <strong>de</strong> soi pour tous les<br />

élèves. D'autre part, par <strong>de</strong>s arguments <strong>de</strong> symétrie, le<br />

nombre <strong>de</strong> positions du trou à étudier est réduit à 3.<br />

Propriété 3. Pour n = 5, une condition nécessaire <strong>et</strong><br />

suffisante pour pouvoir paver avec <strong>de</strong>s dominos est que le<br />

trou soit placé sur une <strong>de</strong>s positions hachurées ci-<strong>de</strong>ssous.<br />

Preuve <strong>de</strong> la condition suffisante : on exhibe un pavage (c'est<br />

encore facile).<br />

Pour la condition nécessaire, on ne peut prouver par<br />

exhaustivité <strong>de</strong>s cas, car il faudrait s'assurer qu'on a étudié<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 157 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />

toutes les possibilités <strong>de</strong> pavage avant <strong>de</strong> déclarer qu'il n'en<br />

existe aucun.<br />

La propriété est donc seulement partiellement établie. Elle<br />

sera établie avec la preuve <strong>de</strong> la conjecture 1 générale ci<strong>de</strong>ssous.<br />

Remarque. Pour n = 7, l'étu<strong>de</strong> cas par cas est fastidieuse <strong>et</strong><br />

ne perm<strong>et</strong> pas <strong>de</strong> se convaincre, sauf pour quelques cases qui<br />

« marchent » <strong>et</strong> pour lesquelles les résultats obtenus pour<br />

n = 3 ou n = 5 peuvent être réinvestis facilement, dans une<br />

argumentation qui relève <strong>de</strong> manière implicite d'une<br />

induction (au sens large).<br />

Conjecture pour n quelconque<br />

Repérons les cases par <strong>de</strong>ux coordonnées entières, à partir<br />

d'un coin du polymino (par exemple le coin en bas à gauche),<br />

<strong>et</strong> en commençant par (1,1).<br />

Conjecture 1. Pour n quelconque, une condition nécessaire<br />

<strong>et</strong> suffisante pour pouvoir paver avec <strong>de</strong>s dominos est que le<br />

trou soit placé sur une case ayant une position paire-paire ou<br />

impaire-impaire dans le polymino.<br />

III.1.2. Introduction d'un outil pour la preuve <strong>de</strong><br />

la conjecture : la coloration en damier<br />

Le <strong>de</strong>ssin représentant les « bonnes » cases induit une<br />

coloration du polymino en « damier » (<strong>de</strong>ux couleurs en<br />

alternance). C<strong>et</strong>te coloration qui, pour le moment, n'est<br />

qu'un support ou une manière <strong>de</strong> représenter les solutions, va<br />

<strong>de</strong>venir un outil efficace pour la preuve. Posons-nous la<br />

question : si je colorie mon polymino en damier (disons noirblanc),<br />

que recouvre un domino ? La réponse vient assez<br />

facilement : puisqu'un domino est composé <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux cases<br />

adjacentes, quel que soit le lieu où on pose ce domino, il<br />

recouvre une case noire <strong>et</strong> une case blanche. Deux dominos<br />

recouvrent donc 2 cases blanches <strong>et</strong> 2 cases noires, <strong>et</strong>c.<br />

Une condition nécessaire pour pouvoir paver est donc<br />

que, dans la coloration en damier, il y ait autant <strong>de</strong><br />

cases noires que <strong>de</strong> cases blanches (on dit que le<br />

polymino est équilibré).<br />

Or le nombre <strong>de</strong> cases d'un carré <strong>de</strong> taille n impaire est un<br />

nombre impair. Dans la coloration en damier, on a donc une<br />

couleur majoritaire <strong>de</strong> une unité ((n 2 -1)/2 pour l'une <strong>de</strong>s<br />

couleurs <strong>et</strong> (n 2 +1)/2 pour l'autre). Ainsi, une condition<br />

nécessaire pour pouvoir paver est que le trou soit placé<br />

sur une case <strong>de</strong> la couleur dominante. Ceci prouve notre<br />

conjecture pour les « mauvaises » cases.<br />

Attention, ceci ne perm<strong>et</strong> pas <strong>de</strong> prouver la conjecture<br />

pour les « bonnes » cases. C'est une erreur qui est souvent<br />

apparue dans nos expérimentations.<br />

Preuve <strong>de</strong> la condition suffisante<br />

Il faut donc maintenant prouver que si le trou est sur une<br />

case <strong>de</strong> la couleur dominante, le polymino carré est pavable.<br />

Des preuves accessibles existent, qui se situent à <strong>de</strong>s niveaux<br />

<strong>de</strong> connaissances différents :<br />

• par « décomposition » du carré en rectangles d'aires<br />

paires, autour du trou ;<br />

• par récurrence sur n.<br />

Nous renvoyons à Grenier <strong>et</strong> Payant (1998) pour le détail <strong>de</strong><br />

ces preuves.<br />

Remarque. Dans la preuve <strong>de</strong> la conjecture 1, qui est une<br />

CNS, les connaissances <strong>et</strong> outils pour établir la CN (l'outil<br />

coloration <strong>et</strong> la notion <strong>de</strong> « polymino équilibré ») ne sont pas<br />

les mêmes que ceux qui servent à établir la CS<br />

(décomposition ou récurrence). Pour cela, nous pensons que<br />

P1 est un bon problème pour discuter <strong>de</strong> la différence entre<br />

une CS <strong>et</strong> une CN.<br />

III.1.3. Relations entre « pair », « équilibré » <strong>et</strong><br />

« pavable »<br />

Propriété 4. Quel que soit le polymino, on a : pavable<br />

=> équilibré => pair.<br />

La preuve est évi<strong>de</strong>nte.<br />

Remarques. Dans le cas général, il n'y a aucune<br />

équivalence. Mais pour les carrés ou rectangles sans trou,<br />

tout est équivalent. Pour les carrés ou rectangles tronqués<br />

d'une case, nous venons d'établir que équilibré pavable,<br />

mais un pair n'est pas forcément équilibré.<br />

III.1.4. La notion d'adjacence<br />

C<strong>et</strong>te notion joue ici un rôle fondamental pour résoudre P1.<br />

Elle perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> transformer la coloration en un outil <strong>de</strong><br />

preuve efficace. Dans nos expérimentations, nous avons<br />

constaté que la résolution <strong>de</strong> P1 perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> la faire émerger<br />

lors <strong>de</strong>s essais successifs <strong>de</strong> pavage. En eff<strong>et</strong>, pour un<br />

polymino non pavable, on peut observer qu'à chaque fois, les<br />

tentatives avortées <strong>de</strong> pavage s'arrêtent sur <strong>de</strong>ux cases isolées.<br />

III.1.5. Prolongement du problème P1<br />

Un <strong>de</strong> nos critères pour une SiRC est que le problème n'ait<br />

pas <strong>de</strong> fin, la résolution <strong>de</strong> la question <strong>de</strong> départ amenant<br />

d'autres questions. Ici, lors <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> P1, nous<br />

avons rencontré la question du pavage <strong>de</strong>s rectangles par <strong>de</strong>s<br />

dominos.<br />

III.2. Pavage d'un trapèze par <strong>de</strong>s dominos<br />

(problème P2)<br />

III.2.1. Propriétés <strong>et</strong> conjectures pouvant émerger<br />

<strong>de</strong> la recherche<br />

En réutilisant <strong>de</strong>s propriétés <strong>et</strong> <strong>de</strong>s outils établis lors <strong>de</strong> la<br />

résolution du problème P1, en particulier la propriété 4, on<br />

peut affirmer que :<br />

Propriété 5. Une condition nécessaire pour qu'un trapèze<br />

soit pavable par <strong>de</strong>s dominos est qu'il soit équilibré (il est<br />

donc d'aire paire).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 158 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />

Vient la question : existe t il <strong>de</strong>s trapèzes d'aire paire <strong>et</strong> non<br />

équilibrés ? La réponse est oui, il y a <strong>de</strong>s exemples simples,<br />

dont celui-ci :<br />

En étudiant <strong>de</strong>s cas particuliers <strong>de</strong> trapèzes ayant <strong>de</strong>s aires<br />

p<strong>et</strong>ites, on peut établir facilement les propriétés suivantes :<br />

Propriété 6. Si un trapèze a tous ses paliers ou toutes ses<br />

colonnes paires, alors il est pavable.<br />

La preuve est évi<strong>de</strong>nte (on pave chaque palier ou chaque<br />

colonne une à une).<br />

Propriété 7. Tout trapèze ayant uniquement <strong>de</strong>s marches <strong>de</strong><br />

1 sur 1 <strong>de</strong> chaque côté est non pavable car non équilibré.<br />

Preuve : Dans une coloration en damier, chaque palier <strong>de</strong> ce<br />

trapèze contient une couleur dominante <strong>et</strong> c'est la même.<br />

On a donc, pour un trapèze T1-1 à n paliers, une couleur qui<br />

a n cases <strong>de</strong> plus que l'autre. D'autre part, l'étu<strong>de</strong><br />

expérimentale <strong>de</strong> différents trapèzes équilibrés, pris au hasard<br />

<strong>et</strong> d'aires pas trop gran<strong>de</strong>s, induit facilement que le pavage <strong>de</strong><br />

tels trapèzes semble toujours possible. On peut donc<br />

conclure, après un temps <strong>de</strong> recherche, sur la conjecture<br />

suivante.<br />

Conjecture 2. Tout trapèze équilibré est pavable par <strong>de</strong>s<br />

dominos.<br />

La preuve <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te conjecture est difficile. Souvent <strong>de</strong>s<br />

preuves fausses sont données, plus ou moins induites par un<br />

raisonnement inductif incompl<strong>et</strong>.<br />

III. 2. 2. Recherche d'un algorithme <strong>de</strong> pavage<br />

L'étu<strong>de</strong> expérimentale induit à la recherche d'un algorithme<br />

<strong>de</strong> pavage, seul moyen <strong>de</strong> se convaincre <strong>de</strong> la possibilité ou<br />

non <strong>de</strong> paver un trapèze donné. L'algorithme décrit ci<strong>de</strong>ssous<br />

consiste à « déconstruire » le trapèze d'une manière<br />

précise qui conduit à une preuve par induction. Nos<br />

expérimentations montrent que l'intervention <strong>de</strong> l'enseignant<br />

ou <strong>de</strong> celui qui gère la situation est en général nécessaire dans<br />

c<strong>et</strong>te phase.<br />

Étant donné un trapèze d'aire paire non nulle, à chaque étape<br />

<strong>de</strong> l'algorithme, on considère le palier le plus haut : notons le<br />

m. Tant que c'est possible, on enlève 2 cases adjacentes<br />

(formant donc un domino) sur le palier m, en partant d'un<br />

bord (gauche ou droit). Si ce n'est pas possible, c'est qu'il n'y<br />

a qu'une seule case sur le palier (il ne peut pas y avoir <strong>de</strong>ux<br />

cases non contiguës, car ce ne serait pas un trapèze). On<br />

considère alors le domino d formé par c<strong>et</strong>te case <strong>et</strong> la case<br />

qui lui est adjacente, c'est-à-dire celle du palier m-1 située<br />

directement en <strong>de</strong>ssous.<br />

Si on peut enlever ce domino d en conservant la propriété<br />

« trapèze », on le fait. On a alors un trapèze à m-1 paliers.<br />

Sinon, on gar<strong>de</strong> d <strong>et</strong>, sur le palier m-1, on enlève un domino<br />

en partant d'un bord, tout en conservant la propriété<br />

« trapèze ». On recommence sur le palier m-1 jusqu'à ce que:<br />

• cas 1 : soit il reste le domino d seul, on peut alors<br />

l'enlever <strong>et</strong> il reste un trapèze <strong>de</strong> hauteur m-2 (ou rien) ;<br />

• cas 2 : soit il reste, au palier m-1, une unique case située<br />

d'un côté <strong>de</strong> d, on peut alors enlever d <strong>et</strong> il reste un trapèze<br />

<strong>de</strong> hauteur m-1 ;<br />

• cas 3 : soit il reste, au palier m-1, <strong>de</strong>ux cases situées <strong>de</strong><br />

part <strong>et</strong> d'autre <strong>de</strong> d. Dans ce cas, on ne peut plus enlever <strong>de</strong><br />

domino dans les étages m <strong>et</strong> m-1. Il faut passer au palier m-2.<br />

cas 3 cas 2<br />

Le trapèze considéré étant équilibré par hypothèse, ces 3<br />

configurations ne sont pas terminales, c'est-à-dire qu'il est sûr<br />

qu'il existe <strong>de</strong>s paliers inférieurs. On considère alors les<br />

paliers m, m-1 <strong>et</strong> m-2 ensemble, <strong>et</strong> éventuellement les<br />

suivants, jusqu'à ce qu'on puisse finalement enlever un<br />

domino occupant <strong>de</strong>ux paliers successifs en gardant la<br />

propriété « trapèze ». On est sûr que c'est possible en un<br />

nombre fini <strong>de</strong> paliers, puisqu’un trapèze équilibré ne peut<br />

pas être <strong>de</strong> type T1-1.<br />

Voici un exemple où on doit aller jusqu'au palier m-2 avant<br />

<strong>de</strong> pouvoir commencer à déconstruire le trapèze, tout en lui<br />

conservant sa propriété <strong>de</strong> « trapèze » (les dominos enlevés<br />

sont mis en évi<strong>de</strong>nce par un trait noir). À chaque étape,<br />

l'algorithme reprend à partir du palier le plus haut du<br />

trapèze restant.<br />

L'algorithme se termine en un nombre fini d'étapes (évi<strong>de</strong>nt)<br />

<strong>et</strong> d'autre part, à chaque étape, le trapèze restant est équilibré.<br />

Que reste-t-il à la <strong>de</strong>rnière étape ? Deux cases <strong>de</strong> couleurs<br />

différentes (évi<strong>de</strong>nt) <strong>et</strong>, <strong>de</strong> plus, adjacentes (par choix même<br />

<strong>de</strong> l'algorithme), donc recouvrables par un domino : le<br />

<strong>de</strong>rnier.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 159 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />

C<strong>et</strong> algorithme « prouve » que tout trapèze équilibré est<br />

pavable par <strong>de</strong>s dominos <strong>et</strong> il fournit un pavage : il suffit <strong>de</strong><br />

reconstruire en reprenant les étapes dans l'autre sens. On a<br />

donc établi la propriété suivante :<br />

Propriété 8. (conjecture 2 prouvée)<br />

Tout trapèze (sans trou) équilibré est pavable par <strong>de</strong>s<br />

dominos.<br />

Preuve<br />

Soit un trapèze équilibré d'aire 2n (n entier non nul).<br />

Considérons <strong>de</strong>ux cases adjacentes désignées par<br />

l'algorithme <strong>de</strong> déconstruction ci-<strong>de</strong>ssus. Si le polymino<br />

d'aire 2(n-1) obtenu en enlevant ces <strong>de</strong>ux cases est un<br />

trapèze pavable, alors le trapèze d'aire 2n est pavable : il<br />

suffit en eff<strong>et</strong> <strong>de</strong> rajouter le domino formé <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux<br />

cases à un pavage du trapèze d'aire 2(n-1).<br />

L'implication P(n-1) => P(n) est donc vérifiée dès que<br />

l'on peut enlever 2 cases par l'algorithme cité, c'est-à-dire<br />

dès qu'on a un domino, donc dès que n ≥ 1. Et P(0) est<br />

évi<strong>de</strong>mment vraie. Donc P(n) est vraie pour tout n ≥0.<br />

III.3. Pavage d'un carré <strong>de</strong> taille 2 n avec <strong>de</strong>s<br />

triminos en L<br />

Ce problème a été décrit dans Grenier <strong>et</strong> Payan (1998).<br />

Nous ne donnerons ici que quelques éléments.<br />

On peut établir très facilement que la condition « pour un<br />

polymino quelconque, l'aire est un multiple <strong>de</strong> 3 » est<br />

nécessaire. La preuve est évi<strong>de</strong>nte. En revanche, il est<br />

difficile <strong>de</strong> savoir si c<strong>et</strong>te condition est suffisante. Par<br />

exemple, elle ne l'est pas sur les rectangles sans trou. (contreexemple<br />

: le carré 3x3).<br />

L'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its cas (n = 2, 3) conduit à la conjecture<br />

suivante :<br />

Conjecture 3. Quel que soit n, tout polymino carré <strong>de</strong> taille<br />

2 n est pavable, quelle que soit la position du trou.<br />

L'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s cas où n = 2, puis 3, puis 4, conduit en général à<br />

tenter un raisonnement inductif.<br />

• On établit P(n) => P(n+1) en structurant <strong>et</strong> en<br />

décomposant un polymino <strong>de</strong> taille 2 n+1 <strong>de</strong> manière à<br />

r<strong>et</strong>rouver quatre polyminos <strong>de</strong> taille n qui conviennent pour<br />

établir l'hérédité ;<br />

• On cherche ensuite pour quelles valeurs <strong>de</strong> n l'hérédité<br />

peut être établie, ce qui donne la « valeur initiale » <strong>de</strong> n dans<br />

la récurrence.<br />

C<strong>et</strong>te preuve par récurrence a <strong>de</strong>s spécificités qui donnent<br />

tout son intérêt au problème 3, car elle m<strong>et</strong> en jeu <strong>de</strong>s aspects<br />

<strong>de</strong> la récurrence non usuels dans l'enseignement. En<br />

particulier, P(n) est une propriété d'une « classe d'obj<strong>et</strong>s <strong>de</strong><br />

taille n » <strong>et</strong> non une fonction analytique <strong>de</strong> n.<br />

• La valeur initiale <strong>de</strong> la récurrence se déduit<br />

naturellement <strong>de</strong> l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'hérédité (elle ne sort pas d'un<br />

chapeau !) ;<br />

• La preuve fournit un algorithme <strong>de</strong> pavage (comme<br />

dans le problème P2). Or, si on pave au hasard, on a très<br />

peu <strong>de</strong> chances d'arriver au bout.<br />

III.4. Les apprentissages « transversaux » en<br />

jeu dans la situation<br />

La séquence <strong>de</strong>s trois problèmes qui constituent c<strong>et</strong>te<br />

situation perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> travailler <strong>de</strong>s notions <strong>mathématiques</strong> ou<br />

transversales qui ne le sont pas habituellement en classe.<br />

Voici les principales.<br />

1. Existence ou non <strong>de</strong> solutions<br />

En classe, tout problème a une solution, souvent unique. Ici,<br />

dans P1, l'existence <strong>de</strong> solutions dépend <strong>de</strong> la case<br />

manquante, tandis que dans P2, <strong>de</strong>s solutions existent dès<br />

que le polymino vérifie une condition (trapèze équilibré). P3,<br />

lui, adm<strong>et</strong> <strong>de</strong>s solutions dans tous les cas (quelle que soit la<br />

position <strong>de</strong> la case manquante).<br />

2. Distinction entre « condition nécessaire » <strong>et</strong> « condition<br />

suffisante »<br />

Dans ces problèmes, les CN ne sont pas toujours suffisantes<br />

<strong>et</strong> vice-versa. De plus, si une condition est une CNS, alors la<br />

preuve <strong>de</strong> sa nécessité peut être très différente <strong>de</strong> celle <strong>de</strong> sa<br />

suffisance (exemple typique dans le problème 1).<br />

3. Types <strong>et</strong> outils <strong>de</strong> preuve non usuels<br />

C<strong>et</strong>te situation perm<strong>et</strong> d'abor<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> preuve non<br />

classiques, tels que la preuve « par exhaustivité <strong>de</strong>s cas », ou<br />

la preuve par « exhibition d'un exemple » (en réponse à une<br />

question d'existence). Ce type <strong>de</strong> preuve n'est pas si<br />

fréquent, puisqu'elle ne peut s'appliquer que si le nombre <strong>de</strong>s<br />

obj<strong>et</strong>s sur lesquels on vérifie la propriété est fini (ce qui n'est<br />

le cas ni en algèbre, ni en géométrie).<br />

Des outils spécifiques sont utilisés, tels la décomposition <strong>et</strong><br />

structuration d'une figure, ou la coloration. Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> leur<br />

intérêt pour eux-mêmes, ils obligent à changer <strong>de</strong> conception<br />

sur ce qu'est une preuve en mathématique.<br />

4. Notions <strong>mathématiques</strong><br />

Elles concernent essentiellement les propriétés <strong>de</strong> Ν,<br />

l'ensemble <strong>de</strong>s nombres entiers positifs ou nuls, avec <strong>de</strong>s<br />

niveaux d'approche différents selon les problèmes : calcul<br />

d'aires, divisibilité <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux nombres, preuve par récurrence.<br />

Conclusion<br />

La situation proposée ici est pertinente à différents niveaux<br />

scolaires, mais aussi pour la formation d'enseignants. Les<br />

résultats obtenus seront bien sûr différents selon ces niveaux,<br />

c'est-à-dire que l'on pourra aller plus ou moins loin dans les<br />

conjectures <strong>et</strong> les preuves. Cependant, le problème 1 peut<br />

être résolu <strong>et</strong> prouvé <strong>de</strong> manière non formelle même avec<br />

<strong>de</strong>s enfants <strong>de</strong> l'école primaire.<br />

Deux contraintes sont quasi incontournables pour que la<br />

situation « marche » :<br />

• celle du temps, nécessaire (même pour un chercheur !)<br />

pour s'emparer <strong>de</strong>s problèmes <strong>et</strong> commencer à m<strong>et</strong>tre en<br />

place <strong>de</strong>s solutions ;<br />

• celle <strong>de</strong> l' « ouverture » qui consiste à autoriser le<br />

développement <strong>de</strong> stratégies différentes, sans en imposer une<br />

particulière, voire la résolution d'une question nouvelle liée à<br />

celle <strong>de</strong> départ.<br />

Si ces contraintes sont respectées, le plaisir <strong>et</strong> les<br />

apprentissages décrits ci-<strong>de</strong>ssus sont garantis!<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 160 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />

Bibliographie<br />

Godot K., Grenier D. (2004) Situations <strong>de</strong> recherche pour la<br />

classe. Objectifs, caractéristiques pour une dévolution à<br />

l'élève, condition pour une gestion pour l'enseignant, Actes <strong>de</strong><br />

l’université d’été « La place <strong>de</strong>s Mathématiques Vivantes dans<br />

l’enseignement », Août 22-27 2004, St Flour.<br />

Grenier D., Payan Ch. (1998) Spécificités <strong>de</strong> la preuve <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

la modélisation en Mathématiques discrètes, Recherches en<br />

didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, vol. 18.2, pp. 59 -100, Ed. La<br />

Pensée Sauvage, Grenoble.<br />

Grenier D. <strong>et</strong> Payan, C. (2003) Situation <strong>de</strong> recherche en<br />

classe : essai <strong>de</strong> caractérisation <strong>et</strong> proposition <strong>de</strong><br />

modélisation, Cahiers du séminaire national <strong>de</strong> recherche en<br />

didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Paris, 19 Octobre 2002.<br />

Lakatos I. (1976) Preuves <strong>et</strong> réfutations,. Paris : Hermann Ed.,<br />

1985.<br />

Thèses soutenues ou en cours, liées aux « situations<br />

recherche », équipe Maths à Mo<strong>de</strong>ler<br />

Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong>, « Construction <strong>de</strong> définitions / construction<br />

<strong>de</strong> concept : vers une situation fondamentale pour la construction <strong>de</strong><br />

définition en <strong>mathématiques</strong>. ». Étu<strong>de</strong> épistémologique <strong>et</strong><br />

didactique <strong>de</strong> la définition. Étu<strong>de</strong> théorique <strong>et</strong> expérimentale<br />

auprès d’étudiants <strong>de</strong> 1 ère année d’université, thèse soutenue<br />

en décembre 2003.<br />

Virginie Deloustal-Jorrand, « Étu<strong>de</strong> épistémologique <strong>et</strong> didactique<br />

<strong>de</strong> l’implication en mathématique ». Thèse soutenue en décembre<br />

2004.<br />

Karine Godot, « Situations <strong>de</strong> recherche <strong>et</strong> jeux <strong>mathématiques</strong> pour<br />

la formation <strong>et</strong> la vulgarisation ». Soutenance prévue en<br />

décembre 2005.<br />

Léa Cartier, « Étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’introduction <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s graphes dans<br />

l’enseignement <strong>de</strong> spécialité <strong>de</strong> Terminale ES (programmes 2003) ».<br />

Thèse en cours (soutenance prévue en 2007).<br />

Michèle Gandit, « Étu<strong>de</strong> épistémologique <strong>et</strong> didactique <strong>de</strong>s relations<br />

entre argumentation <strong>et</strong> preuve en <strong>mathématiques</strong>». Thèse en cours<br />

(soutenance prévue en 2007).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 161 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 162 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

Distance <strong>et</strong> contacts entre les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> le théâtre (section 1). Les<br />

<strong>mathématiques</strong> servent à monter concrètement du théâtre <strong>et</strong> à étudier certains <strong>de</strong><br />

ses aspects (2). Mais le texte porte surtout sur la place <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans <strong>de</strong>s<br />

oeuvres <strong>de</strong> théâtre. Après une classification théorique binaire <strong>de</strong>s pièces à contenu<br />

mathématique (3), <strong>de</strong>ux exemples sont examinés plus à fond <strong>et</strong> en détail: Proof<br />

(2000) <strong>de</strong> David Auburn (4) <strong>et</strong> La Leçon (1951) d'Eugène Ionesco (5). Nous terminons<br />

avec un portrait global <strong>et</strong> ultrasommaire <strong>de</strong> l'image <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

mathématiciens dans le théâtre grand public (6).<br />

Jacques<br />

Lefebvre,<br />

UQAM<br />

lefebvre.jacques1<br />

@vi<strong>de</strong>otron.ca<br />

T<br />

out auteur souhaite que son texte soit<br />

lu, <strong>et</strong> même lu en entier. Mais si l’on ne<br />

s’intéresse qu’à la place <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

dans les œuvres <strong>de</strong> théâtre, on peut<br />

om<strong>et</strong>tre les sections 1 <strong>et</strong> 2. Si l’on ne cherche<br />

que <strong>de</strong>s exemples décrits <strong>et</strong> examinés <strong>de</strong> façon<br />

substantielle, on peut se contenter <strong>de</strong>s sections<br />

4 <strong>et</strong> 5.<br />

Je ne donnerai d’exemples que du théâtre<br />

historiquement assez récent <strong>et</strong> occi<strong>de</strong>ntal. Et il<br />

ne s’agira pas que du théâtre donné sur une<br />

scène, dans une salle. Il y a divers médias <strong>de</strong><br />

communication. J’ai vu la pièce Proof en<br />

français à Montréal à l’automne 2002, alors<br />

que j’en lisais la version originale en anglais.<br />

Ce printemps, j’ai vu le film chez moi en<br />

DVD. On perd alors le caractère unique d’une<br />

représentation au théâtre (mais, <strong>de</strong> toute<br />

façon, les pièces ne sont pas longtemps à<br />

l’affiche dans un voisinage donné, en général).<br />

Le film, lui, est figé dans sa version finale au<br />

montage (<strong>et</strong> n’est accessible que pendant une<br />

brève pério<strong>de</strong> dans les salles). Cependant, on y<br />

gagne en personnages secondaires ajoutés <strong>et</strong><br />

en lieux multiples. La version DVD connaît<br />

peu <strong>de</strong> ces limitations <strong>de</strong> lieu <strong>et</strong> <strong>de</strong> temps. De<br />

plus, on peut faire <strong>de</strong>s arrêts, <strong>de</strong>s r<strong>et</strong>ours en<br />

arrière, <strong>de</strong>s reprises. Bref, revoir <strong>et</strong> analyser ce<br />

que l’on veut, en particulier les propos <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> ou sur les <strong>mathématiques</strong>. La<br />

lecture du texte <strong>de</strong> la pièce ou du scénario du<br />

film perm<strong>et</strong> certes les meilleures réflexions<br />

proprement intellectuelles <strong>et</strong> leur prise en<br />

notes en marge du texte. Au théâtre <strong>et</strong> au<br />

cinéma, tout passe vite, la mémoire est<br />

débordée, l’impression règne <strong>et</strong> bien <strong>de</strong>s<br />

détails s’effacent assez vite. Le message n’est<br />

pas que le médium, mais il en dépend<br />

fortement (merci <strong>et</strong> mille excuses, monsieur<br />

McLuhan). Le lecteur est invité à noter que les<br />

sections 4 <strong>et</strong> 5 ne dépen<strong>de</strong>nt pas que <strong>de</strong><br />

visionnements ininterrompus. Elles témoignent<br />

fortement <strong>de</strong> la lecture <strong>de</strong>s œuvres.<br />

1- Gran<strong>de</strong> distance apparente<br />

« Quoi, théâtre <strong>et</strong> maths ! Quel rapport ? Que<br />

peux-tu bien leur dire là-<strong>de</strong>ssus ? ». Ces <strong>de</strong>ux<br />

domaines sont, en eff<strong>et</strong>, bien éloignés, à bien<br />

<strong>de</strong>s égards. Faisons-en un défrichage grossier.<br />

À coups d’oppositions que je ne prouverai ni<br />

ne nuancerai (je les ai rapi<strong>de</strong>ment commentées<br />

le 1 er juin).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 163 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />

Mathématiques vs Théâtre<br />

Abstrait Concr<strong>et</strong><br />

Général Particulier<br />

Universel En un lieu<br />

Intemporel À un moment<br />

Argumentation Présentation<br />

Activité mentale Touche par les sens<br />

Raison Émotion<br />

Je présentai à l’auditoire quatre schémas anciens <strong>de</strong> classification<br />

<strong>de</strong>s connaissances, choisis surtout pour <strong>de</strong>s raisons <strong>de</strong><br />

commodité logistique. Dans tous, il fut facile d’indiquer la<br />

distance conceptuelle entre le théâtre <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong>.<br />

Chacun pourra en faire autant avec toute classification qui lui<br />

soit accessible. C<strong>et</strong> exercice est toujours instructif.<br />

Sens commun, premier examen <strong>et</strong> classifications diverses <strong>de</strong>s<br />

activités humaines confirment l’éloignement apparent <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> du théâtre.<br />

Pourtant, il y a <strong>de</strong>s contacts entre ces <strong>de</strong>ux domaines.<br />

Comment n’y en aurait-il pas? Les <strong>mathématiques</strong> sont<br />

présentes, visiblement ou non, partout où il y a calcul ou<br />

mesure <strong>et</strong> donc forcément sur la scène <strong>de</strong> théâtre, espace<br />

concr<strong>et</strong>. Inversement, le théâtre peut s’intéresser à toute<br />

activité humaine, <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> vue psychologique,<br />

sociologique, historique ou autre. Or les <strong>mathématiques</strong> que<br />

nous connaissons ou faisons sont <strong>de</strong> confection humaine,<br />

quel que soit le statut ontologique qu’on croit qu’elles aient.<br />

Le théâtre peut donc en représenter <strong>de</strong>s aspects, <strong>de</strong>s<br />

moments, <strong>de</strong>s individus, <strong>de</strong>s groupes.<br />

A priori, l’intersection math-théâtre n’est donc pas vi<strong>de</strong>. De<br />

facto elle comprend même une foule d’éléments.<br />

Passons donc à l’examen <strong>de</strong> certains liens entre les <strong>de</strong>ux<br />

domaines.<br />

2- Les <strong>mathématiques</strong> au service du théâ-<br />

tre<br />

Voici divers mo<strong>de</strong>s d’utilisation <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, classés<br />

dans <strong>de</strong>ux gran<strong>de</strong>s catégories, sans développement substantiel<br />

<strong>de</strong> ma part.<br />

a) Monter concrètement du théâtre<br />

- Le théâtre recourt à <strong>de</strong>s appareils <strong>de</strong> son, d’éclairage, <strong>et</strong>c.,<br />

qui, forcément, contiennent ou utilisent <strong>de</strong> la mathématique<br />

cachée, incorporée.<br />

- Plus directement, on fait <strong>de</strong>s mesures au théâtre : trois pas à<br />

jardin, seize mesures ou tant <strong>de</strong> secon<strong>de</strong>s <strong>de</strong> musique, avonsnous<br />

les douze pieds <strong>de</strong> l’alexandrin ?<br />

- On fait <strong>de</strong>s projections sur masques fixes (Les aveugles, <strong>de</strong><br />

Ma<strong>et</strong>erlinck, par Denis Marleau, au Musée d’art<br />

contemporain <strong>de</strong> Montréal), <strong>de</strong> l’holographie (La Tempête, <strong>de</strong><br />

Shakespeare, par Michel Lemieux <strong>et</strong> al., au TNM), <strong>et</strong> bien<br />

d’autres usages mixtes <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />

b) Étudier certains aspects du théâtre<br />

- Les <strong>statistique</strong>s <strong>et</strong> la comptabilité servent à étudier les finances<br />

<strong>de</strong>s troupes, leurs répertoires respectifs, la fréquentation<br />

du public.<br />

- On peut faire l’analyse spatio-temporelle d’une œuvre aux<br />

étapes <strong>de</strong> la préparation, <strong>de</strong>s répétitions ou <strong>de</strong>s représentations,<br />

<strong>et</strong> procé<strong>de</strong>r à <strong>de</strong>s ajustements en cours <strong>de</strong> route ou à<br />

<strong>de</strong>s comparaisons ultérieures.<br />

- Enfin, il y a l’analyse du texte : nombre <strong>et</strong> longueur <strong>de</strong>s<br />

répliques, leur distribution parmi les personnages ; nombres<br />

<strong>et</strong> moments <strong>de</strong>s monologues, duos, groupes ; fréquences<br />

relatives <strong>de</strong> centaines <strong>de</strong> divers schémas (par exemple, nomadjectif-adjectif<br />

versus nom-adjectif-autre), lesquelles perm<strong>et</strong>tent<br />

parfois la détermination <strong>de</strong> la paternité <strong>de</strong>s œuvres,<br />

surtout négativement, en particulier pour <strong>de</strong>s œuvres anciennes.<br />

3- Les <strong>mathématiques</strong> dans les œuvres <strong>de</strong><br />

théâtre<br />

Le théâtre peut traiter <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ou <strong>de</strong>s mathématiciens<br />

dans son contenu même : suj<strong>et</strong>, péripéties, langage, …<br />

Pour y voir un peu clair, utilisons une typologie à bifurcation<br />

binaire <strong>de</strong> notre cru quant à la place que les <strong>mathématiques</strong><br />

occupent dans les œuvres <strong>de</strong> théâtre. D’autres classifications,<br />

bien sûr, auraient pu être r<strong>et</strong>enues, dont celles reprenant les<br />

mêmes divisions, mais dans un ordre différent.<br />

a) Densité <strong>de</strong> présence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

Il est rare que la présence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> soit forte dans<br />

les œuvres <strong>de</strong> théâtre. Mais donnons tout <strong>de</strong> suite <strong>de</strong>ux<br />

exemples sur lesquels nous reviendrons en détail dans les<br />

sections 4 <strong>et</strong> 5 : Proof (2000) <strong>de</strong> David Auburn <strong>et</strong> La Leçon<br />

(1951) d’Eugène Ionesco.<br />

C<strong>et</strong>te présence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est d’ordinaire faible, voire<br />

très faible, rarement nulle. On trouve presque toujours <strong>de</strong>s<br />

termes à connotation numérique ou géométrique, comme<br />

dans le langage courant <strong>et</strong> dans les textes en général :<br />

- Nombres pour désigner les quantités : un, <strong>de</strong>ux, trois,<br />

certes, mais l’imaginaire <strong>de</strong> l’auteur ou son réflexe d’écriture<br />

suivent-ils le système décimal ?<br />

- Désignations qualitatives ou quantitatives : beaucoup se dit<br />

aussi mille ou million ou incommensurable… Cela est-il<br />

significatif ?<br />

- Figures géométriques, souvent régulières : carré, cube,<br />

cercle, …<br />

- Adverbes ou adjectifs topologiques : près, dans, serrés,<br />

voisin, …<br />

- Etc.<br />

Le relevé <strong>de</strong> ces minitraces <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est d’ordinaire<br />

fastidieux, parfois surprenant, à l’occasion éclairant. Ce<br />

n’est pas mon propos que <strong>de</strong> m’y attar<strong>de</strong>r ici. Nous nous<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 164 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />

limiterons à <strong>de</strong>s œuvres <strong>de</strong> théâtre à forte présence <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>, même si nos bifurcations binaires pourraient<br />

s’appliquer au cas faible.<br />

b) Visée didactique ou <strong>de</strong> divertissement ?<br />

Une dramatisation <strong>de</strong> l’activité mathématique comme telle ou<br />

<strong>de</strong> la vie <strong>de</strong> mathématiciens est parfois utilisée à <strong>de</strong>s fins<br />

didactiques. On espère susciter <strong>de</strong> l’intérêt afin <strong>de</strong> bien<br />

amorcer l’étu<strong>de</strong> d’un concept ou d’un problème, voire en<br />

suivre l’évolution dans le temps. Ou rendre les <strong>mathématiques</strong><br />

plus vivantes <strong>et</strong> « humaines », en montrant <strong>de</strong>s personnages<br />

célèbres aux prises avec <strong>de</strong>s difficultés significatives,<br />

intellectuellement parlant. Presque toujours conçues pour un<br />

public scolaire, ces activités ont souvent la taille <strong>de</strong> capsules,<br />

intégrables dans une série d’activités (exercices, étu<strong>de</strong>s,<br />

travaux, discussions). Dans les <strong>de</strong>ux cas auxquels j’ai<br />

collaboré personnellement, le recours au vidéo ou à la<br />

télévision a servi à assurer une diffusion large <strong>et</strong> à justifier les<br />

frais <strong>de</strong> production : le cours Permama III (hiver 1973) <strong>et</strong> De<br />

l’arithme à l’inconnue, un <strong>de</strong>s trois documents <strong>de</strong> la vidéocass<strong>et</strong>te<br />

Le développement <strong>de</strong> la pensée mathématique <strong>et</strong> scientifique<br />

(CIRADE, UQAM, 1993).<br />

Mais quittons ce théâtre mathématique foncièrement didactique.<br />

Pour le reste du texte, nous regar<strong>de</strong>rons du théâtre <strong>de</strong><br />

divertissement, s’adressant au grand public.<br />

c) Les <strong>mathématiques</strong> traitées <strong>de</strong> l’extérieur ou<br />

<strong>de</strong> l’intérieur<br />

Il y a une gran<strong>de</strong> différence entre parler <strong>et</strong> faire, la plupart du<br />

temps. Ici, « parler <strong>de</strong> » consiste à raconter <strong>de</strong>s péripéties ou à<br />

faire voir <strong>de</strong>s mathématiciens dans leur vie courante ou<br />

même en train <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, mais sans être en<br />

état d’en faire avec eux, sans comprendre la problématique<br />

mathématique <strong>et</strong> s’y mouvoir nous-même comme spectateur<br />

(ou lecteur). Une telle approche, un tel traitement du suj<strong>et</strong><br />

proprement mathématique, <strong>de</strong> l’extérieur en fait, n’est pas<br />

forcément inintéressant, insignifiant.<br />

Mais comment un traitement <strong>de</strong> l’extérieur pourrait-il être<br />

riche ? Il le peut en s’occupant <strong>de</strong>s aspects psychologiques,<br />

sociologiques, communicationnels, ou autres, <strong>de</strong> la formation<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> la recherche. Les intuitions, les étapes du travail, les<br />

doutes montrent <strong>de</strong>s humains à l’oeuvre. De même, la vie<br />

sociologique dans la tribu mathématicienne : qui fait ou a fait<br />

<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ? <strong>de</strong> quoi vivent-ils ? y a-t-il <strong>de</strong>s mathématiciennes<br />

<strong>et</strong> pourquoi est-ce plus rare ? création en solitaire<br />

ou travail d’équipe ? Ces questions ou d’autres doivent<br />

cependant être abordées <strong>et</strong> travaillées pour la scène <strong>et</strong> non<br />

comme pour un article savant. De même pour les communications<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s personnages <strong>de</strong> la pièce (exposés,<br />

articles à soum<strong>et</strong>tre, à r<strong>et</strong>ravailler, …). Proof est un bel<br />

exemple <strong>de</strong> réussite <strong>de</strong> traitement par l’extérieur.<br />

Que le théâtre puisse faire pétrir <strong>de</strong> la substance mathématique<br />

au spectateur, lui faire faire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> en même<br />

temps que les protagonistes sur scène, eux en plein penseragir<br />

mathématique, lui essayant <strong>de</strong> suivre, cogitant, intellec-<br />

tuellement stimulé <strong>et</strong> curieux, éprouvant <strong>de</strong>s émotions diverses<br />

en cours <strong>de</strong> route, bref, un traitement <strong>de</strong> l’intérieur du<br />

mon<strong>de</strong> mathématique, cela se peut-il ? Bien sûr. On n’a qu’à<br />

penser aux usages pédagogiquo-didactiques du théâtre. Mais<br />

nous avions dit que nous ne parlerions plus <strong>de</strong> didactique ?<br />

Qu’à cela ne tienne, la réponse <strong>de</strong>meure affirmative, même<br />

pour le théâtre grand public. Un exemple réel?<br />

L’arithmétique élémentaire dans La Leçon.<br />

C<strong>et</strong>te distinction interne-externe s’utilise aussi en historiographie<br />

<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, voir mon texte Les oppositions passéprésent<br />

<strong>et</strong> interne-externe en histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong><br />

l’AMQ, mai 1991, 29-32.<br />

d) Contenu mathématique élémentaire ou<br />

supérieur ?<br />

Notre <strong>de</strong>rnière bifurcation porte sur le niveau mathématique.<br />

Chacun peut placer où il veut la délimitation entre élémentaire<br />

<strong>et</strong> supérieur. M<strong>et</strong>tons dans la <strong>de</strong>uxième catégorie le calcul<br />

différentiel ou intégral, les structures algébriques, les calculs<br />

ou même les concepts <strong>statistique</strong>s (<strong>de</strong>gré <strong>de</strong> précision, <strong>de</strong>ux<br />

types d’erreurs, …), <strong>et</strong>c. Probablement tout ce qui dépasse<br />

l’école primaire, <strong>et</strong> encore ! On est au théâtre, pas dans une<br />

salle <strong>de</strong> classe.<br />

Rappelons que nous nous en tenons maintenant à <strong>de</strong>s œuvres<br />

à forte présence mathématique pour le grand public.<br />

Quatre possibilités découlent <strong>de</strong> nos <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rnières bifurcations<br />

: contenu <strong>et</strong> traitement.<br />

- Élémentaire-extérieur : Je ne connais pas d’exemple <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

combinaison, pas nécessairement impossible, mais guère<br />

invitante a priori.<br />

- Élémentaire-intérieur : La partie arithmétique <strong>de</strong> La leçon<br />

d’Ionesco est savoureuse à voir, très instructive à lire.<br />

- Supérieur-intérieur : C<strong>et</strong>te combinaison paraît difficilement<br />

réalisable pour grand public. Proofs and Refutations, <strong>de</strong> Lakatos,<br />

pourrait être mis en scène, pour un public mathématicien.<br />

- Supérieur-extérieur : Un bel exemple est Proof <strong>de</strong> David<br />

Auburn, pièce à laquelle nous consacrons la prochaine section.<br />

4- Proof (2000) <strong>de</strong> David Auburn : une<br />

pièce grand public portant sur <strong>de</strong>s mathé-<br />

matiques supérieures traitées <strong>de</strong> l’exté-<br />

rieur<br />

C<strong>et</strong>te section a été omise en atelier, faute <strong>de</strong> temps. Le<br />

groupe, peut-être influencé par moi, a préféré passer à La<br />

Leçon, section 5.<br />

Créée à New York, Proof a remporté un Prix Pulitzer <strong>et</strong> un<br />

Tony Award. C<strong>et</strong>te pièce fut jouée en français sous le titre La<br />

Preuve, entre autres à Paris dans une adaptation <strong>de</strong> Jean-<br />

Clau<strong>de</strong> Carrière <strong>et</strong> au Théâtre Jean-Duceppe à Montréal dans<br />

une traduction <strong>de</strong> Benoit Girard. En 2004, un film, aussi<br />

intitulé Proof, en est issu, réalisé par J. Mad<strong>de</strong>n, avec Auburn<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 165 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />

comme coscénariste. Le DVD du film est disponible pour<br />

achat ou pour location. L’œuvre a donc connu une bonne<br />

diffusion.<br />

Robert, un ex-grand mathématicien, <strong>de</strong>venu non fonctionnel<br />

<strong>et</strong> improductif <strong>de</strong>puis longtemps, vient <strong>de</strong> mourir. Hal, un <strong>de</strong><br />

ses élèves, découvre un carn<strong>et</strong> comprenant un essai <strong>de</strong><br />

résolution d’un célèbre <strong>et</strong> ancien problème (ni nommé ni<br />

décrit par l’auteur). Ce travail est-il <strong>de</strong> Robert ou <strong>de</strong> sa fille<br />

Catherine, qui n’a officiellement qu’un début <strong>de</strong> formation<br />

universitaire en <strong>mathématiques</strong> ? Comment le déterminer ?<br />

Et ce travail est-il une vraie preuve du résultat ? C<strong>et</strong>te situation<br />

<strong>de</strong> base est enrichie <strong>de</strong> visites du mort (hallucinations ou<br />

flashbacks), ainsi que d’une opposition entre sœurs <strong>et</strong> d’une<br />

relation entre Catherine <strong>et</strong> Hal.<br />

a) Peu <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> comme telles<br />

- Une blague matheuse : la pièce <strong>de</strong> musique intitulée i est<br />

silencieuse, car i est… imaginaire.<br />

- Une mention par Hal <strong>de</strong>s nombres premiers <strong>de</strong> Germain,<br />

ceux dont le double plus un est aussi premier. Il donne 2<br />

comme exemple. Catherine enchaîne sur un nombre premier<br />

d’une autre forme. L’auteur ne nous fait pas connaître<br />

d’autres nombres <strong>de</strong> Germain (par exemple 3, 5, …) ni, ce<br />

qui aurait été intéressant, <strong>de</strong> nombres premiers<br />

non <strong>de</strong> Germain (par exemple 7).<br />

- Des noms <strong>de</strong> domaines : théorie <strong>de</strong>s jeux, géométrie<br />

algébrique, théorie <strong>de</strong>s opérateurs non linéaires, …<br />

- 1729 est un nombre très intéressant, c’est le plus p<strong>et</strong>it entier<br />

qui soit la somme <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux cubes d’entiers, <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux façons<br />

différentes (avec les cubes <strong>de</strong> 12 <strong>et</strong> <strong>de</strong> 1, <strong>et</strong> ceux <strong>de</strong> 10 <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

9). C<strong>et</strong>te information surgit subitement lors d’une conversation<br />

entre Catherine <strong>et</strong> son père. Or c’est ce que l’étonnant<br />

mathématicien indien Ramanujan, hospitalisé, avait dit à son<br />

visiteur Hardy à propos du numéro du taxi, 1729, considéré<br />

plutôt terne par l’Anglais. Il serait surprenant que l’auteur<br />

n’ait pas connu c<strong>et</strong>te anecdote racontée par Hardy dans son<br />

autobiographie (tr.fr. L’apologie d’un mathématicien). D’autre<br />

part, Robert <strong>et</strong> Catherine contreviennent à l’objurgation du<br />

père (« Be precise, for Chrissake ») en parvenant à 1729<br />

comme nombre <strong>de</strong> semaines que contiendraient 33 années <strong>et</strong><br />

quart (Catherine vient <strong>de</strong> perdre 33 jours <strong>et</strong> quart à ne pas<br />

faire <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> ils transposent en années). Si l’on<br />

fait le calcul, on constate qu’ils ont compté uniquement 52<br />

semaines dans une année, <strong>et</strong> oublié le jour ou les <strong>de</strong>ux jours<br />

supplémentaires chaque année, ce qui en vient à faire<br />

dépasser 1729 semaines. Vétille, sans doute. Mais qui m’avait<br />

échappé au théâtre. Ah, la lecture !<br />

b) Beaucoup sur la vie mathématique<br />

- La tribu universitaire : Hal éprouve <strong>de</strong>s difficultés à<br />

compléter sa thèse, à publier. Il fait partie d’un groupe <strong>de</strong><br />

musique populaire. Alcool <strong>et</strong> fêtes pour plusieurs étudiants ou<br />

professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> ou <strong>de</strong> physique théorique.<br />

Dans le film, on voit Catherine recevant les commentaires<br />

d’un <strong>de</strong> ses professeurs sur un travail. Divers groupes<br />

épluchent le contenu du cahier. Le bureau <strong>de</strong> Robert semble<br />

en grand désordre.<br />

- Jeunesse <strong>et</strong> créativité : Robert a fait ses contributions<br />

exceptionnelles avant 25 ans. Hal n’a encore rien fait<br />

d’important à 28 ans <strong>et</strong> a songé à abandonner. Les « vieux »<br />

se bourrent aux amphétamines pour produire, dit-il. L’ennui<br />

avec les clichés, c’est qu’ils ne sont d’ordinaire ni tout à fait<br />

vrais ni tout à fait faux, dis-je.<br />

- Les quatre étapes <strong>de</strong> la découverte à la Poincaré (mon<br />

regroupement <strong>et</strong> mes termes, pas ceux <strong>de</strong> l’auteur) : Le<br />

chercheur, par exemple Robert à propos du célèbre<br />

problème, travaille consciemment, longtemps dans ce cas-ci.<br />

Des blocages se produisent <strong>et</strong> mènent à l’abandon provisoire,<br />

à la pério<strong>de</strong> d’incubation inconsciente. Puis un « flash », une<br />

révélation, l’éclair <strong>de</strong> génie, l’« eurêka » donne la voie <strong>de</strong> la<br />

solution. Solution à laquelle il faut travailler consciemment <strong>et</strong><br />

avec ar<strong>de</strong>ur pour la vérifier, colmater les brèches d’incertitu<strong>de</strong>,<br />

polir la preuve <strong>et</strong> la communiquer à autrui (il y en a pour<br />

<strong>de</strong>s années, pour moi <strong>et</strong> pour d’autres, dit Robert). Pour plus<br />

d’information sur ces étapes <strong>et</strong> sur le travail <strong>de</strong> recherche,<br />

voir mon texte Invention, découverte <strong>et</strong> créativité en <strong>mathématiques</strong> :<br />

aspects psychologiques <strong>et</strong> historiques, Bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong> l’AMQ, mai 1998,<br />

23-31.<br />

- L’évolution rapi<strong>de</strong> <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> : Hal en vient à<br />

rej<strong>et</strong>er la possibilité que Robert soit l’auteur du cahier, car il<br />

contient <strong>de</strong>s techniques nouvelles que, mala<strong>de</strong>, le père <strong>de</strong><br />

Catherine n’a pu connaître <strong>et</strong>, encore moins, maîtriser. La<br />

pièce parle <strong>de</strong> formes modulaires <strong>et</strong> <strong>de</strong> courbes elliptiques (<strong>et</strong><br />

l’on pense à la preuve du théorème <strong>de</strong> Fermat par Wiles),<br />

mais le film leur substitue matrices aléatoires <strong>et</strong> géométrie<br />

non commutative.<br />

- Génie <strong>et</strong> folie : Robert, génie précoce, a sombré dans la<br />

folie. A-t-il r<strong>et</strong>rouvé sa raison comme Nash, auquel il fait<br />

penser (Nash, le mathématicien lauréat du prix Nobel<br />

d’économie, modèle du protagoniste du film A beautiful<br />

Mind) ? Sa fille Catherine a-t-elle hérité <strong>de</strong> ce que l’autre fille,<br />

Claire, femme pratique, appelle pudiquement son talent <strong>et</strong> son<br />

instabilité ?<br />

- Les femmes en <strong>mathématiques</strong> : Hal est pris en flagrant<br />

délit <strong>de</strong> sexisme verbal mathématique, puis confond Sophie<br />

Germain avec une mathématicienne vivante (Germain est<br />

née à Paris en 1776, corrige sèchement Catherine). Plus<br />

grave : on croit d’abord Catherine incapable d’avoir écrit le<br />

cahier, parce qu’elle a peu <strong>de</strong> formation attestée en<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong>, dit-elle, parce qu’elle est une femme.<br />

- Preuves <strong>et</strong> preuves : Il y a <strong>de</strong>s preuves élégantes, d’autres<br />

grumeleuses ou bosseuses, dit Catherine à la fin. Et les<br />

arguments du cahier sont ardus à vali<strong>de</strong>r, il faut <strong>de</strong>s équipes<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 166 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />

<strong>de</strong> diverses spécialités pour le faire (encore là, on pense à<br />

Wiles <strong>et</strong> au vaste travail <strong>de</strong> validation qui a eu cours à<br />

l’occasion <strong>de</strong> la « preuve » du théorème <strong>de</strong> Fermat, qui a fait<br />

les manch<strong>et</strong>tes même <strong>de</strong>s grands journaux, il y a déjà une<br />

douzaine d’années).<br />

Au total, Proof est riche en considérations sur le mon<strong>de</strong><br />

mathématique, ses gens <strong>et</strong> leur mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> travail. Ceux du<br />

milieu peuvent s’y reconnaître <strong>et</strong> le public y découvre, ô<br />

surprise, que les <strong>mathématiques</strong> sont vivantes <strong>et</strong> leurs<br />

« héros », humains.<br />

5- La Leçon (1951) d’Eugène Ionesco :<br />

une pièce grand public portant sur <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> élémentaires traitées <strong>de</strong><br />

l’intérieur<br />

Oeuvre <strong>de</strong>s débuts d’Ionesco, alors au tournant <strong>de</strong> la<br />

quarantaine, La Leçon est <strong>de</strong>venue une <strong>de</strong>s pièces mo<strong>de</strong>rnes<br />

les plus jouées au mon<strong>de</strong>. Avec La cantatrice chauve, elle tient<br />

notamment l’affiche sans discontinuer <strong>de</strong>puis 1957 au p<strong>et</strong>it<br />

théâtre La Huch<strong>et</strong>te à Paris, où j’ai eu le plaisir <strong>de</strong> la voir à<br />

l’été 2004, quelques semaines après avoir moi-même tenu le<br />

rôle du Professeur dans une production amateur à Montréal.<br />

Un professeur reçoit <strong>de</strong>s élèves en leçons individuelles à<br />

domicile, où une bonne assure le fonctionnement <strong>de</strong> la<br />

maisonnée : arrivée <strong>de</strong> l’élève <strong>et</strong> préliminaires (19 % <strong>de</strong> la<br />

pièce approximativement, par comptage <strong>de</strong>s pages), leçon<br />

d’arithmétique (25 %), leçon <strong>de</strong> philologie <strong>et</strong> <strong>de</strong> linguistique<br />

(45 %), remise en ordre ou n<strong>et</strong>toyage (13 %). Puis on entend<br />

à nouveau la sonn<strong>et</strong>te d’entrée annonçant l’arrivée <strong>de</strong> l’élève<br />

suivante.<br />

Au théâtre, on est surtout sensible à la drôlerie <strong>de</strong> la partie<br />

arithmétique <strong>de</strong> ce « drame comique ». L’atmosphère y<br />

<strong>de</strong>vient lour<strong>de</strong> à la fin, mais beaucoup moins que dans la<br />

partie linguistique. L’arithmétique ça fatigue, ça énerve, dit la<br />

bonne (p. 51 dans l’édition <strong>de</strong> La Pléia<strong>de</strong>), <strong>et</strong> la philologie mène<br />

au pire (59).<br />

Lors <strong>de</strong> l’exposé-atelier du 1 er juin, j’ai distribué aux personnes<br />

présentes douze extraits <strong>de</strong> la leçon arithmétique (ici<br />

regroupés en dix points). Une participante faisant l’élève,<br />

nous les avons joués, en arrêtant pour <strong>de</strong>s commentaires<br />

didactico-<strong>mathématiques</strong>. La lecture écoutée texte sous les<br />

yeux <strong>et</strong> les commentaires permirent d’apprécier encore plus,<br />

me dit-on, l’humour absur<strong>de</strong> d’Ionesco <strong>et</strong> combien celui-ci<br />

touche à <strong>de</strong>s points névralgiques <strong>de</strong> l’arithmétique <strong>et</strong> <strong>de</strong> son<br />

enseignement. En italiques, le texte d’Ionesco. Les omissions<br />

<strong>de</strong> texte seront notées (…). En caractères usuels, mes<br />

commentaires, dans le texte ou entre parenthèses. Tous les<br />

soulignés sont <strong>de</strong> moi.<br />

1- Comme au début d’un manuel, le professeur donne une<br />

définition <strong>de</strong> l’arithmétique : C’est une science assez nouvelle, une<br />

science mo<strong>de</strong>rne (faux, probablement la plus ancienne) ; à<br />

proprement parler, c’est plutôt une métho<strong>de</strong> qu’une science (oui, en un<br />

sens)… C’est aussi une thérapeutique (hein? pour qui? en quoi?).<br />

2- P (= LE PROFESSEUR) : Combien font un <strong>et</strong> un ?<br />

É (= L’ÉLÈVE) : Un <strong>et</strong> un font <strong>de</strong>ux.<br />

P, émerveillé par le savoir <strong>de</strong> É : Oh, mais c’est très bien. (…) Vous<br />

aurez facilement votre doctorat total (…)<br />

P commence vraiment par la base ! Mais n’oublions pas que<br />

c<strong>et</strong>te possibilité <strong>de</strong> récurrence sur les entiers, c<strong>et</strong> ajout<br />

successif illimité d’unités est fondamental, comme le notait<br />

Poincaré. Mais dire les noms <strong>de</strong>s successeurs <strong>de</strong> un, jusqu’à 8<br />

ou 9, ne donne pas une garantie <strong>de</strong> doctorat « total », ni<br />

même ne rend magistrale pour l’addition.<br />

3-P, systématique, passe à l’opération inverse, la soustraction.<br />

P : (…) Voyons la soustraction, Dites-moi, seulement si vous n’êtes pas<br />

épuisée, combien font quatre moins trois ?<br />

Et là, ça se gâte. É répond sept, P lui dit qu’elle confond avec<br />

l’addition, É essaie quatre, puis trois ( réponses qu’on peut<br />

supposer issues <strong>de</strong>s données, en en supprimant une) , enfin<br />

tout <strong>de</strong> même pas dix ?<br />

P : Oh, certainement pas, ma<strong>de</strong>moiselle. Mais il ne s’agit pas <strong>de</strong><br />

<strong>de</strong>viner, il faut raisonner. Tâchons <strong>de</strong> le déduire ensemble. (…)<br />

Raisonner <strong>et</strong> déduire sont <strong>de</strong>s activités chéries à juste titre par<br />

les enseignants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. P aime bien les fon<strong>de</strong>ments<br />

<strong>et</strong> la déduction, mais il va s’embourber dans son<br />

entreprise.<br />

4- É : Je puis compter… à l’infini.<br />

P : Cela n’est pas possible, ma<strong>de</strong>moiselle.<br />

É : Alors, m<strong>et</strong>tons jusqu’à seize.<br />

P : Cela suffit, il faut savoir se limiter (…)<br />

La question <strong>de</strong> l’infini ! Les confusions entre « infini » <strong>et</strong><br />

« sans empêchement <strong>de</strong> réitérer », entre arriver <strong>et</strong> ne jamais<br />

s’arrêter. Infini actuel <strong>et</strong> infini potentiel. L’infini mathématique<br />

a une longue <strong>et</strong> complexe histoire. Toute classe d’élèves<br />

réactive c<strong>et</strong>te problématique. P agit sagement en voulant<br />

rester dans le fini, <strong>et</strong> même le « p<strong>et</strong>it fini », pour travailler le<br />

quatre moins trois.<br />

5- Commence alors un développement didactico-drôlaticodramatique<br />

pour éclaircir la notion <strong>de</strong> soustraction. On passe<br />

d’abord par la comparaison <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>urs :<br />

P : (…) Quel nombre est le plus grand ?<br />

É : (…) Dans quel sens le plus grand ?<br />

S’ensuit un embrouillamini qui se termine par :<br />

P : (…) Supposons (…) que nous n’avons que <strong>de</strong>s nombres égaux, les<br />

plus grands seront ceux qui auront le plus d’unités égales.<br />

É : (…) Ah, je comprends, monsieur, vous i<strong>de</strong>ntifiez la qualité à la<br />

quantité.<br />

P : Cela est trop théorique, ma<strong>de</strong>moiselle, trop théorique.<br />

6- Au passage, une confusion <strong>de</strong> vocabulaire :<br />

P : (…) Combien d’unités avez-vous <strong>de</strong> trois à quatre ?...ou <strong>de</strong> quatre<br />

à trois, si vous préférez ?<br />

É : Il n’y a pas d’unités, monsieur, entre trois <strong>et</strong> quatre. Quatre vient<br />

tout <strong>de</strong> suite après trois ; il n’y a rien du tout entre trois <strong>et</strong> quatre.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 167 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />

7- Après un infructueux essai, disons concréto-imaginaire,<br />

avec <strong>de</strong>s allum<strong>et</strong>tes inexistantes (dangereux, le feu ?), P va<br />

passer à ce que j’appellerai du concréto-hypothétique, au<br />

sta<strong>de</strong> formel hypothéticodéductif à la Piag<strong>et</strong> en quelque<br />

sorte, mais avec un support concr<strong>et</strong>, le corps même <strong>de</strong><br />

l’élève. Deux nez, une oreille puis <strong>de</strong>ux, puis trois oreilles, dix<br />

puis cinq doigts, rien ne fonctionne. L’élève revient<br />

immanquablement <strong>et</strong> imperturbablement à sa vraie réalité :<br />

un nez, <strong>de</strong>ux oreilles, dix doigts. Et cela, malgré les<br />

suggestions (menaces, si l’on y songe bien) <strong>de</strong> P : Si vous aviez<br />

eu <strong>de</strong>ux nez, <strong>et</strong> je vous en aurais arraché un, <strong>et</strong>, plus loin, Vous en<br />

avez <strong>de</strong>ux (oreilles), j’en prends une, je vous en mange une, combien<br />

vous en reste-t-il ?<br />

8- P trace ensuite <strong>de</strong>s bâtons imaginaires <strong>et</strong> finit par tout<br />

confondre.<br />

É, hésitante : (…) Des éléments, <strong>de</strong>s chiffres, qui sont <strong>de</strong>s bâtons, <strong>de</strong>s<br />

unités <strong>et</strong> <strong>de</strong>s nombres…<br />

P : À la fois (…).<br />

É <strong>de</strong>man<strong>de</strong> alors, logiquement, si on peut soustraire <strong>de</strong>ux<br />

chiffres <strong>de</strong> quatre nombres ? <strong>et</strong> trois nombres d’une unité ? P répond<br />

Non (…) Parce que (…) Il en est ainsi, ma<strong>de</strong>moiselle. Ça ne<br />

s’explique pas. Ça se comprend par un raisonnement mathématique<br />

intérieur. On l’a ou on ne l’a pas.<br />

É : Tant pis !<br />

Nous voilà arrivés à une mystification dite <strong>de</strong> compréhension<br />

intérieure, alors qu’on <strong>de</strong>vait apprendre à déduire à partir <strong>de</strong><br />

principes.<br />

9- P veut terminer en force, informe É qu’on ne pourra pas la<br />

charger d’un cours à l’École polytechnique… ni à la maternelle<br />

supérieure <strong>et</strong> la m<strong>et</strong> au défi très très abstrait <strong>de</strong> calculer mentalement<br />

le produit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux grands nombres. Elle y réussit, pas lui (en<br />

fait, les <strong>de</strong>ux ont tort, mais, lui, <strong>de</strong> façon évi<strong>de</strong>nte sans calcul<br />

autre que <strong>de</strong>s unités, car un fois huit donne huit <strong>et</strong> non neuf).<br />

É : C’est simple…Ne pouvant me fier à mon raisonnement, j’ai appris<br />

par cœur tous les résultats possibles <strong>de</strong> toutes les multiplications<br />

possibles.<br />

P est furieux, car C’est par un raisonnement mathématique, inductif<br />

<strong>et</strong> déductif à la fois, que vous auriez dû trouver ce résultat (…).<br />

En fait, il est irrité <strong>de</strong> la réussite illégitime (<strong>et</strong>, pour nous,<br />

invraisemblable) <strong>de</strong> É. Il ne pense pas à lui dire l’impossibilité<br />

d’une mémorisation infinie, ni à rappeler qu’à une multiplication<br />

donnée, il n’y a qu’un résultat.<br />

10- Adieu, doctoral total (notons le statut académique <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>). P veut bien la préparer pour le doctorat partiel<br />

par l’enseignement <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> la linguistique <strong>et</strong> <strong>de</strong> la philologie<br />

comparée.<br />

Drôle, mais <strong>de</strong> plus en plus inquiétante d’agressivité, c<strong>et</strong>te<br />

leçon d’arithmétique d’Ionesco peut donc se lire comme une<br />

histoire <strong>de</strong> cas illustrant <strong>de</strong>s problèmes méthodologiques,<br />

didactiques, épistémologiques, voire ontologiques, <strong>de</strong> l’enseignement<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> l’apprentissage <strong>mathématiques</strong> ainsi que <strong>de</strong> la<br />

relation maître-élève. Mais, au théâtre, cela reste une comédie.<br />

On rit <strong>de</strong> l’incompétence <strong>de</strong> P <strong>et</strong> <strong>de</strong> É <strong>et</strong> <strong>de</strong> toutes ces<br />

incongruités.<br />

6- Image <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

mathématiciens dans le théâtre grand<br />

public<br />

Le titre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te section était dans la <strong>de</strong>scription <strong>de</strong> l’exposéatelier<br />

du 1 er juin. Mais je n’y avais guère travaillé <strong>et</strong> n’en ai<br />

dit que quelques mots. J’ai eu le plaisir <strong>de</strong> trouver, par<br />

Intern<strong>et</strong>, la même évaluation globale que la mienne par Jean-<br />

Pierre Kahane, dans une note, positive, sur la pièce La Preuve:<br />

Il y a maintenant plusieurs pièces <strong>et</strong> films dont le suj<strong>et</strong> <strong>et</strong> les personnages<br />

représentent notre métier. Dans l’ensemble, nous y apparaissons comme<br />

excentriques, géniaux, fous, <strong>et</strong> plutôt sympathiques (SMF-Gaz<strong>et</strong>te-<br />

95, Janvier 2003). Je nuancerais en signalant que, dans bien<br />

<strong>de</strong>s cas, comme dans La Leçon, les mathématiciens peuvent<br />

finir par apparaître comme plus inquiétants que sympathiques.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 168 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les différents acteurs d’une<br />

situation d’apprentissage par<br />

problèmes :<br />

l’exemple d’un travail <strong>de</strong> session proposé aux élèves du programme <strong>de</strong> Sciences <strong>de</strong> la<br />

nature du Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke dans le cadre <strong>de</strong> leur cours d’algèbre linéaire<br />

La rédaction d’une situation d’apprentissage par problèmes afin d’amener les élèves<br />

à acquérir <strong>de</strong>s connaissances théoriques en <strong>mathématiques</strong> n’est pas une tâche<br />

aisée. Nous proposons ici une analyse a posteriori d’un travail <strong>de</strong> session proposé<br />

dans le cadre d’un cours d’algèbre linéaire <strong>de</strong> niveau collégial. C<strong>et</strong>te analyse nous a<br />

permis <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce quatre personnages qui interviennent à tour <strong>de</strong> rôle<br />

dans ce genre d’apprentissage: le texte <strong>de</strong> la situation problème, l’élève, le<br />

professeur <strong>et</strong> le manuel <strong>de</strong> classe. Nous pensons qu’une définition précise du rôle<br />

<strong>de</strong> chacun <strong>de</strong> ces personnages peut ai<strong>de</strong>r à rédiger <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s qui vont encourager<br />

l’élève à construire un savoir mathématique <strong>de</strong> manière relativement autonome.<br />

Nicolas Pfister,<br />

Cégep <strong>de</strong><br />

Sherbrooke<br />

nicolas.pfister@<br />

cegepsherbrooke.<br />

qc.ca<br />

Remerciements<br />

Je tiens à remercier<br />

très<br />

chaleureusement<br />

madame Marie-Jane<br />

Haguel <strong>et</strong> madame<br />

Sylvie Savage,<br />

professeures au<br />

Cégep <strong>de</strong><br />

Sherbrooke, pour<br />

leur collaboration,<br />

leur soutien, mais<br />

surtout pour le<br />

plaisir que j’ai eu à<br />

travailler avec elles<br />

sur ce proj<strong>et</strong>.<br />

D<br />

ans un premier cours d'algèbre<br />

linéaire <strong>de</strong> niveau collégial, la plupart<br />

<strong>de</strong>s thèmes abordés utilisent comme<br />

obj<strong>et</strong>s d’étu<strong>de</strong> les vecteurs, les matrices <strong>et</strong> les<br />

systèmes d’équations linéaires. Ces obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong><br />

les situations dans lesquelles on les r<strong>et</strong>rouve<br />

amènent les élèves à explorer les concepts <strong>de</strong><br />

combinaisons linéaires, d’indépendance<br />

linéaire <strong>et</strong> <strong>de</strong> bases, trois concepts qui ont<br />

comme toile <strong>de</strong> fond la structure d’espace<br />

vectoriel. L’introduction <strong>de</strong>s espaces<br />

vectoriels, dans le cadre du cours d’algèbre<br />

linéaire, est alors pour la plupart <strong>de</strong>s élèves<br />

l’occasion d’un premier contact formel avec<br />

une structure algébrique. Dans la majorité <strong>de</strong>s<br />

cas, c<strong>et</strong>te structure est essentiellement présentée<br />

à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> situations faisant intervenir les<br />

espaces géométriques ! 2 <strong>et</strong> ! 3 bien que<br />

parfois on y r<strong>et</strong>rouve également <strong>de</strong>s contextes<br />

tirés d’espaces plus abstraits tels ! n , les<br />

matrices <strong>de</strong> format mxn <strong>et</strong> éventuellement <strong>de</strong>s<br />

espaces <strong>de</strong> polynômes. Toutes ces situations<br />

qui m<strong>et</strong>tent en jeu la structure d’espace<br />

vectoriel ont en commun le développement<br />

d’un même schème <strong>de</strong> pensée chez l’élève :<br />

l’étu<strong>de</strong> du comportement d’obj<strong>et</strong>s (vecteurs,<br />

matrices, fonctions, <strong>et</strong>c.) relativement aux<br />

opérations d’addition vectorielle <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

multiplication par un scalaire. C’est dans le<br />

développement <strong>de</strong> ce schème <strong>de</strong> pensée, induit<br />

par un premier contact avec les structures<br />

algébriques <strong>et</strong> en particulier avec celle plus<br />

primitive associée aux scalaires, que nous<br />

avons cherché un prétexte pour tenter<br />

d'amener les élèves à construire un savoir<br />

mathématique <strong>de</strong> manière relativement<br />

autonome. C<strong>et</strong>te construction est soutenue par<br />

quelques brèves mises en situation <strong>et</strong> par un<br />

certain nombre <strong>de</strong> questions regroupées dans<br />

un questionnaire. Celui-ci va servir <strong>de</strong> canevas<br />

pour le travail <strong>de</strong>s élèves, un travail qui suivra<br />

un cheminement distinct, mais non<br />

indépendant <strong>de</strong>s notions étudiées dans la<br />

partie magistrale du cours telles que proposées<br />

dans le manuel utilisé.<br />

1. Les acteurs<br />

Nous voulons présenter ici la structure du<br />

canevas <strong>de</strong> travail en essayant <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en<br />

évi<strong>de</strong>nce la redistribution <strong>de</strong>s rôles imposée<br />

aux différents acteurs qui interviennent<br />

lorsqu’on m<strong>et</strong> les élèves <strong>de</strong>vant une situation<br />

« par problèmes ». Chacun <strong>de</strong>s acteurs apporte<br />

avec lui une part <strong>de</strong>s connaissances qui seront<br />

nécessaires à la construction <strong>de</strong> ce nouveau<br />

savoir :<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 169 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

• Le questionnaire qui agit comme maître du jeu : les<br />

connaissances qu’il propose ne peuvent être remises en<br />

question <strong>et</strong> tous les autres acteurs sont assuj<strong>et</strong>tis à sa<br />

volonté;<br />

• Le professeur qui doit savoir, par ses interventions<br />

auprès <strong>de</strong>s élèves, m<strong>et</strong>tre une certaine distance entre<br />

ses connaissances <strong>et</strong> celles imposées par le questionnaire;<br />

• Le manuel toujours prêt à rendre service à tout le<br />

mon<strong>de</strong>, mais dont la connaissance quoiqu’immédiatement<br />

disponible ne correspond pas toujours à ce que<br />

l’on souhaite;<br />

• L’élève qui, avec son baluchon <strong>de</strong> connaissances<br />

préalables <strong>de</strong>vra apprendre à négocier ce qu’il possè<strong>de</strong><br />

avec les trois autres acteurs pour obtenir d’eux ce dont<br />

il a besoin.<br />

Au Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke, le cours d’algèbre linéaire dans le<br />

programme <strong>de</strong> Sciences <strong>de</strong> la nature est offert aux élèves<br />

lors <strong>de</strong> leur troisième ou quatrième session. Si les cours <strong>de</strong><br />

calcul différentiel <strong>et</strong> <strong>de</strong> calcul intégral <strong>de</strong> ce programme ne<br />

sont pas préalables au cours d’algèbre linéaire, la plupart <strong>de</strong>s<br />

élèves qui y sont inscrits ont tout <strong>de</strong> même suivi ces <strong>de</strong>ux<br />

cours lors <strong>de</strong> leurs <strong>de</strong>ux premières sessions. Depuis plusieurs<br />

années, le manuel utilisé pour le cours d’algèbre linéaire au<br />

Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke est le livre Vecteurs, matrices <strong>et</strong> nombres<br />

complexes <strong>de</strong> Vincent Papillon. Ce livre joue un double rôle<br />

dans ce travail <strong>de</strong> session puisque, d’une part, le<br />

questionnaire y fait fréquemment référence <strong>et</strong>, d’autre part,<br />

la structure du travail est étroitement associée à l’orientation<br />

du cours proposée par le livre. L’auteur a choisi d’utiliser<br />

une présentation axiomatique <strong>de</strong>s concepts <strong>de</strong> déterminant<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> produit vectoriel basée sur leurs propriétés géométriques<br />

: les formules <strong>de</strong> calcul du déterminant <strong>et</strong> du produit<br />

vectoriel sont alors <strong>de</strong>s conséquences <strong>de</strong> ces propriétés. Ceci<br />

n’est toutefois pas le cas <strong>de</strong> la présentation du produit<br />

scalaire où les propriétés <strong>de</strong> ce produit sont établies après<br />

avoir défini la façon <strong>de</strong> le calculer. Le travail examine la<br />

possibilité <strong>de</strong> reprendre l’approche axiomatique dans le cas<br />

du produit scalaire. C<strong>et</strong>te relative proximité entre le savoir<br />

proposé par le livre <strong>et</strong> celui que le travail suggère <strong>de</strong><br />

construire a pour but d’amener l’élève à considérer le<br />

manuel comme un coéquipier à part entière dans la<br />

réalisation du travail; comme n’importe quel autre élève, le<br />

manuel possè<strong>de</strong> un certain nombre <strong>de</strong> connaissances<br />

antérieures pouvant être utiles <strong>et</strong>, bien que ce coéquipier ait<br />

toujours raison, il n’est pas toujours facile <strong>de</strong> le faire parler <strong>et</strong><br />

il faut parfois « réfléchir ensemble » si on veut en tirer<br />

quelque chose. Par ailleurs, le manuel <strong>de</strong> Papillon propose<br />

comme point <strong>de</strong> départ du cours d’algèbre linéaire les<br />

concepts <strong>de</strong> vecteur <strong>et</strong> d’espace vectoriel. Ce choix perm<strong>et</strong><br />

d’entreprendre très rapi<strong>de</strong>ment le travail <strong>et</strong> ainsi le répartir<br />

sur l’ensemble <strong>de</strong> la session. Le travail est divisé en trois<br />

parties <strong>et</strong> l’énoncé <strong>de</strong> la première partie est distribué aux<br />

élèves dès le début <strong>de</strong> la troisième semaine <strong>de</strong> cours. Les<br />

<strong>de</strong>uxième <strong>et</strong> troisième parties sont distribuées aux élèves<br />

après le premier <strong>et</strong> le second examen, c'est-à-dire vers la 7 e<br />

semaine <strong>de</strong> cours <strong>et</strong> la 11 e semaine <strong>de</strong> cours respectivement.<br />

Chacune <strong>de</strong>s parties du proj<strong>et</strong> est encadrée par un texte <strong>de</strong><br />

mise en situation accompagné d’une série <strong>de</strong> questions,<br />

celles-ci servant <strong>de</strong> canevas <strong>de</strong> travail pour les élèves. Les<br />

élèves sont regroupés en équipe <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux (trois si on compte<br />

le manuel), <strong>et</strong> ont une pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux semaines pour<br />

compléter chacune <strong>de</strong>s parties. Les travaux <strong>de</strong>s élèves sont<br />

corrigés <strong>et</strong> leur sont remis avant qu’ils n’entreprennent la<br />

partie suivante.<br />

La formulation <strong>de</strong>s questions du canevas <strong>de</strong> travail, bien que<br />

parfois relativement précise dans la nature du résultat<br />

souhaité pour certaines d’entre elles, n’exige ni ne propose<br />

que très rarement l’application <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s spécifiques.<br />

Toute référence à un obj<strong>et</strong> mathématique qui m<strong>et</strong>trait l’élève<br />

sur la piste d’une solution toute faite est soigneusement<br />

évitée. La compréhension <strong>de</strong> la question elle-même occupe<br />

souvent une bonne partie <strong>de</strong> la réflexion <strong>de</strong>s élèves. En fait,<br />

dans bien <strong>de</strong>s cas, on ne peut comprendre le sens véritable<br />

d'une question qu’après y avoir répondu; toutes les questions<br />

sont reliées entre elles soit à partir du résultat, soit à partir <strong>de</strong><br />

la métho<strong>de</strong>, <strong>et</strong> les liens ne sont pas explicitement faits ou<br />

suggérés dans le questionnaire. À quelques endroits, la<br />

question porte sur un cas particulier <strong>et</strong> son intérêt véritable<br />

est soit la généralisation qu’on peut en faire, soit la métho<strong>de</strong><br />

avec laquelle on peut la traiter. Le rôle <strong>de</strong>s questions est<br />

d'orienter la recherche <strong>et</strong> les travaux <strong>de</strong>s élèves tout en leur<br />

laissant une gran<strong>de</strong> autonomie dans leur cheminement<br />

individuel. La correction <strong>et</strong> la remise <strong>de</strong>s travaux perm<strong>et</strong>tent<br />

une rétroaction après chacune <strong>de</strong>s parties, ce qui laisse la<br />

possibilité aux élèves d’un certain réajustement en prévision<br />

<strong>de</strong> la prochaine partie.<br />

À travers la série <strong>de</strong> questions du canevas proposé, l’élève<br />

est amené à envisager le fait que les nombres réels ne sont<br />

qu’une représentation particulière d’obj<strong>et</strong>s dont le<br />

comportement axiomatique perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> caractériser le<br />

concept <strong>de</strong> scalaire. C<strong>et</strong>te axiomatisation <strong>de</strong>s scalaires<br />

perm<strong>et</strong> d’obtenir une généralisation <strong>de</strong> ces nombres <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong> alors d’examiner les conséquences <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

généralisation sur la définition du produit scalaire. La<br />

généralisation du concept <strong>de</strong> scalaire va suggérer aux élèves<br />

une formulation <strong>et</strong> une notation pour <strong>de</strong>s nouveaux<br />

nombres (les complexes pour ne pas les nommer), puis leur<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r d’établir une formule <strong>de</strong> calcul du produit scalaire<br />

<strong>de</strong>s vecteurs définis sur le corps <strong>de</strong> ces nouveaux nombres à<br />

partir <strong>de</strong>s propriétés <strong>de</strong> ce produit.<br />

Les connaissances qui seront nécessaires aux élèves dans les<br />

différentes parties du travail sont les suivantes :<br />

• La première partie propose aux élèves d’explorer la<br />

notion <strong>de</strong> corps. C<strong>et</strong>te exploration doit les amener à<br />

obtenir un nouvel ensemble <strong>de</strong> scalaires construits à<br />

partir <strong>de</strong> couples <strong>de</strong> réels. Le nouvel ensemble <strong>de</strong><br />

scalaires servira à définir un espace vectoriel <strong>et</strong> une<br />

base <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace vectoriel.<br />

• La secon<strong>de</strong> partie a pour but <strong>de</strong> comprendre que les<br />

réels forment un "sous corps" <strong>de</strong>s scalaires couples<br />

puis <strong>de</strong> développer une notation qui facilitera l’écriture.<br />

Dans c<strong>et</strong>te secon<strong>de</strong> partie, les élèves seront amenés à<br />

construire un isomorphisme.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 170 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

• Dans la troisième partie, les propriétés du produit Question 1<br />

scalaire sur les réels sont redéfinies afin <strong>de</strong> rendre<br />

cohérente la formule <strong>de</strong> calcul <strong>de</strong> ce produit avec la<br />

généralisation <strong>de</strong>s scalaires obtenue dans la première<br />

partie.<br />

Considérons l’ensemble K 2 = {0,1} .<br />

Définir une opération d’addition <strong>et</strong> une opération <strong>de</strong> multiplication sur<br />

l’ensemble K 2 = {0,1} qui fassent <strong>de</strong> c<strong>et</strong> ensemble (muni <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux<br />

opérations) un corps.<br />

2. Le travail : premier acte<br />

Dans la première partie du travail, la mise en situation établit<br />

un parallèle entre la structure d’espace vectoriel telle que<br />

définie dans le livre <strong>de</strong> Papillon (page 40) <strong>et</strong> celle <strong>de</strong> corps,<br />

qui n’est évi<strong>de</strong>mment pas présentée dans le livre. Le canevas<br />

<strong>de</strong> travail propose à l’élève les <strong>de</strong>ux définitions présentées à<br />

la Figure 1.:<br />

Dans la portion magistrale du cours qui précè<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te partie,<br />

l’élève a été exposé aux concepts <strong>de</strong> vecteurs, d’addition<br />

vectorielle, <strong>de</strong> multiplication par un scalaire, <strong>de</strong> combinaison<br />

linéaire, d’indépendance linéaire, <strong>de</strong> base d’un espace <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

composantes d’un vecteur. Toutefois, aucun <strong>de</strong>s problèmes<br />

proposés par le manuel ne porte spécifiquement sur la<br />

structure d’espace vectoriel. Les propriétés <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te structure<br />

ont été observées sur <strong>de</strong>s vecteurs du plan mais, comme<br />

elles semblent « parfaitement naturelles », les élèves n’y<br />

attachent que peu d’importance. Par ailleurs, pour l’élève, il<br />

n’existe à priori que très peu <strong>de</strong> différences entre les <strong>de</strong>ux<br />

définitions. Dans les <strong>de</strong>ux cas, on y r<strong>et</strong>rouve une opération<br />

d’addition <strong>et</strong> une opération <strong>de</strong> multiplication auxquelles est<br />

rattachée une liste <strong>de</strong> propriétés qui, à première vue, sont les<br />

mêmes. Certaines <strong>de</strong> ces propriétés, la commutativité,<br />

l’associativité <strong>et</strong> la distributivité, évoquent quelques souvenirs<br />

à l’élève alors que les propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure, <strong>de</strong> neutre<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> symétrique ne font à peu près pas partie <strong>de</strong> son<br />

vocabulaire. La confusion entr<strong>et</strong>enue par la similitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />

<strong>de</strong>ux structures est particulièrement présente dans la<br />

comparaison <strong>de</strong>s propriétés d’existence d’un neutre dans la<br />

multiplication <strong>de</strong>s vecteurs par un scalaire (propriété iii d <strong>de</strong>s<br />

espaces vectoriels) <strong>et</strong> d’un neutre dans la multiplication <strong>de</strong>s<br />

scalaires (propriété 2 D <strong>de</strong>s corps). La ressemblance <strong>de</strong> ces<br />

<strong>de</strong>ux propriétés <strong>et</strong> le lien qui existe entre l’idée <strong>de</strong> neutre <strong>et</strong><br />

celle <strong>de</strong> symétrique pour la multiplication <strong>de</strong>s scalaires ont<br />

comme conséquence que dans le cours, lors <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />

espaces vectoriels, l’élève sera parfois tenté <strong>de</strong> créer <strong>de</strong>s<br />

symétriques pour les vecteurs relativement à l’opération <strong>de</strong><br />

multiplication par un scalaire.<br />

La présence <strong>de</strong>s propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure est également<br />

mystérieuse pour plusieurs puisqu’il est bien évi<strong>de</strong>nt que la<br />

somme <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux vecteurs ne peut être qu’un vecteur <strong>et</strong> qu’il<br />

est impossible d’imaginer que le produit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux nombres<br />

ait pour résultat autre chose qu’un nombre. Toutefois après<br />

avoir convenu d’appeler scalaires les éléments d’un corps,<br />

comme le propose le questionnaire, les élèves n’ont aucune<br />

objection à ce que les réels munis <strong>de</strong>s opérations d’addition<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication « usuelles » aient droit à ce titre. La<br />

première question du travail va alors tenter <strong>de</strong> provoquer<br />

une certaine remise en question <strong>de</strong> l’évi<strong>de</strong>nce <strong>de</strong>s propriétés.<br />

La première difficulté que rencontre l’élève face à c<strong>et</strong>te<br />

question est le sens qu’il doit donner au mot définir. L’élève<br />

est conscient que ce mot représente le seul indice sur la<br />

métho<strong>de</strong> qu’il doit employer pour arriver au résultat exigé.<br />

Le problème n’est toutefois pas <strong>de</strong> trouver la réponse à la<br />

question; c<strong>et</strong>te réponse, il la connaît, celle-ci ne peut être que<br />

bien évi<strong>de</strong>mment :<br />

0 + 0 = 0<br />

0 + 1 = 1<br />

1+ 0 = 1<br />

1+ 1 = 2<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 171 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

<strong>et</strong><br />

0! 0 = 0<br />

0! 1 = 0<br />

1! 0 = 0<br />

1! 1 = 1<br />

Ce qui inquiète l’élève, c’est qu’il se sent obligé <strong>de</strong> présenter<br />

un raisonnement ou une démarche lui perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> justifier<br />

à priori c<strong>et</strong>te réponse <strong>et</strong> que surtout c<strong>et</strong>te démarche<br />

correspondra à ce que le professeur, à travers c<strong>et</strong>te question,<br />

semble exiger <strong>de</strong> lui lorsqu’il lui <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> « définir <strong>de</strong>s<br />

opérations ». Comme le mot définir ne représente pas une<br />

instruction suffisamment explicite, la question est ici perçue<br />

par l’élève comme un mauvais intermédiaire entre ses<br />

connaissances <strong>et</strong> les exigences du professeur. En se<br />

dissociant <strong>de</strong>s <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s du questionnaire, le professeur<br />

peut ici trouver une occasion <strong>de</strong> susciter un premier dialogue<br />

entre l’élève <strong>et</strong> le questionnaire. Le professeur peut par<br />

exemple suggérer à l’élève que le mot définir en <strong>mathématiques</strong><br />

prend souvent le sens <strong>de</strong> créer. Presque invariablement,<br />

la réaction <strong>de</strong> l’élève est alors <strong>de</strong> poser la question : « On<br />

peut donc faire ce qu’on veut? »<br />

Il serait possible <strong>de</strong> restreindre c<strong>et</strong>te apparence <strong>de</strong> liberté<br />

dans le choix <strong>de</strong>s opérations. Il n’y a en eff<strong>et</strong> que 16<br />

opérations possibles, celles-ci correspondant aux 16<br />

applications différentes qui associent à chacun <strong>de</strong>s éléments<br />

<strong>de</strong> l’ensemble formé <strong>de</strong>s couples {(0,0), (0,1), (1,0), (1,1)} un<br />

<strong>et</strong> un seul élément <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s résultats possibles<br />

{0, 1}. Une fois la liste <strong>de</strong>s opérations établie, il s’agit<br />

d’éliminer celles ne répondant pas aux propriétés d’un corps.<br />

Toutefois, aucun élève n’envisage c<strong>et</strong>te façon <strong>de</strong> faire,<br />

d’autant plus que pour cela il faudrait tout d’abord satisfaire<br />

à la propriété <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong>s opérations, propriété qui<br />

comme nous l’avons dit n’a que très peu <strong>de</strong> sens pour<br />

l’élève. En eff<strong>et</strong>, non seulement l’élève ne voit aucun<br />

inconvénient à écrire que 1+ 1 = 2 dans c<strong>et</strong> ensemble, mais<br />

dans son esprit c’est également le seul choix possible. Une<br />

intervention du professeur est donc nécessaire afin d’amener<br />

l’élève à établir le lien entre sa définition <strong>de</strong>s opérations <strong>et</strong><br />

les exigences posées par la définition d’un corps.<br />

Étonnamment, lorsque l’élève prend conscience que 1+ 1 ne<br />

peut faire 2, mais doit faire 0 ou 1, cela renforce son<br />

impression que : « l’on peut faire ce l’on veut » dans c<strong>et</strong>te<br />

question. Ceci a comme conséquence que, dans certains cas,<br />

il se m<strong>et</strong> à « explorer » différentes possibilités d’opérations.


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

Un espace vectoriel sur l’ensemble ! <strong>de</strong>s nombres réels est la donnée : Nous conviendrons d’appeler « corps » tout ensemble muni <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

opérations (appelées addition <strong>et</strong> multiplication) telles que<br />

i) d’un ensemble V dont les éléments sont appelés <strong>de</strong>s vecteurs <strong>et</strong> sont<br />

notés u ! , v ! , w ! , <strong>et</strong>c.;<br />

ii) d’une opération appelée addition vectorielle qui associe à chaque<br />

paire <strong>de</strong> vecteurs u ! <strong>et</strong> v ! ! !<br />

un vecteur noté u + v <strong>et</strong> appelé somme<br />

<strong>de</strong> u ! <strong>et</strong> v ! , <strong>de</strong> telle façon que :<br />

a) l’addition est commutative : pour tous vecteurs u ! <strong>et</strong> v ! dans<br />

! ! ! !<br />

V, on a que u + v = v + u ,<br />

b) l’addition est associative : pour tous vecteurs u ! , v ! <strong>et</strong> w !<br />

! ! ! ! ! !<br />

dans V, on a que ( u + v) + w = u + ( v + w)<br />

,<br />

c) il existe dans V un élément neutre noté 0 ! , <strong>et</strong> appelé le vecteur<br />

nul pour lequel, pour tout v ! ! ! !<br />

dans V, on a que v + 0 = v ,<br />

d) pour chaque vecteur v ! dans V, il existe dans V un vecteur,<br />

noté ! v<br />

! , <strong>et</strong> appelé l’opposé <strong>de</strong> v ! , tel que v + ( ! v)<br />

= 0<br />

! ! !<br />

;<br />

iii) d’une opération appelée multiplication par un scalaire qui associe à<br />

chaque nombre réel k <strong>et</strong> à chaque vecteur v ! un vecteur noté kv ! <strong>et</strong><br />

appelé produit <strong>de</strong> k <strong>et</strong> <strong>de</strong> v ! <strong>de</strong> telle façon que :<br />

a) la multiplication par un scalaire est pseudo associative : pour<br />

tous nombres réels k <strong>et</strong> l, <strong>et</strong> pour tout vecteur v ! dans V, on a<br />

! !<br />

que k( lv) = ( kl) v ,<br />

b) la multiplication par un scalaire est distributive relativement à<br />

l’addition <strong>de</strong>s réels : pour tous nombres réels k <strong>et</strong> l, <strong>et</strong> pour<br />

tout vecteur v ! ! ! !<br />

dans V, on a que ( k + l) v = kv + lv ,<br />

c) la multiplication par un scalaire est distributive relativement à<br />

l’addition <strong>de</strong>s vecteurs : pour tout nombre réel k <strong>et</strong> pour tous<br />

vecteurs u ! <strong>et</strong> v ! ! ! ! !<br />

dans V, on a que k( u + v) = ku + kv ,<br />

d) il existe dans ! un élément neutre noté 1 pour lequel, pour<br />

tout v ! ! !<br />

dans V, on a que 1v = v .<br />

1) On puisse additionner les scalaires<br />

A) la somme <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux scalaires k <strong>et</strong> l notée k + l doit être un<br />

scalaire (ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s scalaires pour<br />

l’addition),<br />

B) l’addition <strong>de</strong>s scalaires doit être commutative : pour tous<br />

scalaires k <strong>et</strong> l, on a que k + l = l + k ,<br />

C) l’addition <strong>de</strong>s scalaires doit être associative : pour tous<br />

scalaires k, l <strong>et</strong> m, on a que ( k + l) + m = k + ( l + m)<br />

,<br />

D) l’addition <strong>de</strong>s scalaires doit adm<strong>et</strong>tre un élément neutre,<br />

noté 0, tel que : pour tout scalaire k, on a que<br />

0 + k = k ,<br />

E) tout scalaire k doit adm<strong>et</strong>tre un symétrique pour<br />

l’addition appelé opposé <strong>de</strong> k : pour tout scalaire k, il<br />

existe un scalaire noté k’ tel que k + k ' = 0 , où 0 est<br />

l’élément neutre défini en D).<br />

2) On puisse multiplier les scalaires entre eux<br />

F) le produit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux scalaires k <strong>et</strong> l noté kl doit être un<br />

scalaire (ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s scalaires pour la<br />

multiplication),<br />

G) la multiplication <strong>de</strong>s scalaires doit être commutative : pour<br />

tous scalaires k <strong>et</strong> l, on a que kl = lk ,<br />

H) la multiplication <strong>de</strong>s scalaires doit être associative : pour<br />

tous scalaires k, l <strong>et</strong> m, on a que ( kl) m = k( lm)<br />

,<br />

I) la multiplication <strong>de</strong>s scalaires doit adm<strong>et</strong>tre un élément<br />

neutre, noté 1, tel que : pour tout scalaire k, on a que<br />

1k = k ,<br />

J) tout scalaire k , sauf 0 l’élément neutre pour<br />

l’addition, doit adm<strong>et</strong>tre un symétrique pour la<br />

multiplication appelé inverse <strong>de</strong> k : pour tout scalaire k,<br />

il existe un scalaire noté k* tel que kk * = 1,<br />

où 1 est<br />

l’élément neutre défini en D);<br />

3) L’addition <strong>et</strong> la multiplication <strong>de</strong>s scalaires soient compatibles :<br />

La multiplication <strong>de</strong>s scalaires doit être distributive relativement à<br />

l’addition <strong>de</strong>s scalaires : pour tous scalaires k, l <strong>et</strong> m, on a que<br />

k( l + m) = kl + km .<br />

Figure 1 Les définitions <strong>de</strong>s structures d’espace vectoriel <strong>et</strong> <strong>de</strong> corps<br />

En particulier certains essaient d’obtenir une symétrie dans<br />

les <strong>de</strong>ux opérations, ce qui donne le résultat suivant :<br />

0 + 0 = 0 0! 0 = 1<br />

0 + 1 = 1<br />

1+ 0 = 1<br />

<strong>et</strong><br />

0! 1 = 0<br />

1! 0 = 0<br />

1+ 1 = 0<br />

1! 1 = 1<br />

Ces <strong>de</strong>ux opérations sont en fait <strong>de</strong>ux fois l’opération<br />

d’addition où le rôle du neutre est tenu par 0 dans la<br />

première <strong>et</strong> 1 dans la secon<strong>de</strong>. L’élève ne voit évi<strong>de</strong>mment<br />

pas le problème <strong>de</strong> l’existence du symétrique pour le neutre<br />

<strong>de</strong> la multiplication, <strong>et</strong> seule la propriété <strong>de</strong> distributivité <strong>de</strong><br />

la multiplication sur l’addition peut lui perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong><br />

constater son erreur. Malheureusement, c’est également la<br />

onzième <strong>et</strong> <strong>de</strong>rnière <strong>de</strong> la liste.<br />

La <strong>de</strong>uxième question du travail propose <strong>de</strong> comparer le<br />

comportement d’une opération <strong>de</strong> multiplication « naturelle<br />

» <strong>et</strong> d’une opération <strong>de</strong> multiplication « artificielle » sur<br />

un ensemble formé <strong>de</strong> couples <strong>de</strong> réels.<br />

Question 2<br />

Considérons l’ensemble K = (!,") |! #! <strong>et</strong> " #!<br />

(! ," ) { } .<br />

Dans c<strong>et</strong> ensemble, <strong>de</strong>ux éléments (! ," ) <strong>et</strong> (! ," ) sont égaux si <strong>et</strong><br />

1 1 2 2<br />

seulement si # ! 1 = ! 2<br />

$<br />

% " 1 = " 2<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 172 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

.<br />

a) Vos professeurs ont vérifié que l’addition terme à terme <strong>de</strong> ces<br />

éléments (semblable à celle dans R 2 ) satisfait bien les cinq<br />

premières propriétés caractéristiques <strong>de</strong>s corps. Expliquer


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

pourquoi la multiplication terme à terme <strong>de</strong> ces éléments, jumelée<br />

avec l’addition terme à terme, ne fait pas <strong>de</strong> K b)<br />

un corps.<br />

(! ," )<br />

Considérons maintenant l’opération suivante que nous appellerons<br />

multiplication sur K (! ," ) :<br />

(! 1 ," 1 )(! 2 ," 2 ) = (! 1 ! 2 # " 1 " 2 ,! 1 " 2 + ! 2 " 1 ) opération <strong>de</strong> multiplication, <strong>et</strong> il la considérera comme<br />

« artificielle » . Il faut toutefois remarquer que la partie<br />

magistrale du cours n’a pas encore abordé le produit scalaire<br />

ni le produit vectoriel, <strong>de</strong>ux produits qui amènent ce genre<br />

. En adm<strong>et</strong>tant que<br />

c<strong>et</strong>te opération est commutative <strong>et</strong> associative, démontrer que<br />

l’ensemble K ( ! , " ) muni <strong>de</strong> l’addition terme à terme <strong>et</strong> <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

multiplication est bien un corps.<br />

<strong>de</strong> considérations. L’existence du neutre <strong>et</strong> <strong>de</strong>s symétriques<br />

pour c<strong>et</strong>te opération <strong>de</strong> multiplication « artificielle » ne peut<br />

plus être <strong>de</strong>vinée <strong>et</strong> aucune métho<strong>de</strong> n’est proposée pour<br />

résoudre ce problème. Cela oblige alors l’élève à interpréter<br />

correctement les définitions <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux propriétés <strong>et</strong> à<br />

transposer le problème en termes <strong>de</strong> couples.<br />

Dans le cas du neutre <strong>de</strong> la multiplication, l’élève <strong>de</strong>vra<br />

Dans la partie a) <strong>de</strong> la question, l’enjeu propose d’examiner<br />

les propriétés <strong>de</strong> l’opération <strong>de</strong> multiplication terme à terme<br />

sur l’ensemble K dans le but d’exhiber ce qui empêche<br />

(! ," )<br />

c<strong>et</strong>te opération <strong>de</strong> définir un corps. Malgré une <strong>de</strong>man<strong>de</strong><br />

relativement spécifique, l’élève va également inclure dans<br />

bien <strong>de</strong>s cas la démonstration <strong>de</strong>s propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure,<br />

<strong>de</strong> commutativité, d’associativité <strong>et</strong> <strong>de</strong> distributivité qui sont<br />

satisfaites par la multiplication terme à terme.<br />

Dans c<strong>et</strong>te première partie <strong>de</strong> la question, la forme que<br />

prennent le neutre <strong>et</strong> les symétriques pour l’opération <strong>de</strong><br />

multiplication peut être <strong>de</strong>vinée. Pour l’élève, il est<br />

relativement facile <strong>de</strong> « voir » que l’élément neutre <strong>de</strong><br />

l’opération <strong>de</strong> multiplication est donné par le couple (1,1) <strong>et</strong><br />

que le symétrique d’un élément ( ! , " ) est <strong>de</strong> la forme<br />

# 1 1 $ . Contrairement à la question 1, le fait d’exhiber ces<br />

% , &<br />

' ! " (<br />

réponses sans les accompagner d’une procédure ne semble<br />

pas inquiéter l’élève dans ce cas-ci. C’est peut-être la notion<br />

<strong>de</strong> contre-exemple, sous-jacente à c<strong>et</strong>te question, qui libère<br />

l’élève du besoin <strong>de</strong> présenter une démarche justifiant son<br />

résultat. Par contre, il lui est beaucoup plus difficile<br />

d’expliquer en quoi la forme du symétrique ne satisfait pas<br />

aux exigences posées par la définition d’un corps. Bien que<br />

le problème <strong>de</strong> la division par zéro ait été présent tout au<br />

long <strong>de</strong> leur cours <strong>de</strong> calcul différentiel, il leur semble<br />

difficile <strong>de</strong> faire l’association entre l’expression 1 <strong>et</strong><br />

!<br />

l’expression 1 . La réflexion <strong>de</strong> l’élève s’articule autour du<br />

0<br />

fait que toutes les autres propriétés étant satisfaites, s’il y a<br />

problème cela doit nécessairement provenir <strong>de</strong> l’existence<br />

<strong>de</strong>s symétriques. C<strong>et</strong>te obligation <strong>de</strong> résultat l’amène<br />

éventuellement à considérer que <strong>de</strong>s couples tels (2,0)<br />

n’ont pas <strong>de</strong> symétriques <strong>et</strong> ne sont pas non plus neutres<br />

pour l’opération d’addition. Pour l’élève qui n’a fait<br />

qu’exhiber le couple (1,1) sans justifier que c’est le seul<br />

possible, le professeur pourrait toutefois intervenir en lui<br />

<strong>de</strong>mandant si l’on peut penser qu’un autre neutre pour la<br />

multiplication pourrait perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> satisfaire à la propriété<br />

d’existence <strong>de</strong>s symétriques.<br />

Dans la <strong>de</strong>uxième partie <strong>de</strong> la question, l’opération <strong>de</strong><br />

multiplication entre les scalaires « couples » proposée<br />

implique <strong>de</strong>s opérations <strong>de</strong> multiplication, d’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

soustraction <strong>de</strong> réels, ce qui peut empêcher l’élève dans<br />

certains cas d’accepter c<strong>et</strong>te opération comme une « vraie »<br />

poser un couple inconnu ( x, y ) <strong>de</strong> K (! ," )<br />

couple ( ! , " ) <strong>de</strong> K , on ait :<br />

(! ," )<br />

tel que, pour tout<br />

(!,")(x, y) = (!,")<br />

qui, après avoir appliqué la définition <strong>de</strong> la multiplication,<br />

<strong>de</strong>vient<br />

(! x " # y,! y + #x) = (!,#) .<br />

En invoquant la définition <strong>de</strong> l’égalité donnée dans c<strong>et</strong>te<br />

question, on a alors le système d’équations linéaires suivant<br />

$ ! x " # y = !<br />

%<br />

&!<br />

y + #x = #<br />

Sans avoir encore développé les métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong><br />

systèmes d’équations linéaires dans le cours, les élèves ont<br />

déjà été confrontés à ce genre <strong>de</strong> problème lorsque les<br />

coefficients du système sont déterminés. On r<strong>et</strong>rouve un<br />

problème <strong>de</strong> ce genre à la page 26 du manuel <strong>de</strong> Papillon :<br />

! !<br />

!<br />

Soit u = (3,1) , v = ( ! 2,5) <strong>et</strong> w = (12, ! 13) les expressions, dans<br />

une base donnée, <strong>de</strong> trois vecteurs d'un même plan.<br />

a) Exprimez w ! comme combinaison linéaire <strong>de</strong> ! u <strong>et</strong> ! v .<br />

Ce problème consiste à déterminer <strong>de</strong>ux scalaires k <strong>et</strong> l<br />

! ! !<br />

solution <strong>de</strong> l'équation vectorielle ku + lv = w . En invoquant<br />

l'unicité <strong>de</strong>s composantes d'un vecteur dans une base<br />

donnée, cela revient à résoudre un système <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

équations à <strong>de</strong>ux inconnues à coefficients déterminés, une<br />

tâche que les élèves accomplissent assez facilement par une<br />

métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> comparaison ou <strong>de</strong> substitution. Le manuel<br />

n’est malheureusement pas un coéquipier parfait puisque la<br />

solution qu’il propose s’adapte mal au problème du<br />

questionnaire. La résolution <strong>de</strong> systèmes à coefficients<br />

indéterminés pose en eff<strong>et</strong> beaucoup plus <strong>de</strong> difficultés aux<br />

élèves.<br />

Le premier problème consiste à déterminer les l<strong>et</strong>tres qu’il<br />

faut isoler puisqu’on n’est pas en présence <strong>de</strong> « chiffres <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

l<strong>et</strong>tres », mais bien uniquement <strong>de</strong> l<strong>et</strong>tres. Pour résoudre ce<br />

genre <strong>de</strong> problème, l’élève va essayer, comme dans le cas <strong>de</strong>s<br />

coefficients déterminés, d’appliquer la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />

comparaison ou celle <strong>de</strong> substitution. La métho<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />

comparaison se prête plutôt mal à ce problème, mais<br />

certains élèves vont tout <strong>de</strong> même faire une tentative pour<br />

obtenir <strong>de</strong>ux équations dont le second membre est 0 pour<br />

pouvoir ensuite utiliser l’égalité <strong>de</strong>s premiers membres;<br />

l’apparence <strong>de</strong> l’équation alors obtenue m<strong>et</strong> souvent un<br />

terme à c<strong>et</strong>te tentative.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 173 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

Dans le cas <strong>de</strong> la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> substitution, l’élève est amené<br />

à effectuer une division par un <strong>de</strong>s coefficients indéterminés<br />

<strong>et</strong> donc éventuellement une division par zéro. Ici encore le<br />

problème <strong>de</strong> la division par zéro qui prend la forme<br />

! + " y<br />

x = n’est pas soulevé par l’élève puisque c<strong>et</strong>te<br />

!<br />

division n’apparaît pas <strong>de</strong> façon explicite.<br />

Très peu d’élèves envisagent la possibilité d’utiliser la<br />

métho<strong>de</strong> d’élimination qui consiste à additionner les <strong>de</strong>ux<br />

équations après avoir multiplié la première par ! <strong>et</strong> la<br />

secon<strong>de</strong> par ! , pour obtenir<br />

c’est-à-dire<br />

ou encore<br />

2<br />

! x " !# y + !# y + # 2<br />

x = ! 2<br />

+ # 2<br />

2<br />

! + " 2 ( ) x = ! 2<br />

+ " 2<br />

2<br />

! + " 2 ( )(x # 1) = 0<br />

C<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière équation <strong>de</strong>vant être satisfaite pour toute<br />

valeur <strong>de</strong> ! <strong>et</strong> <strong>de</strong> ! , cela implique que<br />

x ! 1 = 0<br />

<strong>et</strong> on obtient 1 comme valeur pour x, puis 0 comme valeur<br />

pour y en substituant la valeur <strong>de</strong> x dans une <strong>de</strong>s équations<br />

initiales. Le neutre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te opération <strong>de</strong> multiplication est<br />

donc le couple (1,0) .<br />

Dans le cas <strong>de</strong> l’existence <strong>de</strong>s symétriques pour la multiplication,<br />

l’élève ne pense généralement pas à exclure à priori le<br />

neutre <strong>de</strong> l’addition en posant comme problème <strong>de</strong> départ :<br />

Soit ( !," ) # (0,0) un couple <strong>de</strong> K , on cherche un couple<br />

(! ," )<br />

( x, y ) <strong>de</strong> K tel que<br />

(! ," )<br />

(!,")(x, y) = (1,0) .<br />

Ce problème se ramène à la résolution d’un système<br />

semblable au précé<strong>de</strong>nt<br />

$ ! x " # y = 1<br />

%<br />

&!<br />

y + #x = 0<br />

où encore une fois la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> substitution va amener les<br />

élèves à effectuer une éventuelle division par zéro. Peu<br />

importe la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> résolution employée, une bonne<br />

partie <strong>de</strong>s élèves arrivent à la forme !<br />

! 2<br />

#"<br />

,<br />

2<br />

+ " ! 2<br />

+ " 2<br />

$<br />

'<br />

%<br />

&<br />

(<br />

) pour le<br />

symétrique du couple ( ! , " ) <strong>et</strong>, comme c<strong>et</strong>te question exige<br />

<strong>de</strong> démontrer la validité <strong>de</strong> l’opération, l’élève conclut ainsi à<br />

l’existence du symétrique pour toute valeur <strong>de</strong> ! <strong>et</strong> <strong>de</strong> !<br />

sans exclure le couple (0,0) , neutre <strong>de</strong> l’addition.<br />

La <strong>de</strong>rnière question <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te partie propose <strong>de</strong> définir <strong>de</strong>s<br />

espaces vectoriels sur ces nouveaux scalaires formés <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

réels.<br />

Question 3<br />

Maintenant que nous savons que K muni <strong>de</strong>s opérations<br />

(! ," )<br />

définies à la question précé<strong>de</strong>nte est un corps <strong>et</strong> qu’il nous fournit<br />

<strong>de</strong>s scalaires, nous sommes autorisés à parler d’espaces vectoriels<br />

sur K (! ," ) . Par exemple, l’espace vectoriel K 2<br />

est l’ensemble<br />

(! ," )<br />

!<br />

v = (( ! , " ),( ! , " )) , où les<br />

<strong>de</strong>s vecteurs <strong>de</strong> la forme 1 1 2 2<br />

composantes (! 1 ," 1 ) <strong>et</strong> (! 2 ," 2 ) sont <strong>de</strong>s scalaires <strong>de</strong> K (! ," ) .<br />

On effectue la somme <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux vecteurs <strong>de</strong> K 2<br />

composante à<br />

(! ," )<br />

composante <strong>et</strong> la multiplication par un scalaire k ! v (où<br />

k = (!, µ) est un scalaire <strong>de</strong> K ) en multipliant chacune <strong>de</strong>s<br />

(! ," )<br />

composantes du vecteur ! v par le scalaire k.<br />

a) Considérons l’ensemble ordonné<br />

B = ((1,0),(0,0));((0,0),(0,1)) . C<strong>et</strong> ensemble <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

vecteurs <strong>de</strong> K 2<br />

(! ," )<br />

constitue-t-il une base <strong>de</strong> K 2<br />

(! ," )<br />

b) Exprimer le vecteur<br />

combinaison linéaire <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> B.<br />

!<br />

v = ((1,2),(3,4)) comme une<br />

Le problème <strong>de</strong> déterminer si <strong>de</strong>ux vecteurs exprimés<br />

relativement à une base d’un espace plan sur les réels<br />

constituent une base <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace a déjà été proposé en<br />

classe. Selon le manuel <strong>de</strong> Papillon (page 19) une base d’un<br />

espace E est : « …un ensemble <strong>de</strong> vecteurs <strong>de</strong> E linéairement<br />

indépendants tel que tout vecteur <strong>de</strong> E s’écrit comme combinaison<br />

linéaire <strong>de</strong> ces vecteurs ». La formulation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te définition ne<br />

facilite pas la tâche, <strong>et</strong> il n’est pas toujours aisé pour l’élève<br />

<strong>de</strong> comprendre que c<strong>et</strong>te définition exige <strong>de</strong>ux choses <strong>de</strong>s<br />

vecteurs : (i) qu’ils soient linéairement indépendants <strong>et</strong> (ii)<br />

qu’ils forment un ensemble générateur <strong>de</strong> l’ensemble. Si le<br />

schème <strong>de</strong> pensée associé à ce problème n’est pas encore<br />

complètement maîtrisé, <strong>et</strong> ce, malgré la présentation <strong>de</strong><br />

quelques exemples en classe, il est tout <strong>de</strong> même<br />

relativement familier à l’élève. Dans la première partie <strong>de</strong><br />

c<strong>et</strong>te question, ce schème <strong>de</strong> pensée est mis à l’épreuve par<br />

le questionnaire en plaçant l’élève dans une situation où<br />

interviennent trois types d’obj<strong>et</strong>s possédant chacun leurs<br />

propres opérations avec leurs propriétés : les vecteurs, les<br />

scalaires « couples » <strong>et</strong> les scalaires réels. Ceci oblige l’élève à<br />

une certaine pru<strong>de</strong>nce dans ces manipulations afin d’utiliser<br />

la bonne opération au bon moment. Un certain nombre<br />

d’élèves vont également vouloir tenter <strong>de</strong> réutiliser la<br />

multiplication « naturelle », c'est-à-dire terme à terme, entre<br />

les scalaires <strong>de</strong> l’ensemble K alors que la question<br />

(! ," )<br />

précé<strong>de</strong>nte les avait amenés à conclure que celle-ci ne<br />

satisfaisait pas aux exigences d’un corps.<br />

La définition d’indépendance linéaire <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux vecteurs telle<br />

que proposée par Papillon (page 18) fait appel à<br />

l’impossibilité d’écrire un vecteur comme combinaison<br />

linéaire <strong>de</strong> l’autre, ce qui propose à l’élève <strong>de</strong> travailler la<br />

structure <strong>de</strong> la preuve par contradiction. On suppose<br />

l’existence d’un scalaire k = (!, µ) <strong>de</strong> K tel que<br />

(! ," )<br />

((0,0),(0,1)) = k((1,0),(0,0))<br />

ce qui, en effectuant la multiplication par un scalaire selon<br />

les opérations sur les composantes, s’écrit<br />

((0,0),(0,1)) = ( k(1,0), k(0,0))<br />

.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 174 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

?


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

En invoquant par la question précé<strong>de</strong>nte que (1,0) est neutre<br />

pour la multiplication <strong>et</strong> en observant que (0,0) est<br />

absorbant pour la multiplication <strong>de</strong>s scalaires couples, ceci<br />

s’écrit<br />

((0,0),(0,1)) = ( k,(0,0))<br />

.<br />

En faisant alors successivement appel à l’unicité <strong>de</strong>s<br />

composantes <strong>et</strong> à la définition <strong>de</strong> l’égalité <strong>de</strong>s scalaires<br />

couples, on obtient<br />

" 0 = !<br />

# 0 = µ<br />

$<br />

# 0 = 0<br />

#<br />

% 1 = 0<br />

Bien que la <strong>de</strong>rnière égalité soit évi<strong>de</strong>mment fausse pour les<br />

réels, les <strong>de</strong>ux premières égalités peuvent laisser penser à<br />

l’élève que le scalaire k existe <strong>et</strong> ainsi les <strong>de</strong>ux vecteurs ne<br />

seraient pas linéairement indépendants. C<strong>et</strong>te apparente<br />

contradiction entre le fait que certaines équations possè<strong>de</strong>nt<br />

une solution alors que d’autres sont incohérentes dans un<br />

même système réapparaîtra beaucoup plus tard dans le cours<br />

au moment <strong>de</strong> l’application <strong>de</strong> la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> Gauss-Jordan.<br />

Le problème <strong>de</strong> vérifier si les <strong>de</strong>ux vecteurs peuvent<br />

engendrer l’ensemble K 2<br />

, quoique semblable au<br />

(! ," )<br />

problème précé<strong>de</strong>nt, présente un niveau <strong>de</strong> difficulté plus<br />

élevé. Ce problème exige <strong>de</strong> proposer un vecteur<br />

!<br />

quelconque v = ((! ," ),(! ," )) <strong>de</strong><br />

1 1 2 2 K 2<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> chercher à<br />

(! ," )<br />

exprimer v ! comme combinaison linéaire <strong>de</strong>s vecteurs <strong>de</strong><br />

l’ensemble ordonné B, c’est-à-dire <strong>de</strong> déterminer <strong>de</strong>ux<br />

scalaires k1 = (! 1 ,µ 1 ) <strong>et</strong> k2 = (! 2 ,µ ) tels que<br />

2<br />

!<br />

v = k ((1,0),(0,0)) + k ((0,0),(0,1)) .<br />

1 2<br />

Ce problème se ramène à résoudre un système <strong>de</strong> quatre<br />

équations à quatre inconnues dont la solution est presque<br />

systématiquement présentée par l’élève sous la forme<br />

suivante :<br />

% ! = " 1 1<br />

'<br />

' # = µ 1 1<br />

&<br />

'!<br />

= $µ 2 2<br />

'<br />

(<br />

# 2 = " 2<br />

indiquant ainsi qu’il y a encore une certaine confusion dans<br />

son esprit entre les obj<strong>et</strong>s donnés <strong>et</strong> les obj<strong>et</strong>s cherchés.<br />

La <strong>de</strong>uxième partie <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te question n’est qu’une simple<br />

application du résultat précé<strong>de</strong>nt, mais très rares sont les<br />

élèves qui vont la percevoir comme telle. La procédure <strong>de</strong> la<br />

question précé<strong>de</strong>nte ayant fait ses preuves avec <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres,<br />

l’élève n’hésite pas à construire à nouveau le système<br />

d’équations <strong>et</strong> à répéter au grand compl<strong>et</strong> la solution<br />

proposée précé<strong>de</strong>mment en remplaçant les l<strong>et</strong>tres par les<br />

chiffres.<br />

3. Le travail : <strong>de</strong>uxième acte<br />

Dans la <strong>de</strong>uxième partie du travail, on propose à l’élève <strong>de</strong><br />

faire le lien entre les scalaires « couples » <strong>et</strong> les scalaires réels,<br />

puis d’obtenir une notation qui perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> manipuler plus<br />

simplement ces scalaires « couples ». La portion magistrale<br />

du cours qui précè<strong>de</strong> a permis <strong>de</strong> présenter les idées<br />

associées au produit scalaire, la projection orthogonale <strong>et</strong> les<br />

déterminants 2! 2 <strong>et</strong> 3! 3 . C<strong>et</strong>te partie est entreprise en<br />

<strong>de</strong>mandant à l’élève <strong>de</strong> considérer le sous-ensemble<br />

K = (!,0) ! "!<br />

(! ,0) { } formé <strong>de</strong> tous les éléments <strong>de</strong> K (! ," )<br />

dont le <strong>de</strong>uxième terme est nul <strong>et</strong> d’examiner le<br />

comportement <strong>de</strong> ces éléments relativement aux opérations<br />

d’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication telles que définies sur<br />

l’ensemble K dans la première partie du travail. Le<br />

(! ," )<br />

canevas <strong>de</strong> travail va préciser que l’ensemble K (! ,0 ) étant<br />

inclus dans l’ensemble K , il hérite <strong>de</strong>s propriétés du<br />

(! ," )<br />

corps K qui ne font pas appel à la présence d’un<br />

(! ," )<br />

scalaire particulier <strong>et</strong> ainsi les propriétés <strong>de</strong> commutativité,<br />

d’associativité <strong>et</strong> <strong>de</strong> distributivité <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux opérations étant<br />

satisfaites pour les scalaires <strong>de</strong> l’ensemble K , elles le<br />

(! ," )<br />

sont aussi pour les scalaires <strong>de</strong> l’ensemble K (! ,0 ) .<br />

Première question<br />

Vérifier si les propriétés qui ne sont pas héritées du corps K (! ," )<br />

sont aussi satisfaites pour K muni <strong>de</strong> l’égalité <strong>et</strong> <strong>de</strong>s opérations<br />

(! ,0 )<br />

d’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication définies dans le premier travail. Conclure<br />

sur la nature <strong>de</strong> K (! ,0 ) .<br />

C<strong>et</strong>te question est évi<strong>de</strong>mment une transposition du<br />

« théorème » <strong>de</strong>s sous-espaces vectoriels. La notion <strong>de</strong> sousespace<br />

vectoriel <strong>et</strong> les résultats qui lui sont associés ne font<br />

pas partie du programme du cours d’algèbre linéaire au<br />

niveau collégial bien que plusieurs manuels utilisés pour ce<br />

cours les introduisent. Ce n’est toutefois pas le cas du<br />

manuel <strong>de</strong> Papillon <strong>et</strong> par conséquent l’élève ne dispose<br />

d’aucun modèle à suivre à l’exception <strong>de</strong>s schèmes <strong>de</strong><br />

pensée qui ont été exploités dans la première partie du<br />

travail.<br />

Il est donc naturel pour l’élève <strong>de</strong> vouloir réutiliser ces<br />

schèmes dans le cadre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te nouvelle situation. Dans la<br />

première partie du travail, la possibilité <strong>de</strong> conclure sur la<br />

ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong>s opérations sur les scalaires « couples » <strong>de</strong><br />

l’ensemble K n’exigeait <strong>de</strong> l’élève qu’une observation<br />

(! ," )<br />

concernant le fait que le résultat <strong>de</strong> l’opération était bien un<br />

couple <strong>de</strong> réels. La validation <strong>de</strong> ce schème suite à la<br />

correction du premier travail, ajoutée au fait que la situation<br />

actuelle présente suffisamment <strong>de</strong> ressemblance avec celle<br />

<strong>de</strong> la première partie, va amener l’élève à proposer le même<br />

argument pour conclure à la ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong>s opérations<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 175 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

d’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication sur l’ensemble K (! ,0 ) sans<br />

jamais faire intervenir le fait que le <strong>de</strong>uxième terme <strong>de</strong> ces<br />

scalaires couples doit être 0. Ici, il faut sans doute m<strong>et</strong>tre la<br />

faute sur la question posée : en proposant une situation qui<br />

« marche », l’ensemble K (! ,0 ) muni <strong>de</strong>s opérations <strong>de</strong> K (! ," )<br />

étant effectivement un corps, l’élève ne dispose d’aucun<br />

moyen pour modifier la procédure qu’il a utilisée<br />

précé<strong>de</strong>mment <strong>et</strong> il faut donc s’attendre à ce genre <strong>de</strong><br />

solution. Une question qui serait beaucoup plus intéressante<br />

ici <strong>et</strong> qui perm<strong>et</strong>trait d’éviter c<strong>et</strong>te erreur <strong>de</strong> raisonnement<br />

serait <strong>de</strong> proposer à l’élève <strong>de</strong> comparer le comportement du<br />

sous-ensemble K = { (!,0) ! "! } <strong>et</strong> du sous-ensemble<br />

(! ,0 ) K = { (!,1) ! "! } relativement aux opérations d’addition<br />

(! ,1)<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication.<br />

Le problème <strong>de</strong> la réutilisation <strong>de</strong>s anciens schèmes apparaît<br />

une secon<strong>de</strong> fois dans c<strong>et</strong>te question. La première partie du<br />

travail avait en eff<strong>et</strong> permis d’établir une procédure<br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> déterminer que le couple (1,0) représentait<br />

l’élément neutre pour la multiplication dans l’ensemble<br />

K (! ," ) <strong>et</strong> que tout couple ( ! , " ) # (0,0) possédait un inverse<br />

qui prenait la forme !<br />

! 2<br />

#"<br />

,<br />

2<br />

+ " ! 2<br />

+ " 2<br />

$<br />

'<br />

%<br />

&<br />

(<br />

) . Plutôt que <strong>de</strong> prendre<br />

ces résultats comme point <strong>de</strong> départ <strong>et</strong> d’invoquer que le<br />

couple (1,0) fait également partie <strong>de</strong> l’ensemble K , puis<br />

(! ,0 )<br />

<strong>de</strong> remarquer que, si on applique la forme générale <strong>de</strong>s<br />

inverses au couple (!,0) avec ! " 0 , on obtient un couple<br />

<strong>de</strong> la forme<br />

1<br />

! ,0<br />

" %<br />

#<br />

$<br />

&<br />

' qui est un élément <strong>de</strong> K , la presque<br />

(! ,0 )<br />

totalité <strong>de</strong>s élèves préfère reprendre à zéro la procédure pour<br />

ainsi recalculer une secon<strong>de</strong> fois l’élément neutre puis les<br />

inverses.<br />

La <strong>de</strong>uxième question va perm<strong>et</strong>tre d’établir que le corps<br />

K (! ,0 )<br />

<strong>et</strong> le corps <strong>de</strong>s réels ne sont que <strong>de</strong>ux expressions du<br />

même obj<strong>et</strong>. En guise <strong>de</strong> préambule, on propose à l’élève la<br />

définition suivante d’un isomorphisme :<br />

En d’autres mots, il s’agit <strong>de</strong> trouver une fonction f : K " !<br />

(! ,0 )<br />

inversible (i.e. dont la réciproque existe) telle que:<br />

1.<br />

2.<br />

( ) + ! 2 ,0 ( )<br />

( ) = f ! 1 ,0 ( ) ( ) + f ! 2 ,0 ( ( ) )<br />

( ) ! 2 ,0 ( )<br />

( ) = f ! 1 ,0 ( ) ( ) f ! 2 ,0 ( ( ) )<br />

f ! 1 ,0<br />

f ! 1 ,0<br />

Une fonction qui possè<strong>de</strong> ces propriétés porte le joli nom d’isomorphisme<br />

entre les ensembles K (! ,0 ) <strong>et</strong> ! 2 .<br />

On pose alors la question suivante :<br />

Deuxième question<br />

Définir un isomorphisme entre K (! ,0 ) <strong>et</strong> ! perm<strong>et</strong>tant d’établir que<br />

les ensembles K (! ,0 ) <strong>et</strong> ! munis <strong>de</strong> leurs opérations respectives se<br />

Ici encore les exigences <strong>de</strong> la question ne portent que sur le<br />

résultat souhaité. Les élèves ont déjà été confrontés au mot<br />

définir dans une question précé<strong>de</strong>nte, mais malgré cela un<br />

certain nombre d’entre eux, quoique dans une proportion<br />

plus faible que précé<strong>de</strong>mment, tiennent encore à déduire la<br />

fonction <strong>de</strong>mandée à partir <strong>de</strong>s propriétés qu’elle doit<br />

satisfaire. Bien que cela soit évi<strong>de</strong>mment possible en<br />

utilisant la <strong>de</strong>uxième propriété, le schème envisagé n’est pas<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong> ordre <strong>et</strong>, sans soutien du professeur, c<strong>et</strong>te approche<br />

n’est pas facilement accessible à l’élève. C<strong>et</strong>te question pose<br />

<strong>de</strong>ux difficultés aux élèves. La première concerne le fait que<br />

ceux-ci n’ont jamais travaillé dans leurs cours <strong>de</strong> calcul avec<br />

autre chose que <strong>de</strong>s fonctions dont le domaine <strong>et</strong> l’image<br />

étaient <strong>de</strong>s sous-ensembles <strong>de</strong> R. La secon<strong>de</strong> difficulté que<br />

pose c<strong>et</strong>te question à l’élève se trouve dans la simplicité <strong>de</strong> la<br />

fonction qu’il est possible d’exhiber pour satisfaire aux<br />

exigences, la plus simple étant évi<strong>de</strong>mment définie par la<br />

règle <strong>de</strong> correspondance : f ((!,0)) = ! . Ce qui semble<br />

embêter le plus l’élève, c’est l’absence <strong>de</strong> « calculs » dans<br />

c<strong>et</strong>te fonction. Certains vont alors tenter <strong>de</strong> combler c<strong>et</strong>te<br />

absence en proposant <strong>de</strong>s fonctions <strong>de</strong> la forme<br />

3 3<br />

f ((!,0)) = ! + 0 <strong>et</strong> même f ((!,0)) = ! + 0 .<br />

La question qui concerne l’existence <strong>de</strong> la fonction inverse<br />

est ici un prétexte pour revisiter c<strong>et</strong>te notion. La notion <strong>de</strong><br />

fonction inversible (ou réciproque) a été vue une première<br />

fois à la fin du niveau secondaire, puis a été reprise dans les<br />

cours <strong>de</strong> calculs du niveau collégial lors <strong>de</strong> la présentation<br />

<strong>de</strong>s fonctions logarithmiques <strong>et</strong> <strong>de</strong>s fonctions trigonométriques<br />

inverses. Au secondaire, on présente une métho<strong>de</strong><br />

perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> trouver la fonction réciproque d’une fonction<br />

rationnelle du premier <strong>de</strong>gré. Au collégial, on essaie <strong>de</strong><br />

caractériser la réciproque d’une fonction par l’opération <strong>de</strong><br />

composition. Évi<strong>de</strong>mment, pour la plupart <strong>de</strong>s élèves, c<strong>et</strong>te<br />

caractérisation ne fait plus partie <strong>de</strong>s schèmes <strong>de</strong> pensée<br />

disponibles. Par contre le schème présenté au secondaire est<br />

encore accessible à l’élève, mais malheureusement ne lui est<br />

pas utile ici. Le professeur doit donc intervenir <strong>et</strong> suggérer à<br />

l’élève d’en discuter avec son manuel <strong>de</strong> calcul différentiel.<br />

La troisième question amène l’élève à considérer la<br />

possibilité que le sous-ensemble K = { (0,!) ! "! } soit<br />

( 0,! )<br />

également un corps.<br />

Troisième question<br />

i) Calculer le produit (0,1) 2 ;<br />

ii) Déterminer si le sous-ensemble K ( 0,! )<br />

multiplication telles que définies sur K est un corps.<br />

(! ," )<br />

muni <strong>de</strong> l’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />

On remarque évi<strong>de</strong>mment que le résultat <strong>de</strong> la première<br />

partie <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te question perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> répondre à la secon<strong>de</strong>.<br />

Bien que le schème <strong>de</strong> pensée associé à la ferm<strong>et</strong>ure d’une<br />

opération ait acquis une certaine solidité, celle-ci n’est<br />

toutefois pas suffisante pour perm<strong>et</strong>tre à l’élève d’exploiter<br />

le résultat <strong>de</strong> la question i). Presque tous les élèves vont<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 176 31 mai <strong>et</strong> 1er comportent <strong>de</strong> façon i<strong>de</strong>ntique.<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

juin 2006


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

montrer la non-ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong> la multiplication en effectuant<br />

la multiplication <strong>de</strong>s couples (! ,0) <strong>et</strong> (! ,0) .<br />

1 2<br />

Les questions suivantes dans c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>uxième partie vont<br />

amener les élèves à utiliser une écriture sans couples pour les<br />

éléments du corps K (! ," )<br />

en notant les couples <strong>de</strong> la forme<br />

(!,0) par ! <strong>et</strong> en notant le couple (0,1) par c comme la<br />

première l<strong>et</strong>tre du mot compliqué.<br />

Quatrième question<br />

Montrer que tout scalaire ( ! , " ) du corps K ( ! , " ) peut maintenant<br />

être noté par ! + " c , i.e. ( ! , " ) ! ! + " c .<br />

C<strong>et</strong>te question illustre la difficulté que le symbolisme pose à<br />

l’élève. Depuis le début du travail, bien que ! <strong>et</strong> ! ne<br />

représentent que <strong>de</strong>ux nombres réels, ! a toujours été le<br />

premier terme du couple <strong>et</strong> ! n’a jamais été autre chose que<br />

le second terme. C<strong>et</strong>te apparence <strong>de</strong> différence dans la<br />

nature <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux réels a comme conséquence que la<br />

notation ( ! , 0) ! ! proposée par le questionnaire après la<br />

question 2 pour les éléments du corps K sera mal<br />

(! ,0 )<br />

généralisée dans le cas <strong>de</strong> ! . Pour l’élève, elle prendra<br />

alors la forme ! ! (0, ! ) .<br />

La nouvelle notation <strong>de</strong> la question 4 va perm<strong>et</strong>tre à l’élève<br />

écriture du résultat <strong>de</strong> la question 3 i) sous une forme « plus<br />

audacieuse » comme le dit si bien Papillon à la page 298 :<br />

c 2<br />

= !1 .<br />

Pour terminer c<strong>et</strong>te partie, on propose à l’élève une écriture<br />

plus simple pour la multiplication.<br />

Cinquième question<br />

Sans utiliser la formulation en couples, effectuer les produits suivants :<br />

"<br />

3<br />

i) (3 ! 4c) +<br />

25<br />

4<br />

c<br />

#<br />

$<br />

25 &<br />

' ;<br />

ii) (! 1 + " 1c) ! 2 + " 2c ( ).<br />

%<br />

Et, après avoir défini le conjugué d’un nombre, on pose la<br />

question suivante :<br />

Sixième question<br />

Toujours avec la nouvelle notation, montrer que pour tout scalaire du<br />

corps K , le résultat <strong>de</strong> la multiplication par son conjugué est un<br />

(! ," )<br />

nombre réel positif.<br />

Les questions 5i), 5ii) <strong>et</strong> 6 sont essentiellement trois fois la<br />

même question qui est posée à l’élève. L’expression générale<br />

est le résultat <strong>de</strong> 5 ii), mais très peu d’élèves vont réinvestir<br />

le résultat <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te question pour les appliquer à la question<br />

6 ou encore à la question 5 i) qui a le défaut <strong>de</strong> précé<strong>de</strong>r la<br />

question 5 ii).<br />

4. Le travail : troisième acte<br />

Dans c<strong>et</strong>te troisième partie, nous amenons l’élève à établir<br />

une formule <strong>de</strong> calcul pour le produit scalaire sur l’espace<br />

vectoriel K 2<br />

à partir <strong>de</strong>s propriétés axiomatiques du<br />

(! ," )<br />

produit scalaire. Les élèves ont déjà pu définir une base <strong>de</strong><br />

l’espace vectoriel K 2<br />

lors <strong>de</strong> la première partie <strong>de</strong> ce<br />

(! ," )<br />

travail. La partie magistrale du cours a permis une<br />

présentation axiomatique <strong>de</strong>s formules <strong>de</strong> calcul du<br />

déterminant 2! 2 , du déterminant 3! 3 <strong>et</strong> du produit<br />

vectoriel. Les élèves ont également été en contact avec les<br />

trois « définitions » du produit scalaire que propose<br />

Papillon :<br />

• Géométrique :<br />

!<br />

ui ! v = ! u ! v cos! où ! est l’angle entre ! u <strong>et</strong> ! v ;<br />

• Algébrique :<br />

!<br />

ui ! v = u v + u v + ... + u v où<br />

1 1 2 2 n n<br />

!<br />

u = (u 1 ,u 2 ,...,u n ) <strong>et</strong><br />

!<br />

v = (v 1 ,v 2 ,...,v n ) sont exprimés relativement à une base<br />

orthonormée;<br />

• Axiomatique :<br />

Une fonction qui associe à tout couple ! u, ! v <strong>de</strong><br />

vecteurs un réel noté ! ui ! v tel que :<br />

! ! ! !<br />

PS1 uiv = vi u<br />

! ! ! ! ! !<br />

PS2 ( ku) iv = ui( kv) = k( ui v)<br />

! ! ! ! ! ! !<br />

PS3 ui( v + w) = uiv + ui w<br />

! ! ! 2<br />

PS4 ui u = u .<br />

Chacune <strong>de</strong> ces « définitions » du produit scalaire peut être<br />

considérée comme une généralisation <strong>de</strong> la précé<strong>de</strong>nte; la<br />

première n’a <strong>de</strong> sens que pour ! 2 ou ! 3 , le secon<strong>de</strong> est<br />

limitée à ! n <strong>et</strong> la troisième n’impose aucune restriction sur<br />

l’espace considéré. On <strong>de</strong>man<strong>de</strong> alors à l’élève <strong>de</strong> tenter <strong>de</strong><br />

poursuivre c<strong>et</strong>te généralisation afin d’obtenir une formule <strong>de</strong><br />

calcul dans le cas où l’on remplacerait le mot réel par le mot<br />

scalaire dans la troisième définition, la définition<br />

axiomatique du produit scalaire.<br />

Les trois premières questions <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te partie examinent la<br />

possibilité d’utiliser pour l’espace vectoriel K 2<br />

(! ," )<br />

la formule<br />

<strong>de</strong> calcul du produit scalaire dans ! n sur K 2<br />

. Après<br />

(! ," )<br />

avoir donné un exemple <strong>de</strong> généralisation <strong>et</strong> avoir montré<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 177 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

que<br />

! 2<br />

2<br />

! K , on propose la réflexion suivante :<br />

(" ,# )<br />

La vieille formule algébrique du calcul du produit scalaire sur ! 2 est-<br />

elle encore applicable sur K 2<br />

? Si oui, BINGO!, le troisième<br />

(! ," )<br />

travail est terminé.<br />

Troisième question


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

a) En considérant que les vecteurs <strong>de</strong> K 2<br />

sont donnés<br />

(! ," )<br />

relativement à une base orthonormée <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace, effectuer les<br />

produits scalaires suivants à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la formule <strong>de</strong> la page 54 <strong>de</strong><br />

Papillon.<br />

PS2*<br />

(1,c)i(1,c) ;<br />

(1+ c,3)i(2 ! 3c,!5 + 2c) ;<br />

(1! c,2 + 2c)i(1! c,2 + 2c) ;<br />

(k! u)i ! v = k( ! ui ! v);<br />

PS3* ! ui( ! v + ! w) = ! ui ! v + ! ui ! w;<br />

!<br />

PS4* ui ! u = ! u 2<br />

.<br />

Il aurait sans doute été souhaitable que c<strong>et</strong>te nouvelle<br />

définition du produit scalaire apporte une modification à la<br />

propriété PS4 plutôt qu’à pas la propriété PS1, mais comme<br />

la propriété PS4 fait le lien entre les scalaires <strong>et</strong> les réels, elle<br />

doit évi<strong>de</strong>mment rester invariante.<br />

i)<br />

ii)<br />

iii)<br />

iv)<br />

(5c,0)i(5c,0) ;<br />

b) Commenter les résultats obtenus en a);<br />

c) Le troisième travail est-il terminé?<br />

La réponse à la question c) est évi<strong>de</strong>mment non puisque le<br />

travail comporte encore cinq autres questions, mais sans<br />

c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, les résultats <strong>de</strong> a) ne sont pas suffisamment<br />

troublants pour amener l’élève à considérer que l’application<br />

<strong>de</strong> la formule <strong>de</strong> calcul du produit scalaire <strong>de</strong> ! 2 contrevient<br />

aux axiomes du produit scalaire lorsqu’appliquée à<br />

l’espace K 2<br />

. Quant à la question a), ce n’est qu’une<br />

(! ," )<br />

application <strong>de</strong> la notation pour les scalaires « couples » <strong>de</strong><br />

K obtenue dans la <strong>de</strong>uxième partie <strong>de</strong> ce travail <strong>et</strong> l’élève<br />

(! ," )<br />

obtient assez aisément que :<br />

i) (1,c)i(1,c) = 0;<br />

ii) (1+ c,3)i(2 ! 3c,!5 + 2c) = !10 + 5c;<br />

iii) (1 ! c,2 + 2 c) i (1 ! c,2 + 2 c) = 6c<br />

;<br />

iv) (5c,0)i(5c,0) = !25.<br />

La question b) pose beaucoup plus <strong>de</strong> difficultés : l’élève sait<br />

qu’on lui <strong>de</strong>man<strong>de</strong> un argument démontrant qu’au moins<br />

une <strong>de</strong>s propriétés du produit scalaire est violée, mais c<strong>et</strong>te<br />

<strong>de</strong>man<strong>de</strong> n’est pas facile à satisfaire. Dans un premier temps,<br />

l’élève croit voir un problème en i) <strong>et</strong> iv) : le résultat <strong>de</strong> ces<br />

<strong>de</strong>ux produits scalaires sur le corps K est un nombre<br />

(! ," )<br />

réel. La difficulté à m<strong>et</strong>tre le doigt sur le problème s’explique<br />

sans doute par le fait que la propriété PS4, celle qui dans ce<br />

cas est violée, est la plus obscure pour l’élève, en particulier<br />

parce qu’elle n’a pas d’équivalent comme les trois autres<br />

propriétés (commutativité, pseudo associativité <strong>et</strong> distributivité)<br />

pour d’autres opérations. C<strong>et</strong>te difficulté ne peut être<br />

que difficilement surmontée sans l’insistance du professeur à<br />

rappeler le lien qui existe entre produit scalaire, norme <strong>et</strong><br />

longueur d’un vecteur.<br />

Le canevas <strong>de</strong> travail va trouver un prétexte dans c<strong>et</strong>te<br />

incohérence pour proposer une nouvelle définition axiomatique<br />

du produit scalaire.<br />

Définition<br />

Étant donné un espace vectoriel défini sur le corps K , un produit<br />

(! ," )<br />

scalaire est une fonction qui associe à tout couple <strong>de</strong> vecteurs <strong>de</strong> c<strong>et</strong><br />

espace vectoriel un <strong>et</strong> un seul scalaire (ici un élément <strong>de</strong> K ) <strong>et</strong><br />

(! ," )<br />

respecte les quatre propriétés suivantes :<br />

PS1* ! ui ! v = ! vi ! u ;<br />

Les trois questions suivantes vont d’abord amener l’élève à<br />

vérifier que la propriété PS1* reste cohérente avec la<br />

propriété PS1 lorsque le corps considéré est ! . Par la suite,<br />

on lui propose <strong>de</strong>ux résultats qui seront nécessaires au<br />

développement <strong>de</strong> la formule <strong>de</strong> calcul du produit scalaire à<br />

partir <strong>de</strong>s propriétés axiomatiques <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te opération sur le<br />

corps K . En particulier la sixième question va examiner<br />

(! ," )<br />

les conséquences que peut avoir l’anti-commutativité <strong>de</strong> la<br />

propriété PS1* sur les propriétés PS2* <strong>et</strong> PS3*.<br />

Sixième question<br />

a) La propriété PS2* indique que (k! u)i ! v = k( ! ui ! v) . Est-il vrai<br />

que ! ui(k ! v) = k( ! ui ! v) aussi?<br />

b) La propriété PS3* indique que ! ui( ! v + ! w) = ! ui ! v + ! ui ! w. Est-il<br />

vrai que ( ! v + ! w)i ! u = ! vi ! u + ! wi ! u aussi?<br />

L’élève semble avoir <strong>de</strong> la difficulté à accepter qu’une seule<br />

<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux propriétés soit affectée par la nouvelle propriété<br />

PS1* (seule PS2* est affectée) <strong>et</strong>, si on obtient que<br />

! ui(k ! v) = k ( ! ui ! v) , il lui faut également placer un conjugué<br />

quelque part dans PS3*.<br />

Après avoir rappelé la définition d’une base orthonormée, la<br />

septième question <strong>de</strong>man<strong>de</strong> à l’élève d’obtenir la nouvelle<br />

formule <strong>de</strong> calcul.<br />

Septième question<br />

a) En adm<strong>et</strong>tant l’existence d’une base orthonormée B = ! e 1 , ! e 2<br />

K 2<br />

, établir une formule <strong>de</strong> calcul pour le produit scalaire <strong>de</strong><br />

(! ," )<br />

<strong>de</strong>ux vecteurs<br />

!<br />

u = (k 1 , k 2 ) <strong>et</strong><br />

relativement à c<strong>et</strong>te base;<br />

!<br />

v = (l ,l ) <strong>de</strong><br />

1 2 K 2<br />

exprimés<br />

(! ," )<br />

b) Vérifier que, dans le cas particulier où les composantes k 1 , k 2 ,l 1<br />

<strong>et</strong> l 2 <strong>de</strong>s vecteurs ! u <strong>et</strong> ! v sont <strong>de</strong>s nombres réels, la formule<br />

obtenue en a) correspond à la définition du produit scalaire<br />

sur ! 2 .<br />

C<strong>et</strong>te question va perm<strong>et</strong>tre à l’élève <strong>de</strong> faire le lien entre les<br />

connaissances qu’il possè<strong>de</strong> déjà <strong>et</strong> les nouvelles<br />

connaissances amenées par le questionnaire. Ce lien lui sera<br />

offert par le troisième membre <strong>de</strong> l’équipe. Le livre <strong>de</strong><br />

Papillon présente le développement <strong>de</strong> la formule <strong>de</strong> calcul<br />

pour le déterminant 2! 2 , une présentation qui remonte à la<br />

<strong>de</strong>uxième partie du cours magistral. En invoquant les<br />

propriétés appropriées, il prend la forme suivante :<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 178 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

<strong>de</strong>


Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />

! (a,b),(c, d) = ! a ! i + b ! j,c ! i + d ! j<br />

=! a ! i ,c ! i + d ! j + ! b ! j,c ! i + d ! j<br />

=! a ! i ,c ! i + ! a ! i , d ! j + ! b ! j,c ! i + ! b ! j, d ! j<br />

=ac! ! i , ! i + ad! ! i , ! j + bc! ! j, ! i + bd! ! j, ! <strong>de</strong> s’assurer que le manuel acquiert un statut d’intervenant à<br />

part entière : il ne s’agit pas uniquement d’écouter le manuel,<br />

il faut aussi le comprendre. Nous pensons que c’est dans<br />

l’apprentissage <strong>de</strong> ce rôle du manuel que l’élève saura<br />

profiter le plus <strong>de</strong>s mises en situation « par problèmes ».<br />

j<br />

=0 + ad! ! i , ! j + bc! ! j, ! i + 0<br />

=ad! ! i , ! j " bc! ! i , j<br />

=ad " bc.<br />

En faisant parler le manuel, l’élève pourra obtenir un<br />

développement presque i<strong>de</strong>ntique pour la formule du<br />

produit scalaire. En invoquant les propriétés appropriées, il<br />

prend la forme suivante :<br />

! ! ! !<br />

(k , k ) • (l ,l ) = (k e + k e ) • (l e + l e )<br />

1 2 1 2 1 1 2 2 1 1 2 2<br />

! ! ! ! ! !<br />

=(k e ) • (l e + l e ) + (k e ) • (l e + l e )<br />

1 1 1 1 2 2 2 2 1 1 2 2<br />

! ! ! ! ! ! ! !<br />

=(k e ) • (l e ) + (k e ) • (l e ) + (k e ) • (l e ) + (k e ) • (l e )<br />

1 1 1 1 1 1 2 2 2 2 1 1 2 2 2 2<br />

=(k 1 l 1 )( ! e 1 • ! e 1 ) + (k 1 l 2 )( ! e 1 • ! e 2 ) + (k 2 l 1 )( ! e 2 • ! e 1 ) + (k 2 l 2 )( ! e 2 • ! e 2 )<br />

=(k 1 l 1 )( ! e 1 • ! e 1 ) + 0 + 0 + (k 2 l 2 )( ! e 2 • ! e 2 )<br />

=k 1 l 1 + k 2 l 2 .<br />

La <strong>de</strong>uxième partie <strong>de</strong> la question perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> confirmer que<br />

c<strong>et</strong>te nouvelle formule pour le produit scalaire est bien une<br />

généralisation <strong>de</strong> celle sur ! 2 .<br />

Pour terminer, nous proposons à l’élève <strong>de</strong> revenir au point<br />

où les problèmes sont apparus dans c<strong>et</strong>te troisième partie en<br />

ramenant une question précé<strong>de</strong>nte.<br />

Huitième question<br />

a) En considérant que les vecteurs <strong>de</strong> K 2<br />

sont donnés<br />

(! ," )<br />

relativement à une base orthonormée <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace, effectuer les<br />

produits scalaires suivants à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la formule établie à la<br />

question 7.<br />

i) (1,c)i(1,c) ;<br />

ii)<br />

(1+ c,3)i(2 ! 3c,!5 + 2c) ;<br />

iii) (1! c,2 + 2c)i(1! c,2 + 2c) ;<br />

iv) (5c,0)i(5c,0) ;<br />

b) Commenter les résultats obtenus en a);<br />

c) Le troisième travail est-il terminé?<br />

C<strong>et</strong>te fois-ci, au grand soulagement <strong>de</strong> l’élève, la réponse à la<br />

question c) est oui.<br />

5. Conclusion<br />

Ce travail a tenté d’examiner les rôles <strong>de</strong>s différents acteurs<br />

qui interviennent lorsque l’on place l’élève <strong>de</strong>vant une<br />

situation d’apprentissage par problèmes : le questionnaire, le<br />

professeur, le manuel <strong>et</strong> l’élève. Tout en étant tout à fait<br />

solidaires les uns <strong>de</strong>s autres, ils doivent apprendre à agir <strong>de</strong><br />

façon autonome. Le professeur en particulier doit savoir<br />

démontrer une distance relative face au questionnaire. On<br />

pourrait même parfois le voir tenté <strong>de</strong> s’opposer à la volonté<br />

<strong>de</strong> ce questionnaire. Le professeur a également comme rôle<br />

Référence<br />

Papillon, Vincent, Vecteurs, matrices <strong>et</strong> nombres complexes,<br />

Modulo Éditeur, Montréal,1993.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 179 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 180 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

dans la mise en équation<br />

différentielle en physique<br />

Les physiciens utilisent, pour étudier les variations d'une gran<strong>de</strong>ur f en fonction<br />

d'une autre x, un procédé "physique" <strong>de</strong> mise en équation différentielle, en évaluant<br />

l'accroissement ∆f quand la variable s'accroît <strong>de</strong> ∆x. Ils s'appuient sur une intuition<br />

physique qui laisse parfois implicite la négligeabilité effective <strong>de</strong> certains termes<br />

négligés.<br />

Comment les <strong>mathématiques</strong> peuvent-elles rendre compte <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te intuition <strong>et</strong> la<br />

préciser, en termes d'erreur relative, <strong>et</strong> au moyen <strong>de</strong>s concepts <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong><br />

limite, <strong>de</strong> dérivabilité <strong>et</strong> <strong>de</strong> négligeabilité ? C<strong>et</strong>te intervention <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> en<br />

physique peut-elle en r<strong>et</strong>our améliorer la compréhension du sens <strong>de</strong> ces concepts<br />

<strong>mathématiques</strong> ? Nous étudions c<strong>et</strong>te question en travaillant en détail sur quelques<br />

exemples.<br />

Marc Rogalski,<br />

Université <strong>de</strong>s<br />

Sciences <strong>et</strong><br />

Technologies <strong>de</strong><br />

Lille, France<br />

Laboratoire Paul<br />

Painlevé<br />

(Université <strong>et</strong><br />

CNRS)<br />

mro@ccr.jussieu.fr<br />

L<br />

e programme mathématique <strong>de</strong>s<br />

terminales scientifiques en France m<strong>et</strong><br />

<strong>de</strong>puis 2002 l'accent sur les liens entre<br />

les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> la physique. Ce lien est<br />

développé <strong>de</strong> façon très explicite autour <strong>de</strong>s<br />

procédures <strong>de</strong> mise en équation différentielle <strong>de</strong><br />

phénomènes physiques (étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s variations d'une<br />

gran<strong>de</strong>ur à taux <strong>de</strong> variation instantané<br />

proportionnel à la gran<strong>de</strong>ur elle-même,<br />

équations différentielles y' = ky), en particulier<br />

<strong>de</strong> phénomènes d’évolution au cours du<br />

temps.<br />

C<strong>et</strong>te évolution <strong>de</strong>s programmes, <strong>et</strong> surtout <strong>de</strong><br />

leur esprit, pose beaucoup <strong>de</strong> problèmes aux<br />

enseignants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, peu habitués<br />

aux activités <strong>de</strong> modélisation. De nombreux<br />

débats ont ainsi surgi sur le bien-fondé <strong>de</strong> ces<br />

nouvelles orientations, en même temps que,<br />

dans les documents d’accompagnement <strong>de</strong>s<br />

programmes distribués par le ministère, dans<br />

les IREM (Instituts <strong>de</strong> Recherche sur<br />

l’Enseignement <strong>de</strong>s Mathématiques) <strong>et</strong> dans le<br />

bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong> l’APMEP (Association <strong>de</strong>s<br />

Professeurs <strong>de</strong> Mathématiques <strong>de</strong> l’Enseignement<br />

Public), <strong>de</strong> nombreux exemples <strong>de</strong><br />

modélisation ont été donnés, souvent<br />

intéressants, voire “séduisants”. Mais sont-ils<br />

vraiment viables didactiquement ? Il apparaît<br />

bien qu’un certain nombre <strong>de</strong> difficultés aient<br />

été sous-estimées, mais il nous semble qu’un<br />

<strong>de</strong>s enjeux possibles est <strong>de</strong> s’emparer <strong>de</strong> ces<br />

difficultés d’un point <strong>de</strong> vue mathématique, <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> les exploiter, à la fois pour mieux cerner la<br />

spécificité <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux disciplines physique <strong>et</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> (voire d’autres), <strong>et</strong> pour en<br />

tirer un bénéfice pour l’enseignement <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong>.<br />

I. La procédure <strong>de</strong> l’accroissement<br />

différentiel, les lois physiques<br />

“locales”, <strong>et</strong> les notions<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> dérivabilité<br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> négligeabilité<br />

Nous allons donc essayer d’analyser les<br />

procédures à l’œuvre dans une mise en<br />

équation différentielle d’un phénomène<br />

physique. Si on regar<strong>de</strong> les mises en équation<br />

possibles, on constate qu’il y en a <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

types :<br />

* celles où une loi physique est d’emblée déjà une<br />

équation différentielle, <strong>et</strong> il n’y a donc pas <strong>de</strong><br />

véritable modélisation à la charnière physique-<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 181 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />

<strong>mathématiques</strong> à faire ; c’est par exemple le cas <strong>de</strong> la plupart<br />

<strong>de</strong>s problèmes qui relèvent <strong>de</strong> la dynamique: F = mΓ est<br />

déjà une équation différentielle ;<br />

* celles où, au contraire, l’équation différentielle n’est pas donnée,<br />

<strong>et</strong> c’est tout l’enjeu <strong>de</strong> l’activité <strong>de</strong> modélisation que <strong>de</strong><br />

l’établir.<br />

C’est uniquement ce <strong>de</strong>rnier cas que nous allons étudier ici.<br />

Pour bien faire comprendre la métho<strong>de</strong> utilisée en physique,<br />

nous allons d’abord étudier un exemple significatif.<br />

I.1. Un exemple emblématique : la canalisation<br />

poreuse<br />

Voici un exemple <strong>de</strong> problème qu’on pourrait trouver dans<br />

un manuel <strong>de</strong> physique.<br />

1 Écoulement dans une canalisation poreuse<br />

On étudie les pertes d'eau le long d'une canalisation poreuse<br />

cylindrique <strong>de</strong> rayon 10 cm. On suppose que le débit<br />

d'entrée est <strong>de</strong> 1800 litres à la minute.<br />

On fait l’hypothèse suivante : sur un p<strong>et</strong>it segment <strong>de</strong> la<br />

canalisation, la fuite (en litres/mn) est à peu près<br />

proportionnelle à la surface (en mètres carrés) du segment <strong>et</strong><br />

au débit (en litres/mn) à travers ce p<strong>et</strong>it segment, le<br />

coefficient <strong>de</strong> proportionnalité étant égal à 10 -2 .<br />

Quelle longueur maximum peut avoir la canalisation pour<br />

que le débit d'eau à sa sortie soit au moins <strong>de</strong> 1000<br />

litres/mn?<br />

On constate que l’énoncé présente <strong>de</strong>ux aspects :<br />

* d’une part, une <strong>de</strong>scription locale du phénomène, une “loi<br />

locale” <strong>de</strong> nature “linéaire”, présentée comme d’autant plus<br />

exacte que le phénomène a été très localisé (comme le<br />

désignent les locutions “sur un p<strong>et</strong>it segment <strong>de</strong> la<br />

canalisation” <strong>et</strong> “à peu près proportionnelle”) ;<br />

* <strong>de</strong> l’autre, une “procédure <strong>de</strong> l’accroissement différentiel” : on<br />

regar<strong>de</strong> un accroissement ∆x <strong>de</strong> la variable (ici l’abscisse à<br />

partir <strong>de</strong> l’entrée <strong>de</strong> la canalisation), à partir <strong>de</strong> sa valeur x, <strong>et</strong><br />

on dit quelque chose sur l'accroissement correspondant ∆f<br />

<strong>de</strong> la fonction f cherchée (ici le débit δ(x) à l’abscisse x).<br />

On peut remarquer qu’ici une gran<strong>de</strong> partie <strong>de</strong> la<br />

modélisation est déjà faite : on ne dit pas comment on a<br />

déterminé c<strong>et</strong>te loi locale ; nous y reviendrons.<br />

Mais revenons à ce qui est dit <strong>de</strong> l’accroissement, <strong>et</strong> à ce que<br />

disent fréquemment les physiciens. Parfois, le “à peu près”<br />

du texte est carrément absent, <strong>et</strong> remplacé par une locution<br />

du type “est égal à … si Δx est assez p<strong>et</strong>it”. On trouve ainsi<br />

dans un document du ministère (voir[4]), à propos <strong>de</strong> la<br />

radioactivité, la formulation suivante : “le nombre moyen <strong>de</strong><br />

noyaux qui se désintègrent pendant un intervalle <strong>de</strong> temps<br />

∆t à partir d'un instant t, rapporté au nombre total <strong>de</strong><br />

noyaux N(t) présents à l'instant t <strong>et</strong> au temps d'observation<br />

∆t, est une constante λ caractéristique du noyau en question.<br />

On peut donc écrire ∆N(t)<br />

= - λ∆t”. C<strong>et</strong>te formulation a<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 182 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

N(t)<br />

entraîné <strong>de</strong> nombreuses protestations d'enseignants <strong>de</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> (voir [2]), pour qui une telle proportionnalité<br />

locale exacte implique que le phénomène étudié est globalement<br />

proportionnel ; dit autrement : une fonction localement<br />

affine sur un intervalle y est globalement affine.<br />

Dans l’énoncé concernant la canalisation poreuse, on trouve<br />

une formulation plus pru<strong>de</strong>nte, qu’on trouve aussi dans les<br />

textes <strong>de</strong> physique : on y énonce une proportionnalité<br />

approximative <strong>de</strong> ∆f à ∆x, qu'on écrit souvent ∆f ≈ K∆x, le<br />

coefficient K dépendant explicitement <strong>de</strong> x <strong>et</strong> <strong>de</strong> f(x).<br />

Plus précisément, on peut écrire ici, si δ(x) est le débit à<br />

l'abscisse x <strong>de</strong> la canalisation <strong>et</strong> R son rayon :<br />

(*) ∆δ ≈ -kΔSδ(x), soit ∆δ ≈ -2πRkδ(x)Δx.<br />

I.2. Erreur relative, négligeabilité <strong>et</strong> dérivée<br />

Mais reste à savoir ce que signifie précisément le signe ≈<br />

ainsi utilisé. Les physiciens m<strong>et</strong>tent en avant à juste titre<br />

l'idée d'approximation, mais, dans ce type <strong>de</strong> modélisation, ils<br />

restent dans le flou quant au type d'approximation dont il<br />

s'agit, c'est-à-dire quant à la nature <strong>de</strong> l'erreur commise. Ce<br />

point <strong>de</strong>vrait être essentiel, s'agissant <strong>de</strong> physique ! Or ce<br />

point est très délicat pour les élèves, <strong>et</strong> encore pour les<br />

étudiants à l'université (voir [1], [3]). Il s'agit certes <strong>de</strong> dire<br />

que l'erreur commise en remplaçant ∆f par K∆x tend vers 0<br />

avec ∆x, mais pas n'importe quelle erreur : il s'agit <strong>de</strong> l'erreur<br />

relative par rapport à ∆x, l'erreur absolue r = ∆f - K∆x doit<br />

être négligeable <strong>de</strong>vant ∆x. En eff<strong>et</strong>, clairement ∆f <strong>et</strong> K∆x<br />

ten<strong>de</strong>nt tous <strong>de</strong>ux vers 0 avec ∆x (dès lors qu'on sait que f<br />

est continue), donc dire que leur différence (l'erreur absolue)<br />

tend aussi vers 0 n'apporte aucune information ! La négligeabilité <strong>de</strong><br />

l'erreur absolue <strong>de</strong>vant ∆x est l'information supplémentaire qui<br />

va perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> dire que la forme d'une loi locale<br />

∆f = K(x, f(x))∆x + o(∆x) signifie très précisément que la<br />

fonction f est dérivable en x <strong>et</strong> que sa dérivée a pour valeur<br />

K(x,f(x)) . Et par conséquent que la fonction f inconnue doit<br />

vérifier l'équation différentielle y' = K(x, y). Ici, dire que l’erreur<br />

r est o(∆x) ou est négligeable <strong>de</strong>vant ∆x signifie que r<br />

∆x<br />

tend vers 0 quand ∆x tend vers 0.<br />

Il y a là <strong>de</strong> plus une autre difficulté dans le rapport entre<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> physique. À proprement parler, pour le<br />

physicien, le caractère relatif <strong>de</strong> l'erreur <strong>de</strong>vrait être à<br />

rapporter à ∆f, surtout s’il y a <strong>de</strong>s mesures : on <strong>de</strong>vrait donc<br />

avoir ∆f = K(x, f(x))∆x + o(∆f). Ceci est équivalent à la<br />

formulation précé<strong>de</strong>nte, sauf lorsque K(x, f(x)) est nul, c'està-dire<br />

en un point x où la dérivée f '(x) est nulle.


Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />

Fondamentalement, le concept mathématique qui sous-tend<br />

c<strong>et</strong>te interprétation en erreur relative est la négligeabilité du<br />

reste dans le point <strong>de</strong> vue concevant la dérivabilité comme<br />

l'existence d'un développement limité à l'ordre 1 :<br />

f(x+∆x) - f(x) = f '(x) ∆x + r(∆x). Si on ne dit pas que<br />

r(∆x) = o(∆x), on n'a absolument pas une dérivabilité. Ce<br />

point est loin d’aller <strong>de</strong> soi avec les élèves <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rnières<br />

années du lycée (où la dérivée est introduite <strong>et</strong> utilisée), <strong>et</strong><br />

encore avec les étudiants <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux premières années<br />

d’université.<br />

Voici un exemple d’activité qui peut faire prendre<br />

conscience aux élèves que la notion <strong>de</strong> négligeabilité est au<br />

cœur <strong>de</strong> celle <strong>de</strong> dérivée. On pose le problème :<br />

2 Évaluer sin(46°) sans utiliser <strong>de</strong> calculatrice<br />

Les élèves pensent rapi<strong>de</strong>ment à la formule d’addition :<br />

sin(46°) = 2<br />

2<br />

(sin(1°)+ cos(1°)) .<br />

Une fois établi que 1° = π<br />

180<br />

radians, les élèves finissent par<br />

se rappeler que quand x est p<strong>et</strong>it (ici π<br />

180<br />

= 0,01745…),<br />

sin x c’est à peu près x. Ils proposent donc <strong>de</strong> remplacer<br />

sin x par x dans l’expression finale<br />

sin(46°) = 2 π<br />

2<br />

(1+sin(<br />

180 ) - 2 sin2 ( π<br />

360 )) .<br />

Puis vient la question <strong>de</strong> l’évaluation <strong>de</strong> l’erreur, ce qui les<br />

oblige à préciser ce que signifie la phrase “quand x est p<strong>et</strong>it,<br />

sin x c’est à peu près x”.<br />

Après discussion entre eux, il est fréquent qu’ils proposent<br />

unanimement une formule sin x = x + ε, avec ε tendant vers 0<br />

avec x. Si on leur <strong>de</strong>man<strong>de</strong> si ε pourrait être <strong>de</strong> l'ordre <strong>de</strong><br />

|x| , ou <strong>de</strong> 3x, ils sentent confusément qu'il y aurait<br />

quelque chose qui n'irait pas, mais il faut un certain temps <strong>de</strong><br />

discussion (où l’enseignant doit intervenir sur la notion<br />

d’information supplémentaire que doit apporter l’expression<br />

“c’est à peu près”) pour que la formulation "ε doit être<br />

négligeable <strong>de</strong>vant x" finisse par être adoptée. Et il faut alors<br />

faire comprendre qu’on n’a rien écrit d’autre que le fait que<br />

la dérivée <strong>de</strong> la fonction sinus en 0 est 1, c’est-à-dire<br />

lim sinx<br />

= 1, ou sin x = x + o(x).<br />

x!0<br />

x<br />

I.3. L’intuition physique <strong>de</strong> ce qui est<br />

négligeable : la procédure physique <strong>de</strong><br />

l'accroissement différentiel<br />

Si on revient au problème <strong>de</strong> la canalisation poreuse,<br />

l’énoncé ne nous dit pas comment le physicien a fait pour<br />

établir la loi locale proposée. C’est une intuition clairement<br />

raisonnable <strong>de</strong> considérer que, localement, les fuites sont<br />

proportionnelles à la surface ; la proportionnalité au débit à<br />

la position x est moins claire, <strong>et</strong> c’est en somme le choix<br />

d’un certain type <strong>de</strong> porosité qui est fait là : on pourrait<br />

imaginer une proportionnalité à la racine carrée du débit, ou<br />

toute autre fonction continue croissante nulle en 0, <strong>et</strong><br />

“raisonnable” au sens <strong>de</strong> la physique, à condition <strong>de</strong> “sentir”<br />

physiquement qu’on néglige <strong>de</strong>s termes… négligeables.<br />

Le mathématicien n’a pas à m<strong>et</strong>tre en cause la validité <strong>de</strong><br />

l’intuition du physicien, mais il faut quand même se méfier.<br />

On va voir une modification du problème qui a fait échouer<br />

<strong>de</strong>s physiciens, mais aussi <strong>de</strong>s mathématiciens ! Avec la<br />

même loi locale ∆δ ≈ -kΔSδ(x) (on accepte c<strong>et</strong>te première<br />

intuition physique), on change la forme <strong>de</strong> la canalisation.<br />

3 Canalisation poreuse à rayon variable<br />

On considère une conduite d'eau dont la forme est un tube<br />

<strong>de</strong> révolution engendré par rotation autour <strong>de</strong> l'axe Ox <strong>de</strong> la<br />

courbe d'équation y = 1<br />

, entre les abscisses a <strong>et</strong> 2a (a>0).<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 183 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

x<br />

La conduite est poreuse. Sur une p<strong>et</strong>ite longueur <strong>de</strong> la<br />

canalisation, la fuite est à peu près proportionnelle à la<br />

surface du morceau <strong>de</strong> tube <strong>et</strong> au débit à travers celui-ci (on<br />

notera k la constante <strong>de</strong> proportionnalité). Si d 0 est le débit<br />

d'entrée, quel est le débit d 1 <strong>de</strong> sortie ?<br />

Si on adm<strong>et</strong> la même loi locale, c’est dans l’évaluation du<br />

p<strong>et</strong>it élément <strong>de</strong> surface ∆S que va se situer le problème. Si<br />

on l’assimile à un p<strong>et</strong>it cylindre <strong>de</strong> longueur ∆x dont la base<br />

est un cercle <strong>de</strong> rayon r = 1<br />

x<br />

, donc d’aire 2π<br />

x<br />

∆x, on<br />

obtient l’équation différentielle δ’ = - 2kπ<br />

x<br />

δ , qui donne<br />

d1 facilement la relation<br />

d<br />

= ( 0 1<br />

2 )2π k ; ce rapport semble<br />

ainsi indépendant du paramètre a.<br />

Mais ce résultat est erroné, car l’erreur commise en<br />

remplaçant ∆S par 2π∆x<br />

x<br />

n’est pas négligeable <strong>de</strong>vant ∆x.<br />

Il faut en fait assimiler l’aire ∆S à celle d’un tronc <strong>de</strong> cône,<br />

c’est-à-dire à la quantité plus gran<strong>de</strong> 2π<br />

1<br />

x<br />

∆x 1+<br />

x2 , ce<br />

qui donne une toute autre équation différentielle, dont la<br />

résolution est plus difficile : δ’ = - 2kπ 1<br />

x<br />

1+<br />

x2 δ . C<strong>et</strong>te<br />

d1 équation donne, au bout d'un long calcul, un rapport<br />

d0 dont l'expression, compliquée, dépend c<strong>et</strong>te fois <strong>de</strong> a. En<br />

fait, l'erreur commise en remplaçant l'élément d'aire<br />

2π<br />

1 2π∆x 2π∆x 1<br />

x<br />

∆x 1+<br />

x2 par<br />

x<br />

est<br />

x ( 1+<br />

x2 -1) ;<br />

elle n'est pas négligeable <strong>de</strong>vant ∆x, mais du même ordre <strong>de</strong>


Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />

gran<strong>de</strong>ur : les <strong>de</strong>ux équations différentielles obtenues ne<br />

sont donc pas les mêmes.<br />

C<strong>et</strong>te même erreur se r<strong>et</strong>rouve dans le test suivant posé à<br />

<strong>de</strong>s étudiants (voir [1] <strong>et</strong> [3]).<br />

4 Volume <strong>et</strong> aire <strong>de</strong> la sphère<br />

(a) On <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> calculer le volume V d'une sphère <strong>de</strong><br />

rayon R en déterminant la fonction V(z), volume <strong>de</strong> la<br />

portion <strong>de</strong> sphère formée <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> cote h vérifiant<br />

- R ≤ h ≤ z, par la procédure <strong>de</strong> l'accroissement différentiel,<br />

en assimilant le p<strong>et</strong>it volume ∆V entre z <strong>et</strong> z + ∆z à celui<br />

d'un cylindre <strong>de</strong> base le disque <strong>de</strong> rayon r(z) = R 2 - z 2 .<br />

(b) Calculer <strong>de</strong> même l'aire S <strong>de</strong> la sphère. Commentaires.<br />

La réponse à la question (a), en adm<strong>et</strong>tant que ∆V≈πr 2 (z)∆z<br />

au sens <strong>de</strong> l'équivalence mathématique (c'est-à-dire avec une<br />

erreur qui est o(∆z)), donne bien le volume classique 4<br />

3 πR3 .<br />

Mais la <strong>de</strong>uxième question, en assimilant ∆S à l'aire latérale<br />

du même p<strong>et</strong>it cylindre qu'en (a), donne la formule<br />

S = π 2 R 2 , évi<strong>de</strong>mment fausse !<br />

II. La procédure mathématique <strong>de</strong><br />

l'accroissement différentiel<br />

C'est la même métho<strong>de</strong> que celle du physicien, à cela près<br />

que la preuve du caractère <strong>de</strong> négligeabilité <strong>de</strong>vant ∆x <strong>de</strong> l'erreur<br />

d'évaluation <strong>de</strong> ∆f, ou du fait que le rapport ∆f<br />

converge bien<br />

vers K(x,f(x)) est c<strong>et</strong>te fois un enjeu important, au cœur <strong>de</strong> la<br />

spécificité <strong>de</strong> l'analyse mathématique. Et cela n'est pas le<br />

même point <strong>de</strong> vue que celui du physicien. Approfondissons<br />

la différence.<br />

II.1. Les points <strong>de</strong> vue différents du physicien<br />

<strong>et</strong> du mathématicien<br />

Reprenons l'exemple 4 . Le physicien n'éprouve nullement<br />

le besoin <strong>de</strong> justifier que le p<strong>et</strong>it volume ∆V ne diffère <strong>de</strong><br />

πr 2 (z)∆z que d'un terme négligeable <strong>de</strong>vant ∆z ; l'intuition<br />

lui suffit largement. Mais l'exemple <strong>de</strong> l'aire <strong>de</strong> la sphère doit<br />

amener le mathématicien à plus <strong>de</strong> rigueur !<br />

Regardons un autre exemple. En formation <strong>de</strong>s maîtres, où<br />

les étudiants doivent proposer <strong>de</strong>s énoncés d'exercices pour<br />

les élèves, on trouve souvent, dans la rubrique "applications<br />

<strong>de</strong> l'intégrale", la proposition suivante :<br />

5 R<strong>et</strong>rouver l'aire du cercle par une approximation <strong>de</strong> l'aire d'une<br />

mince couronne<br />

On note S(r) l'aire du disque <strong>de</strong> rayon r. En assimilant l'aire<br />

∆S <strong>de</strong> la mince couronne entre les rayons r <strong>et</strong> r + ∆r à<br />

2πr∆r, r<strong>et</strong>rouver l'aire du disque <strong>de</strong> rayon R.<br />

∆x<br />

Bien entendu, c<strong>et</strong>te métho<strong>de</strong> ne marche, mathématiquement,<br />

que si on peut prouver que l'erreur commise entre ∆S<br />

<strong>et</strong> 2πr∆r est o(∆r). On trouve alors S'(r) = 2πr, donc<br />

S(R) = πR 2 . Mais l'erreur est π(r+∆r) 2 - πr 2 - 2πr∆r = π∆r 2<br />

qui est bien o(∆r). Mais ce faisant on utilise le résultat qu'on veut<br />

prouver!<br />

Pour le physicien, ce n'est pas grave, l'intuition lui donne le<br />

bon ordre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> ∆S, <strong>et</strong> c'est confirmé par le<br />

résultat : c'est physiquement cohérent, <strong>et</strong> la cohérence entre les<br />

hypothèses <strong>et</strong> ce que l'on en déduit est l'un <strong>de</strong>s points importants <strong>de</strong> la<br />

notion <strong>de</strong> vrai en physique. Si on peut montrer qu'un résultat<br />

prouvé sous certaines hypothèses perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> conforter c<strong>et</strong>te<br />

hypothèse, c'est très bon signe en physique. Mais en<br />

<strong>mathématiques</strong>, après l'usage <strong>de</strong> l'intuition pour démarrer,<br />

c'est le lien logique interne qui est spécifique du vrai mathématique :<br />

ici, il faut prouver que l'erreur est o(∆r) sans utiliser la<br />

formule qu'on cherche à établir.<br />

Il est impossible, <strong>et</strong> ce serait une erreur épistémologique, <strong>de</strong><br />

convaincre le physicien que son intuition <strong>et</strong> sa cohérence ne<br />

suffisent pas. Sa démarche correspond à son champ<br />

spécifique d'étu<strong>de</strong>, <strong>et</strong> bien sûr son intuition s'appuie aussi sur<br />

tout un réseau antérieur <strong>de</strong> cohérences entre hypothèses <strong>de</strong><br />

modélisation <strong>et</strong> résultats expérimentaux. Le mathématicien<br />

doit prendre acte que la procédure physique <strong>de</strong><br />

l'accroissement différentiel, dans la modélisation par<br />

équations différentielles, est extrêmement fertile en<br />

physique, même si elle ne correspond pas aux canons<br />

<strong>mathématiques</strong>.<br />

II.2. Mais alors, quelle interdisciplinarité<br />

entre physique <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> dans<br />

l'enseignement ?<br />

Il me semble que le premier principe d'une saine<br />

interdisciplinarité est que chacun respecte l'épistémologie <strong>de</strong> l'autre,<br />

<strong>et</strong> que les spécificités <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux disciplines soient bien mises en<br />

évi<strong>de</strong>nce <strong>et</strong> expliquées aux élèves, en particulier à partir <strong>de</strong>s<br />

traitements différents mis en œuvre dans <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong> mise en<br />

équation.<br />

Ainsi, les cinq problèmes que nous avons utilisés dans ce qui<br />

précè<strong>de</strong> nous paraissent exemplaires <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te différence <strong>de</strong><br />

traitement entre les <strong>de</strong>ux disciplines. Une ingénierie<br />

didactique commune aux enseignants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />

<strong>de</strong> physique peut probablement être construite à partir <strong>de</strong><br />

ces exemples, <strong>et</strong> sans doute d'autres ; nous en proposerons<br />

d'ailleurs un autre plus loin. Voir à ce suj<strong>et</strong> [6], <strong>et</strong> le colloque<br />

emf 2006, où une version plus courte <strong>de</strong> [6] a été présentée.<br />

Je voudrais juste ici dégager, <strong>et</strong> développer ensuite, les<br />

procédures spécifiques <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> qui pourraient<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 184 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />

être valorisées dans <strong>de</strong>s mises en équations différentielles <strong>de</strong><br />

phénomènes physiques, <strong>et</strong> aussi dans la procédure <strong>de</strong> θn =<br />

l'accroissement différentiel appliquée à la mesure d'une<br />

gran<strong>de</strong>ur par une intégrale (exemples 4 <strong>et</strong> 5 , voir [5]). Il<br />

2π<br />

n<br />

pour un entier n grand. Il <strong>de</strong>vrait suffire <strong>de</strong><br />

majorer l'erreur en entre l'aire ∆nS d'un tel secteur <strong>de</strong> la<br />

couronne <strong>et</strong> celle du rectangle <strong>de</strong> base ∆r <strong>et</strong> <strong>de</strong> hauteur<br />

s'agit donc <strong>de</strong> rendre utile à l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> le fait <strong>de</strong><br />

faire <strong>de</strong> la physique en classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Il s'agit en même<br />

temps, donc, <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> façon concrète la<br />

spécificité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans ces problèmes <strong>de</strong><br />

modélisation.<br />

Comment prouver, dans le cas général, que l'on a bien<br />

∆f = K(x,f(x))∆x + o(∆x),<br />

!f<br />

ou directement que lim = K(x, f(x)) ? Il y a en fait<br />

!x"0<br />

!x<br />

<strong>de</strong>ux grands types <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s :<br />

* <strong>de</strong>s majorations <strong>et</strong> encadrements plus ou moins concr<strong>et</strong>s<br />

utilisant <strong>de</strong>s monotonies <strong>de</strong> fonctions ou <strong>de</strong>s inclusions<br />

d'ensembles (c'est la gran<strong>de</strong>ur qu'on veut mesurer qui est<br />

monotone pour l'inclusion) ;<br />

* l'utilisation <strong>de</strong> la continuité pour déterminer <strong>de</strong>s limites<br />

d'encadrements faits par la première métho<strong>de</strong>, ou faits aussi<br />

"à ε près" grâce à la continuité.<br />

On va pouvoir ainsi trouver, grâce à la physique, <strong>de</strong>s<br />

activités qui vont valoriser <strong>de</strong>s concepts ou techniques<br />

essentiels en analyse : dérivabilité, négligeabilité, majorations,<br />

continuité, raisonnement à ε près… On doit en eff<strong>et</strong><br />

commencer à manipuler ces concepts dès le lycée, si on veut<br />

que la transition entre le secondaire <strong>et</strong> l'enseignement<br />

supérieur, dans le domaine si difficile <strong>de</strong> l'analyse, soit moins<br />

brutale qu'actuellement.<br />

II.3. Exemples <strong>de</strong> preuves <strong>de</strong> la négligeabilité<br />

<strong>de</strong> l'erreur par encadrement par monotonie<br />

(a) Reprenons l'exemple 4 du volume <strong>de</strong> la sphère. La<br />

p<strong>et</strong>ite tranche ∆V est clairement encadrée, au sens<br />

ensembliste, entre <strong>de</strong>ux cylindres, l'un qui la contient (base<br />

πr 2 (z), hauteur ∆z), l'autre qu'elle contient (base πr 2 (z + ∆z),<br />

hauteur ∆z).<br />

On a ainsi ∆zπ(R 2 - (z+∆z) 2 ) ≤ ∆V ≤ ∆zπ(R 2 - z 2 ),<br />

soit 2πz(∆z) 2 + π(∆z) 3 ≥ ∆zπ(R 2 - z 2 ) - ∆V ≥ 0.<br />

L'erreur entre ∆V <strong>et</strong> ∆zπ(R 2 - z 2 ) est donc bien négligeable<br />

<strong>de</strong>vant ∆z. Remarquons qu'ici la preuve est suffisamment<br />

"physique" pour sembler raisonnable à un physicien. Il n'en<br />

est sans doute pas <strong>de</strong> même pour la suivante.<br />

(b) Reprenons en eff<strong>et</strong> le cas 5 <strong>de</strong> l'aire du cercle.<br />

Comment prouver que ∆S ne diffère <strong>de</strong> 2πr∆r que d'un<br />

terme négligeable <strong>de</strong>vant ∆r ? On ne voit pas comment un<br />

argument <strong>de</strong> type "global", concernant toute la couronne,<br />

pourrait fonctionner. L'intuition nous dit qu'assimiler l'aire<br />

<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te couronne à celle du rectangle <strong>de</strong> base ∆r <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />

hauteur 2πr n'est vraisemblable que si on se borne à un p<strong>et</strong>it<br />

morceau <strong>de</strong> l'arc du cercle, disons déterminé par un angle<br />

2!r<br />

, <strong>et</strong> l'erreur totale entre ∆S <strong>et</strong> 2πr∆r sera ne<br />

n<br />

n , par<br />

invariance par rotation.<br />

On encadre l'aire ∆ n S par celle <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux rectangles : après<br />

quelques calculs, on obtient f(n) ≤ ∆ n S ≤ g(n), <strong>et</strong> donc<br />

nf(n) ≤ ∆S ≤ ng(n), où les fonctions f <strong>et</strong> g sont précisées ci<strong>de</strong>ssous.<br />

On passe alors à la limite quand n tend vers l'infini,<br />

<strong>et</strong> on obtient l'encadrement 2πr∆r ≤ ∆S ≤ 2πr∆r + 2π(∆r) 2 ,<br />

ce qui donne bien le résultat souhaité ∆S = 2πr∆r + o(∆r).<br />

On en déduit que S '(r) = 2πr, ce qui donne l'aire du cercle.<br />

On peut remarquer que la majoration <strong>de</strong> l'erreur obtenue<br />

(2π(∆r) 2 ) est plus grossière que le résultat exact (π(∆r) 2 ), une<br />

fois la formule finale connue. Donnons les <strong>de</strong>ux fonctions f<br />

<strong>et</strong> g :<br />

f(n) = r sin ( 2π<br />

n ) [ (r + ∆r)2 - r 2 sin 2 ( 2π<br />

n<br />

) - r] ,<br />

g(n) = r ∆r sin ( 2π<br />

n<br />

r 2 sin ( 2π<br />

n<br />

) (1 - cos ( 2π<br />

n )).<br />

2π<br />

) (2 - cos (<br />

n )) + (∆r)2sin ( 2π<br />

n<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 185 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

) +<br />

Remarquons que le passage à la limite va utiliser la limite en<br />

sin x<br />

0 <strong>de</strong><br />

x<br />

, résultat admis au lycée en France (voir [5]).<br />

Il paraît clair qu'un physicien trouvera ce calcul<br />

disproportionné <strong>de</strong>vant la simplicité <strong>de</strong> l'intuition qui<br />

assimile ∆S à 2πr∆r !<br />

En encadrant entre <strong>de</strong>ux trapèzes, on tombe sur la valeur<br />

exacte <strong>de</strong> l'erreur : π(∆r) 2 , mais c'est la métho<strong>de</strong> habituelle<br />

<strong>de</strong>s polygones pour l'aire du cercle, cela sort <strong>de</strong> la<br />

problématique différentielle.<br />

II.4. Exemple <strong>de</strong> preuve <strong>de</strong> la négligeabilité<br />

<strong>de</strong> l'erreur utilisant un encadrement à ε près<br />

Regardons le problème suivant, dans lequel figure<br />

volontairement une fonction qui n'est pas précisée, <strong>de</strong> sorte<br />

qu'on ne puisse pas utiliser <strong>de</strong>s calculs élémentaires <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

encadrements provenant d'une formule explicite.<br />

6 Force exercée par l'eau sur la paroi d'un barrage<br />

Un barrage plan <strong>de</strong> profon<strong>de</strong>ur totale h a, à la profon<strong>de</strong>ur z,<br />

une largeur l(z), où z → l(z) est une fonction continue sur [0,<br />

h]. Déterminer, en fonction <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te fonction l, la force<br />

exercée sur la paroi du barrage par l'eau.


Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />

Il s'agit d'un problème <strong>de</strong> mesure d'une gran<strong>de</strong>ur. Le <strong>de</strong>ssin<br />

suggère d'introduire la force F(z) exercée par la partie <strong>de</strong><br />

l'eau dont la profon<strong>de</strong>ur est entre 0 <strong>et</strong> z, <strong>et</strong> d'évaluer ∆F<br />

quand z augmente <strong>de</strong> ∆z. Sur la ban<strong>de</strong> horizontale<br />

d'épaisseur ∆z, la pression est comprise entre ρgz <strong>et</strong><br />

ρg(z + ∆z) (où ρ est la masse volumique <strong>de</strong> l'eau, <strong>et</strong> g est<br />

l'accélération <strong>de</strong> la pesanteur) ; la longueur <strong>de</strong> la ban<strong>de</strong> est<br />

proche <strong>de</strong> l(z), précisément elle est comprise entre l(z) - ε <strong>et</strong><br />

l(z) + ε, si on a pris ∆z assez p<strong>et</strong>it (continuité <strong>de</strong> la fonction<br />

l ; on s'est donné un ε > 0 arbitrairement p<strong>et</strong>it). On peut<br />

donc encadrer ∆F entre les quantités ρgz∆z(l(z) - ε) <strong>et</strong><br />

ρg(z + ∆z)∆z(l(z) + ε), soit<br />

!gzl(z)!z - !gz"!z " !F " !gzl(z)!z + !gz"!z + !g(l(z) + " )(!z)2<br />

Ainsi, en assimilant ∆F à ρgzl(z)∆z, l'erreur r commise est<br />

majorée par M(ε∆z + (∆z) 2 ), où on peut prendre par<br />

exemple M = ρg max (h, Max l(z) + 1), si on a pris ε ≤ 1.<br />

z<br />

r<br />

Ainsi<br />

∆z<br />

≤ M(ε + ∆z). Comme on a choisi ε<br />

arbitrairement p<strong>et</strong>it, on voit qu'on peut rendre r<br />

∆z aussi<br />

p<strong>et</strong>it qu'on veut en prenant ∆z assez p<strong>et</strong>it : on a prouvé que<br />

r = o(∆z).<br />

Bien entendu, la relation ∆F ≈ ρgzl(z)∆z semblera naturelle<br />

au physicien, qui ne s'embarrassera pas avec l'encadrement<br />

précé<strong>de</strong>nt. Il en déduira immédiatement l'égalité<br />

F '(z) = ρgzl(z), <strong>et</strong> donc, en intégrant, F =<br />

h<br />

"<br />

0<br />

!gzl(z)dz .<br />

Remarquons que, lorsqu'on cherche à mesurer une gran<strong>de</strong>ur<br />

F par une intégrale, <strong>et</strong> que la situation peut être décrite par<br />

une seule variable z, ce qu'on obtient assez souvent en<br />

évaluant ∆F quand z augmente <strong>de</strong> ∆z n'est qu'une équation<br />

différentielle dégénérée F '(z) = φ(z), c'est-à-dire simplement<br />

un problème <strong>de</strong> primitive. C'est le cas ici.<br />

L'intérêt <strong>de</strong> c<strong>et</strong> exemple 6 est que la fonction z → l(z)<br />

n'est pas explicitée ; elle pourrait même n'être pas monotone<br />

(selon la forme du relief…). Il est donc absolument<br />

nécessaire <strong>de</strong> faire un raisonnement à ε près, utilisant la<br />

seule hypothèse qu'on ait, la continuité <strong>de</strong> la fonction l. C<strong>et</strong><br />

exemple <strong>et</strong> d'autres analogues sont précieux pour rendre<br />

opérationnel ce raisonnement à ε près, typique <strong>de</strong> l'analyse<br />

mathématique.<br />

III. Conclusion : quels enjeux en classe ?<br />

Deux questions se posent concernant la prise en compte<br />

dans l'enseignement <strong>de</strong>s idées ici présentées.<br />

(1) Peut-on vraiment faire <strong>de</strong> façon profitable <strong>de</strong> la physique<br />

en classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> sans s'en donner les moyens<br />

<strong>mathématiques</strong>, si on veut apporter aux élèves autre chose<br />

que ce que l'enseignement <strong>de</strong> la physique peut déjà leur<br />

apporter ? Quels sont alors ces moyens ?<br />

(2) Inversement, la confrontation avec la physique peut-elle<br />

perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>s savoirs <strong>et</strong> <strong>de</strong>s habil<strong>et</strong>és<br />

<strong>mathématiques</strong> que la l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s seuls programmes<br />

<strong>mathématiques</strong> rend improbables ?<br />

Il nous semble que la réponse à la question (1) consiste<br />

essentiellement en la prise <strong>de</strong> conscience d'une procédure<br />

mathématique <strong>de</strong> l'accroissement différentiel, apport spécifique <strong>de</strong>s<br />

<strong>mathématiques</strong> à ces questions <strong>de</strong> mise en équation<br />

différentielle, <strong>et</strong> que cela <strong>de</strong>man<strong>de</strong> une pratique <strong>de</strong> certains<br />

aspects <strong>de</strong> l'analyse : négligeabilité, liens avec la dérivabilité<br />

<strong>et</strong> la notion d'erreur relative dans une procédure<br />

différentielle, majorations <strong>et</strong> encadrements, un peu d'usage<br />

<strong>de</strong> la continuité avec <strong>de</strong>s ε, usage <strong>de</strong> notations symboliques<br />

perm<strong>et</strong>tant un certain jeu avec <strong>de</strong>s paramètres (pour ce<br />

<strong>de</strong>rnier point, nous renvoyons le lecteur à [6]).<br />

Ceci doit s'accompagner d'une mise en évi<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> la différence <strong>de</strong>s<br />

points <strong>de</strong> vue entre physique <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> donc <strong>de</strong>s<br />

échanges <strong>et</strong> une collaboration entre enseignants <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />

disciplines.<br />

La réponse à la <strong>de</strong>uxième question consisterait en la mise au<br />

point d'une ingénierie didactique précise, articulée autour <strong>de</strong>s<br />

cinq problèmes analysés dans ce texte, <strong>et</strong> sans doute d'autres<br />

(nous en donnons un en annexe, très intéressant à travailler<br />

en classe en physique <strong>et</strong> en <strong>mathématiques</strong> ; on pourra se<br />

reporter à [6] pour l'analyse détaillée <strong>de</strong> ce problème, ainsi<br />

que pour <strong>de</strong>s propositions plus précises pour une telle<br />

ingénierie).<br />

Cela serait d'autant plus intéressant que, pour faire intervenir<br />

les techniques d'analyse évoquées plus haut, on est<br />

pratiquement obligé <strong>de</strong> travailler avec <strong>de</strong>s fonctions non précisées,<br />

encore inconnues en début <strong>de</strong> problème, ce qui est exactement le cas <strong>de</strong>s<br />

problèmes <strong>de</strong> physique. Or le contenu <strong>de</strong>s programmes<br />

<strong>mathématiques</strong> actuels <strong>de</strong> la terminale française ne propose<br />

<strong>et</strong> ne perm<strong>et</strong> probablement aucune situation perm<strong>et</strong>tant le<br />

jeu sur ces techniques : il y a juste quelques théorèmes du<br />

cours sur la continuité ou la dérivabilité automatique <strong>de</strong><br />

fonctions non précisées (somme, produit…), mais seules les<br />

preuves <strong>de</strong> ces résultats obligeraient à ce jeu, <strong>et</strong> elles sont<br />

hors programme - <strong>et</strong> sans véritable motivation. Il y avait à<br />

une époque la fonction réciproque, mais elle a disparu <strong>de</strong>s<br />

programmes…<br />

En définitive, l'intervention <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> sur les<br />

problèmes <strong>de</strong> mise en équation différentielle exige un<br />

approfondissement <strong>de</strong>s savoirs <strong>et</strong> pratiques <strong>de</strong>s élèves en<br />

analyse, <strong>et</strong> en même temps c'est le seul lieu où, en l'état<br />

actuel <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s programmes, c<strong>et</strong> approfondissement<br />

puisse être développé.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 186 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />

Annexe : un problème supplémentaire<br />

7 Dilution d'une solution saline<br />

Un bassin contient 100 litres d'eau, dans lesquels sont<br />

dissous 10 kg <strong>de</strong> sel. Une arrivée d'eau pure, avec un débit<br />

<strong>de</strong> 10 litres/mn, démarre à l'instant 0. En même temps que<br />

l'arrivée d'eau pure, une évacuation du mélange contenu<br />

dans le bassin est assurée avec un débit <strong>de</strong> 10 litres/mn.<br />

L'homogénéisation du contenu du bassin est assurée <strong>de</strong><br />

façon permanente <strong>et</strong> instantanée par un mélangeur. Au bout<br />

d'une heure, quelle quantité <strong>de</strong> sel reste-t-il dans le bassin ?<br />

Bibliographie<br />

[1] Artigue M., Procédures différentielles dans la mise en équation <strong>de</strong><br />

problèmes, Annales <strong>de</strong> Didactique <strong>et</strong> <strong>de</strong> Sciences<br />

Cognitives, Strasbourg, vol 2, 1989, 173-190.<br />

[2] Noirfalise R., Modélisation <strong>et</strong> équations différentielles en TS :<br />

utilisation d'un modèle praxéologique pour poser <strong>de</strong>s questions<br />

didactiques, P<strong>et</strong>it x 66, 6-17, 2004.<br />

[3] Procédures différentielles dans les enseignements <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

<strong>et</strong> <strong>de</strong> physique au niveau du premier cycle universitaire, Rapport<br />

du GRECO du CNRS : "Didactique <strong>et</strong> acquisition <strong>de</strong>s<br />

connaissances scientifiques", groupe <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />

physique - enseignement supérieur ; document IREM<br />

Paris 7 <strong>et</strong> LDPES, 1989.<br />

[4] Radioactivité, document interdisciplinaire d'accompagnement<br />

<strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> terminale S.<br />

[5] Rogalski M. <strong>et</strong> al., Carrefours entre analyse algèbre géométrie,<br />

Ellipses, 2001.<br />

[6] Rogalski M., Mise en équation différentielle <strong>et</strong> mesure <strong>de</strong>s<br />

gran<strong>de</strong>urs par une intégrale, en terminale scientifique : un point<br />

<strong>de</strong> vue mathématique sur la collaboration avec la physique,<br />

Repères IREM n° 64, juill<strong>et</strong> 2006. Et aussi emf2006…<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 187 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 188 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les dénombrements<br />

Le thème du dénombrement, très vaste, apparaît dans une foule <strong>de</strong> problèmes<br />

amusants, certains d'une simplicité enfantine, d'autres si complexes qu'ils ne sont<br />

toujours pas résolus. Les plus intéressants sont ceux qui, à partir d'un énoncé très<br />

simple, donnent lieu à une solution peu évi<strong>de</strong>nte, inattendue. Plusieurs exemples<br />

seront présentés, classés, analysés.<br />

Jacques Sormany,<br />

UQAC<br />

<strong>et</strong> Cégep <strong>de</strong><br />

Chicoutimi<br />

sormany@cegepchicoutimi.qc.ca<br />

L<br />

e thème du dénombrement apparaît<br />

dans beaucoup <strong>de</strong> problèmes<br />

<strong>mathématiques</strong>, tant sérieux que<br />

récréatifs; plusieurs <strong>de</strong> ces problèmes sont très<br />

faciles à résoudre, mais d'autres, malgré leur<br />

simplicité apparente, donnent lieu à <strong>de</strong>s<br />

solutions d'une complexité inattendue : dans<br />

certains cas, aucune formule générale n'est<br />

encore connue.<br />

Analyse combinatoire :<br />

quelques exemples<br />

Examinons d'abord le problème suivant :<br />

Vingt personnes déci<strong>de</strong>nt d'élire entre elles un<br />

comité formé <strong>de</strong> : 1 prési<strong>de</strong>nt, 2 vice–<br />

prési<strong>de</strong>nts, 1 secrétaire, 1 trésorier, 4<br />

directeurs. Combien y a-t-il <strong>de</strong> comités<br />

possibles?<br />

La formule générale perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> résoudre<br />

un tel problème est la suivante :<br />

! n " n!<br />

= ,<br />

# $<br />

% a b c ... h & a!b!c!...h!<br />

où a + b + c + … + h = n .<br />

On aura donc ici 20! / (1! 2! 1! 1! 4! 11!)<br />

comités possibles (11 étant le nombre <strong>de</strong><br />

personnes qui ne feront pas partie du comité),<br />

ce qui donne après simplification<br />

5 x 19 x 18 x 17 x 16 x 15 x 14 x 13 =<br />

1 269 777 600 comités possibles.<br />

Les formules <strong>de</strong> base <strong>de</strong> l'analyse combinatoire<br />

ne sont que <strong>de</strong>s cas particuliers <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />

situation générale. Si chacune <strong>de</strong>s n personnes<br />

occupe un poste distinct, c'est–à–dire<br />

a = b = c = … = h = 1, le résultat est n! , le<br />

nombre <strong>de</strong> permutations <strong>de</strong> n.<br />

S'il y a seulement k postes distincts (k< n), on<br />

obtient la formule <strong>de</strong>s arrangements :<br />

! n " n!<br />

# $ =<br />

&1 1 1 ... n-k ' (n % k)!<br />

<strong>et</strong> si les k postes sont indistincts, celle <strong>de</strong>s<br />

combinaisons, où il est d'usage d'écrire<br />

! n " au lieu <strong>de</strong> ! n " mais dont le calcul<br />

# $<br />

# $<br />

% k &<br />

% k n-k &<br />

doit être n! , exactement comme s'il y<br />

k!(n ! k)!<br />

avait <strong>de</strong>ux sortes <strong>de</strong> postes à pourvoir : les<br />

membres <strong>et</strong> les non–membres du comité.<br />

Si générale soit–elle, la première formule<br />

donnée ci–<strong>de</strong>ssus ne couvre pas tous les cas;<br />

les situations non prévues sont celles–ci :<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 189 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les dénombrements Jacques Sormany<br />

a) une ou quelques personnes cumulent plusieurs postes;<br />

b) certains postes <strong>de</strong>meurent vacants.<br />

Si toutefois un seul poste <strong>de</strong>meure vacant, on peut utiliser la<br />

formule générale en remplaçant n par n+1, comme si le<br />

membre supplémentaire (fantôme) occupait ce poste.<br />

Examinons maintenant <strong>de</strong> quelle façon la formule générale<br />

s'appliquera à une autre situation courante :<br />

Dix concurrents sont en lice pour recevoir trois prix.<br />

De combien <strong>de</strong> façons les prix pourront–ils être<br />

attribués, si :<br />

a) les trois prix sont distincts <strong>et</strong> chaque candidat n'a<br />

droit qu'à un prix?<br />

b) les trois prix sont équivalents <strong>et</strong> chaque candidat<br />

n'a droit qu'à un prix?<br />

c) les trois prix sont distincts mais chaque candidat<br />

peut cumuler plus d'un prix?<br />

d) les trois prix sont équivalents, mais chaque<br />

candidat peut en cumuler plus d'un?<br />

Réponses :<br />

a) Il s'agit d'arrangements <strong>de</strong> 3 personnes parmi 10.<br />

! 10 " 10!<br />

# $ = = 10 x 9 x 8 = 720 façons.<br />

% 1 1 1 7& 7!<br />

b) Il s'agit <strong>de</strong> combinaisons <strong>de</strong> 3 personnes parmi 10.<br />

10 10! 10 x 9 x 8 ! "<br />

# $ = = = 120 façons.<br />

% 3 7& 3!7! 3 x 2 x 1<br />

c) C'est comme s'il y avait 3 tirages indépendants, où<br />

chaque tirage consiste à choisir un gagnant parmi 10<br />

candidats. Le principe <strong>de</strong> multiplication s'applique alors<br />

à la formule <strong>de</strong>s combinaisons :<br />

3<br />

! 10" 10!<br />

# $ = (<br />

% 1 & 1!9!<br />

La formule <strong>de</strong>vient alors, plus simplement, nk. 3 3<br />

) = 10 = 10 x 10 x 10 = 1000 façons.<br />

d) C<strong>et</strong>te fois, le problème est plus compliqué qu'il n'en a<br />

l'air : si l'on essaye, comme en b) ci–<strong>de</strong>ssus, <strong>de</strong> diviser<br />

par 3!, on arrive à un résultat non entier! En réalité, ici le<br />

principe d'addition intervient à son tour. Il faut compter<br />

séparément les cas ou les trois gagnants sont distincts,<br />

celui où une personne gagne 2 prix (<strong>et</strong> là il faudra<br />

multiplier par 2, parce que les tirages AAB <strong>et</strong> ABB ne<br />

sont pas équivalents), <strong>et</strong> enfin celui où le même<br />

concurrent remporte les 3 prix. Ce qui donne :<br />

! 10" ! 2"! 10" ! 10"<br />

# $ + # $# $ + # $ = 120 + (2 x 45) + 10 = 220 façons.<br />

% 3 & % 1&% 2 & % 1 &<br />

Contrairement aux cas a), b) <strong>et</strong> c) où une réponse peut être<br />

directement obtenue d'une formule simple en n <strong>et</strong> k , la<br />

généralisation <strong>de</strong> la situation d) est très difficile <strong>et</strong> doit tenir<br />

compte d'une autre notion, celle <strong>de</strong> partage d'un entier, dont<br />

il sera question plus loin.<br />

Autres problèmes divers<br />

Dans beaucoup d'autres situations comportant <strong>de</strong>s<br />

dénombrements, il sera possible <strong>de</strong> généraliser la solution en<br />

une formule tantôt simple, tantôt plus compliquée, <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />

procédés <strong>de</strong> récurrence pourront ai<strong>de</strong>r à la résolution<br />

générale.<br />

Des problèmes à première vue très différents se révéleront<br />

mathématiquement apparentés, voire isomorphes, tandis que<br />

d'autres apparemment voisins différeront beaucoup par leur<br />

solution. Quelques problèmes à énoncé très simple<br />

exigeront le recours à une solution d'une complexité<br />

inattendue, plusieurs d'entre eux <strong>de</strong>meurant même encore<br />

ouverts.<br />

Même pour les problèmes à une seule variable, il est<br />

intéressant <strong>de</strong> considérer la gran<strong>de</strong> diversité <strong>de</strong> formules<br />

pouvant être déduites <strong>de</strong> quelques simples énoncés :<br />

polynômes, exponentielles, factorielles…<br />

Dans chacune <strong>de</strong>s situations présentées ci–après, le nombre<br />

<strong>de</strong> façons <strong>de</strong> satisfaire à l'énoncé dépend d'une seule<br />

variable, l'entier naturel n. Le tableau annexé présentera<br />

dans chaque cas la suite <strong>de</strong>s nombres obtenus pour les<br />

premières valeurs <strong>de</strong> n , la formule générale si elle est<br />

connue <strong>et</strong>, s'il y a lieu, une relation <strong>de</strong> récurrence perm<strong>et</strong>tant<br />

<strong>de</strong> passer du résultat <strong>de</strong> rang n – 1 à celui <strong>de</strong> rang n .<br />

Les problèmes sont présentés <strong>et</strong> numérotés suivant le même<br />

ordre, dans le texte <strong>et</strong> dans le tableau. Dans certains cas, la<br />

solution obtenue pour n = 0 pourra être acceptée ou<br />

rej<strong>et</strong>ée, la formule générale pouvant s'appliquer ou non.<br />

1. Lors d'une rencontre, chacun <strong>de</strong>s n<br />

participants serre la main <strong>de</strong> tous les autres.<br />

Combien y aura–t–il <strong>de</strong> poignées <strong>de</strong> main<br />

échangées?<br />

Chaque personne donnera n–1 poignées <strong>de</strong> main. Mais<br />

chaque poignée <strong>de</strong> mains impliquant 2 personnes, il faudra<br />

diviser le produit n(n–1) par 2.<br />

Ce problème est isomorphe <strong>de</strong> celui du nombre total <strong>de</strong><br />

parties jouées dans un tournoi-rotation, <strong>et</strong> du nombre total<br />

d'arêtes d'un graphe compl<strong>et</strong> non orienté antiréflexif (sans<br />

boucle). Pour le graphe compl<strong>et</strong> réflexif, la formule <strong>de</strong>vient<br />

n(n+1)/2.<br />

On reconnaît la suite <strong>de</strong>s nombres triangulaires.<br />

2. Combien <strong>de</strong> diagonales possè<strong>de</strong> un polygone<br />

convexe <strong>de</strong> n côtés?<br />

Ce problème est homomorphe du précé<strong>de</strong>nt. Les côtés<br />

n'étant pas considérés comme <strong>de</strong>s diagonales, chaque<br />

somm<strong>et</strong> du polygone se trouve relié à n–3 autres somm<strong>et</strong>s.<br />

3. De combien <strong>de</strong> façons n personnes peuvent–<br />

elles prendre place sur n sièges?<br />

Il s'agit d'un exemple simple du nombre <strong>de</strong> permutations <strong>de</strong><br />

n éléments.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 190 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Les dénombrements Jacques Sormany<br />

De combien <strong>de</strong> façons peut–on placer n obj<strong>et</strong>s dans n<br />

boîtes? S'il y a exactement un obj<strong>et</strong> par boîte, c'est<br />

absolument la même situation. Mais si l'on peut entasser<br />

plus d'un obj<strong>et</strong> par boîte, laissant une ou plusieurs boîtes<br />

vi<strong>de</strong>s? Et si les obj<strong>et</strong>s ou les boîtes sont indiscernables?<br />

Dépendant <strong>de</strong> 2 paramètres au lieu d'un seul (le nombre<br />

d'obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> le nombre <strong>de</strong> boîtes), c<strong>et</strong>te famille <strong>de</strong> problèmes<br />

ne sera pas traitée ici, mais fera l'obj<strong>et</strong> d'une recherche<br />

ultérieure.<br />

S'y greffe la question du partage d'un entier, examinée plus<br />

bas (#20).<br />

4. En se déplaçant seulement vers le nord ou vers<br />

l'est le long <strong>de</strong>s arêtes d'une grille carrée, combien<br />

y a–t–il <strong>de</strong> chemins pour aller du coin sud–ouest<br />

au coin opposé?<br />

La suite obtenue est celle <strong>de</strong>s termes <strong>de</strong> la colonne centrale<br />

du triangle <strong>de</strong> Pascal.<br />

(Le recours au triangle <strong>de</strong> Pascal perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre le<br />

même problème pour une grille rectangulaire). Le cas <strong>de</strong><br />

grilles triangulaires ou hexagonales n'est pas abordé ici.<br />

Pour ce qui est du nombre <strong>de</strong> carrés ou <strong>de</strong> triangles dans la<br />

grille, voir plus loin (#13–14).<br />

5 à 8. Combien y a–t–il <strong>de</strong> relations binaires<br />

internes dans un ensemble à n éléments?<br />

Parmi ces relations, combien sont réflexives?<br />

symétriques? transitives?<br />

Une relation binaire peut être représentée par un tableau à n<br />

lignes <strong>et</strong> n colonnes, chaque case du tableau présentant la<br />

valeur 0 ou 1. Le nombre <strong>de</strong> relations possibles est donc<br />

<strong>de</strong> 2 à la puissance n carré.<br />

Les relations réflexives sont celles où la diagonale principale<br />

du tableau est occupée partout par <strong>de</strong>s 1; le nombre <strong>de</strong><br />

relations antiréflexives sera le même, la diagonale étant c<strong>et</strong>te<br />

fois occupée par <strong>de</strong>s 0. De même, il est facile <strong>de</strong> dénombrer<br />

les relations symétriques, la diagonale principale du tableau<br />

tenant lieu d'axe <strong>de</strong> symétrie.<br />

En revanche, il n'y a pas <strong>de</strong> métho<strong>de</strong> simple pour compiler<br />

les relations antisymétriques, transitives ou antitransitives.<br />

Pour n = 0, il existe une seule relation, la relation vi<strong>de</strong>, qui<br />

est antiréflexive, symétrique <strong>et</strong> transitive.<br />

9 à 12. Combien y a–t–il d'opérations internes<br />

(partout définies) dans un ensemble à n éléments?<br />

Parmi ces opérations, combien seront i<strong>de</strong>mpotentes?<br />

commutatives? associatives?<br />

Les mêmes raisonnements que ci–<strong>de</strong>ssus s'appliquent, sauf<br />

que chaque case du tableau peut présenter n valeurs<br />

possibles (appelées résultats). Les formules exponentielles<br />

obtenues seront donc en base n au lieu <strong>de</strong> 2.<br />

Il existe <strong>de</strong>s critères <strong>de</strong> classement pour les relations<br />

associatives (par exemple les groupes), mais leur<br />

dénombrement exhaustif n'est connu que pour les p<strong>et</strong>ites<br />

valeurs <strong>de</strong> n .<br />

Dans le cas où n = 0, il n'existe aucune opération interne,<br />

puisqu'il n'y a aucun élément.<br />

13 – 14. Dans une grille carrée <strong>de</strong> côté n, combien<br />

<strong>de</strong> carrés <strong>de</strong> toutes tailles peut–on compter? Et<br />

dans une grille triangulaire?<br />

Pour les carrés, le décompte s'effectue simplement en<br />

additionnant 1 2 + 2 2 + … + n 2; on obtient le polynôme<br />

bien connu n(n + 1)(2n + 1)/6 .<br />

Sur une grille triangulaire, le nombre <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its triangles<br />

équilatéraux <strong>de</strong> côté 1 est aussi égal à n 2 ; mais certains<br />

d'entre eux pointeront vers le haut, d'autres vers le bas <strong>de</strong> la<br />

grille : le nombre <strong>de</strong> carrés <strong>et</strong> <strong>de</strong> triangles <strong>de</strong> côté 2 ne sera<br />

pas le même, <strong>et</strong> le problème <strong>de</strong> la grille triangulaire se révèle<br />

plus ardu que celui <strong>de</strong> la grille carrée! On obtiendra en fait 2<br />

polynômes, l'un pour n pair, l'autre pour n impair; il existe<br />

différentes façons <strong>de</strong> fusionner les <strong>de</strong>ux formules en une<br />

seule, par le recours aux valeurs absolues ou au facteur (–1) n;<br />

on peut aussi trouver <strong>de</strong>s relations <strong>de</strong> récurrences, mais plus<br />

compliquées que pour la grille carrée.<br />

Ces problèmes pourraient être étendus à <strong>de</strong>s dimensions<br />

supérieures à 2.<br />

15 – 16. En combien <strong>de</strong> régions peut–on séparer<br />

un plan par n droites? un cercle, par <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s<br />

tracées entre n points <strong>de</strong> la circonférence?<br />

Les droites coplanaires doivent être non parallèles, <strong>et</strong> pas<br />

plus <strong>de</strong> 2 à la fois ne doivent être concourantes en un même<br />

point. La relation <strong>de</strong> récurrence est facile à établir : chaque<br />

nouvelle droite ajoute n nouvelles régions.<br />

Le découpage du cercle est plus délicat, si bien qu’on<br />

l'appelle volontiers le problème <strong>de</strong> la région manquante! En<br />

eff<strong>et</strong>, pour résoudre ce genre <strong>de</strong> problème, une bonne<br />

métho<strong>de</strong> empirique consiste à commencer par n = 1, puis<br />

faire le décompte pour n = 2, n = 3, <strong>et</strong>c. Les premières<br />

étapes donnent <strong>de</strong>s résultats conformes à la formule<br />

apparente 2 n–1, mais quand on trace la figure pour n = 6,<br />

en comptant les régions pour vérifier, on n'en trouve que 31;<br />

on pense qu'on a mal compté <strong>et</strong> on recommence : rien à<br />

faire, il en manque toujours une!<br />

Plusieurs mathématiciens professionnels ou amateurs se<br />

sont penchés sur ce problème <strong>et</strong> ont donné <strong>de</strong>s formules<br />

correctes, soit sous forme <strong>de</strong> polynômes, soit d'expressions<br />

combinatoires dont la plus simple est ! n " ! n " ! n "<br />

+ + .<br />

# $ # $ # $<br />

% 0 & % 2& % 4&<br />

Ces problèmes pourraient aussi être étendus à <strong>de</strong>s<br />

dimensions supérieures à 2, à <strong>de</strong>s surfaces non isomorphes<br />

<strong>de</strong> la sphère <strong>et</strong> à <strong>de</strong>s géométries non euclidiennes; il n'en sera<br />

pas question ici.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 191 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

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Les dénombrements Jacques Sormany<br />

17. En récompense pour avoir inventé le jeu<br />

d'échecs, Sissa <strong>de</strong>manda à l'empereur un grain <strong>de</strong><br />

blé pour la première case, 2 pour la <strong>de</strong>uxième, 4<br />

pour la troisième <strong>et</strong> ainsi <strong>de</strong> suite, en doublant à<br />

chaque fois le nombre <strong>de</strong> grains. Combien aurait–<br />

il fallu <strong>de</strong> grains <strong>de</strong> blé pour couvrir les 64 cases <strong>de</strong><br />

l'échiquier?<br />

Voilà l'un <strong>de</strong>s plus anciens problèmes connus <strong>de</strong><br />

dénombrement. La série 2 0 + 2 1 + 2 .2 +… + 2 n–1 a pour<br />

somme 2 n – 1 , ici un nombre <strong>de</strong> 20 chiffres, plus élevé que<br />

la quantité totale <strong>de</strong> grains <strong>de</strong> blé dans le mon<strong>de</strong> entier!<br />

De nombreux problèmes, à première vue très différents, ont<br />

une solution i<strong>de</strong>ntique à celui–ci : par exemple la tour <strong>de</strong><br />

Hanoï (nombre d'étapes nécessaires pour transférer un à un<br />

une pile <strong>de</strong> disques <strong>de</strong> diamètres inégaux, sans jamais poser<br />

un disque plus grand au–<strong>de</strong>ssus d'un plus p<strong>et</strong>it). En<br />

revanche, comme on vient <strong>de</strong> le voir, ce n'est pas le cas pour<br />

le découpage du cercle en régions par <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s.<br />

18. Chez une certaine espèce <strong>de</strong> lapins, la femelle<br />

atteint au bout d'un mois sa maturité sexuelle,<br />

puis donne naissance chaque mois à une portée<br />

qui comporte exactement une femelle. Il y a<br />

toujours suffisamment <strong>de</strong> mâles pour fécon<strong>de</strong>r<br />

toutes les femelles qui sont prêtes, <strong>et</strong> on suppose<br />

qu'il n'y a aucune mortalité. À partir d'une lapine<br />

née au début <strong>de</strong> l'année, combien aura–t–on <strong>de</strong><br />

lapines 12 mois plus tard?<br />

Autre problème très connu, publié par Fibonacci il y a 8<br />

siècles. Chaque nombre <strong>de</strong> la suite s'obtient en additionnant<br />

les <strong>de</strong>ux précé<strong>de</strong>nts : la relation <strong>de</strong> récurrence est donc<br />

d'ordre 2.<br />

Au bout <strong>de</strong> 12 mois, il y aura 144 lapines.<br />

Il existe différentes formules, faisant intervenir la racine<br />

carrée <strong>de</strong> 5 <strong>et</strong> le nombre d'or, qui perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> calculer<br />

directement Fn en fonction <strong>de</strong> n. Pour toute suite <strong>de</strong> ce<br />

type, pour n assez grand, on peut obtenir le terme <strong>de</strong> rang<br />

n en multipliant le précé<strong>de</strong>nt par le nombre d'or<br />

1,618033989… <strong>et</strong> en arrondissant le résultat à l'entier le plus<br />

proche.<br />

19. L'oncle Sam avait une curieuse chaîne <strong>de</strong><br />

montre, constituée <strong>de</strong> 4 pièces <strong>de</strong> monnaie <strong>et</strong> d'un<br />

pen<strong>de</strong>ntif représentant un aigle. Les pièces<br />

étaient percées respectivement <strong>de</strong> 5, 4, 3 <strong>et</strong> 2 trous,<br />

<strong>de</strong> sorte qu'en ouvrant <strong>et</strong> refermant les p<strong>et</strong>its<br />

anneaux <strong>de</strong> métal qui les reliaient, on pouvait<br />

changer leur disposition <strong>et</strong> leur orientation (le<br />

pen<strong>de</strong>ntif <strong>et</strong> chacune <strong>de</strong>s pièces ayant un côté pile<br />

<strong>et</strong> un côté face distincts).<br />

Combien <strong>de</strong> chaînes différentes peut–on constituer ainsi?<br />

Chaque assemblement doit comporter, dans l'ordre : la<br />

montre, une première pièce (au choix), une <strong>de</strong>uxième pièce,<br />

une troisième, puis celle qui reste <strong>et</strong> finalement le pen<strong>de</strong>ntif.<br />

L'auteur <strong>de</strong> ce problème, l'Américain Sam Loyd, donnait une<br />

réponse erronée, qui a pourtant été maintenue dans les<br />

rééditions subséquentes faites par d'autres grands spécialistes<br />

<strong>de</strong> jeux <strong>mathématiques</strong> : une erreur qui sera donc passée<br />

inaperçue pendant environ un siècle!<br />

Commençons par la pièce à 5 trous. Elle peut être reliée à la<br />

montre par n'importe lequel <strong>de</strong> ses 5 trous, <strong>et</strong> par l'un <strong>de</strong>s 4<br />

autres au reste <strong>de</strong> la chaîne. Il y a donc 5 x 4 = 20 façons<br />

<strong>de</strong> l'attacher. De même, il y a 4 x 3 = 12 possibilités pour<br />

attacher la pièce à 4 trous, 3 x 2 = 6 pour celle à 3 trous <strong>et</strong><br />

2 x 1 = 2 pour celle à 2 trous.<br />

Maintenant, tenons la montre pour voir l'heure <strong>et</strong><br />

examinons la chaîne. Chaque pièce <strong>et</strong> le pen<strong>de</strong>ntif peuvent<br />

présenter soit leur côté pile, soit leur côté face : ce qui donne<br />

2 5 = 32 possibilités.<br />

Enfin, on peut changer les pièces <strong>de</strong> place : elles peuvent<br />

être permutées <strong>de</strong> 4! = 4 x 3 x 2 x 1 = 24 façons.<br />

Le nombre <strong>de</strong> chaînes différentes que l'on peut assembler<br />

est donc :<br />

20 x 12 x 6 x 2 x 32 x 24 = 2 211 840,<br />

résultat plus élevé que ce à quoi l'on aurait pu s'attendre avec<br />

les p<strong>et</strong>its nombres <strong>de</strong> départ <strong>et</strong> la simplicité <strong>de</strong> l'énoncé…<br />

Le problème se généralise facilement à un plus grand<br />

nombre <strong>de</strong> pièces <strong>de</strong> monnaie.<br />

Si n = 0 , la montre sans chaîne peut être considérée<br />

comme solution unique; pour n = 1 , la chaîne est réduite<br />

au pen<strong>de</strong>ntif qui peut être placé <strong>de</strong> 2 façons, côté pile ou<br />

côté face.<br />

20. De combien <strong>de</strong> façons peut–on partager un<br />

entier en une somme d'entiers?<br />

Nous abordons maintenant une série <strong>de</strong> problèmes à énoncé<br />

relativement simple, mais pour lesquels la formule générale<br />

reste inconnue (si, dans certains cas, <strong>de</strong>s formules ou<br />

relations <strong>de</strong> récurrence ont été proposées, elles s'avèrent très<br />

compliquées <strong>et</strong> sans utilité pratique).<br />

L'un <strong>de</strong> ces problèmes est celui du partage d'un entier, relié<br />

à bien <strong>de</strong>s situations évoquées ailleurs dans ce texte, à<br />

commencer par celle <strong>de</strong>s arrangements avec répétition vue<br />

plus haut.<br />

Ici l'ordre <strong>de</strong>s termes est sans importance, puisque l'addition<br />

est commutative. Pourtant, si l'on tenait compte <strong>de</strong> l'ordre,<br />

on obtiendrait le nombre <strong>de</strong> possibilités bien plus<br />

directement, par la simple formule 2 n–1.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 192 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les dénombrements Jacques Sormany<br />

21 à 24. Parmi les graphes à n somm<strong>et</strong>s,<br />

combien sont <strong>de</strong>s arbres?<br />

Application : Combien y a–t–il d'isomères d'un<br />

chloro–fluoro–alcane?<br />

Une relation binaire dans un ensemble à n éléments peut<br />

être représentée par un tableau, mais aussi par un graphe.<br />

Le nombre total <strong>de</strong> graphes orientés à n somm<strong>et</strong>s sera<br />

donc le même que celui <strong>de</strong>s relations binaires (colonne #5),<br />

celui <strong>de</strong>s graphes non orientés égal à celui <strong>de</strong>s relations<br />

symétriques (colonne #7).<br />

Un arbre est un graphe connexe sans boucle. Un arbre à n<br />

somm<strong>et</strong>s comporte toujours exactement n – 1 arêtes. Une<br />

première application <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te propriété est le décompte <strong>de</strong>s<br />

parties (non nulles) dans un tournoi par élimination :<br />

puisque chaque partie élimine exactement un joueur, il<br />

faudra au total n-1 parties pour couronner un gagnant.<br />

Il n'est pas évi<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> démontrer que le nombre d'arbres<br />

non orientés peut être calculé par n n–2. Si les éléments qui<br />

constituent les somm<strong>et</strong>s sont indiscernables, on peut<br />

regrouper les arbres en un certain nombre <strong>de</strong> formes<br />

distinctes. Jusqu'à n = 3, un arbre est forcément linéaire; à<br />

partir <strong>de</strong> n = 4, les arbres peuvent être ramifiés, <strong>et</strong> ce, <strong>de</strong><br />

façon <strong>de</strong> plus en plus complexe à mesure que n augmente :<br />

c'est pourquoi il <strong>de</strong>vient malaisé <strong>de</strong> calculer le nombre <strong>de</strong><br />

formes possibles pour n élevé, <strong>et</strong> il n'y a pas non plus <strong>de</strong><br />

formule simple <strong>de</strong> récurrence pour n quelconque. Ce<br />

problème est relié au partage d'un entier.<br />

Ce type <strong>de</strong> dénombrement a <strong>de</strong>s applications en chimie<br />

organique, où les atomes <strong>de</strong> carbone reliés entre eux sont<br />

i<strong>de</strong>ntiques les uns aux autres. Mais le dénombrement <strong>de</strong>s<br />

formes d'arbres <strong>et</strong> celui <strong>de</strong>s polymères ne sont pas<br />

isomorphes: comme le carbone n'a que 4 valences, pour n>5<br />

il faudra éliminer tous les arbres comportant un somm<strong>et</strong><br />

d'ordre supérieur à 4 (colonnes #22 <strong>et</strong> #23 du tableau).<br />

Si l'on impose à la chaîne d'hydrocarbure d'être linéaire, le<br />

décompte <strong>de</strong>s isomères <strong>de</strong>vient facile, même avec plusieurs<br />

atomes différents combinés à la chaîne. C'est le cas, par<br />

exemple, <strong>de</strong>s chloro–fluoro–alcanes CnH2nFCl (colonne<br />

#24); en revanche, si l'on perm<strong>et</strong> à la chaîne d'être ramifiée,<br />

il apparaît plus difficile <strong>de</strong> compter les isomères <strong>de</strong><br />

composés à formules pourtant plus simples, comme les<br />

chloro–alcanes CnH2n+1Cl ou CnH2nCl2 (non présentés<br />

ici).<br />

25. De combien <strong>de</strong> façons peut–on plier une<br />

ban<strong>de</strong> <strong>de</strong> timbres-poste le long <strong>de</strong>s perforations,<br />

pour obtenir un empilement <strong>de</strong> la largeur d'un<br />

seul timbre?<br />

Ce problème, pourtant très simple à première vue, <strong>et</strong> sa<br />

variante (pliage d'une ban<strong>de</strong> <strong>de</strong> papier dont le recto <strong>et</strong> le<br />

verso sont i<strong>de</strong>ntiques) restent ouverts.<br />

D'où vient la difficulté? Considérons un problème à<br />

résolution élémentaire, par exemple celui où n – 1<br />

personnes occupent n – 1 places dans une file. Puisqu'une<br />

nouvelle personne peut se placer à n endroits, il suffit <strong>de</strong><br />

multiplier par n le nombre d'arrangements qu'on avait déjà.<br />

Ce n'est pas le cas pour la ban<strong>de</strong> <strong>de</strong> papier ou pour les autres<br />

problèmes présentement discutés : selon l'endroit où l'on<br />

intercale le nouvel élément, on pourra créer ou défaire une<br />

symétrie, ce qui (à chaque étape) perturbera le régularité du<br />

processus.<br />

26. Combien y a–t–il <strong>de</strong> pentominos distincts?<br />

Un polymino est une figure constituée <strong>de</strong> n carrés<br />

juxtaposés par un ou plusieurs <strong>de</strong> leurs côtés; les<br />

r<strong>et</strong>ournements sont permis. Il n'y a qu'un seul monomino<br />

(carré) <strong>et</strong> un seul domino (rectangle <strong>de</strong>ux fois plus long que<br />

large), <strong>de</strong>ux triminos (l'un rectangulaire <strong>et</strong> l'autre en L), <strong>et</strong>c.<br />

Non seulement on ne peut imaginer une formule perm<strong>et</strong>tant<br />

<strong>de</strong> calculer directement le nombre <strong>de</strong> polyminos d'ordre n ,<br />

mais à partir <strong>de</strong> n = 7 on observe <strong>de</strong>s divergences d'une<br />

publication à l'autre! Les nombres présentés ici sont tirés du<br />

livre <strong>de</strong> Delahaye, plus récent <strong>et</strong> plus fiable.<br />

Pour illustrer la complexité du problème, remarquons qu'un<br />

seul pentomino peut être obtenu en adjoignant un p<strong>et</strong>it carré<br />

au tétromino carré, tandis qu'à partir du tétromino en L on<br />

peut obtenir 9 <strong>de</strong>s 12 pentominos. À partir <strong>de</strong> n = 7, on<br />

voit apparaître <strong>de</strong>s polyminos troués.<br />

On ne connaît pas non plus <strong>de</strong> formule donnant le nombre<br />

<strong>de</strong> polyamants (triangles équilatéraux juxtaposés), polyhex,<br />

polycubes (dans l'espace à 3 dimensions), <strong>et</strong>c.<br />

27–28. De combien <strong>de</strong> façons peut–on découper<br />

un carré ou un triangle équilatéral en triangles<br />

semblables?<br />

Beaucoup d'autres problèmes <strong>de</strong> découpage comme ceux–ci,<br />

présentés dans <strong>de</strong>s revues <strong>de</strong> vulgarisation <strong>mathématiques</strong><br />

comme Tangente, <strong>de</strong>meurent ouverts.<br />

Mentionnons aussi : le nombre <strong>de</strong> configurations possibles<br />

<strong>de</strong> cubes hongrois (Rubik), le nombre <strong>de</strong> carrés magiques,<br />

latins, gréco–latins, <strong>et</strong>c., le nombre <strong>de</strong> parcours du cavalier<br />

aux échecs, problèmes riches mais trop complexes pour être<br />

abordés ici.<br />

Bibliographie<br />

Pour un thème aussi accessible, omniprésent en<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> dans la vie <strong>de</strong> tous les jours, on pourrait<br />

s'attendre à trouver une bibliographie imposante…<br />

Curieusement, il n'en est rien! Certes, tout manuel <strong>de</strong> calcul<br />

<strong>de</strong>s probabilités comporte un ou <strong>de</strong>ux chapitres sur les<br />

dénombrements; tout livre <strong>de</strong> théorie <strong>de</strong>s nombres traite <strong>de</strong>s<br />

fonctions numériques avec divers exemples d'applications <strong>de</strong><br />

formules; on parle bien sûr d'analyse combinatoire dans les<br />

manuels <strong>de</strong> théorie <strong>de</strong>s ensembles, théorie <strong>de</strong>s graphes, <strong>et</strong>c.;<br />

dans les recueils <strong>de</strong> <strong>de</strong>vin<strong>et</strong>tes <strong>mathématiques</strong>, on trouvera<br />

beaucoup <strong>de</strong> problèmes <strong>de</strong> dénombrements, disséminés<br />

parmi les autres. Mais relativement rares sont les ouvrages<br />

portant spécifiquement sur les dénombrements.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 193 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les dénombrements Jacques Sormany<br />

Le mathématicien québécois bien connu Gilbert Paqu<strong>et</strong>te a<br />

écrit un p<strong>et</strong>it manuel d'analyse combinatoire où il est<br />

question évi<strong>de</strong>mment <strong>de</strong> permutations <strong>et</strong> <strong>de</strong> combinaisons,<br />

mais aussi <strong>de</strong> divers problèmes comme le partage d'un<br />

entier. À partir <strong>de</strong>s années 60, on s'est mis à publier<br />

beaucoup <strong>de</strong> livres portant sur la combinatorique, c'est–à–<br />

dire le traitement informatique <strong>de</strong> l'analyse combinatoire :<br />

mentionnons entre autres le titre <strong>de</strong> Kaufmann, auteur bien<br />

connu pour ses travaux en recherche opérationnelle, autre<br />

domaine où les dénombrements sont importants.<br />

DELAHAYE, Jean–Paul (1998) – Jeux <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s jeux. Bélin Pour la Science – (Un<br />

chapitre compl<strong>et</strong> sur les polyminos).<br />

GARDNER, Martin (trad. 1970) – Les casse–tête<br />

<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> Sam Loyd. Dunod ou Bordas,<br />

Paris – (Problème #26 : La chaîne <strong>de</strong> montre <strong>de</strong> l'oncle<br />

Sam).<br />

KAUFMANN, Arnold (1968) – Introduction à la<br />

combinatorique. Dunod, Paris – 610 pages.<br />

LABELLE, Jacques – Théorie <strong>de</strong>s graphes. Modulo,<br />

Outremont – 183 pages.<br />

PAQUETTE, Gilbert (1970) – Analyse combinatoire.<br />

Holt, Rinehart <strong>et</strong> Winston ltée, Montréal – 85 pages.<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 194 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les dénombrements Jacques Sormany<br />

Annexe : Tableau synoptique <strong>de</strong>s résultats<br />

No 1 2 3 4<br />

n Poignées<br />

Diagonales Permutations Chemins entre coins<br />

<strong>de</strong> main<br />

du polygone<br />

du carré<br />

0 0 1 1<br />

1 0 1 2<br />

2 1 2 6<br />

3 3 0 6 20<br />

4 6 2 24 70<br />

5 10 5 120 252<br />

6 15 9 720 924<br />

7 21 14 5 040 3 432<br />

8 28 20 40 320 12 870<br />

9 36 27 362 880 48 620<br />

10 45 37 3 628 800 184 756<br />

Formule n(n – 1)/2 n(n – 3)/2 n! (2n)!/2n!<br />

Récurrence + n – 1 + n – 2 x n x (4 –(2/n))<br />

No 5 6 7 8<br />

n Relations internes Relations réflexives Relations<br />

symétriques<br />

Relations transitives<br />

0 1 0 1 1<br />

1 2 1 2 2<br />

2 16 4 8 13<br />

3 512 64 64 171<br />

4 65 536 4 096 1 024<br />

5 33 554 432 1 048 576 32 768<br />

6 2 097 152<br />

Formule 2^n 2 2^(n 2 – n) 2 n(n + 1)/2 ?<br />

Récurrence x 2 2n – 1 x 2 2n – 2 x 2 n ?<br />

No 9 10 11 12<br />

n Opérations internes Opérations Opérations Opérations<br />

i<strong>de</strong>mpotentes commutatives associatives<br />

0 0 0 0 0<br />

1 1 1 1 1<br />

2 16 4 8 8<br />

3 19 683 729 729 113<br />

4 4 294 967 296 16 777 216 1 048 576 ?<br />

Formule n^n 2 n n(n – 1) n n(n + 1)/2 ?<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 195 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les dénombrements Jacques Sormany<br />

No 13 14 15 16<br />

n Carrés Triangles Régions<br />

Régions<br />

Plan<br />

Cercle<br />

0 0 0 1 1<br />

1 1 1 2 1<br />

2 5 5 4 2<br />

3 14 13 7 4<br />

4 30 27 11 8<br />

5 55 48 16 16<br />

6 91 78 22 31<br />

7 140 118 29 57<br />

8 204 170 37 99<br />

9 285 235 46 163<br />

10 385 315 56 256<br />

Formule (2n 3 + 3n 2 + n)/6<br />

(2n3 +5n 2 +2n)/8<br />

ou<br />

2n 3 +5n 2 +2n-1<br />

8<br />

Récurrence + n 2 + n<br />

(n 2 + n + 2)/2 (n 4 – 6n 3 + 23n 2<br />

– 18n + 24)/24<br />

ou formules<br />

combinatoires<br />

N o 17 18 19 20<br />

n Grains Lapins <strong>de</strong> Fibonacci Chaîne <strong>de</strong> montre Partage<br />

<strong>de</strong> blé<br />

d'un entier<br />

0 1<br />

1 1 1 2 1<br />

2 2 1 8 2<br />

3 4 2 192 3<br />

4 8 3 13 824 5<br />

5 16 5 2 211 840 7<br />

6 32 8 663 552 000 11<br />

7 64 13 334 430 208 000 15<br />

8 128 21 22<br />

9 256 34 30<br />

10 512 55 42<br />

Formule 2n – 1<br />

ϕn + (–1) n+1ϕ –n<br />

51/2 où<br />

ϕ = (51/2 – 1)/2<br />

2 nn!(n – 1)! 2<br />

Récurrence x 2 (≈) x ϕ x 2n(n – 1) 2<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 196 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Les dénombrements Jacques Sormany<br />

No 21 22 23 24<br />

n Arbres Formes Polymères alcane Polymères<br />

d'arbres<br />

CnH2n + 2<br />

CnH2nFCl<br />

0 0 0<br />

1 1 1 1 1<br />

2 1 1 1 2<br />

3 3 1 1 5<br />

4 16 2 2 8<br />

5 125 3 3 13<br />

6 1 296 6 5 18<br />

7 16 807 11 8 25<br />

8 262 144 23 18 32<br />

9 4 782 969 47 35 41<br />

10 100 000 000 111 72 50<br />

Formule n n – 2 n 2/2 ou (n 2+1)/2<br />

Récurrence +n (n impair)<br />

+n–1 (n pair)<br />

No 25 26 27 28<br />

n Pliage ban<strong>de</strong> Pentominos Carré découpé T. équilatéral<br />

timbres–poste<br />

en triangles en t. semblables<br />

1 1 1 0 1<br />

2 2 1 1 1<br />

3 6 2 1 2<br />

4 16 5 4 5<br />

5 50 12 12 26<br />

6 144 35 97 ?<br />

7 462 108 ?<br />

8 1 392 369<br />

9 4 536 1 285<br />

10 14 060 4 655<br />

Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 197 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 198 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


TABLE RONDE<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 199 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 200 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


TABLE RONDE<br />

Enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />

<strong>de</strong> la quatrième secondaire<br />

à la première année universitaire ou à la troisième d’un programme technique<br />

Panélistes : Madame France Caron, Université <strong>de</strong> Montréal<br />

Madame Lyse Favreau, cégep Limoilou<br />

Monsieur Frédéric Gour<strong>de</strong>au, Université Laval<br />

Monsieur Jacques Jacob, prési<strong>de</strong>nt du GRMS<br />

Madame Célyne Laliberté, cégep <strong>de</strong> Sherbrooke<br />

Monsieur Jean-Pierre Marcoux, Comission scolaire <strong>de</strong>s Découvreurs<br />

Animatrice: Madame Col<strong>et</strong>te Messier, cégep du Vieux Montréal<br />

L’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> se place en priorité dès l’entrée à l’école. Mais les choix faits en<br />

quatrième secondaire sont cruciaux pour l’élève qui vise <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s post-secondaires. Commence alors un<br />

processus s’étendant sur cinq années <strong>et</strong> caractérisé par un ou <strong>de</strong>ux changements d’institutions. Chacun <strong>de</strong> ces<br />

changements est constitué <strong>de</strong> ruptures dues aux caractéristiques propres aux <strong>de</strong>ux institutions en jeu <strong>et</strong> qui donnent<br />

du sens à ce changement.<br />

Comment faire en sorte que sur le plan <strong>de</strong> l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, ces transitions soient à la fois<br />

significatives <strong>et</strong> réussies?<br />

Il nous semble qu’on doive s’appuyer d’une part sur <strong>de</strong>s points d’ancrage, <strong>de</strong>s apprentissages forts, <strong>et</strong><br />

d’autre part sur un ensemble <strong>de</strong> relations alliant souplesse <strong>et</strong> solidité.<br />

Quels sont, ou quels pourraient être, les points d’ancrage forts qui caractérisent les <strong>mathématiques</strong><br />

enseignées à chacune <strong>de</strong>s cinq années? Quelles connaissances, quelles habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail, quelles habil<strong>et</strong>és<br />

acquises font qu’un élève est différent <strong>de</strong> ce qu’il était un an plus tôt?<br />

La lecture <strong>de</strong>s programmes officiels nous renseigne-t-elle suffisamment sur les connaissances <strong>de</strong>s élèves<br />

pour pouvoir les réutiliser adéquatement?<br />

À chacun <strong>de</strong>s niveaux scolaires, quelles connaissances <strong>de</strong>s niveaux précé<strong>de</strong>nts faisons-nous revivre, en quoi<br />

enrichissons-nous ces connaissances? Comment, par quel canal, faisons-nous savoir à nos collègues <strong>de</strong>s niveaux<br />

précé<strong>de</strong>nts ce que nous pouvons réutiliser <strong>et</strong> comment ce sera fait? Comment peuvent-ils réagir à ces propositions?<br />

Spécifiquement pour les élèves qui suivent un programme professionnel au collégial, y a-t-il <strong>de</strong>s<br />

connaissances, <strong>de</strong>s habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail, <strong>de</strong>s habil<strong>et</strong>és dont il faudrait s’assurer avant qu’ils accè<strong>de</strong>nt au marché du<br />

travail?<br />

Quel rôle souhaitez-vous que l’AMQ <strong>et</strong> le GRMS jouent dans l’effort que font les professeurs <strong>de</strong> tous les<br />

niveaux pour assurer la qualité <strong>de</strong>s transitions? Quels outils (bull<strong>et</strong>in, congrès, autres) souhaitez-vous que l’AMQ <strong>et</strong><br />

le GRMS m<strong>et</strong>tent à votre disposition pour ce faire?<br />

C’est dans ce contexte que les participants à la table ron<strong>de</strong> sont invités à poursuivre c<strong>et</strong>te réflexion <strong>et</strong> à<br />

apporter quelques réponses aux différentes questions.<br />

Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 201 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 202 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />

Université <strong>de</strong> Sherbrooke


Le congrès mai-juin 2006 <strong>de</strong> l'AMQ, <strong>et</strong> sa journée commune avec<br />

ceux du GRMS <strong>et</strong> <strong>de</strong> l'EMF sont réalisés avec le soutien <strong>de</strong><br />

Commission internationale<br />

<strong>de</strong> l'enseignement mathématique<br />

International Commission on<br />

Mathematical Instruction<br />

Société mathématique du Canada<br />

UNIVERSITÉ DE<br />

SHERBROOKE<br />

Avec la participation <strong>de</strong> :<br />

• Ministère <strong>de</strong>s Relations internationales du Québec<br />

• Ministère <strong>de</strong> l’Éducation, du Loisir <strong>et</strong> du Sport<br />

Service <strong>de</strong> coopération <strong>et</strong> d’action culturelle<br />

Nous tenons à remercier <strong>de</strong> façon toute spéciale le <strong>Département</strong> <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />

<strong>de</strong> l'Université <strong>de</strong> Sherbrooke qui a gran<strong>de</strong>ment facilité l'organisation <strong>de</strong> ce congrès.

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