Les zones humides :

zones.humides

Les zones humides :

Les zones humides :

un dossier d'avenir ?

L’intérêt des zones humides est incontestable, notamment

pour la qualité de l’eau. Les agriculteurs doivent donc s’en

préoccuper, être acteurs de leur gestion et afficher la

nécessité de garder une agriculture économique et durable

dans ces espaces qui représentent environ 10% de la SAU

bretonne.

Au delà des aides financières apportées

par les MAE, compensant le surcoût

engendré par les contraintes d’entretien,

les politiques publiques devront intégrer

la notion de services rendus par les agriculteurs

qui préservent les zones humides.

Très active lors de l’élaboration des Sages

(Schémas d’aménagement et de gestion

des eaux), la profession - au travers des

chambres d'agriculture - s'est prioritairement

engagée dans le processus de

connaissance des zones humides. En

assurant la formation des agriculteurs

et leur mobilisation, les chambres ont

contribué à faire progresser les inventai-

res sur près de 70% des communes bretonnes.

C'est désormais aux bonnes pratiques

de gestion des zones humides que la profession

doit s'intéresser. En valorisant les

expériences de chaque département, les

chambres d'agriculture de Bretagne affirment

l’ambition d’être force de proposition

dans les débats qui s’annoncent

sur la mise en place de la Trame Verte et

Bleue issue du Grenelle de l’environnement

et sur la PAC 2013, avec la volonté

que les politiques prennent en compte

les efforts environnementaux fournis par

les agriculteurs bretons, soucieux de rester

présents et actifs sur leurs territoires.

Zones humides :

un patrimoine

à protéger et à gérer

Une méthode

et des outils

Pour une gestion

durable et rentable

Le marais

de Chateauneuf

d’Ille-et-Vilaine

Un faux bon exemple ?

Dans le Morbihan

Une expérimentation

de reconquête

Dossier

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Dossier coordonné par

Marie-Hélène Philippe,

chambre d'agricultue du Finistère

pour les chambres d'agriculture

de Bretagne.


Dossier

Conseils de gestion

des prairies en zones humides

4 fiches techniques

Sur le département du Morbihan, depuis 2007, un

groupe d’échanges sur les zones humides a été

mis en place à l’initiative du président de la chambre

d’agriculture, Yves Le Gourriérec. Il réunit

4 groupes d’acteurs : des représentants de l’Etat,

de collectivités (BV, conseil général…), d’associations

(fédération de pêche…) et de la profession

agricole. Après plus de

2 ans de travaux, 4 fiches

techniques ont été élaborées

sur les conseils

de gestion de prairies en

zone humide : entretien

des cours d’eau, fossés

et leurs abords ; franchissement

des cours

d’eau ; solutions pour

éviter l’abreuvement

direct des animaux aux

cours d’eau ; conseils de

Le guide des pratiques

agricoles en zone humide

est le fruit d’un travail

de collaboration entre

différents acteurs.

gestion des prairies.

Les documents sont

téléchargeables sur

www.synagri.com

Benoit Carteau,

chambre d'agriculture

du Morbihan.

Aider la gestion

par les agriculteurs

Depuis 2008, près de 1 200 ha ont été engagés dans

des mesures agri-environnementales "zones humides"

dans les bassins versants des Côtes d’Armor.

Ces engagements visent à préserver les fonctions

de ces territoires (biodiversité, préservation de la

qualité de l’eau,…) en aidant leur entretien ou remise

en état. Les zones humides en bordure de cours

d’eau ou sur les aires de captage d’eau potable sont

ainsi visées en priorité, en raison, notamment, de

leur rôle favorable au regard des nitrates.

D’autres mesures sont mises en place afin de permettre

la réouverture de parcelles abandonnées et

colonisées progressivement par des essences

ligneuses, entraînant une baisse de la biodiversité.

Les surfaces ainsi ouvertes sont destinées à être

maintenues en couverts herbacés (prairies naturelles,

parcours, landes) et à être exploitées par la

fauche et/ou le pâturage.

Au delà d’une obligation d’entretien, les cahiers

des charges de ces mesures présentent souvent

une limitation de la fertilisation et du chargement.

En contrepartie du respect des cahiers des charges

de ces mesures, une aide allant de 160 à 285 € par

hectare engagé est versée annuellement aux agriculteurs

pendant les 5 années de l’engagement.

Benoit Ribardière,

chambre d'agriculture des Côtes d'Armor.

30 TERRAGRICOLES-DE-BRETAGNE • VENDREDI 18 FÉVRIER 2011

Une méthode

et des outils

Territ’Eau, c'est une méthode et ce

sont des outils pour améliorer la gestion

des espaces agricoles et préserver

la qualité de l’eau. Elle a été

développée en étroite collaboration

entre la chambre régionale d’agriculture

de Bretagne et l’Inra (1) pour

mieux asseoir les diagnostics des

pollutions agricoles d’un bassin versant

sur les acquis de la recherche.

Concernant les zones humides, elle

a comme objectif premier de mieux

connaître leur intérêt vis-à-vis de la

qualité de l’eau selon la nature du

polluant (azote, matière organique

dissoute ou bactéries fécales). Elle a

comme deuxième objectif de préconiser

des pratiques de gestion adéquates.

Sur le bassin versant du

Belon (29) où la production conchylicole

est importante, la mise en

œuvre de la méthode Territ’Eau a

permis d’élaborer un plan d’action

pour limiter les transferts de bactéries

fécales d’origine agricole vers

les eaux. Les zones humides, proches

du réseau hydrographique et

saturées, sont des zones de transfert

préférentiel des bactéries par

ruissellement. Sont préconisées la

suppression des points d’abreuvement

ou de passage d’animaux dans

Le savoir-faire des agriculteurs dans la valorisation

des zones humides doit être valorisé.

le cours d’eau, l’éloignement des

râteliers et la limitation des apports

de bactéries par épandage ou pâturage

en période d’excès hydrique (de

septembre à avril). Vis-à-vis des

nitrates, les zones humides jouent

un rôle d’abattement des flux. Territ’Eau

propose une caractérisation

de l’efficacité des zones humides en

termes de dénitrification, qui

n’existe pas ailleurs. Les critères retenus

pour caractériser la gestion de la

zone humide vis-à-vis de la dénitrification

ont été choisis parce qu’ils

sont reconnaissables sur le terrain

et qu’ils sont des leviers pour proposer

des améliorations de leur

capacité dénitrifiante : la durée de

saturation, la présence d’une haie

de ceinture à l’interface versant-zone

humide, des écoulements préférentiels

de type fossé traversant la zone

humide ou la court-circuitant,

connectés à l’amont, et allant directement

au réseau hydrographique

fonctionnel, l’occupation du sol avec

les apports d’azote.

(1) Institut National de la Recherche Agronomique.

Sylvie Guiet,

chambre régionale

d'agriculture de Bretagne.


Le projet Water permet des échanges entre techniciens et professionnels

des deux côtés de la Manche sur le sujet des zones humides.

Pour une nouvelle approche

des zones humides

Le projet Water, ce sont 10 partenaires

bretons et anglais (structures

publiques, associations, fédérations

de pêche et de chasse) qui souhaitent

développer une coopération

transManche autour de problèmes

communs identifiés sur les zones

humides.

● Mettre en commun des outils permettant

d’inventorier les zones

humides et d’identifier leurs fonctionnalités.

● Produire des références sur le rapport

coûts/bénéfices de la restauration

et de l’entretien des zones

humides des bassins versants.

● Diffuser largement le travail réalisé.

L’intérêt de la démarche réside dans

la confrontation des points de vues

et des méthodes de travail entre

Anglais et Bretons. Ainsi, la gestion

des zones humides, en France, est

surtout pensée au travers de l’action

publique et celle des agriculteurs,

quand les Anglais ne s’interdisent

pas d’avoir recours à des investissements

privés pour valoriser leurs

zones humides.

Depuis 2009, la chambre d’agriculture

du Finistère, avec ses partenaires,

mène des actions spécifiques

aux zones humides, dans le cadre

du projet européen Water. Elle a

Le travail de la chambre d’agriculture s’inscrit dans le cadre

d’un projet européen Interreg entre Anglais et Bretons.

élargi ses investigations en travaillant

avec les autres chambres d’agriculture

de Bretagne et des acteurs

comme les fédérations de pêche

chasse.

Elle s’appuie sur la recherche appliquée

pour répondre aux questions

concrètes qui lui sont posées sur la

gestion des zones humides, mais

aussi sur les outils et références

acquises grâce au projet Territ’Eau,

conduit en partenariat avec l’Inra.

Les références produites doivent permettre

de trouver des solutions techniques

hiérarchisées en fonction des

réelles possibilités d’action. Elles

sont diffusées aux exploitants sous

forme de formations, publications,

démonstrations de matériel (en lien

avec FDCuma), avec l’aide des outils

pédagogiques du centre de ressources

de Kerlavic (29) et du site de Crécom

(22).

Au delà de l’approche technique, il

s’agit également d’évaluer les outils

financiers existants pour gérer les

zones humides et de proposer des

voies d’amélioration.

La chambre d’agriculture du Finistère

organisera les 9 et 10 juin prochain

une rencontre, à Quimper, qui

permettra des échanges techniques

entre praticiens des deux côtés de

la Manche sur divers thèmes.

Valoriser

le savoir-faire

des agriculteurs

En 2010, la chambre d’agriculture du

Finistère a mené une enquête auprès

d’une quarantaine d’agriculteurs dans le

cadre du programme Water. Au delà du

recueil de données techniques et économiques,

permettant de caractériser les

modes de gestion en zones humides,

l’enquête s’est enrichie d’une approche

sociologique. Cette étude s’inscrivait

également dans le cadre d’une collaboration

au guide technique d’aménagement

et de gestion des zones humides

du conseil général du Finistère.

L’objectif était autant de comprendre la

manière dont les agriculteurs travaillaient,

que d’identifier les facteurs économiques,

techniques et sociologiques

conditionnant la réussite ou non de la

gestion agricole des zones humides.

Ainsi, la transmission d’un savoir-faire

local, d’une génération d’agriculteurs

à une autre, et l’insertion des agriculteurs

dans des réseaux professionnels

et sociaux apparaissent comme des éléments

déterminants dans la réussite

économique et technique de la gestion

des zones humides. En réalité, il n’y a

pas de recette universelle pour gérer

les zones humides, les spécificités du

territoire (enjeux environnementaux sur

le bassin versant), de l’exploitation

(moyens techniques et humains) et de la

parcelle (accessibilité, potentiel, localisation…)

conditionnent la stratégie

adoptée par l’agriculteur. Certains

exploitants ont développé des techniques

particulières et une connaissance

fine de leurs parcelles, leur permettant

de valoriser les zones humides au

mieux de leur potentiel, tout en respectant

leurs fonctions biologiques.

Des sessions de formation valorisant le

savoir-faire des agriculteurs sont prévues

début 2011. D’autre part, pour

répondre aux attentes exprimées par

les agriculteurs rencontrés, des fiches

techniques seront diffusées, dans un

premier temps sur les aspects réglementaires,

puis sur les aspects techniques

de la gestion agricole de ces espaces.

Maëva Coïc,

chambre d'agriculture du Finistère.

VENDREDI 18 FÉVRIER 2011 • TERRAGRICOLES-DE-BRETAGNE

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Dossier

Jean-Baptiste Mainsard.

Jean-Batiste Mainsard

exploite des terres

dans le marais noir

de Dol de Bretagne.

Il est membre de la

chambre d’agriculture

d’Ille-et-Vilaine et

siège à la commission

locale de l’eau

du Sage côtiers de Dol,

ainsi qu’au comité

de pilotage de Natura

2000 de la Baie

du Mont Saint Michel.

Il y préconise de

privilégier la gestion

des zones humides

par les agriculteurs.

32 TERRAGRICOLES-DE-BRETAGNE • VENDREDI 18 FÉVRIER 2011

Le marais de Chateauneuf

d’Ille-et-Vilaine

Un faux bon exemple ?

Dans les marais de Châteauneuf, les agriculteurs travaillent à la gestion de la faune sauvage.

L’action menée sur ce territoire pour la

protection des oiseaux, a été présentée

comme exemplaire lors de la

récente réunion Water. Comment

s’est-elle mise en place avec les agriculteurs

de ce marais ?

Jean-Baptiste Mainsard - Elle a été mise en

œuvre par l’acquisition par les chasseurs d’un

marais de 350 ha. Cette procédure a été initiée

il y a 25 ans par l’achat d’une première exploitation.

A l’époque contestée, la démarche de

la fédération de la chasse s’est faite ensuite à

l’amiable, à l’occasion des mutations des

exploitations. 15 ha de plans d’eau ont été

créés et on a pu y compter jusqu’à 10 000

oiseaux. Les prairies permanentes sont mises

à disposition d’agriculteurs qui ont pour

contrainte essentielle de tenir compte des

niveaux d’eau maîtrisés par le propriétaire !

Nous sommes donc dans la pratique d’un élevage

très extensif.

Le Grenelle de l’environnement pose le

principe d’acquisition de zones humides

par les collectivités. Est-ce envisageable

pour votre territoire ?

J-B. M. - L’autre zone importante de prairies

permanentes est située en vallée du Couesnon.

Elle est déjà la propriété de collectivités.

Le reste du marais de Dol classé en zones

humides est en fait en cultures fourragères et

pour nombre d’exploitations, celles-ci sont

importantes pour l’alimentation des troupeaux.

Nous ne souhaitons évidemment pas

que ces exploitations soient déséquilibrées

par une politique d’acquisition foncière et

nous sommes extrêmement vigilants sur les

extensions de zonage offrant la possibilité

d’acquisition de structures telles que le Conservatoire

du Littoral.

Et les zones humides en amont, sur le

terrain, quel intérêt pour les collectivités

?

J-B. M. - A mon sens, il ne peut être que très

ponctuel et souvent lié à une compensation

d’urbanisation. Il peut aussi correspondre à un

enjeu écologique local, à l’exemple de la gestion

d’une tourbière. Mais il faut que le Sage

définisse les zones humides les plus prioritaires

qui peuvent faire l’objet de ces acquisitions.

En tout état de cause, nous sommes

convaincus que c’est l’activité agricole qui

peut apporter le meilleur rapport coût-bénéfices

dans la gestion de ces zones humides

collectivisées.

Propos recueillis par Patrick Edeline,

chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine.


Le réseau hydrographique

du Nord-Est du département

du Morbihan, situé en têtes

de bassin, est composé

de ruisseaux d’une largeur

inférieure à 2 mètres. Il a été

fortement altéré par

les travaux connexes

aux remembrements et

les travaux d’hydraulique

agricole.C'est dans

ce contexte que le pays de

Ploërmel-Cœur de Bretagne,

la chambre d’agriculture

du Morbihan et la fédération

du Morbihan pour la pêche

et la protection du milieu

aquatique se sont engagés

dans le programme européen

Water, afin d’expérimenter

les modalités de reconquête

des zones humides

en fond de vallée.

Le projet se propose d’étudier les conditions

techniques et socio-économiques

de la réhabilitation des zones humides,

comprenant le rétablissement du cours

d’eau dans son lit initial avec re-création

de méandres. Le ruisseau "le

Camet", situé sur les communes de

Loyat et Néant-sur-Yvel, est l'un des

trois sites d’expérimentation retenus.

PREMIERS RÉSULTATS

SUR LE CAMET

La première étape de l’étude du secteur

de cours d’eau a confirmé le caractère

dégradé du cours d’eau et de la zone

humide. Les IBGN (Indice biologique

global normalisé) réalisés traduisent

une qualité de l’eau satisfaisante, par

contre, les inventaires piscicoles attestent

de la dégradation forte de l’habitat

: aucune truite et seulement quelques

chabots et loches ont été relevés.

L’observation du terrain et les relevés

topographiques ont fait apparaître des

indices de localisation de l’ancien cours

du ruisseau. Mais ce sont le cadastre

Napoléonien et la vue aérienne de 1952

qui ont apporté des informations cruciales

sur l’ancien cours du ruisseau.

La caractérisation du nouveau cours

Dans le Morbihan

Une expérimentation

de reconquête

Les zones humides sont au cœur d’enjeux agricoles et environnementaux.

(localisation, section, granulométrie)

va permettre de proposer aux propriétaires

et exploitants une nouvelle configuration

de leur parcelle.

L’étude économique réalisée par la

chambre d’agriculture du Morbihan

permettra de présenter aux exploitants

l’impact économique qu’aurait une évolution

des pratiques sur ces parcelles,

en tenant compte des mesures compensatoires.

Une réflexion sur le foncier devra également

être engagée car les limites parcellaires

ne permettent pas toujours

l’adéquation entre le territoire fonctionnel

des cours d’eau et des zones humides

de fond de vallée et les besoins de

l’exploitation.

Le projet Water vise, d’une part, à proposer

des modalités techniques de réhabilitation

des cours d’eau et des zones

humides en fond de vallée, stratégiques

pour la ressource en eau, et, d’autre

part, de construire une solidarité économique

entre l’amont et l’aval d’un bassin

versant.

Jean-Claude Le Clainche,

fédération du Morbihan

pour la pêche et la protection

du milieu aquatique

VENDREDI 18 FÉVRIER 2011 • TERRAGRICOLES-DE-BRETAGNE

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