Diapositive 1 - Département de mathématiques et de statistique ...
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4ctes
Équipe d’édition :<br />
Jean-Clau<strong>de</strong> Girard, Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu,<br />
Marie-Jane Haguel, Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke,<br />
Gisèle Pay<strong>et</strong>te, Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke.<br />
Association mathématique du Québec<br />
Centre 7400<br />
7400, Boulevard St-Laurent, bureau 2579<br />
Montréal, Québec,<br />
H2R 2Y1, Canada<br />
Téléphone : (514) 278-4263<br />
Télécopieur : (514) 948-6423<br />
Courriel : amq@belln<strong>et</strong>.ca<br />
http://newton.mat.ulaval.ca/amq/<br />
Dépôt légal – Bibliothèque nationale du Québec, 2008<br />
Bibliothèque nationale du Canada, 2008<br />
978-2-9802297-5-6 (version PDF)
Actes du 49 e congrès<br />
Association mathématique du Québec
ACTES<br />
DU 49 e CONGRÈS DE<br />
L’ASSOCIATION MATHÉMATIQUE DU QUÉBEC<br />
MATHÉMATIQUES ET DIVERSITÉ CULTURELLE<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Congrès conjoint avec<br />
Espace mathématique francophone 2006 (EMF 2006)<br />
Groupe <strong>de</strong>s responsables <strong>de</strong> la mathématique au secondaire (GRMS)<br />
Message du prési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> l’AMQ 5<br />
Thème 7<br />
Conférences 11<br />
Ateliers 29<br />
Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au<br />
secondaire en <strong>mathématiques</strong><br />
Nadine Bednarz, UQAM,<br />
Josée Lafontaine, École Notre-Dame-<strong>de</strong>-Fatima,<br />
Mélanie Auclair, Polyvalente la Frontalière,<br />
Carole Morelli, Chantal Leroux, Commission scolaire <strong>de</strong>s Hauts-Cantons. 31<br />
Mathématiques <strong>de</strong> pointe au primaire<br />
Robert Bilinski, Collège Montmorency . 39<br />
Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique<br />
Chantal Buteau, Brock University St.Catharines, Ontario. 43<br />
Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières<br />
France Caron, Université <strong>de</strong> Montréal. 51<br />
L'analyse <strong>de</strong> copies d'élèves : un exercice <strong>de</strong> jugement professionnel ?<br />
Renée Caron, Université <strong>de</strong> Montréal. 59<br />
Les situations-recherche, Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong><br />
Léa Cartier, Karine Godot, Laboratoire Leibniz, Grenoble, France,<br />
Eva Knoll, Mount Saint Vincent University, Halifax, Canada,<br />
Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong>. IUFM <strong>de</strong> Créteil, France,<br />
Université Paris 7 DIDIREM, Paris, France. 63<br />
Mathématiques <strong>et</strong> Contes<br />
Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane, IUFM <strong>de</strong> Créteil, France. 77<br />
Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong><br />
Louis Charbonneau, UQAM. 81
Le logiciel Mathenpoche<br />
Benjamin Clerc, IREM <strong>de</strong> Montpellier, France. 89<br />
Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques<br />
Julien Constantin, Université <strong>de</strong> Sherbrooke. 95<br />
Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs<br />
Sylvie Coppé, IUFM <strong>de</strong> Lyon, France. 105<br />
L’approche par problème vécue par les élèves : Peut-on faire casser un verre<br />
<strong>de</strong> cristal avec une on<strong>de</strong> sonore?<br />
Audrey Corbeil Therrien, Guillaume Lapointe, Geneviève Vézina,<br />
étudiants au Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke. 113<br />
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration<br />
Claudia Corriveau, Denis Tanguay, UQAM. 117<br />
Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou<br />
l'homologie pour les gourmands<br />
Sara Derivière, Anik Trahan <strong>et</strong> Tomasz Kaczynski, Université <strong>de</strong> Sherbrooke. 127<br />
Sur le concept d’indépendance linéaire<br />
Jean-Luc Dorier, IUFM <strong>de</strong> Lyon <strong>et</strong><br />
Équipe DDM, laboratoire Leibniz, Grenoble, France. 133<br />
Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique, Implication <strong>et</strong> quantification<br />
Viviane Durand-Guerrier, IUFM <strong>de</strong> Lyon,<br />
LIRDHIST-UCBL Lyon 1,<br />
IREM <strong>de</strong> Lyon, France. 139<br />
Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne<br />
Philippe Etchecopar, département <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, Jean-Clau<strong>de</strong> Simard, département<br />
<strong>de</strong> philosophie, Cégep <strong>de</strong> Rimouski. 149<br />
Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
preuve en mathématique<br />
Denise Grenier, Laboratoire Leibniz, Université Joseph Fourier,<br />
Grenoble, France. 155<br />
Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
Jacques Lefebvre, UQAM. 163<br />
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes :<br />
l’exemple d’un travail <strong>de</strong> session proposé aux élèves du programme <strong>de</strong> Sciences <strong>de</strong><br />
la nature du Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke dans le cadre <strong>de</strong> leur cours d’algèbre linéaire<br />
Nicolas Pfister, Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke. 169<br />
Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en<br />
physique<br />
Marc Rogalski, Université <strong>de</strong>s Sciences <strong>et</strong> Technologies <strong>de</strong> Lille, France. 181<br />
Les dénombrements<br />
Jacques Sormany, UQAC <strong>et</strong> Cégep <strong>de</strong> Chicoutimi. 189<br />
Table ron<strong>de</strong> 199
À l’occasion <strong>de</strong> la journée commune au congrès Espace mathématique francophone, à la 29 e Session du<br />
GRMS, au 49 e Congrès <strong>de</strong> l’AMQ <strong>et</strong> au Colloque du primaire, voici quelques notes historiques sur l’AMQ. Pour en<br />
savoir plus, on peut consulter le site<br />
http://www.mlink.n<strong>et</strong>/~amq/AMQ/Organisation/histo.html<br />
L’Association mathématique du Québec (AMQ) a été fondée en 1958 par Maurice L’Abbé, l’un <strong>de</strong>s bâtisseurs<br />
<strong>de</strong>s sciences <strong>mathématiques</strong> au Québec. Elle regroupe les personnes intéressées par les <strong>mathématiques</strong>, leur<br />
enseignement <strong>et</strong> leurs applications. Depuis 1959, l’AMQ organise <strong>de</strong>s concours <strong>et</strong> <strong>de</strong>s camps <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong><br />
niveau secondaire <strong>et</strong> collégial, <strong>et</strong> publie une revue trimestrielle : le Bull<strong>et</strong>in AMQ. L’un <strong>de</strong>s groupes d’intérêt <strong>de</strong><br />
l’AMQ, le Groupe <strong>de</strong>s chercheurs en sciences <strong>mathématiques</strong>, publie <strong>de</strong>puis 1977 les Annales <strong>de</strong>s sciences<br />
<strong>mathématiques</strong> du Québec, une revue internationale <strong>de</strong> recherche en <strong>mathématiques</strong>. Un autre groupe d’intérêt <strong>de</strong><br />
l’AMQ, le Groupe <strong>de</strong>s didacticiens <strong>de</strong> la mathématique ( GDM ) organise régulièrement <strong>de</strong>puis sa fondation en<br />
1970 <strong>de</strong>s colloques sur la didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. L’AMQ a établi <strong>de</strong> nombreux partenariats avec <strong>de</strong>s<br />
institutions québécoises, en particulier avec l’Institut <strong>de</strong>s sciences <strong>mathématiques</strong> (ISM) dans le proj<strong>et</strong> Liaison cégepsuniversités<br />
<strong>et</strong> avec le Groupe <strong>de</strong>s responsables en <strong>mathématiques</strong> au secondaire (GRMS) en décernant chaque année dans cinq<br />
universités québécoises la Médaille <strong>de</strong> l’AMQ <strong>et</strong> du GRMS pour la formation <strong>de</strong>s maîtres du secondaire. Depuis la<br />
dissolution <strong>de</strong> l’Association <strong>de</strong>s promoteurs <strong>de</strong> l’avancement <strong>de</strong> la mathématique à l’élémentaire (APAME), l’AMQ a hérité <strong>de</strong> la<br />
responsabilité <strong>de</strong> l’enseignement mathématique au primaire. En remplacement <strong>de</strong> la revue Instantanés <strong>mathématiques</strong>,<br />
dont près <strong>de</strong> 40 volumes ont été publiés par l’APAME, une revue virtuelle MATH VIP consacrée à l’enseignement<br />
primaire a été lancée en 2005 sous l’égi<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’AMQ.<br />
L’AMQ a participé <strong>de</strong> façon active aux débats sur l’éducation au Québec en présentant <strong>de</strong>puis 1965 <strong>de</strong><br />
nombreux mémoires au Ministère <strong>de</strong> l’éducation <strong>et</strong> en intervenant auprès <strong>de</strong>s organismes à vocation éducative au<br />
Québec. Les dossiers récents portent sur la place <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans les programmes collégiaux en sciences<br />
humaines ou en techniques, <strong>et</strong> sur l’accès à la profession enseignante au secondaire pour les diplômés en sciences<br />
<strong>mathématiques</strong>. La formation <strong>de</strong>s maîtres du primaire <strong>et</strong> du secondaire ainsi que les programmes du secondaire ont<br />
toujours été au cœur <strong>de</strong>s préoccupations <strong>de</strong> l’Association <strong>de</strong>puis sa fondation. Enfin, l’AMQ est actuellement, grâce<br />
à son prési<strong>de</strong>nt, particulièrement active dans le domaine <strong>de</strong> la vulgarisation scientifique en <strong>mathématiques</strong>.<br />
Site <strong>de</strong> l’AMQ sur la Toile : http://newton.mat.ulaval.ca/amq/.<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 4 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
MESSAGE DU PRÉSIDENT<br />
DE L’ASSOCIATION MATHÉMATIQUE DU QUÉBEC<br />
Le 49e Congrès <strong>de</strong> l'Association Mathématique du Québec se tient c<strong>et</strong>te année sous le thème Mathématiques <strong>et</strong><br />
diversité culturelle.<br />
On a voulu par là attirer l’attention sur les relations très variées qu’entr<strong>et</strong>iennent les <strong>mathématiques</strong> avec les<br />
autres activités humaines. Les <strong>mathématiques</strong> sont en eff<strong>et</strong> pratiquées dans <strong>de</strong>s contextes sociaux <strong>et</strong> culturels très<br />
variés, sur les cinq continents <strong>et</strong> <strong>de</strong>puis les temps les plus anciens. De plus, <strong>de</strong>puis un siècle, elles ont donné<br />
naissance à <strong>de</strong>s disciplines nouvelles : <strong>statistique</strong>, recherche opérationnelle, informatique, <strong>et</strong>c. ayant leur culture<br />
propre <strong>et</strong> agissant <strong>de</strong> façon autonome. Elles interviennent aussi, aujourd’hui plus que jamais, dans les applications<br />
les plus diverses.<br />
Ce congrès revêt <strong>de</strong> plus un caractère bien spécial car il se tient au même moment <strong>et</strong> au même endroit que<br />
le troisième colloque Espace mathématique francophone <strong>et</strong> que le congrès annuel du GRMS. Il y aura également un<br />
Colloque du primaire, organisé sous les auspices <strong>de</strong> l’AMQ, qui augure bien <strong>de</strong> la relance <strong>de</strong>s activités <strong>mathématiques</strong><br />
<strong>de</strong>stinées aux enseignantes <strong>et</strong> enseignants du primaire. C'est ainsi qu'à l'aube <strong>de</strong> l'été 2006 se tient à l'Université <strong>de</strong><br />
Sherbrooke une sorte <strong>de</strong> « happening mathématique » qui ne manquera pas d'intéresser le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'enseignement<br />
ainsi que, grâce à la participation <strong>de</strong>s médias, la population en général.<br />
C'est pourquoi nous avons décidé <strong>de</strong> tenir le 31 mai une journée commune à tous ces colloques, laquelle se<br />
terminera en soirée par le spectacle Show Math, accessible au grand public, tant aux jeunes qu'aux moins jeunes.<br />
C<strong>et</strong>te journée commune, qui se veut l'événement marquant du congrès, sera une occasion unique pour les<br />
intervenants <strong>de</strong> tous les ordres d'enseignement : primaire, secondaire, collégial <strong>et</strong> universitaire, du Québec <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
francophonie, d'échanger sur les meilleures façons <strong>de</strong> structurer le cheminement scolaire <strong>de</strong>s étudiants <strong>et</strong> étudiantes<br />
en <strong>mathématiques</strong>.<br />
C'est d’ailleurs un peu dans c<strong>et</strong> esprit que nous tiendrons le len<strong>de</strong>main matin <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te journée commune<br />
une réunion <strong>de</strong>s coordonnateurs <strong>de</strong>s départements <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s cégeps, suivie en après-midi d'une table<br />
ron<strong>de</strong> AMQ-GRMS portant sur l'interface secondaire — post secondaire<br />
Au nom <strong>de</strong> l'AMQ, je tiens à remercier l'Université <strong>de</strong> Sherbrooke qui a bien voulu nous accueillir sur son<br />
magnifique campus ainsi que le comité organisateur pour le formidable travail accompli au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rniers mois.<br />
Enfin, mes remerciements vont au Comité d’organisation <strong>de</strong> Espace mathématique francophone qui fournit à l’AMQ une<br />
occasion exceptionnelle <strong>de</strong> participer à la francophonie mathématique dans le domaine <strong>de</strong> l’enseignement.<br />
JEAN-MARIE DE KONINCK, prési<strong>de</strong>nt<br />
Association mathématique du Québec.<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 5 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 6 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
THÈME<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 7 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 8 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
MATHÉMATIQUES ET DIVERSITÉ CULTURELLE<br />
Comme la musique <strong>et</strong> les arts plastiques, les <strong>mathématiques</strong> sont un langage universel <strong>et</strong> l’une <strong>de</strong>s activités<br />
créatrices fondamentales <strong>de</strong> l’homme, attachée à sa nature même. Elles n’ont d’existence que par <strong>et</strong> dans le cerveau<br />
humain. Ce caractère universel <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ne va-t-il pas <strong>de</strong> pair avec le mouvement actuel <strong>de</strong><br />
mondialisation ? Ou, au contraire, doit-on distinguer soigneusement universalité <strong>et</strong> mondialisation ? Quel est alors<br />
le rôle <strong>de</strong>s diverses cultures dans le développement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, le rôle <strong>de</strong> l’affectivité, <strong>de</strong> la passion, du côté<br />
droit du cerveau ? Préserver la diversité culturelle aura-t-il une influence positive sur le développement <strong>de</strong>s sciences<br />
<strong>mathématiques</strong>, sur leur enseignement, sur leurs applications ?<br />
Voici un thème <strong>de</strong> réflexion <strong>et</strong> quelques questions qui se posent naturellement en ce 49 e congrès <strong>de</strong><br />
l’Association mathématique du Québec qui aura lieu conjointement avec le congrès international Espace mathématique<br />
francophone 2006 (EMF2006) <strong>et</strong> la 33 e session <strong>de</strong> formation du Groupe <strong>de</strong>s responsables <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au secondaire<br />
(GRMS). Les trois premiers congrès EMF2000, tenu en France, EMF2003, tenu en Tunisie <strong>et</strong> EMF2006, qui sera<br />
tenu au Québec, contribuent en eff<strong>et</strong> à développer graduellement une francophonie mathématique illustrant le rôle<br />
<strong>de</strong> la culture française dans l’enseignement <strong>et</strong> la science mathématique.<br />
Les <strong>mathématiques</strong> se sont développées dans <strong>de</strong>s cultures particulières <strong>et</strong> en même temps qu’elles. C’est<br />
ainsi que l’on peut parler <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> babyloniennes, chinoises, indoues, égyptiennes, grecques, arabes,<br />
italiennes, françaises, anglaises, alleman<strong>de</strong>s, russes, américaines <strong>et</strong> bientôt, sans doute, chinoises au sens mo<strong>de</strong>rne.<br />
Le centre <strong>de</strong> gravité <strong>de</strong> l’activité mathématique s’est déplacé au cours du temps. Il est cependant arrivé <strong>de</strong> longues<br />
pério<strong>de</strong>s <strong>de</strong> stagnation, sous la Rome impériale ou au Moyen-âge par exemple.<br />
L’Occi<strong>de</strong>nt a vécu <strong>de</strong>puis la Renaissance une révolution scientifique <strong>et</strong> technique extraordinaire culminant<br />
dans la mécanique classique, la thermodynamique, la théorie électromagnétique, la théorie <strong>de</strong> la relativité, la<br />
mécanique quantique, la théorie du chaos, la théorie <strong>de</strong> l’information <strong>et</strong> toutes les inventions que l’on a tirées <strong>de</strong> ces<br />
avancées théoriques. Le phénomène actuel <strong>de</strong> la mondialisation, avec ses valeurs d’uniformité <strong>et</strong> <strong>de</strong> standardisation<br />
qui menace la diversité <strong>de</strong>s cultures, laisse-t-il présager une autre pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> stagnation <strong>de</strong>s sciences<br />
théoriques ?<br />
La défense <strong>de</strong> la diversité culturelle ne serait-elle pas au fond une façon <strong>de</strong> valoriser l’universalité en la<br />
recentrant sur l’homme incarné dans une culture plutôt que sur une abstraction, l’homo economicus, en m<strong>et</strong>tant<br />
l’accent sur la création plutôt que sur la consommation ? Le défi consiste à voir comment cela peut se faire<br />
concrètement au Québec <strong>et</strong> dans l’Espace francophone dans le domaine <strong>de</strong>s sciences <strong>mathématiques</strong>.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 9 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 10 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
CONFÉRENCES<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 11 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Madame Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
IMAG, IUFM <strong>de</strong> Grenoble, France<br />
Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong> est une didacticienne <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> bien connue, intervenant dans la formation<br />
<strong>de</strong>s enseignants au primaire, secondaire <strong>et</strong> collégial en France. Elle est responsable d'une équipe <strong>de</strong> recherche<br />
travaillant sur les environnements informatiques dans l'apprentissage <strong>et</strong> l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />
Elle a travaillé par le passé sur les questions qui touchent le rôle du langage dans l'enseignement <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, l'apprentissage <strong>de</strong> la preuve en géométrie <strong>et</strong> s'est intéressée à l'apport <strong>de</strong>s interactions sociales<br />
dans l'apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Ses travaux <strong>de</strong> recherche au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années ont plus<br />
spécifiquement porté sur les apports d'un environnement informatique dans les apprentissages en<br />
<strong>mathématiques</strong>. Ils touchent à <strong>de</strong>s suj<strong>et</strong>s aussi divers dans ce cas que l'apport <strong>de</strong>s environnements <strong>de</strong> géométrie<br />
dynamique sur l'apprentissage <strong>de</strong> la géométrie à l'école primaire <strong>et</strong> au début du secondaire, au développement<br />
<strong>de</strong>s notions <strong>de</strong> variable <strong>et</strong> fonction, probabilité, d'équations différentielles ou <strong>de</strong> vecteur permises par les outils<br />
<strong>de</strong> cabri géomètre pour favoriser l'apprentissage. Elle s'est intéressée aussi aux simulations informatiques<br />
comme ai<strong>de</strong> à la conceptualisation dans le cadre <strong>de</strong> formations professionnelles (à la conception par exemple <strong>de</strong><br />
situations d'apprentissage <strong>de</strong>stinées à la formation <strong>de</strong> travailleurs du bâtiment). Elle est ainsi une <strong>de</strong>s personnes<br />
les mieux placées actuellement pour nous faire part <strong>de</strong>s défis que pose l'utilisation <strong>de</strong>s technologies dans<br />
l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />
CONFÉRENCE PRINCIPALE<br />
LA PLACE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES EN CLASSE DE MATHÉMATIQUES:<br />
NI DÉFI NI MODUS VIVENDI<br />
Les défis technologiques multiples dans notre société actuelle ne semblent pourtant pas avoir atteint<br />
aussi profondément la vie quotidienne <strong>de</strong> l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. En se fondant sur <strong>de</strong>s cadres<br />
théoriques <strong>et</strong> <strong>de</strong>s recherches développés dans différents pays, l'exposé cherchera à analyser les processus<br />
d'intégration <strong>de</strong>s nouveaux outils technologiques au quotidien <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, en montrant qu'ils<br />
touchent à <strong>de</strong> nombreux aspects <strong>de</strong> l'enseignement: la forme <strong>et</strong> le contenu <strong>de</strong>s savoirs à enseigner, les tâches à<br />
proposer aux élèves, la gestion <strong>de</strong> la classe <strong>et</strong> celle du temps, la relation didactique, l'évaluation institutionnelle.<br />
Deux éléments sensibles <strong>et</strong> critiques dans ce processus seront particulièrement obj<strong>et</strong> d'attention: l'enseignant <strong>et</strong><br />
la conception même <strong>de</strong>s technologies.<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 12 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les nouvelles technologies dans<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> :<br />
entre défi <strong>et</strong> modus vivendi<br />
Le présent exposé offre une courte synthèse sur le rôle <strong>et</strong> les usages <strong>de</strong>s nouvelles<br />
technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, en s’appuyant sur quelques<br />
cadres théoriques. Il se centre sur la complexité du processus d’intégration, en<br />
abordant quatre aspects <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te complexité : les changements introduits par les<br />
technologies dans l’activité mathématique en classe, les difficultés <strong>de</strong>s élèves dans<br />
la résolution <strong>de</strong> problèmes en environnement technologique, les conditions sur les<br />
tâches données à faire avec les nouvelles technologies <strong>et</strong> <strong>de</strong>stinées à favoriser<br />
l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, la complexité d’une gestion <strong>de</strong> classe intégrant<br />
les nouvelles technologies. Les éléments <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te analyse sont illustrés par <strong>de</strong>s<br />
exemples portant en gran<strong>de</strong> partie sur <strong>de</strong>s technologies <strong>de</strong> géométrie dynamique;<br />
une analyse analogue pourrait être conduite sur d’autres environnements comme le<br />
montrent certains exemples <strong>de</strong> l’exposé.<br />
Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
IUFM <strong>de</strong> Grenoble<br />
<strong>et</strong> Université<br />
Joseph Fourier,<br />
Grenoble,<br />
Équipe IAM<br />
46 av FélixViall<strong>et</strong><br />
38 000 GRENOBLE<br />
CEDEX France<br />
Col<strong>et</strong>te.Labor<strong>de</strong>@<br />
imag.fr<br />
L<br />
es jeunes vivent dans un mon<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
technologies ubiquitaires qui se<br />
développent à un rythme rapi<strong>de</strong> <strong>et</strong><br />
l’informatique a envahi le mon<strong>de</strong> du travail.<br />
L’école ne peut plus ignorer c<strong>et</strong>te présence<br />
croissante <strong>de</strong> l’informatique <strong>et</strong> se contenter<br />
d’accepter la coexistence <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux mon<strong>de</strong>s,<br />
celui <strong>de</strong>s jeux vidéo, <strong>de</strong>s téléphones mobiles,<br />
d’Intern<strong>et</strong> à la maison <strong>et</strong> dans la rue d’une<br />
part, celui du papier crayon à l’école d’autre<br />
part. L’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est<br />
particulièrement concerné par ces<br />
changements dans la mesure où <strong>de</strong>s<br />
technologies spécifiques sont adaptées à<br />
l’activité mathématique. Quelles technologies<br />
intégrer? Comment les utiliser en classe? Avec<br />
quels objectifs <strong>et</strong> dans quel type d’activités<br />
pour les élèves? Ces questions ne sont pas<br />
nouvelles.<br />
Il y a maintenant trente ans que l’enseignement<br />
mathématique est confronté à ce type <strong>de</strong><br />
questions. En 1976, au congrès ICME 3 à<br />
Karlsruhe, un panel avait ainsi été organisé sur<br />
le suj<strong>et</strong> brûlant <strong>de</strong> l’époque : faut-il utiliser les<br />
calculatrices à l’école élémentaire? Cependant,<br />
la situation n’est plus la même. En 2006, en<br />
France, l’épreuve <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> du<br />
concours <strong>de</strong> recrutement <strong>de</strong>s professeurs<br />
d’école donnée dans une région <strong>de</strong> la France a<br />
<strong>de</strong>mandé aux candidats <strong>de</strong> discuter, en<br />
contraste avec le papier crayon, la contribution<br />
<strong>de</strong> la géométrie dynamique dans une synthèse<br />
collective portant sur la plus courte distance<br />
d’un point à tous les points d’une droite 1.<br />
De fait, ces trente <strong>de</strong>rnières années ont connu<br />
<strong>de</strong> nombreux changements. L’intégration <strong>de</strong>s<br />
nouvelles technologies ne donne plus lieu à<br />
<strong>de</strong>s positions extrêmes <strong>et</strong> s’est fait jour dans le<br />
mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> manière plus ou moins poussée<br />
(Wong 2003). On dispose <strong>de</strong> cadres théoriques<br />
pour analyser les activités <strong>mathématiques</strong><br />
instrumentées, <strong>de</strong> nombreux enseignements<br />
innovants ont été développés <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
nombreuses analyses ont porté sur les usages<br />
par les élèves (pour une revue <strong>de</strong> la littérature<br />
à ce suj<strong>et</strong> entre 1994 <strong>et</strong> 1998, consulter<br />
Lagrange <strong>et</strong> coll. 2003). L’objectif <strong>de</strong> c<strong>et</strong><br />
exposé est <strong>de</strong> fournir une synthèse <strong>de</strong>s aspects<br />
saillants <strong>de</strong> la recherche sur le suj<strong>et</strong>.<br />
Dans la diversité <strong>de</strong>s technologies qui ont vu<br />
le jour lors <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières décennies, on peut<br />
distinguer les catégories suivantes, même si,<br />
comme le remarquent Hoyles <strong>et</strong> Noss (2003,<br />
p. 326), les catégories ne sont plus aussi<br />
1 L’épreuve peut être consultée sur Intern<strong>et</strong> à<br />
l’adresse<br />
http://www.education.gouv.fr/siac/siac1/suj<strong>et</strong>s20<br />
06/MAT-06-PG3.pdf (juill<strong>et</strong> 2006)<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 13 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> : entre défi <strong>et</strong> modus vivendi Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
tranchées actuellement en raison <strong>de</strong>s développements<br />
technologiques :<br />
- les outils pour l’activité mathématique qui vont <strong>de</strong>s<br />
calculatrices scientifiques aux logiciels comme <strong>de</strong>s grapheurs,<br />
<strong>de</strong>s éditeurs <strong>de</strong><br />
données, <strong>de</strong>s tableurs, <strong>de</strong>s environnements <strong>de</strong> géométrie<br />
dynamique, en passant par <strong>de</strong>s calculatrices avancées;<br />
- les ressources pour les élèves ou enseignants : Intern<strong>et</strong>,<br />
espaces numériques <strong>de</strong> travail;<br />
- les tuteurs plus ou moins « intelligents », plus ou moins<br />
ouverts;<br />
- <strong>de</strong>s dispositifs techniques comme les tableaux interactifs.<br />
C<strong>et</strong> exposé se restreint aux technologies outils <strong>de</strong> l’activité<br />
mathématique qui ont donné lieu au plus grand nombre<br />
d’étu<strong>de</strong>s parce qu’elles ont été les plus intégrées dans<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, quoique certes <strong>de</strong> façon<br />
inégale selon les pays.<br />
L’exposé porte sur les relations entre les connaissances<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> l’activité instrumentée par les technologies<br />
à l’école, entre élèves <strong>et</strong> technologies, entre enseignants <strong>et</strong><br />
technologies. La plupart <strong>de</strong>s exemples portent sur la<br />
géométrie dynamique, mais une analyse analogue pourrait<br />
être menée sur d’autres environnements.<br />
1. Faire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> à l’école<br />
avec <strong>de</strong>s technologies : qu'est-ce que cela<br />
change?<br />
Parmi les nombreux aspects <strong>de</strong> l’impact <strong>de</strong>s technologies sur<br />
l’activité mathématique, ce sont les changements résultant<br />
<strong>de</strong>s possibilités graphiques <strong>et</strong> <strong>de</strong> calcul qui sont abordés ici.<br />
1.1. Nouvelles formes <strong>de</strong> représentation<br />
<strong>de</strong>s connaissances<br />
Une première caractéristique <strong>de</strong>s technologies rési<strong>de</strong> dans<br />
l’existence <strong>de</strong> représentations multiples, le plus souvent en<br />
interrelation. Le rôle <strong>de</strong>s représentations dans les usages dans<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est essentiel comme<br />
l’écrivent Hoyles <strong>et</strong> Noss (2003, p.26) pour qui les<br />
technologies numériques sont <strong>de</strong>s formes interactives <strong>de</strong><br />
représentation qui médient <strong>et</strong> sont médiées par la pensée<br />
mathématique <strong>et</strong> son expression. Comme ces auteurs le<br />
soulignent, les systèmes <strong>de</strong> présentation ou représentation <strong>de</strong><br />
nos pensées à nous-mêmes ou aux autres pour constituer une<br />
mémoire <strong>et</strong> communiquer dans le temps <strong>et</strong> l’espace, pour<br />
raisonner <strong>et</strong> calculer, constituent une partie fondamentale <strong>de</strong><br />
notre infrastructure culturelle.<br />
Les obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong> sont idéaux, avaient tranché les<br />
Grecs anciens. Ils ne sont accessibles que par <strong>de</strong>s<br />
représentations (D’Amore 2003 pp.39-43, Duval 2000).<br />
Bosch <strong>et</strong> Chevallard (1999), après avoir introduit la<br />
distinction entre les obj<strong>et</strong>s ostensifs <strong>et</strong> non ostensifs,<br />
déclarent que les mathématiciens ont par trop envisagé leur<br />
travail comme portant sur les non ostensifs <strong>et</strong> ont sous-<br />
estimé les traitements qu’ils opèrent sur les ostensifs<br />
(diagrammes, formules, expressions algébriques,<br />
représentations graphiques) en ne leur accordant qu’un rôle<br />
auxiliaire. Moreno Armella affirme par ailleurs que toute<br />
activité cognitive est médiée par <strong>de</strong>s outils matériels ou<br />
symboliques (1999). Or toute représentation d’un obj<strong>et</strong><br />
mathématique m<strong>et</strong> au premier plan certaines caractéristiques<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong> obj<strong>et</strong> en même temps qu’elle en relègue d’autres à<br />
l’arrière-plan. Elle n’est pas sans eff<strong>et</strong> sur la conception que<br />
l’on se forge <strong>de</strong> c<strong>et</strong> obj<strong>et</strong>. Ainsi la représentation graphique<br />
sur papier <strong>de</strong> la fonction exponentielle e x ne coïnci<strong>de</strong>-t-elle<br />
en aucun endroit avec l’axe <strong>de</strong>s abscisses alors que c’est le cas<br />
pour les représentations sur ordinateur (dès que x est<br />
inférieur à -4 avec une unité <strong>de</strong> 1cm). La représentation<br />
papier crayon rompt la règle <strong>de</strong> représentation à l’échelle<br />
pour accentuer le fait que le graphe <strong>de</strong> la fonction est<br />
asymptote à l’axe <strong>de</strong>s abscisses tandis que les représentations<br />
sur ordinateur <strong>et</strong> calcul<strong>et</strong>te donnent à voir la p<strong>et</strong>itesse <strong>de</strong> e x.<br />
L’activité mathématique <strong>de</strong>man<strong>de</strong> non seulement<br />
d’interpréter <strong>de</strong>s représentations, mais <strong>de</strong> les manipuler,<br />
d’opérer sur ces <strong>de</strong>rnières. On a pu voir comment dans le<br />
développement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au cours du temps, les<br />
caractéristiques <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> représentation utilisés ont<br />
influé sur les <strong>mathématiques</strong> développées, comme l’écrit<br />
N<strong>et</strong>z (1999) à propos <strong>de</strong> la mathématique grecque à la fois<br />
étayée <strong>et</strong> limitée par les moyens d’expression alors<br />
disponibles. Kaput (2001) affirme que les systèmes d’écriture<br />
<strong>et</strong> d’algèbre ont joué un rôle déterminant sur la pensée <strong>et</strong> les<br />
possibilités d’action.<br />
Les nouvelles technologies introduisent <strong>de</strong> nouveaux<br />
systèmes <strong>de</strong> représentation avec <strong>de</strong>s possibilités accrues <strong>de</strong><br />
manipulation <strong>et</strong> <strong>de</strong> traitement. Par exemple, le déplacement<br />
en géométrie dynamique est un bon exemple <strong>de</strong> tels<br />
changements. Un <strong>de</strong>ssin en géométrie dynamique n’est plus<br />
un <strong>de</strong>ssin statique représentant une instance d’un obj<strong>et</strong><br />
géométrique, mais une classe <strong>de</strong> <strong>de</strong>ssins représentant les<br />
mêmes relations géométriques entre éléments variables<br />
(Labor<strong>de</strong> 1995). Un parallélogramme variable construit sur<br />
les points variables A, B <strong>et</strong> C représente <strong>de</strong>ux relations <strong>de</strong><br />
parallélisme entre <strong>de</strong>ux côtés opposés, pour la paire AB <strong>et</strong><br />
CD d’une part, pour la paire AD <strong>et</strong> BC d’autre part.<br />
L’invariance du parallélisme émerge dans le déplacement par<br />
contraste avec la variation <strong>de</strong>s points <strong>et</strong> constitue l’essence <strong>de</strong><br />
la figure dynamique ainsi construite. La généralité du<br />
parallélogramme est exprimée par c<strong>et</strong>te représentation<br />
dynamique rendue possible par les moyens numériques <strong>et</strong><br />
graphiques <strong>de</strong> l’ordinateur ou <strong>de</strong> la calculatrice. De même,<br />
Haspekian (2005) analysant le contenu auquel renvoie une<br />
cellule d’un tableur montre qu’en plus <strong>de</strong> la référence<br />
abstraite/générale d’une variable, un argument d’une cellule<br />
renvoie aussi à une référence particulière concrète (un<br />
nombre), une référence géographique (une adresse spatiale),<br />
<strong>et</strong> une référence matérielle (une boîte dans une grille), aucune<br />
<strong>de</strong> ces trois <strong>de</strong>rnières références n’ayant <strong>de</strong> contre partie en<br />
papier crayon. La fonction <strong>de</strong> recopie est un exemple <strong>de</strong><br />
traitement sémiotique <strong>et</strong> mathématique totalement nouveau.<br />
De plus, comme souligné par Kaput (op.cit), les nouvelles<br />
technologies perm<strong>et</strong>tent une interactivité entre différentes<br />
sortes <strong>de</strong> représentation, telles chaînes <strong>de</strong> caractères,<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 14 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
représentations graphiques, tables <strong>de</strong> valeurs numériques.<br />
Toutes ces caractéristiques créent un potentiel énorme pour<br />
une approche expérimentale <strong>de</strong> l’activité mathématique.<br />
1.2. Une économie d’expérimentation<br />
Les technologies utilisées comme outils <strong>de</strong> l’activité<br />
mathématique sont <strong>de</strong> nature particulière : elles embarquent<br />
<strong>de</strong>s connaissances <strong>mathématiques</strong> au sens où <strong>de</strong>s modèles<br />
<strong>mathématiques</strong> sont sous-jacents au traitement interne en<br />
machine <strong>de</strong>s données entrées par l’utilisateur. Ces<br />
technologies offrent à l’interface <strong>de</strong>s représentations d’obj<strong>et</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> relations sur lesquelles on peut opérer<br />
en mo<strong>de</strong> plus ou moins direct, <strong>et</strong> le résultat <strong>de</strong> ces opérations<br />
est calculé par la machine selon le modèle sous-jacent. On<br />
pourrait certes objecter que les livres aussi embarquent <strong>de</strong>s<br />
connaissances, mais le <strong>de</strong>gré d’interactivité entre machine <strong>et</strong><br />
utilisateur est beaucoup plus élevé. Le résultat fourni par la<br />
machine, censé être mathématiquement consistant, fournit<br />
une rétroaction susceptible d’impact sur l’utilisateur. La<br />
machine perm<strong>et</strong> à l’utilisateur <strong>de</strong> « voir » les obj<strong>et</strong>s se «<br />
comporter » mathématiquement, en un mot <strong>de</strong> voir <strong>de</strong>s<br />
phénomènes <strong>mathématiques</strong>, à la condition évi<strong>de</strong>mment que<br />
l’utilisateur soit capable <strong>de</strong> les interpréter en tant que tels. De<br />
plus, la machine a un potentiel incomparable <strong>de</strong> calcul <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
représentation graphique. Ces <strong>de</strong>ux caractéristiques,<br />
connaissances embarquées <strong>et</strong> possibilités numériques <strong>et</strong><br />
graphiques, contribuent à une économie importante<br />
d’expérimentation <strong>et</strong> modifient la nature même <strong>de</strong> l’activité<br />
mathématique en favorisant une approche expérimentale au<br />
sens large, incluant <strong>de</strong>s activités comme celle <strong>de</strong> modélisation<br />
ou <strong>de</strong> simulation à gran<strong>de</strong> échelle.<br />
2. Élèves <strong>et</strong> nouvelles technologies<br />
Les élèves n’entrent pas immédiatement dans ces diverses<br />
représentations offertes par les technologies. Ils doivent<br />
apprendre à les interpréter <strong>de</strong> façon consistante avec les<br />
<strong>mathématiques</strong> (Noble, Nemirovsky, Dimattia & Wright<br />
2004). Ils doivent donc mobiliser conjointement <strong>de</strong>s<br />
connaissances <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s connaissances sur la<br />
technologie en jeu. Ce <strong>de</strong>rnier type <strong>de</strong> connaissances a été<br />
sous-estimé au début <strong>de</strong> l’usage <strong>de</strong>s technologies dans<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> en un temps où les<br />
technologies ont pu être considérées comme transparentes<br />
ou neutres. L’approche instrumentale développée il y a dix<br />
ans (Vérillon & Rabar<strong>de</strong>l 1995) propose un modèle d’analyse<br />
<strong>de</strong> l’appropriation d’un artefact par l’utilisateur. Ce <strong>de</strong>rnier<br />
construit <strong>de</strong>s structures qui organisent ses actions avec<br />
l’artefact, lui perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> les répéter en les adaptant aux<br />
aspects variables <strong>de</strong> la situation. Ces structures sont appelées<br />
par Rabar<strong>de</strong>l <strong>et</strong> Vérillon schèmes d’utilisation. La genèse<br />
instrumentale est le processus <strong>de</strong> construction <strong>de</strong> tels<br />
schèmes. Elle n’est pas seulement individuelle, mais aussi <strong>de</strong><br />
nature sociale. L’école peut jouer un rôle déterminant dans la<br />
genèse instrumentale <strong>de</strong>s technologies par les élèves <strong>et</strong><br />
donner lieu à l’appropriation <strong>de</strong> techniques instrumentées (au<br />
sens <strong>de</strong> l’approche praxéologique <strong>de</strong> Chevallard 1999)<br />
(Lagrange 2001).<br />
En réaction à l’illusion <strong>de</strong> la libération <strong>de</strong>s élèves du travail<br />
technique par les nouvelles technologies, <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s ont<br />
cherché à analyser l’usage <strong>de</strong>s CAS (systèmes <strong>de</strong> calcul<br />
formel) par les élèves (Guin & Trouche 1999, 2002, Defouad<br />
2000, Artigue 2002). Elles ont relevé les difficultés <strong>de</strong>s élèves<br />
à utiliser les CAS <strong>et</strong> ont décrit les schèmes d’utilisation pour<br />
grapher <strong>de</strong>s fonctions sur <strong>de</strong>s calculatrices avancées afin d’en<br />
inférer leur limite ou leurs variations. Lagrange (1999),<br />
Artigue (2002) <strong>et</strong> Pierce <strong>et</strong> Stacey (2004) mentionnent aussi la<br />
difficulté <strong>de</strong>s élèves à passer d’un type <strong>de</strong> représentation à un<br />
autre dans un CAS.<br />
L’instrumentation d’autres types <strong>de</strong> technologies a aussi<br />
donné lieu à analyse, comme en particulier le déplacement en<br />
géométrie dynamique. Depuis le début <strong>de</strong> l’usage <strong>de</strong> la<br />
géométrie dynamique, il a été observé que les élèves n’ont<br />
pas recours spontanément au déplacement. Ils appellent<br />
l’enseignant pour vérifier que leur figure est correcte avant<br />
même <strong>de</strong> déplacer (Bellemain <strong>et</strong> Capponi 1992). Ou bien, ils<br />
bougent un élément <strong>de</strong> la figure, mais sur une p<strong>et</strong>ite zone<br />
comme s’ils craignent <strong>de</strong> détruire leur figure (Rol<strong>et</strong> 1996).<br />
Sinclair (2003) a observé que <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> 12e année,<br />
quoiqu’initialement intrigués par la possibilité <strong>de</strong> déplacer,<br />
cessent <strong>de</strong> le faire au bout d’un temps assez court, <strong>et</strong> se<br />
contentent <strong>de</strong> raisonner sur une figure statique. Parfois,<br />
certains créent un cas particulier en déplaçant <strong>et</strong> généralisent<br />
à partir <strong>de</strong> ce seul cas. Comme souligné par Strässer (1992), le<br />
déplacement offre une médiation entre <strong>de</strong>ssin <strong>et</strong> figure <strong>et</strong> ne<br />
peut être utilisé comme tel qu’au prix d’une introduction<br />
explicite par l’enseignant. Talmon <strong>et</strong> Yerushalmy (2004)<br />
utilisant un environnement <strong>de</strong> géométrie dynamique (The<br />
Geom<strong>et</strong>er’s Sk<strong>et</strong>chpad 3 <strong>et</strong> The Geom<strong>et</strong>ric Supposer pour<br />
Windows) ont <strong>de</strong>mandé à <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> 9ème année <strong>et</strong> à <strong>de</strong>s<br />
étudiants gradués d’éducation mathématique <strong>de</strong> prévoir le<br />
comportement dynamique <strong>de</strong> points d’une construction<br />
géométrique qu’ils avaient eux-mêmes effectuée suivant une<br />
procédure donnée <strong>et</strong> <strong>de</strong> justifier leur prédiction. L’étu<strong>de</strong><br />
montre que souvent les élèves considèrent une hiérarchie en<br />
sens inverse dans laquelle le déplacement d’un obj<strong>et</strong><br />
provoque le déplacement <strong>de</strong> ses parents <strong>et</strong> non ses<br />
<strong>de</strong>scendants.<br />
Les étu<strong>de</strong>s sur la genèse instrumentale <strong>de</strong> diverses<br />
technologies s’accor<strong>de</strong>nt en général sur la complexité <strong>et</strong> la<br />
durée du processus, ainsi que sur l’imbrication <strong>de</strong>s<br />
connaissances <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s connaissances sur<br />
l’artefact dans ce processus.<br />
Par exemple, le schème <strong>de</strong> vérification qu’une construction «<br />
résiste » bien au déplacement ne relève pas <strong>de</strong> la<br />
manipulation matérielle <strong>de</strong> la souris, mais <strong>de</strong> la<br />
compréhension que le <strong>de</strong>ssin en géométrie dynamique est<br />
caractérisé par un ensemble <strong>de</strong> propriétés invariantes <strong>et</strong> non<br />
par son apparence visuelle. L’usage du déplacement à <strong>de</strong>s fins<br />
<strong>de</strong> vérification nécessite d’entrer dans le mon<strong>de</strong> théorique <strong>de</strong><br />
la géométrie alors que les élèves <strong>de</strong> début d’école secondaire<br />
peuvent se cantonner dans une vue empirique <strong>de</strong> la<br />
géométrie. Arzarello <strong>et</strong> coll. (1998, 2002), Arzarello (2000),<br />
Olivero (2002) ont développé <strong>de</strong>s analyses très fines <strong>de</strong><br />
l’usage du déplacement par les élèves en situation <strong>de</strong><br />
résolution <strong>de</strong> problèmes <strong>et</strong> ont montré comment ils sont liés<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 15 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
au type <strong>de</strong> raisonnement mis en œuvre par les élèves. Là<br />
encore, l’usage instrumenté du déplacement pour explorer le<br />
problème <strong>et</strong> trouver <strong>de</strong>s idées <strong>de</strong> solution est profondément<br />
y<br />
lié aux connaissances <strong>mathématiques</strong>.<br />
y = 0.64x + 2.02<br />
Des conclusions analogues ont été tirées <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s sur les<br />
CAS. Artigue (2002) considère que toute technique<br />
instrumentée possè<strong>de</strong> <strong>de</strong>ux valeurs, une valeur pragmatique<br />
<strong>et</strong> une valeur épistémique (p.248) <strong>et</strong> qu’une instrumentation<br />
efficace requiert <strong>de</strong>s connaissances <strong>mathématiques</strong>. Les<br />
schèmes adéquats d’usage du zoom pour le cadrage <strong>de</strong><br />
représentations graphiques <strong>de</strong> fonctions sont fondés sur la<br />
compréhension que le zoom change les échelles <strong>de</strong>s axes <strong>de</strong><br />
différentes manières suivant le type <strong>de</strong> zoom <strong>et</strong> que le choix<br />
<strong>de</strong> l’échelle agit sur la taille du domaine <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’image <strong>de</strong> la<br />
fonction affichés à l’écran. Dans l’usage <strong>de</strong>s CAS, les élèves<br />
sont confrontés à <strong>de</strong>s problèmes d’équivalence entre <strong>de</strong>s<br />
formes d’expression inhabituelles en papier crayon dus aux<br />
algorithmes implémentés. L’usage contrôlé <strong>de</strong>s CAS<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> distinguer calcul exact <strong>et</strong> approché (Birebent<br />
2001). Dans un pays comme la France, l’enseignement <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> ne donne pas vraiment le même statut aux<br />
<strong>de</strong>ux types <strong>de</strong> calcul : en papier crayon, on effectue <strong>de</strong>s<br />
calculs approchés en cas d’impossibilité <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s calculs<br />
exacts alors que les calculatrices avancées perm<strong>et</strong>tent<br />
indifféremment les <strong>de</strong>ux types <strong>de</strong> calcul.<br />
Noss <strong>et</strong> Hoyles (1996) ont introduit la métaphore <strong>de</strong><br />
l’ordinateur « fenêtre » sur les conceptions <strong>mathématiques</strong><br />
<strong>de</strong>s élèves pour décrire le fait que l’ordinateur peut révéler<br />
<strong>de</strong>s difficultés cachées en raison <strong>de</strong> la nouveauté <strong>de</strong><br />
l’environnement dans lequel les routines usuelles ne<br />
fonctionnent plus. En fait, les observations <strong>de</strong>s démêlés<br />
d’élèves en train <strong>de</strong> résoudre <strong>de</strong>s tâches en environnement<br />
technologique montrent souvent que les problèmes<br />
rencontrés ne relèvent pas <strong>de</strong> problèmes strictement liés à la<br />
technologie, mais bien aux <strong>mathématiques</strong>. Moreno (2006) a<br />
étudié les difficultés <strong>de</strong> futurs enseignants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
sur les équations différentielles ordinaires <strong>de</strong> premier ordre,<br />
déjà initiés à ces équations <strong>de</strong>puis 4 ou 5 ans. Il leur a<br />
<strong>de</strong>mandé <strong>de</strong> déterminer l’équation différentielle <strong>de</strong> la famille<br />
décrite par une courbe variable d’un environnement <strong>de</strong><br />
géométrie dynamique (Cabri-géomètre II plus) (Figure 1). Il<br />
s’agissait <strong>de</strong> la courbe variable <strong>de</strong> la fonction C e x que l’on<br />
faisait varier en déplaçant un point dans tout l’écran.<br />
Trois stratégies étaient possibles :<br />
- reconnaissance <strong>de</strong> la forme <strong>de</strong> la courbe comme<br />
représentante d’une fonction exponentielle e ax dont la valeur<br />
du paramètre a pouvait être trouvée par essai erreur, en<br />
essayant <strong>de</strong>s valeurs testées ensuite en les graphant ;<br />
- une stratégie géométrique dans laquelle la constance<br />
<strong>de</strong> la sous tangence est repérée;<br />
- une stratégie algébrique dans laquelle l’équation <strong>de</strong><br />
la tangente en un point variable P <strong>de</strong> la courbe variable est<br />
affichée ainsi que les coordonnées <strong>de</strong> P : l’égalité <strong>de</strong> la pente<br />
<strong>de</strong> la tangente <strong>et</strong> <strong>de</strong> la coordonnée en y <strong>de</strong> P est inférée lors<br />
du déplacement <strong>de</strong> P.<br />
( - 2.13, 0.64 0.5)<br />
Tous les étudiants ont eu recours à la stratégie algébrique,<br />
mais l’observation fine <strong>de</strong> leurs processus <strong>de</strong> résolution a<br />
révélé <strong>de</strong> profon<strong>de</strong>s difficultés <strong>et</strong> <strong>de</strong>s conceptions<br />
inattendues <strong>de</strong> la notion d’équation différentielle. Certains<br />
étudiants pensaient que l’équation d’une tangente à la courbe<br />
<strong>de</strong>vait être l’équation différentielle, mais ils s’apercevaient <strong>de</strong><br />
leur erreur lorsqu’ils bougeaient P sur la courbe, l’équation <strong>de</strong><br />
la tangente changeant avec le déplacement <strong>de</strong> P. D’autres<br />
pensaient que l’équation différentielle <strong>de</strong>vait être <strong>de</strong> la forme<br />
y’ = a y + b <strong>et</strong> cherchaient a <strong>et</strong> b à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> points<br />
particuliers <strong>de</strong> la courbe variable. Certains cherchaient autant<br />
d’équations différentielles qu’il y avait <strong>de</strong> courbes… La<br />
plupart <strong>de</strong>s étudiants qui ont finalement noté que pour<br />
chaque point P, yP = y’P, n’ont pas reconnu une équation<br />
différentielle dans c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière écriture <strong>et</strong> ne savaient qu’en<br />
faire. De ces observations, il ressort que<br />
- la notion <strong>de</strong> dérivée en analyse n’est pas reliée à la<br />
pente d’une tangente en géométrie analytique;<br />
- une équation différentielle <strong>de</strong> premier ordre n’est<br />
pas vue comme une relation entre la pente <strong>de</strong> la tangente en<br />
tout point <strong>de</strong> la courbe <strong>de</strong> la famille <strong>de</strong>s solutions <strong>et</strong> les<br />
coordonnées du point : les étudiants n’ont pas su utiliser<br />
c<strong>et</strong>te interprétation géométrique à laquelle ils avaient<br />
pourtant été introduits dans leurs étu<strong>de</strong>s.<br />
La relation que les étudiants ont construite entre la famille <strong>de</strong><br />
courbes <strong>et</strong> l’équation différentielle conformément à<br />
l’enseignement reçu est orientée dans le sens équation<br />
différentielle vers courbe : elle repose sur un processus <strong>de</strong><br />
<strong>de</strong>ux étapes, d’abord résoudre l’équation différentielle suivant<br />
un procédé quelque peu algorithmisé puis tracer les courbes<br />
représentatives <strong>de</strong> quelques solutions.<br />
La technologie agit en quelque sorte comme un révélateur <strong>de</strong><br />
conceptions <strong>de</strong>s élèves, car elle rend possible le problème<br />
inverse, celui <strong>de</strong> trouver l’équation différentielle à partir <strong>de</strong> la<br />
famille <strong>de</strong> courbes grâce à un artefact perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> varier la<br />
courbe <strong>et</strong> <strong>de</strong> passer <strong>de</strong> la géométrie à l’algèbre <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’algèbre<br />
à la géométrie. Résoudre un problème non routinier dans un<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 16 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
P<br />
P<br />
C<br />
0.5<br />
y<br />
0.5<br />
( - 2.13, - 0.31)<br />
C<br />
0.5<br />
y = -0.31x - 0.96<br />
Figure 1. La courbe variable dans <strong>de</strong>ux positions<br />
différentes <strong>et</strong> la tangente au point P variable sur la courbe<br />
x<br />
x
Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
environnement technologique riche pose <strong>de</strong> nouveaux<br />
problèmes.<br />
Les connaissances <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s élèves influent sur leur<br />
usage <strong>de</strong> la technologie, mais inversement les connaissances<br />
émergeant <strong>de</strong> l’usage <strong>de</strong> technologies sont marquées <strong>de</strong><br />
l’environnement technologique ou même forgées par la<br />
technologie. Kieran <strong>et</strong> Yerushalmy (2004) ont recensé les<br />
nombreux changements introduits par les technologies<br />
graphiques dans l’apprentissage <strong>de</strong> l’algèbre sur le plan<br />
cognitif. Noss <strong>et</strong> Hoyles (1996) ont proposé le concept<br />
d’abstraction située pour décrire les invariants construits <strong>et</strong><br />
marqués <strong>de</strong> la situation spécifique dans laquelle ils ont été<br />
forgés. Bien que ces invariants soient situés, ils contiennent<br />
aussi en germe une généralité vali<strong>de</strong> dans d’autres contextes<br />
(Noss and Hoyles, p. 125).<br />
En bref, l’interdépendance <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux sortes <strong>de</strong> connaissances,<br />
connaissances <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> connaissances sur la<br />
technologie, conduit à leur coévolution. Il en résulte que<br />
résoudre un problème bien choisi dans un environnement<br />
technologique peut être la source d’un apprentissage<br />
mathématique à condition que certaines conditions soient<br />
satisfaites. Le paragraphe suivant discute trois types <strong>de</strong><br />
conditions.<br />
- le choix <strong>de</strong> l’interface;<br />
- le choix <strong>de</strong> la tâche donnée aux élèves;<br />
- le rôle <strong>de</strong> l’enseignant.<br />
3. Les technologies en tant que<br />
sources d’apprentissage<br />
3.1. Rôle <strong>de</strong> l’interface<br />
Comme souligné par Noss <strong>et</strong> Hoyles (2003, p.331), il est <strong>de</strong><br />
plus en plus reconnu que les apprentissages sont tributaires<br />
non seulement <strong>de</strong>s tâches, du contexte pédagogique, mais<br />
aussi <strong>de</strong>s caractéristiques <strong>de</strong> l’environnement technologique.<br />
En tant que lieu <strong>de</strong> l’interaction entre utilisateur <strong>et</strong> machine,<br />
l’interface est un élément critique dans les possibilités<br />
d’apprentissage. Des éléments comme les choix <strong>de</strong><br />
représentation <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong>, les façons dont<br />
l’environnement réagit aux actions <strong>de</strong> l’utilisateur <strong>et</strong> les<br />
mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> communication avec la machine jouent<br />
indubitablement un rôle sur la genèse instrumentale <strong>et</strong> en<br />
particulier sur la façon dont les élèves interprètent les<br />
rétroactions <strong>de</strong> la machine. Les représentations <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>s actions sur les obj<strong>et</strong>s doivent être cohérentes avec les<br />
caractéristiques <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> <strong>de</strong>s opérations<br />
sur ces obj<strong>et</strong>s. Par exemple, une interface d’un<br />
environnement <strong>de</strong> géométrie dynamique dans laquelle la<br />
construction d’une droite parallèle à une droite <strong>et</strong> passant par<br />
un point donné ne peut être faite dans les <strong>de</strong>ux ordres<br />
possibles, en communiquant d’abord la direction puis le<br />
point au logiciel ou d’abord le point puis la direction, est trop<br />
contraignante par rapport à la définition mathématique <strong>et</strong><br />
alourdit inutilement la charge en mémoire <strong>de</strong> l’apprenant.<br />
Les interprétations possibles <strong>de</strong>s eff<strong>et</strong>s <strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s ou<br />
<strong>de</strong>s outils ne sont pas sans inci<strong>de</strong>nce sur les schèmes<br />
d’utilisation construits par les utilisateurs. Nous avons<br />
indiqué plus haut que construire un schème d’utilisation du<br />
zoom dans les calculatrices graphiques requiert la<br />
compréhension <strong>de</strong>s relations entre échelle sur chaque axe <strong>et</strong><br />
la partie visible <strong>de</strong> la courbe. Une interface perm<strong>et</strong>tant le<br />
changement d’échelle par manipulation directe <strong>de</strong> l’unité sur<br />
les axes <strong>et</strong> montrant l’impact immédiat sur le graphe rend<br />
plus visibles ces relations qu’une interface dans laquelle le<br />
rapport du zoom n’est, ni contrôlé par l’utilisateur, ni<br />
directement visible.<br />
Ces réflexions <strong>et</strong> exemples témoignent <strong>de</strong> la dépendance <strong>de</strong>s<br />
choix d’interface du contenu mathématique <strong>et</strong> <strong>de</strong>s objectifs<br />
d’apprentissage. Ces choix sont peut-être encore plus<br />
critiques en c<strong>et</strong>te époque où la technologie est omniprésente<br />
dans la vie quotidienne. La technologie utilisée à l’école ne<br />
peut être trop éloignée <strong>de</strong> celle en cours en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong> l’école.<br />
3.2. Le choix <strong>de</strong> tâches<br />
On s’accor<strong>de</strong> maintenant à reconnaître que le sens <strong>de</strong>s tâches<br />
dépend <strong>de</strong> l’environnement <strong>et</strong> qu’une tâche intéressante en<br />
papier crayon peut être dénuée d’intérêt en environnement<br />
technologique. Ajouter 15 <strong>et</strong> 17 nécessite un calcul mental<br />
producteur pour les élèves d’école élémentaire, il est sans<br />
intérêt en tant que tâche à part entière sur une calculatrice.<br />
De plus, les possibilités offertes par les technologies peuvent<br />
perm<strong>et</strong>tre un renouvellement <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> tâches (cf. plus<br />
haut la tâche sur la détermination d’une équation<br />
différentielle). Le défi pour les enseignants <strong>et</strong> les chercheurs<br />
est <strong>de</strong> délimiter les caractéristiques <strong>de</strong>s tâches avec les<br />
technologies qui contribuent à donner un sens aux concepts<br />
<strong>mathématiques</strong> à apprendre.<br />
La théorie <strong>de</strong>s situations didactiques (Brousseau 1998)<br />
fournit un cadre théorique pour formuler <strong>de</strong>s conditions sur<br />
les tâches porteuses <strong>de</strong> nouveaux apprentissages en<br />
environnement technologique, en particulier sur les situations<br />
adidactiques. Les situations adidactiques sont <strong>de</strong>s problèmes<br />
dans lesquels la connaissance à construire est un outil efficace<br />
<strong>de</strong> solution. Un bon fonctionnement <strong>de</strong> telles situations<br />
dépend <strong>de</strong>s connaissances préalables <strong>de</strong>s élèves : elles doivent<br />
leur perm<strong>et</strong>tre d’abor<strong>de</strong>r le problème, mais sans leur donner<br />
<strong>de</strong>s moyens <strong>de</strong> le résoudre <strong>de</strong> façon efficace, ce sont les<br />
rétroactions <strong>de</strong> la situation qui doivent signaler l’inadéquation<br />
<strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong>s élèves. Une autre condition au bon<br />
fonctionnement <strong>de</strong>s situations adidactiques est donc aussi<br />
l’existence d’un milieu fournisseur <strong>de</strong> rétroactions <strong>et</strong> moyens<br />
d’action qui sont susceptibles <strong>de</strong> faire évoluer les stratégies <strong>de</strong><br />
résolution <strong>de</strong>s élèves vers <strong>de</strong>s solutions correctes <strong>et</strong> efficaces.<br />
Ces nouveaux moyens <strong>de</strong> solution élaborés par les élèves<br />
sont candidats à être <strong>de</strong> nouvelles connaissances. Nous<br />
étendons les conditions énoncées par Brousseau sur les<br />
situations adidactiques aux situations <strong>de</strong>mandant <strong>de</strong>s<br />
connaissances déjà introduites, mais non complètement<br />
appropriées par les élèves. En raison du large éventail <strong>de</strong>s<br />
actions possibles <strong>et</strong> <strong>de</strong>s rétroactions offertes, les nouvelles<br />
technologies peuvent être constituantes d’un milieu pour <strong>de</strong>s<br />
tâches choisies en vue <strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s connaissances sous-<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 17 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
jacentes aux stratégies optimales <strong>de</strong> résolution, <strong>et</strong> cela, pour<br />
trois raisons :<br />
- elles perm<strong>et</strong>tent un spectre d’actions plus large que<br />
celui rendu possible en papier crayon;<br />
- elles fournissent <strong>de</strong>s rétroactions embarquant <strong>de</strong>s<br />
connaissances <strong>mathématiques</strong>;<br />
- elles offrent différents types <strong>de</strong> représentation <strong>et</strong><br />
donc différentes possibilités à l’élève pour développer <strong>de</strong>s<br />
contrôles <strong>de</strong> ses stratégies.<br />
Les technologies perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong>s résolutions différentes <strong>de</strong><br />
celles en papier crayon grâce aux outils disponibles différents<br />
<strong>de</strong> ceux du papier crayon <strong>et</strong> sollicitent donc <strong>de</strong>s<br />
connaissances différentes. Par exemple, la géométrie<br />
dynamique peut être utilisée pour introduire les<br />
transformations géométriques comme outils <strong>de</strong> construction<br />
puisque sont disponibles <strong>de</strong>s outils fournissant l’image <strong>de</strong><br />
point, droite, polygone… par <strong>de</strong>s transformations comme<br />
symétrie axiale, rotation, translation, homothétie, <strong>et</strong>c. . Dans<br />
certains environnements, il est même possible d’éliminer<br />
temporairement <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> façon à rendre les<br />
transformations nécessaires. Par exemple, après avoir rendu<br />
indisponibles les outils Parallèle <strong>et</strong> Compas dans Cabrigéomètre,<br />
on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aux élèves <strong>de</strong> construire un<br />
parallélogramme <strong>de</strong> côtés donnés AB <strong>et</strong> AD (Fig.2). La<br />
symétrie centrale <strong>de</strong> centre le milieu <strong>de</strong> BD perm<strong>et</strong> d’obtenir<br />
un tel parallélogramme en construisant l’image du point A ou<br />
celle <strong>de</strong>s segments AB <strong>et</strong> AD. En absence <strong>de</strong>s outils «<br />
Compas » <strong>et</strong> « Parallèle », les stratégies <strong>de</strong> solution habituelles<br />
fondées sur le parallélisme ou l’isométrie <strong>de</strong>s côtés opposés<br />
ne peuvent être développées qu’au prix <strong>de</strong> constructions<br />
longues. La stratégie transformationnelle est la plus directe <strong>et</strong><br />
la valeur <strong>de</strong> la technique instrumentée correspondante est<br />
épistémique (cf. plus haut).<br />
A<br />
D<br />
B<br />
Fig.2. La construction d’un parallélogramme à partir <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
côtés donnés par une symétrie centrale<br />
Les transformations sont aussi un outil économique <strong>de</strong><br />
construction dans l’espace. Un cube <strong>de</strong> face donnée peut être<br />
construit rapi<strong>de</strong>ment à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> rotations : une première<br />
autour d’un côté fournissant ainsi une secon<strong>de</strong> face, puis <strong>de</strong>s<br />
rotations autour <strong>de</strong> l’axe <strong>de</strong> la première face <strong>et</strong> enfin la<br />
<strong>de</strong>rnière face parallèle à la première par translation (Fig.3).<br />
Fig.3. Le début <strong>de</strong> la construction d’un cube par <strong>de</strong>s<br />
rotations<br />
L’objectif d’apprentissage dans ce type <strong>de</strong> tâches est que les<br />
transformations produisent <strong>de</strong>s relations géométriques entre<br />
un obj<strong>et</strong> <strong>et</strong> son image ou <strong>de</strong>s propriétés sur les images,<br />
connaissance utile pour élaborer <strong>de</strong>s preuves. Nous<br />
considérons qu’il est difficile pour un élève d’avoir recours<br />
d’emblée aux invariants <strong>et</strong> propriétés <strong>de</strong>s transformations<br />
dans une preuve <strong>et</strong> que les utiliser en action dans les<br />
constructions est une étape intermédiaire qui leur perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
prendre conscience <strong>de</strong> c<strong>et</strong> aspect producteur <strong>de</strong>s<br />
transformations. C<strong>et</strong>te étape impossible à réaliser en papier<br />
crayon est rendue possible par la géométrie dynamique.<br />
Présentons un autre exemple relatif à l’apprentissage <strong>de</strong> la<br />
notion <strong>de</strong> transformation ponctuelle <strong>et</strong> <strong>de</strong> figure comme<br />
ensemble <strong>de</strong> points tirant aussi parti <strong>de</strong> la géométrie<br />
dynamique. Jahn (2002) a organisé une suite <strong>de</strong> situations<br />
<strong>de</strong>mandant aux étudiants <strong>de</strong> passer d’une conception <strong>de</strong><br />
transformation en tant que portant sur <strong>de</strong>s figures à une<br />
conception <strong>de</strong> transformation ponctuelle. Il s’agissait pour<br />
<strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> 15-16 ans <strong>de</strong> construire dans Cabri-géomètre<br />
l’image d’un cercle dans une transformation ne conservant<br />
pas les longueurs. « Trace » <strong>et</strong> « Lieu » étaient les seuls outils<br />
possibles pour une telle construction en obtenant l’image du<br />
cercle comme la trajectoire <strong>de</strong> l’image d’un point variable du<br />
cercle ou comme le lieu <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te image. Les élèves ont su<br />
obtenir l’image comme trajectoire, mais non comme lieu.<br />
C<strong>et</strong>te construction ponctuelle a permis à l’enseignant<br />
d’introduire l’usage <strong>de</strong> l’outil « Lieu » . La recherche <strong>de</strong> Jahn<br />
illustre comment les connaissances sur l’artefact évoluent<br />
avec la construction <strong>de</strong>s connaissances <strong>mathématiques</strong>,<br />
chaque avancée pour un type <strong>de</strong> connaissances s’appuyant<br />
sur l’autre type <strong>de</strong> connaissances.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 18 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
Le rôle <strong>de</strong>s rétroactions offertes par les technologies a été<br />
souligné par la recherche sur les micromon<strong>de</strong>s ainsi que par<br />
celles sur les environnements <strong>de</strong> géométrie dynamique dans<br />
lesquels les élèves peuvent vérifier leurs constructions par le<br />
déplacement ou m<strong>et</strong>tre à l’épreuve leurs conjectures à l’ai<strong>de</strong><br />
<strong>de</strong> divers outils (<strong>de</strong> mesure ou <strong>de</strong> construction). Ces<br />
rétroactions peuvent susciter la recherche d’autres solutions<br />
dans le cas où elles m<strong>et</strong>tent en évi<strong>de</strong>nce l’inadéquation <strong>de</strong> la<br />
solution. Dans une suite <strong>de</strong> tâches conçue par Hadas <strong>et</strong> coll.<br />
(2000), un conflit cognitif a été créé entre ce que les élèves<br />
prévoyaient <strong>et</strong> ce qu’ils observaient à l’écran quand ils<br />
vérifiaient leurs attentes sur le logiciel (Geom<strong>et</strong>ry Inventor).<br />
Ce jeu entre conjectures <strong>et</strong> vérifications, certitu<strong>de</strong> <strong>et</strong><br />
incertitu<strong>de</strong>, a été rendu possible par les possibilités<br />
d’exploration <strong>et</strong> <strong>de</strong> vérification <strong>de</strong> l’environnement.<br />
Ainley <strong>et</strong> coll. (Ainley, Bills and Wilson 2005, p. 193)<br />
partagent le même souci <strong>de</strong> concevoir <strong>de</strong>s tâches tirant parti<br />
<strong>de</strong>s possibilités <strong>de</strong>s technologies pour introduire <strong>de</strong>s idées<br />
<strong>mathématiques</strong>. Ils ont conçu une série <strong>de</strong> tâches pour <strong>de</strong>s<br />
tableurs créant le besoin <strong>de</strong> connaissances <strong>mathématiques</strong><br />
pour construire <strong>de</strong>s formules algébriques bien faites. Les<br />
possibilités <strong>de</strong>s tableurs jouent un rôle crucial sur les<br />
stratégies <strong>de</strong> résolution attendues contribuant à créer un<br />
milieu au sens <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s situations pour la notion <strong>de</strong><br />
formule. Cependant, Ainley <strong>et</strong> coll. soulignent le fait qu’au<strong>de</strong>là<br />
<strong>de</strong> besoins <strong>mathématiques</strong>, les tâches sont aussi conçues<br />
pour ai<strong>de</strong>r les élèves à prendre conscience <strong>de</strong> l’utilité <strong>de</strong>s<br />
connaissances <strong>mathématiques</strong>, c’est-à-dire à savoir si <strong>et</strong><br />
pourquoi une idée mathématique est intéressante. Par<br />
exemple, une <strong>de</strong>s tâches <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aux élèves d’engendrer <strong>de</strong>s<br />
exemples pour un enseignant d’une autre classe. La<br />
génération d’exemples donne l’occasion d’apprécier l’utilité<br />
<strong>de</strong>s notations du tableur. La technologie ne fournit pas<br />
seulement un outil <strong>de</strong> solution à <strong>de</strong>s problèmes, elle gagne en<br />
valeur d’ordre mathématique.<br />
3.3. Le rôle <strong>de</strong>s enseignants<br />
Déjà au début <strong>de</strong>s recherches sur les usages <strong>de</strong>s nouvelles<br />
technologies, quelques chercheurs avaient montré que <strong>de</strong>s<br />
tâches même soigneusement conçues ne conduisaient pas<br />
nécessairement aux apprentissages visés <strong>et</strong> que les<br />
interventions <strong>de</strong>s enseignants pouvaient être cruciales (sur la<br />
notion d’angle avec Logo, Hoyles <strong>et</strong> Sutherland 1990, sur la<br />
notion <strong>de</strong> symétrie axiale avec Logo, Gallou-Dumiel 1989).<br />
Au cours du temps, le rôle <strong>de</strong> l’enseignant n’a cessé d’être<br />
reconnu comme crucial dans l’usage <strong>de</strong>s nouvelles<br />
technologies (Hoyles <strong>et</strong> Noss 2003). L’enseignant peut inciter<br />
les élèves à modifier leurs stratégies <strong>de</strong> résolution, mais<br />
surtout il intervient pour relier ce qui est fait sur le logiciel<br />
avec <strong>de</strong>s savoirs théoriques. C’est ainsi que <strong>de</strong>s chercheurs<br />
suivant une approche vygotskienne ont utilisé <strong>de</strong>s<br />
environnements <strong>de</strong> géométrie dynamique pour médier <strong>de</strong>s<br />
connaissances <strong>mathématiques</strong>. Les élèves sont confrontés à<br />
<strong>de</strong>s tâches dans l’environnement <strong>et</strong> l’enseignant contribue à<br />
un processus d’intériorisation en organisant <strong>de</strong>s interactions<br />
sociales <strong>et</strong> <strong>de</strong>s discussions collectives dans la classe dans<br />
laquelle il intervient pour transformer la signification <strong>de</strong> ce<br />
qui a été fait dans l’environnement en une signification plus<br />
proche du sens officiel (à propos <strong>de</strong> la notion <strong>de</strong><br />
construction géométrique Mariotti 2001, à propos <strong>de</strong> la<br />
notion <strong>de</strong> graphe Mariotti <strong>et</strong> coll. 2003 <strong>et</strong> Falca<strong>de</strong> 2006).<br />
L’intégration <strong>de</strong>s technologies dans leur pratique n’est donc<br />
pas une tâche facile pour les enseignants <strong>et</strong> <strong>de</strong>s recherches<br />
récentes sur les pratiques d’enseignants dans <strong>de</strong>s classes<br />
ordinaires ont montré que ces <strong>de</strong>rniers pouvaient réduire le<br />
potentiel <strong>de</strong> la technologie pour gar<strong>de</strong>r un contrôle sur leur<br />
classe (Ruthven <strong>et</strong> coll. 2005). La gestion <strong>de</strong> la classe est plus<br />
complexe : les enseignants doivent adapter <strong>de</strong>s exercices du<br />
manuel pour être utilisés avec la technologie, préparer <strong>de</strong>s<br />
fiches <strong>de</strong> travail spécifiques (Monaghan 2004), ils doivent<br />
articuler connaissances sur la technologie <strong>et</strong> connaissances<br />
<strong>mathématiques</strong>, connaissances anciennes <strong>et</strong> connaissances<br />
nouvelles (Assu<strong>de</strong> 2005, Haspekian 2005). Passer <strong>de</strong> tâches<br />
dans lesquelles la technologie n’est qu’amplificatrice du<br />
papier crayon à <strong>de</strong>s tâches nouvelles ne pouvant exister en<br />
papier crayon <strong>de</strong>man<strong>de</strong> du temps aux enseignants (Labor<strong>de</strong><br />
2001) qui doivent finalement développer un double<br />
processus d’instrumentation :<br />
- l’instrumentation <strong>de</strong> la technologie pour faire <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong><br />
- l’instrumentation <strong>de</strong> la technologie pour faire<br />
apprendre les <strong>mathématiques</strong>.<br />
La formation initiale <strong>et</strong> continue <strong>de</strong>s enseignants est cruciale<br />
pour le second type d’instrumentation (Mousley, Lambdin<br />
and Koc 2003, Grugeon 2006, Tapan 2003).<br />
4. Conclusion<br />
C<strong>et</strong>te courte synthèse montre que les technologies nouvelles<br />
sont à même <strong>de</strong> changer profondément l’activité<br />
mathématique à l’école <strong>et</strong> en conséquence l’enseignement <strong>et</strong><br />
l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, mais que l’intégration <strong>de</strong>s<br />
technologies pour enrichir les apprentissages nécessite <strong>de</strong> la<br />
part <strong>de</strong>s enseignants une préparation soigneuse <strong>de</strong> tâches<br />
adéquates <strong>et</strong> ne facilite pas la gestion <strong>de</strong> classe.<br />
L’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> doit donc construire une<br />
voie intermédiaire entre <strong>de</strong>ux extrêmes, entre le modus<br />
vivendi acceptant que la technologie est en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong> l’école<br />
<strong>et</strong> la simple inclusion <strong>de</strong> technologies en classe sans choisir<br />
les moments <strong>et</strong> les occasions <strong>mathématiques</strong> d’usage, sans<br />
changement sur les activités données aux élèves.<br />
L’intégration <strong>de</strong>s technologies doit être obj<strong>et</strong> continu <strong>de</strong><br />
réflexions <strong>et</strong> <strong>de</strong> recherche, elle doit être prise en compte dans<br />
la formation <strong>de</strong>s maîtres <strong>et</strong> l’évaluation <strong>de</strong>s élèves. Elle ne<br />
doit pas être un phénomène <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>, mais être ouverte aux<br />
innovations dans les domaines technologiques pour les<br />
étudier. Il s’agit d’un ample <strong>et</strong> long travail prenant en compte<br />
toutes les dimensions <strong>de</strong> l’enseignement <strong>et</strong> engageant tous les<br />
partenaires <strong>de</strong> l’école.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 19 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les nouvelles technologies dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> Col<strong>et</strong>te Labor<strong>de</strong><br />
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Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 21 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Monsieur Jean-Marie De Koninck<br />
Université Laval, Québec<br />
Professeur à l’Université Laval <strong>de</strong>puis 1972, Jean-Marie De Koninck est aussi chercheur en théorie<br />
analytique <strong>de</strong>s nombres. À ce titre, il a publié plus <strong>de</strong> cinquante articles scientifiques <strong>et</strong> cinq livres <strong>de</strong> recherche<br />
ou d’enseignement. Il est connu du public par ses apparitions régulières à la télévision comme analyste <strong>de</strong>s<br />
compétitions internationales <strong>de</strong> natation <strong>et</strong> comme prési<strong>de</strong>nt-fondateur <strong>de</strong> la fameuse Opération Nez-Rouge.<br />
L’ensemble <strong>de</strong> son œuvre universitaire <strong>et</strong> sociale lui a valu <strong>de</strong> nombreux prix <strong>et</strong> distinctions dont l’Ordre du<br />
Canada en 1994, l’Ordre national du Québec en 1999 <strong>et</strong> le prix d’éducation Adrien-Pouliot <strong>de</strong> la Société<br />
mathématique du Canada en 2004.<br />
Lors <strong>de</strong> l’Année mondiale <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> en l’an 2000, il a animé C’est mathématique ! , une série <strong>de</strong><br />
16 émissions <strong>de</strong> télévision présentant au grand public les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> leurs diverses applications.<br />
Récemment, il a mis sur pied le proj<strong>et</strong> Sciences <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> en action ( SMAC ) dont la mission est d’éveiller <strong>et</strong><br />
renforcer chez les jeunes l’intérêt pour les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> les sciences, <strong>et</strong> <strong>de</strong> démystifier les <strong>mathématiques</strong><br />
auprès <strong>de</strong> la population en général. La conférence spectacle ShowMath qu’il anime avec ses collaborateurs <strong>et</strong><br />
étudiants est une production <strong>de</strong> SMAC. Le 18 janvier 2006, le titre <strong>de</strong> Scientifique <strong>de</strong> l’année <strong>de</strong> Radio-Canada 2005<br />
lui a été décerné par l’équipe du magazine scientifique Les Années lumière pour avoir conçu <strong>et</strong> réalisé le proj<strong>et</strong><br />
SMAC.<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 22 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Show Math<br />
CONFÉRENCE SPECTACLE GRAND PUBLIC<br />
Qu’est-ce que le nombre π? Quel est son développement décimal? Avec quelle<br />
fréquence chaque chiffre <strong>de</strong> 0 à 9 apparaît-il dans ce développement? Peut-on<br />
trouver sa date <strong>de</strong> naissance dans le développement décimal du nombre π ? Quelle<br />
est la probabilité que quelqu'un soit soudainement téléporté sur la planète Mars?<br />
Comment Escher a-t-il construit son tableau d’une scène <strong>de</strong> quai distordue? Voilà<br />
quelques-uns <strong>de</strong>s thèmes abordés à l'ai<strong>de</strong> d'outils multimédias. L'objectif <strong>de</strong> la<br />
conférence est <strong>de</strong> montrer que les <strong>mathématiques</strong> sont à la base <strong>de</strong> toutes les<br />
sciences <strong>et</strong> qu'elles sont présentes partout dans notre vie <strong>de</strong> tous les jours.<br />
Mise en gar<strong>de</strong> : le texte suivant rend compte du spectacle. C’est un texte à propos<br />
<strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> non un texte scientifique. Il correspond à peu près au déroulement<br />
du spectacle.<br />
Jean-Marie<br />
De Koninck<br />
Université Laval<br />
jmdk@mat.ulaval.<br />
ca<br />
assisté <strong>de</strong><br />
Sylvain Hallé <strong>et</strong><br />
Laurent Vicente<br />
Université Laval<br />
B<br />
onjour mesdames <strong>et</strong> messieurs,<br />
bienvenue à Show Math!<br />
Pour vous illustrer que les <strong>mathématiques</strong> sont<br />
présentes partout dans notre quotidien, nous<br />
avons r<strong>et</strong>enu quatre grands thèmes :<br />
- Une histoire du nombre π.<br />
- La théorie <strong>de</strong>s probabilités.<br />
- Les maths dans les arts <strong>et</strong> dans la musique.<br />
- Deux phénomènes <strong>de</strong> physique à saveur<br />
mathématique : les tsunamis <strong>et</strong> la résonance.<br />
1. Une histoire du nombre π<br />
Au Moyen Âge, la plupart <strong>de</strong>s gens croyaient<br />
que la Terre était plate. On croyait même que<br />
si on allait en bateau assez loin sur l'océan, on<br />
tomberait dans le vi<strong>de</strong>! En fait, il aura fallu<br />
attendre l'audace d'un Christophe Colomb qui,<br />
en 1492, entreprit <strong>de</strong> traverser l'océan sans<br />
craindre <strong>de</strong> tomber dans le vi<strong>de</strong>, pour enfin<br />
découvrir l'Amérique.<br />
Pourtant, les Grecs <strong>de</strong> l'Antiquité savaient fort<br />
bien que la Terre était ron<strong>de</strong>. Et même, il y a<br />
plus <strong>de</strong> 2200 ans, le mathématicien grec<br />
Ératosthène avait entrepris <strong>de</strong> mesurer la<br />
circonférence <strong>de</strong> la Terre.<br />
Comment s'y est-il pris?<br />
Un jour, on lui rapporte que, dans la ville <strong>de</strong><br />
Syène en Égypte, au solstice d'été, à midi, la<br />
lumière du Soleil tombe d'aplomb, sans former<br />
d'ombre, au fond d'un puits. À c<strong>et</strong>te même<br />
date, à la même heure, il observe qu'à 800 km<br />
<strong>de</strong> Syène, l'ombre <strong>de</strong> l'obélisque d'Alexandrie<br />
forme un angle <strong>de</strong> 7 o. En prolongeant les<br />
verticales jusqu'au centre <strong>de</strong> la Terre, <strong>et</strong> par un<br />
simple argument <strong>de</strong> géométrie (d'angles<br />
alternes-internes) pas évi<strong>de</strong>nt à l'époque , il en<br />
déduit un angle <strong>de</strong> 7 o au centre <strong>de</strong> la Terre.<br />
Comme 7 o correspond à 800 km, il en déduit<br />
par une règle <strong>de</strong> trois que 360 o correspond à<br />
41 143 km, estimant ainsi la circonférence <strong>de</strong><br />
la Terre avec une précision remarquable,<br />
puisqu'on sait aujourd'hui que le diamètre <strong>de</strong> la<br />
Terre à l'équateur est <strong>de</strong> 40 066 km.<br />
Avec le nombre π, Ératosthène aurait pu<br />
calculer le diamètre <strong>de</strong> la Terre en utilisant la<br />
formule C = !D , où C désigne la<br />
circonférence d'un cercle <strong>de</strong> diamètre D. C'est<br />
ce qui m'amène aujourd'hui à vous parler du<br />
nombre π, ce nombre qui vaut<br />
approximativement 3,141592.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 23 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />
Définition du nombre π<br />
Comment peut-on voir le nombre π? Il suffit <strong>de</strong> se donner<br />
un segment <strong>de</strong> longueur un <strong>et</strong> <strong>de</strong> tracer autour <strong>de</strong> ce segment<br />
un cercle <strong>de</strong> diamètre D=1. Lorsqu'on déroule ce cercle, on<br />
obtient un nouveau segment d'une longueur égale à π.<br />
Voilà donc les fameuses décimales du nombre π :<br />
π=3,14159265…<br />
Une loi fixant la valeur exacte <strong>de</strong> π<br />
Pendant <strong>de</strong>s milliers d'années, les mathématiciens se sont<br />
acharnés à calculer les décimales du nombre π avec <strong>de</strong> plus<br />
en plus <strong>de</strong> précision. J'ai dit mathématiciens..., mais il n'y pas<br />
que les mathématiciens qui se soient intéressés au calcul <strong>de</strong>s<br />
décimales du nombre π. Il y a même les politiciens. En eff<strong>et</strong>,<br />
en 1897, dans l'État d'Indiana, un politicien excentrique<br />
rédige un proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> loi dans lequel il entend fixer la valeur <strong>de</strong><br />
π d'abord à 3,1, ensuite à 3,2, un peu plus loin à 3,4, mais ce<br />
n'est pas clair, <strong>de</strong> sorte que son proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> loi est même<br />
contradictoire. Il prétend même avoir démontré la quadrature<br />
du cercle <strong>et</strong> la trisection <strong>de</strong> l'angle. Il prétendait aussi avoir<br />
démontré <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s conjectures <strong>mathématiques</strong> sur<br />
lesquelles <strong>de</strong> grands mathématiciens avaient bûché pendant<br />
plusieurs années. Fort heureusement, on n'a pas écouté ce<br />
politicien, <strong>et</strong> son proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> loi n'a jamais été adopté. La<br />
recherche <strong>de</strong>s décimales du nombre π a <strong>de</strong> nouveau été<br />
confiée aux scientifiques. Voilà pour la p<strong>et</strong>ite anecdote<br />
historique concernant le nombre π.<br />
Dates mémorables se r<strong>et</strong>rouvant dans le<br />
développement décimal du nombre π<br />
Aujourd'hui, on connaît au moins mille milliards <strong>de</strong><br />
décimales du nombre π. Voilà qui est fort impressionnant.<br />
En eff<strong>et</strong>, si on entreprenait <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre sur papier le premier<br />
milliard <strong>de</strong> ces décimales, disons à raison <strong>de</strong> 500 décimales<br />
par page, il faudrait une pile <strong>de</strong> feuilles d'une hauteur <strong>de</strong> 300<br />
mètres, soit la hauteur <strong>de</strong> la tour Eiffel.<br />
Bien <strong>de</strong>s gens sont fascinés par les décimales <strong>de</strong> π. C'est ainsi<br />
qu'il y a plus d'un an, la compagnie Google a décidé <strong>de</strong><br />
vendre <strong>de</strong>s actions à la Bourse. Ayant rapi<strong>de</strong>ment vendu<br />
toutes ses actions, elle en a émis, en août 2005, une <strong>de</strong>uxième<br />
série, <strong>et</strong> elle en a émis exactement 14 159 265, soit les huit<br />
premières décimales du nombre π.<br />
Par ailleurs, on sait <strong>de</strong>puis 1761 que π est un nombre<br />
irrationnel, c'est-à-dire qu'il ne peut pas s'écrire comme un<br />
a<br />
quotient <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux entiers, <strong>de</strong> sorte que ! " , quels que<br />
soient les entiers a <strong>et</strong> b. En particulier, cela veut dire que le<br />
développement décimal du nombre π n'a pas <strong>de</strong> pério<strong>de</strong>.<br />
On croit même que π est un nombre normal, i.e. que chacun<br />
<strong>de</strong> ses chiffres apparaît selon la même fréquence : cela veut<br />
dire que le chiffre 0 apparaît environ une fois sur 10, que le<br />
nombre 1 apparaît environ une fois sur 10, <strong>et</strong> ainsi <strong>de</strong> suite.<br />
Le fait qu'il est normal veut aussi dire que toute séquence <strong>de</strong><br />
chiffres, par exemple la séquence "137", apparaît selon la<br />
fréquence attendue. Ainsi, la séquence "137" <strong>de</strong>vrait<br />
b<br />
normalement apparaître 1 fois sur 1000. En particulier, cela<br />
veut dire que si on fait défiler les décimales du nombre π, on<br />
<strong>de</strong>vrait pouvoir r<strong>et</strong>rouver toutes les dates mémorables. Par<br />
exemple, si on cherche la date où le premier homme, en<br />
l'occurrence l'Américain Neil Armstrong, a marché sur la<br />
Lune, i.e. le 21 juill<strong>et</strong> 1969, que l'on abrège par 210769, alors<br />
effectivement on r<strong>et</strong>rouve le premier chiffre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te date à la<br />
545 534e décimale du nombre π.<br />
Les dates d'anniversaire<br />
Parlant <strong>de</strong> dates, il y a d'autres dates importantes dans π… Y<br />
a-t-il quelqu'un dans la salle qui soit né le 23 juill<strong>et</strong>?<br />
Oui ?? ...<br />
Saviez-vous que votre date <strong>de</strong> naissance (le 23-07) est le<br />
premier anniversaire qui apparaît dans le développement<br />
décimal du nombre π? Il apparaît à partir <strong>de</strong> la 63e décimale.<br />
La 2e date qui y apparaît est le 28 mars. En fait, tous les<br />
anniversaires y apparaissent. Le <strong>de</strong>rnier anniversaire à surgir<br />
(serait-ce le moins populaire ?) est le 12 mars .<br />
D'ailleurs, si vous voulez connaître à quel rang votre date<br />
d'anniversaire apparaît dans le développement décimal <strong>de</strong> π,<br />
vous pourrez en prendre connaissance en consultant le site<br />
<strong>de</strong> SMAC, soit www.smac.ulaval.ca. On doit également<br />
s'attendre à ce que le développement décimal <strong>de</strong> π contienne<br />
toutes les combinaisons gagnantes <strong>de</strong> la loterie 6/49, passées<br />
<strong>et</strong> à venir! Donc, si vous êtes chanceux, vous allez trouver,<br />
dans le développement décimal <strong>de</strong> π, la prochaine<br />
combinaison gagnante <strong>de</strong> la 6/49, sinon... parlez-en à votre<br />
dépanneur du coin... il saura sûrement vous démêler...!!<br />
2. La théorie <strong>de</strong>s probabilités<br />
Mais revenons aux anniversaires...<br />
2.1 Le problème <strong>de</strong>s anniversaires<br />
Supposons que vous êtes dans une fête où il y a 10<br />
personnes. Y a-t-il <strong>de</strong> bonnes chances que <strong>de</strong>ux d'entre elles<br />
soient nées le même jour <strong>de</strong> l'année. Pas beaucoup? En fait,<br />
combien faut-il <strong>de</strong> personnes dans une fête pour être certain<br />
à 100 % qu'au moins <strong>de</strong>ux d'entre elles aient le même<br />
anniversaire? Il est clair qu'il en faut 366 (si on ne tient pas<br />
compte <strong>de</strong>s années bissextiles). Mais alors, d'après vous,<br />
combien faut-il <strong>de</strong> personnes dans une fête pour qu'on ait au<br />
moins 50 % <strong>de</strong> chances qu'il y en ait au moins <strong>de</strong>ux qui aient<br />
le même anniversaire? 50, 100, 200 ?<br />
En fait, 23 suffisent. Comment fait-on pour calculer ça?<br />
Examinons d'abord la probabilité que ça n'arrive pas.<br />
Par exemple, s'il y a 3 personnes à la fête, alors la probabilité<br />
qu'il n'y ait pas <strong>de</strong>ux personnes avec le même anniversaire est<br />
365 364 363<br />
égale à ! ! = 0, 9917 . De sorte que la<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 24 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
365<br />
365<br />
365<br />
probabilité qu'il y ait au moins <strong>de</strong>ux personnes avec le même<br />
anniversaire est égale à environ 1 %, ce qui n'est pas<br />
tellement surprenant!<br />
Si on a 10 personnes à la fête, alors la probabilité qu'il n'y ait<br />
aucun double est égale à
Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />
365 364 363 356<br />
! ! ! ... ! = 0,883 . Or, on aimerait que<br />
365 365 365 365<br />
c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière quantité soit inférieure à 1/2 afin que la<br />
probabilité cherchée soit au moins 1/2.<br />
Effectivement, lorsqu'on a 23 personnes à la fête, on obtient<br />
que la probabilité qu'il n'y ait aucun double est égale à<br />
professeur ne r<strong>et</strong>rouve nulle part ni 5 piles d'affilée, ni 5 faces<br />
d'affilée, c'est que l'étudiant a vraisemblablement triché <strong>et</strong><br />
c'est certain à 99,9 % .<br />
On a l'impression d'avoir rencontré un événement qui<br />
n'arrive pas souvent, pourtant il existe <strong>de</strong>s événements<br />
encore moins probables...<br />
365 364 363 343<br />
! ! ! ... ! = 0, 4927<br />
365 365 365 365<br />
2.3 La probabilité d'événements hautement<br />
improbables<br />
C'est pourquoi, si on a 23 personnes à la fête, on a environ<br />
une chance sur 2 qu'il y ait au moins <strong>de</strong>ux personnes avec le<br />
même anniversaire.<br />
Si on veut que c<strong>et</strong>te probabilité excè<strong>de</strong> 90 %, combien <strong>de</strong><br />
personnes faut-il à la fête? La réponse est 41; pour une<br />
certitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> 99 %, il en faut 56.<br />
Quelle est la probabilité que 3 personnes aient le même<br />
anniversaire?<br />
Autrement dit, combien faut-il <strong>de</strong> personnes dans une fête<br />
pour que la probabilité qu'au moins 3 aient le même<br />
anniversaire excè<strong>de</strong> 1/2? La réponse est 84.<br />
Pour ces <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rniers résultats, il faut faire appel à une<br />
notion un peu plus avancée, soit la loi <strong>de</strong> Poisson.<br />
2.2 Comment savoir si quelqu'un a triché en<br />
tirant à pile ou face?<br />
Un professeur donne en <strong>de</strong>voir à ses étudiants un exercice à<br />
emporter à la maison qui consiste à tirer à pile ou face 200<br />
fois <strong>et</strong> à inscrire le résultat <strong>de</strong> leur expérience. Pour savoir<br />
s'ils ont fait correctement leur <strong>de</strong>voir, le professeur vérifie si<br />
le résultat contient 5 piles ou 5 faces d'affilée. Si oui, il<br />
accor<strong>de</strong> une note <strong>de</strong> 100 %; sinon, il accor<strong>de</strong> une note <strong>de</strong> 0.<br />
Comment le professeur peut-il être certain <strong>de</strong> son coup?<br />
Plus précisément, si on tire à pile ou face 200 fois, on se<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> d'abord quelle est la probabilité qu'on n'obtienne<br />
nulle part 5 fois PILE d'affilée. Pour donner la réponse,<br />
nous allons d'abord introduire la suite <strong>de</strong> Fibonacci, dont on<br />
parle d'ailleurs dans le roman <strong>de</strong> Dan Brown intitulé "Da<br />
Vinci Co<strong>de</strong>".<br />
Il s'agit <strong>de</strong> la suite<br />
1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, … où chaque terme <strong>de</strong> la suite<br />
(à partir du 3e) est la somme <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux précé<strong>de</strong>nts.<br />
Considérons maintenant la suite<br />
1, 1, 2, 4, 8, 16, 31, 61, 120, 236, … où chaque terme <strong>de</strong> la<br />
suite (à partir du 6e) est la somme <strong>de</strong>s 5 termes précé<strong>de</strong>nts.<br />
Soit Gn le terme général <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te suite.<br />
Alors, on peut démontrer que, si on tire à pile ou face 200<br />
fois, la probabilité qu'on n'obtienne nulle part 5 fois PILE<br />
d'affilée est égale à<br />
G 202<br />
= 200<br />
2<br />
54791153834410200521357534972264192268144873494441741342508<br />
Parlant <strong>de</strong> hasard, il y a <strong>de</strong>s situations où connaître les lois <strong>de</strong><br />
la probabilité peut être très utile, par exemple si vous êtes<br />
1606938044258990275541962092341162602522202993782792835301376<br />
invité à participer à un spectacle <strong>de</strong> télé...<br />
! 0, 034<br />
De sorte que la probabilité d'obtenir ni 5 piles ni 5 faces<br />
d'affilée est égale à 0, 034 2 ! 0, 001 . C'est donc dire que si le<br />
Le singe qui tape à la machine à écrire<br />
Prenons par exemple un singe qui tape à la machine à écrire<br />
au hasard, disons un caractère à la secon<strong>de</strong>. Combien faudrat-il<br />
attendre d'années pour qu'il arrive à taper les 6 premiers<br />
romans <strong>de</strong> Harry Potter?<br />
On va faire un certain nombre <strong>de</strong> calculs :<br />
Le nombre total <strong>de</strong> pages est 2764.<br />
Il y a environ 2120 caractères par page.<br />
Il y a donc un total <strong>de</strong> 5 859 680 caractères dans les 6 romans<br />
réunis. En supposant que le singe tape un caractère à chaque<br />
secon<strong>de</strong> <strong>et</strong> qu'il a une chance sur 100 <strong>de</strong> taper le bon<br />
caractère, alors on peut établir qu'il faudra attendre environ<br />
10 12 100 000 secon<strong>de</strong>s, i.e. plus <strong>de</strong> 10 12 099 993 années.<br />
Il faudra donc être patient, surtout si on se rappelle que l'âge<br />
<strong>de</strong> l'univers est d'environ 15 ×10 9 années.<br />
Mécanique quantique<br />
Joe est en train <strong>de</strong> boire sa bière. D'après les lois <strong>de</strong> la<br />
mécanique quantique, un électron peut se r<strong>et</strong>rouver à <strong>de</strong>ux<br />
endroits en même temps. Il est donc possible que certaines<br />
particules élémentaires <strong>de</strong> son verre <strong>de</strong> bière se r<strong>et</strong>rouvent<br />
soudainement sous la table. Il est ainsi possible qu'à cause<br />
<strong>de</strong>s fluctuations quantiques, son verre <strong>de</strong> bière se renverse<br />
sans que Joe n'y soit pour rien. Mais en utilisant les lois <strong>de</strong> la<br />
probabilité, on peut estimer que le temps qu'il faudra<br />
attendre pour que son verre <strong>de</strong> bière se renverse tout seul est<br />
<strong>de</strong> l'ordre <strong>de</strong> 10 à la puissance 10 33 années. Il faudra donc<br />
être patient... Mais il y a plus rare...<br />
Téléportation<br />
Toujours en raison <strong>de</strong>s fluctuations quantiques, il est possible<br />
que soudainement vous soyez téléporté sur la planète Mars;<br />
mais il n'y a pas vraiment lieu <strong>de</strong> s'inquiéter, car cela se<br />
produira une fois toutes les 10 à la puissance 10 51 années.<br />
En fait, on a davantage <strong>de</strong> chances <strong>de</strong> gagner<br />
systématiquement tous les tirages <strong>de</strong> la 6/49, en adm<strong>et</strong>tant<br />
même qu'il y ait un tirage chaque secon<strong>de</strong>, durant toute<br />
l'année, jusqu'à la fin <strong>de</strong> ses jours, même si on pouvait vivre<br />
jusqu'à l'extinction du soleil dans plus <strong>de</strong> 4 milliards d'années,<br />
que d'être soudainement téléporté sur la planète Mars.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 25 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />
2.4 Le problème <strong>de</strong> Monty Hall (ou le<br />
problème <strong>de</strong>s trois portes)<br />
Explication du problème par l'animateur : Il y a <strong>de</strong>vant vous<br />
3 portes. Derrière une <strong>de</strong> ces portes se trouve un ca<strong>de</strong>au <strong>de</strong><br />
250 000 $; <strong>de</strong>rrière les <strong>de</strong>ux autres portes se trouvent... <strong>de</strong>s<br />
mouches. L'animateur invite le concurrent à choisir une <strong>de</strong>s<br />
trois portes. Ce <strong>de</strong>rnier choisit la porte numéro 2.<br />
C'est alors que, dans un élan <strong>de</strong> générosité, l'animateur<br />
s'adresse au concurrent <strong>et</strong> lui dit :<br />
« Comme je sais où est le ca<strong>de</strong>au <strong>et</strong> comme je suis infiniment<br />
fin, je vais vous donner une chance... je <strong>de</strong>man<strong>de</strong> donc que<br />
l'on ouvre la porte numéro 1. »<br />
La porte numéro 1 s'ouvre <strong>et</strong> on constate qu'elle cache <strong>de</strong>s<br />
mouches! L'animateur s'adresse <strong>de</strong> nouveau au concurrent :<br />
« Comme je suis infiniment fin, je vais vous donner une<br />
chance en vous offrant <strong>de</strong> changer d'idée. Soit vous déci<strong>de</strong>z<br />
<strong>de</strong> conserver la porte numéro 2, ou alors vous déci<strong>de</strong>z <strong>de</strong><br />
porter votre choix sur la porte numéro 3. »<br />
Le concurrent réfléchit. Comme il a peu <strong>de</strong> temps, il déci<strong>de</strong><br />
<strong>de</strong> consulter un expert... un mathématicien. Ce <strong>de</strong>rnier lui dit:<br />
« Je vous conseille <strong>de</strong> changer <strong>de</strong> porte <strong>et</strong> <strong>de</strong> choisir la porte<br />
numéro 3. La raison est la suivante. Quand vous avez choisi<br />
la porte numéro 2, vous étiez conscient d'avoir une chance<br />
sur 3 que le ca<strong>de</strong>au soit <strong>de</strong>rrière c<strong>et</strong>te porte; vous étiez par le<br />
fait même conscient qu'il y avait exactement 2 chances sur 3<br />
que le ca<strong>de</strong>au soit <strong>de</strong>rrière l'une <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux autres portes, i.e.<br />
soit la 1, soit la 3. Mais l'animateur, qui sait où est le ca<strong>de</strong>au, a<br />
choisi d'ouvrir la porte numéro 1. C'est pourquoi vous avez 2<br />
chances sur 3 que le ca<strong>de</strong>au soit <strong>de</strong>rrière la porte numéro 3<br />
(puisque le cas <strong>de</strong> la numéro 1 est réglé!). »<br />
Voyant le concurrent hésiter, le mathématicien déci<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
renchérir avec une autre explication :<br />
« Imaginez qu'il y ait non pas 3 portes, mais plutôt 1 000<br />
portes. Au départ, vous en choisissez une; il est clair que<br />
vous avez seulement une chance sur 1000 <strong>de</strong> gagner. Vos<br />
chances <strong>de</strong> gagner sont faibles, n'est-ce pas? Mais le jeu<br />
continue <strong>et</strong> il reste 999 portes dont une est peut-être la<br />
bonne (<strong>et</strong> c'est même presque certain). Or, l'animateur, pour<br />
vous donner une chance, entreprend alors d'ouvrir 998<br />
portes -- évi<strong>de</strong>mment parmi celles qui ne contiennent pas le<br />
gros lot. Il reste alors <strong>de</strong>ux portes : la première que vous avez<br />
choisie, <strong>et</strong> celle que l'animateur n'a pas ouverte. Qu'allez-vous<br />
faire? En réalité, si vous changez votre choix, vous avez alors<br />
99,9 % <strong>de</strong> chances <strong>de</strong> gagner le gros lot! »<br />
Si vous n'êtes pas convaincu, on vous encourage à visiter le<br />
site <strong>de</strong> SMAC. On vous offre <strong>de</strong> faire le jeu en accéléré.<br />
L'ordinateur va jouer pour vous. Vous pouvez <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r à<br />
l'ordinateur <strong>de</strong> jouer 100 fois avec la première stratégie, i.e.<br />
<strong>de</strong> ne pas changer d'idée après avoir choisi la première porte :<br />
vous allez voir que vous gagnez environ 1 fois sur 3. Ensuite,<br />
vous <strong>de</strong>man<strong>de</strong>z à l'ordinateur <strong>de</strong> jouer encore 100 fois, mais<br />
avec la <strong>de</strong>uxième stratégie, i.e. en optant pour l'autre porte<br />
(celle non choisie au préalable) : vous allez constater que<br />
vous gagnez alors 2 fois sur 3.<br />
Il n'y a pas que dans le hasard qu'il y a <strong>de</strong>s maths, il y a aussi<br />
dans les arts.<br />
3. Les arts <strong>et</strong> la musique<br />
3.1 Les <strong>de</strong>ssins d'Escher<br />
Maurits Cornelis Escher (1898-1972) est un <strong>de</strong>s plus célèbres<br />
artistes graphiques <strong>de</strong> tous les temps. Il est particulièrement<br />
connu pour ses structures dites impossibles, comme le<br />
tableau <strong>de</strong>s montées <strong>et</strong> <strong>de</strong>s <strong>de</strong>scentes : c'est tout à fait contreintuitif,<br />
voire même troublant. Il y a aussi le tableau <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />
mains. Un <strong>de</strong> ses fameux tableaux est une distorsion d'une<br />
scène <strong>de</strong> quai. Mais ce tableau se distingue particulièrement<br />
<strong>de</strong>s autres, en ce sens que l'on peut apercevoir au centre du<br />
<strong>de</strong>ssin une région floue (où la signature d'Escher a d'ailleurs<br />
été apposée), comme si l'artiste n'avait pas réussi à compléter<br />
son <strong>de</strong>ssin. Voilà un mystère qui a piqué la curiosité du<br />
mathématicien Hendrik Lenstra, qui a aussitôt entrepris <strong>de</strong><br />
l'éclaircir. Son objectif était <strong>de</strong> reconstituer la partie<br />
inachevée du <strong>de</strong>ssin.<br />
Bien qu'Escher fût fasciné par <strong>de</strong>s concepts <strong>mathématiques</strong><br />
visuels, il n'avait qu'une formation mathématique <strong>de</strong> niveau<br />
secondaire. Lenstra s'est vite rendu compte qu'Escher avait<br />
d'abord fixé les bases <strong>de</strong> son <strong>de</strong>ssin sur un quadrillé <strong>de</strong> lignes,<br />
en faisant grossir chaque carré par un facteur 256 tout en<br />
effectuant une rotation autour du centre <strong>de</strong> la grille. Il plaça<br />
alors la grille originale au-<strong>de</strong>ssus <strong>de</strong> son <strong>de</strong>ssin non tordu <strong>et</strong><br />
entreprit <strong>de</strong> translater le <strong>de</strong>ssin original <strong>de</strong>puis la grille droite<br />
vers la grille modifiée, un p<strong>et</strong>it carré à la fois.<br />
Lenstra a alors constaté que le fait <strong>de</strong> grossir ou <strong>de</strong> diminuer<br />
le <strong>de</strong>ssin non tordu par un facteur 256 donnait encore une<br />
fois le même <strong>de</strong>ssin : cela veut dire que lorsqu'on fait un<br />
zoom ou encore une "mise en abîme" (l'équivalent <strong>de</strong> grossir<br />
256 fois), on r<strong>et</strong>rouve à nouveau le <strong>de</strong>ssin original.<br />
Mathématiquement parlant -- <strong>et</strong> c'est là qu'Escher était peutêtre<br />
confus -- le <strong>de</strong>ssin original est périodique selon un<br />
facteur multiplicatif <strong>de</strong> 256.<br />
Mais, qu'en est-il <strong>de</strong> la pério<strong>de</strong> du "<strong>de</strong>ssin tordu"? Lenstra a<br />
constaté que sa pério<strong>de</strong> est un nombre complexe, plutôt<br />
qu'un nombre réel. C<strong>et</strong>te reconstitution perm<strong>et</strong>tait <strong>de</strong><br />
résoudre la question <strong>de</strong> ce qui aurait dû apparaître au centre<br />
du <strong>de</strong>ssin. Le problème n'était pas complètement résolu, car<br />
il restait à trouver la valeur exacte <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te pério<strong>de</strong> complexe.<br />
Lenstra a alors obtenu la valeur exacte <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te pério<strong>de</strong>, en<br />
montrant par surcroît que c<strong>et</strong>te valeur était unique. En fin <strong>de</strong><br />
compte, on peut se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r pourquoi Escher n'avait pas<br />
complété son <strong>de</strong>ssin. L'explication la plus plausible est<br />
qu'Escher avait une vague idée que les obj<strong>et</strong>s rap<strong>et</strong>issaient au<br />
centre du <strong>de</strong>ssin, mais il savait qu'il fallait qu'il arrête quelque<br />
part, <strong>et</strong> c'est pourquoi il aurait laissé ce blanc en plein centre.<br />
C'est bien connu, il y a aussi <strong>de</strong>s maths dans la musique.<br />
3.2 Les entiers baroques<br />
On va maintenant voir comment on peut, à partir d'une suite<br />
<strong>de</strong> nombres, créer une musique qui plaît à l'oreille.<br />
Construisons d'abord, à l'ai<strong>de</strong> d'un algorithme, une suite<br />
toute simple, <strong>et</strong> à chaque nombre 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,<br />
associons les notes do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, <strong>et</strong> en répétant<br />
ainsi avec les nombres 9, 10, 11, ... écoutons ce que ça donne<br />
comme musique.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 26 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />
Ce qu'on vient <strong>de</strong> faire, c'est d'utiliser un algorithme pour<br />
construire une suite <strong>de</strong> nombres <strong>et</strong> ensuite d'écouter la<br />
symphonie <strong>de</strong>s nombres.<br />
Écoutons une autre suite…<br />
Écoutons une 3e suite…<br />
On pourrait aussi "faire jouer" <strong>de</strong>ux suites en même temps.<br />
Voici ce que ça peut donner... C'est comme si à tout<br />
algorithme <strong>de</strong> construction <strong>de</strong> nombres, on pouvait associer<br />
une interprétation musicale.<br />
3.3 Les MP3<br />
Restons dans le domaine <strong>de</strong> la musique. Vous connaissez les<br />
MP3 ?? Ça <strong>de</strong>man<strong>de</strong> beaucoup <strong>de</strong> compression -- les maths<br />
peuvent servir... Les maths peuvent aussi servir pour la<br />
compression <strong>de</strong>s fichiers MP3.<br />
Au fait, ça veut dire quoi un MP3 ?<br />
MP3 = Moving Picture Expert Group Layer 3<br />
(=compression audio) (Abréviation <strong>de</strong> MPEG)<br />
Un son, c'est une on<strong>de</strong> (la plus simple, un sinus) qui se<br />
propage dans un haut-parleur. Celle-là fait 440 Hz <strong>et</strong>, à<br />
l'oreille humaine, voici ce que ça donne...<br />
Une autre on<strong>de</strong>, avec une pério<strong>de</strong> plus courte, disons avec<br />
une fréquence <strong>de</strong> 660 Hz, donne un son plus aigu, que voici<br />
.... Supposons qu'on veut les écouter en même temps.<br />
M<strong>et</strong>tons-les ensemble, additionnons les <strong>de</strong>ux sinus, i.e. les<br />
<strong>de</strong>ux hauteurs, <strong>et</strong> voici le son résultant, qui est encore une<br />
on<strong>de</strong>, soit tout simplement la somme <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux on<strong>de</strong>s<br />
précé<strong>de</strong>ntes, i.e. la somme <strong>de</strong>s hauteurs, la somme <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />
sinus. La résultante, c'est la somme <strong>de</strong> l'on<strong>de</strong> bleue <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
l'on<strong>de</strong> verte : c'est donc 440 Hz + 660 Hz. On a donc<br />
seulement <strong>de</strong>ux nombres à r<strong>et</strong>enir plutôt que l'on<strong>de</strong> au<br />
compl<strong>et</strong>. Voilà donc déjà un principe : on n'a qu'à r<strong>et</strong>enir les<br />
composantes fondamentales qui sont les fréquences<br />
respectives. Mais dans la réalité, qu'est-ce qui arrive si je<br />
prends le son dans un spectacle rock?<br />
On a alors une on<strong>de</strong> très compliquée. Mais alors, l'on<strong>de</strong><br />
résultante est la somme <strong>de</strong> quoi ??? C'est là qu'intervient un<br />
mathématicien français, Jean-Baptiste Joseph Fourier (1768-<br />
1830). Il a démontré que tout signal périodique (par exemple<br />
une pièce <strong>de</strong> 3 minutes) est la somme <strong>de</strong> sinus : ça marche<br />
tout le temps! Et il a aussi développé une métho<strong>de</strong> pour le<br />
faire!!!<br />
Pour en revenir à nos MP3, examinons d'abord la courbe <strong>de</strong><br />
réponse <strong>de</strong> l'oreille humaine -- échelle logarithmique -- <strong>de</strong><br />
grave à aiguë – bonne oreille : jusqu'à 20 000 Hz. Sur l'axe<br />
vertical, on a l'intensité du son (en décibels). Pour une même<br />
intensité, écoutons le son avec d'abord du sinus <strong>de</strong> 20 Hz, <strong>de</strong><br />
..., <strong>de</strong> 10 000... On a l'impression que le son est plus fort.<br />
Les animaux ont une capacité auditive supérieure à celle <strong>de</strong>s<br />
humains (on est un peu <strong>de</strong>s handicapés sur le plan auditif).<br />
Mais ce handicap fait notre affaire lorsqu'il s'agit d'enregistrer<br />
<strong>de</strong> la musique... Avec les MP3, on élimine les fréquences<br />
qu'on n'entend pas, i.e. les trop graves <strong>et</strong> les trop aiguës; en<br />
éliminant tous les sons sous c<strong>et</strong>te courbe, on flush sans que<br />
ça paraisse. On r<strong>et</strong>ient ainsi, somme toute, seulement 10 %<br />
du son original, une belle économie <strong>de</strong> mémoire!<br />
Écoutons un extrait d'un MP3 où on a éliminé les sons<br />
inutiles.... On ne s'aperçoit pas qu'il manque <strong>de</strong>s sons! La<br />
courbe <strong>de</strong> réponse <strong>de</strong> l'oreille du Martien (merci à la NASA<br />
pour nous avoir fourni c<strong>et</strong>te information... zone 51) nous<br />
perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> constater ce que le Martien est capable d'entendre.<br />
Pour enregistrer <strong>de</strong> la musique sur un MP3 martien, il<br />
faudrait éliminer tous les sons situés sous sa courbe<br />
d'enten<strong>de</strong>ment. De sorte que si on voulait, nous, écouter <strong>de</strong><br />
la musique sur un MP3 martien, voici ce que l'on entendrait...<br />
<strong>de</strong> quoi ne pas apprécier les Beatles.<br />
Maintenant, la courbe <strong>de</strong> réponse <strong>de</strong> l'oreille du saturnien...<br />
Comme quoi la compression est basée sur les caractéristiques<br />
<strong>de</strong> l'oreille humaine.<br />
4. Problèmes <strong>de</strong> physique<br />
Comme on approche <strong>de</strong> la fin <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te présentation, on peut<br />
peut-être <strong>de</strong>venir un peu moins sérieux, tout en gardant un<br />
esprit scientifique.<br />
Allons-y donc avec <strong>de</strong>ux phénomènes que l'on rencontre en<br />
physique.<br />
4.1 Les tsunamis<br />
On parle beaucoup, ces temps-ci, d'un phénomène naturel<br />
récurrent, soit le tsunami. Pour en savoir plus, nous allons<br />
rejoindre le Professeur Passimplepantoute dans son bureau<br />
au Centre <strong>de</strong> recherche Icitontrouve.<br />
jmdk : --Bonjour Professeur Passimplepantoute, comment<br />
allez-vous aujourd'hui, au Centre <strong>de</strong> recherche Icitontrouve?<br />
prof : -- Aujourd'hui, je suis allé en voiture avec un collègue,<br />
mais habituellement je viens à pied, à moins qu'il pleuve<br />
auquel cas je viens en autobus, mais s'il pleut beaucoup, je<br />
viens en métro, <strong>et</strong> si.... (le prof est interrompu par l'homme<br />
<strong>de</strong> ménage (HM)).<br />
HM -- Pas ça... il veut savoir comment ça va!<br />
jmdk : -- Vous m'avez l'air en plein déménagement, est-ce<br />
que vous déplacez <strong>de</strong>s choses, est-ce qu'on vous dérange ?<br />
prof : ... Pas du tout, il n'y a rien qui bouge!<br />
jmdk : -- Peu importe... Professeur, on aimerait que vous<br />
nous parliez <strong>de</strong>s tsunamis. On a entendu aux nouvelles que la<br />
vague d'un tsunami pouvait voyager à 700 km/h en pleine<br />
mer; pourtant, la vague n'atteint pas les rives à une telle<br />
vitesse, n'est-ce pas?<br />
prof : -- En réalité, il est bien connu que la vitesse <strong>de</strong> la vague<br />
est proportionnelle à la racine carrée <strong>de</strong> la profon<strong>de</strong>ur <strong>de</strong><br />
l'océan, selon la formule v = c ! h <strong>de</strong> sorte que... (il est<br />
interrompu par HM).<br />
HM : -- Plus elle s'approche, plus elle ralentit!<br />
jmdk : -- On a également entendu que la hauteur <strong>de</strong> la vague<br />
en pleine mer était <strong>de</strong> seulement quelques centimètres. Mais<br />
alors comment se fait-il que l'on a vu <strong>de</strong>s vagues d'une<br />
hauteur <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 10 mètres sur les plages?<br />
prof : -- C'est que l'amplitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la vague est, au contraire,<br />
inversement proportionnelle à la racine carrée <strong>de</strong> la<br />
profon<strong>de</strong>ur du fond <strong>de</strong> l'océan, selon la formule h = 0 c<br />
h <strong>de</strong><br />
sorte que... (il est interrompu par HM).<br />
HM : -- Plus elle s'approche, plus elle est haute!<br />
jmdk : -- On a aussi entendu parler dans les médias <strong>de</strong><br />
"mega-tsunamis" qui se caractérisent par <strong>de</strong>s vagues <strong>de</strong> plus<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 27 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Show Math Jean-Marie DeKoninck<br />
<strong>de</strong> 300 mètres qui pourraient atteindre la cote est <strong>de</strong>s États-<br />
Unis.<br />
prof : -- En eff<strong>et</strong>, il est possible que <strong>de</strong>puis les Îles Canaries,<br />
aux abords <strong>de</strong> l'Afrique du Nord, puisse se former un mur<br />
d'eau d'une hauteur <strong>de</strong> 300 mètres, créant une vague pouvant<br />
traverser l'océan Atlantique à une vitesse <strong>de</strong> l'ordre <strong>de</strong> 1000<br />
km/h ...<br />
HM : -- À la vitesse d'un j<strong>et</strong>!<br />
prof : -- … pour atteindre la ville <strong>de</strong> New York, <strong>et</strong> c'est ce<br />
qu'on appelle un mega-tsunami.<br />
jmdk : -- Mais qu'est-ce qui peut provoquer une vague si<br />
démesurée?<br />
prof : -- C'est un gigantesque glissement <strong>de</strong> terrain ou, si vous<br />
voulez, un formidable éboulis...<br />
jmdk : -- Un éboulis ?<br />
prof : -- La définition scientifique d'un éboulis, c'est... (le prof<br />
est alors interrompu par un gron<strong>de</strong>ment (eff<strong>et</strong> <strong>de</strong> son!) <strong>et</strong> on<br />
voit alors les piles <strong>de</strong> livres <strong>de</strong>rrière lui se m<strong>et</strong>tre à débouler<br />
sur son bureau...).<br />
HM : -- C'est ça un éboulis, <strong>et</strong> pis ça arrive trois fois par jour<br />
dans son bureau...<br />
jmdk : -- On a compris... mais qu'arriverait-il aux New-<br />
Yorkais advenant un tel scénario?<br />
prof : -- Voilà une situation qui pose problème <strong>et</strong> que l'on n'a<br />
jamais vécue... Hypothétiquement, le choc d'une si grosse<br />
vague pourrait causer <strong>de</strong>s perturbations incommensurables<br />
sur les structures matérielles, <strong>de</strong> sorte que le sort <strong>de</strong>s<br />
habitants new-yorkais, comment dirais-je...<br />
HM : -- Ils vont être faits à l'os!<br />
jmdk : -- Mais quelle est la probabilité qu'un tel événement se<br />
produise?<br />
prof : -- De tels événements sont très rares, le <strong>de</strong>rnier est<br />
arrivé il y a 4 000 ans sur l'Île <strong>de</strong> la Réunion. Mais il existe sur<br />
l'Île <strong>de</strong> La Palma dans les Canaries un volcan qui a fait<br />
éruption en 1949. Durant c<strong>et</strong>te éruption, une immense<br />
crevasse est apparue d'un côté du volcan. Alors que le volcan<br />
ne présente aucun danger lorsqu'il est calme, les scientifiques<br />
croient que son versant ouest cé<strong>de</strong>ra lors d'une future<br />
éruption. En d'autres mots, d'ici les prochains millénaires,<br />
une portion <strong>de</strong> La Palma, pesant 500 mille millions <strong>de</strong><br />
tonnes, va tomber dans l'Océan Atlantique. Donc, d'ici<br />
quelques milliers d'années...<br />
HM : -- il y a pas d'inqui<strong>et</strong>, ça arrivera pas!<br />
jmdk : -- Professeur Passimplepantoute, je vous remercie<br />
infiniment pour vos explications... (le prof interromp jmdk<br />
pour dire).<br />
prof : -- mais j'oubliais <strong>de</strong> vous présenter mon collègue (en<br />
pointant HM) le Professeur Archisimple. Vous voyez...<br />
<strong>de</strong>puis les coupures, on fait le ménage chacun notre tour (il<br />
prend alors la casqu<strong>et</strong>te <strong>de</strong> HM <strong>et</strong> se la m<strong>et</strong> sur la tête <strong>et</strong> saisit<br />
ensuite la moppe <strong>de</strong>s mains <strong>de</strong> HM, alors que ce <strong>de</strong>rnier<br />
vient s'asseoir à la place du prof...).<br />
Fort heureusement, <strong>de</strong>s bureaux comme ça, il n'y en a pas à<br />
l'Université Laval!<br />
4.2 Un autre phénomène <strong>de</strong> la physique : la<br />
résonance<br />
La tragédie du pont <strong>de</strong> Tacoma<br />
Vous avez tous entendu dire que la ville <strong>de</strong> Kobe au Japon,<br />
en 1995, a été en partie détruite par un tremblement <strong>de</strong> terre.<br />
Vous avez aussi entendu parler du verre <strong>de</strong> vin cassé par la<br />
voix aiguë d'un chanteur d'opéra... Voilà <strong>de</strong>ux situations qui<br />
ont en commun le phénomène <strong>de</strong> la résonance!<br />
Voici comment le professeur Passimplepantoute aurait défini<br />
le phénomène <strong>de</strong> la ré-so-nan-ce :<br />
« La résonance est l'augmentation <strong>de</strong> l'amplitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
oscillations d'un système électrique ou d'un système<br />
mécanique qui est excité par une force externe périodique<br />
dont la fréquence est égale à la fréquence naturelle du<br />
système. »<br />
Voici maintenant comment le professeur Archisimple aurait<br />
défini le phénomène <strong>de</strong> réso-nan-ce. Il aurait utilisé l'exemple<br />
<strong>de</strong> la balançoire. Imaginez une p<strong>et</strong>ite fille qui se balance<br />
tranquillement sur une balançoire. Son père, qui est placé<br />
<strong>de</strong>rrière elle, l'observe. Il déci<strong>de</strong> alors <strong>de</strong> fournir une<br />
impulsion additionnelle (= une force externe) pour<br />
augmenter l'amplitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la balançoire. Il entre ainsi en<br />
résonance avec le mouvement <strong>de</strong> sa fille. S'il continue à<br />
exercer une force externe, éventuellement l'amplitu<strong>de</strong> du<br />
mouvement pourrait <strong>de</strong>venir trop gran<strong>de</strong>, à un point tel que<br />
la p<strong>et</strong>ite fille pourrait s'envoler en quittant le siège <strong>de</strong> la<br />
balançoire.<br />
Voilà qui n'est pas souhaitable!<br />
La résonance est un phénomène courant... parfois<br />
dramatique. Ce fut le cas en 1940 lorsque, à cause <strong>de</strong> la force<br />
du vent (pourtant un faible vent d'environ 55-60 km/h), le<br />
pont Narrow <strong>de</strong> Tacoma dans l'État <strong>de</strong> Washington s'est<br />
effondré. Les scientifiques ont i<strong>de</strong>ntifié la résonance comme<br />
la cause <strong>de</strong> l'acci<strong>de</strong>nt. Mais <strong>de</strong>s détectives amateurs ont émis<br />
une autre hypothèse...<br />
Merci à vous tous. Bonne fin <strong>de</strong> journée, <strong>et</strong> merci à tous ceux<br />
<strong>et</strong> celles qui ont contribué à Show Math.<br />
GÉNÉRIQUE<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 28 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
ATELIERS<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 29 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 30 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation<br />
dans la transition<br />
du primaire au secondaire<br />
en <strong>mathématiques</strong><br />
Dans le cadre d’une recherche collaborative, une équipe d’enseignantes du 3e cycle<br />
du primaire <strong>et</strong> du 1er cycle du secondaire ont mis en commun leurs préoccupations,<br />
leurs expériences <strong>et</strong> leurs connaissances concernant un moment clé dans le<br />
cheminement <strong>de</strong>s élèves : la transition du primaire au secondaire. Au cours <strong>de</strong> c<strong>et</strong><br />
atelier, les animatrices partageront avec les participants les pistes d’intervention, <strong>et</strong><br />
plus particulièrement celles concernant l’aspect <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes, sur<br />
lesquelles elles ont travaillé <strong>et</strong> qui ont donné lieu à <strong>de</strong>s expérimentations en classe.<br />
Nadine Bednarz,<br />
Université<br />
du Québec<br />
à Montréal,<br />
nadinebednarz@<br />
yahoo.ca<br />
Josée Lafontaine,<br />
École Notre-<br />
Dame-<strong>de</strong>-Fatima<br />
Mélanie Auclair,<br />
Polyvalente<br />
la Frontalière<br />
Carole Morelli,<br />
cmorelli@<br />
cshc.qc.ca <strong>et</strong><br />
Chantal Leroux,<br />
Commission<br />
scolaire <strong>de</strong>s<br />
Hauts-Cantons<br />
a transition du primaire au secondaire<br />
en <strong>mathématiques</strong>, comme d’autres<br />
transitions institutionnelles (du<br />
préscolaire au primaire, du secondaire au<br />
postsecondaire), est un élément clé à<br />
considérer en lien avec le cheminement <strong>de</strong>s<br />
élèves <strong>et</strong> leur apprentissage (Durand-Guerrier,<br />
2003, Bloch, Kientega, Tanguay, 2006). Ces<br />
transitions sont en eff<strong>et</strong> souvent à la source <strong>de</strong><br />
difficultés importantes chez les élèves. Dans le<br />
cas plus spécifiquement ciblé, celui <strong>de</strong> la<br />
transition du primaire au secondaire, l’analyse<br />
<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux programmes <strong>de</strong> formation en<br />
<strong>mathématiques</strong> (MEQ, 2000, MELS, 2003)<br />
m<strong>et</strong> en évi<strong>de</strong>nce, sur le plan <strong>de</strong>s savoirs<br />
essentiels, que plusieurs contenus<br />
<strong>mathématiques</strong> communs se r<strong>et</strong>rouvent au<br />
troisième cycle du primaire <strong>et</strong> au premier cycle<br />
du secondaire. C’est le cas par exemple du<br />
travail sur les nombres <strong>et</strong> les opérations, les<br />
nombres naturels, les fractions <strong>et</strong> les nombres<br />
décimaux qui sont traités autant au primaire<br />
qu’au début du secondaire1 L<br />
. Il en est <strong>de</strong> même<br />
1<br />
Ainsi, par exemple, le travail sur le sens <strong>de</strong> la<br />
fraction est abordé au primaire <strong>et</strong> au début du<br />
secondaire, <strong>de</strong> même que la comparaison <strong>et</strong> la<br />
notion <strong>de</strong> fractions équivalentes. Celui sur les<br />
opérations sur les fractions (sens <strong>et</strong> calcul), amorcé<br />
à la fin du primaire (addition, soustraction <strong>de</strong><br />
<strong>de</strong> la mesure, <strong>de</strong> la géométrie, <strong>de</strong>s probabilités,<br />
<strong>de</strong>s <strong>statistique</strong>s où certaines composantes<br />
communes se r<strong>et</strong>rouvent aux <strong>de</strong>ux niveaux.<br />
Pourtant, les élèves ont souvent <strong>de</strong> la difficulté<br />
à reconnaître dans ce qu’ils font ces aspects<br />
communs, les manières d’approcher ces<br />
savoirs essentiels aux <strong>de</strong>ux niveaux scolaires<br />
étant souvent fort différentes. Par ailleurs, le<br />
passage du primaire au secondaire fait aussi<br />
appel, pour les élèves, à <strong>de</strong>s changements<br />
conceptuels importants. C’est le cas par<br />
exemple du passage <strong>de</strong> l’arithmétique à<br />
l’algèbre (Bednarz, Janvier, 1996), ou d’une<br />
géométrie empirique à une géométrie plus<br />
déductive au secondaire (Salin, 2003).<br />
À travers ce qui précè<strong>de</strong>, on perçoit bien<br />
l’intérêt qu’il y a à s’attar<strong>de</strong>r à c<strong>et</strong>te transition,<br />
<strong>de</strong> manière à mieux comprendre ce qui se<br />
passe <strong>de</strong> part <strong>et</strong> d’autre, à chacun <strong>de</strong>s niveaux<br />
scolaires, <strong>et</strong> à mieux penser leur articulation.<br />
Comment prendre en compte les apprentis-<br />
fractions dont le dénominateur <strong>de</strong> l’un est multiple<br />
<strong>de</strong> l’autre, multiplication d’un nombre naturel par<br />
une fraction), est repris au secondaire <strong>et</strong> poussé<br />
plus loin en introduisant les quatre opérations sur<br />
les fractions. On voit bien dans c<strong>et</strong> exemple le<br />
recoupement qu’il y a entre les savoirs essentiels<br />
travaillés à la fin du primaire <strong>et</strong> au début du<br />
secondaire.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 31 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />
-sages, les enseignements réalisés à chacun <strong>de</strong>s niveaux?<br />
Comment travailler à une meilleure articulation entre les <strong>de</strong>ux<br />
niveaux <strong>de</strong> manière à ai<strong>de</strong>r les élèves à effectuer ce passage <strong>et</strong><br />
à progresser dans leurs apprentissages?<br />
Ce questionnement est à l’origine d’un proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> recherche<br />
collaborative qui s’est déroulé sur <strong>de</strong>ux années, au cours <strong>de</strong>s<br />
années scolaires 2004-2006. Ce proj<strong>et</strong> a réuni <strong>de</strong>s<br />
enseignantes <strong>et</strong> enseignants du début du secondaire<br />
(secondaire 1) provenant <strong>de</strong>s différentes polyvalentes <strong>de</strong> la<br />
Commission scolaire <strong>de</strong>s Hauts-Cantons, <strong>de</strong>s enseignantes <strong>et</strong><br />
enseignants provenant <strong>de</strong>s écoles primaires associées à<br />
chacune <strong>de</strong> ces polyvalentes (écoles sources), intervenant au<br />
3e cycle du primaire. Ont ainsi participé à c<strong>et</strong>te recherche,<br />
pour le secondaire Marie-Pierre Beaudoin (Polyvalente<br />
Louis-Saint-Laurent, East Angus), Louis Pomerleau<br />
(Polyvalente Montignac, Mégantic), Mélanie Auclair<br />
(Polyvalente la Frontalière, Coaticook), pour le primaire<br />
Marc-André Barr<strong>et</strong>te (École Louis-Saint-Laurent, Compton),<br />
Josée Lafontaine (École Notre-Dame-<strong>de</strong>-Fatima, Lac<br />
Mégantic), Marie-Ève Péloquin (École St-Camille,<br />
Cookshire), Sylvie Roy (École Du Parchemin, East Angus),<br />
Isabelle Rodrigue (École Notre-Dame-du-Sacré-Cœur,<br />
Weedon). L’équipe <strong>de</strong> recherche était également formée <strong>de</strong><br />
Nadine Bednarz, professeure à l’UQAM, <strong>et</strong> <strong>de</strong> Carolle<br />
Morelli <strong>et</strong> Chantal Leroux, toutes <strong>de</strong>ux conseillères<br />
pédagogiques, respectivement au primaire <strong>et</strong> au secondaire, à<br />
la Commission scolaire <strong>de</strong>s Hauts-Cantons.<br />
1. Le point <strong>de</strong> départ du travail <strong>de</strong><br />
l’équipe <strong>et</strong> les thèmes plus<br />
spécifiquement ciblés dans les rencontres<br />
Au départ, il est apparu important à l’équipe <strong>de</strong> mieux<br />
connaître ce qui se fait, dans la pratique, au primaire <strong>et</strong> au<br />
secondaire en <strong>mathématiques</strong>. Les enseignants du secondaire<br />
côtoient en eff<strong>et</strong> rarement les enseignants du primaire, <strong>et</strong><br />
connaissent mal ce qu’ils font, leurs attentes, leur manière <strong>de</strong><br />
fonctionner; ils connaissent peu le programme du primaire,<br />
ce qui se vit actuellement en contexte <strong>de</strong> réforme, les<br />
questions qui se posent… De la même façon, les enseignants<br />
du primaire côtoient rarement les enseignants du secondaire<br />
qui recevront leurs élèves, connaissent mal leur manière <strong>de</strong><br />
fonctionner, leurs attentes, leur programme… De l’avis<br />
même <strong>de</strong>s enseignants <strong>et</strong> enseignantes qui ont travaillé à ce<br />
proj<strong>et</strong>, ces <strong>de</strong>rniers vivent souvent dans <strong>de</strong>ux mon<strong>de</strong>s, dans<br />
<strong>de</strong>ux cultures différentes qui se côtoient rarement. Pour<br />
briser c<strong>et</strong> isolement, nocif pour les <strong>de</strong>ux niveaux <strong>et</strong> les élèves<br />
concernés, nous avons cherché à m<strong>et</strong>tre en place une<br />
collaboration s’étalant sur une longue durée (<strong>de</strong>ux ans) qui<br />
perm<strong>et</strong>te un apprivoisement progressif <strong>de</strong> la réalité vécue <strong>de</strong><br />
part <strong>et</strong> d’autre, <strong>et</strong> un véritable engagement dans un proj<strong>et</strong><br />
conjoint.<br />
Les échanges, concrètement durant les rencontres, ont porté<br />
tout d’abord sur ce qui se fait <strong>de</strong> part <strong>et</strong> d’autre dans la classe,<br />
sur le matériel utilisé, sur le programme (un parallèle a été fait<br />
entre les <strong>de</strong>ux programmes en termes <strong>de</strong> savoirs essentiels),<br />
sur ce qui se fait en lien avec la réforme en cours au primaire.<br />
Toutefois pour éviter que le travail ne reste général, <strong>de</strong>s<br />
thèmes plus spécifiques ont vite été ciblés par l’équipe pour<br />
avancer sur la question <strong>de</strong> l’arrimage entre les <strong>de</strong>ux niveaux,<br />
en lien avec <strong>de</strong>s difficultés communes observées par les<br />
enseignants <strong>et</strong> enseignantes chez leurs élèves au primaire <strong>et</strong><br />
au secondaire.<br />
Parmi un ensemble <strong>de</strong> thèmes possibles perm<strong>et</strong>tant<br />
d’abor<strong>de</strong>r concrètement la transition entre le primaire <strong>et</strong> le<br />
secondaire en <strong>mathématiques</strong>, les enseignantes <strong>et</strong> les<br />
enseignants <strong>de</strong> l’équipe ont choisi <strong>de</strong> travailler sur les<br />
habil<strong>et</strong>és <strong>de</strong> calcul <strong>et</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes, <strong>de</strong>ux<br />
domaines où les élèves éprouvent <strong>de</strong>s difficultés aux <strong>de</strong>ux<br />
niveaux.<br />
La question <strong>de</strong> la transition primaire secondaire en<br />
<strong>mathématiques</strong> a donc été abordée à partir <strong>de</strong> ces<br />
thématiques précises, ancrées dans le contexte <strong>de</strong> ces<br />
enseignants, partant <strong>de</strong> leur pratique, <strong>de</strong>s difficultés<br />
observées, <strong>et</strong> ce, dans un souci <strong>de</strong> travailler à l’élaboration<br />
d’interventions facilitant le passage primaire secondaire pour<br />
les élèves <strong>et</strong> cherchant à les ai<strong>de</strong>r à progresser dans leurs<br />
apprentissages.<br />
Dans ce texte, nous revenons plus particulièrement sur une<br />
<strong>de</strong>s thématiques, celle <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />
2. Le travail plus spécifique sur le thème<br />
<strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes<br />
Pour faciliter un meilleur arrimage entre le primaire <strong>et</strong> le<br />
secondaire en <strong>mathématiques</strong>, l’équipe a travaillé à<br />
l’élaboration d’un référentiel commun en résolution <strong>de</strong><br />
problèmes entre enseignants du primaire <strong>et</strong> du secondaire.<br />
Elle a aussi cherché à se doter d’un outil d’analyse <strong>de</strong>s<br />
problèmes en lien avec ce référentiel, <strong>et</strong> à construire, en<br />
partant <strong>de</strong> ce référentiel, <strong>de</strong>s interventions visant à<br />
développer chez les élèves <strong>de</strong>s habil<strong>et</strong>és en résolution <strong>de</strong><br />
problèmes.<br />
2.1. Un référentiel commun progressivement<br />
élaboré par l’équipe<br />
Les échanges entre les enseignants autour du matériel <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
leur manière <strong>de</strong> fonctionner ont permis <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en<br />
évi<strong>de</strong>nce que, même si ces <strong>de</strong>rniers poursuivaient les mêmes<br />
objectifs à l’égard <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes, celle-ci<br />
n’était souvent pas abordée <strong>de</strong> la même façon en classe aux<br />
<strong>de</strong>ux niveaux. Par exemple, les références données aux élèves<br />
pour décrire la démarche face à un problème <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt <strong>de</strong><br />
souligner les données importantes, superflues au primaire,<br />
d’écrire les conditions du problème au secondaire… Le<br />
recours à une stratégie <strong>de</strong> type <strong>de</strong>ssin par les élèves est<br />
accepté au primaire, mais n’est pas nécessairement valorisé au<br />
secondaire.<br />
À travers les discussions, l’équipe a donc senti<br />
progressivement le besoin <strong>de</strong> se donner un référentiel<br />
commun, conçu au départ comme un outil <strong>de</strong> travail pour<br />
l’enseignant, <strong>et</strong> qui perm<strong>et</strong>trait d’intervenir dans le sens d’une<br />
continuité entre les <strong>de</strong>ux niveaux. Nous avons essayé aussi <strong>de</strong><br />
penser son adaptation pour les élèves, <strong>de</strong> manière à ce qu’il<br />
<strong>de</strong>vienne un outil auquel ils peuvent se référer, un outil qui<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 32 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />
leur donne une image <strong>de</strong> différentes composantes liées au<br />
processus <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />
Ce référentiel commun est formé <strong>de</strong> quoi?<br />
Une analogie ici productive <strong>de</strong> sens a été utilisée, celle d’une<br />
équipe au travail, perm<strong>et</strong>tant d’illustrer le processus <strong>de</strong><br />
résolution <strong>de</strong> problèmes comme une démarche non linéaire,<br />
dynamique, avec <strong>de</strong>s allers-r<strong>et</strong>ours, une démarche impliquant<br />
différentes composantes. C<strong>et</strong>te équipe renvoie à différents<br />
personnages.<br />
Comment est née c<strong>et</strong>te idée <strong>de</strong>s personnages?<br />
C<strong>et</strong>te idée provient d’une démarche déjà en place dans la<br />
Commission scolaire <strong>de</strong>s Hauts-Cantons en résolution <strong>de</strong><br />
problèmes au primaire, elle est issue d’un <strong>de</strong>s anciens<br />
conseillers pédagogiques en <strong>mathématiques</strong> (Richard Bibeau).<br />
Elle concerne trois <strong>de</strong>s personnages repris ici dans le<br />
référentiel : le détective, le menuisier <strong>et</strong> l’inspecteur.<br />
La reprise <strong>de</strong> ces trois personnages, en continuité avec ce qui<br />
était déjà engagé dans les écoles, nous a permis <strong>de</strong> nous<br />
articuler sur <strong>de</strong>s pratiques en place, pour les préciser, les<br />
raffiner au besoin. Compte tenu <strong>de</strong> notre problématique, une<br />
telle articulation sur les pratiques en place est centrale.<br />
Un autre personnage s’est ajouté à ces trois premiers<br />
personnages, pour rendre compte d’une dimension<br />
importante du processus <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problèmes, qui<br />
nous semblait absente, celle <strong>de</strong> la création. Le fou créateur,<br />
personnage issu <strong>de</strong> la pratique <strong>de</strong> certains enseignants du<br />
primaire en français, a alors été repris.<br />
Progressivement, nous avons été amenés à préciser ce<br />
référentiel commun pour chacun <strong>de</strong>s personnages : son rôle<br />
dans le processus <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problèmes <strong>et</strong> les stratégies<br />
qu’il peut se donner pour avancer dans la résolution.<br />
Le détective<br />
Son rôle :<br />
Il i<strong>de</strong>ntifie <strong>de</strong>s données du problème, il déco<strong>de</strong>, i<strong>de</strong>ntifie ce<br />
que l'on cherche ou ce qu'il faut faire, il s'assure <strong>de</strong> vérifier si<br />
on a tout ce qu'il faut pour résoudre le problème…<br />
Les stratégies possibles du détective :<br />
Il redit dans ses propres mots le problème, se raconte<br />
l'histoire, se la représente, reformule le problème pour que<br />
les autres membres <strong>de</strong> l’équipe (ou les autres dans la classe)<br />
puissent le comprendre, reformule la question; il i<strong>de</strong>ntifie les<br />
données (informations utiles, incontournables, éléments<br />
essentiels) du problème, nomme au besoin les informations<br />
manquantes ou superflues, note les questions qu'il se pose en<br />
relation avec la tâche à effectuer…<br />
Le menuisier<br />
Son rôle :<br />
Il se représente l'ensemble du problème, s’en construit un<br />
modèle, il élabore <strong>et</strong> organise la démarche en lien avec les<br />
autres membres <strong>de</strong> l’équipe, il choisit ses outils, il partage sa<br />
solution <strong>et</strong> les procédures <strong>de</strong> résolution utilisées avec les<br />
autres…<br />
Les stratégies possibles du menuisier :<br />
Il reformule un problème semblable, plus simple, dans un<br />
autre contexte, pour ai<strong>de</strong>r à voir la solution possible; il<br />
change au besoin les nombres pour <strong>de</strong>s nombres plus<br />
simples qui l'ai<strong>de</strong>nt à voir la solution du problème; il a<br />
recours à différentes procédures <strong>de</strong> résolution : <strong>de</strong>ssin,<br />
schéma, essais numériques contrôlés, …<br />
L’inspecteur<br />
Son rôle :<br />
Il vérifie le travail <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s membres <strong>de</strong> l'équipe, il<br />
s'assure que la solution amenée correspond à ce qui était<br />
<strong>de</strong>mandé dans le problème, <strong>et</strong> que la solution (les solutions)<br />
proposée(s) par l’équipe est (sont) vali<strong>de</strong>(s). Il a un rôle<br />
important à toutes les étapes <strong>de</strong> la démarche <strong>de</strong> résolution…<br />
Les stratégies possibles <strong>de</strong> l'inspecteur :<br />
Il anticipe la nature du résultat, l'ordre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> la<br />
réponse; il vérifie la logique <strong>de</strong> la démarche, la pertinence <strong>de</strong><br />
la réponse par rapport au problème; il doit rendre compte <strong>de</strong><br />
la validité <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te solution (<strong>de</strong>s solutions amenées) aux<br />
autres (en présentant sa justification); il vérifie les calculs; il<br />
perm<strong>et</strong> à chacun d'améliorer <strong>et</strong> <strong>de</strong> réajuster le travail…<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 33 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />
Le fou créateur<br />
Nous en reprenons ici quelques-uns à titre d’exemples :<br />
Son rôle :<br />
Il a un rôle important à jouer dans les problèmes non<br />
routiniers à résoudre (problèmes complexes, problèmes<br />
ouverts, situations problèmes...), ainsi que dans la<br />
formulation <strong>de</strong> problèmes. Il utilise sa créativité, il peut être<br />
utile à l'une ou l'autre <strong>de</strong>s étapes <strong>de</strong> la résolution en<br />
envisageant différents engagements possibles…<br />
Les stratégies possibles du fou créateur :<br />
Il regar<strong>de</strong> le problème sous différents angles, le ramène à un<br />
autre problème au besoin, énonce certaines conjectures,<br />
imagine plusieurs façons <strong>de</strong> résoudre, généralise le problème,<br />
invente d'autres problèmes…<br />
Parallèlement à l’élaboration <strong>de</strong> ce référentiel commun,<br />
différentes pistes d’exploitation ont été élaborées pour rendre<br />
ce référentiel signifiant pour les élèves :<br />
- reformulation du référentiel <strong>de</strong> manière plus synthétique<br />
pour les élèves;<br />
- construction d’affiches présentant les personnages qui<br />
servent <strong>de</strong> supports auxquels l’enseignant <strong>et</strong> les élèves<br />
peuvent référer;<br />
- résolution <strong>de</strong> différents types <strong>de</strong> problèmes par les<br />
élèves <strong>et</strong> r<strong>et</strong>our réflexif sur ceux-ci, pour m<strong>et</strong>tre en<br />
évi<strong>de</strong>nce selon eux, après résolution, les personnages qui<br />
ont été sollicités dans la résolution du problème, quand,<br />
où, pourquoi.<br />
Une discussion autour <strong>de</strong>s dimensions souvent absentes pour<br />
les élèves (inspecteur <strong>et</strong> fou créateur principalement) a<br />
conduit par ailleurs à nous intéresser au choix <strong>de</strong> problèmes<br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> mobiliser davantage chez les élèves le travail<br />
<strong>de</strong> contrôle sur le processus <strong>de</strong> résolution (auquel renvoie<br />
davantage l’analogie avec l’inspecteur) <strong>et</strong> le travail <strong>de</strong> création<br />
(recherche <strong>de</strong> conjectures, <strong>de</strong> différentes solutions possibles,<br />
auquel renvoie davantage l’analogie avec le fou créateur).<br />
2.2. Se doter d’un outil d’analyse <strong>de</strong>s problè-<br />
mes<br />
Différents problèmes ont été travaillés par l’équipe,<br />
expérimentés en classe aux <strong>de</strong>ux niveaux scolaires, en<br />
essayant <strong>de</strong> faire ressortir ce que ces problèmes perm<strong>et</strong>tent<br />
<strong>de</strong> développer chez les élèves, <strong>de</strong> voir leur potentiel en lien<br />
avec les personnages du référentiel. Il s’agissait ainsi<br />
d’i<strong>de</strong>ntifier <strong>de</strong>s problèmes qui sollicitent davantage le fou<br />
créateur, qui forcent un travail <strong>de</strong> l’inspecteur, du détective…<br />
Problème 1 : Un litre d’huile à chauffage coûte 2,35 $. Écris ce que<br />
tu ferais sur la calculatrice pour trouver combien cela coûterait pour<br />
remplir un p<strong>et</strong>it réservoir qui contient 0,53 l.<br />
Ce problème sollicite le travail du menuisier 2. Il va surtout<br />
chercher la reconnaissance <strong>de</strong> l’opération par l’élève, <strong>et</strong><br />
perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce la présence éventuelle <strong>de</strong><br />
certaines conceptions erronées (par exemple, le fait que<br />
l’élève pense : « Le résultat étant plus p<strong>et</strong>it, ça doit<br />
nécessairement donner une division. »)<br />
Problème 2 : En me promenant à vélo, j’ai traversé une ban<strong>de</strong><br />
fraîchement peinte large d’environ 15 cm. J’ai poursuivi ma route en<br />
ligne droite <strong>et</strong> je me suis r<strong>et</strong>ourné pour regar<strong>de</strong>r les marques <strong>de</strong> peinture<br />
laissées par les pneus sur le bitume. Qu’est-ce que j’ai vu? (tiré <strong>de</strong><br />
Mason, 1994)<br />
Ce problème sollicite le fou créateur. Il <strong>de</strong>man<strong>de</strong> une<br />
exploration, la formulation <strong>de</strong> conjectures, <strong>de</strong> penser à<br />
différents engagements possibles, ouvre sur la formulation <strong>de</strong><br />
nouveaux problèmes possibles.<br />
Problème 3 : Un expert efficace travaille dans une usine <strong>de</strong><br />
fabrication <strong>de</strong> robots. En 5 minutes, un robot construit une copie <strong>de</strong> luimême<br />
<strong>et</strong> se déplace ensuite dans une caisse où il est emballé pour être<br />
expédié vers l’extérieur.<br />
L’expert a une idée géniale <strong>et</strong> découvre une façon d’augmenter le<br />
ren<strong>de</strong>ment. Il fabrique un robot capable <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>ux <strong>de</strong> ses<br />
semblables en 5 minutes. Le robot mère se déplace ensuite dans une<br />
caisse où il est emballé pour être expédié vers l’extérieur.<br />
L’expert court voir sa supérieure pour lui expliquer qu’il a doublé la<br />
production <strong>et</strong> m<strong>et</strong> en route le robot au préalable pour être à même <strong>de</strong> lui<br />
montrer sa nouvelle invention. Lorsqu’il arrive, sa supérieure est en<br />
réunion <strong>et</strong> il doit attendre 3 heures avant <strong>de</strong> pouvoir la rencontrer.<br />
Quand elle est libre, l’expert lui explique son invention; celle-ci regar<strong>de</strong><br />
l’horloge <strong>et</strong> court jusqu’à l’usine. Combien <strong>de</strong> robots y trouve-t-elle?<br />
Combien <strong>de</strong> robots l’expert s’attend-il qu’elle trouve? (tiré <strong>de</strong> Confrey,<br />
1994)<br />
Ce problème sollicite le travail du détective : un travail<br />
important <strong>de</strong> décodage <strong>de</strong>s données, <strong>de</strong> compréhension du<br />
problème est ici en jeu.<br />
Problème 4 : Lucie <strong>et</strong> Pierre ont chacun leur argent <strong>de</strong> poche. Lucie a<br />
dépensé 1/6 <strong>de</strong> son montant d’argent <strong>et</strong> Pierre 1/3 du sien. À ton avis,<br />
qui a dépensé le plus? Explique.<br />
Est-ce possible que Lucie ait dépensé plus que Pierre? Pourquoi?<br />
Ce problème sollicite l’inspecteur : il y a en eff<strong>et</strong> ici nécessité<br />
<strong>de</strong> s’engager <strong>de</strong> façon réfléchie dans le problème, <strong>de</strong> revenir<br />
au besoin sur la réponse fournie (si j’ai dit par exemple que<br />
Lucie a dépensé moins que Pierre car 1/6 est plus p<strong>et</strong>it que<br />
1/3, <strong>et</strong> que l’on me <strong>de</strong>man<strong>de</strong> « Est-ce possible que Lucie ait<br />
dépensé plus que Pierre? », la nouvelle question peut<br />
m’amener à revenir sur ma réponse précé<strong>de</strong>nte).<br />
2<br />
Ceci ne veut pas dire, comme pour tous les problèmes qui suivent,<br />
que les autres personnages ne sont pas sollicités. Nous voulons<br />
simplement m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce, dans ce cas, une composante<br />
davantage mobilisée.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 34 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />
L’élaboration d’interventions en classe, s’appuyant sur le<br />
référentiel commun, a par ailleurs été menée dans le but <strong>de</strong><br />
développer chez les élèves <strong>de</strong>s habil<strong>et</strong>és en résolution <strong>de</strong><br />
problèmes.<br />
2.3. Faire intervenir chacun <strong>de</strong>s personnages<br />
2.3.1. Un premier exemple à propos du menuisier<br />
Un même problème a été présenté aux élèves dans différents<br />
contextes. C<strong>et</strong>te intervention visait à développer une prise <strong>de</strong><br />
conscience chez les élèves <strong>de</strong> l’influence du contexte, <strong>et</strong> le<br />
développement <strong>de</strong> la stratégie à aller chercher un problème<br />
semblable, plus simple, pour ai<strong>de</strong>r à voir clair dans le<br />
problème.<br />
D’abord confrontés au premier problème à résoudre (voir<br />
problème ci-<strong>de</strong>ssous), les élèves d’une <strong>de</strong>s classes, dans ce cas<br />
<strong>de</strong> la fin du primaire, ont, comme on s’y attendait, bloqué.<br />
Peu d’entre eux ont pu résoudre le problème.<br />
Problème 1 : Une solution est composée <strong>de</strong> glucose. La concentration<br />
<strong>de</strong> glucose est <strong>de</strong> 12 ml par litre <strong>de</strong> solution. Combien faudrait-il<br />
prendre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te solution pour avoir 90 ml <strong>de</strong> glucose?<br />
Dans le <strong>de</strong>uxième cas (voir problème ci-<strong>de</strong>ssous), lorsque le<br />
problème leur a été proposé (le len<strong>de</strong>main) par l’enseignante,<br />
la plupart ont pu le résoudre, en ayant recours à différentes<br />
solutions.<br />
Problème 2 : Super ca<strong>de</strong>au chez Provigo! Chaque caissière dispose<br />
d’un gros sac contenant 90 boîtes <strong>de</strong> gomme « balloune ». Elle en donne<br />
12 à chaque personne qui passe à la caisse. Premier arrivé, premier<br />
servi! À combien <strong>de</strong> personnes peut-elle donner <strong>de</strong>s boîtes <strong>de</strong> gomme<br />
« balloune »?<br />
Le jour suivant, Isabelle, l’enseignante, a ramené à la classe<br />
les problèmes. Qu’est-ce qui fait que l’un est facile à résoudre<br />
<strong>et</strong> l’autre non? Est-ce que ces problèmes se ressemblent?<br />
Qu’est-ce qu’on pourrait faire quand on est face à un<br />
problème comme le premier?<br />
La discussion a débouché sur ce qu’il serait possible <strong>de</strong> faire<br />
pour simplifier le premier problème <strong>et</strong> le rendre plus<br />
compréhensible.<br />
D’autres interventions ont été conduites dans le même sens<br />
par la suite. Ainsi, <strong>de</strong>s problèmes semblables ont été<br />
présentés, l’un avec le support du <strong>de</strong>ssin, l’autre non, ou<br />
encore l’un avec le support du matériel, l’autre non (voir<br />
exemples ci-<strong>de</strong>ssous), en cherchant à voir ce que les enfants<br />
feraient dans chacun <strong>de</strong>s cas. Un r<strong>et</strong>our collectif sur ces<br />
problèmes était alors organisé en classe dans le but, là encore,<br />
<strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s stratégies <strong>de</strong> résolution.<br />
Problème 1 : Peux-tu r<strong>et</strong>rouver la longueur <strong>de</strong> ma ban<strong>de</strong> <strong>de</strong> papier <strong>de</strong><br />
départ, sachant que j’en ai coupé les 7/9 <strong>et</strong> que le morceau qui me reste<br />
alors entre les mains mesure 60 mm? (<strong>de</strong>s ban<strong>de</strong>s <strong>de</strong> papier sont à la<br />
disposition <strong>de</strong>s enfants)<br />
Problème 2 : J’ai parcouru les 7/9 <strong>de</strong> la distance entre ma maison <strong>et</strong><br />
le chal<strong>et</strong> <strong>de</strong> ma tante Charlotte. S’il me reste 60 kilomètres à parcourir<br />
pour y arriver, quelle est la distance totale à parcourir entre chez moi <strong>et</strong><br />
le chal<strong>et</strong> <strong>de</strong> ma tante?<br />
2.3.2. Un <strong>de</strong>uxième exemple à propos du fou<br />
créateur<br />
Pour solliciter le fou créateur chez les élèves, une idée <strong>de</strong><br />
ligue d’improvisation mathématique est née. La formulation<br />
<strong>de</strong> problèmes qui prend place dans le cadre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te ligue<br />
d’improvisation cherche par ailleurs à prendre en compte la<br />
difficulté que les élèves éprouvent dans la compréhension <strong>de</strong><br />
problèmes. La formulation <strong>de</strong> problèmes est à c<strong>et</strong> eff<strong>et</strong> un<br />
outil intéressant. Composer un problème ai<strong>de</strong> à mieux le<br />
comprendre, à voir comment il est construit, les relations<br />
entre les données…<br />
La ligue d’improvisation mathématique (LIM), telle que<br />
pensée, s’inspire <strong>de</strong> la Ligue nationale d’improvisation (LNI),<br />
<strong>et</strong> place donc les élèves dans un contexte qu’ils connaissent,<br />
<strong>de</strong> défi, <strong>de</strong> jeu, <strong>de</strong> création.<br />
Pour ceux <strong>et</strong> celles nombreux au Québec qui connaissent la<br />
LNI, on y parle d’improvisation mixte (dans ce cas, un thème<br />
est joué par les joueurs <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux équipes) ou d’improvisation<br />
comparée (dans ce cas, les équipes jouent sur un même<br />
thème tour à tour). L’improvisation se fait sur un titre ou un<br />
thème. Plusieurs catégories viennent baliser le jeu, par<br />
exemple improvisation libre, mu<strong>et</strong>te ou en ayant recours au<br />
mime, à <strong>de</strong>s onomatopées, sous une forme dramatique,<br />
dansée, <strong>et</strong>c.; on fixe le nombre <strong>de</strong> joueurs, la durée <strong>et</strong> une<br />
pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> concertation préalable.<br />
Ce modèle a été repris <strong>et</strong> adapté pour créer la ligue<br />
d’improvisation mathématique. On parlera ainsi<br />
d’improvisation mixte lorsque celle-ci se réalise en équipe,<br />
d’improvisation comparée lorsque chaque élève est un<br />
joueur, d’improvisation sur un thème. Plusieurs catégories<br />
sont possibles, par exemple improvisation libre,<br />
improvisation impliquant <strong>de</strong>s concepts donnés, faisant appel<br />
à certains types <strong>de</strong> nombres, à un certain domaine (par<br />
exemple, mesure, géométrie…), m<strong>et</strong>tant en oeuvre<br />
éventuellement d’autres contraintes. Le nombre <strong>de</strong> joueurs<br />
peut être fixé dans le cas <strong>de</strong> l’improvisation en équipe. On<br />
prévoit là aussi une certaine durée <strong>et</strong> une concertation<br />
préalable.<br />
Un exemple d’improvisation ai<strong>de</strong>ra à mieux comprendre ce<br />
qui précè<strong>de</strong> :<br />
Improvisation comparée<br />
ayant pour thème « dans un pays imaginaire »<br />
Catégorie : mesure, 138, 10 <strong>et</strong> 52 doivent faire partie du problème<br />
Durée : 5 minutes<br />
Concertation préalable : 30 secon<strong>de</strong>s<br />
À vous <strong>de</strong> vous y exercer!<br />
Plusieurs improvisations ont été réalisées par les classes <strong>de</strong>s<br />
enseignants <strong>et</strong> enseignantes impliqués dans c<strong>et</strong>te recherche.<br />
Nous en reprenons une ci-<strong>de</strong>ssous expérimentée à la fois au<br />
primaire <strong>et</strong> au secondaire (avec <strong>de</strong>s variantes différentes dans<br />
l’énoncé). Nous donnerons aussi, dans ce cas, quelques<br />
exemples <strong>de</strong> productions d’élèves provenant d’une <strong>de</strong>s<br />
classes du primaire, la classe <strong>de</strong> Josée, <strong>et</strong> d’un <strong>de</strong>s groupes du<br />
secondaire, un <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> Mélanie.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 35 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />
Un exemple d’improvisation au primaire <strong>et</strong> au secondaire<br />
l’élève 1 qui oublie la contrainte « Données superflues »).<br />
L’improvisation proposée était la suivante :<br />
Certains formulent un problème à donnée manquante (c’est<br />
le cas <strong>de</strong> l’élève 5, on ne connaît pas la population du<br />
Improvisation comparée<br />
Québec, il faudra la r<strong>et</strong>rouver). Certains essaient <strong>de</strong> formuler<br />
portant sur le thème « une visite dans l’espace »<br />
un problème qui va s’avérer, pour les autres, complexe à<br />
Catégorie : multiplication<br />
résoudre, cherchant à créer ainsi un défi (voir par exemple<br />
Nombres utilisés : (au primaire, nombres naturels; au secondaire,<br />
l’élève 1).<br />
fractions)<br />
Autres contraintes : données superflues<br />
Notre analyse nous montre par ailleurs que la différence<br />
Durée : 5 minutes<br />
entre les élèves du primaire <strong>et</strong> du secondaire n’est pas si<br />
Concertation : 30 secon<strong>de</strong>s<br />
gran<strong>de</strong> dans ce domaine, les enfants pouvant à certains<br />
égards mieux réussir que les élèves du secondaire. Il y a donc<br />
là un chantier important à travailler aux <strong>de</strong>ux niveaux, pour<br />
favoriser à plus long terme le développement d’habil<strong>et</strong>és chez<br />
les élèves, en pensant soigneusement la progression d’un<br />
niveau scolaire à l’autre.<br />
Voici quelques improvisations formulées par <strong>de</strong>s enfants <strong>de</strong><br />
5 e/6 e années (provenant <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> Josée) :<br />
Élève 1 : Un astronaute fait 12 fois le tour d’une planète, un<br />
tour équivaut à 168 km. S’il va à 12 km/h, combien <strong>de</strong> temps<br />
m<strong>et</strong>tra-t-il à faire le tour avec un bris sur son vaisseau, ce qui<br />
lui rajoute 97 minutes <strong>et</strong> 2 km/h <strong>de</strong> moins? De plus, il doit<br />
faire un détour <strong>de</strong> 12 km à chaque tour.<br />
Élève 2 : Michael a 3 fois plus <strong>de</strong> cartes que Steven, <strong>et</strong><br />
Steven a 189 cartes. Maxime a 100 cartes. Combien Michael<br />
a-t-il <strong>de</strong> cartes <strong>de</strong> hockey?<br />
Élève 3 : Gérard est allé dans l’espace, il a vu 5 planètes, la<br />
Lune <strong>et</strong> le Soleil. Il a commencé à compter les étoiles, il en<br />
compte environ 50 par minute en 3 heures. Combien en voitil?<br />
Élève 4 : 4 hommes <strong>de</strong> la Nasa vont faire une visite dans<br />
l’espace pour une durée <strong>de</strong> 1 an, soit 365 jours. Si les 4<br />
hommes veulent savoir combien d’heures ils vont rester dans<br />
l’espace, quelle multiplication <strong>de</strong>vront-ils faire <strong>et</strong> combien<br />
d’heures vont-ils rester?<br />
Voici quelques improvisations formulées par <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong><br />
secondaire 1 (provenant <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> Mélanie) :<br />
Élève 5 : Bonjour, <strong>de</strong>rnièrement j’ai fait une expédition dans<br />
l’espace <strong>et</strong> j’ai vu beaucoup d’étoiles; c’était vraiment beau.<br />
La moitié <strong>de</strong>s étoiles étaient belles <strong>et</strong> les autres moins belles.<br />
Il y en avait à peu près 3 fois la population du Québec. Alors<br />
combien y avait-il <strong>de</strong> belles étoiles?<br />
Élève 6 : Julie est allée faire une visite dans l’espace. La durée<br />
<strong>de</strong> la visite était 1 heure. Elle a passé le 2/5 <strong>de</strong> son temps à<br />
faire le tour <strong>de</strong> la Terre. Ensuite, elle s’est dirigée vers<br />
Mercure où elle a passé le 1/5 du temps qui lui restait.<br />
Élève 7 : Louis <strong>et</strong> moi sommes allés dans l’espace <strong>et</strong> 1/4 du<br />
temps nous avons dormi, 2/4 du temps on a regardé les<br />
planètes <strong>et</strong> 1/4 du temps nous avons été sur la Lune.<br />
Combien <strong>de</strong> temps sommes-nous restés sur la Lune si le<br />
voyage a duré 2 mois? C’était en 1969.<br />
Les exemples précé<strong>de</strong>nts montrent bien a priori le potentiel<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te activité en lien avec le développement <strong>de</strong><br />
compétences par les élèves en résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />
Dans ces quelques exemples, beaucoup d’éléments<br />
ressortent. Ainsi, certains élèves formulent un problème<br />
incompl<strong>et</strong> (c’est le cas <strong>de</strong> l’élève 6 qui a du mal à formuler<br />
une question en lien avec l’énoncé, une question menant à<br />
résoudre une multiplication). Certains ont du mal à prendre<br />
en compte l’ensemble <strong>de</strong>s contraintes (C’est le cas par<br />
exemple <strong>de</strong> l’élève 2, centré sur la multiplication <strong>et</strong> les<br />
données superflues, <strong>et</strong> qui oublie le thème; ou encore <strong>de</strong><br />
Ce travail ouvre par ailleurs sur différentes pistes<br />
d’exploitation en classe :<br />
- résolution <strong>de</strong>s problèmes formulés par les autres élèves <strong>de</strong><br />
la classe, r<strong>et</strong>our sur les problèmes <strong>et</strong> reformulation au besoin<br />
du problème initial;<br />
- construction d’un répertoire <strong>de</strong> problèmes venant <strong>de</strong>s<br />
élèves, présenté à d’autres, repris en <strong>de</strong>voir ou lors <strong>de</strong><br />
travaux;<br />
- r<strong>et</strong>our sur les problèmes formulés à partir d’une grille <strong>de</strong><br />
co-évaluation (voir les exemples ci-<strong>de</strong>ssous expérimentés<br />
dans les <strong>de</strong>ux classes à propos <strong>de</strong>s problèmes précé<strong>de</strong>nts).<br />
C<strong>et</strong>te grille, présentée plus loin, perm<strong>et</strong> aux élèves (<strong>et</strong> à<br />
l’enseignant, enseignante), dans l’exploitation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
improvisation, <strong>de</strong> juger <strong>de</strong> la validité du problème formulé.<br />
Sur la façon <strong>de</strong> mener c<strong>et</strong>te ligue d’improvisation en classe, là<br />
aussi les pistes sont nombreuses, inspirées du modèle <strong>de</strong> la<br />
LNI. À titre d’exemples, on peut penser à la formulation<br />
d’une improvisation en équipe (improvisation mixte), à la<br />
simulation d’une improvisation par les élèves, à l’organisation<br />
d’un match d’improvisation opposant une équipe à une autre,<br />
une classe à une autre, <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s niveaux<br />
scolaires primaire <strong>et</strong> secondaire…<br />
Conclusion<br />
Plusieurs pistes se dégagent <strong>de</strong> ce travail <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux années avec<br />
l’équipe <strong>de</strong> recherche, dont nous n’avons vu ici que quelques<br />
éléments. Ces pistes ouvrent sur un dialogue entre les<br />
enseignants <strong>et</strong> enseignantes du primaire <strong>et</strong> du secondaire<br />
autour du développement d’habil<strong>et</strong>és <strong>de</strong> calcul chez les élèves<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes, visant une meilleure<br />
articulation entre les <strong>de</strong>ux niveaux, dans un souci <strong>de</strong><br />
progression <strong>de</strong>s apprentissages <strong>de</strong>s élèves. Des<br />
prolongements sont actuellement en cours d’élaboration qui<br />
impliqueront d’autres enseignants <strong>et</strong> enseignantes du<br />
primaire <strong>et</strong> du secondaire <strong>de</strong> la même commission scolaire,<br />
désireux <strong>de</strong> travailler sur c<strong>et</strong>te question. Les actions<br />
entreprises visent à partager avec d’autres le matériel <strong>et</strong> les<br />
stratégies élaborées, <strong>de</strong> manière à en favoriser une diffusion<br />
qui puisse profiter à d’autres personnes.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 36 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Pour une plus gran<strong>de</strong> harmonisation dans la transition du primaire au secondaire en <strong>mathématiques</strong> Nadine Bednarz<br />
Grille d’autoévaluation proposée dans la classe du secondaire :<br />
CRITÈRES OUI +/_ NON<br />
J’ai respecté le thème<br />
J’ai utilisé <strong>de</strong>s fractions<br />
Il faut faire une multiplication<br />
pour résoudre<br />
Il y a une ou plusieurs données<br />
superflues<br />
Mon problème comporte une<br />
question ou une tâche<br />
J’ai fait preuve <strong>de</strong> créativité<br />
Grille <strong>de</strong> coévaluation proposée dans la classe du primaire<br />
Titre <strong>de</strong> l’improvisation : __________________________<br />
CRITÈRES<br />
Respect du thème<br />
Respect <strong>de</strong>s nombres proposés<br />
Respect <strong>de</strong>s notions<br />
TRÈS<br />
BIEN<br />
Respect<br />
contraintes<br />
<strong>de</strong>s différentes<br />
Comporte une question ou une<br />
tâche<br />
Problème<br />
formulation<br />
créatif dans sa<br />
Problème créatif par rapport<br />
aux notions <strong>mathématiques</strong><br />
Le problème est réalisable<br />
PLUS OU<br />
MOINS<br />
MOINS<br />
Références<br />
Bednarz, N. & Janvier, B. (1996). Algebra as a problem solving<br />
tool: Continuities and discontinuities with arithm<strong>et</strong>ic. In N.<br />
Bednarz, C. Kieran, & L. Lee (Eds.), Approaches to<br />
algebra: Perspectives for research and teaching, (pp.<br />
115-136). Dordrecht: Kluwer.<br />
Bloch, I., Kientega, G., Tanguay, D. (2006) Synthèse du<br />
thème 6, transition secondaire, post-secondaire en<br />
<strong>mathématiques</strong>. Actes du colloque international<br />
"Espace Mathématique Francophone". CD-ROM.<br />
Sherbrooke, Québec, 27 au 31 mai 2006.<br />
Confrey, J. (1994). « Voix <strong>et</strong> perspective » : à l’écoute <strong>de</strong>s<br />
innovations épistémologiques <strong>de</strong>s étudiants <strong>et</strong><br />
étudiantes. Revue <strong>de</strong>s Sciences <strong>de</strong> l’Éducation, vol. XX, no 1,<br />
115-133.<br />
Durand-Guerrier, V. (2003). Synthèse du thème 5. Transitions<br />
institutionnelles. Actes du colloque international "Espace<br />
Mathématique Francophone". CD-ROM. Tozeur,<br />
Tunisie, 19 au 23 décembre 2003.<br />
Mason, J. (1994). L’esprit mathématique. Collection la Spirale.<br />
Éditions Modulo.<br />
Programme d’étu<strong>de</strong>s en <strong>mathématiques</strong> au primaire (2000). Ministère<br />
<strong>de</strong> l’Éducation du Québec.<br />
Programme d’étu<strong>de</strong>s en <strong>mathématiques</strong> au premier cycle du secondaire<br />
(2003). Ministère <strong>de</strong> l’Éducation, du Loisir <strong>et</strong> du Sport.<br />
Salin, M.H. (2003). Comprendre les difficultés <strong>de</strong>s élèves à passer <strong>de</strong><br />
la « géométrie <strong>de</strong> l’école primaire » à la « géométrie du collège ».<br />
Actes du colloque international "Espace Mathématique<br />
Francophone". CD-ROM. Tozeur, Tunisie, 19 au 23<br />
décembre<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 37 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 38 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>de</strong> pointe<br />
au primaire<br />
À l'ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> découpages, nous illustrerons comment <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong><br />
l'élémentaire sont à la fine pointe <strong>de</strong> la recherche en chimie <strong>de</strong> l'ADN.<br />
Robert Bilinski<br />
Collège<br />
Montmorency<br />
rbilinski@<br />
cmontmorency.qc<br />
.ca<br />
O<br />
n r<strong>et</strong>rouve beaucoup <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
amusantes au primaire. Quelques<br />
articles récents, à la fine pointe<br />
<strong>de</strong> la recherche active en science, démontrent<br />
qu’elles ne sont pas dénuées <strong>de</strong> sens, d’intérêt<br />
ou <strong>de</strong> potentiel, insoupçonné encore, pour<br />
faire avancer la science. Aussi, il ne faut pas se<br />
montrer réticent à les enseigner à cause <strong>de</strong> leur<br />
nature ludique ou <strong>de</strong> leur apparence frivole.<br />
Dans bien <strong>de</strong>s cas, c’est leur simplicité même<br />
qui leur perm<strong>et</strong> d’être si utiles.<br />
1. Des <strong>mathématiques</strong> amusantes<br />
dans une classe <strong>de</strong> primaire<br />
Je suis prêt à parier que si l’on faisait un<br />
sondage sur « les <strong>mathématiques</strong> les plus<br />
amusantes du primaire », sur « les <strong>mathématiques</strong><br />
du primaire qui nous ont le plus<br />
marqués » ou sur « les <strong>mathématiques</strong> du<br />
primaire dont on se souvient le plus », la<br />
réponse tomberait invariablement sur la<br />
construction à partir <strong>de</strong> patrons <strong>de</strong> figures<br />
géométriques en 3D.<br />
En eff<strong>et</strong>, l’éveil progressif <strong>de</strong> l’intérêt soulevé<br />
par la transformation d’une feuille <strong>de</strong> papier<br />
épais (ou <strong>de</strong> carton) n’ayant aucune<br />
profon<strong>de</strong>ur en un obj<strong>et</strong> fragile <strong>et</strong> vi<strong>de</strong>, mais<br />
ayant c<strong>et</strong>te précieuse troisième dimension, la<br />
profon<strong>de</strong>ur, n’a pas d’égal dans ma mémoire.<br />
Pourtant, je me souviens avec plaisir <strong>de</strong>s<br />
innombrables calculs réalisés, mais pas dans le<br />
détail. Il y en avait tellement que tous les<br />
calculs se mélangent dans mes souvenirs. Par<br />
contre, les constructions étaient si rares<br />
qu’elles sont restées dans ma mémoire : le<br />
carton jaune, le bâton <strong>de</strong> colle…<br />
Figure 1 : Patron usuel en 2D servant à la<br />
construction d’un cube<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 39 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>de</strong> pointe au primaire Robert Bilinski<br />
2. Des <strong>mathématiques</strong> amusantes dans un<br />
laboratoire<br />
Aujourd’hui, loin <strong>de</strong> paraître enfantins, certains chercheurs<br />
passent pour <strong>de</strong>s génies avant-gardistes en continuant ces<br />
jeux amusants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, mais avec <strong>de</strong>s brins<br />
d’ADN à la place du matériel <strong>de</strong> bricolage <strong>de</strong> base du<br />
primaire... Le meneur <strong>de</strong> bal fut le chimiste new-yorkais N.C.<br />
Seeman qui faisait récemment la couverture <strong>de</strong> l’illustre revue<br />
« Scientific American » <strong>et</strong> y signait un article d’une dizaine <strong>de</strong><br />
pages.<br />
La Figure 2 illustre le potentiel <strong>de</strong> nos <strong>mathématiques</strong>,<br />
lorsque mélangées à un peu d’imagination <strong>et</strong> <strong>de</strong> savoir, sans<br />
oublier quelques subventions. On remarque qu’au lieu <strong>de</strong><br />
construire <strong>de</strong>s soli<strong>de</strong>s avec <strong>de</strong>s faces pleines, on construit<br />
avec l’ADN <strong>de</strong>s « squel<strong>et</strong>tes » <strong>de</strong> figures géométriques<br />
connues.<br />
C’est à se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r quel but poursuivent ces chercheurs<br />
dans leurs constructions. La réponse est à la fois fort simple,<br />
<strong>et</strong> surprenante :<br />
— créer <strong>de</strong>s « miniréacteurs » chimiques dans lesquels la<br />
proximité <strong>de</strong>s produits introduits à l’intérieur favoriserait <strong>de</strong>s<br />
réactions recherchées;<br />
— bâtir <strong>de</strong>s contenants pouvant servir à l’administration<br />
<strong>de</strong> médicaments…<br />
Figure 2a : Dessin d’un octaèdre fait à partir <strong>de</strong> brins<br />
d’ADN (extrait <strong>de</strong> Shih)<br />
Figure 2b : Le patron en 2D qui se plie pour obtenir<br />
celui <strong>de</strong> la Figure 2a<br />
Figure 2c : Dessin expliquant l’entrecroisement <strong>de</strong> 2<br />
branches issues <strong>de</strong> 2 étoiles<br />
Figure 2d : Photographies d’octaèdres réels réalisées<br />
à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> microscopes<br />
La première fois (dont on a la trace en Occi<strong>de</strong>nt) que<br />
l’homme a exploré les figures tridimensionnelles platoniciennes,<br />
c’était dans la Grèce antique où les mathématiciens,<br />
selon la légen<strong>de</strong>, <strong>de</strong>ssinaient ces figures dans le sable avec <strong>de</strong>s<br />
bâtons!<br />
3. D’autres <strong>mathématiques</strong> amusantes du<br />
primaire dans les laboratoires<br />
Dans le même ordre d’idées, pensons aux autres bricolages<br />
que nous avions dans nos cours <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> du<br />
primaire. En y pensant bien, on se souviendra aussi <strong>de</strong>s<br />
pavages ou <strong>de</strong>s variantes <strong>de</strong> « tangram » où l’objectif est <strong>de</strong><br />
remplir une surface avec <strong>de</strong>s figures géométriques<br />
prédéterminées.<br />
Ici les chimistes forment <strong>de</strong>s plaqu<strong>et</strong>tes à l’allure <strong>de</strong> cottes <strong>de</strong><br />
mailles médiévales. Le but avoué est <strong>de</strong> perm<strong>et</strong>tre la création,<br />
à plus ou moins long terme, d’ordinateurs entièrement faits<br />
d’ADN. Ainsi, on fait déjà <strong>de</strong>s structures se comportant<br />
comme <strong>de</strong>s portes ET, OU <strong>et</strong> NON que l’on voudrait<br />
pouvoir greffer à la surface <strong>de</strong> ces plaqu<strong>et</strong>tes…<br />
4. Encore d’autres <strong>mathématiques</strong> du<br />
primaire amusantes dans les laboratoires<br />
En utilisant notre imagination, le <strong>de</strong>ssin <strong>de</strong> <strong>de</strong> la Figure 3a<br />
pourrait évoquer <strong>de</strong>s Legos.<br />
Figure 3a : Dessin illustrant l’agencement <strong>de</strong> molécules<br />
d’ADN (extraite <strong>de</strong> Kiehl)<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 40 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>de</strong> pointe au primaire Robert Bilinski<br />
Figure 3b : Photographie d’un pavage comme le a) par<br />
un microscope<br />
Vous l’aurez <strong>de</strong>viné, <strong>de</strong>s chimistes ont déjà construit <strong>de</strong> telles<br />
briques qui s’imbriquent l’une dans l’autre à la manière <strong>de</strong> ces<br />
jou<strong>et</strong>s…<br />
Figure 4 :: Assemblage <strong>de</strong> plusieurs briques « Legos »<br />
d’ADN<br />
5. Conclusion<br />
Clairement, le travail que l’on effectue au primaire dans<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> revêt une tout autre allure<br />
à la lumière <strong>de</strong>s constructions présentées dans c<strong>et</strong> article.<br />
Plusieurs constats s’offrent donc à nous. Ce n’est pas parce<br />
qu’une partie <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est amusante ou considérée<br />
comme facile qu’elle <strong>de</strong>vrait pour autant être négligée ou<br />
escamotée. Trop souvent, le contenu « beau », « élégant » <strong>et</strong><br />
« amusant » <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est sacrifié pour le côté<br />
« utile »… La source d’émerveillements immédiats <strong>et</strong> futurs<br />
chez les jeunes <strong>et</strong> les moins jeunes passe entre autres par une<br />
bonne formation au primaire.<br />
Il est clair que les <strong>mathématiques</strong> constituent une source <strong>de</strong><br />
bricolages époustouflants dans le domaine génétique. Ainsi, il<br />
faut continuer à amener les jeunes à explorer le mon<strong>de</strong> qui<br />
les entoure en découvrant les merveilles <strong>de</strong>s dimensions. De<br />
plus, il est possible <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans le<br />
moindre bricolage <strong>et</strong> <strong>de</strong> les rendre amusantes par le fait<br />
même. À vous <strong>de</strong> chercher…<br />
6. Références bibliographiques<br />
– Richard A. Kiehl, Karin Musier-Forsyth, Nadrian C.<br />
Seeman , Boris I. Shklovskii, T. Andrew Taton (2003),<br />
Assembly of Nanoelectronic Components by DNA Scaffolding, NSF<br />
Nanoscale Science and Engineering Grantees Conference,<br />
Dec 16-18.<br />
– William M. Shih, Joel D. Quispe & Gerald F. Joyce (2004),<br />
A 1.7-kilobase single-stran<strong>de</strong>d DNA that folds into a nanoscale<br />
octahedron, Nature: 427 p 618-621<br />
– Nadrian C. Seeman, Hui Wang, Xiaoping Yang, Furong<br />
Liu, <strong>et</strong> al (1998), New motifs in DNA nanotechnology,<br />
Nanotechnology 9 257–273.<br />
– N. C. Seeman (1998), DNA nanotechnology : Novel DNA<br />
constructions, Annual Reviews of Biophysical and Biomolecular<br />
Structures 27 : 225 — 248<br />
– Nadrian C. Seeman (June 2004), Nanotechnology and the<br />
Double Helix; Scientific American Magazine.<br />
– Yuriy Brun, Manoj Gopalkrishnan, Dustin Reishus, Bilal<br />
Shaw, Nickolas Chelyapov, and Leonard Adleman (2004),<br />
Building Blocks for DNA Self-Assembly, gratuit sur le site<br />
web <strong>de</strong> University of Southern California<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 41 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 42 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Quelques liens<br />
entre<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique<br />
Tout commença, dit-on, par Pythagore <strong>et</strong> ses calculs <strong>de</strong> proportions d’intervalles<br />
musicaux. C’est l’exemple classique <strong>de</strong> rapport entre les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> la<br />
musique. Mais y a-t-il plus? D’autres mathématiciens sont-ils venus m<strong>et</strong>tre leurs<br />
oreilles dans la musique? Quelles <strong>mathématiques</strong> joue-t-on dans la musique?<br />
Mathématiques <strong>et</strong> musique au XXI e siècle: comment cela sonne-t-il?<br />
Chantal Buteau<br />
Brock University<br />
St.Catharines<br />
Ontario<br />
cbuteau@<br />
brocku.ca<br />
Remerciements<br />
Je remercie Denis<br />
Poulin, étudiant à la<br />
Maîtrise en<br />
<strong>mathématiques</strong> à<br />
l’Université Laval<br />
dont le travail <strong>de</strong> fin<br />
<strong>de</strong> Baccalauréat<br />
traitait <strong>de</strong> la théorie<br />
mathématique <strong>de</strong> la<br />
musique, <strong>et</strong> Isabelle<br />
Beau<strong>de</strong>t, enseignante<br />
<strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> à<br />
la Commission<br />
scolaire <strong>de</strong>s<br />
Premières<br />
Seigneuries, pour<br />
leurs précieux<br />
commentaires<br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong><br />
clarifier plusieurs<br />
parties <strong>de</strong> c<strong>et</strong> article.<br />
M<br />
athématiques <strong>et</strong> musique ? Ça peut<br />
créer un eff<strong>et</strong> <strong>de</strong> surprise <strong>et</strong><br />
provoquer un commentaire<br />
comme "Oui bien sûr, Pythagore!". Eh oui, il<br />
y a eu Pythagore <strong>et</strong> ses étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> proportions<br />
d'intervalles musicaux. C'est certainement<br />
l'exemple le plus classique, bien qu’antique (!),<br />
<strong>de</strong> liens entre la musique <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong>.<br />
Mais y a-t-il plus? Y a-t-il eu d'autres<br />
mathématiciens qui sont venus m<strong>et</strong>tre leurs<br />
oreilles dans la musique? Y a-t-il eu <strong>de</strong>s<br />
musiciens qui ont inséré <strong>de</strong>s équations dans<br />
leurs œuvres? Quelles <strong>mathématiques</strong> joue-t-on<br />
dans la musique ?<br />
Je présente dans c<strong>et</strong> article quelques exemples<br />
diversifiés <strong>de</strong> liens entre les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />
la musique : l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la musique par <strong>de</strong>ux<br />
mathématiciens célèbres, l'introduction <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> par un théoricien <strong>de</strong> la<br />
musique pour formaliser sa théorie analytique<br />
<strong>et</strong> l'utilisation <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> par un<br />
compositeur du XX e siècle <strong>et</strong> par un autre <strong>de</strong><br />
l’époque baroque. Ceci nous mènera ensuite à<br />
l'introduction <strong>de</strong> la théorie mathématique <strong>de</strong> la<br />
musique (en abrégé la MaMuTh) <strong>de</strong>venue une<br />
discipline <strong>de</strong> recherche. La MaMuTh est une<br />
théorie mathématique, donc à la fois<br />
cohérente <strong>et</strong> rigoureuse, pour l’analyse d’obj<strong>et</strong>s<br />
musicaux <strong>et</strong> <strong>de</strong> leurs relations. C’est dans ce<br />
contexte<br />
que j’exposerai brièvement un modèle<br />
topologique <strong>de</strong> l'analyse mélodique <strong>de</strong> la<br />
musique, suj<strong>et</strong> principal <strong>de</strong> mes travaux <strong>de</strong><br />
recherche.<br />
1. Quelques liens entre les<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> la musique<br />
Il faut r<strong>et</strong>ourner au tout commencement alors<br />
que les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> la musique étaient<br />
étroitement liées en tant que disciplines. Au<br />
temps <strong>de</strong> Pythagore, <strong>et</strong> ce, jusqu’au Moyen<br />
Âge, le quadrivium <strong>de</strong> connaissance répartissait<br />
les <strong>mathématiques</strong> en quatre parties : la<br />
géométrie, l’arithmétique, l’astronomie <strong>et</strong> la<br />
musique. Par la suite, une coupure s’est faite :<br />
la musique est <strong>de</strong>venue un Art. À ce moment,<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique ont semblé<br />
s’éloigner, mais aujourd’hui, ces disciplines<br />
sont sans aucun doute <strong>de</strong> nouveau en harmonie.<br />
Regardons quelques liens dans le passé avant<br />
<strong>de</strong> présenter une théorie mathématique<br />
contemporaine <strong>de</strong> la musique. Au lecteur<br />
intéressé, je réfère à l’épiso<strong>de</strong> 3 Arts <strong>et</strong> culture<br />
(réf. (1)) <strong>de</strong> la série télévisée C’est Mathématique!<br />
pour une introduction captivante du suj<strong>et</strong>.<br />
Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 43 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />
1.1 Des mathématiciens <strong>et</strong> la musique<br />
La légen<strong>de</strong> veut qu'un jour Pythagore, se promenant <strong>de</strong>vant<br />
la boutique d'un forgeron, observa que lorsque celui-ci<br />
frappait l'enclume avec <strong>de</strong>s marteaux dont les masses étaient<br />
dans <strong>de</strong>s rapports simples, cela produisait <strong>de</strong>s sons<br />
consonants. Ceci l'emmena à créer un monocor<strong>de</strong> pour<br />
étudier systématiquement les rapports <strong>de</strong> fréquences <strong>de</strong>s<br />
sons.<br />
Figure 1 Le frontispice du livre Theorica Musice (1492)<br />
du théoricien <strong>de</strong> la musique Franchino Gafurio. On y<br />
remarque dans chacune <strong>de</strong>s images les nombres 16, 12, 9, 8, 6<br />
<strong>et</strong> 4 sur les marteaux, cloches, verres, cor<strong>de</strong>s tendues <strong>et</strong> flûtes se<br />
référant à l’étu<strong>de</strong> mathématique <strong>de</strong> la musique <strong>de</strong> Pythagore.<br />
Pythagore observa que <strong>de</strong>ux cor<strong>de</strong>s pincées (<strong>de</strong> même<br />
<strong>de</strong>nsité <strong>et</strong> sous même tension) donnaient un son plaisant si<br />
leurs longueurs étaient dans un rapport <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux p<strong>et</strong>its entiers.<br />
Par exemple, si les longueurs sont dans un rapport <strong>de</strong> 2:1,<br />
elles produisent <strong>de</strong>ux notes distantes d’une octave, la cor<strong>de</strong> la<br />
plus courte produisant le son plus aigu. Les cor<strong>de</strong>s dont les<br />
longueurs sont dans un rapport <strong>de</strong> 3:2 produisent la quinte,<br />
par exemple do – sol, qui est très agréable à l'écoute. Si, à<br />
partir <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te proportion, on reproduit une quinte, le<br />
quotient suivant par rapport à la note originale sera 3 2 : 2 2<br />
que l'on ramène dans l’octave précé<strong>de</strong>nte soit à 9 :8.<br />
Figure 2 Les rapports <strong>de</strong> longueurs <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s; 2:1 produit l’octave<br />
(do – do) ; 3:2 produit la quinte (do – sol) ; 3:2 <strong>de</strong> 3:2 (do – sol – ré)<br />
est 9:4 qui <strong>de</strong>vient 9:8 (do–ré) produisant la quinte <strong>de</strong> la quinte<br />
réajustée à l’octave.<br />
Et ainsi <strong>de</strong> suite, si on reproduit successivement <strong>de</strong>s quintes<br />
(do, sol, ré, la, mi, si) en y ajoutant une quinte inférieure au<br />
do donnant la note fa, on obtient la gamme <strong>de</strong> Pythagore :<br />
Note do ré mi fa sol la si do<br />
Ratio 1:1 9:8 81:64 4:3 3:2 27:16 243:128 2:1<br />
Figure 3 Rapports <strong>de</strong> fréquences <strong>de</strong>s notes <strong>de</strong> la gamme <strong>de</strong> Pythagore<br />
Notons que c<strong>et</strong>te gamme ne s'entend pas comme celle jouée<br />
sur un piano, car, sur ce <strong>de</strong>rnier, les rapports <strong>de</strong> fréquences<br />
ont été réajustés pour faciliter les changements <strong>de</strong> clés. Plus<br />
précisément, on observe que les rapports entre les tons do –<br />
ré, ré – mi, fa – sol, sol – la, la – si sont tous <strong>de</strong> 9 :8 <strong>et</strong> les<br />
rapports entre les <strong>de</strong>mi-tons mi – fa <strong>et</strong> si – do sont tous <strong>de</strong>ux<br />
<strong>de</strong> 256 : 243. Or, ( 256 : 243)<br />
2<br />
< 9 : 8 , <strong>et</strong> donc le <strong>de</strong>mi-ton<br />
pythagoricien n’est pas exactement un <strong>de</strong>mi-ton, alors que le<br />
<strong>de</strong>mi-ton sur le piano a été ajusté pour être exactement la<br />
moitié d’un ton.<br />
Ajoutons que l’impossibilité <strong>de</strong> refermer une gamme par<br />
progression <strong>de</strong> quintes justes vient du fait qu’on ne puisse<br />
trouver <strong>de</strong>ux entiers l <strong>et</strong> m tels que 3 l = 2 m . Et il s’en suivra<br />
une longue tradition sur l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s gammes <strong>et</strong><br />
tempéraments : comment refermer une gamme selon<br />
différents critères <strong>de</strong> maximisation par exemple sur les<br />
quintes justes <strong>et</strong> les tierces majeures (do – mi) ? Au lecteur<br />
intéressé, je recomman<strong>de</strong> les articles Mathématiques <strong>et</strong> Musique<br />
I, II <strong>et</strong> III (réf. (2),(3),(4)) <strong>de</strong> Serge Robert dans les bull<strong>et</strong>ins<br />
<strong>de</strong> l’Association Mathématique du Québec (AMQ) qui<br />
présentent la construction mathématique <strong>de</strong> gammes à<br />
travers l’Histoire. Aussi le site Intern<strong>et</strong> «Maths & Music »<br />
(réf.(5)) contient plusieurs autres références sur le suj<strong>et</strong>.<br />
Revenons aux rapports simples <strong>de</strong> fréquences. En se basant<br />
sur les calculs <strong>de</strong> Pythagore, le mathématicien Euler s’est<br />
intéressé à l’ordre <strong>de</strong> consonance d’un ensemble d’intervalles.<br />
Il a abordé le problème en utilisant le théorème fondamental<br />
<strong>de</strong> l'arithmétique, soit la factorisation unique, à ordre près, <strong>de</strong><br />
tout entier positif en nombres premiers, i.e. pour tout<br />
e1 e2 ek n ! N : n = p1 p2 ...pk où les p sont <strong>de</strong>s nombres<br />
i<br />
premiers <strong>et</strong> les e <strong>de</strong>s entiers positifs. Euler a employé c<strong>et</strong>te<br />
i<br />
décomposition dans la définition <strong>de</strong> la fonction gradus.<br />
!(n) :=1 + # ei ( pi "1) .<br />
i<br />
Puis, il a étendu sa fonction aux rationnels a:b, que l'on peut<br />
supposer réduits :<br />
!(a : b) := !(ab).<br />
Sa conjecture fut que plus la valeur du gradus du rapport<br />
d'entiers d'un intervalle est p<strong>et</strong>ite, plus l'intervalle est<br />
consonant. Par exemple, en comparant les intervalles <strong>de</strong> la<br />
gamme <strong>de</strong> do majeure 1 , on obtient l'ordre suivant <strong>de</strong><br />
consonance :<br />
1 Dans c<strong>et</strong> exemple, nous considérons la gamme en intonation juste,<br />
c’est-à-dire dans laquelle les rapports <strong>de</strong> fréquences <strong>de</strong>s accords<br />
majeurs, soit do – mi – sol, fa – la – do <strong>et</strong> sol – si – ré, sont tous 4 :<br />
5 : 6.<br />
Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 44 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />
Intervalles Rapports d'entiers<br />
Octave 2:1<br />
Quinte<br />
Quarte<br />
Sixte majeure<br />
Tierce majeure<br />
Secon<strong>de</strong> majeure<br />
Septième majeure<br />
3:2<br />
4:3<br />
5:3<br />
5:4<br />
9:8<br />
15:8<br />
Figure 4 Ordre <strong>de</strong> consonance <strong>de</strong>s intervalles <strong>de</strong> la gamme en<br />
intonation juste selon le modèle <strong>de</strong> Euler : plus la valeur du gradus du<br />
rapport d’intervalle est p<strong>et</strong>ite, plus l’intervalle est consonant.<br />
1.2 Un théoricien <strong>de</strong> la musique <strong>et</strong> la théorie <strong>de</strong>s<br />
ensembles<br />
Allen Forte, théoricien contemporain <strong>de</strong> la musique, a intégré<br />
dans les années soixante <strong>de</strong>s concepts <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s<br />
ensembles dans son approche d'analyse <strong>de</strong> musique atonale<br />
(réf.(6)). Je fais remarquer que la musique atonale, par<br />
exemple la musique sérielle du début du XX e siècle, comme<br />
celle <strong>de</strong> Schoenberg ou <strong>de</strong> Webern, dans laquelle les règles <strong>de</strong><br />
tonalité ne tiennent plus, est une musique très différente <strong>de</strong> la<br />
musique classique. Dans l’approche <strong>de</strong> Forte, les regroupements<br />
<strong>de</strong> notes, comme les accords, sont représentés par <strong>de</strong>s<br />
ensembles d'entiers 0, 1, ..., 11 correspondant aux hauteurs<br />
<strong>de</strong>s notes : 0 – do ou si#, 1 – do# ou réb, 2 – ré, ..., 11 – si<br />
ou dob. Puis, Forte établit <strong>de</strong>s relations entre les regroupements<br />
<strong>de</strong> notes en utilisant par exemple les concepts<br />
d'intersection, <strong>de</strong> complément <strong>et</strong> <strong>de</strong> sous-ensemble. La<br />
Figure 5 présente un exemple d'i<strong>de</strong>ntification <strong>de</strong> regroupements<br />
<strong>de</strong> notes "à la Allen Forte".<br />
Figure 5 Exemple mo<strong>de</strong>rne d’i<strong>de</strong>ntifications <strong>de</strong> regroupements <strong>de</strong> notes À la Forte.<br />
On y remarque que le système chromatique (do, do#, ré, ré#, ..., la#, si) est représenté par<br />
Z /12Z .<br />
Il faut noter que Forte n'était pas le premier à utiliser la<br />
représentation ensembliste dans son approche. Des<br />
théoriciens–compositeurs comme Milton Babbitt (né en<br />
1916) (réf.(7)) <strong>et</strong> Anatol Vieru (1926 – 1998) (réf.(8)) l'ont<br />
précédé. Par contre, on peut affirmer qu'à partir <strong>de</strong> la<br />
pério<strong>de</strong> Forte, l'approche mathématique dans l'analyse <strong>de</strong> la<br />
musique a vraiment commencé à s'établir parmi les<br />
théoriciens <strong>de</strong> la musique nord-américains. Et c'est à c<strong>et</strong>te<br />
pério<strong>de</strong> que la représentation du système chromatique (i.e. le<br />
système <strong>de</strong> notes) dans le cercle, tel que représenté dans la<br />
Figure 5, est véritablement <strong>de</strong>venue usuelle. Le développement<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te approche ensembliste, souvent appelée S<strong>et</strong><br />
Theory ou American S<strong>et</strong> Theory, dépasse aujourd’hui largement<br />
l'application à la musique atonale. Signalons que le théoricien<br />
David Lewin y a considérablement contribué (réf.(9))<br />
par son approche catégorielle.<br />
1.3 Des compositeurs <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong><br />
Il n’y a pas que le mathématicien qui joue <strong>de</strong> ses violons dans la<br />
musique ou le théoricien <strong>de</strong> la musique qui intègre les<br />
<strong>mathématiques</strong> dans son analyse, il y a aussi le compositeur<br />
qui a son mot à dire, ou plutôt à faire entendre. Par exemple,<br />
Iannis Xenakis (1922-2001) a composé son œuvre Nomos<br />
Alpha (1966) en suivant un algorithme très précis. Il a utilisé<br />
le groupe <strong>de</strong> rotations du cube sur lui-même (d'ordre 24) <strong>et</strong>, à<br />
chacun <strong>de</strong>s somm<strong>et</strong>s du cube, il a associé ce qu'il a appelé un<br />
complexe sonore : C1, C2, ..., C8, par exemple, une répétition<br />
<strong>de</strong> notes ou un nuage <strong>de</strong> notes. Or, on peut représenter les<br />
rotations par <strong>de</strong>s permutations <strong>de</strong>s 8 somm<strong>et</strong>s. Par exemple,<br />
dans la Figure 6 une rotation <strong>de</strong> π/2 dans le sens antihoraire<br />
selon l’axe vertical envoie les complexes C2 sur C1, C3 sur<br />
C2, C4 sur C3, C1 sur C4, <strong>et</strong>c, <strong>et</strong> c<strong>et</strong>te rotation est alors<br />
représentée par la permutation (23416785).<br />
Figure 6 Xenakis a associé un<br />
complexe sonore à chacun <strong>de</strong>s somm<strong>et</strong>s du<br />
cube <strong>et</strong>, en utilisant la représentation <strong>de</strong>s<br />
rotations en tant que permutations <strong>de</strong>s<br />
somm<strong>et</strong>s, il a considéré une suite finie <strong>de</strong><br />
rotations du cube sur lui-même pour<br />
composer Nomos Alpha.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 45 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />
Puis, il a considéré un procédé <strong>de</strong> Fibonacci pour créer son<br />
œuvre : il a engendré une suite <strong>de</strong> rotations en choisissant<br />
d'abord <strong>de</strong>ux rotations g1 <strong>et</strong> g2 , puis en déterminant les<br />
suivantes par<br />
gk+2 := gk+1 ! gk Étant donné que le groupe est fini, la suite est périodique.<br />
Or, Xenakis a en fait utilisé une suite aux propriétés<br />
maximales. En eff<strong>et</strong>, Moreno Andreatta a démontré dans sa<br />
thèse <strong>de</strong> doctorat (réf.(10)), en 2003, que la suite possè<strong>de</strong> le<br />
plus grand nombre d'éléments différents <strong>et</strong> qu’elle est <strong>de</strong><br />
pério<strong>de</strong> maximale. Le lecteur est invité à j<strong>et</strong>er un coup d’oeil<br />
sur ce procédé <strong>de</strong> composition sur le site Intern<strong>et</strong> (réf.(11)).<br />
Xénakis a délibérément utilisé un groupe mathématique dans<br />
la composition <strong>de</strong> son œuvre. Je dois faire remarquer que ce<br />
procédé était déjà présent chez les compositeurs baroques,<br />
mais qu’il était caché sous les règles <strong>de</strong> composition, plus<br />
précisément celles <strong>de</strong> la fugue. L'idée <strong>de</strong> la fugue est <strong>de</strong><br />
présenter une mélodie, puis <strong>de</strong> la répéter le plus souvent<br />
possible dans d'autres voix <strong>et</strong> décalées dans le temps, comme<br />
un canon. Ces répétitions, appelées imitations, sont <strong>de</strong><br />
strictes reproductions, ou elles sont transposées (par exemple<br />
une quinte plus haut), ou inversées (réflexion par rapport à<br />
l'axe horizontal) ou encore rétrogradées (réflexion par<br />
rapport à l'axe vertical). Et on y reconnaît bien la structure<br />
<strong>de</strong> groupe. La Figure 7 présente les premières mesures <strong>de</strong><br />
l'Inventio I <strong>de</strong> Johann Sebastian Bach (1685-1750) dans<br />
laquelle quelques symétries sont mises en évi<strong>de</strong>nce.<br />
Figure 7 Quelques symétries <strong>de</strong> l'Inventio I <strong>de</strong> Johann<br />
Sebastian Bach.<br />
Or, dans son traité d’analyse en 1992, Xenakis (réf.(12)) a<br />
représenté ces symétries, soit la répétition, l’inversion, la<br />
rétrogradation, <strong>et</strong> l’inversion rétrogradée, par <strong>de</strong>s opérations<br />
linéaires dans le plan complexe (Figure 8).<br />
2 Théorie mathématique <strong>de</strong> la musique<br />
Dans la section précé<strong>de</strong>nte, nous avons vu <strong>de</strong>s liens entre<br />
musique <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> qui sillonnent différents aspects<br />
<strong>de</strong> la musique, plus précisément les aspects <strong>de</strong> composition <strong>et</strong><br />
d'analyse <strong>et</strong> les aspects physique <strong>et</strong> intellectuel. Dans c<strong>et</strong>te<br />
section, j’expose brièvement quelques gran<strong>de</strong>s lignes d’une<br />
théorie mathématique contemporaine <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> systématique<br />
<strong>de</strong> la musique.<br />
Figure 8 Autre représentation possible <strong>de</strong>s symétries selon le<br />
compositeur Xenakis (réf.(12), page 374) par <strong>de</strong>s opérations<br />
linéaires dans le plan complexe.<br />
Nous préludons avec une citation <strong>de</strong> Pierre Boulez (né en<br />
1925), chef d'orchestre <strong>et</strong> compositeur français : “Music cannot<br />
be <strong>de</strong>generated or reduced to a section of Mathematics: Music is<br />
fundamentally rooted within physical, psychological and semiotic<br />
realities. But we need more sophisticated m<strong>et</strong>hods besi<strong>de</strong>s statistical and<br />
empirical data in or<strong>de</strong>r to formally <strong>de</strong>scribe musical instances” 2. Dans<br />
ce contexte, la théorie mathématique <strong>de</strong> la musique, en<br />
abrégé la MaMuTh 3, est un cadre <strong>de</strong> travail scientifique pour<br />
la musicologie qui respecte les limites imposées par la nature<br />
même <strong>de</strong> la musique.<br />
Dans les années quatre-vingt, le mathématicien <strong>et</strong> musicien<br />
professionnel Guerino Mazzola a présenté (réf.(13),(14)) le<br />
début du développement d’un cadre mathématique abstrait<br />
<strong>de</strong> la MaMuTh. Mazzola propose <strong>de</strong>s structures abstraites<br />
dans lesquelles on peut redéfinir plusieurs approches, les<br />
généraliser <strong>et</strong>, parfois même, résoudre certaines contradictions.<br />
Avec <strong>de</strong>s concepts <strong>de</strong> géométrie algébrique, <strong>de</strong> théorie<br />
<strong>de</strong>s modules <strong>et</strong> <strong>de</strong>s catégories, <strong>de</strong>s topologies algébrique <strong>et</strong><br />
combinatoire, <strong>de</strong> théorie <strong>de</strong>s représentations <strong>et</strong>, enfin, <strong>de</strong><br />
théorie <strong>de</strong>s topoï, <strong>et</strong> avec l'apport <strong>de</strong> diverses disciplines<br />
comme les sciences informatiques, la sémantique, la<br />
2 « La musique ne peut être réduite à une section <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> : la musique est fondamentalement enracinée dans<br />
les réalités physique, psychologique <strong>et</strong> sémiotique. Par contre, en<br />
plus <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s <strong>statistique</strong>s <strong>et</strong> empiriques, nous avons aussi<br />
besoin <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s sophistiquées pour décrire formellement les<br />
obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> relations musicaux.»<br />
3 Du nom allemand <strong>de</strong> la théorie, Mathematische Musiktheorie, qui<br />
concor<strong>de</strong> également avec Mathematical Music Theory.<br />
Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 46 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />
physique, les sciences cognitives <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong>, on sinon, ! = - 1. Le contour mélodique du motif <strong>de</strong> la<br />
ij<br />
étudie les obj<strong>et</strong>s musicaux <strong>et</strong> leurs relations dans les Figure 9 donne par exemple la matrice suivante :<br />
contextes <strong>de</strong> composition, d’analyse <strong>et</strong> d’interprétation.<br />
Pour illustrer le type <strong>de</strong> recherche qui se développe dans le<br />
" 0 0 0 !1%<br />
$<br />
'<br />
domaine <strong>de</strong> la MaMuTh, ces <strong>de</strong>rnières années, principale-<br />
$<br />
0 0 0 !1<br />
'<br />
ment en Europe <strong>et</strong> en Amérique du Nord, j’ébauche<br />
$ 0 0 0 !1'<br />
brièvement la théorie <strong>de</strong>s espaces motiviques, un modèle<br />
$<br />
'<br />
topologique <strong>de</strong> l'analyse <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la structure<br />
# 1 1 1 0 &<br />
mélodique <strong>de</strong> la musique, qui constitue le suj<strong>et</strong> principal <strong>de</strong> puisque la mélodie reste constante pour les trois premières<br />
mes travaux <strong>de</strong> recherche actuels.<br />
notes, expliquant tous ces 0, puis <strong>de</strong>scend (d’une tierce<br />
majeure) ce que l’on observe par les - 1 dans la partie<br />
triangulaire supérieure <strong>de</strong> la matrice . Par définition, si<br />
! = - 1, alors<br />
ij ! = 1 <strong>et</strong> vice versa. La matrice, souvent<br />
ji<br />
appelée « comparison matrix », en abrégé COM, est donc<br />
antisymétrique <strong>et</strong> la diagonale principale ne contient que <strong>de</strong>s<br />
0, i.e. ! ii = 0.<br />
2.1. Espaces motiviques<br />
Décrivons d'abord en quelques lignes ce qu'est l'analyse<br />
mélodique ou, plus précisément, l'analyse motivique. C<strong>et</strong>te<br />
<strong>de</strong>rnière décrit la structure d'une composition musicale par le<br />
biais <strong>de</strong> l’organisation hiérarchique <strong>de</strong> ses motifs (courtes<br />
mélodies d'environ <strong>de</strong>ux à dix notes). C<strong>et</strong>te analyse se<br />
résume souvent à déterminer le motif générateur <strong>de</strong> la<br />
composition, appelé motif germinal. Le motif germinal<br />
remplit la fonction particulière d'unifier toute la composition.<br />
Plus précisément, selon le théoricien Rudolph Réti<br />
(réf.(15)), c'est le motif dont le contour est répété tout au<br />
long <strong>de</strong> la composition, soit sous forme d’une stricte<br />
répétition, soit après transformation. L'exemple classique<br />
d'un motif germinal est le fameux motif formé <strong>de</strong>s quatre<br />
notes sol – sol – sol – mib (voir Figure 9) <strong>de</strong> la Cinquième<br />
Symphonie <strong>de</strong> Be<strong>et</strong>hoven que l'on entend, remarquablement,<br />
du début à la fin <strong>de</strong> la symphonie.<br />
Figure 9 Motif germinal à l’ouverture <strong>de</strong> la Cinquième<br />
Symphonie <strong>de</strong> Be<strong>et</strong>hoven. Si le temps d’attaque du silence est fixé à<br />
0, la durée d’une barre <strong>de</strong> mesure à 1, la hauteur du do central à 0 <strong>et</strong><br />
chaque <strong>de</strong>mi-ton à 1, on peut représenter ces notes par : sol1=(1/4, 7),<br />
sol2=(1/2, 7), sol3=(3/4, 7), <strong>et</strong> mib=(1,3). Ce motif est alors<br />
représenté dans notre modèle par l’ensemble <strong>de</strong> ces 4 notes, soit<br />
M={sol1, sol2, sol3, mib}.<br />
Présentons maintenant les concepts <strong>de</strong> notre modèle<br />
simplifié4 . Les notes sont représentées par leur temps<br />
d'attaque (O) <strong>et</strong> leur hauteur (P) <strong>et</strong> l'espace <strong>de</strong>s notes est<br />
l’espace réel R {O,P} ! R 2 . Un motif est un ensemble fini non<br />
vi<strong>de</strong> <strong>de</strong> notes ayant toutes <strong>de</strong>s temps d'attaque distincts. En<br />
d'autres mots, c<strong>et</strong>te contrainte exclut les accords. Le motif<br />
d'ouverture <strong>de</strong> la Cinquième Symphonie est un bon exemple <strong>de</strong><br />
motif. Le contour mélodique <strong>de</strong>s motifs est défini par une<br />
application ensembliste sur l'ensemble <strong>de</strong> tous (oui, tous!) les<br />
motifs <strong>de</strong> la composition. Par exemple, le contour<br />
mélodique d'un motif M peut être représenté par la matrice<br />
( ! ) où ij ! =1 si la hauteur <strong>de</strong> la note j est plus élevée que<br />
ij<br />
celle <strong>de</strong> la note i, ! =0 si les notes ont la même hauteur <strong>et</strong><br />
ij<br />
4 Le lecteur peut se référer à (réf.(16),(17)) pour une <strong>de</strong>scription<br />
détaillée.<br />
Les imitations, comme la transposition (par exemple do-rémi<br />
<strong>de</strong>venant sol-la-si joué à une quinte supérieure) ou<br />
l'inversion (par exemple do-do#-ré <strong>de</strong>venant do-si-sib), sont<br />
représentées par l'action d'un groupe. Il agit sur l'ensemble<br />
<strong>de</strong>s contours. Les classes (regroupements) <strong>de</strong> motifs<br />
résultant <strong>de</strong> l'action du groupe sont appelées gestalt.<br />
L'introduction <strong>de</strong> métriques (fonctions <strong>de</strong> distance) sur les<br />
contours <strong>de</strong> même cardinalité5 perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> rendre compte <strong>de</strong><br />
la similarité mélodique <strong>de</strong> même cardinalité. Nous en sommes<br />
alors à l'étape cruciale <strong>de</strong> la construction du modèle, celle <strong>de</strong><br />
représenter les transformations <strong>de</strong> motifs impliquant la<br />
similarité <strong>de</strong> motifs <strong>de</strong> cardinalités différentes. Nous<br />
définissons le voisinage V ! (M) <strong>de</strong> rayon ε du motif M<br />
comme étant l'ensemble <strong>de</strong> tous les motifs contenant un<br />
sous-motif <strong>de</strong> même cardinalité que M <strong>et</strong> dont le contour est<br />
distant du contour <strong>de</strong> M d’au plus ε. Nous disons alors que<br />
le motif N est une transformation <strong>de</strong> M si N ! V " (M) ou<br />
M ! V " (N) .<br />
Et voilà, le tour est joué : on obtient un espace <strong>de</strong> motifs,<br />
appelé espace motivique, correspondant à la structure<br />
hiérarchique <strong>de</strong>s motifs <strong>de</strong> la composition.<br />
Plus précisément, sous certaines conditions 6 , la collection <strong>de</strong><br />
tous les voisinages <strong>de</strong>s motifs forme une base pour une<br />
topologie sur l'ensemble <strong>de</strong>s motifs <strong>de</strong> la composition. Dans<br />
ces espaces, très différents du plan euclidien 7, le motif aux<br />
5 Sous certaines conditions, ces métriques s'éten<strong>de</strong>nt sur les gestalt<br />
<strong>de</strong> même cardinalité.<br />
6 C'est-à-dire dans tous les cas classiques à une exception près.<br />
C<strong>et</strong>te exception est la construction avec le contour mélodique <strong>de</strong><br />
notes strictement consécutives. Par exemple, le motif <strong>de</strong> la Figure<br />
9 serait représentée dans ce cas par (0,0,-1), indiquant que la<br />
mélodie reste, reste <strong>et</strong> <strong>de</strong>scend. Or, c<strong>et</strong>te représentation est<br />
problématique. Voir (réf. (17) ou (18)) pour plus <strong>de</strong> détails.<br />
7 Les espaces motiviques ne sont que <strong>de</strong> type T <strong>et</strong> ne sont donc<br />
0<br />
pas <strong>de</strong>s espaces <strong>de</strong> Hausdorff comme le plan Euclidien. Dans un<br />
espace <strong>de</strong> type T , on ne peut pas toujours séparer <strong>de</strong>ux points par<br />
0<br />
<strong>de</strong>s voisinages ouverts disjoints. Au contraire, dans le plan<br />
Euclidien, on se rappelle qu’étant donné <strong>de</strong>ux points P <strong>et</strong> Q, les<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 47 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />
voisinages les plus «<strong>de</strong>nses» 8, c'est-à-dire ayant le plus <strong>de</strong><br />
motifs voisins, est alors considéré comme le motif germinal.<br />
Ce modèle a été appliqué à l'Art <strong>de</strong> la Fugue <strong>de</strong> Johann<br />
Sebastian Bach dans le but d'étudier le problème <strong>de</strong> la<br />
longueur <strong>de</strong> son thème principal : est-il formé <strong>de</strong>s huit<br />
premières notes <strong>de</strong> l'ouverture ou plutôt <strong>de</strong> ses douze<br />
premières notes? Or, du point <strong>de</strong> vue compositionnel, il est<br />
bien accepté que le thème doive contenir toutes les douze<br />
notes. En utilisant notre modèle (voir réf.(18) pour les<br />
détails), nous avons conclu que le thème, du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong><br />
sa structure motivique, n'est composé que <strong>de</strong> ses huit<br />
premières notes. Plus précisément, la structure motivique du<br />
thème est déjà présentée dans ses huit premières notes <strong>et</strong><br />
l'ajout <strong>de</strong>s quatre <strong>de</strong>rnières notes appuie la structure<br />
motivique, mais ne l'enrichit pas.<br />
Figure 10 Le thème principal <strong>de</strong> l’Art <strong>de</strong> la Fugue <strong>de</strong> Bach :<br />
est-il composé <strong>de</strong>s 8 ou <strong>de</strong>s 12 premières notes ? En appliquant<br />
notre modèle d’analyse motivique, dont tous les détails se trouvent<br />
dans (réf.(18)), on en a conclu que, du point <strong>de</strong> vue motivique, les 8<br />
premières notes forment le thème.<br />
2.2. Quelques mots sur la recherche en théorie<br />
mathématique <strong>de</strong> la musique<br />
Nous terminons la présentation <strong>de</strong> la MaMuTh par quelques<br />
questions qui se posent naturellement en raison <strong>de</strong> son<br />
caractère interdisciplinaire. D'abord, la terminologie<br />
musicale n'est pas universelle (même mot pour plusieurs<br />
concepts ou plusieurs mots pour un même concept).<br />
Comment travaille le mathématicien dans sa formalisation<br />
d'obj<strong>et</strong>s musicaux <strong>et</strong> <strong>de</strong> leurs relations? Et comment est<br />
reçue c<strong>et</strong>te terminologie par les musiciens <strong>et</strong> les théoriciens<br />
<strong>de</strong> la musique? Aussi, on construit <strong>de</strong>s modèles<br />
<strong>mathématiques</strong> décrivant <strong>de</strong>s relations entre obj<strong>et</strong>s musicaux.<br />
Comment vali<strong>de</strong>-t-on ces modèles <strong>mathématiques</strong>? Ce qui<br />
revient à se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r : mais qu'est-ce que la vérité en<br />
musique ? Si on revient à c<strong>et</strong> exemple <strong>de</strong> motif germinal<br />
chez Be<strong>et</strong>hoven, avait-il incorporé intentionnellement son<br />
motif "sol-sol-sol-mib" dans sa Cinquième Symphonie chaque<br />
fois que nous l'entendons? En fait, avons-nous le droit<br />
d'examiner son œuvre d'art à la loupe mathématique<br />
computationnelle du XXI e siècle ?<br />
disques ouverts <strong>de</strong> centres P <strong>et</strong> Q <strong>et</strong> <strong>de</strong> rayons égaux à la <strong>de</strong>midistance<br />
entre P <strong>et</strong> Q sont disjoints <strong>et</strong> séparent les <strong>de</strong>ux points.<br />
8 Le terme <strong>de</strong>nse n'est pas utilisé ici tout à fait au sens topologique.<br />
Il est utilisé pour décrire l'idée <strong>de</strong> <strong>de</strong>nsité, mais dans un espace <strong>de</strong><br />
type T . Dans un tel espace, nous décidons <strong>de</strong> considérer les <strong>de</strong>ux<br />
0<br />
relations " être inclus dans " <strong>et</strong> " inclure " un voisinage comme<br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> bien définir la nature germinale d'un motif.<br />
Notre réponse à c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière question est ferme : si nous<br />
adm<strong>et</strong>tons que Be<strong>et</strong>hoven fut un génie, n’ayons pas peur <strong>de</strong><br />
sortir notre machinerie lour<strong>de</strong> pour approfondir notre<br />
compréhension <strong>de</strong> ses œuvres. Rendons hommage à leur<br />
beauté <strong>et</strong> à leur complexité 9.<br />
3. Conclusion<br />
Choisissons une coda bien simple mais néanmoins<br />
concluante : “La musique est une mathématique <strong>de</strong> l’âme qui compte<br />
sans savoir qu’elle compte”, a dit un jour le célèbre<br />
mathématicien Gottfried W. Leibniz (1646 – 1716) 10.<br />
4. Références bibliographiques<br />
(1) Arts <strong>et</strong> Culture, Épiso<strong>de</strong> 3 <strong>de</strong> la série 1 <strong>de</strong> « C’est<br />
mathématique ! », Téléfiction, Montréal.<br />
(2) Robert, S. (2003), Mathématique <strong>et</strong> musique I, dans Bull<strong>et</strong>in<br />
AMQ, vol. XLIII, no.3, pp.28-35, Octobre.<br />
(3) Robert, S. (2005), Mathématique <strong>et</strong> musique II, dans Bull<strong>et</strong>in<br />
AMQ, vol. XLV, no.2, pp.37-56, Mai.<br />
(4) Robert, S. (à paraître), Mathématique <strong>et</strong> musique III, dans<br />
Bull<strong>et</strong>in AMQ.<br />
(5) Site Intern<strong>et</strong> Mathematics & Music à l'adresse<br />
http://www.brocku.ca/mathematics/maths&music/<br />
(6) Forte A. (1973), The Structure of Atonal Music, New<br />
Haven: Yale University Press.<br />
(7) Babbit M. (1946), The Function of S<strong>et</strong> Structure in the Twelve-<br />
Tone System, Ph.D. Dissertation, Princ<strong>et</strong>on University<br />
(accepté en 1992).<br />
(8) Vieru A. (1967), Cartea modurilor, 1 (Le livre <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s,<br />
1), Ed. muzicala, Bucarest.<br />
(9) Lewin D. (1987), Generalized Musical Intervals and<br />
Transformation, Yale University Press.<br />
(10) Andreatta, M. (2003), Métho<strong>de</strong>s algébriques dans la musique<br />
<strong>et</strong> la musicologie du XXème siècle : aspects théoriques, analytiques <strong>et</strong><br />
compositionnels, Thèse <strong>de</strong> doctorat, École <strong>de</strong>s hautes étu<strong>de</strong>s en<br />
sciences sociales (EHESS)-Paris, 2003.<br />
(11) http://recherche.ircam.fr/equipes/repmus/Analyse/Xe<br />
nakis/<br />
9 Mon directeur <strong>de</strong> thèse, Guerino Mazzola, aimait bien ajouter que,<br />
si Einstein a introduit sa théorie (assez complexe!) <strong>de</strong> la relativité<br />
pour arriver à mieux comprendre l’œuvre <strong>de</strong> Dieu, on peut<br />
certainement oser introduire nos modèles topologiques, par<br />
exemple, pour essayer <strong>de</strong> mieux comprendre l’œuvre <strong>de</strong> Be<strong>et</strong>hoven !<br />
10 Le lecteur intéressé par les applications <strong>mathématiques</strong> dans la<br />
musique trouvera quelques références sur notre site Intern<strong>et</strong> Maths<br />
& Music (réf.(5)). En particulier, on y trouve <strong>de</strong>s références sur <strong>de</strong>s<br />
cours <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique aux niveaux élémentaire (réf.(19)),<br />
secondaire (réf.(20)) <strong>et</strong> universitaire (réf.(21)).<br />
Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 48 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Quelques liens entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> musique Chantal Buteau<br />
(12) Xenakis, I. : Formalized Music : Thought and Mathematics in<br />
Composition, Harmonologia Series No. 6, Pendragon Press,<br />
Stuyvesant NY.<br />
(13) Mazzola, G. (1989), Geom<strong>et</strong>rie <strong>de</strong>r Töne, Birkhäuser, Basel.<br />
(14) Mazzola, G. <strong>et</strong> al (2002), Topos of Music, Birkhäuser,<br />
Basel.<br />
(15) Réti, R. (1951), Thematic Process of Music, Greenwood<br />
Press, Connecticut, USA.<br />
(16) Buteau, C. (2003), A Topological Mo<strong>de</strong>l of Motivic Structure<br />
and Analysis of Music: Theory and Operationalization, Thèse <strong>de</strong><br />
doctorat, University of Zurich.<br />
(17) Buteau, C. (2005), Topological Motive Spaces, and Mappings of<br />
Scores’ motivic Evolution Trees, Grazer Mathematische Berichte,<br />
Proceedings of the Colloqium on Mathematical Music<br />
Theory, Graz 2004, H. Fripertinger, L. Reich (eds.).<br />
(18) Buteau, C. <strong>et</strong> G. Mazzola (2000), From Contour Similarity<br />
to Motivic Topologies, dans Musicae Scientiae, European Soci<strong>et</strong>y<br />
for Cognitive Sciences of Music (ESCOM), Vol IV, no 2,<br />
pp.125-49.<br />
(19) Site Intern<strong>et</strong> Enriching mathematical concepts through music à<br />
l'adresse :<br />
http://schools.tdsb.on.ca/joyce/main/pathfin<strong>de</strong>r/midi_in<strong>de</strong><br />
x.html<br />
(20) Communication en ligne Pure Mathematics 30: Mathematics<br />
and Music, Optional curriculum project for Gra<strong>de</strong> 12, Alberta<br />
(Canada), February 2004, à l'adresse<br />
http://www.education.gov.ab.ca/k_12/testing/diploma/pro<br />
jects/feb_2004/puremath30_project.pdf<br />
(21) Site Intern<strong>et</strong> Mathematics and Music du cours offert par<br />
Dave Benson à University of Aber<strong>de</strong>en (Écosse) à l'adresse<br />
http://www.maths.abdn.ac.uk/~bensondj/html/mathsmusic.htm<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 49 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 50 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Enjeux <strong>et</strong> défis<br />
d’une culture mathématique<br />
sans frontières<br />
L'intégration d'une dimension culturelle à l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> paraît<br />
faire consensus. Mais la variété <strong>de</strong>s approches envisagées pour une telle intégration<br />
reflète la diversité <strong>de</strong>s conceptions qu'on a <strong>de</strong> la culture <strong>et</strong> <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>s frontières qu'on leur attribue. Ce texte tente <strong>de</strong> faire le point sur ces questions<br />
<strong>et</strong> propose quelques pistes <strong>et</strong> balises pour que l'universalité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
puisse émerger <strong>de</strong> la légitime prise en compte <strong>de</strong> la diversité <strong>de</strong> leurs<br />
manifestations.<br />
France Caron,<br />
Université <strong>de</strong><br />
Montréal<br />
france.caron@<br />
umontreal.ca<br />
D<br />
epuis quelques années déjà, les<br />
médias se plaisent à souligner<br />
l’orientation par compétences du<br />
Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong> l’école québécoise en<br />
l’associant régulièrement à un recul <strong>de</strong> la place<br />
accordée aux connaissances. Ce point <strong>de</strong> vue,<br />
bien souvent exprimé <strong>de</strong> façon alarmiste,<br />
néglige un aspect important <strong>de</strong> ces programmes<br />
qui leur vient <strong>de</strong> l’intention clairement<br />
exprimée <strong>de</strong> rehausser la dimension culturelle<br />
<strong>de</strong> l’éducation dispensée aux élèves du<br />
Québec. En témoignent les nombreux<br />
« repères culturels » intégrés aux programmes<br />
d’enseignement <strong>de</strong>s différentes disciplines<br />
(Gouvernement du Québec; 2001, 2003a), <strong>et</strong><br />
un document d’accompagnement produit à<br />
l’intention <strong>de</strong>s enseignants spécifiquement sur<br />
l’intégration <strong>de</strong> la dimension culturelle à l’école<br />
(Gouvernement du Québec, 2003b).<br />
Comme il est plutôt malvenu <strong>de</strong> s’opposer à la<br />
vertu, c<strong>et</strong> aspect <strong>de</strong> la réforme est rarement<br />
remis en cause, si ce n’est pour souligner la<br />
nécessité d’outiller les enseignants en ce sens.<br />
Ainsi, l’intégration d’une dimension culturelle<br />
à l’enseignement, y compris en <strong>mathématiques</strong>,<br />
paraît vouloir faire consensus. Mais la<br />
variété <strong>de</strong>s approches envisagées pour ce faire<br />
témoigne bien <strong>de</strong> la diversité <strong>de</strong>s conceptions<br />
<strong>de</strong> la culture <strong>et</strong> <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
frontières qu’on leur attribue. Si l’universalité<br />
est l’un <strong>de</strong>s attributs les plus précieux <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, à quelle(s) culture(s) <strong>de</strong>vraiton<br />
s’intéresser en classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>?<br />
Les nouveaux programmes <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
vont-ils dans le sens <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te culture idéale?<br />
C’est en partant <strong>de</strong> ces vastes questions que<br />
nous avons amorcé une réflexion dans le cadre<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier.<br />
Un concept polysémique<br />
Il existe <strong>de</strong> nombreuses façons <strong>de</strong> concevoir <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> définir la culture. Notons d’abord une<br />
vision essentiellement académique, élitiste <strong>et</strong><br />
quasi absolue <strong>de</strong> la culture (dite alors générale),<br />
aux visées universelles, mais liée dans la<br />
pratique à une nation :<br />
Culture générale : ensemble <strong>de</strong> connaissances<br />
générales sur la littérature, l'histoire, la<br />
philosophie, les sciences <strong>et</strong> les arts, que doivent<br />
possé<strong>de</strong>r, au sortir <strong>de</strong> l'adolescence, tous ceux<br />
qui forment l'élite <strong>de</strong> la nation. (Dictionnaire<br />
<strong>de</strong> l’Académie française, 1932)<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 51 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />
À l’autre extrême, abordé sous un angle anthropologique <strong>et</strong><br />
sociologique, le concept <strong>de</strong> culture <strong>de</strong>vient quelque chose <strong>de</strong><br />
relativiste, dans la mesure où il peut s’appliquer à tout groupe<br />
social, sans visée normative ou prescriptive :<br />
Ensemble <strong>de</strong>s données acquises <strong>et</strong> transmises à l'intérieur d'un<br />
groupe social. Les productions intellectuelles, artistiques,<br />
religieuses, <strong>et</strong>c., <strong>de</strong> ce groupe. (http://dictionnaire.tv5.org/)<br />
Quelque part entre ces <strong>de</strong>ux positions, on r<strong>et</strong>rouve une<br />
conception <strong>de</strong> la culture qui paraît mieux correspondre à une<br />
vision démocratique <strong>de</strong> l’éducation :<br />
Ensemble <strong>de</strong>s connaissances acquises qui perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong><br />
développer le sens critique, le goût, le jugement. (Le Robert,<br />
2004)<br />
Mais, comme tend à le suggérer la charmante ban<strong>de</strong> <strong>de</strong>ssinée<br />
ci-<strong>de</strong>ssous 1 , sans doute convient-il <strong>de</strong> préciser l’ensemble <strong>de</strong>s<br />
connaissances utilisables dans la pratique mathématique, <strong>et</strong><br />
propices à y développer le sens critique, le goût <strong>et</strong> le<br />
jugement .<br />
Préciser c<strong>et</strong> ensemble revient à définir ce qu’on entend par<br />
culture mathématique. L’Organisation <strong>de</strong> coopération <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
développement économiques (OCDE), à travers son Programme<br />
international pour le suivi <strong>de</strong>s acquis <strong>de</strong>s élèves<br />
(PISA) s’est attelée à une telle tâche :<br />
La culture mathématique (Mathematical literacy) est l'aptitu<strong>de</strong><br />
d'un individu à i<strong>de</strong>ntifier <strong>et</strong> à comprendre les divers rôles joués<br />
par les <strong>mathématiques</strong> dans le Mon<strong>de</strong>, à porter <strong>de</strong>s jugements<br />
fondés à leur propos <strong>et</strong> à s'engager dans <strong>de</strong>s activités<br />
<strong>mathématiques</strong>, en fonction <strong>de</strong>s exigences <strong>de</strong> sa vie présente <strong>et</strong><br />
future en tant que citoyen constructif, impliqué <strong>et</strong> réfléchi.<br />
(OCDE, 2001)<br />
Prise seule, sans les contenus, processus <strong>et</strong> contextes qui en<br />
précisent le sens, c<strong>et</strong>te définition peut sembler à la fois<br />
ambitieuse <strong>et</strong> insuffisante. En eff<strong>et</strong>, il apparaît difficile <strong>de</strong><br />
« porter <strong>de</strong>s jugements fondés à propos <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> »<br />
si l’on ne réfère dans c<strong>et</strong>te culture mathématique à l’épistémologie<br />
propre à c<strong>et</strong>te discipline, à la façon dont s’est<br />
construit <strong>et</strong> continue <strong>de</strong> se construire ce corpus <strong>de</strong> connaissances.<br />
1 Quino (1985) Les vacances <strong>de</strong> Mafalda, © Éditions Glénat.<br />
Pour tenter <strong>de</strong> mieux définir c<strong>et</strong>te culture mathématique à<br />
laquelle tout citoyen aurait droit, revenons au concept <strong>de</strong><br />
culture. Selon Fernand Dumont, figure <strong>de</strong> proue <strong>de</strong> la<br />
sociologie au Québec, la culture d’un individu est constituée<br />
<strong>de</strong> <strong>de</strong>ux vol<strong>et</strong>s : d’une part, ce qui crée l'unité première du<br />
mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> soi (« culture première ») <strong>et</strong>, d’autre part,<br />
l'ensemble <strong>de</strong>s procédés <strong>de</strong> rupture (« culture secon<strong>de</strong> ») qui<br />
perm<strong>et</strong>tent à l’individu <strong>de</strong> voir le mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> se voir en<br />
même temps.<br />
On r<strong>et</strong>rouve c<strong>et</strong>te double nature <strong>de</strong> la culture dans la présentation<br />
générale du programme du premier cycle du<br />
secondaire, applicable à toutes les disciplines. La culture y<br />
est en eff<strong>et</strong> présentée comme « instrument d’appréhension <strong>de</strong><br />
soi <strong>et</strong> du mon<strong>de</strong> », <strong>et</strong> l’école aurait pour responsabilité <strong>de</strong><br />
développer chez l’élève autant sa culture première « en<br />
partant d’éléments du milieu immédiat, à la source <strong>de</strong><br />
l’i<strong>de</strong>ntité personnelle <strong>et</strong> sociale » qu’une culture élargie qui<br />
« puise dans les fruits <strong>de</strong> l’activité humaine d’hier comme<br />
d’aujourd’hui, dans les connaissances <strong>de</strong> l’héritage collectif <strong>et</strong><br />
dans les repères communs élaborés au fil du temps »<br />
(Gouvernement du Québec, 2003a, p.7). On y précise par<br />
ailleurs qu’enseigner dans une perspective culturelle consiste,<br />
notamment, à « exploiter <strong>de</strong>s repères culturels pour amener<br />
l’élève à comprendre le mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> lui faire découvrir chaque<br />
discipline comme porteuse <strong>de</strong> sens, tant par son histoire que<br />
par les questionnements particuliers qu’elle suscite », à<br />
« amener l’élève à établir un plus grand nombre <strong>de</strong> liens entre<br />
les divers phénomènes scientifiques, sociaux, artistiques,<br />
moraux <strong>et</strong> économiques <strong>et</strong> à se situer par rapport à eux » <strong>et</strong>,<br />
ainsi, à « poser un regard critique, éthique <strong>et</strong> esthétique sur le<br />
mon<strong>de</strong> ». C<strong>et</strong>te visée finale, qui lie compétences <strong>et</strong><br />
connaissances, nous renvoie à la définition <strong>de</strong> la culture du<br />
Robert. Et pour s’en approcher, tout en reconnaissant que la<br />
culture est aussi « une réalité vivante à laquelle chaque<br />
génération apporte sa contribution », le programme précise<br />
que « l’école prendra appui sur la culture propre aux jeunes<br />
pour les amener à s’ouvrir à d’autres dimensions <strong>de</strong>s<br />
multiples manifestations <strong>de</strong> l’activité humaine <strong>et</strong> à actualiser<br />
leur créativité dans tous les domaines. » Cela nous ramène à<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 52 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />
la complémentarité <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux cultures, telles que définies par<br />
Dumont, qui participent au développement d’un individu.<br />
En intégrant <strong>de</strong> façon explicite la dimension historique à<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, les nouveaux programmes<br />
québécois donnent une <strong>de</strong>s clés pour espérer porter <strong>de</strong>s<br />
« jugements fondés à propos <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> », comme le<br />
voudrait la culture mathématique telle que définie par<br />
l’OCDE. Ce choix curriculaire rejoint la position <strong>de</strong> Charnay<br />
(2002), selon qui, pour prétendre à la dimension culturelle,<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> se doit d’envisager, dès le<br />
primaire, l’ensemble <strong>de</strong>s enjeux suivants :<br />
• Commencer, lorsque c’est possible, à situer les connaissances<br />
<strong>mathématiques</strong> dans une perspective historique<br />
pour les faire percevoir comme construction<br />
humaine.<br />
• Fournir aux élèves les outils intellectuels utiles au citoyen<br />
pour appréhen<strong>de</strong>r, <strong>de</strong> façon critique, les informations<br />
<strong>et</strong> les propositions qui lui sont soumises.<br />
• Éveiller au caractère scientifique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
<strong>et</strong> à leur large applicabilité.<br />
• Initier très tôt les élèves à la façon spécifique dont les<br />
<strong>mathématiques</strong> envisagent le rapport au vrai <strong>et</strong> au<br />
faux, soit en s’appuyant sur leur rapport au « réel »,<br />
soit en ayant recours à la puissance du raisonnement.<br />
• Initier à une pratique <strong>de</strong> l’activité mathématique,<br />
caractérisée à la fois par :<br />
o le goût du questionnement, <strong>de</strong> la recherche, <strong>de</strong><br />
l’investigation ;<br />
o la nécessité <strong>de</strong> structurer, d’organiser, d’expliciter,<br />
<strong>de</strong> prouver.<br />
Tout en étant ambitieuse, c<strong>et</strong>te liste fait ressortir à la fois la<br />
spécificité disciplinaire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> les liens<br />
multiples qu’elles entr<strong>et</strong>iennent avec les autres disciplines <strong>et</strong><br />
les différents domaines d’activité humaine. C’est en touchant<br />
à ces <strong>de</strong>ux aspects qu’il nous paraît possible <strong>de</strong> faire apprécier<br />
les <strong>mathématiques</strong> comme discipline porteuse <strong>de</strong> sens, autant<br />
pour elle-même que pour ce qui lui est extérieur, <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
contribuer ainsi au développement d’une culture propice à<br />
l’exercice du sens critique, du goût <strong>et</strong> du jugement à l’endroit<br />
<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s réalités qu’elles perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong><br />
modéliser. Nous référerons donc à ce cadre pour examiner<br />
jusqu’à quel point la mise en place <strong>de</strong>s nouveaux<br />
programmes s’inscrit dans le développement d’une telle<br />
culture mathématique <strong>et</strong> constitue un changement par<br />
rapport à ce qui a pu se faire avant. Pour aller au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s<br />
intentions énoncées dans les documents officiels <strong>et</strong> nous<br />
rapprocher <strong>de</strong> leur réalisation en classe, nous avons aussi<br />
parcouru le contenu <strong>de</strong>s nouveaux manuels <strong>de</strong> première<br />
secondaire 2 , publiés par trois éditeurs différents <strong>et</strong> approuvés<br />
2<br />
Cadieux, R., Gendron, I. <strong>et</strong> Ledoux, A. (2005) Panoram@th, Les<br />
Éditions CEC.<br />
Coupal, M.. (2005) À vos maths! , Graficor · Chenelière Éducation.<br />
par le MÉLS. Une telle exploration suggère quelques pistes<br />
<strong>et</strong> balises à envisager pour le développement à l’école d’une<br />
culture mathématique.<br />
La perspective historique<br />
Malgré une liste relativement courte <strong>de</strong> repères historiques<br />
dans les programmes <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> du premier cycle, la<br />
perspective historique est bien présente dans les nouveaux<br />
manuels. C<strong>et</strong>te direction avait déjà été amorcée dans les<br />
manuels <strong>de</strong>s programmes antérieurs, mais on sent ici une<br />
volonté <strong>de</strong> faire ressortir davantage le processus <strong>de</strong> construction<br />
du savoir mathématique, en allant plus souvent au-<strong>de</strong>là<br />
<strong>de</strong>s dates, <strong>de</strong>s personnages <strong>et</strong> <strong>de</strong>s anecdotes. Cela se<br />
manifeste notamment par :<br />
• l’exposé <strong>de</strong> constructions variées du savoir mathématique<br />
telles qu’elles ont émergé dans différentes civilisations;<br />
les systèmes <strong>de</strong> numération en représentent<br />
l’exemple le plus classique, abondamment utilisé dans<br />
les nouveaux manuels du primaire <strong>et</strong> repris dans ceux<br />
<strong>de</strong> première secondaire, en incluant parfois les<br />
algorithmes utilisés dans ces systèmes pour réaliser les<br />
opérations arithmétiques (ex. le procédé <strong>de</strong> multiplication<br />
dans l’Égypte ancienne que fait découvrir À vos<br />
maths! 3 )<br />
• l’exposé <strong>de</strong>s débats <strong>et</strong> changements <strong>de</strong> points <strong>de</strong> vue<br />
qui ont marqué certaines évolutions : la présentation<br />
dans Panoramath 4 du long processus ayant mené à la<br />
reconnaissance <strong>de</strong>s nombres négatifs en est un bel<br />
exemple;<br />
• <strong>de</strong>s activités d’apprentissage qui amènent l’élève à<br />
résoudre un problème similaire à celui qu’ont résolu<br />
<strong>de</strong>s mathématiciens à une autre époque : par exemple,<br />
le calcul <strong>de</strong> la circonférence <strong>de</strong> la terre <strong>et</strong> celui <strong>de</strong> la<br />
distance terre-lune, réalisés dès l’Antiquité, sont joliment<br />
présentés dans Perspective 5 ;<br />
• <strong>de</strong>s idées <strong>de</strong> suj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> recherche pour aller plus loin.<br />
Il est intéressant <strong>de</strong> noter que dans ces manuels où l’on<br />
abor<strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la géométrie <strong>de</strong> façon un peu plus<br />
systématique, le traitement réservé à Eucli<strong>de</strong> est vite expédié.<br />
Entre l’œuvre mathématique d’Eucli<strong>de</strong> <strong>et</strong> l’œuvre artistique<br />
d’Escher, on semble préférer la secon<strong>de</strong> pour m<strong>et</strong>tre en place<br />
<strong>de</strong>s activités d’apprentissage en géométrie. Il est vrai que<br />
<strong>de</strong>puis les années 70, sans avoir été officiellement mise <strong>de</strong><br />
côté comme ce fut le cas en France, la géométrie euclidienne<br />
n’occupe plus au Québec la position dominante qu’elle<br />
occupait avant dans l’enseignement <strong>de</strong> la géométrie au<br />
secondaire, ayant fait place, notamment, à la géométrie <strong>de</strong>s<br />
transformations. Et pour c<strong>et</strong>te géométrie <strong>de</strong>s transforma-<br />
Guay, S. , Hamel, J.-C. <strong>et</strong> Lemay, S. (2005) Perspective mathématique,<br />
Éditions Grand Duc – HRW.<br />
3 À vos maths! Manuel A, p.160-161.<br />
4 Panoram@th, Manuel A, Volume 1, p.114-115.<br />
5 Perspective mathématique, Manuel A, Volume 2, p.352-357.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 53 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />
tions, l’œuvre d’Escher peut effectivement constituer à la fois<br />
une banque d’illustrations aux qualités esthétiques indéniables<br />
<strong>et</strong>, par son côté fascinant <strong>et</strong> intrigant, une source <strong>de</strong><br />
questionnements intéressants.<br />
Il reste néanmoins, comme le rappelle Perspective 6 , que les<br />
Éléments d’Eucli<strong>de</strong> ont constitué pendant plus <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux mille<br />
ans le noyau <strong>de</strong> l’enseignement <strong>de</strong> la géométrie. On ne peut<br />
nier que c<strong>et</strong>te œuvre majeure ait fortement contribué à<br />
définir « la façon spécifique dont les <strong>mathématiques</strong><br />
envisagent le rapport au vrai <strong>et</strong> au faux » <strong>et</strong> contrôlent ce<br />
rapport par « la puissance du raisonnement ». Préciser que le<br />
mérite d’Eucli<strong>de</strong> n’aura été que <strong>de</strong> rassembler <strong>de</strong>s savoirs<br />
déjà connus pour la plupart <strong>et</strong> <strong>de</strong> les présenter <strong>de</strong> façon claire<br />
<strong>et</strong> logique n’est sans doute pas suffisant pour que l’élève<br />
puisse en faire <strong>de</strong> même avec ses connaissances, comme<br />
l’invite à le faire le manuel. Une fréquentation un peu plus<br />
prolongée <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te géométrie qui, dans le sillage <strong>de</strong> Platon <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> Thalès <strong>de</strong> Mil<strong>et</strong>, a cherché à se dégager du mon<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
obj<strong>et</strong>s pour viser celui <strong>de</strong>s idées <strong>et</strong> a contribué ainsi à poser<br />
les bases du raisonnement déductif, pourrait ai<strong>de</strong>r l’élève à<br />
percevoir certains <strong>de</strong>s échafaudages qui ont servi <strong>et</strong> servent<br />
encore à encadrer c<strong>et</strong>te vaste construction humaine que sont<br />
les <strong>mathématiques</strong>.<br />
Le raisonnement mathématique<br />
Le raisonnement mathématique tient à la fois <strong>de</strong> l’inductif,<br />
pour explorer <strong>et</strong> dégager une régularité à partir d’observations,<br />
<strong>et</strong> du déductif pour tirer, par le recours à la logique,<br />
une conclusion à partir d’hypothèses supposées vraies <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
propriétés connues. Le raisonnement déductif perm<strong>et</strong> entre<br />
autres <strong>de</strong> vali<strong>de</strong>r, à l’intérieur <strong>de</strong> certaines conditions, une<br />
conjecture inférée à partir d’expériences <strong>et</strong> d’observations.<br />
Par sa rigueur <strong>et</strong> son formalisme, la démonstration est la<br />
forme la plus achevée du raisonnement déductif. La géométrie<br />
a longtemps été perçue comme le cadre privilégié pour<br />
l’apprentissage <strong>de</strong> la démonstration.<br />
Si dans certains pays comme la France, l’enseignement <strong>de</strong> la<br />
démonstration a continué <strong>de</strong> vivre à l’école à travers<br />
notamment la géométrie <strong>de</strong>s transformations <strong>et</strong> <strong>de</strong>s espaces<br />
vectoriels (au coût parfois élevé que <strong>de</strong>mandait le nonrecours<br />
à une géométrie euclidienne, souvent plus accessible),<br />
la remise en question <strong>de</strong> la géométrie euclidienne au<br />
secondaire a plutôt entraîné au Québec un arrêt <strong>de</strong><br />
l’enseignement <strong>de</strong> la démonstration <strong>et</strong> une centration en<br />
géométrie sur les processus <strong>de</strong> construction <strong>de</strong>s transformations<br />
<strong>et</strong> sur les calculs d’angles, d’aires, <strong>de</strong> longueurs <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
volumes. C<strong>et</strong>te réalité a été plusieurs fois dénoncée par les<br />
professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s collèges <strong>et</strong> <strong>de</strong>s universités.<br />
« Les <strong>mathématiques</strong> jouent un rôle central dans la civilisation<br />
occi<strong>de</strong>ntale. Il faut transm<strong>et</strong>tre quelque chose qui soit représentatif<br />
<strong>de</strong> ce qu’elles sont. (Au secondaire) ce <strong>de</strong>vrait être la géométrie,<br />
d’abord <strong>et</strong> avant tout, <strong>et</strong> sans visée utilitaire. L’objectif<br />
serait que chacun comprenne ce qu’est une théorie, comment, à<br />
partir d’axiomes <strong>et</strong> <strong>de</strong> règles <strong>de</strong> déduction, on peut arriver, par<br />
le raisonnement déductif, à démontrer <strong>de</strong>s choses qui ne sont<br />
6 Perspective mathématique, Manuel A, Volume 1, p.84.<br />
pas évi<strong>de</strong>ntes. Il ne s’agit pas <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong>s géomètres,<br />
ni même <strong>de</strong>s mathématiciens, mais bien <strong>de</strong>s citoyens qui<br />
puissent juger par eux-mêmes, qui auront fait l’expérience d’une<br />
démonstration <strong>et</strong> appris que le savoir humain ne repose pas<br />
entièrement sur l’observation empirique, qu’on peut comprendre<br />
la nature par le raisonnement, sans en faire l’expérience directe.<br />
Faire une démonstration plutôt que d’imposer une vérité<br />
est une exigence au cœur <strong>de</strong> la démocratie. »<br />
André Joyal, UQAM<br />
Le Devoir, novembre 1997<br />
Présenté sous c<strong>et</strong> angle, non seulement l’exercice <strong>de</strong> la<br />
démonstration perm<strong>et</strong>trait-il à l’élève <strong>de</strong> s’initier à un aspect<br />
caractéristique <strong>de</strong> la pratique mathématique <strong>et</strong> du raisonnement<br />
qui la sous-tend, mais il contribuerait aussi à doter<br />
l’élève d’« outils intellectuels utiles au citoyen pour appréhen<strong>de</strong>r,<br />
<strong>de</strong> façon critique, les informations <strong>et</strong> les propositions qui<br />
lui sont soumises ». En apprenant à lier hypothèses <strong>et</strong><br />
conclusions, l’élève développerait c<strong>et</strong>te pensée hypothétique,<br />
indispensable au scientifique <strong>et</strong> utile à tout individu : une telle<br />
pensée offre l’option <strong>de</strong> se libérer momentanément <strong>de</strong> l’état<br />
actuel d’une réalité pour imaginer <strong>de</strong> nouveaux scénarios,<br />
envisager leurs implications, choisir <strong>de</strong> façon stratégique ceux<br />
vers lesquels il convient d’investir pour créer les conditions<br />
qui en perm<strong>et</strong>tront la réalisation, <strong>et</strong> reconnaître les situations<br />
impossibles vers lesquelles toute énergie déployée le serait à<br />
pure perte (Guedj, 1997). Une telle pensée pourrait aussi<br />
ai<strong>de</strong>r à reconnaître les zones floues <strong>et</strong> les incohérences dans<br />
tout système organisé : informatique, administratif, économique,<br />
juridique, politique, <strong>et</strong>c.<br />
Si l’on adm<strong>et</strong> ces hypothèses, on serait porté à croire que<br />
l’apport <strong>de</strong>s nouveaux programmes au développement <strong>de</strong> la<br />
culture mathématique serait non négligeable, puisqu’à<br />
première vue on y lit un r<strong>et</strong>our affirmé <strong>de</strong> la preuve <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
démonstration. En eff<strong>et</strong>, la réalisation par l’élève <strong>de</strong> preuves<br />
ou <strong>de</strong> démonstrations constitue l’une <strong>de</strong>s composantes <strong>de</strong> la<br />
Compétence 2 « Déployer un raisonnement mathématique »<br />
visée par le programme <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> cela dès le<br />
premier cycle du secondaire (Gouvernement du Québec,<br />
2003a). Mais un second regard amène à constater que c<strong>et</strong>te<br />
même compétence s’évalue aussi par « l’utilisation correcte<br />
<strong>de</strong>s concepts <strong>et</strong> <strong>de</strong>s processus appropriés à la situation » <strong>et</strong><br />
que les problèmes admissibles pour l’évaluation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
compétence « nécessitent le recours à une combinaison<br />
connue <strong>de</strong> concepts <strong>et</strong> <strong>de</strong> processus appris antérieurement ».<br />
Dans ces conditions, on voit mal la motivation à amener<br />
l’élève à se questionner sur la validité d’une assertion, à<br />
chercher à enchaîner <strong>de</strong>s implications logiques, si sa capacité<br />
à raisonner ne sera évaluée que sur la base <strong>de</strong> son application<br />
à reproduire une procédure déjà connue.<br />
Il est sûr que l’apprentissage <strong>de</strong> la preuve est semé d’embûches;<br />
en témoignent les nombreuses étu<strong>de</strong>s didactiques sur la<br />
question (Dreyfus, 1999). Le raisonnement déductif ne s’inscrit<br />
pas dans la façon <strong>de</strong> penser spontanée <strong>de</strong>s élèves, <strong>et</strong> il est<br />
régulièrement ignoré dans la vie <strong>de</strong> tous les jours, où l’on<br />
n’hésite pas à généraliser rapi<strong>de</strong>ment à partir d’un événement<br />
ou à sombrer dans un « relativisme absolu » qui affirme<br />
mollement que toutes les opinions se valent. Par ailleurs,<br />
force est <strong>de</strong> reconnaître que la complexité <strong>de</strong> bien <strong>de</strong>s situa-<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 54 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />
tions réelles se prête difficilement à un enchaînement rigoureux<br />
<strong>de</strong> déductions <strong>et</strong> s’inscrirait davantage dans un paradigme<br />
<strong>de</strong> logique floue (Sangalli, 2001). Mais peut-être que la<br />
preuve constitue malgré tout un <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te culture<br />
secon<strong>de</strong> qui perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> mieux voir le mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> qui donne<br />
tout son sens à l’école.<br />
Cela n’implique pas pour autant <strong>de</strong> revenir en arrière en<br />
cherchant à reconstruire chez l’élève toute la géométrie euclidienne<br />
ou en réduisant dans l’enseignement le raisonnement<br />
mathématique à la preuve. L’exploration d’une situation, la<br />
recherche <strong>de</strong> régularités <strong>et</strong> la formulation <strong>de</strong> conjectures sont<br />
<strong>de</strong>s éléments fondamentaux <strong>de</strong> la pratique mathématique,<br />
autant dans ses développements que dans ses applications,<br />
que les programmes actuels ont raison <strong>de</strong> reconnaître comme<br />
autre composante <strong>de</strong> la Compétence 2 (même si les modalités<br />
d’évaluation risquent à nouveau <strong>de</strong> faire obstacle à ces<br />
intentions). Mais la construction <strong>et</strong> la structuration <strong>de</strong><br />
connaissances <strong>mathématiques</strong>, tant au niveau individuel que<br />
collectif, exige <strong>de</strong> ne pas s’arrêter là. L’épistémologie propre<br />
à toute discipline scientifique comman<strong>de</strong> <strong>de</strong> questionner la<br />
généralité <strong>de</strong> ce qu’on infère, d’en cerner les conditions <strong>de</strong><br />
validité <strong>et</strong> <strong>de</strong> chercher à en comprendre les causes. Et l’une<br />
<strong>de</strong>s forces <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> rési<strong>de</strong> justement dans le fait<br />
que le caractère idéalisé <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s d’étu<strong>de</strong>, où les structures<br />
sont mises à nu, perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> mieux contrôler les réponses à <strong>de</strong><br />
tels questionnements <strong>et</strong> d’assurer la cohérence <strong>de</strong> la construction.<br />
Par conséquent, il convient d’être vigilant lorsque le manuel<br />
paraît se satisfaire <strong>de</strong> l’observation <strong>de</strong> quelques cas pour<br />
conclure à une propriété, une « loi » ou une « règle » : c’est le<br />
cas notamment <strong>de</strong>s propriétés <strong>de</strong>s quadrilatères que Perspective<br />
7 fait découvrir à l’élève à partir d’activités <strong>de</strong> traçage <strong>et</strong><br />
d’observation. Sans rem<strong>et</strong>tre en cause la pertinence <strong>de</strong> telles<br />
activités, les résultats vers lesquels elles conduisent ne<br />
<strong>de</strong>vraient pas se voir reconnaître un statut autre que celui <strong>de</strong><br />
conjecture. Il conviendrait <strong>de</strong> se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r ensuite s’il s’agit<br />
d’une propriété commune à tous les quadrilatères <strong>de</strong> ce type<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> tâcher <strong>de</strong> s’en convaincre (ou <strong>de</strong> chercher à en comprendre<br />
la raison) en tirant parti <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s angles formés<br />
par les droites en jeu (aussi au programme d’étu<strong>de</strong> à ce<br />
niveau). C’est en questionnant les observations <strong>et</strong> en établissant<br />
<strong>de</strong>s liens entre les concepts qu’on peut espérer comprendre<br />
<strong>et</strong> organiser ses connaissances à l’intérieur d’une<br />
structure riche <strong>et</strong> logique (Hana, 2000), <strong>et</strong> c’est précisément<br />
ce que visent les <strong>mathématiques</strong>. Une telle organisation, qui<br />
perm<strong>et</strong> par les nombreux liens qu’elle tisse d’en r<strong>et</strong>rouver les<br />
éléments, libère par ailleurs <strong>de</strong> l’interminable mémorisation<br />
d’éléments isolés <strong>et</strong> donne tout son sens à c<strong>et</strong>te phrase bien<br />
connue d’Édouard Herriot : « La culture, c'est ce qui reste<br />
quand on a tout oublié ». On a donc tout intérêt à instaurer<br />
en classe une culture du doute, où l’argument d’autorité n’a<br />
plus sa place <strong>et</strong> où les « pourquoi » <strong>et</strong> les « est-ce que c’est<br />
toujours vrai » sont au moins aussi importants que les<br />
« combien », les « quoi » ou les « comment ». Dans sa<br />
rigueur, la pensée mathématique a un côté rebelle qu’il convient<br />
<strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en valeur.<br />
7 Perspective, Manuel A, Volume 1, p.85-87.<br />
La même approche peut s’appliquer à l’arithmétique <strong>et</strong> à<br />
l’algèbre. Par exemple, à la suite <strong>de</strong>s contextes <strong>et</strong> <strong>de</strong>s suites<br />
<strong>de</strong> nombres que présente À vos maths 8 pour amener l’élève à<br />
dégager la « règle <strong>de</strong>s signes », on pourrait compléter avec<br />
une justification mathématique qui fasse ressortir la<br />
cohérence interne <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te règle. Ce travail repose sur <strong>de</strong>ux<br />
idées-clés qui ont dirigé la construction du savoir mathématique<br />
en général, <strong>et</strong> <strong>de</strong>s nombres en particulier (Guedj, 1996) :<br />
d’une part, se perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> faire avec <strong>de</strong> nouveaux obj<strong>et</strong>s ce<br />
qu’on ne pouvait pas faire avec les anciens – dans le cas <strong>de</strong><br />
l’extension <strong>de</strong> ! à ! , soustraire un plus grand nombre<br />
d’un plus p<strong>et</strong>it – ; d’autre part, assurer la coexistence <strong>de</strong><br />
l’ancien avec le nouveau en ne m<strong>et</strong>tant pas en péril les<br />
résultats déjà établis – faire en sorte ici que les propriétés <strong>de</strong><br />
la multiplication dans ! (en particulier la distributivité,<br />
l’élément absorbant <strong>et</strong> la commutativité) <strong>de</strong>meurent valables<br />
dans ! –. Comme autre exemple, on pourrait plus tard,<br />
lors <strong>de</strong> l’entrée dans l’algèbre, reconnaître que « résoudre une<br />
équation, c’est encore démontrer » (Gandit <strong>et</strong> Demongeot,<br />
1996), en faisant ressortir les raisons qui perm<strong>et</strong>tent d’assurer<br />
l’équivalence <strong>de</strong>s équations (c.-à-d. ayant mêmes solutions)<br />
ou l’implication qui les lie (ex. si ce produit est nul, alors au<br />
moins un <strong>de</strong>s facteurs est nul).<br />
L’explicitation <strong>de</strong>s liens entre concepts ou entre concepts <strong>et</strong><br />
processus n’apparaît pas souvent dans les manuels <strong>de</strong><br />
première secondaire. En fait, on sent une volonté (ou peutêtre<br />
une consigne) <strong>de</strong> réduire au minimum la place occupée<br />
par l’exposé du savoir mathématique au profit d’activités<br />
d’apprentissage ou d’application. L’explicitation du savoir<br />
n’occupe en eff<strong>et</strong> qu’entre 3% <strong>et</strong> 13% <strong>de</strong> l’espace du livre,<br />
selon la collection. Souvent isolé dans <strong>de</strong>s encadrés qui<br />
encapsulent l’information associée à un élément <strong>de</strong> ce savoir,<br />
l’exposé se réduit aux définitions, à l’énoncé <strong>de</strong>s propriétés,<br />
aux procédures, aux « règles » ou aux « formules ». Si<br />
plusieurs <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong>s manuels ont été habilement<br />
conçues pour faire découvrir l’existence <strong>de</strong> liens, l’explication<br />
<strong>de</strong> propriétés <strong>et</strong> la justification <strong>de</strong>s procédures, il reste que<br />
ces aspects du savoir n’ont pas un statut officiel dans le livre<br />
<strong>de</strong> l’élève <strong>et</strong> que leur mise en évi<strong>de</strong>nce <strong>et</strong> leur valorisation<br />
institutionnelle reposent essentiellement sur les épaules <strong>de</strong><br />
l’enseignant. Sans nier la valeur <strong>de</strong>s activités présentées par<br />
les manuels, on peut néanmoins se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r s’il n’y aurait<br />
pas intérêt à doter aussi l’élève d’un ouvrage <strong>de</strong> référence<br />
pour les <strong>mathématiques</strong> du secondaire, qui serait structuré<br />
selon une logique <strong>de</strong>s savoirs <strong>et</strong> afficherait clairement le<br />
pourquoi <strong>de</strong>s choses. Dans c<strong>et</strong>te direction, les livres <strong>de</strong><br />
Deledicq 9 nous semblent constituer un modèle intéressant<br />
qu’on pourrait vouloir adapter aux programmes du Québec.<br />
Expliciter dans l’enseignement <strong>et</strong> l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
les propriétés qui expliquent les faits observés <strong>et</strong><br />
justifient les processus perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> valoriser les termes <strong>et</strong> leurs<br />
définitions comme outils pour raisonner <strong>et</strong>, par conséquent,<br />
s’inscrit aussi dans le développement <strong>de</strong> la Compétence 3<br />
8<br />
À vos maths! Manuel A, p.249-251.<br />
9<br />
Deledicq, A. (2004) Maths – Collège, Paris, Éditions <strong>de</strong> la<br />
Cité.<br />
Deledicq, A. (2004) Maths – Lycée, Paris, Éditions <strong>de</strong> la Cité.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 55 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />
« Communiquer avec le langage mathématique ». Car il y a<br />
une dimension langagière aux <strong>mathématiques</strong>, qui s’exprime<br />
dans différents registres (verbal, symbolique ou graphique).<br />
Développer une culture mathématique, c’est aussi s’approprier<br />
ce langage <strong>et</strong> en comprendre le rôle <strong>et</strong> la portée. Comme<br />
nous le laisse entendre Stendhal, c<strong>et</strong>te attention portée à<br />
l’explicitation pourrait même avoir <strong>de</strong>s eff<strong>et</strong>s qui débor<strong>de</strong>nt<br />
<strong>de</strong>s connaissances <strong>mathématiques</strong> : « Ma cohabitation passionnée<br />
avec les <strong>mathématiques</strong> m'a laissé un amour fou<br />
pour les bonnes définitions, sans lesquelles il n'y a que <strong>de</strong>s àpeu-près.<br />
»<br />
Le rapport à la réalité<br />
Une vision essentiellement puriste <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> pourrait<br />
confiner l’enseignement <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te discipline au niveau<br />
abstrait où se situent les obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong> enseignés, les<br />
liens qui les unissent <strong>et</strong> les structures qui en ren<strong>de</strong>nt compte.<br />
Mais ce serait faire silence à la fois sur les nombreux problèmes<br />
issus <strong>de</strong> la réalité qui ont favorisé le développement <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> sur l’utilisation croissante <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
dans les différents secteurs d’activité humaine, qui<br />
explique la place qu’elles occupent actuellement dans le<br />
cursus scolaire. Sans pour autant s’y réduire, une culture<br />
mathématique se doit d’inclure une prise en compte du<br />
rapport au réel, autant dans la construction du savoir<br />
mathématique que dans son application. Et les raisons pour<br />
aller dans ce sens vont au-<strong>de</strong>là du soutien à la motivation <strong>de</strong><br />
l’élève auquel peut donner lieu une contextualisation <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> à différents domaines <strong>de</strong> réalité.<br />
À travers les repères culturels <strong>et</strong> la Compétence 1 « Résoudre<br />
une situation-problème », le programme vise un transfert aux<br />
situations extra<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s connaissances développées<br />
en <strong>mathématiques</strong>. Le « décodage <strong>de</strong>s éléments qui se<br />
prêtent à un traitement mathématique » <strong>et</strong> la « représentation<br />
<strong>de</strong> la situation-problème par un modèle mathématique »,<br />
présentés comme composantes <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te compétence, relèvent<br />
<strong>de</strong> la modélisation mathématique. De fait, avec les<br />
technologies qui perm<strong>et</strong>tent d’explorer <strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre <strong>de</strong>s<br />
problèmes <strong>de</strong> plus en plus complexes <strong>et</strong> donc d’abor<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s<br />
pans <strong>de</strong> la réalité <strong>de</strong> plus en plus vastes, la modélisation a<br />
considérablement gagné en importance dans la pratique<br />
mathématique, au point d’être considérée maintenant par<br />
certains mathématiciens comme une <strong>de</strong>s composantes essentielles<br />
<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> 10 <strong>et</strong> un <strong>de</strong>s enjeux principaux <strong>de</strong><br />
leur enseignement (Bouleau, 2000). Or le passage <strong>de</strong><br />
connaissances <strong>mathématiques</strong> à <strong>de</strong> véritables compétences <strong>de</strong><br />
modélisation est loin d’aller <strong>de</strong> soi <strong>et</strong> nécessite un travail<br />
explicite en ce sens qui dépasse un simple « éveil à l’applicabilité<br />
» <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> requiert <strong>de</strong> l’enseignant un<br />
subtil dosage <strong>de</strong>s consignes, du temps alloué <strong>et</strong> <strong>de</strong>s ressources.<br />
En plus du niveau <strong>de</strong> structuration <strong>de</strong> ses connaissances<br />
(Caron, 2003), la capacité à modéliser d’un étudiant dépend<br />
10 Après avoir été longtemps vues comme science <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>urs,<br />
puis, plus récemment, comme science <strong>de</strong>s structures, les<br />
<strong>mathématiques</strong> sont <strong>de</strong> plus en plus décrites comme sciences <strong>de</strong>s<br />
modèles, ou science du calcul, <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
démonstration (Ronald Brown, Yves Lafont).<br />
<strong>de</strong> son expérience <strong>de</strong> la complexité, <strong>de</strong> ses compétences <strong>de</strong><br />
communication <strong>et</strong> du niveau d’intégration <strong>de</strong> la technologie à<br />
sa pratique mathématique (Caron <strong>et</strong> Bélair, 2006).<br />
Par le temps qu’elle requiert <strong>et</strong> la nécessité <strong>de</strong> miser sur les<br />
intérêts individuels <strong>de</strong>s élèves (pour éviter que le contexte<br />
d’application ne s’instaure en obstacle), la modélisation<br />
constitue une <strong>de</strong>s raisons d’intégrer <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s d’élèves à<br />
l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Les manuels offrent<br />
plusieurs idées <strong>de</strong> proj<strong>et</strong>s intéressants (ex. l’étu<strong>de</strong> du réchauffement<br />
<strong>de</strong> nos hivers proposée par Perspective 11 ). Pour que <strong>de</strong><br />
tels proj<strong>et</strong>s puissent contribuer au développement <strong>de</strong> compétences<br />
<strong>de</strong> modélisation, il importe <strong>de</strong> laisser le soin à l’élève<br />
<strong>de</strong> choisir les <strong>mathématiques</strong> qu’il m<strong>et</strong> à contribution (Caron<br />
<strong>et</strong> Muller, 2005). Idéalement, on favorisera la comparaison<br />
<strong>de</strong> différents modèles créés par les élèves pour en faire<br />
ressortir les ressemblances <strong>et</strong> les différences, les apports <strong>et</strong> les<br />
limites. Et on ira au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la régression gérée par la<br />
calculatrice (à laquelle la modélisation se voit souvent réduite<br />
au second cycle du secondaire) en visant le caractère<br />
explicatif du modèle : cela <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> comparer, <strong>de</strong> décrire<br />
le changement, <strong>de</strong> chercher les invariants, d’avancer <strong>de</strong>s<br />
hypothèses, <strong>de</strong> combiner à un niveau global <strong>de</strong>s relations<br />
simples qu’on aura pu définir à un niveau local, <strong>et</strong>c.<br />
La modélisation donne aussi un sens particulier à l’apprentissage<br />
<strong>de</strong> la <strong>statistique</strong>. En découvrant les différentes formes<br />
<strong>de</strong> distributions qui correspon<strong>de</strong>nt aux phénomènes examinés<br />
(naturels ou sociaux) <strong>et</strong> en appréciant la variabilité <strong>de</strong>s<br />
échantillons associés à une même distribution, l’élève<br />
apprend avec la <strong>statistique</strong> à connaître « la variabilité du<br />
mon<strong>de</strong> » qui échappe aux modèles déterministes (Wozniak,<br />
2005; Kahane, 2002). La loi <strong>de</strong> probabilité <strong>de</strong>vient ensuite la<br />
façon <strong>de</strong> r<strong>et</strong>rouver l’invariance dans c<strong>et</strong>te variabilité, qui<br />
perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> prédire, expliquer, évaluer <strong>et</strong> déci<strong>de</strong>r. Ainsi, un<br />
enseignement culturel <strong>de</strong> la <strong>statistique</strong> peut viser bien plus<br />
que le décodage <strong>de</strong> l’information transmise au citoyen <strong>et</strong> au<br />
consommateur. Mais cela <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> développer une culture<br />
du questionnement, <strong>de</strong> l’analyse, <strong>de</strong> l’interprétation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
communication en <strong>mathématiques</strong>.<br />
Finalement, il nous faut revenir sur le rôle <strong>de</strong>s outils informatiques<br />
dans la modélisation mathématique <strong>de</strong> la complexité<br />
du réel ; ce rôle essentiel contribue fortement à justifier leur<br />
intégration dans l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. L’inci<strong>de</strong>nce<br />
radicale <strong>de</strong> la technologie sur la pratique mathématique<br />
(pure ou appliquée) <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> ne pas en limiter l’utilisation<br />
à une ai<strong>de</strong> à l’enseignement (ou à l’apprentissage) d’un même<br />
savoir traditionnel. Une intégration réussie <strong>de</strong>s outils informatiques<br />
dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au secondaire<br />
<strong>et</strong> au collégial <strong>de</strong>vrait ouvrir progressivement vers les<br />
nouvelles approches qu’ils perm<strong>et</strong>tent (exploration graphique,<br />
collecte <strong>et</strong> traitement <strong>de</strong> données, métho<strong>de</strong>s itératives,<br />
simulations, <strong>et</strong>c.) pour traiter <strong>de</strong>s problèmes plus complexes<br />
<strong>et</strong> abor<strong>de</strong>r ainsi un champ plus vaste <strong>de</strong> situations réelles.<br />
L’élève ne pourra néanmoins exercer un réel contrôle sur les<br />
productions <strong>de</strong> ces outils que s’il est exposé à certains <strong>de</strong>s<br />
11 Perspective, Manuel A, Volume 2, p.230-231.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 56 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Enjeux <strong>et</strong> défis d’une culture mathématique sans frontières France Caron<br />
mécanismes, algorithmes <strong>et</strong> contraintes qui leur sont propres.<br />
Puisque l’informatique n’est curieusement pas couverte par le<br />
programme <strong>de</strong> science <strong>et</strong> technologie au secondaire, sans<br />
doute revient-il à l’enseignant <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> d’en faire<br />
connaître les éléments qui influencent l’activité mathématique<br />
<strong>de</strong> ses élèves <strong>et</strong> qui contribuent à façonner une nouvelle<br />
culture mathématique. Enfin, dans le souci <strong>de</strong> prolonger la<br />
perspective historique aux développements contemporains <strong>et</strong><br />
d’ « éveiller à l’applicabilité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> », on pourrait,<br />
comme le font déjà certains manuels, montrer le rôle fondamental<br />
qu’elles ont joué <strong>et</strong> qu’elles continuent <strong>de</strong> jouer en<br />
informatique : en cryptographie (évoquée dans Panoramath 12 ),<br />
en infographie, <strong>et</strong>c. Ces nouveaux champs d’application, où<br />
le virtuel constitue une couche entre le réel <strong>et</strong> le mathématisé,<br />
multiplient les occasions d’utiliser les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />
créent <strong>de</strong> nouvelles <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s pour en poursuivre le développement.<br />
Conclusion<br />
Une culture mathématique qui perm<strong>et</strong>te « d’i<strong>de</strong>ntifier <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
comprendre les divers rôles joués par les <strong>mathématiques</strong><br />
dans le Mon<strong>de</strong>, <strong>de</strong> porter <strong>de</strong>s jugements fondés à leur propos<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> s'engager dans <strong>de</strong>s activités <strong>mathématiques</strong>, en fonction<br />
<strong>de</strong>s exigences <strong>de</strong> sa vie présente <strong>et</strong> future », ne peut que<br />
reposer sur un vaste réseau <strong>de</strong> connaissances <strong>et</strong> une expérience<br />
riche <strong>et</strong> variée <strong>de</strong> la pratique mathématique. Si les<br />
nouveaux programmes <strong>et</strong> manuels semblent à bien <strong>de</strong>s<br />
égards vouloir relever un tel défi, il convient <strong>de</strong> prendre<br />
certaines précautions pour faire en sorte qu’une profon<strong>de</strong>ur<br />
accompagne l’ampleur du territoire qu’on se propose <strong>de</strong> faire<br />
parcourir à l’élève, <strong>et</strong> que celui-ci ressorte proprement outillé<br />
<strong>de</strong>s explorations qu’il aura pu y faire. Il y a tant à comprendre<br />
<strong>de</strong> la fréquentation <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> qu’il serait malheureux<br />
que, glissant par manque <strong>de</strong> temps <strong>de</strong> la culture au<br />
tourisme, on se contente <strong>de</strong> n’y faire qu’un « bien beau<br />
voyage ».<br />
Références<br />
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Caron, F. <strong>et</strong> Muller, E. (2005) L’intégration <strong>de</strong> l’application <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> la modélisation dans les <strong>mathématiques</strong> au<br />
secondaire <strong>et</strong> au collégial », Actes <strong>de</strong> la 28e Rencontre<br />
annuelle du Groupe canadien d’étu<strong>de</strong> en didactique <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, 63-80.<br />
12 Panoram@th, Manuel A, Volume 1, p.102-103.<br />
Charnay, R. (2002) Pour une culture mathématique dès<br />
l’école primaire. Bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong> l’APMEP 441, 409- 417.<br />
Dreyfus, T. (1999) Why Johnny can’t prove. Educational<br />
Studies in Mathematics 38, 85–109.<br />
Dumont, F. (1968), Le lieu <strong>de</strong> l’homme : la culture comme distance<br />
<strong>et</strong> mémoire, Montréal, Éditions HMH, Montréal, 1968.<br />
Gandit, M. <strong>et</strong> Demongeot, M-C. (1996) Le vrai <strong>et</strong> le faux en<br />
<strong>mathématiques</strong>, IREM <strong>de</strong> Grenoble.<br />
Gouvernement du Québec (2003a). Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong><br />
l’école québécoise. Enseignement secondaire, premier cycle.<br />
Québec, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation.<br />
Gouvernement du Québec (2003b). L’intégration <strong>de</strong> la dimension<br />
culturelle à l’école. Document <strong>de</strong> référence à l’intention du<br />
personnel enseignant. Québec, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation.<br />
Gouvernement du Québec (2001). Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong><br />
l’école québécoise. Éducation préscolaire – Enseignement<br />
primaire. Québec, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation.<br />
Guedj, D. (1997) La gratuité ne vaut plus rien. Paris, Éditions du<br />
Seuil.<br />
Guedj, D. (1996) L’empire <strong>de</strong>s nombres. Paris, Éditions<br />
Gallimard.<br />
Hana, G. (2000) Proof, Explanation and Exploration : An<br />
overview. Educational Studies in Mathematics 44, 5–23.<br />
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Commission <strong>de</strong> réflexion sur l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> :<br />
Rapport au ministre <strong>de</strong> l'éducation nationale. Paris, Éditions<br />
Odile Jacob.<br />
Organisation <strong>de</strong> coopération <strong>et</strong> <strong>de</strong> développement<br />
économiques (2001) Connaissances <strong>et</strong> compétences : <strong>de</strong>s atouts<br />
pour la vie. Paris, Éditions <strong>de</strong> l’OCDE.<br />
Sangalli, A. (2001) Éloge du flou – Aux frontières <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’intelligence artificielle. Les Presses <strong>de</strong><br />
l’Université <strong>de</strong> Montréal.<br />
Wozniak, F. (2005) Conditions <strong>et</strong> contraintes <strong>de</strong> l’enseignement <strong>de</strong> la<br />
<strong>statistique</strong> en classe <strong>de</strong> secon<strong>de</strong> générale – Un repérage didactique.<br />
Thèse <strong>de</strong> doctorat, Université Clau<strong>de</strong> Bernard – Lyon.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 57 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 58 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
L'analyse <strong>de</strong> copies d'élèves:<br />
un exercice<br />
<strong>de</strong> jugement professionnel ?<br />
Après avoir corrigé une à une les copies <strong>de</strong> nos élèves, nous ne prenons pas<br />
toujours le temps <strong>de</strong> revenir sur la performance globale <strong>de</strong> l'ensemble <strong>de</strong> la classe.<br />
Pourtant, c<strong>et</strong> exercice pourrait j<strong>et</strong>er un éclairage sur les erreurs que nos élèves ont<br />
faites individuellement <strong>et</strong> collectivement <strong>et</strong> sur ce qu'il convient <strong>de</strong> faire pour les<br />
ai<strong>de</strong>r à corriger certaines fausses conceptions.<br />
Renée Caron,<br />
Université <strong>de</strong><br />
Montréal<br />
renee.caron@<br />
umontreal.ca<br />
L<br />
es solutions que les élèves produisent<br />
aux problèmes qu'on leur propose dans<br />
une activité d'évaluation nous en disent<br />
long sur le sens qu'ils ont donné aux<br />
connaissances mises en jeu au cours <strong>de</strong>s<br />
activités que nous leur avons proposées. Dans<br />
le cas <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes<br />
<strong>mathématiques</strong>, il s'agit souvent pour l'élève,<br />
comme dans le cas <strong>de</strong> la plupart <strong>de</strong>s<br />
problèmes <strong>de</strong> sa vie, d'arriver à une solution,<br />
<strong>de</strong> répondre à la question posée. Le fait<br />
d'obtenir la réponse lui indique souvent qu'il a<br />
satisfait à la tâche. Or, en apprentissage <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, on compte sur l'activité <strong>de</strong><br />
résolution <strong>de</strong> problèmes pour amener les<br />
élèves à créer <strong>de</strong> nouveaux savoirs ou, à tout le<br />
moins, à en prendre conscience. Il faut donc<br />
aller au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la solution.<br />
Il importe donc d'analyser les résultats que les<br />
élèves produisent aux problèmes 1 qu'on leur<br />
propose pour les comprendre <strong>et</strong>, éventuelle-<br />
1 Pour les besoins <strong>de</strong> l'animation <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier, un<br />
échantillon <strong>de</strong> solutions d'élèves à <strong>de</strong>ux problèmes,<br />
proposés dans une épreuve expérimentale du<br />
ministère <strong>de</strong> l'Éducation du Québec, a servi <strong>de</strong> base<br />
à nos discussions <strong>et</strong> argumentations. On r<strong>et</strong>rouvera<br />
ces <strong>de</strong>ux problèmes en annexe à ce texte.<br />
ment, modifier ces problèmes. C<strong>et</strong>te analyse<br />
est fondamentale dans la tâche d'une<br />
enseignante ou d'un enseignant. Elle nous fait<br />
voir que la question qu'on voulait leur poser<br />
n'est pas celle qu'on leur a posée, <strong>et</strong> que le<br />
savoir qu'on voulait vérifier n'est pas celui que<br />
la situation perm<strong>et</strong>tait <strong>de</strong> vérifier. Dans<br />
d'autres cas, on constate que les connaissances<br />
qu'on croyait leur perm<strong>et</strong>tre d'acquérir ne sont<br />
pas celles qu'ils ont acquises.<br />
Voici donc quelques réflexions que nous<br />
avons été amenés à faire suite à l'observation<br />
<strong>de</strong>s copies d'élèves.<br />
PROBLÈME 1<br />
Pourquoi choisit-on que tel ou tel problème<br />
apparaisse dans un examen ?<br />
La réponse à c<strong>et</strong>te question est sans doute :<br />
« Pour s'assurer que l'élève a fait les apprentissages<br />
qui vont lui perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> poursuivre<br />
avec succès ses étu<strong>de</strong>s. »<br />
Si on considère ce problème (annexe 1), ce<br />
qu'on aurait dû chercher à vérifier chez les<br />
élèves <strong>de</strong> la fin du Primaire, ce sont leurs<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 59 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
L'analyse <strong>de</strong> copies d'élèves : un exercice <strong>de</strong> jugement professionnel ? Renée Caron<br />
habil<strong>et</strong>és à appliquer la priorité <strong>de</strong>s opérations <strong>et</strong> à utiliser<br />
adéquatement les parenthèses, <strong>de</strong> même qu’à représenter<br />
une situation-problème sous forme d'équation. On sait que<br />
ces acquis leur <strong>de</strong>viendront <strong>de</strong> plus en plus utiles à mesure<br />
que se complexifieront les problèmes <strong>et</strong> les équations qu'ils<br />
auront à résoudre au Secondaire. Ce sont aussi <strong>de</strong>s savoirs<br />
qui sont visés par le Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong> l'école québécoise.<br />
Toutefois, si ce qu'on veut vérifier est bien ce qui est énoncé<br />
au paragraphe précé<strong>de</strong>nt, il n'est pas nécessaire que les<br />
élèves fassent <strong>de</strong>s calculs, il est même souhaitable qu'ils ne<br />
les fassent pas. Réserver une plage pour les calculs <strong>et</strong> leur<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r <strong>de</strong> fournir la solution <strong>de</strong> l'équation vient donc<br />
modifier le sens <strong>de</strong> la question <strong>et</strong> détourner leur pensée<br />
d'une réflexion sur la relation entre la situation <strong>et</strong> l'équation<br />
ou les équations qui peuvent la représenter. C<strong>et</strong>te forme qu'a<br />
prise la situation reflète sans doute le sens qu'on a<br />
progressivement donné à la démarche <strong>de</strong> représentation d'un<br />
problème à données multiples par une équation dans la culture<br />
scolaire, soit par le biais <strong>de</strong>s manuels utilisés par les élèves,<br />
soit par les moyens qu'on a mis en place pour rendre la tâche<br />
accessible au plus grand nombre d'élèves.<br />
Comment les élèves ont-ils réagi à c<strong>et</strong>te question ?<br />
Une <strong>de</strong>s choses amusantes qu'on a pu observer, c'est que les<br />
élèves nous ont fait, pour la plupart, la démonstration qu'ils<br />
savent composer avec la priorité <strong>de</strong>s opérations <strong>et</strong> avec le<br />
sens <strong>de</strong>s parenthèses. Ils ont d'abord résolu le problème<br />
sans tenir compte <strong>de</strong>s équations qu'on leur proposait puis ils<br />
ont ensuite fait les calculs pour toutes les expressions ou<br />
équations qu'on leur proposait <strong>et</strong> ont choisi celle qui<br />
conduisait au même résultat que celui qu'ils avaient obtenu.<br />
C'est un peu primitif comme raisonnement mathématique <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>s jeunes <strong>de</strong> 12-13 ans sont sans doute capables <strong>de</strong> faire<br />
mieux. Quelques-uns nous l'ont démontré d'ailleurs, <strong>de</strong><br />
façon plus ou moins complète, par <strong>de</strong>s arguments tels que :<br />
- dans l'équation A, on ne tient pas compte <strong>de</strong>s breuvages;<br />
- dans l'équation B, on additionne le montant <strong>de</strong>s dépenses à 117 $.<br />
Les arguments qui avaient peu <strong>de</strong> lien avec les données du<br />
problème ont cependant été plus nombreux que les<br />
précé<strong>de</strong>nts. C'est ainsi que certains élèves ont écrit que 13 $<br />
était un « bon prix » pour un repas ou encore que ce prix<br />
était sans doute le bon puisque les autres prix étaient « exagérés<br />
». Pour plusieurs autres, la justification <strong>de</strong> leur choix<br />
n'a été qu'une simple répétition <strong>de</strong>s données du problème.<br />
Quelles conclusions peut-on tirer <strong>de</strong> ces comportements<br />
d'élèves ?<br />
Le nombre d'élèves ayant procédé en résolvant le problème<br />
<strong>et</strong> en comparant le résultat avec celui <strong>de</strong>s équations<br />
proposées est trop grand pour qu'on puisse conclure que<br />
c<strong>et</strong>te manière <strong>de</strong> faire est acci<strong>de</strong>ntelle chez eux, surtout<br />
quand on considère que les copies examinées viennent d'un<br />
nombre restreint <strong>de</strong> classes. Il est permis <strong>de</strong> croire que le<br />
comportement <strong>de</strong>s élèves est relié à un apprentissage<br />
insuffisant <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la mathématisation. Si<br />
nous sommes plutôt bien informés sur la capacité <strong>de</strong> l'élève<br />
à résoudre une situation-problème dont les données sont multiples<br />
comme le spécifie le programme, nous le sommes moins sur<br />
sa capacité à recourir à l'équation comme mo<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
représentation lui perm<strong>et</strong>tant d'organiser ces données. Comme les<br />
consignes du problème leur <strong>de</strong>mandaient <strong>de</strong> faire les calculs,<br />
il leur paraissait inutile, une fois ces calculs faits, <strong>de</strong> chercher<br />
une justification mathématique plus sophistiquée quand il y<br />
en avait une toute simple sous leurs yeux.<br />
Par ailleurs si la démarche qu'ont empruntée la majorité <strong>de</strong>s<br />
élèves est une démarche apprise, il faut conclure qu'à un<br />
moment donné ou l'autre <strong>de</strong> leur apprentissage, l'activité <strong>de</strong><br />
«mathématisation» qui consiste à traduire une situationproblème<br />
à l'ai<strong>de</strong> d'outils <strong>et</strong> <strong>de</strong> symboles <strong>mathématiques</strong> a<br />
été perdue <strong>de</strong> vue au profit <strong>de</strong> quelque chose <strong>de</strong> beaucoup<br />
plus simple, soit trouver la réponse au problème.<br />
Se donner le temps <strong>de</strong> comprendre les réponses que nous<br />
donnent les élèves nous fait souvent réaliser qu'on a besoin<br />
<strong>de</strong> rectifier le tir. Cela nous fait réaliser que les moyens<br />
qu'on avait peut-être utilisés pour perm<strong>et</strong>tre à tous les élèves<br />
<strong>de</strong> se rendre au bout <strong>de</strong> la tâche les ont privés d'un exercice<br />
<strong>et</strong> d'un effort qui leur auraient permis d'atteindre un niveau<br />
plus élevé d'habil<strong>et</strong>é mathématique.<br />
PROBLÈME 2<br />
Nous avons consacré moins <strong>de</strong> temps à l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> ce<br />
problème; toutefois, il est intéressant <strong>de</strong> constater que, pour<br />
ce problème aussi, ce qu'on a prévu que les élèves<br />
apprennent n'est pas nécessairement ce qu'ils ont appris.<br />
Voici quelques observations :<br />
Certains élèves n'ont pas une idée claire du concept d'image<br />
<strong>de</strong> la figure <strong>de</strong> départ : ils changent donc <strong>de</strong>s détails sans<br />
que cela leur apparaisse incorrect.<br />
La flèche <strong>de</strong> translation est interprétée comme un indicateur<br />
<strong>de</strong> la direction, mais pas nécessairement comme un indicateur<br />
<strong>de</strong> la gran<strong>de</strong>ur du déplacement.<br />
Certains élèves interprètent les quadrants du plan cartésien<br />
comme <strong>de</strong>s espaces fermés à l'intérieur <strong>de</strong>squels la figure <strong>de</strong><br />
départ <strong>et</strong> son image doivent être placées <strong>de</strong> la même manière,<br />
par exemple à un carreau <strong>de</strong> distance du bord <strong>de</strong> gauche.<br />
Certains élèves interprètent les axes du plan cartésien<br />
comme <strong>de</strong>s axes <strong>de</strong> symétrie.<br />
Il aurait été intéressant <strong>de</strong> réfléchir davantage sur ce qui a<br />
amené les élèves à interpréter l'opération <strong>de</strong> translation <strong>de</strong><br />
telle ou telle manière. On peut proposer plusieurs<br />
hypothèses, mais c'est quand chaque enseignante, chaque<br />
enseignant, le fait pour les productions <strong>de</strong> ses élèves <strong>et</strong> au<br />
regard <strong>de</strong> son propre enseignement que c<strong>et</strong>te réflexion<br />
<strong>de</strong>vient productive <strong>et</strong> garante d'une amélioration <strong>de</strong>s<br />
apprentissages <strong>et</strong> <strong>de</strong>s savoirs <strong>de</strong>s élèves.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 60 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
L'analyse <strong>de</strong> copies d'élèves : un exercice <strong>de</strong> jugement professionnel ? Renée Caron<br />
ANNEXE 1<br />
ANNEXE 2<br />
Lors d'une sortie à l'île Blizzar<strong>de</strong>, le recteur a remis 117,00 $<br />
CAPNAR à un élève pour ses dépenses personnelles.<br />
Pour s'amuser avec ses amis, c<strong>et</strong> élève s'est ach<strong>et</strong>é pour<br />
39,00 $ CAPNAR d' « attrape-bébêtes».<br />
Il a dépensé 3 fois moins <strong>de</strong> dollars CAPNAR pour ses<br />
breuvages que pour les « attrape-bébêtes».<br />
Il a prêté 52,00 $ CAPNAR à une <strong>de</strong> ses amies <strong>et</strong> le reste, il<br />
l'a dépensé pour ses repas.<br />
Parmi les équations suivantes, laquelle perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
trouver ce que c<strong>et</strong> élève a dépensé pour ses repas?<br />
Explique pourquoi.<br />
A) 117 - 39 - 52 =<br />
B) 117 + (52 - 39 ÷ 3 - 39)<br />
C) 117- (39 + 39 ÷ 3 + 52)<br />
D) 117 - (39 + 39) ÷ 3 + 52<br />
Calcule ce que c<strong>et</strong> élève a dépensé pour ses repas.<br />
La l<strong>et</strong>tre (A, B, C ou D) qui me perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> trouver ce que<br />
c<strong>et</strong> élève a dépensé pour ses repas est ____.<br />
Explique pourquoi tu as choisi c<strong>et</strong>te équation.<br />
______________________________________________<br />
____________________________________________<br />
Laisse <strong>de</strong>s traces <strong>de</strong>s calculs qui te perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> trouver ce<br />
que c<strong>et</strong> élève a dépensé pour ses repas.<br />
C<strong>et</strong> élève a dépensé ____ $ CAPNAR pour ses repas.<br />
Pendant ton cours <strong>de</strong> potion 101, un intrus, dont on ne<br />
peut dévoiler l’i<strong>de</strong>ntité, s’est introduit dans l’école.<br />
Il est à la recherche <strong>de</strong> jeunes magiciennes <strong>et</strong> magiciens sur<br />
lesquels il veut pratiquer <strong>de</strong> dangereuses expériences qui<br />
risquent d’affecter leur cerveau.<br />
Jusqu’à nouvel ordre, il est strictement interdit <strong>de</strong> circuler<br />
dans l’école.<br />
Le directeur a donc <strong>de</strong>mandé à tous les enseignants <strong>de</strong><br />
« transplaner » leur groupe d’élèves dans leur dortoir<br />
respectif.<br />
Effectue la translation afin d’ai<strong>de</strong>r ton enseignant à<br />
« transplaner » les élèves <strong>de</strong> ton groupe dans leur dortoir.<br />
Effectue la translation décrite par la flèche <strong>de</strong> translation<br />
pour montrer le déplacement <strong>de</strong> la valise.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 61 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 62 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche,<br />
Apprendre à chercher en<br />
<strong>mathématiques</strong><br />
C<strong>et</strong> article s'articulera autour <strong>de</strong> plusieurs situations dites "situations-recherche".<br />
Ces situations sont généralement présentées sous la forme d'un jeu matériel <strong>et</strong> sont<br />
directement issues <strong>de</strong> la recherche mathématique actuelle. Nous les proposons dès<br />
l'école primaire jusqu’à l'université afin <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre les apprenants en situation <strong>de</strong><br />
recherche en <strong>mathématiques</strong>. Les participants à nos ateliers ont été invités à "jouer"<br />
<strong>et</strong> à analyser les situations-recherche proposées. Nous présentons dans c<strong>et</strong> article<br />
une analyse mathématique <strong>et</strong> didactique <strong>de</strong> ces situations <strong>et</strong> i<strong>de</strong>ntifions les apports<br />
<strong>de</strong> celles-ci pour la classe.<br />
Léa Cartier,<br />
lea.cartier@<br />
imag.fr<br />
Karine Godot,<br />
karine.godot@<br />
imag.fr<br />
Laboratoire<br />
Leibniz,<br />
Grenoble,<br />
France.<br />
Eva Knoll,<br />
eva.knoll@<br />
msvu.ca<br />
Mount Saint<br />
Vincent<br />
University,<br />
Halifax, Canada.<br />
Cécile Ouvrier-<br />
Buff<strong>et</strong>.<br />
cecile.ob@<br />
wanadoo.fr<br />
IUFM <strong>de</strong> Créteil,<br />
Université Paris 7<br />
DIDIREM, Paris,<br />
France.<br />
www.mathsamo<strong>de</strong>ler.n<strong>et</strong><br />
D<br />
ans les programmes scolaires <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> se <strong>de</strong>ssine un intérêt<br />
nouveau pour la démarche <strong>de</strong><br />
recherche en <strong>mathématiques</strong>. L’expression<br />
même <strong>de</strong> « démarche <strong>de</strong> recherche en<br />
<strong>mathématiques</strong> » a pris une place importante<br />
<strong>et</strong> apparaît actuellement <strong>de</strong> manière récurrente<br />
dans les instructions officielles françaises, du<br />
primaire au secondaire, <strong>et</strong> même à l’entrée <strong>de</strong><br />
l’université. Il est en eff<strong>et</strong> préconisé <strong>de</strong><br />
confronter les élèves à « <strong>de</strong> véritables<br />
problèmes <strong>de</strong> recherche » (cycle 2 <strong>de</strong> l’école<br />
primaire), à « une véritable activité<br />
mathématique » (collège), <strong>de</strong> les initier à « la<br />
pratique d’une démarche scientifique globale »<br />
(classe <strong>de</strong> Terminale). L’introduction <strong>de</strong> ce<br />
type d’activités au sein <strong>de</strong>s programmes<br />
français vise à « intéresser les élèves à la<br />
pratique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> », en faisant <strong>de</strong> la<br />
classe « une véritable p<strong>et</strong>ite communauté<br />
mathématique » (instructions officielles du<br />
primaire). Il ne s’agit pas seulement que les<br />
élèves trouvent du plaisir dans ces activités <strong>de</strong><br />
recherche : il est bien davantage question<br />
d’ « éviter <strong>de</strong> donner <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> une<br />
vision étriquée réduite à <strong>de</strong>s techniques »<br />
(instructions <strong>de</strong> terminale scientifique).<br />
C<strong>et</strong>te dimension « recherche », qui se veut<br />
donc proche <strong>de</strong> l’expérience <strong>de</strong>s chercheurs<br />
professionnels, s’inscrit dans une vision <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> scolaires qui donne plus <strong>de</strong><br />
poids, relativement, au raisonnement mathématique<br />
qu’aux connaissances acquises. C<strong>et</strong>te<br />
tendance est aussi visible dans d’autres pays<br />
francophones, notamment au Québec, où les<br />
« situations-problèmes » <strong>et</strong> la « résolution <strong>de</strong><br />
problèmes » sont préconisées dans les<br />
programmes. En eff<strong>et</strong>, l’entrée par les<br />
compétences dans les programmes québécois<br />
fait ressortir trois composantes : résoudre un<br />
problème, déployer un raisonnement,<br />
communiquer en langage mathématique.<br />
Cependant, la résolution <strong>de</strong> problèmes<br />
apparaît là plus comme une modalité<br />
pédagogique en situation d’apprentissage<br />
qu’un type <strong>de</strong> situation à part entière. Faut-il<br />
étudier le processus mobilisé dans <strong>de</strong> telles<br />
situations ou se concentrer davantage sur le<br />
savoir notionnel construit dans la résolution ?<br />
C’est une question difficile que pose<br />
également la lecture <strong>de</strong>s programmes belges :<br />
ceux-ci par exemple n’ont pas tranché.<br />
Soulignons que, dans ce cas particulier, il s’agit<br />
<strong>de</strong> construire un savoir dans les situationsproblèmes<br />
alors apparentées aux situations<br />
adidactiques <strong>de</strong> Brousseau (Brousseau, 1998).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 63 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
Mais revenons au processus <strong>de</strong> recherche lui-même :<br />
comment se caractérise la « démarche <strong>de</strong> recherche en<br />
<strong>mathématiques</strong> » ? Quelles compétences appelle-t-elle ?<br />
Quelles situations problématisent ce genre <strong>de</strong> démarche ?<br />
Quelle implémentation didactique est-il possible <strong>de</strong> faire ?<br />
Nous avons apporté <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> réponse à ces vastes<br />
questions au cours <strong>de</strong> trois ateliers proposés dans le cadre du<br />
congrès AMQ :<br />
- Karine Godot : « Maths à Mo<strong>de</strong>ler : <strong>de</strong>s jeux pour apprendre à<br />
chercher en <strong>mathématiques</strong> dès le plus jeune âge ».<br />
- Léa Cartier : « La chasse à la bête : une situation-recherche pour<br />
l’entrée dans la preuve »<br />
- Eva Knoll <strong>et</strong> Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong> : « Les situations-recherche<br />
pour la classe <strong>et</strong> la formation <strong>de</strong>s enseignants ».<br />
1. La « démarche <strong>de</strong> recherche en <strong>mathématiques</strong><br />
» : proposition <strong>de</strong> définition <strong>et</strong><br />
caractérisation<br />
En référence à Glaeser <strong>et</strong> Polya nous rassemblerons sous le<br />
terme « heuristiques » les caractéristiques <strong>de</strong> la démarche <strong>de</strong><br />
recherche en <strong>mathématiques</strong>.<br />
Heuristique :<br />
- Art <strong>de</strong> résoudre <strong>de</strong>s problèmes <strong>mathématiques</strong> (Polya, 1989).<br />
- Étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s spontanées ou non conduites par une personne<br />
confrontée à un problème (Glaeser, 1999, p.112).<br />
Une situation problématique (qui n’est pas forcément<br />
énoncée en langage mathématique ou restreinte à un seul<br />
problème) implique <strong>de</strong> se poser une question, d’étudier<br />
éventuellement un problème plus simple, <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s essais,<br />
d’ém<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s conjectures, <strong>de</strong> les réfuter ou <strong>de</strong> les vali<strong>de</strong>r, <strong>de</strong><br />
prouver, <strong>de</strong> généraliser… C’est c<strong>et</strong> ensemble <strong>de</strong> composantes<br />
que nous qualifierons d’heuristiques.<br />
La pratique du mathématicien est peu décrite. Nous nous<br />
sommes appuyées sur les travaux <strong>de</strong> Nimier d’une part<br />
(Nimier, 1989) <strong>et</strong> <strong>de</strong> Burton (Burton, 1999) d’autre part,<br />
conduits à partir d’entr<strong>et</strong>iens avec <strong>de</strong>s mathématiciens sur<br />
leur discipline <strong>de</strong> prédilection. Il en ressort <strong>de</strong>ux<br />
composantes propres à l’activité <strong>de</strong> recherche : une phase <strong>de</strong><br />
recherche individuelle <strong>et</strong> une phase collective, ces <strong>de</strong>ux<br />
phases pouvant aussi se développer conjointement selon<br />
Burton.<br />
Intéressons-nous tout d’abord à la première. Quelle que soit<br />
leur spécialité en <strong>mathématiques</strong>, les chercheurs parlent <strong>de</strong><br />
jeu, <strong>de</strong> plaisir, <strong>de</strong> persévérance, d’imagination <strong>et</strong> d’intuition<br />
ou d’insight (un aspect reconnu comme majeur selon Burton).<br />
La dimension sociale <strong>de</strong> l’activité professionnelle du<br />
chercheur apparaîtrait plutôt, quant à elle, dans un <strong>de</strong>uxième<br />
temps, à travers les échanges entre collègues, l’aspect<br />
communication étant le terme du processus <strong>de</strong> recherche une<br />
fois les avancées formalisées. Ces échanges font partie<br />
intégrante <strong>de</strong> la recherche, ils participent à son avancée,<br />
induisant échanges, dialogues, mises en débat. Soulignons<br />
que la phase <strong>de</strong> recherche <strong>et</strong> la phase <strong>de</strong> mise en commun <strong>et</strong><br />
d’échanges avec <strong>de</strong>s pairs ne sont pas séparées dans le temps,<br />
mais s’imbriquent réellement. Le cliché du mathématicien<br />
enfermé dans son bureau est <strong>de</strong> nos jours révolu : le travail<br />
en collaboration est en eff<strong>et</strong> à l’œuvre pour ainsi dire dès le<br />
début d’une recherche (Burton, 2004).<br />
Nous considérerons donc que chercher en <strong>mathématiques</strong>,<br />
c’est se r<strong>et</strong>rouver dans la peau d’un chercheur en <strong>mathématiques</strong>,<br />
s’interroger, essayer, tâtonner, observer, raisonner,<br />
ém<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s conjectures, généraliser, prouver, s’accrocher,<br />
imaginer, trouver du plaisir, échanger avec autrui, partager<br />
ses découvertes, critiquer, argumenter...<br />
Les programmes actuels français vont dans ce sens : du<br />
primaire à la fin du lycée, on r<strong>et</strong>rouve <strong>de</strong>s objectifs tels les<br />
heuristiques décrites ci-<strong>de</strong>ssus.<br />
2. Les programmes français actuels : un<br />
exemple d’attente institutionnelle <strong>de</strong><br />
mise en œuvre d’une « démarche <strong>de</strong><br />
recherche en <strong>mathématiques</strong> »<br />
Par exemple, les instructions officielles préconisent (Bull<strong>et</strong>ins<br />
officiels du Primaire, du Collège <strong>et</strong> du Lycée ; Godot, 2005,<br />
p. 62-63) :<br />
ce que l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> doit<br />
perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> développer :<br />
• au primaire : « Capacités à chercher, abstraire,<br />
raisonner, prouver »<br />
• au collège : « Pratiquer une démarche scientifique,<br />
chercher, observer »<br />
• au lycée : « Observation, abstraction, expérimentation,<br />
démonstration »<br />
<strong>de</strong> faire construire <strong>de</strong>s conjectures :<br />
• au primaire : « Ém<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s hypothèses <strong>et</strong> les tester –<br />
Faire <strong>et</strong> gérer <strong>de</strong>s essais successifs »<br />
• au collège : « Énoncer <strong>de</strong>s conjectures, les<br />
expérimenter »<br />
• au lycée : « Se poser <strong>de</strong>s questions – Conjecturer un<br />
résultat »<br />
<strong>de</strong> faire travailler l’argumentation :<br />
• au primaire : « Argumenter à propos <strong>de</strong> la validité<br />
d’une solution produite par soi-même ou par un<br />
camara<strong>de</strong> »<br />
• au collège : « Construction d’une argumentation –<br />
Écoute <strong>de</strong>s arguments d’autrui – Introduction<br />
progressive au raisonnement déductif »<br />
• au lycée : « Comprendre comment la question se<br />
résout dans <strong>de</strong>s cas particuliers <strong>et</strong> en quoi les<br />
arguments valables se généralisent ou non » (1re <strong>et</strong><br />
Terminale)<br />
<strong>de</strong> rechercher <strong>de</strong>s contre-exemples :<br />
• au primaire : « Élaborer une solution originale <strong>et</strong> en<br />
éprouver la validité »<br />
• au collège : « Recherche <strong>de</strong> contre-exemples »<br />
• au lycée : « Trouver d’éventuels contre-exemples »<br />
<strong>de</strong> vérifier, <strong>de</strong> contrôler ses résultats :<br />
• au primaire : « Contrôler <strong>et</strong> discuter la pertinence ou<br />
la vraisemblance d’une solution – I<strong>de</strong>ntifier <strong>de</strong>s<br />
erreurs dans une solution en distinguant celles qui<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 64 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
sont relatives au choix d’une procédure <strong>de</strong> celles qui<br />
interviennent dans sa mise en œuvre »<br />
• au collège : « Contrôle <strong>de</strong>s résultats <strong>et</strong> évaluation <strong>de</strong><br />
leur pertinence en fonction du problème étudié –<br />
Analyse critique »<br />
• au lycée : « Contrôler les résultats obtenus, évaluer<br />
leur pertinence en fonction du problème posé »<br />
mais aussi, <strong>de</strong> développer l’imagination <strong>et</strong> la créativité :<br />
• au primaire : « Favoriser l’initiative, l’imagination <strong>et</strong><br />
l’autonomie <strong>de</strong>s élèves »<br />
• au collège : « Des qualités d’initiative, d’imagination <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> créativité »<br />
• au lycée : « Capacités d’imagination <strong>et</strong> d’analyse<br />
critique » (2 n<strong>de</strong> <strong>et</strong> 1re)<br />
Les heuristiques qui sont au cœur <strong>de</strong> l’activité du mathématicien<br />
sont ainsi mises en avant par ces programmes. Mais <strong>de</strong><br />
quelles ressources pédagogiques disposent les enseignants<br />
pour les m<strong>et</strong>tre en œuvre en classe ? Comment évaluer leur<br />
maîtrise par les élèves ? Comment peuvent-ils noter ou<br />
vali<strong>de</strong>r ces séances ? Nos recherches ont montré que très peu<br />
d’outils sont disponibles pour les enseignants. Quelques<br />
manuels proposent <strong>de</strong>s problèmes pouvant perm<strong>et</strong>tre à<br />
l’élève d’accé<strong>de</strong>r à une heuristique, mais la ferm<strong>et</strong>ure relative<br />
<strong>de</strong> ceux-ci nous semble faire obstacle au développement <strong>de</strong><br />
telles compétences chez l’élève (voir en particulier Godot,<br />
2005, p. 70-97).<br />
Nous allons maintenant proposer un nouveau type <strong>de</strong> situations<br />
perm<strong>et</strong>tant effectivement <strong>de</strong> travailler la démarche <strong>de</strong><br />
recherche. Nous entendons « nouveau » au regard <strong>de</strong> ce qui<br />
existe dans la littérature, c’est-à-dire le problem-solving<br />
(Schoenfeld, 1985), les situations-problèmes, les problèmes<br />
ouverts (Arsac, Germain <strong>et</strong> Mante, 1988) <strong>et</strong> les situations<br />
adidactiques (Brousseau, 1998). Nous montrerons comment<br />
ces « situations-recherche » que nous proposons répon<strong>de</strong>nt à<br />
la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> institutionnelle, c’est-à-dire en quoi elles perm<strong>et</strong>tent<br />
à l’élève <strong>de</strong> mobiliser une réelle activité <strong>de</strong> recherche, en<br />
référence à ce que fait le chercheur professionnel.<br />
3. Les situations-recherche<br />
Nos recherches s’articulent autour <strong>de</strong> situations que nous<br />
appelons situations-recherche. Ce sont <strong>de</strong>s situations didactiques<br />
particulières qui peuvent être considérées comme la<br />
transposition pour la classe <strong>de</strong> l’activité du chercheur en<br />
<strong>mathématiques</strong> telle que nous l’avons précé<strong>de</strong>mment décrite.<br />
Nous les caractérisons ainsi :<br />
• Le problème abordé est le plus souvent issu <strong>de</strong><br />
problèmes <strong>de</strong> recherche actuels. Il peut donc comporter<br />
une, plusieurs ou aucune solution. Il peut être encore<br />
ouvert dans la recherche mathématique actuelle.<br />
• Le point <strong>de</strong> départ est une question facilement<br />
compréhensible pour celui à qui elle est posée. Elle n’est<br />
pas formalisée en termes <strong>mathématiques</strong>. C’est la<br />
situation qui amène l’élève à l’intérieur <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>.<br />
• Les métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> résolution ne sont pas désignées.<br />
Plusieurs pistes peuvent être suivies.<br />
• Les connaissances scolaires nécessaires sont les plus<br />
élémentaires <strong>et</strong> réduites possibles. Ainsi, le domaine<br />
conceptuel dans lequel se trouve le problème, même s’il<br />
n’est pas familier, est d’un accès facile pour que l’on<br />
puisse prendre facilement possession <strong>de</strong> la situation,<br />
s’engager dans <strong>de</strong>s essais, <strong>de</strong>s conjectures, <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s <strong>de</strong><br />
résolution.<br />
• Une question résolue peut amener à se poser <strong>de</strong><br />
nouvelles questions. Il n’y a que <strong>de</strong>s critères <strong>de</strong> fin locaux<br />
(Grenier <strong>et</strong> Payan, 2002 ; Godot, 2005).<br />
C<strong>et</strong>te caractérisation n’est pas sans rappeler certains <strong>de</strong>s<br />
éléments <strong>de</strong> définition <strong>de</strong>s problèmes ouverts (Arsac,<br />
Germain <strong>et</strong> Mante, 1988) ou du problem solving.<br />
On peut noter plusieurs points communs entre les situationsrecherche<br />
<strong>et</strong> les problèmes ouverts : l’énoncé n’induit ni la<br />
métho<strong>de</strong> ni la solution, la solution n’est pas une application<br />
directe <strong>de</strong>s résultats présentés en classe, mais <strong>de</strong>meure tout<br />
<strong>de</strong> même accessible, <strong>et</strong> la résolution nécessite la mise en<br />
œuvre d’une démarche <strong>de</strong> recherche. Cependant, plusieurs<br />
différences existent.<br />
Une situation-recherche peut avoir une, plusieurs ou aucune<br />
solution, contrairement à un problème ouvert ou au problem<br />
solving qui n’en ont généralement qu’une. De plus, les valeurs<br />
<strong>de</strong>s variables <strong>de</strong> recherche ne sont pas fixées au préalable.<br />
Les variables <strong>de</strong> recherche sont <strong>de</strong>s variables <strong>de</strong> tâches<br />
inhérentes à la situation-recherche, leurs valeurs perm<strong>et</strong>tent<br />
<strong>de</strong> caractériser les différents sous-problèmes <strong>de</strong> la situation <strong>et</strong><br />
les procédures afférentes (Godot, 2005, p. 133). Enfin, dans<br />
une situation-recherche, il n’y a pas nécessairement <strong>de</strong> savoir<br />
mathématique notionnel visé ou à mobiliser. En eff<strong>et</strong>, nous<br />
cherchons avant tout à m<strong>et</strong>tre l’accent sur la démarche <strong>de</strong><br />
recherche en elle-même : c’est pourquoi nous proposons <strong>de</strong>s<br />
situations où les savoirs notionnels ne viennent pas faire<br />
obstacle au développement <strong>de</strong> la démarche <strong>de</strong> recherche.<br />
4. Des situations-recherche <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
heuristiques spécifiques<br />
Les situations que nous proposons sont <strong>de</strong> plusieurs types :<br />
elles peuvent être liées à un travail plus spécifique sur une ou<br />
plusieurs heuristiques, impliquer <strong>de</strong>s notions <strong>mathématiques</strong><br />
données, appartenir à un ou plusieurs domaines<br />
<strong>mathématiques</strong> différents. Remarquons que la plupart <strong>de</strong>s<br />
situations que nous avons conçues sont proches <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> discrètes, un champ <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
comportant <strong>de</strong> nombreux problèmes compréhensibles <strong>et</strong><br />
encore ouverts dans la recherche. Remarquons que l’équipe<br />
dans laquelle s’inscrivent nos travaux, Maths à Mo<strong>de</strong>ler, est<br />
composée notamment <strong>de</strong> chercheurs en <strong>mathématiques</strong><br />
discrètes, ce qui nous donne un accès privilégié aux<br />
recherches <strong>mathématiques</strong> en cours <strong>et</strong> à l’observation <strong>de</strong> la<br />
démarche du chercheur elle-même.<br />
Indiquons quelques exemples <strong>de</strong> situations-recherche que<br />
nous avons développées au sein <strong>de</strong> Maths à Mo<strong>de</strong>ler <strong>et</strong><br />
expérimentées auprès <strong>de</strong> différents publics :<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 65 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
• Une situation sur les pavages du plan par <strong>de</strong>s polyminos<br />
perm<strong>et</strong>tant une alternative à l’apprentissage <strong>de</strong> la preuve<br />
est décrite dans (Grenier <strong>et</strong> Payan, 1998).<br />
• Une situation autour <strong>de</strong> droites discrètes perm<strong>et</strong> un<br />
travail tout particulier <strong>de</strong> l’heuristique « définir »<br />
(Ouvrier-Buff<strong>et</strong>, 2003 <strong>et</strong> 2006).<br />
• Une situation nommée « roue aux couleurs » perm<strong>et</strong><br />
l’entrée dans une démarche <strong>de</strong> recherche en<br />
<strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> ce, dès 8 ans (Godot, 2005).<br />
• Un ensemble <strong>de</strong> situations pouvant être proposées<br />
comme situations-recherche sont accessibles sur le site<br />
<strong>de</strong> la valise <strong>de</strong> Maths à Mo<strong>de</strong>ler.<br />
(http://www-leibniz.imag.fr/LAVALISE ).<br />
5. L’organisation <strong>de</strong>s ateliers : vers la<br />
caractérisation <strong>de</strong> la gestion d’une<br />
situation-recherche<br />
Nos hypothèses <strong>de</strong> travail, vérifiées expérimentalement à<br />
gran<strong>de</strong> échelle dans plusieurs cadres (cadre scolaire, extrascolaire,<br />
formation d’enseignants, animation scientifique, …)<br />
<strong>et</strong> donc auprès <strong>de</strong> publics différents, ont guidé les choix<br />
d’organisation <strong>de</strong>s ateliers proposés lors du colloque <strong>de</strong><br />
l’AMQ. Ainsi, l’organisation r<strong>et</strong>enue pour les ateliers souligne<br />
les aspects les plus importants du type <strong>de</strong> gestion d’une<br />
situation-recherche.<br />
Dans la gestion d’une situation-recherche, élèves <strong>et</strong><br />
enseignants sont dans une situation différente <strong>de</strong> celle d’une<br />
classe habituelle. L’élève se r<strong>et</strong>rouve en eff<strong>et</strong> en position <strong>de</strong><br />
« chercheur », mais aussi en situation <strong>de</strong> « gestionnaire » <strong>de</strong> sa<br />
propre recherche : c’est lui qui choisit <strong>et</strong> modifie les valeurs<br />
<strong>de</strong>s variables <strong>de</strong> recherche, par exemple. Et l’enseignant<br />
« gestionnaire » est également en position <strong>de</strong> « chercheur » : il<br />
ne connaît pas forcément les pistes qui seront explorées par<br />
les élèves, les différentes stratégies qui pourront être mises en<br />
place, ni les réponses aux questions que les élèves auront<br />
eux-mêmes choisies.<br />
Dans chaque atelier, les participants ont été confrontés<br />
directement aux problèmes <strong>mathématiques</strong>. Nous pensons<br />
en eff<strong>et</strong> que la compréhension <strong>de</strong> la démarche <strong>de</strong> recherche<br />
<strong>et</strong> l’analyse <strong>de</strong> ce que feront les élèves dans c<strong>et</strong>te situation<br />
passent par le fait d’être soi-même confronté au problème<br />
mathématique.<br />
Le travail dans les ateliers a ainsi été organisé autour <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its<br />
groupes <strong>de</strong> 3 à 4 personnes, le travail en groupe perm<strong>et</strong>tant<br />
une dynamique particulière par les échanges qu’il suscite<br />
d’une part, <strong>et</strong> court-circuitant le découragement individuel<br />
d’autre part. Le gestionnaire <strong>de</strong> la situation (professeur,<br />
intervenant extérieur ou animateur scientifique) peut relancer<br />
la recherche ou inciter à la prise <strong>de</strong> notes (en particulier<br />
auprès <strong>de</strong> jeunes enfants), mais n’induit en aucun cas les<br />
procédures <strong>et</strong> solutions.<br />
Du matériel a été utilisé dans certains groupes <strong>de</strong>s ateliers.<br />
L’utilisation <strong>de</strong> matériel peut modifier l’entrée dans la<br />
situation <strong>et</strong> la recherche même. La présence ou l’absence <strong>de</strong><br />
ce matériel peut être une variable <strong>de</strong> la situation <strong>et</strong> ainsi<br />
influer sur le déroulement d’une séance.<br />
Des synthèses collectives concernant la résolution<br />
mathématique ont également été organisées dans chaque<br />
atelier. Ces phases <strong>de</strong> synthèses nous semblent indispensables<br />
pour faire état <strong>de</strong> l’avancée <strong>de</strong>s travaux dans les groupes,<br />
pour montrer la variété <strong>de</strong>s stratégies développées ainsi que<br />
les démarches <strong>de</strong> preuve. Différentes modalités peuvent être<br />
mobilisées pour ces synthèses, par exemple celle du débat<br />
scientifique (Legrand, 1993).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 66 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
La grenouille ou les p<strong>et</strong>its cailloux<br />
Karine Godot<br />
Il s’agit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux énoncés différents pour une même situationrecherche.<br />
Relevant <strong>de</strong>s jeux <strong>de</strong> Nim, dont on doit la<br />
résolution dans les années 30 à Grundy (Grundy, 1935) <strong>et</strong><br />
Sprague (Sprague, 1935), c<strong>et</strong>te situation est une version bien<br />
plus ouverte <strong>de</strong> la situation « Qui dira 20 ? » décrite par<br />
Brousseau (Brousseau, 1998). Comme plusieurs autres<br />
situations-recherche, elle peut être proposée à différents<br />
niveaux scolaires. Dans le cadre <strong>de</strong> nos recherches, elle a été<br />
expérimentée auprès d’élèves <strong>de</strong> l’école primaire française <strong>de</strong><br />
cycle 3 (9 à 11 ans) au cours d’un trimestre, à raison d’une<br />
heure hebdomadaire. Leurs recherches ont été finalisées par<br />
un séminaire dans les locaux <strong>de</strong> notre laboratoire, en<br />
présence <strong>de</strong> chercheurs professionnels.<br />
1. Énoncés<br />
1. Énoncés<br />
Les <strong>de</strong>ux versions <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te même situation-recherche sont les<br />
suivantes :<br />
Version « Les p<strong>et</strong>its cailloux »<br />
Deux joueurs ont <strong>de</strong>vant eux un tas <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its cailloux<br />
(commun aux <strong>de</strong>ux joueurs). Chacun leur tour, ils doivent<br />
prendre dans ce tas un nombre <strong>de</strong> cailloux choisi parmi<br />
plusieurs quantités qu’ils ont préalablement fixées ensemble.<br />
Celui qui ne peut plus jouer a perdu.<br />
Vous <strong>de</strong>vez fixer à l’avance le nombre total <strong>de</strong> cailloux <strong>et</strong> les<br />
différents nombres que chaque joueur a le droit <strong>de</strong> prendre.<br />
Si vous êtes le premier joueur, que <strong>de</strong>vez-vous faire pour être<br />
certain <strong>de</strong> gagner ?<br />
Pour commencer, nous vous proposons d’essayer en<br />
décidant que chaque joueur ne pourra prendre que 1 ou 2<br />
cailloux.<br />
Version « La grenouille »<br />
Deux joueurs à tour <strong>de</strong> rôle font sauter la grenouille d’une<br />
case à une autre. Chacun leur tour, ils doivent faire avancer la<br />
grenouille d’un nombre <strong>de</strong> cases choisi parmi plusieurs<br />
quantités qu’ils ont fixées ensemble préalablement. Le but du<br />
jeu est d’amener la grenouille sur la <strong>de</strong>rnière case. Le joueur<br />
qui ne peut plus faire avancer la grenouille a perdu.<br />
Vous <strong>de</strong>vez fixer à l’avance le nombre total <strong>de</strong> cases <strong>et</strong> les<br />
longueurs <strong>de</strong>s sauts <strong>de</strong> la grenouille. Si vous êtes le premier<br />
joueur, que <strong>de</strong>vez-vous faire pour être certain <strong>de</strong> gagner ?<br />
Pour commencer, nous vous proposons d’essayer en<br />
décidant que la grenouille ne pourra faire que <strong>de</strong>s sauts <strong>de</strong><br />
longueur 1 ou 2.<br />
2. Résolution mathématique Les <strong>de</strong>ux énoncés<br />
renvoient au même problème mathématique à condition <strong>de</strong><br />
ne pas compter la case sur laquelle est la grenouille, mais<br />
toujours le nombre <strong>de</strong> cases qui la précè<strong>de</strong>nt.<br />
Si l’on veut être sûr <strong>de</strong> gagner, il faut déterminer une stratégie<br />
gagnante, <strong>et</strong> savoir i<strong>de</strong>ntifier quelles sont les situations<br />
gagnantes <strong>et</strong> les situations perdantes. Pour la résolution, nous<br />
nous limiterons au cas où les joueurs ont <strong>de</strong>ux alternatives<br />
quant au nombre <strong>de</strong> cailloux à prendre ou <strong>de</strong> cases à sauter.<br />
Prenons un exemple : considérons le cas où n, le nombre<br />
total <strong>de</strong> cailloux (ou <strong>de</strong> cases), est 10 <strong>et</strong> où l’on peut prendre<br />
1 ou 2 cailloux (ou on peut avancer d’une ou <strong>de</strong>ux cases).<br />
Nous noterons ci-après ce sous-problème (1,2).<br />
Si l’on joue au hasard, comme sur le schéma ci-<strong>de</strong>ssous<br />
réalisé par <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> CM2 (11 ans), il est alors difficile <strong>de</strong><br />
tirer <strong>de</strong>s conclusions <strong>de</strong>s différentes parties <strong>de</strong> jeu. Si l’on<br />
veut avancer dans la résolution du problème, il faut partir du<br />
principe que les <strong>de</strong>ux joueurs « savent jouer » c’est-à-dire<br />
qu’ils possè<strong>de</strong>nt tous <strong>de</strong>ux une stratégie gagnante <strong>et</strong> qu’ils<br />
l’appliquent à chaque coup.<br />
Après plusieurs parties, il apparaît alors expérimentalement<br />
que le premier joueur est gagnant quel que soit n, sous<br />
condition qu’il puisse choisir le nombre <strong>de</strong> cailloux ou <strong>de</strong><br />
cases à prendre <strong>de</strong> façon à laisser à son adversaire un nombre<br />
<strong>de</strong> cases ou <strong>de</strong> cailloux qui soit un multiple <strong>de</strong> 3. En fait, il<br />
s’agit <strong>de</strong> faire « <strong>de</strong>s paqu<strong>et</strong>s <strong>de</strong> trois ».<br />
Ainsi, nous parvenons à la conjecture :<br />
Dans le cas (1,2) :<br />
Si le nombre <strong>de</strong> cases ou <strong>de</strong> cailloux est un multiple <strong>de</strong> 3, je ne<br />
commence pas.<br />
Sinon, je commence <strong>et</strong> je prends <strong>de</strong>s cailloux ou j’avance <strong>de</strong> façon à<br />
laisser à mon adversaire un nombre <strong>de</strong> cailloux ou <strong>de</strong> cases multiple<br />
<strong>de</strong> 3.<br />
Dans les <strong>de</strong>ux cas, si l’autre joueur prend un caillou (ou avance<br />
d’une case), j’en prends <strong>de</strong>ux <strong>et</strong> inversement.<br />
Le même type <strong>de</strong> raisonnement peut être effectué pour les<br />
autres sous-problèmes, par exemple comme l’ont fait les<br />
élèves pour (2,3), (3,4), (1,3), (2,4), (2,5)… Á chaque fois, on<br />
parvient à i<strong>de</strong>ntifier les situations gagnantes <strong>et</strong> perdantes <strong>et</strong> à<br />
déterminer une stratégie gagnante.<br />
Par exemple, pour le sous-problème (1,3), le cas n = 2 étant<br />
perdant, on aboutit à la conjecture :<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 67 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
De façon générale, on aboutit au résultat suivant :<br />
Dans le cas (p,q) où q>p.<br />
Je regar<strong>de</strong> les situations perdantes lorsque n
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
gagnantes <strong>et</strong> perdantes puis ils ont cherché à généraliser pour<br />
(1,p), avant que je ne les incite à étudier le cas (2,3). Chaque<br />
fois, ils jouaient ensemble, <strong>et</strong>, comme je l’avais observé chez<br />
les élèves, ils ont pris très peu <strong>de</strong> notes, jusqu’à ce que je leur<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> préparer un bilan <strong>de</strong> leur recherche pour l’autre<br />
groupe.<br />
Le groupe qui s’est intéressé à la grenouille a procédé<br />
différemment. Tout d’abord, contrairement aux élèves <strong>et</strong> à<br />
l’autre groupe, il n’a cherché que sur le support papier crayon<br />
<strong>et</strong> n’a pas joué. Chaque membre cherchait <strong>de</strong> son côté puis ils<br />
m<strong>et</strong>taient en commun leurs résultats. Ensuite, leur étu<strong>de</strong> a été<br />
progressive. Pour (1,2), ils ont fait varier n, le nombre <strong>de</strong><br />
cases, <strong>et</strong> ont étudié, n = 1, 2, 3, 4… Une fois la conjecture<br />
sur les multiples <strong>de</strong> 3 établie, ce groupe a cherché une<br />
solution pour (2,3) puis pour (1,3).<br />
Faute <strong>de</strong> temps, les <strong>de</strong>ux groupes n’ont pas pu rechercher<br />
<strong>de</strong>s preuves formelles <strong>de</strong> leurs résultats, restés donc, comme<br />
pour la majorité <strong>de</strong>s élèves, au statut <strong>de</strong> conjecture, statut<br />
d’un énoncé mathématique bien peu souvent rencontré dans<br />
l’enseignement en France, alors que l’établissement <strong>de</strong><br />
conjectures est un élément moteur <strong>de</strong> la recherche en<br />
<strong>mathématiques</strong>. Le faire découvrir aux élèves, quel que soit<br />
leur niveau scolaire, nous semble donc particulièrement<br />
important.<br />
Comme nous l’avions remarqué dans les classes, la<br />
formulation <strong>de</strong> l’énoncé induit <strong>de</strong>s stratégies différentes <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>s dissemblances quant au recours au support papier<br />
crayon. Les p<strong>et</strong>its cailloux provoquent plus aisément le recours<br />
à la notion <strong>de</strong> paqu<strong>et</strong>s, alors que la grenouille incite à prendre<br />
<strong>de</strong>s notes.<br />
Les sept joueurs étaient enthousiastes, je n’arrivais plus à les<br />
arrêter afin d’avoir le temps <strong>de</strong> faire une synthèse <strong>et</strong> <strong>de</strong> leur<br />
montrer ce qu’ont fait les élèves <strong>de</strong> cycle 3. Dans les couloirs<br />
ensuite, ils parlaient encore <strong>de</strong> conjectures. Lors <strong>de</strong> la<br />
discussion finale, ils ont tous vu l’intérêt <strong>de</strong> proposer ce type<br />
<strong>de</strong> situations aux élèves; le fait que cela donne du sens à la<br />
notion <strong>de</strong> congruence a été apprécié par les enseignants <strong>de</strong><br />
lycée ou du supérieur. Tous ont perçu la richesse <strong>de</strong> la<br />
situation, liée à l’ouverture <strong>de</strong> l’énoncé, aux concepts<br />
heuristiques mis en jeu <strong>et</strong> au fait que même <strong>de</strong> jeunes élèves<br />
puissent se lancer dans la recherche <strong>et</strong> énoncer <strong>de</strong>s<br />
conjectures.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 69 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
La chasse à la bête<br />
Léa Cartier<br />
La « chasse à la bête » est une situation développée par<br />
l’équipe Maths à Mo<strong>de</strong>ler. Elle est issue d’un problème <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> discrètes : l’exclusion <strong>de</strong>s polyminos. Nous<br />
décrirons c<strong>et</strong>te situation <strong>et</strong> présenterons les résultats d’une<br />
classe française <strong>de</strong> 6 ème (élèves âgés <strong>de</strong> 11 à 12 ans). Nous<br />
conclurons sur l’atelier présenté au congrès AMQ.<br />
1. Présentation du problème mathématique<br />
Le problème général, dont est issue la « chasse à la bête », se<br />
présente ainsi : on dispose d’un morceau <strong>de</strong> grille discrète <strong>et</strong><br />
d’une taille <strong>de</strong> polyminos à exclure (se référer à Golomb 1994<br />
pour trouver d’autres types <strong>de</strong> problèmes <strong>de</strong> même nature).<br />
Par exemple, on cherche à exclure tous les polyminos <strong>de</strong><br />
taille 4 dans la grille suivante :<br />
Pour résoudre ce problème nous allons donc <strong>de</strong>voir choisir<br />
<strong>de</strong>s cases <strong>de</strong> telle façon à ne pas conserver 4 cases contiguës,<br />
ce qui exclue, <strong>de</strong> fait, les 4 tétraminos. L’intérêt du problème<br />
rési<strong>de</strong> dans la minimisation <strong>de</strong> ce nombre <strong>de</strong> cases exclues.<br />
Pour que ce problème soit plus facilement dévoluable, nous<br />
avons choisi <strong>de</strong> le transformer en choisissant un polymino<br />
particulier à exclure : ce polymino sera « la bête ». Le<br />
problème consiste alors à rechercher le plus p<strong>et</strong>it nombre<br />
d’obstacles à poser sur le territoire pour que la « bête » ne<br />
puisse pas s’y poser. Prenons un exemple :<br />
Précisons que les rotations <strong>et</strong> symétries <strong>de</strong> la bête sont<br />
autorisées :<br />
Les positions possibles <strong>de</strong> la bête :<br />
Comment choisir <strong>de</strong>s cases du territoire <strong>de</strong> telle manière que<br />
la bête ne puisse s’y poser ? Voici une façon <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r :<br />
Nous avons donc une solution à notre problème comportant<br />
quatre obstacles. C<strong>et</strong>te solution est-elle optimale ? Comment<br />
le prouver ? Toutes ces questions sont celles posées aux<br />
élèves dans <strong>de</strong>s cas plus ou moins particularisés que nous<br />
développerons ci-après.<br />
2. Présentation du problème proposé aux<br />
élèves <strong>et</strong> organisation <strong>de</strong>s séances<br />
Le problème peut être adapté à l’âge <strong>de</strong>s élèves. Il est<br />
possible <strong>de</strong> le « fermer » plus ou moins par le choix <strong>de</strong>s bêtes<br />
<strong>et</strong>/ou le choix <strong>de</strong>s territoires. Nous présenterons ici le<br />
problème tel qu’il a été proposé à <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> sixième<br />
disposant d’environ 6 heures <strong>de</strong> recherche sur 4 séances.<br />
La première séance a été consacrée à la présentation du<br />
problème. Le premier cas résolu a été celui <strong>de</strong> la bête à une<br />
case. Du matériel composé d’un territoire carré <strong>de</strong> 8 cases par<br />
8 cases <strong>et</strong> d’obstacles leur a ensuite été fourni <strong>et</strong> chaque<br />
groupe a choisi sa propre bête constituée <strong>de</strong> 4 à 6 cases.<br />
Dès la <strong>de</strong>uxième séance le territoire a été fixé à 5 par 5, la<br />
première bête étudiée étant le domino, la <strong>de</strong>uxième le trimino<br />
long, puis le trimino en L. Le matériel composé du territoire,<br />
<strong>de</strong> la bête <strong>et</strong> d’obstacles a été à leur disposition à chacune <strong>de</strong><br />
ces séances.<br />
La classe dans laquelle le problème a été proposé développait<br />
un proj<strong>et</strong> particulier entre le français <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong>.<br />
Le proj<strong>et</strong> principal était le montage d’une pièce <strong>de</strong> théâtre<br />
(Guedj, 2001). La recherche du problème <strong>de</strong> la chasse à la<br />
bête s’est conclue par la présentation du résultat <strong>de</strong> leur<br />
recherche lors d’un séminaire dans notre laboratoire, <strong>et</strong> ce<br />
auprès <strong>de</strong> chercheurs en <strong>mathématiques</strong> discrètes, d’élèves<br />
d’autres établissements <strong>et</strong> <strong>de</strong> leurs parents. Les extraits <strong>de</strong><br />
leurs travaux qui vous seront présentés dans c<strong>et</strong> article sont<br />
issus <strong>de</strong>s transparents qu’ils ont élaborés en vue <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
présentation.<br />
Les séances <strong>de</strong> recherche étaient animées par un chercheur<br />
en <strong>mathématiques</strong> discrètes <strong>et</strong> membre <strong>de</strong> l’équipe Maths à<br />
Mo<strong>de</strong>ler, les professeures <strong>de</strong> français <strong>et</strong> <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
étant présentes, ainsi que moi-même. Les élèves étaient<br />
organisés en groupes <strong>de</strong> 3, <strong>et</strong> chacun notait les résultats <strong>et</strong> les<br />
pistes suivies lors <strong>de</strong> la recherche. Chaque séance a comporté<br />
une phase <strong>de</strong> mise en commun d’au moins 20 minutes, c<strong>et</strong>te<br />
phase perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> montrer à chaque groupe ce qui s’était<br />
fait dans les autres groupes. La motivation <strong>de</strong>s élèves pour la<br />
recherche, pour la prise <strong>de</strong> note <strong>et</strong> pour la compréhension <strong>de</strong><br />
ce qui était avancé dans la classe n’a pas posé <strong>de</strong> problème,<br />
l’enjeu ne leur étant sûrement pas indifférent.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 70 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
3. Des stratégies <strong>de</strong> résolution<br />
Ce problème nécessite a priori peu <strong>de</strong> pré-requis<br />
<strong>mathématiques</strong> spécifiques. Cependant, les raisonnements<br />
qui <strong>de</strong>vront être mis en œuvre sont riches <strong>et</strong> peuvent se<br />
déployer dans différentes directions, comme les suivantes :<br />
Stratégies <strong>de</strong> base : <strong>de</strong>ux stratégies <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong> solutions<br />
par tâtonnement existent.<br />
On peut commencer par couvrir le territoire d’obstacles,<br />
sachant que c’est une solution, <strong>et</strong> les enlever p<strong>et</strong>it à p<strong>et</strong>it pour<br />
se rapprocher <strong>de</strong> la solution optimale.<br />
On peut chercher au contraire à poser dès le départ le moins<br />
d’obstacles possibles, <strong>et</strong> se rapprocher d’une solution.<br />
Des stratégies mixtes entre ces <strong>de</strong>ux premières façons <strong>de</strong><br />
procé<strong>de</strong>r peuvent être imaginées : on cherche une première<br />
solution que l’on améliore <strong>de</strong> façon à se rapprocher d’une<br />
solution optimale. Les stratégies par tâtonnement ne<br />
fournissant pas <strong>de</strong> preuve <strong>de</strong> l’optimalité <strong>de</strong>s solutions, on<br />
peut s’attendre à d’autres façons <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r intégrant <strong>de</strong>s<br />
justifications <strong>de</strong> la démarche d’établissement <strong>de</strong> solution.<br />
Stratégie par forçage<br />
Les solutions peuvent être établies par forçage : on considère<br />
une case particulière <strong>et</strong> on regar<strong>de</strong> comment elle peut être<br />
occupée par une bête. On dispose alors l’obstacle en fonction<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te occupation potentielle. En voici un exemple sur un<br />
territoire <strong>de</strong> 6 par 6, <strong>et</strong> d’une bête à 4 cases :<br />
Choisissons <strong>de</strong> regar<strong>de</strong>r la case du coin en haut à gauche.<br />
Elle peut être occupée <strong>de</strong> 2 façons par une bête, mais ces<br />
<strong>de</strong>ux dispositions sont en fait symétriques. On peut se<br />
contenter <strong>de</strong> n’en considérer qu’une :<br />
Pour empêcher la bête d’être dans c<strong>et</strong>te position, il faut<br />
m<strong>et</strong>tre au moins un obstacle. Quatre positions sont<br />
possibles :<br />
Les 2e <strong>et</strong> 3e dispositions peuvent sembler peu intéressan-tes<br />
dans la mesure où elles n’empêchent pas la « bête<br />
symétrique » <strong>de</strong> se poser. On peut alors considérer soit ces 4<br />
configurations, soit les <strong>de</strong>ux dispositions restantes, <strong>et</strong><br />
recommencer le raisonnement pour la case suivante.<br />
Selon la configuration <strong>de</strong> la bête, la stratégie dite <strong>de</strong> forçage<br />
donnera un réel forçage ou non. Si l’on considère le domino<br />
par exemple, une fois le premier choix effectué, tous les<br />
autres en découlent.<br />
Stratégie par découpage/pavage<br />
C<strong>et</strong>te stratégie peut être soit un pavage du plan par la bête,<br />
soit un découpage matériel du territoire par une forme<br />
appropriée.<br />
Utiliser c<strong>et</strong>te stratégie nécessite le raisonnement suivant :<br />
pour empêcher la bête <strong>de</strong> telle forme <strong>de</strong> se poser, il est<br />
nécessaire que toutes ces formes-là soient exclues. En<br />
particulier, si on arrive à paver le territoire avec n bêtes, alors<br />
n obstacles sont nécessaires. De façon plus générale, si on a<br />
montré qu’une forme donnée nécessite p obstacles pour<br />
empêcher la bête <strong>de</strong> se poser <strong>et</strong> que le territoire à notre<br />
disposition peut être pavé par q fois c<strong>et</strong>te forme, alors une<br />
solution optimale comportera au moins pq obstacles.<br />
Par exemple, avec la forme précé<strong>de</strong>nte, un territoire <strong>de</strong> 2 par<br />
3 nécessitant au moins un obstacle, on cherche à découper le<br />
territoire <strong>de</strong> 6 par 6 en morceaux <strong>de</strong> 2 par 3 :<br />
Ce découpage nous assure que la solution optimale comportera<br />
5 obstacles au moins. Si on trouve une solution<br />
comportant 5 obstacles, alors elle sera optimale.<br />
La stratégie par pavage peut perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>s<br />
solutions ; elle pourra être associée à la stratégie par forçage,<br />
les justifications pouvant venir <strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s stratégies.<br />
Ce découpage nous assure que la solution optimale<br />
comportera 5 obstacles au moins.<br />
Si on trouve une solution comportant 5 obstacles, alors elle<br />
sera optimale.<br />
La stratégie par pavage peut perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>s<br />
solutions, elle pourra être associée à la stratégie par forçage,<br />
les justifications pouvant venir <strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s stratégies.<br />
Autres stratégies<br />
D’autres stratégies existent, en particulier <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s<br />
mixtes entre celles décrites ci-<strong>de</strong>ssus. Une stratégie <strong>de</strong><br />
recherche <strong>de</strong> solutions par i<strong>de</strong>ntification <strong>de</strong>s bords a été mise<br />
en œuvre dans l’un <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> l’atelier AMQ, stratégie<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 71 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
qui pourrait s’avérer directement utilisable sur les territoires<br />
toriques proposés dans la valise <strong>de</strong> Maths à Mo<strong>de</strong>ler.<br />
(http://www-leibniz.imag.fr/LAVALISE/b<strong>et</strong>e2/b<strong>et</strong>e8.htm<br />
).<br />
4. Ce que l’on peut attendre <strong>de</strong> la<br />
situation en classe<br />
La chasse à la bête a montré lors <strong>de</strong>s séances observées toute<br />
sa richesse. Nous sommes bien conscients que la mise en<br />
œuvre particulière <strong>de</strong> la situation avec <strong>de</strong>ux intervenants<br />
extérieurs, <strong>de</strong>ux professeures <strong>et</strong> un séminaire à l’intérieur<br />
d’un laboratoire a joué, <strong>et</strong> ce, à plusieurs niveaux, dans la<br />
réalisation <strong>de</strong> la recherche. Malgré ce possible bémol, <strong>et</strong> étant<br />
donné que la situation a été testée à plusieurs reprises <strong>et</strong> dans<br />
<strong>de</strong>s conditions plus « standards », nous considérons que les<br />
résultats obtenus peuvent être attendus dans un contexte<br />
« classique » <strong>de</strong> recherche en classe.<br />
Le choix par les élèves <strong>de</strong> leur propre bête est une étape<br />
décisive dans la dévolution du problème. Dans la classe, sur<br />
les 9 groupes, tous ont choisi <strong>de</strong>s bêtes <strong>de</strong> formes différentes.<br />
En voici quelques-unes; remarquez que certaines ne sont pas<br />
connexes par les côtés :<br />
Le fait que certains groupes aient trouvé <strong>de</strong>s solutions <strong>de</strong><br />
faible cardinalité a motivé les autres à chercher <strong>de</strong> meilleures<br />
solutions. La nécessité <strong>de</strong> passer à <strong>de</strong>s problèmes plus p<strong>et</strong>its a<br />
été rapi<strong>de</strong>ment soulevée dans la classe, personne ne<br />
réussissant à trouver <strong>de</strong> preuve <strong>de</strong> l’optimalité <strong>de</strong> sa solution.<br />
L’étu<strong>de</strong> du domino a alors été la proposition d’un groupe<br />
pour la simplification du problème. En tant que gestionnaires<br />
<strong>de</strong> la situation, nous avons utilisé c<strong>et</strong>te proposition <strong>et</strong> fixé la<br />
taille du territoire à 5 par 5.<br />
Le travail sur le domino représente la phase la plus délicate<br />
<strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s séances. En eff<strong>et</strong>, lors <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te séance, les<br />
stratégies <strong>de</strong> forçage <strong>et</strong> <strong>de</strong> pavage sont apparues<br />
simultanément dans quelques groupes. Une première mise en<br />
commun a eu lieu. Elle a permis <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en lumière une<br />
propriété forte, qu’il est nécessaire <strong>de</strong> « désamorcer »<br />
rapi<strong>de</strong>ment, à savoir : « Ma solution est optimale, car si<br />
j’enlève un seul obstacle, alors ce n’est plus une solution ».<br />
C’est en particulier à cause <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te propriété que nous avons<br />
choisi un territoire <strong>de</strong> taille impaire : dans le cas du domino, il<br />
existe une solution à 13 obstacles telle que si l’on enlève un<br />
obstacle ce n’est plus une solution. Pourtant, il existe une<br />
solution à 12 obstacles :<br />
Les stratégies par forçage <strong>et</strong> par découpage ont été proposées<br />
par les groupes les ayant utilisées lors d’une secon<strong>de</strong> mise en<br />
commun. La compréhension <strong>de</strong> la technique <strong>de</strong> pavage est<br />
délicate : certains élèves restent au niveau du matériel <strong>et</strong> ne<br />
comprennent pas l’apparition d’un « nouveau » problème,<br />
dual, qui est celui du pavage. La présentation qui a emporté la<br />
conviction <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rniers incrédules est celle–ci : « Des bêtes<br />
sont déjà posées sur mon territoire. Pour les chasser, je<br />
<strong>de</strong>vrais utiliser au moins un obstacle par bête. Donc il me<br />
faudra au moins autant d’obstacles que l’on peut poser <strong>de</strong><br />
bêtes sur le plateau. J’ai réussi à poser 12 bêtes, donc il me<br />
faut au moins 12 obstacles. J’ai une solution avec 12<br />
obstacles, je ne peux pas faire mieux ».<br />
Pour le trimino long, le problème est du même type : les<br />
élèves trouvent une solution avec 8 obstacles. Les questions<br />
sont alors : c<strong>et</strong>te solution est-elle unique ? Peut-on le<br />
prouver ? Le fait <strong>de</strong> trouver un pavage du territoire avec 8<br />
bêtes conduit à la conclusion suivante : la solution est<br />
optimale.<br />
C<strong>et</strong>te phase <strong>de</strong> recherche nous a permis <strong>de</strong> vérifier que le<br />
problème était bien assimilé par les élèves : les raisonnements<br />
utilisés pour le domino peuvent être intégralement réinvestis,<br />
<strong>et</strong> ils l’ont été. La difficulté principale a été <strong>de</strong> trouver une<br />
solution à 8 obstacles <strong>et</strong> un pavage à 8 triminos.<br />
Le problème se complexifie avec le trimino en L, les élèves<br />
ayant trouvé une solution à 10 obstacles <strong>et</strong> un pavage à 8<br />
bêtes :<br />
Je vous propose ici un extrait <strong>de</strong> leur travail. Seules les<br />
couleurs ne sont pas conservées, chaque cadre correspond à<br />
un <strong>de</strong> leurs transparents, le passage entre croch<strong>et</strong>s résume les<br />
coupes du texte original. Les élèves ont nommé les obstacles<br />
« mines ».<br />
Une solution à 10 mines …mais 8 bêtes<br />
maximum ???<br />
Le nombre <strong>de</strong> mines est compris entre 8<br />
<strong>et</strong> 10.<br />
On simplifie le problème.<br />
Sur un territoire<br />
<strong>de</strong> 2 sur 2,<br />
il nous faut<br />
minimum 2 mines.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 72 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
• Résolution du problème : Pour chacune <strong>de</strong>s bêtes,<br />
Sur notre territoire,<br />
trouver les solutions optimales <strong>et</strong> montrer qu’elles le<br />
sont.<br />
on peut poser 4 territoires <strong>de</strong> 2 sur 2<br />
• Si un tel travail est proposé en classe :<br />
– Quels sont les apprentissages en jeu dans le problème ?<br />
– Quelles notions sont abordées ?<br />
– Á quelles difficultés <strong>de</strong>s élèves peut-on s’attendre ?<br />
Comment les dépasser ?<br />
Maintenant,<br />
comptons les mines nécessaires.<br />
Ici, il faudra 9 mines.<br />
Le nombre minimum <strong>de</strong> mines<br />
n’est donc pas 8.<br />
[Les élèves procè<strong>de</strong>nt ainsi pour 6 autres<br />
découpages <strong>et</strong> montrent pour chacun<br />
que 9 mines sont nécessaires]<br />
Mais, avec la <strong>de</strong>rnière disposition<br />
+<br />
1<br />
2<br />
2 2<br />
2<br />
2<br />
2<br />
+<br />
1<br />
Le nombre minimum <strong>de</strong> mines<br />
n’est donc pas 9.<br />
Il faut 10 mines au minimum<br />
pour que la bête<br />
ne s’installe pas<br />
sur le territoire <strong>de</strong> 5 sur 5.<br />
5. Production <strong>de</strong>s participants<br />
L’atelier « chasse à la bête » a permis <strong>de</strong> proposer c<strong>et</strong>te<br />
situation à une dizaine <strong>de</strong> participants. Dans chacun <strong>de</strong>s trois<br />
groupes, une grille 5 par 5, ainsi que <strong>de</strong>s obstacles <strong>et</strong> trois<br />
types <strong>de</strong> bêtes leur ont été fournis. Le problème a été réduit<br />
(étant donné le temps imparti) à la recherche sur le 5 par 5.<br />
Le questionnement comportait un versant mathématique <strong>et</strong><br />
un versant didactique :<br />
2<br />
2<br />
+<br />
1<br />
Comme l’analyse mathématique le laissait attendre, les<br />
stratégies mises en place par les participants ont été du même<br />
type que celles <strong>de</strong>s élèves, souvent plus élaborées ou<br />
comportant <strong>de</strong>s connaissances préalables sur le pavage par<br />
exemple. C’est surtout la rapidité <strong>de</strong> leur déploiement qui<br />
varie. Dans les trois groupes, la recherche s’est surtout axée<br />
sur la recherche <strong>de</strong> solutions <strong>et</strong> <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong><br />
ces solutions. Les stratégies mises en œuvre étaient<br />
complexes, je ne donnerai donc dans ce qui suit que les<br />
orientations <strong>de</strong> chaque groupe. Le premier groupe a plutôt<br />
utilisé <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s par tâtonnement <strong>et</strong> cherché à<br />
argumenter <strong>de</strong> la pertinence <strong>de</strong>s solutions trouvées. Le<br />
<strong>de</strong>uxième a mis en œuvre <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s mixtes basées sur le<br />
forçage. Le troisième a cherché à générer <strong>de</strong>s solutions par<br />
i<strong>de</strong>ntification <strong>de</strong>s bords, puis par suppression <strong>de</strong>s obstacles<br />
« en trop » pour chaque configuration.<br />
La mise en commun qui a suivi a permis <strong>de</strong> discuter en<br />
particulier <strong>de</strong> l’implémentation en classe d’une telle situation.<br />
L’une <strong>de</strong>s objections apportées à la mise en place <strong>de</strong><br />
situations-recherche en classe est le temps nécessaire à <strong>de</strong><br />
telles situations. Il convient d’insister sur le fait que nous ne<br />
n’affirmons pas que tout apprentissage mathématique doive<br />
se faire par ce type <strong>de</strong> situations. D’autre part, nous avons<br />
montré comment les instructions officielles préconisent un<br />
travail <strong>de</strong> recherche qui peut être mis en œuvre en classe par<br />
les situations-recherche. Parallèlement, nous n’ignorons pas<br />
les contraintes institutionnelles fortes qui peuvent détourner<br />
un enseignant <strong>de</strong> ces situations qui <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt du temps.<br />
C’est pourquoi il nous semble important que l’institution, en<br />
cohérence avec ses attentes, intègre un temps dédié à ce<br />
travail <strong>de</strong> recherche en classe. Apprendre à chercher sera utile<br />
dans la classe pour les autres temps alloués au travail en<br />
groupe, ainsi que sur le temps <strong>de</strong> travail individuel.<br />
Pour conclure, <strong>et</strong> comme lors <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier, je redonne la<br />
parole aux élèves <strong>et</strong> reprends leur conclusion sur ce qu’ils ont<br />
appris lors <strong>de</strong> ce travail <strong>de</strong> recherche :<br />
Nous avons commencé à apprendre à :<br />
Travailler ensemble<br />
Écouter un peu mieux les autres<br />
Ne pas dire tout <strong>de</strong> suite « c’est impossible »<br />
Simplifier un problème pour mieux l’étudier<br />
Essayer <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s preuves<br />
<strong>de</strong>s arguments<br />
Discuter <strong>de</strong> ces preuves avec d’autres<br />
Comprendre <strong>de</strong>s fautes <strong>de</strong> raisonnement<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 73 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
Le problème <strong>de</strong> Frobenius<br />
Eva Knoll <strong>et</strong> Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
Le savoir scientifique se construit dans le domaine <strong>de</strong> la<br />
recherche. C’est au type <strong>de</strong> pratiques propres au chercheur<br />
que nous souhaitons confronter l’élève : là est véritablement<br />
l’enjeu <strong>de</strong>s situations-recherche. Nous allons, dans c<strong>et</strong>te<br />
partie, prendre un problème venu tout droit <strong>de</strong> la recherche<br />
mathématique <strong>et</strong> montrer ce qu’il peut en advenir en classe.<br />
La transposition d’un problème issu <strong>de</strong> la recherche est<br />
effectivement un point crucial non traité par les travaux<br />
didactiques portant sur les « situations <strong>de</strong> recherche »<br />
(expression utilisée dans une très large acception).<br />
1. Présentation du problème<br />
Il s’agit du problème fameux <strong>de</strong> Frobenius (1849-1917),<br />
énoncé en ces termes : soient n1,...,n k, <strong>de</strong>s entiers positifs<br />
premiers entre eux. Trouver le plus grand entier naturel<br />
(appelé nombre <strong>de</strong> Frobenius) qui soit non atteignable (on<br />
dit non représentable) par combinaison entière positive <strong>de</strong><br />
n1,...,n k. Le problème est encore ouvert aujourd’hui pour<br />
k > 4 (cf. Ramirez Alfonsin, 2005).<br />
Nous avons utilisé pour l’atelier une version simplifiée du<br />
problème <strong>de</strong> Frobenius : si les valeurs nominales <strong>de</strong>s pièces<br />
en usage dans un système monétaire sont n1, n2,..., n k, quelles<br />
sommes sont payables exactement dans ce système ?<br />
Des questions <strong>de</strong> nature mathématique <strong>et</strong> didactique ont été<br />
soumises aux participants une fois la dévolution du problème<br />
effectuée :<br />
- Décrivez votre démarche <strong>de</strong> résolution<br />
- Quelles sont les questions <strong>mathématiques</strong> que pose ce<br />
problème ?<br />
- Quelle(s) utilisation(s) en classe <strong>et</strong> en formation <strong>de</strong>s<br />
enseignants voyez-vous pour ce problème particulier ?<br />
2. Résolution mathématique<br />
2.1. Étu<strong>de</strong> d’un p<strong>et</strong>it cas : k=2 La résolution<br />
mathématique du problème <strong>de</strong> Frobenius est relativement<br />
simple dans le cas où k = 2. Nous allons démontrer le<br />
théorème suivant :<br />
Théorème : si p <strong>et</strong> q sont <strong>de</strong>ux entiers naturels premiers<br />
entre eux, alors le plus grand entier non représentable par<br />
combinaisons entières positives <strong>de</strong> p <strong>et</strong> <strong>de</strong> q est : pq - p - q.<br />
Preuve<br />
Puisque p <strong>et</strong> q sont premiers entre eux, p peut s’écrire :<br />
p = xp + yq où x <strong>et</strong> y sont <strong>de</strong>s entiers relatifs.<br />
Dans ce cas, p peut être représenté <strong>de</strong> plusieurs façons. Sa<br />
représentation <strong>de</strong>vient unique si l’on impose 0 ≤ x < q.<br />
Alors, p est représentable si y ≥ 0 <strong>et</strong> n’est pas<br />
représentable si y < 0.<br />
Donc, le plus grand entier non représentable par<br />
combinaisons entières positives <strong>de</strong> p <strong>et</strong> <strong>de</strong> q est :<br />
(q – 1) p + (-1) q = pq – p – q .<br />
Nous renvoyons le lecteur à Ramirez-Alfonsin pour les<br />
preuves (particulièrement difficiles <strong>et</strong> délicates) pour k = 3, 4.<br />
Le lecteur pourra aussi faire <strong>de</strong>s essais sur une appl<strong>et</strong><br />
disponible en ligne<br />
(http://www.math.uu.nl/people/beukers/frobenius/in<strong>de</strong>x.h<br />
tml).<br />
2.2. Aspects <strong>mathématiques</strong> qui font du<br />
problème <strong>de</strong> Frobenius une Situation-<br />
Recherche<br />
Si nous reprenons les éléments <strong>de</strong> caractérisation d’une<br />
situation-recherche décrits précé<strong>de</strong>mment, il apparaît<br />
clairement que le problème <strong>de</strong> Frobenius remplit les<br />
différents critères : il s’agit en eff<strong>et</strong> d’un problème facilement<br />
accessible, encore partiellement ouvert dans la recherche<br />
mathématique, pour lequel <strong>de</strong>s stratégies initiales existent<br />
effectivement, où <strong>de</strong>s questions <strong>mathématiques</strong> se posent<br />
(nous allons le montrer ci-après) <strong>et</strong> où l’élève peut choisir ses<br />
propres variables <strong>de</strong> recherche.<br />
Considérons le problème <strong>de</strong> Frobenius expérimentalement.<br />
Prenons quelques valeurs distinctes (<strong>de</strong>ux ou trois) pour les<br />
pièces <strong>de</strong> monnaie <strong>et</strong> regardons quelles sont les valeurs<br />
atteintes. Si nous ne prenons que <strong>de</strong>s valeurs paires par<br />
exemple, la régularité <strong>de</strong>s valeurs atteintes apparaît <strong>de</strong><br />
manière quasi évi<strong>de</strong>nte. Il en va <strong>de</strong> même pour <strong>de</strong>s cas<br />
particuliers impliquant <strong>de</strong>s multiples. Considérons alors <strong>de</strong>s<br />
cas non « triviaux », à savoir : <strong>de</strong>s entiers premiers entre eux.<br />
Un phénomène (nous pourrions parler ici <strong>de</strong> fait expérimental)<br />
se dégage rapi<strong>de</strong>ment : il existe <strong>de</strong>s trous « au début » <strong>et</strong> à<br />
partir d’une certaine valeur, tous les entiers sont atteints. Le<br />
nombre <strong>de</strong> Frobenius est la plus gran<strong>de</strong> valeur entière non<br />
atteinte. Mais ce qui est remarquable là, c’est <strong>de</strong> s’interroger<br />
sur ces « trous ». Sont-ils caractérisables ? Répon<strong>de</strong>nt-ils à<br />
une régularité ? Justement, la réponse est non, <strong>et</strong> là rési<strong>de</strong><br />
toute la profon<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> ce problème. Cependant, le travail <strong>de</strong><br />
conjectures sur <strong>de</strong>s cas simples s’avère possible, tout comme<br />
l’élaboration <strong>de</strong> théorèmes locaux, ce qui caractérise ce<br />
problème comme étant une situation-recherche.<br />
Prenons à titre d’illustration <strong>de</strong>ux exemples <strong>et</strong> représentons<br />
les nombres atteints afin d’observer les « trous » :<br />
- Exemple 1 : les valeurs <strong>de</strong>s pièces sont 5, 8 <strong>et</strong> 11.<br />
Les nombres atteints sont : 5, 8, 10, 11, 13, 15, 16. Á partir<br />
<strong>de</strong> 18, tous les entiers sont atteints. Le <strong>de</strong>rnier « trou » est<br />
donc 17.<br />
- Exemple 2 : les valeurs <strong>de</strong>s pièces sont 9 <strong>et</strong> 11.<br />
Les nombres atteints sont : 9, 11, 18, 20, 22, 27, 29, 31, 33,<br />
36, 38, 40, 42, 44, 45, 47, 49, 51, 53, 54, 55, 56, 58, 60, 62, 63,<br />
64, 65, 66, 67, 69, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78. Á partir <strong>de</strong><br />
80, tous les entiers sont atteints. Le <strong>de</strong>rnier « trou » est ici 79.<br />
Ces <strong>de</strong>ux exemples illustrent bien la « variabilité » du<br />
phénomène <strong>et</strong> les questions qui découlent <strong>de</strong> l’observation<br />
<strong>de</strong>s « trous ». Encore faut-il reconnaître qu’une question est<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 74 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
véritablement une question : cela apparaît véritablement<br />
comme une heuristique propre au chercheur.<br />
3. Production <strong>de</strong>s participants – Implications<br />
didactiques<br />
Dans le cadre <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier, quatre groupes allant <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux à<br />
trois participants ont travaillé sur la résolution mathématique<br />
du problème <strong>de</strong> Frobenius. Le débat a rapi<strong>de</strong>ment porté,<br />
dans certains groupes, sur l’interprétation à donner du<br />
« système monétaire ». L’aspect concr<strong>et</strong> <strong>de</strong> la situation a<br />
conduit aux questions suivantes : utilise-t-on un système<br />
monétaire existant ? Et dans ce cas, est-il possible, ou<br />
acceptable, <strong>de</strong> rendre la monnaie ?<br />
Par ailleurs, soulignons que l’habillage <strong>de</strong> l’énoncé posé aux<br />
participants contient un certain formalisme dans la notation<br />
utilisée, étant donnée la présentation générale du problème.<br />
C<strong>et</strong> usage du symbolisme suggéra, à un groupe notamment,<br />
une métho<strong>de</strong> algébrique consistant en l’élaboration d’une<br />
formule <strong>de</strong> combinaison linéaire, couvrant ainsi effectivement<br />
tous les cas possibles. Une telle solution, qui se veut<br />
complète <strong>et</strong> la plus générale possible, peut ensuite servir pour<br />
calculer n’importe quel cas particulier, sans pour autant<br />
m<strong>et</strong>tre en valeur une possible structure <strong>de</strong> l’espace<br />
mathématique généré par la problématique <strong>de</strong> départ. Elle ne<br />
dit en fait « rien » sur la nature <strong>de</strong>s solutions. Or, comme<br />
nous l’avons souligné dans la présentation mathématique,<br />
c’est bien la répartition <strong>de</strong>s nombres atteints qui est remarquable<br />
<strong>et</strong> qui soulève <strong>de</strong> réelles questions <strong>mathématiques</strong>.<br />
Cela étant, ce phénomène nous amène à l’interrogation<br />
suivante : à quoi reconnaît-on une solution ?<br />
Il s’agit bien <strong>de</strong> négocier la transposition didactique <strong>de</strong> ce<br />
problème <strong>de</strong> recherche. Le propre d’une situation-recherche,<br />
dans sa gestion en classe, est bien <strong>de</strong> placer l’élève en<br />
situation <strong>de</strong> chercheur <strong>et</strong> <strong>de</strong> propre gestionnaire <strong>de</strong> sa<br />
recherche. L’enseignant quant à lui se r<strong>et</strong>rouve aussi en<br />
posture <strong>de</strong> chercheur, il n’est pas détenteur du savoir.<br />
L’habillage peut donc effectivement apparaître comme<br />
problématique, mais, in fine, il n’en est rien. L’ « épurement »<br />
d’un problème, l’établissement <strong>de</strong> questions, voire la<br />
modélisation intramathématique font partie intégrante <strong>de</strong> la<br />
démarche <strong>de</strong> recherche.<br />
Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s questionnements initiaux décrits ci-<strong>de</strong>ssus, la<br />
plupart <strong>de</strong>s groupes sont passés à l’expérimentation sur <strong>de</strong>s<br />
exemples, choisissant au moins une combinaison particulière<br />
<strong>et</strong> explorant les possibilités résultantes. Ces explorations ont,<br />
dans la plupart <strong>de</strong>s cas, permis <strong>de</strong>s conjectures sur l’existence<br />
<strong>de</strong> valeurs atteignables ou non, amenant <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong><br />
maximum non atteignable <strong>et</strong> <strong>de</strong> prédiction.<br />
Grâce aux questions didactiques mises en place dès le début<br />
<strong>de</strong> la session, plusieurs groupes ont débattu <strong>de</strong> thèmes plus<br />
théoriques en parallèle à la résolution même du problème.<br />
Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> l’importance <strong>de</strong> l’habillage <strong>de</strong> l’énoncé décrit plus<br />
haut, ces discussions concernaient par exemple l’applicabilité<br />
<strong>de</strong> l’activité en classe à différents niveaux scolaires,<br />
particulièrement pour ce qui se rapporte à l’engagement <strong>de</strong>s<br />
étudiants <strong>et</strong> à la perception <strong>de</strong> la facilité/difficulté du<br />
problème <strong>de</strong> départ.<br />
Les possibilités <strong>de</strong> reformulations du problème ont aussi été<br />
explorées. Un groupe, par exemple, a reformulé la question<br />
<strong>de</strong> la façon suivante : qu’arriverait-il si on fixait le nombre à<br />
générer <strong>et</strong> si on faisait varier les pièces en usage ? Bien que<br />
c<strong>et</strong>te nouvelle question puisse sembler triviale (il suffit<br />
d’avoir une pièce <strong>de</strong> 1 pour toujours pouvoir produire la<br />
somme voulue), ce genre <strong>de</strong> questionnement peut prendre<br />
une valeur didactique puisqu’il engage à une réflexion sur la<br />
qualité <strong>de</strong> la question <strong>de</strong> départ. En eff<strong>et</strong>, la situation <strong>de</strong><br />
départ étant ouverte, elle perm<strong>et</strong> une appropriation <strong>de</strong> la<br />
problématique par les participants : à eux <strong>de</strong> poser les<br />
« bonnes » questions pour l’avancée dans la résolution.<br />
Conclusion<br />
Nous avons montré, au travers <strong>de</strong> trois exemples <strong>de</strong><br />
situations, plusieurs <strong>de</strong>s spécificités <strong>de</strong>s situations-recherche.<br />
Au niveau mathématique, il s’agit <strong>de</strong> transposer dans la classe<br />
<strong>de</strong> réelles situations <strong>de</strong> recherche, parfois encore ouvertes<br />
mathématiquement. C<strong>et</strong>te transposition peut être une<br />
simplification du problème initial comportant une dimension<br />
ludique véhiculant un enjeu pour l’élève (chasse à la bête, Léa<br />
Cartier) ou une non-simplification (problème <strong>de</strong> Frobenius,<br />
Eva Knoll <strong>et</strong> Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong>). Dans le cas <strong>de</strong>s p<strong>et</strong>its<br />
cailloux <strong>et</strong> <strong>de</strong> la chasse à la bête, le support matériel à la<br />
disposition <strong>de</strong>s élèves perm<strong>et</strong> une implémentation <strong>de</strong> ce<br />
genre <strong>de</strong> situations en classe dès le primaire.<br />
Un certain champ <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, celui <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s<br />
jeux, semble apporter quant à lui <strong>de</strong>s situations pouvant être<br />
directement posées en classe (jeux <strong>de</strong> Nim, Karine Godot).<br />
Cependant, notre objectif étant d’impliquer les élèves dans<br />
une démarche <strong>de</strong> chercheur, nous ne nous limitons pas à<br />
cela. Les <strong>de</strong>ux situations présentées par Karine Godot font<br />
apparaître une nouvelle heuristique : reconnaître que <strong>de</strong>ux<br />
problèmes, issus <strong>de</strong> contextes différents, sont en réalité les<br />
mêmes. L’histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> nous montre combien<br />
la reconnaissance d’invariants a permis l’émergence <strong>de</strong><br />
nouveaux concepts.<br />
Au niveau didactique, les situations-recherche requièrent <strong>de</strong>s<br />
conditions particulières <strong>de</strong> gestion en classe. Il s’agit en eff<strong>et</strong><br />
d’organiser une prise <strong>de</strong> notes pour les plus jeunes en<br />
particulier.<br />
Un exemple d’organisation pédagogique <strong>et</strong> didactique utilise<br />
cela : la narration <strong>de</strong> recherche. Elle est susceptible <strong>de</strong> perm<strong>et</strong>tre<br />
l’observation <strong>et</strong> la valorisation du travail d’un élève en<br />
situation <strong>de</strong> recherche. Un groupe <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong><br />
Montpellier définit la narration <strong>de</strong> recherche ainsi : « l’exposé<br />
détaillé, écrit par l’élève lui-même, <strong>de</strong> la suite <strong>de</strong>s activités<br />
qu’il m<strong>et</strong> en œuvre lors <strong>de</strong> la recherche <strong>de</strong>s solutions d’un<br />
problème »<br />
(http://www.mathadoc.com/chapitre.php?chap=432). Il est<br />
aussi possible <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s résultats didactiques sur l’usage<br />
<strong>de</strong>s narrations <strong>de</strong> recherche<br />
(http://www.math.jussieu.fr/~leidwang/wwwIREM/Group<br />
eIrem3.htm <strong>et</strong> ouvrage collectif du groupe ZEP-REP <strong>de</strong><br />
l’IREM <strong>de</strong> Paris 7, 2002).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 75 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les situations-recherche . Apprendre à chercher en <strong>mathématiques</strong> L. Cartier, K. Godot, E. Knoll <strong>et</strong> C. Ouvrier-Buff<strong>et</strong><br />
Dans le cas spécifique <strong>de</strong>s situations-recherche <strong>de</strong> Maths à<br />
Mo<strong>de</strong>ler, les notes représentent la mémoire du groupe sur<br />
l’état <strong>de</strong> leur recherche <strong>et</strong> seront utilisées en particulier lors<br />
<strong>de</strong> la communication ultérieure <strong>de</strong>s résultats. Elles ne sont<br />
pas a priori <strong>de</strong>stinées à l’enseignant. Insistons enfin sur le<br />
point suivant : la finalisation <strong>de</strong> la recherche <strong>de</strong>s élèves par<br />
un séminaire ou par la création d’une affiche s’avère en eff<strong>et</strong><br />
fondamentale.<br />
Pour que l’apprentissage <strong>de</strong>s heuristiques soit effectif, une<br />
pratique régulière se révèle nécessaire. Se pose alors la<br />
question <strong>de</strong> l’institutionnalisation <strong>de</strong> ces nouvelles<br />
compétences, dans le double objectif <strong>de</strong> répondre à la<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> conjointe <strong>de</strong>s enseignants qui enseignent <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
élèves qui apprennent, mais aussi <strong>de</strong> rendre disponibles <strong>et</strong><br />
mobilisables ces heuristiques dans tout type <strong>de</strong> situations,<br />
qu’il s’agisse alors <strong>de</strong> nouvelles situations-recherche ou <strong>de</strong><br />
situations-problèmes.<br />
En cela, la formation <strong>de</strong>s enseignants vient au cœur <strong>de</strong> la<br />
discussion : l’entrée par les situations-recherche est tout à la<br />
fois une nouvelle voie pour explorer la démarche <strong>de</strong><br />
recherche, mathématiquement <strong>et</strong> didactiquement, mais aussi<br />
un moyen <strong>de</strong> requestionner l’intitulé « résolution <strong>de</strong><br />
problèmes ».<br />
C<strong>et</strong>te recherche est en cours. Nous espérons avoir montré<br />
dans c<strong>et</strong> article les perspectives didactiques nouvelles offertes<br />
par les situations-recherche.<br />
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Pensée Sauvage, Grenoble.<br />
GRENIER D., PAYAN C. (2002), Situation <strong>de</strong> recherche en<br />
classe : essai <strong>de</strong> caractérisation <strong>et</strong> proposition <strong>de</strong> modélisation en<br />
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recherche en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Édité par<br />
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Éditions du Seuil, Paris.<br />
LEGRAND M. (1993) Débat scientifique en cours <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> spécificité <strong>de</strong> l’analyse. Repères IREM n°10, p.<br />
123-159. Topics Editions.<br />
NIMIER J. (1989) Entr<strong>et</strong>iens avec <strong>de</strong>s mathématiciens. IREM <strong>de</strong><br />
Lyon.<br />
OUVRIER-BUFFET C. (2003) Construction <strong>de</strong> définitions /<br />
construction <strong>de</strong> concept : vers une situation fondamentale pour la<br />
construction <strong>de</strong> définition en <strong>mathématiques</strong> – Étu<strong>de</strong> théorique <strong>et</strong><br />
expérimentale auprès d’étudiants <strong>de</strong> 1 ère année d’université. Thèse <strong>de</strong><br />
doctorat <strong>de</strong> l’université Joseph Fourier, Grenoble.<br />
Disponible en ligne (http://tel.ccsd.cnrs.fr).<br />
OUVRIER-BUFFET C. (sous presse) Des définitions pour quoi<br />
faire ? Analyse épistémologique <strong>et</strong> utilisation didactique. Collection «<br />
Éducation <strong>et</strong> sciences » dirigée par Sylv<strong>et</strong>te Maury. Éditions<br />
Fabert.<br />
OUVRIER-BUFFET (sous presse) Exploring Mathematical<br />
Definition Construction Processes. Educational Studies in<br />
Mathematics.<br />
POLYA G. (1989) Comment poser <strong>et</strong> résoudre un problème.<br />
Éditions Jacques Gabay.<br />
RAMIREZ ALFONSIN, JL (2006) The Diophantine Frobenius<br />
Problem. Oxford University Press.<br />
SCHOENFELD A. (1985) Mathematical Problem Solving.<br />
Aca<strong>de</strong>mic Press. Orlando.<br />
SPRAGUE R.P. (1935), Über mathematische Kampfspiele,<br />
Tôkoku Math J., 1935-36, vol 41, pp 438-444.<br />
Ouvrage collectif du groupe ZEP-REP <strong>de</strong> l'IREM <strong>de</strong> Paris 7<br />
(2002) Expériences <strong>de</strong> narration <strong>de</strong> recherche en <strong>mathématiques</strong>. Éd.<br />
ACL, Les éditions du Kangourou, IREM <strong>de</strong> Paris 7, Paris.<br />
Sites web<br />
Instructions officielles françaises :<br />
http://www.education.gouv.fr/<br />
Programmes (français) du primaire :<br />
http://eduscol.education.fr/D0048/primacc.htm<br />
Programmes (français) du secondaire :<br />
http://eduscol.education.fr/D0015/LLPHPR01.htm<br />
(MàM Valise) La valise <strong>de</strong> Maths à Mo<strong>de</strong>ler,<br />
http://www-leibniz.imag.fr/LAVALISE/<strong>de</strong>butval.php<br />
(Narrations <strong>de</strong> recherche, IREM <strong>de</strong> Montpellier)<br />
http://www.mathadoc.com/chapitre.php?chap=432<br />
(Narrations <strong>de</strong> recherche, IREM Paris 7)<br />
http://www.math.jussieu.fr/~leidwang/wwwIREM/Groupe<br />
Irem3.htm<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 76 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> Contes<br />
Au cours <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier, l’animatrice a présenté ses recherches <strong>et</strong> travaux sur les<br />
similitu<strong>de</strong>s à exploiter entre les contes <strong>et</strong> la mathématique. Entre autres choses, elle<br />
nous a proposé diverses activités <strong>et</strong> donné <strong>de</strong>s exemples concr<strong>et</strong>s d’exploitation <strong>de</strong><br />
contes <strong>mathématiques</strong> dans <strong>de</strong>s classes <strong>de</strong> l'éducation préscolaire <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
l'enseignement primaire.<br />
F. Cerqu<strong>et</strong>ti-<br />
Aberkane,<br />
IUFM <strong>de</strong> Créteil<br />
France<br />
cerqu<strong>et</strong>ti.francois<br />
e@wanadoo.fr<br />
C<br />
onte, conté, à conter…<br />
Es-tu véridique ?<br />
Pour les bambins qui s’ébattent au clair <strong>de</strong><br />
lune mon conte est une histoire fantastique. (…)<br />
Je suis à la fois futile, utile <strong>et</strong> instructeur.<br />
Amadou Hampâté Bâ (15)<br />
Conte mathématique : pourquoi ?<br />
Une vieille histoire<br />
Depuis que l’humanité est, le conte est. Le<br />
conte était vraisemblablement oral à l’origine.<br />
Sans doute les rapports <strong>de</strong> chasseurs du<br />
paléolithique étaient-ils un peu embellis ! Puis<br />
le conte entre dans l’histoire avec l’invention<br />
<strong>de</strong> l’écriture.<br />
Il est particulièrement émouvant <strong>de</strong> r<strong>et</strong>rouver<br />
les quêtes <strong>de</strong> héros sur <strong>de</strong>s tabl<strong>et</strong>tes d’argile<br />
datant <strong>de</strong> plusieurs millénaires, comme celle<br />
relatée par l’épopée <strong>de</strong> Gilgamesh.<br />
Dans un conte, la quête du héros possè<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
nombreuses ressemblances avec celle <strong>de</strong><br />
l’élève tentant <strong>de</strong> résoudre un problème<br />
mathématique (8) !<br />
Les <strong>mathématiques</strong>, comme le conte, sont fort<br />
anciennes : prévoir le cycle <strong>de</strong>s saisons par le<br />
calcul pouvait s’avérer être une nécessité vitale<br />
pour une population.<br />
Hérodote nous apprend que la géométrie est<br />
née en Égypte sur les bords du Nil. On<br />
comprend que la répartition <strong>de</strong> l’eau dans une<br />
zone désertique <strong>et</strong> le calcul <strong>de</strong>s aires <strong>de</strong>s<br />
champs inondés par les crues du Nil, qu’il<br />
fallait prévoir par ailleurs, étaient aussi une<br />
nécessité vitale. Contes <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
étaient alors liés comme l’étaient imaginaire <strong>et</strong><br />
raison. La paix <strong>et</strong> l’harmonie régnaient alors<br />
entre elles ! Les calculs <strong>mathématiques</strong> ne<br />
contredisaient pas les transes <strong>de</strong>s <strong>de</strong>vins, mais<br />
cohabitaient sans heurt avec le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> la<br />
magie <strong>et</strong> <strong>de</strong>s astres.<br />
Une profon<strong>de</strong> unité<br />
Ou plutôt :<br />
« Dans une ténébreuse <strong>et</strong> profon<strong>de</strong> unité,<br />
Vaste comme la nuit <strong>et</strong> comme la clarté, »<br />
Ces vers <strong>de</strong>s Correspondances <strong>de</strong> Bau<strong>de</strong>laire<br />
peuvent parfaitement illustrer certaines<br />
situations en géométrie, où il faut « reconnaître<br />
(…) une figure plane (…) dans une<br />
configuration plus complexe » (20). À un<br />
autre niveau, Bau<strong>de</strong>laire nous invite à avoir<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 77 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> contes Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane <strong>et</strong> Younès Aberkane<br />
une vision synthétique <strong>de</strong> la connaissance <strong>et</strong> non pas<br />
seulement analytique. C<strong>et</strong>te vision est « ténébreuse », comme<br />
lorsque l’on commence à chercher un problème, puis « vaste<br />
(…) comme la clarté » lorsque l’on trouve la solution.<br />
L’utilisation du conte en mathématique perm<strong>et</strong> c<strong>et</strong>te<br />
approche synthétique par la transdisciplinarité, l’ouverture<br />
d’autres portes : la langue (12, 13, 14), la poésie (2), les arts<br />
plastiques, la musique, le mime, le théâtre (6). D’autre part,<br />
les savoirs <strong>et</strong> les connaissances mises en jeu sont plus<br />
facilement intégrés.<br />
Les <strong>mathématiques</strong> impliquent une résolution <strong>de</strong> problème.<br />
Il en est <strong>de</strong> même pour le conte dans lequel le héros doit<br />
résoudre <strong>de</strong>s problèmes successifs au cours d’une quête.<br />
Éducation.<br />
Traditionnellement le conte était utilisé pour transm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s<br />
connaissances <strong>et</strong> pour éduquer, à partir d’histoires d’animaux<br />
par exemple, comme l’explique Ibn Al-Muqaffa (8e siècle)<br />
dans son introduction <strong>de</strong> Kalila <strong>et</strong> Dimna. (23)<br />
« Deux raisons conjuguées incitaient ces savants à faire<br />
parler les animaux : ils trouvaient là, en même temps qu’un<br />
moyen <strong>de</strong> s’exprimer en toute liberté, un vaste domaine à<br />
exploiter ; quant au livre lui-même, il joignait l’agrément à<br />
la sagesse, celle-ci le faisant choisir par les philosophes,<br />
celui-là par les esprits légers. »<br />
Le conte a aussi un aspect culturel. En eff<strong>et</strong>, il perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
prendre en compte la culture <strong>de</strong>s enfants issus <strong>de</strong><br />
l’immigration par exemple. En Afrique on utilise le conte<br />
comme moyen d’enseignement. Chez les Inuits également<br />
(24) le conte sert à transm<strong>et</strong>tre les savoirs.<br />
Affectivité.<br />
On sait <strong>de</strong>puis longtemps que l’affectivité est l’une <strong>de</strong>s<br />
composantes <strong>de</strong>s difficultés psychologiques <strong>de</strong> la résolution<br />
<strong>de</strong> problèmes en classe. On le sait, bien entendu, par notre<br />
propre expérience, notre vécu, mais aussi, si l’on n’en était<br />
pas persuadé, par Freu<strong>de</strong>nthal (17), Tobias (18) ou Nimier<br />
(16).<br />
Proposer un problème situé dans un mon<strong>de</strong> imaginaire<br />
perm<strong>et</strong> une distanciation <strong>de</strong> la situation vécue, <strong>et</strong> par là une<br />
sécurisation du jeune chercheur qui <strong>de</strong>vient alors bien plus<br />
performant.<br />
Autre avantage majeur, l’enfant en difficulté dans la<br />
résolution <strong>de</strong> problème a une secon<strong>de</strong> chance. Le nouveau<br />
cadre proposé, celui du conte, lui perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> sortir du<br />
conditionnement négatif dans lequel il est enfermé, <strong>et</strong> peutêtre<br />
aussi <strong>de</strong> quitter le cycle infernal <strong>de</strong>s situations d’échec<br />
(un r<strong>et</strong>our <strong>de</strong>s enfers comme dans la mythologie grecque).<br />
Il ne faut pas oublier non plus le simple plaisir d’écouter une<br />
histoire que l’on raconte.<br />
D’autre part, on sait <strong>de</strong> manière certaine, <strong>de</strong>puis l’émergence<br />
<strong>de</strong> la psychologie cognitive, que la mémorisation (<strong>de</strong> résultats<br />
<strong>mathématiques</strong>, <strong>de</strong> procédures, <strong>de</strong> théorèmes, par exemple)<br />
est gran<strong>de</strong>ment facilitée par un choc émotionnel. Or c<strong>et</strong><br />
aspect émotionnel est sans doute l’une <strong>de</strong>s composantes<br />
majeures du conte… Heureux hasard ?<br />
Enfin l’évocation. Le « geste mental » <strong>de</strong> l’évocation est l’un<br />
<strong>de</strong>s axes principaux <strong>de</strong> la gestion mentale d’Antoine <strong>de</strong> La<br />
Garan<strong>de</strong>rie (21). Les paramètres d’évocation P1 (concr<strong>et</strong>) <strong>et</strong><br />
P4 (imagination) sont sollicités (22).<br />
Le conte répond-t-il donc à tous nos problèmes d’enseignement<br />
<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ? Est-il alors un outil magique ?<br />
Quelle bonne fée invoquer, <strong>et</strong> que <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r au génie<br />
endormi que l’on réveille ?<br />
Conte mathématique : comment ?<br />
La résolution <strong>de</strong> problèmes <strong>mathématiques</strong> présentée différemment,<br />
c’est une nouvelle chance pour les enfants en<br />
difficulté.<br />
Dans la classe, plusieurs pistes sont possibles.<br />
1) Au travers <strong>de</strong> nouvelles, <strong>de</strong> contes, on peut faire sortir les<br />
représentations qu’ont les élèves <strong>de</strong> ce qu’est un problème.<br />
Le texte « Le problème » (11), extrait <strong>de</strong>s Contes du chat perché <strong>de</strong><br />
Marcel Aymé (7), est un bon outil.<br />
Delphine <strong>et</strong> Marin<strong>et</strong>te doivent résoudre le problème suivant<br />
que leur a donné la maîtresse :<br />
« Les bois <strong>de</strong> la commune ont une étendue <strong>de</strong> seize hectares.<br />
Sachant qu’un are est planté <strong>de</strong> trois chênes, <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux hêtres<br />
<strong>et</strong> d’un bouleau, combien les bois <strong>de</strong> la commune<br />
contiennent-ils d’arbres <strong>de</strong> chaque espèce ? »<br />
Les p<strong>et</strong>ites filles, ne parvenant pas à résoudre le problème,<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> aux animaux <strong>de</strong> la ferme qui suggèrent<br />
<strong>de</strong> se répartir le travail <strong>et</strong> d’aller compter les arbres <strong>de</strong> chaque<br />
espèce présents dans les bois <strong>de</strong> la commune. Naturellement<br />
ce n’est pas la réponse qu’attendait la maîtresse <strong>et</strong> les fill<strong>et</strong>tes<br />
sont très désappointées quand elles découvrent la réaction <strong>de</strong><br />
l’enseignante.<br />
Les élèves peuvent facilement déceler le quiproquo qui<br />
s’installe lors <strong>de</strong> la résolution du problème par les fill<strong>et</strong>tes.<br />
N’étant pas directement concernés ils peuvent analyser plus<br />
objectivement la situation, alors que ce n’est pas le cas<br />
lorsqu’ils sont eux-mêmes confrontés à une résolution <strong>de</strong><br />
problèmes.<br />
Le texte Le problème <strong>de</strong> Christian Lamblin (6) perm<strong>et</strong> aussi <strong>de</strong><br />
faire réfléchir les élèves sur la distance à prendre entre un<br />
texte <strong>de</strong> problème <strong>et</strong> la situation réelle à laquelle il fait<br />
référence. Dans ce texte, le maître propose aux élèves <strong>de</strong><br />
résoudre le problème suivant :<br />
« Mon papa achète une grosse tarte aux fraises <strong>et</strong> il la partage<br />
en quatre. Sachant que la tarte pèse 800 grammes, quel va<br />
être le poids <strong>de</strong> chaque part ? »<br />
Dans la nouvelle, une discussion s’engage entre le maître <strong>et</strong><br />
les élèves au suj<strong>et</strong> du papa dont on parle dans le texte <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
tarte aux fraises que le papa d’un <strong>de</strong>s élèves ne supporte pas.<br />
Pour tenir compte <strong>de</strong> toutes les objections <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
toutes leurs situations personnelles, le maître modifie le texte<br />
<strong>de</strong> problème qui <strong>de</strong>vient :<br />
« J’achète une p<strong>et</strong>ite tarte aux pommes <strong>et</strong> je la partage en<br />
23. Sachant que la tarte pèse 80 g, quel sera le poids <strong>de</strong><br />
chaque part ? »<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 78 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> contes Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane <strong>et</strong> Younès Aberkane<br />
Le texte n’a plus aucun sens.<br />
problèmes <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Plusieurs outils <strong>de</strong> création <strong>de</strong><br />
contes sont disponibles dans la littérature.<br />
Les élèves peuvent sans difficulté analyser la situation<br />
caricaturale présente dans c<strong>et</strong>te histoire.<br />
2) On peut utiliser les problèmes <strong>et</strong> les énigmes figurant dans<br />
plusieurs ouvrages <strong>et</strong> présentés sous forme <strong>de</strong> nouvelles.<br />
C’est le cas <strong>de</strong>s Énigmes <strong>de</strong> Shéhéraza<strong>de</strong> (4) <strong>et</strong> du Démon <strong>de</strong>s<br />
maths (5). Le livre Arithmétique appliquée <strong>et</strong> impertinente (25)<br />
propose, quant à lui, <strong>de</strong>s problèmes loufoques comme celuici<br />
:<br />
« L’hippopotame a refusé <strong>de</strong> se déshabiller pour se peser.<br />
La balance a affiché : 3 tonnes 4 quintaux, 53 kilogrammes<br />
<strong>et</strong> 210 grammes. Son blouson <strong>de</strong> cuir pèse un quintal <strong>et</strong><br />
85 kg, son jean 66,4 kg, ses santiags 0,1375 tonne, son<br />
p<strong>et</strong>it linge 25,32 kg <strong>et</strong> son walkman 612 g.<br />
Quel est le poids réel <strong>de</strong> l’hippopotame ? »<br />
Ce type <strong>de</strong> problème peut être intégré à <strong>de</strong>s contes.<br />
3) On peut aussi « détourner » un conte traditionnel. Le p<strong>et</strong>it<br />
chaperon rouge a changé <strong>de</strong> couleur dans bien <strong>de</strong>s ouvrages.<br />
Il lui est même arrivé, dans <strong>de</strong>s mon<strong>de</strong>s parallèles, <strong>de</strong> poser<br />
au loup <strong>de</strong>s problèmes <strong>mathématiques</strong>. Ce qui, soit dit en<br />
passant, a bien ennuyé le loup <strong>et</strong> lui a coupé l’appétit.<br />
Toujours dans le domaine <strong>de</strong> l’appétit, on peut s’interroger<br />
mathématiquement sur la cure d’amaigrissement du cochon<br />
<strong>de</strong> la ferme <strong>de</strong>s parents <strong>de</strong> Delphine <strong>et</strong> Marin<strong>et</strong>te <strong>et</strong> aussi se<br />
questionner sur les chances <strong>de</strong> la buse d’emporter le cochon<br />
dans les airs – s’il maigrit trop ! (7) – ou encore sur un<br />
partage <strong>de</strong> pains entre bons amis (10).<br />
On peut également utiliser le conte Alice aux pays <strong>de</strong>s merveilles<br />
<strong>et</strong> faire un travail spécifique sur les syllogismes, par exemple.<br />
D'ailleurs, un très sérieux concours <strong>de</strong> professeurs <strong>de</strong>s écoles<br />
proposait aux candidats <strong>de</strong> réfléchir sur le thème <strong>de</strong> la<br />
proportionnalité à partir <strong>de</strong>s différentes pastilles qu’Alice<br />
avait prises pour grandir ou rap<strong>et</strong>isser.<br />
4) On peut, si l’on se sent l’âme d’un conteur, créer soimême<br />
un conte parsemé d’énigmes <strong>et</strong> <strong>de</strong> problèmes, ou<br />
inventer « une histoire dont vous êtes le héros » comportant<br />
plusieurs problèmes à résoudre. Divers sites comme celui <strong>de</strong><br />
« l’asdmaths » proposent également <strong>de</strong>s problèmes <strong>de</strong><br />
recherche <strong>et</strong> <strong>de</strong>s énigmes qu’on peut incorporer à ces divers<br />
contes inventés ou détournés, ou qu’on peut associer à « <strong>de</strong>s<br />
histoires dont vous êtes le héros ».<br />
Une expérience menée en <strong>de</strong>rnière année <strong>de</strong> l’école<br />
élémentaire a permis la résolution <strong>de</strong> problèmes très variés en<br />
utilisant « une histoire dont vous êtes le héros » inspirée <strong>de</strong>s<br />
Chevaliers <strong>de</strong> la Table ron<strong>de</strong>. Les élèves venaient présenter<br />
leur solution au tableau en jouant le rôle <strong>de</strong>s différents<br />
chevaliers. Cela leur a permis <strong>de</strong> se décentrer <strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre<br />
les problèmes <strong>de</strong> façon plus aisée, car ils étaient les héros<br />
d’une histoire <strong>et</strong> plus seulement les élèves <strong>de</strong> la classe.<br />
5) On peut aussi – <strong>et</strong> c’est beaucoup plus amusant – faire<br />
créer un conte par les enfants à partir d’un thème donné <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r aux élèves d’y incorporer plusieurs énigmes <strong>et</strong><br />
6) On peut aussi vivre le conte en le mimant (<strong>de</strong>s techniques<br />
<strong>de</strong> théâtre d’improvisation peuvent être utilisées). On peut y<br />
introduire un paysage sonore <strong>et</strong> résoudre en plus, pourquoi<br />
pas, <strong>de</strong>s énigmes musico<strong>mathématiques</strong>.<br />
7) On peut utiliser <strong>de</strong>s albums existants pour travailler<br />
différentes notions.<br />
Diverses expériences ont été réalisées. L’une d’entre elles a<br />
pris comme support le conte africain La lionne solitaire <strong>et</strong> les<br />
bébés autruches (éditions Circonflexes 2001) pour travailler la<br />
spatialisation en maternelle par exemple. Les élèves ont<br />
beaucoup progressé dans l’apprentissage <strong>de</strong>s notions <strong>de</strong><br />
spatialisation (<strong>de</strong>vant, <strong>de</strong>rrière, à côté, <strong>et</strong>c.), car en jouant le<br />
rôle <strong>de</strong>s animaux <strong>de</strong> l’album ils ont pu se décentrer <strong>et</strong> donc<br />
acquérir plus facilement ces différentes connaissances.<br />
Il ne faut pas oublier les albums du japonais Akihiro Nozaki,<br />
tous utilisables dès l’école primaire :<br />
Le pot magique (26) illustre la notion <strong>de</strong> factorielle <strong>de</strong> façon<br />
très simple.<br />
Jeux <strong>de</strong> chapeaux<br />
(27) propose <strong>de</strong>s problèmes <strong>de</strong> logique.<br />
Le loup, le crapaud <strong>et</strong> les trois p<strong>et</strong>its cochons (28) abor<strong>de</strong> la notion<br />
<strong>de</strong> probabilité.<br />
Ces albums, agréablement illustrés, peuvent être utilisés<br />
directement en classe au cours d’activités spécifiques <strong>de</strong><br />
recherche <strong>de</strong> problèmes.<br />
8) On peut aussi détourner <strong>de</strong>s ban<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ssinées <strong>et</strong> utiliser<br />
ses personnages célèbres pour m<strong>et</strong>tre en scène un problème,<br />
comme le montre l’exemple ci-<strong>de</strong>ssous réalisé par une<br />
étudiante <strong>de</strong> l’IUFM <strong>de</strong> Versailles.<br />
Le sourire que provoque la lecture <strong>de</strong> ce texte est une bonne<br />
mise en condition pour sa résolution.<br />
Rabelais n’écrivait-il pas d’abord pour faire rire ses mala<strong>de</strong>s <strong>et</strong><br />
leur perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> penser à autre chose qu’à leurs soucis<br />
personnels <strong>et</strong> à leur maladie ?<br />
Certains <strong>de</strong> nos élèves sont mala<strong>de</strong>s <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> en<br />
particulier <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> problèmes : n’hésitons pas à<br />
nous servir <strong>de</strong>s outils qui ont fait leur preuve <strong>de</strong>puis <strong>de</strong>s<br />
siècles !<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 79 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> contes Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane <strong>et</strong> Younès Aberkane<br />
Il ne s’agit pas d’inventer un artifice supplémentaire pour<br />
« habiller la résolution <strong>de</strong> problèmes », mais bien d’utiliser<br />
tous les moyens dont nous disposons pour perm<strong>et</strong>tre aux<br />
élèves <strong>de</strong> se lancer vraiment dans l’activité mathématique.<br />
Enfin, il nous semble que tous les moyens sont bons quand il<br />
s’agit d’ai<strong>de</strong>r les élèves à acquérir <strong>de</strong> nouveaux savoirs <strong>et</strong> à<br />
entreprendre une recherche.<br />
Leur perm<strong>et</strong>tre d’éprouver du plaisir en faisant <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
est également l’un <strong>de</strong>s objectifs <strong>de</strong> telles activités. On<br />
mémorise mieux ce qui a été appris agréablement.<br />
Comme le dit Amadou Hampaté Ba « Le savoir est la seule<br />
richesse que l’on puisse entièrement dépenser sans en rien la<br />
diminuer ».<br />
Donnons-nous-en les moyens !<br />
Bibliographie<br />
(1) Lewis Carroll, Alice’s Adventures Un<strong>de</strong>rground,<br />
Dover Publications, New York 1965.<br />
(2) Guillevic, Euclidiennes, Poésies, Gallimard, Paris 1977.<br />
(3) Vladimir Levchine, La frégate du capitaine unité,<br />
Éditions Radouga, Moscou 1989.<br />
(4) Raymond Smullyan, Les énigmes <strong>de</strong> Shéhéraza<strong>de</strong>,<br />
Flammarion, Paris 1998.<br />
(5) Hans Magnus Enzensberger, Le démon <strong>de</strong>s maths,<br />
Éditions du Seuil, Paris 1998.<br />
(6) Dominique Chauvel, Pièces <strong>et</strong> saynètes pour les<br />
enfants, (Le problème <strong>de</strong> Christian Lamblin), R<strong>et</strong>z 1999.<br />
(7) Marcel Aymé, Les contes du chat perché, (Le<br />
Problème), Gallimard, 1937.<br />
(8) Évelyne Roques, Du conte au problème, Dossier<br />
JDI, Nathan, octobre 1994.<br />
(9) Georges Kolebka, L’épicier rose <strong>et</strong> autres contes <strong>de</strong> la<br />
même couleur, Hach<strong>et</strong>te Jeunesse, 2000.<br />
(10) Luda, 365 contes <strong>de</strong> gourmandise (Le juste prix),<br />
Gallimard 1999.<br />
(11) Françoise Cerqu<strong>et</strong>ti-Aberkane, Enseigner les<br />
<strong>mathématiques</strong> à l’école, collection enseignant, Paris<br />
Hach<strong>et</strong>te Éducation 2003.<br />
(12) Georges Perec, La vie mo<strong>de</strong> d’emploi : romans,<br />
Hach<strong>et</strong>te, Paris 1978,<br />
(Prix Médicis 78).<br />
(13) Oulipo, Abrégé <strong>de</strong> littérature potentielle, Éd. Mille <strong>et</strong><br />
une nuits, Paris 2002.<br />
(14) Harry Mathews, Cigar<strong>et</strong>tes : a Novel, Wei<strong>de</strong>nfeld &<br />
Nicholson, 1987.<br />
(15) Amadou Hampaté Bâ, Il n’y a pas <strong>de</strong> p<strong>et</strong>ite querelle,<br />
Éd. Stock, Paris 1999.<br />
(16) Jacques Nimier, Mathématique <strong>et</strong> affectivité, Coll.<br />
PERNOUD, Éd. Stock, Paris 1976.<br />
(17) Hans Freu<strong>de</strong>nthal, Mathematics as an Educational<br />
Task, Rei<strong>de</strong>l Publishing Co., Dordrecht 1973.<br />
(18) Sheila Tobias, Le Mythe <strong>de</strong>s maths, Axes pratiques,<br />
Éd. Étu<strong>de</strong>s vivantes, Paris 1980.<br />
(20) Ministère <strong>de</strong> l’Éducation nationale (France),<br />
Qu’apprend-on à l’école élémentaire ?, éditions CNDP, Paris<br />
2002.<br />
(21) Antoine <strong>de</strong> La Garan<strong>de</strong>rie, Les profils pédagogiques,<br />
Le Centurion Paris 1980.<br />
(22) Armelle Gémin<strong>et</strong>, La gestion mentale en <strong>mathématiques</strong>,<br />
R<strong>et</strong>z, Paris 1994.<br />
(23) Ibn al Muqaffa, Le livre <strong>de</strong> Kalila <strong>et</strong> Dimna traduit <strong>de</strong><br />
l’arabe par André Miquel édition Klincksieck Paris 1980<br />
(24) Louise Poirier, Conférence plénière à l’EMF 2006<br />
Sherbrooke « L’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> à la communauté<br />
inuite »<br />
(25) Jean Louis Fournier, Arithmétique appliquée <strong>et</strong><br />
imper-tinente, Edition Payot <strong>et</strong> Rivages, Paris 1993<br />
(26) Akihiro Nozaki, Le pot magique, Père Castor 1991<br />
(27) Akihiro Nozaki, Jeux <strong>de</strong> chapeaux, Père Castor 1991<br />
(28) Akihiro Nozaki, Le loup, le crapaud <strong>et</strong> les trois p<strong>et</strong>its<br />
cochons, Père Castor 1991-<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 80 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Géographie, civilisation <strong>et</strong><br />
styles <strong>mathématiques</strong><br />
Selon l’époque, les centres d’intense production du savoir mathématique se<br />
déplacent. Mais non seulement les lieux sont-ils différents, les domaines d’intérêts<br />
<strong>et</strong> les façons <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> elles aussi changent. Un lien existerait-il<br />
entre ces diverses façons <strong>de</strong> faire <strong>et</strong> les lieux où elles sont privilégiées ? C’est ce que<br />
nous abor<strong>de</strong>rons en nous penchant sur les <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s Mésopotamiens, <strong>de</strong>s<br />
Grecs, <strong>de</strong>s Arabes, <strong>de</strong>s Chinois, <strong>de</strong>s Européens.<br />
Louis<br />
Charbonneau,<br />
département <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong>,<br />
UQAM<br />
charbonneau.louis<br />
@uqam.ca<br />
L<br />
es <strong>mathématiques</strong> sont souvent<br />
qualifiées <strong>de</strong> langage universel. Tous les<br />
mathématiciens du mon<strong>de</strong> les<br />
comprennent. Elles sont un genre d’esperanto<br />
qui, en théorie, peut être décodé par tous. Au<br />
point qu’une phrase mathématique <strong>de</strong>vrait<br />
avoir un même sens pour un Sénégalais, un<br />
Japonais ou un Inuit. Notre confiance est si<br />
gran<strong>de</strong> dans l’universalité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
comme langage que nous, les hommes <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
planète, avons ajouté <strong>de</strong>s messages<br />
<strong>mathématiques</strong> dans <strong>de</strong>s engins spatiaux que<br />
nous avons lancés dans l’espace intersidéral <strong>et</strong><br />
qui pourraient, un jour, tomber entre les «<br />
mains » d’autres êtres intelligents. Avons-nous<br />
raison <strong>de</strong> croire en c<strong>et</strong>te universalité ?<br />
Les <strong>mathématiques</strong> ont une longue histoire.<br />
On les r<strong>et</strong>rouve à toutes les époques, dans<br />
toutes les gran<strong>de</strong>s civilisations. Elles ont donc<br />
effectivement un certain caractère universel.<br />
Néanmoins, à feuill<strong>et</strong>er les livres d’histoire <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, on se rend vite compte que<br />
même si certains suj<strong>et</strong>s reviennent toujours,<br />
l’arithmétique <strong>et</strong> la mesure <strong>de</strong>s surfaces par<br />
exemple, la forme que prennent les<br />
<strong>mathématiques</strong> varie considérablement.<br />
Qu’y a-t-il donc <strong>de</strong> commun, qu’y a-t-il <strong>de</strong><br />
différent entre ces <strong>mathématiques</strong> qui peuvent<br />
toutes se traduire dans les <strong>mathématiques</strong> qui<br />
sont les nôtres aujourd'hui, mais qui, tout <strong>de</strong><br />
même, se présentent sous un habillage<br />
différent, original ? Vouloir répondre à une<br />
telle question nous fait rencontrer dès le<br />
départ une difficulté non négligeable, du fait<br />
que chaque civilisation se situe à la fois dans<br />
l’espace <strong>et</strong> le temps. Comparer les<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> civilisations différentes<br />
nous oblige dans un premier temps à nous<br />
interroger sur les possibilités d’influences<br />
réciproques. En cela on doit tenir compte <strong>de</strong><br />
la contemporanéité <strong>de</strong> celles-ci aussi bien que<br />
<strong>de</strong> leur proximité géographique éventuelle.<br />
Aussi, tentons <strong>de</strong> représenter succinctement,<br />
schématiquement, les liens temporels <strong>et</strong><br />
géographiques entre les gran<strong>de</strong>s civilisations<br />
que sont, en autres, l’Égypte, la Mésopotamie<br />
antique, la Chine, l’In<strong>de</strong>, la Grèce, le mon<strong>de</strong><br />
arabo-musulman <strong>et</strong> l’Europe du Moyen Âge <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> la Renaissance.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 81 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />
La géographie du temps<br />
Tout au long <strong>de</strong> l’histoire, les lieux <strong>de</strong> forte activité<br />
mathématique ont varié. La carte qui suit situe les<br />
civilisations signalées ci-<strong>de</strong>ssus <strong>et</strong> qui se sont démarquées<br />
pour l’importance <strong>de</strong> leur activité mathématique.<br />
Une telle carte nous perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> voir d’un coup d’œil les liens<br />
géographiques pouvant avoir influencé l’évolution d’une<br />
civilisation, soit par le fait d’occuper un territoire sur lequel<br />
<strong>de</strong>s civilisations antérieures ont prospéré, soit par la simple<br />
proximité géographique. Ainsi, on constate que le mon<strong>de</strong><br />
arabo-musulman a englobé <strong>de</strong>s territoires qui auparavant<br />
avaient vu se déployer les civilisations égyptienne,<br />
mésopotamienne <strong>et</strong> grecque. L’on y voit aussi que l’In<strong>de</strong> <strong>et</strong> le<br />
mon<strong>de</strong> arabo-musulman se touchent géographiquement. De<br />
fait, toutes ces civilisations ont influencé les <strong>mathématiques</strong><br />
du mon<strong>de</strong> arabo-musulman. Par ailleurs, même si la<br />
civilisation grecque touche sur c<strong>et</strong>te carte le mon<strong>de</strong> européen<br />
<strong>de</strong> la Renaissance, l’influence <strong>de</strong> la civilisation grecque sur<br />
l’Europe ne découle pas d’une proximité physique, étant<br />
donné que la civilisation grecque antique s’est éteinte plus <strong>de</strong><br />
mille ans avant que l’Europe n’entre dans c<strong>et</strong>te pério<strong>de</strong> que<br />
nous appelons la Renaissance. L’influence du mon<strong>de</strong> grec sur<br />
l’Europe provient <strong>de</strong> son passage par le mon<strong>de</strong> arabomusulman<br />
<strong>et</strong> le mon<strong>de</strong> byzantin. On perçoit ici une faiblesse<br />
<strong>de</strong>s cartes sur lesquelles il n’est pas tenu compte du temps.<br />
Pour signaler les influences d’une civilisation à l’autre, une<br />
telle carte s’avère utile au niveau <strong>de</strong>s conjectures, mais elle<br />
reste très insuffisante.<br />
Pour indiquer schématiquement <strong>de</strong> telles influences, un<br />
schéma classique, comme celui ci-<strong>de</strong>ssous, pourrait faire<br />
l’affaire. Mais encore là, le temps y est absent tout comme les<br />
liens géographiques, même si j’ai tenté <strong>de</strong> placer les différents<br />
noms approximativement comme ils apparaissent sur la<br />
carte. Peut-être aurait-il fallu m<strong>et</strong>tre ces flèches sur la carte ?<br />
Mais encore là, le temps n’y serait pas apparu. Un artifice<br />
possible est <strong>de</strong> personnaliser les flèches <strong>de</strong> sorte que les<br />
influences contemporaines correspon<strong>de</strong>nt à <strong>de</strong>s flèches <strong>de</strong><br />
même format (couleur ou forme <strong>de</strong> la flèche). Dans le<br />
schéma, j’ai numéroté les flèches, chaque numéro<br />
correspondant à une gran<strong>de</strong> époque : le 1 pour l’Antiquité, le<br />
2 pour le Haut Moyen Âge (500-1200) <strong>et</strong> le 3 pour le Bas<br />
Moyen Âge (1200 – 1453) <strong>et</strong> la Renaissance. La forme du<br />
trait, pointillé ou non, indique respectivement une influence<br />
faible <strong>et</strong> localisée dans le temps ou une influence plus<br />
profon<strong>de</strong>.<br />
3<br />
2<br />
Byzance<br />
2<br />
Grèce<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 82 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
Europe<br />
1<br />
3<br />
Égypte<br />
Mon<strong>de</strong> arabe<br />
2<br />
1<br />
2<br />
2<br />
Mésopotamie<br />
2<br />
1<br />
2<br />
2<br />
2<br />
In<strong>de</strong><br />
Chine<br />
Afin <strong>de</strong> concilier c<strong>et</strong>te exigence <strong>de</strong> prendre en compte aussi<br />
le temps, voici la solution proposée par Neugebauer, le<br />
célèbre historien <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> mésopotamiennes 1. Je<br />
l’ai francisée <strong>et</strong> y ai ajouté une colonne pour la Chine. J’ai<br />
aussi ajouté <strong>de</strong>s zones ombragées qui indiquent <strong>de</strong>s pério<strong>de</strong>s<br />
d’activités <strong>mathématiques</strong> plus intenses. Les flèches<br />
soulignent par ailleurs les influences d’une civilisation à une<br />
autre. Ainsi, le tableau informe à la fois sur les espaces<br />
géographiques, les pério<strong>de</strong>s temporelles <strong>et</strong> les influences.<br />
Plus complexe que les tableaux précé<strong>de</strong>nts, il illustre plus<br />
adéquatement la complexité qui nous attend lorsqu’on veut,<br />
comme dans mon propos, regar<strong>de</strong>r <strong>de</strong> haut l’ensemble <strong>de</strong><br />
l’histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>puis les origines jusqu’à la<br />
Renaissance européenne.<br />
1 Neugebauer, O., The Exact Sciences in Antiquity, New York : Dover<br />
Publications, Inc., 1957, p. xvi.<br />
2
Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />
Ayant maintenant c<strong>et</strong>te toile <strong>de</strong> fond à notre disposition,<br />
nous pouvons revenir à notre question <strong>de</strong> départ : « En quoi<br />
les <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s différentes civilisations se<br />
ressemblent-elles <strong>et</strong> se distinguent-elles les unes <strong>de</strong>s autres ? »<br />
Pour y répondre, nous focaliserons notre attention sur<br />
différentes fac<strong>et</strong>tes <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> chaque civilisation.<br />
L’ensemble <strong>de</strong> ces fac<strong>et</strong>tes constituera pour nous le style<br />
mathématique d’une civilisation. Il va sans dire qu’il s’agit<br />
d’une conception très limitative du « style mathématique ».<br />
Styles <strong>mathématiques</strong>…<br />
Plusieurs éléments participent à la façon dont les<br />
<strong>mathématiques</strong> se présentent dans une société. Nous<br />
r<strong>et</strong>iendrons les fac<strong>et</strong>tes suivantes : contexte global, le rapport<br />
à la vérité, le numérique <strong>et</strong> le géométrique, la représentation<br />
<strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Notons, avant <strong>de</strong> les abor<strong>de</strong>r, que<br />
nous donnerons plus d’informations sur les <strong>mathématiques</strong><br />
chinoises que sur les <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s autres civilisations,<br />
étant donné qu’elles sont en général moins connues. 2<br />
Le contexte global<br />
Qui sont les mathématiciens ? Des fonctionnaires au service<br />
<strong>de</strong> l’état ayant pour tâche d’abor<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s questions pratiques<br />
<strong>de</strong> gestion impliquant les personnes ? Des « amateurs »<br />
trouvant dans les <strong>mathématiques</strong> un défi intellectuel à<br />
relever? Des « mathématiciens » au service <strong>de</strong> personnes ou<br />
institutions autres que l’état ? À c<strong>et</strong> égard, où se situe le<br />
mathématicien dans la hiérarchie sociale?<br />
En Égypte <strong>et</strong> en Mésopotamie, les mathématiciens dont on a<br />
trouvé <strong>de</strong>s traces <strong>de</strong> leur travail sont clairement <strong>de</strong>s scribes,<br />
donc <strong>de</strong>s fonctionnaires <strong>de</strong> l’état ou, éventuellement, <strong>de</strong><br />
temples. Pour ceux qui avaient <strong>de</strong>s fonctions religieuses,<br />
l’astronomie constituait sans doute une part majeure <strong>de</strong> leurs<br />
préoccupations.<br />
Il en va <strong>de</strong> même en Chine, du moins jusqu’au XII e siècle.<br />
On peut déjà connaître les préoccupations <strong>de</strong>s fonctionnaires<br />
par les titres <strong>de</strong>s chapitres du livre ayant eu la plus gran<strong>de</strong><br />
influence dans les <strong>mathématiques</strong> chinoises : Les neuf chapitres<br />
sur l’art mathématique, livre datant probablement du premier<br />
1. Champs rectangulaires (38 problèmes)<br />
2. Mill<strong>et</strong> <strong>et</strong> grain décortiqué (46 problèmes)<br />
3. Partage selon les rangs (20 problèmes)<br />
4. Diminution <strong>de</strong> la largeur (24 problèmes)<br />
5. Discussion <strong>de</strong>s travaux publics (28 problèmes)<br />
6. Taxation équitable (28 problèmes)<br />
7. Excé<strong>de</strong>nt <strong>et</strong> déficit (20 problèmes)<br />
8. Comparaison <strong>de</strong>s dispositions (18 problèmes)<br />
9. Base-hauteur (24 problèmes)<br />
Liste <strong>de</strong>s chapitres <strong>de</strong> Les neuf chapitres sur l’art mathématique<br />
(premier siècle <strong>de</strong> notre ère)<br />
2<br />
Les informations sur les <strong>mathématiques</strong> chinoises sont tirées <strong>de</strong>s<br />
<strong>de</strong>ux livres suivants : Yabuuti, Kiosi, Une histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
chinoises, Paris : Belin, 2000 <strong>et</strong> Yan, Li, <strong>et</strong> Shiran, Du, Chinese<br />
Mathematics, A Concise History, Oxford : Clarendon Press, 1987.<br />
siècle <strong>de</strong> notre ère. Mais ces fonctionnaires sont d’un rang<br />
inférieur. Ainsi, pendant la dynastie Tang (618-907), un<br />
astronome est un fonctionnaire <strong>de</strong> 5 ième rang inférieur mineur<br />
alors qu’un mathématicien est <strong>de</strong> 9 ième rang inférieur mineur.<br />
Dans les régions du nord, dominées par la dynastie<br />
mandchoue Jin (1115-1234), puis aussi dans les régions du<br />
sud <strong>de</strong> la dynastie chinoise <strong>de</strong>s Song du sud (1127-1279), <strong>et</strong><br />
enfin dans l’ensemble <strong>de</strong> la Chine sous la dynastie mongole<br />
<strong>de</strong>s Yuan (1279-1368), <strong>de</strong>s mathématiciens commencent à<br />
travailler pour les marchands (surtout dans la vallée du fleuve<br />
Yangszi). C<strong>et</strong>te évolution n’est sans doute pas étrangère au<br />
fait que les dynasties Jin <strong>et</strong> Yuan ne sont pas chinoises, mais<br />
que dans les <strong>de</strong>ux cas elles manifestent un profond respect<br />
pour la culture chinoise. De plus, l’insécurité qui, à c<strong>et</strong>te<br />
époque, a nécessairement accompagné les changements<br />
dynastiques a été un terreau favorable à un r<strong>et</strong>our d’un<br />
certain mysticisme taoïste auquel se greffe un intérêt pour la<br />
numérologie <strong>et</strong> les carrés magiques. Les mathématiciens nonfonctionnaires<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te époque participent à ces<br />
mouvements. De plus, les premiers empereurs <strong>de</strong> la dynastie<br />
Yuan sont en contact avec leurs parents qui sont allés jusqu’à<br />
Bagdad. 3 Ainsi, <strong>de</strong>s astronomes chinois vont à l’observatoire<br />
<strong>de</strong> Maraga <strong>et</strong> un observatoire dirigé par <strong>de</strong>s astronomes<br />
arabes est créé en Chine. Néanmoins, les astronomes sont<br />
<strong>de</strong>s scribes, <strong>de</strong>s fonctionnaires, <strong>et</strong> les relations entre les<br />
astronomes chinois <strong>et</strong> arabes, surtout en relation avec la<br />
prédiction <strong>de</strong>s éclipses, se limitent à l’échange <strong>de</strong> résultats.<br />
L’inertie intellectuelle <strong>de</strong>s fonctionnaires astronomes apparaît<br />
telle qu’elle inhibe la curiosité <strong>de</strong>s Chinois face aux<br />
techniques pourtant beaucoup plus efficaces <strong>de</strong>s astronomes<br />
arabes.<br />
En In<strong>de</strong>, la situation n’apparaît pas claire. L’importance du<br />
religieux dans l’intérêt pour les <strong>mathématiques</strong> nous porte à<br />
croire qu’il <strong>de</strong>vait y avoir <strong>de</strong>s mathématiciens scribes. Notons<br />
toutefois que les mathématiciens provenaient habituellement<br />
<strong>de</strong> familles <strong>de</strong> mathématiciens <strong>et</strong> astronomes. Peu<br />
d’échanges se faisaient entre mathématiciens, chaque famille<br />
préservant les connaissances du clan. Par ailleurs, il est<br />
intéressant <strong>de</strong> remarquer qu’alors, peu d’efforts étaient<br />
orientés vers l’amélioration <strong>de</strong>s calculs astronomiques. La<br />
tradition dominait puisque l’astronomie jouait un rôle dans le<br />
fonctionnement <strong>de</strong> l’état. Il n’en allait pas <strong>de</strong> même pour les<br />
<strong>mathématiques</strong>, car les mathématiciens n’avaient <strong>de</strong> compte à<br />
rendre qu’à eux-mêmes.<br />
Dans la Grèce hellénique (avant -323), les mathématiciens<br />
faisaient partie <strong>de</strong> l’élite citoyenne. De ce fait, ils n’étaient pas<br />
au service <strong>de</strong> l’état. Par la suite, dans la pério<strong>de</strong> hellénistique<br />
(-323, mort d’Alexandre le Grand à 500 <strong>de</strong> notre ère), ils<br />
servaient leur maître, mais beaucoup plus pour la gloire que<br />
ce <strong>de</strong>rnier en r<strong>et</strong>irait que pour <strong>de</strong>s raisons <strong>de</strong> fonctionnement<br />
<strong>de</strong> l’appareil étatique, comme pour les membres du Museum<br />
à Alexandrie. Au cours <strong>de</strong> la pério<strong>de</strong> hellénique, les<br />
<strong>mathématiques</strong> faisaient partie intégrante <strong>de</strong>s grands courants<br />
philosophiques. À la pério<strong>de</strong> hellénistique, elles se détachent<br />
3<br />
Deux p<strong>et</strong>its-fils <strong>de</strong> Gengis Khan jouèrent un rôle important ici. :<br />
Hulagu (1217-1265), fondateur <strong>de</strong> la dynastie mongole qui a dominé<br />
l’Iran <strong>et</strong> qui a fondé l’observatoire <strong>de</strong> Maraga, <strong>et</strong> Kubilay (1214-<br />
1294), fondateur <strong>de</strong> la dynastie Yuan en Chine.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 83 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />
partiellement <strong>de</strong> ces systèmes intellectuels par un mouvement<br />
socio-intellectuel qui touche aussi bien les <strong>mathématiques</strong><br />
que la philosophie.<br />
Dans le mon<strong>de</strong> arabo-musulman, on r<strong>et</strong>rouve <strong>de</strong>s mathématiciens<br />
qui ont un statut similaire à ceux <strong>de</strong> la Grèce<br />
hellénistique, comme, par exemple, al-Khwarizmi, membre<br />
<strong>de</strong> la Maison <strong>de</strong> la sagesse <strong>de</strong> Bagdad. Mais l’on r<strong>et</strong>rouve<br />
aussi toute une tradition qui se rattache clairement au<br />
commerce. L’importance <strong>de</strong> la numération positionnelle<br />
indo-arabe l’illustre <strong>et</strong> le développement <strong>de</strong> l’algèbre le<br />
montre bien. Notons que certaines prescriptions du Coran<br />
concernant les héritages, l’orientation <strong>de</strong>s mosquées <strong>et</strong> les<br />
moments <strong>de</strong>s cinq prières quotidiennes, posent <strong>de</strong>s<br />
problèmes qui faciliteront l’émergence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
dans c<strong>et</strong>te civilisation.<br />
En Europe, au cours du Bas Moyen Âge (1200-1453), l’on<br />
r<strong>et</strong>rouve principalement <strong>de</strong>ux types <strong>de</strong> mathématiciens. En<br />
Italie <strong>et</strong> dans les villes commerçantes du reste <strong>de</strong> l’Europe,<br />
plusieurs écoles <strong>de</strong>stinées aux fils <strong>de</strong> marchands sont sous la<br />
direction <strong>de</strong> mathématiciens. En Italie, leurs revenus sont si<br />
importants que ces mathématiciens font partie <strong>de</strong> la haute<br />
bourgeoisie. On r<strong>et</strong>rouve parfois aussi <strong>de</strong>s mathématiciens<br />
dans quelques universités nouvellement créées, comme, par<br />
exemple, à Paris <strong>et</strong> Cambridge. À partir du XV e siècle, les<br />
écoles <strong>de</strong> marchands cè<strong>de</strong>nt progressivement leur place<br />
comme centre <strong>de</strong> production mathématique, parfois à<br />
l’université, mais beaucoup plus souvent à un mon<strong>de</strong><br />
d’amateurs qui sont <strong>de</strong> fait plus près <strong>de</strong> l’université que du<br />
commerce. Ils participent à la mouvance néo-platonicienne<br />
qui se développe alors <strong>et</strong> dont les académies <strong>de</strong> la fin du<br />
XVI e siècle sont le fleuron. Au XVII e siècle, l’université sera<br />
complètement dépassée par c<strong>et</strong>te mouvance, sauf en<br />
Angl<strong>et</strong>erre où Cambridge re<strong>de</strong>vient un centre mathématique<br />
avec d’illustres mathématiciens tels Wallis <strong>et</strong> Newton. À c<strong>et</strong><br />
égard, la religion <strong>et</strong> la philosophie jouent un rôle <strong>de</strong> plus en<br />
plus explicitement limité dans le travail du mathématicien.<br />
Le rapport à la vérité<br />
Les règles qui découlent du travail du « mathématicien » fontelles<br />
l’obj<strong>et</strong> d’un discours assurant la justesse <strong>de</strong> celles-ci ?<br />
Jusqu’à quel point ce discours, s’il existe, cherche-t-il à<br />
convaincre ou à convaincre <strong>de</strong> façon irréfutable ? Ce discours<br />
semble-t-il davantage reposer sur la confiance du mathématicien<br />
lui-même, mais sans tentative <strong>de</strong> justification <strong>de</strong>stinée<br />
aux lecteurs ? La logique s’insère-t-elle structurellement dans<br />
le discours justificatif ?<br />
Les textes égyptiens <strong>et</strong> mésopotamiens se limitent à donner,<br />
pour résoudre <strong>de</strong>s problèmes, <strong>de</strong>s règles qui prennent la<br />
forme <strong>de</strong> <strong>de</strong>scription <strong>de</strong> solutions numériques. Le jeune<br />
apprenti scribe <strong>de</strong>vait donc intérioriser ces solutions <strong>et</strong><br />
éventuellement <strong>de</strong>venir capable <strong>de</strong> savoir quand les<br />
appliquer. Aucune justification n’apparaît. Mais peut-être y en<br />
avait-il une d’explicitée au niveau <strong>de</strong> l’enseignement oral.<br />
En Chine, les textes les plus anciens, comme les Neuf chapitres<br />
<strong>de</strong> l’art mathématique écrit au début <strong>de</strong> notre ère, s’organisent<br />
aussi autour d’un modèle semblable. Chaque énoncé d’un<br />
problème est suivi par la réponse <strong>et</strong> la procédure explicite<br />
pour y arriver. Dans le commentaire qu’en fait vers 260 Liu<br />
Hui, <strong>de</strong>s justifications viennent soutenir certaines <strong>de</strong>s règles<br />
Aire ABCD = Aire <strong>de</strong> AEFG, <strong>et</strong> donc c(a + b) = ab<br />
énoncées. Ainsi, pour justifier la procédure perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong><br />
déterminer la longueur du côté du carré inscrit dans un<br />
triangle rectangle donné, procédure correspondant à notre<br />
formule c = ab , où c est la mesure du côté du carré <strong>et</strong> a <strong>et</strong> b<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 84 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
a + b<br />
sont les cathètes du triangle rectangle, Liu Hui déplace <strong>de</strong>s<br />
morceaux dans une figure bien choisie. Il complète le<br />
rectangle dont l’hypoténuse du triangle rectangle donné est<br />
une diagonale. Déplaçant mentalement les morceaux du<br />
puzzle, il réarrange le rectangle <strong>de</strong> dimensions a <strong>et</strong> b en un<br />
rectangle <strong>de</strong> même aire dont l’une <strong>de</strong>s dimensions est c <strong>et</strong><br />
l’autre se révèle être a + b. Dès lors, on a c(a + b) = ab, d’où<br />
découle la formule ci-<strong>de</strong>ssus. Ce genre <strong>de</strong> justification se<br />
rencontrera tout au long <strong>de</strong> l’histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
purement chinoises. Elle se distingue <strong>de</strong> ce que faisaient les<br />
Grecs en ce qu’il n’y a <strong>de</strong>rrière aucun édifice déductif, aucune<br />
définition précise, aucun corps explicite <strong>de</strong> logique que<br />
<strong>de</strong>vrait respecter le raisonnement. 4 Liu Hui convainc, mais<br />
un géomètre grec n’aurait pu accepter un tel argument<br />
comme démonstration. À aucun moment les mathématiciens<br />
chinois ne sentiront le besoin d’entreprendre un travail <strong>de</strong><br />
fon<strong>de</strong>ment comme l’on fait les Grecs.<br />
Il n’est pas nécessaire <strong>de</strong> s’étendre sur l’importance bien<br />
connue que donnaient les Grecs à la structure déductive<br />
d’une démonstration. Le respect <strong>de</strong>s règles explicites <strong>de</strong> la<br />
logique prend une importance centrale ici. Il ne s’agit pas <strong>de</strong><br />
convaincre, mais bien <strong>de</strong> trouver une justification incontestable<br />
<strong>de</strong> la justesse d’un énoncé ou d’une construction.<br />
L’émergence <strong>de</strong>s régimes démocratiques dans certaines cités<br />
grecques n’est pas étrangère au développement <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
exigence <strong>de</strong> la rigueur dans la pensée mathématique.<br />
Les astronomes indiens ont été influencés par les écrits<br />
astronomiques grecs dans les <strong>de</strong>ux ou trois premiers siècles<br />
4<br />
Le philosophe Mozi (470-391 avant notre ère), aussi connu sous le<br />
nom <strong>de</strong> Maître Mô, <strong>et</strong> son école ont entrepris <strong>de</strong> donner une<br />
structure plus explicite <strong>et</strong> formelle à la logique, s’intéressant au<br />
passage à certaines définitions d’obj<strong>et</strong>s géométriques. Mais leurs<br />
travaux n’ont pas eu d’influence en géométrie.
Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />
<strong>de</strong> notre ère, particulièrement en ce qui a trait à l’utilisation 106, 93, 79, 65, 51, 37, 22, 7.<br />
<strong>de</strong> modèles géométriques <strong>et</strong>, par ricoch<strong>et</strong>, à la trigonométrie.<br />
Néanmoins, les mathématiciens, qui sont souvent <strong>de</strong>s<br />
astronomes, n’ont pas r<strong>et</strong>enu <strong>de</strong>s Grecs leur besoin <strong>de</strong><br />
rigueur <strong>de</strong> démonstration. En fait, les résultats sont souvent<br />
donnés par eux sans aucune justification. C’est un peu<br />
comme si la conviction <strong>de</strong> la justesse du résultat par l’auteur<br />
du texte suffisait. Par analogie, on peut penser ici au génial<br />
Stenza II, 12 By what number the second sine<br />
[difference] is less than the first sine, and by the quotient<br />
obtained by dividing the sum of the preceding sine<br />
[differences] by the first sine, by the sum of these two<br />
quantities the following sine [differences] are less than the<br />
first sine.<br />
Ramanujan (1887-1920), ce mathématicien indien découvert Stenza II-12 De combien la <strong>de</strong>uxième [différence <strong>de</strong>s]<br />
par l’anglais Hardy, qui générait <strong>de</strong>s résultats tout à fait sinus est moins que la première <strong>et</strong> par le quotient<br />
surprenants qu’il ne pouvait pas toujours justifier, mais qui se obtenu en divisant la somme <strong>de</strong>s [différences] <strong>de</strong>s<br />
sont souvent révélés justes.<br />
sinus précé<strong>de</strong>nte par le premier sinus, par la somme <strong>de</strong><br />
ces <strong>de</strong>ux quantités la [différence] <strong>de</strong>s sinus suivants<br />
sont moins que le premier sinus.<br />
Dans le mon<strong>de</strong> arabo-musulman <strong>et</strong> dans l’Europe <strong>de</strong> la fin<br />
du Moyen Âge <strong>et</strong> <strong>de</strong> la Renaissance, l’idéal <strong>de</strong> démonstration<br />
grecque sera repris <strong>et</strong> même enrichi.<br />
Le numérico algébrique <strong>et</strong> le géométrique<br />
Les <strong>mathématiques</strong> sont-elles <strong>de</strong> nature plus numérico<br />
algébrique que géométrique ? Les textes <strong>mathématiques</strong><br />
traitent-ils essentiellement <strong>de</strong> nombres <strong>et</strong> <strong>de</strong> mesure, plutôt<br />
que <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>urs plus générales, comme <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>urs<br />
géométriques ?<br />
Les nombres, souvent issus <strong>de</strong> mesures <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>urs<br />
géométriques, sont omniprésents dans toutes les cultures <strong>et</strong><br />
civilisations. Mais, dans certains cas, c<strong>et</strong>te présence semble<br />
plus profon<strong>de</strong> que dans d’autres. Ainsi, en Mésopotamie, le<br />
numérique est l’outil par excellence <strong>de</strong>s prédictions. La<br />
prévision <strong>de</strong>s éclipses <strong>de</strong> Lune <strong>et</strong> <strong>de</strong> Soleil se faisait en<br />
trouvant <strong>de</strong>s régularités dans les tables astronomiques issues<br />
<strong>de</strong>s observations. Il n’y avait pas <strong>de</strong> modèles géométriques <strong>de</strong><br />
l’univers. Le numérique était leur seul outil <strong>et</strong> les astronomes<br />
mésopotamiens ont poussé son utilisation au maximum. Le<br />
sens du numérique se manifeste aussi dans la numération<br />
sexagésimale. Le fait d’utiliser <strong>de</strong>s tables d’inverses pour<br />
effectuer les divisions montre leur habilité à jouer avec le<br />
nombre. Ce sens du numérique particulièrement poussé se<br />
r<strong>et</strong>rouve aussi en In<strong>de</strong>. La création d’une numération<br />
positionnelle l’illustre aussi. Mais cela est encore plus clair<br />
lorsqu’on examine leur traitement du calcul <strong>de</strong>s tables <strong>de</strong><br />
cor<strong>de</strong>s qu’ils semblent pourtant avoir en partie hérité <strong>de</strong>s<br />
Grecs qui, eux, avaient une approche très clairement<br />
géométrique. Dans son Aryabhatiya écrit en 499, Aryabhata<br />
(466-550) présente la table <strong>de</strong>s sinus, probablement issue <strong>de</strong><br />
la table <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s d’Hipparque, en donnant la liste <strong>de</strong>s<br />
premières différences, puis en précisant une façon <strong>de</strong><br />
r<strong>et</strong>rouver les sinus à partir <strong>de</strong>s <strong>de</strong>uxièmes différences. 5<br />
Stenza I, 10 The tewenty-four sine [differences]<br />
reckoned in minutes of arc are 225, 224, 222, 219, 215,<br />
210, 205, 199, 191, 183, 174, 164, 154, 143, 131, 119, 106,<br />
93, 79, 65, 51, 37, 22, 7.<br />
Stenza I-10 Les vingt-quatre <strong>de</strong>mi-arcs [différences]<br />
calculés en minutes d'arc sont 225, 224, 222, 219, 215,<br />
210, 205, 199, 191, 183, 174, 164, 154, 143, 131, 119,<br />
5<br />
Ma traduction <strong>de</strong>s citations anglaises dans Katz, Victor J., A<br />
History of Mathematics, An Introduction, secon<strong>de</strong> édition, Addison-<br />
Wesley, 1998, p. 212-213.<br />
La formule sous-jacente à ce <strong>de</strong>rnier énoncé est la suivante :<br />
sn = sn-1 + (s1 - (s1 + ... + sn-1)/s1).<br />
À nouveau, comme pour les astronomes mésopotamiens, le<br />
traitement en termes <strong>de</strong> différences nous indique qu’une<br />
approche numérique semble plus naturelle à l’astronome<br />
indien.<br />
Le mon<strong>de</strong> arabo-musulman s’est étendu sur la Mésopotamie<br />
<strong>et</strong> a atteint les marches occi<strong>de</strong>ntales du mon<strong>de</strong> indien. Il n’est<br />
donc pas surprenant que les mathématiciens du mon<strong>de</strong><br />
arabo-musulman aient hérité <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux civilisations une<br />
approche plus numérique. Mais c<strong>et</strong>te tendance a été<br />
contrebalancée par l’influence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> grecques.<br />
Ainsi la pensée grecque s’est-elle vue digérée par les Arabes,<br />
<strong>de</strong> sorte qu’au total, le numérique a r<strong>et</strong>rouvé, dans un cadre<br />
par ailleurs tout à fait original ayant absorbé les préoccupations<br />
<strong>de</strong> rigueur grecque, une place qu’il n’avait pas auparavant.<br />
Il faut rappeler qu’à la fin <strong>de</strong>s premiers siècles <strong>de</strong> notre<br />
ère. Il y a aussi eu dans le mon<strong>de</strong> hellénistique une<br />
recru<strong>de</strong>scence d’intérêt pour le numérique. Pensons à<br />
Diophante (v. 250) <strong>et</strong> à Nicomaque <strong>de</strong> Gérase (mort vers<br />
120). Mais il y a plus. Il ne faut pas oublier que la première<br />
gran<strong>de</strong> école mathématique grecque considérait le nombre<br />
comme la base <strong>de</strong> toute découverte <strong>de</strong>s relations cachées<br />
dans la nature. Pythagore est avant tout un numéricien. Si la<br />
géométrie semble pour les Grecs précé<strong>de</strong>r dans la hiérarchie<br />
<strong>de</strong>s connaissances le numérique, c’est qu’il y a eu un long<br />
cheminement dans lequel la découverte <strong>de</strong> l’incommensurabilité<br />
a joué un rôle majeur. Mais c<strong>et</strong>te découverte n’a été<br />
possible que parce que déjà la nécessité <strong>de</strong> justifications avait<br />
acquis une gran<strong>de</strong> importance.<br />
Les Européens hériteront d’abord <strong>de</strong>s Arabes la culture<br />
mathématique grecque. La place du numérique dans c<strong>et</strong><br />
héritage est d’autant plus gran<strong>de</strong> que le vecteur principal<br />
d’influence a été le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong>s marchands. C<strong>et</strong>te prépondérance<br />
sera remise en cause par l’arrivée en Italie <strong>et</strong> en Europe<br />
à la fin du XVI e siècle, après la chute <strong>de</strong> Constantinople, <strong>de</strong><br />
textes grecs n’ayant jamais été traduits.<br />
La Chine pour sa part a aussi une préférence pour le<br />
numérique, mais elle semble moins profondément ancrée<br />
dans l’esprit <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te civilisation qu’en Mésopotamie <strong>et</strong> en<br />
In<strong>de</strong>.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 85 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />
Les représentations <strong>de</strong>s obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
Comment représente-t-on les nombres ? Comment représente-t-on<br />
les fractions ? Comment représente-t-on les gran<strong>de</strong>urs<br />
? Les symboles jouent-ils un rôle important ? Les règles<br />
sont-elles exprimées en faisant référence à <strong>de</strong>s symboles ?<br />
Représenter un obj<strong>et</strong> mathématique par autre chose que <strong>de</strong>s<br />
mots nous semble aujourd’hui tout naturel. Et pourtant, j’ose<br />
dire que ce n’est pas naturel. À preuve, le fait qu’un grand<br />
esprit comme al-Khwarizmi écrive habituellement les<br />
nombres en mots, au long, souligne que l’oral <strong>et</strong> sa<br />
transcription écrite restent le plus naturel. Al-Khwarizmi dit<br />
clairement que la suite <strong>de</strong> chiffres qui représente un nombre<br />
en est l’« image », distinguant explicitement l’image du<br />
nombre. C’est par les mots que les tables <strong>de</strong> sinus seront<br />
d’abord apprises par cœur en In<strong>de</strong>, menant peu à peu à<br />
l’élaboration du système positionnel décimal qui sera<br />
présenté au mon<strong>de</strong> arabo-musulman par ce même al-<br />
Khwarizmi. Il y a une n<strong>et</strong>te progression entre les<br />
numérations antérieures, dans lesquelles les symboles ne<br />
servent qu’à écrire le nombre, <strong>et</strong> la numération indo-arabe,<br />
dans laquelle les symboles participent au calcul sur ces<br />
nombres, d’abord à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> tabl<strong>et</strong>tes <strong>de</strong> poussières en In<strong>de</strong>,<br />
puis sur le papier chez les Arabes. Le symbole <strong>de</strong>vient alors<br />
un outil <strong>et</strong> non seulement un signe remplaçant le nombre.<br />
Les fractions, par la complexité <strong>de</strong> ce qu’elles représentent,<br />
poussent aussi à développer <strong>de</strong>s symbolismes plus<br />
dynamiques. On r<strong>et</strong>rouve cela en Mésopotamie, avec les<br />
fractions sexagésimales, écriture qui sera reprise par les<br />
astronomes <strong>de</strong> l’école hellénistique à partir d’environ 200 ans<br />
avant notre ère.<br />
Il est intéressant <strong>de</strong> noter que l’utilisation <strong>de</strong> l’espace pour<br />
changer le sens d’un symbole sera utilisé dans d’autres<br />
circonstances. Ainsi, en Chine, dans Les neuf chapitres sur l’art<br />
mathématique, on résout <strong>de</strong>s systèmes d’équations linéaires en<br />
manipulant <strong>de</strong>s bagu<strong>et</strong>tes qui sont disposées sur une surface<br />
plate. Par exemple, pour résoudre le système suivant dans le<br />
chapitre 8, (en symboles mo<strong>de</strong>rnes)<br />
5x – 7y = 11<br />
7x – 5y = 25,<br />
on va disposer les nombres selon la disposition<br />
suivante (chaque nombre étant écrit avec <strong>de</strong>s bagu<strong>et</strong>tes) :<br />
7 5<br />
-5 -7<br />
25 11.<br />
Ce type d’utilisation <strong>de</strong> la position spatiale sera utilisé en<br />
1248 dans le Refl<strong>et</strong>s <strong>de</strong>s mesures du cercle sur la mer <strong>de</strong> Li Ye, l’un<br />
<strong>de</strong> ces mathématiciens non-fonctionnaires <strong>de</strong> l’époque Jin.<br />
Pour représenter l’équation 6x 2 - 3x + 2 = 0, il dispose les<br />
nombres ainsi :<br />
Le symbole indique les unités. La barre oblique indique<br />
que trois fois l’inconnue est enlevée. À la même époque,<br />
mais sous les Yuan, dans le Miroir <strong>de</strong> ja<strong>de</strong> <strong>de</strong>s quatre inconnues<br />
(1303), Zhu Shijie représente l’expression à quatre inconnues<br />
suivante :<br />
x 2 + 4y 2 + 9z 2 - 16u 2 - 4xy + 6xz + 16yu - 24zu - 2yz<br />
Ici, le indique simplement l’absence <strong>de</strong> nombre à c<strong>et</strong>te<br />
position. Il est intéressant <strong>de</strong> noter que les noms <strong>et</strong> les<br />
symboles utilisés dans l’algèbre chinoise <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te époque,<br />
désignée comme étant l’art <strong>de</strong> l’inconnue céleste, se réfère<br />
aussi à l’espace. Ainsi, alors que la constante est associée au<br />
mot homme, le x l’est au mot ciel6, le x2 au mot <strong>de</strong>ssus, les x2 à<br />
haut, <strong>et</strong>c. Alors que x-1 est associée à terre, x-2 au mot <strong>de</strong>ssous,<br />
x-3 au mot bas, <strong>et</strong>c.<br />
Une utilisation analogue <strong>de</strong> l’espace a été faite par plusieurs<br />
mathématiciens arabo-musulmans. Pour eux il faut plutôt<br />
parler <strong>de</strong> tableaux. Ainsi, dans son travail sur les polynômes,<br />
as-Samawal (1130-1180) a représenté une approximation<br />
<strong>de</strong> 10 au moyen du tableau suivant :<br />
3 1 6 2 2 7 7<br />
Approximation <strong>de</strong> la racine carrée <strong>de</strong> 10 :<br />
3,162277<br />
Un tableau semblable 7 pouvait aussi représenter l’expression<br />
3 + x -1 + 6x -2 + 2x-3, <strong>et</strong>c. Les tableaux font partie <strong>de</strong> la<br />
tradition mathématique arabe. Pour résoudre les questions<br />
d’héritage, les juges, qui avant le IX e siècle étaient parfois<br />
aussi mathématiciens, utilisaient <strong>de</strong>s tableaux bien structurés<br />
pour leur perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> déterminer adéquatement les<br />
différentes parts <strong>de</strong>s héritiers.<br />
Apparue probablement à Séville au tout début du XIII e<br />
siècle, une nouvelle notation pour les expressions polyno-<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 86 31 mai <strong>et</strong> 1er Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
6<br />
Le ciel est la première <strong>de</strong>s entités agissantes, la <strong>de</strong>uxième étant la<br />
terre <strong>et</strong> la troisième, l’homme. D’où le nom d’art <strong>de</strong> l’inconnue<br />
céleste donné à c<strong>et</strong>te algèbre.<br />
7<br />
Rashed, Roshdi, Entre arithmétique <strong>et</strong> algèbre, Recherches sur l'histoire <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> arabes, Paris : Belles-L<strong>et</strong>tres, 1984, p. 144.<br />
juin 2006
Géographie, civilisation <strong>et</strong> styles <strong>mathématiques</strong> Louis Charbonneau<br />
miales reprend c<strong>et</strong>te utilisation <strong>de</strong> la disposition spatiale.<br />
Contrairement à la notation d’as-Samawal, un simple<br />
symbole est écrit au-<strong>de</strong>ssus du coefficient correspondant à un<br />
certain ordre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> l’inconnue. Ainsi, ce que nous<br />
écrivons aujourd’hui 3x 5 + 3x 4 + 17x 3 - (200 + 10x 2 + 20x)<br />
est représenté par<br />
. 8<br />
Même s’il n’existe aucune preuve directe <strong>et</strong> explicite, on peut<br />
penser que c<strong>et</strong>te notation est à l’origine <strong>de</strong> notations reposant<br />
sur le même principe utilisé en Europe à la Renaissance,<br />
comme chez Chuqu<strong>et</strong> (1485) par exemple, qui représente 5x3 par .53, ou un siècle plus tard chez Jost Bürgi, où 3x2 + 7x - 4<br />
est représenté par 3 II<br />
+ 7 I<br />
! 4 0<br />
. Le même esprit se r<strong>et</strong>rouve dans<br />
la notation <strong>de</strong> Stevin (1585), dans laquelle<br />
peut aussi bien exprimer 27 + 8x + 4x 2 + 7x 3 que le nombre<br />
27,847. Notre notation algébrique, qui est celle <strong>de</strong> Descartes<br />
(1637), n’utilise pas la position comme principe <strong>de</strong> base. Les<br />
symboles ont un sens en soi. Il y a ici une très gran<strong>de</strong><br />
originalité par rapport à tout ce qui s’était fait auparavant. 9<br />
Où en sommes-nous ?<br />
Le génie particulier <strong>de</strong> chaque civilisation se manifeste dans<br />
la façon dont les <strong>mathématiques</strong> se situent dans la mouvance<br />
sociale, philosophique <strong>et</strong> religieuse, dans leur rapport à la<br />
justification <strong>de</strong> ses résultats, dans l’importance relative du<br />
numérique <strong>et</strong> du géométrique, <strong>et</strong> dans leurs outils <strong>de</strong><br />
représentation.<br />
Dans les esquisses, presque <strong>de</strong>s caricatures, que nous avons<br />
présentées, il apparaît que les <strong>mathématiques</strong> d’une<br />
civilisation ne peuvent se ramener à celles d’une autre sans<br />
l’amputer <strong>de</strong> l’une <strong>de</strong> ses caractéristiques. Dans ce sens, on<br />
peut dire que chaque civilisation a un style mathématique qui<br />
lui est propre. Il y a certes <strong>de</strong>s éléments qui apparaissent<br />
transcen<strong>de</strong>r presque toutes les civilisations. Ainsi le<br />
numérique apparaît-il partout au départ comme l’élément <strong>de</strong><br />
base du travail mathématique. Seule la civilisation grecque<br />
s’est détachée du numérique. De plus, seules les civilisations<br />
ayant connu une influence soutenue <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
grecques ont relativisé l’importance du numérique. En In<strong>de</strong>,<br />
malgré l’influence <strong>de</strong> l’astronomie géométrique hellénistique,<br />
le numérique n’a pas été déplacé, bien au contraire. Mais<br />
l’astronomie est une science <strong>de</strong> modélisation du réel. Ce n’est<br />
pas le cas pour l’ensemble <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />
Il apparaît dès lors que le phénomène grec est un cas unique,<br />
remarquable, exceptionnel.<br />
Un autre cas remarquable est le développement du<br />
symbolisme en Europe <strong>de</strong> la Renaissance, <strong>et</strong> surtout au<br />
XVII e siècle. La nature <strong>de</strong>s représentations symboliques<br />
utilisées dans diverses civilisations repose sur la disposition<br />
spatiale. Certes il y a <strong>de</strong>s symboles, mais ils sont tous<br />
numériques. 10 Les obj<strong>et</strong>s que nous qualifierions d’algébriques<br />
(représentation d’une relation) sont représentés dans un<br />
cadre <strong>de</strong> dispositions spatiales. Ce type <strong>de</strong> symbolisme a<br />
évolué vers <strong>de</strong>s techniques calculatoires riches <strong>et</strong> efficaces, en<br />
particulier chez les mathématiciens du mon<strong>de</strong> arabomusulman.<br />
Toutefois, il a <strong>de</strong>s limites, comme, par exemple,<br />
lorsqu’il y a plusieurs inconnues dans un problème. Les<br />
Chinois utilisèrent la double dimensionnalité dans le plan<br />
pour abor<strong>de</strong>r ce genre <strong>de</strong> problèmes. Mais ce furent les<br />
Européens qui, en utilisant un symbolisme non spatial,<br />
innovèrent avec le plus d’originalité. L’utilisation <strong>de</strong> symboles<br />
ne va pas <strong>de</strong> soi. Mais le Bas Moyen Âge a été une époque<br />
particulièrement fertile dans la création <strong>et</strong> le développement<br />
<strong>de</strong> divers symbolismes. Pensons au développement <strong>de</strong> la<br />
notation musicale, <strong>de</strong> la comptabilité, <strong>de</strong> la cartographie.<br />
Ainsi, forte d’une influence <strong>de</strong> l’algèbre du mon<strong>de</strong> arabomusulman,<br />
l’Europe va développer une algèbre dont l’outil<br />
symbolique ne sera plus principalement <strong>de</strong> nature spatiale. Le<br />
symbole sera un signe à interpréter. Après <strong>de</strong> nombreuses<br />
décennies pendant lesquelles toutes sortes <strong>de</strong> symboles<br />
seront proposés, les algébristes en viendront à utiliser un<br />
symbolisme qui allie l’efficacité à la fois <strong>de</strong> représentation <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> calcul. Aujourd’hui, nous sommes encore sur la lancée <strong>de</strong><br />
c<strong>et</strong> apport tout à fait original.<br />
En terminant ce regard englobant <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> à<br />
travers l’espace <strong>et</strong> le temps, je ne peux qu’attirer votre<br />
attention sur les moments <strong>de</strong> haute production<br />
mathématique originale. Ils semblent correspondre à <strong>de</strong>s<br />
pério<strong>de</strong>s <strong>de</strong> mixage <strong>de</strong> besoins divers auxquels répon<strong>de</strong>nt les<br />
<strong>mathématiques</strong> ou, plus encore, <strong>de</strong> mixage <strong>de</strong> civilisations.<br />
Dans le premier cas, pensons à ces mathématiciens<br />
fonctionnaires chinois dont les capacités à innover semblent<br />
restreintes après un certain temps. Toutefois, au XIII e siècle,<br />
<strong>de</strong>s besoins nouveaux, issus du commerce ou <strong>de</strong><br />
considérations philosophiques d’une nouvelle classe <strong>de</strong><br />
mathématiciens – qui ne sont plus <strong>de</strong>s fonctionnaires –<br />
débouchent sur <strong>de</strong> nouvelles <strong>mathématiques</strong>. Dans le second<br />
cas, qu’il suffise <strong>de</strong> penser au mon<strong>de</strong> arabo-musulman. On<br />
pourrait aussi ajouter la pério<strong>de</strong> Jin <strong>et</strong> Yuan en Chine, <strong>et</strong> le<br />
Bas Moyen Âge <strong>et</strong> la Renaissance en Europe. C’est très<br />
souvent en j<strong>et</strong>ant un regard neuf, <strong>et</strong> disons innocent, sur le<br />
travail d’une civilisation antérieure ou différente, qu’une<br />
civilisation fait <strong>de</strong>s pas <strong>de</strong> géants <strong>et</strong>, par le fait même, m<strong>et</strong> en<br />
place son propre style mathématique.<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 87 31 mai <strong>et</strong> 1er 8<br />
Ab<strong>de</strong>ljaouad, Mahdi, Le manuscrit mathématique <strong>de</strong> Jerba : Une<br />
pratique <strong>de</strong>s symboles algébriques maghrébins en pleine maturité,<br />
Actes du 7<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006<br />
ème Colloque Maghrébin sur l’Histoire <strong>de</strong>s Mathématiques Arabes,<br />
vol. 2, Marrakech : École Normale Supérieure, 2005, p. 9-98, p. 76.<br />
9<br />
Pour les notations, voir Cajori, Florian, A History of Mathematical<br />
Notations, vol. 1 : Notations in Elementary Mathematics, La Salle<br />
10<br />
Il y a <strong>de</strong>s occurrences <strong>de</strong> symbolismes non numériques, comme<br />
(Ill.) : Open Court Publishing Company, 1928.<br />
chez Diophante, mais d’une influence très limitée.
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 88 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le logiciel Mathenpoche<br />
MathEnPoche est un logiciel gratuit composé <strong>de</strong> centaines d'exercices <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> : activités <strong>de</strong> découverte, <strong>de</strong> démonstration, exercices d'application,<br />
travaux <strong>de</strong> synthèse. Il est développé par <strong>de</strong>s professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> en<br />
exercice <strong>et</strong> diffusé par l'association Sésamath.<br />
Résumé <strong>de</strong> l'atelier :<br />
* Les expérimentations académiques : présentation, <strong>statistique</strong>s ;<br />
* Interface professeur : gestion <strong>de</strong> l'interface, utilisation <strong>de</strong> l'interface (gestion <strong>de</strong>s<br />
groupes, gestion <strong>de</strong>s séances, compléments (bilans, options, ai<strong>de</strong>, gestion <strong>de</strong>s outils,<br />
<strong>et</strong>c.))<br />
Benjamin Clerc,<br />
IREM 1 <strong>de</strong><br />
Montpellier,<br />
France<br />
Benjamin.clerc@<br />
sesamath.n<strong>et</strong><br />
1 Institut <strong>de</strong> recherche sur<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
athenpoche est un logiciel libre, sous<br />
licence GPL2, d’exercices <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> à <strong>de</strong>stination <strong>de</strong>s<br />
élèves, en accès libre <strong>et</strong> gratuit sur Intern<strong>et</strong>3. M<br />
On peut également l’installer en local sur un<br />
ordinateur individuel ou sur un réseau en<br />
Intran<strong>et</strong>.<br />
L’élève peut ainsi l’utiliser aussi bien à<br />
domicile qu'en classe, sous la direction d’un<br />
professeur.<br />
Les exercices sont répartis en chapitres, euxmêmes<br />
partagés en séries <strong>de</strong> plusieurs exercices.<br />
Il existe également un didacticiel 4 pour<br />
enseigner à l’élève les spécificités <strong>de</strong> l’outil<br />
informatique (répondre dans une zone <strong>de</strong><br />
saisie, utiliser les instruments <strong>de</strong> géométrie<br />
virtuels…).<br />
L’ensemble couvre intégralement le programme<br />
d’un niveau. Actuellement, le niveau<br />
collège est achevé (<strong>de</strong> 11 ans à 15 ans en<br />
2 http://fsffrance.org/gpl/gpl.fr.html<br />
3 http://mathenpoche.n<strong>et</strong>/<br />
4 http://mathenpoche.n<strong>et</strong>/6eme/pages/<br />
geom<strong>et</strong>rie/chap0/serie2/<br />
http://mathenpoche.n<strong>et</strong>/6eme/pages/geom<strong>et</strong>r<br />
ie/chap0/serie1/<br />
France), les niveaux <strong>de</strong>rnière année <strong>de</strong><br />
primaire (10 ans) <strong>et</strong> première année <strong>de</strong> lycée<br />
(16 ans) sont en cours <strong>de</strong> développement.<br />
Chaque chapitre comporte une série <strong>de</strong><br />
découverte ou <strong>de</strong> révisions, les séries étant <strong>de</strong><br />
difficulté croissante, jusqu’à la série « Pour<br />
aller plus loin », qui se situe dans une lecture<br />
large <strong>de</strong>s programmes.<br />
Chaque exercice comporte 10 questions auxquelles<br />
l’élève doit successivement répondre.<br />
Pour chaque question, l’élève a droit à une<br />
« secon<strong>de</strong> chance » : s’il a commis une erreur à<br />
sa première réponse, le logiciel la lui indique.<br />
Une ai<strong>de</strong> animée est alors proposée à l’élève<br />
pour lui perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> mieux i<strong>de</strong>ntifier, puis <strong>de</strong><br />
corriger c<strong>et</strong>te erreur, ce qui favorise le travail<br />
en autonomie. Si l’élève se trompe <strong>de</strong><br />
nouveau, le logiciel lui donne la correction.<br />
Que l’élève ait su répondre ou non, on passe à<br />
la question suivante.<br />
À la fin <strong>de</strong> l’exercice, l’élève se voit attribuer<br />
une note sur 10 ainsi qu’une appréciation.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 89 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />
Il existe quatre exceptions à ce principe :<br />
– Quelques exercices se présentent sous forme <strong>de</strong> QCM :<br />
ils n’offrent qu’une seule « chance » <strong>de</strong> réponse.<br />
– Les exercices longs (constructions géométriques ou<br />
raisonnement difficile) ne comportent que 5 questions.<br />
– De rares exercices ne comportent qu'une seule<br />
question, principalement quand il s'agit <strong>de</strong> problèmes<br />
ouverts.<br />
– Des exercices-jeux ne sont pas évalués.<br />
– Les données <strong>de</strong>s questions sont variables <strong>et</strong> aléatoires<br />
(un véritable aléatoire la plupart du temps, <strong>de</strong>s milliers<br />
d'énoncés différents pour chaque exercice).<br />
Les nouveautés<br />
Le logiciel Mathenpoche, dans sa version actuelle, intègre un<br />
certain nombre <strong>de</strong> nouveautés :<br />
Chaque exercice (à l’exception <strong>de</strong> ceux qui ne sont pas<br />
évalués) est accompagné d’une ai<strong>de</strong> animée interactive 5. Le<br />
déroulement <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te ai<strong>de</strong> est linéaire : l’élève doit cliquer sur<br />
un bouton « suite » pour avancer, mais peut également<br />
revenir en arrière, relire l’ai<strong>de</strong> autant <strong>de</strong> fois qu’il le souhaite<br />
<strong>et</strong> la quitter à tout moment pour revenir à l’exercice.<br />
Il ne s’agit pas d’une correction, mais d’un p<strong>et</strong>it cours<br />
rappelant les notions <strong>et</strong> métho<strong>de</strong>s utiles à la résolution <strong>de</strong><br />
l’exercice. Ainsi, l’élève est incité à travailler en autonomie,<br />
tous les moyens lui sont donnés pour parvenir à résoudre le<br />
problème qui lui est posé. Lorsque l’exercice nécessite<br />
plusieurs compétences ou connaissances distinctes, l’ai<strong>de</strong><br />
commence par un menu dans lequel on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> à l’élève <strong>de</strong><br />
choisir la notion qui lui sera expliquée, toujours dans le souci<br />
<strong>de</strong> favoriser son autonomie. Le passage entre <strong>de</strong>ux étapes est<br />
agrémenté d’eff<strong>et</strong>s d’animation que le format <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
présentation ne perm<strong>et</strong> pas <strong>de</strong> reproduire.<br />
Le logiciel présente <strong>de</strong>s outils virtuels intégrés aux exercices<br />
qui le nécessitent : compas, règle, équerre, rapporteur,<br />
crayon, calculatrice…<br />
Les outils virtuels 6 <strong>de</strong> géométrie perm<strong>et</strong>tent ce qu’il est<br />
impossible <strong>de</strong> réaliser sur support papier :<br />
1. Les exercices <strong>de</strong> construction <strong>et</strong> d’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> figures<br />
géométriques ont, comme les autres, <strong>de</strong>s données aléatoires.<br />
Mathenpoche présente ainsi un grand nombre d’exercices<br />
analogues, mais légèrement différents qui perm<strong>et</strong>tent la<br />
répétition <strong>et</strong> dont la résolution amène l’élève à réfléchir sur<br />
ce qu’il fait, sur les métho<strong>de</strong>s employées…<br />
2. Dans ces exercices, les constructions sont libres : l’élève<br />
peut tracer <strong>de</strong>s figures <strong>et</strong> les effacer autant <strong>de</strong> fois qu’il le<br />
veut. On se concentre ainsi sur la construction<br />
mathématique, sans problèmes pratiques (oubli <strong>de</strong> matériel,<br />
crayons mal taillés, papier froissé, <strong>et</strong>c.) rencontrés avec <strong>de</strong><br />
jeunes élèves lors d’exercices sur cahier.<br />
3. Le maniement très aisé <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> géométrie (pilotage<br />
avec la souris ou <strong>de</strong>s touches du clavier) rend ces exercices<br />
accessibles aux élèves qui ont <strong>de</strong>s difficultés <strong>de</strong> manipulation,<br />
qu’elles soient d’ordre psychologique ou physiologique. On<br />
pense naturellement aux élèves handicapés.<br />
– Le logiciel présente <strong>de</strong>s exercices utilisant un logiciel <strong>de</strong><br />
géométrie dynamique (Tracenpoche 7, le développement <strong>de</strong><br />
ces exercices a conduit au développement d'un logiciel <strong>de</strong><br />
géométrie dynamique très compl<strong>et</strong>), la construction<br />
<strong>de</strong>mandée à l'élève est validée par l'exercice.<br />
Actes du 49è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 90 31 mai <strong>et</strong> 1er 6 Tous les instruments ont été regroupés dans un logiciel qui<br />
constitue ainsi le premier logiciel <strong>de</strong> géométrie aux instruments<br />
virtuels : Instrumenpoche http://instrumenpoche.n<strong>et</strong>/ . À<br />
noter qu'un lecteur d'animation couplé à ce logiciel perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
lire les animations ainsi construites ; la bibliothèque compte plus<br />
<strong>de</strong> 100 animations réalisées par les utilisateurs du logiciel<br />
5 Toutes les ai<strong>de</strong>s animées sont accessibles à l'adresse<br />
http://instrumenpoche.n<strong>et</strong>/rubrique.php3?id_rubrique=10<br />
http://cii.sesamath.n<strong>et</strong>/montpellier/ai<strong>de</strong>s_animees/<br />
7 http://tracenpoche.n<strong>et</strong>/<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006
Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />
<strong>statistique</strong>s nécessaires. Pendant la séance, l’interface <strong>de</strong> suivi<br />
en temps réel (qui comporte un système d’alerte signalant<br />
tout élève en échec sur sa série d’exercices) perm<strong>et</strong> au<br />
professeur <strong>de</strong> connaître en permanence la progression <strong>de</strong>s<br />
élèves : il a toutes les données à sa disposition pour pouvoir<br />
intervenir lorsqu’il le juge utile.<br />
– Si certains exercices numériques sont guidés pour faciliter<br />
l’apprentissage <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s, d’autres sont volontairement<br />
« ouverts » : le logiciel propose un problème <strong>et</strong> attend<br />
uniquement la réponse. Le but <strong>de</strong> tels exercices est d’inciter<br />
l’élève à organiser sa pensée <strong>et</strong> à renforcer son autonomie<br />
face à <strong>de</strong>s problèmes : à lui <strong>de</strong> mobiliser ses connaissances,<br />
puisées éventuellement dans différents chapitres <strong>de</strong> son<br />
cours. Dans ce cas, Mathenpoche propose une « feuille <strong>de</strong><br />
brouillon » virtuelle où l’élève peut écrire ses recherches.<br />
C<strong>et</strong>te feuille n’est pas évaluée.<br />
– Certains exercices <strong>de</strong> calcul proposent une calculatrice,<br />
d’autres non, suivant que l’objectif <strong>de</strong> l’exercice soit<br />
l’application <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> raisonnement ou <strong>de</strong> techniques<br />
<strong>de</strong> calcul.<br />
Version réseau<br />
La version réseau <strong>de</strong> Mathenpoche peut être installée sur un<br />
serveur Intern<strong>et</strong> (serveurs dédiés à Mathenpoche pour les<br />
utilisateurs <strong>de</strong>s académies <strong>de</strong> Créteil, Montpellier, Strasbourg,<br />
Rennes, Nancy-M<strong>et</strong>z, La Réunion, Paris) ou en Intran<strong>et</strong> via<br />
un réseau local (Salles pupitres <strong>de</strong> l'académie <strong>de</strong> Lille).<br />
Pour utiliser c<strong>et</strong>te version, l’élève doit saisir un nom<br />
d’utilisateur (login) <strong>et</strong> un mot <strong>de</strong> passe qui lui sont<br />
personnels. Le logiciel i<strong>de</strong>ntifie alors l’élève connecté, ce qui<br />
perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> personnaliser l’accès aux exercices, <strong>de</strong> récupérer <strong>et</strong><br />
traiter les résultats.<br />
Le professeur intervient lui aussi sur un ordinateur. Une<br />
interface lui est réservée, qui lui perm<strong>et</strong> en quelques clics <strong>de</strong><br />
souris <strong>de</strong> créer ou <strong>de</strong> modifier par avance <strong>de</strong>s groupes<br />
d’élèves <strong>et</strong> <strong>de</strong>s séances personnalisées, <strong>de</strong> suivre la progression<br />
<strong>de</strong>s élèves en temps réel, d’analyser les résultats pour<br />
affiner son enseignement. La facilité d’utilisation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
interface libère l’enseignant <strong>de</strong>s contraintes du support<br />
papier. Il peut ainsi très simplement organiser <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong><br />
besoin suivant les difficultés repérées chez les élèves. Ces<br />
difficultés sont très facilement repérables lorsqu’elles ont été<br />
rencontrées lors <strong>de</strong> précé<strong>de</strong>ntes séances d’exercices <strong>de</strong><br />
Mathenpoche : le logiciel effectue lui-même les calculs<br />
Il est désormais possible au professeur d'intégrer dans sa<br />
séance ses propres exercices <strong>de</strong> géométrie dynamique ou <strong>de</strong><br />
géométrie aux instruments virtuels ; différents TP 8 sont<br />
disponibles pour une prise en main accélérée <strong>de</strong> ces<br />
fonctionnalités.<br />
Le système<br />
Mathenpoche est conçu <strong>et</strong> développé par une équipe <strong>de</strong><br />
professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> en exercice. Ainsi, chaque<br />
étape <strong>de</strong> la conception <strong>et</strong> du développement du logiciel est<br />
soumise à <strong>de</strong>ux critères d’exigence : la qualité pédagogique <strong>et</strong><br />
la conformité aux programmes officiels. Les développeurs<br />
sont les premiers à tester les exercices avec leurs élèves.<br />
Une équipe <strong>de</strong> testeurs (actuellement plus <strong>de</strong> 200 professeurs<br />
répartis dans toute la France <strong>et</strong> quelques-uns à l’étranger),<br />
utilisent la version réseau avec leurs élèves <strong>et</strong> sont inscrits à<br />
une liste <strong>de</strong> diffusion <strong>de</strong> courriers électroniques qui leur<br />
perm<strong>et</strong> d’échanger leurs commentaires <strong>et</strong> <strong>de</strong> faire part aux<br />
développeurs <strong>de</strong> leurs remarques. La modularité du logiciel<br />
(chaque exercice est programmé <strong>de</strong> façon indépendante)<br />
perm<strong>et</strong> aux développeurs <strong>de</strong> réagir très rapi<strong>de</strong>ment : les<br />
bogues signalés sont en général corrigés dans un délai <strong>de</strong><br />
quelques heures.<br />
Huit expérimentations sont menées dans plusieurs académies.<br />
Tous les professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> ont la<br />
possibilité d’utiliser la version réseau <strong>de</strong> Mathenpoche, avec<br />
là aussi une liste <strong>de</strong> diffusion dédiée, animée par un<br />
développeur du logiciel. Des séances <strong>de</strong> présentation sont<br />
organisées pour ai<strong>de</strong>r à la prise en main du logiciel.<br />
Plusieurs groupes <strong>de</strong> recherche (IREM dans plusieurs<br />
académies, IUFM 9 <strong>de</strong> Br<strong>et</strong>agne…) se sont constitués pour<br />
étudier l’impact du logiciel, pour créer <strong>de</strong>s documents<br />
d’accompagnement ou réfléchir aux améliorations<br />
pédagogiques ou techniques que l’on pourrait apporter à<br />
Mathenpoche à l’avenir. Là encore, l’esprit <strong>de</strong> Mathenpoche<br />
est <strong>de</strong> favoriser <strong>de</strong> tels échanges, d’y participer parfois, <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
toujours en tenir compte.<br />
8 http://mathenpoche.sesamath.n<strong>et</strong>/?option=<strong>de</strong>couvrir<br />
9 Institut universitaire <strong>de</strong> formation <strong>de</strong>s maîtres<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 91 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />
La conception même du logiciel, son caractère libre <strong>et</strong> gratuit, 2. Sur la version Réseau<br />
l’esprit d’ouverture <strong>et</strong> <strong>de</strong> coopération qui anime l’équipe <strong>de</strong><br />
développeurs encourage tous ceux (élèves, parents,<br />
professeurs, pédagogues, institutions scolaires) qui sont<br />
concernés par Mathenpoche à se l’approprier, dans une réelle<br />
démarche <strong>de</strong> service public.<br />
−<br />
−<br />
Développer une interface spécifique pour les <strong>de</strong>voirs à la<br />
maison en Extran<strong>et</strong>.<br />
Développer un module <strong>de</strong> « <strong>de</strong>voirs surveillés en<br />
réseau » perm<strong>et</strong>tant au professeur <strong>de</strong> créer son <strong>de</strong>voir<br />
puis d’être assisté lors <strong>de</strong> la correction (barème,<br />
Extensions possibles du logiciel Mathen- <strong>statistique</strong>s…) <strong>et</strong> enfin <strong>de</strong> générer <strong>de</strong>s séances<br />
poche<br />
personnalisées <strong>de</strong> remédiation à partir <strong>de</strong> la copie<br />
virtuelle <strong>de</strong> chaque élève.<br />
Extensions horizontales<br />
− Développer les échanges <strong>et</strong> interactions <strong>de</strong> postes à<br />
Mathenpoche est un logiciel modulaire dont la technologie postes dans l’optique <strong>de</strong> travaux <strong>de</strong> groupe en réseau<br />
axée sur Intern<strong>et</strong> perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> nombreuses évolutions. Parmi (<strong>de</strong>s élèves pouvant travailler simultanément sur le<br />
celles-ci, certaines concernent les exercices eux-mêmes, même exercice ou l’un créant l’énoncé perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong><br />
d’autres, les fonctionnalités réseau <strong>de</strong> Mathenpoche. construire une figure, l’autre la construisant…).<br />
Certaines <strong>de</strong> ces extensions ont été suggérées par les<br />
utilisateurs actuels du logiciel.<br />
− Dans le cadre <strong>de</strong>s serveurs académiques, développer <strong>de</strong>s<br />
modules d’échanges entre classes, soit pour <strong>de</strong>s<br />
1. Sur les exercices<br />
problèmes ouverts ou pour <strong>de</strong>s rallyes <strong>mathématiques</strong><br />
(avec un système souple d’inscription suivant les heures<br />
<strong>de</strong> cours…).<br />
− Dans le cadre <strong>de</strong>s serveurs académiques, développer les<br />
outils perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong>s évaluations à gran<strong>de</strong> échelle sur la<br />
maîtrise d’une ou plusieurs notions ou compétences (sur<br />
le modèle <strong>de</strong>s évaluations en 6e, mais avec plus <strong>de</strong><br />
souplesse <strong>et</strong> la possibilité <strong>de</strong> créer <strong>de</strong>s modules <strong>de</strong><br />
remédiation spécifiques <strong>et</strong> <strong>de</strong> les proposer aux classes).<br />
− Créer <strong>de</strong>s corrections animées (en cas <strong>de</strong> secon<strong>de</strong> erreur)<br />
qui tiendraient compte à la fois du type d’erreur fait par<br />
l’élève (dans le cas d’une erreur classique), mais aussi <strong>de</strong>s<br />
données <strong>de</strong> l’exercice (données aléatoires dans certaines<br />
limites).<br />
− Donner la possibilité d’écouter les énoncés d’exercice,<br />
<strong>de</strong> les traduire plus facilement dans d’autres langues, <strong>de</strong><br />
développer l’accès aux élèves empêchés en tenant compte <strong>de</strong><br />
différents handicaps.<br />
− Croiser la base d’exercices dynamiques actuelle avec une<br />
base d’exercices statiques perm<strong>et</strong>tant d’alterner à partir<br />
du support-écran les exercices interactifs <strong>et</strong> les exercices<br />
papier/crayon à faire sur cahier 10.<br />
− Donner la possibilité <strong>de</strong> générer certains types<br />
d’exercices, via <strong>de</strong>s interfaces prévues à c<strong>et</strong> eff<strong>et</strong>. Ce<br />
concept pourrait être particulièrement intéressant pour<br />
la géométrie virtuelle aux instruments.<br />
− Développer d’autres outils directement intégrés (ou non)<br />
dans les exercices <strong>de</strong> Mathenpoche : tableur, géométrie<br />
dynamique (couplée à la géométrie aux instruments<br />
virtuels), calcul formel… en favorisant <strong>de</strong>s passerelles<br />
naturelles <strong>de</strong>s uns aux autres, avec la possibilité <strong>de</strong> les<br />
bri<strong>de</strong>r partiellement suivant les besoins…<br />
Extensions verticales<br />
En liaison avec les villes <strong>et</strong> les Conseils Régionaux, <strong>de</strong>ux<br />
extensions <strong>de</strong> Mathenpoche sont envisagées (<strong>et</strong> déjà mises en<br />
chantier) pour les <strong>de</strong>ux importantes liaisons inter- cycles qui<br />
encadrent le collège.<br />
1. La liaison école primaire/école secondaire<br />
Dans le cadre <strong>de</strong> la refonte récente <strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong><br />
Mathématiques en primaire (rentrée 2003), la liaison entre<br />
l’école <strong>et</strong> le collège en Mathématiques est un enjeu capital,<br />
souvent très difficile à négocier.<br />
Actes du 49è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 92 31 mai <strong>et</strong> 1er 10 Les cahiers Mathenpoche http://lescahiersmep.sesamath.n<strong>et</strong>/<br />
répon<strong>de</strong>nt à cela pour les classes <strong>de</strong> 6<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006<br />
e <strong>et</strong> 5e; en 5e le manuel<br />
Sésamath http://manuel.sesamath.n<strong>et</strong>/ , premier manuel<br />
scolaire libre, complète avantageusement les cahiers.
Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />
2. La liaison 3 e /secon<strong>de</strong><br />
La liaison entre le collège <strong>et</strong> le Lycée est souvent redoutée<br />
par les élèves. C’est un cap essentiel dans l’orientation <strong>de</strong>s<br />
élèves.<br />
Intérêts d’un logiciel intercycles<br />
– Pour les élèves : les élèves utilisent <strong>de</strong>s outils similaires en<br />
changeant d’établissement, c’est un facteur <strong>de</strong> transition non<br />
négligeable. Par ailleurs, les versions <strong>de</strong>s autres cycles étant<br />
libres <strong>et</strong> gratuites, elles aussi, <strong>et</strong> surtout inter opérables, les<br />
professeurs peuvent déjà utiliser <strong>de</strong>s exercices <strong>de</strong>s autres<br />
cycles quand ils le jugent opportun.<br />
– Pour les professeurs : les stages <strong>de</strong> formation inter -<br />
catégoriels ou intercycles sont toujours difficiles à poursuivre<br />
dans la durée. En perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong>s concertations en partie<br />
centrées sur <strong>de</strong>s outils communs, Mathenpoche développe<br />
les connaissances réciproques <strong>de</strong>s professeurs <strong>de</strong>s différents<br />
cycles.<br />
– Pour la programmation : mener une réflexion globale <strong>de</strong><br />
développement intercycles perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> prendre en<br />
considération les obstacles pédagogiques ou didactiques<br />
inhérents à ces transitions.<br />
Expérimentations académiques<br />
Description<br />
1. L'installation<br />
Mathenpoche est installé sur un serveur dédié du rectorat,<br />
principalement pour faciliter les mises à jour du logiciel. Un<br />
nom <strong>de</strong> domaine "officiel" pour accé<strong>de</strong>r aux pages est déjà<br />
réservé.<br />
2. La participation <strong>de</strong>s professeurs<br />
Elle n'est aucunement obligatoire <strong>et</strong> reste sur la base du<br />
volontariat. Elle se fait par une simple inscription en ligne<br />
(personnelle ou via le responsable Mathenpoche <strong>de</strong><br />
l'établissement.<br />
3. Procédure d'inscription<br />
Inscription en ligne via un formulaire :<br />
− Le nom d'utilisateur est envoyé par courriel à l'adresse<br />
professionnelle du professeur.<br />
− Le mot <strong>de</strong> passe <strong>de</strong> connexion est envoyé par courriel.<br />
− Parallèlement à l'envoi <strong>de</strong> ces i<strong>de</strong>ntifiants, le professeur<br />
est automatiquement inscrit à une liste <strong>de</strong> diffusion<br />
dédiée à l'expérimentation, afin <strong>de</strong> favoriser les échanges<br />
entre les participants.<br />
4. Responsable Mathenpoche<br />
Dans chaque établissement qui comptera <strong>de</strong>s participants à<br />
l'expérimentation, un responsable privilégié est désigné; par<br />
défaut, c'est le premier <strong>de</strong> l'établissement qui s'inscrit. À ce<br />
titre, il possè<strong>de</strong> <strong>de</strong>s droits supplémentaires :<br />
– Possibilité <strong>de</strong> création <strong>de</strong>s classes par incorporation <strong>de</strong>s<br />
fichiers GEP 11 (celles <strong>de</strong> tous les collègues <strong>de</strong><br />
l'établissement) ;<br />
– Possibilité d'inscriptions groupées au programme (pour<br />
ai<strong>de</strong>r ses collègues) ;<br />
– Possibilité <strong>de</strong> modifier les i<strong>de</strong>ntifiants <strong>de</strong>s collègues <strong>de</strong><br />
son établissement ;<br />
– Possibilité <strong>de</strong> nommer un autre responsable au sein <strong>de</strong><br />
l'établissement.<br />
5. Rôle du coordonnateur <strong>de</strong> l'expérimentation<br />
– Développer l'interface d'inscription ;<br />
– Accompagner les utilisateurs dans leur prise en main du<br />
logiciel, via la liste dédiée au rectorat ;<br />
– Assurer la liaison avec l’équipe <strong>de</strong>s développeurs <strong>de</strong><br />
Mathenpoche (r<strong>et</strong>ours <strong>de</strong> bogues ou <strong>de</strong> suggestions<br />
d'amélioration par exemple) ;<br />
– Formation <strong>de</strong> formateurs lors <strong>de</strong> réunions d'information<br />
pour qu'ils puissent à leur tour former leurs collègues <strong>et</strong><br />
faire connaître le programme ;<br />
– Mises à jour <strong>et</strong> maintenance du serveur.<br />
6. Évaluation du proj<strong>et</strong><br />
Elle est laissée à la charge <strong>de</strong> l'Inspection Académique qui<br />
évaluera l'impact du logiciel sur les professeurs <strong>et</strong> les élèves<br />
lors <strong>de</strong> leurs différentes visites dans les établissements. Le<br />
protocole reste à déterminer.<br />
7. Évolution possible<br />
L’évolution suivante a été envisagée :<br />
Création d'un annuaire LDAP 12 pour faciliter, à terme,<br />
l'installation sur les serveurs SLIS 13 <strong>de</strong>s établissements.<br />
Statistiques<br />
Des dizaines <strong>de</strong> réunions <strong>de</strong> présentation, réparties dans les<br />
différentes académies, ont eu lieu à partir <strong>de</strong> novembre 2004.<br />
Pour chacune d’elles, sur simple invitation <strong>de</strong>s inspecteurs, le<br />
taux <strong>de</strong> représentation <strong>de</strong>s établissements a été supérieur à<br />
60 %.<br />
En ce qui concerne l’utilisation <strong>de</strong> Mathenpoche ,pour<br />
l'année scolaire 2005/2006 :<br />
11 Gestion <strong>de</strong>s Établissements Publics<br />
12 Lightweight Directory Access Protocol<br />
13 Serveur <strong>de</strong> communications Linux pour l'Intern<strong>et</strong> scolaire<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 93 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le logiciel Mathenpoche Benjamin Clerc<br />
− 2 420 professeurs inscrits,<br />
− 921 collèges concernés,<br />
− 5 770 classes enregistrées,<br />
− 110 800 élèves inscrits,<br />
− 1 714 000 exercices faits <strong>et</strong><br />
− 11 324 séances programmées.<br />
Expérimentation nationale 14<br />
Les enseignants <strong>de</strong>s autres académies (<strong>et</strong> <strong>de</strong> l'étranger) se<br />
voient proposer le même service sur un serveur gracieusement<br />
mis à disposition par le Centre <strong>de</strong> Ressources<br />
Informatiques <strong>de</strong> Haute-Savoie 15.<br />
Statistiques<br />
− 1 583 professeurs inscrits,<br />
− 997 collèges concernés,<br />
− 5 746 classes enregistrées,<br />
− 88 300 élèves inscrits,<br />
− 1 319 464 exercices faits <strong>et</strong><br />
− 8 878 séances programmées.<br />
Groupes <strong>de</strong> recherche<br />
IREM <strong>de</strong> Strasbourg<br />
Le groupe « Scenarii pour Mathenpoche » est constitué<br />
d'enseignants <strong>de</strong> collège ; il travaille à la création <strong>de</strong> scénarios<br />
pour Mathenpoche 4°, chapitre "calcul littéral", qui seront<br />
traités par la suite.<br />
IREM <strong>de</strong> Lille<br />
Ce groupe s'est fixé comme objectifs :<br />
- <strong>de</strong> se pencher sur la question <strong>de</strong> la pertinence <strong>de</strong> l’utilisation<br />
<strong>de</strong> l’informatique dans l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> (si<br />
l’ordinateur perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> différencier les exercices <strong>et</strong> l’ai<strong>de</strong> à<br />
apporter pour chaque élève, alors Mathenpoche est une ai<strong>de</strong><br />
pour les élèves);<br />
- <strong>de</strong> réfléchir à l’utilisation <strong>de</strong> ce logiciel : à quel moment<br />
dans la classe ? pour quels élèves ? les élèves font-ils<br />
réellement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ? Est-ce pour renforcer une<br />
notion ? lui donner du sens ? la découvrir ?<br />
- d'étudier plus particulièrement les chapitres concernant<br />
« Entiers <strong>et</strong> décimaux » du logiciel Mathenpoche.<br />
14 Accès élève : http://mathenpochereseau.sesamath.n<strong>et</strong>/gestion/<br />
Accès professeur : http://mathenpochereseau.sesamath.n<strong>et</strong>/interface_formateur/<br />
15 http://www.cri74.org/<br />
IREM <strong>de</strong> Montpellier<br />
Ce groupe s'est fixé comme objectifs :<br />
– <strong>de</strong> travailler à l'élaboration <strong>de</strong> documents d'accompagnement<br />
<strong>de</strong>stinés aux enseignants, présentant <strong>de</strong>s scénarios<br />
d’intégration au cours <strong>et</strong> en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong> l’établissement ; ces<br />
documents contiendraient :<br />
une fiche professeur avec les compétences exigibles ;<br />
une fiche élève ;<br />
un scénario d'usage décrivant chaque phase <strong>de</strong> la<br />
séquence avec les phases d'utilisation <strong>de</strong> Mathenpoche,<br />
les phases <strong>de</strong> travail papier/crayon, les différents<br />
lieux... ;<br />
– d'utiliser Mathenpoche en situation avec les classes dont<br />
les animateurs ont la charge ;<br />
– <strong>de</strong> réfléchir aux différents types d'ai<strong>de</strong> utilisables par les<br />
élèves ;<br />
– <strong>de</strong> répondre aux questions :<br />
Pourquoi utiliser Mathenpoche ?<br />
Quels sont ses avantages <strong>et</strong> ses inconvénients par<br />
rapport aux autres logiciels ?<br />
IREM <strong>de</strong> Reims<br />
Écriture <strong>de</strong> scénarios pour Mathenpoche 2n<strong>de</strong>, triangles<br />
isométriques.<br />
IREM <strong>de</strong> Paris Nord<br />
Évaluation, observation <strong>et</strong> proposition d'amélioration du<br />
chapitre Axes <strong>de</strong> symétrie <strong>de</strong> Mathenpoche 6 e.<br />
IREM <strong>de</strong> Rennes<br />
Utilisation <strong>de</strong> Mathenpoche en 6 e /5 e pour l'enseignement <strong>de</strong><br />
la proportionnalité, expérimentations - analyse critique –<br />
propositions.<br />
Commission Inter IREM<br />
Une Commission Inter IREM Mathenpoche coordonne les<br />
actions <strong>de</strong> ces différents groupes 16.<br />
DidmaR, Équipe <strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> Rennes<br />
Groupe <strong>de</strong> recherche associant l'INRP 17, l'IUFM <strong>de</strong> Br<strong>et</strong>agne<br />
<strong>et</strong> l'équipe <strong>de</strong> didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> Rennes.<br />
Les travaux <strong>de</strong> ce groupe portent sur l'emploi <strong>de</strong> produits<br />
multimédia en CM2 <strong>et</strong> en sixième. Dans ce cadre, le groupe a<br />
r<strong>et</strong>enu Mathenpoche comme premier suj<strong>et</strong> d'étu<strong>de</strong>.<br />
Le travail sera centré sur le thème <strong>de</strong> la proportionnalité.<br />
16 http://cii.sesamath.n<strong>et</strong>/<br />
17 Institut national <strong>de</strong> recherche pédagogique<br />
Actes du 49 è congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 94 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur une construction <strong>de</strong><br />
carrés magiques diaboliques<br />
Les carrés magiques ont traversé les siècles <strong>et</strong> les cultures <strong>de</strong>puis l’Extrême-Orient<br />
jusqu’à l’Occi<strong>de</strong>nt. Passe-temps, obj<strong>et</strong>s symboliques, magiques ou <strong>mathématiques</strong>,<br />
ils continuent d’intriguer. Parmi la multitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> rec<strong>et</strong>tes que leur construction a<br />
suscitées, nous nous intéressons ici aux carrés magiques dits affines, dont la<br />
construction est basée sur les propriétés élémentaires du parallélisme dans un plan<br />
affine paramétré par un anneau.<br />
Julien<br />
Constantin,<br />
Université <strong>de</strong><br />
Sherbrooke<br />
julien@vi<strong>de</strong>otron.<br />
ca<br />
L<br />
a construction <strong>de</strong>s carrés magiques<br />
affines est décrite dans [1] <strong>et</strong> le présent<br />
texte y fait suite. Nous ferons d’abord<br />
un rappel du principe <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te construction <strong>de</strong><br />
carrés magiques <strong>et</strong> panmagiques. Nous verrons<br />
ensuite comment dans ce cadre obtenir,<br />
lorsque c’est possible, <strong>de</strong>s carrés diaboliques.<br />
§1 Construction <strong>de</strong> carrés<br />
magiques affines<br />
Un carré semi-magique d’ordre n est un<br />
carré <strong>de</strong> n 2 cases où apparaissent, chacun dans<br />
sa case, les entiers 0, 1, 2, 3, … , n 2 – 1, <strong>de</strong> telle<br />
façon que toutes les lignes <strong>et</strong> les colonnes<br />
aient la même somme. On voit aisément que<br />
c<strong>et</strong>te somme doit être S n = n(n 2 – 1)/2. Si, <strong>de</strong><br />
plus, chacune <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux diagonales du carré a<br />
aussi c<strong>et</strong>te somme, le carré est magique.<br />
Voici comment construire un tel carré à partir<br />
d’une inspiration proprement géométrique.<br />
On y voit le carré comme un plan, les n 2 cases<br />
étant les points <strong>de</strong> ce plan.<br />
1 ♦ Il faut d’abord choisir un anneau<br />
commutatif A à n éléments.<br />
L’anneau Zn <strong>de</strong>s entiers modulo n fait très<br />
souvent l’affaire dans le cas d’un n impair.<br />
2 ♦ On dispose les éléments <strong>de</strong> A le long du<br />
bord inférieur du carré, chaque élément<br />
correspondant à une colonne. De même, on<br />
place à notre gré les éléments <strong>de</strong> A le long du<br />
côté gauche du carré, chaque élément<br />
correspondant à une ligne.<br />
On définit ainsi, comme en géométrie<br />
analytique, une abscisse <strong>et</strong> une ordonnée,<br />
chaque case du carré étant repérée par un<br />
couple (x, y) d’éléments <strong>de</strong> A. La figure 1a<br />
illustre ce procédé dans le cas où n = 7,<br />
l’anneau A étant celui <strong>de</strong>s entiers modulo<br />
7 <strong>et</strong> les éléments <strong>de</strong> Z7 étant placés dans<br />
l’ordre « naturel » le long <strong>de</strong>s axes. On y a<br />
par exemple marqué le point (4,1) en gris.<br />
Les lignes du carré sont les droites <strong>de</strong> pente<br />
0, les colonnes sont les droites <strong>de</strong> pente ∞.<br />
Une droite <strong>de</strong> pente m ∈ A sera donnée par<br />
les solutions (x, y) d’une équation <strong>de</strong> la forme<br />
y = mx + b. Chaque droite contient exactement<br />
n points ; pour chaque m ∈ A, il y a<br />
précisément n droites <strong>de</strong> pente m puisqu’il y a<br />
n choix pour l’ordonnée à l’origine b ∈ A ;<br />
elles forment une partition du plan qu’on<br />
appelle le faisceau <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m.<br />
En incluant les pentes 0 <strong>et</strong> ∞, il y a n + 1<br />
pentes <strong>et</strong> donc en tout (n + 1)n droites. C’est<br />
ce qu’on appelle un plan affine lorsque n est<br />
un nombre premier.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 95 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
Fig.1a<br />
Fig.1b : C1 Fig.1c : C2<br />
La figure 1a montre, dans le cas où A = Z7, les 7 points <strong>de</strong><br />
la droite y = 3 x + 1.<br />
Ces points sont étiqu<strong>et</strong>és ou marqués<br />
par la l<strong>et</strong>tre b. Notez que si l’on i<strong>de</strong>ntifie, d’une part, le<br />
bord gauche <strong>et</strong> le bord droit du carré <strong>et</strong>, d’autre part, le<br />
bord supérieur <strong>et</strong> le bord inférieur, on peut voir le carré<br />
comme un tore <strong>et</strong> trouver facilement dans le cas présent<br />
les points <strong>de</strong> la droite sans faire <strong>de</strong> calcul : puisque c’est<br />
une droite <strong>de</strong> pente 3, il suffit, partant d’un point <strong>de</strong> la<br />
droite, d’avancer d’une case vers la droite <strong>et</strong> <strong>de</strong> monter <strong>de</strong><br />
3. La figure 1b montre le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />
pente 3, les étiqu<strong>et</strong>tes étant a, b, c, …f, g. On a fait le<br />
choix ici d’étiqu<strong>et</strong>er les points <strong>de</strong> la droite d’ordonnée à<br />
l’origine i par la (i + 1) ième l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> l’alphab<strong>et</strong>. C’est un<br />
choix arbitraire.<br />
Le point essentiel : dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />
pente m, <strong>de</strong>ux points ont la même étiqu<strong>et</strong>te si <strong>et</strong> seulement<br />
s’ils appartiennent à la même droite.<br />
3 ♦ Avec m1, m2 ∈ A, on construit les faisceaux étiqu<strong>et</strong>és C1<br />
<strong>et</strong> C2 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m1 <strong>et</strong> m2.<br />
Les figures 1b <strong>et</strong> 1c montrent, avec A = Z7, les faisceaux<br />
étiqu<strong>et</strong>és C1 <strong>et</strong> C2 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente 3 <strong>et</strong> 4.<br />
4 ♦ Les étiqu<strong>et</strong>tes <strong>de</strong> C1 étant vues comme <strong>de</strong>s variables, on<br />
leur donne <strong>de</strong>s valeurs <strong>de</strong> sorte que l’ensemble <strong>de</strong> ces valeurs<br />
soit précisément {0, 1, 2, …, n-1}. Et <strong>de</strong> même pour C2.<br />
Les figures 2a <strong>et</strong> 2b illustrent le résultat pour l’exemple <strong>de</strong>s<br />
figures 1b <strong>et</strong> 1c. Dans C1, on a posé a = 0, b = 1, c = 2,<br />
d= 3, e = 4, f = 5, g = 6.<br />
Dans C2 on a posé (a, b, c, d, e, f, g) = (3, 4, 0, 1, 2, 5, 6).<br />
Fig. 2a : C1 Fig. 2b : C2<br />
Fig. 2c : C<br />
5 ♦ On fait C = nC1 + C2, en voyant C1 <strong>et</strong> C2 comme <strong>de</strong>s<br />
matrices. Si, en cours <strong>de</strong> route, on a fait les bons choix, C<br />
sera magique <strong>et</strong> plus… Un carré magique C obtenu par ce<br />
procédé est dit affine ; C1 <strong>et</strong> C2 sont les carrés auxiliaires.<br />
C’est le cas du carré C <strong>de</strong> la fig. 2c obtenu à partir <strong>de</strong>s<br />
carrés <strong>de</strong>s figures 2a <strong>et</strong> 2b.<br />
Quelles conditions assurent le résultat cherché ? En voici,<br />
telles qu’établies dans [1].<br />
C1 Si m1 - m2 est inversible (ou simplement simplifiable) dans<br />
A, alors tous les entiers <strong>de</strong> 0 à n 2 – 1 apparaîtront dans C<br />
<strong>et</strong> sans répétition.<br />
C2 Si m1 <strong>et</strong> m2 sont inversibles (ou simplement simplifiables)<br />
dans A, alors C1 <strong>et</strong> C2 sont à somme constante, c’est-à-<br />
dire que toutes les lignes <strong>et</strong> colonnes <strong>de</strong> ces carrés ont la<br />
même somme Tn = 0 + 1+<br />
2 + ... + n ! 1 = ( n ! 1)<br />
n / 2.<br />
En conséquence<br />
C est semi-magique.<br />
C3 Si une diagonale <strong>de</strong> C1 est une droite <strong>de</strong> pente d <strong>et</strong> si<br />
m1 – d est inversible, alors c<strong>et</strong>te diagonale a aussi comme<br />
somme T n.<br />
En particulier, lorsque A = Z n, que les coordonnées sont<br />
dans l’ordre naturel, comme dans la figure 1a <strong>et</strong> comme nous<br />
le ferons toujours par la suite, <strong>et</strong> que m1, m2, m1 - m2 , m1 ± 1,<br />
m2 ± 1 sont inversibles, alors le carré C est magique, quelles<br />
que soient les valeurs données aux étiqu<strong>et</strong>tes selon l’étape 4.<br />
C’est ce qui s’est produit dans l’exemple précé<strong>de</strong>nt avec<br />
A = Z7 <strong>et</strong> les pentes 3 <strong>et</strong> 4 : le carré C <strong>de</strong> la figure 2c est<br />
magique. En fait, lorsque n est premier, toutes les conditions<br />
précé<strong>de</strong>ntes sont satisfaites avec <strong>de</strong>s pentes distinctes autres<br />
que 0 <strong>et</strong> ± 1; on peut obtenir ainsi (n!) 2 carrés magiques.<br />
Même si les conditions précé<strong>de</strong>ntes ne sont pas toutes<br />
satisfaites, on peut souvent obtenir un carré magique en<br />
faisant un choix judicieux <strong>de</strong>s valeurs données aux étiqu<strong>et</strong>tes<br />
à l’étape 4, comme le montrent plusieurs exemples donnés en<br />
[1].<br />
Terminons par une remarque souvent utile par la suite. Un<br />
anneau <strong>de</strong> coordonnées A étant donné, disons qu’une paire<br />
<strong>de</strong> points (x1, y1), (x2, y2) du carré a comme pente m ∈ A si<br />
(y2 - y1) = m(x2 - x1). C’est la définition usuelle en géométrie<br />
analytique. Notons cependant que si A n’est pas un corps,<br />
une paire <strong>de</strong> points peut avoir plusieurs pentes ! C’est le cas<br />
par exemple avec A = Z12 <strong>et</strong> 9 –3 = 2(5 – 2) = 6(5 –2).<br />
Lemme 1. Si m n’est pas une pente <strong>de</strong> la paire (x1, y1), (x2, y2),<br />
alors dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m, ces points n’ont pas<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 96 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
la même étiqu<strong>et</strong>te. Plus généralement, si aucune paire d’un ensemble E<br />
<strong>de</strong> points n’a la pente m, alors, dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />
pente m, toutes les étiqu<strong>et</strong>tes <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> E sont distinctes.<br />
En eff<strong>et</strong>, si (x1, y1), (x2, y2) avaient la même étiqu<strong>et</strong>te, ils<br />
appartiendraient à une même droite <strong>de</strong> pente m <strong>et</strong> d’équation<br />
y = mx + b. Mais alors y1 = mx1 + b <strong>et</strong> y2 = mx2 + b, d’où<br />
(y2 - y1) = m(x2 - x1) <strong>et</strong> m est une pente <strong>de</strong> la paire.<br />
§2 Pour assurer la panmagie<br />
Un carré d’ordre n est dit panmagique si ses 2n diagonales,<br />
brisées ou non, ont la somme magique. Par exemple, dans le<br />
carré <strong>de</strong> la figure 2c, les 7 nombres 5, 24, 42, 16, 41, 11, 29<br />
décrivent une diagonale <strong>de</strong>scendante brisée. De même les<br />
nombres 30, 18, 5, 35, 27, 8, 45 forment une diagonale<br />
montante brisée. Dans ce carré, toutes les diagonales brisées<br />
ou non ont comme somme 168 : ce carré est panmagique.<br />
On dit aussi pandiagonal ou diabolique, mais nous<br />
réserverons ce <strong>de</strong>rnier terme pour une propriété étudiée à la<br />
section suivante. Notons que si l’on voit toujours le carré<br />
comme un tore, les diagonales brisées per<strong>de</strong>nt leur air …<br />
brisé.<br />
Pour s’assurer <strong>de</strong> la panmagie, il suffit en principe <strong>de</strong><br />
résoudre pour C1, <strong>et</strong> aussi pour C2, le système <strong>de</strong> 2n<br />
équations linéaires à n inconnues <strong>et</strong> à coefficients entiers<br />
obtenu en écrivant, pour chaque diagonale, que la somme <strong>de</strong>s<br />
étiqu<strong>et</strong>tes y apparaissant vaut T n. Cela peut être assez lourd.<br />
Et seules les solutions où l’ensemble <strong>de</strong>s valeurs données aux<br />
étiqu<strong>et</strong>tes est exactement l’ensemble {0, 1, 2, …., n-1} sont<br />
acceptables. Heureusement, il y a bien <strong>de</strong>s cas où le problème<br />
peut se simplifier considérablement.<br />
Lemme 2. Si une diagonale L, brisée ou non, est une droite <strong>de</strong> pente<br />
d <strong>et</strong> si m – d est simplifiable, alors, dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites<br />
<strong>de</strong> pente m, toutes les étiqu<strong>et</strong>tes <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> L sont distinctes <strong>et</strong> la<br />
somme <strong>de</strong>s étiqu<strong>et</strong>tes sur L est T n.<br />
En eff<strong>et</strong>, soient (x1, y1), (x2, y2) <strong>de</strong>ux points distincts <strong>de</strong> L <strong>et</strong><br />
supposons L d’équation y = dx + b, alors (y2 - y1) = d(x2 - x1).<br />
Si la paire <strong>de</strong> points avait la pente m, on aurait<br />
(y2 - y1) = m(x2 - x1), d’où 0 = (m – d) (x2 - x1)<br />
<strong>et</strong>, puisque m – d est simplifiable, x1 = x2 <strong>et</strong> les points ne<br />
seraient pas distincts.<br />
Proposition 3. Si C = nC1 + C2 est un carré affine obtenu au<br />
moyen <strong>de</strong>s carrés auxiliaires C1 <strong>et</strong> C2, faisceaux <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m1<br />
<strong>et</strong> m2 respectivement, alors toute diagonale <strong>de</strong> C, brisée ou non, a la<br />
somme magique si elle est une droite <strong>de</strong> pente d <strong>et</strong> si m1 – d <strong>et</strong> m2 – d<br />
sont simplifiables.<br />
C’est une application directe du lemme précé<strong>de</strong>nt.<br />
Corollaire 4. Soient n un entier , <strong>et</strong> m1, m2 ∈ Z n avec m1, m2,<br />
m1 - m2, m1 ± 1, m2 ± 1 premiers avec n ; alors, si les coordonnées<br />
sont placées dans l’ordre naturel le long <strong>de</strong>s axes, le carré<br />
C = nC1 + C2 obtenu à partir <strong>de</strong>s carrés auxiliaires <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />
pente m1 <strong>et</strong> m2 est panmagique.<br />
En eff<strong>et</strong>, dans ce cas toutes les diagonales, brisées ou non,<br />
sont <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente 1 ou –1 <strong>et</strong> la proposition<br />
précé<strong>de</strong>nte s’applique.<br />
C’est le cas du carré <strong>de</strong> la figure 2c, avec le nombre premier 7<br />
<strong>et</strong> les pentes 3 <strong>et</strong> 4 : le carré est panmagique.<br />
L’article [1] est essentiellement consacré aux carrés<br />
panmagiques <strong>et</strong> on y trouve plusieurs résultats <strong>et</strong> exemples<br />
sur les équations perm<strong>et</strong>tant d’assurer la panmagie. On y<br />
montre en particulier comment construire <strong>de</strong>s carrés<br />
panmagiques affines pour tout n > 3 <strong>et</strong> non congru à 2<br />
modulo 4.<br />
§3 Pour assurer le diabolisme<br />
Souvent on essaie d’obtenir la somme magique avec d’autres<br />
configurations à n cases que les lignes, colonnes ou<br />
diagonales d’un carré d’ordre n. Ces configurations sont<br />
choisies davantage pour <strong>de</strong>s motifs d’ordre esthétique ou<br />
visuel que mathématique : on les souhaite d’une forme<br />
intéressante <strong>et</strong> aisément i<strong>de</strong>ntifiables à l’œil. Voici quelques<br />
configurations dans le cas n = 5.<br />
P<strong>et</strong>ite croix latine Gran<strong>de</strong> croix latine<br />
P<strong>et</strong>ite <strong>et</strong> Gran<strong>de</strong> croix <strong>de</strong> Saint-André<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 97 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
Fig. 3<br />
Chacune <strong>de</strong> ces configurations à 5 cases apparaît 5 2 fois dans<br />
un carré d’ordre 5, si l’on se rappelle toujours <strong>de</strong> voir le carré<br />
comme un tore. Pour une configuration donnée, on passe<br />
d’une apparition à une autre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te configuration en la<br />
faisant simplement glisser le long <strong>de</strong>s lignes <strong>et</strong> <strong>de</strong>s colonnes.<br />
La figure 4 présente un carré affine C d’ordre 5 obtenu à<br />
partir <strong>de</strong> Z5 <strong>et</strong> <strong>de</strong>s pentes 2 <strong>et</strong> 3 pour les carrés auxiliaires C1<br />
<strong>et</strong> C2. Dans ces <strong>de</strong>ux carrés, on a simplement donné<br />
l’étiqu<strong>et</strong>te j à la droite d’ordonnée à l’origine j.<br />
Le carré C est panmagique. De plus, les 25 p<strong>et</strong>ites croix<br />
latines qu’on peut y trouver ont toutes la somme magique. Il<br />
en est <strong>de</strong> même pour toutes les gran<strong>de</strong>s croix latines <strong>et</strong> toutes<br />
les p<strong>et</strong>ites ou gran<strong>de</strong>s croix <strong>de</strong> Saint-André. Ce qui, avec les<br />
lignes, les colonnes <strong>et</strong> les diagonales, donne 120 fois la<br />
somme magique. N’est-ce pas un peu diabolique ? Et cela se<br />
serait produit ici, quel que soit l’étiqu<strong>et</strong>age donné aux droites<br />
dans les carrés C1 <strong>et</strong> C2. Pourquoi en est-il ainsi ?
Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
exemplaires ainsi que pour toutes les gran<strong>de</strong>s croix latines <strong>et</strong><br />
4 2 0 3 1 4 1 3 0 2<br />
toutes les gran<strong>de</strong>s croix <strong>de</strong> Saint-André, car tous<br />
s’obtiennent, avec l’anneau Z5, par translation <strong>et</strong> homothétie<br />
3 1 4 2 0 3 0 2 4 1<br />
à partir <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux premières. Et voilà pourquoi ce carré<br />
panmagique est diabolique pour les p<strong>et</strong>ites <strong>et</strong> les gran<strong>de</strong>s<br />
2 0 3 1 4 2 4 1 3 0<br />
croix latines <strong>et</strong> <strong>de</strong> Saint-André. On peut constater que ce<br />
1 4 2 0 3 1 3 0 2 4<br />
carré est aussi diabolique pour ce qui paraît être d’autres<br />
configurations, comme celles <strong>de</strong> la figure 5. En réalité, 5a <strong>et</strong><br />
0 3 1<br />
C1<br />
4 2 0 2 4<br />
C2<br />
1 3<br />
5b montrent <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s croix latines si on les voit sur le tore<br />
<strong>et</strong> elles sont obtenues <strong>de</strong>s précé<strong>de</strong>ntes par translation. 5c<br />
vient d’une croix <strong>de</strong> Saint-André par une homothétie <strong>de</strong><br />
24 11 3 15 7<br />
rapport 3.<br />
18 5 22 14 1<br />
12 4 16 8 20<br />
6 23 10 2 19<br />
0 17 9 21 13<br />
C<br />
Fig. 4<br />
Un carré d’ordre n est diabolique pour une configuration <strong>de</strong><br />
n cases (autre qu’une ligne, colonne ou diagonale) si toutes<br />
les apparitions <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te configuration dans le carré (toujours<br />
vu comme un tore) ont la somme magique. C<strong>et</strong>te acception<br />
du terme diabolique, quoique moins courante, est utilisée dans<br />
[2] <strong>et</strong> [3], par exemple.<br />
Dans la suite, désignons par E un ensemble <strong>de</strong> n points ou<br />
cases du carré. Si aucune paire <strong>de</strong> points <strong>de</strong> E n’est <strong>de</strong> pente<br />
m ∈ A, on dira que E évite m. Avec A = Z5, la p<strong>et</strong>ite croix<br />
latine <strong>de</strong> la figure 3 évite les pentes 2 <strong>et</strong> 3, quelle que soit sa<br />
position dans le carré, <strong>et</strong> il en est <strong>de</strong> même pour la p<strong>et</strong>ite<br />
croix <strong>de</strong> Saint-André, comme on peut le vérifier<br />
visuellement. Le lemme suivant est utile pour voir si un carré<br />
est diabolique pour une configuration. Une translation <strong>de</strong><br />
vecteur (a, b) ∈ A×A du plan du carré est une application<br />
T a,b du plan en lui-même, définie par<br />
T a,b (x, y) = (x + a, y + b). De même, une homothétie <strong>de</strong><br />
rapport a ∈ A est une application H a telle que<br />
H a(x, y) = (ax, ay). En général, lorsque A ≠ Z n, ces<br />
applications peuvent « déformer » considérablement une<br />
configuration !<br />
Lemme 5. Si E évite m, alors toute translation ou toute homothétie<br />
<strong>de</strong> rapport simplifiable appliquée à E produit un ensemble qui évite<br />
aussi m.<br />
C’est une conséquence immédiate du fait très aisément<br />
vérifiable que l’application d’une telle translation ou<br />
homothétie à une paire <strong>de</strong> points ne change pas les pentes.<br />
Proposition 6. Si E évite m, alors, dans le faisceau étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s<br />
droites <strong>de</strong> pente m, les étiqu<strong>et</strong>tes <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> E sont toutes différentes <strong>et</strong><br />
la somme <strong>de</strong> ses étiqu<strong>et</strong>tes est T n. En conséquence, si toutes les<br />
apparitions <strong>de</strong> la configuration E dans le carré évitent les pentes m1 <strong>et</strong><br />
m2, alors le carré C = nC1 + C2 construit à partir <strong>de</strong>s carrés étiqu<strong>et</strong>és<br />
<strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m1 <strong>et</strong> m2 est diabolique pour E.<br />
C’est une conséquence du lemme 1.<br />
Revenons à l’exemple <strong>de</strong> la figure 4. Aussitôt que l’on a<br />
constaté qu’un exemplaire <strong>de</strong> la p<strong>et</strong>ite croix latine <strong>et</strong> un<br />
exemplaire <strong>de</strong> la p<strong>et</strong>ite croix <strong>de</strong> Saint-André évitent les<br />
pentes 2 <strong>et</strong> 3, alors il en est ainsi pour tous les autres<br />
Fig. 5a Fig. 5b Fig. 5c<br />
Nous pouvons considérer beaucoup d’autres configurations.<br />
En voici quelques exemples, figure 6 pour n = 7, 9 <strong>et</strong> 11,<br />
figures 7 <strong>et</strong> 8 pour n = 7. Chacune <strong>de</strong> ces configurations à n<br />
cases apparaît n 2 fois dans un carré d’ordre n, si l’on se<br />
rappelle toujours <strong>de</strong> voir le carré comme un tore. On peut<br />
obtenir divers résultats comme ceux qui suivent.<br />
Corollaire 7. Avec A = Z n <strong>et</strong> n = 2k + 1, la p<strong>et</strong>ite croix latine à<br />
n cases (voir figure 6) évite les pentes k <strong>et</strong> k +1. En conséquence, le<br />
carré affine d’ordre n construit à partir <strong>de</strong>s carrés étiqu<strong>et</strong>és <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong><br />
pente k <strong>et</strong> k + 1 est diabolique pour les p<strong>et</strong>ites croix latines à n cases <strong>et</strong><br />
pour les gran<strong>de</strong>s croix latines correspondantes obtenues par homothétie<br />
inversible. Ceci quel que soit l’étiqu<strong>et</strong>age.<br />
Fig.6 : p<strong>et</strong>ites croix latines pour n = 7, 9, 11<br />
Étau E Grille G<br />
Croix <strong>de</strong> Saint-André<br />
Fig. 7<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 98 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
<strong>et</strong> C2 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m1 = 4 <strong>et</strong> m2 = 5 respectivement,<br />
chaque droite d’ordonnée à l’origine i étant étiqu<strong>et</strong>ée Xi. Il<br />
s’agit maintenant <strong>de</strong> donner <strong>de</strong>s valeurs convenables à ces<br />
étiqu<strong>et</strong>tes <strong>et</strong> <strong>de</strong> produire les carrés C1 <strong>et</strong> C2 <strong>de</strong> la figure 11.<br />
Fig. 8a : Gran<strong>de</strong>s croix latines<br />
Fig. 8b : Fourche<br />
Revenons au carré magique C <strong>de</strong> la figure 2, avec n = 7. Un<br />
simple examen visuel montre que, à l’instar <strong>de</strong> la croix latine<br />
à gauche <strong>de</strong> la figure 6, l’étau <strong>et</strong> la grille <strong>de</strong> la figure 7 évitent<br />
les pentes 3 <strong>et</strong> 4. En conséquence, le carré C est diabolique<br />
pour toutes ces configurations ! Et comme les trois<br />
configurations <strong>de</strong> la figure 8 s’obtiennent <strong>de</strong> la p<strong>et</strong>ite croix<br />
latine <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’étau par <strong>de</strong>s homothéties <strong>de</strong> rapport 3 <strong>et</strong> 4 <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>s translations, le carré est aussi diabolique pour ces trois<br />
autres configurations. On pourrait continuer… Je laisse au<br />
lecteur le soin <strong>de</strong> compter combien <strong>de</strong> fois on obtient ainsi la<br />
somme magique.<br />
Ce n’est pas tout ! Superposons l’étau E <strong>et</strong> la grille G en leur<br />
donnant le même centre. Comme ces <strong>de</strong>ux ensembles <strong>de</strong><br />
cases ont la même somme magique, alors les ensembles E\G<br />
<strong>et</strong> G\E doivent avoir la même somme. Cela signifie que<br />
partout dans le carré C, la somme <strong>de</strong>s cases marquées ♠ dans<br />
un sous-carré 3×5 égale toujours celle <strong>de</strong>s cases marquées ♥<br />
(figure 9a). De même, en superposant la p<strong>et</strong>ite croix latine <strong>et</strong><br />
le sandwich, on obtient que la somme <strong>de</strong>s cases marquées ♦<br />
dans un quelconque sous-carré 5×3 est égale à celle <strong>de</strong>s cases<br />
marquées ♣ (figure 9b). On peut aisément trouver d’autres<br />
résultats du genre.<br />
♦<br />
♠ ♣ ♣<br />
♥ ♥ ♦ ♦<br />
♠ ♣ ♣<br />
♦<br />
Fig. 9a Fig. 9b<br />
On pourrait croire que la métho<strong>de</strong> se limite aux carrés<br />
d’ordre premier. Il n’en est rien. Considérons le cas n = 9.<br />
Deux anneaux se présentent à l’esprit : l’anneau Z9 <strong>de</strong>s<br />
entiers modulo 9 <strong>et</strong> le corps F9. Voici d’abord un exemple<br />
avec A = Z9. La figure 10 présente les faisceaux étiqu<strong>et</strong>és C1<br />
X8 X4 X0 X5 X1 X6 X2 X7 X3<br />
X7 X3 X8 X4 X0 X5 X1 X6 X2<br />
X6 X2 X7 X3 X8 X4 X0 X5 X1<br />
X5 X1 X6 X2 X7 X3 X8 X4 X0<br />
X4 X0 X5 X1 X6 X2 X7 X3 X8<br />
X3 X8 X4 X0 X5 X1 X6 X2 X7<br />
X2 X7 X3 X8 X4 X0 X5 X1 X6<br />
X1 X6 X2 X7 X3 X8 X4 X0 X5<br />
X0 X5 X1 X6 X2 X7 X3 X8 X4<br />
Fig. 10a : C1 : droites <strong>de</strong> pente 4<br />
X8 X3 X7 X2 X6 X1 X5 X0 X4<br />
X7 X2 X6 X1 X5 X0 X4 X8 X3<br />
X6 X1 X5 X0 X4 X8 X3 X7 X2<br />
X5 X0 X4 X8 X3 X7 X2 X6 X1<br />
X4 X8 X3 X7 X2 X6 X1 X5 X0<br />
X3 X7 X2 X6 X1 X5 X0 X4 X8<br />
X2 X6 X1 X5 X0 X4 X8 X3 X7<br />
X1 X5 X0 X4 X8 X3 X7 X2 X6<br />
X0 X4 X8 X3 X7 X2 X6 X1 X5<br />
Fig. 10b : C2 : droites <strong>de</strong> pente 5<br />
4 1 7 2 8 5 6 3 0<br />
3 0 4 1 7 2 8 5 6<br />
5 6 3 0 4 1 7 2 8<br />
2 8 5 6 3 0 4 1 7<br />
1 7 2 8 5 6 3 0 4<br />
0 4 1 7 2 8 5 6 3<br />
6 3 0 4 1 7 2 8 5<br />
8 5 6 3 0 4 1 7 2<br />
7 2 8 5 6 3 0 4 1<br />
Fig. 11a : C1 : droites <strong>de</strong> pente 4<br />
4 0 3 6 5 8 2 7 1<br />
3 6 5 8 2 7 1 4 0<br />
5 8 2 7 1 4 0 3 6<br />
2 7 1 4 0 3 6 5 8<br />
1 4 0 3 6 5 8 2 7<br />
0 3 6 5 8 2 7 1 4<br />
6 5 8 2 7 1 4 0 3<br />
8 2 7 1 4 0 3 6 5<br />
7 1 4 0 3 6 5 8 2<br />
Fig. 11b : C2 : droites <strong>de</strong> pente 5<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 99 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
40 9 66 24 77 53 56 34 1<br />
30 6 41 17 65 25 73 49 54<br />
50 62 29 7 37 13 63 21 78<br />
20 79 46 58 27 3 42 14 71<br />
10 67 18 75 51 59 35 2 43<br />
0 39 15 68 26 74 52 55 31<br />
60 32 8 38 16 64 22 72 48<br />
80 47 61 28 4 36 12 69 23<br />
70 19 76 45 57 33 5 44 11<br />
Carré magique issu <strong>de</strong>s faisceaux <strong>de</strong> pentes 4 <strong>et</strong> 5<br />
Croix latine Croix <strong>de</strong> Double croix<br />
Lorraine <strong>de</strong> St-André<br />
Fig. 12<br />
Comment a-t-on déterminé c<strong>et</strong> étiqu<strong>et</strong>age ? On s’est inspiré<br />
<strong>de</strong> la proposition 3 <strong>et</strong> du corollaire 4 : ici m1, m2, m1 - m2,<br />
m1 + 1, m2 - 1 étant premiers avec n, seuls m1 – 1 <strong>et</strong> m2 + 1<br />
peuvent causer problème pour obtenir la panmagie : il s’agit<br />
<strong>de</strong>s diagonales montantes <strong>de</strong> C1 <strong>et</strong> <strong>de</strong>s diagonales<br />
<strong>de</strong>scendantes <strong>de</strong> C2. Si on écrit les équations exigeant que<br />
ces diagonales aient somme T9 = 0 + 1 + 2 +…+8 = 36, on<br />
obtient le système<br />
3(X0 +X3 + X6) = 36 X0 +X3 + X6 = 12<br />
3(X1 +X4 + X7) = 36 ou X1 +X4 + X7 = 12<br />
3(X2 +X5 + X8) = 36 X2 +X5 + X8 = 12<br />
Seules les solutions où {X0, X1, X2,…,X8} = {0, 1, 2, … , 8}<br />
conviennent. Il y en a 2592. Nous avons arbitrairement<br />
adopté la même solution pour C1 <strong>et</strong> C2, soit<br />
(X0, X1, X2,… , X8) = (7, 8, 6, 0, 1, 2, 5, 3, 4), ce qui donne<br />
les carrés <strong>de</strong> la figure 11. La formule C = C2 + 9×C1 produit<br />
finalement le carré panmagique du haut <strong>de</strong> la figure 12.<br />
Pour les trois configurations présentées au bas <strong>de</strong> la figure<br />
12, on constate visuellement qu’elles évitent les pentes 4 <strong>et</strong> 5.<br />
En vertu <strong>de</strong> la proposition 6, le carré panmagique <strong>de</strong> la figure<br />
12 est diabolique pour la croix latine, la croix <strong>de</strong> Lorraine <strong>et</strong><br />
la double croix <strong>de</strong> Saint-André, ainsi, bien sûr, que pour<br />
toutes les homothéties <strong>de</strong> ces configurations ! Et la métho<strong>de</strong><br />
produit 2592 2 tels carrés !<br />
Proposition 8. Si une configuration E évite la pente m <strong>et</strong> si m est<br />
inversible dans l’anneau, alors la configuration transposée tE, obtenue<br />
en changeant les lignes en colonnes <strong>et</strong> les colonnes en lignes, évite la pente<br />
m – 1.<br />
En eff<strong>et</strong>, on voit facilement qu’une paire <strong>de</strong> points <strong>de</strong> pente<br />
m <strong>de</strong>vient par transposition une paire <strong>de</strong> pente m – 1.<br />
Ainsi, puisque dans Z9, 4 – 1 = 7 <strong>et</strong> 5 – 1 = 2, tout carré affine<br />
d’ordre 9 construit avec Z9 <strong>et</strong> les pentes 7 <strong>et</strong> 2 est automatiquement<br />
diabolique pour les transposées <strong>de</strong>s trois configurations<br />
<strong>de</strong> la figure 12.<br />
Et que se passe-t-il si on utilise plutôt le corps F 9 à 9<br />
éléments ? Ce corps est formé <strong>de</strong> toutes les expressions <strong>de</strong> la<br />
forme bα + c où b, c ∈Z3 avec α 2 = 2α + 1. D’où l’on tire<br />
α 3 = 2α + 2, α 4 = 2, α 5 = 2α, α 6 = α + 2, α 7 = α + 1,<br />
α 8 = 1. Plaçons les coordonnées c 0, c 1, c 2, … , c 8 dans<br />
l’ordre 0, 1, 2, α, α + 1, α + 2, 2α, 2α + 1, 2α + 2 le long<br />
<strong>de</strong>s axes, regroupant ainsi les éléments suivant les classes<br />
modulo le sous-corps G = {0, 1, 2}, c’est-à-dire G suivi <strong>de</strong><br />
G+α = {α, α + 1, α + 2}, suivi <strong>de</strong><br />
G + 2α = {2α, 2α + 1, 2α + 2}.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 100 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
2α+2<br />
2α+1<br />
X8 X5 X2 X1 X7 X4 X3 X0 X6<br />
X7 X4 X1 X0 X6 X3 X5 X2 X8<br />
2α X6 X3 X0 X2 X8 X5 X4 X1 X7<br />
α+2<br />
α+1<br />
X5 X2 X8 X7 X4 X1 X0 X6 X3<br />
X4 X1 X7 X6 X3 X0 X2 X8 X5<br />
α X3 X0 X6 X8 X5 X2 X1 X7 X4<br />
2 X2 X8 X5 X4 X1 X7 X6 X3 X0<br />
1 X1 X7 X4 X3 X0 X6 X8 X5 X2<br />
0 X0 X6 X3 X5 X2 X8 X7 X4 X1<br />
0 1 2 α α+1 α+2 2α α 2 α 3<br />
Fig. 13a : Carré C1 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente α étiqu<strong>et</strong>ées par les Xi<br />
2α+2 X8 X4 X0 X7 X3 X2 X6 X5 X1<br />
2α+1 X7 X3 X2 X6 X5 X1 X8 X4 X0<br />
2α X6 X5 X1 X8 X4 X0 X7 X3 X2<br />
α+2 X5 X1 X6 X4 X0 X8 X3 X2 X7<br />
α+1 X4 X0 X8 X3 X2 X7 X5 X1 X6<br />
α X3 X2 X7 X5 X1 X6 X4 X0 X8<br />
2 X2 X7 X3 X1 X6 X5 X0 X8 X4<br />
1 X1 X6 X5 X0 X8 X4 X2 X7 X3<br />
0 X0 X8 X4 X2 X7 X3 X1 X6 X5<br />
0 1 2 α α+1 α+2 2α α 2 α 3<br />
Fig. 13b : Carré C2 <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente α + 1<br />
La figure 13 présente les carrés étiqu<strong>et</strong>és <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente<br />
α <strong>et</strong> α + 1 respectivement. Par un trait plus gras, nous avons<br />
partitionné les <strong>de</strong>ux carrés 9 × 9 en sous-carrés <strong>de</strong> côté 3.
Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
Dans chacun toutes les étiqu<strong>et</strong>tes apparaissent. La<br />
proposition suivante l’explique.<br />
Proposition 9. Soit K un sous-corps d’un corps fini A <strong>et</strong> m ∈<br />
A\K. On suppose les coordonnées placées suivant les classes additives<br />
modulo K, comme illustré dans la figure 13 ; alors, pour le carré<br />
étiqu<strong>et</strong>é <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente m, toutes les étiqu<strong>et</strong>tes sont distinctes dans<br />
chaque sous-carré d’ordre k = card (K) déterminé par le produit<br />
cartésien <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux classes.<br />
En eff<strong>et</strong>, si <strong>de</strong>ux points distincts (x1, y1), (x2, y2) d’un tel carré<br />
avaient la même étiqu<strong>et</strong>te, ils formeraient une paire <strong>de</strong> pente<br />
m <strong>et</strong> donc y2 - y1 = m(x2 - x1). Mais en vertu <strong>de</strong> la définition<br />
<strong>de</strong>s classes, on a x2 - x1, y2 - y1 ∈ K <strong>et</strong> donc m ∈ K.<br />
Ainsi, quelles que soient les valeurs données aux étiqu<strong>et</strong>tes<br />
dans les carrés <strong>de</strong> la figure 13, comme les sous-carrés <strong>de</strong> la<br />
partition ont 9 éléments, la somme <strong>de</strong>s étiqu<strong>et</strong>tes dans<br />
chacun sera toujours T9 : le carré C = C2 + 9×C1 sera<br />
magique <strong>et</strong> tous ces sous-carrés auront la somme magique.<br />
On voudrait plus : que le carré C soit panmagique <strong>et</strong> diabolique.<br />
Notons que pour les coordonnées c i on a ici, pour tout<br />
i, c i +3 = ci + α. On peut donc utiliser la proposition 6 <strong>de</strong> [1]<br />
ou, si l’on préfère, écrire directement les équations assurant la<br />
panmagie. Après simplification, on obtient pour C1 le<br />
système<br />
X0 + X4 + X8 = 12 X0 + X1 + X2 = 12<br />
X1 + X5 + X6 = 12 X3 + X4 + X5 = 12<br />
X2 + X3 + X7 = 12 X6 + X7 + X8 = 12<br />
Considérons les carrés<br />
X0 X1 X2 3 8 1<br />
X4 X5 X3 2 4 6<br />
X8 X6 X7 7 0 5<br />
Celui <strong>de</strong> droite est le carré magique d’ordre 3. Comme le<br />
système d’équations se ramène à trouver <strong>de</strong>ux partitions <strong>de</strong><br />
{0, 1, 2, …, 8} en trois classes <strong>de</strong> 3 éléments <strong>et</strong> <strong>de</strong> somme<br />
12, les lignes <strong>et</strong> les colonnes du carré magique <strong>de</strong> droite font<br />
parfaitement l’affaire : on assigne à chaque élément du carré<br />
<strong>de</strong> gauche l’élément correspondant du carré <strong>de</strong> droite, donnant<br />
ainsi <strong>de</strong>s valeurs convenables aux étiqu<strong>et</strong>tes du carré C1:<br />
on obtient la solution (X0, X1,…, X8)=(3, 8, 1, 6, 2, 4, 0, 5, 7).<br />
On peut obtenir 72 solutions en permutant les lignes du carré<br />
<strong>de</strong> gauche, ou encore en permutant ses colonnes, ou en le<br />
tournant d’un quart <strong>de</strong> tour. Un travail analogue avec<br />
C2 nous donne le système suivant, dont on a r<strong>et</strong>enu pour la<br />
suite la solution (3, 0, 6, 5, 2, 8, 4, 1, 7).<br />
X0 + X5 + X7 = 12 X0 + X4 + X8 = 12<br />
X1 + X3 + X8 = 12 X1 + X5 + X6 = 12<br />
X2 + X4 + X6 = 12 X2 + X3 + X7 = 12<br />
La figure 14 montre ce que <strong>de</strong>viennent les carrés C1, C2.<br />
Comme prévu, ils sont du type « sudoku ».<br />
On peut vérifier que le carré magique C = C2 + 9 × C1 <strong>de</strong> la<br />
figure 15 est panmagique <strong>et</strong> diabolique pour chacune <strong>de</strong>s<br />
trois configurations indiquées au bas <strong>de</strong> la figure. En fait, il<br />
se trouve que les quatre systèmes d’équations qui assurent<br />
dans C1 la panmagie <strong>et</strong> chacun <strong>de</strong>s trois diabolismes sont<br />
équivalents <strong>et</strong> il en est <strong>de</strong> même pour C2.<br />
2α+2 7 4 1 8 5 2 6 3 0<br />
2α+1 5 2 8 3 0 6 4 1 7<br />
2α 0 6 3 1 7 4 2 8 5<br />
α+2 4 1 7 5 2 8 3 0 6<br />
α+1 2 8 5 0 6 3 1 7 4<br />
α 6 3 0 7 4 1 8 5 2<br />
2 1 7 4 2 8 5 0 6 3<br />
1 8 5 2 6 3 0 7 4 1<br />
0 3 0 6 4 1 7 5 2 8<br />
0 1 2 α α 7 α 6 α 5 α 2 α 3<br />
Le carré C1 <strong>de</strong> pente α<br />
2α+2 7 2 3 1 5 6 4 8 0<br />
2α+1 1 5 6 4 8 0 7 2 3<br />
2α 4 8 0 7 2 3 1 5 6<br />
α+2 8 0 4 2 3 7 5 6 1<br />
α+1 2 3 7 5 6 1 8 0 4<br />
α 5 6 1 8 0 4 2 3 7<br />
2 6 1 5 0 4 8 3 7 2<br />
1 0 4 8 3 7 2 6 1 5<br />
0 3 7 2 6 1 5 0 4 8<br />
0 1 2 α α 7 α 6 α 5 α 2 α 3<br />
Le carré C2 <strong>de</strong> pente α + 1<br />
Fig. 14 : Les carrés C1 <strong>et</strong> C2 <strong>de</strong> pente α <strong>et</strong> α + 1 respectivement<br />
70 38 12 73 50 24 58 35 0<br />
46 23 78 31 8 54 43 11 66<br />
4 62 27 16 65 39 19 77 51<br />
44 9 67 47 21 79 32 6 55<br />
20 75 52 5 60 28 17 63 40<br />
59 33 1 71 36 13 74 48 25<br />
15 64 41 18 76 53 3 61 29<br />
72 49 26 57 34 2 69 37 14<br />
30 7 56 42 10 68 45 22 80<br />
Carré magique issu <strong>de</strong> C1 <strong>et</strong> C2 <strong>de</strong> la figure 14<br />
trois configurations : bloc <strong>et</strong> escaliers<br />
Fig. 15.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 101 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
Proposition 10. Soit G un sous-groupe additif d’un anneau A,<br />
t ∈ A \G <strong>et</strong> G1 = G + t. Supposons les coordonnées placées le long<br />
<strong>de</strong>s axes dans l’ordre <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> G , G1,<br />
G + t1,<br />
G1<br />
+ t1,<br />
G + t2<br />
, G1<br />
+ t2<br />
,... .<br />
Si m ∈ A \{0} est tel que ( 1 ) { 0}<br />
= ! " G G mG , alors,<br />
dans tout rectangle V = ( G + ti<br />
) " [ ( G + tk<br />
) ! ( G1<br />
+ tk<br />
) ] , toutes les<br />
étiqu<strong>et</strong>tes sont distinctes.<br />
Démonstration. Soit ( x 1 , y1),<br />
( x2<br />
, y2<br />
) ! V . Alors<br />
x 2 " x1<br />
! G <strong>et</strong> y 2 # y1<br />
" G ! G , comme on le voit facile-<br />
1<br />
α<br />
ment. Si ( x 1,<br />
y1),<br />
( x2<br />
, y2<br />
) ont la même étiqu<strong>et</strong>te, alors ils<br />
sont sur la même droite <strong>de</strong> pente m <strong>et</strong> donc<br />
y2 $ y1<br />
= m(<br />
x2<br />
$ x1)<br />
# mG " ( G ! G1)<br />
= { 0}<br />
<strong>et</strong> les points<br />
sont i<strong>de</strong>ntiques.<br />
6 α<br />
2 0 3 1 7 5 6 4<br />
5 α<br />
1 3 0 2 4 6 5 7<br />
4 α<br />
7 5 6 4 2 0 3 1<br />
2 1<br />
α<br />
4<br />
0<br />
6<br />
2<br />
5<br />
1<br />
7<br />
3<br />
1<br />
5<br />
3<br />
7<br />
0<br />
4<br />
2<br />
6<br />
3 α<br />
0<br />
3<br />
5<br />
6<br />
1<br />
7<br />
4<br />
2<br />
4<br />
7<br />
0<br />
6<br />
5<br />
6<br />
0<br />
3<br />
4<br />
2<br />
1<br />
7<br />
1<br />
2<br />
5<br />
3<br />
0<br />
0 α α3 1 α2 α4 α5 α6 Fig.16a : C1 : droites <strong>de</strong> pente α<br />
α6 0 3 4 7 6 5 2 1<br />
α5 2 1 6 5 4 7 0 3<br />
α4 7 4 3 0 1 2 5 6<br />
α2 5 6 1 2 3 0 7 4<br />
1 1 2 5 6 7 4 3 0<br />
α3 3 0 7 4 5 6 1 2<br />
α 6 5 2 1 0 3 4 7<br />
0 4 7 0 3 2 1 6 5<br />
Appliquons ce résultat à l’étu<strong>de</strong> d’un carré d’ordre 8. Le<br />
corps F 8 est formé <strong>de</strong>s 8 éléments <strong>de</strong> la forme aα2 + bα + c,<br />
où a, b, c ∈ Z2 = {0, 1} avec α3 = α + 1. On a α4 = α2 + α,<br />
α5 = α2 + α + 1, α6 = α2 + 1 <strong>et</strong> α7 = 1. Prenant le sousgroupe<br />
G = {0, α}, on place les coordonnées suivant les<br />
classes G, G1 = G + α3, G + α2, G1 + α2, c’est-à-dire dans<br />
l’ordre 0, α, α3, 1, α2, α4, α5, α6. Avec m = α ou α3, on a<br />
bien ( 1 ) { 0}<br />
= ! " G G mG <strong>et</strong> donc on est assuré, d’après la<br />
proposition précé<strong>de</strong>nte, que les 16 rectangles 4 × 2 dont les<br />
coordonnées du coin inférieur gauche sont dans {0, α3, α2, α5} ont toutes leurs étiqu<strong>et</strong>tes distinctes <strong>et</strong> ont donc chacun<br />
comme somme T8 = 28, quel que soit l’étiqu<strong>et</strong>age. Comme<br />
ici les <strong>de</strong>ux diagonales sont <strong>de</strong>s droites <strong>de</strong> pente 1 = -1, on<br />
obtient, en utilisant les pentes α <strong>et</strong> α3 pour les carrés<br />
auxiliaires C1 <strong>et</strong> C2, (9!) 2 = 131 681 894 400 carrés magiques<br />
partitionnés <strong>de</strong> plusieurs façons en blocs 4×2 <strong>de</strong> somme<br />
magique. Mais on veut davantage : que tous les blocs 4 × 2<br />
aient la somme magique. Pour cela, il faut un étiqu<strong>et</strong>age<br />
convenable. Après avoir écrit les systèmes d’équations reflétant<br />
c<strong>et</strong>te exigence dans C1 <strong>et</strong> dans C2, on trouve dans chaque<br />
cas 144 solutions. Elles ne sont pas toutes également<br />
intéressantes. Dans la figure 16, on a choisi pour C1<br />
l’étiqu<strong>et</strong>age (6, 5, 3, 0, 4, 7, 1, 2) <strong>et</strong> pour C2 l’étiqu<strong>et</strong>age<br />
(4, 6, 3, 1, 5, 7, 2, 0), dans chaque cas la iième étiqu<strong>et</strong>te étant<br />
celle <strong>de</strong> la droite ayant comme ordonnée à l’origine la iième coordonnée. Ces carrés auxiliaires produisent le carré <strong>de</strong> la<br />
figure 17a qui, on pourra le vérifier, est panmagique <strong>et</strong><br />
diabolique pour les trois configurations exhibées à la figure<br />
17b. De plus, les coins opposés <strong>de</strong> tous les sous-carrés <strong>de</strong><br />
côté 5 ont comme somme 63 = 82 – 1. Il faut noter qu’ici<br />
toutes les translations du plan affine déplacent dans le carré<br />
<strong>et</strong> sans les déformer les trois configurations <strong>de</strong> la figure 17b.<br />
0 α α 3 1 α 2 α 4 α 5 α 6<br />
Fig.16b : C2 : droites <strong>de</strong> pente α 3<br />
16 3 28 15 62 45 50 33<br />
10 25 6 21 36 55 40 59<br />
63 44 51 32 17 2 29 14<br />
37 54 41 58 11 24 7 20<br />
1 18 13 30 47 60 35 48<br />
27 8 23 4 53 38 57 42<br />
46 61 34 49 0 19 12 31<br />
52 39 56 43 26 9 22 5<br />
Fig.17a : Carré panmagique <strong>et</strong> diabolique pour les configurations <strong>de</strong><br />
la fig.17b.<br />
Fig. 17b : Bloc 4×2, sandwich <strong>et</strong> guirlan<strong>de</strong>.<br />
On pourrait continuer… Qu’on me perm<strong>et</strong>te plutôt <strong>de</strong><br />
conclure comme Descartes le fait dans sa Géométrie : « Mais<br />
ie ne m'arreste point a expliquer cecy plus en <strong>de</strong>tail, a cause<br />
que ie vous osterois le plaisir <strong>de</strong> l'apprendre <strong>de</strong> vous mesme »<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 102 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur une construction <strong>de</strong> carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
Références<br />
[1] Constantin, Julien (2005). Carrés magiques : une construction<br />
géométrique. Bull<strong>et</strong>in AMQ, Vol. XLV, no 1, mars 2005.<br />
http://newton.mat.ulaval.ca/amq/bull<strong>et</strong>ins/mars05/car<br />
res.pdf<br />
[2] http://www.alain.granier2.free.fr/maths/logique/car<br />
remagique.doc<br />
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Carr%C3%A9_diabolique<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 103 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur une construction <strong>de</strong>s carrés magiques diaboliques Julien Constantin<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 104 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Présentation d’un site sur<br />
l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre<br />
pour les professeurs<br />
Nous avons élaboré un site pour les professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, <strong>de</strong>stiné à leur<br />
donner <strong>de</strong>s outils pour enseigner l'algèbre à <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> 11 à 16 ans. Ces outils<br />
sont constitués d'écrits théoriques sur l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre (à partir <strong>de</strong><br />
publications <strong>de</strong> recherche), d'analyse <strong>de</strong> programmes, d'éléments <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong><br />
classe <strong>et</strong> d'activités pour les élèves.<br />
Sylvie Coppé<br />
IUFM <strong>de</strong> Lyon <strong>et</strong><br />
UMR ICAR,<br />
équipe COAST,<br />
CNRS Université<br />
Lyon 2, France<br />
sylvie.coppe@<br />
univ-lyon2.fr<br />
D<br />
ans c<strong>et</strong>te communication, nous souhaitons<br />
présenter un site élaboré<br />
pour les professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>,<br />
<strong>de</strong>stiné à leur donner <strong>de</strong>s outils pour<br />
enseigner l’algèbre élémentaire à <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong><br />
collège en France (élèves <strong>de</strong> 11 à 16 ans).<br />
La conception <strong>de</strong> ce site fait partie d’un proj<strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> recherche pluridisciplinaire (associant les<br />
sciences physiques <strong>et</strong> la chimie) qui vise à<br />
produire <strong>de</strong>s documents, appelés « Outils pour<br />
le professeur », <strong>de</strong>stinés à ai<strong>de</strong>r les enseignants<br />
ou les formateurs dans leur pratique <strong>de</strong> classe<br />
en sciences <strong>et</strong> en <strong>mathématiques</strong> en prenant en<br />
compte <strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> recherche, notamment<br />
en didactique <strong>de</strong>s sciences. Nous souhaitons<br />
ainsi contribuer à la formation continue <strong>de</strong>s<br />
professeurs. Le nom <strong>de</strong> ce groupe <strong>de</strong><br />
recherche est SESAMES pour Situations<br />
d'Enseignement Scientifique : Activités <strong>de</strong><br />
Modélisation, d'Évaluation, <strong>de</strong> Simulation.<br />
Il est constitué <strong>de</strong> plusieurs groupes thématiques<br />
dans lesquels <strong>de</strong>s chercheurs <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
enseignants sont associés pour la production<br />
<strong>de</strong> documents. Ainsi, le groupe portant sur<br />
l’algèbre est constitué d’une chercheure, <strong>de</strong><br />
cinq professeurs <strong>et</strong> d’un doctorant. Pour c<strong>et</strong>te<br />
partie, les documents sont accessibles sur le<br />
site consultable à l'adresse suivante :<br />
http://web.lyon.iufm.fr/formation/UCDmat<br />
h//algebre/in<strong>de</strong>x.htm.<br />
1. Contexte <strong>de</strong> la recherche<br />
Depuis plus <strong>de</strong> dix ans, à Lyon, l'équipe<br />
COAST a mené <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> recherchedéveloppement<br />
dans l'objectif <strong>de</strong> produire <strong>de</strong>s<br />
documents pour les professeurs qui intègrent<br />
<strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> recherche en didactique <strong>de</strong>s<br />
sciences <strong>et</strong> qui soient directement utilisables.<br />
Ces proj<strong>et</strong>s, dont la question générale porte<br />
sur l’articulation entre activités <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong><br />
pratiques d’enseignement, ont la particularité<br />
d’associer <strong>de</strong>s enseignants <strong>et</strong> <strong>de</strong>s chercheurs au<br />
travail <strong>de</strong> conception <strong>et</strong> d’expérimentation. Ils<br />
ont permis <strong>de</strong> développer ce que nous avons<br />
appelé <strong>de</strong>s « outils » pour les professeurs. Le<br />
travail <strong>de</strong> conception <strong>de</strong> ces outils nécessite <strong>de</strong><br />
m<strong>et</strong>tre simultanément en œuvre <strong>de</strong>s résultats<br />
<strong>de</strong> recherche très divers : <strong>de</strong>s analyses<br />
épistémologiques sur le savoir, <strong>de</strong>s analyses<br />
didactiques sur certains obj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> savoir, <strong>de</strong>s<br />
hypothèses d’apprentissage, <strong>de</strong>s connaissances<br />
sur les représentations <strong>de</strong>s élèves ou sur les<br />
erreurs, <strong>et</strong> <strong>de</strong>s connaissances sur les pratiques<br />
professionnelles.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 105 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />
Le travail <strong>de</strong>s groupes se fait à plusieurs niveaux. Chaque<br />
groupe thématique se réunit régulièrement <strong>et</strong> produit <strong>de</strong>s<br />
documents pour les professeurs. Avant d’être mis sur le site,<br />
tous les documents sont discutés <strong>et</strong> les activités proposées<br />
sont expérimentées dans les classes. Les productions <strong>de</strong>s<br />
élèves sont conservées <strong>et</strong> quelques séances sont filmées.<br />
Des réunions <strong>de</strong> coordination regroupant les responsables <strong>de</strong>s<br />
sous-groupes <strong>et</strong> tous les chercheurs associés <strong>et</strong> doctorants<br />
sont organisées pour faire émerger <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong> recherche<br />
portant, par exemple, sur les conditions <strong>de</strong> la diffusion <strong>de</strong>s<br />
outils ou sur les pratiques professionnelles.<br />
Enfin, <strong>de</strong>s réunions plénières regroupant l'ensemble <strong>de</strong>s<br />
enseignants <strong>et</strong> <strong>de</strong>s chercheurs ont lieu <strong>de</strong>ux fois par an pour<br />
informer <strong>de</strong>s productions <strong>et</strong> <strong>de</strong> l'avancement du travail, pour<br />
harmoniser la présentation <strong>de</strong>s documents <strong>et</strong> pour favoriser<br />
<strong>de</strong>s collaborations entre sous-groupes.<br />
2. Pour le groupe Mathématiques: enseignement<br />
<strong>de</strong> l’algèbre au collège <strong>et</strong> en secon<strong>de</strong><br />
Nous sommes partis d’un premier constat <strong>de</strong> départ selon<br />
lequel les élèves <strong>de</strong> 2 n<strong>de</strong> (élèves <strong>de</strong> 15-16 ans) semblent avoir<br />
<strong>de</strong>s difficultés importantes pour mobiliser leurs connaissances<br />
algébriques pour résoudre <strong>de</strong>s problèmes. En particulier, il<br />
semble que les élèves <strong>de</strong>s classes <strong>de</strong> 3 e (élèves <strong>de</strong> 14-15 ans)<br />
ou <strong>de</strong> 2 n<strong>de</strong> ont du mal à introduire une l<strong>et</strong>tre dans un<br />
problème si on ne la leur donne pas. Ceci provient<br />
certainement du fait que, d’une part, l’aspect modélisation est<br />
peu mis en avant actuellement lors <strong>de</strong> l’introduction <strong>de</strong><br />
l’algèbre élémentaire <strong>et</strong> que, d’autre part, les types <strong>de</strong> tâches<br />
portant sur l’aspect purement technique du calcul algébrique<br />
prennent le pas sur d’autres types <strong>de</strong> tâches qui donneraient<br />
du sens à la pratique algébrique.<br />
Or, en France, dans les programmes actuels du collège, il y a<br />
un découpage important <strong>de</strong>s notions algébriques qui, selon<br />
nous, ne favorise pas les liens entre les notions abordées ou<br />
leur utilisation: par exemple, sur le calcul algébrique, on<br />
n’abor<strong>de</strong> pas en même temps développement <strong>et</strong> factorisation;<br />
il y a une séparation d’une année. De plus, jusqu’à présent les<br />
processus <strong>de</strong> preuve en algèbre étaient peu mis en avant; il<br />
semble que les concepteurs <strong>de</strong>s programmes aient pris<br />
conscience <strong>de</strong> ce fait puisqu’on trouve dans les nouveaux<br />
programmes <strong>de</strong> 4 e qui seront appliqués en septembre 2007<br />
une injonction à l’ « Utilisation du calcul littéral pour prouver<br />
un résultat général ».<br />
Dans les manuels, on peut constater que les problèmes posés<br />
aux élèves ne nécessitent pas toujours le recours à<br />
l’introduction d’une équation, car ils peuvent facilement être<br />
résolus par d’autres métho<strong>de</strong>s notamment arithmétiques.<br />
Enfin, la plupart du temps, on indique quelle est l’inconnue<br />
qui doit être introduite sous la forme «appelle x… ».<br />
Voici un exemple assez fréquent d’un problème qui ne<br />
nécessite pas une mise en équation :<br />
Je pense à un nombre, je lui ajoute 34, je multiplie par 7 le résultat <strong>et</strong> je<br />
trouve 112. Quel était le nombre <strong>de</strong> départ ?<br />
Ce problème peut être facilement résolu par une procédure<br />
qui consiste à "remonter" les calculs 112 : 7 = 16 <strong>et</strong><br />
16 – 34 = -18. Ainsi, on voit bien que l’introduction d’une<br />
l<strong>et</strong>tre <strong>et</strong> d’une équation n’est pas une procédure indispensable<br />
pour c<strong>et</strong> exercice. Or ce type d’exercice est souvent celui<br />
choisi par les manuels pour introduire les équations. Enfin,<br />
très souvent les nombres qui interviennent dans les<br />
problèmes sont <strong>de</strong>s entiers <strong>et</strong> la solution est souvent, elle<br />
aussi, un nombre entier peu élevé, ce qui perm<strong>et</strong> <strong>et</strong> renforce<br />
<strong>de</strong>s procédures par essais peu coûteuses.<br />
De la même façon, concernant les systèmes d’équations,<br />
Coulange, 1997 a montré une gran<strong>de</strong> uniformité sur la forme<br />
<strong>de</strong>s problèmes qui peuvent être résolus par un système qui<br />
entraîne <strong>de</strong>s eff<strong>et</strong>s <strong>de</strong> contrat importants <strong>et</strong> qui laisserait<br />
penser que m<strong>et</strong>tre en équation se fait par une simple<br />
traduction pas à pas <strong>de</strong> l’énoncé.<br />
Comme dans les programmes, les types <strong>de</strong> tâches relevant<br />
<strong>de</strong>s preuves en algèbre sont très peu représentés dans les<br />
manuels <strong>et</strong> l’existence <strong>de</strong>s théorèmes d’algèbre est souvent<br />
ignorée. On fait comme s’il n’y avait pas <strong>de</strong> théorèmes ou <strong>de</strong><br />
règles en algèbre alors qu’on travaille beaucoup sur les<br />
propriétés en géométrie. De la même façon, on trouve peu<br />
d’incitation à employer <strong>de</strong>s procédures <strong>de</strong> vérifications<br />
(Coppé, 1993) même si dans le programme il est<br />
explicitement indiqué que les élèves doivent savoir tester une<br />
égalité. Or il nous semble que travailler sur les vérifications<br />
perm<strong>et</strong>, au <strong>de</strong>là <strong>de</strong> savoir si les résultats sont plausibles pour<br />
l’élève, <strong>de</strong> donner du sens notamment à la notion <strong>de</strong> variable<br />
(Chalancon <strong>et</strong> al., 2002). Cela pourrait donc être une façon <strong>de</strong><br />
travailler sur la notion <strong>de</strong> variable.<br />
Tous ces constats <strong>et</strong> d’autres étu<strong>de</strong>s théoriques (Vergnaud,<br />
1989, Chevallard, 1985, 1989, 1990, Gascon, 1993) nous<br />
amènent à penser que l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre au collège<br />
ne semble pas problématisé, qu’il est souvent rabattu sur <strong>de</strong> la<br />
technique algébrique, que les questions <strong>de</strong> continuité /<br />
rupture entre arithmétique <strong>et</strong> algèbre sont peu prises en<br />
compte dans la pratique habituelle <strong>de</strong>s professeurs, que les<br />
erreurs <strong>de</strong>s élèves sont peu reconnues <strong>et</strong> analysées par les<br />
professeurs.<br />
Les documents élaborés <strong>et</strong> diffusés sur le site visent donc à<br />
perm<strong>et</strong>tre aux professeurs <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en place <strong>de</strong>s activités<br />
dans les classes prenant en compte ces différentes questions.<br />
Notons que nous employons le terme "activités" dans un<br />
sens large : <strong>de</strong>s exercices, <strong>de</strong>s problèmes, mais aussi <strong>de</strong>s types<br />
<strong>de</strong> problèmes avec une gestion <strong>de</strong> classe associée.<br />
Cependant, nous pensons que les documents proposés ne<br />
doivent pas se réduire, comme dans les manuels, aux textes<br />
<strong>de</strong>s problèmes. Nous avons donc rajouté d’autres<br />
documents :<br />
- une liste <strong>de</strong> sept principes qui gui<strong>de</strong>nt nos choix<br />
d'activités à m<strong>et</strong>tre en œuvre dans les classes,<br />
- <strong>de</strong>s écrits théoriques provenant notamment <strong>de</strong>s travaux<br />
<strong>de</strong> recherche sur l’algèbre,<br />
- <strong>de</strong>s analyses <strong>de</strong> programmes,<br />
- <strong>de</strong>s éléments concernant la gestion <strong>de</strong> la classe,<br />
- une bibliographie <strong>de</strong>s travaux sur l’algèbre.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 106 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />
De plus, dans les propositions d'activités pour la classe, nous<br />
avons intégré une analyse en fonction <strong>de</strong>s principes, <strong>de</strong>s<br />
propositions <strong>de</strong> déroulement, <strong>de</strong>s <strong>de</strong>scriptions <strong>de</strong> procédures<br />
d'élèves <strong>et</strong> <strong>de</strong>s prolongements possibles. Les commentaires<br />
doivent perm<strong>et</strong>tre au professeur <strong>de</strong> s’approprier le problème<br />
posé avec toutes ses caractéristiques, notamment les choix<br />
<strong>de</strong>s variables didactiques ainsi que <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong><br />
classe. Les <strong>de</strong>scriptions <strong>de</strong> procédures d’élèves doivent<br />
perm<strong>et</strong>tre au professeur <strong>de</strong> mieux comprendre les enjeux <strong>de</strong>s<br />
activités proposées <strong>et</strong> d’anticiper les réactions <strong>de</strong>s élèves.<br />
L’entrée dans le site peut se faire à plusieurs niveaux : par les<br />
principes, par <strong>de</strong>s thèmes <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> par les activités,<br />
par niveau <strong>de</strong> classe. Nous proposons donc un plan qui n'est<br />
plus tout à fait celui <strong>de</strong>s manuels qui proposent, en général,<br />
un chapitre sur le calcul algébrique puis un chapitre sur les<br />
équations/inéquations, puis sur les fonctions. Nous avons<br />
également en tête ce découpage, mais nous envisageons<br />
davantage l'introduction <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre <strong>et</strong> la pratique du calcul<br />
algébrique comme un outil pour résoudre <strong>de</strong>s<br />
équations/inéquations <strong>et</strong> pour les fonctions.<br />
3. Présentation <strong>de</strong>s principes<br />
Nous avons énoncé sept principes qui nous paraissent<br />
essentiels pour perm<strong>et</strong>tre un enseignement <strong>de</strong> l'algèbre qui<br />
montre aux élèves l'utilité <strong>et</strong> la force <strong>de</strong> l’outil algébrique <strong>et</strong><br />
qui justifient nos choix. Ces principes sont <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux types : 1<br />
<strong>et</strong> 3 sont plus généraux, ils concernent tout l'enseignement<br />
<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au collège <strong>et</strong> au lycée ; les autres sont plus<br />
spécifiques à l'algèbre.<br />
Pour rendre compte <strong>de</strong> l’atelier, nous avons choisi <strong>de</strong><br />
présenter les sept principes avec quelques commentaires qui<br />
ne sont pas forcément ceux qui sont sur le site, mais qui<br />
reprennent plusieurs documents, puis nous donnerons un<br />
exemple d’activité que nous proposons sur le site. En<br />
revanche nous ne développerons pas toutes les références<br />
théoriques (notamment sur l’algèbre, les travaux sont<br />
nombreux) qui sous-ten<strong>de</strong>nt notre travail.<br />
1 - Proposer aux élèves <strong>de</strong>s problèmes dans lesquels l'emploi <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres<br />
(ou autre symbole) paraît sinon indispensable mais utile, performant<br />
pour résoudre le problème.<br />
Ce premier principe n'est pas spécifique <strong>de</strong> l'algèbre. En eff<strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>puis trente ans, en s'appuyant sur les travaux <strong>de</strong> Piag<strong>et</strong>, <strong>de</strong><br />
Bachelard <strong>et</strong> <strong>de</strong> Vigotsky, les recherches en didactique <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> m<strong>et</strong>tent en avant la notion <strong>de</strong> problèmes.<br />
Ainsi, ces recherches se fon<strong>de</strong>nt sur l'idée que l'on construit<br />
ses connaissances en résolvant <strong>de</strong>s problèmes pour lesquels<br />
nos connaissances anciennes se révèlent insuffisantes ou<br />
inadaptées, <strong>et</strong> nécessitent la création <strong>de</strong> nouveaux outils qui<br />
seront, à leur tour, transformés en obj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> connaissance<br />
dans le cadre <strong>de</strong> l'enseignement.<br />
Nous pensons que ce jeu entre, d’une part, connaissances<br />
anciennes <strong>et</strong> nouvelles <strong>et</strong>, d’autre part, entre le statut d'outil<br />
pour résoudre <strong>de</strong>s problèmes <strong>et</strong> d'obj<strong>et</strong> <strong>de</strong> connaissance se<br />
révèle à la base <strong>de</strong> notre enseignement actuel en France<br />
comme en témoignent les nouveaux programmes du collège.<br />
Pour l'enseignement <strong>de</strong> l’algèbre, nous pouvons traduire <strong>de</strong><br />
façon plus concrète c<strong>et</strong>te première position théorique. Ainsi,<br />
il nous semble important <strong>de</strong> proposer aux élèves <strong>de</strong>s<br />
problèmes qui nécessitent l'emploi <strong>de</strong> l<strong>et</strong>tres non pas parce<br />
que le professeur le <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, mais parce que cela ai<strong>de</strong> à la<br />
résolution du problème ou bien cela perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre une<br />
série <strong>de</strong> problèmes semblables du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> la structure<br />
mathématique.<br />
Ces problèmes peuvent déboucher soit sur <strong>de</strong>s résolutions<br />
d'équations, soit sur l'introduction du calcul littéral. Ainsi,<br />
nous pensons que, pour l'élève, la l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>vrait apparaître pas<br />
seulement comme une écriture, un symbole qui remplace un<br />
nombre, <strong>et</strong> que le professeur ne désigne plus par une écriture<br />
numérique, mais plutôt, <strong>et</strong> assez rapi<strong>de</strong>ment dans le cursus<br />
scolaire, comme une variable (ou une inconnue). Il est<br />
important <strong>de</strong> montrer aux élèves que la l<strong>et</strong>tre ne remplace pas<br />
seulement un nombre singulier, mais tout un ensemble <strong>de</strong><br />
nombres, ce qui est une caractéristique du raisonnement<br />
algébrique à la différence du raisonnement arithmétique<br />
(Vergnaud, 1989).<br />
2 – Ne pas désigner trop tôt les quantités inconnues ou variables par<br />
une (ou <strong>de</strong>s) l<strong>et</strong>tre(s). Laisser les élèves ressentir la nécessité <strong>de</strong> leur<br />
introduction plutôt que <strong>de</strong> les donner a priori.<br />
Ce principe constitue la suite du précé<strong>de</strong>nt. À la suite <strong>de</strong>s<br />
constatations ci-<strong>de</strong>ssus sur les manuels, ce principe a été écrit<br />
en réaction contre une tendance actuelle <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>rniers à<br />
découper les problèmes <strong>et</strong> à les rendre très fermés (B<strong>et</strong>ton <strong>et</strong><br />
Coppé, 2005), ce qui est particulièrement vrai dans le cas <strong>de</strong>s<br />
équations <strong>et</strong> <strong>de</strong>s fonctions.<br />
De plus, si l'on veut montrer à l'élève la puissance du<br />
raisonnement algébrique, il est essentiel <strong>de</strong> lui donner <strong>de</strong>s<br />
problèmes qu'il a du mal à résoudre par d'autres métho<strong>de</strong>s,<br />
arithmétiques par exemple.<br />
Il est donc important pour le professeur <strong>de</strong> connaître les<br />
spécificités <strong>et</strong> les différences entre le raisonnement algébrique<br />
<strong>et</strong> le raisonnement arithmétique afin, d’une part, <strong>de</strong> laisser les<br />
élèves m<strong>et</strong>tre en place différents types <strong>de</strong> raisonnement <strong>et</strong>,<br />
d’autre part, <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s problèmes qu’on peut plus<br />
difficilement résoudre par <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s arithmétiques. C’est<br />
pourquoi nous avons explicitement présenté <strong>de</strong>s activités<br />
d’introduction <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre avec ses différentes fonctions<br />
(variable <strong>et</strong> inconnue, nombre généralisé, voire paramètre) <strong>et</strong><br />
utilisé les notions <strong>de</strong> problèmes connectés <strong>et</strong> déconnectés<br />
(Bednarz <strong>et</strong> Janvier, 1996) pour bâtir <strong>de</strong>s séances<br />
d’introduction aux équations.<br />
3 – Favoriser les liens entre <strong>de</strong>s textes en langage naturel, <strong>de</strong>s<br />
expressions numériques <strong>et</strong> <strong>de</strong>s représentations géométriques pour donner<br />
du sens à certaines expressions algébriques<br />
L'algèbre perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre <strong>de</strong>s problèmes par la<br />
modélisation, mais c'est aussi un langage symbolique avec <strong>de</strong>s<br />
règles spécifiques. Duval (1993) définit <strong>et</strong> utilise la notion <strong>de</strong><br />
registre <strong>de</strong> représentation sémiotique. Ainsi, un obj<strong>et</strong><br />
mathématique peut être représenté dans différents registres<br />
(décrit en langue naturelle, illustré par un <strong>de</strong>ssin, défini dans<br />
un langage symbolique, <strong>et</strong>c.). Chaque registre perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
travailler sur l'obj<strong>et</strong> d'une façon particulière associée à ce<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 107 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />
registre, mais l'obj<strong>et</strong> n'est jamais la somme <strong>de</strong> ses<br />
représentations dans les divers registres.<br />
Un exemple assez simple est celui <strong>de</strong>s fonctions : ainsi on<br />
peut définir une fonction à l'ai<strong>de</strong> d'une phrase en langue<br />
naturelle (par exemple, la vitesse est fonction du temps), à<br />
l'ai<strong>de</strong> d'une formule algébrique, d'une courbe, d'un tableau <strong>de</strong><br />
valeurs, d'un graphe, <strong>et</strong>c. Or, les traitements dans chacun <strong>de</strong><br />
ces registres ne sont pas tous équivalents. Par exemple, il sera<br />
quelquefois plus simple <strong>de</strong> travailler dans le registre <strong>de</strong>s<br />
écritures symboliques en ne faisant que du calcul littéral, en<br />
laissant <strong>de</strong> côté le problème posé en langue naturelle.<br />
En ce qui concerne l'algèbre, nous pensons qu'il est<br />
important <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s activités qui vont perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong><br />
travailler les passages entre la langue naturelle, les écritures<br />
algébriques <strong>et</strong> les <strong>de</strong>ssins géométriques. À partir <strong>de</strong>s<br />
problèmes proposés, nous veillons à laisser les élèves<br />
s’exprimer soit dans le registre <strong>de</strong> la langue naturelle, soit<br />
dans celui <strong>de</strong>s écritures symboliques, <strong>et</strong> à faire verbaliser <strong>de</strong>s<br />
propriétés dans ces mêmes registres.<br />
Enfin, à l’occasion <strong>de</strong> certains problèmes, nous apprenons<br />
aux élèves à désigner par une écriture symbolique (<strong>et</strong> nous<br />
institutionnalisons ces écritures) certaines propriétés <strong>de</strong>s<br />
nombres : un nombre pair, un nombre divisible par 5, un<br />
nombre entier <strong>et</strong> son suivant, <strong>et</strong>c.<br />
Nous souhaitons également travailler les <strong>de</strong>ux aspects sens <strong>et</strong><br />
dénotation d’une expression (Drouhard, 1992) au travers <strong>de</strong>s<br />
formulations <strong>de</strong>mandées.<br />
Enfin, nous avons introduit une rubrique intitulée « Problèmes<br />
<strong>de</strong> synthèse » dans laquelle nous proposons <strong>de</strong>s<br />
problèmes qui peuvent être résolus dans différents cadres <strong>et</strong><br />
qui peuvent évoluer par un jeu sur les variables didactiques <strong>et</strong><br />
donc qui peuvent être proposés à différents niveaux <strong>de</strong> classe.<br />
4 - Travailler sur les vérifications qui donnent du sens aux notions<br />
Comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, ce point nous<br />
paraît extrêmement important <strong>et</strong> relativement nouveau dans<br />
sa prise en compte institutionnelle. Dans les nouveaux<br />
programmes <strong>de</strong> collège (2005), il est indiqué : « contrôler ou<br />
anticiper <strong>de</strong>s résultats par <strong>de</strong>s calculs mentaux approchés». Ici apparaît<br />
le terme « contrôle » qui, pour nous, englobe les vérifications.<br />
Dans le programme <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> 5 e, il apparaît : « Tester si<br />
une égalité comportant un ou <strong>de</strong>ux nombres indéterminés est vraie<br />
lorsqu'on leur attribue <strong>de</strong>s valeurs numériques données ».<br />
Nous interprétons c<strong>et</strong>te injonction, d’une part, comme une<br />
injonction à la vérification <strong>et</strong>, d’autre part, comme une<br />
rencontre avec la notion <strong>de</strong> variable. En eff<strong>et</strong>, en testant une<br />
égalité, c'est-à-dire en remplaçant la (les) "l<strong>et</strong>tre(s)" par <strong>de</strong>s<br />
nombres <strong>et</strong> en répétant c<strong>et</strong>te opération pour plusieurs<br />
nombres, on indique à l'élève que c<strong>et</strong>te l<strong>et</strong>tre représente bien<br />
un nombre qui varie <strong>et</strong> qu'alors la phrase mathématique<br />
obtenue est vraie ou fausse.<br />
Il y a donc là, selon nous, un double travail pour favoriser la<br />
compréhension <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong> leur entrée dans l'algébrique. Il<br />
nous semble tout à fait important que le professeur m<strong>et</strong>te en<br />
place dans la classe <strong>de</strong>s types d'exercices qui favorisent ce<br />
lien.<br />
Dans le programme <strong>de</strong> 4 e, on indique que « le test d’une égalité<br />
par substitutions <strong>de</strong> valeurs numériques aux l<strong>et</strong>tres prend tout son<br />
intérêt ». Même si le terme vérifier n’est pas utilisé, nous<br />
pensons qu’il s’agit ici <strong>de</strong> faire une vérification <strong>de</strong>s calculs<br />
littéraux.<br />
Enfin dans le programme <strong>de</strong> 2 n<strong>de</strong>, il est encore indiqué : « on<br />
explicitera quelques procédures simples perm<strong>et</strong>tant d'infirmer ou <strong>de</strong><br />
confirmer une formule ».<br />
Pour aller dans ce sens, nous avons bâti <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong> calcul<br />
mental algébrique qui prennent en compte c<strong>et</strong>te question <strong>de</strong><br />
test d’égalité.<br />
5 – Travailler sur la notion <strong>de</strong> formule qui prépare la notion <strong>de</strong> fonction<br />
Nous pensons que le travail algébrique est une notion<br />
unificatrice du programme <strong>de</strong> collège. Ainsi, l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
programmes montre que l'entrée dans l'algèbre ne se fait pas<br />
seulement en classe <strong>de</strong> 4 e même si, bien sûr, un travail<br />
important est fait durant c<strong>et</strong>te année qui constitue un<br />
moment d'unification <strong>et</strong> <strong>de</strong> synthèse <strong>de</strong> notions déjà vues.<br />
Les liens avec la classe <strong>de</strong> troisième sont certainement faits<br />
par les notions <strong>de</strong> développement / factorisation <strong>et</strong> par<br />
équations / inéquations.<br />
Pour les classes <strong>de</strong> 6 e/5 e, cela paraît moins évi<strong>de</strong>nt. Or, selon<br />
nous, ce sont les formules qui peuvent faire ce lien. En eff<strong>et</strong>,<br />
les élèves connaissent <strong>de</strong>s formules <strong>de</strong>puis l'école primaire<br />
(même si leur place a été réduite à l'école primaire <strong>de</strong>puis les<br />
années 1970, <strong>et</strong> encore davantage avec les programmes <strong>de</strong><br />
2002 puisque le formulaire pour les aires a été supprimé); les<br />
élèves voient <strong>et</strong> utilisent <strong>de</strong>s formules, notamment <strong>de</strong><br />
périmètre <strong>et</strong> d'aire pour le rectangle <strong>et</strong> le cercle/disque.<br />
Pour eux c'est un procédé <strong>de</strong> calcul qui fournit un résultat<br />
numérique lorsqu'on affecte à la (ou aux) "l<strong>et</strong>tre(s)" une ou<br />
<strong>de</strong>s valeurs numériques. Donc nous pensons qu'à travers cela<br />
les élèves ont déjà rencontré l'idée <strong>de</strong> variable. Il nous semble<br />
donc important d'exploiter dans <strong>de</strong>s exercices le lien avec les<br />
formules, soit en donnant <strong>de</strong>s formules aux élèves <strong>et</strong> en<br />
faisant calculer <strong>et</strong> représenter graphiquement, soit en faisant<br />
établir <strong>de</strong>s formules à partir <strong>de</strong> problèmes.<br />
Nous avons d’ailleurs constaté dans les activités<br />
d’introduction <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre que les élèves utilisaient<br />
spontanément ce terme pour désigner les écritures produites<br />
soit pour établir une formule générale, soit pour produire une<br />
équation.<br />
6 – Ne pas négliger la notion <strong>de</strong> preuve en algèbre<br />
À la suite du principe précé<strong>de</strong>nt, nous pensons également<br />
qu'il faut proposer <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> tâches donnant à voir, à<br />
prouver <strong>de</strong>s égalités vraies pour tout x dans un ensemble <strong>de</strong><br />
nombres. Ainsi nous pensons que les activités <strong>de</strong> preuve par<br />
l'outil algébrique sont <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> tâches qui vont perm<strong>et</strong>tre<br />
à l'élève tout d'abord <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s conjectures en utilisant la<br />
l<strong>et</strong>tre comme remplaçant n'importe quel nombre d'un<br />
ensemble donné, puis <strong>de</strong> prouver ces conjectures en utilisant<br />
les règles du calcul algébrique qui fonctionneront bien alors<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 108 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
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comme <strong>de</strong>s théorèmes avec le même statut qu'en géométrie.<br />
Un exemple d’activité <strong>de</strong> preuve est donné en annexe.<br />
7 – Ne pas négliger les justifications <strong>de</strong>s calculs par l'utilisation <strong>de</strong> règles<br />
algébriques<br />
Pour illustrer ce point, nous prendrons comme exemple la<br />
formule <strong>de</strong> la distributivité qui est introduite formellement en<br />
classe <strong>de</strong> 5 e, mais pour laquelle il n'y a que peu <strong>de</strong> types <strong>de</strong><br />
tâches en lien <strong>et</strong> qui est donc assez vite oubliée par les élèves<br />
puisqu'ils ne voient pas son utilité. Or, c'est elle qui perm<strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
justifier toutes les règles <strong>de</strong> calcul littéral, <strong>de</strong> développement<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> factorisation. Il revient donc au professeur <strong>de</strong> faire vivre<br />
c<strong>et</strong>te formule pour qu'elle prenne tout son sens, c'est–à–dire<br />
autrement que pour faire <strong>de</strong>s calculs <strong>de</strong> différentes façons (ce<br />
qui est essentiellement le cas actuellement).<br />
Il est donc tout à fait important que <strong>de</strong>s exercices dans<br />
lesquels c<strong>et</strong>te formule fonctionne comme une règle soient<br />
proposés aux élèves.<br />
Nous pensons que, contrairement à la géométrie où un travail<br />
important est fait pour exiger <strong>de</strong>s justifications par <strong>de</strong>s<br />
théorèmes, en algèbre la question <strong>de</strong> la justification <strong>de</strong>s règles<br />
<strong>de</strong> calcul n'est pas vraiment posée. En eff<strong>et</strong>, en algèbre, on<br />
cherche à donner aux élèves <strong>de</strong>s automatismes <strong>de</strong> calcul, ce<br />
qui est légitime. Or un automatisme <strong>de</strong> calcul est fait pour<br />
être appliqué sans avoir à justifier les différentes étapes (c'est<br />
ce qui fait qu'il est rapi<strong>de</strong> <strong>et</strong> performant). Mais, au début <strong>de</strong><br />
l'apprentissage, il nous semble important <strong>de</strong> bien faire<br />
comprendre aux élèves que la propriété <strong>de</strong> distributivité doit<br />
fonctionner comme un théorème c'est-à-dire avec <strong>de</strong>s<br />
conditions d'application. Il nous semble donc important <strong>de</strong><br />
travailler avec les élèves <strong>de</strong> 5 e <strong>et</strong> 4 e sur les justifications <strong>de</strong>s<br />
calculs.<br />
4. Un exemple <strong>de</strong> problème proposé<br />
Toutes les propositions d'activités, soit sur l’introduction <strong>de</strong><br />
l’algèbre, soit sur <strong>de</strong>s thèmes <strong>mathématiques</strong> (équations,<br />
factorisation), soit encore sur <strong>de</strong>s problèmes <strong>de</strong> synthèse, ont<br />
été rédigées en suivant le même plan : texte du problème, but,<br />
objectif, lien avec les principes, mise en œuvre dans la classe,<br />
analyse du problème, institutionnalisation ou synthèse<br />
possible, production <strong>de</strong>s élèves, prolongements possibles.<br />
Nous en donnons un exemple en annexe.<br />
Il s’agit d’une activité <strong>de</strong> preuve d’une formule générale.<br />
D’ailleurs dans les questions posées aux élèves nous utilisons<br />
bien ce terme. Nous avons veillé à faire trouver la formule<br />
générale par les élèves plutôt que <strong>de</strong> la donner, ce qui perm<strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> favoriser l’écriture dans un registre symbolique (nous<br />
n’excluons pas la langue naturelle, mais ce serait complexe).<br />
Comme nous l’avons dit, c<strong>et</strong>te activité a été réalisée en classe<br />
<strong>et</strong> nous avons pu ainsi nous rendre compte <strong>de</strong>s difficultés <strong>de</strong>s<br />
élèves, notamment en ce qui concerne la désignation d’un<br />
nombre <strong>et</strong> son suivant. En revanche, les élèves ont bien<br />
accepté le fait <strong>de</strong> prouver c<strong>et</strong>te formule <strong>et</strong> ne se sont pas<br />
contentés <strong>de</strong> quelques exemples. Un autre point difficile pour<br />
les élèves a été le calcul sur les fractions qui a été un obstacle<br />
au passage à l’écriture <strong>de</strong> la formule.<br />
Nous pensons qu’il est important <strong>de</strong> donner ces<br />
commentaires au professeur qui souhaite prendre ce<br />
problème pour sa classe pour qu’il comprenne dans quel<br />
esprit nous lui proposons ce travail <strong>et</strong> pour lui perm<strong>et</strong>tre<br />
d’anticiper les réactions <strong>de</strong>s élèves en restant ouvert à<br />
différentes procédures. Ainsi, nous pensons que donner à<br />
voir <strong>de</strong>s réponses ou <strong>de</strong>s procédures d’élèves (éventuellement<br />
commentées) <strong>de</strong>vrait perm<strong>et</strong>tre aux professeurs <strong>de</strong> changer<br />
leur regard sur les apprentissages <strong>de</strong>s élèves. De même,<br />
donner aussi <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> classe (temps,<br />
organisation <strong>de</strong> la classe, synthèse) doit perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> gar<strong>de</strong>r la<br />
cohérence entre le travail attendu <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong> les modalités<br />
choisies par le professeur. Nous faisons l’hypothèse forte que<br />
ces informations sont essentielles pour l’appropriation <strong>de</strong>s<br />
activités proposées <strong>et</strong>, à plus long terme, pour la formation<br />
continue <strong>de</strong>s professeurs.<br />
À noter également que nous proposons une synthèse qui<br />
indique les connaissances décontextualisées qui peuvent être<br />
mises en avant à partir <strong>de</strong> ce problème singulier.<br />
Enfin nous tentons, quand c’est possible, <strong>de</strong> proposer <strong>de</strong>s<br />
prolongements afin d’enrichir les problèmes, <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s<br />
liens entre différentes notions, plutôt que <strong>de</strong> travailler<br />
uniquement un type <strong>de</strong> tâches.<br />
5. Conclusion<br />
Nous avons présenté ce site pour les professeurs ou<br />
formateurs, <strong>et</strong> nous sommes bien consciente que ce n’est que<br />
le début d’un travail. Pour le moment, ce site <strong>et</strong> son<br />
architecture sont en évolution à la fois pour les rubriques <strong>et</strong><br />
pour les activités proposées. Après trois ans <strong>de</strong><br />
fonctionnement, une première conclusion est que la création<br />
d’un site <strong>et</strong> son alimentation <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt un travail très<br />
important <strong>et</strong> <strong>de</strong>s moyens pour les professeurs impliqués. De<br />
plus, comme nous avons fait le choix d’expérimenter tous les<br />
problèmes, nous sommes tributaires <strong>de</strong> contraintes<br />
institutionnelles comme les programmes <strong>et</strong> le temps <strong>de</strong>s<br />
classes. Il ne s’agit donc pas, pour nous, <strong>de</strong> proposer une<br />
multitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> problèmes, mais plutôt d’en choisir certains qui<br />
perm<strong>et</strong>tront d’amorcer une réflexion chez les professeurs qui<br />
utilisent les documents pour qu’ils puissent ensuite euxmêmes<br />
en produire d’autres.<br />
Pour le moment, nous avons laissé <strong>de</strong> côté les problèmes<br />
d’entraînement au profit <strong>de</strong> problèmes d’introduction ou <strong>de</strong><br />
synthèse, ce qui renforce les questions sur les types <strong>de</strong><br />
documents à proposer aux professeurs. Ainsi, la question du<br />
rapport entre un problème d’introduction, forcément<br />
singulier, <strong>et</strong> l’institutionnalisation <strong>de</strong>s connaissances qui peut<br />
être faite se révèle centrale, comme le soulignent aussi Robert<br />
<strong>et</strong> Rogalski, 2004. De la même façon, nous ne proposons pas<br />
non plus d’évaluations, ce que nous comptons faire plus tard.<br />
Une autre interrogation concerne les liens avec les manuels<br />
scolaires. En eff<strong>et</strong>, une étu<strong>de</strong> sur la façon dont les<br />
professeurs stagiaires préparent leurs séances <strong>de</strong> classe<br />
montre qu’ils utilisent <strong>de</strong> façon massive les manuels (Coppé,<br />
à paraître). Or l’entrée dans les documents du site ne se fait<br />
pas comme dans les manuels par chapitres, mais par <strong>de</strong>s<br />
problèmes qui ne renvoient pas forcément à <strong>de</strong>s titres <strong>de</strong><br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 109 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />
chapitres. L’idée d’ordre dans la présentation <strong>de</strong>s notions, très<br />
fortement ancrée dans les manuels par le biais <strong>de</strong>s chapitres,<br />
est donc beaucoup moins présente sur le site.<br />
De plus, nous avons fait le choix explicite <strong>de</strong> donner <strong>de</strong>s<br />
problèmes avec <strong>de</strong>s questions ouvertes, ce qui n’est pas non<br />
plus conforme aux manuels actuels.<br />
Le travail autour <strong>de</strong> ce site ouvre <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong> recherche<br />
sur la nature <strong>de</strong>s documents à proposer pour une véritable<br />
appropriation non seulement <strong>de</strong>s activités, mais aussi <strong>de</strong>s<br />
références théoriques sur les apprentissages <strong>et</strong> sur<br />
l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre. Nous faisons l’hypothèse que<br />
travailler à la fois sur les activités <strong>de</strong> classe <strong>et</strong> sur <strong>de</strong>s éléments<br />
théoriques est une façon <strong>de</strong> participer à la formation continue<br />
<strong>de</strong>s professeurs. Une autre question concerne le niveau <strong>de</strong><br />
<strong>de</strong>scription <strong>et</strong> d’explicitation <strong>de</strong>s séances <strong>de</strong> classe : jusqu’où<br />
doit-on aller dans la <strong>de</strong>scription <strong>de</strong>s activités, le détail <strong>de</strong>s<br />
consignes, les documents sur les élèves ?<br />
Enfin, à plus long terme, nous pensons faire une étu<strong>de</strong> sur la<br />
façon dont les professeurs s’approprient ces documents. Estce<br />
une simple appropriation ou un vrai travail <strong>de</strong> formation ?<br />
Dans ce cas, faut-il organiser <strong>de</strong>s séances <strong>de</strong> formation en<br />
parallèle pour compléter, approfondir? Est-ce que le travail<br />
autour <strong>de</strong>s séances d’algèbre au collège peut avoir <strong>de</strong>s eff<strong>et</strong>s<br />
dans d’autres champs <strong>de</strong> connaissances ?<br />
Références bibliographiques<br />
Bednarz, N., Janvier, B. (1996). Emergence and <strong>de</strong>velopment<br />
of algebra as a problem-solving tool : continuities and<br />
discontinuities with arithm<strong>et</strong>ic. In : Sutherland, R. (ed).<br />
Approaches to algebra, perspectives for research and<br />
teaching. Dordrecht : Kluwer Aca<strong>de</strong>mic Publishers.<br />
B<strong>et</strong>ton, S. & Coppé, S. (2005). Favoriser l’activité<br />
mathématique dans la classe : ouvrir les problèmes.<br />
Bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong> l’association <strong>de</strong>s professeurs <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> l’enseignement public n° 461.<br />
Brousseau, G. (1986). Fon<strong>de</strong>ments <strong>et</strong> métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> la<br />
didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Recherches en<br />
didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Vol 7/2. Grenoble : La<br />
Pensée Sauvage Editions.<br />
Chalancon, F., Coppé, S., Pascal, N. (2002). Les vérifications<br />
dans les équations, inéquations <strong>et</strong> en calcul littéral.<br />
Grenoble : P<strong>et</strong>it x n°59.<br />
Chevallard, Y. (1985). Le passage <strong>de</strong> l'arithmétique à l'algèbre<br />
dans l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au collège.<br />
Première partie. P<strong>et</strong>it x n° 5: IREM <strong>de</strong> Grenoble.<br />
Chevallard, Y. (1989). Le passage <strong>de</strong> l'arithmétique à l'algèbre<br />
dans l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au collège.<br />
Deuxième partie. P<strong>et</strong>it x n° 19: IREM <strong>de</strong> Grenoble.<br />
Chevallard, Y. (1990). Le passage <strong>de</strong> l'arithmétique à l'algèbre<br />
dans l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> au collège.<br />
Troisième partie. P<strong>et</strong>it x n° 30: IREM <strong>de</strong> Grenoble.<br />
Combier, G., Guillaume, J. C. & Pressiat, A. (1996). Les<br />
débuts <strong>de</strong> l’algèbre au collège. Au pied <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre.<br />
INRP.<br />
Coppé, S. (1993). Processus <strong>de</strong> vérification en <strong>mathématiques</strong><br />
chez les élèves <strong>de</strong> première scientifique en situation <strong>de</strong><br />
<strong>de</strong>voir surveillé. Thèse <strong>de</strong> l’Université Clau<strong>de</strong> Bernard.<br />
Lyon I.<br />
Coppé, S. (à paraître). Les connaissances antérieures <strong>de</strong>s<br />
professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> à travers la préparation<br />
<strong>de</strong> séances <strong>de</strong> classe. Cas <strong>de</strong> stagiaires en fin <strong>de</strong><br />
formation initiale. Actes du séminaire national <strong>de</strong><br />
didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Paris Janvier 2006.<br />
Coulange, L. (1997). Les problèmes "concr<strong>et</strong>s" à m<strong>et</strong>tre en<br />
équation dans l'enseignement. Grenoble : P<strong>et</strong>it x n° 19.<br />
Coulange, L. (2000). Etu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s pratiques du professeur du<br />
double point <strong>de</strong> vue écologique <strong>et</strong> économique. Cas <strong>de</strong><br />
l'enseignement <strong>de</strong>s systèmes d'équations <strong>et</strong> <strong>de</strong> la mise en<br />
équations en classe <strong>de</strong> troisième. Thèse <strong>de</strong> l'Université<br />
<strong>de</strong> Grenoble.<br />
Drouhard, J. P. (1992). Les écritures symboliques <strong>de</strong> l’algèbre<br />
élémentaire. Thèse <strong>de</strong> l’Université <strong>de</strong> Paris 7.<br />
Duval, R. (1993). Registres <strong>de</strong> représentation sémiotique <strong>et</strong><br />
fonctionnement cognitif <strong>de</strong> la pensée, Annales <strong>de</strong><br />
didactique <strong>et</strong> <strong>de</strong> Science Cognitives 5, 37-65, IREM <strong>de</strong><br />
Strasbourg.<br />
Gascon, J. (1993). Un nouveau modèle <strong>de</strong> l’algèbre<br />
élémentaire comme alternance à « l’arithmétique<br />
généralisée ». Grenoble : P<strong>et</strong>it x n° 37.<br />
Robert, A. (2001). Les recherches sur les pratiques <strong>de</strong>s<br />
enseignants <strong>et</strong> les contraintes <strong>de</strong> l'exercice du métier<br />
d'enseignant. Recherche en didactique <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>. Vol 21/1.2. Grenoble : La Pensée<br />
Sauvage Éditions.<br />
Robert, A. & Rogalski, M. (2004). Problèmes d’introduction<br />
<strong>et</strong> autres problèmes <strong>de</strong> recherche au lycée. Repère<br />
IREM n° 54.<br />
Vergnaud, G. (1989). Difficultés conceptuelles, erreurs<br />
didactiques <strong>et</strong> vrais obstacles épistémologiques dans<br />
l'apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. In Construction <strong>de</strong>s<br />
savoirs. Obstacles <strong>et</strong> conflits. N. Bednarz <strong>et</strong> C. Garnier<br />
Edits. CIRADE.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 110 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />
Annexe<br />
Introduction <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre<br />
Établir une formule <strong>de</strong> calcul<br />
Faites les calculs suivants :<br />
1 1<br />
!<br />
2 3 =<br />
1 1<br />
!<br />
3 4 =<br />
1 1<br />
!<br />
4 5 =<br />
Quel serait le calcul suivant ?<br />
Ces calculs semblent tous faits sur le même modèle.<br />
Pouvez-vous trouver lequel ? Pouvez-vous établir une<br />
formule qui ren<strong>de</strong> compte <strong>de</strong> ce que vous avez constaté<br />
<strong>et</strong> la prouver?<br />
Buts <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te activité par rapport aux principes :<br />
1 Montrer l'intérêt <strong>et</strong> la nécessité <strong>de</strong> trouver une formule<br />
dans laquelle une l<strong>et</strong>tre est introduite pour établir une<br />
formule.<br />
2 Ne pas désigner trop tôt les quantités variables par une<br />
l<strong>et</strong>tre, laisser aux élèves ressentir la nécessité <strong>de</strong> leur<br />
introduction.<br />
3 Travailler sur les vérifications.<br />
4 Travailler sur les formules.<br />
5 Établir <strong>de</strong>s preuves en algèbre.<br />
Durée : une séance d'une <strong>de</strong>mi-heure<br />
Les élèves travaillent seuls pendant 5 à 10 minutes.<br />
Ils doivent faire les calculs proposés, se rendre compte <strong>de</strong><br />
leurs liens, puis trouver une formule qui rend compte <strong>de</strong> ces<br />
remarques. Les calculatrices sont autorisées. Le professeur<br />
passe auprès <strong>de</strong> chacun. Il peut ainsi voir les formules<br />
produites.<br />
Mise en commun au tableau <strong>et</strong> discussion sur les formules<br />
produites<br />
Plusieurs objectifs pour ce moment :<br />
- Faire <strong>de</strong>s calculs avec <strong>de</strong>s fractions simples qui n'ont pas<br />
le même dénominateur.<br />
- Trouver la formule, savoir l'exprimer avec une seule<br />
l<strong>et</strong>tre.<br />
- Distinguer les formules vraies ou fausses par vérification<br />
avec les premiers calculs faits.<br />
Synthèse<br />
Avec <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres on peut écrire une formule générale <strong>et</strong> la<br />
prouver.<br />
On peut calculer avec <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres comme avec <strong>de</strong>s nombres<br />
puisqu'ici elles remplacent n'importe quel nombre.<br />
Deux nombres entiers consécutifs peuvent s'écrire a <strong>et</strong> a+1.<br />
Analyse <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te activité<br />
Il s'agit <strong>de</strong> faire trouver une formule à partir d'exemples. On<br />
est ici dans une activité <strong>de</strong> généralisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> preuve. En ce<br />
sens, c<strong>et</strong>te activité est différente <strong>de</strong> l'activité 2.<br />
Les premiers calculs ont pour but <strong>de</strong> faire entrer dans<br />
l'activité, mais aussi <strong>de</strong> servir <strong>de</strong> modèle à l'énoncé <strong>de</strong> la<br />
formule.<br />
Ce qui est difficile pour les élèves, c'est <strong>de</strong> traduire ce qu'ils<br />
constatent par une formule. Ainsi, nous avons pu constater<br />
qu’ils utilisaient spontanément <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres, mais qu'ils avaient<br />
du mal à traduire (ou qu'ils ne voyaient pas) les nombres<br />
consécutifs alors que le produit du second membre était bien<br />
perçu.<br />
Ainsi, les premières formules produites étaient souvent du<br />
type :<br />
1 1 1<br />
! =<br />
a b ab<br />
a a a<br />
! =<br />
b c bc<br />
(ce qui pourrait être correct avec c= b+1, mais qui ne<br />
correspond pas à c<strong>et</strong> énoncé).<br />
La difficulté pour le professeur est donc <strong>de</strong> faire évoluer ces<br />
formules vers celles qui m<strong>et</strong>tent en avant la relation entre a <strong>et</strong><br />
b. On travaille donc ici sur la désignation <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux nombres<br />
consécutifs.<br />
Prolongements :<br />
Généralisation <strong>de</strong> la formule à :<br />
a a<br />
!<br />
b b +1 =<br />
a<br />
b(b +1)<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 111 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Présentation d’un site sur l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre pour les professeurs Sylvie Coppé<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 112 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
L’approche par problème<br />
vécue par les élèves :<br />
Peut-on faire casser un verre <strong>de</strong> cristal<br />
avec une on<strong>de</strong> sonore?<br />
Est-il possible <strong>de</strong> faire éclater un verre <strong>de</strong> cristal par la reproduction d’un signal<br />
sonore provenant <strong>de</strong> ce verre? C’est que nous avons voulu découvrir lors du proj<strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> fin d’étu<strong>de</strong>s 2006 en <strong>mathématiques</strong>. La partie expérimentale <strong>de</strong> ce proj<strong>et</strong><br />
consistait à faire l’enregistrement analogique d’un signal sonore émis par un verre<br />
<strong>de</strong> cristal <strong>et</strong> à le reproduire par la suite. Pour ce faire, nous avons dû développer<br />
<strong>de</strong>s outils <strong>mathématiques</strong>, grâce à l’algèbre linéaire, le calcul différentiel <strong>et</strong> intégral,<br />
sur les concepts d’espaces vectoriels, <strong>de</strong> vecteurs, <strong>de</strong> bases, <strong>de</strong> produit scalaire <strong>et</strong><br />
d’intégration numérique pour ainsi aboutir à la théorie <strong>de</strong> l’approximation linéaire.<br />
C<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière nous a permis d’établir une approximation numérique du signal<br />
enregistré pour ainsi le reproduire. Le verre <strong>de</strong> cristal a-t-il résisté à ce signal ou a-til<br />
éclaté? C’est ce que vous pourrez découvrir…!<br />
Audrey Corbeil<br />
Therrien,<br />
audrey.corbeil.therri<br />
en@usherbrooke.ca<br />
Guillaume<br />
Lapointe,<br />
Guillaume.Lapointe@<br />
usherbrooke.ca<br />
Geneviève Vézina,<br />
genevieve.r.vezina@<br />
usherbrooke.ca<br />
étudiants au Cégep<br />
<strong>de</strong> Sherbrooke<br />
D<br />
ans le cadre <strong>de</strong> notre cours <strong>de</strong> proj<strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> fin d’étu<strong>de</strong>s, lors <strong>de</strong> notre <strong>de</strong>rnière<br />
session en sciences <strong>de</strong> la nature au<br />
Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke, nous avons élaboré un<br />
proj<strong>et</strong> en <strong>mathématiques</strong>. Nous avons choisi<br />
d’enrichir l’un <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s offerts qui, au<br />
départ, consistait à capter un signal sonore <strong>et</strong> à<br />
en faire l’analyse harmonique dans le but <strong>de</strong> le<br />
reproduire. En plus <strong>de</strong> faire la captation,<br />
l’analyse <strong>et</strong> la reproduction d’un signal sonore,<br />
nous avons également tenté <strong>de</strong> vérifier si<br />
l’histoire <strong>de</strong> la chanteuse qui réussit à casser un<br />
verre en chantant est un mythe ou une réalité,<br />
s’il est vraiment possible <strong>de</strong> briser un verre <strong>de</strong><br />
cristal avec une on<strong>de</strong> sonore.<br />
Un verre <strong>de</strong> cristal a <strong>de</strong>s fréquences auxquelles<br />
il vibre plus efficacement. Autrement dit,<br />
lorsque le verre est heurté, ou encore frotté<br />
avec un doigt humi<strong>de</strong>, il dissipe son énergie<br />
via ces fréquences sous forme d’on<strong>de</strong> sonore<br />
<strong>et</strong> lorsque <strong>de</strong> l’énergie sonore lui est transmise<br />
selon ces fréquences, il accumule c<strong>et</strong>te énergie,<br />
vibrant <strong>de</strong> plus en plus fort, jusqu’à ce que le<br />
matériau ne le supporte plus. C’est ce que l’on<br />
appelle résonance <strong>et</strong> c’est ce phénomène que<br />
nous allons tenter <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre à profit pour<br />
casser notre verre.<br />
Il faudra donc effectuer un enregistrement du<br />
signal sonore émis par le verre <strong>de</strong> cristal<br />
lorsque celui-ci vibre naturellement <strong>et</strong> recréer<br />
ce signal à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />
Dans le cadre <strong>de</strong> ce proj<strong>et</strong>, nous avons<br />
privilégié une approche vectorielle.<br />
Tout d’abord, l’enregistrement a été effectué à<br />
l’ai<strong>de</strong> du programme Vizu, un programme<br />
informatique qui a transformé les variations <strong>de</strong><br />
pression selon le temps, c’est-à-dire le son, en<br />
une série <strong>de</strong> points sur un graphique. Le son a<br />
été produit par friction d’un doigt humidifié<br />
sur le rebord du verre. Cela donne un son plus<br />
continu, avec moins <strong>de</strong> variations que les<br />
autres métho<strong>de</strong>s auxquelles nous avions<br />
songé. Ce son a ensuite été capté à l’ai<strong>de</strong> d’un<br />
micro.<br />
L’analyse <strong>de</strong> ce graphique (figure 1) montre<br />
une pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> 0,00212 secon<strong>de</strong>s, ou encore<br />
une fréquence fondamentale <strong>de</strong> 471 Hz. Afin<br />
<strong>de</strong> reproduire ce signal, il faut trouver la<br />
fonction se rapprochant le plus <strong>de</strong>s points du<br />
graphique. Puiqu’il s’agit d’un signal <strong>de</strong> nature<br />
périodique (vibrations sonores), les fonctions<br />
sinusoïdales ont été r<strong>et</strong>enues.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 113 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
L’approche par problème vécue par les élèves Audrey Corbeil-Therrien,, Guillaume Lapointe <strong>et</strong> Geneviève Vézina<br />
l’avions appris auparavant. Pour développer ce nouveau<br />
concept que nous ne connaissions pas, nous nous sommes<br />
basés sur la définition suivante <strong>de</strong> la projection orthogonale<br />
d’un vecteur sur un autre1: -1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1<br />
Fig. 1 Pression, en fonction du temps, lors d’une pério<strong>de</strong> du signal<br />
sonore du verre <strong>de</strong> cristal<br />
Nous nous sommes basés sur certaines notions d’algèbre<br />
linéaire acquises préalablement à ce proj<strong>et</strong> : les espaces<br />
vectoriels <strong>et</strong> les caractéristiques <strong>de</strong> leurs bases, les<br />
combinaisons linéaires, ainsi que le produit scalaire <strong>et</strong> la<br />
projection orthogonale d’un vecteur sur un autre. Toutefois,<br />
ces notions ne sont pas suffisantes pour résoudre le<br />
problème posé.<br />
Le premier obstacle a été <strong>de</strong> rapprocher les notions <strong>de</strong><br />
vecteurs <strong>et</strong> <strong>de</strong> fonctions. Nous avons donc vérifié si les<br />
fonctions pouvaient se comporter comme <strong>de</strong>s vecteurs, c’està-dire<br />
si elles possédaient les mêmes propriétés que ces<br />
<strong>de</strong>rniers. Après l’analyse <strong>de</strong> différents cas, nous en sommes<br />
arrivés à l’élaboration du théorème suivant : «Un sousensemble<br />
est un sous-espace vectoriel s’il fait partie d’un plus<br />
grand espace vectoriel tel que les propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong><br />
l’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> la multiplication par un scalaire sont<br />
vérifiées». En acceptant le fait que l’ensemble <strong>de</strong>s fonctions<br />
réelles dans les réels forment un espace vectoriel, le théorème<br />
précé<strong>de</strong>nt nous perm<strong>et</strong> d’affirmer que l’ensemble <strong>de</strong> tous les<br />
polynômes trigonométriques <strong>de</strong> <strong>de</strong>gré n ou moins <strong>de</strong> la<br />
forme :<br />
P(x) = a 0<br />
+ a cos !x + a cos 2!x + ... + a cos n!x +<br />
1<br />
2<br />
n<br />
b sin !x + b sin 2!x + ... + b sin n!x<br />
1<br />
2<br />
n<br />
est également un espace vectoriel. En eff<strong>et</strong>, l’ensemble <strong>de</strong>s<br />
polynômes trigonométriques <strong>de</strong> <strong>de</strong>gré n ou moins fait partie<br />
d’un espace vectoriel plus grand, soit les fonctions réelles<br />
dans les réels, <strong>et</strong> les propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong> l’addition <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> la multiplication par un scalaire sont vérifiées pour c<strong>et</strong><br />
ensemble. Nous noterons P c<strong>et</strong> espace dont la dimension est<br />
2n+1. Nous pouvons maintenant travailler dans l’espace<br />
vectoriel P.<br />
Ensuite, pour pouvoir reproduire le plus fidèlement le son du<br />
verre, il faut trouver la fonction «la plus proche» <strong>de</strong> celle <strong>de</strong><br />
notre signal sonore, soit le polynôme trigonométrique<br />
approchant le mieux le graphique. Pour ce faire, il est<br />
possible d’utiliser le concept <strong>de</strong> projection orthogonale, qui<br />
perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> trouver le vecteur d’un sous-espace «le plus<br />
proche» d’un autre donné. Autrement dit, il s’agit <strong>de</strong> trouver<br />
une fonction dans l’espace <strong>de</strong>s polynômes trigonométriques<br />
qui sera la «plus semblable» au graphique représentant le<br />
signal sonore. Toutefois, nous <strong>de</strong>vons appliquer ici la<br />
projection orthogonale à un espace vectoriel <strong>de</strong> dimension<br />
2n+1, au lieu d’un espace <strong>de</strong> dimension 1 comme nous<br />
Soit <strong>de</strong>ux vecteurs non nuls, ! v <strong>et</strong> ! u non parallèles <strong>et</strong> non<br />
orthogonaux ; la projection orthogonale <strong>de</strong> ! v sur ! u (notée<br />
! v! u ) est l’unique vecteur pour lequel<br />
1) ! v! u / / ! u<br />
2) ! v ! ! v ! u " ! u.<br />
Algébriquement, la première condition s’exprime par le fait<br />
que la projection ! v! u est combinaison linéaire <strong>de</strong> ! u : il existe<br />
un scalaire k tel que ! v ! u = k ! u , alors que l’orthogonalité<br />
imposée par la secon<strong>de</strong> condition s’écrit (! v ! ! v ! u )i ! u = 0.<br />
Nous avons donc proposé une généralisation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
définition pour pouvoir l’appliquer à un espace quelconque E<br />
<strong>de</strong> dimension n. Nous obtenons :<br />
« Soit un vecteur ! v d’un espace W <strong>et</strong> soit E un sous-espace<br />
!<br />
<strong>de</strong> dimension n, muni d’une base v ,<br />
1 ! v ,...,<br />
2 ! v . La<br />
n<br />
!<br />
projection orthogonale (notée v ) est l’unique vecteur pour<br />
E<br />
lequel<br />
!<br />
1) v ! E<br />
E<br />
!<br />
2) v ! ! v " E. »<br />
E<br />
Dans c<strong>et</strong>te généralisation, la première condition se traduit par<br />
!<br />
le fait que la projection v est combinaison linéaire <strong>de</strong>s<br />
E<br />
!<br />
vecteurs v ,<br />
1 ! v ,...,<br />
2 ! v <strong>de</strong> la base <strong>de</strong> E : il existe donc <strong>de</strong>s<br />
n<br />
scalaires k 1 ,..., k ! ! !<br />
tels que v = k v + ... + k v . La secon<strong>de</strong><br />
n E 1 1 n n<br />
!<br />
condition exige que le vecteur v ! ! v soit orthogonal à<br />
E<br />
l’espace E. En particulier, il doit être orthogonal à tous les<br />
vecteurs <strong>de</strong> la base <strong>de</strong> E, ce qui s’écrit<br />
À partir <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te définition, nous pouvons développer une<br />
formule qui nous perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> calculer la projection<br />
orthogonale, lorsque la base <strong>de</strong> E est orthogonale.<br />
( ! v ! ! v )i E ! v = 0, ( 1 ! v ! ! v )i E ! v = 0,...,( 2 ! v ! ! v )i E ! v = 0.<br />
n<br />
!<br />
Soit e , 1 ! e ,..., 2 ! e une base orthogonale du sous-espace E<br />
n<br />
dans W, soit ! !<br />
F un vecteur <strong>de</strong> W <strong>et</strong> soit F la projection<br />
E<br />
orthogonale <strong>de</strong> ! F sur le sous-espace E. La première<br />
! ! !<br />
condition donne F = k e + ... + k e <strong>et</strong> la secon<strong>de</strong> :<br />
E 1 1 n n ( ! F ! ! F ) • E ! e = 0 , i = 1, ...,n <strong>de</strong>vient donc, après substitution,<br />
i ( ! ! !<br />
F ! (k e + ... + k e )) • 1 1 n n ! e = 0 i = 1,..., n , c’est à dire<br />
i<br />
!<br />
F • ! e ! k ( i 1 ! e • 1 ! e ) + ... + k ( i n ! e • n ! e ) = 0 i = 1,..., n .<br />
i<br />
1<br />
PAPILLON, Vincent. Vecteurs, matrices <strong>et</strong> nombres complexes,<br />
Modulo, Mont-Royal, 1993, p. 61.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 114 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
L’approche par problème vécue par les élèves Audrey Corbeil-Therrien,, Guillaume Lapointe <strong>et</strong> Geneviève Vézina<br />
Par l’orthogonalité <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> la base, on a alors que<br />
!<br />
F • ! ! 2<br />
e ! k (0) + ... + k e + ... + k (0) = 0 i = 1,..., n ,<br />
i 1 i i<br />
n<br />
!<br />
F •<br />
d’où k =<br />
i ! B. En eff<strong>et</strong>, on peut montrer que le produit scalaire <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
ei i = 1,..., n ,<br />
! 2<br />
ei !<br />
<strong>et</strong> ! F •<br />
F =<br />
E<br />
vecteurs distincts quelconques <strong>de</strong> B est nul, ce qui indique<br />
que ces <strong>de</strong>ux vecteurs sont orthogonaux. À l’ai<strong>de</strong> d’un<br />
théorème que nous avons élaboré mais que nous ne<br />
présentons pas ici, il nous est possible d’affirmer que tout<br />
ensemble <strong>de</strong> vecteurs orthogonaux <strong>de</strong>ux à <strong>de</strong>ux est<br />
linéairement indépendant. Donc l’ensemble B respecte les<br />
<strong>de</strong>ux conditions lui perm<strong>et</strong>tant d’être une base <strong>de</strong> l’espace<br />
<strong>de</strong>s polynômes trigonométriques. De plus, c<strong>et</strong>te base est<br />
orthogonale, perm<strong>et</strong>tant ainsi <strong>de</strong> l’utiliser pour la technique<br />
<strong>de</strong> projection orthogonale.<br />
! !<br />
e<br />
1 ! F •<br />
e +<br />
! 2 1<br />
e1 ! !<br />
e<br />
2 ! F •<br />
e + ... +<br />
! 2 2<br />
e2 ! e<br />
k !<br />
e .<br />
! 2 n<br />
en On remarque que<br />
!<br />
F =<br />
E ! F! +<br />
e1<br />
! F! + ... +<br />
e2<br />
! F! , où<br />
en<br />
sur la droite engendrée par<br />
P(x) = a 0 + a 1 cos !x + a 2 cos 2!x + ... + a n cos n!x +<br />
b 1 sin !x + b 2 sin 2!x + ... + b n sin n!x<br />
!<br />
F E peut aussi s’écrire :<br />
!<br />
F E est la projection orthogonale<br />
!<br />
e i , i = 1,..., n.<br />
Nous avons maintenant une formule perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> trouver<br />
la projection orthogonale sur un espace. Cependant, c<strong>et</strong>te<br />
formule utilise la notion <strong>de</strong> produit scalaire, une notion que<br />
nous n’avons pas définie dans notre espace P <strong>de</strong>s polynômes<br />
trigonométriques décrit précé<strong>de</strong>mment. La définition<br />
axiomatique du produit scalaire indique qu’il est à la fois<br />
commutatif, distributif sur la somme vectorielle <strong>et</strong> distributif<br />
sur la multiplication par un scalaire. De plus, le produit<br />
scalaire d’un vecteur avec lui-même donne le carré <strong>de</strong> sa<br />
norme. On peut satisfaire à c<strong>et</strong>te définition si on définit le<br />
produit scalaire <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux fonctions f <strong>et</strong> g par la formule<br />
"<br />
f • g = # f (x)g(x)dx .<br />
!"<br />
Puisque les fonctions <strong>de</strong> l’espace P sont périodiques <strong>de</strong><br />
pério<strong>de</strong> 2 ! , nous pouvons les étudier sur une seule pério<strong>de</strong>.<br />
Nous avons choisi <strong>de</strong> travailler sur une pério<strong>de</strong> étalée <strong>de</strong> - !<br />
à ! . Par une simple transformation affine il sera possible <strong>de</strong><br />
se ramener à la pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> notre signal. Toutefois, il faut<br />
d'abord définir une base orthogonale <strong>de</strong> l'espace P.<br />
Une base d’un espace vectoriel doit pouvoir engendrer<br />
chaque vecteur <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace. De plus, chaque élément <strong>de</strong> la<br />
base doit être linéairement indépendant <strong>de</strong> tous les autres. Si<br />
nous regardons l’espace vectoriel formé <strong>de</strong> tous les<br />
polynômes trigonométriques <strong>de</strong> la forme<br />
une base possible serait formée <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s monômes, ce<br />
qui nous donnerait :<br />
B = 1,cos ( ! x),cos(<br />
2! x),...,cos(n!<br />
x)<br />
! { sin ( ! x),sin<br />
( 2! x),...,sin(n!<br />
x) }<br />
{ }<br />
Vérifions si c<strong>et</strong> ensemble respecte les <strong>de</strong>ux conditions.<br />
D’abord, en utilisant <strong>de</strong>s combinaisons linéaires, il est<br />
possible d’obtenir tous les vecteurs <strong>de</strong> l’espace. Ensuite, à<br />
l’ai<strong>de</strong> du produit scalaire décrit précé<strong>de</strong>mment, il est possible<br />
<strong>de</strong> vérifier l’indépendance linéaire <strong>de</strong>s vecteurs <strong>de</strong> l’ensemble<br />
Maintenant il est possible d'appliquer la formule <strong>de</strong><br />
projection orthogonale <strong>de</strong> la fonction F sur l'espace P.<br />
Le produit scalaire tel qu’il a été présenté auparavant ne peut<br />
être calculé algébriquement, puisque le graphique est<br />
constitué <strong>de</strong> points <strong>et</strong> non d’une fonction continue. Il faut<br />
donc avoir recours à une métho<strong>de</strong> numérique pour<br />
approximer le résultat. Comme métho<strong>de</strong> d’intégration<br />
numérique, notre choix s’est arrêté sur la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
trapèzes. C<strong>et</strong>te métho<strong>de</strong> nous <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> diviser notre<br />
intervalle <strong>de</strong> temps en plusieurs sous-intervalles <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur<br />
x, la distance entre <strong>de</strong>ux instants. L’aire <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s<br />
trapèzes formés par <strong>de</strong>ux points consécutifs du graphique est<br />
ensuite calculée. La sommation <strong>de</strong> tous ces trapèzes est une<br />
approximation <strong>de</strong> l’intégrale numérique recherchée. On peut<br />
alors approximer le produit scalaire <strong>de</strong> la fonction f sur un<br />
élément <strong>de</strong> la base <strong>de</strong> l'espace P, nommé g, par<br />
f ig = f (x)g(x)dx !<br />
"x( f (x)g(x)+ f (x )g(x ))<br />
i+1 i+1 ,<br />
2<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 115 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
&<br />
%<br />
$%<br />
N<br />
#<br />
i =1<br />
où N est le nombre <strong>de</strong> points sur l’intervalle que l’on cherche<br />
à calculer.<br />
C<strong>et</strong>te métho<strong>de</strong> nous perm<strong>et</strong>tra donc d’approximer l’intégrale<br />
nécessaire au calcul <strong>de</strong> la projection orthogonale.<br />
C’est à l’ai<strong>de</strong> du logiciel SystemView que le signal fut<br />
reproduit. Ce logiciel perm<strong>et</strong> d’obtenir un fichier sonore <strong>de</strong><br />
type wav à la sortie, donc un fichier qui pouvait être joué<br />
directement dans un haut-parleur. Ci-<strong>de</strong>ssous il y a le<br />
graphique du signal original <strong>et</strong> la projection orthogonale <strong>de</strong><br />
ce signal produit à l'ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> Maple6. C<strong>et</strong>te projection a été<br />
faite avec un polynôme <strong>de</strong> <strong>de</strong>gré n égal à 80 <strong>et</strong><br />
l'approximation <strong>de</strong>s intégrales à l'ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
trapèzes a été faite avec 182 points.<br />
Enfin, nous avons tenté <strong>de</strong> casser notre verre <strong>de</strong> cristal avec<br />
le signal sonore. Le verre a répondu au signal, mais sans<br />
casser. En eff<strong>et</strong>, le verre s’est mis à vibrer avec intensité sans<br />
toutefois éclater. Nous croyons que cela est dû au fait que<br />
notre verre n’avait pas <strong>de</strong> pied <strong>et</strong> qu’il était impossible <strong>de</strong> le<br />
fixer convenablement. Il dissipait l’énergie par un mouvement<br />
latéral par rapport à la surface sur laquelle il était<br />
déposé. Il nous est donc impossible d’affirmer que la<br />
reproduction du signal sonore perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> casser le verre <strong>de</strong><br />
cristal. Toutefois, les résultats obtenus laissent un doute. Il<br />
faudrait répéter l’expérience avec un verre à pied. L’histoire<br />
du verre <strong>de</strong> cristal brisé par son on<strong>de</strong> sonore reste donc, pour<br />
nous, un mystère.
L’approche par problème vécue par les élèves Audrey Corbeil-Therrien,, Guillaume Lapointe <strong>et</strong> Geneviève Vézina<br />
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1<br />
Fig.2 Pression, en fonction du temps, lors d’une pério<strong>de</strong> du<br />
signal sonore du verre <strong>de</strong> cristal<br />
Fig.3 Fonction modélisant le signal sonore (Maple6)<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 116 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Arrimage<br />
secondaire-collégial,<br />
formalisme <strong>et</strong> démonstration<br />
Dans c<strong>et</strong> article, nous nous proposons <strong>de</strong> discuter <strong>de</strong> la préparation, reçue <strong>de</strong>s<br />
élèves du secondaire, au formalisme <strong>et</strong> au raisonnement hypothético-déductif, en<br />
vue <strong>de</strong> ce qui en est exigé au cégep, entre autres dans les cours <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong><br />
sigles NYA, NYB <strong>et</strong> NYC. Pour mieux comprendre <strong>et</strong> cerner les difficultés vécues au<br />
passage du secondaire au collégial vis-à-vis les exigences accrues en matière <strong>de</strong><br />
formalisme, nous analysons <strong>de</strong>s productions d'étudiants d'un cours d'algèbre<br />
linéaire <strong>de</strong> niveau collégial (MATH-704). Nous comparons ensuite les apprentissages<br />
du formalisme <strong>et</strong> <strong>de</strong> la démonstration mathématique tels que, selon notre<br />
évaluation, les ancien <strong>et</strong> nouveau programmes du secondaire les m<strong>et</strong>tent en œuvre.<br />
Claudia Corriveau<br />
UQAM<br />
corriveauc@<br />
hotmail.com<br />
Denis Tanguay<br />
UQAM<br />
tanguay.<strong>de</strong>nis<br />
@uqam.ca<br />
Remerciements<br />
Nous tenons à<br />
remercier les<br />
enseignants du<br />
collégial qui ont<br />
accepté <strong>de</strong> participer<br />
à la consultation<br />
décrite en<br />
introduction.<br />
Nous sommes<br />
également très<br />
reconnaissants à<br />
Diane Demers,<br />
d’abord pour sa<br />
précieuse<br />
collaboration, sans<br />
laquelle le présent<br />
article n’aurait<br />
jamais vu le jour,<br />
ensuite pour ses<br />
suggestions, qui ont<br />
contribué à améliorer<br />
l’article.<br />
e programme Mathématique 536, en<br />
vigueur <strong>de</strong>puis 1998 <strong>et</strong> qui le restera<br />
jusqu’à ce que le nouveau programme<br />
soit implanté en 5e L<br />
secondaire, a été conçu <strong>de</strong><br />
façon à préparer l’élève à <strong>de</strong> possibles étu<strong>de</strong>s<br />
scientifiques au collégial, <strong>et</strong> même au-<strong>de</strong>là.<br />
Cela signifie entre autres qu’à travers les<br />
programmes Mathématique 436 <strong>et</strong> Mathématique<br />
536, l’élève <strong>de</strong>vrait être initié à un certain<br />
formalisme, comme le laisse entendre l’extrait<br />
suivant :<br />
De plus, [...] démonstrations <strong>et</strong> preuves <strong>de</strong>vraient<br />
être constamment présentes, autant en algèbre<br />
qu’en géométrie. L’élève qui suit ce cours<br />
poursuivra probablement <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s supérieures ; il<br />
faut donc lui assurer une préparation appropriée<br />
en relevant graduellement le niveau <strong>de</strong> traitement<br />
<strong>de</strong> la mathématique (MEQ, 1998, p. 16).<br />
La question se pose donc : comment<br />
aménager le cours MATH 536 en vue <strong>de</strong><br />
mieux préparer les élèves aux cours <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> du Cégep, <strong>et</strong> notamment aux<br />
exigences <strong>de</strong> formalisme accrues dans ces<br />
cours. C’est en cherchant à répondre à c<strong>et</strong>te<br />
question que, dans le cadre d’un proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> fin<br />
<strong>de</strong> formation au Baccalauréat en enseignement<br />
secondaire (concentration mathématique)<br />
mené avec une collègue, l’auteure du présent<br />
article proposait à une soixantaine <strong>de</strong><br />
professeurs <strong>de</strong> différents cégeps québécois un<br />
questionnaire <strong>de</strong> dix questions, auquel dix<br />
professeurs ont répondu. Un premier compterendu<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te enquête est paru dans<br />
Corriveau <strong>et</strong> Parenteau (2005). De ce proj<strong>et</strong>,<br />
nous présentons ici quelques éléments<br />
significatifs. La Question 3, par exemple, allait<br />
comme suit : « Quelles difficultés (<strong>mathématiques</strong>,<br />
non organisationnelles) rencontrent les<br />
étudiants au début <strong>de</strong> leur apprentissage ? »<br />
L’extrait suivant est tiré d’une entrevue avec<br />
un <strong>de</strong>s répondants.<br />
L’enseignant veut justifier tout ce qu’il fait au<br />
tableau, mais les étudiants ne comprennent pas<br />
pourquoi ça doit être fait. Faire une preuve, c’est<br />
l’enfer ! Il faut arriver rapi<strong>de</strong>ment à une finalité en<br />
disant à quoi ça sert. [...] Ils n’ont pas le sens <strong>de</strong><br />
la preuve : pourquoi raisonner en <strong>mathématiques</strong> ?<br />
[...] L’algèbre est un gros obstacle. Par exemple,<br />
la factorisation, la mise en évi<strong>de</strong>nce, le produit <strong>de</strong><br />
racines carrées…<br />
C<strong>et</strong> autre extrait a été donné par écrit :<br />
L’arrivée au collégial est souvent un choc. Le<br />
rythme est plus rapi<strong>de</strong> qu’au secondaire, les suj<strong>et</strong>s<br />
sont fortement dépendants les uns <strong>de</strong>s autres,<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 117 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />
surtout en calcul. Ce qui constituait un exercice en soi au<br />
secondaire (une décomposition en facteurs par exemple) <strong>de</strong>vient une<br />
simple étape dans la résolution d’un problème plus complexe au<br />
collégial. [...] En algèbre linéaire, à un certain point du cours, le<br />
niveau d’abstraction augmente brusquement. Il faut avoir du métier<br />
pour préparer <strong>de</strong> longue main ces passages difficiles pour les élèves,<br />
mais même dans ces conditions, l’expérience peut s’avérer difficile <strong>et</strong><br />
frustrante, pour les étudiants <strong>et</strong> le professeur !<br />
À la Question 8, « Avec quels concepts abordés les étudiants<br />
ont-ils plus <strong>de</strong> difficulté ? », l’enseignant interviewé<br />
répondait entre autres : « LA PREUVE. La justification du<br />
recours aux preuves. La limite (mais ça dépend <strong>de</strong><br />
l’approche qu’on lui donne…). » Parmi les réponses écrites,<br />
on trouve « L’algèbre <strong>et</strong> le raisonnement logique » ou encore<br />
c<strong>et</strong>te autre : « La manipulation <strong>de</strong> fractions, la manipulation<br />
<strong>et</strong> la simplification d’expressions algébriques. Aussi, les<br />
rudiments <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s ensembles (les diagrammes <strong>de</strong><br />
Venn, les opérations ∩ <strong>et</strong> ∪ ainsi que le symbolisme ∈, ∉,<br />
⊆, ⊄, ∅). » Pour finir, nous reproduisons <strong>de</strong>ux extraits <strong>de</strong><br />
réponses écrites à la Question 10 : « Sachant qu’un nouveau<br />
programme d’étu<strong>de</strong>s est en rédaction pour le <strong>de</strong>uxième cycle<br />
du secondaire, avez-vous <strong>de</strong>s recommandations à faire ? »<br />
À mon humble avis, le programme actuel est trop diversifié. On<br />
pourrait par exemple, ne pas abor<strong>de</strong>r les <strong>statistique</strong>s <strong>de</strong>scriptives en<br />
536. On a l’impression que le temps accordé à chaque thème est<br />
insuffisant pour perm<strong>et</strong>tre une assimilation plus profon<strong>de</strong>. On<br />
aurait intérêt à toucher moins <strong>de</strong> suj<strong>et</strong>s, moins <strong>de</strong> notions <strong>et</strong> se<br />
consacrer davantage aux habil<strong>et</strong>és opératoires essentielles.<br />
... faire l’algèbre correctement <strong>et</strong> plus <strong>de</strong> géométrie.<br />
En résumé, il ressort <strong>de</strong> l’enquête que les professeurs <strong>de</strong><br />
Cégep évaluent la préparation <strong>de</strong>s élèves du secondaire<br />
comme déficiente :<br />
• pour les cours NYA <strong>et</strong> NYB 1, surtout en ce qui a<br />
trait aux manipulations algébriques, aux notions <strong>de</strong><br />
composition <strong>de</strong> fonctions <strong>et</strong> <strong>de</strong> fonction réciproque ;<br />
• pour le cours NYC 2, surtout en ce qui a trait au<br />
formalisme, aux démonstrations, à la rigueur, aux<br />
rudiments <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s ensembles <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
logique propositionnelle.<br />
Dans le présent article, nous nous attacherons plus<br />
particulièrement à la préparation <strong>de</strong>s élèves du secondaire à<br />
un certain formalisme <strong>et</strong> à la démonstration. Par conséquent,<br />
ce sont les cours d’Algèbre linéaire (NYC, 105, 704, …) qui<br />
r<strong>et</strong>iendront notre attention 3 . Nous présenterons un aperçu<br />
<strong>de</strong>s travaux <strong>de</strong>s didacticiens, pour en r<strong>et</strong>enir certains<br />
éléments théoriques sur la base <strong>de</strong>squels nous analyserons<br />
quelques productions d’étudiants d’un cours d’Algèbre<br />
linéaire (MATH-704). Nous chercherons à y évaluer les<br />
capacités <strong>de</strong>s étudiants, à mieux diagnostiquer leurs<br />
difficultés, leurs faiblesses, à mieux comprendre <strong>et</strong> préciser<br />
ce que les didacticiens désignent par « obstacle du<br />
formalisme » en algèbre linéaire. Nous comparerons ensuite<br />
le programme actuel <strong>de</strong> MATH 536 <strong>et</strong> le nouveau<br />
programme du secondaire, afin <strong>de</strong> déterminer si celui-ci est<br />
susceptible <strong>de</strong> mieux préparer les élèves pour affronter ces<br />
difficultés.<br />
1. Quelques repères théoriques<br />
1.1. L’obstacle du formalisme<br />
Dans la littérature en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, on peut<br />
lire entre autres sur les travaux <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong> J.-L. Dorier<br />
menés en France, <strong>de</strong> G. Harel aux États-Unis <strong>et</strong> <strong>de</strong> A.<br />
Sierpinska au Québec, <strong>et</strong> qui portent tous trois sur l’algèbre<br />
linéaire. Ces didacticiens s’enten<strong>de</strong>nt sur la nature<br />
formalisatrice, généralisatrice <strong>et</strong> unificatrice <strong>de</strong> plusieurs <strong>de</strong>s<br />
concepts abordés en algèbre linéaire, ceux-ci commandant<br />
par conséquent un niveau d’abstraction qui se pose en<br />
obstacle pour les étudiants. Au collégial, le cours d’Algèbre<br />
linéaire est le plus abstrait auquel ceux-ci sont confrontés. Ils<br />
sont amenés à traiter <strong>de</strong>s expressions <strong>et</strong> symboles nouveaux,<br />
souvent introduits <strong>de</strong> manière implicite par l’enseignant. Les<br />
manipulations sur les nouveaux obj<strong>et</strong>s se constituent en <strong>de</strong><br />
nouvelles algèbres (vectorielle <strong>et</strong> matricielle) plus complexes<br />
que l'algèbre du secondaire. On remarque c<strong>et</strong>te complexité<br />
lorsque les étudiants produisent <strong>de</strong>s résultats incohérents ou<br />
vi<strong>de</strong>s <strong>de</strong> sens. Dorier <strong>et</strong> al. (1997, p. 116) mentionnent que :<br />
Pour la majorité <strong>de</strong>s étudiants [<strong>de</strong> 18 à 20 ans qui en sont à leur<br />
premier cours d’Algèbre linéaire], l’algèbre linéaire n’est qu’un<br />
catalogue <strong>de</strong> notions très abstraites qu’ils n’arrivent pas à se représenter ;<br />
<strong>de</strong> plus, ils sont submergés sous une avalanche <strong>de</strong> mots nouveaux, <strong>de</strong><br />
symboles nouveaux, <strong>de</strong> définitions nouvelles <strong>et</strong> <strong>de</strong> théorèmes nouveaux.<br />
Pour c<strong>et</strong>te raison, les difficultés <strong>de</strong>s étudiants en algèbre<br />
linéaire relèvent <strong>de</strong> ce que Dorier <strong>et</strong> al. appellent « l’obstacle<br />
du formalisme ». Sierpinska ajoute :<br />
L’obstacle du formalisme se manifeste chez les étudiants qui opèrent sur la<br />
forme <strong>de</strong>s expressions, sans considérer ces expressions comme faisant<br />
référence à autre chose qu’à elles-mêmes. Un <strong>de</strong>s symptômes en est la<br />
confusion entre différentes catégories d’obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong> ; par exemple,<br />
les ensembles sont traités comme <strong>de</strong>s éléments d’ensembles, les<br />
transformations comme <strong>de</strong>s vecteurs, les relations comme <strong>de</strong>s équations, les<br />
vecteurs comme <strong>de</strong>s nombres, <strong>et</strong> ainsi <strong>de</strong> suite. L’obstacle du formalisme<br />
fait produire aux étudiants un discours qui a les apparences du discours<br />
utilisé par l’enseignant ou le manuel. Pour être efficaces en tant<br />
qu’étudiants, ceux-ci vont souvent développer <strong>de</strong>s automatismes. Un <strong>de</strong> ces<br />
automatismes est <strong>de</strong> construire une matrice <strong>et</strong> <strong>de</strong> réduire à chaque fois<br />
qu’ils le peuvent, quelle que soit la question qui leur est <strong>de</strong>mandée<br />
(Sierpinska <strong>et</strong> al., 1999, p. 12 ; trad. Tanguay, 2002, p. 37).<br />
Dorier a <strong>de</strong> plus mis en évi<strong>de</strong>nce une corrélation<br />
relativement n<strong>et</strong>te entre les manifestations <strong>de</strong> l’obstacle du<br />
formalisme <strong>et</strong> les lacunes <strong>de</strong>s étudiants en théorie <strong>de</strong>s<br />
ensembles.<br />
1.2. Nouvelles pratiques attendues<br />
Dans un article <strong>de</strong> 1998, A. Robert cherche à i<strong>de</strong>ntifier <strong>et</strong><br />
analyser les spécificité <strong>et</strong> complexité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> du<br />
lycée <strong>et</strong> <strong>de</strong>s premières années d’université (15 à 19 ans).<br />
Outre les attentes accrues en ce qui a trait au travail<br />
personnel, à la plus gran<strong>de</strong> autonomie requise <strong>de</strong> chaque<br />
élève-étudiant, ce sont surtout les exigences nouvelles en<br />
matière <strong>de</strong> démonstration, <strong>de</strong> formalisation <strong>et</strong> plus<br />
généralement, <strong>de</strong> pratiques <strong>mathématiques</strong> que l’auteure<br />
qualifie « d’expertes » qui r<strong>et</strong>iennent son attention <strong>et</strong><br />
inci<strong>de</strong>mment, la nôtre. Elle repère entre autres les éléments<br />
<strong>de</strong> complexité que nous énumérons ci-<strong>de</strong>ssous 4. Ses<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 118 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />
exemples sont le plus souvent puisés au domaine <strong>de</strong><br />
l’Analyse. Les nôtres seront choisis en Algèbre linéaire.<br />
1. Des types <strong>de</strong> problèmes jamais rencontrés jusqu’alors.<br />
Par exemple, montrer que le produit <strong>de</strong> Lie (défini pour<br />
<strong>de</strong>ux matrices carrées A <strong>et</strong> B <strong>de</strong> même format comme la<br />
matrice AB–BA) n’est pas associatif.<br />
2. Pluralité d’arguments à faire intervenir concurremment pour un<br />
problème donné.<br />
Par exemple, déterminer le volume d’un tétraèdre dont les<br />
coordonnées <strong>de</strong>s somm<strong>et</strong>s sont connues. On doit alors faire<br />
le lien entre le tétraèdre <strong>et</strong> le parallélépipè<strong>de</strong> (<strong>de</strong> même<br />
hauteur, dont l’aire <strong>de</strong> la base est double <strong>de</strong> celle du<br />
tétraèdre) engendré par trois vecteurs bien choisis, entre les<br />
somm<strong>et</strong>s donnés <strong>et</strong> ces vecteurs, entre le volume <strong>de</strong> ce<br />
parallélépipè<strong>de</strong> <strong>et</strong> le produit mixte <strong>de</strong>s trois vecteurs, ou<br />
encore le déterminant <strong>de</strong> la matrice construite sur ces trois<br />
vecteurs.<br />
3. Arguments à appliquer à répétition...<br />
... quand par exemple, pour étudier le signe d’un<br />
discriminant (variable), il faut utiliser un autre discriminant.<br />
4. Sélection d’information. Théorème à appliquer « en partie »<br />
seulement.<br />
Par exemple, déduire <strong>de</strong> la valeur du produit vectoriel<br />
!!!" !!!"<br />
AB! AC que les points A, B <strong>et</strong> C ne sont pas alignés.<br />
5. Changements (à la charge <strong>de</strong> l’élève-étudiant) <strong>de</strong> cadre, <strong>de</strong> registre<br />
<strong>de</strong> représentations, <strong>de</strong> point <strong>de</strong> vue, d’angle d’attaque.<br />
Ce sera le cas par exemple quand on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> déterminer<br />
la position relative <strong>de</strong> trois plans dans l’espace, ce qui<br />
nécessite le passage du cadre <strong>de</strong> la géométrie vectorielle au<br />
cadre <strong>de</strong>s systèmes d’équations linéaires. Autre exemple : on<br />
peut avoir à établir que A, B <strong>et</strong> C sont alignés en « réinter-<br />
!!!" !!!"<br />
prétant » l’énoncé comme C ! AB ou encore, AB <strong>et</strong> AC<br />
sont multiples scalaires l’un <strong>de</strong> l’autre. Etc.<br />
6. Quantifications implicites à repérer, à prendre en compte...<br />
... quand par exemple il faut vérifier les conditions <strong>de</strong><br />
ferm<strong>et</strong>ure, pour déterminer si tel sous-ensemble constitue<br />
un sous-espace d’un espace vectoriel donné, <strong>et</strong> pour<br />
déterminer sinon quel est le sous-espace engendré par ce<br />
sous-ensemble.<br />
À ces éléments, nous ajoutons les difficultés plus<br />
généralement liées aux structures déductives, <strong>de</strong> plus en plus<br />
complexes: arbre plutôt que chaîne d’inférences (cf. par ex.<br />
Tanguay, 2005), preuves par l’absur<strong>de</strong>, par contraposition,<br />
par cas, <strong>et</strong>c.<br />
2. Analyses diagnostiques<br />
2.1. La tâche<br />
Nous tentons <strong>de</strong> mieux comprendre les difficultés vécues<br />
par les étudiants à travers l’analyse <strong>de</strong> productions<br />
d’étudiants, recueillies dans le cadre d’un cours <strong>de</strong> sigle<br />
MATH-704 5, donné au Collège <strong>de</strong> Maisonneuve à l’hiver<br />
2006. Les participants <strong>de</strong> notre recherche en étaient à leur<br />
quatrième session au Cégep <strong>et</strong> avaient complété les cours <strong>de</strong><br />
Calcul différentiel <strong>et</strong> <strong>de</strong> Calcul intégral. Le groupe comptait 26<br />
étudiants. Nous avons pu obtenir les 21 copies remises pour<br />
le premier <strong>de</strong>voir, élaboré <strong>et</strong> soumis par le professeur en<br />
charge du cours. Nous avons utilisé 11 à 12 <strong>de</strong>s 21 copies<br />
(selon les questions) pour faire l’analyse, rej<strong>et</strong>ant celles que la<br />
reproduction avait rendues difficilement lisibles. La première<br />
question du <strong>de</strong>voir était la suivante :<br />
Soit An×n une matrice inversible. En utilisant la définition<br />
d’une matrice inverse, montrer que<br />
a) (AT) –1 = (A –1) T<br />
b) (kA) –1 = (1/k) A –1<br />
2.2. Analyse a priori<br />
Compte tenu <strong>de</strong> la consigne, <strong>de</strong> ce que nous connaissons <strong>de</strong>s<br />
notes <strong>de</strong> cours <strong>et</strong> <strong>de</strong>s résultats couverts au moment où la<br />
tâche a été soumise, nous avançons que la démonstration<br />
attendue pour la Question 1a aurait dû ressembler à la<br />
démonstration présentée à la Figure 1.<br />
Démonstration<br />
Selon les notations établies en cours, (AT) –1 désigne l’inverse<br />
<strong>de</strong> la matrice AT. Si nous parvenons à montrer que (A –1) T est<br />
aussi l’inverse <strong>de</strong> AT, c’est-à-dire que la multiplication <strong>de</strong> ces<br />
<strong>de</strong>ux matrices donne bien l’i<strong>de</strong>ntité, par unicité <strong>de</strong> l’inverse<br />
d’une matrice carrée, nous aurons que (A T) –1 = (A<br />
Évaluons sommairement la difficulté <strong>de</strong> la tâche, à partir <strong>de</strong>s<br />
éléments <strong>de</strong> complexité décrits à la section 1.2.<br />
• Il s’agit effectivement d’un type <strong>de</strong> démonstration assez<br />
éloigné <strong>de</strong> ce à quoi les étudiants sont habitués.<br />
• Il y a bien une pluralité d’arguments à coordonner, mais<br />
elle est relativement restreinte : définition <strong>et</strong> unicité <strong>de</strong><br />
l’inverse, propriété <strong>de</strong> la transposition d’un produit,<br />
symétrie <strong>de</strong> l’i<strong>de</strong>ntité.<br />
• Il n’y a pas d’arguments à appliquer à répétition, il n’y a<br />
pas d’information à sélectionner dans les résultats<br />
invoqués.<br />
• Il n’y a pas <strong>de</strong> changement <strong>de</strong> cadres ou <strong>de</strong> registres <strong>de</strong><br />
représentation à effectuer dans la mesure où le cadre est<br />
celui <strong>de</strong> l’algèbre matricielle <strong>et</strong> où la consigne impose un<br />
registre précis, qui est celui <strong>de</strong> l’énoncé, avec les matrices<br />
désignées par <strong>de</strong>s majuscules 6 .<br />
• Il n’y a pas <strong>de</strong> quantification implicite à repérer (sinon<br />
que <strong>de</strong> comprendre que la démonstration doit être<br />
valable pour toute matrice carrée). La structure déductive<br />
n’est pas particulièrement complexe.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 119 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
–1) T.<br />
Vérifions :<br />
(A –1) T AT = (AA –1) T par la propriété <strong>de</strong> la transposition<br />
d’un produit,<br />
= (I) T par définition <strong>de</strong> l’inverse d’une<br />
matrice donnée,<br />
= I car la matrice i<strong>de</strong>ntité est<br />
symétrique.<br />
On vérifie <strong>de</strong> la même façon que AT (A –1) T = I.<br />
Donc, (A –1) T est bien l’inverse <strong>de</strong> AT, ce qui démontre que<br />
(AT) –1 = (A –1) T.<br />
Figure 1 La démonstration attendue
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />
De prime abord, on aurait donc tendance à évaluer c<strong>et</strong>te<br />
tâche comme relativement simple. On peut par ailleurs<br />
penser qu’à travers c<strong>et</strong>te tâche, le professeur visait un travail<br />
<strong>de</strong> mise en fonctionnement <strong>de</strong>s règles <strong>et</strong> définitions (liées au<br />
produit, à l’inverse, au neutre, à la transposition, dans le<br />
cadre <strong>de</strong> l’algèbre matricielle), comme le suggère d’ailleurs la<br />
consigne. Donc en ce sens, la tâche ne vise pas<br />
exclusivement un travail sur la démonstration, qui y<br />
intervient au moins autant comme outil que comme obj<strong>et</strong>,<br />
au sens <strong>de</strong> Douady (1986).<br />
2.3. Les productions <strong>et</strong> leur analyse<br />
Pour préserver l’anonymat <strong>de</strong>s étudiants, nous avons recopié<br />
leurs productions. Bien entendu, les disposition <strong>et</strong> graphie<br />
ont été reproduites telles quelles.<br />
Analyse <strong>de</strong> la première production<br />
La Figure 2 présente la première production.<br />
Figure 2 La première production<br />
L’étudiant 7 fait montre ici d’une conception ritualiste <strong>de</strong> la<br />
preuve (Harel <strong>et</strong> Martin, 1989), favorisée par l’enseignement<br />
au secondaire :<br />
• On part <strong>de</strong> la définition (l’étudiant interprète la<br />
consigne « En utilisant la définition d’une matrice<br />
inverse, montrer que ... » comme une indication <strong>de</strong> ce<br />
avec quoi il doit partir).<br />
• On manipule.<br />
• On arrive à l’égalité <strong>de</strong>mandée.<br />
Ligne 5. Procédé <strong>de</strong> manipulation (relativement) standard :<br />
on « ajoute 0 » ou on « multiplie par 1 » pour introduire une<br />
<strong>de</strong>s expressions auxquelles on veut arriver. Ici, cela <strong>de</strong>vient<br />
multiplier par I = AT(AT) –1.<br />
L’étudiant est dans un cadre purement calculatoire, parce<br />
que c’est le cadre que comman<strong>de</strong> sa démarche <strong>de</strong> preuve. Il<br />
applique donc <strong>de</strong>s « règles <strong>de</strong> calcul »:<br />
− en perdant <strong>de</strong> vue que ces règles ne sont pas valables<br />
dans le présent contexte (que « T » n’est pas un<br />
exposant) ; qu’elles n’y ont plus <strong>de</strong> sens. Nous<br />
faisons face ici à ce que nous appelons le « paradoxe<br />
<strong>de</strong> l’apprentissage <strong>de</strong> l’algèbre » : on introduit une<br />
nouvelle algèbre (algèbre tout court en 2 e secondaire,<br />
algèbre vectorielle en 5 e secondaire, algèbre<br />
matricielle au cégep) comme outil <strong>de</strong> calcul, « d’automatisation<br />
», « d’algorithmisation » <strong>de</strong>s démarches, <strong>de</strong><br />
prise en charge du raisonnement par le calcul <strong>et</strong> ses<br />
règles. Cela suppose donc qu’on accepte <strong>de</strong> déléguer<br />
à c<strong>et</strong>te algèbre <strong>et</strong> à ses règles une partie du contrôle<br />
<strong>de</strong> la validité <strong>et</strong> du sens 8 . Mais c<strong>et</strong>te abdication<br />
entraîne à son tour <strong>de</strong>s pertes <strong>de</strong> contrôle <strong>et</strong> <strong>de</strong> sens.<br />
− en perdant <strong>de</strong> vue la structure logique <strong>de</strong> la preuve :<br />
si c<strong>et</strong>te règle (à savoir qu’on peut intervertir les<br />
« exposants » T <strong>et</strong> –1) était vraie, on aurait pu<br />
conclure la preuve en une ligne; cela revient aussi à<br />
constater que l’étudiant utilise le résultat à prouver à<br />
l’intérieur <strong>de</strong> la démonstration.<br />
Le cadre calculatoire a certainement provoqué ces pertes <strong>de</strong><br />
sens, <strong>de</strong> contrôle, mais on peut également sans doute les<br />
attribuer au « bruit 9 » engendré par les symboles nouveaux, à<br />
la pression psychologique causée par la vague conscience<br />
qu’a l’étudiant que « A », « T », « –1 » ne désignent plus <strong>de</strong>s<br />
obj<strong>et</strong>s <strong>mathématiques</strong> familiers.<br />
Ligne 7. AA –1 remplacé par I. Il y a ici un manque <strong>de</strong><br />
contrôle <strong>de</strong> la structure logique : si l’expression AA –1 « revient<br />
» à I à la ligne 7, à quoi a-t-elle servi aux lignes 3, 4 <strong>et</strong><br />
5 ?<br />
Ligne 8. Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la grosse perte <strong>de</strong> sens (paradoxe <strong>de</strong><br />
l’apprentissage <strong>de</strong> l’algèbre) qui fait traiter A T comme un<br />
nombre qu’on envoie « en <strong>de</strong>ssous », du côté droit <strong>de</strong><br />
l’équation (en traitant inci<strong>de</strong>mment la matrice i<strong>de</strong>ntité<br />
comme le nombre 1), il y a ici incapacité <strong>de</strong> l’étudiant à<br />
déco<strong>de</strong>r ce qu’il y a à montrer du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong>s<br />
définitions, <strong>et</strong> <strong>de</strong> voir que l’égalité <strong>de</strong> la ligne 7,<br />
A T(A –1) T I = I, traduit en fait exactement ce qu’on doit<br />
démontrer.<br />
À la lumière <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te analyse <strong>et</strong> <strong>de</strong>s diagnostics posés, nous<br />
faisons un premier constat : les difficultés provoquées par<br />
l’introduction <strong>de</strong> nouveaux obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> <strong>de</strong> nouvelles règles <strong>de</strong><br />
manipulation viennent amplifier les difficultés liées au<br />
contrôle du raisonnement déductif <strong>et</strong> <strong>de</strong> sa structure logique;<br />
à moins que ce ne soit l’inverse ! Pour éviter <strong>de</strong> débattre ad<br />
infinitum <strong>de</strong> la poule <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’œuf, disons plus simplement (<strong>et</strong><br />
mathématiquement...) que les difficultés ne s’additionnent<br />
pas, mais se multiplient !<br />
Analyse <strong>de</strong> la <strong>de</strong>uxième production<br />
La Figure 3 présente la <strong>de</strong>uxième production.<br />
Ici, il semble que l’étudiant comprenne mieux comment faire<br />
intervenir la définition <strong>de</strong> la matrice inverse dans la<br />
démonstration. Il adopte un mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> fonctionnement<br />
fréquemment utilisé au secondaire : on part <strong>de</strong> l’égalité à<br />
montrer, qu’on transforme — soit un côté, soit les <strong>de</strong>ux<br />
côtés à la fois — jusqu’à arriver à une égalité qu’on sait être<br />
vraie. C<strong>et</strong>te conduite dénote un manque <strong>de</strong> contrôle sur la<br />
structure logico-déductive <strong>de</strong> la preuve, puisqu’il n’y a<br />
visiblement pas vérification par l’étudiant que le passage <strong>de</strong><br />
chaque égalité à la suivante résulte bien d’une équivalence,<br />
qui seule rendrait vali<strong>de</strong> une telle démarche. Bien entendu, ni<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 120 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />
le signe ⇔, ni le signe ⇒ ne sont utilisés d’une égalité à<br />
l’autre.<br />
Ligne 7. L’utilisation <strong>de</strong> la définition <strong>de</strong> la matrice inverse<br />
est valable, <strong>et</strong> semble-t-il bien contrôlée. Cependant, on ne<br />
sait trop quel statut donner à l’égalité <strong>de</strong> la ligne 8.<br />
Lignes 9 <strong>et</strong> 10. L’étudiant énonce une implication sans se<br />
rendre compte que du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> la structure logique,<br />
c’est en fait la réciproque qui est implicitement utilisée dans<br />
sa démonstration : pour l’étudiant, les lignes 11 à 15<br />
montrent que (A –1) T est « aussi » l’inverse <strong>de</strong> AT. C’est donc<br />
–1) T=(AT) –1<br />
bien l’implication (A –1) Test l’inverse <strong>de</strong> A T ⇒ (A<br />
qui perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> conclure à l’égalité <strong>de</strong> la ligne 16. Par ailleurs,<br />
il est vrai que la proposition sous-jacente est en fait une<br />
équivalence <strong>et</strong> que les <strong>de</strong>ux implications sont valables.<br />
Lignes 11, 12 <strong>et</strong> 13. Le passage <strong>de</strong> la ligne 11 à la ligne 12 à<br />
la ligne 13 est difficile à déco<strong>de</strong>r cognitivement. Nous<br />
ém<strong>et</strong>tons l’hypothèse que ce passage résulterait d’une<br />
« réinterprétation » abusive <strong>de</strong> la règle (AB) T = B T A T,<br />
réinterprétation qui ferait <strong>de</strong> la règle quelque chose comme<br />
l’énoncé « pour faire <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux transpositions une seule dans<br />
un produit, il faut [d’abord] commuter les matrices » ;<br />
énoncé qui expliquerait alors la ligne 12.<br />
Figure 3 La <strong>de</strong>uxième production<br />
Analyse <strong>de</strong> la troisième production<br />
La Figure 4 présente la troisième production.<br />
Figure 4 La troisième production<br />
Dans c<strong>et</strong>te production, on r<strong>et</strong>rouve pratiquement toutes les<br />
erreurs relevées précé<strong>de</strong>mment. Il est difficile <strong>de</strong><br />
comprendre comment s’organise la preuve du point <strong>de</strong> vue<br />
du strict déroulement logique. Nous <strong>de</strong>vons spéculer sur ce<br />
qu’a pu être le raisonnement. Parmi plusieurs possibles,<br />
l’hypothèse décrite ci-<strong>de</strong>ssous est celle qui suppose à<br />
l’étudiant la meilleure compréhension.<br />
L’étudiant veut montrer la Ligne 1, mais va plutôt montrer la<br />
Ligne 2 — équivalente dans son esprit — obtenue <strong>de</strong> la<br />
Ligne 1 en multipliant chaque côté <strong>de</strong> l’égalité par (A T).<br />
L’étudiant manipule le côté droit jusqu’à obtenir la matrice<br />
i<strong>de</strong>ntité à droite, <strong>et</strong> l’égalité (A T) –1(A T)= I. C<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière<br />
serait justifiée par ce qui est entouré d’un nuage, <strong>et</strong> qui<br />
viendrait <strong>de</strong> la définition <strong>de</strong> l’inverse (toujours donnée en<br />
cours sous la forme AA –1 = A –1A = I, ce qui expliquerait la<br />
2 e ligne du nuage). Une fois l’égalité (A T) –1(A T)=I justifiée,<br />
l’égalité à montrer s’en trouve vérifiée (toujours en<br />
supposant qu’elles sont bien équivalentes ; l’étudiant ne<br />
précise bien sûr rien <strong>de</strong> tout cela). Par ailleurs, nous<br />
n’arrivons pas à comprendre la signification <strong>de</strong>s 3 e <strong>et</strong> 4 e<br />
lignes du nuage.<br />
Pour ce qui est du détail <strong>de</strong>s manipulations Ligne 2 à Ligne<br />
6, mentionnons que l’étudiant transpose le produit <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />
matrices sans les commuter (Lignes 3 <strong>et</strong> 4). On peut penser<br />
que comme dans la Production 1, l’étudiant traite « T »<br />
comme un exposant. Il est d’ailleurs très intéressant <strong>de</strong><br />
constater que l’étudiant « sort » d’abord le « T » <strong>de</strong>s<br />
parenthèses (passage <strong>de</strong> la Ligne 2 à la Ligne 3), comme<br />
pour le m<strong>et</strong>tre au même niveau que le « T » qui affecte A –1.<br />
Comme dans la Production 1, il y a ici perte du sens accordé<br />
aux manipulations <strong>et</strong> aux symboles, dont l’accumulation <strong>et</strong> la<br />
nouveauté étourdissent visiblement l’étudiant.<br />
2.4. Bilan <strong>de</strong>s analyses<br />
Pour faire le bilan <strong>de</strong> ces analyses, penchons-nous sur les<br />
pratiques « expertes » (Robert, 1998) qui nous ont permis <strong>de</strong><br />
détecter les failles dans les productions, <strong>et</strong> qui constituent<br />
par ailleurs les éléments <strong>de</strong> compétences que <strong>de</strong>vraient avoir<br />
les étudiants pour contrôler <strong>de</strong> telles productions.<br />
• Contrôle <strong>de</strong> la structure logique <strong>de</strong> tous les instants.<br />
o Repérer dans la 1re copie que le terme A A –1 n’a en<br />
fait pas servi.<br />
o Être conscient du danger (équivalences versus<br />
implications simples) qui gu<strong>et</strong>te celui qui démontre<br />
une égalité qu’on sait être vraie (2e <strong>et</strong> 3e copies).<br />
o Repérer dans la 2 e copie que « si (A T) –1 = (A<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 121 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
–1) T,<br />
alors (A –1) T est aussi matrice inverse <strong>de</strong> A T » est la<br />
réciproque <strong>de</strong> l’implication utilisée dans la<br />
démonstration, <strong>et</strong> ce, bien qu’il y ait équivalence<br />
sous-jacente.<br />
• Conscience constante <strong>de</strong> ce que désignent les symboles<br />
malgré leur nouveauté, <strong>de</strong> ce à quoi s’appliquent les<br />
règles, <strong>de</strong>s règles <strong>de</strong> calcul valables <strong>et</strong> <strong>de</strong> celles non<br />
valables (comme (AB) T = A T B T).<br />
• Facilité (compétence) à lire une égalité dans le bon sens.<br />
Par exemple, la règle (AB) T = B T A T doit en fait être<br />
appliquée <strong>de</strong> droite à gauche dans la démonstration.<br />
• Facilité à reconnaître ou appliquer une définition ou une<br />
propriété quand il faut y remplacer une variable par une<br />
expression complexe (par exemple, appliquer<br />
correctement une règle énoncée avec A, quand A y est<br />
remplacé par BC ou A –1 ou A T).<br />
• Maîtriser le nouveau symbolisme, les nouveaux termes,<br />
particulièrement quand ils rentrent en conflit avec les
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />
anciens. Exemple : ne pas traiter « T » comme un<br />
exposant.<br />
• Savoir interpréter, déco<strong>de</strong>r une règle, une définition. Par<br />
exemple :<br />
(A T) –1 = (A –1) T à déco<strong>de</strong>r comme « l’inverse <strong>de</strong> A T<br />
s’obtient en transposant l’inverse <strong>de</strong> A ». Ce qu’il faut<br />
comprendre ici, dans une égalité qui concentre à<br />
peine une douzaine <strong>de</strong> symboles, parenthèses<br />
comprises, c’est que A est une matrice inversible<br />
dont on connaît (ou dont on pourra éventuellement<br />
calculer) l’inverse A –1 <strong>et</strong> qu’alors, l’inverse <strong>de</strong> A T<br />
s’obtiendra simplement en transposant A –1.<br />
Ce <strong>de</strong>rnier point en particulier nous fait mesurer à quel point<br />
l’évaluation <strong>de</strong> la tâche comme « relativement simple » a<br />
priori (cf. § 2.2) est trompeuse. En cours, la propriété<br />
(AB) T = B T A T avait été énoncée une fois, <strong>et</strong> illustrée par un<br />
exemple (avec matrices 2×2). Un exercice <strong>de</strong>s notes <strong>de</strong><br />
cours <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> montrer que (ABC) T = C T B T A T. Dans la<br />
Question 1a du <strong>de</strong>voir, neuf copies sur douze n’ont pas<br />
utilisé la propriété, ou l’ont utilisée incorrectement. Toujours<br />
pour la Question 1a, on n’arrive pas à déco<strong>de</strong>r l’égalité à<br />
montrer à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la définition <strong>de</strong> la matrice inverse dans<br />
sept copies sur douze. Six copies sur douze traitent « -1 »<br />
comme un exposant dans la Question 1b, <strong>et</strong> passent<br />
directement <strong>de</strong> (kA) –1 à k –1A –1 ou encore à (1/k) A –1. Pour<br />
illustrer davantage le décalage entre les attentes du<br />
professeur <strong>et</strong> les capacités <strong>de</strong>s étudiants, mentionnons enfin<br />
qu’à la Question 2 du <strong>de</strong>voir, où il fallait montrer que<br />
(cof(A)) T=cof(A T), cof(A) désignant la matrice <strong>de</strong>s<br />
cofacteurs <strong>de</strong> A, une seule copie sur onze a fait intervenir<br />
l’invariance du déterminant par transposition — l’argument<br />
central <strong>de</strong> la démonstration — <strong>et</strong> encore était-ce <strong>de</strong> façon<br />
totalement inadéquate.<br />
À la lumière <strong>de</strong> ce qui précè<strong>de</strong>, nous tirons les conclusions<br />
suivantes :<br />
➢ Le secondaire prépare mal aux compétences dont il a<br />
été question ci-<strong>de</strong>ssus, <strong>et</strong> plus généralement au<br />
formalisme <strong>et</strong> à la démonstration.<br />
➢ Un travail d’analyse d’erreurs, comme nous l’avons fait<br />
en § 2.3 <strong>et</strong> § 2.4, perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> mieux mesurer la difficulté<br />
<strong>de</strong> ce qui est <strong>de</strong>mandé aux étudiants. Il serait<br />
souhaitable que les enseignants (du collégial)<br />
s’attachent avec autant d’application que possible à<br />
évaluer ces difficultés, les ruptures <strong>et</strong> sauts cognitifs<br />
impliqués, au besoin par le biais d’un tel travail<br />
d’analyse 10.<br />
➢ Le cas échéant, les enseignants du collégial se seront<br />
alors donné <strong>de</strong> meilleurs moyens pour aménager une<br />
transition moins abrupte vers le formalisme, ce qui<br />
<strong>de</strong>vrait constituer pour eux une préoccupation<br />
constante.<br />
Pour éclairer ce <strong>de</strong>rnier point, nous proposons en annexe un<br />
réaménagement possible <strong>de</strong> la tâche proposée en § 2.1. Nous<br />
avons cherché à prendre en compte les difficultés i<strong>de</strong>ntifiées<br />
en § 2.2, § 2.3 <strong>et</strong> § 2.4 pour gui<strong>de</strong>r le choix <strong>de</strong>s questions<br />
intermédiaires a), b) <strong>et</strong> c), <strong>et</strong> pour fixer les valeurs <strong>de</strong>s<br />
variables didactiques (cf. Artigue, 1998, § B2) : par exemple, <strong>de</strong>s<br />
entrées fractionnaires <strong>et</strong> une matrice W <strong>de</strong> format 4 × 4, afin<br />
d’inciter à ne pas utiliser l’algorithme <strong>de</strong> Gauss-Jordan pour<br />
déterminer W –1 . On notera que le fait qu’une réponse<br />
correcte à d) constitue également une réponse correcte à c)<br />
peut être utilisé en classe par l’enseignant comme base <strong>de</strong><br />
discussion, d’ordre méta-mathématique, sur ce qu’est une<br />
démonstration générale <strong>et</strong> sur les avantages que c<strong>et</strong>te<br />
généralité confère au résultat démontré.<br />
3. La démonstration dans les programmes du<br />
secondaire<br />
Tel qu’annoncé dans l’introduction, nous regardons<br />
maintenant comment le programme actuel prépare l’élève à<br />
la démonstration, <strong>et</strong> nous comparons ensuite avec ce que<br />
propose le nouveau programme à c<strong>et</strong> égard.<br />
3.1. Le programme actuel<br />
Dans les programmes <strong>de</strong> Math 436 <strong>et</strong> Math 536, les<br />
démonstrations sont sollicitées essentiellement en contexte<br />
géométrique. En quatrième secondaire, les élèves doivent<br />
démontrer <strong>de</strong>s propositions en utilisant la géométrie<br />
analytique. Selon le programme, les élèves peuvent<br />
démontrer <strong>de</strong>s propositions comme : « Les milieux <strong>de</strong>s côtés<br />
<strong>de</strong> tout quadrilatère sont les somm<strong>et</strong>s d’un parallélogramme.<br />
» On <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aussi aux élèves, lorsqu’ils travaillent<br />
l’isométrie <strong>et</strong> la similitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s figures, <strong>de</strong> dégager <strong>de</strong>s<br />
propriétés <strong>et</strong> théorèmes, <strong>de</strong> les démontrer quand c’est<br />
possible <strong>et</strong> <strong>de</strong> les appliquer à la résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />
En cinquième secondaire, les élèves doivent démontrer<br />
! ! ! !<br />
certaines propriétés <strong>de</strong>s vecteurs (ex : u ! v " u i v = 0 )<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong>s propositions à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong>s vecteurs (ex. : Les médianes<br />
d’un triangle se rencontrent aux <strong>de</strong>ux tiers <strong>de</strong> leur longueur à<br />
partir du somm<strong>et</strong>). Les élèves doivent aussi démontrer <strong>de</strong>s<br />
propositions lorsqu’ils travaillent les relations métriques dans<br />
le cercle <strong>et</strong> le triangle rectangle. Dans le programme, on<br />
suggère à l’enseignant <strong>de</strong> démontrer les i<strong>de</strong>ntités fondamentales<br />
<strong>de</strong> trigonométrie, afin que les élèves puissent par la<br />
suite démontrer l’i<strong>de</strong>ntité d’expressions trigonométriques.<br />
Dans les <strong>de</strong>ux programmes, 436 <strong>et</strong> 536, les attentes quant à<br />
la démonstration sont énoncées clairement, que ce soit à<br />
travers les objectifs globaux, terminaux ou intermédiaires.<br />
Pour chaque thème abordé (géométrie analytique, isométrie<br />
<strong>et</strong> similitu<strong>de</strong>, vecteurs, <strong>et</strong>c.), on r<strong>et</strong>rouve en annexe une liste<br />
<strong>de</strong> propriétés pouvant faire l’obj<strong>et</strong> <strong>de</strong> démonstrations.<br />
3.2. Le nouveau programme<br />
Le nouveau programme du <strong>de</strong>uxième cycle (troisième,<br />
quatrième <strong>et</strong> cinquième secondaires, toujours en<br />
préparation) propose un choix <strong>de</strong> trois profils <strong>de</strong> formation,<br />
que les auteurs nomment séquences. La troisième secondaire<br />
offre une formation générale <strong>et</strong>, dès la quatrième, les élèves<br />
choisissent selon leurs intérêts l’une ou l’autre <strong>de</strong>s séquences<br />
suivantes :<br />
− La séquence Culture, société <strong>et</strong> technique, qui vise à<br />
préparer les élèves à poursuivre leurs étu<strong>de</strong>s dans le<br />
domaine <strong>de</strong>s arts, <strong>de</strong> la communication, <strong>de</strong>s sciences<br />
humaines <strong>et</strong> sociales.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 122 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />
− La séquence Technico-sciences, qui prépare les élèves<br />
aux domaines techniques tels que l’alimentation, les<br />
techniques en biologie ou en physique,<br />
l’administration <strong>et</strong> la communication graphique, <strong>et</strong>c.<br />
− La séquence Sciences-naturelles, qui perm<strong>et</strong> aux élèves<br />
<strong>de</strong> poursuivre <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s en sciences <strong>de</strong> la nature.<br />
On peut donc s’attendre à ce que les étudiants inscrits aux<br />
cours <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s filières scientifiques du collégial<br />
proviennent <strong>de</strong>s séquences Technico-sciences ou Sciencesnaturelles.<br />
À travers ces trois profils, les élèves doivent développer<br />
leurs compétences à communiquer à l’ai<strong>de</strong> du langage<br />
mathématique, à déployer un raisonnement mathématique <strong>et</strong> à résoudre<br />
une situation-problème. L’explication générale <strong>de</strong> la compétence<br />
déployer un raisonnement mathématique évoque l’importance <strong>de</strong><br />
conjecturer, critiquer <strong>et</strong> justifier lors d’activités <strong>mathématiques</strong>.<br />
Réaliser <strong>de</strong>s preuves est une composante <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
compétence <strong>et</strong>, selon le programme, elle <strong>de</strong>vrait être évaluée<br />
chez les étudiants.<br />
3.2.1. La séquence Technico-sciences<br />
Les processus importants <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te séquence sont la<br />
modélisation <strong>et</strong> la prise <strong>de</strong> décision. On dit dans le<br />
programme que l’élève <strong>de</strong>vrait alterner entre « preuves<br />
pragmatiques » <strong>et</strong> « preuves intellectuelles » ; on peut penser<br />
que les auteurs du programme désignent par là, comme chez<br />
Balacheff (1987), les démonstrations plus formelles. Or, à la<br />
lecture <strong>de</strong> la <strong>de</strong>scription détaillée <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te séquence, la<br />
démonstration ne nous semble pas y avoir une place si<br />
importante. Notamment, les élèves sont amenés à faire <strong>de</strong> la<br />
géométrie analytique, mais avec une tout autre visée que<br />
celle <strong>de</strong> démontrer <strong>de</strong>s résultats géométriques. Ils se<br />
concentrent davantage sur les concepts <strong>de</strong> distance entre<br />
<strong>de</strong>ux points, <strong>de</strong> droite, <strong>de</strong> pente... <strong>et</strong> ils ont principalement<br />
recours à la géométrie analytique pour modéliser. De plus,<br />
on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> que l’élève découvre les relations métriques<br />
dans le triangle rectangle (ou quelconque) à partir <strong>de</strong> ses<br />
connaissances du concept <strong>de</strong> similitu<strong>de</strong>, sans mentionner<br />
toutefois l’importance <strong>de</strong> démontrer les conjectures<br />
trouvées. Dans l’Annexe D du programme (MELS, p. 205),<br />
on propose une liste d’énoncés qui pourront servir comme<br />
pistes d’exploration ou comme résultats à utiliser dans les<br />
preuves en résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />
3.2.2. La séquence Sciences-naturelles<br />
Dans c<strong>et</strong>te séquence, on mentionne que le processus <strong>de</strong><br />
modélisation est central <strong>et</strong> que le niveau <strong>de</strong> formalisme<br />
augmente. En algèbre, on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> à l’élève <strong>de</strong> démontrer<br />
<strong>de</strong>s i<strong>de</strong>ntités algébriques. En géométrie, les élèves travaillent<br />
les figures isométriques <strong>et</strong> semblables, les figures <strong>et</strong> soli<strong>de</strong>s<br />
équivalents, les relations métriques dans le triangle rectangle,<br />
les rapports trigonométriques, les coniques <strong>et</strong> finalement les<br />
vecteurs. Contrairement au programme actuel, il n’y a pas<br />
dans le nouveau programme l’exigence explicite <strong>de</strong><br />
démontrer les propriétés <strong>de</strong>s vecteurs, ni <strong>de</strong> démontrer <strong>de</strong>s<br />
propositions géométriques à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong>s vecteurs. Seules les<br />
opérations addition, soustraction <strong>et</strong> multiplication par un<br />
scalaire sont à l’étu<strong>de</strong>.<br />
La <strong>de</strong>uxième année du cycle (secondaire 4) apparaît comme<br />
celle où la démonstration <strong>de</strong>vrait être davantage sollicitée.<br />
L’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s figures semblables <strong>et</strong> isométriques, <strong>de</strong>s rapports<br />
trigonométriques <strong>et</strong> <strong>de</strong>s relations métriques dans le triangle<br />
rectangle gagnerait, selon le programme, à être faite par la<br />
découverte. Conjecturer est un processus dominant. On<br />
mentionne que l’élève pourra utiliser les conjectures (qu’il<br />
aura énoncées <strong>et</strong> validées empiriquement) à titre <strong>de</strong><br />
justification en résolution <strong>de</strong> problèmes. Là non plus, on ne<br />
signale pas l’importance <strong>de</strong> démontrer les résultats<br />
découverts. Cependant, on note que certaines propriétés<br />
seront déduites « ... à l’ai<strong>de</strong> d’un raisonnement organisé à<br />
partir <strong>de</strong> définitions ou <strong>de</strong> propriétés déjà établies tout en<br />
introduisant la rigueur souhaitée » (MELS, p. 192). Comme<br />
pour la séquence Technico-sciences, la section se termine<br />
avec une annexe constituée d’une liste d’énoncés, mais rien<br />
n’est dit sur ce qui doit en être fait.<br />
3.3. Comparaison <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux programmes <strong>et</strong><br />
conclusion<br />
Dans le nouveau programme, l’accent est surtout mis sur les<br />
processus généraux que les enseignants doivent m<strong>et</strong>tre <strong>de</strong><br />
l’avant en classe. Par exemple, on insiste sur le fait que les<br />
élèves doivent conjecturer, mais on ne sait pas à quels<br />
concepts ou contenus donner priorité. Ainsi, pour un<br />
concept ou un résultat donné, certains enseignants pourront<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r aux élèves d’ém<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s conjectures pour ensuite<br />
en travailler avec eux les démonstrations. Mais un autre<br />
enseignant pourrait se contenter <strong>de</strong> faire découvrir ce même<br />
concept ou résultat par <strong>de</strong>s processus d’exploration <strong>et</strong><br />
d’induction, <strong>et</strong> en négliger tous les aspects déductifs. Le seul<br />
extrait du nouveau programme qui fait le lien entre<br />
conjectures <strong>et</strong> preuves se trouve dans la <strong>de</strong>scription générale<br />
du « sens <strong>de</strong> la compétence Déployer un raisonnement<br />
mathématique » :<br />
La rédaction <strong>de</strong> la preuve est donc l’étape ultime du processus <strong>de</strong> validation<br />
d’une conjecture. Celle-ci peut être qualifiée d’explication ou <strong>de</strong><br />
démonstration selon le raisonnement choisi par l’élève <strong>et</strong> elle s’exprime en<br />
faisant appel au langage propre à la discipline (MELS, p. 119).<br />
Le programme actuel est plus précis sur les objectifs à<br />
atteindre. Si l’enseignant décidait <strong>de</strong> ne pas travailler la<br />
démonstration en géométrie analytique, par exemple, alors il<br />
ne répondrait pas aux exigences du programme.<br />
Il nous semble clair que le nouveau programme laisse plus<br />
<strong>de</strong> latitu<strong>de</strong> aux enseignants pour ce qui est du traitement <strong>de</strong>s<br />
contenus, ce qui pourra stimuler l’enseignant consciencieux<br />
<strong>et</strong> donner lieu à un enseignement riche <strong>et</strong> dynamique. Mais à<br />
l’inverse, un enseignant moins impliqué pourrait avoir<br />
tendance à évincer les contenus auxquels l’élève n’a pas<br />
accès par l’exploration, ou encore à ne <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r<br />
systématiquement que <strong>de</strong>s conjectures <strong>et</strong> <strong>de</strong>s validations<br />
empiriques ou informelles, sans jamais solliciter le<br />
raisonnement déductif. Si l’on s’en tient à ce qui est<br />
explicitement prescrit dans le nouveau programme, on peut<br />
donc difficilement dire que les élèves seront mieux préparés<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 123 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />
au raisonnement déductif. Quant au formalisme, les<br />
directives du nouveau programme sont au moins aussi<br />
vagues que dans le programme actuel, <strong>et</strong> ne vont pas au-<strong>de</strong>là<br />
<strong>de</strong>s « vœux pieux », comme « s’assurer du respect <strong>de</strong>s règles<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong>s conventions propres au langage mathématique »<br />
(MELS, p. 129), ou encore :<br />
Mentionnons aussi la compréhension <strong>de</strong>s rôles <strong>de</strong>s quantificateurs […] <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>s opérateurs logiques […]. Étant donné que plusieurs définitions <strong>de</strong><br />
termes <strong>et</strong> <strong>de</strong> symboles se précisent à mesure que progressent les<br />
apprentissages, il importe <strong>de</strong> leur accor<strong>de</strong>r une attention particulière afin <strong>de</strong><br />
s’assurer que l’élève en comprenne le sens, en perçoive l’utilité <strong>et</strong> ressente le<br />
besoin d’y recourir (MELS, p. 126).<br />
Nous évaluons que les enseignants du Cégep <strong>de</strong>vraient<br />
s’attendre, après la réforme, à avoir <strong>de</strong>s groupes plus<br />
hétérogènes, à ce que leurs étudiants soient outillés <strong>de</strong> façon<br />
très variable, tant au niveau <strong>de</strong>s contenus que du <strong>de</strong>gré <strong>de</strong><br />
formalisme avec lequel auront été abordés ces contenus. De<br />
plus, si les élèves provenant <strong>de</strong> la séquence Technico-sciences<br />
peuvent être admis en sciences pures au Collégial, nous<br />
croyons qu’il pourrait y avoir une différence marquée quant<br />
à leur compétence à démontrer <strong>et</strong> à déduire, par rapport aux<br />
étudiants provenant <strong>de</strong> la séquence Sciences-naturelles.<br />
En conclusion, pour minimiser les impacts <strong>de</strong> la transition<br />
secondaire-collégial du point <strong>de</strong> vue du formalisme <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
démonstration, il reste donc à espérer que :<br />
• les enseignants comprendront l’importance <strong>de</strong><br />
démontrer les conjectures, d’y m<strong>et</strong>tre en œuvre <strong>de</strong><br />
véritables raisonnements déductifs 11 ;<br />
• que les rédacteurs <strong>et</strong> éditeurs <strong>de</strong>s manuels à venir ou<br />
déjà en chantier soient eux aussi sensibles à la<br />
préparation au formalisme <strong>et</strong> à la démonstration ;<br />
• que la mise en place d’un quatrième cours <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
préparatoire aux trois cours standards, <strong>et</strong><br />
plus axé sur le raisonnement hypothético-déductif<br />
que sur les applications, comme celui qu’offre le<br />
Cégep Ahuntsic par exemple, soit généralisée à tous<br />
les cégeps.<br />
Comme il est ressorti dans le Thème 6 — Transition<br />
secondaire/postsecondaire <strong>et</strong> enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
dans le postsecondaire — du Colloque Espace<br />
Mathématique Francophone, EMF-2006 12 , il serait alors<br />
important que, dans un tel cours, « … les connaissances<br />
logico-déductives [soient] mises en œuvre en articulation<br />
avec la construction <strong>de</strong>s concepts <strong>mathématiques</strong> sur<br />
lesquels elles perm<strong>et</strong>tent d’opérer » (Bloch <strong>et</strong> al., 2006,<br />
caractères gras dans le texte).<br />
ANNEXE<br />
Un réaménagement possible <strong>de</strong> la Question 1a du<br />
<strong>de</strong>voir<br />
On suppose que la propriété<br />
(A T) –1=(A –1) T aura été vue en cours, <strong>et</strong> illustrée à travers<br />
quelques exemples <strong>et</strong> exercices.<br />
Question 1. La propriété<br />
(AT) –1 = (A –1) T.<br />
a) Considérez la matrice L donnée par<br />
" 1 0 ! 5 3 #<br />
$<br />
2 ! 1 4 ! 1<br />
%<br />
L = $ % .<br />
$ 3 2 3 0 %<br />
$ %<br />
&4 ! 3 ! 2 1 '<br />
Montrez que la matrice M, donnée ci-<strong>de</strong>ssous, est l’inverse<br />
<strong>de</strong> L ;<br />
" ! 4 ! 25 11 1 #<br />
$ 23 92 46 4 %<br />
$ ! 3 ! 9 7 0 %<br />
23 23 23<br />
M = $ % .<br />
$ 6 49 ! 5 ! 1%<br />
$ 23 92 46 4 %<br />
$ 19 45 ! 6 ! 1%<br />
$ & 23 46 23 2 % '<br />
b) Déterminez l’inverse <strong>de</strong> la matrice W, donnée par :<br />
" ! 4<br />
$ 23<br />
$ ! 25<br />
92<br />
W = $<br />
$ 11<br />
$ 46<br />
$ 1<br />
$ & 4<br />
! 3<br />
23<br />
! 9<br />
23<br />
7<br />
23<br />
0<br />
6<br />
23<br />
49<br />
92<br />
! 5<br />
46<br />
! 1<br />
4<br />
19 #<br />
23 %<br />
45 %<br />
46 % .<br />
! 6 %<br />
23 %<br />
! 1%<br />
2 % '<br />
c) Démontrez la propriété<br />
(A T ) –1 = (A –1) T, pour toute matrice A3×3 inversible.<br />
d) Démontrez la propriété<br />
(A T) –1 = (A –1) T, pour toute matrice An×n inversible,<br />
n ∈ N*.<br />
Indice : utilisez la définition <strong>et</strong> l’unicité <strong>de</strong> l’inverse d’une<br />
matrice carrée donnée.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 124 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Arrimage secondaire-collégial, formalisme <strong>et</strong> démonstration Claudia Corriveau <strong>et</strong> Denis Tanguay<br />
Bibliographie<br />
Artigue, M. (1988). Ingénierie didactique. Recherches en<br />
didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Vol. 9, n°3 pp. 281-308.<br />
Balacheff, N. (1987). Processus <strong>de</strong> preuve <strong>et</strong> situations <strong>de</strong><br />
validation. Educational Studies in Mathematics, Vol. 18,<br />
n°2, pp. 147-176.<br />
Bloch, I., Kientega, G. <strong>et</strong> Tanguay, D. (2006). Synthèse du<br />
Thème 6. À paraître dans les Actes du Colloque EMF<br />
2006. Université <strong>de</strong> Sherbrooke.<br />
Corriveau, C. <strong>et</strong> Parenteau, J. (2005). Comment aménager le<br />
cours mathématique 536 du secondaire en vue <strong>de</strong><br />
mieux préparer les élèves aux cours <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
du cégep. Envol, n°132 (juill<strong>et</strong>-août-septembre 2005),<br />
pp. 25-28.<br />
Dorier, J.-L. (1998). État <strong>de</strong> l’art <strong>de</strong> la recherche en<br />
didactique à propos <strong>de</strong> l’enseignement <strong>de</strong> l’algèbre<br />
linéaire. Recherches en Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques, Vol.<br />
18, n°2, pp. 191-230.<br />
Dorier, J.-L., Harel, G., Hillel, J., Rogalski, M., Robin<strong>et</strong>, J.,<br />
Robert, A., Sierpinska, A. (1997). L’enseignement <strong>de</strong><br />
l’algèbre linéaire en question. Coord. par J.-L. Dorier. La<br />
Pensée Sauvage. Grenoble, France.<br />
Douady, R. (1986). Jeux <strong>de</strong> cadres <strong>et</strong> dialectique outil-obj<strong>et</strong>.<br />
Recherches en didactiques <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Vol. 7, n°2, pp.<br />
5-31.<br />
Duval, R. (1993). Registres <strong>de</strong> représentation sémiotique <strong>et</strong><br />
fonctionnement cognitif <strong>de</strong> la pensée. Annales <strong>de</strong><br />
Didactique <strong>et</strong> <strong>de</strong> Sciences Cognitives, n°5, pp. 37-65. IREM<br />
<strong>de</strong> Strasbourg.<br />
Grenier, D. <strong>et</strong> Payan, C. (1998). Spécificités <strong>de</strong> la preuve <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> la modélisation en <strong>mathématiques</strong> discrètes.<br />
Recherches en didactiques <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Vol. 18, n°1,<br />
pp. 59-99.<br />
Harel, G. & Martin, W. G. (1989). Proof Frames of<br />
Preservice Elementary Teachers. Journal for Research in<br />
Mathematics Education, Vol. 20, n°1, p. 41-51.<br />
MEQ. (1998). Programme d’Étu<strong>de</strong>s, Secondaire 5,<br />
Mathématique 536. Direction <strong>de</strong> la formation générale<br />
<strong>de</strong>s jeunes, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation du Québec.<br />
Québec.<br />
MEQ. (1997). Programme d’Étu<strong>de</strong>s, Secondaire 4,<br />
Mathématique 436. Direction <strong>de</strong> la formation générale<br />
<strong>de</strong>s jeunes, Ministère <strong>de</strong> l’Éducation du Québec.<br />
Québec.<br />
MELS. (2005). Programme <strong>de</strong> formation <strong>de</strong> l’école<br />
québécoise, 2e cycle du secondaire, Domaine <strong>de</strong> la<br />
mathématique, <strong>de</strong> la science <strong>et</strong> <strong>de</strong> la technologie,<br />
document <strong>de</strong> travail aux fins <strong>de</strong> validation. Ministère <strong>de</strong><br />
l’Éducation, du Loisir <strong>et</strong> du Sport du Québec. Québec.<br />
Robert, A. (1998). Outils d’analyse <strong>de</strong>s contenus<br />
<strong>mathématiques</strong> à enseigner au lycée <strong>et</strong> à l’université.<br />
Recherches en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, vol. 18, n°2, pp.<br />
139-190.<br />
Sierpinska, A., Dreyfus, T. <strong>et</strong> Hillel, J. (1999). Evaluation of<br />
a Teaching Design in Linear Algebra : the Case of<br />
Linear Transformations. Recherches en didactiques <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, Vol. 19, n°1, pp. 7-40.<br />
Sierpinska, A. (1997). Les vecteurs au collège <strong>et</strong> à<br />
l’université. Actes du 40e congrès <strong>de</strong> l’Association<br />
Mathématique du Québec (AMQ), pp. 131-147. Les<br />
éditions Le Griffon d’argile, Sainte-Foy, Québec.<br />
Tanguay, D. (2005). Apprentissage <strong>de</strong> la démonstration <strong>et</strong><br />
graphes orientés. Annales <strong>de</strong> didactique <strong>et</strong> <strong>de</strong> sciences<br />
cognitives, n°10, pp. 55-93. IREM <strong>de</strong> Strasbourg.<br />
Tanguay, D. (2003). Un enseignement <strong>de</strong> la preuve au<br />
collégial. Actes du 45e Congrès <strong>de</strong> l’AMQ, publiés sous la<br />
dir. d’André Ross, pp. 82-103. Les éditions Le Griffon<br />
d’argile. Sainte-Foy, Québec.<br />
Tanguay, D. (2002). L’enseignement <strong>de</strong>s vecteurs. Bull<strong>et</strong>in<br />
AMQ, Vol. XLII, n°4 (décembre 2002), pp. 36-47.<br />
1 Respectivement cours <strong>de</strong> Calcul différentiel <strong>et</strong> cours <strong>de</strong> Calcul<br />
intégral en Sciences <strong>de</strong> la nature.<br />
2 Cours d’Algèbre linéaire en Sciences <strong>de</strong> la nature.<br />
3 Pour une évaluation sommaire <strong>de</strong>s contenus <strong>de</strong>s cours <strong>de</strong> niveau<br />
collégial en Sciences <strong>de</strong> la nature, sous l’angle <strong>de</strong> ce qui est susceptible<br />
d’y être mis en œuvre en démonstration, le lecteur pourra consulter<br />
Tanguay (2003), § 3.<br />
4 Bien qu’i<strong>de</strong>ntifiés par A. Robert dans le cadre <strong>de</strong>s démonstrations<br />
exigées <strong>de</strong>s élèves-étudiants, ces éléments contribuent également à<br />
augmenter les difficultés en résolution <strong>de</strong> problèmes.<br />
5 Cours d’Algèbre linéaire <strong>et</strong> géométrie vectorielle du programme DEC<br />
intégré. Celui-ci offre une formation en sciences, l<strong>et</strong>tres <strong>et</strong> arts<br />
perm<strong>et</strong>tant aux étudiants <strong>de</strong> poursuivre leurs étu<strong>de</strong>s dans presque<br />
n’importe quel domaine à l’université. Les étudiants qui le suivent<br />
sont en principe académiquement forts, puisque le programme<br />
accepte un nombre limité <strong>de</strong> candidats. Le cours d’Algèbre linéaire <strong>et</strong><br />
géométrie vectorielle est sensiblement le même que celui offert dans le<br />
programme <strong>de</strong> Sciences <strong>de</strong> la nature, mais se donne en 60 heures<br />
plutôt qu’en 75 heures.<br />
6 Utiliser un autre registre <strong>de</strong> représentation sémiotique (cf. Duval, 1993)<br />
consisterait par exemple à désigner les matrices par <strong>de</strong>s tableaux<br />
avec entrées doublement indicées (a11, a12, a1n, aij, ann, <strong>et</strong>c.), dont les<br />
positions dans le tableau sont suggérées à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> points <strong>de</strong><br />
suspension. Mais la consigne « en utilisant la définition... » rend<br />
inopérant le travail dans un tel registre.<br />
7 Nous utilisons systématiquement le masculin mais il peut s’agir en<br />
fait d’une étudiante.<br />
8 Dorier écrit : « Il faut pouvoir travailler sur <strong>de</strong>s équations en<br />
oubliant momentanément ce qu’elles représentent mais en sachant<br />
y revenir quand besoin est […] » (Dorier <strong>et</strong> al., 1997, p. 106).<br />
9 « bruit » à prendre ici au sens <strong>de</strong>s interférences qui brouillent un<br />
message radio.<br />
10 … mais nous sommes bien sûr conscients que l’investissement<br />
requis en temps n’est pas disponible pour chacun !<br />
11 Les prescriptions du nouveau programme auront alors l’avantage<br />
<strong>de</strong> faire plus souvent porter les démonstrations sur <strong>de</strong>s résultats<br />
moins accessibles à l’intuition, pas d’emblée acceptés comme vrais<br />
par l’élève, où se pose un véritable « enjeu <strong>de</strong> vérité » (Grenier <strong>et</strong><br />
Payan, 1998).<br />
12 Colloque tenu conjointement avec les congrès <strong>de</strong> l’AMQ <strong>et</strong> du<br />
GRMS, à l’Université <strong>de</strong> Sherbrooke en mai-juin 2006.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 125 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 126 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Comment compter les trous<br />
dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse,<br />
ou l'homologie pour les gourmands<br />
Nous présentons une approche gourman<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'homologie, motivée dès le départ<br />
par <strong>de</strong>s problèmes concr<strong>et</strong>s que l'on se propose <strong>de</strong> résoudre par la suite grâce à c<strong>et</strong><br />
outil mathématique puissant qu'est l'homologie, assisté par <strong>de</strong>s programmes<br />
informatiques, facilement manipulables par l'utilisateur non informaticien, voire<br />
non-mathématicien.<br />
Sara Derivière,<br />
Anik Trahan <strong>et</strong><br />
Tomasz Kaczynski<br />
Université <strong>de</strong><br />
Sherbrooke<br />
sara.<strong>de</strong>riviere@<br />
Usherbrooke.ca<br />
anik.trahan @<br />
Usherbrooke.ca<br />
tomasz.kaczynski<br />
@Usherbrooke.ca<br />
'homologie est une spécialité <strong>de</strong> la<br />
topologie algébrique. La topologie est la<br />
science qui étudie les propriétés<br />
géométriques invariantes d'un obj<strong>et</strong> quand<br />
celui-ci est étiré, tordu ou rétréci <strong>de</strong> manière<br />
continue. L'algèbre étudie les propriétés <strong>de</strong>s<br />
ensembles munis d'une structure algébrique<br />
(groupes, anneaux, lois <strong>de</strong> composition, ...).<br />
Ainsi, la topologie algébrique est une branche<br />
<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> où l'algèbre générale est<br />
utilisée dans l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s espaces topologiques1<br />
L<br />
. C<strong>et</strong> article est plutôt basé sur une sousbranche<br />
<strong>de</strong> la topologie algébrique : la topologie<br />
computationnelle. Celle-ci se concentre sur<br />
les applications informatiques <strong>et</strong> algorithmiques.<br />
Tout ceci est très impressionnant, mais<br />
pourquoi s'intéresser à une chose apparemment<br />
si barbare ? C'est ce à quoi se propose <strong>de</strong><br />
répondre la Section 1. Une fois que vous aurez<br />
compris tout le génie <strong>de</strong> l'homologie <strong>et</strong> ce qu'il<br />
vous perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> faire, vous aurez hâte d'en<br />
apprendre davantage, d'où le besoin <strong>de</strong> définir<br />
certains obj<strong>et</strong>s dans la Section 2, obj<strong>et</strong>s que<br />
1 Une définition plus rigoureuse <strong>de</strong> la topologie<br />
algébrique ainsi qu'une présentation <strong>de</strong>s recherches<br />
possibles dans ce vaste domaine se trouvent sur la<br />
page web du GRTC : http ://www.dmi.usherb.ca/<br />
kaczyn/grtc/in<strong>de</strong>x.html<br />
nous manipulerons dans la Section 3. Tout<br />
ceci nous perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> définir, plus ou moins<br />
rigoureusement, l'homologie <strong>de</strong>s ensembles<br />
dans la Section 4. Finalement, dans la Section<br />
5, vous serez en mesure <strong>de</strong> compter le nombre<br />
<strong>de</strong> trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, <strong>de</strong><br />
calculer le nombre <strong>de</strong> cratères sur la lune, <strong>de</strong><br />
prédire si tel ou tel labyrinthe est réalisable, <strong>et</strong><br />
bien plus encore ... Vous pourrez ainsi<br />
impressionner p<strong>et</strong>its <strong>et</strong> grands lors <strong>de</strong> votre<br />
prochain souper familial !<br />
1 L'homologie, pour quoi faire ?<br />
Ainsi donc, les calculs d'homologie seraient<br />
utiles ? Oui, nous l'affirmons ! Voici quelques<br />
exemples concr<strong>et</strong>s. Imaginons un instant que<br />
vous vouliez résoudre un labyrinthe. Vous<br />
pourriez vous <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r, avant <strong>de</strong> commencer<br />
à vous atteler à c<strong>et</strong>te tâche, si le labyrinthe en<br />
question adm<strong>et</strong> bien une solution. Par<br />
exemple, sur la Figure 1, existe-t-il un chemin<br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> joindre le côté inférieur gauche<br />
au côté supérieur droit ?<br />
Imaginons à présent qu'un inconnu frappe à<br />
votre porte, un soir d'hiver enneigé, vous<br />
montre la photo <strong>de</strong> la Figure 2 <strong>et</strong> vous prom<strong>et</strong><br />
un voyage à Miami Beach si vous lui donnez le<br />
nombre exact <strong>de</strong> cratères. (Presque) rien n'est<br />
impossible...<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 127 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou l'homologie pour les gourmands S. Derivière, A. Trahan <strong>et</strong> T. Kaczynski<br />
Fig. 1 - La souris ne pourra-t-elle jamais atteindre le morceau<br />
<strong>de</strong> fromage ?<br />
Fig. 2 - Combien <strong>de</strong> cratères sont visibles sur c<strong>et</strong>te partie <strong>de</strong><br />
la lune ?<br />
Et si vous étiez un riche industriel, fabriquant <strong>de</strong>s pièces<br />
électroniques (voir Figure 3), vous aimeriez donner à vos<br />
distributeurs l'assurance <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> vos pièces.<br />
Fig. 3a - Tous les circuits imprimés ont-ils<br />
été reproduits conformément à l'original?<br />
Manque-t-il <strong>de</strong>s connections ?<br />
Figure 3b - Les questions posées à la figure<br />
3a peuvent être traitées par <strong>de</strong>s calculs<br />
d’homologie (comme nous allons le voir) en<br />
passant simplement par la représentation en<br />
noir <strong>et</strong> blanc!<br />
Et bien sûr, une question primordiale lors d'un bon repas :<br />
quel morceau <strong>de</strong> fromage choisir ? Lequel a le moins <strong>de</strong><br />
trous, <strong>et</strong> donc le plus <strong>de</strong> succulente saveur à dévorer ? Vous<br />
pourrez répondre à toutes ces questions grâce aux simples<br />
calculs d'homologie. Incroyable, mais vrai !<br />
2 Approche cubique<br />
L'homologie se propose d'attribuer, à tout obj<strong>et</strong> géométrique,<br />
une suite <strong>de</strong> groupes abéliens 2 dont les dimensions vont<br />
répondre à nos questions ! Par exemple, si l'on note par X<br />
notre obj<strong>et</strong> d'étu<strong>de</strong> <strong>et</strong> H 0(X), H 1(X), H 2(X), ... la suite <strong>de</strong><br />
groupes abéliens calculée, les dimensions <strong>de</strong> H 0(X), H 1(X) <strong>et</strong><br />
H 2(X) déterminent respectivement le nombre <strong>de</strong> composantes<br />
connexes, le nombre <strong>de</strong> boucles <strong>et</strong> le nombre <strong>de</strong><br />
chambres vi<strong>de</strong>s (<strong>de</strong> cavités) dans X (voir Figure 4).<br />
Obj<strong>et</strong> géométrique groupes abéliens<br />
X → H*(X) = {Hk(X)}<br />
dim H0(X) = # composantes connexes <strong>de</strong> X<br />
dim H1(X) = # boucles <strong>de</strong> X<br />
dim H2(X) = # chambres vi<strong>de</strong>s dans X<br />
Fig. 4 -Récapitulatif<br />
Pour calculer ces groupes abéliens, nous <strong>de</strong>vons considérer<br />
<strong>de</strong>s images ou <strong>de</strong>s données représentées par <strong>de</strong>s ensembles<br />
cubiques dont voici la définition (voir par exemple [4] <strong>et</strong> [2]<br />
pour plus <strong>de</strong> détail).<br />
Définition 1 Un ensemble cubique est une union finie <strong>de</strong><br />
produits d'intervalles. Dans notre cas, nous considérons<br />
uniquement <strong>de</strong>s intervalles <strong>de</strong> longueur un :<br />
! [a , a + 1] ! [a , a + 1] ! · · · ! [a , a + 1] , a " Z.<br />
1 1 2 2 n n i<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 128 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
finie<br />
2 Un groupe abélien est une structure algébrique dont les éléments<br />
peuvent être additionnés, soustraits, multipliés par <strong>de</strong>s scalaires<br />
entiers, mais la division par <strong>de</strong>s scalaires n'est pas permise.
Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou l'homologie pour les gourmands S. Derivière, A. Trahan <strong>et</strong> T. Kaczynski<br />
Dans ce cas, un intervalle simple est un segment (<strong>de</strong> longueur<br />
un), le produit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux intervalles un carré, <strong>de</strong> trois<br />
intervalles un cube, ...<br />
3. Motivation pour l'approche cubique<br />
Mais pourquoi utiliser c<strong>et</strong>te approche cubique ? Il existe<br />
différents cadres <strong>mathématiques</strong> perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> définir <strong>et</strong><br />
calculer l'homologie <strong>de</strong>s ensembles. Les plus utilisés sont<br />
l'approche cubique (que nous privilégions ici) <strong>et</strong> l'approche<br />
simpliciale. Voici les <strong>de</strong>ux principales raisons <strong>de</strong> ce choix :<br />
Raison mathématique Le produit cartésien <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
simplexes (éléments <strong>de</strong> base <strong>de</strong> l'homologie simpliciale) n'est<br />
pas nécessairement un simplexe, alors que le produit <strong>de</strong><br />
cubes est toujours un cube :<br />
simplex × simplex ≠ simplex<br />
cube × cube = cube<br />
Raison informatique Comme nous l'avons laissé entendre<br />
précé<strong>de</strong>mment, nous allons utiliser l'ordinateur <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
programmes informatiques pour calculer efficacement les<br />
homologies. Et comme chacun sait, une image sur un écran<br />
est en fait une collection <strong>de</strong> pixels, donc <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its carrés :<br />
c'est un ensemble cubique !<br />
!<br />
X = n-pixels<br />
finie<br />
Les programmes que nous utiliserons par la suite<br />
s'appliqueront en général sur <strong>de</strong>s fichiers dits cubiques <strong>et</strong><br />
portant l'extension .cub.<br />
3 Programmation<br />
Nous présentons dans c<strong>et</strong>te section le programme <strong>et</strong> les<br />
comman<strong>de</strong>s dont nous avons besoin pour transformer un<br />
fichier image .bmp en fichier cubique .cub :<br />
fichier image →fichier .cub<br />
Les programmes que nous utiliserons dans toute la suite<br />
proviennent d'une bibliothèque <strong>de</strong> programmes librement<br />
accessible sur le n<strong>et</strong> appelée CHomP 3.<br />
Le programme qui perm<strong>et</strong> d'obtenir un fichier cubique à<br />
partir d'un fichier .bmp est bmp2ps<strong>et</strong>. Chaque comman<strong>de</strong> est<br />
définie lorsque l'on tape uniquement son nom. Par exemple,<br />
le mo<strong>de</strong> d'emploi <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te comman<strong>de</strong> r<strong>et</strong>ourné par le<br />
programme est montré à la Figure 5.<br />
Fig. 5 - Le mo<strong>de</strong> d'emploi <strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s<br />
est très utile.<br />
Ainsi, le fichier cubique du labyrinthe <strong>de</strong> la Figure 1, obtenu<br />
suite à l'appel :<br />
bmp2ps<strong>et</strong> maze.bmp maze.cub,<br />
est affiché à la Figure 6.<br />
Fig. 6 - Le début du fichier cubique correspondant au<br />
labyrinthe <strong>de</strong> la Figure 1.<br />
4 Définition <strong>de</strong> l'homologie<br />
C<strong>et</strong>te section, la plus mathématique, perm<strong>et</strong> enfin <strong>de</strong> définir<br />
exactement l'homologie (voir [1] pour une approche plus<br />
rigoureuse <strong>de</strong>s complexes cubiques).<br />
4.1 Complexe cubique<br />
Définition 2 Un cube élémentaire Q est un produit cartésien<br />
d'intervalles <strong>de</strong> longueur un ou dégénérés (réduit à un point) :<br />
Q = I 1 × I 2 × · · · × I n ⊂ R n ,<br />
I j = [a, a + 1] ou I j = [a] := [a, a], a ∈ Z<br />
Les cubes pleins sont <strong>de</strong>s produits cartésiens d'intervalles<br />
élémentaires non dégénérés : I j = [a, a + 1] ∀j .<br />
Remarque 3 Les pixels sont <strong>de</strong>s cubes pleins <strong>de</strong> dimension<br />
2.<br />
Définition 4 Un ensemble cubique X est une union finie <strong>de</strong><br />
cubes élémentaires,<br />
X := {cubes élémentaires} .<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 129 31 mai <strong>et</strong> 1er 3 Page web <strong>de</strong> Computational Homology Project : http<br />
Exemple 5 Considérons le carré Q (qui est par définition un<br />
cube élémentaire) <strong>de</strong> la Figure 7. Intuitivement le bord <strong>de</strong> ce<br />
cube est la somme <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong> ces quatre côtés. Il faut<br />
toutefois prendre gar<strong>de</strong> au sens <strong>de</strong>s vecteurs. Selon<br />
://www.math.gatech.edu/ chomp/<br />
l'orientation classique <strong>de</strong> la base <strong>et</strong> si l'on parcourt le bord<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006<br />
!<br />
finie<br />
On note C k(X) le groupe abélien libre engendré par l'ensemble<br />
K k(X) <strong>de</strong> k-cubes dans X. C k(X) est appelé le groupe <strong>de</strong>s kchaînes,<br />
ces éléments sont <strong>de</strong> la forme :<br />
c =∑α iQ i<br />
4.2 Opérateur <strong>de</strong> la frontière cubique - idée<br />
Nous définissons à présent un opérateur (appelé opérateur <strong>de</strong> la<br />
frontière ou opérateur <strong>de</strong> bord) entre <strong>de</strong>ux groupes <strong>de</strong> chaînes <strong>de</strong><br />
dimensions consécutives. Pour développer l'intuition <strong>de</strong> c<strong>et</strong><br />
opérateur, regardons l'exemple suivant.
Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou l'homologie pour les gourmands S. Derivière, A. Trahan <strong>et</strong> T. Kaczynski<br />
du carré dans le sens contraire <strong>de</strong>s aiguilles d'une montre, A 2<br />
<strong>et</strong> B 1 sont parcourus positivement tandis que B 2 <strong>et</strong> A 1 sont<br />
parcourus négativement. Ainsi l'opérateur <strong>de</strong> bord appliqué<br />
à Q, noté ∂Q est :<br />
∂Q = A 2 + B 1 - B 2 - A 1<br />
Définition 6 Frontière <strong>et</strong> homologie cubique<br />
De manière générale <strong>et</strong> non rigoureuse, la frontière d'un cube<br />
<strong>de</strong> dimension k est la somme alternée 4 <strong>de</strong> tous les cubes <strong>de</strong><br />
dimension k - 1, c'est à dire <strong>de</strong> toutes les faces qui le<br />
composent :<br />
∂Q =∑± (k - 1)-faces <strong>de</strong> Q.<br />
De plus, on peut vérifier que la composition <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
opérateurs <strong>de</strong> frontière correspond à l'opérateur nul :<br />
∂ ° ∂ = 0.<br />
Définition 7 Un complexe cubique C(X) est la donnée <strong>de</strong><br />
groupes <strong>de</strong> chaînes <strong>de</strong> toutes les dimensions <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
opérateurs <strong>de</strong> bords entre chaque groupe <strong>de</strong> chaînes<br />
consécutif :<br />
C(X) := {C k(X), ∂k}<br />
Fig. 7 -<br />
Étant donné un complexe cubique C(X), on peut définir<br />
l'homologie <strong>de</strong> X <strong>de</strong> dimension k, pour tout k ≥ 0. Pour cela,<br />
on utilise la notion <strong>de</strong> cycles <strong>et</strong> bords.<br />
Définition 8 Pour tout k > 0, on note ∂k l'opérateur <strong>de</strong><br />
frontière entre C k(X) <strong>et</strong> C k-1(X). On note respectivement<br />
Z k(X) <strong>et</strong> B k(X) le noyau <strong>de</strong> ∂ k <strong>et</strong> l'image <strong>de</strong> ∂ k+1. Une k-chaîne<br />
<strong>de</strong> C k(X) est appelée un k-cycle si son bord est nul, c'est-à-dire<br />
si ∂ kz = 0. Ainsi, par définition, l'ensemble <strong>de</strong> tous les<br />
k - cycles est exactement Z k(X).<br />
Une k-chaîne z <strong>de</strong> C k(X) est appelée un k-bord s'il existe une<br />
(k + 1)-chaîne c telle que ∂ k+1c = z . L'ensemble <strong>de</strong> tous les kbords<br />
est noté B k(X). Puisque ∂ 2 = 0, alors B k(X) est un sousgroupe<br />
<strong>de</strong> Z k(X).<br />
Deux cycles c 1 <strong>et</strong> c 2 <strong>de</strong> Z k(X) sont homologues si c 2 - c 1 est un<br />
bord. Il s'agit d'une relation d'équivalence. Finalement, le k ième<br />
groupe d'homologie <strong>de</strong> X est le groupe quotient<br />
4 La règle d'alternance du signe est trop technique pour c<strong>et</strong>te<br />
H (X ) := k Z (X ) k cycles<br />
=<br />
B (X ) bords k .<br />
Intuitivement, l'homologie détecte les cycles qui ne sont pas<br />
triviaux, dans le sens qu'ils ne sont pas <strong>de</strong>s bords <strong>de</strong> chaînes<br />
<strong>de</strong> dimensions plus élevées.<br />
Pour plus <strong>de</strong> détails sur l'homologie, consultez par exemple<br />
le livre [3].<br />
5 Exemples <strong>de</strong> calcul d'homologie<br />
Nous avons vu dans la Section 4 comment créer un fichier<br />
cubique avec l'extension .cub à partir d'un fichier image<br />
.bmp. À présent, nous transformons le fichier cubique en<br />
complexe <strong>de</strong> chaîne grâce à la comman<strong>de</strong> cubchain sur lequel<br />
nous pourrons calculer l'homologie. La comman<strong>de</strong> exacte est<br />
la suivante :<br />
cubchain maze.cub maze.chn<br />
Ensuite, on calcule l'homologie par l'appel <strong>de</strong> la fonction<br />
homchain :<br />
homchain maze.chn<br />
Cependant, le programme possè<strong>de</strong> une secon<strong>de</strong> comman<strong>de</strong><br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> calculer l'homologie directement sur le fichier<br />
cubique : homcubes. Dans certains cas, c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière est plus<br />
avantageuse, car beaucoup plus rapi<strong>de</strong>. À l'appel <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux<br />
comman<strong>de</strong>s, le programme nous r<strong>et</strong>ourne toutes les valeurs<br />
<strong>de</strong> H k(X), dans l'ordre, jusqu'à la <strong>de</strong>rnière non nulle, ainsi que<br />
le temps qui a été nécessaire au calcul. Par exemple, la Figure<br />
8 montre les <strong>de</strong>ux résultats obtenus suite à l'appel <strong>de</strong> ces<br />
<strong>de</strong>ux fonctions sur une image représentant le chiffre huit.<br />
Fig. 8 - Résultat obtenu suite à l'appel <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />
fonctions homchain <strong>et</strong> homcubes.<br />
Le résultat obtenu est sans surprise. En eff<strong>et</strong>, le chiffre 8 est<br />
formé d'une seule composante connexe <strong>et</strong> <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux boucles,<br />
la dimension <strong>de</strong> H 0 doit donc être 1, celle <strong>de</strong> H 1 égale à 2 <strong>et</strong><br />
toutes les homologies <strong>de</strong> dimensions supérieures doivent être<br />
nulles, ce qui correspond exactement aux résultats r<strong>et</strong>ournés.<br />
Cependant, homcubes a effectué le calcul en 0,31 secon<strong>de</strong>s<br />
alors qu'il a fallu plus <strong>de</strong> 4 secon<strong>de</strong>s pour obtenir le même<br />
résultat avec homchain !<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 130 31 mai <strong>et</strong> 1er présentation, nous référons à [4], chap. 2 pour la formule exacte.<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006
Comment compter les trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, ou l'homologie pour les gourmands S. Derivière, A. Trahan <strong>et</strong> T. Kaczynski<br />
Nous voulons à présent calculer le nombre <strong>de</strong> trous dans la<br />
meule <strong>de</strong> fromage <strong>de</strong> la Figure 9 appelée slicing.cub .C<strong>et</strong>te<br />
image a été obtenue à partir du fichier cubique par l'appel <strong>de</strong><br />
la fonction showcubes :<br />
showcubes slicing.cub<br />
Fig. 9 - Combien <strong>de</strong> trous dans ce fromage ?<br />
Nous calculons donc l'homologie <strong>de</strong> ce fromage grâce à<br />
l'appel :<br />
homcubes slicing.cub<br />
dont le résultat est montré à la Figure 10.<br />
Fig. 10 - Homologie du fromage<br />
D'après ce calcul, on conclut que ce morceau <strong>de</strong> fromage (un<br />
seul morceau parce que H 0(X) = Z dont la dimension est 1) a<br />
exactement 6 cycles (H 1(X) = Z 6 ) <strong>et</strong> 3 cavités à l'intérieur<br />
même du fromage, donc invisibles sans trancher le fromage<br />
(H 2(X) = Z 3 ). On peut ensuite vérifier ces résultats en<br />
découpant le fromage en tranches par la comman<strong>de</strong><br />
suivante :<br />
cubslice slicing.cub tranche<br />
puis en regardant tranche par tranche ce que l'on obtient. Par<br />
exemple, la première tranche <strong>de</strong> ce morceau est montrée à la<br />
Figure 11 grâce à la comman<strong>de</strong> :<br />
showcubes tranche1.cub<br />
Fig. 11 - La première tranche du fromage. On ne<br />
pouvait pas voir ces trous, invisibles <strong>de</strong> l'extérieur<br />
mais détectés par le programme showcubes !<br />
6 Conclusion<br />
Ainsi, les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> l'homologie nous ont permis <strong>de</strong><br />
résoudre rapi<strong>de</strong>ment <strong>de</strong>s problèmes divers <strong>et</strong> variés. Chacun<br />
<strong>de</strong> vous est maintenant en mesure <strong>de</strong> calculer sans erreur le<br />
nombre <strong>de</strong> trous dans une meule <strong>de</strong> fromage suisse, <strong>et</strong> ça, qui<br />
l'eut crû...<br />
Nous vous invitons à présent à venir vous amuser avec la<br />
bibliothèque <strong>de</strong> programmes CHomP pour apporter une<br />
réponse à vos nombreuses questions existentielles !<br />
Références<br />
[1] J. Blass, H. Wolsztynski : Cubical Polyhedra and<br />
homotopy.<br />
[2] R. Ehrenborg, G. H<strong>et</strong>yei : Generalization of Baxter's<br />
Theorem and cubical homology. J. Combinatorial Theory,<br />
Series A 69, 233-287, 1995.<br />
[3] P.J. Hilton, S. Wylie : Homology Theory. Cambridge.<br />
University Press, Cambridge, 1960.<br />
[4] T. Kaczynski, K. Mischaikow, M. Mrozek :<br />
Computational Homology. Appl. Math. Sci. Series 157,<br />
Springer-Verlag, New York 2004.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 131 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 132 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur le concept<br />
d’indépendance linéaire<br />
Dans les cours classiques d'algèbre linéaire au niveau collégial/universitaire,<br />
l'indépendance linéaire ne prend que quelques lignes <strong>et</strong> donne lieu à <strong>de</strong>s types <strong>de</strong><br />
tâches bien référenciées que les étudiants finissent par savoir faire. Cependant, dès<br />
qu'on sort <strong>de</strong> ces tâches routinières, <strong>de</strong> graves lacunes peuvent être mises en<br />
évi<strong>de</strong>nce. Partant <strong>de</strong> ce constat, nous proposons un éclairage historique <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
notion <strong>et</strong>, à l'appui d'une lecture épistémologique, un dispositif didactique prenant<br />
mieux en compte la dualité intuition/formalisme dans l'enseignement <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
notion.<br />
Jean-Luc Dorier<br />
IUFM <strong>de</strong> Lyon<br />
<strong>et</strong> Équipe DDM,<br />
laboratoire Leibniz<br />
Grenoble, France<br />
Jean-Luc.Dorier@<br />
pse.unige.ch<br />
L<br />
es difficultés <strong>de</strong>s étudiants en algèbre<br />
linéaire sont connues <strong>de</strong>puis longtemps<br />
(cf. (Robert <strong>et</strong> Robin<strong>et</strong> 1989) <strong>et</strong><br />
(Rogalski 1990)). Depuis près <strong>de</strong> trente ans,<br />
<strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> recherche sur<br />
l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire ont vu le<br />
jour un peu partout dans le mon<strong>de</strong> <strong>et</strong> l'intérêt<br />
pour ce domaine semble s'être rapi<strong>de</strong>ment<br />
accru. Ainsi, on dispose aujourd'hui <strong>de</strong><br />
plusieurs travaux qui, grâce à <strong>de</strong>s échanges<br />
internationaux, perm<strong>et</strong>tent d'avoir une vue<br />
d'ensemble assez unifiée <strong>de</strong>s différents<br />
problèmes <strong>et</strong> <strong>de</strong> problématiques <strong>de</strong> recherche<br />
diverses <strong>et</strong> complémentaires qui débouchent<br />
sur <strong>de</strong>s résultats encore partiels, mais<br />
encourageants (pour une synthèse déjà<br />
ancienne, voir Dorier 1997a ou Dorier 2000).<br />
Notre but n’est pas ici <strong>de</strong> rendre compte <strong>de</strong>s<br />
tous ces travaux. Nous désirons nous focaliser<br />
sur un concept bien précis, qui peut sembler<br />
assez insignifiant, celui d’indépendance<br />
linéaire.<br />
1. L’obstacle du formalisme<br />
Il existe une difficulté particulièrement forte<br />
<strong>de</strong>s étudiants à faire fonctionner les concepts<br />
d'algèbre linéaire dans <strong>de</strong>s cadres formels en<br />
<strong>de</strong>hors <strong>de</strong> tâches routinières où une technique<br />
précise peut être mise en place. Ce constat est<br />
somme toute assez banal, d'ailleurs la plupart<br />
<strong>de</strong>s enseignants le font <strong>de</strong>puis longtemps (<strong>et</strong><br />
pas seulement en algèbre linéaire) <strong>et</strong> même les<br />
étudiants en ont conscience. Mais nos analyses<br />
ont permis <strong>de</strong> préciser la nature <strong>de</strong> ce que<br />
nous avons appelé (dans un sens naïf)<br />
l'obstacle du formalisme. Elles montrent<br />
que, plus que tout autre contenu enseigné au<br />
même niveau, la théorie <strong>de</strong>s espaces vectoriels<br />
apparaît comme un domaine abstrait <strong>et</strong> formel<br />
aux étudiants qui se sentent noyés par les<br />
nouvelles définitions <strong>et</strong> ont du mal à faire le<br />
lien avec ce qu'ils ont précé<strong>de</strong>mment appris.<br />
Dans un contexte où l'espace vectoriel n'est<br />
pas spécifié (« soit E un espace <strong>de</strong> dimension<br />
n… »), certaines tâches, même en fin<br />
d'enseignement, donnent lieu à <strong>de</strong>s réponses<br />
qui semblent dénoter un manque total <strong>de</strong><br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 133 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />
maîtrise <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> logique <strong>et</strong> <strong>de</strong> langage ensembliste <strong>et</strong> se<br />
traduisent par <strong>de</strong>s dérapages face auxquels les enseignants se<br />
sentent désarmés.<br />
Face à ce constat, les enseignants se plaignent du manque <strong>de</strong><br />
formation antérieure en logique <strong>et</strong> langage ensembliste <strong>et</strong> en<br />
géométrie. Nous verrons dans ce texte que la première piste<br />
est moins évi<strong>de</strong>nte qu’elle en a l’air. Pour la <strong>de</strong>uxième, nous<br />
renvoyons au travail <strong>de</strong> thèse <strong>de</strong> Gueu<strong>de</strong>t (2000).<br />
Pour ce qui concerne la notion d’indépendance linéaire, on<br />
peut arriver à ce que <strong>de</strong>s étudiants bien entraînés réussissent<br />
tout à fait correctement à déterminer si une famille <strong>de</strong><br />
vecteurs est libre ou liée. Selon les exigences, ceci peut être<br />
fait avec <strong>de</strong>s n-upl<strong>et</strong>s (<strong>de</strong> taille plus ou moins gran<strong>de</strong>), mais<br />
aussi moyennant un enseignement <strong>de</strong> techniques ad hoc,<br />
pour <strong>de</strong>s familles <strong>de</strong> fonctions, <strong>de</strong> suites ou <strong>de</strong> polynômes.<br />
Cependant, on a montré que, sur <strong>de</strong>s tâches plus formelles<br />
relevant <strong>de</strong> la notion d’indépendance linéaire, les mêmes<br />
étudiants pouvaient être mis en difficulté.<br />
Examinons par exemple l'exercice suivant :<br />
Soit u, v <strong>et</strong> w trois vecteurs <strong>de</strong> l'espace <strong>et</strong> f un endomorphisme.<br />
1) Si u, v <strong>et</strong> w sont indépendants, est-ce que f(u), f(v) <strong>et</strong> f(w) le<br />
sont ?<br />
2) Si f(u), f(v) <strong>et</strong> f(w) sont indépendants, est-ce que u, v <strong>et</strong> w le<br />
sont ?<br />
Une proportion écrasante d'étudiants se trompent <strong>et</strong><br />
affirment que la première proposition est vraie, alors que la<br />
secon<strong>de</strong> est fausse. Le raisonnement le plus fréquent<br />
revient, à quelques variantes près, à ceci :<br />
Si αu + βv + γw = 0, alors comme f est une application linéaire :<br />
αf(u) + βf(v) + γf(w) = f(0) = 0. Or, comme u, v <strong>et</strong> w sont<br />
indépendants, alors α = β = γ = 0; donc f(u), f(v) <strong>et</strong> f(w) sont<br />
indépendants, donc la proposition est vraie.<br />
Une première analyse <strong>de</strong> ce type <strong>de</strong> réponse semble révéler<br />
une difficulté dans l'utilisation <strong>de</strong> l'implication<br />
mathématique. Dans c<strong>et</strong> exemple, en eff<strong>et</strong>, l'implication<br />
apparaît à <strong>de</strong>ux niveaux, dans l'énoncé <strong>de</strong> la proposition à<br />
démontrer, mais aussi dans la définition <strong>de</strong> l'indépendance<br />
linéaire qui est au cœur <strong>de</strong> l'hypothèse <strong>et</strong> <strong>de</strong> la conclusion <strong>de</strong><br />
la proposition. Plus précisément, la proposition à démontrer<br />
suit un schéma du type suivant :<br />
si (P implique Q) est vraie alors (P' implique Q') est vraie.<br />
De fait, la proposition est une implication dont l'antécé<strong>de</strong>nt<br />
<strong>et</strong> la conclusion sont <strong>de</strong>s implications. Pour démontrer ce<br />
type <strong>de</strong> proposition, il faut partir <strong>de</strong> P' <strong>et</strong> en déduire Q', en<br />
utilisant que (P implique Q) est vraie. Or ici Q = Q' <strong>et</strong> les<br />
étudiants partent <strong>de</strong> P dont ils déduisent P', puis comme (P<br />
implique Q) est vraie en déduisent Q qui est aussi Q'. Ils<br />
croient ainsi avoir démontré la proposition. Il semblerait<br />
donc que leur difficulté soit essentiellement <strong>de</strong> nature<br />
logique.<br />
Or dans notre travail <strong>de</strong> thèse (Dorier 1990), à l’appui <strong>de</strong><br />
données <strong>statistique</strong>s portant sur environ 160 étudiants, nous<br />
avons montré qu'il n'y avait pas <strong>de</strong> corrélation directe entre<br />
les compétences <strong>de</strong>s étudiants dans l'utilisation <strong>de</strong><br />
l'implication mathématique <strong>et</strong> les réponses aux <strong>de</strong>ux<br />
exercices précé<strong>de</strong>nts. Par ailleurs, si on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aux<br />
étudiants ayant donné une réponse fausse d'illustrer la<br />
proposition en géométrie par exemple, la plupart réalisent<br />
immédiatement qu'il y a une erreur, sans être cependant<br />
capables <strong>de</strong> l'i<strong>de</strong>ntifier. Il apparaît donc que les<br />
dysfonctionnements repérés dans l'utilisation <strong>de</strong> la<br />
définition formelle <strong>de</strong> l'indépendance linéaire ne peuvent<br />
être dus aux seules difficultés <strong>de</strong> type logique. 1 Il serait vain<br />
également d'invoquer une difficulté générale <strong>de</strong>s étudiants à<br />
pouvoir mener correctement une démonstration formelle.<br />
Nous avons donc cherché <strong>de</strong>s raisons plus intrinsèquement<br />
liées au contexte <strong>de</strong> l'algèbre linéaire, à travers l'analyse <strong>de</strong><br />
l'histoire du concept <strong>de</strong> dépendance linéaire.<br />
2. Un éclairage historique<br />
La dépendance linéaire trouve ses origines dans l'étu<strong>de</strong><br />
<strong>de</strong>s systèmes d'équations linéaires. Un <strong>de</strong>s premiers textes<br />
m<strong>et</strong>tant ce concept explicitement en avant est dû à Leonhard<br />
Euler <strong>et</strong> s'intitule: Sur une Contradiction Apparente dans la<br />
Doctrine <strong>de</strong>s Lignes Courbes; il date <strong>de</strong> 1750. Euler y traite du<br />
paradoxe dit <strong>de</strong> Cramer. L'étu<strong>de</strong> du problème le mène à<br />
rem<strong>et</strong>tre en cause le fait qu'un système <strong>de</strong> n équations<br />
linéaires en n inconnues détermine toujours une solution<br />
unique, fait qui, semble-t-il, était à l'époque implicitement<br />
admis <strong>de</strong> tous. Euler commence par examiner ce problème<br />
pour n = 2; il donne comme exemple les <strong>de</strong>ux équations:<br />
3x -2y = 5 <strong>et</strong> 4y = 6x – 10.<br />
Voici ce qu'il en dit :<br />
On verra qu'il n'est pas possible d'en déterminer les <strong>de</strong>ux<br />
inconnues x <strong>et</strong> y, puisqu'en éliminant l'une x, l'autre s'en va d'ellemême<br />
<strong>et</strong> on obtient une équation i<strong>de</strong>ntique, dont on est en état <strong>de</strong><br />
déterminer rien. La raison <strong>de</strong> c<strong>et</strong> acci<strong>de</strong>nt saute d'abord aux yeux,<br />
puisque la secon<strong>de</strong> équation se change en 6x - 4y = 10, qui n'étant<br />
que la première 3x - 2y = 5 doublée, n'en diffère point. (Euler<br />
1750, 226)<br />
Il ne s'agit pas ici <strong>de</strong> croire que ce que dit Euler est une<br />
révélation pour les mathématiciens <strong>de</strong> l'époque. Mais le fait<br />
que <strong>de</strong>ux équations puissent être i<strong>de</strong>ntiques, c<strong>et</strong> « acci<strong>de</strong>nt »<br />
pour reprendre le terme employé par Euler, n'était pas jugé<br />
digne d'intérêt. Jusque-là on n'avait pas cherché à faire une<br />
théorie <strong>de</strong>s équations linéaires, mais à m<strong>et</strong>tre en place <strong>de</strong>s<br />
techniques pratiques <strong>de</strong> résolution (<strong>et</strong> ce, <strong>de</strong>puis la haute<br />
antiquité). C'est en cela que le texte d'Euler est une<br />
nouveauté; il porte sur les équations linéaires, mais n'a pas<br />
pour but d'en donner <strong>de</strong> résolution, il propose une approche<br />
plutôt <strong>de</strong>scriptive <strong>et</strong> qualitative.<br />
Regardons maintenant <strong>de</strong> plus près ce que dit Euler. Ce<br />
qui semble important, c'est que, bien qu'elle « saute d'abord<br />
aux yeux », ce n'est pas l'i<strong>de</strong>ntité <strong>de</strong>s équations qui est le<br />
critère pour signifier l'indétermination du système, mais une<br />
1 Ces résultats ont <strong>de</strong>puis été confirmés par <strong>de</strong>s travaux sur<br />
l'apprentissage <strong>de</strong> la logique, qui ont mis en évi<strong>de</strong>nce l'importance<br />
du contexte dans lequel les exercices <strong>de</strong> logique sont proposés dans<br />
les compétences <strong>de</strong>s étudiants (Durand-Guerrier, 1996).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 134 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />
résolution par élimination. Ceci prouve que la résolution<br />
reste la préoccupation majeure.<br />
Pour n = 3, Euler donne <strong>de</strong>ux exemples : un où <strong>de</strong>ux<br />
équations sont i<strong>de</strong>ntiques, <strong>et</strong> un autre où une équation est le<br />
double <strong>de</strong> la somme <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux autres. Dans les <strong>de</strong>ux cas, il n'y<br />
a pas <strong>de</strong> tentative <strong>de</strong> résolution, <strong>et</strong> Euler conclut :<br />
Ainsi quand on dit que pour déterminer trois inconnues, il<br />
suffit d'avoir trois équations, il y faut ajouter c<strong>et</strong>te restriction, que<br />
ces trois équations diffèrent tellement entr'elles, qu'aucune ne soit<br />
déjà comprise dans les autres. (ibid., 226)<br />
Pour n = 4, Euler rajoute que, dans certains cas, <strong>de</strong>ux<br />
inconnues peuvent rester indéterminées, <strong>et</strong> il donne<br />
l'exemple <strong>de</strong>s quatre équations suivantes :<br />
5x + 7y - 4z + 3v - 24 = 0 ,<br />
2x -3y + 5z - 6v - 20 = 0 ,<br />
x + 13y - 14z + 15v +16= 0 ,<br />
3x + 10y - 9z + 9v - 4 = 0 ,<br />
elles ne vaudroient que <strong>de</strong>ux, car ayant tiré <strong>de</strong> la troisième la valeur<br />
<strong>de</strong> x = - 13y + 14z - 15v - 16<br />
<strong>et</strong> l'ayant substituée dans la secon<strong>de</strong> pour avoir :<br />
y =<br />
33z ! 3v ! 52<br />
29<br />
<strong>et</strong> x =<br />
!23z + 33v + 212<br />
29<br />
ces <strong>de</strong>ux valeurs <strong>de</strong> x <strong>et</strong> <strong>de</strong> y étant substituées dans la première <strong>et</strong> la<br />
quatrième équations conduiront à <strong>de</strong>s équations i<strong>de</strong>ntiques 2 , <strong>de</strong><br />
sorte que les quantités z <strong>et</strong> v resteront indéterminées. (ibid., 227)<br />
Ici donc, à nouveau, la démonstration repose sur une<br />
résolution par élimination <strong>et</strong> substitution. Euler ne<br />
mentionne pas les relations linéaires entre les équations,<br />
pourtant assez apparentes : (1) - (2) = (4) <strong>et</strong> (1) - 2x(2) = (3)<br />
(par exemple). Pour finir, il conclut par un énoncé général :<br />
Quand on soutient que pour déterminer n quantités inconnues<br />
il suffit d'avoir n équations qui expriment leur rapport mutuel, il y<br />
faut ajouter c<strong>et</strong>te restriction que toutes les équations soient<br />
différentes entre elles, ou qu'il n'y en ait aucune qui soit renfermée<br />
dans les autres. (ibid., 228)<br />
Pour un lecteur mo<strong>de</strong>rne, « être comprise dans » ou « être<br />
renfermée dans » traduit immédiatement une relation <strong>de</strong><br />
dépendance linéaire. Pourtant, une lecture minutieuse <strong>de</strong> ce<br />
que fait Euler nous montre, qu'à ses yeux, cela traduit plutôt<br />
un « acci<strong>de</strong>nt » dans la fin d'une résolution par élimination <strong>et</strong><br />
substitution, qui fait que certaines inconnues restent<br />
indéterminées. Bien sûr il nous montre, à quelques reprises,<br />
que la raison en vient <strong>de</strong> relations linéaires entre les<br />
équations, mais ce n'est pas le critère qu'il r<strong>et</strong>ient comme<br />
décisif. Ce faisant, il s'inscrit tout à fait dans la ligne <strong>de</strong> ce qui<br />
prédominait à l'époque, la résolution. La différence entre les<br />
propriétés <strong>de</strong> « dépendance linéaire » <strong>et</strong> « être comprise<br />
(enfermée) dans » peut sembler mince, mais elle a eu <strong>de</strong>s<br />
inci<strong>de</strong>nces importantes. En eff<strong>et</strong>, le point <strong>de</strong> vue d'Euler le<br />
lie au cadre <strong>de</strong>s équations alors que la dépendance linéaire<br />
est un concept plus large, valable à la seule condition qu'on<br />
puisse faire <strong>de</strong>s combinaisons linéaires. Aussi, pour bien<br />
2 Attention, Euler ne veut pas simplement dire que les <strong>de</strong>ux<br />
équations sont i<strong>de</strong>ntiques l'une à l'autre, mais que chacune est<br />
i<strong>de</strong>ntique, c'est-à-dire toujours vraie.<br />
,<br />
marquer la différence, nous appellerons dépendance inclusive<br />
c<strong>et</strong>te propriété pour une équation « d'être comprise<br />
(enfermée) dans d'autres ».<br />
Jusque vers la <strong>de</strong>uxième moitié du 19 e siècle, le concept <strong>de</strong><br />
dépendance inclusive, plutôt que celui <strong>de</strong> dépendance<br />
linéaire, est à l'œuvre dans le cadre <strong>de</strong>s équations linéaires.<br />
C<strong>et</strong>te conception est mathématiquement équivalente à la<br />
dépendance linéaire, <strong>de</strong> plus, elle était tout à fait efficace, <strong>et</strong><br />
en quelque sorte naturelle, dans le contexte <strong>de</strong> l'époque, où<br />
la préoccupation majeure face aux systèmes d'équations<br />
linéaires était leur résolution. Cependant, c<strong>et</strong>te conception<br />
empêchait <strong>de</strong> voir les équations <strong>et</strong> les n-upl<strong>et</strong>s <strong>de</strong> solutions<br />
<strong>de</strong> la même façon au regard <strong>de</strong> leur linéarité. Or, c<strong>et</strong>te<br />
limitation n'a pas permis <strong>de</strong> dégager entièrement le concept<br />
<strong>de</strong> rang. En eff<strong>et</strong>, pour ce faire, il fallait pouvoir utiliser un<br />
raisonnement dual perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> relier entre eux tous les<br />
systèmes ayant le même ensemble <strong>de</strong> solutions. Or un<br />
raisonnement dual nécessite <strong>de</strong> pouvoir transformer une<br />
équation en un n-upl<strong>et</strong> <strong>et</strong> vice versa, c'est-à-dire d'unifier ces<br />
<strong>de</strong>ux obj<strong>et</strong>s sous un même concept linéaire : le vecteur, au<br />
sens d'élément d'un espace vectoriel. Ce pas a été franchi en<br />
1875 par Frobenius.<br />
Celui-ci commence par donner la définition suivante :<br />
Plusieurs solutions particulières 3<br />
A1 (χ) , A2 (χ) , …, An (χ) (χ= 1, 2,…, k)<br />
seront dites indépendantes ou différentes,<br />
si c1Aα (1) + c2Aα (2) + …+ ckAα (k) ne peuvent s'annuler<br />
pour tous les α = 1, 2, …n, sans que c1, c2, …, ck soient tous<br />
nuls, en d'autres termes, si les k formes linéaires<br />
A1 (χ) u1 + A2 (χ) u2 + …+ An (χ) un (χ = 1,…, k) sont<br />
indépendantes (Frobenius 1875, 255).<br />
Non seulement c<strong>et</strong>te définition est tout à fait semblable à la<br />
définition mo<strong>de</strong>rne <strong>de</strong> l'indépendance linéaire (c'est la<br />
première fois qu'une telle définition est donnée), mais elle<br />
montre explicitement la similarité entre les n-upl<strong>et</strong>s <strong>de</strong><br />
solutions <strong>et</strong> les équations dans leur caractère linéaire. C<strong>et</strong>te<br />
idée, a priori si simple, va être essentielle dans le travail <strong>de</strong><br />
Frobenius; il va ainsi m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce, en quelques pages,<br />
pour la première fois, toutes les caractéristiques essentielles<br />
du rang d'un système (cf. Dorier à paraître).<br />
Ainsi, on repère dans l'histoire que la conception <strong>de</strong><br />
dépendance inclusive joue un rôle d'obstacle à l'émergence<br />
du concept <strong>de</strong> rang.<br />
3. R<strong>et</strong>our sur le didactique<br />
Dans sa thèse, Ousman (1996) a montré que <strong>de</strong>s étudiants<br />
en début d'université (avant enseignement d'algèbre linéaire)<br />
ont <strong>de</strong>s conceptions voisines <strong>de</strong> la dépendance inclusive à<br />
propos <strong>de</strong>s équations linéaires. Mais les difficultés <strong>de</strong>s<br />
étudiants ne montrent pas qu'une résistance <strong>de</strong> leur<br />
conception <strong>de</strong> dépendance inclusive empêche une bonne<br />
utilisation <strong>de</strong> la définition formelle. En revanche, nous avons<br />
3 Attention, il s'agit <strong>de</strong> k vecteurs à n composantes.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 135 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />
mis en évi<strong>de</strong>nce que les raisonnements utilisant <strong>de</strong>s<br />
conceptions primitives sur la dépendance (dont la<br />
dépendance inclusive) ne suffisent pas pour bien utiliser la<br />
définition formelle.<br />
Ce constat nous conduit à l'hypothèse que la difficulté<br />
didactique est en fait ici plus globale, elle vient du processus<br />
<strong>de</strong> généralisation à l'œuvre dans le passage à la théorie <strong>de</strong>s<br />
espaces vectoriels. En eff<strong>et</strong>, le concept formel<br />
d'indépendance linéaire est une généralisation (<strong>de</strong> la<br />
dépendance inclusive, <strong>de</strong> la proportionnalité, <strong>et</strong>c.) dans le<br />
sens où il unifie diverses conceptions dont les domaines <strong>de</strong><br />
validité sont limités, chacun, à un contexte particulier. Dans<br />
ce processus, il n'y a pas <strong>de</strong> possibilité <strong>de</strong> généralisation<br />
abusive : la généralisation n'est tout simplement pas possible<br />
sauf à créer justement le concept formel qui va se substituer<br />
globalement à toutes les conceptions primitives. Du point <strong>de</strong><br />
vue logique, il y a équivalence <strong>de</strong>s conceptions primitives au<br />
concept formel dans chacun <strong>de</strong> leurs champs d'application.<br />
L'obstacle est donc dans la nature <strong>de</strong> la généralisation, ce<br />
que nous avons appelé « l'obstacle du formalisme ». C<strong>et</strong>te<br />
double analyse historique <strong>et</strong> didactique montre alors que la<br />
difficulté consiste à accé<strong>de</strong>r au concept formel à travers un<br />
processus prenant en compte les conceptions primitives <strong>et</strong><br />
les caractéristiques épistémologiques <strong>de</strong> ce type <strong>de</strong><br />
généralisation unifiante. Pour le cas <strong>de</strong>s équations, il s'agit<br />
donc <strong>de</strong> passer <strong>de</strong> la conception <strong>de</strong> dépendance inclusive au<br />
concept <strong>de</strong> dépendance linéaire dans une problématique qui<br />
montre, d'une part, le lien entre les <strong>de</strong>ux conceptions <strong>et</strong>,<br />
d'autre part, la supériorité du concept <strong>de</strong> dépendance<br />
linéaire. Or ce passage ne peut être conçu que comme<br />
réponse au besoin d'unification relativement à d'autres<br />
contextes.<br />
Le contexte historique est beaucoup trop complexe pour<br />
servir ici d'inspiration pour m<strong>et</strong>tre en place un dispositif<br />
didactique adéquat. On peut penser à un autre dispositif<br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> transposer les idées essentielles à l'œuvre dans<br />
le travail <strong>de</strong> Frobenius. Il s'agit essentiellement d'introduire<br />
un « saut qualitatif », dès le début <strong>de</strong> l'enseignement<br />
universitaire d'algèbre linéaire, en remplaçant la<br />
problématique <strong>de</strong> résolution par celle <strong>de</strong> l'étu<strong>de</strong> plus<br />
théorique <strong>de</strong>s systèmes. Dans ce sens, la métho<strong>de</strong> du pivot<br />
<strong>de</strong> Gauss est particulièrement adaptée pour perm<strong>et</strong>tre le<br />
passage <strong>de</strong> la conception <strong>de</strong> la dépendance inclusive à la<br />
définition formelle du concept <strong>de</strong> dépendance linéaire. En<br />
eff<strong>et</strong>, la « disparition » éventuelle d'une équation en fin <strong>de</strong><br />
résolution (une ligne <strong>de</strong> zéros en bas <strong>de</strong> la diagonale du<br />
tableau triangulaire) est l' « acci<strong>de</strong>nt » qui montre la<br />
dépendance au sens d'Euler (la dépendance inclusive). Or,<br />
l'algorithme fonctionnant par combinaisons linéaires<br />
successives <strong>de</strong>s lignes, la ligne nulle à la fin est aussi le<br />
révélateur <strong>de</strong> l'existence d'une relation linéaire entre les<br />
équations. Ainsi, une analyse réflexive sur l'algorithme offre<br />
une possibilité d'interpréter la dépendance inclusive en<br />
termes <strong>de</strong> dépendance linéaire 4 . Ce type <strong>de</strong> démarche est<br />
4 Notons que, dans le développement <strong>de</strong>s concepts d'algèbre<br />
linéaire, la théorie <strong>de</strong>s déterminants, inaugurée par un traité <strong>de</strong><br />
Cramer <strong>de</strong> 1750, a joué un rôle prédominant. Néanmoins nos<br />
mis en œuvre dans le début <strong>de</strong> l'enseignement expérimenté à<br />
Lille par Rogalski <strong>et</strong> débouche sur une mise en place du<br />
concept <strong>de</strong> rang dans le cadre <strong>de</strong>s systèmes d'équations<br />
linéaires.<br />
4. Une ingéniérie didactique<br />
Rogalski avait commencé dès 1984 un enseignement<br />
« expérimental » <strong>de</strong> l'algèbre linéaire à l'Université <strong>de</strong>s<br />
Sciences <strong>et</strong> Technologies <strong>de</strong> Lille. À partir <strong>de</strong> 1989, il a<br />
intégré dans c<strong>et</strong> enseignement les résultats <strong>de</strong>s recherches<br />
précé<strong>de</strong>ntes. L’expérience s’est déroulée jusqu’à la fin <strong>de</strong>s<br />
années 90 <strong>et</strong> a donné lieu à plusieurs publications.<br />
C<strong>et</strong> enseignement repose sur les trois hypothèses suivantes<br />
qui constituent un point <strong>de</strong> départ opératoire pour élaborer<br />
une ingénierie, en ce qui concerne l'enseignement <strong>de</strong><br />
l'algèbre linéaire.<br />
a) Il faut prendre en compte la nature formalisatrice,<br />
unificatrice, généralisatrice <strong>et</strong> simplificatrice <strong>de</strong>s concepts <strong>de</strong><br />
l'algèbre linéaire.<br />
b) L'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire nécessite un certain<br />
nombre <strong>de</strong> prérequis.<br />
c) Il faut utiliser <strong>de</strong> façon interactive les trois idées suivantes:<br />
* le recours au levier du « méta »;<br />
* la construction d'ingénieries longues;<br />
* l'utilisation <strong>de</strong>s changements <strong>de</strong> points <strong>de</strong> vue<br />
comme moteur d'unification d'abord, <strong>de</strong> résolution<br />
ensuite.<br />
Outre les choix découlant <strong>de</strong> ces trois hypothèses, un choix<br />
plus particulier a été fait d'organiser l'enseignement pour<br />
arriver à dégager, <strong>de</strong> manière centrale, la notion <strong>de</strong> rang,<br />
dont les travaux historiques <strong>et</strong> épistémologiques ont montré<br />
à la fois qu'elle est effectivement centrale en algèbre linéaire<br />
<strong>et</strong> particulièrement difficile pour les étudiants. Cela amène à<br />
privilégier l'entrée dans l'algèbre linéaire par les équations<br />
linéaires, théorie où la notion <strong>de</strong> rang se présente<br />
naturellement, est plus 0 car liée à la dualité, <strong>et</strong> pour laquelle<br />
il est assez facile d'introduire une problématique pour<br />
laquelle la notion <strong>de</strong> rang peut apparaître comme centrale<br />
pour répondre aux questions. Cela amène aussi à insister<br />
plus sur le rang d'un système <strong>de</strong> vecteurs que sur la seule<br />
indépendance (voir à ce suj<strong>et</strong> le paragraphe suivant).<br />
L'ingénierie comporte quatre étapes, que nous<br />
présentons très schématiquement ci-<strong>de</strong>ssous (pour plus <strong>de</strong><br />
détails cf. (Rogalski 1991, 1994 <strong>et</strong> 1995) <strong>et</strong> (Dorier 1997a, II-<br />
3)).<br />
analyses historiques montrent également que c<strong>et</strong> outil puissant mais<br />
aussi excessivement technique a pu masquer certaines idées<br />
élémentaires <strong>et</strong> ralentir l'émergence <strong>de</strong> certains concepts, dont celui<br />
<strong>de</strong> rang. Nous défendons donc la thèse que le pivot <strong>de</strong> Gauss est<br />
une métho<strong>de</strong> mieux adaptée pour introduire les concepts<br />
élémentaires d'algèbre linéaire par l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s systèmes que ne le<br />
sont les déterminants.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 136 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />
1) Dans la première étape, il s'agit <strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s<br />
préliminaires en même temps que le début <strong>de</strong> l'algèbre<br />
linéaire, <strong>et</strong> d'organiser problématiques, changements <strong>de</strong><br />
cadres <strong>et</strong> convergence <strong>de</strong> points <strong>de</strong> vue différents.<br />
En ce qui concerne les préliminaires, Rogalski développe au<br />
début du cours l'activité « circuit électrique », telle que Marc<br />
Legrand l'a exposée dans (Legrand, 1990), susceptible <strong>de</strong><br />
favoriser la compréhension par les étudiants du<br />
raisonnement mathématique. Il introduit aussi assez tôt les<br />
éléments <strong>de</strong> langage <strong>de</strong> théorie <strong>de</strong>s ensembles. Enfin il<br />
donne <strong>de</strong>s compléments <strong>de</strong> géométrie dans l'espace.<br />
2) La secon<strong>de</strong> étape débute par une présentation explicite<br />
aux étudiants <strong>de</strong> toutes les interrogations communes qu'on<br />
peut tirer <strong>de</strong> ce qui a été fait dans la première étape. Le<br />
schéma ci-<strong>de</strong>ssous leur est présenté en amphi, <strong>et</strong> figure<br />
explicitement dans le polycopié distribué.<br />
Parallèlement à l'algèbre linéaire, dans c<strong>et</strong>te étape, les<br />
métho<strong>de</strong>s linéaires sont systématiquement utilisées dans<br />
d'autres domaines <strong>mathématiques</strong> : polynômes, suites<br />
récurrentes linéaires; équations différentielles linéaires.<br />
3) La troisième étape traite <strong>de</strong> l'algèbre linéaire abstraite<br />
(axiomatique <strong>de</strong>s espaces vectoriels, espaces <strong>de</strong> dimension<br />
finie, applications linéaires…), qui est utilisée comme cadre<br />
<strong>de</strong> modélisation interne aux <strong>mathématiques</strong>.<br />
4) La quatrième étape est plus technique <strong>et</strong> plus brève. Elle<br />
comporte l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s matrices, les techniques <strong>de</strong> changement<br />
<strong>de</strong> bases, <strong>et</strong> l'inversion <strong>de</strong>s matrices carrées.<br />
5. Conclusion<br />
Dans ce travail, la question <strong>de</strong> la diversité <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong><br />
représentation <strong>et</strong> <strong>de</strong> pensée apparaît sans être la question<br />
centrale. La première entrée est celle <strong>de</strong> l'analyse du savoir,<br />
plus particulièrement, dans sa dimension historique. La<br />
nature unificatrice, généralisatrice, simplificatrice <strong>et</strong><br />
formalisatrice <strong>de</strong> l'algèbre linéaire (telle que l'analyse<br />
épistémologique l'a révélée) conduit inévitablement à poser<br />
la question <strong>de</strong> la multiplicité <strong>de</strong>s cadres, <strong>de</strong>s registres, <strong>de</strong>s<br />
points <strong>de</strong> vue ou <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> raisonnement, mais aussi <strong>de</strong><br />
leur unification dans la théorie formelle. L'obstacle du<br />
formalisme semble en ce sens relever d'une difficulté <strong>de</strong>s<br />
étudiants à prendre du recul par rapport aux différents<br />
mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> représentation <strong>et</strong> <strong>de</strong> pensée.<br />
L'analyse historique est alors une source pour r<strong>et</strong>rouver <strong>de</strong>s<br />
sens oubliés d'un concept <strong>et</strong> mieux comprendre l'évolution<br />
<strong>de</strong> ce concept jusqu'à sa formalisation ultime dans la théorie<br />
axiomatique <strong>de</strong>s espaces vectoriels. Sans vouloir recréer dans<br />
l'enseignement les conditions historiques d'émergence d'un<br />
concept, les travaux <strong>de</strong> Dorier-Robert-Robin<strong>et</strong>-Rogalski ont<br />
montré que l'analyse historique perm<strong>et</strong>tait <strong>de</strong> mieux<br />
comprendre certaines difficultés <strong>de</strong>s étudiants, mais aussi <strong>de</strong><br />
construire <strong>de</strong>s ingénieries locales visant à introduire les<br />
concepts d'algèbre linéaire <strong>de</strong> façon à faire saisir aux<br />
étudiants la nécessité du formalisme, tout en leur présentant<br />
les différents sens possibles <strong>de</strong> ces concepts dans leurs<br />
différents cadres ou registres <strong>de</strong> représentation, en<br />
particulier en liaison avec leurs connaissances antérieures sur<br />
les systèmes d'équations linéaires <strong>et</strong> la géométrie du lycée.<br />
L'enjeu <strong>de</strong> la flexibilité cognitive s'inscrit donc dans une<br />
problématique globale visant le dépassement <strong>de</strong> l'obstacle du<br />
formalisme.<br />
Bibliographie<br />
DORIER J.-L. (1990), Contribution à l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'enseignement à<br />
l'université <strong>de</strong>s premiers concepts d'algèbre linéaire - Approches<br />
historique <strong>et</strong> didactique. Thèse <strong>de</strong> doctorat, Grenoble :<br />
Université Joseph Fourier, 571 p.<br />
DORIER J.-L. (1991), Sur l'enseignement <strong>de</strong>s concepts<br />
élémentaires d'algèbre linéaire à l'université. Recherches<br />
en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. 11(2/3), 325-364.<br />
DORIER J.-L. (1992), Illustrer l'aspect unificateur <strong>et</strong> généralisateur<br />
<strong>de</strong> l'algèbre linéaire. Cahier DIDIREM n°14, Paris :<br />
IREM <strong>de</strong> Paris VII, 40 p.<br />
DORIER J.-L. (1993), Emergence du concept <strong>de</strong> rang dans<br />
l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s systèmes d'équations linéaires. Cahiers du<br />
Séminaire d'Histoire <strong>de</strong>s Mathématiques, 2 e série, vol. 3,<br />
159-190.<br />
DORIER J.-L., ROBERT A., ROBINET J., ROGALSKI M.<br />
(1994), L'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire en DEUG<br />
première année, essai d'évaluation d'une ingénierie<br />
longue <strong>et</strong> questions. In Artigue M. <strong>et</strong> al. (eds) Vingt ans<br />
<strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques en France, 328-342.<br />
Grenoble : La Pensée Sauvage.<br />
DORIER J.-L. (1995), M<strong>et</strong>a level in the teaching of unifying<br />
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Studies in Mathematics, 29(2), 175-197.<br />
DORIER J.-L. (1996), Genèse <strong>de</strong>s premiers espaces vectoriels<br />
<strong>de</strong> fonctions. Revue d'Histoire <strong>de</strong>s Mathématiques, 2-2, 265-<br />
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DORIER J.-L. (ed.) (1997a), L'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire en<br />
question. Grenoble : la Pensée Sauvage, 331 p.<br />
DORIER J.-L. (1997b), Recherches en didactique <strong>et</strong> en histoire <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> sur l'algèbre linéaire - Perspective théorique sur<br />
leurs interactions. Notes <strong>de</strong> synthèse pour obtenir le<br />
diplôme d'habilitation à diriger <strong>de</strong>s recherches,<br />
Université Joseph Fourier, Grenoble 1. Paru sous la<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 137 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Sur le concept d’indépendance linéaire Jean-Luc Dorier<br />
forme d’un cahier du laboratoire Leibniz, Cahier n°12,<br />
disponible en ligne à l’adresse suivante :<br />
http://www-leibniz.imag.fr/LesCahiers/in<strong>de</strong>x.html.<br />
DORIER J.-L. (1998a) The role of formalism in the teaching<br />
of the theory of vector spaces, Linear Algebra and its<br />
Applications , 275-276, 1998, 141-160.<br />
DORIER J.-L. (1998b) État <strong>de</strong> l'art <strong>de</strong> la recherche en<br />
didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> à propos <strong>de</strong><br />
l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire, Recherches en<br />
Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques 18(2), 191-230.<br />
DORIER J.-L. (1999) Le concept <strong>de</strong> rang dans les systèmes<br />
d'équations linéaires, in IREM <strong>de</strong>s Pays <strong>de</strong> Loire (ed.)<br />
Contribution à une approche historique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> –<br />
IREM - Actes <strong>de</strong> la 7° université d'été interdisciplinaire sur<br />
l'histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Université <strong>de</strong> Nantes, 12-17<br />
Juill<strong>et</strong> 1997, pp. 237-252.<br />
DORIER J.-L. (ed.) (2000) On the teaching of linear algebra,<br />
Dordrecht : Kluwer Aca<strong>de</strong>mic Publisher (xxii + 288<br />
pages).<br />
DURAND-GUERRIER V. (1996), Logique <strong>et</strong> raisonnement<br />
mathématique - Défense <strong>et</strong> illustration <strong>de</strong> la pertinence du calcul<br />
<strong>de</strong>s prédicats pour une approche didactique <strong>de</strong>s difficultés liées à<br />
l'implication. Thèse <strong>de</strong> Doctorat, Lyon : Université<br />
Clau<strong>de</strong> Bernard, 291+62 p.<br />
EULER L. (1750), Sur une contradiction apparente dans la<br />
doctrine <strong>de</strong>s lignes courbes. Mémoires <strong>de</strong> l'Académie <strong>de</strong>s<br />
Sciences <strong>de</strong> Berlin, 4 , 219-223; ou in Opera omnia, 3 séries<br />
(57 vols), vol. 26, 33-45, Lausanne: Teubner - Orell<br />
Füssli - Turicini, 1911-76.<br />
FROBENIUS G. F. (1875), Über das Pfaffsche Problem.<br />
Journal für die reine und angewandte Mathematik, 82, 230-<br />
315; ou in J-P. Serre (ed.) Gesammelte Abhandlungen, 3<br />
vols. (vol. 1, pp. 249-334). Berlin/Hei<strong>de</strong>lberg/New-<br />
York: Springer, 1968.<br />
GUEUDET, G. (2000) Rôle du géométrique dans l'enseignement <strong>et</strong><br />
l'apprentissage <strong>de</strong> l'algèbre linéaire. Thèse <strong>de</strong> doctorat <strong>de</strong><br />
l’Université Joseph Fourier, Grenoble 1.<br />
OUSMAN R. (1996), Contribution à l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre<br />
linéaire en première année d'université. Thèse <strong>de</strong> doctorat,<br />
Rennes : Université <strong>de</strong> Rennes I, 242 p.<br />
ROBERT A., ROBINET J. (1989), Quelques résultats sur<br />
l'apprentissage <strong>de</strong> l'algèbre linéaire en première année <strong>de</strong><br />
DEUG. Cahier <strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques<br />
n°53, Paris : IREM <strong>de</strong> Paris VII.<br />
ROBERT A. (1992), Proj<strong>et</strong>s longs <strong>et</strong> ingénierie pour<br />
l'enseignement universitaire : questions <strong>de</strong><br />
problématique <strong>et</strong> <strong>de</strong> méthodologie. Un exemple : un<br />
enseignement annuel <strong>de</strong> licence en formation continue.<br />
Recherches en Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques, 12(2/3), 181-<br />
220.<br />
ROBERT A., ROBINET J. (1996), Prise en compte du méta en<br />
didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Recherches en Didactique<br />
<strong>de</strong>s Mathématiques, 16(2), 145-176.<br />
ROGALSKI M. (1990), Pourquoi un tel échec <strong>de</strong><br />
l'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire?. In Commission<br />
inter-IREM université (ed), Enseigner autrement les<br />
<strong>mathématiques</strong> en DEUG Première Année, 279-291, Lyon :<br />
IREM.<br />
ROGALSKI M. (1991), Un enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire en<br />
DEUG A première année. Cahier <strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s<br />
Mathématiques n°53, IREM <strong>de</strong> Paris VII.<br />
ROGALSKI M. (1994), L'enseignement <strong>de</strong> l'algèbre linéaire en<br />
première année <strong>de</strong> DEUG A. La Gaz<strong>et</strong>te <strong>de</strong>s<br />
Mathématiciens, 60, 39-62.<br />
ROGALSKI M. (1995), Que faire quand on veut enseigner un<br />
type <strong>de</strong> connaissances tel que la dialectique outil/obj<strong>et</strong><br />
ne semble pas marcher, <strong>et</strong> qu'il n'y ait pas<br />
apparemment <strong>de</strong> situation fondamentale ? L'exemple<br />
<strong>de</strong> l'algèbre linéaire. Séminaires DidaTech 1994-1995 -<br />
n°169, 127-162.<br />
ROGALSKI M. (1996), Teaching linear algebra : role and<br />
nature of knowledge in logic and s<strong>et</strong> theory which <strong>de</strong>al<br />
with some linear problems. In L. Puig <strong>et</strong> A. Guitierrez<br />
(eds), Proceedings of the XX° International Conference for the<br />
Psychology of Mathematics Education (4 vol.), Valencia :<br />
Université, vol 4, 211-218.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 138 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Logique <strong>et</strong> raisonnement<br />
mathématique,<br />
Implication <strong>et</strong> quantification<br />
Les connecteurs logiques associés aux questions <strong>de</strong> quantification jouent un rôle<br />
essentiel dans l’activité mathématique. Or la complexité <strong>de</strong> ces notions est en<br />
général sous-estimée par les professeurs. Je proposerai <strong>de</strong>s pistes pour travailler<br />
avec les élèves <strong>et</strong> les étudiants sur les difficultés liées aux interactions entre<br />
implication, négation <strong>et</strong> quantification.<br />
Viviane Durand-<br />
Guerrier<br />
Université Lyon<br />
1, France<br />
LIRDHIST<br />
IUFM 1 <strong>de</strong> Lyon<br />
IREM 2 <strong>de</strong> Lyon<br />
France.<br />
Viviane.Durand-<br />
Guerrier@univlyon1.fr<br />
1 Institut universitaire <strong>de</strong><br />
formation <strong>de</strong>s maîtres <strong>de</strong><br />
Lyon<br />
http://www.lyon.iufm.fr/<br />
2 Institut <strong>de</strong> recherche sur<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>,<br />
Université Clau<strong>de</strong><br />
Bernard Lyon 1.<br />
http://sierra.univ-<br />
lyon1.fr/irem/<br />
L<br />
es difficultés liées au maniement <strong>de</strong><br />
l’implication dans la classe <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> sont attestées par <strong>de</strong><br />
nombreux travaux <strong>de</strong> recherche, ainsi que par<br />
les résultats d’évaluations tant nationales<br />
qu’internationales. Les professeurs semblent<br />
souvent démunis <strong>de</strong>vant ces difficultés qui<br />
résistent tout au long <strong>de</strong> la scolarité, y compris<br />
chez <strong>de</strong>s étudiants avancés, ceci pouvant<br />
sembler être en contradiction avec la simplicité<br />
apparente <strong>de</strong> ce connecteur <strong>et</strong> sa présence<br />
centrale dans l’activité mathématique. De<br />
nombreux travaux <strong>de</strong> psychologie cognitive<br />
attestent que <strong>de</strong>s suj<strong>et</strong>s mêmes cultivés sont en<br />
difficulté pour repérer les cas qui satisfont une<br />
implication dans <strong>de</strong>s tâches abstraites, alors<br />
que <strong>de</strong>s tâches proches proposées dans <strong>de</strong>s<br />
contextes issus <strong>de</strong> la vie ordinaire sont<br />
majoritairement réussies. Les travaux <strong>de</strong><br />
recherche en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
que je conduis <strong>de</strong>puis plusieurs années ont mis<br />
en évi<strong>de</strong>nce le fait que la complexité <strong>de</strong> la<br />
notion d’implication est très largement sousestimée,<br />
dans ces travaux <strong>de</strong> psychologie d’une<br />
part, par les professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
d’autre part, en particulier parce que les<br />
phénomènes liés aux interactions entre<br />
implication <strong>et</strong> quantification sont insuffisamment<br />
pris en compte. C’est l’importance <strong>de</strong> la<br />
nécessité <strong>de</strong> la prise en compte <strong>de</strong> ces<br />
phénomènes que j’ai souhaité m<strong>et</strong>tre en<br />
lumière dans c<strong>et</strong> atelier. Pour cela, j’ai proposé<br />
aux participants <strong>de</strong> résoudre une tâche<br />
révélatrice <strong>de</strong> ce phénomène, d’observer<br />
quelques réponses d’étudiants <strong>et</strong> d’élèves à<br />
c<strong>et</strong>te même activité <strong>et</strong> <strong>de</strong> discuter <strong>de</strong>s<br />
conséquences que l’on peut en tirer pour<br />
l’enseignement.<br />
I. Un labyrinthe surprenant 3<br />
I.1 Présentation <strong>de</strong> la tâche du<br />
labyrinthe<br />
C<strong>et</strong>te tâche a été proposée dans le cadre<br />
d’EVAPM2 91 ; il s’agit d’une évaluation<br />
proposée par l’Association <strong>de</strong>s professeurs <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> l’enseignement public à <strong>de</strong>s<br />
enseignants volontaires en fin <strong>de</strong> secon<strong>de</strong>,<br />
dont les résultats sont publiés dans APMEP<br />
(1992). Le labyrinthe est le premier exercice<br />
d’une série <strong>de</strong> six portant sur le thème<br />
Argumentation – Raisonnement – Expression.<br />
L’exercice se présentait ainsi :<br />
3<br />
On trouve un analyse détaillée <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te tâche dans<br />
Durand-Guerrier (1999, 2003) <strong>et</strong> dans Durand-<br />
Guerrier & al (2000).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 139 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />
Exercice 1<br />
Lire attentivement les lignes ci-<strong>de</strong>ssous avant <strong>de</strong> répondre aux questions.<br />
Une personne que nous appellerons X a traversé ce<br />
labyrinthe, <strong>de</strong> l’entrée à la sortie, sans jamais être passée <strong>de</strong>ux<br />
fois par la même porte<br />
Les pièces sont nommées A, B, C… comme il est indiqué sur<br />
la figure<br />
Il est possible d’énoncer <strong>de</strong>s phrases qui aient un sens par<br />
rapport à la situation proposée <strong>et</strong> sur la vérité <strong>de</strong>squelles on<br />
puisse se prononcer (VRAI ou FAUX), ou qui peuvent être<br />
telles que les informations que l’on possè<strong>de</strong> ne suffisent pas<br />
pour déci<strong>de</strong>r si elles sont vraies ou fausses (ON NE PEUT<br />
PAS SAVOIR).<br />
Par exemple, la phrase « X est passée par C » est une<br />
phrase VRAIE.<br />
En eff<strong>et</strong>, on affirme que X a traversé le labyrinthe, <strong>et</strong> C<br />
est la seule pièce d’entrée.<br />
Pour chacune <strong>de</strong>s six phrases suivantes, dire si elle est<br />
VRAIE, si elle est FAUSSE ou si ON NE PEUT PAS<br />
SAVOIR, <strong>et</strong>, dans chaque cas, expliquez votre réponse.<br />
Phrase n°1 : « X est passé par P »<br />
Phrase n°2 : « X est passé par N »<br />
Phrase n°3 : « X est passé par M »<br />
Phrase n°4 : « Si X est passé par O, alors X est passé par<br />
F »<br />
Phrase n°5 : « Si X est passé par K, alors X est passé par<br />
L »<br />
Phrase n°6 : « Si X est passé par L, alors X est passé par<br />
K »<br />
Avant <strong>de</strong> poursuivre votre lecture, je vous invite à résoudre<br />
pour vous-même c<strong>et</strong> exercice en notant les arguments qui<br />
vous perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> répondre.<br />
I.2. Quelques réponses d’étudiants<br />
Les réponses présentées ci-<strong>de</strong>ssous ont été recueillies dans le<br />
cadre d’un module optionnel s’adressant à <strong>de</strong>s étudiants<br />
scientifiques en <strong>de</strong>uxième ou troisième année <strong>de</strong> licence en<br />
France (semestre 4 ou semestre 5 <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s universitaires)<br />
en mars 2005. Il s’agit d’un module transversal <strong>de</strong> sciences<br />
humaines <strong>et</strong> sociales <strong>de</strong> l’université Lyon 1, intitulé Analyse<br />
logique <strong>de</strong>s énoncés <strong>et</strong> <strong>de</strong>s raisonnements <strong>mathématiques</strong>. Aspects<br />
épistémologiques <strong>et</strong> didactiques. À c<strong>et</strong>te session, le groupe<br />
comprenait <strong>de</strong>s étudiants en licence <strong>mathématiques</strong>,<br />
physique, biologie, informatique <strong>et</strong> électronique. La réponse<br />
à chacune <strong>de</strong>s questions pour chacun <strong>de</strong>s vingt-huit étudiants<br />
est présentée en annexe.<br />
Comme le montre la lecture <strong>de</strong> ce tableau, les réponses sont<br />
unanimes pour les phrases n°1, 2 <strong>et</strong> 4 <strong>et</strong> correspon<strong>de</strong>nt sans<br />
doute à vos propres réponses. Pour la phrase n°3, un<br />
étudiant a répondu que la phrase est fausse, les autres<br />
répondant on ne peut pas savoir . Pour la phrase n°5 un étudiant<br />
s’est posé la question <strong>de</strong> savoir s’il fallait prendre en compte<br />
le temps (y a-t-il une chronologie entre antécé<strong>de</strong>nt <strong>et</strong><br />
conséquent ?). Les résultats qui vont r<strong>et</strong>enir principalement<br />
notre attention sont ceux qui concernent la phrase n°6. En<br />
eff<strong>et</strong>, les réponses sont ici partagées entre ceux qui répon<strong>de</strong>nt<br />
que la phrase est fausse (13 sur 28), ceux qui répon<strong>de</strong>nt on ne<br />
peut pas savoir (10 sur 28) ou <strong>de</strong>s formulations proches (2) : le<br />
même étudiant qui s’interroge sur le temps <strong>et</strong> un étudiant qui<br />
répond que la phrase est vraie (il s’agit <strong>de</strong> l’étudiant qui avait<br />
répondu faux à la question n°3). Voici un relevé représentatif<br />
<strong>de</strong>s réponses obtenues lors <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te session.<br />
Exemples <strong>de</strong> réponses à la phrase n°6<br />
1. Pas nécessairement/ CDILMNQR.<br />
2. On ne sait pas : traj<strong>et</strong> CDILMNQR, la déduction est fausse,<br />
mais on ne peut rien déduire sur le traj<strong>et</strong>.<br />
3. ONPPS (X peut passer par L sans passer par K).<br />
4. Problème <strong>de</strong> concordance <strong>de</strong>s temps.<br />
5. On ne peut pas savoir : pas forcément on peut directement<br />
passer à M.<br />
6. On ne peut pas savoir. L ouvre sur trois pièces, si X ne peut<br />
pas passer 2 fois par la même pièce il peut passer par K ou I<br />
avant L pour y rentrer.<br />
7. On ne peut pas savoir, car il peut avoir passé par I.<br />
8. On ne peut pas savoir L appartient à <strong>de</strong>ux chemins ≠. ∃<br />
donc 1 chemin où X peut passer par L sans passer par K.<br />
9. On ne peut pas savoir. En arrivant dans la pièce I, X a le<br />
choix entre J <strong>et</strong> L. S’il prend directement L, il ne peut pas<br />
passer par K car il passerait <strong>de</strong>ux fois par la même porte. S’il<br />
prend J, alors il passe par K <strong>et</strong> donc L.<br />
10. On ne peut pas savoir. Il existe un chemin où X passe par L<br />
<strong>et</strong> non par K <strong>et</strong> il existe un chemin où X passe par L <strong>et</strong> par<br />
K.<br />
11. Elle peut être vraie, mais elle peut aussi être fausse. (…) En<br />
réalité, la construction si alors entraîne que la phrase est<br />
fausse (car on a pas d’implication).<br />
12. Faux, car X a pu passer par L en arrivant <strong>de</strong> I <strong>et</strong> en allant<br />
dans M (L a trois portes) <strong>et</strong> donc sans passer par K, donc<br />
l’implication est fausse, il y a un contre-exemple (cependant,<br />
il est possible que X soit passé par L <strong>et</strong> K).<br />
13. Faux chemin ⇒ X n’est pas passé par K (pour la 6, on<br />
pourrait dire « on ne peut pas savoir » mais le alors me fait<br />
dire que c’est faux.<br />
14. Faux, car L a 2 portes 1 sur K 1 sur I <strong>et</strong> les <strong>de</strong>ux sont<br />
accessibles <strong>de</strong>puis l’entrée donc il aurait pu passer par I.<br />
15. Faux : X peut passer par CILMNOR.<br />
16. Faux. X peut passer par I mais aussi par K pour aller à L.<br />
17. Faux. Il est possible que X soit passé par L sans passer par<br />
K.<br />
18. Faux. Il peut couper par I.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 140 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />
19. Faux. X peut passer par L sans passer par K.<br />
20. Faux. Lorsque X est en I, il peut passer par en L, puis en<br />
M <strong>et</strong> aller jusqu’à la sortie sans jamais passer par K.<br />
Je propose c<strong>et</strong>te activité <strong>de</strong>puis <strong>de</strong> nombreuses années à <strong>de</strong>s<br />
étudiants <strong>de</strong> licence, ainsi qu’à <strong>de</strong>s enseignants en formation<br />
initiale ou continue du primaire, du secondaire ou du<br />
supérieur ; les résultats sont toujours sensiblement les<br />
mêmes, même si les professeurs chevronnés sont plus enclins<br />
à répondre que la phrase n°6 est fausse que les étudiants ou<br />
les futurs enseignants.<br />
I.3 Les résultats <strong>de</strong> l’évaluation EVAPM2 91<br />
L’exercice du labyrinthe visait à tester la maîtrise <strong>de</strong><br />
l’implication dans une situation non classique, <strong>et</strong> les auteurs<br />
s’interrogent sur le rapport entre c<strong>et</strong>te maîtrise <strong>et</strong> la capacité à<br />
produire <strong>de</strong>s démonstrations correctes en <strong>mathématiques</strong>.<br />
Les résultats obtenus indiqués par les auteurs sont les<br />
suivants (en pourcentage <strong>de</strong> réponses attendues) :<br />
Phrase n°1 : 100%<br />
Phrase n°2 : 96%<br />
Phrase n°3 : 85%<br />
Phrase n°4 : 93%<br />
Phrase n°5 : 69%<br />
Phrase n°6 : 29%.<br />
Ceci correspond au pourcentage <strong>de</strong> réussite relativement aux<br />
réponses considérées comme exactes par les auteurs, à savoir:<br />
Phrase n°1 : FAUSSE<br />
Phrase n°2 : VRAIE<br />
Phrase n°3 : ON NE PEUT PAS SAVOIR<br />
Phrase n°4 : VRAIE<br />
Phrase n°5 : VRAIE<br />
PHRASE n°6 : FAUSSE.<br />
On voit que les taux <strong>de</strong> réussite <strong>de</strong>s élèves sont bons pour les<br />
quatre premières phrases 4, commencent à chuter pour la<br />
cinquième <strong>et</strong> s’effondrent pour la sixième. Dans les résultats<br />
compl<strong>et</strong>s par questionnaire, on obtient en outre <strong>de</strong>s<br />
informations sur les réponses obtenues en fonction <strong>de</strong><br />
différents critères. Par exemple, sur une population <strong>de</strong> 227<br />
élèves répartis dans 16 classes, 29% répon<strong>de</strong>nt que la phrase<br />
est fausse ; 60% répon<strong>de</strong>nt on ne peut pas savoir si la phrase est<br />
vraie ou fausse. Si l’on rapporte ce taux à l’ensemble <strong>de</strong>s élèves<br />
qui sont admis en Première Scientifique 5, ces taux sont<br />
respectivement <strong>de</strong> 19% <strong>et</strong> 70%, tandis que pour les<br />
redoublants, ils sont <strong>de</strong> respectivement <strong>de</strong> 42% <strong>et</strong> 47%.<br />
Suite à l’analyse <strong>de</strong> ces résultats, les auteurs font part <strong>de</strong> leur<br />
étonnement :<br />
« La réussite à la question du labyrinthe se révèle<br />
indépendante, voire corrélée négativement avec la<br />
réussite aux démonstrations à contenu mathémati-<br />
4 Les résultats un peu plus faibles pour la phrase n°3 viennent du<br />
fait que quelques élèves hésitent à répondre on ne peut pas savoir.<br />
5 L’évaluation a été réalisée en Secon<strong>de</strong> entre le 21 mai <strong>et</strong> 15 juin<br />
1991.<br />
que <strong>de</strong> l’épreuve T 6, avec la moyenne <strong>de</strong> l’année<br />
attribuée par les enseignants <strong>et</strong> avec le score obtenu<br />
à la première passation. Les élèves qui réussissent le<br />
mieux c<strong>et</strong>te question sont les futurs redoublants. Les<br />
élèves admis en Première S sont aussi ceux qui<br />
réussissent le mieux les démonstrations à contenu<br />
mathématique, mais ils répon<strong>de</strong>nt massivement je ne<br />
sais pas à la question concernant la phrase 5 7. Ainsi,<br />
un échec à c<strong>et</strong> item est un bon indicateur <strong>de</strong> réussite<br />
aux autres questions, mais aussi aux évaluations <strong>de</strong>s<br />
enseignants 8. »<br />
Ces résultats font en eff<strong>et</strong> apparaître une divergence entre <strong>de</strong><br />
nombreux élèves pour qui la phrase n°6 appelle la réponse on<br />
ne peut pas savoir, <strong>et</strong> les auteurs <strong>de</strong> l’évaluation, pour qui elle<br />
appelle la réponse fausse. On doit tenir compte du fait que la<br />
réponse on ne peut pas savoir est donnée dans les consignes<br />
comme une réponse possible, <strong>et</strong> que c’est celle que donnent<br />
les auteurs <strong>de</strong> la brochure d’une part, une très large majorité<br />
<strong>de</strong>s élèves d’autre part, pour la phrase n°3.<br />
Grâce à Antoine Bodin, l’un <strong>de</strong>s auteurs d’EVAPM91, j’ai eu<br />
la possibilité d’examiner cinquante <strong>et</strong> une copies pour<br />
lesquelles j’ai r<strong>et</strong>enu la réponse donnée pour la phrase n°6 <strong>et</strong><br />
la justification <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te réponse. Sur les cinquante <strong>et</strong> une<br />
copies consultées, on trouve cinq fois la réponse la phrase est<br />
vraie, treize fois la réponse la phrase est fausse <strong>et</strong> trente-trois fois<br />
la réponse on ne peut pas savoir, soit respectivement environ<br />
10%, 25% <strong>et</strong> 65% <strong>de</strong>s réponses, si bien que l’échantillon est<br />
bien représentatif <strong>de</strong> la répartition <strong>de</strong>s réponses <strong>de</strong> la<br />
population générale. Dans la plupart <strong>de</strong>s copies, les réponses<br />
sont justifiées soigneusement. Ce qui apparaît à la lumière <strong>de</strong><br />
ces quelques copies, c’est que <strong>de</strong> nombreux élèves répondant<br />
on ne peut pas savoir invoquent comme argument le fait que<br />
certains traj<strong>et</strong>s ren<strong>de</strong>nt la phrase vraie, mais pas tous. Il apparaît<br />
que nombre d’entre eux reconnaissent que la présence <strong>de</strong><br />
la l<strong>et</strong>tre L sans la présence <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre K dans le traj<strong>et</strong><br />
emprunté rend l’implication fausse, mais sans en déduire que<br />
la phrase proposée est fausse. Comme pour les étudiants, on<br />
voit également que ce sont sensiblement les mêmes arguments<br />
qui conduisent aux <strong>de</strong>ux réponses faux ou on ne peut pas<br />
savoir.<br />
1. « Faux parce que L a <strong>de</strong>ux portes, celle <strong>de</strong> droite mène à la sortie <strong>et</strong><br />
ne passe pas par K. »<br />
2. « On ne peut pas savoir. En eff<strong>et</strong>, X aurait pu passer soit dans la<br />
pièce K, soit dans la pièce I pour rejoindre la pièce L. »<br />
On voit également, comme l’on pouvait s’y attendre,<br />
qu’interviennent <strong>de</strong>s arguments qui débor<strong>de</strong>nt le cadre strict<br />
consistant à répondre en tenant compte <strong>de</strong>s traj<strong>et</strong>s possibles.<br />
3. « La phrase n°6 est une phrase fausse, car en entrant par C, X est<br />
passé directement par I puis par L, car si X était passé par K, il aurait<br />
fait un grand détour inutile. »<br />
6<br />
Il s’agit d’une épreuve <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux heures dont fait partie c<strong>et</strong> exercice<br />
(voir ci-<strong>de</strong>ssous).<br />
7<br />
Il s’agit vraisemblablement <strong>de</strong> la phrase 6, puisque la phrase 5 a un<br />
taux <strong>de</strong> réussite <strong>de</strong> 69%.<br />
8 C’est moi qui souligne.<br />
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Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />
4. « On ne peut pas savoir, car il existe plusieurs possibilités pour<br />
accé<strong>de</strong>r à L <strong>et</strong> si X est passé par K, il a pris le chemin le plus long. »<br />
Les copies examinées montrent que c’est le fait que la valeur<br />
<strong>de</strong> vérité <strong>de</strong> la phrase n°6 dépend du traj<strong>et</strong> effectué qui<br />
conduit le plus souvent à la réponse on ne peut pas savoir. Or<br />
pour les auteurs <strong>de</strong> la brochure, c’est précisément c<strong>et</strong>te raison<br />
qui conduit à déclarer que la phrase n°6 est fausse. Leurs<br />
commentaires m<strong>et</strong>tent en évi<strong>de</strong>nce le fait que pour eux, les<br />
phrases 4, 5 <strong>et</strong> 6 sont quantifiées implicitement <strong>et</strong> la question qu’ils<br />
semblent poser est la suivante :<br />
Est-il vrai que pour toute personne X ayant traversé le labyrinthe, si X<br />
est passé par L, alors X est passé par K ?<br />
Ils écrivent en eff<strong>et</strong>, à propos <strong>de</strong> la phrase n°6 :<br />
« S'agit-il d'énoncés <strong>mathématiques</strong> qu'il s'agirait<br />
d'appréhen<strong>de</strong>r <strong>de</strong> façon globale? Dans ce cas, ce qui<br />
importe c'est la qualité d'un lien entre les <strong>de</strong>ux assertions<br />
<strong>et</strong> non la véracité particulière <strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s<br />
assertions. »<br />
Il semble donc que la divergence entre la réponse majoritaire<br />
<strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong> celle qui est considérée comme exacte par les<br />
auteurs <strong>de</strong> l’évaluation porte sur l’interprétation <strong>de</strong>s énoncés<br />
conditionnels proposés. C’est ce point que je vais maintenant<br />
expliciter en m’appuyant sur une formalisation <strong>de</strong> la situation<br />
dans le cadre <strong>de</strong> la logique <strong>de</strong>s prédicats du premier ordre.<br />
I.4 Analyse dans le cadre <strong>de</strong> la logique <strong>de</strong>s<br />
prédicats<br />
Une idée communément répandue est que la logique<br />
mathématique doit se construire contre la logique <strong>de</strong> sens<br />
commun <strong>et</strong> l’on pourrait voir, dans les résultats précé<strong>de</strong>nts,<br />
une nouvelle illustration <strong>de</strong> ce point <strong>de</strong> vue. Cependant,<br />
dans ce cas, une analyse logique dans le cadre du calcul <strong>de</strong>s<br />
prédicats montre que la divergence observée ne se laisse pas<br />
réduire à c<strong>et</strong>te analyse 9.<br />
Pour conduire une analyse logique <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te tâche, je me place<br />
dans le calcul <strong>de</strong>s prédicats du premier ordre, dans lequel on<br />
peut modéliser la situation évoquée dans l’exercice du<br />
labyrinthe. 10 Rappelons que, dans le calcul <strong>de</strong>s prédicats, on<br />
dispose <strong>de</strong>s connecteurs propositionnels classiques définis<br />
par leurs tables <strong>de</strong> vérité (¬ : non ; ∧ : <strong>et</strong> ; ∨ : ou ; ⇒ : si,<br />
alors ; ⇔ : si <strong>et</strong> seulement si), <strong>de</strong> l<strong>et</strong>tres <strong>de</strong> variables, <strong>de</strong><br />
l<strong>et</strong>tres <strong>de</strong> prédicats pour formaliser les propriétés (prédicats à<br />
une place) <strong>et</strong> les relations (prédicats à <strong>de</strong>ux ou plusieurs<br />
places) <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux quantificateurs existentiels <strong>et</strong> universels. Les<br />
règles <strong>de</strong> syntaxe perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> définir les expressions bien<br />
formées, c’est-à-dire les formules. Pour attribuer une valeur<br />
<strong>de</strong> vérité à une formule, il faut l’interpréter dans une<br />
structure comportant un univers du discours non vi<strong>de</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
interprétations pour chacune <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres <strong>de</strong> prédicats<br />
intervenant dans la formule. Le travail <strong>de</strong> modélisation<br />
consiste à partir d’une structure (un domaine <strong>de</strong> réalité ou<br />
9 Je discute c<strong>et</strong>te position dans la communication à paraître dans le<br />
cadre <strong>de</strong>s actes du colloque EMF 2006.<br />
10 D’autres exemples d’analyses <strong>de</strong> ce type sont présentés dans<br />
Durand-Guerrier (1996a, 1996b).<br />
une théorie mathématique) pour proposer une formule montrant<br />
la structure logique sans référence à la situation<br />
proposée.<br />
Dans notre exemple, le domaine <strong>de</strong> réalité est la situation<br />
évoquée dans l’énoncé. On peut formaliser c<strong>et</strong>te situation<br />
évoquée en attribuant à chaque pièce du labyrinthe un<br />
prédicat. Ainsi, à la pièce P, j’attribue un prédicat P qui<br />
s’interprète par « être passé par P ». Un traj<strong>et</strong> se formalise<br />
par la conjonction <strong>de</strong>s prédicats associés aux pièces qui sont<br />
sur le traj<strong>et</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> la négation <strong>de</strong>s prédicats associés aux pièces<br />
qui ne sont pas sur le traj<strong>et</strong>. On peut ainsi formaliser chacun<br />
<strong>de</strong>s trois traj<strong>et</strong>s qui perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> sortir du labyrinthe :<br />
T1 : CDILMNQR ; T2 : CDIJKLMNR ; T3 : CBGFONQR.<br />
Les phrases numéro 1 à 6 sont <strong>de</strong>s interprétations dans le<br />
domaine <strong>de</strong> réalité considérée <strong>de</strong> formules contenant une<br />
variable libre. Je m’intéresse ici exclusivement aux phrases 3<br />
<strong>et</strong> 6.<br />
La phrase n°3 : « X est passée par M », interprète la formule<br />
« F1 : M(x) » .<br />
La phrase n°6 : « Si X est passée par L, alors X est passée par<br />
K », interprète la formule « F2 : L(x) ⇒ K(x) ».<br />
Dans c<strong>et</strong>te analyse, la question à laquelle nous sommes<br />
confrontés est celle du statut logique <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X dans les<br />
phrases 1 à 6. Plusieurs interprétations sont possibles <strong>et</strong><br />
conduisent à <strong>de</strong>s résultats différents.<br />
Une première interprétation , <strong>de</strong> type empirique, consiste à<br />
considérer que X est le nom propre d’une personne qui a<br />
traversé le labyrinthe sans passer <strong>de</strong>ux fois par la même porte<br />
(on aurait aussi bien pu déci<strong>de</strong>r <strong>de</strong> désigner c<strong>et</strong>te personne<br />
par un nom patronymique). Trois cas sont alors possibles :<br />
1 er cas : X a emprunté le traj<strong>et</strong> T1 : M(X) est vrai dans le<br />
domaine <strong>de</strong> réalité ; donc, X satisfait la phrase ouverte M(x).<br />
2 ème cas : X a emprunté le traj<strong>et</strong> T2 : M(X) est vrai dans le<br />
domaine <strong>de</strong> réalité ; donc, X satisfait la phrase ouverte M(x).<br />
3 ème cas : X a emprunté le traj<strong>et</strong> T3 : M(X) est faux ; donc X<br />
ne satisfait pas la phrase ouverte M(x).<br />
Comme celui qui doit répondre à la question ne connaît pas<br />
le traj<strong>et</strong> emprunté par X, il ne sait pas ce qu’il en est <strong>de</strong> la<br />
vérité <strong>de</strong> la phrase n°3, ce qui conduit à la réponse on ne peut<br />
pas savoir. Autrement dit, l’énoncé est contingent pour le<br />
suj<strong>et</strong>. Notons que cela ne veut pas dire ici que l’énoncé n’a<br />
pas <strong>de</strong> valeur <strong>de</strong> vérité. En eff<strong>et</strong>, comme le traj<strong>et</strong> a été réalisé,<br />
l’un <strong>de</strong>s trois cas s’est produit.<br />
Le même raisonnement montre qu’il en est <strong>de</strong> même pour la<br />
phrase n°6. En eff<strong>et</strong>, sous c<strong>et</strong>te interprétation, la phrase<br />
numéro 6 est une instance d’une implication ouverte <strong>et</strong><br />
certaines <strong>de</strong>s instances sont <strong>de</strong>s phrases vraies, tandis que<br />
d’autres sont <strong>de</strong>s phrases fausses.<br />
1 er cas : X a emprunté T1, X satisfait l’antécé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> F2, mais<br />
pas le conséquent ; donc, X ne satisfait pas F2.<br />
2 ème cas : X a emprunté T2, X satisfait l’antécé<strong>de</strong>nt <strong>et</strong> le<br />
conséquent <strong>de</strong> F2 ; donc X satisfait F2.<br />
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Université <strong>de</strong> Sherbrooke
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3 ème cas : X a emprunté T3, X ne satisfait pas l’antécé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong><br />
F2 ; donc X satisfait F2.<br />
Dans la mesure où celui qui doit répondre à la question ne<br />
connaît pas le traj<strong>et</strong> emprunté par X, il ne sait pas <strong>de</strong> quelle<br />
instance il s’agit. C<strong>et</strong>te interprétation <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X conduit à<br />
la réponse majoritaire <strong>de</strong>s élèves, qui apparaît donc comme<br />
étant tout à fait cohérente, ceci d’autant plus que <strong>de</strong><br />
nombreuses formulations langagières proposées par les<br />
élèves sont cohérentes avec c<strong>et</strong>te interprétation (par exemple<br />
2 ou 4, ou l’exemple cité par les auteurs).<br />
Une <strong>de</strong>uxième interprétation, sans doute plus conforme au<br />
canon mathématique habituel, consiste à considérer que X<br />
est un élément générique, le nom <strong>de</strong> n’importe quelle<br />
personne ayant traversé le labyrinthe sans passer <strong>de</strong>ux fois<br />
par la même porte. Dans ce cas-là, non seulement celui qui<br />
doit répondre à la question ne peut pas savoir quel cas est<br />
réalisé, mais il n’est pas possible d’attribuer une valeur <strong>de</strong><br />
vérité aux phrases n° 3 <strong>et</strong> 6, puisque cela dépend <strong>de</strong> l’individu.<br />
Ainsi, ici encore, les <strong>de</strong>ux énoncés sont contingents pour<br />
le suj<strong>et</strong>, mais ils sont également contingents <strong>de</strong> manière<br />
intrinsèque 11. Notons que c<strong>et</strong>te interprétation peut conduire<br />
assez naturellement à une réponse du type pas nécessairement.<br />
Une troisième interprétation , qui renvoie à une pratique<br />
ordinaire dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, consiste à<br />
considérer que X est une l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> variable universellement<br />
quantifiée implicitement. C<strong>et</strong>te interprétation est ici très<br />
problématique. En eff<strong>et</strong>, d’une part, il n’y a pas <strong>de</strong> population<br />
<strong>de</strong> référence, autrement dit pas <strong>de</strong> domaine <strong>de</strong> quantification,<br />
<strong>et</strong> d’autre part, pour une population <strong>de</strong> référence donnée, il<br />
se pourrait que certains traj<strong>et</strong>s ne soient pas empruntés <strong>et</strong><br />
l’on ne peut donc pas être sûr que les exemples <strong>et</strong> contreexemples<br />
potentiels soient actualisés. Par conséquent, la<br />
valeur <strong>de</strong> vérité <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux phrases est dépendante <strong>de</strong> la<br />
population <strong>de</strong> référence. Les <strong>de</strong>ux énoncés sont contingents<br />
<strong>de</strong> manière intrinsèque. Ils sont même dans les limbes<br />
(Quine, 1990, 1993). Notons que ceci est fréquent en<br />
<strong>mathématiques</strong>. Ainsi en va-t-il <strong>de</strong> l’énoncé « Pour tout x,<br />
x 2+1 est positif strictement ». Si l’on ne précise pas la<br />
structure dans laquelle on considère c<strong>et</strong> énoncé, on ne peut<br />
pas se prononcer sur sa valeur <strong>de</strong> vérité.<br />
Une quatrième interprétation consiste à considérer que la<br />
quantification implicite porte sur la variable traj<strong>et</strong>, <strong>et</strong> que le<br />
domaine <strong>de</strong> référence est l’ensemble <strong>de</strong>s traj<strong>et</strong>s possibles.<br />
Dans ce cas les <strong>de</strong>ux énoncés sont faux, puisqu’ils ont chacun<br />
un contre-exemple. Notons qu’en fait, dans la formalisation<br />
<strong>de</strong> la situation, c’est naturellement la variable traj<strong>et</strong> qui est<br />
prise en compte, <strong>et</strong> que dans les <strong>de</strong>ux premières interprétations,<br />
l’on raisonne non pas sur la personne X, mais sur son<br />
traj<strong>et</strong>. Dans le premier cas, on raisonne donc sur un traj<strong>et</strong><br />
singulier que l’on ne connaît pas <strong>et</strong> dans la secon<strong>de</strong>, sur un<br />
traj<strong>et</strong> générique.<br />
Ce qui se dégage <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te analyse logique, outre le fait,<br />
comme je l’ai dit plus haut, que la réponse majoritaire <strong>de</strong>s<br />
élèves est tout à fait cohérente, c’est le fait qu’aucune<br />
interprétation <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X ne fournit les réponses considé-<br />
rées comme correcte pour les auteurs <strong>de</strong> l’évaluation, à savoir<br />
la réponse on ne peut pas savoir pour la phrase numéro 3 <strong>et</strong> la<br />
réponse faux pour la phrase numéro 6. Ceci m<strong>et</strong> en lumière le<br />
fait que les auteurs, <strong>et</strong> <strong>de</strong> nombreux professeurs <strong>et</strong> étudiants,<br />
changent le statut logique <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X entre la phrase<br />
numéro 3 <strong>et</strong> la phrase numéro 6. Il faut noter que pour les<br />
phrases 1, 2, 4 <strong>et</strong> 5, la réponse est toujours la même, quelle<br />
que soit l’interprétation <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X choisie. Pour la phrase<br />
numéro 1, ceci est lié au fait qu’aucune instance <strong>de</strong> la phrase<br />
ouverte associée n’est vraie ; pour les phrases ouvertes<br />
numéro 2, 4 <strong>et</strong> 5, ceci est lié au fait que toutes les instances<br />
<strong>de</strong> chacune <strong>de</strong>s phrases associées sont vraies. Dans ces<br />
quatre cas, il n’est nul besoin <strong>de</strong> connaître le traj<strong>et</strong> emprunté<br />
par la personne X pour se prononcer sur la valeur <strong>de</strong> vérité<br />
<strong>de</strong> la phrase correspondante, ceci parce que c<strong>et</strong>te valeur <strong>de</strong><br />
vérité est contrainte par la situation : pour la phrase numéro<br />
1, parce que l’énoncé existentiel « Il existe x, P(x) » est faux<br />
dans c<strong>et</strong>te situation, pour les trois autres phrases, parce que<br />
les énoncés universels associés sont vrais. Les cas 3 <strong>et</strong> 6<br />
conduisent à <strong>de</strong>s énoncés contingents dans les <strong>de</strong>ux<br />
premières interprétations, car l’énoncé universel associé est<br />
faux, tandis que l’énoncé existentiel associé est vrai. La<br />
troisième interprétation conduit à <strong>de</strong>s énoncés contingents<br />
parce que la variable personne est non pertinente dans c<strong>et</strong>te<br />
situation.<br />
On pourrait penser que c<strong>et</strong>te situation du labyrinthe, parce<br />
qu’elle est très éloignée <strong>de</strong>s activités <strong>mathématiques</strong> ordinaires,<br />
n’est pas significative pour comprendre ce qui se joue<br />
dans la classe autour <strong>de</strong>s interactions entre implication <strong>et</strong><br />
quantification. L’exemple suivant montre que, bien au<br />
contraire, le phénomène observé se r<strong>et</strong>rouve également dans<br />
les activités <strong>mathématiques</strong> scolaires.<br />
II. Un quadrilatère problématique<br />
L’exercice ci-<strong>de</strong>ssous a été proposé à 273 étudiants arrivant à<br />
l’université scientifique dans le cadre <strong>de</strong> mon travail <strong>de</strong><br />
thèse 12 en octobre 1992. C’était le premier exercice <strong>de</strong> la<br />
première partie d’un questionnaire qui en comportait six.<br />
Dans l’ensemble du questionnaire, la question principale était<br />
<strong>de</strong> savoir si les étudiants arrivant à l’université reconnaissaient<br />
les cas où l’on ne peut pas faire <strong>de</strong> déduction en<br />
présence d’un énoncé conditionnel affirmé. Pour c<strong>et</strong><br />
exercice, un énoncé classique du niveau du collège français<br />
était rappelé, puis une question simple était posée.<br />
Énoncé 1 : Dans un losange, les diagonales se coupent en<br />
leur milieu.<br />
Question : un quadrilatère (ABCD) a ses diagonales<br />
perpendiculaires. Est-ce un losange? Justifiez votre réponse.<br />
Il faut noter que c<strong>et</strong> énoncé n’est pas a priori <strong>de</strong> type<br />
implicatif. En eff<strong>et</strong>, si l’univers du discours est la classe <strong>de</strong>s<br />
losanges, il se traduit par l’énoncé « ∀x D(x) » (1) où D<br />
s’interprète par la propriété « avoir ses diagonales<br />
perpendiculaires » . C’est lorsque l’on plonge les losanges<br />
dans une classe plus large qu’apparaît la nécessité <strong>de</strong><br />
l’implication : dans la classe <strong>de</strong>s parallélogrammes, l’énoncé<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 143 31 mai <strong>et</strong> 1er 11<br />
C’est-à-dire que l’on ne peut pas leur attribuer <strong>de</strong> valeur <strong>de</strong> vérité.<br />
12<br />
Durand-Guerrier, 1996<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006
Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />
<strong>de</strong>vient « ∀x (L(x)⇔ D(x)) » (2), où L s’interprète par la<br />
propriété « être un losange ». Lorsque l’univers du discours<br />
considéré est la classe <strong>de</strong>s quadrilatères, l’énoncé <strong>de</strong>vient<br />
« ∀x (L(x) ⇒ D(x)) » (3), l’énoncé réciproque « ∀x (D(x) ⇒<br />
L(x) ) » étant alors faux, si bien qu’en toute rigueur, dans la<br />
classe <strong>de</strong>s quadrilatères, c<strong>et</strong> énoncé <strong>de</strong>vrait se formaliser par<br />
« [∀x (L(x) ⇒ D(x)) ] ∧¬[∀x (D(x) ⇒ L(x)) ] » (4). La<br />
question posée se situe explicitement dans la classe <strong>de</strong>s<br />
quadrilatères <strong>et</strong> correspond au cas d’un obj<strong>et</strong> vérifiant le<br />
conséquent <strong>de</strong> (3). Comme certains quadrilatères vérifient à<br />
la fois le conséquent <strong>et</strong> l’antécé<strong>de</strong>nt, tandis que d’autres<br />
quadrilatères vérifient le conséquent sans vérifier l’antécé<strong>de</strong>nt,<br />
on ne peut pas se prononcer compte tenu <strong>de</strong>s informations<br />
données.<br />
Dans la population étudiée, un peu plus <strong>de</strong> 20% <strong>de</strong>s étudiants<br />
répon<strong>de</strong>nt oui en arguant le plus souvent qu’il n’y a pas<br />
d’autres quadrilatères à diagonales perpendiculaires 13. Près <strong>de</strong><br />
40% répon<strong>de</strong>nt non, soit qu’ils interprètent la question comme<br />
signifiant : « Peut-on affirmer que le quadrilatère<br />
(A,B,C,D) est un losange? », ou encore « Un quadrilatère<br />
ayant ses diagonales perpendiculaires est-il toujours un<br />
losange? »; soit qu’ils appliquent le principe du maximum<br />
d’information 14, considérant que le quadrilatère en question<br />
n’est pas un parallélogramme, car sinon ce serait précisé.<br />
Enfin 30% environ donnent une réponse du type on ne peut<br />
pas savoir en utilisant largement le vocabulaire <strong>de</strong>s modalités,<br />
les expressions les plus fréquentes étant pas forcément (près <strong>de</strong><br />
50% <strong>de</strong>s réponses) ou pas obligatoirement (environ 25% <strong>de</strong>s<br />
réponses). Ici encore, comme dans le cas du labyrinthe, <strong>de</strong>s<br />
arguments similaires conduisent à répondre soit faux, soit pas<br />
forcément, ou une formulation équivalente.<br />
Imaginons maintenant <strong>de</strong>ux élèves en train <strong>de</strong> travailler<br />
ensemble à déterminer la nature d’un quadrilatère intervenant<br />
dans le problème qu’ils sont en train <strong>de</strong> résoudre. Ils ont<br />
établi le fait que ce quadrilatère a ses diagonales perpendiculaires<br />
<strong>et</strong> ils se posent la question <strong>de</strong> savoir s’il s’agit ou non<br />
d’un losange. Est-ce que l’on s’attend à ce qu’ils répon<strong>de</strong>nt<br />
non au motif que la condition est nécessaire sans être<br />
suffisante ? Évi<strong>de</strong>mment non ; la seule réponse pertinente<br />
dans ce cas, c’est que l’on n’a pas assez d’information pour se<br />
prononcer, <strong>et</strong> qu’il faut donc poursuivre la recherche. On<br />
r<strong>et</strong>rouve ici le rôle du raisonnement plausible <strong>de</strong> Polya<br />
(1958).<br />
Dans c<strong>et</strong> exercice, contrairement à la situation du labyrinthe,<br />
les étudiants n’avaient pas à évaluer la valeur <strong>de</strong> vérité d’une<br />
implication, mais ils <strong>de</strong>vaient reconnaître s’ils étaient dans un<br />
cas où ils pouvaient déduire que le quadrilatère proposé<br />
possédait ou non la propriété antécé<strong>de</strong>nte. Or c’est précisément<br />
parce que parmi les instances <strong>de</strong> l’implication ouverte<br />
associée à la réciproque <strong>de</strong> l’énoncé (3) ayant un antécé<strong>de</strong>nt<br />
vrai, certaines sont vraies tandis que d’autres sont fausses,<br />
que l’on ne peut pas trancher dans ce cas.<br />
13 Plusieurs étudiants précisent que le seul contre-exemple est le<br />
carré, mais que le carré est aussi un losange.<br />
14 Maxime conversationnelle due à Grice selon laquelle le locuteur<br />
est censé donner toute l’information dont il dispose. Voir aussi<br />
IREM <strong>de</strong> Grenoble, 1985.<br />
III. L’implication, une notion polysémique<br />
Il ressort <strong>de</strong> ce qui précè<strong>de</strong> que <strong>de</strong>rrière l’apparente simplicité<br />
<strong>de</strong> l’implication se cachent plusieurs notions qui entr<strong>et</strong>iennent<br />
entre elles <strong>de</strong>s relations multiples <strong>et</strong> qui toutes sont à<br />
l’œuvre dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Nous en avons<br />
rencontré cinq que je détaille ci-<strong>de</strong>ssous.<br />
La première est le conditionnel courant, exprimé dans la<br />
langue ordinaire <strong>et</strong> en contexte quotidien. Les phrases 4, 5 <strong>et</strong><br />
6 du labyrinthe relèveraient a priori <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te catégorie, si la<br />
tâche n’était pas proposée dans un contexte mathématique.<br />
Selon Quine (1950), une spécificité du conditionnel courant,<br />
c’est que l’on se place toujours dans les cas qui vérifient<br />
l’antécé<strong>de</strong>nt. C<strong>et</strong> aspect n’est pas soulevé dans la tâche du<br />
labyrinthe telle qu’elle est proposée dans l’évaluation<br />
EVAPM91 car, pour chacune <strong>de</strong>s implications proposées, il y<br />
a au moins un cas qui vérifie l’antécé<strong>de</strong>nt. Marc Rogalski a<br />
proposé la tâche du labyrinthe à <strong>de</strong> futurs enseignants en<br />
ajoutant la phrase « Si X est passé par S, alors il est passé par<br />
T ». Comme aucun chemin perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> traverser le<br />
labyrinthe ne satisfait l’antécé<strong>de</strong>nt, c<strong>et</strong>te phrase est vraie<br />
quelle que soit l’interprétation <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre X choisie. Sur les<br />
<strong>de</strong>ux populations concernées, un tiers environ <strong>de</strong>s personnes<br />
interrogées déclarent que c<strong>et</strong>te phrase est vraie ; un peu plus<br />
d’un cinquième disent qu’elle est non pertinente, <strong>et</strong> un peu<br />
plus <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux cinquièmes la déclarent fausse (Rogalski &<br />
Rogalski, 2003, 2004). Les auteurs notent que l’on peut<br />
cependant déclarer la phrase vraie avec <strong>de</strong>s arguments non<br />
logiques en ne prenant pas en compte la contrainte selon<br />
laquelle on ne doit pas passer <strong>de</strong>ux fois par la même porte.<br />
La secon<strong>de</strong> est l’implication entre propositions, souvent<br />
appelée implication matérielle à la suite <strong>de</strong> Russell (1903,<br />
1989). Dans une interprétation donnée, sa valeur <strong>de</strong> vérité<br />
dépend exclusivement <strong>de</strong> la valeur <strong>de</strong> vérité <strong>de</strong>s propositions<br />
élémentaires qui la composent. C’est ce que l’on obtient dans<br />
la tâche du labyrinthe en interprétant la l<strong>et</strong>tre X par un nom<br />
propre, ou par un terme générique. Une implication<br />
matérielle est fausse dans le seul cas où son antécé<strong>de</strong>nt est<br />
vrai <strong>et</strong> son conséquent faux. Comme on l’a rappelé ci-<strong>de</strong>ssus,<br />
le fait qu’une implication matérielle dont l’antécé<strong>de</strong>nt est faux<br />
soit déclarée vraie est en conflit avec l’usage courant. C’est ce<br />
que montrent également les nombreux travaux <strong>de</strong> psychologie<br />
cognitive consacrés à c<strong>et</strong>te question 15. On a vu dans<br />
l’exemple du losange que c<strong>et</strong>te définition est cependant<br />
nécessaire puisque c’est lorsque le domaine <strong>de</strong> quantification<br />
contient <strong>de</strong>s éléments qui ne satisfont pas l’antécé<strong>de</strong>nt que le<br />
recours à l’implication pour formaliser un énoncé général est<br />
pertinent. On fait alors appel à la troisième forme d’implication.<br />
C<strong>et</strong>te troisième forme est l’implication universellement quantifiée<br />
articulant <strong>de</strong>ux propriétés, souvent appelée implication<br />
formelle à la suite <strong>de</strong> Russell (1903, 1989). C’est ce que l’on<br />
obtient dans la tâche du labyrinthe si l’on considère que la<br />
l<strong>et</strong>tre X est une l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> variable universellement quantifiée.<br />
La vérité d’une implication formelle dans une interprétation<br />
15<br />
Voir en particulier les travaux autour <strong>de</strong> la tâche <strong>de</strong> sélection <strong>de</strong><br />
Wason présentés dans le numéro 11 <strong>de</strong> la revue Intellectica.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 144 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />
donnée exprime que toutes les implications matérielles obtenues<br />
en assignant à la variable un élément du domaine (qui<br />
est non vi<strong>de</strong> par hypothèse) sont vraies. Elle est donc fausse<br />
dès qu’elle a un contre-exemple. C’est le point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong>s<br />
auteurs <strong>de</strong> l’évaluation EVAPM2 91 sur la phrase numéro 6.<br />
C’est c<strong>et</strong>te opposition entre l’implication formelle <strong>et</strong><br />
l’implication matérielle qu’ils semblent exprimer lorsqu’ils<br />
écrivent :<br />
« S'agit-il d'énoncés <strong>mathématiques</strong> qu'il s'agirait<br />
d'appréhen<strong>de</strong>r <strong>de</strong> façon globale? Dans ce cas, ce qui<br />
importe c'est la qualité d'un lien entre les <strong>de</strong>ux<br />
assertions <strong>et</strong> non la véracité particulière <strong>de</strong> chacune<br />
<strong>de</strong>s assertions.»<br />
La quatrième forme est l’implication ouverte, qui relie <strong>de</strong>ux<br />
propriétés <strong>et</strong> qui correspond à une formule du calcul <strong>de</strong>s<br />
prédicats contenant une variable libre 16. C’est ce qui perm<strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> relier l’implication formelle <strong>et</strong> l’implication matérielle.<br />
Ainsi, les phrases 4, 5 <strong>et</strong> 6 sont les cas d’implications<br />
ouvertes. Pour les phrases 4 <strong>et</strong> 5, les implications formelles<br />
associées sont vraies dans l’interprétation <strong>et</strong> on peut donc se<br />
prononcer sur la valeur <strong>de</strong> vérité. Dans le cas <strong>de</strong> la phrase<br />
numéro 6, l’implication formelle associée est fausse, mais<br />
certaines instances sont vraies <strong>et</strong> c’est la raison pour laquelle<br />
on ne peut pas se prononcer. Il doit être clair que le passage<br />
par l’implication ouverte est indispensable, puisqu’en eff<strong>et</strong>,<br />
dans une implication formelle, la variable est mu<strong>et</strong>te <strong>et</strong> ne<br />
peut donc donner lieu à aucune assignation d’obj<strong>et</strong>.<br />
La cinquième forme d’implication que nous avons rencontrée<br />
est la règle du détachement, également appelée Modus<br />
Ponens. Il s’agit <strong>de</strong> la règle classique d’inférence qui perm<strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> détacher la conclusion d’un énoncé conditionnel affirmé<br />
lorsque l’on sait que son antécé<strong>de</strong>nt est vrai. Dans la plupart<br />
<strong>de</strong>s cas, dans le cadre <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> scolaires, on<br />
applique c<strong>et</strong>te règle à partir d’une implication formelle, vraie<br />
dans une théorie mathématique donnée (autrement dit un<br />
théorème). On montre qu’un obj<strong>et</strong> donné satisfait la<br />
propriété antécé<strong>de</strong>nte, d’où il s’ensuit que c<strong>et</strong> obj<strong>et</strong> satisfait la<br />
propriété conséquente. Pour cela, on passe par une<br />
implication matérielle, selon le schéma suivant :<br />
Soit w un élément <strong>de</strong> l’univers du discours (singulier ou<br />
générique) satisfaisant la propriété P. Comme l’énoncé « Pour<br />
tout x, si P(x), alors Q(x) » est vrai, on peut affirmer que<br />
l’énoncé « si P(w), alors Q(w) » est vrai. Par suite (règle du<br />
détachement), Q(w) est vrai.<br />
Supposons maintenant, comme dans le cas du losange, que la<br />
réciproque <strong>de</strong> ce théorème n’est pas un théorème, <strong>et</strong><br />
considérons un élément u <strong>de</strong> l’univers du discours satisfaisant<br />
Q. Sans information supplémentaire, on ne sait pas si<br />
l’implication matérielle « si Q(u), alors P(u) » est vraie ou<br />
fausse. Par conséquent, on ne peut pas faire <strong>de</strong> déduction ;<br />
mais naturellement, cela ne signifie pas que P(u) est fausse.<br />
16<br />
Je n’ai pas abordé dans l’atelier la question <strong>de</strong>s prédicats à<br />
plusieurs places <strong>et</strong> <strong>de</strong>s difficultés liées aux quantifications<br />
multiples. Ces questions difficiles sont abordées par exemple<br />
dans Dubinski & Yparaki (2000), Durand-Guerrier & Arsac<br />
(2003), Chellougui (2004).<br />
C’est exactement la situation du losange que j’ai présentée au<br />
paragraphe II.<br />
IV. Conclusion<br />
Les questions que j’ai abordées dans c<strong>et</strong> atelier sont loin<br />
d’épuiser toutes les difficultés concernant le maniement <strong>de</strong><br />
l’implication dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, mais elles<br />
m<strong>et</strong>tent en évi<strong>de</strong>nce plusieurs points qui sont autant <strong>de</strong> pistes<br />
pour travailler avec les élèves, à différents niveaux du cursus.<br />
Le point crucial concerne la pratique largement répandue <strong>de</strong><br />
quantification universelle implicite dans <strong>de</strong>s énoncés conditionnels.<br />
Associée à la règle du contre-exemple, elle fait<br />
disparaître l’implication matérielle au profit <strong>de</strong> l’implication<br />
formelle, qui <strong>de</strong>vient la seule référence explicite <strong>et</strong> instaure,<br />
<strong>de</strong> fait, la dichotomie du vrai <strong>et</strong> du faux comme la norme<br />
dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Les résultats obtenus avec<br />
la tâche du labyrinthe montrent que ceci rentre en conflit<br />
avec la logique <strong>de</strong> sens commun, mais aussi avec la logique<br />
<strong>de</strong>s prédicats du premier ordre. C<strong>et</strong>te pratique mathématique<br />
tend en outre à focaliser l’attention sur les énoncés au<br />
détriment du travail sur les obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> leurs propriétés, comme<br />
on le voit avec la tâche du losange. Elle laisse à un niveau<br />
totalement implicite la nécessaire reconnaissance <strong>de</strong> la<br />
contingence <strong>de</strong> certains énoncés <strong>mathématiques</strong> en situation<br />
<strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problème <strong>et</strong> risque <strong>de</strong> se poser par là même<br />
en obstacle didactique pour la construction par les élèves <strong>de</strong><br />
la rationalité mathématique 17. On le sait <strong>de</strong>puis longtemps,<br />
un travail isolé <strong>de</strong> logique mathématique ne perm<strong>et</strong> pas<br />
d’améliorer <strong>de</strong> manière significative les aptitu<strong>de</strong>s pour<br />
conduire <strong>de</strong>s raisonnements <strong>mathématiques</strong>. C’est au cœur<br />
même <strong>de</strong> l’activité mathématique que les différentes formes<br />
d’implication rappelées en III peuvent <strong>et</strong> doivent être<br />
travaillées <strong>et</strong> explicitées. Les résultats obtenus aux <strong>de</strong>ux<br />
tâches du labyrinthe <strong>et</strong> du losange montrent en outre qu’un<br />
raisonnement rigoureux peut, <strong>et</strong> même doit dans certains cas,<br />
s’appuyer sur <strong>de</strong>s éléments empiriques pertinents. Ceci rend<br />
justice au proj<strong>et</strong> <strong>de</strong> Tarski (1936) <strong>de</strong> construire une définition<br />
<strong>de</strong> la vérité qui soit formellement correcte <strong>et</strong> matériellement<br />
adéquate 18.<br />
17<br />
Voir également le texte <strong>de</strong> ma communication à paraître dans les<br />
actes du colloque EMF 2006<br />
18<br />
La pertinence <strong>de</strong>s travaux <strong>de</strong> Tarski pour l’étu<strong>de</strong> didactique du<br />
raisonnement mathématique est présenté dans Durand-Guerrier<br />
(2004, 2005)<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 145 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />
Références<br />
APMEP (1992) Publication n°88 : EVAPM91/2.<br />
Évaluation <strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> Secon<strong>de</strong><br />
1991.<br />
CHELLOUGUI, F. (2003) Approche didactique <strong>de</strong> la<br />
quantification dans la classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> dans<br />
l’enseignement tunisien, P<strong>et</strong>it x, n°61.<br />
CHELLOUGUI, F. (2004) L’utilisation <strong>de</strong>s quantificateurs<br />
universels <strong>et</strong> existentiels en première année universitaire entre l’explicite<br />
<strong>et</strong> l’implicite. Thèse <strong>de</strong>s l’Universités Lyon 1 <strong>et</strong> Tunis.<br />
DUBINSKY, E. & YPARAKI, O. (2000) On Stu<strong>de</strong>nts<br />
Un<strong>de</strong>rstanding of AE and EA Quantification. Research in<br />
Collegiate Mathematics Education IV, CBMS Issues in Mathematics<br />
Education, 8, 2000, 239-289. American Mathematical Soci<strong>et</strong>y,<br />
Provi<strong>de</strong>nce.<br />
DURAND-GUERRIER,V. (1995) Place <strong>de</strong> la logique<br />
formelle comme outil d'analyse <strong>de</strong>s connaissances mises en<br />
oeuvre dans le raisonnement mathématique dans une<br />
perspective didactique, in G. Arsac, J. Gréa, D. Grenier, A.<br />
Thibergien, Différents types <strong>de</strong> savoirs <strong>et</strong> leurs articulations, La<br />
Pensée Sauvage. Grenoble.<br />
DURAND-GUERRIER, V. (1996a) Logique <strong>et</strong><br />
raisonnement mathématique : défense <strong>et</strong> illustration <strong>de</strong> la pertinence du<br />
calcul <strong>de</strong>s prédicats pour une approche didactique <strong>de</strong>s difficultés liées à<br />
l'implication, Thèse <strong>de</strong> l’université Clau<strong>de</strong> Bernard Lyon 1.<br />
DURAND-GUERRIER, V. (1996b) Place <strong>et</strong> rôle <strong>de</strong><br />
la logique formelle dans la modélisation du raisonnement<br />
mathématique in Actes <strong>de</strong> la VIII ème école d'été <strong>de</strong> didactique <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, Noirfalise R., M.J. Perrin-Glorian, IREM <strong>de</strong><br />
Clermont-Ferrand.<br />
DURAND-GUERRIER, V. (1999) L’élève, le<br />
professeur <strong>et</strong> le labyrinthe, in P<strong>et</strong>it X 50, 57-79. IREM <strong>de</strong><br />
Grenoble, Université Joseph Fourier Grenoble1.<br />
DURAND-GUERRIER, V. (2000) Le statut logique <strong>de</strong>s<br />
énoncés dans la classe <strong>de</strong> mathématique. Éléments d’analyse pour les<br />
enseignants, IREM <strong>de</strong> Lyon.<br />
DURAND-GUERRIER, V. (2003) Which Notion of<br />
Implication is the Right One? From Logical Consi<strong>de</strong>rations<br />
to a Didactic Perspective, Educational Studies in Mathematics 53,<br />
5-34.<br />
DURAND-GUERRIER, V. (2004) La théorie<br />
élémentaire <strong>de</strong>s modèles comme référence épistémologique<br />
pour analyser les énoncés <strong>et</strong> les raisonnements<br />
<strong>mathématiques</strong> : aspects logiques, perspectives didactiques <strong>et</strong><br />
aperçus linguistiques, in Durand-Guerrier, V. & Tisseron, C.<br />
(éds), Actes du Séminaire National <strong>de</strong> Didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
2003, IREM Paris 7.<br />
DURAND-GUERRIER, V. (2005) Recherches sur<br />
l’articulation entre la logique <strong>et</strong> le raisonnement mathématique dans une<br />
perspective didactique. Un cas exemplaire <strong>de</strong> l’interaction entre analyses<br />
épistémologique <strong>et</strong> didactique. Apports <strong>de</strong> la théorie élémentaire <strong>de</strong>s<br />
modèles pour une analyse didactique du raisonnement mathématique,<br />
note <strong>de</strong> synthèse pour l’Habilitation à diriger <strong>de</strong>s recherches<br />
en didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, diffusée par IREM <strong>de</strong><br />
Lyon.<br />
DURAND-GUERRIER, V. Logique mathématique <strong>et</strong><br />
logique <strong>de</strong> sens commun : rupture ou continuité ? À paraître<br />
dans les Actes du colloque EMF 2006, dans le cadre du thème 8 :<br />
Développement <strong>de</strong> la rationalité mathématique au fil <strong>de</strong> la scolarité,<br />
Sherbrooke, 27-31 mai 2006.<br />
DURAND-GUERRIER, V. & ARSAC, G. (2003)<br />
Métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> raisonnement <strong>et</strong> leurs modélisations logiques.<br />
Le cas <strong>de</strong> l’analyse. Quelles implications didactiques ?,<br />
Recherches en Didactique <strong>de</strong>s Mathématiques, 23/3, 295-342.<br />
LEGRAND, M. (1993) Débat scientifique en cours <strong>de</strong><br />
mathématique <strong>et</strong> spécificité <strong>de</strong> l’analyse in Repères n°10 123-<br />
158.<br />
POLYA, G. Les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> le raisonnement plausible.<br />
Editions J. Gabay. 1958.<br />
QUINE, W.V. (1950) M<strong>et</strong>hods of Logic, Holt, Rinehart &<br />
Winston; Traduction française Armand Colin, 1972.<br />
QUINE, W.V. (1990) Pursuith of Truth, Harvard<br />
University Press, Traduction française Éditions du seuil 1993.<br />
RUSSELL, B. (1903) Les principes <strong>de</strong> la mathématique,<br />
traduction française in RUSSEL, Écrits <strong>de</strong> logique philosophique.<br />
PUF: Paris 1989.<br />
TARSKI, A. (1936) Le concept <strong>de</strong> vérité dans les<br />
langages formalisés in Logique, sémantique <strong>et</strong> métamathématique,<br />
volume 1 : 157-269. Armand Colin, 1972.<br />
TARSKI, A. (1944) La conception sémantique <strong>de</strong> la<br />
vérité <strong>et</strong> les fon<strong>de</strong>ments <strong>de</strong> la sémantique in Logique,<br />
sémantique <strong>et</strong> métamathématique, volume 2 : 265-305. Armand<br />
Colin, 1972.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 146 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Logique <strong>et</strong> raisonnement mathématique Implication <strong>et</strong> quantification Viviane Durand-Guerrier<br />
Annexe Les réponses <strong>de</strong>s étudiants <strong>de</strong> licence<br />
Réponse Phrase n°1 Phrase n°2 Phrase n°3 Phrase n°4 Phrase n°5 Phrase n°6<br />
E1 Faux Vrai ONPPS 19 Vrai Vrai Pas nécessairement<br />
E2 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux Faux<br />
E3 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
E4 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai On ne sait pas<br />
E5 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
E6 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux Faux<br />
E7 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
E8 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux ONPPS<br />
E9 Faux Vrai ONPPS Vrai Temps ? Temps ?<br />
E10 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
E11 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
E12 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E13 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E14 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E15 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
E16 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
E17 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux Faux<br />
E18 Faux Vrai ONPPS Vrai Faux Faux<br />
E19 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E20 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E21 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E22 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E23 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
E24 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E25 Faux Vrai Faux Vrai Vrai Vrai<br />
E26 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai Faux<br />
E27 Faux Vrai ONPPS Vrai Vrai ONPPS<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 147 31 mai <strong>et</strong> 1er 19<br />
ONPPS : on ne peut pas savoir<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 148 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> philosophie :<br />
pour une culture scientifique<br />
citoyenne<br />
La culture humaniste, ciment intellectuel <strong>de</strong>s sociétés antérieures, a sombré corps <strong>et</strong><br />
biens. Or, l’environnement technoscientifique dans lequel nous baignons présente<br />
un risque élevé <strong>de</strong> déficit démocratique. Pour que c<strong>et</strong>te culture en gestation puisse<br />
jouer son rôle démocratique, il faudra donc dépasser une série d’obstacles. En<br />
prenant comme exemple l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, nous proposons en<br />
conséquence quatre défis : une maîtrise judicieuse <strong>de</strong> l’informatique, <strong>de</strong> nouvelles<br />
approches pédagogiques, davantage d’esprit critique <strong>et</strong>, enfin, une compréhension<br />
minimale du rôle social <strong>de</strong>s technosciences. Nous dégageons ainsi quelques pistes<br />
d'une culture scientifique citoyenne, susceptible <strong>de</strong> renouveler en profon<strong>de</strong>ur le<br />
sens <strong>de</strong> l’activité éducative.<br />
Philippe<br />
Etchecopar,<br />
<strong>Département</strong> <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong>,<br />
Cégep <strong>de</strong> Rimouski<br />
<strong>et</strong>checop@<br />
glob<strong>et</strong>rotter.n<strong>et</strong><br />
Jean-Clau<strong>de</strong><br />
Simard,<br />
<strong>Département</strong> <strong>de</strong><br />
philosophie,<br />
Cégep <strong>de</strong> Rimouski<br />
<strong>et</strong> UQAR<br />
jcsimard@<br />
glob<strong>et</strong>rotter.n<strong>et</strong><br />
T<br />
out un chacun reconnaîtra aisément<br />
l’importance <strong>de</strong> donner aux étudiants le<br />
goût <strong>de</strong> la liberté <strong>et</strong> <strong>de</strong> la critique…<br />
sauf dans certaines disciplines plus formelles<br />
comme les <strong>mathématiques</strong>. Pourtant, il y a<br />
quarante ans, déjà, Roger Go<strong>de</strong>ment, grand<br />
bourbakiste <strong>de</strong>vant l’éternel, écrivait ceci, qui<br />
nous semble plus actuel que jamais :<br />
Il semble que, dans les "gran<strong>de</strong>s" nations<br />
scientifiquement <strong>et</strong> techniquement surdéveloppées<br />
où nous vivons, le premier <strong>de</strong>voir <strong>de</strong>s<br />
mathématiciens, <strong>et</strong> <strong>de</strong> beaucoup d'autres, serait<br />
plutôt <strong>de</strong> fournir ce qu'on ne leur <strong>de</strong>man<strong>de</strong> pas,<br />
à savoir <strong>de</strong>s hommes capables <strong>de</strong> réfléchir par<br />
eux-mêmes, <strong>de</strong> dépister les arguments faux <strong>et</strong><br />
les phrases ambiguës, <strong>et</strong> aux yeux <strong>de</strong>squels la<br />
diffusion <strong>de</strong> la vérité importerait infiniment<br />
plus que, par exemple, la télévision planétaire<br />
en couleurs <strong>et</strong> en relief: <strong>de</strong>s hommes libres, <strong>et</strong><br />
non <strong>de</strong>s robots pour technocrates. Il est<br />
tristement évi<strong>de</strong>nt que la meilleure façon <strong>de</strong><br />
former ces hommes qui nous manquent n'est<br />
pas <strong>de</strong> leur enseigner les sciences <strong>mathématiques</strong><br />
<strong>et</strong> physiques, ces branches du savoir où la<br />
bienséance consiste, en premier lieu, à faire<br />
semblant d'ignorer jusqu'à l'existence même <strong>de</strong>s<br />
problèmes humains, <strong>et</strong> auxquels nos sociétés<br />
hautement civilisées accor<strong>de</strong>nt, ce qui <strong>de</strong>vrait<br />
paraître louche, la première place. Mais même<br />
en enseignant <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, on peut du<br />
moins essayer <strong>de</strong> donner aux gens le goût <strong>de</strong> la<br />
liberté <strong>et</strong> <strong>de</strong> la critique, <strong>et</strong> les habituer à se voir<br />
traités en êtres humains doués <strong>de</strong> la faculté <strong>de</strong><br />
comprendre.<br />
(Roger Go<strong>de</strong>ment, Cours d'algèbre, Paris,<br />
Hermann, 1966, préface)<br />
Fidèles à l’esprit <strong>de</strong> Go<strong>de</strong>ment, le thème du<br />
congrès 2006 <strong>de</strong> l’AMQ, Mathématiques <strong>et</strong><br />
diversité culturelle, nous a incités à présenter<br />
quelques réflexions sur un aspect trop négligé<br />
<strong>de</strong> l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
philosophie : le développement d’une culture<br />
scientifique citoyenne 1.<br />
Ces réflexions sont d’abord basées sur notre<br />
expérience <strong>de</strong> l’enseignement en Sciences <strong>de</strong> la<br />
nature, mais le développement d’une culture<br />
scientifique citoyenne nous semble tout aussi<br />
important dans les autres programmes du<br />
collégial. En eff<strong>et</strong>, quel que soit son champ <strong>de</strong><br />
1<br />
Ce texte a d’abord été présenté sous forme <strong>de</strong><br />
communication, <strong>et</strong> nous avons tenu à en conserver<br />
le style oral originel. Par ailleurs, puisqu’il s’agissait<br />
d’un congrès <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, nous avons mis<br />
l’accent sur c<strong>et</strong>te discipline. Mais bien sûr, les principes<br />
ici développés valent plus spontanément<br />
encore pour la philosophie ou d’autres matières…<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 149 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />
spécialisation, l’élève doit <strong>de</strong>venir non seulement un bon<br />
travailleur, mais aussi un citoyen à part entière.<br />
I - Le contexte actuel<br />
I.1- Nouvelles technologies, information <strong>et</strong> déficit<br />
démocratique : la nécessité <strong>de</strong>s passerelles<br />
Notre époque est marquée par divers phénomènes qui, sans<br />
lui être entièrement spécifiques, n’en ont pas moins pris <strong>de</strong><br />
nos jours une ampleur inédite. Le développement accéléré<br />
<strong>de</strong>s technologies <strong>de</strong> l’information <strong>et</strong> <strong>de</strong>s communications<br />
autant que la croissance fulgurante <strong>de</strong> l’informatique, bref ce<br />
qu’on pourrait appeler la numérisation <strong>de</strong> la société — un<br />
processus, notons-le, dans lequel les <strong>mathématiques</strong><br />
occupent une place centrale —, constitue certes l’un <strong>de</strong>s plus<br />
remarquables. On l’a dit <strong>et</strong> redit : nous vivons dans une<br />
société <strong>de</strong> l’information où l’économie du savoir joue un rôle<br />
majeur <strong>et</strong> qui ira toujours croissant.<br />
L’autre tendance lour<strong>de</strong>, tout aussi remarquable, <strong>et</strong> d’ailleurs<br />
liée à la première, est que c<strong>et</strong>te extension planétaire <strong>de</strong>s<br />
communications rend tous les phénomènes interdépendants.<br />
Et comme la chose s’est souvent produite par le passé, c<strong>et</strong>te<br />
addition quantitative <strong>de</strong> transformations amène un changement<br />
qualitatif majeur : la société actuelle tisse en eff<strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
réseaux <strong>de</strong> complexité qui ren<strong>de</strong>nt la saisie correcte <strong>de</strong> ses<br />
divers aspects <strong>de</strong> plus en plus ardue. Pensons par exemple<br />
aux modifications du climat, à la prolifération nucléaire, au<br />
r<strong>et</strong>our <strong>de</strong>s pandémies mortelles (SIDA, grippe aviaire, virus<br />
du Nil occi<strong>de</strong>ntal, <strong>et</strong>c.), à la question <strong>de</strong>s OGM, à l’emprise<br />
<strong>de</strong>s groupes pharmaceutiques sur la pratique <strong>de</strong> la mé<strong>de</strong>cine,<br />
<strong>et</strong>c.<br />
C<strong>et</strong>te situation historique inédite donne naissance à <strong>de</strong>ux<br />
dangers différents. Le premier concerne le décalage potentiel<br />
<strong>de</strong>s rythmes d’évolution. Les historiens distinguent en eff<strong>et</strong>,<br />
surtout <strong>de</strong>puis la naissance <strong>de</strong> l’histoire quantitative, diverses<br />
vitesses <strong>de</strong> transformation <strong>de</strong>s sociétés humaines. Soit <strong>de</strong>s<br />
modifications rapi<strong>de</strong>s, qui caractérisent l’histoire courte. C’est<br />
par exemple le cas du développement exponentiel <strong>de</strong>s<br />
technosciences. Soit encore un déroulement temporel<br />
médian, générationnel pourrait-on dire. C’est par exemple la<br />
lente évolution <strong>de</strong>s mentalités qui suit le développement <strong>de</strong>s<br />
technologies. Soit, enfin, l’histoire étalée sur la longue durée :<br />
c’est le cas <strong>de</strong> certains phénomènes que l’on pourrait appeler,<br />
par analogie, tectoniques, parce qu’ils forment une sorte <strong>de</strong><br />
soubassement <strong>de</strong>s événements. Ce temps géologique concerne,<br />
dans le cas qui nous occupe, le développement collectif<br />
<strong>de</strong>s capacités intellectuelles.<br />
Ce décalage important <strong>de</strong>s divers rythmes évolutifs risque<br />
d’induire une cassure entre, d’une part, la rapidité <strong>de</strong>s<br />
changements scientifiques <strong>et</strong> techniques <strong>et</strong>, d’autre part, la<br />
capacité <strong>de</strong> la société à les absorber <strong>et</strong> à développer en<br />
conséquence <strong>de</strong>s aptitu<strong>de</strong>s adaptées.<br />
À ce premier danger s’en ajoute un second, non moins actuel<br />
<strong>et</strong> sérieux : le contrôle <strong>de</strong> l’information. Le développement<br />
exponentiel <strong>de</strong>s technologies <strong>de</strong>s communications offre<br />
aujourd’hui <strong>de</strong>s possibilités inédites <strong>de</strong> manipulation <strong>de</strong><br />
l’opinion publique, <strong>et</strong> donc, <strong>de</strong>s esprits. Le public — <strong>et</strong> nos<br />
élèves ne font pas exception — baigne en permanence dans<br />
un océan <strong>de</strong> « communication » où sont présentes <strong>de</strong>s<br />
applications <strong>mathématiques</strong> sophistiquées. Il suffit <strong>de</strong> penser<br />
à l’utilisation <strong>de</strong>s <strong>statistique</strong>s ou au traitement <strong>de</strong>s données<br />
dans l’omniprésente publicité ou encore dans le mark<strong>et</strong>ing<br />
politique. Ces technologies <strong>de</strong> l’information, jointes aux lois<br />
du marché, ten<strong>de</strong>nt à transformer la réalité en spectacle <strong>et</strong><br />
effacent la frontière entre mon<strong>de</strong>s virtuels <strong>et</strong> mon<strong>de</strong> réel.<br />
La conjonction <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux dangers pose un sérieux<br />
problème à la démocratie. La complexité <strong>et</strong> la technicité <strong>de</strong>s<br />
enjeux scientifiques occasionnent en eff<strong>et</strong> un sentiment <strong>de</strong><br />
dépossession <strong>et</strong> peuvent entraîner une démission conséquente<br />
<strong>de</strong> la population, ce qui favorise le règne <strong>de</strong>s experts <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
leurs discours d’autorité. Se profile alors une perte éventuelle<br />
<strong>de</strong> contrôle <strong>de</strong> la population sur la technoscience. Quant à la<br />
manipulation <strong>de</strong>s esprits, elle peut pour sa part mener au<br />
monopole du savoir utile par une élite économique. Le<br />
conditionnement <strong>et</strong> la manipulation <strong>de</strong>s esprits entraînent<br />
alors une extension rapi<strong>de</strong> <strong>de</strong> la pensée unique, simpliste ou<br />
binaire. Les conséquences pour la démocratie sont lour<strong>de</strong>s :<br />
la population se r<strong>et</strong>rouve déphasée <strong>et</strong> déconnectée du présent<br />
<strong>et</strong> elle tendra à effectuer un repli sur soi pour trouver refuge<br />
dans l’intégrisme, l’irrationnel (les pseudosciences) ou un<br />
scientisme désincarné. La baisse tendancielle <strong>de</strong>s inscriptions<br />
dans les disciplines scientifiques est déjà préoccupante, mais<br />
la conséquence générale la plus sérieuse <strong>de</strong> tous ces facteurs<br />
délétères, c’est le déficit démocratique. Quand les grands<br />
problèmes <strong>de</strong>viennent l’affaire <strong>de</strong>s seuls spécialistes, le débat<br />
public en souffre <strong>et</strong> on perd <strong>de</strong> vue l’idéal grec, celui-là même<br />
qui a donné naissance à la démocratie : le lien consubstantiel<br />
entre vie démocratique <strong>et</strong> argumentation.<br />
Malgré ces risques nombreux <strong>et</strong> élevés, ce sombre portrait<br />
n’est pas sans remè<strong>de</strong>s. Car <strong>de</strong>s passerelles entre<br />
changements technologiques <strong>et</strong> population existent déjà.<br />
Songeons à l’augmentation <strong>et</strong> à l’accessibilité <strong>de</strong> l’information<br />
disponible grâce à Intern<strong>et</strong>, à la hausse <strong>de</strong> la scolarité<br />
moyenne, à la création d’organismes gouvernementaux —<br />
par exemple ici, au Québec, le Conseil <strong>de</strong> la science <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
technologie —, dédiés aux émissions <strong>de</strong> vulgarisation<br />
scientifique, <strong>et</strong>c. Pour pallier les graves dangers évoqués, il<br />
faut cependant créer <strong>de</strong> nouvelles passerelles, en particulier<br />
dans le domaine qui nous occupe au premier chef, celui <strong>de</strong><br />
l’enseignement.<br />
I.2 - La situation en <strong>mathématiques</strong><br />
C<strong>et</strong>te situation générale trouve son pendant dans le cas <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>. En eff<strong>et</strong>, au cœur <strong>de</strong>s sciences, elles ont<br />
connu une véritable explosion <strong>et</strong> elles se développent elles<br />
aussi à un rythme exponentiel. Les domaines <strong>mathématiques</strong><br />
se multiplient <strong>et</strong>, sous la poussée <strong>de</strong> l’informatique, nous<br />
l’avons dit, nous assistons à une mathématisation accélérée<br />
<strong>de</strong>s diverses sciences. La plupart <strong>de</strong>s disciplines y recourent<br />
en eff<strong>et</strong> pour modéliser les phénomènes à l’étu<strong>de</strong> grâce aux<br />
simulations informatiques. De telles simulations perm<strong>et</strong>tent<br />
<strong>de</strong> reproduire, d’expérimenter <strong>et</strong> <strong>de</strong> prédire. Elles <strong>de</strong>viennent<br />
omniprésentes <strong>et</strong> servent d’argument d’autorité pour les<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 150 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />
« déci<strong>de</strong>urs » qui les ont élaborées. Pensons seulement au<br />
fameux modèle Sylva planifiant l’exploitation forestière au<br />
Québec <strong>et</strong> dénoncé dans L’erreur Boréale <strong>de</strong> Richard<br />
Desjardins. Un modèle n’est après tout que la somme <strong>de</strong>s<br />
choix <strong>de</strong> ceux qui l’ont élaboré.<br />
Bref, les <strong>mathématiques</strong> évoluent rapi<strong>de</strong>ment <strong>et</strong> les jeunes,<br />
nos élèves, aussi. Ils ont été élevés dans le mon<strong>de</strong> très récent<br />
<strong>de</strong>s communications tous azimuts. C’est la génération<br />
d’Intern<strong>et</strong>, <strong>de</strong>s mp3, du vidéoclip. C’est encore celle du<br />
zapping <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’immédiat<strong>et</strong>é. Heureusement, c’est également<br />
celle d’une intense curiosité <strong>et</strong> du dynamisme propre à la<br />
jeunesse.<br />
Entre la croissance <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> ces jeunes d’une<br />
part, <strong>et</strong> l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> d’autre part, un<br />
fossé s’est creusé. Car l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, lui,<br />
a peu évolué. En général, il est resté magistral <strong>et</strong> dogmatique.<br />
D’ailleurs, il relève trop souvent d’une conception formaliste<br />
qui semble <strong>de</strong>stinée essentiellement à former d’autres<br />
professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Notons encore que les<br />
<strong>mathématiques</strong> appliquées n’ont pas bonne presse en<br />
Sciences <strong>de</strong> la nature <strong>et</strong> que l’usage <strong>de</strong> l’informatique ne<br />
s’introduit que difficilement dans l’enseignement. De plus, les<br />
<strong>mathématiques</strong> paraissent hors du temps aux élèves : celles<br />
qui leur sont enseignées remontent à un siècle ou <strong>de</strong>ux,<br />
tandis que, dans d’autres disciplines, les cours incluent <strong>de</strong>s<br />
découvertes récentes. Enfin, les métho<strong>de</strong>s sont généralement<br />
restées au sta<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’imprimerie <strong>et</strong> du tableau noir (ou blanc<br />
<strong>de</strong>puis quelque temps).<br />
L’absence <strong>de</strong> motivation adéquate <strong>et</strong> l’absence d’idées<br />
directrices transforment immanquablement un cours <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> en un fatras <strong>de</strong> rec<strong>et</strong>tes partielles qui dégénèrent<br />
très vite en rec<strong>et</strong>tes à appliquer automatiquement sans contrôle<br />
rationnel possible. (André Revuz)<br />
Pour les élèves l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> semble<br />
donc décroché <strong>de</strong> la réalité, il est vu comme un catalogue <strong>de</strong><br />
rec<strong>et</strong>tes, basé sur le couple exercices-mémorisation. Il ne faut<br />
pas s’étonner, alors, d’assister à une désaffection <strong>de</strong>s filières<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> au recul <strong>de</strong> la place <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
dans les programmes, <strong>et</strong> pas seulement au Québec.<br />
Ce recul <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, dans un mon<strong>de</strong> où elles sont <strong>de</strong><br />
plus en plus nécessaires, est un paradoxe qui aggrave le fossé<br />
technologique entre les citoyens <strong>et</strong> la science. Surtout que<br />
l’enseignement traditionnel engendre chez les élèves une<br />
passivité qui risque d’aggraver le déficit démocratique déjà<br />
évoqué.<br />
II - Quelques gran<strong>de</strong>s orientations<br />
Que faire, alors ? Ce qui est sûr, c’est qu’un tel diagnostic<br />
appelle <strong>de</strong> nouvelles orientations générales. Il faut que nos<br />
jeunes, futurs citoyens, puissent s’approprier les enjeux<br />
scientifiques majeurs <strong>de</strong> notre temps. Pour cela, il faut<br />
renouveler l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> établir <strong>de</strong>s<br />
passerelles inédites entre développement technologique <strong>et</strong><br />
citoyens, d’une part, <strong>et</strong> entre le rôle élargi <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
<strong>et</strong> leur enseignement, d’autre part. Comment, dans une<br />
optique <strong>de</strong> formation citoyenne, combler les fossés qui se<br />
sont creusés <strong>et</strong> le déficit démocratique qui s’ensuit ? Grâce à<br />
l’esprit critique <strong>et</strong> à la culture scientifique, croyons-nous,<br />
lesquels s’appellent l’un l’autre comme une compétence<br />
générale <strong>et</strong> son contenu nécessaire.<br />
II.1- Les <strong>mathématiques</strong> : du dogmatisme à<br />
l’esprit critique (un peu d’histoire)<br />
Dans l’esprit <strong>de</strong>s élèves (<strong>et</strong> <strong>de</strong> certains membres du personnel<br />
enseignant ?), les <strong>mathématiques</strong> sont encore le domaine <strong>de</strong><br />
la certitu<strong>de</strong> <strong>et</strong>, par conséquent, <strong>de</strong> la vérité. Pourquoi ? Parce<br />
que les Grecs, créateurs <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> pures, ont<br />
postulé dès l’origine un lien naturel entre celles-ci <strong>et</strong> la<br />
réalité : c’est la vérité comme correspondance spontanée au<br />
réel, ce qu’on appelle la position réaliste ou encore<br />
platonicienne (mais c’était déjà celle <strong>de</strong> Pythagore, <strong>de</strong>ux<br />
siècles avant Platon). Or, c<strong>et</strong>te association dogmatique <strong>de</strong> la<br />
vérité <strong>et</strong> <strong>de</strong> l’axiomatique dure <strong>de</strong>puis lors. Si les axiomes<br />
d’un système formel sont vrais, pense-t-on, <strong>et</strong> que les<br />
démonstrations sont saines <strong>et</strong> le système cohérent, la<br />
certitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s axiomes se transm<strong>et</strong> nécessairement aux<br />
propositions. Ainsi, ce qui vaut pour les sciences<br />
expérimentales, la notion <strong>de</strong> falsifiabilité élaborée par Popper<br />
(Logique <strong>de</strong> la découverte scientifique, 1934, tr. fr., 1973), ne<br />
s’appliquerait pas aux <strong>mathématiques</strong>.<br />
Mais selon nous, c<strong>et</strong>te vision est erronée. Une certaine forme<br />
<strong>de</strong> falsifiabilité doit maintenant traverser les <strong>mathématiques</strong>.<br />
Pourquoi ne peut-on plus les considérer comme naturellement<br />
vraies ? Les géométries non euclidiennes <strong>et</strong> la crise <strong>de</strong>s<br />
fon<strong>de</strong>ments qui a suivi ont fait justice <strong>de</strong> la notion <strong>de</strong> vérité<br />
comme correspondance spontanée. La coexistence <strong>de</strong> propositions<br />
dûment démontrées, mais contradictoires entre elles,<br />
oblige maintenant à limiter la notion <strong>de</strong> vérité à la rigueur<br />
interne, c’est-à-dire à la cohérence formelle du système. En<br />
d’autres termes, on ne peut plus se prononcer sur la vérité<br />
<strong>de</strong>s axiomes ou <strong>de</strong>s propositions elles-mêmes, <strong>et</strong> il faut<br />
dorénavant penser en termes <strong>de</strong> validité plutôt que <strong>de</strong> vérité.<br />
Deledicq a exprimé <strong>de</strong> manière hautement colorée, mais tout<br />
à fait juste, ce changement <strong>de</strong> paradigme :<br />
Le règne <strong>de</strong> l’évi<strong>de</strong>nce est aboli. Les axiomes naissent <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>meurent libres <strong>et</strong> égaux en droit, les distinctions <strong>de</strong> valeurs ne<br />
peuvent être fondées que sur l’utilité. Le concept <strong>de</strong> vérité est<br />
limité essentiellement au-<strong>de</strong>dans d’une théorie donnée; nulle<br />
proposition ne peut être envisagée qui n’en fasse expressément<br />
partie. La liberté consiste à pouvoir énoncer tout ce qui ne<br />
contredit pas d’autres énoncés. Ainsi, l’existence <strong>de</strong> chaque<br />
axiome n’a <strong>de</strong> bornes que celles qui assurent avec les autres<br />
axiomes, la non-contradiction <strong>de</strong> la théorie dont ils sont la<br />
base 2 .<br />
Évi<strong>de</strong>mment, tout ceci vaut surtout pour les <strong>mathématiques</strong><br />
pures. Qu’en est-il alors <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> appliquées ?<br />
S’agit-il d’une situation complètement différente ? On sait<br />
que le critère traditionnel <strong>de</strong> la vérité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
appliquées était leur efficacité ou leur utilité. Dans la nouvelle<br />
conjoncture, ceci reste a fortiori valable. Cependant, là<br />
aussi, quelque chose d’essentiel a changé. Car nous croyons<br />
2 Clefs pour les maths mo<strong>de</strong>rnes, Paris, Seghers, 1972, p. 21.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 151 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />
que les <strong>mathématiques</strong>, qui ont toujours été une science 3<br />
pure ou formelle, quoiqu’universellement applicable, sont<br />
maintenant en partie expérimentales. Pour une raison très<br />
simple : l’extension intensive <strong>de</strong> l’informatique a fait <strong>de</strong> la<br />
numérisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la modélisation <strong>de</strong>s instruments d’expérimentation<br />
mathématique. Et c<strong>et</strong>te instrumentalité, distincte<br />
<strong>de</strong> l’applicabilité, modifie le statut traditionnel <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />
Se trouve-t-on pour autant en présence d’une forme<br />
<strong>de</strong> falsifiabilité au sens <strong>de</strong> Popper ? Sans doute pas, mais on<br />
nage dans les « vérités » alternatives. C’est d’ailleurs l’une <strong>de</strong>s<br />
raisons pour lesquelles l’épistémologue hongrois Lakatos,<br />
mathématicien <strong>de</strong> formation, qualifie <strong>de</strong> quasi empiristes <strong>de</strong><br />
larges pans <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> actuelles.<br />
Bien sûr, ce trop bref historique est brossé à grands traits.<br />
Mais la conclusion, qu’il y aurait évi<strong>de</strong>mment lieu <strong>de</strong> raffiner,<br />
n’en apparaît pas moins clairement : le lien spontané entre<br />
<strong>mathématiques</strong>, certitu<strong>de</strong> <strong>et</strong> vérité a vécu. Il faut dorénavant<br />
abandonner toute attitu<strong>de</strong> dogmatique <strong>et</strong> introduire l’esprit<br />
critique <strong>et</strong> la culture scientifique, même en <strong>mathématiques</strong>.<br />
II.2 - L’esprit critique<br />
Dans une société <strong>de</strong> communication où les techniques les<br />
plus sophistiquées tentent d’influencer le citoyen consommateur<br />
dans un grand nombre <strong>de</strong> domaines, un <strong>de</strong>s objectifs<br />
majeurs <strong>de</strong> l’enseignement, y compris l’enseignement <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, <strong>de</strong>vrait être <strong>de</strong> développer l’autonomie <strong>de</strong><br />
jugement chez les jeunes. C<strong>et</strong>te autonomie <strong>de</strong> jugement, en<br />
lien avec la capacité argumentative, est essentielle à la<br />
démocratie.<br />
Or, c’est l’esprit critique qui est à la base <strong>de</strong> l’autonomie <strong>de</strong><br />
jugement. Bien <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s ont été menées sur le suj<strong>et</strong>. Pour<br />
notre part, nous indiquerons certains principes simples qui<br />
font consensus, suivis <strong>de</strong> quelques éléments qui peuvent<br />
nous gui<strong>de</strong>r dans l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />
Un principe important consiste à placer l’élève dans <strong>de</strong>s<br />
situations où il est amené à réfléchir plutôt qu’à croire. En ce<br />
sens, l’accent <strong>de</strong>vrait être mis davantage sur la démarche<br />
plutôt que sur une réponse. Il s’agit d’explorer <strong>de</strong>s situations :<br />
cas particuliers, contre-exemples, domaine <strong>de</strong> validité,<br />
diversité <strong>de</strong>s approches, liens avec d’autres situations, <strong>et</strong>c. Il<br />
faut développer l’habitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> rechercher le plus souvent<br />
possible <strong>de</strong>s explications <strong>et</strong> considérer que les solutions<br />
définitives sont rares.<br />
En fonction <strong>de</strong> ce principe, on peut distinguer quelques<br />
capacités majeures <strong>de</strong> l’esprit critique, lesquelles figurent dans<br />
la plupart <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s sur la question. D’abord l’aptitu<strong>de</strong> à<br />
obtenir une vue d’ensemble d’une situation <strong>et</strong> à établir <strong>de</strong>s<br />
liens avec d’autres phénomènes. Ensuite la capacité à<br />
argumenter <strong>et</strong> raisonner. Enfin, la capacité <strong>de</strong> chercher, trier<br />
<strong>et</strong> maîtriser l’information, pour la communiquer ensuite <strong>de</strong><br />
manière efficace. Pour développer ces compétences,<br />
l’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ne <strong>de</strong>vrait pas se limiter<br />
3<br />
Certains préfèrent parler plutôt d’un langage général <strong>de</strong>s sciences,<br />
mais cela ne change pas la nature <strong>de</strong> la problématique que nous<br />
esquissons ici…<br />
aux connaissances strictement disciplinaires, comme nous<br />
allons le voir à l’instant.<br />
II.3 - La culture scientifique<br />
L’esprit critique appelle une culture scientifique comme<br />
pendant naturel. Il existe presque autant <strong>de</strong> définitions <strong>de</strong> la<br />
culture scientifique que <strong>de</strong> personnes qui y travaillent. La<br />
nôtre, <strong>de</strong> nature d’abord académique, inclut principalement<br />
trois champs : l’histoire <strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> <strong>de</strong>s techniques,<br />
l’épistémologie, ainsi que les rapports STS (rapports Science,<br />
Technologie <strong>et</strong> Société) ouvrant sur l’éthique. L’idée est <strong>de</strong><br />
m<strong>et</strong>tre la science <strong>et</strong> la technique en perspective à tous les<br />
niveaux <strong>et</strong> d’offrir ainsi une prise à l’esprit critique.<br />
L’épistémologie <strong>de</strong> l’activité scientifique inculque le sens <strong>de</strong> la<br />
relativité <strong>et</strong> constitue un bon antidote au dogmatisme<br />
impénitent. L’histoire <strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> <strong>de</strong>s techniques<br />
possè<strong>de</strong>, quant à elle, une importante valeur pédagogique.<br />
Dans le cas qui nous occupe, il faut m<strong>et</strong>tre en relation<br />
l’histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> celle <strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> <strong>de</strong>s idées.<br />
Enfin, l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s rapports science, technologie <strong>et</strong> société<br />
perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> réfléchir à l’influence <strong>de</strong>s facteurs sociaux sur le<br />
développement <strong>de</strong>s sciences <strong>et</strong> <strong>de</strong>s techniques <strong>et</strong>, inversement,<br />
à l’impact <strong>de</strong> celles-ci sur la société, ce qui contribue<br />
éventuellement à l’établissement d’un système <strong>de</strong> valeurs<br />
raisonné. Il ne faut en eff<strong>et</strong> pas perdre <strong>de</strong> vue le but ultime<br />
<strong>de</strong> ce mariage entre esprit critique <strong>et</strong> culture scientifique, qui<br />
<strong>de</strong>meure l’autonomie intellectuelle <strong>et</strong> morale <strong>de</strong>s élèves.<br />
III - Des pistes pour l’enseignement<br />
Après avoir posé un diagnostic global <strong>et</strong> indiqué quelques<br />
orientations générales, il est maintenant temps <strong>de</strong> passer à<br />
l’étape <strong>de</strong>s applications pratiques.<br />
III.1 – Un principe <strong>de</strong> départ simple<br />
Un premier principe pédagogique assez simple consiste à<br />
utiliser la célèbre distinction du philosophe <strong>et</strong> historien <strong>de</strong>s<br />
sciences Reichenbach entre contexte <strong>de</strong> découverte <strong>et</strong><br />
contexte <strong>de</strong> justification (Experience and Prediction, 1938). Le<br />
contexte <strong>de</strong> justification, c’est la façon dont on enseigne les<br />
résultats scientifiques après coup. C’est l’approche habituelle,<br />
formelle, progressive <strong>et</strong> déductive. Le contexte <strong>de</strong> découverte<br />
est très différent, car il témoigne plutôt <strong>de</strong> la façon dont les<br />
découvertes ont été réellement effectuées. Qu’il s’agisse <strong>de</strong><br />
débats acerbes <strong>et</strong> interminables (l’élaboration simultanée <strong>et</strong><br />
malheureusement concurrente <strong>de</strong>s calculs différentiel <strong>et</strong><br />
intégral par Newton <strong>et</strong> Leibniz), <strong>de</strong> voies apparemment sans<br />
issue (Saccheri <strong>et</strong> ses tentatives <strong>de</strong> démontrer par l’absur<strong>de</strong> le<br />
cinquième postulat d’Eucli<strong>de</strong>, lesquelles, contre toute attente,<br />
ont ouvert la voie aux géométries non euclidiennes), du rôle<br />
du hasard (la découverte <strong>de</strong> l’électricité corporelle par<br />
Galvani), voire <strong>de</strong> la rêverie (Kekulé <strong>et</strong> la visualisation <strong>de</strong> la<br />
tétravalence du carbone), les voies <strong>de</strong> la découverte<br />
scientifique sont nombreuses, variées <strong>et</strong> ont très peu à voir<br />
avec la façon dont on les expose ensuite en classe. Replacer à<br />
l’occasion les concepts enseignés dans leur contexte<br />
historique <strong>et</strong> philosophique <strong>et</strong> rappeler les questionnements<br />
qu’ils ont soulevés perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> montrer que les résultats<br />
scientifiques ne sont pas figés, <strong>et</strong> qu’ils sont la plupart du<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 152 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
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Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />
temps le fruit d’un long travail d’élaboration. Cela perm<strong>et</strong><br />
également <strong>de</strong> constater que les liens entre la science <strong>et</strong> les<br />
facteurs sociaux ne sont pas simples <strong>et</strong> ouvrent souvent <strong>de</strong>s<br />
avenues <strong>de</strong> réflexion inédites <strong>et</strong> stimulantes.<br />
Ainsi, certains thèmes se prêtent tout naturellement au développement<br />
<strong>de</strong> l’esprit critique <strong>et</strong> d’une culture scientifique en<br />
<strong>mathématiques</strong>. Ce sont ceux faisant état <strong>de</strong>s débats qui ont<br />
traversé leur histoire ou encore qui illustrent leur nature <strong>et</strong><br />
leur rôle. Souvent, on ne les abor<strong>de</strong> pas en classe, car on croit<br />
à tort qu’ils ne peuvent être traités sérieusement dans le cadre<br />
<strong>de</strong>s cours collégiaux. On peut par exemple penser aux<br />
différents types <strong>de</strong> nombres <strong>et</strong> aux polémiques ayant entouré<br />
leur élaboration, à la différence cruciale entre infini potentiel<br />
<strong>et</strong> infini actuel, aux géométries non euclidiennes, à l’invention<br />
<strong>de</strong> l’algèbre mo<strong>de</strong>rne par Galois, à la crise <strong>de</strong>s fon<strong>de</strong>ments,<br />
aux avenues <strong>mathématiques</strong> actuelles, <strong>et</strong>c.<br />
III.2 - Une carte du labyrinthe<br />
Outre la présentation occasionnelle du contexte <strong>de</strong>s découvertes,<br />
un <strong>de</strong>uxième élément perm<strong>et</strong>trait, dès l’abord, <strong>de</strong><br />
donner aux élèves une culture scientifique <strong>de</strong> base. Il s’agirait<br />
<strong>de</strong> leur offrir une vue d’ensemble <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, une<br />
sorte d’aperçu global. Pour nombre d’entre eux, les <strong>mathématiques</strong><br />
telles qu’elles sont enseignées paraissent un<br />
labyrinthe auquel manque le fil d’Ariane. Ils suivent aveuglément<br />
le professeur, <strong>de</strong> résultat en résultat, sans trop <strong>de</strong> recul<br />
ni <strong>de</strong> perspectives. Or la capacité à prendre du recul <strong>et</strong> à faire<br />
<strong>de</strong>s liens est, nous l’avons vu, essentielle pour développer<br />
l’esprit critique. C’est, au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la connaissance <strong>de</strong>s faits, la<br />
compréhension <strong>de</strong> leur dynamique.<br />
Il nous semble donc que, dès l’arrivée au collège, il faudrait<br />
fournir aux élèves, dans la mesure du possible, bien sûr, une<br />
carte <strong>de</strong> l’univers mathématique dans lequel ils vont être<br />
entraînés. C<strong>et</strong>te vision d’ensemble pourrait évi<strong>de</strong>mment<br />
prendre diverses formes. Cela pourrait être par exemple une<br />
sorte <strong>de</strong> paysage où seraient décrits les domaines (la géométrie,<br />
l’algèbre, le calcul différentiel <strong>et</strong> intégral, <strong>et</strong>c.), puis le<br />
terreau dans lequel ces domaines s’enracinent (les nombres,<br />
les fonctions, les transformations, <strong>et</strong>c.) <strong>et</strong> aussi les sentiers<br />
qui les parcourent, comme le raisonnement, les démonstrations,<br />
l’abstraction, la généralisation, <strong>et</strong>c. Elle serait<br />
complétée par un aperçu <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s étapes du développement<br />
historique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> occi<strong>de</strong>ntales : leur<br />
naissance en Grèce, la révolution scientifique <strong>de</strong>s XVIe-<br />
XVIIe siècles, la crise <strong>de</strong>s fon<strong>de</strong>ments au XIXe siècle,<br />
l’explosion du XXe siècle, <strong>et</strong> ainsi <strong>de</strong> suite.<br />
Cependant, un paysage, c’est statique. Il <strong>de</strong>vrait par conséquent<br />
être complété sous l’angle du contexte <strong>de</strong> découverte,<br />
qui en dévoile le dynamisme, <strong>et</strong> montre ce qui a fait progresser<br />
les <strong>mathématiques</strong> à travers l’histoire. Comment la solution<br />
<strong>de</strong> problèmes posés par les phénomènes naturels a-t-elle<br />
contribué à leur développement ? Songeons par exemple à<br />
l’importance <strong>de</strong> la compréhension du mouvement dans<br />
l’élaboration du calcul différentiel. En quel sens les questions<br />
<strong>de</strong> cohérence interne ont-elles été aussi un facteur ? Ainsi,<br />
Cantor aurait-il développé la théorie <strong>de</strong>s ensembles <strong>et</strong> les<br />
nombres transfinis sans les résultats contradictoires <strong>de</strong>s<br />
géométries non euclidiennes ? Enfin, comment les divers<br />
facteurs sociaux influencent-ils les <strong>mathématiques</strong> dans chaque<br />
civilisation ? Par exemple, pourquoi est-ce en Grèce<br />
antique <strong>et</strong> nulle part ailleurs que sont nées les <strong>mathématiques</strong><br />
comme système formel ? Qu’est-ce qui a déterminé l’apparition<br />
<strong>de</strong> ce style proprement occi<strong>de</strong>ntal ?<br />
III.3 – Métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail, pédagogie <strong>et</strong><br />
apprentissage<br />
Parlons à présent d’apprentissage <strong>et</strong> <strong>de</strong> pédagogie, lesquels<br />
<strong>de</strong>meurent dans l’enseignement le nerf <strong>de</strong> la guerre, quels que<br />
soient par ailleurs les époques <strong>et</strong> les changements.<br />
Les métho<strong>de</strong>s d’apprentissages r<strong>et</strong>enues doivent amener les<br />
élèves à développer l’esprit critique. En ce sens, la modélisation<br />
est une métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong> problème bien adaptée<br />
à c<strong>et</strong> objectif. Elle <strong>de</strong>man<strong>de</strong> en eff<strong>et</strong> une bonne capacité<br />
d’observation <strong>et</strong> d’abstraction pour déterminer les fonctions<br />
<strong>mathématiques</strong> représentant le phénomène. L’élaboration<br />
d’un modèle oblige à penser en terme d’étapes <strong>et</strong> non <strong>de</strong><br />
résultat à obtenir, <strong>et</strong> un bon esprit critique est indispensable<br />
pour établir les limites du modèle. Enfin, la modélisation,<br />
avec ses simulations informatiques, rapproche l’enseignement<br />
<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> leur utilisation effective dans les<br />
sciences.<br />
Toujours dans l’optique <strong>de</strong> développer l’esprit critique, les<br />
métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail doivent elles aussi m<strong>et</strong>tre les élèves en<br />
situation <strong>de</strong> questionnement <strong>et</strong> <strong>de</strong> communication. Il est<br />
pertinent <strong>de</strong> favoriser le travail d’équipe <strong>et</strong> l’utilisation <strong>de</strong>s<br />
TIC. Plus largement, les métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail à privilégier sont<br />
celles qui impliquent questionnement <strong>et</strong> jugement <strong>et</strong> qui<br />
correspon<strong>de</strong>nt aux technologies actuelles.<br />
Enfin, les métho<strong>de</strong>s d’enseignement doivent elles aussi<br />
évoluer. Pour susciter l’intérêt <strong>et</strong> développer une certaine<br />
autonomie, il faut passer d’un enseignement magistral à un<br />
enseignement plus interactif, provoquant les élèves à<br />
apprendre en pensant. En ce sens, il est nécessaire d’utiliser<br />
les ressources technologiques actuelles (informatique <strong>et</strong><br />
Intern<strong>et</strong>), tant pour leur efficacité que pour actualiser<br />
l’enseignement aux yeux <strong>de</strong>s élèves.<br />
III.4 - Collaboration interdisciplinaire <strong>et</strong> bases<br />
philosophiques<br />
On l’aura sans doute compris à la lecture, les gran<strong>de</strong>s<br />
orientations ici adoptées reposent sur quelques principes<br />
philosophiques <strong>de</strong> base, qui leur donnent à la fois sens <strong>et</strong><br />
cohérence. Ces principes sont aussi ceux qui offrent un cadre<br />
au travail interdisciplinaire entre <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> philosophie,<br />
dont le <strong>de</strong>stin historique fut souvent lié. (On sait que la<br />
plupart <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s révolutions <strong>mathématiques</strong> furent aussi<br />
celles où se développa la pensée philosophique, pour la<br />
raison très simple que les grands philosophes étaient souvent<br />
mathématiciens, <strong>et</strong> vice versa. Pensons par exemple à<br />
Pythagore, Platon, Descartes, Leibniz, <strong>et</strong>c.) Le premier <strong>de</strong> ces<br />
principes est la finitu<strong>de</strong> humaine, qui limite la possibilité qu’a<br />
l’homme d’atteindre l’absolu, quel que soit le domaine. Ainsi,<br />
la perte <strong>de</strong> certitu<strong>de</strong> en <strong>mathématiques</strong>, l’un <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rniers<br />
r<strong>et</strong>ranchements où on la croyait encore accessible, s’inscrit<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 153 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Mathématiques <strong>et</strong> philosophie : pour une culture scientifique citoyenne Philippe Etchecopar <strong>et</strong> Jean-Clau<strong>de</strong> Simard<br />
logiquement dans c<strong>et</strong>te foulée. C<strong>et</strong>te finitu<strong>de</strong> trouve son<br />
corrélat nécessaire dans le sens <strong>de</strong> la relativité <strong>de</strong>s connaissances<br />
humaines. Ainsi, les divers contextes <strong>de</strong> découverte,<br />
changeants, ondoyants <strong>et</strong> au fond imprévisibles, ne sont pour<br />
nous que le refl<strong>et</strong> <strong>de</strong> ces limites. L’histoire <strong>et</strong> ses incessantes<br />
transformations <strong>de</strong>viennent par là même l’illustration<br />
constante <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te relativité.<br />
Un second principe, qui justifie lui aussi la collaboration<br />
interdisciplinaire, mais également l’enseignement non magistral,<br />
est la conception <strong>de</strong> la vie démocratique comme dialogue<br />
intersubjectif. Comme l’a montré Popper dans Misère <strong>de</strong><br />
l’historicisme, tous les régimes politiques sont limités <strong>et</strong><br />
imparfaits, mais la démocratie est sans doute le moins<br />
mauvais d’entre eux, parce qu’elle suppose <strong>de</strong>s échanges<br />
constants entre citoyens ou citoyennes, c’est-à-dire entre<br />
suj<strong>et</strong>s <strong>de</strong> droit. Bref, c’est peut-être un type limité <strong>de</strong> société,<br />
mais c’est c<strong>et</strong>te limite même, comme l’avait vu avant lui<br />
Bergson (Les <strong>de</strong>ux sources <strong>de</strong> la morale <strong>et</strong> <strong>de</strong> la religion, 1932), qui<br />
en garantit l’ouverture permanente. En ce sens, le lien entre<br />
argumentation <strong>et</strong> démocratie est essentiel, <strong>et</strong> ce n’est<br />
nullement un hasard si les Grecs anciens ont créé à la fois les<br />
<strong>mathématiques</strong> formelles, la philosophie <strong>et</strong> la démocratie.<br />
C’est pourquoi, amener nos élèves à penser par eux-mêmes,<br />
c’est en faire <strong>de</strong>s vecteurs démocratiques, <strong>de</strong>s multiplicateurs<br />
futurs. Ainsi, une culture scientifique citoyenne <strong>de</strong>vient un<br />
idéal, non seulement accessible, mais nécessaire. À leurs<br />
niveaux respectifs, tant la classe que la démocratie forment<br />
<strong>de</strong>s sociétés ouvertes, où incombent à chacun <strong>et</strong> chacune la<br />
tâche d’apprendre constamment <strong>et</strong> la nécessité d’argumenter<br />
pour ce faire.<br />
Pour une conclusion provisoire<br />
Les connaissances vont continuer à s’accumuler exponentiellement,<br />
le progrès <strong>de</strong>s technologies ne prendra pas <strong>de</strong> pause<br />
<strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong> resteront au cœur <strong>de</strong> ces changements.<br />
Comme il l’a toujours fait dans le passé, l’enseignement doit<br />
donc s’adapter aux réalités du jour. Si nous ne voulons pas<br />
que le fossé entre les sciences <strong>et</strong> le grand public continue <strong>de</strong><br />
s’élargir <strong>et</strong> que, par voie <strong>de</strong> conséquence, le risque d’un<br />
déficit démocratique ne s’accentue lui aussi, il nous semble<br />
donc impératif d’inclure un objectif <strong>de</strong> formation citoyenne<br />
dans l’enseignement. Et ce sont l’esprit critique autant que la<br />
culture scientifique qui balisent à notre avis la voie <strong>de</strong> l’avenir.<br />
En somme, les <strong>mathématiques</strong> doivent, à nouveau, être<br />
associées à la vie démocratique, comme l’a souvent été la<br />
philosophie. C’est la tâche future qui attend les enseignantes<br />
<strong>et</strong> les enseignants <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux disciplines vénérables.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 154 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour<br />
l'apprentissage<br />
<strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en<br />
mathématique<br />
L'objectif <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier est d'étudier un ensemble organisé <strong>de</strong> problèmes formant ce<br />
que nous appelons une « situation <strong>de</strong> recherche pour la classe » (SiRC), perm<strong>et</strong>tant<br />
<strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> tous âges <strong>et</strong> <strong>de</strong> différents niveaux dans une activité <strong>de</strong><br />
recherche. L'activité mathématique peut se caractériser par : <strong>de</strong>s expérimentations<br />
sur <strong>de</strong>s p<strong>et</strong>its cas, <strong>de</strong>s modélisations <strong>de</strong> problèmes, l'énoncé <strong>de</strong> conjectures, la<br />
recherche d'exemples <strong>et</strong> <strong>de</strong> contre-exemples, l'énoncé <strong>de</strong> résultats (éventuellement<br />
partiels) <strong>et</strong> la construction <strong>de</strong> preuves.<br />
Denise Grenier<br />
Laboratoire<br />
Leibniz,<br />
Université Joseph<br />
Fourier,<br />
Grenoble,<br />
France.<br />
Denise.Grenier@<br />
imag.fr<br />
L<br />
’atelier peut s'organiser en <strong>de</strong>ux temps:<br />
• la résolution <strong>de</strong>s problèmes ;<br />
• une « analyse didactique » <strong>de</strong> ces<br />
problèmes, consistant pour l'essentiel à<br />
s'intéresser aux questions suivantes : quelles<br />
sont les solutions <strong>et</strong> les procédures <strong>de</strong><br />
résolution possibles, quelles connaissances<br />
sont nécessaires pour chercher <strong>et</strong> résoudre ces<br />
problèmes, quels apprentissages sont mis en<br />
jeu.<br />
Ce travail est à mener en groupes, avec <strong>de</strong>s<br />
moments <strong>de</strong> synthèse collectifs. La première<br />
partie <strong>de</strong> c<strong>et</strong> atelier s’adresse donc à tout<br />
public. La secon<strong>de</strong> partie (analyse didactique)<br />
intéresse plus particulièrement les enseignants<br />
<strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> les chercheurs en<br />
enseignement.<br />
Ce que nous désignons par « situations <strong>de</strong><br />
recherche » (SiRC) est très précis ; nous<br />
expliquerons en quoi nous les distinguons <strong>de</strong>s<br />
« situations-problèmes » <strong>et</strong> <strong>de</strong>s « problèmes<br />
ouverts » qui sont décrits dans d'autres travaux<br />
<strong>de</strong> didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>. Nous en<br />
donnons les éléments <strong>de</strong> caractérisation dans<br />
Grenier <strong>et</strong> Payan (2003 <strong>et</strong> EMF 2006).<br />
En particulier, trois aspects fondamentaux<br />
présents dans ces SiRC sont peu présents,<br />
voire absents, dans la classe usuelle.<br />
• L’« enjeu <strong>de</strong> vérité ». En classe,<br />
usuellement, ce qui est à prouver est la plupart<br />
du temps annoncé comme vrai (« démontrer<br />
que ») ; il n’y a pas d’enjeu <strong>de</strong> vérité.<br />
• L’aspect « social » <strong>de</strong> l’activité. Dans une<br />
SiRC, il peut y avoir un vrai enjeu social <strong>de</strong><br />
production mathématique, même s’il est local<br />
(groupe + professeur <strong>et</strong>/ou chercheur).<br />
• L’aspect « recherche ». Dans les manuels <strong>et</strong><br />
les pratiques enseignantes, il est explicitement<br />
déclaré que, pour résoudre un problème <strong>et</strong><br />
aussi pour prouver, « on ne doit utiliser que les<br />
propriétés du cours ou celles d'une liste<br />
donnée ». C<strong>et</strong>te consigne est contradictoire<br />
avec l’activité du chercheur <strong>et</strong> avec la<br />
démarche scientifique.<br />
Ces caractéristiques <strong>et</strong> contraintes entraînent<br />
<strong>de</strong>s conditions <strong>de</strong> réalisation <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
gestion précises. Notre équipe s'attache<br />
<strong>de</strong>puis <strong>de</strong>s années à l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> ces conditions.<br />
Nous disposons actuellement d' « analyses a<br />
priori » fiables pour quelques-unes <strong>de</strong> ces<br />
SiRC, résultats <strong>de</strong> nombreuses expérimentations<br />
que nous avons menées dans <strong>de</strong>s<br />
institutions <strong>et</strong> à <strong>de</strong>s niveaux scolaires très<br />
différents. La « situation <strong>de</strong> recherche » choisie<br />
ici en est un exemple.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 155 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />
I. La question mathématique générale.<br />
Quelques définitions.<br />
La question générale est la suivante :<br />
Q0. Étant donné un polymino, est-il pavable par<br />
un ensemble <strong>de</strong> polyminos i<strong>de</strong>ntiques plus p<strong>et</strong>its ?<br />
Un polymino peut être défini comme un morceau d'un plan<br />
quadrillé découpé selon les cases, chaque case étant adjacente<br />
à une ou plusieurs autres cases (4 au maximum) par au moins<br />
un <strong>de</strong> ses côtés. Un polymino peut avoir <strong>de</strong>s « trous » (<strong>de</strong>s<br />
cases manquantes).<br />
Par exemple, le polymino ci-<strong>de</strong>ssous est-il pavable par <strong>de</strong>s<br />
dominos ? (les zones hachurées sont <strong>de</strong>s trous). Après<br />
plusieurs « essais » il semble que non, <strong>et</strong> pourtant il comporte<br />
un nombre pair <strong>de</strong> cases ... Peut-on le prouver <strong>et</strong> comment?<br />
Figure 1<br />
C<strong>et</strong>te question relève <strong>de</strong> la géométrie combinatoire, une<br />
branche <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> discrètes (domaine mathématique<br />
absent <strong>de</strong>s programmes scolaires dans <strong>de</strong> nombreux<br />
pays). Cependant, nous allons montrer qu'à partir <strong>de</strong> la<br />
question générale Q0, on peut construire <strong>de</strong>s problèmes<br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> faire travailler les élèves sur <strong>de</strong>s notions qui<br />
concernent les programmes scolaires (<strong>et</strong> pas seulement en<br />
France). Il s'agit avant tout <strong>de</strong> travailler la modélisation <strong>et</strong> la<br />
preuve, allant <strong>de</strong> la mise en place <strong>de</strong> conjectures à<br />
l'élaboration <strong>de</strong> démonstrations. Nous verrons que d'autres<br />
notions <strong>mathématiques</strong> sont aussi en jeu dans ces problèmes.<br />
Il est facile <strong>de</strong> se convaincre rapi<strong>de</strong>ment qu'on ne peut<br />
répondre globalement à la question Q0 pour un polymino<br />
« quelconque ». Pour étudier Q0, il faut donc se fixer <strong>de</strong>s cas<br />
particuliers <strong>de</strong> polyminos à paver, par exemple, <strong>de</strong>s rectangles<br />
ou <strong>de</strong>s carrés, avec ou sans trous, ou <strong>de</strong>s trapèzes, <strong>et</strong>c.<br />
Quant au polymino qui servira à paver (on l'appellera pavé),<br />
on pourra en choisir <strong>de</strong> très simples (dominos, triminos,<br />
pentaminos, <strong>et</strong>c.) sans crainte <strong>de</strong> rendre le problème<br />
inintéressant 1. On considère que les pavés sont r<strong>et</strong>ournables<br />
(donc i<strong>de</strong>ntiques par isométrie directe ou indirecte).<br />
Avant <strong>de</strong> poursuivre, donnons-nous quelques définitions<br />
nécessaires pour la suite <strong>de</strong> notre propos.<br />
I.1. Définitions <strong>et</strong> remarques<br />
La taille d'un polymino est définie pour les polyminos<br />
« carré » <strong>et</strong> « rectangle ». La taille d'un carré est le nombre <strong>de</strong><br />
cases formant un côté (exemple : « carré <strong>de</strong> taille 3 »). Celle<br />
d'un rectangle est donnée par les nombres <strong>de</strong>s cases sur<br />
chacun <strong>de</strong>s côtés (exemple : « rectangle <strong>de</strong> taille 2x5 »). Un<br />
polymino rectangle <strong>de</strong> taille 1xn sera noté polymino-ligne.<br />
L'aire d'un polymino quelconque est le nombre total <strong>de</strong> ses<br />
cases (les trous ne sont pas comptés). Par exemple, le<br />
polymino <strong>de</strong> la figure 1 est d'aire 30, les trous sont <strong>de</strong> tailles 1<br />
<strong>et</strong> 1x2 respectivement.<br />
Un trapèze est un polymino sans trou pouvant être décrit,<br />
dans une position bien choisie, par <strong>de</strong>s polymino-lignes<br />
nommés paliers, <strong>de</strong> bas en haut, chaque palier m vérifiant<br />
<strong>de</strong>ux conditions :<br />
• le nombre <strong>de</strong> cases d'un palier m est inférieur ou égal au<br />
nombre <strong>de</strong> cases du palier m-1 ;<br />
• il n'y a pas <strong>de</strong> surplomb, le palier m est en r<strong>et</strong>rait du palier<br />
m-1.<br />
Le palier 1 sera nommé la « base ». Exemple :<br />
Figure 2<br />
Les <strong>de</strong>ux polyminos <strong>de</strong> la figure 3 ci-<strong>de</strong>ssous ne sont pas<br />
<strong>de</strong>s trapèzes, car quelle que soit l'orientation dans laquelle<br />
on les considère, chacun présente un palier « à trou » (ligne<br />
non connexe) ou un surplomb.<br />
Figure 3<br />
Bien sûr, avant <strong>de</strong> conclure qu'un polymino donné n'est pas<br />
un trapèze, il faut l'analyser dans les quatre orientations<br />
possibles. Le polymino <strong>de</strong> la figure 1 n'est pas non plus un<br />
trapèze.<br />
II. La situation <strong>de</strong> recherche<br />
II.1. Les problèmes<br />
La situation que nous allons étudier ici est composée <strong>de</strong> trois<br />
problèmes correspondant chacun à <strong>de</strong>s choix particuliers <strong>de</strong><br />
polyminos à paver <strong>et</strong> également à <strong>de</strong>s choix <strong>de</strong> pavés. L'ordre<br />
proposé pour ces trois problèmes a son importance, comme<br />
nous le verrons dans l'analyse. Voici les énoncés.<br />
Problème P1. À quelle(s) condition(s) un carré <strong>de</strong> taille<br />
quelconque, avec un « trou » <strong>de</strong> taille 1 (une case) est-il<br />
pavable par <strong>de</strong>s dominos ? Le trou peut se situer n'importe<br />
où, y compris sur un bord ou un coin du polymino. Voici le<br />
<strong>de</strong>ssin pour le polymino <strong>de</strong> taille 7 <strong>et</strong> un cas particulier <strong>de</strong> la<br />
position du trou.<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 156 31 mai <strong>et</strong> 1er 1 La question du pavage d'un polymino par <strong>de</strong>s uniminos<br />
(une seule case) ne présente aucun intérêt, car elle n'est pas<br />
problématique.<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006
Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />
Problème P2. À quelles conditions un trapèze <strong>de</strong> taille<br />
quelconque est-il pavable par <strong>de</strong>s dominos ? Voici <strong>de</strong>ux<br />
exemples <strong>de</strong> trapèzes.<br />
Problème P3. À quelles conditions un carré <strong>de</strong> taille 2 n , n<br />
entier quelconque, avec un trou <strong>de</strong> taille 1, est-il pavable par<br />
<strong>de</strong>s « triminos en L » 2? Ci-<strong>de</strong>ssous, un cas particulier avec<br />
n = 8 <strong>et</strong> une position particulière du trou (hachuré).<br />
Les problèmes P1 <strong>et</strong> P3 sont décrits <strong>et</strong> étudiés dans Grenier<br />
& Payan (1998) <strong>et</strong> Grenier (EMF 2006) ; nous reprenons<br />
quelques éléments <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te étu<strong>de</strong> ici. Nous situerons ensuite<br />
les trois problèmes en ce qu'ils ont <strong>de</strong> complémentaire <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
spécifique.<br />
II.2. L'organisation <strong>de</strong> la classe<br />
Le travail en groupes est un moyen d'assurer à la fois la<br />
dévolution <strong>de</strong>s problèmes (car ils ne sont pas usuels) <strong>et</strong> les<br />
échanges <strong>et</strong> la discussion sur les stratégies <strong>et</strong> les solutions.<br />
Des moments <strong>de</strong> synthèse collective perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> faire le<br />
point sur les cas résolus, les conjectures, les contre-exemples,<br />
les preuves, <strong>et</strong> aussi les difficultés. C<strong>et</strong>te organisation vaut<br />
aussi bien en formation d'enseignants qu'avec <strong>de</strong>s élèves en<br />
classe.<br />
Le temps est un élément important pour la résolution en<br />
groupes, <strong>et</strong> aussi pour les synthèses. La situation ne sera<br />
porteuse d'apprentissages que si elle se poursuit sur plusieurs<br />
séances. Il est donc nécessaire que chaque groupe tienne un<br />
« cahier <strong>de</strong> recherche », pour faire mémoire <strong>de</strong> l'état <strong>de</strong> la<br />
résolution d'une séance à l'autre : cas étudiés, conclusions,<br />
questions non résolues, nouvelles questions, mais aussi<br />
difficultés, pistes abandonnées, <strong>et</strong>c.<br />
III. Éléments d'analyse didactique <strong>de</strong>s<br />
problèmes<br />
C<strong>et</strong>te analyse est basée sur <strong>de</strong> nombreuses données<br />
expérimentales qui nous perm<strong>et</strong>tent d'avoir une analyse a<br />
priori fiable <strong>de</strong>s problèmes, <strong>et</strong> ainsi d'anticiper les<br />
apprentissages que c<strong>et</strong>te situation peut susciter.<br />
2 Il existe <strong>de</strong>ux sortes <strong>de</strong> triminos : le polymino-ligne (à 3 cases ) <strong>et</strong> le<br />
trimino en forme <strong>de</strong> L.<br />
III.1. Pavage <strong>de</strong> carrés à un trou par <strong>de</strong>s<br />
dominos (problème P1)<br />
III.1.1. Propriétés <strong>et</strong> conjectures émergeant <strong>de</strong> la<br />
recherche<br />
Le problème P1 a pour rôle la mise en place d'un<br />
« milieu » (au sens <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s situations didactiques)<br />
pour la résolution <strong>de</strong> la question Q0. En eff<strong>et</strong>, ce type <strong>de</strong><br />
questions est inconnu <strong>de</strong> la très gran<strong>de</strong> majorité <strong>de</strong>s élèves <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>s enseignants. La résolution <strong>de</strong> P1 va donc perm<strong>et</strong>tre<br />
d'introduire <strong>de</strong>s outils spécifiques <strong>et</strong> d'établir <strong>de</strong>s propriétés<br />
<strong>de</strong> base sur le pavage <strong>de</strong>s polyminos, qui serviront ensuite<br />
pour les problèmes P2 <strong>et</strong> P3.<br />
L'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s carrés <strong>de</strong> p<strong>et</strong>ites dimensions (taille n ≤ 7) conduit<br />
à faire <strong>de</strong>s constats, puis à établir <strong>de</strong>s propriétés ou <strong>de</strong>s<br />
conjectures. Voici celles qui émergent très régulièrement,<br />
plus ou moins facilement selon le public concerné.<br />
Propriété 1. Une condition nécessaire pour pouvoir paver<br />
un carré ayant un trou avec <strong>de</strong>s dominos est que le polymino<br />
soit d'aire paire. C<strong>et</strong>te condition n'est pas suffisante.<br />
En eff<strong>et</strong>, pour les valeurs paires <strong>de</strong> n, on ne peut pas paver,<br />
puisque le nombre <strong>de</strong> cases restant à paver est impair (à<br />
cause du trou), <strong>et</strong> qu'un domino couvre 2 cases.<br />
Propriété 2. Pour n = 3, une condition nécessaire <strong>et</strong><br />
suffisante pour pouvoir paver avec <strong>de</strong>s dominos est que le<br />
trou soit placé sur une <strong>de</strong>s cases hachurées ci-<strong>de</strong>ssous.<br />
Preuve. Il y a les « bonnes » cases, c'est-à-dire que les autres<br />
sont <strong>de</strong>s « mauvaises » cases. Dans le cas <strong>de</strong>s « bonnes »<br />
cases (celles qui correspon<strong>de</strong>nt aux positions pour trou qui<br />
perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> paver), la preuve consiste à exhiber un pavage.<br />
Pour les « mauvaises » cases, la preuve consiste à décrire un<br />
pavage forcé qui aboutit à laisser <strong>de</strong>ux cases finales non<br />
connexes (donc non recouvrables par un domino).<br />
Remarques. Pour établir la propriété 2, on utilise le fait que<br />
si on peut exhiber un pavage, alors on a la « preuve » que le<br />
polymino est pavable. Ceci ne va pas <strong>de</strong> soi pour tous les<br />
élèves. D'autre part, par <strong>de</strong>s arguments <strong>de</strong> symétrie, le<br />
nombre <strong>de</strong> positions du trou à étudier est réduit à 3.<br />
Propriété 3. Pour n = 5, une condition nécessaire <strong>et</strong><br />
suffisante pour pouvoir paver avec <strong>de</strong>s dominos est que le<br />
trou soit placé sur une <strong>de</strong>s positions hachurées ci-<strong>de</strong>ssous.<br />
Preuve <strong>de</strong> la condition suffisante : on exhibe un pavage (c'est<br />
encore facile).<br />
Pour la condition nécessaire, on ne peut prouver par<br />
exhaustivité <strong>de</strong>s cas, car il faudrait s'assurer qu'on a étudié<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 157 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />
toutes les possibilités <strong>de</strong> pavage avant <strong>de</strong> déclarer qu'il n'en<br />
existe aucun.<br />
La propriété est donc seulement partiellement établie. Elle<br />
sera établie avec la preuve <strong>de</strong> la conjecture 1 générale ci<strong>de</strong>ssous.<br />
Remarque. Pour n = 7, l'étu<strong>de</strong> cas par cas est fastidieuse <strong>et</strong><br />
ne perm<strong>et</strong> pas <strong>de</strong> se convaincre, sauf pour quelques cases qui<br />
« marchent » <strong>et</strong> pour lesquelles les résultats obtenus pour<br />
n = 3 ou n = 5 peuvent être réinvestis facilement, dans une<br />
argumentation qui relève <strong>de</strong> manière implicite d'une<br />
induction (au sens large).<br />
Conjecture pour n quelconque<br />
Repérons les cases par <strong>de</strong>ux coordonnées entières, à partir<br />
d'un coin du polymino (par exemple le coin en bas à gauche),<br />
<strong>et</strong> en commençant par (1,1).<br />
Conjecture 1. Pour n quelconque, une condition nécessaire<br />
<strong>et</strong> suffisante pour pouvoir paver avec <strong>de</strong>s dominos est que le<br />
trou soit placé sur une case ayant une position paire-paire ou<br />
impaire-impaire dans le polymino.<br />
III.1.2. Introduction d'un outil pour la preuve <strong>de</strong><br />
la conjecture : la coloration en damier<br />
Le <strong>de</strong>ssin représentant les « bonnes » cases induit une<br />
coloration du polymino en « damier » (<strong>de</strong>ux couleurs en<br />
alternance). C<strong>et</strong>te coloration qui, pour le moment, n'est<br />
qu'un support ou une manière <strong>de</strong> représenter les solutions, va<br />
<strong>de</strong>venir un outil efficace pour la preuve. Posons-nous la<br />
question : si je colorie mon polymino en damier (disons noirblanc),<br />
que recouvre un domino ? La réponse vient assez<br />
facilement : puisqu'un domino est composé <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux cases<br />
adjacentes, quel que soit le lieu où on pose ce domino, il<br />
recouvre une case noire <strong>et</strong> une case blanche. Deux dominos<br />
recouvrent donc 2 cases blanches <strong>et</strong> 2 cases noires, <strong>et</strong>c.<br />
Une condition nécessaire pour pouvoir paver est donc<br />
que, dans la coloration en damier, il y ait autant <strong>de</strong><br />
cases noires que <strong>de</strong> cases blanches (on dit que le<br />
polymino est équilibré).<br />
Or le nombre <strong>de</strong> cases d'un carré <strong>de</strong> taille n impaire est un<br />
nombre impair. Dans la coloration en damier, on a donc une<br />
couleur majoritaire <strong>de</strong> une unité ((n 2 -1)/2 pour l'une <strong>de</strong>s<br />
couleurs <strong>et</strong> (n 2 +1)/2 pour l'autre). Ainsi, une condition<br />
nécessaire pour pouvoir paver est que le trou soit placé<br />
sur une case <strong>de</strong> la couleur dominante. Ceci prouve notre<br />
conjecture pour les « mauvaises » cases.<br />
Attention, ceci ne perm<strong>et</strong> pas <strong>de</strong> prouver la conjecture<br />
pour les « bonnes » cases. C'est une erreur qui est souvent<br />
apparue dans nos expérimentations.<br />
Preuve <strong>de</strong> la condition suffisante<br />
Il faut donc maintenant prouver que si le trou est sur une<br />
case <strong>de</strong> la couleur dominante, le polymino carré est pavable.<br />
Des preuves accessibles existent, qui se situent à <strong>de</strong>s niveaux<br />
<strong>de</strong> connaissances différents :<br />
• par « décomposition » du carré en rectangles d'aires<br />
paires, autour du trou ;<br />
• par récurrence sur n.<br />
Nous renvoyons à Grenier <strong>et</strong> Payant (1998) pour le détail <strong>de</strong><br />
ces preuves.<br />
Remarque. Dans la preuve <strong>de</strong> la conjecture 1, qui est une<br />
CNS, les connaissances <strong>et</strong> outils pour établir la CN (l'outil<br />
coloration <strong>et</strong> la notion <strong>de</strong> « polymino équilibré ») ne sont pas<br />
les mêmes que ceux qui servent à établir la CS<br />
(décomposition ou récurrence). Pour cela, nous pensons que<br />
P1 est un bon problème pour discuter <strong>de</strong> la différence entre<br />
une CS <strong>et</strong> une CN.<br />
III.1.3. Relations entre « pair », « équilibré » <strong>et</strong><br />
« pavable »<br />
Propriété 4. Quel que soit le polymino, on a : pavable<br />
=> équilibré => pair.<br />
La preuve est évi<strong>de</strong>nte.<br />
Remarques. Dans le cas général, il n'y a aucune<br />
équivalence. Mais pour les carrés ou rectangles sans trou,<br />
tout est équivalent. Pour les carrés ou rectangles tronqués<br />
d'une case, nous venons d'établir que équilibré pavable,<br />
mais un pair n'est pas forcément équilibré.<br />
III.1.4. La notion d'adjacence<br />
C<strong>et</strong>te notion joue ici un rôle fondamental pour résoudre P1.<br />
Elle perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> transformer la coloration en un outil <strong>de</strong><br />
preuve efficace. Dans nos expérimentations, nous avons<br />
constaté que la résolution <strong>de</strong> P1 perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> la faire émerger<br />
lors <strong>de</strong>s essais successifs <strong>de</strong> pavage. En eff<strong>et</strong>, pour un<br />
polymino non pavable, on peut observer qu'à chaque fois, les<br />
tentatives avortées <strong>de</strong> pavage s'arrêtent sur <strong>de</strong>ux cases isolées.<br />
III.1.5. Prolongement du problème P1<br />
Un <strong>de</strong> nos critères pour une SiRC est que le problème n'ait<br />
pas <strong>de</strong> fin, la résolution <strong>de</strong> la question <strong>de</strong> départ amenant<br />
d'autres questions. Ici, lors <strong>de</strong> la résolution <strong>de</strong> P1, nous<br />
avons rencontré la question du pavage <strong>de</strong>s rectangles par <strong>de</strong>s<br />
dominos.<br />
III.2. Pavage d'un trapèze par <strong>de</strong>s dominos<br />
(problème P2)<br />
III.2.1. Propriétés <strong>et</strong> conjectures pouvant émerger<br />
<strong>de</strong> la recherche<br />
En réutilisant <strong>de</strong>s propriétés <strong>et</strong> <strong>de</strong>s outils établis lors <strong>de</strong> la<br />
résolution du problème P1, en particulier la propriété 4, on<br />
peut affirmer que :<br />
Propriété 5. Une condition nécessaire pour qu'un trapèze<br />
soit pavable par <strong>de</strong>s dominos est qu'il soit équilibré (il est<br />
donc d'aire paire).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 158 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />
Vient la question : existe t il <strong>de</strong>s trapèzes d'aire paire <strong>et</strong> non<br />
équilibrés ? La réponse est oui, il y a <strong>de</strong>s exemples simples,<br />
dont celui-ci :<br />
En étudiant <strong>de</strong>s cas particuliers <strong>de</strong> trapèzes ayant <strong>de</strong>s aires<br />
p<strong>et</strong>ites, on peut établir facilement les propriétés suivantes :<br />
Propriété 6. Si un trapèze a tous ses paliers ou toutes ses<br />
colonnes paires, alors il est pavable.<br />
La preuve est évi<strong>de</strong>nte (on pave chaque palier ou chaque<br />
colonne une à une).<br />
Propriété 7. Tout trapèze ayant uniquement <strong>de</strong>s marches <strong>de</strong><br />
1 sur 1 <strong>de</strong> chaque côté est non pavable car non équilibré.<br />
Preuve : Dans une coloration en damier, chaque palier <strong>de</strong> ce<br />
trapèze contient une couleur dominante <strong>et</strong> c'est la même.<br />
On a donc, pour un trapèze T1-1 à n paliers, une couleur qui<br />
a n cases <strong>de</strong> plus que l'autre. D'autre part, l'étu<strong>de</strong><br />
expérimentale <strong>de</strong> différents trapèzes équilibrés, pris au hasard<br />
<strong>et</strong> d'aires pas trop gran<strong>de</strong>s, induit facilement que le pavage <strong>de</strong><br />
tels trapèzes semble toujours possible. On peut donc<br />
conclure, après un temps <strong>de</strong> recherche, sur la conjecture<br />
suivante.<br />
Conjecture 2. Tout trapèze équilibré est pavable par <strong>de</strong>s<br />
dominos.<br />
La preuve <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te conjecture est difficile. Souvent <strong>de</strong>s<br />
preuves fausses sont données, plus ou moins induites par un<br />
raisonnement inductif incompl<strong>et</strong>.<br />
III. 2. 2. Recherche d'un algorithme <strong>de</strong> pavage<br />
L'étu<strong>de</strong> expérimentale induit à la recherche d'un algorithme<br />
<strong>de</strong> pavage, seul moyen <strong>de</strong> se convaincre <strong>de</strong> la possibilité ou<br />
non <strong>de</strong> paver un trapèze donné. L'algorithme décrit ci<strong>de</strong>ssous<br />
consiste à « déconstruire » le trapèze d'une manière<br />
précise qui conduit à une preuve par induction. Nos<br />
expérimentations montrent que l'intervention <strong>de</strong> l'enseignant<br />
ou <strong>de</strong> celui qui gère la situation est en général nécessaire dans<br />
c<strong>et</strong>te phase.<br />
Étant donné un trapèze d'aire paire non nulle, à chaque étape<br />
<strong>de</strong> l'algorithme, on considère le palier le plus haut : notons le<br />
m. Tant que c'est possible, on enlève 2 cases adjacentes<br />
(formant donc un domino) sur le palier m, en partant d'un<br />
bord (gauche ou droit). Si ce n'est pas possible, c'est qu'il n'y<br />
a qu'une seule case sur le palier (il ne peut pas y avoir <strong>de</strong>ux<br />
cases non contiguës, car ce ne serait pas un trapèze). On<br />
considère alors le domino d formé par c<strong>et</strong>te case <strong>et</strong> la case<br />
qui lui est adjacente, c'est-à-dire celle du palier m-1 située<br />
directement en <strong>de</strong>ssous.<br />
Si on peut enlever ce domino d en conservant la propriété<br />
« trapèze », on le fait. On a alors un trapèze à m-1 paliers.<br />
Sinon, on gar<strong>de</strong> d <strong>et</strong>, sur le palier m-1, on enlève un domino<br />
en partant d'un bord, tout en conservant la propriété<br />
« trapèze ». On recommence sur le palier m-1 jusqu'à ce que:<br />
• cas 1 : soit il reste le domino d seul, on peut alors<br />
l'enlever <strong>et</strong> il reste un trapèze <strong>de</strong> hauteur m-2 (ou rien) ;<br />
• cas 2 : soit il reste, au palier m-1, une unique case située<br />
d'un côté <strong>de</strong> d, on peut alors enlever d <strong>et</strong> il reste un trapèze<br />
<strong>de</strong> hauteur m-1 ;<br />
• cas 3 : soit il reste, au palier m-1, <strong>de</strong>ux cases situées <strong>de</strong><br />
part <strong>et</strong> d'autre <strong>de</strong> d. Dans ce cas, on ne peut plus enlever <strong>de</strong><br />
domino dans les étages m <strong>et</strong> m-1. Il faut passer au palier m-2.<br />
cas 3 cas 2<br />
Le trapèze considéré étant équilibré par hypothèse, ces 3<br />
configurations ne sont pas terminales, c'est-à-dire qu'il est sûr<br />
qu'il existe <strong>de</strong>s paliers inférieurs. On considère alors les<br />
paliers m, m-1 <strong>et</strong> m-2 ensemble, <strong>et</strong> éventuellement les<br />
suivants, jusqu'à ce qu'on puisse finalement enlever un<br />
domino occupant <strong>de</strong>ux paliers successifs en gardant la<br />
propriété « trapèze ». On est sûr que c'est possible en un<br />
nombre fini <strong>de</strong> paliers, puisqu’un trapèze équilibré ne peut<br />
pas être <strong>de</strong> type T1-1.<br />
Voici un exemple où on doit aller jusqu'au palier m-2 avant<br />
<strong>de</strong> pouvoir commencer à déconstruire le trapèze, tout en lui<br />
conservant sa propriété <strong>de</strong> « trapèze » (les dominos enlevés<br />
sont mis en évi<strong>de</strong>nce par un trait noir). À chaque étape,<br />
l'algorithme reprend à partir du palier le plus haut du<br />
trapèze restant.<br />
L'algorithme se termine en un nombre fini d'étapes (évi<strong>de</strong>nt)<br />
<strong>et</strong> d'autre part, à chaque étape, le trapèze restant est équilibré.<br />
Que reste-t-il à la <strong>de</strong>rnière étape ? Deux cases <strong>de</strong> couleurs<br />
différentes (évi<strong>de</strong>nt) <strong>et</strong>, <strong>de</strong> plus, adjacentes (par choix même<br />
<strong>de</strong> l'algorithme), donc recouvrables par un domino : le<br />
<strong>de</strong>rnier.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 159 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />
C<strong>et</strong> algorithme « prouve » que tout trapèze équilibré est<br />
pavable par <strong>de</strong>s dominos <strong>et</strong> il fournit un pavage : il suffit <strong>de</strong><br />
reconstruire en reprenant les étapes dans l'autre sens. On a<br />
donc établi la propriété suivante :<br />
Propriété 8. (conjecture 2 prouvée)<br />
Tout trapèze (sans trou) équilibré est pavable par <strong>de</strong>s<br />
dominos.<br />
Preuve<br />
Soit un trapèze équilibré d'aire 2n (n entier non nul).<br />
Considérons <strong>de</strong>ux cases adjacentes désignées par<br />
l'algorithme <strong>de</strong> déconstruction ci-<strong>de</strong>ssus. Si le polymino<br />
d'aire 2(n-1) obtenu en enlevant ces <strong>de</strong>ux cases est un<br />
trapèze pavable, alors le trapèze d'aire 2n est pavable : il<br />
suffit en eff<strong>et</strong> <strong>de</strong> rajouter le domino formé <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux<br />
cases à un pavage du trapèze d'aire 2(n-1).<br />
L'implication P(n-1) => P(n) est donc vérifiée dès que<br />
l'on peut enlever 2 cases par l'algorithme cité, c'est-à-dire<br />
dès qu'on a un domino, donc dès que n ≥ 1. Et P(0) est<br />
évi<strong>de</strong>mment vraie. Donc P(n) est vraie pour tout n ≥0.<br />
III.3. Pavage d'un carré <strong>de</strong> taille 2 n avec <strong>de</strong>s<br />
triminos en L<br />
Ce problème a été décrit dans Grenier <strong>et</strong> Payan (1998).<br />
Nous ne donnerons ici que quelques éléments.<br />
On peut établir très facilement que la condition « pour un<br />
polymino quelconque, l'aire est un multiple <strong>de</strong> 3 » est<br />
nécessaire. La preuve est évi<strong>de</strong>nte. En revanche, il est<br />
difficile <strong>de</strong> savoir si c<strong>et</strong>te condition est suffisante. Par<br />
exemple, elle ne l'est pas sur les rectangles sans trou. (contreexemple<br />
: le carré 3x3).<br />
L'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its cas (n = 2, 3) conduit à la conjecture<br />
suivante :<br />
Conjecture 3. Quel que soit n, tout polymino carré <strong>de</strong> taille<br />
2 n est pavable, quelle que soit la position du trou.<br />
L'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s cas où n = 2, puis 3, puis 4, conduit en général à<br />
tenter un raisonnement inductif.<br />
• On établit P(n) => P(n+1) en structurant <strong>et</strong> en<br />
décomposant un polymino <strong>de</strong> taille 2 n+1 <strong>de</strong> manière à<br />
r<strong>et</strong>rouver quatre polyminos <strong>de</strong> taille n qui conviennent pour<br />
établir l'hérédité ;<br />
• On cherche ensuite pour quelles valeurs <strong>de</strong> n l'hérédité<br />
peut être établie, ce qui donne la « valeur initiale » <strong>de</strong> n dans<br />
la récurrence.<br />
C<strong>et</strong>te preuve par récurrence a <strong>de</strong>s spécificités qui donnent<br />
tout son intérêt au problème 3, car elle m<strong>et</strong> en jeu <strong>de</strong>s aspects<br />
<strong>de</strong> la récurrence non usuels dans l'enseignement. En<br />
particulier, P(n) est une propriété d'une « classe d'obj<strong>et</strong>s <strong>de</strong><br />
taille n » <strong>et</strong> non une fonction analytique <strong>de</strong> n.<br />
• La valeur initiale <strong>de</strong> la récurrence se déduit<br />
naturellement <strong>de</strong> l'étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'hérédité (elle ne sort pas d'un<br />
chapeau !) ;<br />
• La preuve fournit un algorithme <strong>de</strong> pavage (comme<br />
dans le problème P2). Or, si on pave au hasard, on a très<br />
peu <strong>de</strong> chances d'arriver au bout.<br />
III.4. Les apprentissages « transversaux » en<br />
jeu dans la situation<br />
La séquence <strong>de</strong>s trois problèmes qui constituent c<strong>et</strong>te<br />
situation perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> travailler <strong>de</strong>s notions <strong>mathématiques</strong> ou<br />
transversales qui ne le sont pas habituellement en classe.<br />
Voici les principales.<br />
1. Existence ou non <strong>de</strong> solutions<br />
En classe, tout problème a une solution, souvent unique. Ici,<br />
dans P1, l'existence <strong>de</strong> solutions dépend <strong>de</strong> la case<br />
manquante, tandis que dans P2, <strong>de</strong>s solutions existent dès<br />
que le polymino vérifie une condition (trapèze équilibré). P3,<br />
lui, adm<strong>et</strong> <strong>de</strong>s solutions dans tous les cas (quelle que soit la<br />
position <strong>de</strong> la case manquante).<br />
2. Distinction entre « condition nécessaire » <strong>et</strong> « condition<br />
suffisante »<br />
Dans ces problèmes, les CN ne sont pas toujours suffisantes<br />
<strong>et</strong> vice-versa. De plus, si une condition est une CNS, alors la<br />
preuve <strong>de</strong> sa nécessité peut être très différente <strong>de</strong> celle <strong>de</strong> sa<br />
suffisance (exemple typique dans le problème 1).<br />
3. Types <strong>et</strong> outils <strong>de</strong> preuve non usuels<br />
C<strong>et</strong>te situation perm<strong>et</strong> d'abor<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> preuve non<br />
classiques, tels que la preuve « par exhaustivité <strong>de</strong>s cas », ou<br />
la preuve par « exhibition d'un exemple » (en réponse à une<br />
question d'existence). Ce type <strong>de</strong> preuve n'est pas si<br />
fréquent, puisqu'elle ne peut s'appliquer que si le nombre <strong>de</strong>s<br />
obj<strong>et</strong>s sur lesquels on vérifie la propriété est fini (ce qui n'est<br />
le cas ni en algèbre, ni en géométrie).<br />
Des outils spécifiques sont utilisés, tels la décomposition <strong>et</strong><br />
structuration d'une figure, ou la coloration. Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> leur<br />
intérêt pour eux-mêmes, ils obligent à changer <strong>de</strong> conception<br />
sur ce qu'est une preuve en mathématique.<br />
4. Notions <strong>mathématiques</strong><br />
Elles concernent essentiellement les propriétés <strong>de</strong> Ν,<br />
l'ensemble <strong>de</strong>s nombres entiers positifs ou nuls, avec <strong>de</strong>s<br />
niveaux d'approche différents selon les problèmes : calcul<br />
d'aires, divisibilité <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux nombres, preuve par récurrence.<br />
Conclusion<br />
La situation proposée ici est pertinente à différents niveaux<br />
scolaires, mais aussi pour la formation d'enseignants. Les<br />
résultats obtenus seront bien sûr différents selon ces niveaux,<br />
c'est-à-dire que l'on pourra aller plus ou moins loin dans les<br />
conjectures <strong>et</strong> les preuves. Cependant, le problème 1 peut<br />
être résolu <strong>et</strong> prouvé <strong>de</strong> manière non formelle même avec<br />
<strong>de</strong>s enfants <strong>de</strong> l'école primaire.<br />
Deux contraintes sont quasi incontournables pour que la<br />
situation « marche » :<br />
• celle du temps, nécessaire (même pour un chercheur !)<br />
pour s'emparer <strong>de</strong>s problèmes <strong>et</strong> commencer à m<strong>et</strong>tre en<br />
place <strong>de</strong>s solutions ;<br />
• celle <strong>de</strong> l' « ouverture » qui consiste à autoriser le<br />
développement <strong>de</strong> stratégies différentes, sans en imposer une<br />
particulière, voire la résolution d'une question nouvelle liée à<br />
celle <strong>de</strong> départ.<br />
Si ces contraintes sont respectées, le plaisir <strong>et</strong> les<br />
apprentissages décrits ci-<strong>de</strong>ssus sont garantis!<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 160 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Des problèmes <strong>de</strong> recherche pour l'apprentissage <strong>de</strong> la modélisation <strong>et</strong> <strong>de</strong> la preuve en mathématique Denise Grenier<br />
Bibliographie<br />
Godot K., Grenier D. (2004) Situations <strong>de</strong> recherche pour la<br />
classe. Objectifs, caractéristiques pour une dévolution à<br />
l'élève, condition pour une gestion pour l'enseignant, Actes <strong>de</strong><br />
l’université d’été « La place <strong>de</strong>s Mathématiques Vivantes dans<br />
l’enseignement », Août 22-27 2004, St Flour.<br />
Grenier D., Payan Ch. (1998) Spécificités <strong>de</strong> la preuve <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
la modélisation en Mathématiques discrètes, Recherches en<br />
didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, vol. 18.2, pp. 59 -100, Ed. La<br />
Pensée Sauvage, Grenoble.<br />
Grenier D. <strong>et</strong> Payan, C. (2003) Situation <strong>de</strong> recherche en<br />
classe : essai <strong>de</strong> caractérisation <strong>et</strong> proposition <strong>de</strong><br />
modélisation, Cahiers du séminaire national <strong>de</strong> recherche en<br />
didactique <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Paris, 19 Octobre 2002.<br />
Lakatos I. (1976) Preuves <strong>et</strong> réfutations,. Paris : Hermann Ed.,<br />
1985.<br />
Thèses soutenues ou en cours, liées aux « situations<br />
recherche », équipe Maths à Mo<strong>de</strong>ler<br />
Cécile Ouvrier-Buff<strong>et</strong>, « Construction <strong>de</strong> définitions / construction<br />
<strong>de</strong> concept : vers une situation fondamentale pour la construction <strong>de</strong><br />
définition en <strong>mathématiques</strong>. ». Étu<strong>de</strong> épistémologique <strong>et</strong><br />
didactique <strong>de</strong> la définition. Étu<strong>de</strong> théorique <strong>et</strong> expérimentale<br />
auprès d’étudiants <strong>de</strong> 1 ère année d’université, thèse soutenue<br />
en décembre 2003.<br />
Virginie Deloustal-Jorrand, « Étu<strong>de</strong> épistémologique <strong>et</strong> didactique<br />
<strong>de</strong> l’implication en mathématique ». Thèse soutenue en décembre<br />
2004.<br />
Karine Godot, « Situations <strong>de</strong> recherche <strong>et</strong> jeux <strong>mathématiques</strong> pour<br />
la formation <strong>et</strong> la vulgarisation ». Soutenance prévue en<br />
décembre 2005.<br />
Léa Cartier, « Étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’introduction <strong>de</strong> la théorie <strong>de</strong>s graphes dans<br />
l’enseignement <strong>de</strong> spécialité <strong>de</strong> Terminale ES (programmes 2003) ».<br />
Thèse en cours (soutenance prévue en 2007).<br />
Michèle Gandit, « Étu<strong>de</strong> épistémologique <strong>et</strong> didactique <strong>de</strong>s relations<br />
entre argumentation <strong>et</strong> preuve en <strong>mathématiques</strong>». Thèse en cours<br />
(soutenance prévue en 2007).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 161 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 162 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
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Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
Distance <strong>et</strong> contacts entre les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> le théâtre (section 1). Les<br />
<strong>mathématiques</strong> servent à monter concrètement du théâtre <strong>et</strong> à étudier certains <strong>de</strong><br />
ses aspects (2). Mais le texte porte surtout sur la place <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans <strong>de</strong>s<br />
oeuvres <strong>de</strong> théâtre. Après une classification théorique binaire <strong>de</strong>s pièces à contenu<br />
mathématique (3), <strong>de</strong>ux exemples sont examinés plus à fond <strong>et</strong> en détail: Proof<br />
(2000) <strong>de</strong> David Auburn (4) <strong>et</strong> La Leçon (1951) d'Eugène Ionesco (5). Nous terminons<br />
avec un portrait global <strong>et</strong> ultrasommaire <strong>de</strong> l'image <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
mathématiciens dans le théâtre grand public (6).<br />
Jacques<br />
Lefebvre,<br />
UQAM<br />
lefebvre.jacques1<br />
@vi<strong>de</strong>otron.ca<br />
T<br />
out auteur souhaite que son texte soit<br />
lu, <strong>et</strong> même lu en entier. Mais si l’on ne<br />
s’intéresse qu’à la place <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
dans les œuvres <strong>de</strong> théâtre, on peut<br />
om<strong>et</strong>tre les sections 1 <strong>et</strong> 2. Si l’on ne cherche<br />
que <strong>de</strong>s exemples décrits <strong>et</strong> examinés <strong>de</strong> façon<br />
substantielle, on peut se contenter <strong>de</strong>s sections<br />
4 <strong>et</strong> 5.<br />
Je ne donnerai d’exemples que du théâtre<br />
historiquement assez récent <strong>et</strong> occi<strong>de</strong>ntal. Et il<br />
ne s’agira pas que du théâtre donné sur une<br />
scène, dans une salle. Il y a divers médias <strong>de</strong><br />
communication. J’ai vu la pièce Proof en<br />
français à Montréal à l’automne 2002, alors<br />
que j’en lisais la version originale en anglais.<br />
Ce printemps, j’ai vu le film chez moi en<br />
DVD. On perd alors le caractère unique d’une<br />
représentation au théâtre (mais, <strong>de</strong> toute<br />
façon, les pièces ne sont pas longtemps à<br />
l’affiche dans un voisinage donné, en général).<br />
Le film, lui, est figé dans sa version finale au<br />
montage (<strong>et</strong> n’est accessible que pendant une<br />
brève pério<strong>de</strong> dans les salles). Cependant, on y<br />
gagne en personnages secondaires ajoutés <strong>et</strong><br />
en lieux multiples. La version DVD connaît<br />
peu <strong>de</strong> ces limitations <strong>de</strong> lieu <strong>et</strong> <strong>de</strong> temps. De<br />
plus, on peut faire <strong>de</strong>s arrêts, <strong>de</strong>s r<strong>et</strong>ours en<br />
arrière, <strong>de</strong>s reprises. Bref, revoir <strong>et</strong> analyser ce<br />
que l’on veut, en particulier les propos <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> ou sur les <strong>mathématiques</strong>. La<br />
lecture du texte <strong>de</strong> la pièce ou du scénario du<br />
film perm<strong>et</strong> certes les meilleures réflexions<br />
proprement intellectuelles <strong>et</strong> leur prise en<br />
notes en marge du texte. Au théâtre <strong>et</strong> au<br />
cinéma, tout passe vite, la mémoire est<br />
débordée, l’impression règne <strong>et</strong> bien <strong>de</strong>s<br />
détails s’effacent assez vite. Le message n’est<br />
pas que le médium, mais il en dépend<br />
fortement (merci <strong>et</strong> mille excuses, monsieur<br />
McLuhan). Le lecteur est invité à noter que les<br />
sections 4 <strong>et</strong> 5 ne dépen<strong>de</strong>nt pas que <strong>de</strong><br />
visionnements ininterrompus. Elles témoignent<br />
fortement <strong>de</strong> la lecture <strong>de</strong>s œuvres.<br />
1- Gran<strong>de</strong> distance apparente<br />
« Quoi, théâtre <strong>et</strong> maths ! Quel rapport ? Que<br />
peux-tu bien leur dire là-<strong>de</strong>ssus ? ». Ces <strong>de</strong>ux<br />
domaines sont, en eff<strong>et</strong>, bien éloignés, à bien<br />
<strong>de</strong>s égards. Faisons-en un défrichage grossier.<br />
À coups d’oppositions que je ne prouverai ni<br />
ne nuancerai (je les ai rapi<strong>de</strong>ment commentées<br />
le 1 er juin).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 163 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />
Mathématiques vs Théâtre<br />
Abstrait Concr<strong>et</strong><br />
Général Particulier<br />
Universel En un lieu<br />
Intemporel À un moment<br />
Argumentation Présentation<br />
Activité mentale Touche par les sens<br />
Raison Émotion<br />
Je présentai à l’auditoire quatre schémas anciens <strong>de</strong> classification<br />
<strong>de</strong>s connaissances, choisis surtout pour <strong>de</strong>s raisons <strong>de</strong><br />
commodité logistique. Dans tous, il fut facile d’indiquer la<br />
distance conceptuelle entre le théâtre <strong>et</strong> les <strong>mathématiques</strong>.<br />
Chacun pourra en faire autant avec toute classification qui lui<br />
soit accessible. C<strong>et</strong> exercice est toujours instructif.<br />
Sens commun, premier examen <strong>et</strong> classifications diverses <strong>de</strong>s<br />
activités humaines confirment l’éloignement apparent <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> du théâtre.<br />
Pourtant, il y a <strong>de</strong>s contacts entre ces <strong>de</strong>ux domaines.<br />
Comment n’y en aurait-il pas? Les <strong>mathématiques</strong> sont<br />
présentes, visiblement ou non, partout où il y a calcul ou<br />
mesure <strong>et</strong> donc forcément sur la scène <strong>de</strong> théâtre, espace<br />
concr<strong>et</strong>. Inversement, le théâtre peut s’intéresser à toute<br />
activité humaine, <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> vue psychologique,<br />
sociologique, historique ou autre. Or les <strong>mathématiques</strong> que<br />
nous connaissons ou faisons sont <strong>de</strong> confection humaine,<br />
quel que soit le statut ontologique qu’on croit qu’elles aient.<br />
Le théâtre peut donc en représenter <strong>de</strong>s aspects, <strong>de</strong>s<br />
moments, <strong>de</strong>s individus, <strong>de</strong>s groupes.<br />
A priori, l’intersection math-théâtre n’est donc pas vi<strong>de</strong>. De<br />
facto elle comprend même une foule d’éléments.<br />
Passons donc à l’examen <strong>de</strong> certains liens entre les <strong>de</strong>ux<br />
domaines.<br />
2- Les <strong>mathématiques</strong> au service du théâ-<br />
tre<br />
Voici divers mo<strong>de</strong>s d’utilisation <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, classés<br />
dans <strong>de</strong>ux gran<strong>de</strong>s catégories, sans développement substantiel<br />
<strong>de</strong> ma part.<br />
a) Monter concrètement du théâtre<br />
- Le théâtre recourt à <strong>de</strong>s appareils <strong>de</strong> son, d’éclairage, <strong>et</strong>c.,<br />
qui, forcément, contiennent ou utilisent <strong>de</strong> la mathématique<br />
cachée, incorporée.<br />
- Plus directement, on fait <strong>de</strong>s mesures au théâtre : trois pas à<br />
jardin, seize mesures ou tant <strong>de</strong> secon<strong>de</strong>s <strong>de</strong> musique, avonsnous<br />
les douze pieds <strong>de</strong> l’alexandrin ?<br />
- On fait <strong>de</strong>s projections sur masques fixes (Les aveugles, <strong>de</strong><br />
Ma<strong>et</strong>erlinck, par Denis Marleau, au Musée d’art<br />
contemporain <strong>de</strong> Montréal), <strong>de</strong> l’holographie (La Tempête, <strong>de</strong><br />
Shakespeare, par Michel Lemieux <strong>et</strong> al., au TNM), <strong>et</strong> bien<br />
d’autres usages mixtes <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>.<br />
b) Étudier certains aspects du théâtre<br />
- Les <strong>statistique</strong>s <strong>et</strong> la comptabilité servent à étudier les finances<br />
<strong>de</strong>s troupes, leurs répertoires respectifs, la fréquentation<br />
du public.<br />
- On peut faire l’analyse spatio-temporelle d’une œuvre aux<br />
étapes <strong>de</strong> la préparation, <strong>de</strong>s répétitions ou <strong>de</strong>s représentations,<br />
<strong>et</strong> procé<strong>de</strong>r à <strong>de</strong>s ajustements en cours <strong>de</strong> route ou à<br />
<strong>de</strong>s comparaisons ultérieures.<br />
- Enfin, il y a l’analyse du texte : nombre <strong>et</strong> longueur <strong>de</strong>s<br />
répliques, leur distribution parmi les personnages ; nombres<br />
<strong>et</strong> moments <strong>de</strong>s monologues, duos, groupes ; fréquences<br />
relatives <strong>de</strong> centaines <strong>de</strong> divers schémas (par exemple, nomadjectif-adjectif<br />
versus nom-adjectif-autre), lesquelles perm<strong>et</strong>tent<br />
parfois la détermination <strong>de</strong> la paternité <strong>de</strong>s œuvres,<br />
surtout négativement, en particulier pour <strong>de</strong>s œuvres anciennes.<br />
3- Les <strong>mathématiques</strong> dans les œuvres <strong>de</strong><br />
théâtre<br />
Le théâtre peut traiter <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ou <strong>de</strong>s mathématiciens<br />
dans son contenu même : suj<strong>et</strong>, péripéties, langage, …<br />
Pour y voir un peu clair, utilisons une typologie à bifurcation<br />
binaire <strong>de</strong> notre cru quant à la place que les <strong>mathématiques</strong><br />
occupent dans les œuvres <strong>de</strong> théâtre. D’autres classifications,<br />
bien sûr, auraient pu être r<strong>et</strong>enues, dont celles reprenant les<br />
mêmes divisions, mais dans un ordre différent.<br />
a) Densité <strong>de</strong> présence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
Il est rare que la présence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> soit forte dans<br />
les œuvres <strong>de</strong> théâtre. Mais donnons tout <strong>de</strong> suite <strong>de</strong>ux<br />
exemples sur lesquels nous reviendrons en détail dans les<br />
sections 4 <strong>et</strong> 5 : Proof (2000) <strong>de</strong> David Auburn <strong>et</strong> La Leçon<br />
(1951) d’Eugène Ionesco.<br />
C<strong>et</strong>te présence <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est d’ordinaire faible, voire<br />
très faible, rarement nulle. On trouve presque toujours <strong>de</strong>s<br />
termes à connotation numérique ou géométrique, comme<br />
dans le langage courant <strong>et</strong> dans les textes en général :<br />
- Nombres pour désigner les quantités : un, <strong>de</strong>ux, trois,<br />
certes, mais l’imaginaire <strong>de</strong> l’auteur ou son réflexe d’écriture<br />
suivent-ils le système décimal ?<br />
- Désignations qualitatives ou quantitatives : beaucoup se dit<br />
aussi mille ou million ou incommensurable… Cela est-il<br />
significatif ?<br />
- Figures géométriques, souvent régulières : carré, cube,<br />
cercle, …<br />
- Adverbes ou adjectifs topologiques : près, dans, serrés,<br />
voisin, …<br />
- Etc.<br />
Le relevé <strong>de</strong> ces minitraces <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> est d’ordinaire<br />
fastidieux, parfois surprenant, à l’occasion éclairant. Ce<br />
n’est pas mon propos que <strong>de</strong> m’y attar<strong>de</strong>r ici. Nous nous<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 164 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />
limiterons à <strong>de</strong>s œuvres <strong>de</strong> théâtre à forte présence <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>, même si nos bifurcations binaires pourraient<br />
s’appliquer au cas faible.<br />
b) Visée didactique ou <strong>de</strong> divertissement ?<br />
Une dramatisation <strong>de</strong> l’activité mathématique comme telle ou<br />
<strong>de</strong> la vie <strong>de</strong> mathématiciens est parfois utilisée à <strong>de</strong>s fins<br />
didactiques. On espère susciter <strong>de</strong> l’intérêt afin <strong>de</strong> bien<br />
amorcer l’étu<strong>de</strong> d’un concept ou d’un problème, voire en<br />
suivre l’évolution dans le temps. Ou rendre les <strong>mathématiques</strong><br />
plus vivantes <strong>et</strong> « humaines », en montrant <strong>de</strong>s personnages<br />
célèbres aux prises avec <strong>de</strong>s difficultés significatives,<br />
intellectuellement parlant. Presque toujours conçues pour un<br />
public scolaire, ces activités ont souvent la taille <strong>de</strong> capsules,<br />
intégrables dans une série d’activités (exercices, étu<strong>de</strong>s,<br />
travaux, discussions). Dans les <strong>de</strong>ux cas auxquels j’ai<br />
collaboré personnellement, le recours au vidéo ou à la<br />
télévision a servi à assurer une diffusion large <strong>et</strong> à justifier les<br />
frais <strong>de</strong> production : le cours Permama III (hiver 1973) <strong>et</strong> De<br />
l’arithme à l’inconnue, un <strong>de</strong>s trois documents <strong>de</strong> la vidéocass<strong>et</strong>te<br />
Le développement <strong>de</strong> la pensée mathématique <strong>et</strong> scientifique<br />
(CIRADE, UQAM, 1993).<br />
Mais quittons ce théâtre mathématique foncièrement didactique.<br />
Pour le reste du texte, nous regar<strong>de</strong>rons du théâtre <strong>de</strong><br />
divertissement, s’adressant au grand public.<br />
c) Les <strong>mathématiques</strong> traitées <strong>de</strong> l’extérieur ou<br />
<strong>de</strong> l’intérieur<br />
Il y a une gran<strong>de</strong> différence entre parler <strong>et</strong> faire, la plupart du<br />
temps. Ici, « parler <strong>de</strong> » consiste à raconter <strong>de</strong>s péripéties ou à<br />
faire voir <strong>de</strong>s mathématiciens dans leur vie courante ou<br />
même en train <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, mais sans être en<br />
état d’en faire avec eux, sans comprendre la problématique<br />
mathématique <strong>et</strong> s’y mouvoir nous-même comme spectateur<br />
(ou lecteur). Une telle approche, un tel traitement du suj<strong>et</strong><br />
proprement mathématique, <strong>de</strong> l’extérieur en fait, n’est pas<br />
forcément inintéressant, insignifiant.<br />
Mais comment un traitement <strong>de</strong> l’extérieur pourrait-il être<br />
riche ? Il le peut en s’occupant <strong>de</strong>s aspects psychologiques,<br />
sociologiques, communicationnels, ou autres, <strong>de</strong> la formation<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> la recherche. Les intuitions, les étapes du travail, les<br />
doutes montrent <strong>de</strong>s humains à l’oeuvre. De même, la vie<br />
sociologique dans la tribu mathématicienne : qui fait ou a fait<br />
<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> ? <strong>de</strong> quoi vivent-ils ? y a-t-il <strong>de</strong>s mathématiciennes<br />
<strong>et</strong> pourquoi est-ce plus rare ? création en solitaire<br />
ou travail d’équipe ? Ces questions ou d’autres doivent<br />
cependant être abordées <strong>et</strong> travaillées pour la scène <strong>et</strong> non<br />
comme pour un article savant. De même pour les communications<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s personnages <strong>de</strong> la pièce (exposés,<br />
articles à soum<strong>et</strong>tre, à r<strong>et</strong>ravailler, …). Proof est un bel<br />
exemple <strong>de</strong> réussite <strong>de</strong> traitement par l’extérieur.<br />
Que le théâtre puisse faire pétrir <strong>de</strong> la substance mathématique<br />
au spectateur, lui faire faire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> en même<br />
temps que les protagonistes sur scène, eux en plein penseragir<br />
mathématique, lui essayant <strong>de</strong> suivre, cogitant, intellec-<br />
tuellement stimulé <strong>et</strong> curieux, éprouvant <strong>de</strong>s émotions diverses<br />
en cours <strong>de</strong> route, bref, un traitement <strong>de</strong> l’intérieur du<br />
mon<strong>de</strong> mathématique, cela se peut-il ? Bien sûr. On n’a qu’à<br />
penser aux usages pédagogiquo-didactiques du théâtre. Mais<br />
nous avions dit que nous ne parlerions plus <strong>de</strong> didactique ?<br />
Qu’à cela ne tienne, la réponse <strong>de</strong>meure affirmative, même<br />
pour le théâtre grand public. Un exemple réel?<br />
L’arithmétique élémentaire dans La Leçon.<br />
C<strong>et</strong>te distinction interne-externe s’utilise aussi en historiographie<br />
<strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, voir mon texte Les oppositions passéprésent<br />
<strong>et</strong> interne-externe en histoire <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, Bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong><br />
l’AMQ, mai 1991, 29-32.<br />
d) Contenu mathématique élémentaire ou<br />
supérieur ?<br />
Notre <strong>de</strong>rnière bifurcation porte sur le niveau mathématique.<br />
Chacun peut placer où il veut la délimitation entre élémentaire<br />
<strong>et</strong> supérieur. M<strong>et</strong>tons dans la <strong>de</strong>uxième catégorie le calcul<br />
différentiel ou intégral, les structures algébriques, les calculs<br />
ou même les concepts <strong>statistique</strong>s (<strong>de</strong>gré <strong>de</strong> précision, <strong>de</strong>ux<br />
types d’erreurs, …), <strong>et</strong>c. Probablement tout ce qui dépasse<br />
l’école primaire, <strong>et</strong> encore ! On est au théâtre, pas dans une<br />
salle <strong>de</strong> classe.<br />
Rappelons que nous nous en tenons maintenant à <strong>de</strong>s œuvres<br />
à forte présence mathématique pour le grand public.<br />
Quatre possibilités découlent <strong>de</strong> nos <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rnières bifurcations<br />
: contenu <strong>et</strong> traitement.<br />
- Élémentaire-extérieur : Je ne connais pas d’exemple <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
combinaison, pas nécessairement impossible, mais guère<br />
invitante a priori.<br />
- Élémentaire-intérieur : La partie arithmétique <strong>de</strong> La leçon<br />
d’Ionesco est savoureuse à voir, très instructive à lire.<br />
- Supérieur-intérieur : C<strong>et</strong>te combinaison paraît difficilement<br />
réalisable pour grand public. Proofs and Refutations, <strong>de</strong> Lakatos,<br />
pourrait être mis en scène, pour un public mathématicien.<br />
- Supérieur-extérieur : Un bel exemple est Proof <strong>de</strong> David<br />
Auburn, pièce à laquelle nous consacrons la prochaine section.<br />
4- Proof (2000) <strong>de</strong> David Auburn : une<br />
pièce grand public portant sur <strong>de</strong>s mathé-<br />
matiques supérieures traitées <strong>de</strong> l’exté-<br />
rieur<br />
C<strong>et</strong>te section a été omise en atelier, faute <strong>de</strong> temps. Le<br />
groupe, peut-être influencé par moi, a préféré passer à La<br />
Leçon, section 5.<br />
Créée à New York, Proof a remporté un Prix Pulitzer <strong>et</strong> un<br />
Tony Award. C<strong>et</strong>te pièce fut jouée en français sous le titre La<br />
Preuve, entre autres à Paris dans une adaptation <strong>de</strong> Jean-<br />
Clau<strong>de</strong> Carrière <strong>et</strong> au Théâtre Jean-Duceppe à Montréal dans<br />
une traduction <strong>de</strong> Benoit Girard. En 2004, un film, aussi<br />
intitulé Proof, en est issu, réalisé par J. Mad<strong>de</strong>n, avec Auburn<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 165 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />
comme coscénariste. Le DVD du film est disponible pour<br />
achat ou pour location. L’œuvre a donc connu une bonne<br />
diffusion.<br />
Robert, un ex-grand mathématicien, <strong>de</strong>venu non fonctionnel<br />
<strong>et</strong> improductif <strong>de</strong>puis longtemps, vient <strong>de</strong> mourir. Hal, un <strong>de</strong><br />
ses élèves, découvre un carn<strong>et</strong> comprenant un essai <strong>de</strong><br />
résolution d’un célèbre <strong>et</strong> ancien problème (ni nommé ni<br />
décrit par l’auteur). Ce travail est-il <strong>de</strong> Robert ou <strong>de</strong> sa fille<br />
Catherine, qui n’a officiellement qu’un début <strong>de</strong> formation<br />
universitaire en <strong>mathématiques</strong> ? Comment le déterminer ?<br />
Et ce travail est-il une vraie preuve du résultat ? C<strong>et</strong>te situation<br />
<strong>de</strong> base est enrichie <strong>de</strong> visites du mort (hallucinations ou<br />
flashbacks), ainsi que d’une opposition entre sœurs <strong>et</strong> d’une<br />
relation entre Catherine <strong>et</strong> Hal.<br />
a) Peu <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> comme telles<br />
- Une blague matheuse : la pièce <strong>de</strong> musique intitulée i est<br />
silencieuse, car i est… imaginaire.<br />
- Une mention par Hal <strong>de</strong>s nombres premiers <strong>de</strong> Germain,<br />
ceux dont le double plus un est aussi premier. Il donne 2<br />
comme exemple. Catherine enchaîne sur un nombre premier<br />
d’une autre forme. L’auteur ne nous fait pas connaître<br />
d’autres nombres <strong>de</strong> Germain (par exemple 3, 5, …) ni, ce<br />
qui aurait été intéressant, <strong>de</strong> nombres premiers<br />
non <strong>de</strong> Germain (par exemple 7).<br />
- Des noms <strong>de</strong> domaines : théorie <strong>de</strong>s jeux, géométrie<br />
algébrique, théorie <strong>de</strong>s opérateurs non linéaires, …<br />
- 1729 est un nombre très intéressant, c’est le plus p<strong>et</strong>it entier<br />
qui soit la somme <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux cubes d’entiers, <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux façons<br />
différentes (avec les cubes <strong>de</strong> 12 <strong>et</strong> <strong>de</strong> 1, <strong>et</strong> ceux <strong>de</strong> 10 <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
9). C<strong>et</strong>te information surgit subitement lors d’une conversation<br />
entre Catherine <strong>et</strong> son père. Or c’est ce que l’étonnant<br />
mathématicien indien Ramanujan, hospitalisé, avait dit à son<br />
visiteur Hardy à propos du numéro du taxi, 1729, considéré<br />
plutôt terne par l’Anglais. Il serait surprenant que l’auteur<br />
n’ait pas connu c<strong>et</strong>te anecdote racontée par Hardy dans son<br />
autobiographie (tr.fr. L’apologie d’un mathématicien). D’autre<br />
part, Robert <strong>et</strong> Catherine contreviennent à l’objurgation du<br />
père (« Be precise, for Chrissake ») en parvenant à 1729<br />
comme nombre <strong>de</strong> semaines que contiendraient 33 années <strong>et</strong><br />
quart (Catherine vient <strong>de</strong> perdre 33 jours <strong>et</strong> quart à ne pas<br />
faire <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> ils transposent en années). Si l’on<br />
fait le calcul, on constate qu’ils ont compté uniquement 52<br />
semaines dans une année, <strong>et</strong> oublié le jour ou les <strong>de</strong>ux jours<br />
supplémentaires chaque année, ce qui en vient à faire<br />
dépasser 1729 semaines. Vétille, sans doute. Mais qui m’avait<br />
échappé au théâtre. Ah, la lecture !<br />
b) Beaucoup sur la vie mathématique<br />
- La tribu universitaire : Hal éprouve <strong>de</strong>s difficultés à<br />
compléter sa thèse, à publier. Il fait partie d’un groupe <strong>de</strong><br />
musique populaire. Alcool <strong>et</strong> fêtes pour plusieurs étudiants ou<br />
professeurs <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> ou <strong>de</strong> physique théorique.<br />
Dans le film, on voit Catherine recevant les commentaires<br />
d’un <strong>de</strong> ses professeurs sur un travail. Divers groupes<br />
épluchent le contenu du cahier. Le bureau <strong>de</strong> Robert semble<br />
en grand désordre.<br />
- Jeunesse <strong>et</strong> créativité : Robert a fait ses contributions<br />
exceptionnelles avant 25 ans. Hal n’a encore rien fait<br />
d’important à 28 ans <strong>et</strong> a songé à abandonner. Les « vieux »<br />
se bourrent aux amphétamines pour produire, dit-il. L’ennui<br />
avec les clichés, c’est qu’ils ne sont d’ordinaire ni tout à fait<br />
vrais ni tout à fait faux, dis-je.<br />
- Les quatre étapes <strong>de</strong> la découverte à la Poincaré (mon<br />
regroupement <strong>et</strong> mes termes, pas ceux <strong>de</strong> l’auteur) : Le<br />
chercheur, par exemple Robert à propos du célèbre<br />
problème, travaille consciemment, longtemps dans ce cas-ci.<br />
Des blocages se produisent <strong>et</strong> mènent à l’abandon provisoire,<br />
à la pério<strong>de</strong> d’incubation inconsciente. Puis un « flash », une<br />
révélation, l’éclair <strong>de</strong> génie, l’« eurêka » donne la voie <strong>de</strong> la<br />
solution. Solution à laquelle il faut travailler consciemment <strong>et</strong><br />
avec ar<strong>de</strong>ur pour la vérifier, colmater les brèches d’incertitu<strong>de</strong>,<br />
polir la preuve <strong>et</strong> la communiquer à autrui (il y en a pour<br />
<strong>de</strong>s années, pour moi <strong>et</strong> pour d’autres, dit Robert). Pour plus<br />
d’information sur ces étapes <strong>et</strong> sur le travail <strong>de</strong> recherche,<br />
voir mon texte Invention, découverte <strong>et</strong> créativité en <strong>mathématiques</strong> :<br />
aspects psychologiques <strong>et</strong> historiques, Bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong> l’AMQ, mai 1998,<br />
23-31.<br />
- L’évolution rapi<strong>de</strong> <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> : Hal en vient à<br />
rej<strong>et</strong>er la possibilité que Robert soit l’auteur du cahier, car il<br />
contient <strong>de</strong>s techniques nouvelles que, mala<strong>de</strong>, le père <strong>de</strong><br />
Catherine n’a pu connaître <strong>et</strong>, encore moins, maîtriser. La<br />
pièce parle <strong>de</strong> formes modulaires <strong>et</strong> <strong>de</strong> courbes elliptiques (<strong>et</strong><br />
l’on pense à la preuve du théorème <strong>de</strong> Fermat par Wiles),<br />
mais le film leur substitue matrices aléatoires <strong>et</strong> géométrie<br />
non commutative.<br />
- Génie <strong>et</strong> folie : Robert, génie précoce, a sombré dans la<br />
folie. A-t-il r<strong>et</strong>rouvé sa raison comme Nash, auquel il fait<br />
penser (Nash, le mathématicien lauréat du prix Nobel<br />
d’économie, modèle du protagoniste du film A beautiful<br />
Mind) ? Sa fille Catherine a-t-elle hérité <strong>de</strong> ce que l’autre fille,<br />
Claire, femme pratique, appelle pudiquement son talent <strong>et</strong> son<br />
instabilité ?<br />
- Les femmes en <strong>mathématiques</strong> : Hal est pris en flagrant<br />
délit <strong>de</strong> sexisme verbal mathématique, puis confond Sophie<br />
Germain avec une mathématicienne vivante (Germain est<br />
née à Paris en 1776, corrige sèchement Catherine). Plus<br />
grave : on croit d’abord Catherine incapable d’avoir écrit le<br />
cahier, parce qu’elle a peu <strong>de</strong> formation attestée en<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong>, dit-elle, parce qu’elle est une femme.<br />
- Preuves <strong>et</strong> preuves : Il y a <strong>de</strong>s preuves élégantes, d’autres<br />
grumeleuses ou bosseuses, dit Catherine à la fin. Et les<br />
arguments du cahier sont ardus à vali<strong>de</strong>r, il faut <strong>de</strong>s équipes<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 166 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />
<strong>de</strong> diverses spécialités pour le faire (encore là, on pense à<br />
Wiles <strong>et</strong> au vaste travail <strong>de</strong> validation qui a eu cours à<br />
l’occasion <strong>de</strong> la « preuve » du théorème <strong>de</strong> Fermat, qui a fait<br />
les manch<strong>et</strong>tes même <strong>de</strong>s grands journaux, il y a déjà une<br />
douzaine d’années).<br />
Au total, Proof est riche en considérations sur le mon<strong>de</strong><br />
mathématique, ses gens <strong>et</strong> leur mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> travail. Ceux du<br />
milieu peuvent s’y reconnaître <strong>et</strong> le public y découvre, ô<br />
surprise, que les <strong>mathématiques</strong> sont vivantes <strong>et</strong> leurs<br />
« héros », humains.<br />
5- La Leçon (1951) d’Eugène Ionesco :<br />
une pièce grand public portant sur <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> élémentaires traitées <strong>de</strong><br />
l’intérieur<br />
Oeuvre <strong>de</strong>s débuts d’Ionesco, alors au tournant <strong>de</strong> la<br />
quarantaine, La Leçon est <strong>de</strong>venue une <strong>de</strong>s pièces mo<strong>de</strong>rnes<br />
les plus jouées au mon<strong>de</strong>. Avec La cantatrice chauve, elle tient<br />
notamment l’affiche sans discontinuer <strong>de</strong>puis 1957 au p<strong>et</strong>it<br />
théâtre La Huch<strong>et</strong>te à Paris, où j’ai eu le plaisir <strong>de</strong> la voir à<br />
l’été 2004, quelques semaines après avoir moi-même tenu le<br />
rôle du Professeur dans une production amateur à Montréal.<br />
Un professeur reçoit <strong>de</strong>s élèves en leçons individuelles à<br />
domicile, où une bonne assure le fonctionnement <strong>de</strong> la<br />
maisonnée : arrivée <strong>de</strong> l’élève <strong>et</strong> préliminaires (19 % <strong>de</strong> la<br />
pièce approximativement, par comptage <strong>de</strong>s pages), leçon<br />
d’arithmétique (25 %), leçon <strong>de</strong> philologie <strong>et</strong> <strong>de</strong> linguistique<br />
(45 %), remise en ordre ou n<strong>et</strong>toyage (13 %). Puis on entend<br />
à nouveau la sonn<strong>et</strong>te d’entrée annonçant l’arrivée <strong>de</strong> l’élève<br />
suivante.<br />
Au théâtre, on est surtout sensible à la drôlerie <strong>de</strong> la partie<br />
arithmétique <strong>de</strong> ce « drame comique ». L’atmosphère y<br />
<strong>de</strong>vient lour<strong>de</strong> à la fin, mais beaucoup moins que dans la<br />
partie linguistique. L’arithmétique ça fatigue, ça énerve, dit la<br />
bonne (p. 51 dans l’édition <strong>de</strong> La Pléia<strong>de</strong>), <strong>et</strong> la philologie mène<br />
au pire (59).<br />
Lors <strong>de</strong> l’exposé-atelier du 1 er juin, j’ai distribué aux personnes<br />
présentes douze extraits <strong>de</strong> la leçon arithmétique (ici<br />
regroupés en dix points). Une participante faisant l’élève,<br />
nous les avons joués, en arrêtant pour <strong>de</strong>s commentaires<br />
didactico-<strong>mathématiques</strong>. La lecture écoutée texte sous les<br />
yeux <strong>et</strong> les commentaires permirent d’apprécier encore plus,<br />
me dit-on, l’humour absur<strong>de</strong> d’Ionesco <strong>et</strong> combien celui-ci<br />
touche à <strong>de</strong>s points névralgiques <strong>de</strong> l’arithmétique <strong>et</strong> <strong>de</strong> son<br />
enseignement. En italiques, le texte d’Ionesco. Les omissions<br />
<strong>de</strong> texte seront notées (…). En caractères usuels, mes<br />
commentaires, dans le texte ou entre parenthèses. Tous les<br />
soulignés sont <strong>de</strong> moi.<br />
1- Comme au début d’un manuel, le professeur donne une<br />
définition <strong>de</strong> l’arithmétique : C’est une science assez nouvelle, une<br />
science mo<strong>de</strong>rne (faux, probablement la plus ancienne) ; à<br />
proprement parler, c’est plutôt une métho<strong>de</strong> qu’une science (oui, en un<br />
sens)… C’est aussi une thérapeutique (hein? pour qui? en quoi?).<br />
2- P (= LE PROFESSEUR) : Combien font un <strong>et</strong> un ?<br />
É (= L’ÉLÈVE) : Un <strong>et</strong> un font <strong>de</strong>ux.<br />
P, émerveillé par le savoir <strong>de</strong> É : Oh, mais c’est très bien. (…) Vous<br />
aurez facilement votre doctorat total (…)<br />
P commence vraiment par la base ! Mais n’oublions pas que<br />
c<strong>et</strong>te possibilité <strong>de</strong> récurrence sur les entiers, c<strong>et</strong> ajout<br />
successif illimité d’unités est fondamental, comme le notait<br />
Poincaré. Mais dire les noms <strong>de</strong>s successeurs <strong>de</strong> un, jusqu’à 8<br />
ou 9, ne donne pas une garantie <strong>de</strong> doctorat « total », ni<br />
même ne rend magistrale pour l’addition.<br />
3-P, systématique, passe à l’opération inverse, la soustraction.<br />
P : (…) Voyons la soustraction, Dites-moi, seulement si vous n’êtes pas<br />
épuisée, combien font quatre moins trois ?<br />
Et là, ça se gâte. É répond sept, P lui dit qu’elle confond avec<br />
l’addition, É essaie quatre, puis trois ( réponses qu’on peut<br />
supposer issues <strong>de</strong>s données, en en supprimant une) , enfin<br />
tout <strong>de</strong> même pas dix ?<br />
P : Oh, certainement pas, ma<strong>de</strong>moiselle. Mais il ne s’agit pas <strong>de</strong><br />
<strong>de</strong>viner, il faut raisonner. Tâchons <strong>de</strong> le déduire ensemble. (…)<br />
Raisonner <strong>et</strong> déduire sont <strong>de</strong>s activités chéries à juste titre par<br />
les enseignants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. P aime bien les fon<strong>de</strong>ments<br />
<strong>et</strong> la déduction, mais il va s’embourber dans son<br />
entreprise.<br />
4- É : Je puis compter… à l’infini.<br />
P : Cela n’est pas possible, ma<strong>de</strong>moiselle.<br />
É : Alors, m<strong>et</strong>tons jusqu’à seize.<br />
P : Cela suffit, il faut savoir se limiter (…)<br />
La question <strong>de</strong> l’infini ! Les confusions entre « infini » <strong>et</strong><br />
« sans empêchement <strong>de</strong> réitérer », entre arriver <strong>et</strong> ne jamais<br />
s’arrêter. Infini actuel <strong>et</strong> infini potentiel. L’infini mathématique<br />
a une longue <strong>et</strong> complexe histoire. Toute classe d’élèves<br />
réactive c<strong>et</strong>te problématique. P agit sagement en voulant<br />
rester dans le fini, <strong>et</strong> même le « p<strong>et</strong>it fini », pour travailler le<br />
quatre moins trois.<br />
5- Commence alors un développement didactico-drôlaticodramatique<br />
pour éclaircir la notion <strong>de</strong> soustraction. On passe<br />
d’abord par la comparaison <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>urs :<br />
P : (…) Quel nombre est le plus grand ?<br />
É : (…) Dans quel sens le plus grand ?<br />
S’ensuit un embrouillamini qui se termine par :<br />
P : (…) Supposons (…) que nous n’avons que <strong>de</strong>s nombres égaux, les<br />
plus grands seront ceux qui auront le plus d’unités égales.<br />
É : (…) Ah, je comprends, monsieur, vous i<strong>de</strong>ntifiez la qualité à la<br />
quantité.<br />
P : Cela est trop théorique, ma<strong>de</strong>moiselle, trop théorique.<br />
6- Au passage, une confusion <strong>de</strong> vocabulaire :<br />
P : (…) Combien d’unités avez-vous <strong>de</strong> trois à quatre ?...ou <strong>de</strong> quatre<br />
à trois, si vous préférez ?<br />
É : Il n’y a pas d’unités, monsieur, entre trois <strong>et</strong> quatre. Quatre vient<br />
tout <strong>de</strong> suite après trois ; il n’y a rien du tout entre trois <strong>et</strong> quatre.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 167 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Théâtre <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> Jacques Lefebvre<br />
7- Après un infructueux essai, disons concréto-imaginaire,<br />
avec <strong>de</strong>s allum<strong>et</strong>tes inexistantes (dangereux, le feu ?), P va<br />
passer à ce que j’appellerai du concréto-hypothétique, au<br />
sta<strong>de</strong> formel hypothéticodéductif à la Piag<strong>et</strong> en quelque<br />
sorte, mais avec un support concr<strong>et</strong>, le corps même <strong>de</strong><br />
l’élève. Deux nez, une oreille puis <strong>de</strong>ux, puis trois oreilles, dix<br />
puis cinq doigts, rien ne fonctionne. L’élève revient<br />
immanquablement <strong>et</strong> imperturbablement à sa vraie réalité :<br />
un nez, <strong>de</strong>ux oreilles, dix doigts. Et cela, malgré les<br />
suggestions (menaces, si l’on y songe bien) <strong>de</strong> P : Si vous aviez<br />
eu <strong>de</strong>ux nez, <strong>et</strong> je vous en aurais arraché un, <strong>et</strong>, plus loin, Vous en<br />
avez <strong>de</strong>ux (oreilles), j’en prends une, je vous en mange une, combien<br />
vous en reste-t-il ?<br />
8- P trace ensuite <strong>de</strong>s bâtons imaginaires <strong>et</strong> finit par tout<br />
confondre.<br />
É, hésitante : (…) Des éléments, <strong>de</strong>s chiffres, qui sont <strong>de</strong>s bâtons, <strong>de</strong>s<br />
unités <strong>et</strong> <strong>de</strong>s nombres…<br />
P : À la fois (…).<br />
É <strong>de</strong>man<strong>de</strong> alors, logiquement, si on peut soustraire <strong>de</strong>ux<br />
chiffres <strong>de</strong> quatre nombres ? <strong>et</strong> trois nombres d’une unité ? P répond<br />
Non (…) Parce que (…) Il en est ainsi, ma<strong>de</strong>moiselle. Ça ne<br />
s’explique pas. Ça se comprend par un raisonnement mathématique<br />
intérieur. On l’a ou on ne l’a pas.<br />
É : Tant pis !<br />
Nous voilà arrivés à une mystification dite <strong>de</strong> compréhension<br />
intérieure, alors qu’on <strong>de</strong>vait apprendre à déduire à partir <strong>de</strong><br />
principes.<br />
9- P veut terminer en force, informe É qu’on ne pourra pas la<br />
charger d’un cours à l’École polytechnique… ni à la maternelle<br />
supérieure <strong>et</strong> la m<strong>et</strong> au défi très très abstrait <strong>de</strong> calculer mentalement<br />
le produit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux grands nombres. Elle y réussit, pas lui (en<br />
fait, les <strong>de</strong>ux ont tort, mais, lui, <strong>de</strong> façon évi<strong>de</strong>nte sans calcul<br />
autre que <strong>de</strong>s unités, car un fois huit donne huit <strong>et</strong> non neuf).<br />
É : C’est simple…Ne pouvant me fier à mon raisonnement, j’ai appris<br />
par cœur tous les résultats possibles <strong>de</strong> toutes les multiplications<br />
possibles.<br />
P est furieux, car C’est par un raisonnement mathématique, inductif<br />
<strong>et</strong> déductif à la fois, que vous auriez dû trouver ce résultat (…).<br />
En fait, il est irrité <strong>de</strong> la réussite illégitime (<strong>et</strong>, pour nous,<br />
invraisemblable) <strong>de</strong> É. Il ne pense pas à lui dire l’impossibilité<br />
d’une mémorisation infinie, ni à rappeler qu’à une multiplication<br />
donnée, il n’y a qu’un résultat.<br />
10- Adieu, doctoral total (notons le statut académique <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>). P veut bien la préparer pour le doctorat partiel<br />
par l’enseignement <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> la linguistique <strong>et</strong> <strong>de</strong> la philologie<br />
comparée.<br />
Drôle, mais <strong>de</strong> plus en plus inquiétante d’agressivité, c<strong>et</strong>te<br />
leçon d’arithmétique d’Ionesco peut donc se lire comme une<br />
histoire <strong>de</strong> cas illustrant <strong>de</strong>s problèmes méthodologiques,<br />
didactiques, épistémologiques, voire ontologiques, <strong>de</strong> l’enseignement<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> l’apprentissage <strong>mathématiques</strong> ainsi que <strong>de</strong> la<br />
relation maître-élève. Mais, au théâtre, cela reste une comédie.<br />
On rit <strong>de</strong> l’incompétence <strong>de</strong> P <strong>et</strong> <strong>de</strong> É <strong>et</strong> <strong>de</strong> toutes ces<br />
incongruités.<br />
6- Image <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
mathématiciens dans le théâtre grand<br />
public<br />
Le titre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te section était dans la <strong>de</strong>scription <strong>de</strong> l’exposéatelier<br />
du 1 er juin. Mais je n’y avais guère travaillé <strong>et</strong> n’en ai<br />
dit que quelques mots. J’ai eu le plaisir <strong>de</strong> trouver, par<br />
Intern<strong>et</strong>, la même évaluation globale que la mienne par Jean-<br />
Pierre Kahane, dans une note, positive, sur la pièce La Preuve:<br />
Il y a maintenant plusieurs pièces <strong>et</strong> films dont le suj<strong>et</strong> <strong>et</strong> les personnages<br />
représentent notre métier. Dans l’ensemble, nous y apparaissons comme<br />
excentriques, géniaux, fous, <strong>et</strong> plutôt sympathiques (SMF-Gaz<strong>et</strong>te-<br />
95, Janvier 2003). Je nuancerais en signalant que, dans bien<br />
<strong>de</strong>s cas, comme dans La Leçon, les mathématiciens peuvent<br />
finir par apparaître comme plus inquiétants que sympathiques.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 168 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les différents acteurs d’une<br />
situation d’apprentissage par<br />
problèmes :<br />
l’exemple d’un travail <strong>de</strong> session proposé aux élèves du programme <strong>de</strong> Sciences <strong>de</strong> la<br />
nature du Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke dans le cadre <strong>de</strong> leur cours d’algèbre linéaire<br />
La rédaction d’une situation d’apprentissage par problèmes afin d’amener les élèves<br />
à acquérir <strong>de</strong>s connaissances théoriques en <strong>mathématiques</strong> n’est pas une tâche<br />
aisée. Nous proposons ici une analyse a posteriori d’un travail <strong>de</strong> session proposé<br />
dans le cadre d’un cours d’algèbre linéaire <strong>de</strong> niveau collégial. C<strong>et</strong>te analyse nous a<br />
permis <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce quatre personnages qui interviennent à tour <strong>de</strong> rôle<br />
dans ce genre d’apprentissage: le texte <strong>de</strong> la situation problème, l’élève, le<br />
professeur <strong>et</strong> le manuel <strong>de</strong> classe. Nous pensons qu’une définition précise du rôle<br />
<strong>de</strong> chacun <strong>de</strong> ces personnages peut ai<strong>de</strong>r à rédiger <strong>de</strong>s proj<strong>et</strong>s qui vont encourager<br />
l’élève à construire un savoir mathématique <strong>de</strong> manière relativement autonome.<br />
Nicolas Pfister,<br />
Cégep <strong>de</strong><br />
Sherbrooke<br />
nicolas.pfister@<br />
cegepsherbrooke.<br />
qc.ca<br />
Remerciements<br />
Je tiens à remercier<br />
très<br />
chaleureusement<br />
madame Marie-Jane<br />
Haguel <strong>et</strong> madame<br />
Sylvie Savage,<br />
professeures au<br />
Cégep <strong>de</strong><br />
Sherbrooke, pour<br />
leur collaboration,<br />
leur soutien, mais<br />
surtout pour le<br />
plaisir que j’ai eu à<br />
travailler avec elles<br />
sur ce proj<strong>et</strong>.<br />
D<br />
ans un premier cours d'algèbre<br />
linéaire <strong>de</strong> niveau collégial, la plupart<br />
<strong>de</strong>s thèmes abordés utilisent comme<br />
obj<strong>et</strong>s d’étu<strong>de</strong> les vecteurs, les matrices <strong>et</strong> les<br />
systèmes d’équations linéaires. Ces obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong><br />
les situations dans lesquelles on les r<strong>et</strong>rouve<br />
amènent les élèves à explorer les concepts <strong>de</strong><br />
combinaisons linéaires, d’indépendance<br />
linéaire <strong>et</strong> <strong>de</strong> bases, trois concepts qui ont<br />
comme toile <strong>de</strong> fond la structure d’espace<br />
vectoriel. L’introduction <strong>de</strong>s espaces<br />
vectoriels, dans le cadre du cours d’algèbre<br />
linéaire, est alors pour la plupart <strong>de</strong>s élèves<br />
l’occasion d’un premier contact formel avec<br />
une structure algébrique. Dans la majorité <strong>de</strong>s<br />
cas, c<strong>et</strong>te structure est essentiellement présentée<br />
à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> situations faisant intervenir les<br />
espaces géométriques ! 2 <strong>et</strong> ! 3 bien que<br />
parfois on y r<strong>et</strong>rouve également <strong>de</strong>s contextes<br />
tirés d’espaces plus abstraits tels ! n , les<br />
matrices <strong>de</strong> format mxn <strong>et</strong> éventuellement <strong>de</strong>s<br />
espaces <strong>de</strong> polynômes. Toutes ces situations<br />
qui m<strong>et</strong>tent en jeu la structure d’espace<br />
vectoriel ont en commun le développement<br />
d’un même schème <strong>de</strong> pensée chez l’élève :<br />
l’étu<strong>de</strong> du comportement d’obj<strong>et</strong>s (vecteurs,<br />
matrices, fonctions, <strong>et</strong>c.) relativement aux<br />
opérations d’addition vectorielle <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
multiplication par un scalaire. C’est dans le<br />
développement <strong>de</strong> ce schème <strong>de</strong> pensée, induit<br />
par un premier contact avec les structures<br />
algébriques <strong>et</strong> en particulier avec celle plus<br />
primitive associée aux scalaires, que nous<br />
avons cherché un prétexte pour tenter<br />
d'amener les élèves à construire un savoir<br />
mathématique <strong>de</strong> manière relativement<br />
autonome. C<strong>et</strong>te construction est soutenue par<br />
quelques brèves mises en situation <strong>et</strong> par un<br />
certain nombre <strong>de</strong> questions regroupées dans<br />
un questionnaire. Celui-ci va servir <strong>de</strong> canevas<br />
pour le travail <strong>de</strong>s élèves, un travail qui suivra<br />
un cheminement distinct, mais non<br />
indépendant <strong>de</strong>s notions étudiées dans la<br />
partie magistrale du cours telles que proposées<br />
dans le manuel utilisé.<br />
1. Les acteurs<br />
Nous voulons présenter ici la structure du<br />
canevas <strong>de</strong> travail en essayant <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en<br />
évi<strong>de</strong>nce la redistribution <strong>de</strong>s rôles imposée<br />
aux différents acteurs qui interviennent<br />
lorsqu’on m<strong>et</strong> les élèves <strong>de</strong>vant une situation<br />
« par problèmes ». Chacun <strong>de</strong>s acteurs apporte<br />
avec lui une part <strong>de</strong>s connaissances qui seront<br />
nécessaires à la construction <strong>de</strong> ce nouveau<br />
savoir :<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 169 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
• Le questionnaire qui agit comme maître du jeu : les<br />
connaissances qu’il propose ne peuvent être remises en<br />
question <strong>et</strong> tous les autres acteurs sont assuj<strong>et</strong>tis à sa<br />
volonté;<br />
• Le professeur qui doit savoir, par ses interventions<br />
auprès <strong>de</strong>s élèves, m<strong>et</strong>tre une certaine distance entre<br />
ses connaissances <strong>et</strong> celles imposées par le questionnaire;<br />
• Le manuel toujours prêt à rendre service à tout le<br />
mon<strong>de</strong>, mais dont la connaissance quoiqu’immédiatement<br />
disponible ne correspond pas toujours à ce que<br />
l’on souhaite;<br />
• L’élève qui, avec son baluchon <strong>de</strong> connaissances<br />
préalables <strong>de</strong>vra apprendre à négocier ce qu’il possè<strong>de</strong><br />
avec les trois autres acteurs pour obtenir d’eux ce dont<br />
il a besoin.<br />
Au Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke, le cours d’algèbre linéaire dans le<br />
programme <strong>de</strong> Sciences <strong>de</strong> la nature est offert aux élèves<br />
lors <strong>de</strong> leur troisième ou quatrième session. Si les cours <strong>de</strong><br />
calcul différentiel <strong>et</strong> <strong>de</strong> calcul intégral <strong>de</strong> ce programme ne<br />
sont pas préalables au cours d’algèbre linéaire, la plupart <strong>de</strong>s<br />
élèves qui y sont inscrits ont tout <strong>de</strong> même suivi ces <strong>de</strong>ux<br />
cours lors <strong>de</strong> leurs <strong>de</strong>ux premières sessions. Depuis plusieurs<br />
années, le manuel utilisé pour le cours d’algèbre linéaire au<br />
Cégep <strong>de</strong> Sherbrooke est le livre Vecteurs, matrices <strong>et</strong> nombres<br />
complexes <strong>de</strong> Vincent Papillon. Ce livre joue un double rôle<br />
dans ce travail <strong>de</strong> session puisque, d’une part, le<br />
questionnaire y fait fréquemment référence <strong>et</strong>, d’autre part,<br />
la structure du travail est étroitement associée à l’orientation<br />
du cours proposée par le livre. L’auteur a choisi d’utiliser<br />
une présentation axiomatique <strong>de</strong>s concepts <strong>de</strong> déterminant<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> produit vectoriel basée sur leurs propriétés géométriques<br />
: les formules <strong>de</strong> calcul du déterminant <strong>et</strong> du produit<br />
vectoriel sont alors <strong>de</strong>s conséquences <strong>de</strong> ces propriétés. Ceci<br />
n’est toutefois pas le cas <strong>de</strong> la présentation du produit<br />
scalaire où les propriétés <strong>de</strong> ce produit sont établies après<br />
avoir défini la façon <strong>de</strong> le calculer. Le travail examine la<br />
possibilité <strong>de</strong> reprendre l’approche axiomatique dans le cas<br />
du produit scalaire. C<strong>et</strong>te relative proximité entre le savoir<br />
proposé par le livre <strong>et</strong> celui que le travail suggère <strong>de</strong><br />
construire a pour but d’amener l’élève à considérer le<br />
manuel comme un coéquipier à part entière dans la<br />
réalisation du travail; comme n’importe quel autre élève, le<br />
manuel possè<strong>de</strong> un certain nombre <strong>de</strong> connaissances<br />
antérieures pouvant être utiles <strong>et</strong>, bien que ce coéquipier ait<br />
toujours raison, il n’est pas toujours facile <strong>de</strong> le faire parler <strong>et</strong><br />
il faut parfois « réfléchir ensemble » si on veut en tirer<br />
quelque chose. Par ailleurs, le manuel <strong>de</strong> Papillon propose<br />
comme point <strong>de</strong> départ du cours d’algèbre linéaire les<br />
concepts <strong>de</strong> vecteur <strong>et</strong> d’espace vectoriel. Ce choix perm<strong>et</strong><br />
d’entreprendre très rapi<strong>de</strong>ment le travail <strong>et</strong> ainsi le répartir<br />
sur l’ensemble <strong>de</strong> la session. Le travail est divisé en trois<br />
parties <strong>et</strong> l’énoncé <strong>de</strong> la première partie est distribué aux<br />
élèves dès le début <strong>de</strong> la troisième semaine <strong>de</strong> cours. Les<br />
<strong>de</strong>uxième <strong>et</strong> troisième parties sont distribuées aux élèves<br />
après le premier <strong>et</strong> le second examen, c'est-à-dire vers la 7 e<br />
semaine <strong>de</strong> cours <strong>et</strong> la 11 e semaine <strong>de</strong> cours respectivement.<br />
Chacune <strong>de</strong>s parties du proj<strong>et</strong> est encadrée par un texte <strong>de</strong><br />
mise en situation accompagné d’une série <strong>de</strong> questions,<br />
celles-ci servant <strong>de</strong> canevas <strong>de</strong> travail pour les élèves. Les<br />
élèves sont regroupés en équipe <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux (trois si on compte<br />
le manuel), <strong>et</strong> ont une pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux semaines pour<br />
compléter chacune <strong>de</strong>s parties. Les travaux <strong>de</strong>s élèves sont<br />
corrigés <strong>et</strong> leur sont remis avant qu’ils n’entreprennent la<br />
partie suivante.<br />
La formulation <strong>de</strong>s questions du canevas <strong>de</strong> travail, bien que<br />
parfois relativement précise dans la nature du résultat<br />
souhaité pour certaines d’entre elles, n’exige ni ne propose<br />
que très rarement l’application <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s spécifiques.<br />
Toute référence à un obj<strong>et</strong> mathématique qui m<strong>et</strong>trait l’élève<br />
sur la piste d’une solution toute faite est soigneusement<br />
évitée. La compréhension <strong>de</strong> la question elle-même occupe<br />
souvent une bonne partie <strong>de</strong> la réflexion <strong>de</strong>s élèves. En fait,<br />
dans bien <strong>de</strong>s cas, on ne peut comprendre le sens véritable<br />
d'une question qu’après y avoir répondu; toutes les questions<br />
sont reliées entre elles soit à partir du résultat, soit à partir <strong>de</strong><br />
la métho<strong>de</strong>, <strong>et</strong> les liens ne sont pas explicitement faits ou<br />
suggérés dans le questionnaire. À quelques endroits, la<br />
question porte sur un cas particulier <strong>et</strong> son intérêt véritable<br />
est soit la généralisation qu’on peut en faire, soit la métho<strong>de</strong><br />
avec laquelle on peut la traiter. Le rôle <strong>de</strong>s questions est<br />
d'orienter la recherche <strong>et</strong> les travaux <strong>de</strong>s élèves tout en leur<br />
laissant une gran<strong>de</strong> autonomie dans leur cheminement<br />
individuel. La correction <strong>et</strong> la remise <strong>de</strong>s travaux perm<strong>et</strong>tent<br />
une rétroaction après chacune <strong>de</strong>s parties, ce qui laisse la<br />
possibilité aux élèves d’un certain réajustement en prévision<br />
<strong>de</strong> la prochaine partie.<br />
À travers la série <strong>de</strong> questions du canevas proposé, l’élève<br />
est amené à envisager le fait que les nombres réels ne sont<br />
qu’une représentation particulière d’obj<strong>et</strong>s dont le<br />
comportement axiomatique perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> caractériser le<br />
concept <strong>de</strong> scalaire. C<strong>et</strong>te axiomatisation <strong>de</strong>s scalaires<br />
perm<strong>et</strong> d’obtenir une généralisation <strong>de</strong> ces nombres <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> alors d’examiner les conséquences <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
généralisation sur la définition du produit scalaire. La<br />
généralisation du concept <strong>de</strong> scalaire va suggérer aux élèves<br />
une formulation <strong>et</strong> une notation pour <strong>de</strong>s nouveaux<br />
nombres (les complexes pour ne pas les nommer), puis leur<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r d’établir une formule <strong>de</strong> calcul du produit scalaire<br />
<strong>de</strong>s vecteurs définis sur le corps <strong>de</strong> ces nouveaux nombres à<br />
partir <strong>de</strong>s propriétés <strong>de</strong> ce produit.<br />
Les connaissances qui seront nécessaires aux élèves dans les<br />
différentes parties du travail sont les suivantes :<br />
• La première partie propose aux élèves d’explorer la<br />
notion <strong>de</strong> corps. C<strong>et</strong>te exploration doit les amener à<br />
obtenir un nouvel ensemble <strong>de</strong> scalaires construits à<br />
partir <strong>de</strong> couples <strong>de</strong> réels. Le nouvel ensemble <strong>de</strong><br />
scalaires servira à définir un espace vectoriel <strong>et</strong> une<br />
base <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace vectoriel.<br />
• La secon<strong>de</strong> partie a pour but <strong>de</strong> comprendre que les<br />
réels forment un "sous corps" <strong>de</strong>s scalaires couples<br />
puis <strong>de</strong> développer une notation qui facilitera l’écriture.<br />
Dans c<strong>et</strong>te secon<strong>de</strong> partie, les élèves seront amenés à<br />
construire un isomorphisme.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 170 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
• Dans la troisième partie, les propriétés du produit Question 1<br />
scalaire sur les réels sont redéfinies afin <strong>de</strong> rendre<br />
cohérente la formule <strong>de</strong> calcul <strong>de</strong> ce produit avec la<br />
généralisation <strong>de</strong>s scalaires obtenue dans la première<br />
partie.<br />
Considérons l’ensemble K 2 = {0,1} .<br />
Définir une opération d’addition <strong>et</strong> une opération <strong>de</strong> multiplication sur<br />
l’ensemble K 2 = {0,1} qui fassent <strong>de</strong> c<strong>et</strong> ensemble (muni <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux<br />
opérations) un corps.<br />
2. Le travail : premier acte<br />
Dans la première partie du travail, la mise en situation établit<br />
un parallèle entre la structure d’espace vectoriel telle que<br />
définie dans le livre <strong>de</strong> Papillon (page 40) <strong>et</strong> celle <strong>de</strong> corps,<br />
qui n’est évi<strong>de</strong>mment pas présentée dans le livre. Le canevas<br />
<strong>de</strong> travail propose à l’élève les <strong>de</strong>ux définitions présentées à<br />
la Figure 1.:<br />
Dans la portion magistrale du cours qui précè<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te partie,<br />
l’élève a été exposé aux concepts <strong>de</strong> vecteurs, d’addition<br />
vectorielle, <strong>de</strong> multiplication par un scalaire, <strong>de</strong> combinaison<br />
linéaire, d’indépendance linéaire, <strong>de</strong> base d’un espace <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
composantes d’un vecteur. Toutefois, aucun <strong>de</strong>s problèmes<br />
proposés par le manuel ne porte spécifiquement sur la<br />
structure d’espace vectoriel. Les propriétés <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te structure<br />
ont été observées sur <strong>de</strong>s vecteurs du plan mais, comme<br />
elles semblent « parfaitement naturelles », les élèves n’y<br />
attachent que peu d’importance. Par ailleurs, pour l’élève, il<br />
n’existe à priori que très peu <strong>de</strong> différences entre les <strong>de</strong>ux<br />
définitions. Dans les <strong>de</strong>ux cas, on y r<strong>et</strong>rouve une opération<br />
d’addition <strong>et</strong> une opération <strong>de</strong> multiplication auxquelles est<br />
rattachée une liste <strong>de</strong> propriétés qui, à première vue, sont les<br />
mêmes. Certaines <strong>de</strong> ces propriétés, la commutativité,<br />
l’associativité <strong>et</strong> la distributivité, évoquent quelques souvenirs<br />
à l’élève alors que les propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure, <strong>de</strong> neutre<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> symétrique ne font à peu près pas partie <strong>de</strong> son<br />
vocabulaire. La confusion entr<strong>et</strong>enue par la similitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
<strong>de</strong>ux structures est particulièrement présente dans la<br />
comparaison <strong>de</strong>s propriétés d’existence d’un neutre dans la<br />
multiplication <strong>de</strong>s vecteurs par un scalaire (propriété iii d <strong>de</strong>s<br />
espaces vectoriels) <strong>et</strong> d’un neutre dans la multiplication <strong>de</strong>s<br />
scalaires (propriété 2 D <strong>de</strong>s corps). La ressemblance <strong>de</strong> ces<br />
<strong>de</strong>ux propriétés <strong>et</strong> le lien qui existe entre l’idée <strong>de</strong> neutre <strong>et</strong><br />
celle <strong>de</strong> symétrique pour la multiplication <strong>de</strong>s scalaires ont<br />
comme conséquence que dans le cours, lors <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
espaces vectoriels, l’élève sera parfois tenté <strong>de</strong> créer <strong>de</strong>s<br />
symétriques pour les vecteurs relativement à l’opération <strong>de</strong><br />
multiplication par un scalaire.<br />
La présence <strong>de</strong>s propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure est également<br />
mystérieuse pour plusieurs puisqu’il est bien évi<strong>de</strong>nt que la<br />
somme <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux vecteurs ne peut être qu’un vecteur <strong>et</strong> qu’il<br />
est impossible d’imaginer que le produit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux nombres<br />
ait pour résultat autre chose qu’un nombre. Toutefois après<br />
avoir convenu d’appeler scalaires les éléments d’un corps,<br />
comme le propose le questionnaire, les élèves n’ont aucune<br />
objection à ce que les réels munis <strong>de</strong>s opérations d’addition<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication « usuelles » aient droit à ce titre. La<br />
première question du travail va alors tenter <strong>de</strong> provoquer<br />
une certaine remise en question <strong>de</strong> l’évi<strong>de</strong>nce <strong>de</strong>s propriétés.<br />
La première difficulté que rencontre l’élève face à c<strong>et</strong>te<br />
question est le sens qu’il doit donner au mot définir. L’élève<br />
est conscient que ce mot représente le seul indice sur la<br />
métho<strong>de</strong> qu’il doit employer pour arriver au résultat exigé.<br />
Le problème n’est toutefois pas <strong>de</strong> trouver la réponse à la<br />
question; c<strong>et</strong>te réponse, il la connaît, celle-ci ne peut être que<br />
bien évi<strong>de</strong>mment :<br />
0 + 0 = 0<br />
0 + 1 = 1<br />
1+ 0 = 1<br />
1+ 1 = 2<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 171 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
<strong>et</strong><br />
0! 0 = 0<br />
0! 1 = 0<br />
1! 0 = 0<br />
1! 1 = 1<br />
Ce qui inquiète l’élève, c’est qu’il se sent obligé <strong>de</strong> présenter<br />
un raisonnement ou une démarche lui perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> justifier<br />
à priori c<strong>et</strong>te réponse <strong>et</strong> que surtout c<strong>et</strong>te démarche<br />
correspondra à ce que le professeur, à travers c<strong>et</strong>te question,<br />
semble exiger <strong>de</strong> lui lorsqu’il lui <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> « définir <strong>de</strong>s<br />
opérations ». Comme le mot définir ne représente pas une<br />
instruction suffisamment explicite, la question est ici perçue<br />
par l’élève comme un mauvais intermédiaire entre ses<br />
connaissances <strong>et</strong> les exigences du professeur. En se<br />
dissociant <strong>de</strong>s <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s du questionnaire, le professeur<br />
peut ici trouver une occasion <strong>de</strong> susciter un premier dialogue<br />
entre l’élève <strong>et</strong> le questionnaire. Le professeur peut par<br />
exemple suggérer à l’élève que le mot définir en <strong>mathématiques</strong><br />
prend souvent le sens <strong>de</strong> créer. Presque invariablement,<br />
la réaction <strong>de</strong> l’élève est alors <strong>de</strong> poser la question : « On<br />
peut donc faire ce qu’on veut? »<br />
Il serait possible <strong>de</strong> restreindre c<strong>et</strong>te apparence <strong>de</strong> liberté<br />
dans le choix <strong>de</strong>s opérations. Il n’y a en eff<strong>et</strong> que 16<br />
opérations possibles, celles-ci correspondant aux 16<br />
applications différentes qui associent à chacun <strong>de</strong>s éléments<br />
<strong>de</strong> l’ensemble formé <strong>de</strong>s couples {(0,0), (0,1), (1,0), (1,1)} un<br />
<strong>et</strong> un seul élément <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s résultats possibles<br />
{0, 1}. Une fois la liste <strong>de</strong>s opérations établie, il s’agit<br />
d’éliminer celles ne répondant pas aux propriétés d’un corps.<br />
Toutefois, aucun élève n’envisage c<strong>et</strong>te façon <strong>de</strong> faire,<br />
d’autant plus que pour cela il faudrait tout d’abord satisfaire<br />
à la propriété <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong>s opérations, propriété qui<br />
comme nous l’avons dit n’a que très peu <strong>de</strong> sens pour<br />
l’élève. En eff<strong>et</strong>, non seulement l’élève ne voit aucun<br />
inconvénient à écrire que 1+ 1 = 2 dans c<strong>et</strong> ensemble, mais<br />
dans son esprit c’est également le seul choix possible. Une<br />
intervention du professeur est donc nécessaire afin d’amener<br />
l’élève à établir le lien entre sa définition <strong>de</strong>s opérations <strong>et</strong><br />
les exigences posées par la définition d’un corps.<br />
Étonnamment, lorsque l’élève prend conscience que 1+ 1 ne<br />
peut faire 2, mais doit faire 0 ou 1, cela renforce son<br />
impression que : « l’on peut faire ce l’on veut » dans c<strong>et</strong>te<br />
question. Ceci a comme conséquence que, dans certains cas,<br />
il se m<strong>et</strong> à « explorer » différentes possibilités d’opérations.
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
Un espace vectoriel sur l’ensemble ! <strong>de</strong>s nombres réels est la donnée : Nous conviendrons d’appeler « corps » tout ensemble muni <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
opérations (appelées addition <strong>et</strong> multiplication) telles que<br />
i) d’un ensemble V dont les éléments sont appelés <strong>de</strong>s vecteurs <strong>et</strong> sont<br />
notés u ! , v ! , w ! , <strong>et</strong>c.;<br />
ii) d’une opération appelée addition vectorielle qui associe à chaque<br />
paire <strong>de</strong> vecteurs u ! <strong>et</strong> v ! ! !<br />
un vecteur noté u + v <strong>et</strong> appelé somme<br />
<strong>de</strong> u ! <strong>et</strong> v ! , <strong>de</strong> telle façon que :<br />
a) l’addition est commutative : pour tous vecteurs u ! <strong>et</strong> v ! dans<br />
! ! ! !<br />
V, on a que u + v = v + u ,<br />
b) l’addition est associative : pour tous vecteurs u ! , v ! <strong>et</strong> w !<br />
! ! ! ! ! !<br />
dans V, on a que ( u + v) + w = u + ( v + w)<br />
,<br />
c) il existe dans V un élément neutre noté 0 ! , <strong>et</strong> appelé le vecteur<br />
nul pour lequel, pour tout v ! ! ! !<br />
dans V, on a que v + 0 = v ,<br />
d) pour chaque vecteur v ! dans V, il existe dans V un vecteur,<br />
noté ! v<br />
! , <strong>et</strong> appelé l’opposé <strong>de</strong> v ! , tel que v + ( ! v)<br />
= 0<br />
! ! !<br />
;<br />
iii) d’une opération appelée multiplication par un scalaire qui associe à<br />
chaque nombre réel k <strong>et</strong> à chaque vecteur v ! un vecteur noté kv ! <strong>et</strong><br />
appelé produit <strong>de</strong> k <strong>et</strong> <strong>de</strong> v ! <strong>de</strong> telle façon que :<br />
a) la multiplication par un scalaire est pseudo associative : pour<br />
tous nombres réels k <strong>et</strong> l, <strong>et</strong> pour tout vecteur v ! dans V, on a<br />
! !<br />
que k( lv) = ( kl) v ,<br />
b) la multiplication par un scalaire est distributive relativement à<br />
l’addition <strong>de</strong>s réels : pour tous nombres réels k <strong>et</strong> l, <strong>et</strong> pour<br />
tout vecteur v ! ! ! !<br />
dans V, on a que ( k + l) v = kv + lv ,<br />
c) la multiplication par un scalaire est distributive relativement à<br />
l’addition <strong>de</strong>s vecteurs : pour tout nombre réel k <strong>et</strong> pour tous<br />
vecteurs u ! <strong>et</strong> v ! ! ! ! !<br />
dans V, on a que k( u + v) = ku + kv ,<br />
d) il existe dans ! un élément neutre noté 1 pour lequel, pour<br />
tout v ! ! !<br />
dans V, on a que 1v = v .<br />
1) On puisse additionner les scalaires<br />
A) la somme <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux scalaires k <strong>et</strong> l notée k + l doit être un<br />
scalaire (ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s scalaires pour<br />
l’addition),<br />
B) l’addition <strong>de</strong>s scalaires doit être commutative : pour tous<br />
scalaires k <strong>et</strong> l, on a que k + l = l + k ,<br />
C) l’addition <strong>de</strong>s scalaires doit être associative : pour tous<br />
scalaires k, l <strong>et</strong> m, on a que ( k + l) + m = k + ( l + m)<br />
,<br />
D) l’addition <strong>de</strong>s scalaires doit adm<strong>et</strong>tre un élément neutre,<br />
noté 0, tel que : pour tout scalaire k, on a que<br />
0 + k = k ,<br />
E) tout scalaire k doit adm<strong>et</strong>tre un symétrique pour<br />
l’addition appelé opposé <strong>de</strong> k : pour tout scalaire k, il<br />
existe un scalaire noté k’ tel que k + k ' = 0 , où 0 est<br />
l’élément neutre défini en D).<br />
2) On puisse multiplier les scalaires entre eux<br />
F) le produit <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux scalaires k <strong>et</strong> l noté kl doit être un<br />
scalaire (ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s scalaires pour la<br />
multiplication),<br />
G) la multiplication <strong>de</strong>s scalaires doit être commutative : pour<br />
tous scalaires k <strong>et</strong> l, on a que kl = lk ,<br />
H) la multiplication <strong>de</strong>s scalaires doit être associative : pour<br />
tous scalaires k, l <strong>et</strong> m, on a que ( kl) m = k( lm)<br />
,<br />
I) la multiplication <strong>de</strong>s scalaires doit adm<strong>et</strong>tre un élément<br />
neutre, noté 1, tel que : pour tout scalaire k, on a que<br />
1k = k ,<br />
J) tout scalaire k , sauf 0 l’élément neutre pour<br />
l’addition, doit adm<strong>et</strong>tre un symétrique pour la<br />
multiplication appelé inverse <strong>de</strong> k : pour tout scalaire k,<br />
il existe un scalaire noté k* tel que kk * = 1,<br />
où 1 est<br />
l’élément neutre défini en D);<br />
3) L’addition <strong>et</strong> la multiplication <strong>de</strong>s scalaires soient compatibles :<br />
La multiplication <strong>de</strong>s scalaires doit être distributive relativement à<br />
l’addition <strong>de</strong>s scalaires : pour tous scalaires k, l <strong>et</strong> m, on a que<br />
k( l + m) = kl + km .<br />
Figure 1 Les définitions <strong>de</strong>s structures d’espace vectoriel <strong>et</strong> <strong>de</strong> corps<br />
En particulier certains essaient d’obtenir une symétrie dans<br />
les <strong>de</strong>ux opérations, ce qui donne le résultat suivant :<br />
0 + 0 = 0 0! 0 = 1<br />
0 + 1 = 1<br />
1+ 0 = 1<br />
<strong>et</strong><br />
0! 1 = 0<br />
1! 0 = 0<br />
1+ 1 = 0<br />
1! 1 = 1<br />
Ces <strong>de</strong>ux opérations sont en fait <strong>de</strong>ux fois l’opération<br />
d’addition où le rôle du neutre est tenu par 0 dans la<br />
première <strong>et</strong> 1 dans la secon<strong>de</strong>. L’élève ne voit évi<strong>de</strong>mment<br />
pas le problème <strong>de</strong> l’existence du symétrique pour le neutre<br />
<strong>de</strong> la multiplication, <strong>et</strong> seule la propriété <strong>de</strong> distributivité <strong>de</strong><br />
la multiplication sur l’addition peut lui perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong><br />
constater son erreur. Malheureusement, c’est également la<br />
onzième <strong>et</strong> <strong>de</strong>rnière <strong>de</strong> la liste.<br />
La <strong>de</strong>uxième question du travail propose <strong>de</strong> comparer le<br />
comportement d’une opération <strong>de</strong> multiplication « naturelle<br />
» <strong>et</strong> d’une opération <strong>de</strong> multiplication « artificielle » sur<br />
un ensemble formé <strong>de</strong> couples <strong>de</strong> réels.<br />
Question 2<br />
Considérons l’ensemble K = (!,") |! #! <strong>et</strong> " #!<br />
(! ," ) { } .<br />
Dans c<strong>et</strong> ensemble, <strong>de</strong>ux éléments (! ," ) <strong>et</strong> (! ," ) sont égaux si <strong>et</strong><br />
1 1 2 2<br />
seulement si # ! 1 = ! 2<br />
$<br />
% " 1 = " 2<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 172 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
.<br />
a) Vos professeurs ont vérifié que l’addition terme à terme <strong>de</strong> ces<br />
éléments (semblable à celle dans R 2 ) satisfait bien les cinq<br />
premières propriétés caractéristiques <strong>de</strong>s corps. Expliquer
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
pourquoi la multiplication terme à terme <strong>de</strong> ces éléments, jumelée<br />
avec l’addition terme à terme, ne fait pas <strong>de</strong> K b)<br />
un corps.<br />
(! ," )<br />
Considérons maintenant l’opération suivante que nous appellerons<br />
multiplication sur K (! ," ) :<br />
(! 1 ," 1 )(! 2 ," 2 ) = (! 1 ! 2 # " 1 " 2 ,! 1 " 2 + ! 2 " 1 ) opération <strong>de</strong> multiplication, <strong>et</strong> il la considérera comme<br />
« artificielle » . Il faut toutefois remarquer que la partie<br />
magistrale du cours n’a pas encore abordé le produit scalaire<br />
ni le produit vectoriel, <strong>de</strong>ux produits qui amènent ce genre<br />
. En adm<strong>et</strong>tant que<br />
c<strong>et</strong>te opération est commutative <strong>et</strong> associative, démontrer que<br />
l’ensemble K ( ! , " ) muni <strong>de</strong> l’addition terme à terme <strong>et</strong> <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
multiplication est bien un corps.<br />
<strong>de</strong> considérations. L’existence du neutre <strong>et</strong> <strong>de</strong>s symétriques<br />
pour c<strong>et</strong>te opération <strong>de</strong> multiplication « artificielle » ne peut<br />
plus être <strong>de</strong>vinée <strong>et</strong> aucune métho<strong>de</strong> n’est proposée pour<br />
résoudre ce problème. Cela oblige alors l’élève à interpréter<br />
correctement les définitions <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux propriétés <strong>et</strong> à<br />
transposer le problème en termes <strong>de</strong> couples.<br />
Dans le cas du neutre <strong>de</strong> la multiplication, l’élève <strong>de</strong>vra<br />
Dans la partie a) <strong>de</strong> la question, l’enjeu propose d’examiner<br />
les propriétés <strong>de</strong> l’opération <strong>de</strong> multiplication terme à terme<br />
sur l’ensemble K dans le but d’exhiber ce qui empêche<br />
(! ," )<br />
c<strong>et</strong>te opération <strong>de</strong> définir un corps. Malgré une <strong>de</strong>man<strong>de</strong><br />
relativement spécifique, l’élève va également inclure dans<br />
bien <strong>de</strong>s cas la démonstration <strong>de</strong>s propriétés <strong>de</strong> ferm<strong>et</strong>ure,<br />
<strong>de</strong> commutativité, d’associativité <strong>et</strong> <strong>de</strong> distributivité qui sont<br />
satisfaites par la multiplication terme à terme.<br />
Dans c<strong>et</strong>te première partie <strong>de</strong> la question, la forme que<br />
prennent le neutre <strong>et</strong> les symétriques pour l’opération <strong>de</strong><br />
multiplication peut être <strong>de</strong>vinée. Pour l’élève, il est<br />
relativement facile <strong>de</strong> « voir » que l’élément neutre <strong>de</strong><br />
l’opération <strong>de</strong> multiplication est donné par le couple (1,1) <strong>et</strong><br />
que le symétrique d’un élément ( ! , " ) est <strong>de</strong> la forme<br />
# 1 1 $ . Contrairement à la question 1, le fait d’exhiber ces<br />
% , &<br />
' ! " (<br />
réponses sans les accompagner d’une procédure ne semble<br />
pas inquiéter l’élève dans ce cas-ci. C’est peut-être la notion<br />
<strong>de</strong> contre-exemple, sous-jacente à c<strong>et</strong>te question, qui libère<br />
l’élève du besoin <strong>de</strong> présenter une démarche justifiant son<br />
résultat. Par contre, il lui est beaucoup plus difficile<br />
d’expliquer en quoi la forme du symétrique ne satisfait pas<br />
aux exigences posées par la définition d’un corps. Bien que<br />
le problème <strong>de</strong> la division par zéro ait été présent tout au<br />
long <strong>de</strong> leur cours <strong>de</strong> calcul différentiel, il leur semble<br />
difficile <strong>de</strong> faire l’association entre l’expression 1 <strong>et</strong><br />
!<br />
l’expression 1 . La réflexion <strong>de</strong> l’élève s’articule autour du<br />
0<br />
fait que toutes les autres propriétés étant satisfaites, s’il y a<br />
problème cela doit nécessairement provenir <strong>de</strong> l’existence<br />
<strong>de</strong>s symétriques. C<strong>et</strong>te obligation <strong>de</strong> résultat l’amène<br />
éventuellement à considérer que <strong>de</strong>s couples tels (2,0)<br />
n’ont pas <strong>de</strong> symétriques <strong>et</strong> ne sont pas non plus neutres<br />
pour l’opération d’addition. Pour l’élève qui n’a fait<br />
qu’exhiber le couple (1,1) sans justifier que c’est le seul<br />
possible, le professeur pourrait toutefois intervenir en lui<br />
<strong>de</strong>mandant si l’on peut penser qu’un autre neutre pour la<br />
multiplication pourrait perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> satisfaire à la propriété<br />
d’existence <strong>de</strong>s symétriques.<br />
Dans la <strong>de</strong>uxième partie <strong>de</strong> la question, l’opération <strong>de</strong><br />
multiplication entre les scalaires « couples » proposée<br />
implique <strong>de</strong>s opérations <strong>de</strong> multiplication, d’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
soustraction <strong>de</strong> réels, ce qui peut empêcher l’élève dans<br />
certains cas d’accepter c<strong>et</strong>te opération comme une « vraie »<br />
poser un couple inconnu ( x, y ) <strong>de</strong> K (! ," )<br />
couple ( ! , " ) <strong>de</strong> K , on ait :<br />
(! ," )<br />
tel que, pour tout<br />
(!,")(x, y) = (!,")<br />
qui, après avoir appliqué la définition <strong>de</strong> la multiplication,<br />
<strong>de</strong>vient<br />
(! x " # y,! y + #x) = (!,#) .<br />
En invoquant la définition <strong>de</strong> l’égalité donnée dans c<strong>et</strong>te<br />
question, on a alors le système d’équations linéaires suivant<br />
$ ! x " # y = !<br />
%<br />
&!<br />
y + #x = #<br />
Sans avoir encore développé les métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> résolution <strong>de</strong><br />
systèmes d’équations linéaires dans le cours, les élèves ont<br />
déjà été confrontés à ce genre <strong>de</strong> problème lorsque les<br />
coefficients du système sont déterminés. On r<strong>et</strong>rouve un<br />
problème <strong>de</strong> ce genre à la page 26 du manuel <strong>de</strong> Papillon :<br />
! !<br />
!<br />
Soit u = (3,1) , v = ( ! 2,5) <strong>et</strong> w = (12, ! 13) les expressions, dans<br />
une base donnée, <strong>de</strong> trois vecteurs d'un même plan.<br />
a) Exprimez w ! comme combinaison linéaire <strong>de</strong> ! u <strong>et</strong> ! v .<br />
Ce problème consiste à déterminer <strong>de</strong>ux scalaires k <strong>et</strong> l<br />
! ! !<br />
solution <strong>de</strong> l'équation vectorielle ku + lv = w . En invoquant<br />
l'unicité <strong>de</strong>s composantes d'un vecteur dans une base<br />
donnée, cela revient à résoudre un système <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
équations à <strong>de</strong>ux inconnues à coefficients déterminés, une<br />
tâche que les élèves accomplissent assez facilement par une<br />
métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> comparaison ou <strong>de</strong> substitution. Le manuel<br />
n’est malheureusement pas un coéquipier parfait puisque la<br />
solution qu’il propose s’adapte mal au problème du<br />
questionnaire. La résolution <strong>de</strong> systèmes à coefficients<br />
indéterminés pose en eff<strong>et</strong> beaucoup plus <strong>de</strong> difficultés aux<br />
élèves.<br />
Le premier problème consiste à déterminer les l<strong>et</strong>tres qu’il<br />
faut isoler puisqu’on n’est pas en présence <strong>de</strong> « chiffres <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
l<strong>et</strong>tres », mais bien uniquement <strong>de</strong> l<strong>et</strong>tres. Pour résoudre ce<br />
genre <strong>de</strong> problème, l’élève va essayer, comme dans le cas <strong>de</strong>s<br />
coefficients déterminés, d’appliquer la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
comparaison ou celle <strong>de</strong> substitution. La métho<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
comparaison se prête plutôt mal à ce problème, mais<br />
certains élèves vont tout <strong>de</strong> même faire une tentative pour<br />
obtenir <strong>de</strong>ux équations dont le second membre est 0 pour<br />
pouvoir ensuite utiliser l’égalité <strong>de</strong>s premiers membres;<br />
l’apparence <strong>de</strong> l’équation alors obtenue m<strong>et</strong> souvent un<br />
terme à c<strong>et</strong>te tentative.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 173 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
Dans le cas <strong>de</strong> la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> substitution, l’élève est amené<br />
à effectuer une division par un <strong>de</strong>s coefficients indéterminés<br />
<strong>et</strong> donc éventuellement une division par zéro. Ici encore le<br />
problème <strong>de</strong> la division par zéro qui prend la forme<br />
! + " y<br />
x = n’est pas soulevé par l’élève puisque c<strong>et</strong>te<br />
!<br />
division n’apparaît pas <strong>de</strong> façon explicite.<br />
Très peu d’élèves envisagent la possibilité d’utiliser la<br />
métho<strong>de</strong> d’élimination qui consiste à additionner les <strong>de</strong>ux<br />
équations après avoir multiplié la première par ! <strong>et</strong> la<br />
secon<strong>de</strong> par ! , pour obtenir<br />
c’est-à-dire<br />
ou encore<br />
2<br />
! x " !# y + !# y + # 2<br />
x = ! 2<br />
+ # 2<br />
2<br />
! + " 2 ( ) x = ! 2<br />
+ " 2<br />
2<br />
! + " 2 ( )(x # 1) = 0<br />
C<strong>et</strong>te <strong>de</strong>rnière équation <strong>de</strong>vant être satisfaite pour toute<br />
valeur <strong>de</strong> ! <strong>et</strong> <strong>de</strong> ! , cela implique que<br />
x ! 1 = 0<br />
<strong>et</strong> on obtient 1 comme valeur pour x, puis 0 comme valeur<br />
pour y en substituant la valeur <strong>de</strong> x dans une <strong>de</strong>s équations<br />
initiales. Le neutre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te opération <strong>de</strong> multiplication est<br />
donc le couple (1,0) .<br />
Dans le cas <strong>de</strong> l’existence <strong>de</strong>s symétriques pour la multiplication,<br />
l’élève ne pense généralement pas à exclure à priori le<br />
neutre <strong>de</strong> l’addition en posant comme problème <strong>de</strong> départ :<br />
Soit ( !," ) # (0,0) un couple <strong>de</strong> K , on cherche un couple<br />
(! ," )<br />
( x, y ) <strong>de</strong> K tel que<br />
(! ," )<br />
(!,")(x, y) = (1,0) .<br />
Ce problème se ramène à la résolution d’un système<br />
semblable au précé<strong>de</strong>nt<br />
$ ! x " # y = 1<br />
%<br />
&!<br />
y + #x = 0<br />
où encore une fois la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> substitution va amener les<br />
élèves à effectuer une éventuelle division par zéro. Peu<br />
importe la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> résolution employée, une bonne<br />
partie <strong>de</strong>s élèves arrivent à la forme !<br />
! 2<br />
#"<br />
,<br />
2<br />
+ " ! 2<br />
+ " 2<br />
$<br />
'<br />
%<br />
&<br />
(<br />
) pour le<br />
symétrique du couple ( ! , " ) <strong>et</strong>, comme c<strong>et</strong>te question exige<br />
<strong>de</strong> démontrer la validité <strong>de</strong> l’opération, l’élève conclut ainsi à<br />
l’existence du symétrique pour toute valeur <strong>de</strong> ! <strong>et</strong> <strong>de</strong> !<br />
sans exclure le couple (0,0) , neutre <strong>de</strong> l’addition.<br />
La <strong>de</strong>rnière question <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te partie propose <strong>de</strong> définir <strong>de</strong>s<br />
espaces vectoriels sur ces nouveaux scalaires formés <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
réels.<br />
Question 3<br />
Maintenant que nous savons que K muni <strong>de</strong>s opérations<br />
(! ," )<br />
définies à la question précé<strong>de</strong>nte est un corps <strong>et</strong> qu’il nous fournit<br />
<strong>de</strong>s scalaires, nous sommes autorisés à parler d’espaces vectoriels<br />
sur K (! ," ) . Par exemple, l’espace vectoriel K 2<br />
est l’ensemble<br />
(! ," )<br />
!<br />
v = (( ! , " ),( ! , " )) , où les<br />
<strong>de</strong>s vecteurs <strong>de</strong> la forme 1 1 2 2<br />
composantes (! 1 ," 1 ) <strong>et</strong> (! 2 ," 2 ) sont <strong>de</strong>s scalaires <strong>de</strong> K (! ," ) .<br />
On effectue la somme <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux vecteurs <strong>de</strong> K 2<br />
composante à<br />
(! ," )<br />
composante <strong>et</strong> la multiplication par un scalaire k ! v (où<br />
k = (!, µ) est un scalaire <strong>de</strong> K ) en multipliant chacune <strong>de</strong>s<br />
(! ," )<br />
composantes du vecteur ! v par le scalaire k.<br />
a) Considérons l’ensemble ordonné<br />
B = ((1,0),(0,0));((0,0),(0,1)) . C<strong>et</strong> ensemble <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
vecteurs <strong>de</strong> K 2<br />
(! ," )<br />
constitue-t-il une base <strong>de</strong> K 2<br />
(! ," )<br />
b) Exprimer le vecteur<br />
combinaison linéaire <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> B.<br />
!<br />
v = ((1,2),(3,4)) comme une<br />
Le problème <strong>de</strong> déterminer si <strong>de</strong>ux vecteurs exprimés<br />
relativement à une base d’un espace plan sur les réels<br />
constituent une base <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace a déjà été proposé en<br />
classe. Selon le manuel <strong>de</strong> Papillon (page 19) une base d’un<br />
espace E est : « …un ensemble <strong>de</strong> vecteurs <strong>de</strong> E linéairement<br />
indépendants tel que tout vecteur <strong>de</strong> E s’écrit comme combinaison<br />
linéaire <strong>de</strong> ces vecteurs ». La formulation <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te définition ne<br />
facilite pas la tâche, <strong>et</strong> il n’est pas toujours aisé pour l’élève<br />
<strong>de</strong> comprendre que c<strong>et</strong>te définition exige <strong>de</strong>ux choses <strong>de</strong>s<br />
vecteurs : (i) qu’ils soient linéairement indépendants <strong>et</strong> (ii)<br />
qu’ils forment un ensemble générateur <strong>de</strong> l’ensemble. Si le<br />
schème <strong>de</strong> pensée associé à ce problème n’est pas encore<br />
complètement maîtrisé, <strong>et</strong> ce, malgré la présentation <strong>de</strong><br />
quelques exemples en classe, il est tout <strong>de</strong> même<br />
relativement familier à l’élève. Dans la première partie <strong>de</strong><br />
c<strong>et</strong>te question, ce schème <strong>de</strong> pensée est mis à l’épreuve par<br />
le questionnaire en plaçant l’élève dans une situation où<br />
interviennent trois types d’obj<strong>et</strong>s possédant chacun leurs<br />
propres opérations avec leurs propriétés : les vecteurs, les<br />
scalaires « couples » <strong>et</strong> les scalaires réels. Ceci oblige l’élève à<br />
une certaine pru<strong>de</strong>nce dans ces manipulations afin d’utiliser<br />
la bonne opération au bon moment. Un certain nombre<br />
d’élèves vont également vouloir tenter <strong>de</strong> réutiliser la<br />
multiplication « naturelle », c'est-à-dire terme à terme, entre<br />
les scalaires <strong>de</strong> l’ensemble K alors que la question<br />
(! ," )<br />
précé<strong>de</strong>nte les avait amenés à conclure que celle-ci ne<br />
satisfaisait pas aux exigences d’un corps.<br />
La définition d’indépendance linéaire <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux vecteurs telle<br />
que proposée par Papillon (page 18) fait appel à<br />
l’impossibilité d’écrire un vecteur comme combinaison<br />
linéaire <strong>de</strong> l’autre, ce qui propose à l’élève <strong>de</strong> travailler la<br />
structure <strong>de</strong> la preuve par contradiction. On suppose<br />
l’existence d’un scalaire k = (!, µ) <strong>de</strong> K tel que<br />
(! ," )<br />
((0,0),(0,1)) = k((1,0),(0,0))<br />
ce qui, en effectuant la multiplication par un scalaire selon<br />
les opérations sur les composantes, s’écrit<br />
((0,0),(0,1)) = ( k(1,0), k(0,0))<br />
.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 174 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
?
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
En invoquant par la question précé<strong>de</strong>nte que (1,0) est neutre<br />
pour la multiplication <strong>et</strong> en observant que (0,0) est<br />
absorbant pour la multiplication <strong>de</strong>s scalaires couples, ceci<br />
s’écrit<br />
((0,0),(0,1)) = ( k,(0,0))<br />
.<br />
En faisant alors successivement appel à l’unicité <strong>de</strong>s<br />
composantes <strong>et</strong> à la définition <strong>de</strong> l’égalité <strong>de</strong>s scalaires<br />
couples, on obtient<br />
" 0 = !<br />
# 0 = µ<br />
$<br />
# 0 = 0<br />
#<br />
% 1 = 0<br />
Bien que la <strong>de</strong>rnière égalité soit évi<strong>de</strong>mment fausse pour les<br />
réels, les <strong>de</strong>ux premières égalités peuvent laisser penser à<br />
l’élève que le scalaire k existe <strong>et</strong> ainsi les <strong>de</strong>ux vecteurs ne<br />
seraient pas linéairement indépendants. C<strong>et</strong>te apparente<br />
contradiction entre le fait que certaines équations possè<strong>de</strong>nt<br />
une solution alors que d’autres sont incohérentes dans un<br />
même système réapparaîtra beaucoup plus tard dans le cours<br />
au moment <strong>de</strong> l’application <strong>de</strong> la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> Gauss-Jordan.<br />
Le problème <strong>de</strong> vérifier si les <strong>de</strong>ux vecteurs peuvent<br />
engendrer l’ensemble K 2<br />
, quoique semblable au<br />
(! ," )<br />
problème précé<strong>de</strong>nt, présente un niveau <strong>de</strong> difficulté plus<br />
élevé. Ce problème exige <strong>de</strong> proposer un vecteur<br />
!<br />
quelconque v = ((! ," ),(! ," )) <strong>de</strong><br />
1 1 2 2 K 2<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> chercher à<br />
(! ," )<br />
exprimer v ! comme combinaison linéaire <strong>de</strong>s vecteurs <strong>de</strong><br />
l’ensemble ordonné B, c’est-à-dire <strong>de</strong> déterminer <strong>de</strong>ux<br />
scalaires k1 = (! 1 ,µ 1 ) <strong>et</strong> k2 = (! 2 ,µ ) tels que<br />
2<br />
!<br />
v = k ((1,0),(0,0)) + k ((0,0),(0,1)) .<br />
1 2<br />
Ce problème se ramène à résoudre un système <strong>de</strong> quatre<br />
équations à quatre inconnues dont la solution est presque<br />
systématiquement présentée par l’élève sous la forme<br />
suivante :<br />
% ! = " 1 1<br />
'<br />
' # = µ 1 1<br />
&<br />
'!<br />
= $µ 2 2<br />
'<br />
(<br />
# 2 = " 2<br />
indiquant ainsi qu’il y a encore une certaine confusion dans<br />
son esprit entre les obj<strong>et</strong>s donnés <strong>et</strong> les obj<strong>et</strong>s cherchés.<br />
La <strong>de</strong>uxième partie <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te question n’est qu’une simple<br />
application du résultat précé<strong>de</strong>nt, mais très rares sont les<br />
élèves qui vont la percevoir comme telle. La procédure <strong>de</strong> la<br />
question précé<strong>de</strong>nte ayant fait ses preuves avec <strong>de</strong>s l<strong>et</strong>tres,<br />
l’élève n’hésite pas à construire à nouveau le système<br />
d’équations <strong>et</strong> à répéter au grand compl<strong>et</strong> la solution<br />
proposée précé<strong>de</strong>mment en remplaçant les l<strong>et</strong>tres par les<br />
chiffres.<br />
3. Le travail : <strong>de</strong>uxième acte<br />
Dans la <strong>de</strong>uxième partie du travail, on propose à l’élève <strong>de</strong><br />
faire le lien entre les scalaires « couples » <strong>et</strong> les scalaires réels,<br />
puis d’obtenir une notation qui perm<strong>et</strong>tra <strong>de</strong> manipuler plus<br />
simplement ces scalaires « couples ». La portion magistrale<br />
du cours qui précè<strong>de</strong> a permis <strong>de</strong> présenter les idées<br />
associées au produit scalaire, la projection orthogonale <strong>et</strong> les<br />
déterminants 2! 2 <strong>et</strong> 3! 3 . C<strong>et</strong>te partie est entreprise en<br />
<strong>de</strong>mandant à l’élève <strong>de</strong> considérer le sous-ensemble<br />
K = (!,0) ! "!<br />
(! ,0) { } formé <strong>de</strong> tous les éléments <strong>de</strong> K (! ," )<br />
dont le <strong>de</strong>uxième terme est nul <strong>et</strong> d’examiner le<br />
comportement <strong>de</strong> ces éléments relativement aux opérations<br />
d’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication telles que définies sur<br />
l’ensemble K dans la première partie du travail. Le<br />
(! ," )<br />
canevas <strong>de</strong> travail va préciser que l’ensemble K (! ,0 ) étant<br />
inclus dans l’ensemble K , il hérite <strong>de</strong>s propriétés du<br />
(! ," )<br />
corps K qui ne font pas appel à la présence d’un<br />
(! ," )<br />
scalaire particulier <strong>et</strong> ainsi les propriétés <strong>de</strong> commutativité,<br />
d’associativité <strong>et</strong> <strong>de</strong> distributivité <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux opérations étant<br />
satisfaites pour les scalaires <strong>de</strong> l’ensemble K , elles le<br />
(! ," )<br />
sont aussi pour les scalaires <strong>de</strong> l’ensemble K (! ,0 ) .<br />
Première question<br />
Vérifier si les propriétés qui ne sont pas héritées du corps K (! ," )<br />
sont aussi satisfaites pour K muni <strong>de</strong> l’égalité <strong>et</strong> <strong>de</strong>s opérations<br />
(! ,0 )<br />
d’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication définies dans le premier travail. Conclure<br />
sur la nature <strong>de</strong> K (! ,0 ) .<br />
C<strong>et</strong>te question est évi<strong>de</strong>mment une transposition du<br />
« théorème » <strong>de</strong>s sous-espaces vectoriels. La notion <strong>de</strong> sousespace<br />
vectoriel <strong>et</strong> les résultats qui lui sont associés ne font<br />
pas partie du programme du cours d’algèbre linéaire au<br />
niveau collégial bien que plusieurs manuels utilisés pour ce<br />
cours les introduisent. Ce n’est toutefois pas le cas du<br />
manuel <strong>de</strong> Papillon <strong>et</strong> par conséquent l’élève ne dispose<br />
d’aucun modèle à suivre à l’exception <strong>de</strong>s schèmes <strong>de</strong><br />
pensée qui ont été exploités dans la première partie du<br />
travail.<br />
Il est donc naturel pour l’élève <strong>de</strong> vouloir réutiliser ces<br />
schèmes dans le cadre <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te nouvelle situation. Dans la<br />
première partie du travail, la possibilité <strong>de</strong> conclure sur la<br />
ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong>s opérations sur les scalaires « couples » <strong>de</strong><br />
l’ensemble K n’exigeait <strong>de</strong> l’élève qu’une observation<br />
(! ," )<br />
concernant le fait que le résultat <strong>de</strong> l’opération était bien un<br />
couple <strong>de</strong> réels. La validation <strong>de</strong> ce schème suite à la<br />
correction du premier travail, ajoutée au fait que la situation<br />
actuelle présente suffisamment <strong>de</strong> ressemblance avec celle<br />
<strong>de</strong> la première partie, va amener l’élève à proposer le même<br />
argument pour conclure à la ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong>s opérations<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 175 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
d’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication sur l’ensemble K (! ,0 ) sans<br />
jamais faire intervenir le fait que le <strong>de</strong>uxième terme <strong>de</strong> ces<br />
scalaires couples doit être 0. Ici, il faut sans doute m<strong>et</strong>tre la<br />
faute sur la question posée : en proposant une situation qui<br />
« marche », l’ensemble K (! ,0 ) muni <strong>de</strong>s opérations <strong>de</strong> K (! ," )<br />
étant effectivement un corps, l’élève ne dispose d’aucun<br />
moyen pour modifier la procédure qu’il a utilisée<br />
précé<strong>de</strong>mment <strong>et</strong> il faut donc s’attendre à ce genre <strong>de</strong><br />
solution. Une question qui serait beaucoup plus intéressante<br />
ici <strong>et</strong> qui perm<strong>et</strong>trait d’éviter c<strong>et</strong>te erreur <strong>de</strong> raisonnement<br />
serait <strong>de</strong> proposer à l’élève <strong>de</strong> comparer le comportement du<br />
sous-ensemble K = { (!,0) ! "! } <strong>et</strong> du sous-ensemble<br />
(! ,0 ) K = { (!,1) ! "! } relativement aux opérations d’addition<br />
(! ,1)<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> multiplication.<br />
Le problème <strong>de</strong> la réutilisation <strong>de</strong>s anciens schèmes apparaît<br />
une secon<strong>de</strong> fois dans c<strong>et</strong>te question. La première partie du<br />
travail avait en eff<strong>et</strong> permis d’établir une procédure<br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> déterminer que le couple (1,0) représentait<br />
l’élément neutre pour la multiplication dans l’ensemble<br />
K (! ," ) <strong>et</strong> que tout couple ( ! , " ) # (0,0) possédait un inverse<br />
qui prenait la forme !<br />
! 2<br />
#"<br />
,<br />
2<br />
+ " ! 2<br />
+ " 2<br />
$<br />
'<br />
%<br />
&<br />
(<br />
) . Plutôt que <strong>de</strong> prendre<br />
ces résultats comme point <strong>de</strong> départ <strong>et</strong> d’invoquer que le<br />
couple (1,0) fait également partie <strong>de</strong> l’ensemble K , puis<br />
(! ,0 )<br />
<strong>de</strong> remarquer que, si on applique la forme générale <strong>de</strong>s<br />
inverses au couple (!,0) avec ! " 0 , on obtient un couple<br />
<strong>de</strong> la forme<br />
1<br />
! ,0<br />
" %<br />
#<br />
$<br />
&<br />
' qui est un élément <strong>de</strong> K , la presque<br />
(! ,0 )<br />
totalité <strong>de</strong>s élèves préfère reprendre à zéro la procédure pour<br />
ainsi recalculer une secon<strong>de</strong> fois l’élément neutre puis les<br />
inverses.<br />
La <strong>de</strong>uxième question va perm<strong>et</strong>tre d’établir que le corps<br />
K (! ,0 )<br />
<strong>et</strong> le corps <strong>de</strong>s réels ne sont que <strong>de</strong>ux expressions du<br />
même obj<strong>et</strong>. En guise <strong>de</strong> préambule, on propose à l’élève la<br />
définition suivante d’un isomorphisme :<br />
En d’autres mots, il s’agit <strong>de</strong> trouver une fonction f : K " !<br />
(! ,0 )<br />
inversible (i.e. dont la réciproque existe) telle que:<br />
1.<br />
2.<br />
( ) + ! 2 ,0 ( )<br />
( ) = f ! 1 ,0 ( ) ( ) + f ! 2 ,0 ( ( ) )<br />
( ) ! 2 ,0 ( )<br />
( ) = f ! 1 ,0 ( ) ( ) f ! 2 ,0 ( ( ) )<br />
f ! 1 ,0<br />
f ! 1 ,0<br />
Une fonction qui possè<strong>de</strong> ces propriétés porte le joli nom d’isomorphisme<br />
entre les ensembles K (! ,0 ) <strong>et</strong> ! 2 .<br />
On pose alors la question suivante :<br />
Deuxième question<br />
Définir un isomorphisme entre K (! ,0 ) <strong>et</strong> ! perm<strong>et</strong>tant d’établir que<br />
les ensembles K (! ,0 ) <strong>et</strong> ! munis <strong>de</strong> leurs opérations respectives se<br />
Ici encore les exigences <strong>de</strong> la question ne portent que sur le<br />
résultat souhaité. Les élèves ont déjà été confrontés au mot<br />
définir dans une question précé<strong>de</strong>nte, mais malgré cela un<br />
certain nombre d’entre eux, quoique dans une proportion<br />
plus faible que précé<strong>de</strong>mment, tiennent encore à déduire la<br />
fonction <strong>de</strong>mandée à partir <strong>de</strong>s propriétés qu’elle doit<br />
satisfaire. Bien que cela soit évi<strong>de</strong>mment possible en<br />
utilisant la <strong>de</strong>uxième propriété, le schème envisagé n’est pas<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong> ordre <strong>et</strong>, sans soutien du professeur, c<strong>et</strong>te approche<br />
n’est pas facilement accessible à l’élève. C<strong>et</strong>te question pose<br />
<strong>de</strong>ux difficultés aux élèves. La première concerne le fait que<br />
ceux-ci n’ont jamais travaillé dans leurs cours <strong>de</strong> calcul avec<br />
autre chose que <strong>de</strong>s fonctions dont le domaine <strong>et</strong> l’image<br />
étaient <strong>de</strong>s sous-ensembles <strong>de</strong> R. La secon<strong>de</strong> difficulté que<br />
pose c<strong>et</strong>te question à l’élève se trouve dans la simplicité <strong>de</strong> la<br />
fonction qu’il est possible d’exhiber pour satisfaire aux<br />
exigences, la plus simple étant évi<strong>de</strong>mment définie par la<br />
règle <strong>de</strong> correspondance : f ((!,0)) = ! . Ce qui semble<br />
embêter le plus l’élève, c’est l’absence <strong>de</strong> « calculs » dans<br />
c<strong>et</strong>te fonction. Certains vont alors tenter <strong>de</strong> combler c<strong>et</strong>te<br />
absence en proposant <strong>de</strong>s fonctions <strong>de</strong> la forme<br />
3 3<br />
f ((!,0)) = ! + 0 <strong>et</strong> même f ((!,0)) = ! + 0 .<br />
La question qui concerne l’existence <strong>de</strong> la fonction inverse<br />
est ici un prétexte pour revisiter c<strong>et</strong>te notion. La notion <strong>de</strong><br />
fonction inversible (ou réciproque) a été vue une première<br />
fois à la fin du niveau secondaire, puis a été reprise dans les<br />
cours <strong>de</strong> calculs du niveau collégial lors <strong>de</strong> la présentation<br />
<strong>de</strong>s fonctions logarithmiques <strong>et</strong> <strong>de</strong>s fonctions trigonométriques<br />
inverses. Au secondaire, on présente une métho<strong>de</strong><br />
perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> trouver la fonction réciproque d’une fonction<br />
rationnelle du premier <strong>de</strong>gré. Au collégial, on essaie <strong>de</strong><br />
caractériser la réciproque d’une fonction par l’opération <strong>de</strong><br />
composition. Évi<strong>de</strong>mment, pour la plupart <strong>de</strong>s élèves, c<strong>et</strong>te<br />
caractérisation ne fait plus partie <strong>de</strong>s schèmes <strong>de</strong> pensée<br />
disponibles. Par contre le schème présenté au secondaire est<br />
encore accessible à l’élève, mais malheureusement ne lui est<br />
pas utile ici. Le professeur doit donc intervenir <strong>et</strong> suggérer à<br />
l’élève d’en discuter avec son manuel <strong>de</strong> calcul différentiel.<br />
La troisième question amène l’élève à considérer la<br />
possibilité que le sous-ensemble K = { (0,!) ! "! } soit<br />
( 0,! )<br />
également un corps.<br />
Troisième question<br />
i) Calculer le produit (0,1) 2 ;<br />
ii) Déterminer si le sous-ensemble K ( 0,! )<br />
multiplication telles que définies sur K est un corps.<br />
(! ," )<br />
muni <strong>de</strong> l’addition <strong>et</strong> <strong>de</strong> la<br />
On remarque évi<strong>de</strong>mment que le résultat <strong>de</strong> la première<br />
partie <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te question perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> répondre à la secon<strong>de</strong>.<br />
Bien que le schème <strong>de</strong> pensée associé à la ferm<strong>et</strong>ure d’une<br />
opération ait acquis une certaine solidité, celle-ci n’est<br />
toutefois pas suffisante pour perm<strong>et</strong>tre à l’élève d’exploiter<br />
le résultat <strong>de</strong> la question i). Presque tous les élèves vont<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 176 31 mai <strong>et</strong> 1er comportent <strong>de</strong> façon i<strong>de</strong>ntique.<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
juin 2006
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
montrer la non-ferm<strong>et</strong>ure <strong>de</strong> la multiplication en effectuant<br />
la multiplication <strong>de</strong>s couples (! ,0) <strong>et</strong> (! ,0) .<br />
1 2<br />
Les questions suivantes dans c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>uxième partie vont<br />
amener les élèves à utiliser une écriture sans couples pour les<br />
éléments du corps K (! ," )<br />
en notant les couples <strong>de</strong> la forme<br />
(!,0) par ! <strong>et</strong> en notant le couple (0,1) par c comme la<br />
première l<strong>et</strong>tre du mot compliqué.<br />
Quatrième question<br />
Montrer que tout scalaire ( ! , " ) du corps K ( ! , " ) peut maintenant<br />
être noté par ! + " c , i.e. ( ! , " ) ! ! + " c .<br />
C<strong>et</strong>te question illustre la difficulté que le symbolisme pose à<br />
l’élève. Depuis le début du travail, bien que ! <strong>et</strong> ! ne<br />
représentent que <strong>de</strong>ux nombres réels, ! a toujours été le<br />
premier terme du couple <strong>et</strong> ! n’a jamais été autre chose que<br />
le second terme. C<strong>et</strong>te apparence <strong>de</strong> différence dans la<br />
nature <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux réels a comme conséquence que la<br />
notation ( ! , 0) ! ! proposée par le questionnaire après la<br />
question 2 pour les éléments du corps K sera mal<br />
(! ,0 )<br />
généralisée dans le cas <strong>de</strong> ! . Pour l’élève, elle prendra<br />
alors la forme ! ! (0, ! ) .<br />
La nouvelle notation <strong>de</strong> la question 4 va perm<strong>et</strong>tre à l’élève<br />
écriture du résultat <strong>de</strong> la question 3 i) sous une forme « plus<br />
audacieuse » comme le dit si bien Papillon à la page 298 :<br />
c 2<br />
= !1 .<br />
Pour terminer c<strong>et</strong>te partie, on propose à l’élève une écriture<br />
plus simple pour la multiplication.<br />
Cinquième question<br />
Sans utiliser la formulation en couples, effectuer les produits suivants :<br />
"<br />
3<br />
i) (3 ! 4c) +<br />
25<br />
4<br />
c<br />
#<br />
$<br />
25 &<br />
' ;<br />
ii) (! 1 + " 1c) ! 2 + " 2c ( ).<br />
%<br />
Et, après avoir défini le conjugué d’un nombre, on pose la<br />
question suivante :<br />
Sixième question<br />
Toujours avec la nouvelle notation, montrer que pour tout scalaire du<br />
corps K , le résultat <strong>de</strong> la multiplication par son conjugué est un<br />
(! ," )<br />
nombre réel positif.<br />
Les questions 5i), 5ii) <strong>et</strong> 6 sont essentiellement trois fois la<br />
même question qui est posée à l’élève. L’expression générale<br />
est le résultat <strong>de</strong> 5 ii), mais très peu d’élèves vont réinvestir<br />
le résultat <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te question pour les appliquer à la question<br />
6 ou encore à la question 5 i) qui a le défaut <strong>de</strong> précé<strong>de</strong>r la<br />
question 5 ii).<br />
4. Le travail : troisième acte<br />
Dans c<strong>et</strong>te troisième partie, nous amenons l’élève à établir<br />
une formule <strong>de</strong> calcul pour le produit scalaire sur l’espace<br />
vectoriel K 2<br />
à partir <strong>de</strong>s propriétés axiomatiques du<br />
(! ," )<br />
produit scalaire. Les élèves ont déjà pu définir une base <strong>de</strong><br />
l’espace vectoriel K 2<br />
lors <strong>de</strong> la première partie <strong>de</strong> ce<br />
(! ," )<br />
travail. La partie magistrale du cours a permis une<br />
présentation axiomatique <strong>de</strong>s formules <strong>de</strong> calcul du<br />
déterminant 2! 2 , du déterminant 3! 3 <strong>et</strong> du produit<br />
vectoriel. Les élèves ont également été en contact avec les<br />
trois « définitions » du produit scalaire que propose<br />
Papillon :<br />
• Géométrique :<br />
!<br />
ui ! v = ! u ! v cos! où ! est l’angle entre ! u <strong>et</strong> ! v ;<br />
• Algébrique :<br />
!<br />
ui ! v = u v + u v + ... + u v où<br />
1 1 2 2 n n<br />
!<br />
u = (u 1 ,u 2 ,...,u n ) <strong>et</strong><br />
!<br />
v = (v 1 ,v 2 ,...,v n ) sont exprimés relativement à une base<br />
orthonormée;<br />
• Axiomatique :<br />
Une fonction qui associe à tout couple ! u, ! v <strong>de</strong><br />
vecteurs un réel noté ! ui ! v tel que :<br />
! ! ! !<br />
PS1 uiv = vi u<br />
! ! ! ! ! !<br />
PS2 ( ku) iv = ui( kv) = k( ui v)<br />
! ! ! ! ! ! !<br />
PS3 ui( v + w) = uiv + ui w<br />
! ! ! 2<br />
PS4 ui u = u .<br />
Chacune <strong>de</strong> ces « définitions » du produit scalaire peut être<br />
considérée comme une généralisation <strong>de</strong> la précé<strong>de</strong>nte; la<br />
première n’a <strong>de</strong> sens que pour ! 2 ou ! 3 , le secon<strong>de</strong> est<br />
limitée à ! n <strong>et</strong> la troisième n’impose aucune restriction sur<br />
l’espace considéré. On <strong>de</strong>man<strong>de</strong> alors à l’élève <strong>de</strong> tenter <strong>de</strong><br />
poursuivre c<strong>et</strong>te généralisation afin d’obtenir une formule <strong>de</strong><br />
calcul dans le cas où l’on remplacerait le mot réel par le mot<br />
scalaire dans la troisième définition, la définition<br />
axiomatique du produit scalaire.<br />
Les trois premières questions <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te partie examinent la<br />
possibilité d’utiliser pour l’espace vectoriel K 2<br />
(! ," )<br />
la formule<br />
<strong>de</strong> calcul du produit scalaire dans ! n sur K 2<br />
. Après<br />
(! ," )<br />
avoir donné un exemple <strong>de</strong> généralisation <strong>et</strong> avoir montré<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 177 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
que<br />
! 2<br />
2<br />
! K , on propose la réflexion suivante :<br />
(" ,# )<br />
La vieille formule algébrique du calcul du produit scalaire sur ! 2 est-<br />
elle encore applicable sur K 2<br />
? Si oui, BINGO!, le troisième<br />
(! ," )<br />
travail est terminé.<br />
Troisième question
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
a) En considérant que les vecteurs <strong>de</strong> K 2<br />
sont donnés<br />
(! ," )<br />
relativement à une base orthonormée <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace, effectuer les<br />
produits scalaires suivants à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la formule <strong>de</strong> la page 54 <strong>de</strong><br />
Papillon.<br />
PS2*<br />
(1,c)i(1,c) ;<br />
(1+ c,3)i(2 ! 3c,!5 + 2c) ;<br />
(1! c,2 + 2c)i(1! c,2 + 2c) ;<br />
(k! u)i ! v = k( ! ui ! v);<br />
PS3* ! ui( ! v + ! w) = ! ui ! v + ! ui ! w;<br />
!<br />
PS4* ui ! u = ! u 2<br />
.<br />
Il aurait sans doute été souhaitable que c<strong>et</strong>te nouvelle<br />
définition du produit scalaire apporte une modification à la<br />
propriété PS4 plutôt qu’à pas la propriété PS1, mais comme<br />
la propriété PS4 fait le lien entre les scalaires <strong>et</strong> les réels, elle<br />
doit évi<strong>de</strong>mment rester invariante.<br />
i)<br />
ii)<br />
iii)<br />
iv)<br />
(5c,0)i(5c,0) ;<br />
b) Commenter les résultats obtenus en a);<br />
c) Le troisième travail est-il terminé?<br />
La réponse à la question c) est évi<strong>de</strong>mment non puisque le<br />
travail comporte encore cinq autres questions, mais sans<br />
c<strong>et</strong>te <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, les résultats <strong>de</strong> a) ne sont pas suffisamment<br />
troublants pour amener l’élève à considérer que l’application<br />
<strong>de</strong> la formule <strong>de</strong> calcul du produit scalaire <strong>de</strong> ! 2 contrevient<br />
aux axiomes du produit scalaire lorsqu’appliquée à<br />
l’espace K 2<br />
. Quant à la question a), ce n’est qu’une<br />
(! ," )<br />
application <strong>de</strong> la notation pour les scalaires « couples » <strong>de</strong><br />
K obtenue dans la <strong>de</strong>uxième partie <strong>de</strong> ce travail <strong>et</strong> l’élève<br />
(! ," )<br />
obtient assez aisément que :<br />
i) (1,c)i(1,c) = 0;<br />
ii) (1+ c,3)i(2 ! 3c,!5 + 2c) = !10 + 5c;<br />
iii) (1 ! c,2 + 2 c) i (1 ! c,2 + 2 c) = 6c<br />
;<br />
iv) (5c,0)i(5c,0) = !25.<br />
La question b) pose beaucoup plus <strong>de</strong> difficultés : l’élève sait<br />
qu’on lui <strong>de</strong>man<strong>de</strong> un argument démontrant qu’au moins<br />
une <strong>de</strong>s propriétés du produit scalaire est violée, mais c<strong>et</strong>te<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> n’est pas facile à satisfaire. Dans un premier temps,<br />
l’élève croit voir un problème en i) <strong>et</strong> iv) : le résultat <strong>de</strong> ces<br />
<strong>de</strong>ux produits scalaires sur le corps K est un nombre<br />
(! ," )<br />
réel. La difficulté à m<strong>et</strong>tre le doigt sur le problème s’explique<br />
sans doute par le fait que la propriété PS4, celle qui dans ce<br />
cas est violée, est la plus obscure pour l’élève, en particulier<br />
parce qu’elle n’a pas d’équivalent comme les trois autres<br />
propriétés (commutativité, pseudo associativité <strong>et</strong> distributivité)<br />
pour d’autres opérations. C<strong>et</strong>te difficulté ne peut être<br />
que difficilement surmontée sans l’insistance du professeur à<br />
rappeler le lien qui existe entre produit scalaire, norme <strong>et</strong><br />
longueur d’un vecteur.<br />
Le canevas <strong>de</strong> travail va trouver un prétexte dans c<strong>et</strong>te<br />
incohérence pour proposer une nouvelle définition axiomatique<br />
du produit scalaire.<br />
Définition<br />
Étant donné un espace vectoriel défini sur le corps K , un produit<br />
(! ," )<br />
scalaire est une fonction qui associe à tout couple <strong>de</strong> vecteurs <strong>de</strong> c<strong>et</strong><br />
espace vectoriel un <strong>et</strong> un seul scalaire (ici un élément <strong>de</strong> K ) <strong>et</strong><br />
(! ," )<br />
respecte les quatre propriétés suivantes :<br />
PS1* ! ui ! v = ! vi ! u ;<br />
Les trois questions suivantes vont d’abord amener l’élève à<br />
vérifier que la propriété PS1* reste cohérente avec la<br />
propriété PS1 lorsque le corps considéré est ! . Par la suite,<br />
on lui propose <strong>de</strong>ux résultats qui seront nécessaires au<br />
développement <strong>de</strong> la formule <strong>de</strong> calcul du produit scalaire à<br />
partir <strong>de</strong>s propriétés axiomatiques <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te opération sur le<br />
corps K . En particulier la sixième question va examiner<br />
(! ," )<br />
les conséquences que peut avoir l’anti-commutativité <strong>de</strong> la<br />
propriété PS1* sur les propriétés PS2* <strong>et</strong> PS3*.<br />
Sixième question<br />
a) La propriété PS2* indique que (k! u)i ! v = k( ! ui ! v) . Est-il vrai<br />
que ! ui(k ! v) = k( ! ui ! v) aussi?<br />
b) La propriété PS3* indique que ! ui( ! v + ! w) = ! ui ! v + ! ui ! w. Est-il<br />
vrai que ( ! v + ! w)i ! u = ! vi ! u + ! wi ! u aussi?<br />
L’élève semble avoir <strong>de</strong> la difficulté à accepter qu’une seule<br />
<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux propriétés soit affectée par la nouvelle propriété<br />
PS1* (seule PS2* est affectée) <strong>et</strong>, si on obtient que<br />
! ui(k ! v) = k ( ! ui ! v) , il lui faut également placer un conjugué<br />
quelque part dans PS3*.<br />
Après avoir rappelé la définition d’une base orthonormée, la<br />
septième question <strong>de</strong>man<strong>de</strong> à l’élève d’obtenir la nouvelle<br />
formule <strong>de</strong> calcul.<br />
Septième question<br />
a) En adm<strong>et</strong>tant l’existence d’une base orthonormée B = ! e 1 , ! e 2<br />
K 2<br />
, établir une formule <strong>de</strong> calcul pour le produit scalaire <strong>de</strong><br />
(! ," )<br />
<strong>de</strong>ux vecteurs<br />
!<br />
u = (k 1 , k 2 ) <strong>et</strong><br />
relativement à c<strong>et</strong>te base;<br />
!<br />
v = (l ,l ) <strong>de</strong><br />
1 2 K 2<br />
exprimés<br />
(! ," )<br />
b) Vérifier que, dans le cas particulier où les composantes k 1 , k 2 ,l 1<br />
<strong>et</strong> l 2 <strong>de</strong>s vecteurs ! u <strong>et</strong> ! v sont <strong>de</strong>s nombres réels, la formule<br />
obtenue en a) correspond à la définition du produit scalaire<br />
sur ! 2 .<br />
C<strong>et</strong>te question va perm<strong>et</strong>tre à l’élève <strong>de</strong> faire le lien entre les<br />
connaissances qu’il possè<strong>de</strong> déjà <strong>et</strong> les nouvelles<br />
connaissances amenées par le questionnaire. Ce lien lui sera<br />
offert par le troisième membre <strong>de</strong> l’équipe. Le livre <strong>de</strong><br />
Papillon présente le développement <strong>de</strong> la formule <strong>de</strong> calcul<br />
pour le déterminant 2! 2 , une présentation qui remonte à la<br />
<strong>de</strong>uxième partie du cours magistral. En invoquant les<br />
propriétés appropriées, il prend la forme suivante :<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 178 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
<strong>de</strong>
Les différents acteurs d’une situation d’apprentissage par problèmes Nicolas Pfister<br />
! (a,b),(c, d) = ! a ! i + b ! j,c ! i + d ! j<br />
=! a ! i ,c ! i + d ! j + ! b ! j,c ! i + d ! j<br />
=! a ! i ,c ! i + ! a ! i , d ! j + ! b ! j,c ! i + ! b ! j, d ! j<br />
=ac! ! i , ! i + ad! ! i , ! j + bc! ! j, ! i + bd! ! j, ! <strong>de</strong> s’assurer que le manuel acquiert un statut d’intervenant à<br />
part entière : il ne s’agit pas uniquement d’écouter le manuel,<br />
il faut aussi le comprendre. Nous pensons que c’est dans<br />
l’apprentissage <strong>de</strong> ce rôle du manuel que l’élève saura<br />
profiter le plus <strong>de</strong>s mises en situation « par problèmes ».<br />
j<br />
=0 + ad! ! i , ! j + bc! ! j, ! i + 0<br />
=ad! ! i , ! j " bc! ! i , j<br />
=ad " bc.<br />
En faisant parler le manuel, l’élève pourra obtenir un<br />
développement presque i<strong>de</strong>ntique pour la formule du<br />
produit scalaire. En invoquant les propriétés appropriées, il<br />
prend la forme suivante :<br />
! ! ! !<br />
(k , k ) • (l ,l ) = (k e + k e ) • (l e + l e )<br />
1 2 1 2 1 1 2 2 1 1 2 2<br />
! ! ! ! ! !<br />
=(k e ) • (l e + l e ) + (k e ) • (l e + l e )<br />
1 1 1 1 2 2 2 2 1 1 2 2<br />
! ! ! ! ! ! ! !<br />
=(k e ) • (l e ) + (k e ) • (l e ) + (k e ) • (l e ) + (k e ) • (l e )<br />
1 1 1 1 1 1 2 2 2 2 1 1 2 2 2 2<br />
=(k 1 l 1 )( ! e 1 • ! e 1 ) + (k 1 l 2 )( ! e 1 • ! e 2 ) + (k 2 l 1 )( ! e 2 • ! e 1 ) + (k 2 l 2 )( ! e 2 • ! e 2 )<br />
=(k 1 l 1 )( ! e 1 • ! e 1 ) + 0 + 0 + (k 2 l 2 )( ! e 2 • ! e 2 )<br />
=k 1 l 1 + k 2 l 2 .<br />
La <strong>de</strong>uxième partie <strong>de</strong> la question perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> confirmer que<br />
c<strong>et</strong>te nouvelle formule pour le produit scalaire est bien une<br />
généralisation <strong>de</strong> celle sur ! 2 .<br />
Pour terminer, nous proposons à l’élève <strong>de</strong> revenir au point<br />
où les problèmes sont apparus dans c<strong>et</strong>te troisième partie en<br />
ramenant une question précé<strong>de</strong>nte.<br />
Huitième question<br />
a) En considérant que les vecteurs <strong>de</strong> K 2<br />
sont donnés<br />
(! ," )<br />
relativement à une base orthonormée <strong>de</strong> c<strong>et</strong> espace, effectuer les<br />
produits scalaires suivants à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la formule établie à la<br />
question 7.<br />
i) (1,c)i(1,c) ;<br />
ii)<br />
(1+ c,3)i(2 ! 3c,!5 + 2c) ;<br />
iii) (1! c,2 + 2c)i(1! c,2 + 2c) ;<br />
iv) (5c,0)i(5c,0) ;<br />
b) Commenter les résultats obtenus en a);<br />
c) Le troisième travail est-il terminé?<br />
C<strong>et</strong>te fois-ci, au grand soulagement <strong>de</strong> l’élève, la réponse à la<br />
question c) est oui.<br />
5. Conclusion<br />
Ce travail a tenté d’examiner les rôles <strong>de</strong>s différents acteurs<br />
qui interviennent lorsque l’on place l’élève <strong>de</strong>vant une<br />
situation d’apprentissage par problèmes : le questionnaire, le<br />
professeur, le manuel <strong>et</strong> l’élève. Tout en étant tout à fait<br />
solidaires les uns <strong>de</strong>s autres, ils doivent apprendre à agir <strong>de</strong><br />
façon autonome. Le professeur en particulier doit savoir<br />
démontrer une distance relative face au questionnaire. On<br />
pourrait même parfois le voir tenté <strong>de</strong> s’opposer à la volonté<br />
<strong>de</strong> ce questionnaire. Le professeur a également comme rôle<br />
Référence<br />
Papillon, Vincent, Vecteurs, matrices <strong>et</strong> nombres complexes,<br />
Modulo Éditeur, Montréal,1993.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 179 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 180 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
dans la mise en équation<br />
différentielle en physique<br />
Les physiciens utilisent, pour étudier les variations d'une gran<strong>de</strong>ur f en fonction<br />
d'une autre x, un procédé "physique" <strong>de</strong> mise en équation différentielle, en évaluant<br />
l'accroissement ∆f quand la variable s'accroît <strong>de</strong> ∆x. Ils s'appuient sur une intuition<br />
physique qui laisse parfois implicite la négligeabilité effective <strong>de</strong> certains termes<br />
négligés.<br />
Comment les <strong>mathématiques</strong> peuvent-elles rendre compte <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te intuition <strong>et</strong> la<br />
préciser, en termes d'erreur relative, <strong>et</strong> au moyen <strong>de</strong>s concepts <strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong><br />
limite, <strong>de</strong> dérivabilité <strong>et</strong> <strong>de</strong> négligeabilité ? C<strong>et</strong>te intervention <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> en<br />
physique peut-elle en r<strong>et</strong>our améliorer la compréhension du sens <strong>de</strong> ces concepts<br />
<strong>mathématiques</strong> ? Nous étudions c<strong>et</strong>te question en travaillant en détail sur quelques<br />
exemples.<br />
Marc Rogalski,<br />
Université <strong>de</strong>s<br />
Sciences <strong>et</strong><br />
Technologies <strong>de</strong><br />
Lille, France<br />
Laboratoire Paul<br />
Painlevé<br />
(Université <strong>et</strong><br />
CNRS)<br />
mro@ccr.jussieu.fr<br />
L<br />
e programme mathématique <strong>de</strong>s<br />
terminales scientifiques en France m<strong>et</strong><br />
<strong>de</strong>puis 2002 l'accent sur les liens entre<br />
les <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> la physique. Ce lien est<br />
développé <strong>de</strong> façon très explicite autour <strong>de</strong>s<br />
procédures <strong>de</strong> mise en équation différentielle <strong>de</strong><br />
phénomènes physiques (étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s variations d'une<br />
gran<strong>de</strong>ur à taux <strong>de</strong> variation instantané<br />
proportionnel à la gran<strong>de</strong>ur elle-même,<br />
équations différentielles y' = ky), en particulier<br />
<strong>de</strong> phénomènes d’évolution au cours du<br />
temps.<br />
C<strong>et</strong>te évolution <strong>de</strong>s programmes, <strong>et</strong> surtout <strong>de</strong><br />
leur esprit, pose beaucoup <strong>de</strong> problèmes aux<br />
enseignants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>, peu habitués<br />
aux activités <strong>de</strong> modélisation. De nombreux<br />
débats ont ainsi surgi sur le bien-fondé <strong>de</strong> ces<br />
nouvelles orientations, en même temps que,<br />
dans les documents d’accompagnement <strong>de</strong>s<br />
programmes distribués par le ministère, dans<br />
les IREM (Instituts <strong>de</strong> Recherche sur<br />
l’Enseignement <strong>de</strong>s Mathématiques) <strong>et</strong> dans le<br />
bull<strong>et</strong>in <strong>de</strong> l’APMEP (Association <strong>de</strong>s<br />
Professeurs <strong>de</strong> Mathématiques <strong>de</strong> l’Enseignement<br />
Public), <strong>de</strong> nombreux exemples <strong>de</strong><br />
modélisation ont été donnés, souvent<br />
intéressants, voire “séduisants”. Mais sont-ils<br />
vraiment viables didactiquement ? Il apparaît<br />
bien qu’un certain nombre <strong>de</strong> difficultés aient<br />
été sous-estimées, mais il nous semble qu’un<br />
<strong>de</strong>s enjeux possibles est <strong>de</strong> s’emparer <strong>de</strong> ces<br />
difficultés d’un point <strong>de</strong> vue mathématique, <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> les exploiter, à la fois pour mieux cerner la<br />
spécificité <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux disciplines physique <strong>et</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> (voire d’autres), <strong>et</strong> pour en<br />
tirer un bénéfice pour l’enseignement <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong>.<br />
I. La procédure <strong>de</strong> l’accroissement<br />
différentiel, les lois physiques<br />
“locales”, <strong>et</strong> les notions<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> dérivabilité<br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> négligeabilité<br />
Nous allons donc essayer d’analyser les<br />
procédures à l’œuvre dans une mise en<br />
équation différentielle d’un phénomène<br />
physique. Si on regar<strong>de</strong> les mises en équation<br />
possibles, on constate qu’il y en a <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
types :<br />
* celles où une loi physique est d’emblée déjà une<br />
équation différentielle, <strong>et</strong> il n’y a donc pas <strong>de</strong><br />
véritable modélisation à la charnière physique-<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 181 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />
<strong>mathématiques</strong> à faire ; c’est par exemple le cas <strong>de</strong> la plupart<br />
<strong>de</strong>s problèmes qui relèvent <strong>de</strong> la dynamique: F = mΓ est<br />
déjà une équation différentielle ;<br />
* celles où, au contraire, l’équation différentielle n’est pas donnée,<br />
<strong>et</strong> c’est tout l’enjeu <strong>de</strong> l’activité <strong>de</strong> modélisation que <strong>de</strong><br />
l’établir.<br />
C’est uniquement ce <strong>de</strong>rnier cas que nous allons étudier ici.<br />
Pour bien faire comprendre la métho<strong>de</strong> utilisée en physique,<br />
nous allons d’abord étudier un exemple significatif.<br />
I.1. Un exemple emblématique : la canalisation<br />
poreuse<br />
Voici un exemple <strong>de</strong> problème qu’on pourrait trouver dans<br />
un manuel <strong>de</strong> physique.<br />
1 Écoulement dans une canalisation poreuse<br />
On étudie les pertes d'eau le long d'une canalisation poreuse<br />
cylindrique <strong>de</strong> rayon 10 cm. On suppose que le débit<br />
d'entrée est <strong>de</strong> 1800 litres à la minute.<br />
On fait l’hypothèse suivante : sur un p<strong>et</strong>it segment <strong>de</strong> la<br />
canalisation, la fuite (en litres/mn) est à peu près<br />
proportionnelle à la surface (en mètres carrés) du segment <strong>et</strong><br />
au débit (en litres/mn) à travers ce p<strong>et</strong>it segment, le<br />
coefficient <strong>de</strong> proportionnalité étant égal à 10 -2 .<br />
Quelle longueur maximum peut avoir la canalisation pour<br />
que le débit d'eau à sa sortie soit au moins <strong>de</strong> 1000<br />
litres/mn?<br />
On constate que l’énoncé présente <strong>de</strong>ux aspects :<br />
* d’une part, une <strong>de</strong>scription locale du phénomène, une “loi<br />
locale” <strong>de</strong> nature “linéaire”, présentée comme d’autant plus<br />
exacte que le phénomène a été très localisé (comme le<br />
désignent les locutions “sur un p<strong>et</strong>it segment <strong>de</strong> la<br />
canalisation” <strong>et</strong> “à peu près proportionnelle”) ;<br />
* <strong>de</strong> l’autre, une “procédure <strong>de</strong> l’accroissement différentiel” : on<br />
regar<strong>de</strong> un accroissement ∆x <strong>de</strong> la variable (ici l’abscisse à<br />
partir <strong>de</strong> l’entrée <strong>de</strong> la canalisation), à partir <strong>de</strong> sa valeur x, <strong>et</strong><br />
on dit quelque chose sur l'accroissement correspondant ∆f<br />
<strong>de</strong> la fonction f cherchée (ici le débit δ(x) à l’abscisse x).<br />
On peut remarquer qu’ici une gran<strong>de</strong> partie <strong>de</strong> la<br />
modélisation est déjà faite : on ne dit pas comment on a<br />
déterminé c<strong>et</strong>te loi locale ; nous y reviendrons.<br />
Mais revenons à ce qui est dit <strong>de</strong> l’accroissement, <strong>et</strong> à ce que<br />
disent fréquemment les physiciens. Parfois, le “à peu près”<br />
du texte est carrément absent, <strong>et</strong> remplacé par une locution<br />
du type “est égal à … si Δx est assez p<strong>et</strong>it”. On trouve ainsi<br />
dans un document du ministère (voir[4]), à propos <strong>de</strong> la<br />
radioactivité, la formulation suivante : “le nombre moyen <strong>de</strong><br />
noyaux qui se désintègrent pendant un intervalle <strong>de</strong> temps<br />
∆t à partir d'un instant t, rapporté au nombre total <strong>de</strong><br />
noyaux N(t) présents à l'instant t <strong>et</strong> au temps d'observation<br />
∆t, est une constante λ caractéristique du noyau en question.<br />
On peut donc écrire ∆N(t)<br />
= - λ∆t”. C<strong>et</strong>te formulation a<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 182 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
N(t)<br />
entraîné <strong>de</strong> nombreuses protestations d'enseignants <strong>de</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> (voir [2]), pour qui une telle proportionnalité<br />
locale exacte implique que le phénomène étudié est globalement<br />
proportionnel ; dit autrement : une fonction localement<br />
affine sur un intervalle y est globalement affine.<br />
Dans l’énoncé concernant la canalisation poreuse, on trouve<br />
une formulation plus pru<strong>de</strong>nte, qu’on trouve aussi dans les<br />
textes <strong>de</strong> physique : on y énonce une proportionnalité<br />
approximative <strong>de</strong> ∆f à ∆x, qu'on écrit souvent ∆f ≈ K∆x, le<br />
coefficient K dépendant explicitement <strong>de</strong> x <strong>et</strong> <strong>de</strong> f(x).<br />
Plus précisément, on peut écrire ici, si δ(x) est le débit à<br />
l'abscisse x <strong>de</strong> la canalisation <strong>et</strong> R son rayon :<br />
(*) ∆δ ≈ -kΔSδ(x), soit ∆δ ≈ -2πRkδ(x)Δx.<br />
I.2. Erreur relative, négligeabilité <strong>et</strong> dérivée<br />
Mais reste à savoir ce que signifie précisément le signe ≈<br />
ainsi utilisé. Les physiciens m<strong>et</strong>tent en avant à juste titre<br />
l'idée d'approximation, mais, dans ce type <strong>de</strong> modélisation, ils<br />
restent dans le flou quant au type d'approximation dont il<br />
s'agit, c'est-à-dire quant à la nature <strong>de</strong> l'erreur commise. Ce<br />
point <strong>de</strong>vrait être essentiel, s'agissant <strong>de</strong> physique ! Or ce<br />
point est très délicat pour les élèves, <strong>et</strong> encore pour les<br />
étudiants à l'université (voir [1], [3]). Il s'agit certes <strong>de</strong> dire<br />
que l'erreur commise en remplaçant ∆f par K∆x tend vers 0<br />
avec ∆x, mais pas n'importe quelle erreur : il s'agit <strong>de</strong> l'erreur<br />
relative par rapport à ∆x, l'erreur absolue r = ∆f - K∆x doit<br />
être négligeable <strong>de</strong>vant ∆x. En eff<strong>et</strong>, clairement ∆f <strong>et</strong> K∆x<br />
ten<strong>de</strong>nt tous <strong>de</strong>ux vers 0 avec ∆x (dès lors qu'on sait que f<br />
est continue), donc dire que leur différence (l'erreur absolue)<br />
tend aussi vers 0 n'apporte aucune information ! La négligeabilité <strong>de</strong><br />
l'erreur absolue <strong>de</strong>vant ∆x est l'information supplémentaire qui<br />
va perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> dire que la forme d'une loi locale<br />
∆f = K(x, f(x))∆x + o(∆x) signifie très précisément que la<br />
fonction f est dérivable en x <strong>et</strong> que sa dérivée a pour valeur<br />
K(x,f(x)) . Et par conséquent que la fonction f inconnue doit<br />
vérifier l'équation différentielle y' = K(x, y). Ici, dire que l’erreur<br />
r est o(∆x) ou est négligeable <strong>de</strong>vant ∆x signifie que r<br />
∆x<br />
tend vers 0 quand ∆x tend vers 0.<br />
Il y a là <strong>de</strong> plus une autre difficulté dans le rapport entre<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> physique. À proprement parler, pour le<br />
physicien, le caractère relatif <strong>de</strong> l'erreur <strong>de</strong>vrait être à<br />
rapporter à ∆f, surtout s’il y a <strong>de</strong>s mesures : on <strong>de</strong>vrait donc<br />
avoir ∆f = K(x, f(x))∆x + o(∆f). Ceci est équivalent à la<br />
formulation précé<strong>de</strong>nte, sauf lorsque K(x, f(x)) est nul, c'està-dire<br />
en un point x où la dérivée f '(x) est nulle.
Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />
Fondamentalement, le concept mathématique qui sous-tend<br />
c<strong>et</strong>te interprétation en erreur relative est la négligeabilité du<br />
reste dans le point <strong>de</strong> vue concevant la dérivabilité comme<br />
l'existence d'un développement limité à l'ordre 1 :<br />
f(x+∆x) - f(x) = f '(x) ∆x + r(∆x). Si on ne dit pas que<br />
r(∆x) = o(∆x), on n'a absolument pas une dérivabilité. Ce<br />
point est loin d’aller <strong>de</strong> soi avec les élèves <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rnières<br />
années du lycée (où la dérivée est introduite <strong>et</strong> utilisée), <strong>et</strong><br />
encore avec les étudiants <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux premières années<br />
d’université.<br />
Voici un exemple d’activité qui peut faire prendre<br />
conscience aux élèves que la notion <strong>de</strong> négligeabilité est au<br />
cœur <strong>de</strong> celle <strong>de</strong> dérivée. On pose le problème :<br />
2 Évaluer sin(46°) sans utiliser <strong>de</strong> calculatrice<br />
Les élèves pensent rapi<strong>de</strong>ment à la formule d’addition :<br />
sin(46°) = 2<br />
2<br />
(sin(1°)+ cos(1°)) .<br />
Une fois établi que 1° = π<br />
180<br />
radians, les élèves finissent par<br />
se rappeler que quand x est p<strong>et</strong>it (ici π<br />
180<br />
= 0,01745…),<br />
sin x c’est à peu près x. Ils proposent donc <strong>de</strong> remplacer<br />
sin x par x dans l’expression finale<br />
sin(46°) = 2 π<br />
2<br />
(1+sin(<br />
180 ) - 2 sin2 ( π<br />
360 )) .<br />
Puis vient la question <strong>de</strong> l’évaluation <strong>de</strong> l’erreur, ce qui les<br />
oblige à préciser ce que signifie la phrase “quand x est p<strong>et</strong>it,<br />
sin x c’est à peu près x”.<br />
Après discussion entre eux, il est fréquent qu’ils proposent<br />
unanimement une formule sin x = x + ε, avec ε tendant vers 0<br />
avec x. Si on leur <strong>de</strong>man<strong>de</strong> si ε pourrait être <strong>de</strong> l'ordre <strong>de</strong><br />
|x| , ou <strong>de</strong> 3x, ils sentent confusément qu'il y aurait<br />
quelque chose qui n'irait pas, mais il faut un certain temps <strong>de</strong><br />
discussion (où l’enseignant doit intervenir sur la notion<br />
d’information supplémentaire que doit apporter l’expression<br />
“c’est à peu près”) pour que la formulation "ε doit être<br />
négligeable <strong>de</strong>vant x" finisse par être adoptée. Et il faut alors<br />
faire comprendre qu’on n’a rien écrit d’autre que le fait que<br />
la dérivée <strong>de</strong> la fonction sinus en 0 est 1, c’est-à-dire<br />
lim sinx<br />
= 1, ou sin x = x + o(x).<br />
x!0<br />
x<br />
I.3. L’intuition physique <strong>de</strong> ce qui est<br />
négligeable : la procédure physique <strong>de</strong><br />
l'accroissement différentiel<br />
Si on revient au problème <strong>de</strong> la canalisation poreuse,<br />
l’énoncé ne nous dit pas comment le physicien a fait pour<br />
établir la loi locale proposée. C’est une intuition clairement<br />
raisonnable <strong>de</strong> considérer que, localement, les fuites sont<br />
proportionnelles à la surface ; la proportionnalité au débit à<br />
la position x est moins claire, <strong>et</strong> c’est en somme le choix<br />
d’un certain type <strong>de</strong> porosité qui est fait là : on pourrait<br />
imaginer une proportionnalité à la racine carrée du débit, ou<br />
toute autre fonction continue croissante nulle en 0, <strong>et</strong><br />
“raisonnable” au sens <strong>de</strong> la physique, à condition <strong>de</strong> “sentir”<br />
physiquement qu’on néglige <strong>de</strong>s termes… négligeables.<br />
Le mathématicien n’a pas à m<strong>et</strong>tre en cause la validité <strong>de</strong><br />
l’intuition du physicien, mais il faut quand même se méfier.<br />
On va voir une modification du problème qui a fait échouer<br />
<strong>de</strong>s physiciens, mais aussi <strong>de</strong>s mathématiciens ! Avec la<br />
même loi locale ∆δ ≈ -kΔSδ(x) (on accepte c<strong>et</strong>te première<br />
intuition physique), on change la forme <strong>de</strong> la canalisation.<br />
3 Canalisation poreuse à rayon variable<br />
On considère une conduite d'eau dont la forme est un tube<br />
<strong>de</strong> révolution engendré par rotation autour <strong>de</strong> l'axe Ox <strong>de</strong> la<br />
courbe d'équation y = 1<br />
, entre les abscisses a <strong>et</strong> 2a (a>0).<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 183 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
x<br />
La conduite est poreuse. Sur une p<strong>et</strong>ite longueur <strong>de</strong> la<br />
canalisation, la fuite est à peu près proportionnelle à la<br />
surface du morceau <strong>de</strong> tube <strong>et</strong> au débit à travers celui-ci (on<br />
notera k la constante <strong>de</strong> proportionnalité). Si d 0 est le débit<br />
d'entrée, quel est le débit d 1 <strong>de</strong> sortie ?<br />
Si on adm<strong>et</strong> la même loi locale, c’est dans l’évaluation du<br />
p<strong>et</strong>it élément <strong>de</strong> surface ∆S que va se situer le problème. Si<br />
on l’assimile à un p<strong>et</strong>it cylindre <strong>de</strong> longueur ∆x dont la base<br />
est un cercle <strong>de</strong> rayon r = 1<br />
x<br />
, donc d’aire 2π<br />
x<br />
∆x, on<br />
obtient l’équation différentielle δ’ = - 2kπ<br />
x<br />
δ , qui donne<br />
d1 facilement la relation<br />
d<br />
= ( 0 1<br />
2 )2π k ; ce rapport semble<br />
ainsi indépendant du paramètre a.<br />
Mais ce résultat est erroné, car l’erreur commise en<br />
remplaçant ∆S par 2π∆x<br />
x<br />
n’est pas négligeable <strong>de</strong>vant ∆x.<br />
Il faut en fait assimiler l’aire ∆S à celle d’un tronc <strong>de</strong> cône,<br />
c’est-à-dire à la quantité plus gran<strong>de</strong> 2π<br />
1<br />
x<br />
∆x 1+<br />
x2 , ce<br />
qui donne une toute autre équation différentielle, dont la<br />
résolution est plus difficile : δ’ = - 2kπ 1<br />
x<br />
1+<br />
x2 δ . C<strong>et</strong>te<br />
d1 équation donne, au bout d'un long calcul, un rapport<br />
d0 dont l'expression, compliquée, dépend c<strong>et</strong>te fois <strong>de</strong> a. En<br />
fait, l'erreur commise en remplaçant l'élément d'aire<br />
2π<br />
1 2π∆x 2π∆x 1<br />
x<br />
∆x 1+<br />
x2 par<br />
x<br />
est<br />
x ( 1+<br />
x2 -1) ;<br />
elle n'est pas négligeable <strong>de</strong>vant ∆x, mais du même ordre <strong>de</strong>
Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />
gran<strong>de</strong>ur : les <strong>de</strong>ux équations différentielles obtenues ne<br />
sont donc pas les mêmes.<br />
C<strong>et</strong>te même erreur se r<strong>et</strong>rouve dans le test suivant posé à<br />
<strong>de</strong>s étudiants (voir [1] <strong>et</strong> [3]).<br />
4 Volume <strong>et</strong> aire <strong>de</strong> la sphère<br />
(a) On <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> calculer le volume V d'une sphère <strong>de</strong><br />
rayon R en déterminant la fonction V(z), volume <strong>de</strong> la<br />
portion <strong>de</strong> sphère formée <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> cote h vérifiant<br />
- R ≤ h ≤ z, par la procédure <strong>de</strong> l'accroissement différentiel,<br />
en assimilant le p<strong>et</strong>it volume ∆V entre z <strong>et</strong> z + ∆z à celui<br />
d'un cylindre <strong>de</strong> base le disque <strong>de</strong> rayon r(z) = R 2 - z 2 .<br />
(b) Calculer <strong>de</strong> même l'aire S <strong>de</strong> la sphère. Commentaires.<br />
La réponse à la question (a), en adm<strong>et</strong>tant que ∆V≈πr 2 (z)∆z<br />
au sens <strong>de</strong> l'équivalence mathématique (c'est-à-dire avec une<br />
erreur qui est o(∆z)), donne bien le volume classique 4<br />
3 πR3 .<br />
Mais la <strong>de</strong>uxième question, en assimilant ∆S à l'aire latérale<br />
du même p<strong>et</strong>it cylindre qu'en (a), donne la formule<br />
S = π 2 R 2 , évi<strong>de</strong>mment fausse !<br />
II. La procédure mathématique <strong>de</strong><br />
l'accroissement différentiel<br />
C'est la même métho<strong>de</strong> que celle du physicien, à cela près<br />
que la preuve du caractère <strong>de</strong> négligeabilité <strong>de</strong>vant ∆x <strong>de</strong> l'erreur<br />
d'évaluation <strong>de</strong> ∆f, ou du fait que le rapport ∆f<br />
converge bien<br />
vers K(x,f(x)) est c<strong>et</strong>te fois un enjeu important, au cœur <strong>de</strong> la<br />
spécificité <strong>de</strong> l'analyse mathématique. Et cela n'est pas le<br />
même point <strong>de</strong> vue que celui du physicien. Approfondissons<br />
la différence.<br />
II.1. Les points <strong>de</strong> vue différents du physicien<br />
<strong>et</strong> du mathématicien<br />
Reprenons l'exemple 4 . Le physicien n'éprouve nullement<br />
le besoin <strong>de</strong> justifier que le p<strong>et</strong>it volume ∆V ne diffère <strong>de</strong><br />
πr 2 (z)∆z que d'un terme négligeable <strong>de</strong>vant ∆z ; l'intuition<br />
lui suffit largement. Mais l'exemple <strong>de</strong> l'aire <strong>de</strong> la sphère doit<br />
amener le mathématicien à plus <strong>de</strong> rigueur !<br />
Regardons un autre exemple. En formation <strong>de</strong>s maîtres, où<br />
les étudiants doivent proposer <strong>de</strong>s énoncés d'exercices pour<br />
les élèves, on trouve souvent, dans la rubrique "applications<br />
<strong>de</strong> l'intégrale", la proposition suivante :<br />
5 R<strong>et</strong>rouver l'aire du cercle par une approximation <strong>de</strong> l'aire d'une<br />
mince couronne<br />
On note S(r) l'aire du disque <strong>de</strong> rayon r. En assimilant l'aire<br />
∆S <strong>de</strong> la mince couronne entre les rayons r <strong>et</strong> r + ∆r à<br />
2πr∆r, r<strong>et</strong>rouver l'aire du disque <strong>de</strong> rayon R.<br />
∆x<br />
Bien entendu, c<strong>et</strong>te métho<strong>de</strong> ne marche, mathématiquement,<br />
que si on peut prouver que l'erreur commise entre ∆S<br />
<strong>et</strong> 2πr∆r est o(∆r). On trouve alors S'(r) = 2πr, donc<br />
S(R) = πR 2 . Mais l'erreur est π(r+∆r) 2 - πr 2 - 2πr∆r = π∆r 2<br />
qui est bien o(∆r). Mais ce faisant on utilise le résultat qu'on veut<br />
prouver!<br />
Pour le physicien, ce n'est pas grave, l'intuition lui donne le<br />
bon ordre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> ∆S, <strong>et</strong> c'est confirmé par le<br />
résultat : c'est physiquement cohérent, <strong>et</strong> la cohérence entre les<br />
hypothèses <strong>et</strong> ce que l'on en déduit est l'un <strong>de</strong>s points importants <strong>de</strong> la<br />
notion <strong>de</strong> vrai en physique. Si on peut montrer qu'un résultat<br />
prouvé sous certaines hypothèses perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> conforter c<strong>et</strong>te<br />
hypothèse, c'est très bon signe en physique. Mais en<br />
<strong>mathématiques</strong>, après l'usage <strong>de</strong> l'intuition pour démarrer,<br />
c'est le lien logique interne qui est spécifique du vrai mathématique :<br />
ici, il faut prouver que l'erreur est o(∆r) sans utiliser la<br />
formule qu'on cherche à établir.<br />
Il est impossible, <strong>et</strong> ce serait une erreur épistémologique, <strong>de</strong><br />
convaincre le physicien que son intuition <strong>et</strong> sa cohérence ne<br />
suffisent pas. Sa démarche correspond à son champ<br />
spécifique d'étu<strong>de</strong>, <strong>et</strong> bien sûr son intuition s'appuie aussi sur<br />
tout un réseau antérieur <strong>de</strong> cohérences entre hypothèses <strong>de</strong><br />
modélisation <strong>et</strong> résultats expérimentaux. Le mathématicien<br />
doit prendre acte que la procédure physique <strong>de</strong><br />
l'accroissement différentiel, dans la modélisation par<br />
équations différentielles, est extrêmement fertile en<br />
physique, même si elle ne correspond pas aux canons<br />
<strong>mathématiques</strong>.<br />
II.2. Mais alors, quelle interdisciplinarité<br />
entre physique <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong> dans<br />
l'enseignement ?<br />
Il me semble que le premier principe d'une saine<br />
interdisciplinarité est que chacun respecte l'épistémologie <strong>de</strong> l'autre,<br />
<strong>et</strong> que les spécificités <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux disciplines soient bien mises en<br />
évi<strong>de</strong>nce <strong>et</strong> expliquées aux élèves, en particulier à partir <strong>de</strong>s<br />
traitements différents mis en œuvre dans <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong> mise en<br />
équation.<br />
Ainsi, les cinq problèmes que nous avons utilisés dans ce qui<br />
précè<strong>de</strong> nous paraissent exemplaires <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te différence <strong>de</strong><br />
traitement entre les <strong>de</strong>ux disciplines. Une ingénierie<br />
didactique commune aux enseignants <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />
<strong>de</strong> physique peut probablement être construite à partir <strong>de</strong><br />
ces exemples, <strong>et</strong> sans doute d'autres ; nous en proposerons<br />
d'ailleurs un autre plus loin. Voir à ce suj<strong>et</strong> [6], <strong>et</strong> le colloque<br />
emf 2006, où une version plus courte <strong>de</strong> [6] a été présentée.<br />
Je voudrais juste ici dégager, <strong>et</strong> développer ensuite, les<br />
procédures spécifiques <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> qui pourraient<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 184 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />
être valorisées dans <strong>de</strong>s mises en équations différentielles <strong>de</strong><br />
phénomènes physiques, <strong>et</strong> aussi dans la procédure <strong>de</strong> θn =<br />
l'accroissement différentiel appliquée à la mesure d'une<br />
gran<strong>de</strong>ur par une intégrale (exemples 4 <strong>et</strong> 5 , voir [5]). Il<br />
2π<br />
n<br />
pour un entier n grand. Il <strong>de</strong>vrait suffire <strong>de</strong><br />
majorer l'erreur en entre l'aire ∆nS d'un tel secteur <strong>de</strong> la<br />
couronne <strong>et</strong> celle du rectangle <strong>de</strong> base ∆r <strong>et</strong> <strong>de</strong> hauteur<br />
s'agit donc <strong>de</strong> rendre utile à l'enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> le fait <strong>de</strong><br />
faire <strong>de</strong> la physique en classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong>. Il s'agit en même<br />
temps, donc, <strong>de</strong> m<strong>et</strong>tre en évi<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> façon concrète la<br />
spécificité <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans ces problèmes <strong>de</strong><br />
modélisation.<br />
Comment prouver, dans le cas général, que l'on a bien<br />
∆f = K(x,f(x))∆x + o(∆x),<br />
!f<br />
ou directement que lim = K(x, f(x)) ? Il y a en fait<br />
!x"0<br />
!x<br />
<strong>de</strong>ux grands types <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s :<br />
* <strong>de</strong>s majorations <strong>et</strong> encadrements plus ou moins concr<strong>et</strong>s<br />
utilisant <strong>de</strong>s monotonies <strong>de</strong> fonctions ou <strong>de</strong>s inclusions<br />
d'ensembles (c'est la gran<strong>de</strong>ur qu'on veut mesurer qui est<br />
monotone pour l'inclusion) ;<br />
* l'utilisation <strong>de</strong> la continuité pour déterminer <strong>de</strong>s limites<br />
d'encadrements faits par la première métho<strong>de</strong>, ou faits aussi<br />
"à ε près" grâce à la continuité.<br />
On va pouvoir ainsi trouver, grâce à la physique, <strong>de</strong>s<br />
activités qui vont valoriser <strong>de</strong>s concepts ou techniques<br />
essentiels en analyse : dérivabilité, négligeabilité, majorations,<br />
continuité, raisonnement à ε près… On doit en eff<strong>et</strong><br />
commencer à manipuler ces concepts dès le lycée, si on veut<br />
que la transition entre le secondaire <strong>et</strong> l'enseignement<br />
supérieur, dans le domaine si difficile <strong>de</strong> l'analyse, soit moins<br />
brutale qu'actuellement.<br />
II.3. Exemples <strong>de</strong> preuves <strong>de</strong> la négligeabilité<br />
<strong>de</strong> l'erreur par encadrement par monotonie<br />
(a) Reprenons l'exemple 4 du volume <strong>de</strong> la sphère. La<br />
p<strong>et</strong>ite tranche ∆V est clairement encadrée, au sens<br />
ensembliste, entre <strong>de</strong>ux cylindres, l'un qui la contient (base<br />
πr 2 (z), hauteur ∆z), l'autre qu'elle contient (base πr 2 (z + ∆z),<br />
hauteur ∆z).<br />
On a ainsi ∆zπ(R 2 - (z+∆z) 2 ) ≤ ∆V ≤ ∆zπ(R 2 - z 2 ),<br />
soit 2πz(∆z) 2 + π(∆z) 3 ≥ ∆zπ(R 2 - z 2 ) - ∆V ≥ 0.<br />
L'erreur entre ∆V <strong>et</strong> ∆zπ(R 2 - z 2 ) est donc bien négligeable<br />
<strong>de</strong>vant ∆z. Remarquons qu'ici la preuve est suffisamment<br />
"physique" pour sembler raisonnable à un physicien. Il n'en<br />
est sans doute pas <strong>de</strong> même pour la suivante.<br />
(b) Reprenons en eff<strong>et</strong> le cas 5 <strong>de</strong> l'aire du cercle.<br />
Comment prouver que ∆S ne diffère <strong>de</strong> 2πr∆r que d'un<br />
terme négligeable <strong>de</strong>vant ∆r ? On ne voit pas comment un<br />
argument <strong>de</strong> type "global", concernant toute la couronne,<br />
pourrait fonctionner. L'intuition nous dit qu'assimiler l'aire<br />
<strong>de</strong> c<strong>et</strong>te couronne à celle du rectangle <strong>de</strong> base ∆r <strong>et</strong> <strong>de</strong><br />
hauteur 2πr n'est vraisemblable que si on se borne à un p<strong>et</strong>it<br />
morceau <strong>de</strong> l'arc du cercle, disons déterminé par un angle<br />
2!r<br />
, <strong>et</strong> l'erreur totale entre ∆S <strong>et</strong> 2πr∆r sera ne<br />
n<br />
n , par<br />
invariance par rotation.<br />
On encadre l'aire ∆ n S par celle <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux rectangles : après<br />
quelques calculs, on obtient f(n) ≤ ∆ n S ≤ g(n), <strong>et</strong> donc<br />
nf(n) ≤ ∆S ≤ ng(n), où les fonctions f <strong>et</strong> g sont précisées ci<strong>de</strong>ssous.<br />
On passe alors à la limite quand n tend vers l'infini,<br />
<strong>et</strong> on obtient l'encadrement 2πr∆r ≤ ∆S ≤ 2πr∆r + 2π(∆r) 2 ,<br />
ce qui donne bien le résultat souhaité ∆S = 2πr∆r + o(∆r).<br />
On en déduit que S '(r) = 2πr, ce qui donne l'aire du cercle.<br />
On peut remarquer que la majoration <strong>de</strong> l'erreur obtenue<br />
(2π(∆r) 2 ) est plus grossière que le résultat exact (π(∆r) 2 ), une<br />
fois la formule finale connue. Donnons les <strong>de</strong>ux fonctions f<br />
<strong>et</strong> g :<br />
f(n) = r sin ( 2π<br />
n ) [ (r + ∆r)2 - r 2 sin 2 ( 2π<br />
n<br />
) - r] ,<br />
g(n) = r ∆r sin ( 2π<br />
n<br />
r 2 sin ( 2π<br />
n<br />
) (1 - cos ( 2π<br />
n )).<br />
2π<br />
) (2 - cos (<br />
n )) + (∆r)2sin ( 2π<br />
n<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 185 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
) +<br />
Remarquons que le passage à la limite va utiliser la limite en<br />
sin x<br />
0 <strong>de</strong><br />
x<br />
, résultat admis au lycée en France (voir [5]).<br />
Il paraît clair qu'un physicien trouvera ce calcul<br />
disproportionné <strong>de</strong>vant la simplicité <strong>de</strong> l'intuition qui<br />
assimile ∆S à 2πr∆r !<br />
En encadrant entre <strong>de</strong>ux trapèzes, on tombe sur la valeur<br />
exacte <strong>de</strong> l'erreur : π(∆r) 2 , mais c'est la métho<strong>de</strong> habituelle<br />
<strong>de</strong>s polygones pour l'aire du cercle, cela sort <strong>de</strong> la<br />
problématique différentielle.<br />
II.4. Exemple <strong>de</strong> preuve <strong>de</strong> la négligeabilité<br />
<strong>de</strong> l'erreur utilisant un encadrement à ε près<br />
Regardons le problème suivant, dans lequel figure<br />
volontairement une fonction qui n'est pas précisée, <strong>de</strong> sorte<br />
qu'on ne puisse pas utiliser <strong>de</strong>s calculs élémentaires <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
encadrements provenant d'une formule explicite.<br />
6 Force exercée par l'eau sur la paroi d'un barrage<br />
Un barrage plan <strong>de</strong> profon<strong>de</strong>ur totale h a, à la profon<strong>de</strong>ur z,<br />
une largeur l(z), où z → l(z) est une fonction continue sur [0,<br />
h]. Déterminer, en fonction <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te fonction l, la force<br />
exercée sur la paroi du barrage par l'eau.
Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />
Il s'agit d'un problème <strong>de</strong> mesure d'une gran<strong>de</strong>ur. Le <strong>de</strong>ssin<br />
suggère d'introduire la force F(z) exercée par la partie <strong>de</strong><br />
l'eau dont la profon<strong>de</strong>ur est entre 0 <strong>et</strong> z, <strong>et</strong> d'évaluer ∆F<br />
quand z augmente <strong>de</strong> ∆z. Sur la ban<strong>de</strong> horizontale<br />
d'épaisseur ∆z, la pression est comprise entre ρgz <strong>et</strong><br />
ρg(z + ∆z) (où ρ est la masse volumique <strong>de</strong> l'eau, <strong>et</strong> g est<br />
l'accélération <strong>de</strong> la pesanteur) ; la longueur <strong>de</strong> la ban<strong>de</strong> est<br />
proche <strong>de</strong> l(z), précisément elle est comprise entre l(z) - ε <strong>et</strong><br />
l(z) + ε, si on a pris ∆z assez p<strong>et</strong>it (continuité <strong>de</strong> la fonction<br />
l ; on s'est donné un ε > 0 arbitrairement p<strong>et</strong>it). On peut<br />
donc encadrer ∆F entre les quantités ρgz∆z(l(z) - ε) <strong>et</strong><br />
ρg(z + ∆z)∆z(l(z) + ε), soit<br />
!gzl(z)!z - !gz"!z " !F " !gzl(z)!z + !gz"!z + !g(l(z) + " )(!z)2<br />
Ainsi, en assimilant ∆F à ρgzl(z)∆z, l'erreur r commise est<br />
majorée par M(ε∆z + (∆z) 2 ), où on peut prendre par<br />
exemple M = ρg max (h, Max l(z) + 1), si on a pris ε ≤ 1.<br />
z<br />
r<br />
Ainsi<br />
∆z<br />
≤ M(ε + ∆z). Comme on a choisi ε<br />
arbitrairement p<strong>et</strong>it, on voit qu'on peut rendre r<br />
∆z aussi<br />
p<strong>et</strong>it qu'on veut en prenant ∆z assez p<strong>et</strong>it : on a prouvé que<br />
r = o(∆z).<br />
Bien entendu, la relation ∆F ≈ ρgzl(z)∆z semblera naturelle<br />
au physicien, qui ne s'embarrassera pas avec l'encadrement<br />
précé<strong>de</strong>nt. Il en déduira immédiatement l'égalité<br />
F '(z) = ρgzl(z), <strong>et</strong> donc, en intégrant, F =<br />
h<br />
"<br />
0<br />
!gzl(z)dz .<br />
Remarquons que, lorsqu'on cherche à mesurer une gran<strong>de</strong>ur<br />
F par une intégrale, <strong>et</strong> que la situation peut être décrite par<br />
une seule variable z, ce qu'on obtient assez souvent en<br />
évaluant ∆F quand z augmente <strong>de</strong> ∆z n'est qu'une équation<br />
différentielle dégénérée F '(z) = φ(z), c'est-à-dire simplement<br />
un problème <strong>de</strong> primitive. C'est le cas ici.<br />
L'intérêt <strong>de</strong> c<strong>et</strong> exemple 6 est que la fonction z → l(z)<br />
n'est pas explicitée ; elle pourrait même n'être pas monotone<br />
(selon la forme du relief…). Il est donc absolument<br />
nécessaire <strong>de</strong> faire un raisonnement à ε près, utilisant la<br />
seule hypothèse qu'on ait, la continuité <strong>de</strong> la fonction l. C<strong>et</strong><br />
exemple <strong>et</strong> d'autres analogues sont précieux pour rendre<br />
opérationnel ce raisonnement à ε près, typique <strong>de</strong> l'analyse<br />
mathématique.<br />
III. Conclusion : quels enjeux en classe ?<br />
Deux questions se posent concernant la prise en compte<br />
dans l'enseignement <strong>de</strong>s idées ici présentées.<br />
(1) Peut-on vraiment faire <strong>de</strong> façon profitable <strong>de</strong> la physique<br />
en classe <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong> sans s'en donner les moyens<br />
<strong>mathématiques</strong>, si on veut apporter aux élèves autre chose<br />
que ce que l'enseignement <strong>de</strong> la physique peut déjà leur<br />
apporter ? Quels sont alors ces moyens ?<br />
(2) Inversement, la confrontation avec la physique peut-elle<br />
perm<strong>et</strong>tre <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>s savoirs <strong>et</strong> <strong>de</strong>s habil<strong>et</strong>és<br />
<strong>mathématiques</strong> que la l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s seuls programmes<br />
<strong>mathématiques</strong> rend improbables ?<br />
Il nous semble que la réponse à la question (1) consiste<br />
essentiellement en la prise <strong>de</strong> conscience d'une procédure<br />
mathématique <strong>de</strong> l'accroissement différentiel, apport spécifique <strong>de</strong>s<br />
<strong>mathématiques</strong> à ces questions <strong>de</strong> mise en équation<br />
différentielle, <strong>et</strong> que cela <strong>de</strong>man<strong>de</strong> une pratique <strong>de</strong> certains<br />
aspects <strong>de</strong> l'analyse : négligeabilité, liens avec la dérivabilité<br />
<strong>et</strong> la notion d'erreur relative dans une procédure<br />
différentielle, majorations <strong>et</strong> encadrements, un peu d'usage<br />
<strong>de</strong> la continuité avec <strong>de</strong>s ε, usage <strong>de</strong> notations symboliques<br />
perm<strong>et</strong>tant un certain jeu avec <strong>de</strong>s paramètres (pour ce<br />
<strong>de</strong>rnier point, nous renvoyons le lecteur à [6]).<br />
Ceci doit s'accompagner d'une mise en évi<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> la différence <strong>de</strong>s<br />
points <strong>de</strong> vue entre physique <strong>et</strong> <strong>mathématiques</strong>, <strong>et</strong> donc <strong>de</strong>s<br />
échanges <strong>et</strong> une collaboration entre enseignants <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux<br />
disciplines.<br />
La réponse à la <strong>de</strong>uxième question consisterait en la mise au<br />
point d'une ingénierie didactique précise, articulée autour <strong>de</strong>s<br />
cinq problèmes analysés dans ce texte, <strong>et</strong> sans doute d'autres<br />
(nous en donnons un en annexe, très intéressant à travailler<br />
en classe en physique <strong>et</strong> en <strong>mathématiques</strong> ; on pourra se<br />
reporter à [6] pour l'analyse détaillée <strong>de</strong> ce problème, ainsi<br />
que pour <strong>de</strong>s propositions plus précises pour une telle<br />
ingénierie).<br />
Cela serait d'autant plus intéressant que, pour faire intervenir<br />
les techniques d'analyse évoquées plus haut, on est<br />
pratiquement obligé <strong>de</strong> travailler avec <strong>de</strong>s fonctions non précisées,<br />
encore inconnues en début <strong>de</strong> problème, ce qui est exactement le cas <strong>de</strong>s<br />
problèmes <strong>de</strong> physique. Or le contenu <strong>de</strong>s programmes<br />
<strong>mathématiques</strong> actuels <strong>de</strong> la terminale française ne propose<br />
<strong>et</strong> ne perm<strong>et</strong> probablement aucune situation perm<strong>et</strong>tant le<br />
jeu sur ces techniques : il y a juste quelques théorèmes du<br />
cours sur la continuité ou la dérivabilité automatique <strong>de</strong><br />
fonctions non précisées (somme, produit…), mais seules les<br />
preuves <strong>de</strong> ces résultats obligeraient à ce jeu, <strong>et</strong> elles sont<br />
hors programme - <strong>et</strong> sans véritable motivation. Il y avait à<br />
une époque la fonction réciproque, mais elle a disparu <strong>de</strong>s<br />
programmes…<br />
En définitive, l'intervention <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> sur les<br />
problèmes <strong>de</strong> mise en équation différentielle exige un<br />
approfondissement <strong>de</strong>s savoirs <strong>et</strong> pratiques <strong>de</strong>s élèves en<br />
analyse, <strong>et</strong> en même temps c'est le seul lieu où, en l'état<br />
actuel <strong>de</strong> la l<strong>et</strong>tre <strong>de</strong>s programmes, c<strong>et</strong> approfondissement<br />
puisse être développé.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 186 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le rôle <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> dans la mise en équation différentielle en physique Marc Rogalski<br />
Annexe : un problème supplémentaire<br />
7 Dilution d'une solution saline<br />
Un bassin contient 100 litres d'eau, dans lesquels sont<br />
dissous 10 kg <strong>de</strong> sel. Une arrivée d'eau pure, avec un débit<br />
<strong>de</strong> 10 litres/mn, démarre à l'instant 0. En même temps que<br />
l'arrivée d'eau pure, une évacuation du mélange contenu<br />
dans le bassin est assurée avec un débit <strong>de</strong> 10 litres/mn.<br />
L'homogénéisation du contenu du bassin est assurée <strong>de</strong><br />
façon permanente <strong>et</strong> instantanée par un mélangeur. Au bout<br />
d'une heure, quelle quantité <strong>de</strong> sel reste-t-il dans le bassin ?<br />
Bibliographie<br />
[1] Artigue M., Procédures différentielles dans la mise en équation <strong>de</strong><br />
problèmes, Annales <strong>de</strong> Didactique <strong>et</strong> <strong>de</strong> Sciences<br />
Cognitives, Strasbourg, vol 2, 1989, 173-190.<br />
[2] Noirfalise R., Modélisation <strong>et</strong> équations différentielles en TS :<br />
utilisation d'un modèle praxéologique pour poser <strong>de</strong>s questions<br />
didactiques, P<strong>et</strong>it x 66, 6-17, 2004.<br />
[3] Procédures différentielles dans les enseignements <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
<strong>et</strong> <strong>de</strong> physique au niveau du premier cycle universitaire, Rapport<br />
du GRECO du CNRS : "Didactique <strong>et</strong> acquisition <strong>de</strong>s<br />
connaissances scientifiques", groupe <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />
physique - enseignement supérieur ; document IREM<br />
Paris 7 <strong>et</strong> LDPES, 1989.<br />
[4] Radioactivité, document interdisciplinaire d'accompagnement<br />
<strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> terminale S.<br />
[5] Rogalski M. <strong>et</strong> al., Carrefours entre analyse algèbre géométrie,<br />
Ellipses, 2001.<br />
[6] Rogalski M., Mise en équation différentielle <strong>et</strong> mesure <strong>de</strong>s<br />
gran<strong>de</strong>urs par une intégrale, en terminale scientifique : un point<br />
<strong>de</strong> vue mathématique sur la collaboration avec la physique,<br />
Repères IREM n° 64, juill<strong>et</strong> 2006. Et aussi emf2006…<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 187 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 188 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements<br />
Le thème du dénombrement, très vaste, apparaît dans une foule <strong>de</strong> problèmes<br />
amusants, certains d'une simplicité enfantine, d'autres si complexes qu'ils ne sont<br />
toujours pas résolus. Les plus intéressants sont ceux qui, à partir d'un énoncé très<br />
simple, donnent lieu à une solution peu évi<strong>de</strong>nte, inattendue. Plusieurs exemples<br />
seront présentés, classés, analysés.<br />
Jacques Sormany,<br />
UQAC<br />
<strong>et</strong> Cégep <strong>de</strong><br />
Chicoutimi<br />
sormany@cegepchicoutimi.qc.ca<br />
L<br />
e thème du dénombrement apparaît<br />
dans beaucoup <strong>de</strong> problèmes<br />
<strong>mathématiques</strong>, tant sérieux que<br />
récréatifs; plusieurs <strong>de</strong> ces problèmes sont très<br />
faciles à résoudre, mais d'autres, malgré leur<br />
simplicité apparente, donnent lieu à <strong>de</strong>s<br />
solutions d'une complexité inattendue : dans<br />
certains cas, aucune formule générale n'est<br />
encore connue.<br />
Analyse combinatoire :<br />
quelques exemples<br />
Examinons d'abord le problème suivant :<br />
Vingt personnes déci<strong>de</strong>nt d'élire entre elles un<br />
comité formé <strong>de</strong> : 1 prési<strong>de</strong>nt, 2 vice–<br />
prési<strong>de</strong>nts, 1 secrétaire, 1 trésorier, 4<br />
directeurs. Combien y a-t-il <strong>de</strong> comités<br />
possibles?<br />
La formule générale perm<strong>et</strong>tant <strong>de</strong> résoudre<br />
un tel problème est la suivante :<br />
! n " n!<br />
= ,<br />
# $<br />
% a b c ... h & a!b!c!...h!<br />
où a + b + c + … + h = n .<br />
On aura donc ici 20! / (1! 2! 1! 1! 4! 11!)<br />
comités possibles (11 étant le nombre <strong>de</strong><br />
personnes qui ne feront pas partie du comité),<br />
ce qui donne après simplification<br />
5 x 19 x 18 x 17 x 16 x 15 x 14 x 13 =<br />
1 269 777 600 comités possibles.<br />
Les formules <strong>de</strong> base <strong>de</strong> l'analyse combinatoire<br />
ne sont que <strong>de</strong>s cas particuliers <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te<br />
situation générale. Si chacune <strong>de</strong>s n personnes<br />
occupe un poste distinct, c'est–à–dire<br />
a = b = c = … = h = 1, le résultat est n! , le<br />
nombre <strong>de</strong> permutations <strong>de</strong> n.<br />
S'il y a seulement k postes distincts (k< n), on<br />
obtient la formule <strong>de</strong>s arrangements :<br />
! n " n!<br />
# $ =<br />
&1 1 1 ... n-k ' (n % k)!<br />
<strong>et</strong> si les k postes sont indistincts, celle <strong>de</strong>s<br />
combinaisons, où il est d'usage d'écrire<br />
! n " au lieu <strong>de</strong> ! n " mais dont le calcul<br />
# $<br />
# $<br />
% k &<br />
% k n-k &<br />
doit être n! , exactement comme s'il y<br />
k!(n ! k)!<br />
avait <strong>de</strong>ux sortes <strong>de</strong> postes à pourvoir : les<br />
membres <strong>et</strong> les non–membres du comité.<br />
Si générale soit–elle, la première formule<br />
donnée ci–<strong>de</strong>ssus ne couvre pas tous les cas;<br />
les situations non prévues sont celles–ci :<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 189 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements Jacques Sormany<br />
a) une ou quelques personnes cumulent plusieurs postes;<br />
b) certains postes <strong>de</strong>meurent vacants.<br />
Si toutefois un seul poste <strong>de</strong>meure vacant, on peut utiliser la<br />
formule générale en remplaçant n par n+1, comme si le<br />
membre supplémentaire (fantôme) occupait ce poste.<br />
Examinons maintenant <strong>de</strong> quelle façon la formule générale<br />
s'appliquera à une autre situation courante :<br />
Dix concurrents sont en lice pour recevoir trois prix.<br />
De combien <strong>de</strong> façons les prix pourront–ils être<br />
attribués, si :<br />
a) les trois prix sont distincts <strong>et</strong> chaque candidat n'a<br />
droit qu'à un prix?<br />
b) les trois prix sont équivalents <strong>et</strong> chaque candidat<br />
n'a droit qu'à un prix?<br />
c) les trois prix sont distincts mais chaque candidat<br />
peut cumuler plus d'un prix?<br />
d) les trois prix sont équivalents, mais chaque<br />
candidat peut en cumuler plus d'un?<br />
Réponses :<br />
a) Il s'agit d'arrangements <strong>de</strong> 3 personnes parmi 10.<br />
! 10 " 10!<br />
# $ = = 10 x 9 x 8 = 720 façons.<br />
% 1 1 1 7& 7!<br />
b) Il s'agit <strong>de</strong> combinaisons <strong>de</strong> 3 personnes parmi 10.<br />
10 10! 10 x 9 x 8 ! "<br />
# $ = = = 120 façons.<br />
% 3 7& 3!7! 3 x 2 x 1<br />
c) C'est comme s'il y avait 3 tirages indépendants, où<br />
chaque tirage consiste à choisir un gagnant parmi 10<br />
candidats. Le principe <strong>de</strong> multiplication s'applique alors<br />
à la formule <strong>de</strong>s combinaisons :<br />
3<br />
! 10" 10!<br />
# $ = (<br />
% 1 & 1!9!<br />
La formule <strong>de</strong>vient alors, plus simplement, nk. 3 3<br />
) = 10 = 10 x 10 x 10 = 1000 façons.<br />
d) C<strong>et</strong>te fois, le problème est plus compliqué qu'il n'en a<br />
l'air : si l'on essaye, comme en b) ci–<strong>de</strong>ssus, <strong>de</strong> diviser<br />
par 3!, on arrive à un résultat non entier! En réalité, ici le<br />
principe d'addition intervient à son tour. Il faut compter<br />
séparément les cas ou les trois gagnants sont distincts,<br />
celui où une personne gagne 2 prix (<strong>et</strong> là il faudra<br />
multiplier par 2, parce que les tirages AAB <strong>et</strong> ABB ne<br />
sont pas équivalents), <strong>et</strong> enfin celui où le même<br />
concurrent remporte les 3 prix. Ce qui donne :<br />
! 10" ! 2"! 10" ! 10"<br />
# $ + # $# $ + # $ = 120 + (2 x 45) + 10 = 220 façons.<br />
% 3 & % 1&% 2 & % 1 &<br />
Contrairement aux cas a), b) <strong>et</strong> c) où une réponse peut être<br />
directement obtenue d'une formule simple en n <strong>et</strong> k , la<br />
généralisation <strong>de</strong> la situation d) est très difficile <strong>et</strong> doit tenir<br />
compte d'une autre notion, celle <strong>de</strong> partage d'un entier, dont<br />
il sera question plus loin.<br />
Autres problèmes divers<br />
Dans beaucoup d'autres situations comportant <strong>de</strong>s<br />
dénombrements, il sera possible <strong>de</strong> généraliser la solution en<br />
une formule tantôt simple, tantôt plus compliquée, <strong>et</strong> <strong>de</strong>s<br />
procédés <strong>de</strong> récurrence pourront ai<strong>de</strong>r à la résolution<br />
générale.<br />
Des problèmes à première vue très différents se révéleront<br />
mathématiquement apparentés, voire isomorphes, tandis que<br />
d'autres apparemment voisins différeront beaucoup par leur<br />
solution. Quelques problèmes à énoncé très simple<br />
exigeront le recours à une solution d'une complexité<br />
inattendue, plusieurs d'entre eux <strong>de</strong>meurant même encore<br />
ouverts.<br />
Même pour les problèmes à une seule variable, il est<br />
intéressant <strong>de</strong> considérer la gran<strong>de</strong> diversité <strong>de</strong> formules<br />
pouvant être déduites <strong>de</strong> quelques simples énoncés :<br />
polynômes, exponentielles, factorielles…<br />
Dans chacune <strong>de</strong>s situations présentées ci–après, le nombre<br />
<strong>de</strong> façons <strong>de</strong> satisfaire à l'énoncé dépend d'une seule<br />
variable, l'entier naturel n. Le tableau annexé présentera<br />
dans chaque cas la suite <strong>de</strong>s nombres obtenus pour les<br />
premières valeurs <strong>de</strong> n , la formule générale si elle est<br />
connue <strong>et</strong>, s'il y a lieu, une relation <strong>de</strong> récurrence perm<strong>et</strong>tant<br />
<strong>de</strong> passer du résultat <strong>de</strong> rang n – 1 à celui <strong>de</strong> rang n .<br />
Les problèmes sont présentés <strong>et</strong> numérotés suivant le même<br />
ordre, dans le texte <strong>et</strong> dans le tableau. Dans certains cas, la<br />
solution obtenue pour n = 0 pourra être acceptée ou<br />
rej<strong>et</strong>ée, la formule générale pouvant s'appliquer ou non.<br />
1. Lors d'une rencontre, chacun <strong>de</strong>s n<br />
participants serre la main <strong>de</strong> tous les autres.<br />
Combien y aura–t–il <strong>de</strong> poignées <strong>de</strong> main<br />
échangées?<br />
Chaque personne donnera n–1 poignées <strong>de</strong> main. Mais<br />
chaque poignée <strong>de</strong> mains impliquant 2 personnes, il faudra<br />
diviser le produit n(n–1) par 2.<br />
Ce problème est isomorphe <strong>de</strong> celui du nombre total <strong>de</strong><br />
parties jouées dans un tournoi-rotation, <strong>et</strong> du nombre total<br />
d'arêtes d'un graphe compl<strong>et</strong> non orienté antiréflexif (sans<br />
boucle). Pour le graphe compl<strong>et</strong> réflexif, la formule <strong>de</strong>vient<br />
n(n+1)/2.<br />
On reconnaît la suite <strong>de</strong>s nombres triangulaires.<br />
2. Combien <strong>de</strong> diagonales possè<strong>de</strong> un polygone<br />
convexe <strong>de</strong> n côtés?<br />
Ce problème est homomorphe du précé<strong>de</strong>nt. Les côtés<br />
n'étant pas considérés comme <strong>de</strong>s diagonales, chaque<br />
somm<strong>et</strong> du polygone se trouve relié à n–3 autres somm<strong>et</strong>s.<br />
3. De combien <strong>de</strong> façons n personnes peuvent–<br />
elles prendre place sur n sièges?<br />
Il s'agit d'un exemple simple du nombre <strong>de</strong> permutations <strong>de</strong><br />
n éléments.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 190 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements Jacques Sormany<br />
De combien <strong>de</strong> façons peut–on placer n obj<strong>et</strong>s dans n<br />
boîtes? S'il y a exactement un obj<strong>et</strong> par boîte, c'est<br />
absolument la même situation. Mais si l'on peut entasser<br />
plus d'un obj<strong>et</strong> par boîte, laissant une ou plusieurs boîtes<br />
vi<strong>de</strong>s? Et si les obj<strong>et</strong>s ou les boîtes sont indiscernables?<br />
Dépendant <strong>de</strong> 2 paramètres au lieu d'un seul (le nombre<br />
d'obj<strong>et</strong>s <strong>et</strong> le nombre <strong>de</strong> boîtes), c<strong>et</strong>te famille <strong>de</strong> problèmes<br />
ne sera pas traitée ici, mais fera l'obj<strong>et</strong> d'une recherche<br />
ultérieure.<br />
S'y greffe la question du partage d'un entier, examinée plus<br />
bas (#20).<br />
4. En se déplaçant seulement vers le nord ou vers<br />
l'est le long <strong>de</strong>s arêtes d'une grille carrée, combien<br />
y a–t–il <strong>de</strong> chemins pour aller du coin sud–ouest<br />
au coin opposé?<br />
La suite obtenue est celle <strong>de</strong>s termes <strong>de</strong> la colonne centrale<br />
du triangle <strong>de</strong> Pascal.<br />
(Le recours au triangle <strong>de</strong> Pascal perm<strong>et</strong> <strong>de</strong> résoudre le<br />
même problème pour une grille rectangulaire). Le cas <strong>de</strong><br />
grilles triangulaires ou hexagonales n'est pas abordé ici.<br />
Pour ce qui est du nombre <strong>de</strong> carrés ou <strong>de</strong> triangles dans la<br />
grille, voir plus loin (#13–14).<br />
5 à 8. Combien y a–t–il <strong>de</strong> relations binaires<br />
internes dans un ensemble à n éléments?<br />
Parmi ces relations, combien sont réflexives?<br />
symétriques? transitives?<br />
Une relation binaire peut être représentée par un tableau à n<br />
lignes <strong>et</strong> n colonnes, chaque case du tableau présentant la<br />
valeur 0 ou 1. Le nombre <strong>de</strong> relations possibles est donc<br />
<strong>de</strong> 2 à la puissance n carré.<br />
Les relations réflexives sont celles où la diagonale principale<br />
du tableau est occupée partout par <strong>de</strong>s 1; le nombre <strong>de</strong><br />
relations antiréflexives sera le même, la diagonale étant c<strong>et</strong>te<br />
fois occupée par <strong>de</strong>s 0. De même, il est facile <strong>de</strong> dénombrer<br />
les relations symétriques, la diagonale principale du tableau<br />
tenant lieu d'axe <strong>de</strong> symétrie.<br />
En revanche, il n'y a pas <strong>de</strong> métho<strong>de</strong> simple pour compiler<br />
les relations antisymétriques, transitives ou antitransitives.<br />
Pour n = 0, il existe une seule relation, la relation vi<strong>de</strong>, qui<br />
est antiréflexive, symétrique <strong>et</strong> transitive.<br />
9 à 12. Combien y a–t–il d'opérations internes<br />
(partout définies) dans un ensemble à n éléments?<br />
Parmi ces opérations, combien seront i<strong>de</strong>mpotentes?<br />
commutatives? associatives?<br />
Les mêmes raisonnements que ci–<strong>de</strong>ssus s'appliquent, sauf<br />
que chaque case du tableau peut présenter n valeurs<br />
possibles (appelées résultats). Les formules exponentielles<br />
obtenues seront donc en base n au lieu <strong>de</strong> 2.<br />
Il existe <strong>de</strong>s critères <strong>de</strong> classement pour les relations<br />
associatives (par exemple les groupes), mais leur<br />
dénombrement exhaustif n'est connu que pour les p<strong>et</strong>ites<br />
valeurs <strong>de</strong> n .<br />
Dans le cas où n = 0, il n'existe aucune opération interne,<br />
puisqu'il n'y a aucun élément.<br />
13 – 14. Dans une grille carrée <strong>de</strong> côté n, combien<br />
<strong>de</strong> carrés <strong>de</strong> toutes tailles peut–on compter? Et<br />
dans une grille triangulaire?<br />
Pour les carrés, le décompte s'effectue simplement en<br />
additionnant 1 2 + 2 2 + … + n 2; on obtient le polynôme<br />
bien connu n(n + 1)(2n + 1)/6 .<br />
Sur une grille triangulaire, le nombre <strong>de</strong> p<strong>et</strong>its triangles<br />
équilatéraux <strong>de</strong> côté 1 est aussi égal à n 2 ; mais certains<br />
d'entre eux pointeront vers le haut, d'autres vers le bas <strong>de</strong> la<br />
grille : le nombre <strong>de</strong> carrés <strong>et</strong> <strong>de</strong> triangles <strong>de</strong> côté 2 ne sera<br />
pas le même, <strong>et</strong> le problème <strong>de</strong> la grille triangulaire se révèle<br />
plus ardu que celui <strong>de</strong> la grille carrée! On obtiendra en fait 2<br />
polynômes, l'un pour n pair, l'autre pour n impair; il existe<br />
différentes façons <strong>de</strong> fusionner les <strong>de</strong>ux formules en une<br />
seule, par le recours aux valeurs absolues ou au facteur (–1) n;<br />
on peut aussi trouver <strong>de</strong>s relations <strong>de</strong> récurrences, mais plus<br />
compliquées que pour la grille carrée.<br />
Ces problèmes pourraient être étendus à <strong>de</strong>s dimensions<br />
supérieures à 2.<br />
15 – 16. En combien <strong>de</strong> régions peut–on séparer<br />
un plan par n droites? un cercle, par <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s<br />
tracées entre n points <strong>de</strong> la circonférence?<br />
Les droites coplanaires doivent être non parallèles, <strong>et</strong> pas<br />
plus <strong>de</strong> 2 à la fois ne doivent être concourantes en un même<br />
point. La relation <strong>de</strong> récurrence est facile à établir : chaque<br />
nouvelle droite ajoute n nouvelles régions.<br />
Le découpage du cercle est plus délicat, si bien qu’on<br />
l'appelle volontiers le problème <strong>de</strong> la région manquante! En<br />
eff<strong>et</strong>, pour résoudre ce genre <strong>de</strong> problème, une bonne<br />
métho<strong>de</strong> empirique consiste à commencer par n = 1, puis<br />
faire le décompte pour n = 2, n = 3, <strong>et</strong>c. Les premières<br />
étapes donnent <strong>de</strong>s résultats conformes à la formule<br />
apparente 2 n–1, mais quand on trace la figure pour n = 6,<br />
en comptant les régions pour vérifier, on n'en trouve que 31;<br />
on pense qu'on a mal compté <strong>et</strong> on recommence : rien à<br />
faire, il en manque toujours une!<br />
Plusieurs mathématiciens professionnels ou amateurs se<br />
sont penchés sur ce problème <strong>et</strong> ont donné <strong>de</strong>s formules<br />
correctes, soit sous forme <strong>de</strong> polynômes, soit d'expressions<br />
combinatoires dont la plus simple est ! n " ! n " ! n "<br />
+ + .<br />
# $ # $ # $<br />
% 0 & % 2& % 4&<br />
Ces problèmes pourraient aussi être étendus à <strong>de</strong>s<br />
dimensions supérieures à 2, à <strong>de</strong>s surfaces non isomorphes<br />
<strong>de</strong> la sphère <strong>et</strong> à <strong>de</strong>s géométries non euclidiennes; il n'en sera<br />
pas question ici.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 191 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements Jacques Sormany<br />
17. En récompense pour avoir inventé le jeu<br />
d'échecs, Sissa <strong>de</strong>manda à l'empereur un grain <strong>de</strong><br />
blé pour la première case, 2 pour la <strong>de</strong>uxième, 4<br />
pour la troisième <strong>et</strong> ainsi <strong>de</strong> suite, en doublant à<br />
chaque fois le nombre <strong>de</strong> grains. Combien aurait–<br />
il fallu <strong>de</strong> grains <strong>de</strong> blé pour couvrir les 64 cases <strong>de</strong><br />
l'échiquier?<br />
Voilà l'un <strong>de</strong>s plus anciens problèmes connus <strong>de</strong><br />
dénombrement. La série 2 0 + 2 1 + 2 .2 +… + 2 n–1 a pour<br />
somme 2 n – 1 , ici un nombre <strong>de</strong> 20 chiffres, plus élevé que<br />
la quantité totale <strong>de</strong> grains <strong>de</strong> blé dans le mon<strong>de</strong> entier!<br />
De nombreux problèmes, à première vue très différents, ont<br />
une solution i<strong>de</strong>ntique à celui–ci : par exemple la tour <strong>de</strong><br />
Hanoï (nombre d'étapes nécessaires pour transférer un à un<br />
une pile <strong>de</strong> disques <strong>de</strong> diamètres inégaux, sans jamais poser<br />
un disque plus grand au–<strong>de</strong>ssus d'un plus p<strong>et</strong>it). En<br />
revanche, comme on vient <strong>de</strong> le voir, ce n'est pas le cas pour<br />
le découpage du cercle en régions par <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s.<br />
18. Chez une certaine espèce <strong>de</strong> lapins, la femelle<br />
atteint au bout d'un mois sa maturité sexuelle,<br />
puis donne naissance chaque mois à une portée<br />
qui comporte exactement une femelle. Il y a<br />
toujours suffisamment <strong>de</strong> mâles pour fécon<strong>de</strong>r<br />
toutes les femelles qui sont prêtes, <strong>et</strong> on suppose<br />
qu'il n'y a aucune mortalité. À partir d'une lapine<br />
née au début <strong>de</strong> l'année, combien aura–t–on <strong>de</strong><br />
lapines 12 mois plus tard?<br />
Autre problème très connu, publié par Fibonacci il y a 8<br />
siècles. Chaque nombre <strong>de</strong> la suite s'obtient en additionnant<br />
les <strong>de</strong>ux précé<strong>de</strong>nts : la relation <strong>de</strong> récurrence est donc<br />
d'ordre 2.<br />
Au bout <strong>de</strong> 12 mois, il y aura 144 lapines.<br />
Il existe différentes formules, faisant intervenir la racine<br />
carrée <strong>de</strong> 5 <strong>et</strong> le nombre d'or, qui perm<strong>et</strong>tent <strong>de</strong> calculer<br />
directement Fn en fonction <strong>de</strong> n. Pour toute suite <strong>de</strong> ce<br />
type, pour n assez grand, on peut obtenir le terme <strong>de</strong> rang<br />
n en multipliant le précé<strong>de</strong>nt par le nombre d'or<br />
1,618033989… <strong>et</strong> en arrondissant le résultat à l'entier le plus<br />
proche.<br />
19. L'oncle Sam avait une curieuse chaîne <strong>de</strong><br />
montre, constituée <strong>de</strong> 4 pièces <strong>de</strong> monnaie <strong>et</strong> d'un<br />
pen<strong>de</strong>ntif représentant un aigle. Les pièces<br />
étaient percées respectivement <strong>de</strong> 5, 4, 3 <strong>et</strong> 2 trous,<br />
<strong>de</strong> sorte qu'en ouvrant <strong>et</strong> refermant les p<strong>et</strong>its<br />
anneaux <strong>de</strong> métal qui les reliaient, on pouvait<br />
changer leur disposition <strong>et</strong> leur orientation (le<br />
pen<strong>de</strong>ntif <strong>et</strong> chacune <strong>de</strong>s pièces ayant un côté pile<br />
<strong>et</strong> un côté face distincts).<br />
Combien <strong>de</strong> chaînes différentes peut–on constituer ainsi?<br />
Chaque assemblement doit comporter, dans l'ordre : la<br />
montre, une première pièce (au choix), une <strong>de</strong>uxième pièce,<br />
une troisième, puis celle qui reste <strong>et</strong> finalement le pen<strong>de</strong>ntif.<br />
L'auteur <strong>de</strong> ce problème, l'Américain Sam Loyd, donnait une<br />
réponse erronée, qui a pourtant été maintenue dans les<br />
rééditions subséquentes faites par d'autres grands spécialistes<br />
<strong>de</strong> jeux <strong>mathématiques</strong> : une erreur qui sera donc passée<br />
inaperçue pendant environ un siècle!<br />
Commençons par la pièce à 5 trous. Elle peut être reliée à la<br />
montre par n'importe lequel <strong>de</strong> ses 5 trous, <strong>et</strong> par l'un <strong>de</strong>s 4<br />
autres au reste <strong>de</strong> la chaîne. Il y a donc 5 x 4 = 20 façons<br />
<strong>de</strong> l'attacher. De même, il y a 4 x 3 = 12 possibilités pour<br />
attacher la pièce à 4 trous, 3 x 2 = 6 pour celle à 3 trous <strong>et</strong><br />
2 x 1 = 2 pour celle à 2 trous.<br />
Maintenant, tenons la montre pour voir l'heure <strong>et</strong><br />
examinons la chaîne. Chaque pièce <strong>et</strong> le pen<strong>de</strong>ntif peuvent<br />
présenter soit leur côté pile, soit leur côté face : ce qui donne<br />
2 5 = 32 possibilités.<br />
Enfin, on peut changer les pièces <strong>de</strong> place : elles peuvent<br />
être permutées <strong>de</strong> 4! = 4 x 3 x 2 x 1 = 24 façons.<br />
Le nombre <strong>de</strong> chaînes différentes que l'on peut assembler<br />
est donc :<br />
20 x 12 x 6 x 2 x 32 x 24 = 2 211 840,<br />
résultat plus élevé que ce à quoi l'on aurait pu s'attendre avec<br />
les p<strong>et</strong>its nombres <strong>de</strong> départ <strong>et</strong> la simplicité <strong>de</strong> l'énoncé…<br />
Le problème se généralise facilement à un plus grand<br />
nombre <strong>de</strong> pièces <strong>de</strong> monnaie.<br />
Si n = 0 , la montre sans chaîne peut être considérée<br />
comme solution unique; pour n = 1 , la chaîne est réduite<br />
au pen<strong>de</strong>ntif qui peut être placé <strong>de</strong> 2 façons, côté pile ou<br />
côté face.<br />
20. De combien <strong>de</strong> façons peut–on partager un<br />
entier en une somme d'entiers?<br />
Nous abordons maintenant une série <strong>de</strong> problèmes à énoncé<br />
relativement simple, mais pour lesquels la formule générale<br />
reste inconnue (si, dans certains cas, <strong>de</strong>s formules ou<br />
relations <strong>de</strong> récurrence ont été proposées, elles s'avèrent très<br />
compliquées <strong>et</strong> sans utilité pratique).<br />
L'un <strong>de</strong> ces problèmes est celui du partage d'un entier, relié<br />
à bien <strong>de</strong>s situations évoquées ailleurs dans ce texte, à<br />
commencer par celle <strong>de</strong>s arrangements avec répétition vue<br />
plus haut.<br />
Ici l'ordre <strong>de</strong>s termes est sans importance, puisque l'addition<br />
est commutative. Pourtant, si l'on tenait compte <strong>de</strong> l'ordre,<br />
on obtiendrait le nombre <strong>de</strong> possibilités bien plus<br />
directement, par la simple formule 2 n–1.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 192 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements Jacques Sormany<br />
21 à 24. Parmi les graphes à n somm<strong>et</strong>s,<br />
combien sont <strong>de</strong>s arbres?<br />
Application : Combien y a–t–il d'isomères d'un<br />
chloro–fluoro–alcane?<br />
Une relation binaire dans un ensemble à n éléments peut<br />
être représentée par un tableau, mais aussi par un graphe.<br />
Le nombre total <strong>de</strong> graphes orientés à n somm<strong>et</strong>s sera<br />
donc le même que celui <strong>de</strong>s relations binaires (colonne #5),<br />
celui <strong>de</strong>s graphes non orientés égal à celui <strong>de</strong>s relations<br />
symétriques (colonne #7).<br />
Un arbre est un graphe connexe sans boucle. Un arbre à n<br />
somm<strong>et</strong>s comporte toujours exactement n – 1 arêtes. Une<br />
première application <strong>de</strong> c<strong>et</strong>te propriété est le décompte <strong>de</strong>s<br />
parties (non nulles) dans un tournoi par élimination :<br />
puisque chaque partie élimine exactement un joueur, il<br />
faudra au total n-1 parties pour couronner un gagnant.<br />
Il n'est pas évi<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> démontrer que le nombre d'arbres<br />
non orientés peut être calculé par n n–2. Si les éléments qui<br />
constituent les somm<strong>et</strong>s sont indiscernables, on peut<br />
regrouper les arbres en un certain nombre <strong>de</strong> formes<br />
distinctes. Jusqu'à n = 3, un arbre est forcément linéaire; à<br />
partir <strong>de</strong> n = 4, les arbres peuvent être ramifiés, <strong>et</strong> ce, <strong>de</strong><br />
façon <strong>de</strong> plus en plus complexe à mesure que n augmente :<br />
c'est pourquoi il <strong>de</strong>vient malaisé <strong>de</strong> calculer le nombre <strong>de</strong><br />
formes possibles pour n élevé, <strong>et</strong> il n'y a pas non plus <strong>de</strong><br />
formule simple <strong>de</strong> récurrence pour n quelconque. Ce<br />
problème est relié au partage d'un entier.<br />
Ce type <strong>de</strong> dénombrement a <strong>de</strong>s applications en chimie<br />
organique, où les atomes <strong>de</strong> carbone reliés entre eux sont<br />
i<strong>de</strong>ntiques les uns aux autres. Mais le dénombrement <strong>de</strong>s<br />
formes d'arbres <strong>et</strong> celui <strong>de</strong>s polymères ne sont pas<br />
isomorphes: comme le carbone n'a que 4 valences, pour n>5<br />
il faudra éliminer tous les arbres comportant un somm<strong>et</strong><br />
d'ordre supérieur à 4 (colonnes #22 <strong>et</strong> #23 du tableau).<br />
Si l'on impose à la chaîne d'hydrocarbure d'être linéaire, le<br />
décompte <strong>de</strong>s isomères <strong>de</strong>vient facile, même avec plusieurs<br />
atomes différents combinés à la chaîne. C'est le cas, par<br />
exemple, <strong>de</strong>s chloro–fluoro–alcanes CnH2nFCl (colonne<br />
#24); en revanche, si l'on perm<strong>et</strong> à la chaîne d'être ramifiée,<br />
il apparaît plus difficile <strong>de</strong> compter les isomères <strong>de</strong><br />
composés à formules pourtant plus simples, comme les<br />
chloro–alcanes CnH2n+1Cl ou CnH2nCl2 (non présentés<br />
ici).<br />
25. De combien <strong>de</strong> façons peut–on plier une<br />
ban<strong>de</strong> <strong>de</strong> timbres-poste le long <strong>de</strong>s perforations,<br />
pour obtenir un empilement <strong>de</strong> la largeur d'un<br />
seul timbre?<br />
Ce problème, pourtant très simple à première vue, <strong>et</strong> sa<br />
variante (pliage d'une ban<strong>de</strong> <strong>de</strong> papier dont le recto <strong>et</strong> le<br />
verso sont i<strong>de</strong>ntiques) restent ouverts.<br />
D'où vient la difficulté? Considérons un problème à<br />
résolution élémentaire, par exemple celui où n – 1<br />
personnes occupent n – 1 places dans une file. Puisqu'une<br />
nouvelle personne peut se placer à n endroits, il suffit <strong>de</strong><br />
multiplier par n le nombre d'arrangements qu'on avait déjà.<br />
Ce n'est pas le cas pour la ban<strong>de</strong> <strong>de</strong> papier ou pour les autres<br />
problèmes présentement discutés : selon l'endroit où l'on<br />
intercale le nouvel élément, on pourra créer ou défaire une<br />
symétrie, ce qui (à chaque étape) perturbera le régularité du<br />
processus.<br />
26. Combien y a–t–il <strong>de</strong> pentominos distincts?<br />
Un polymino est une figure constituée <strong>de</strong> n carrés<br />
juxtaposés par un ou plusieurs <strong>de</strong> leurs côtés; les<br />
r<strong>et</strong>ournements sont permis. Il n'y a qu'un seul monomino<br />
(carré) <strong>et</strong> un seul domino (rectangle <strong>de</strong>ux fois plus long que<br />
large), <strong>de</strong>ux triminos (l'un rectangulaire <strong>et</strong> l'autre en L), <strong>et</strong>c.<br />
Non seulement on ne peut imaginer une formule perm<strong>et</strong>tant<br />
<strong>de</strong> calculer directement le nombre <strong>de</strong> polyminos d'ordre n ,<br />
mais à partir <strong>de</strong> n = 7 on observe <strong>de</strong>s divergences d'une<br />
publication à l'autre! Les nombres présentés ici sont tirés du<br />
livre <strong>de</strong> Delahaye, plus récent <strong>et</strong> plus fiable.<br />
Pour illustrer la complexité du problème, remarquons qu'un<br />
seul pentomino peut être obtenu en adjoignant un p<strong>et</strong>it carré<br />
au tétromino carré, tandis qu'à partir du tétromino en L on<br />
peut obtenir 9 <strong>de</strong>s 12 pentominos. À partir <strong>de</strong> n = 7, on<br />
voit apparaître <strong>de</strong>s polyminos troués.<br />
On ne connaît pas non plus <strong>de</strong> formule donnant le nombre<br />
<strong>de</strong> polyamants (triangles équilatéraux juxtaposés), polyhex,<br />
polycubes (dans l'espace à 3 dimensions), <strong>et</strong>c.<br />
27–28. De combien <strong>de</strong> façons peut–on découper<br />
un carré ou un triangle équilatéral en triangles<br />
semblables?<br />
Beaucoup d'autres problèmes <strong>de</strong> découpage comme ceux–ci,<br />
présentés dans <strong>de</strong>s revues <strong>de</strong> vulgarisation <strong>mathématiques</strong><br />
comme Tangente, <strong>de</strong>meurent ouverts.<br />
Mentionnons aussi : le nombre <strong>de</strong> configurations possibles<br />
<strong>de</strong> cubes hongrois (Rubik), le nombre <strong>de</strong> carrés magiques,<br />
latins, gréco–latins, <strong>et</strong>c., le nombre <strong>de</strong> parcours du cavalier<br />
aux échecs, problèmes riches mais trop complexes pour être<br />
abordés ici.<br />
Bibliographie<br />
Pour un thème aussi accessible, omniprésent en<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong> dans la vie <strong>de</strong> tous les jours, on pourrait<br />
s'attendre à trouver une bibliographie imposante…<br />
Curieusement, il n'en est rien! Certes, tout manuel <strong>de</strong> calcul<br />
<strong>de</strong>s probabilités comporte un ou <strong>de</strong>ux chapitres sur les<br />
dénombrements; tout livre <strong>de</strong> théorie <strong>de</strong>s nombres traite <strong>de</strong>s<br />
fonctions numériques avec divers exemples d'applications <strong>de</strong><br />
formules; on parle bien sûr d'analyse combinatoire dans les<br />
manuels <strong>de</strong> théorie <strong>de</strong>s ensembles, théorie <strong>de</strong>s graphes, <strong>et</strong>c.;<br />
dans les recueils <strong>de</strong> <strong>de</strong>vin<strong>et</strong>tes <strong>mathématiques</strong>, on trouvera<br />
beaucoup <strong>de</strong> problèmes <strong>de</strong> dénombrements, disséminés<br />
parmi les autres. Mais relativement rares sont les ouvrages<br />
portant spécifiquement sur les dénombrements.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 193 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements Jacques Sormany<br />
Le mathématicien québécois bien connu Gilbert Paqu<strong>et</strong>te a<br />
écrit un p<strong>et</strong>it manuel d'analyse combinatoire où il est<br />
question évi<strong>de</strong>mment <strong>de</strong> permutations <strong>et</strong> <strong>de</strong> combinaisons,<br />
mais aussi <strong>de</strong> divers problèmes comme le partage d'un<br />
entier. À partir <strong>de</strong>s années 60, on s'est mis à publier<br />
beaucoup <strong>de</strong> livres portant sur la combinatorique, c'est–à–<br />
dire le traitement informatique <strong>de</strong> l'analyse combinatoire :<br />
mentionnons entre autres le titre <strong>de</strong> Kaufmann, auteur bien<br />
connu pour ses travaux en recherche opérationnelle, autre<br />
domaine où les dénombrements sont importants.<br />
DELAHAYE, Jean–Paul (1998) – Jeux <strong>mathématiques</strong> <strong>et</strong><br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong>s jeux. Bélin Pour la Science – (Un<br />
chapitre compl<strong>et</strong> sur les polyminos).<br />
GARDNER, Martin (trad. 1970) – Les casse–tête<br />
<strong>mathématiques</strong> <strong>de</strong> Sam Loyd. Dunod ou Bordas,<br />
Paris – (Problème #26 : La chaîne <strong>de</strong> montre <strong>de</strong> l'oncle<br />
Sam).<br />
KAUFMANN, Arnold (1968) – Introduction à la<br />
combinatorique. Dunod, Paris – 610 pages.<br />
LABELLE, Jacques – Théorie <strong>de</strong>s graphes. Modulo,<br />
Outremont – 183 pages.<br />
PAQUETTE, Gilbert (1970) – Analyse combinatoire.<br />
Holt, Rinehart <strong>et</strong> Winston ltée, Montréal – 85 pages.<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 194 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements Jacques Sormany<br />
Annexe : Tableau synoptique <strong>de</strong>s résultats<br />
No 1 2 3 4<br />
n Poignées<br />
Diagonales Permutations Chemins entre coins<br />
<strong>de</strong> main<br />
du polygone<br />
du carré<br />
0 0 1 1<br />
1 0 1 2<br />
2 1 2 6<br />
3 3 0 6 20<br />
4 6 2 24 70<br />
5 10 5 120 252<br />
6 15 9 720 924<br />
7 21 14 5 040 3 432<br />
8 28 20 40 320 12 870<br />
9 36 27 362 880 48 620<br />
10 45 37 3 628 800 184 756<br />
Formule n(n – 1)/2 n(n – 3)/2 n! (2n)!/2n!<br />
Récurrence + n – 1 + n – 2 x n x (4 –(2/n))<br />
No 5 6 7 8<br />
n Relations internes Relations réflexives Relations<br />
symétriques<br />
Relations transitives<br />
0 1 0 1 1<br />
1 2 1 2 2<br />
2 16 4 8 13<br />
3 512 64 64 171<br />
4 65 536 4 096 1 024<br />
5 33 554 432 1 048 576 32 768<br />
6 2 097 152<br />
Formule 2^n 2 2^(n 2 – n) 2 n(n + 1)/2 ?<br />
Récurrence x 2 2n – 1 x 2 2n – 2 x 2 n ?<br />
No 9 10 11 12<br />
n Opérations internes Opérations Opérations Opérations<br />
i<strong>de</strong>mpotentes commutatives associatives<br />
0 0 0 0 0<br />
1 1 1 1 1<br />
2 16 4 8 8<br />
3 19 683 729 729 113<br />
4 4 294 967 296 16 777 216 1 048 576 ?<br />
Formule n^n 2 n n(n – 1) n n(n + 1)/2 ?<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 195 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements Jacques Sormany<br />
No 13 14 15 16<br />
n Carrés Triangles Régions<br />
Régions<br />
Plan<br />
Cercle<br />
0 0 0 1 1<br />
1 1 1 2 1<br />
2 5 5 4 2<br />
3 14 13 7 4<br />
4 30 27 11 8<br />
5 55 48 16 16<br />
6 91 78 22 31<br />
7 140 118 29 57<br />
8 204 170 37 99<br />
9 285 235 46 163<br />
10 385 315 56 256<br />
Formule (2n 3 + 3n 2 + n)/6<br />
(2n3 +5n 2 +2n)/8<br />
ou<br />
2n 3 +5n 2 +2n-1<br />
8<br />
Récurrence + n 2 + n<br />
(n 2 + n + 2)/2 (n 4 – 6n 3 + 23n 2<br />
– 18n + 24)/24<br />
ou formules<br />
combinatoires<br />
N o 17 18 19 20<br />
n Grains Lapins <strong>de</strong> Fibonacci Chaîne <strong>de</strong> montre Partage<br />
<strong>de</strong> blé<br />
d'un entier<br />
0 1<br />
1 1 1 2 1<br />
2 2 1 8 2<br />
3 4 2 192 3<br />
4 8 3 13 824 5<br />
5 16 5 2 211 840 7<br />
6 32 8 663 552 000 11<br />
7 64 13 334 430 208 000 15<br />
8 128 21 22<br />
9 256 34 30<br />
10 512 55 42<br />
Formule 2n – 1<br />
ϕn + (–1) n+1ϕ –n<br />
51/2 où<br />
ϕ = (51/2 – 1)/2<br />
2 nn!(n – 1)! 2<br />
Récurrence x 2 (≈) x ϕ x 2n(n – 1) 2<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 196 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Les dénombrements Jacques Sormany<br />
No 21 22 23 24<br />
n Arbres Formes Polymères alcane Polymères<br />
d'arbres<br />
CnH2n + 2<br />
CnH2nFCl<br />
0 0 0<br />
1 1 1 1 1<br />
2 1 1 1 2<br />
3 3 1 1 5<br />
4 16 2 2 8<br />
5 125 3 3 13<br />
6 1 296 6 5 18<br />
7 16 807 11 8 25<br />
8 262 144 23 18 32<br />
9 4 782 969 47 35 41<br />
10 100 000 000 111 72 50<br />
Formule n n – 2 n 2/2 ou (n 2+1)/2<br />
Récurrence +n (n impair)<br />
+n–1 (n pair)<br />
No 25 26 27 28<br />
n Pliage ban<strong>de</strong> Pentominos Carré découpé T. équilatéral<br />
timbres–poste<br />
en triangles en t. semblables<br />
1 1 1 0 1<br />
2 2 1 1 1<br />
3 6 2 1 2<br />
4 16 5 4 5<br />
5 50 12 12 26<br />
6 144 35 97 ?<br />
7 462 108 ?<br />
8 1 392 369<br />
9 4 536 1 285<br />
10 14 060 4 655<br />
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 197 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 198 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
TABLE RONDE<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 199 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49 e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 200 31 mai <strong>et</strong> 1 er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
TABLE RONDE<br />
Enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong><br />
<strong>de</strong> la quatrième secondaire<br />
à la première année universitaire ou à la troisième d’un programme technique<br />
Panélistes : Madame France Caron, Université <strong>de</strong> Montréal<br />
Madame Lyse Favreau, cégep Limoilou<br />
Monsieur Frédéric Gour<strong>de</strong>au, Université Laval<br />
Monsieur Jacques Jacob, prési<strong>de</strong>nt du GRMS<br />
Madame Célyne Laliberté, cégep <strong>de</strong> Sherbrooke<br />
Monsieur Jean-Pierre Marcoux, Comission scolaire <strong>de</strong>s Découvreurs<br />
Animatrice: Madame Col<strong>et</strong>te Messier, cégep du Vieux Montréal<br />
L’enseignement <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong> se place en priorité dès l’entrée à l’école. Mais les choix faits en<br />
quatrième secondaire sont cruciaux pour l’élève qui vise <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s post-secondaires. Commence alors un<br />
processus s’étendant sur cinq années <strong>et</strong> caractérisé par un ou <strong>de</strong>ux changements d’institutions. Chacun <strong>de</strong> ces<br />
changements est constitué <strong>de</strong> ruptures dues aux caractéristiques propres aux <strong>de</strong>ux institutions en jeu <strong>et</strong> qui donnent<br />
du sens à ce changement.<br />
Comment faire en sorte que sur le plan <strong>de</strong> l’apprentissage <strong>de</strong>s <strong>mathématiques</strong>, ces transitions soient à la fois<br />
significatives <strong>et</strong> réussies?<br />
Il nous semble qu’on doive s’appuyer d’une part sur <strong>de</strong>s points d’ancrage, <strong>de</strong>s apprentissages forts, <strong>et</strong><br />
d’autre part sur un ensemble <strong>de</strong> relations alliant souplesse <strong>et</strong> solidité.<br />
Quels sont, ou quels pourraient être, les points d’ancrage forts qui caractérisent les <strong>mathématiques</strong><br />
enseignées à chacune <strong>de</strong>s cinq années? Quelles connaissances, quelles habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail, quelles habil<strong>et</strong>és<br />
acquises font qu’un élève est différent <strong>de</strong> ce qu’il était un an plus tôt?<br />
La lecture <strong>de</strong>s programmes officiels nous renseigne-t-elle suffisamment sur les connaissances <strong>de</strong>s élèves<br />
pour pouvoir les réutiliser adéquatement?<br />
À chacun <strong>de</strong>s niveaux scolaires, quelles connaissances <strong>de</strong>s niveaux précé<strong>de</strong>nts faisons-nous revivre, en quoi<br />
enrichissons-nous ces connaissances? Comment, par quel canal, faisons-nous savoir à nos collègues <strong>de</strong>s niveaux<br />
précé<strong>de</strong>nts ce que nous pouvons réutiliser <strong>et</strong> comment ce sera fait? Comment peuvent-ils réagir à ces propositions?<br />
Spécifiquement pour les élèves qui suivent un programme professionnel au collégial, y a-t-il <strong>de</strong>s<br />
connaissances, <strong>de</strong>s habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> travail, <strong>de</strong>s habil<strong>et</strong>és dont il faudrait s’assurer avant qu’ils accè<strong>de</strong>nt au marché du<br />
travail?<br />
Quel rôle souhaitez-vous que l’AMQ <strong>et</strong> le GRMS jouent dans l’effort que font les professeurs <strong>de</strong> tous les<br />
niveaux pour assurer la qualité <strong>de</strong>s transitions? Quels outils (bull<strong>et</strong>in, congrès, autres) souhaitez-vous que l’AMQ <strong>et</strong><br />
le GRMS m<strong>et</strong>tent à votre disposition pour ce faire?<br />
C’est dans ce contexte que les participants à la table ron<strong>de</strong> sont invités à poursuivre c<strong>et</strong>te réflexion <strong>et</strong> à<br />
apporter quelques réponses aux différentes questions.<br />
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 201 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Actes du 49e congrès <strong>de</strong> l’Association mathématique du Québec 202 31 mai <strong>et</strong> 1er juin 2006<br />
Université <strong>de</strong> Sherbrooke
Le congrès mai-juin 2006 <strong>de</strong> l'AMQ, <strong>et</strong> sa journée commune avec<br />
ceux du GRMS <strong>et</strong> <strong>de</strong> l'EMF sont réalisés avec le soutien <strong>de</strong><br />
Commission internationale<br />
<strong>de</strong> l'enseignement mathématique<br />
International Commission on<br />
Mathematical Instruction<br />
Société mathématique du Canada<br />
UNIVERSITÉ DE<br />
SHERBROOKE<br />
Avec la participation <strong>de</strong> :<br />
• Ministère <strong>de</strong>s Relations internationales du Québec<br />
• Ministère <strong>de</strong> l’Éducation, du Loisir <strong>et</strong> du Sport<br />
Service <strong>de</strong> coopération <strong>et</strong> d’action culturelle<br />
Nous tenons à remercier <strong>de</strong> façon toute spéciale le <strong>Département</strong> <strong>de</strong> <strong>mathématiques</strong><br />
<strong>de</strong> l'Université <strong>de</strong> Sherbrooke qui a gran<strong>de</strong>ment facilité l'organisation <strong>de</strong> ce congrès.