LA COMPAGNIE DIFÉ KAKO - Compagnie Difekako

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LA COMPAGNIE DIFÉ KAKO - Compagnie Difekako

La compagnie Difé KaKo

ANNEXE

PÉDAGOGIQUE

&

DOCUMENTS

SOLO

«ON T’APPELLE

VÉNUS»


Sommaire

Approche pédagogique

- Liens avec les programmes scolaires

- Les intervenantes

Documents annexes

- Contexte historique

- Lettre d’Aminata Traoré au Musée du Quai branly

- Rapport sur la proposition de loi, adoptée par le Sénat, relative à la restitution par la

France de la dépouille mortelle de Saartijie Baartman à l’Afrique du Sud

Articles de presse

- Le Monde Magazine, La vraie vie de la Vénus noire, 23/10/2010

- Le Figaro

Bibliographie

1


Approches pédagogiques (en cours...)

LIENS AVEC LES PROGRAMMES

SCOLAIRES

Il nous semble que le sujet pourrait être

étudié en lien avec les programmes

d’histoire/géographie suivants:

- le programme : thème 5 de

l’enseignement commun 2 nde

- partie n°3 des enseignements de 4e

sur le XIXe siècle

- Partie n°III des enseignements de 3e

sur la décolonisation

L’histoire de la Vénus hottentote permet

d’aborder la question de l’esclavage et de

son abolition, ainsi que celle du racisme dit

« scientifique ». La vie de Sarah Baartman

coïncide avec les mouvements abolitionnistes

anglais et avec les changements de

position de Napoléon sur ce point.

Des intervenants de l’équipe pédagogique

de Difé Kako seront amenés à venir

soutenir les actions de Chantal Loïal dans le

cadre des ateliers prévus ci-dessous

APPROCHE CHANTAL LOÏAL

Travail sur la thématique du corps, des migrations

de l’exclusion, abordée dans le cadre

de la pratique d’exercices corporels autour

de la nouvelle création de la compagnie Difé

Kako sur le thème de la Vénus Hottentote.

Aborder l’itinéraire singulier de cette femme,

au XVIIIe siècle, ballotée depuis l’Afrique

jusqu’à l’Europe, pour être montrée comme

objet de curiosité du fait de ses particularités

physiques, permettra d’aborder la question

des migrations, du rapport à l’altérité et

à l’exclusion dans une perspective contemporaine.

Par un travail sur les danses issues

d’Afrique Centrale et du Sud, les thèmes du

rapport à la différence, aux sociétés dites du

« sud » seront évoquées, posant la question

de l’Autre par rapport à Soi.

Un dossier pédagogique sera remis aux enseignants

contenant une documentation

sur la Vénus et notamment un visionnage

du nouveau Film d’Abdellatif Kechiche «

Vénus Noire » peut être proposé. Dans tous

les cas une préparation sur ce thème est à

prévoir avec les enseignants et l’équipe de

Difé Kako (cf.annexe pédagoique détaillée

ci-dessous).

Objectifs :

- Faire un travail autour du corps

comme lieu de l’exclusion dans notre société

et sur le rapport à l’apparence et aux

clichés sur la culture de l’Autre

- Se confronter à nos préjugés et nos réactions

quotidiennes face à l’Autre, démonter

les mécanismes du racisme ordinaire fondé

sur l’apparence et l’histoire économique

et sociale).

2


Nous nous proposons de travailler avec les

élèves et les enseignants suivant deux axes :

Une première approche abordera l’histoire

de la Vénus Hottentote par la fin, c’est à dire

le rapatriement de ses restes en Afrique

du Sud, fait d’autant plus d’actualité que la

coupe du Monde a mis en lumière tout particulièrement

les paradoxes de cette nation,

entre pays fer de lance de la lutte victorieuse

contre l’apartheid, pays émergent et dynamique

économiquement et pays confronté à

une misère extrême et à des phénomènes

de rejet des autres populations d’Afrique

émigrant vers ce nouvel eldorado.

L’approche consistant à revenir sur ces paradoxes

et la figure du migrant permettra ainsi

d’approcher la figure de la Vénus autrement

que par son physique disgracieux et en mettant

en perspective des pans de l’histoire

française et de celle de la colonisation, en

montrant que Saartje Baartman est devenue

un symbole. La figure du migrant en Afrique

sera ainsi mise en perspective avec celle du

migrant en France, mais dans son contexte

historique et social.

Il sera donc proposé aux élèves, de manière

non militante mais en incitant à l’esprit

critique de réfléchir sur la question de

l’apparence et de son rôle au sein du discours

raciste (mise en perspective avec la

caricature des Juifs par les Nazis, ou encore

les discours racistes issu de la littérature scientifique

de l’époque de la Vénus ou plus

tard lors des expositions coloniales…).

Un dossier pédagogique rassemblant articles

de presse, bibliographie autour de la Vénus

mais aussi matériel iconographique sera

remis aux enseignants, il s’agira d’éléments

divers qui fourniront un support à l’action

de la compagnie sans pour autant déterminer

le cours du débat entre enseignants

et élèves.

Un préalable à ces débats pourra être le visionage

du film d’abdellatif kechiche : moi,

vénus

Le travail sur ce thème pourra donc

s’accomplir en dehors de la présence de la

compagnie, comme avec elle selon le souhait

de l’enseignant.

Les élèves seront ensuite invités à passer de

la réflexion à la pratique en traduisant à partir

de bases en danse afro-antillaise et contemporaine,

leur vision de la figure du migrant

en étant invités à s’exprimer de manière créative

avec leur corps sur ce thème, encadrés

par l’équipe pédagogique de Difé Kako. (1

danseuse et un musicien).

Ce travail mettra en valeur le fait de jeter un

regard différent sur le corps et l’apparence

en soulignant la singularité de chacun.

Les ateliers ont pour but de désamorcer une

partie des clichés qui fondent le discours sur

l’apparence et de faire l’apprentissage à travers

la gestuelle d’un discours critique issu

de mises en situation.

Une seconde approche pourra être plus

orientée sur l’histoire de la colonisation et

des décolonisations à travers le prisme de

l’histoire de la Vénus et de l’épopée qu’ont

connu ses restes par la suite. Le discours renverrait

de ce fait à nouveau sur la question

des migrations et du racisme et la situation

dont nous héritons aujourd’hui.

La mise en pratique corporelle resterait la

même.

Durée : entre 4 et 12h selon le souhait des

professeurs référents

3


LES INTERVENANTES

DÉMARCHE PÉDAGOGIQUE GÉNÉRALE EN DANSE AFRO-ANTILLAISE

Chantal LOIAL & Rita Ravier

Danseuses chorégraphes, elles pratiquent les danses d’Afrique de l’ouest (Guinée, Sénégal)

et d’Afrique centrale en collaborant avec le Ballet Nimba (ballet traditionnel guinéen dirigé

par M’Bemba Camara) ou encore en tant que danseuses d’accompagnement d’orchestres

africains notamment DIBLO DIBALA & Matchatcha.

Au fil des années Chantal Loial développe au sein de la compagnie Dife Kako une pédagogie

chaleureuse et studieuse dans laquelle la joie de vivre s’associe toujours à la rigueur. Depuis

plusieurs années, Rita Ravier travaille avec la compagnie Difé kako participant aux créations

de la compagnie (Woulé Mango, Kakophonies, Askiparè) et au travail pédagogique

de celle-ci.

Ayant élaboré une écriture chorégraphique qui puise aux sources de la danse africaine et

antillaise, elles s’attachent à transmettre un style dont la technique n’est improvisée qu’en

apparence. Leur expérience d’artiste au sein de diverses grandes compagnies les amène

à créer une danse originale, contemporaine et métissée, qui s’inspire des chants, des gestuelles,

des danses traditionnelles et offrant, au public comme aux élèves, une approche

authentique et actuelle de la culture afro-antillaise.

Leur technique

- Echauffement constitué d’assouplissements et de renforcement musculaire

- Apprentissage technique de base en travaillant des mouvements d’Afrique de l’ouest et

d’Afrique Centrale

- des Antilles : mobilité du corps central (sternum, dos) du bassin, des bras et la position

dooplé.

L’Apprentissage chorégraphique se fait la plupart du temps autour de deux danses : la danse

Mandingue (Afrique de l’Ouest) et la danse d’Afrique Centrale, soukouss, zebola, essombi,

wara.

D’un point de vue musical, tous les cours se font impérativement avec des percussionnistes,

afin que les élèves prennent conscience du rapport concret de la danse avec la musique.

Par leur dynamisme et leur inventivité, les musiciens créent leur musique à chaque cours.

Les instruments utilisés sont les percussions antillaises, gwoka, caisse claire, djembé et percussions

africaines.

4


APPROCHE MARC VERHAVERBEKE

La fin du XVIIIe siècle et tout le XIXe siècle seront traversés de courants de pensée hostiles

à l’esclavage et porteurs de l’idée de l’évolution, que concrétisera Darwin. Sarah Baartman

vient en Europe au début du XIXe siècle et elle ne sera pas traitée de la même manière en

Angleterre qu’en France. Ce n’est pas uniquement parce qu’il y aurait, en France, des individus

dont le comportement serait condamnable, mais c’est la conséquence des choix du

pouvoir politique, et donc législatif.

Cette approche de l’histoire de la Vénus hottentote peut être abordée dans les classes ayant

la question de l’esclavage au programme.

Pour comprendre, par ailleurs, le délai très long qu’il a fallu pour que les restes de Sarah

Baartman reviennent en Afrique du Sud, il est intéressant de montrer qu’il était nécessaire

que deux éléments se rencontrent :

- la fin de l’apartheid en Afrique du Sud

- l’évolution législative en France concernant les « objets » présents dans les collections

des musées.

L’histoire de l’apartheid est aussi une partie de l’histoire de la colonisation. Les guerres en

Afrique du Sud n’ont pas fait qu’opposer les puissances européennes entre elles pour la

conquête du territoire ; elles ont aussi spolié et décimé des populations (l’ethnie d’où Sarah

Baartman est originaire a pratiquement disparu). Les différentes étapes de l’apartheid

(mise en place, révoltes, abolition) sont significatives de la façon dont les sud-africains ont

façonné leur « vivre ensemble ».

Certains pays demandent la restitution des œuvres d’art présentes dans les musées des

pays colonisateurs. La législation française prétend que les œuvres présentes dans les collections

nationales sont propriété inaliénable de l’Etat. Un grand débat a eu lieu lors de

l’inauguration du musée Branly. L’Assemblée nationale a dû voter une loi spécifique pour

rendre à l’Afriquedu Sud les restes de Sarah Baartman.

Les documents relatifs à ces questions pourraient être lus et étudiés dans les établissements

scolaires.

ATELIER D’ÉCRITURE

Ecrire après le spectacle.

Il s’agit de se réunir à quelques uns (douze maximum) après la représentation (le lendemain

ou deux jours plus tard) et d’écrire à propos de la danse à laquelle on vient d’assister.

Souvent la danse et les mots semblent difficiles à marier. Le spectateur, la spectatrice ressentent

des émotions qu’il ne semble pas évident de nommer, de décrire. C’est à cet exercice

que convie un tel atelier d’écriture. Il s’agit de faire en sorte que chaque participant produise

un texte individuel que la technique mise en œuvre par Marc Verhaverbeke permet

d’élaborer.

Durée de l’atelier : deux fois trois quarts d’heure, avec pause de 10 minutes entre les deux.

5


Documents annexes

Les documents ci-joints sont un début de recueil de textes contemporains

se rapportant à la Vénus Hottentote et plus largement à toutes

les questions critiques et débats que ce thème soulèvent. Ils n’ont pour

vocation que de fournir des supports destinés à l’analyse critique avec

les élèves et apportant de la matière au débat.

6


Contexte historique

7


Sarah Baartman Afrique du Sud Angleterre France

1994 Nelson Mandela est

élu président de la

République

d’Afrique du Sud

François Mitterrand

donne son accord

pour le retour de

Sarah Baartman en

Afrique du Sud

mais les juristes s’y

opposent (elle

serait propriété

inaliénable de

l’Etat français)

1995 Jacques Chirac

Président de la

République

française

1999 Thabo Mbeki

succède à Nelson

Mandela à la suite

des élections

générales qui

consacrent une

nouvelle victoire de

l'ANC

2002 Retour des restes de Sarah

Baartman en Afrique du

Sud

Funérailles nationales

Loi spécifique

visant à restituer les

restes de Sarah

Baartman à la

République

d’Afrique du Sud

13


LETTRE D’AMINATA TRAORÉ AU MUSÉE DU QUAI BRANLY

«Talents et compétences président donc au tri des candidats africains à l’immigration en France selon

la loi Sarkozy dite de « l’immigration choisie » qui a été votée en mai 2006 par l’Assemblée nationale

française. Le ministre français de l’Intérieur s’est offert le luxe de venir nous le signifier, en Afrique, en

invitant nos gouvernants à jouer le rôle de geôliers de la « racaille » dont la France ne veut plus sur son

sol. Au même moment, du fait du verrouillage de l’axe Maroc/Espagne, après les événements sanglants

de Ceuta et Melilla, des candidats africains à l’émigration clandestine, en majorité jeunes, qui tentent de

passer par les îles Canaries meurent par centaines, dans l’indifférence générale, au large des côtes mauritaniennes

et sénégalaises. L’Europe forteresse, dont la France est l’une des chevilles ouvrières, déploie, en

ce moment, une véritable armada contre ces quêteurs de passerelles en vue de les éloigner le plus loin

possible de ses frontières.

Les oeuvres d’art, qui sont aujourd’hui à l’honneur au Musée du Quai Branly, appartiennent d’abord et

avant tout aux peuples déshérités du Mali, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Burkina-Faso, du Cameroun,

du Congo... Elles constituent une part substantielle du patrimoine culturel et artistique de ces «

sans visa » dont certains sont morts par balles à Ceuta et Melilla et des « sans papiers » qui sont quotidiennement

traqués au cœur de l’Europe et, quand ils sont arrêtés, rendus, menottes aux poings à leurs

pays d’origine. Dans ma « Lettre au Président des Français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en

général », je retiens le Musée du Quai Branly comme l’une des expressions parfaites de ces contradictions,

incohérences et paradoxes de la France dans ses rapports à l’Afrique. A l’heure où celui-ci ouvre ses

portes au public, je continue de me demander jusqu’où iront les puissants de ce monde dans l’arrogance

et le viol de notre imaginaire. Nous sommes invités, aujourd’hui, à célébrer avec l’ancienne puissance

coloniale une oeuvre architecturale, incontestablement belle, ainsi que notre propre déchéance et la

complaisance de ceux qui, acteurs politiques et institutionnels africains, estiment que nos biens culturels

sont mieux dans les beaux édifices du Nord que sous nos propres cieux.

Je conteste le fait que l’idée de créer un musée de cette importance puisse naître, non pas d’un examen

rigoureux, critique et partagé des rapports entre l’Europe et l’Afrique, l’Asie, l’Amérique et l’Océanie dont

les pièces sont originaires, mais de l’amitié d’un Chef d’Etat avec un collectionneur d’oeuvre d’art qu’il a

rencontré un jour sur une plage de l’île Maurice.

Les trois cent mille pièces que le Musée du Quai Branly abrite constituent un véritable trésor de guerre

en raison du mode d’acquisition de certaines d’entre elles et le trafic d’influence auquel celui-ci donne

parfois lieu entre la France et les pays dont elles sont originaires. Je ne sais pas comment les transactions

se sont opérées du temps de François 1er, de Louis XIV et au XIXe siècle pour les pièces les plus

anciennes. Je sais, par contre, qu’en son temps, Catherine Trautman, à l’époque ministre de la culture de

la France dont j’étais l’homologue malienne, m’avait demandé d’autoriser l’achat pour le Musée du Quai

Branly d’une statuette de Tial appartenant à un collectionneur belge.

De peur de participer au blanchiment d’une oeuvre d’art qui serait sortie frauduleusement de notre

pays, j’ai proposé que la France l’achète (pour la coquette somme de deux cents millions de francs CFA),

pour nous la restituer afin que nous puissions ensuite la lui prêter. Je me suis entendue dire, au niveau

du Comité d’orientation dont j’étais l’un des membres que l’argent du contribuable français ne pouvait

pas être utilisé dans l’acquisition d’une pièce qui reviendrait au Mali. Exclue à partir de ce moment de la

négociation, j’ai appris par la suite que l’Etat malien, qui n’a pas de compte à rendre à ses contribuables,

a acheté la pièce en question en vue de la prêter au Musée.

14


Alors, que célèbre-t-on aujourd’hui ? S’agit-il de la sanctuarisation de la passion que le Président des

Français a en partage avec son ami disparu ainsi que le talent de l’architecte du Musée ou les droits culturels,

économiques, politiques et sociaux des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie ?

Le Musée du Quai Branly est bâti, de mon point de vue, sur un profond et douloureux paradoxe à partir

du moment où la quasi totalité des Africains, des Amérindiens, des Aborigènes d’Australie, dont le talent

et la créativité sont célébrés, n’en franchiront jamais le seuil compte tenu de la loi sur l’immigration choisie.

Il est vrai que des dispositions sont prises pour que nous puissions consulter les archives via l’Internet.

Nos oeuvres ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour.

A l’intention de ceux qui voudraient voir le message politique derrière l’esthétique, le dialogue des

cultures derrière la beauté des œuvres, je crains que l’on soit loin du compte. Un masque africain sur la

place de la République n’est d’aucune utilité face à la honte et à l’humiliation subies par les Africains et

les autres peuples pillés dans le cadre d’une certaine coopération au développement. Bienvenue donc au

Musée de l’interpellation qui contribuera - je l’espère - à édifier les opinions publiques française, africaine

et mondiale sur l’une des manières dont l’Europe continue de se servir et d’asservir d’autres peuples

du monde tout en prétendant le contraire. Pour terminer je voudrais m’adresser, encore une fois, à ces

oeuvres de l’esprit qui sauront intercéder auprès des opinions publiques pour nous.

Vous nous manquez terriblement. Notre pays, le Mali et l’Afrique tout entière continuent de subir bien

des bouleversements. Aux Dieux des Chrétiens et des Musulmans qui vous ont contesté votre place dans

nos coeurs et vos fonctions dans nos sociétés s’est ajouté le Dieu argent. Vous devez en savoir quelque

chose au regard des transactions dont certaines nouvelles acquisitions de ce musée ont été l’objet. Il est

le moteur du marché dit « libre » et « concurrentiel » qui est supposé être le paradis sur Terre alors qu’il

n’est que gouffre pour l’Afrique.

Appauvris, désemparés et manipulés par des dirigeants convertis au dogme du marché, vos peuples

s’en prennent les uns aux autres, s’entretuent ou fuient. Parfois, ils viennent buter contre le long mur de

l’indifférence, dont Schengen.

N’entendez-vous pas, de plus en plus, les lamentations de ceux et celles qui empruntent la voie terrestre,

se perdre dans le Sahara ou se noyer dans les eaux de la Méditerranée ? N’entendez-vous point les cris de

ces centaines de naufragés dont des femmes enceintes et des enfants en bas âge ?

Si oui, ne restez pas muettes, ne vous sentez pas impuissantes. Soyez la voix de vos peuples et témoignez

pour eux. Rappelez à ceux qui vous veulent tant ici dans leurs musées et aux citoyens français et européens

qui les visitent que l’annulation totale et immédiate de la dette extérieure de l’Afrique est primordiale.

Dites-leur surtout que libéré de ce fardeau, du dogme du tout marché qui justifie la tutelle du FMI

et de la Banque mondiale, le continent noir redressera la tête et l’échine. »

Aminata Traoré/ juin 2006.

15


Document

mis en distribution

le 7 février 2002

N° 3563

______

ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

ONZIÈME LÉGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 30 janvier 2002.

RAPPORT

FAIT

AU NOM DE LA COMMISSION DES AFFAIRES CULTURELLES, FAMILIALES ET SOCIALES(1) SUR LA PROPO-

SITION DE LOI, ADOPTÉE PAR LE SÉNAT, relative à la restitution par la France de la dépouille mortelle de

Saartjie Baartman à l’Afrique du Sud,

PAR M. Jean LE GARREC,

Député.

--

(1) La composition de cette commission figure au verso de la présente page.

Voir les numéros :

Sénat : 114 et 177 (2001-2002) et T.A. 52.

Assemblée nationale : 3561

Culture

INTRODUCTION 5

I.- UNE RESTITUTION JUSTIFIÉE À TOUS ÉGARDS 9

A. UNE REVENDICATION CONFIRMÉE 9

B. L’ABSENCE DE DIFFICULTÉS JURIDIQUES 10

C . UN INTÉRÊT SCIENTIFIQUE INEXISTANT DÈS L’ORIGINE 12

16


II - UNE « LEÇON » À RETENIR 13

A. LES VRAIES RAISONS DE LA CURIOSITÉ POPULAIRE 13

B. LE REGARD PORTÉ SUR L’ALTÉRITÉ 15

TRAVAUX DE LA COMMISSION 19

TABLEAU COMPARATIF 23

INTRODUCTION

La présente proposition de loi vise à procéder à la restitution par la France de la dépouille mortelle de

Saartjie Baartman, dite « Vénus hottentote », à l’Afrique du Sud. Elle a été déposée au Sénat par M. Nicolas

About et adoptée à l’unanimité par le Sénat le 29 janvier dernier.

Loin d’être anecdotique, elle correspond à une forte attente des peuples sud-africains, dont cette ressortissante

a longtemps été présentée en Europe comme un exemple de leur infériorité. Saartjie Baartman est,

en effet, devenue, dans son pays, le symbole de l’exploitation subie par les ethnies sud-africaines pendant

la douloureuse période de la colonisation. « La Vénus hottentote » incarne, en outre, l’humiliation endurée

par des femmes que la nature avait, comme elle, très généreusement dotées.

Depuis plusieurs années, l’Afrique du Sud souhaite obtenir le rapatriement des restes de Saartjie Baartman

afin qu’elle puisse recevoir les honneurs de son peuple. La France n’a aucune raison de s’opposer à cette

restitution, qui revêt en réalité une grande force symbolique et politique pour l’Afrique du Sud comme

pour notre pays.

Saartjie Baartman a vécu une vie indigne et sa mort fut indécente. Il est plus que temps de rendre sa

dépouille à son peuple afin qu’elle repose enfin en paix sur la terre de ses ancêtres.

Notre pays doit ainsi accomplir son devoir de mémoire en particulier par rapport au fait colonial et reconnaître,

malgré les difficultés, les erreurs qui entachent cette période de l’histoire, en particulier s’agissant

de l’esclavage qui a constitué un crime contre l’humanité. A cet égard, cette proposition de loi permet sans

conteste au travail de mémoire de progresser en toute sérénité.

INFORTUNES ET RENOMMÉE DE SAARTJIE BAARTMAN

Née en 1789, issue d’un métissage des ethnies sud-africaines « hottentote » - désormais désignée par

les anthropologues par le terme de Khoisan - et Bochiman, Saartjie Baartman -initialement nommée

Sawtche- est asservie dès sa petite enfance avec ses frères et s_urs par des fermiers Boers.

Au cours des XVIIème et XVIIIème siècles, ces deux ethnies furent massacrées par les colons néerlandais

en quête de nouveaux territoires et les survivants, contraints d’abandonner leur mode de vie traditionnel

dans le bush, se trouvèrent en effet réduits en esclavage dans les fermes des Boers.

En 1807, Sawtche fait l’objet d’une première transaction et part chez le frère de son maître, Hendrick Caezar,

dans une autre ferme à proximité du Cap où l’asservissement domestique se double d’une aliénation,

fréquente dans les usages coloniaux, au tabac et à l’eau de vie.

Entre temps, elle est devenue femme et présente les particularités morphologiques propres à son ethnie,

à l’origine à la fois de sa renommée et surtout de ses infortunes. La puberté entraîne en effet chez certaines

femmes de ces deux ethnies une métamorphose spectaculaire de leur corps, affecté de stéatopygie

17


ou d’hypertrophie du tissu adipeux au niveau des cuisses et des fessiers, ainsi que d’une élongation des

organes génitaux.

En 1810, Sawtche-Saartjie est convaincue par son maître de l’accompagner en Angleterre, où elle est supposée

trouver fortune et liberté en contrepartie de l’exhibition de son corps et de danses au son de la musique

dont elle s’accompagne avec son instrument traditionnel, la goura. Il s’agit en réalité d’une tractation

à l’instigation d’un Anglais, chirurgien de marine, qui ayant remarqué le succès rencontré à Londres tant

par l’exhibition de trois « hottentots » que par la présentation de personnes difformes dans les cabinets

de curiosités alors en vogue, a parié sur le succès financier de l’entreprise. Avant son départ, elle reçoit le

patronyme de Baartman.

Une fois à Londres, Hendrick Caezar créée véritablement le mythe de « la Vénus hottentote » en la présentant,

sous l’invocation de la déesse Vénus, comme un merveilleux spécimen de sa race, exotique et rare.

Aussi du fond de la cage où elle est reléguée, dans une salle du quartier de Picadilly, connaît-elle rapidement

le succès, moyennant l’humiliation qu’elle doit endurer sous le regard, les quolibets et le toucher

de spectateurs encanaillés. Sa notoriété inspire, en outre, caricaturistes, chansonniers et même certains

journalistes politiques.

Une association abolitionniste, l’African Association, émue par « un spectacle immoral et illégal », porte

plainte contre Hendrick Caezar devant la Cour royale de justice qui la déclare consentante, sur la foi de son

témoignage en néerlandais. Il s’ensuit une tournée de quatre ans à travers l’Angleterre, Saartjie Baartman

recevant même le sacrement du baptême en 1811 à Manchester où elle devient Sarah Baartman.

En septembre 1814, alors que le succès n’est plus au rendez-vous, Saartjie Baartman, à nouveau revendue,

quitte l’Angleterre pour Paris où elle est alors soumise à la tutelle d’un quatrième maître, un certain Réaux,

montreur d’ours et de singes dans le quartier interlope du Palais-Royal.

Comme à Londres, le public parisien a tôt fait de s’enticher de la « Vénus hottentote » qui, accède en

quelques semaines à une étonnante célébrité. Les gazettes et chroniques mondaines s’emparent du personnage,

tandis que se joue une pièce de vaudeville intitulée « La Vénus hottentote, ou Haine aux Françaises

».

Phénomène de foire, elle devient également cinq mois plus tard un objet de curiosité scientifique, l’administrateur

du Muséum, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, exprimant auprès du chef de la première direction

de la police de Paris le souhait des naturalistes de « profiter de la circonstance (offerte) par la présence à

Paris d’une femme Bochimane pour donner avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, les caractères

distinctifs de cette race curieuse. »

Il s’agit d’examiner sa nudité au Jardin botanique en présence d’artistes peintres qui en dessinent le portrait.

Cette observation donne lieu à la rédaction d’un rapport par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, lui-même

spécialiste de tératologie, c’est à dire l’étude des monstres, daté du 1er avril 1815 et conservé à l’heure

actuelle au musée de l’Homme, dans lequel il souligne des caractères anatomiques qu’il rapproche de

ceux du singe. S’agissant, par exemple, de la tête de Saartjie Baartman, elle comporte, selon lui, « un commencement

de museau encore plus considérable que celui de l’orang-outang rouge qui habite les plus

grandes îles de l’océan indien ». Et «La prodigieuse taille de ses fesses » lui inspire une comparaison avec

les femelles des singes maimon et mandrill à l’occasion de leur menstruation...

Mais c’est surtout auprès de Georges Cuvier, professeur d’anatomie comparée, que Saartjie Baartman suscite

un intérêt durable. De sorte que, informé de son décès1 avant même les services de l’état civil, il fait

remettre son corps au laboratoire d’anatomie du Muséum afin qu’il « y puisse devenir asile aux progrès des

connaissances humaines. »2

18


Il ne s’agit pas d’établir les causes du décès mais de procéder à un nouvel examen de ses particularités physiques

et à la dissection de son cadavre, au mépris d’ailleurs de la réglementation en vigueur puisqu’une

ordonnance impériale n’autorise de telles opérations qu’à la faculté de médecine et à l’hôpital de la Pitié.

Après avoir effectué un moulage du corps, il prélève ses organes génitaux et son cerveau, destinés à être

conservés dans le formol, puis réalise l’extraction du squelette.

L’ensemble de ses observations font l’objet d’une communication devant l’Académie de médecine en

1817. De même que Geoffroy Saint-Hilaire, il en déduit une réelle proximité avec le singe.

La popularité de Saartjie Baartman s’est perpétuée longtemps après sa mort : en effet, en 1937, lors de

la fondation du Musée de l’Homme, le moulage du corps, le squelette et les organes conservés dans des

bocaux sont transférés du Jardin des plantes au Trocadéro, le squelette et le moulage étant présentés au

public, parmi d’autres squelettes, moulages et photographies d’humains de tous les continents, dans la

galerie d’anthropologie physique jusqu’en 1974. Puis le moulage est curieusement exposé durant deux

ans dans la salle de préhistoire. Stocké ensuite dans les réserves, il en sort une dernière fois en 1994 à l’occasion

de la présentation d’une exposition sur la sculpture ethnographique au XIXème siècle, de la Vénus

hottentote à la Tehura de Gauguin, d’abord au Musée d’Orsay, puis en Arles.

Quant aux « bocaux », tenus pour disparus des réserves du Musée de l’Homme au cours des années 1980,

ils ont été semble-t-il très récemment retrouvés puisqu’ils figurent désormais dans l’inventaire officiel de

ce musée, ainsi que l’a confirmé le ministre de la recherche au cours des débats au Sénat...

Depuis 1994, l’accès aux restes de Saartjie Baartman, qui font partie des collections du laboratoire d’anthropologie

biologique du Muséum national d’histoire naturelle, est limité au personnes autorisées par le

directeur général sur recommandation de l’ambassade d’Afrique du Sud.

I.- UNE RESTITUTION JUSTIFIÉE À TOUS ÉGARDS

Il n’est envisageable de s’opposer à la restitution de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman à l’Afrique

du Sud ni pour des raisons juridiques, ni pour des raisons scientifiques, non plus désormais que pour des

motifs diplomatiques.

A. UNE REVENDICATION CONFIRMÉE

· Une revendication permise par la fin de l’apartheid

La demande de restitution a émané, dès 1994, de l’organisation représentant les descendants des Khoisans,

la conférence nationale Griqua, dont le président a interpellé en ce sens les autorités sud-africaines.

En 1999, lors d’un congrès d’archéologie au Cap, il déclarait ainsi à l’intention de la France : « l’exhibition

de son postérieur et de ses organes génitaux pour amuser les foules de gens sans c_ur viole la dignité de

mon peuple. »

Les descendants des anciennes tribus aborigènes Hottentot (Khoi) et Bochiman (San), décimées par les

colons néerlandais, ne comptent plus que quelques milliers de ressortissants vivant, dans des conditions

précaires, dans le désert du Kalahari mais aussi pour partie d’entre eux en Namibie. Pour autant, cette

revendication est largement partagée au sein des populations sud-africaines.

Dans la perspective de la relecture de l’histoire de l’Afrique du Sud consécutive à l’abolition du régime

d’apartheid, elle a également reçu le soutien d’universitaires et des milieux culturels. De fait, Saartjie Baartman

a inspiré certains artistes contemporains (plasticiens, cinéastes) qui se réapproprient en quelque sorte

une figure du métissage sud-africain.

19


C’est donc à juste titre que l’exposé des motifs de la proposition de loi souligne que « Saartjie Baartman

est devenue, dans son pays, le symbole de l’exploitation et de l’humiliation vécues par les ethnies sud-africaines,

pendant la douloureuse période de la colonisation. »

· Une demande officielle de restitution

La question de la restitution de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman a été évoquée depuis plusieurs

années au niveau gouvernemental, lors de rencontres entre la France et l’Afrique du Sud, le gouvernement

sud-africain ayant ainsi épousé la cause d’un retour de la « Vénus hottentote » érigée en symbole d’une «

décolonisation psychologique. »

Ainsi que l’a indiqué M. Michel Duffour, secrétaire d’Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle au

Sénat, en réponse à une question orale posée par l’auteur de la proposition de loi, le 6 novembre 2001, «

des représentants de l’Afrique du Sud ont demandé le retour des restes de miss Saartjie Baartman conservés

au Muséum national d’histoire naturelle »3

En dépit de l’engagement du Président de la République, François Mitterrand, au Président Nelson Mandela,

lors de sa visite officielle en Afrique du Sud en 1994, rappelé par le ministre de la recherche au cours

de la discussion de la proposition de loi par le Sénat, cette restitution n’a pas été effectuée. La question,

à nouveau abordée en janvier 1996, par M. Jacques Godfrain, alors ministre de la coopération, en visite

dans ce pays, et le docteur Ngubane, ministre de la culture n’a pas davantage permis d’aboutir de manière

concrète. Il avait été convenu de confier à deux personnalités scientifiques, M. Henri de Lumley, alors directeur

du laboratoire de préhistoire au Muséum national d’histoire naturelle, et M. Philip Tobias, professeur

au département des sciences anatomiques à l’université de Witwatersrand à Johannesburg, une étude afin

d’examiner la possibilité d’une telle restitution et d’en définir les modalités. Ces deux scientifiques ne sont

pas parvenus à dégager une solution acceptable par les deux Etats.

Depuis lors, la demande a été renouvelée auprès du ministère des Affaires étrangères par l’ambassade

d’Afrique du Sud à Paris, par lettre en date du 6 octobre 2000, à la suite du précédent créé par la restitution

de la momie « El Negro » au gouvernement du Botswana par les autorités espagnoles.

Au cours des débats au Sénat, le rapporteur de la commission des affaires culturelles a confirmé qu’il avait

« eu communication par l’Ambassadeur d’Afrique du Sud en France,..., d’une lettre que lui a adressée le

ministre sud-africain des Arts, de la Culture, de la Science et de la Technologie. Ce dernier lui indique que

le gouvernement sud-africain continue à souhaiter la restitution des restes de Saartjie Baartman et lui

demande de faire connaître au gouvernement français sa position sur une affaire qui dure,..., depuis trop

longtemps. »

Cette expression de la volonté sud africaine lève l’objection du ministère des affaires étrangères qui, d’après

les informations communiquées au rapporteur, estime qu’il pourrait sembler paradoxal que la restitution

s’effectue sur la base d’une démarche française non relayée actuellement par l’Afrique du Sud et dément

au surplus la position de ce ministère, rappelée par le rapporteur du Sénat au cours de la discussion, relative

à l’absence de « démarche officielle récente (attestant) la mobilisation des autorités sud-africaines sur

ce dossier. »

Elle est en tout état de cause de nature à satisfaire le ministère de la recherche, qui, exerçant la tutelle sur le

Muséum national d’histoire naturelle, est favorable à la restitution sous réserve d’une telle preuve d’intérêt.

20


B. L’ABSENCE DE DIFFICULTÉS JURIDIQUES

La proposition de loi trouve sa source dans la réponse adressée par le Gouvernement à la question orale

posée par le sénateur Nicolas About. En fin de compte, cette réponse se révèle sans fondement, sans pour

autant que la proposition de loi soit privée de sa nécessité.

Le Gouvernement, par la voix du secrétaire d’Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle, a tout

d’abord opposé l’obstacle juridique de l’inaliénabilité du domaine public : « ces pièces font partie des

collections nationales, lesquelles selon la loi française, sont inaliénables. Le directeur du Muséum national

d’histoire naturelle a la charge d’assurer la conservation et l’intégrité des collections, qui constituent le

patrimoine de l’humanité. »

Ce dernier poursuivait que « si son squelette devait être transféré au Cap, une loi devrait être votée pour

permettre son rapatriement à titre exceptionnel. »4 D’où l’initiative de la présente proposition dont l’article

unique visait, dans sa rédaction initiale, à déroger au principe de l’inaliénabilité des biens du domaine

public prévu par l’article L. 52 du code du domaine de l’Etat. Cette position était cependant pour le moins

surprenante. En effet, les règles de la domanialité publique n’interdisent pas a priori une restitution, car le

principe d’inaliénabilité du domaine public n’est pas absolu mais relatif : ce n’est pas la nature d’un bien

qui fait obstacle à l’aliénation mais son affectation au domaine public. Un bien peut être déclassé lorsqu’il

s’avère que l’affectation à l’usage du public n’est plus fondée. Une simple décision de déclassement prise

par l’autorité administrative aurait permis d’accéder à une demande de restitution. Il n’était donc nul besoin

de voter une loi pour ce faire.

Dans un deuxième temps, cette réponse a été contredite par une interprétation quelque peu différente

du Gouvernement, selon laquelle, en réalité, le principe d’inaliénabilité n’est pas applicable en raison de

la nature même des pièces concernées : s’agissant de restes humains, le squelette ne pourrait, en application

de l’article 16-1 du code civil, faire l’objet d’un droit patrimonial. Ne pouvant dès lors être considéré

ni comme la propriété du Muséum national d’histoire naturelle, non plus que celle de l’Etat, il ne saurait

donc pas davantage faire l’objet de restitution par la voie suggérée par le Secrétaire d’Etat... Au-delà du cas

d’espèce, cette seconde interprétation, confirmée par le ministre de la recherche au cours de la discussion

au Sénat, soulève, d’une manière générale, un certain nombre d’interrogations sur le statut des collections

du Muséum, dont nombre d’entre elles sont constituées « d’éléments humains ». Il appartiendra au Gouvernement

d’apporter sur ce point une clarification qui s’impose, afin notamment de préciser comment

leur seront appliquées les dispositions de la loi du 4 janvier 2002 relative aux Musées de France régissant

le statut des collections publiques.

S’agissant de la proposition de loi, la seule question qui pouvait éventuellement se poser à la lecture du

texte initial était celle de la procédure de déclassement auquel il était procédé de manière implicite. A cet

égard, l’apport de la commission des affaires culturelles du Sénat et de son rapporteur, M. Philippe Richert,

est double :

- En premier lieu, le texte adopté par le Sénat permet de procéder d’office et de façon explicite, au premier

alinéa de l’article, au déclassement des restes de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman, « qui cessent

de faire partie des collections de l’établissement public du Muséum national d’histoire naturelle ».

- En outre, le deuxième alinéa fixe un délai (deux mois) pour qu’il y soit procédé. Ainsi que le souligne le

rapporteur du Sénat5, il s’agit de mettre un terme aux « atermoiements et incohérences qui ont présidé

au traitement de ce dossier ».

21


C . UN INTÉRÊT SCIENTIFIQUE INEXISTANT DÈS L’ORIGINE

Il apparaît que la motivation des autorités scientifiques en 1815, et en particulier du baron Cuvier, correspondait

davantage à une certaine forme de curiosité malsaine pour la « Vénus hottentote » qu’à un réel

intérêt pour son ethnie d’origine, sauf pour formuler certaines théories, alors répandues parmi les scientifiques,

mais qui se sont révélées par la suite constituer une impasse.

Au terme de l’observation des particularités physiques de Saartjie Baartman, Georges Cuvier en reconnaît

d’ailleurs lui-même, dans la communication qu’il effectue devant l’Académie de médecine, la faible portée

scientifique : « Je suis bien loin de prétendre faire de ses particularités des caractères. Il faudroit auparavant

avoir examiné un assez grand nombre de squelettes pour s’assurer qu’il n’y a en cela rien d’individuel...Pour

tirer quelques conclusions valables relativement aux variétés de l’espèce humaine, il faudroit déterminer

jusqu’à quel point les caractères que j’ai reconnus sont généraux dans le peuple des boschimans... ».

Les autorités scientifiques actuelles ne mettent pas davantage en avant un quelconque intérêt scientifique.

Selon les informations recueillies par le rapporteur, les responsables du Muséum admettent volontiers que

l’intérêt du squelette et du moulage de Saartjie Baartman est plus historique que scientifique. De son côté,

le professeur Langanay, directeur du laboratoire d’anthropologie biologique, précisait au cours d’un documentaire

diffusé sur France 36 que le squelette « n’est rien d’autre que le squelette d’une femme de petite

taille » et qualifiait de « raciste » la dissection effectuée par Georges Cuvier. L’absence de réserve d’ordre

scientifique a également été confirmée par le ministre de la recherche au cours de la discussion au Sénat.

C’est la raison pour laquelle on peut s’étonner, d’une part, que le squelette et le moulage aient été conservés

au Muséum et surtout présentés au public jusqu’à une période somme toute récente, et d’autre part

qu’il persiste un certain nombre de réticences à leur restitution. Aucune caractéristique de ces pièces ne

justifie donc en définitive leur maintien dans ces collections.

Enfin, la dernière péripétie relative à la réapparition inespérée de bocaux tenus pour brisés suscite un certain

nombre d’interrogations sur la manière dont sont conservées et gérées les collections du Muséum national

d’histoire naturelle. A cet égard, le rapporteur se félicite que le ministre de la recherche ait demandé

au nouveau directeur du musée de l’Homme « d’en ouvrir les archives, pour que la lumière soit faite à ce

sujet », ainsi qu’il l’annoncé au cours de la discussion au Sénat.

II - UNE « LEÇON » À RETENIR

Deux cents ans plus tard, le sort indigne connu par Saartjie Baartman nous est bien évidemment insupportable.

S’il est certes plus facile d’en décrypter les raisons a posteriori, sa misérable aventure met néanmoins

en lumière quelques points délicats de notre histoire, liés à la colonisation, à la relativité des droits de

l’homme et à la négation de ceux de la femme dans des patries qui s’en étaient faites les promoteurs, qui

donnent matière à tirer quelques enseignements en terme de psychosociologie des peuples dits civilisés.

A. LES VRAIES RAISONS DE LA CURIOSITÉ POPULAIRE

Rappelons tout d’abord qu’au début du XIXème siècle l’exhibition d’êtres humains, dans les foires mais

aussi dans les salons, aux côtés des animaux sauvages, était courante, en particulier s’agissant de personnes

difformes ou handicapées, à l’image du phénomène John Merrick, alias « Elephant Man ». Elle

exprimait sans doute un mélange de fascination et de répulsion pour l’étrange, le monstrueux du point de

vue de la « norme humaine européenne» qui s’en trouvait d’une certaine manière confortée. En Grande-

Bretagne, ces objets de curiosité (un nain polonais, un géant irlandais...) étaient d’ailleurs dénommées «

freaks» (monstres).

22


Alors pourquoi Saartjie Baartman, dont le corps était jugé disgracieux au regard des canons européens de

la beauté féminine, fit-elle donc particulièrement sensation dans un univers déjà passablement insolite ?

Où le sexisme le dispute à un racisme primaire....

Dans son ouvrage « l’énigme de la Vénus hottentote »,7 Gérard Badou insiste en effet sur le fait que sa «

sensualité monstrueuse avait quelque chose d’obscène, mais aussi de sacré, qui assaillait le spectateur au

tréfonds de lui-même. Celui, troublé par des pulsions contradictoires, fuyait dans le rire et le quolibet. » Sa

singularité jouait donc bien une fonction exutoire destinée à se rassurer.

C’est en réalité dans le surnom, ironique et pervers de « Vénus Hottentote » que se trouve l’explication du

succès. Femme, dotée d’attributs sexuels hypertrophiés, de surcroît de race noire et d’une ethnie bien spécifique,

elle dégageait forcément un érotisme exotique irrésistible et ne pouvait donc échapper, en tant

qu’objet idéal d’humiliation, à la soumission promise à un être doublement inférieur.

De fait, la curiosité et le fantasme étaient largement été entretenus par l’exagération des représentations

iconographiques et des descriptions caricaturales de son corps.

Intitulé « Les curieux en extase ou les cordons du soulier », le dessin satirique français ci-dessus daté de

1812 se gausse de la fascination exercée par la « Vénus hottentote » sur les Anglais. L’anthropologue Stephen

Jay Gould en propose la description suivante : « Les regards des spectateurs convergent tous vers

les organes sexuels de la Vénus hottentote. Un militaire observant sa stéatopygie s’écrie « Oh godem quel

rosbif ! » Un autre homme en uniforme et sa compagne, une dame élégante, essaient tous deux de jeter un

coup d’_il sur le tablier (sexe) de Saartjie. L’homme s’exclame : « Comme la nature est bizarre », tandis que

la femme, espérant mieux voir par en dessous, s’accroupit sous prétexte de renouer ses lacets (d’où le titre

de l’illustration). »8

Le naturaliste allemand Gustav Fritsch expliqua quant à lui la particularité sexuelle de la femme hottentote

comme le résultat de pratiques sexuelles spécifiques...Cette femme présentait en tout état de cause tous

les indices d’une sexualité sans limite, obscène et bestiale.

Ainsi que le souligne Stephen Jay Gould, « la Vénus hottentote conquit donc sa renommée en tant qu’objet

sexuel, et la combinaison de sa bestialité supposée et de la fascination lascive qu’elle exerçait sur les

hommes retenait toute leur attention ; ils avaient du plaisir à regarder Saartjie mais ils pouvaient également

se rassurer avec suffisance : ils étaient supérieurs. »

B. LE REGARD PORTÉ SUR L’ALTÉRITÉ

« L’expérience nous prouve, malheureusement, combien il faut de temps avant que nous considérions

comme nos semblables les hommes qui diffèrent de nous par leur aspect extérieur et par leurs coutumes.

» Le diagnostic porté par Charles Darwin en 1871 est toujours pertinent au regard du malaise provoqué

par la demande de restitution de Saartjie Baartman. Ce malaise révèle en effet à quel point une démarche

visant à reconnaître les erreurs du passé est, à l’heure actuelle, encore difficile à assumer en dépit de nombreux

efforts. A cet égard, tant le fait colonial que le scientisme ont joué un rôle déterminant sur le regard

porté par les Européens sur l’altérité.

Sans revenir très longuement sur les dérives du colonialisme, il n’est pas inutile d’en relever certains préjugés

idéologiques. Ainsi, comme le rappelle Stephen Jay Gould, avant même la formulation des théories

évolutionnistes, les Bochimans et les Hottentots étaient considérés, avec les Australiens aborigènes,

comme les plus vils représentants de l’espèce humaine, à peine supérieurs au singe. De fait, le premier

nom que donnèrent les colons hollandais du XVIIème siècle aux Bochimans était la traduction littérale du

mot malais orang-outang, qui signifiait « homme de la forêt ». Quant aux Hottentots, leur dénomination

23


En ce qui concerne la personne même de Saartjie Baartman, l’aliénation à laquelle elle fut réduite par ses

différents maîtres s’est traduite par la négation même de son identité qui l’a conduit à subir trois reprises

un changement de nom jusqu’à l’attribution d’un prénom de baptême, exprimant sans doute la volonté

britannique d’accomplir une mission « civilisatrice »...

Dans un autre registre, l’exhibition s’est poursuivie tout au long de la période coloniale pour en démontrer

précisément les vertus civilisatrices, en particulier à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, où est

représentée, sur une fresque, une femme hottentote illustrant l’Afrique traditionnelle face à l’évolution de

l’humanité.

S’agissant d’une femme qui n’était pas réellement considérée comme un être humain, il est singulier de

constater à quel point son altérité libérait le regard et les pratiques des conventions de l’époque, relatives

en tout premier lieu à l’exhibition de la nudité. Mais également concernant la mort : les autorités scientifiques

du Muséum, empressées auprès de son cadavre, ne semblent pas avoir envisagé d’observer de rite

funéraire, par exemple en faisant inhumer ses restes à la suite des prélèvements effectués par Georges

Cuvier. Telle une invite à la transgression, la différence permettait de lever certains tabous sans déroger à

l’ordre social.

En ce qui concerne plus particulièrement l’attitude des scientifiques, force est de constater qu’elle n’était

pas dépourvue d’ambiguïté. Loin de dénoncer les préjugés idéologiques de leur époque, ils les ont au

contraire confortés, notamment par leur contribution à l’élaboration des théories sur la hiérarchie des

races. Les observations présentées par Georges Cuvier devant l’Académie de médecine participent pleinement

de cette démarche : « Ses mouvements avaient quelque chose de brusque et de capricieux qui

rappelait ceux du singe. Elle avait surtout une manière de faire saillir ses lèvres tout à fait pareille à ce que

nous avons observé dans l’orang-outang. »... « Le nègre, comme on le sait, a le museau saillant, et la face et

le crâne comprimé par les côtés ; le Calmouque a le museau plat et la face élargie ; dans l’un et l’autre les

os du nez sont plus petits et plus plats que dans l’Européen. Notre Boschimane a le museau plus saillant

encore que le nègre, la face plus élargie que le calmouque, et les os du nez plus plats que l’un et l’autre. A

ce dernier égard, surtout, je n’ai jamais vu de tête humaine plus semblable aux singes que la sienne. »

Il en conclut à une totale infériorité de sa race : « Ce qui est bien constaté dès à présent,.., c’est que ni ces

Gallas ou ces Boschimans, ni aucune race de nègre, n’a donné naissance au peuple célèbre qui a établi la

civilisation dans l’antique Egypte, et duquel on peut dire que le monde entier a hérité les principes des lois,

des sciences, et peut-être même de la Religion... Aujourd’hui que l’on distingue les races par le squelette

de la tête, et que l’on possède tant de corps d’anciens Égyptiens momifiés, il est aisé de s’assurer que quel

qu’ait pu être leur teint, ils appartenoient à la même race d’hommes que nous ; qu’ils avoient le crâne et le

cerveau aussi volumineux ; qu’en un mot ils ne faisaient pas exception à cette loi cruelle qui semble avoir

condamné à une éternelle infériorité les races à crâne déprimé et comprimé. »

Evoquant la craniologie, ces conclusions ne sont pas très éloignées de développements qui donneront

naissance quelques années plus tard à certaines doctrines socio-politiques déguisées en science, tel le

déterminisme biologique.

En dépit de l’invalidation des théories scientifiques du XIXème siècle et de l’évolution des mentalités intervenue

depuis la décolonisation, on ne peut que s’interroger sur les motifs de la persistance de l’exposition

du squelette et du moulage de Saartjie Baartman jusqu’en 1976, puis à nouveau en 1994 par le Musée

d’Orsay - certes contre l’avis du directeur du Muséum -, ainsi que sur ceux, sans doute différents, des atermoiements

du Muséum relatifs à cette restitution.

Au sein des collections du Musée de l’Homme, « reconvertie en trophée scientifique la « Vénus hottentote »

a assumé « sa destinée posthume, à jamais figée dans son rôle de phénomène offert, pour plusieurs générations

successives, à la curiosité d’un nouveau public »9. Cette grande popularité rencontrée jusqu’à la fin

du XXème siècle laisse finalement penser que l’homme contemporain ne s’est peut-être pas encore tout à

fait dégagé d’un certain ethnocentrisme. N’aurait-on pas, à cet égard, encore aujourd’hui la tentation de la

montrer sur un plateau de télévision ... ?

24


S’agissant des scientifiques, il est frappant de constater que persiste un certain malaise - telle une mauvaise

conscience - lorsque doit être expliqué de quelle manière ont été effectués certains progrès de la

connaissance, au mépris le plus total des principes d’éthique. Le prestige des grands noms de la science

demeure tel qu’il semble encore difficile de désavouer à bien des égards, à deux cents ans de distance,

l’autorité de ceux qui se sont pourtant réellement fourvoyés.

TRAVAUX DE LA COMMISSION

La commission des affaires culturelles, familiales et sociales a examiné en première lecture, sur le rapport

de M. Jean Le Garrec, la présente proposition de loi, au cours de sa séance du mercredi 30 janvier 2002.

Un débat a suivi l’exposé du rapporteur.

M. Jean-Paul Durieux, président, a jugé la proposition de loi utile à trois titres :

- elle permet de tourner une page supplémentaire sur le regard que l’homme blanc a porté sur ceux qui

étaient différents de lui ;

- elle reconnaît le droit de la « Vénus hottentote » à reposer sur la terre de ses pères comme toute personne

humaine, ce qui l’emporte sur toute considération patrimoniale ;

- enfin, elle répond à la très forte revendication d’un peuple et d’une nation qui aspire à reconstituer son

passé.

M. Bernard Schreiner a déclaré partager le sentiment exprimé par le rapporteur. La restitution de la dépouille

de Saartjie Baartman permet de jeter un regard neuf sur les erreurs du passé. Pour autant, il n’y a

pas lieu de culpabiliser le présent. Il convient aussi de s’interroger sur le précédent que pourrait créer une

telle restitution : qu’en serait-il pour des monuments d’origine étrangère inscrits à notre patrimoine ?

M. Edouard Landrain, après avoir indiqué qu’il apporterait son plein soutien à la proposition de loi, a souhaité

attirer l’attention de la commission sur le cas de la dépouille du musicien roumain George Enescu,

réclamée par la Roumanie. Cela appelle une réflexion globale sur le sort des dépouilles de personnalités

inhumées en France.

M. André Schneider a d’abord estimé que la commission ne pouvait qu’approuver la proposition de loi.

S’agissant du cas de Georges Enescu, il convient de ne pas confondre des situations totalement différentes,

à savoir la dépouille d’un musicien célèbre inhumé en France et celle d’une femme réduite en esclavage et

privée de toute dignité.

M. Jean Valleix, après avoir approuvé la position du rapporteur, a néanmoins suggéré de ne pas se placer

dans une position de repentance et de présenter cette initiative de manière positive, en vue de faire _uvre

de rassemblement pour l’avenir, en portant un regard nouveau, plus universel et plus humain, sur les progrès

résultant de l’évolution des mentalités.

M. Marcel Rogemont a souligné les deux écueils à éviter à l’occasion de cette restitution qui reçoit bien

évidemment son plein accord :

- surestimer les questions juridiques. S’agissant d’un sujet essentiellement politique, il est nécessaire de

répondre de manière politique à la demande exprimée par les autorités sud-africaines ;

- donner une réponse législative générale et définitive. Cette demande constitue un cas particulier bien

spécifique.

25


Après avoir exprimé sa satisfaction de voir le sujet traité de manière très consensuelle par la commission,

M. Pierre Hellier a demandé s’il était possible de mettre un peu d’ordre dans l’organisation du Musée de

l’Homme. Il paraît indispensable que le musée établisse notamment un inventaire très précis des pièces

conservées.

En réponse aux intervenants, le président Jean Le Garrec, rapporteur, s’est d’abord félicité que l’examen du

texte n’ait pas soulevé de problème de fond. Il a ensuite apporté les précisions suivantes :

- Dans l’hypothèse où seraient présentées d’autres demandes comparables, rien n’empêcherait de recourir

à la procédure de déclassement actuellement en vigueur, puis par la suite à celle contenue dans le texte

relatif aux Musées de France. Compte tenu du caractère politique de la présente demande, une proposition

de loi se révèle être aujourd’hui la plus adaptée.

- S’agissant de la dépouille du musicien roumain, il s’agit d’une question sensiblement différente de celle

posée par la conservation des restes de Saartjie Baartman. Elle pourra être évoquée directement avec les

autorités roumaines.

- En ce qui concerne le Musée de l’Homme, la récente nomination d’un nouveau directeur, qui a reçu des

instructions de la part du ministre de la recherche, devrait se traduire par une gestion plus rigoureuse.

- L’utilisation du terme « repentance » n’est effectivement pas appropriée. Il est préférable de retenir la problématique

du regard sur l’histoire, qui a davantage de sens sur le plan historique et politique. C’est avec

cette même approche qu’un « nouveau » discours a pu être tenu sur le régime de Vichy. C’est également

ainsi qu’il conviendrait de se retourner sur le fait colonial et particulièrement la colonisation de l’Algérie.

M. Jean-Paul Durieux, président, a exprimé le souhait que le retour de la dépouille mortelle en Afrique du

Sud soit marqué par une cérémonie officielle et ne soit pas traité comme l’expédition d’une quelconque

marchandise.

La commission est passée ensuite à l’examen de l’article unique de la proposition de loi.

Article unique

Restitution de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman

Cet article prévoit la restitution de la dépouille mortelle par la France à l’Afrique du Sud, de la personne

connue sous le nom de Saartjie Baartman.

Le premier alinéa, disposant que les restes de cette dépouille cessent de faire partie des collections de l’établissement

public du Muséum national d’histoire naturelle, procède d’office au déclassement des pièces

conservées par le Muséum et lève ainsi toute éventuelle ambiguïté relative à la procédure.

Le deuxième alinéa fixe un délai de deux mois à l’autorité administrative pour qu’elle effectue cette restitution

à l’Afrique du Sud. Il s’agit d’un délai raisonnable qui doit permettre d’organiser ce retour dans la

dignité.

La commission a adopté l’article unique de la proposition de loi sans modification.

En conséquence la commission des affaires culturelles, familiales et sociales demande à l’Assemblée nationale

d’adopter la proposition de loi n° 3561 sans modification.

26


___

Texte adopté par le Sénat en première lecture

___

Proposition de la Commission

___

Article unique

Article unique

A compter de la date d’entrée en vigueur de la présente loi, les restes de la dépouille mortelle de la personne

connue sous le nom de Saartjie Baartman cessent de faire partie des collections de l’établissement

public du Muséum national d’histoire naturelle.

Sans modification

L’autorité administrative dispose, à compter de la même date, d’un délai de deux mois pour les remettre à

la République d’Afrique du Sud.

---------------------------------

N°3563-Rapport de M. LE GARREC,fait au nom de la commission des affaires culturelles, sur la proposition

de loi, adoptée par le Sénat, relative à la restitution par la France de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman

à l’Afrique du Sud

1 provoqué par une fièvre éruptive aggravée par l’alcool, dans la nuit du 29 décembre 1815

2 Extrait de la lettre adressée au maire de Paris par Geoffroy Saint-Hilaire.

3 Journal officiel , Sénat, Questions, 7 novembre 2001, p.4659

4 Journal officiel , Sénat, Questions, 7 novembre 2001, p.4659

5 Rapport Sénat n° 177 (2001-2002) de M Philippe Richert,, présenté au nom de la commission des affaires

culturelles

6 « On l’appelait la Vénus hottentote », documentaire de Zola Maseko (1998)

7 Editions Jean-Claude Lattès, 2000

8 Le sourire du flamant rose, éditions du Seuil, 1988

9 Gérard Badou, opus cité

© Assemblée nationale

27


Articles de Presse

28


Bilbliographie

- Barbara Chase-Riboud,Vénus Hottentote, Ed Albin Michel, 2004, 384p

- Henri Troyat, Les Cent jours de la Vénus hottentote (in L’éternel contretemps), Ed. Albin Michel, 2003

- Abbé G. Th. Raynal, Histoire philosophique et politique des deux Indes (choix de textes), Ed. La Découverte,

2001

- Les Hottentots (livre II, chapitre XVIII), écrit en grande partie par Diderot

- Contre la traite des Noirs (livre XI, chapitres XXII, XXIII, XXIV), Participation de Diderot à ces chapitres

- Paul Coquerel, L’Afrique du Sud, une histoire séparée, une nation à réinventer Ed.Découvertes Gallimard,

1992

- François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l’Afrique du Sud, Ed. Seuil, 2006

- Alain Foix, Vénus et Adam Ed. Galaade, 2007

- Jean-Luc Hennig, Brève histoire des fesses, Ed. Zulma, 1995, 288 p

Deux articles de François-Xavier Fauvelle-Aymar

- http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cea_0008-0055_1999_num_39_155_1764

- http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cea_0008-0055_1999_num_39_155_1764

Gérard Badou et des publication récentes (simultanément au film)

Citation de Césaire (trouvée par Julien) dans Cahier d’un retour au pays natal :

Partir.

Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères,

je serais un homme-juif

un homme-cafre

un homme-hindou-de-Calcutta

un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture

on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer de coups,

le tuer - parfaitement le tuer -

sans avoir de compte à rendre à personne

sans avoir d’excuses à présenter à personne

un homme-juif

un homme-pogrom

un chiot

un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords,

beau comme la face de stupeur d’une dame anglaise

qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot ?

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