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PARLONS DE NOS VIES – THEME ANNUEL 20<strong>12</strong> « VIOLENCE(S) »<br />
Débat citoyen du mercredi <strong>07</strong> mars 20<strong>12</strong> / Hôtel de Ville de Paris<br />
SOIREE EXCEPTIONNELLE<br />
LES ACTEURS DE L’ACCOMPAGNEMENT DE LA VIE PROFESSIONNELLE<br />
ET PRIVEE DES PERSONNES SOURDES<br />
Avec Véronique Dubarry, adjointe au maire de Paris en charge des personnes en<br />
situation de Handicap et Présidente de la MDPH Paris,<br />
Sylvain Kerbouch' et Sophie Dalle-‐Nazébi, sociologues<br />
Didier Fontana, président du FIPHFP, son assistante, Aïcha Rouissi,<br />
Christine Galli et Emilie Oukoloff représentant l’AGEFIPH,<br />
Cédric Lorant, président de l’UNISDA<br />
-‐ Mme Mako : on ne va pas tarder à commencer.<br />
Les bénévoles, merci de vous asseoir.<br />
(Diffusion d’une vidéo)<br />
Bonsoir à tous et à toutes, merci d’être venus si nombreux ce soir pour « parlons de nos vies<br />
exceptionnelles », pardon.<br />
Je disais donc merci à tous d’être venus ce soir si nombreux, merci à Véronique Dubarry, adjointe<br />
au maire de Paris, de nous accueillir ce soir pour notre débat qui va aborder la question du<br />
fonctionnement des organismes MDPH, FIPHFP, AGEFIPH, pour les personnes en situation de<br />
handicap et notamment les sourds.<br />
On a voulu vous projeter ce film réalisé par M. Koenig car il aborde les conditions différentes de la<br />
vie professionnelle des personnes sourdes de façon très intéressante. Il y a un traitement du film<br />
qui est très intéressant et celui-‐là en particulier, les chercheurs ici présents, M. Kerbouch' et Mme<br />
Dalle-‐Nazébi, vous expliqueront d’ailleurs pourquoi ils apprécient cette collaboration d’équipe<br />
entre sourds et entendants.<br />
Ce film permettait aussi de faire le lien de pourquoi on est là ce soir, exceptionnellement.<br />
Tous les mois, on organise des débats citoyens entre personnes sourdes et entendantes, qui<br />
interroge le vivre ensemble, le quotidien, pas seulement sur le thème du handicap, on aborde le<br />
vivre ensemble et l’an dernier on a imposé un thème général qui était la vie professionnelle.<br />
Et avec Olivier, qui modère les débats avec mois tous les mois, on a fait un constat, il va vous<br />
expliquer pourquoi il était important, car on s’é tait rendu compte, au cours de tous les débats sur<br />
la vie professionnelle, sur des axes différents, qu’il y avait une incompréhension réelle du<br />
fonctionnement des organismes MDPH, AGEFIPH et FIPHFP.<br />
1
-‐ M. Schetrit : justement, depuis un an, sur le thème toujours de la citoyenneté, on a eu des<br />
témoignages par rapport au scolaire, par rapport à la vie professionnelle, et souvent les gens<br />
trouvent que c’est flou les rôles des organismes respectifs.<br />
On a donc choisi de faire une conférence sur ce thème, cela fait six mois qu’on réfléchit sur cette<br />
soirée.<br />
Aujourd’hui, c’est vraiment exceptionnel ce qu’on voulait organiser pour présenter le<br />
fonctionnement de ces trois organismes, pour savoir ce qu’ils pouvaient faire dans le milieu social,<br />
professionnel, privé ou scolaire.<br />
-‐ Mme Mako : on va remercier les invités qui sont venus : bien sûr Véronique Dubarry, car on lui a<br />
demandé en premier de nous accueillir à l’auditorium.<br />
On a monté ce projet en équipe.<br />
Et merci à Didier Fontana, président du FIPHFP, son assistante, Mme Rouissi, merci aux personnes<br />
de l’AGEFIPH présentes, Mme Galli à mes côtés, et Mme Oukoloff qui travaille aussi à l’AGEFIPH, et<br />
puis on a invité également C. Lorant, président de l’UNISDA, que beaucoup d’entre vous<br />
connaissent, qui représente l’UNISDA, fédération de beaucoup d’associations de sourds et de<br />
malentendants.<br />
Et on finira la soirée avec la perspective, le regard de chercheurs, M. Kerbouch' et Mme Dalle-‐<br />
Nazébi.<br />
Olivier, on se lance ?<br />
On commence ?<br />
La MDPH, peut-‐être.<br />
-‐ M. Schetrit : On va commencer par rapport à la MDPH avec Mme Dubarry, mais on va essayer de<br />
faire court, que chacun ait le même temps de parole.<br />
Je vous laisse démarrer.<br />
-‐ Mme Dubarry : mon temps de parole doit être inverse au délai de traitement des dossiers à la<br />
MDPH, ok.<br />
Je rigole, mais en vrai, c’est très sérieux et cela m’attriste.<br />
La première chose qui vient à l’esprit quand on pense MDPH, c’est : Ça va être long.<br />
Deuxièmement, c’est : la réponse ne sera pas appropriée et c’est ce qui m’ennuie le plus.<br />
Car sur les délais, même si les MDPH ont 5 ans d’existence, nous vivons encore sur le rythme des<br />
COTOREP et des CDES.<br />
Donc le problème, c’est ça, c’est d’abord résorber ces retards, on se plaint des MDPH, mais j’attire<br />
votre attention sur le fait qu’à la MDPH de Paris, en tout cas, et je ne parle qu’au nom de la MDPH<br />
de Paris, d’un département à l’autre les situations sont totalement différentes, en termes de<br />
délais, mais aussi en termes de réponses.<br />
Donc je ne parle qu’au nom de la MDPH de Paris<br />
A Paris, nous avons un délai d’un an en ce qui concerne les PCH, beaucoup moins dès lors que<br />
c’est une demande de RQTH, et pour une demande complexe avec AAH, RQTH et PCH, cela<br />
augmente.<br />
J’y suis allée franchement avec les acronymes.<br />
Alors, dans l’ordre, est-‐ce que c’est nécessaire ?<br />
-‐ Mme Mako : non, mais disons que…<br />
-‐ M. Schetrit : on ne parle pas par rapport à l’entreprise.<br />
2
-‐ Mme Dubarry : je parle de la MDPH qui va apporter des réponses qui permettront ou pas<br />
d’entrer dans l’entreprise.<br />
Lorsque la MDPH répond à une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé,<br />
c’est aussi quelque chose qui peut participer à la prise d’emploi.<br />
Deuxièmement, la prestation de compensation du handicap peut, normalement ce n’est pas moi<br />
qui le fais, mais on le fait quand même, elle peut aussi répondre à des demandes d’aménagement<br />
du poste de travail, mais aussi des demandes d’interprétariat sur le poste de travail ou pour des<br />
démarches concernant l’accès à l’emploi. C’est davantage le rôle de la MDPH normalement.<br />
C’est pour cela que c’est important la question du délai, car on a un besoin urgent, souvent, quand<br />
on cherche un travail, on a un besoin d’interprète demain, pas dans six mois.<br />
Le problème des délais a une conséquence sur l’accès à l’emploi directement.<br />
Donc je reviens à mon histoire de délai de demande, on rattrape la COTOREP et la CDES, on<br />
répond à de nouvelles demandes, et c’est très compliqué car les personnes en situation de<br />
handicap, d’une façon très large, il n’y a pas qu’un seul type de handicap à la MDPH, mais tous les<br />
types de handicaps, et d’une façon très large ont augmenté leurs demandes au fur et à mesure<br />
que les dispositifs arrivaient.<br />
Elle a l’habitude…<br />
-‐ Mme Mako : ce n’est pas une raison.<br />
-‐ Mme Dubarry : c’est pour cela que c’est compliqué, donc 5 minutes.<br />
-‐Mme Mako : mais non, 15 !<br />
-‐ Mme Dubarry : du coup, ces questions se rejoignent…<br />
Un autre aspect, c’est qu’au-‐delà des dispositifs, on a mis en place des modes d’accueil et de<br />
réponse plus adaptées aux nouvelles demandes.<br />
Et si cela nous a fait reperdre du temps dans un premier temps, nous allons quand même mettre<br />
en place à la MDPH de Paris la gestion électronique des documents, c’est-‐à-‐dire une possibilité<br />
pour les usagers de ne plus remplir des dossiers papier, les amener et faire divers allers-‐retours,<br />
mais d’être directement sur internet, avec cette volonté que chaque usager puisse consulter son<br />
dossier sur internet.<br />
Nous avons mis en place à la MDPH de Paris une permanence en LSF plusieurs jours par semaine,<br />
nous avons mis en place certains dispositifs avec nos partenaires AGEFIPH et FIPHFP pour<br />
répondre à l’accès à l’emploi, pour informer.<br />
La vraie difficulté qu’on a à la MDPH, c’est que, même si on fait les choses bien, c’est qu’il y a une<br />
vision de ce que sont les MDPH qui date un peu et nous avons u réel déficit d’information à l’égard<br />
des usagers de la MDPH.<br />
A chaque fois que je vais dans une réunion et que je discute avec des parents, ou des adultes, qui<br />
sont dans des colloques, conférences ou évènements, voire même des associations, et à chaque<br />
fois je me rends compte qu’en citant les dispositifs existants il y a des tas de gens qui ne les<br />
connaissent pas, qui ne sont pas au courant des services, des aides qu’ils ont à leur disposition.<br />
Par exemple, dans le 9 e arrondissement, à la mairie, la Ville de Paris a mis en place il y a 5 ou 6 ans<br />
une permanence d’accueil en LSF qui se dédouble, avec une permanence d’accueil juridique, mais<br />
aussi une permanence d’accueil pour se diriger vers l’emploi.<br />
Qui était au courant de cette permanence à la mairie du 9 e ?<br />
Ah quand même, je suis contente.<br />
En fait, je suis très contente.<br />
3
Je pensais que ce serait beaucoup moins.<br />
Il y a quand même des mains qui ne se sont pas levées et dans cette salle, a priori, j’aurais pu<br />
penser que toutes les personnes auraient levé la main.<br />
Quand j’ai parlé de la permanence en LSF à la MDPH, qui était au courant ?<br />
-‐ Mme Mako : en ce moment, la nouvelle est en vacances car la personne est partie en congé<br />
maternité.<br />
Comment ça s’est mis en place cette permanence en LSF, c’est des jours précis ?<br />
Car tu parlais de l’information sur ces expériences, et dans notre association on va faire une<br />
information vidéo en LSF pour annoncer toutes les permanences en LSF de Paris.<br />
Il y aura notre contenu, notre membre qui présentera cette information, qui est importante car<br />
effectivement il faut connaître l’existence de ces permanences, mais aussi leurs horaires et jours<br />
car grâce à vous on en a ouvert une à la mairie du 14 e , mais l’importance, c’est cette<br />
communication et pour les personnes sourdes signantes la LSF est visuelle, la vidéo, c’est central,<br />
et internet est essentiel pour communiquer en langue des signes, donc c’est important de diffuser<br />
ces informations pour que le maximum de personnes sourdes soient informées de ces<br />
permanences. Donc c’est très bien.<br />
-‐ M. Schetrit : en ce qui concerne la situation des hôpitaux, par exemple,…<br />
Quand un parent a un enfant handicapé, l’information sur la MDPH, comment es-‐elle faite quand<br />
on sait que l’enfant est handicapé ?<br />
Comment les parents sont-‐ils informés ?<br />
C’est la MDPH qui a un lien avec les hôpitaux ?<br />
-‐ Mme Dubarry : ok, on va remonter à la naissance.<br />
La grosse difficulté, et pour tous les types de handicaps, c’est qu’il y a le problème de la<br />
reconnaissance administrative par la MDPH, mais il y a le problème de la reconnaissance<br />
personnelle par les parents et la vraie difficulté, c’est que parfois nous ne voyons arriver, c’est un<br />
peu bizarre exprimé comme ça, des demandes de reconnaissance du handicap que très<br />
tardivement car beaucoup de parents sont dans le déni du handicap et du besoin de<br />
compensation que cela va entraîner.<br />
C’est un réel problème, même s’il y a eu une information donnée par les hôpitaux sur les<br />
dispositifs adaptés pour les enfants sourds qui existent à Paris, je ne vais pas reciter une liste<br />
d’acronyme, mais des sites petite enfance surdité qui permettent un travail d’acceptation de la<br />
surdité de l’enfant, mais avant d’en arriver à rentrer dans ce type de structures pour les parents,<br />
j’ai entendu quelqu’un dire un jour : « Un travail de deuil », même si c’est un mot qui parait<br />
bizarre.<br />
Mais c’est comme ça que c’est traduit par les professionnels.<br />
Par ailleurs, Olivier parlait des hôpitaux, ce n’est pas à moi, et vous le savez mieux que moi, qu’à<br />
l’heure actuelle, dans les hôpitaux, la priorité est quand même donnée à autre chose qu’à la LSF,<br />
et donc fatalement il y a d’abord une prise en charge médicale et pas sociale.<br />
Donc c’est aussi la difficulté et c’est ce qui fait aussi que cela retarde car tant qu’il y a cette prise<br />
en charge purement médicale, purement technique, il ne peut pas y avoir cette volonté ou cette<br />
envie, et même cette interrogation sur le fait qu’il pourrait y avoir autre chose à faire.<br />
Après, car on va continuer à dérouler le fil, le gamin est né, il a grandi, il est en structure, il existe<br />
par exemple à Paris une crèche avec des personnels formés…<br />
-‐ Mme Mako : on aura peut-‐être des bonnes nouvelles car apparemment il y a plein de<br />
personnels…<br />
4
-‐ Mme Dubarry : la grosse difficulté, c’est qu’il n’y a pas une crèche ciblée et donc il est très<br />
difficile pour moi, y compris en tant qu’adjointe au maire, de faire un truc d’information sur une<br />
crèche, la crèche Cotte* dans le <strong>12</strong> e car il s’avère qu’un peu partout dans les crèches municipales,<br />
dans les équipements municipaux, à mon cabinet, il y a des gens qui sont formés à la LSF et qui ont<br />
envie d’utiliser cette nouvelle langue qu’ils ont apprise dans leur milieu professionnel, mais j’ai<br />
une vraie difficulté avec les administrations qui ont du mal à le reconnaître.<br />
Après, c’est l’école ...<br />
-‐ Mme Mako : il faut aussi admettre que la langue des signes est une vraie langue.<br />
Il faut un bon accompagnement des dossiers, une personne qui a deux niveaux étalés sur deux<br />
ans, ce n’est pas assez.<br />
Moi-‐même je pratique la langue des signes, cela pose un vrai problème sur l’accompagnement en<br />
équipe car les personnes qui apprennent, par exemple prenons le cas de Leila qui travaille à<br />
l’accueil de la mairie du 14 e , elle a appris ses deux niveaux, elle avait très envie de continuer de<br />
s’investir, sauf que son niveau ne permet pas d’accompagner les personnes sur des dossiers<br />
complexes.<br />
En plus, la langue est très diverse elle-‐même, donc il faut une compétence d’un bon niveau afin de<br />
pouvoir s’adapter.<br />
Comment faire pour améliorer cela aussi ?<br />
-‐ Mme Dubarry : on entre dans la politique de la ville, ce n’est que MDPH.<br />
Je peux vous faire un catalogue de ce qui se fait à la ville et de ce qui ne s’y fait pas, mais je vais<br />
peut-‐être revenir sur la MDPH, je ne sais pas, et on reviendra tout à l’heure, lorsqu’on parlera du<br />
FIPHFP, et sur l’action de la ville de paris en matière d’emploi, on reviendra aussi sur ce type<br />
d’aspect car embaucher des personnes qui ont envie de se former à la LSF, c’est aussi embaucher<br />
des personnes qui signent.<br />
On reviendra alors sur l’emploi des personnes sourdes à la ville.<br />
Pour revenir à la MDPH, toutes ces nouveautés, tous ces types de fonctionnements sont encore<br />
trop méconnus, mal connus et, je le redis, ce n’est pas de la faute des usagers, mais très souvent<br />
on s’y prend très mal.<br />
Je le dis, ce n’est pas de l’auto-‐flagellation, mais quand même, et d’une façon générale, sur tous<br />
les dispositifs existants pour accompagner, parfois aussi pour aider, car parfois il y a besoin d’aide,<br />
en plus de l’accompagnement, on a encore d’énormes progrès à faire de généralisation.<br />
Tu parlais de ce que <strong>BàBDP</strong> fait à la mairie du 14 e , moi j’ai besoin que ce type d'expérience ne soit<br />
pas isolée, et je le redis régulièrement, notamment pour que les politiques publiques s’en<br />
saisissent, qui est que le personnes handicapées, c’est les personnes à qui on demande le plus de<br />
déplacements ou d’efforts pour obtenir de l’information ou de l’aide car il y a un truc sur un<br />
territoire qui existe, une crèche dans le <strong>12</strong> e , un pôle scolaire LSF dans le 3 e , une permanence<br />
emploi dans le 9 e , une seule MDPH, ce qui est normal, mais une présence d’une association qui<br />
pratique la LSF dans un relais information familles alors que, pour moi, dès lors qu’il y a une vraie<br />
prise en compte d’une difficulté de communication de quelque nature qu’elle soit, les dispositifs<br />
doivent être généralisés partout où c’est possible, donc dans tous les relais information familles<br />
avec une ou des personnes qui pratiquent la LSF et qui peuvent accompagner ou aider les<br />
personnes sourdes.<br />
C’est un peu cette vision globale que j’ai.<br />
Je vais terminer sur la MDPH : de la même façon que lorsqu’on dit : accompagner vers l’emploi, on<br />
se rend compte aussi, et c’est à garder à l’esprit, qu’il y a des formations qui sont parfois, c’est vrai<br />
5
pour l’ensemble des Français et des Françaises, des types de formations qui ne sont plus adaptées<br />
au marché du travail, ou qui ne l’ont jamais été.<br />
C’est une vraie difficulté de venir sur la reconversion, ou même parfois pour être en capacité de<br />
proposer des formations en correspondance avec le marché de l’emploi.<br />
Un exemple très bête et concret : les formations en ébénisterie, que j’ai vu pratiquer à l’INJS,<br />
soyons clairs, c’est vachement bien, je ne dis pas, c’est pas mal, sauf que, soyons honnêtes,<br />
lucides, le marché du travail aujourd’hui ne demande pas 50 000 ébénistes, mais un de temps en<br />
temps qui est entré dans une spécialité, et c’est ça le souci.<br />
Mais c’est vrai y compris pour tout le monde, mais c’est particulièrement vrai pour la communauté<br />
sourde.<br />
C’est donc cela aussi le souci, que tous les partenaires puissent proposer des formations qui<br />
remettent en capacité d’emploi les personnes sourdes.<br />
Et je terminerai là-‐dessus.<br />
-‐ Mme Mako : merci, Véronique.<br />
Cédric, avant de donner la parole à Mme Galli, je vais vous laisser réagir.<br />
-‐ M. Lorant : Bonsoir à tous, j’ai écouté avec attention l’intervention de Mme Dubarry, et<br />
effectivement sur la mission de la MDPH, elle n’est pas toujours claire. Je sais bien que c’est une<br />
maison départementale, un guichet unique pour le traitement des dossiers, mais avec aussi une<br />
mission d’information sur la politique du handicap en général et c’est vrai qu’actuellement il n’y a<br />
pas de centralisation de l’information, chaque MDPH qui communiquer un certain nombre<br />
d’informations qui ne seront pas cohérentes avec le département d’à côté.<br />
Pour répondre à l’attente des familles, des personnes sourdes ou devenues sourdes, il y a la mise<br />
en place d’un centre national ressources surdité prévu par le plan handicap auditif 2010-‐20<strong>12</strong>,<br />
annoncé par le gouvernement en février 2010 et c’est une réponse, déjà, de centralisation de<br />
l’information, unique, et ensuite.<br />
-‐ Mme Mako : cela va réorganiser les MDPH entre elles sur une façon de fonctionner ?<br />
-‐ M. Lorant : c’est un point de vue national, donc ce sera des informations de type : quels sont les<br />
différents modes de communication, les appareillages, les parcours linguistiques, scolaires, afin de<br />
donner une information générale, neutre sur la surdité.<br />
Ensuite, derrière, une déclinaison à imaginer au niveau locale et la solution imaginée dans le<br />
groupe de travail qui se charge de la réflexion sur ce centre, c’est la question des relations avec les<br />
MDPH.<br />
Le but étant de retransmettre l’information auprès du public et également de faire un état des<br />
lieux de l’offre présente sur le terrain car, forcément, l’offre n’est pas à la hauteur.<br />
-‐ Mme Mako : c’est-‐à-‐dire tu parles de budget, des financements, ils ne sont pas égaux ?<br />
Ce n’est pas les mêmes partout ?<br />
-‐ M. Lorant : la loi du 11 février 2005 a replacé le désir de rendre accessible l'environnement et<br />
donc faisant participer tous les acteurs, si on prend l’exemple de l’emploi, aujourd’hui une<br />
personne entendante va faire appel aux services de Pôle Emploi.<br />
Si on mettait en œuvre totalement la loi du 11 février 2005, ce serait de rendre accessible les<br />
services de Pôle Emploi car il n’est pas imaginable qu’une personne sourde ou malentendante ait<br />
un parcours différent d’une personne lambda.<br />
6
-‐ M. Schetrit : comment ça se passe au niveau du fonctionnement, il y a la MDPH, d’accord, mais<br />
avant, est-‐ce qu’il y a des échanges avec les sourds par rapport aux inadaptations qu’ils<br />
rencontrent ?<br />
Y a-‐t-‐il des rencontres avec la MDPH, c’est le rôle de l’UNISDA d’intervenir sur ce point ?<br />
-‐ M. Lorant : sur l’information ?<br />
Oui, en fait, sur l’information, effectivement, au niveau de l’UNISDA, nous n’avons pas la<br />
prétention de tout connaître sur la surdité, il y a vraiment une officialisation nécessaire de la part<br />
des pouvoirs publics avec le logo du ministère concerné et qu’ensuite tous les acteurs<br />
s’approprient l’information.<br />
Ensuite, les associations, UNISDA et d’autres, doivent contribuer à ce centre qui est monté...<br />
-‐ Mme Mako : le centre ressources va regrouper les informations, je le comprends, mais en fait la<br />
question ne sera pas réglée.<br />
-‐ M. Lorant : le centre national ressources, c’est bien de l’information générale sur la surdité, qui<br />
va bien sûr informer sur les missions de la CNSA, de la MDPH, du FIPHFP et de l’AGEFIPH, mais<br />
après chacun va se réapproprier cette information pour justement faire un état des lieux de<br />
l’offre.<br />
-‐ Mme Mako : aujourd’hui, il n’y a pas de relations entre les MDPH de paris et d’Ile-‐de-‐France ?<br />
-‐ Mme Dubarry : si, fort heureusement, il y a une association des directeurs des MDPH et puis les<br />
MDPH ont des comptes à rendre à la CNSA, on n’est pas lâché dans la nature.<br />
Il est vrai que la majorité des décisions prises dans les MDPH se font sous la houlette des<br />
départements.<br />
Comment vous le dire …<br />
Quand c’est moi qui préside la CDAPH à la MDPH de Paris, ce n’est pas la même chose que quand<br />
c’est quelqu’un d’autre dans un autre département.<br />
Je ne sais pas claire, là ...<br />
D’abord, un, car je cumule la casquette et que j’ai cette vision globale de ce qui peut se passer<br />
ailleurs.<br />
Je suis une gauchiste laxiste et je suis très généreuse dans les attributions des aides, je rigole, mais<br />
en fait ce ne sont pas mes mots, ce sont les mots du représentant du MEDEF à la commission que<br />
j’ai présidée hier et qui, du coup, a quitté la CDAPH en disant que c’était insupportable et que<br />
j’étais trop généreuse.<br />
Mais voilà, cela veut dire aussi que d’une commission à l’autre, d’une MDPH à l’autre, les réponses<br />
ne sont pas les mêmes et pour les harmoniser ce serait très compliqué car cela voudrait dire que<br />
l’État dirait aux départements ce qu’ils doivent faire.<br />
Or, les collectivités territoriales sont indépendantes et autonomes et décident elles-‐mêmes, dans<br />
la plupart des cas, ce qu’elles font de leur fric, ce n’est pas à l’État de décider.<br />
-‐ Mme Mako : effectivement.<br />
-‐ M. Lorant : je voulais juste, par rapport à cette intervention intéressante, indiquer que les aides<br />
fournies par les MDPH n’ont pas pour mission de rendre accessibles les communications qu’on<br />
aurait avec son futur employeur.<br />
Ce n’est pas la mission de la MDPH, c’est bien la mission de l’entreprise de se rendre accessible.<br />
On est dans la politique de droit commun.<br />
7
Il n’y a pas d’approche de la communication portée uniquement par la personne, mais bien de la<br />
situation et la situation, c’est un éventuel employeur qui devra se projeter dans un avenir avec ce<br />
salarié sourd ou malentendant et de rendre accessibles les situations de travail.<br />
-‐ Mme Dubarry : dans le meilleur des mondes.<br />
-‐ M. Schetrit : c’est pour cela que Mme Dubarry a expliqué qu’il y avait cette difficulté de s’adapter<br />
au monde du travail.<br />
Pour les formations des personnes sourdes, par exemple, il y a également des personnes<br />
entendantes qu’on oblige à aller en formation, donc ces personnes sourdes doivent s’adapter, ce<br />
n’est pas dans l’autre sens que cela se passe…<br />
Par exemple, une formation pour une personne sourde qu’on envoie en formation, mais les<br />
personnes entendantes sont aussi envoyées à en formation pour s’adapter au collègue sourd qui<br />
va arriver.<br />
Vous voyez ?<br />
-‐ Mme Dubarry : c’est sûr.<br />
Il n’a pas la réponse.<br />
-‐ M. Lorant : Je ne sais pas…<br />
-‐ Mme Mako : il faut que ce soit dans les deux sens pour régler la problématique de<br />
communication.<br />
Mme Galli, je vais vous donner la parole.<br />
Enchaînons sur l’AGEFIPH, peut-‐être que c’est très compliqué, qu’on a peu de temps et on<br />
souhaite surtout vous laisser la parole après, le public, il faut que vous ayez au moins 45 minutes<br />
pour pouvoir poser des questions.<br />
C’est pour cela qu’on demande aux invités de réduire leur temps de parole car c’est vous les<br />
acteurs de cette histoire.<br />
Quand vous habitez le 94 ou Paris, les MDPH ne fonctionnent de la même façon, donc vous ne<br />
comprenez plus rien.<br />
Tu dis : pas d’accompagnement de la personne sourde vers l’emploi, mais la MDPH est quand<br />
même un accompagnateur.<br />
Tout cela est très ambigu.<br />
Alors, l’AGEFIPH, racontez-‐nous.<br />
-‐ Mme Galli : bonsoir, je vais vous présenter très brièvement l’AGEFIPH.<br />
Moi, je suis déléguée régional adjointe à l’AGEFIPH Ile-‐de-‐France, je vais parler de l’AGEFIPH sur<br />
son fonctionnement au niveau national.<br />
Vous expliquer l’AGEFIPH en 15 minutes, ce n’est pas facile, je vais essayer quand même sous deux<br />
angles : un premier sur : qu’est-‐ce que l’AGEFIPH ?<br />
Comment fonction-‐t-‐elle ?<br />
Et ensuite vous présenter des prestations afin de mieux comprendre les interventions de<br />
l’AGEFIPH.<br />
Pour rebondir sur ce qui a été dit : on constate tous les jours que les gens qui travail lent à aider<br />
les personnes handicapées, quelle que soit la déficience et la problématique, privée,<br />
professionnelle ou scolaire, les gens qui sont des professionnels de l’accompagnement se heurtent<br />
à la difficulté de connaître tous les dispositifs et tous les organismes, surtout que les dispositifs<br />
8
évoluent et il y a un jargon spécifique et l’AGEFIPH est plus connue pour être un organisme<br />
financeur car on gère un fonds de gestion pour l’insertion des personnes handicapées.<br />
On est donc bien gestionnaire d’un fonds financier à mobiliser pour l’insertion professionnelle des<br />
personnes handicapées, et on parle bien de l’insertion en milieu ordinaire de travail, pas du milieu<br />
protégé (ESAT, ex-‐CAT).<br />
Un bref historique : 1975, une loi qui oblige les employeurs à avoir des moyens pour l’insertion<br />
professionnelle des personnes handicapées ; en 1987 une loi qui crée l’AGEFIPH et une obligation<br />
de résultats ; et une troisième date en 2005, M. Lorant l’a rappelé, avec l'évolution de la loi qui<br />
concerne au-‐delà de l’insertion professionnelle, mais toute la question de l’autonomie de la<br />
personne handicapée et du coup l’AGEFIPH a amélioré ses dispositifs d’intervention.<br />
En ce qui concerne le fonctionnement...<br />
-‐ je suis entendante et merci de faire moins vite aussi.<br />
-‐ Mme Galli : je stresse sur le temps.<br />
J’essaie de tout faire passer, en le disant aussi plus fort.<br />
Donc en termes de fonctionnement et d’organisation, l’AGEFIPH est une association de loi 1901 et<br />
à ce titre elle a un conseil d'administration, un bureau, et la loi décrit le mode d’organisation de<br />
l’AGEFIPH, notamment la composition du conseil d'administration où sont représentés quatre<br />
collèges : les employeurs, les syndicats de salariés, les associations de personnes handicapées et<br />
l’État et des personnalités qualifiées.<br />
C’est une association qui agit au titre d’une mission de service public car elle agit pour un fonds<br />
collecté au titre de la loi.<br />
-‐ Mme Mako : être une association privée investie d’une mission de service public, c’est étonnant,<br />
mais je comprends mieux.<br />
-‐ Mme Galli : on n’est pas les seuls dans ce cas-‐là. Nous sommes une association paritaire, il y a<br />
l’Unedic par exemple dans ce cas et on est une association avec statut privé avec une mission de<br />
service public et on agit sous « surveillance » de l’État qui est présent au conseil d'administration.<br />
Les décisions et toutes les aides sont définies par le conseil d'administration où sont représentées<br />
les associations des personnes handicapées, les employeurs et les syndicats de salariés.<br />
-‐ M. Schetrit : justement, par rapport aux entreprises qui sont semi-‐privées et semi-‐publiques,<br />
comment ça se passe ?<br />
-‐ Mme Galli : c’est la question la plus compliquée qu’on puisse nous poser.<br />
-‐ Mme Mako : il y a La Poste qui est le cas type.<br />
-‐ Mme Galli : excellent exemple. Je vais peut-‐être devancer une idée ...<br />
-‐ M. Schetrit : et les hôpitaux.<br />
-‐ Mme Galli : pour ces cas-‐là, il y a une option prise en fonction du contrat de travail de la<br />
personne et elle bénéficie ou non des aides de l’AGEFIPH ou du FIPHFP.<br />
Pour La Poste, il y a un accord particulier qui a été conclu récemment et il y a un accord prévu au<br />
sein de La Poste et qui est exonératoire des engagements.<br />
9
-‐ M. Fontana : je voulais parler de la Poste.<br />
-‐ Mme Mako : vous allez en parler, on vous le rappellera.<br />
-‐ Mme Galli : un délai sur les entreprises car le fonds collecté est collecté auprès des entreprises.<br />
L’AGEFIPH réalisé une collecte au titre de la fameuse loi de 87 modifiée en 2005 qui dit que toute<br />
entreprise de plus de 20 salariés doit avoir plus de 6 % d’unités bénéficiaires.<br />
Toute entreprise de plus de 20 salariés a une obligation d’embauche, en recrutant, en signant des<br />
contrats avec des entreprises adaptées, soit signer un accord au sein de l’entreprise, etc.<br />
Je passe sur cela un peu vite car ce sont des aspects formels, et l’important, c’est le<br />
fonctionnement et l’organisation de l’AGEFIPH avec le conseil d'administration qui est<br />
décisionnaire et ensuite vous avez les services de l’AGEFIPH, nationaux ou des délégations<br />
régionales et au sein de ces services il y a 350 personnes au niveau national (dont 31 en DR Ile-‐de-‐<br />
France, ce qui peut sembler beaucoup ou pas du tout).<br />
-‐ Mme Mako : le FIPHFP est beaucoup moins bien loti que vous.<br />
Vous méritez d’être décorés.<br />
-‐ M. Fontana : 45 au national.<br />
-‐ Mme Mako : vous avez des partenariats.<br />
-‐ Mme Galli : Tout à fait, on cofinance des actions avec le FIPHFP, c’est-‐à-‐dire qu’on fait le travail<br />
qu’on faisait déjà avant l’existence du FIPHFP, on sélectionne les prestataires de type SAMETH, les<br />
Cap Emploi, les PPS,…<br />
-‐ attention aux acronymes, merci<br />
-‐ Mme Galli : on sélectionne des prestataires dans le cadre d’appels d’offres et le FIPHFP cofinance<br />
et en permet l’utilisation par les employeurs de la fonction publique et aux salariés de ces<br />
employeurs.<br />
Cela explique peut-‐être qu’on soit plus nombreux.<br />
Sur les principes d’intervention, je vous les donnerai plus dans le détail quand je parlerai des aides<br />
de l’AGEFIPH.<br />
Ce que je peux vous dire, c’est qu’on a parlé de présenter le fonctionnement des organismes sur<br />
les questions scolaires, professionnelles et privées.<br />
L’AGEFIPH n’est concernée et ne mobilise des fonds que pour l’insertion professionnelle en milieu<br />
ordinaire.<br />
Les questions de scolarisation ne sont pas du ressort de l’AGEFIPH, ni les questions privées de type<br />
aménagement du domicile.<br />
-‐ M. Schetrit : pour l’école privée, cela se passe comment ?<br />
-‐ Mme Galli : soit il y a des accords au sein de l'Éducation nationale, mais on n’intervient que pour<br />
les personnes à partir de 16 ans en parcours professionnel en dehors de la formation initiale.<br />
Donc pour vous donner les grands principes de nos interventions : on apporte des aides aux<br />
personnes handicapées et des aides aux entreprises.<br />
10
Quand il s’agit de salariés, on aide l’employeur à rendre possibles les conditions de travail et<br />
l’occupation du poste et les aides aux personnes concernent souvent les demandeurs d’emploi ou<br />
les aides à la mobilité.<br />
On a trois types d’interventions : le financement de nos opérateurs Cap Emploi, que vous<br />
connaissez certainement ; les SAMETH, services d’appui au maintien dans l’emploi des travailleurs<br />
handicapés, qui aident les employeurs et les salariés en cas de congé d’inaptitude ; et des<br />
prestataires qui informent les entreprises de leurs obligations et de leurs possibilités de mobiliser<br />
les aides.<br />
-‐ Mme Mako : ce sont des organismes qui interviennent en direct avec les entreprises et les<br />
salariés, notamment les salariés sourds ?<br />
-‐ Mme Galli : en cas de difficulté liée à l’inaptitude, un salarié peut très bien se rendre dans un<br />
SAMETH, ou bien un employeur peut demander à ce service d’intervenir et le service interviendra<br />
dans le cadre d’un maintien dans l’emploi.<br />
Pour les demandeurs d’emploi, c’est les Cap Emploi qui interviennent Jusqu’au placement dans<br />
l’entreprise, c’est-‐à-‐dire un équivalent de Pôle Emploi spécialisé dans l’insertion des travailleurs<br />
handicapés.<br />
En fait, la spécialisation nécessaire des accompagnants dans les parcours d’insertion se retrouve<br />
dans les services que l’AGEFIPH met en place.<br />
Combien de temps il me reste…<br />
-‐ M. Schetrit : j’ai une question : si une entreprise refuse d’embaucher une personne handicapée,<br />
et qu’elle a plus de 20 salariés, elle est obligée de payer un impôt, une taxe ?<br />
Car il y a une obligation légale, vous pouvez expliquer ?<br />
-‐ Mme Galli : Ce n’est pas une taxe, c’est une contribution, c’est un choix de l’entreprise… Alors,<br />
choix est un peu fort, en fait le système fait que toute entreprise de plus de 20 salariés doit<br />
recruter des personnes handicapées, c’est-‐à-‐dire qu’elle doit s’acquitter de l’obligation légale en<br />
recrutant, soit en signant un accord, soit en concluant un contrat de sous du milieu protégé, soit<br />
elle contribue à l’AGEFIPH.<br />
Donc c’est une contribution au choix de l’entreprise.<br />
En général, on parle de choix plutôt provisoire, c’est-‐à-‐dire : je suis entreprise, mes métiers sont<br />
très spécifiques, je ne trouve pas de personnel handicapé, je fais les choix de contribuer à<br />
l’AGEFIPH, ce qui permet aux personnes d’être formées avec les fonds et je me rapproche de<br />
l’AGEFIPH afin de mettre en place ces formations me permettant de recruter des personnes.<br />
On finance des formations sur demande des entreprises et donc avec cette contribution on peut<br />
parler d’un choix car il peut être provisoire, c’est-‐à-‐dire le temps de former la bonne personne.<br />
-‐ Mme Mako : l’an dernier, les questions qui revenaient beaucoup autour de l’AGEFIPH, c’était une<br />
incompréhension sur le suivi de la formation des travailleurs sourds.<br />
Car la problématique du besoin d’interprétariat, par exemple, dans le travail, dans la formation,<br />
dans l'évolution du poste, est toujours un problème.<br />
La plupart des personnes sourdes qui sont venues témoigner sur la thématique de la vie<br />
professionnelle dans nos débats évoquaient souvent : on n’a pas souvent de prise en charge<br />
d’interprétariat pour avoir une vraie formation, pas suffisamment d’interprètes pour travailler<br />
avec nos collègues en cours de réunion.<br />
Et a priori depuis janvier 20<strong>12</strong> les dispositions ont changé et cela ne va pas améliorer la prise en<br />
charge de cette nécessité humaine.<br />
11
Les chercheurs en parleront plus clairement tout à l’heure, et c’est une réalité chez les personnes<br />
sourdes.<br />
La surdité est complexe, il y a des personnes sourdes signantes, d’autres qui oralisent ou d’autres<br />
qui sont implantées.<br />
Comment répondre plus clairement à cela.<br />
-‐ Mme Galli : peut-‐être en confirmant que depuis janvier 20<strong>12</strong> l’offre d’intervention de l’AGEFIPH a<br />
évolué.<br />
Sur le site de l’AGEFIPH, les choses ne sont pas encore très claires, je pense qu’on y arrive petit à<br />
petit car cela s’est fait très récemment, donc vous ne trouverez pas encore l’intégralité des aides<br />
décrites comme c’était le cas auparavant, mais ce n’est qu’une question de temps.<br />
En ce qui concerne les personnes sourdes, l'évolution ne va pas vers le moins, en tout cas en<br />
termes de financement des heures d’interprétariat.<br />
En ce qui concerne la formation, on est sur les mêmes possibilités de formation qu’en 2011. On<br />
était à 9 150 €/an, c’est toujours la même somme pour une formation d’un travailleur handicapé.<br />
-‐ Mme Mako : donc c’est une formation d’une semaine à peine.<br />
Pour une journée, c’est deux interprètes matin et après-‐midi qui se relaient pour tous les jours de<br />
formation afin de respecter l’individu afin qu’il puisse avoir de façon citoyenne, respectueuse dans<br />
sa langue, cela demande cette organisation et cela a un coût.<br />
Si on souhaite que la personne soit formée de façon comme n’importe qui aujourd’hui, comme<br />
vous et moi, ces 9 150 € correspondent à moins d’une semaine de formation.<br />
-‐ M. Schetrit : le problème, c’est que souvent les entreprises qui embauchent des sourds ne savent<br />
pas comment fonctionnent les interprètes.<br />
Et il faut demander au sourd peut-‐être de chercher, ce n’est pas normal.<br />
Il faut que les gens des RH soient formés aussi dans les entreprises.<br />
-‐ merci de parler plus fort, car la vélotypie m’empêche d’entendre.<br />
-‐ Mme Galli : tout d’abord, on informe les employeurs en faisant des visites d’entreprises, pour<br />
leur expliquer les modalités d’acquittement de la contribution et, si elles ont des salariés<br />
handicapés, comment elles peuvent être accompagnées.<br />
Deuxièmement, il y a une problématique de compensation du handicap et souvent les<br />
employeurs aboutissent dans les services spécifiques mis en place par l’AGEFIPH car ils nous<br />
appellent ou appelle la MDPH et ces organismes sont beaucoup plus maillés qu’auparavant, on<br />
sait s’orienter les uns envers les autres.<br />
Donc un employeur va facilement travailler avec un SAMETH pour l’aider.<br />
On a aussi une prestation d’évaluation des besoins de techniques de compensation qui permet à<br />
l’employeur de savoir comment mobiliser les prestations et au prestataire d’optimiser les fameux<br />
9 150 € et qui permet éventuellement d’avoir des aides complémentaires si elles sont<br />
mobilisables, notamment on parlait tout à l’heure de la formation du collectif de travail, on a une<br />
formation d’information des collègues pour l’intégration d’un collègue sourd dans un collectif de<br />
travail, afin de supprimer les a priori, en donnant des informations pratiques sur l’intégration du<br />
salarié sourd.<br />
On a ces prestations-‐là, cela ne répond pas à toutes les situations, on en est conscient.<br />
-‐ Mme Mako : olivier, tu as une question ?<br />
On va faire venir M. Fontana et Mme Rouissi.<br />
<strong>12</strong>
Voulez-‐vous réagir l’un et l’autre ?<br />
On n’a pas fait le tour, mais il y aura d’autres questions tout à l’heure.<br />
-‐ Mme Dubarry : premièrement, on se rend compte de la nécessité, de l’importance, l’interprète a<br />
utilisé le terme de formation des DRH, ils ont surtout besoin d’information et de connaissance, et<br />
aussi de sensibilisation en entreprise, même si j’ai une défiance là-‐dessus car il faut être clair, c’est<br />
un marché qui se développe, il y a du fric, de l’argent et on voit arriver beaucoup de choses, dont<br />
des entreprises ou des associations qui sont… Et on n’a pas abordé la sensibilisation nécessaire de<br />
tout le personnel<br />
-‐ Mme Mako : ce ne serait pas à l’État de former des personnes sourdes afin de sensibiliser les<br />
entreprises ?<br />
Pourquoi entrer dans un système de concurrence et de marché ?<br />
On est dans l’accompagnement d’un individu, que vient faire la concurrence commerciale ?<br />
-‐ Mme Dubarry : je n’ai pas dit cela.<br />
-‐ M. Schetrit : trois heures suffiraient.<br />
-‐ Mme Dubarry : je ne parle pas de formation, je ne ressens pas le besoin, en tant que salariée,<br />
d’être formée à tous les types de handicaps dès lors que je suis dans mon entreprise.<br />
Ce que j’ai comme nécessité, c’est une sensibilisation ou des explications dès lors que la personne<br />
entre dans la boîte.<br />
-‐ Mme Mako : je parle bien de cela, pourquoi ce n’est pas un service d’État qui le fait ?<br />
-‐ Mme Dubarry : je ne sais pas.<br />
-‐ Mme Mako : c’est une question.<br />
-‐ M. Schetrit : normalement, cela devrait être obligatoire et dit quelque part.<br />
-‐ Mme Dubarry : c’est une possibilité que les entreprises ont de faire appel… C’est l’un des choix<br />
que les entreprises peuvent faire pour ne pas avoir à contribuer à l’AGEFIPH, elles peuvent mettre<br />
en place des actions de sensibilisation.<br />
-‐ Mme Galli : cela ne suffit pas.<br />
-‐ Mme Dubarry : ce que j'ai constaté aussi, y compris dans les administrations, c’est que parfois<br />
c’est un biais bien commode pour ne pas avoir à contribuer à l’AGEFIPH et c’est cela que cela<br />
devient un marché.<br />
Et j’ai oublié la deuxième chose à dire.<br />
Je vais donc m’arrêter là.<br />
-‐ M. Lorant : par rapport à la problématique de l’AGEFIPH, on voit bien sûr au fil des années une<br />
évolution sur la prise en charge, je me souviens en tant qu’étudiant qu’on m’avait aidé pour<br />
l’acquisition d’un matériel technique pour mes études supérieures et maintenant ce n’est plus le<br />
cas.<br />
13
Il y a aussi l’accompagnement vers le premier emploi où les structures de type AFIJ ne sont<br />
désormais plus financées par l’AGEFIPH, mais aussi pour la formation un financement de<br />
l’AGEFIPH pour évoluer dans l’entreprise.<br />
Quand le salarié sourd ou malentendant est en poste, il est en difficulté pour aménager et<br />
solliciter auprès de son employeur des interprètes, des codeurs ou des techniciens de l’écrit pour<br />
rendre accessibles les réunions, les entretiens en face à face, les entretiens hiérarchiques et les<br />
formations et cela mérite d’être réfléchie car l’AGEFIPH est plutôt en décroissance au niveau du<br />
budget car les entreprises répondant pour beaucoup d’entre elles à l’obligation d’embauche de<br />
personnes handicapées, il faudra effectivement réfléchir à un nouveau modèle économique afin<br />
d’aménager le poste de travail et on attend en tant qu’association la parution d’un décret qui<br />
devait sortir il y a un an ou deux ans.<br />
Cela a été repoussé au motif qu’il n’y aurait pas suffisamment de salariés pour bénéficier de ce<br />
décret sur l’aménagement au poste de travail car pas assez de personnes formés.<br />
C’est un cercle vicieux.<br />
-‐ Mme Mako : avant que M. Fontana et Mme Rouissi montent sur scène, une question quand<br />
même : cela a traîné dans les couloirs, la langue des signes a été reconnue langue de France, peut-‐<br />
on imaginer que, comme c’est une langue reconnue aujourd’hui, rattachée à une culture,<br />
effectivement, ou est-‐ce qu’il est défendable que la langue des signes ne soit plus une<br />
compensation au handicap de la personne sourde ?<br />
-‐ Mme Dubarry : que du coup ce ne soit plus nécessaire de la financer.<br />
-‐ Mme Galli : cela impliquerait que tout le monde parle la langue des signes.<br />
-‐ Mme Mako : c’est-‐à-‐dire qu’on pourrait refuser aux sourds un financement d’interprétariat car<br />
c’est une langue au même titre que l’arabe et du chinois.<br />
C’est caricatural ou c’est absurde ?<br />
-‐ Mme Galli : ce n’est pas à l’ordre du jour.<br />
-‐ M. Schetrit : le problème, c’est que la langue est en lien avec le handicap. C’est une langue, et par<br />
rapport à cette loi, elle a été reconnue tans la loi pour l’égalité des chances des personnes<br />
handicapées, ce qui fait que son statut est un peu difficile, il aurait fallu qu’elle soit inscrite au<br />
niveau de la constitution.<br />
-‐ Mme Dubarry : en France, il n’y a qu’une seule langue, il n’y a pas l’arabe, par exemple.<br />
Si a un moment donné on considère qu’on sort la surdité du handicap, cela veut dire qu’il n’y a<br />
plus besoin de compensation car ce n’est plus un handicap et du coup les aides ... si un jour, etc., si<br />
cela arrivait dans un monde très méchant, très mauvais, si, si, si, si…<br />
-‐ Mme Mako : et il y en a des méchants.<br />
-‐ Mme Dubarry : si effectivement la surdité n’est plus considérée comme un handicap et que c’est<br />
une culture régionale comme les autres, on peut très bien dire : démerdez-‐vous.<br />
C’est tout à fait ce qui se passe pour les langues régionales.<br />
-‐ M. Allaire : on ne peut pas mélanger entre la LSF qui est une langue et la surdité qui n’est pas un<br />
handicap.<br />
14
-‐ Mme Mako : on va se serrer pour que tout le monde reste sur scène.<br />
-‐ M. Lorant : la loi du 11 février 2005 a inscrit la langue des signes comme langue à part entière,<br />
c’est une langue de vie pour un certain nombre de nos concitoyens, mais également c’est une<br />
langue qui doit être utilisée comme un outil d'accessibilité pour rendre accessible l’information et<br />
la communication.<br />
Il y a l’approche d’une langue choisie, de la part de la personne sourde, mais aussi une langue de<br />
partage qui va faire intervenir plusieurs personnes.<br />
On est là dans une démarche d'accessibilité même si au sein de l’AGEFIPH il y a un budget alloué à<br />
la compensation du handicap, soit 14 % du budget global de l’AGEFIPH, on parle de compensation,<br />
mais en fait on a une approche accessibilité au niveau de l’UNISDA.<br />
Car on imagine souvent que la compensation est individuelle, mais l'accessibilité fait participer un<br />
collectif.<br />
-‐ Mme Mako : eh bien, bonjour, bienvenue sur le plateau, on est tous entrés, c’est bien.<br />
Didier, merci d’être venu, Aïcha aussi. Vous allez nous présenter la FIPHFP.<br />
-‐ M. Fontana : le FIPHFP.<br />
-‐ Mme Mako : ok, moi aussi j’ai ma petite dyslexie.<br />
-‐ M. Fontana : merci de nous avoir invités et d’avoir fait place à la fonction publique car c’est ce<br />
que nous représentons ici ce soir.<br />
Le FIPHFP, fonds d’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique, et on devrait<br />
dire les fonctions publiques, pour la territoriale, d’État et l’hospitalière.<br />
On est une structure récente avec également des délais de réponse, selon les employeurs, très<br />
variables, et des réponses très différentes.<br />
Et puis on a des points communs avec l’AGEFIPH, qui fait son travail depuis plus longtemps que<br />
nous, depuis 1989 et nous c’est depuis 20<strong>07</strong> avec un décret de mise en place du FIPHFP du 3 mai<br />
2006 et un démarrage effectif des travaux du fonds à l’automne 20<strong>07</strong>, donc on est tout à fait<br />
récent.<br />
Quel fonctionnement ?<br />
On est un établissement public administratif, donc on n’a pas de conseil d'administration, mais un<br />
Comité national, on n’est pas quadripartite, mais tripartite avec les employeurs publics, les<br />
représentants du personnel et des associations de personnes handicapées.<br />
Comité national qui détermine la politique mise en place par le fonds et la manière dont le fonds<br />
va octroyer ses aides résultant là aussi d’une contribution sur le même principe de l’obligation<br />
légale de 6 % d’agents handicapés, versée par les employeurs de plus de 20 agents qui ne<br />
respectent pas l’obligation légale.<br />
Petit paradoxe : le jour où la fonction publique sera exemplaire, les fonds seront de 0, donc il<br />
faudrait peut-‐être aussi, quand on prend en compte les prestations des deux fonds, se préoccuper<br />
de prévoir la bascule, pour la fonction publique d’État cela ira très vite, car c’est prévu dès 2013 et<br />
on mettra de côté l'Éducation nationale.<br />
Si vous voulez me mettre de mauvaise humeur, on peut parler tout de suite de l'Éducation<br />
nationale.<br />
Et donc voilà, ces fonds sont collectés, actuellement ils sont confortables car dans une structure de<br />
création récente il a fallu mettre en place un dispositif de toutes pièces.<br />
15
Véronique Dubarry va me parler du coût de l’interprète en langue des signes qui ne couvre pas<br />
tout, c’est vrai, mais on a démarré de rien et ensuite le FIPHFP a été très vite en mesure de<br />
collecter des fonds, mais moins vite en mesure de les dépenser, donc il a fallu partir de zéro.<br />
On a désormais un peu de recul et cela nous permet de dire, notamment en ce qui concerne les<br />
prestations pour le handicap auditif, qu’elles sont insuffisantes et nos 55 €/heure ne sont pas<br />
suffisants.<br />
Il faut savoir que c’est une aide qui n’a pas vocation à être pérenne puisque le fonds a vocation à<br />
disparaître.<br />
Il faut peut-‐être voir là-‐dedans une habitude à faire prendre aux employeurs de prendre en charge<br />
eux-‐mêmes la compensation.<br />
Et puis il peut y avoir d’autres mécanismes de solidarité, mais dans l’immédiat ce n’est pas la<br />
panacée que de faire entrer dans la tête des gens que l’AGEFIPH et l’FIPHFP, on prend une<br />
personne handicapée et cela ne va rien vous coûter.<br />
Donc on est FIPHFP établissement public administratif et on a des fonds qu’on va utiliser<br />
essentiellement de trois manières : la première qui m’importe le plus, c’est une plate-‐forme d’aide<br />
dématérialisée qui met à disposition des employeurs publics des prestations<br />
-‐ Audrey : j’ai la lumière dans l’œil, c’est désagréable.<br />
-‐ Mme Mako : c’était pour montrer le fonctionnement.<br />
On arrête pour soulager l’interprète.<br />
-‐ M. Fontana : trois façons de dépenser nos crédits : tout d’abord une plate-‐forme d’aide<br />
dématérialisée qui s’adresse aux employeurs publics de faible importance et qui auront peu de<br />
demandes, mais qui fonctionne à moitié bien car le catalogue est perfectible et car on a un délai<br />
de réponse qui est infernal.<br />
Cela me permet un petit aparté : on est actuellement en cale sèche car on doit renégocier notre<br />
convention d’objectifs et de gestion (COG), qu’on a fait une proposition de COG sur la base d’un<br />
audit externe, quelque chose de tout à fait objectif, et que la tutelle budgétaire refuse, donc cela<br />
ira peut-‐être mieux dans quelques mois, mais pour le moment on est sans moyen de<br />
fonctionnement tant que la tutelle budgétaire ne nous donnera pas son aval.<br />
J’étais venu à cela pour dire que notre plate-‐forme d’aides dématérialisée avait un délai de<br />
réponse non décent et on répond à 57 % des demandes. Pour un établissement public, c’est<br />
particulier.<br />
La deuxième manière, c’est signer une convention.<br />
Quand on a un grand employeur public, par exemple un ministère ou la Ville de Paris qui a<br />
beaucoup de demandes sur une année, saisir à chaque fois la plate-‐forme, ce n’est pas la meilleure<br />
solution.<br />
Donc on passe une convention, une sorte de contrat avec des objectifs, des moyens alloués et<br />
après la vérification de l’utilisation des crédits et savoir si les objectifs ont été atteints.<br />
On a signé 262 conventions, couvrant 70 % de la fonction publique.<br />
On n’a pas les moyens de vérifier si cela fonctionne bien.<br />
Cela fait partie de ce qu’on demande dans la COG.<br />
Actuellement, les conventions sont censées fonctionner, c’est pour cela qu’il y a des réponses<br />
différentes d’un employeur à l’autre, donc on présume qu’elles fonctionnent bien.<br />
-‐ Mme Mako : je voulais faire un aparté : quand vous parlez de tous les services publics, donc cela<br />
veut dire les ministères, l’État, les hôpitaux, c’est énorme, il y a combien de conventions avec les<br />
hôpitaux ?<br />
16
Et la territoriale, c’est-‐à-‐dire des villes ?<br />
Vous couvrez 70 % des fonctions publiques ?<br />
-‐ M. Fontana : on a trouvé un biais pour les collectivités territoriales, en conventionnant avec les<br />
centres de gestion départementaux dans la mesure où les petites collectivités territoriales n’ont<br />
pas de structures administratives suffisantes pour gérer leur personnel, donc on a trouvé pratique<br />
de conventionner avec ces centres départementaux de gestion et 60 sur 90 ont conventionné.<br />
Donc cela + les grands employeurs de types collectivités territoriales et la fonction publique d’État,<br />
dont l'Éducation nationale, couvrent 70 % des agents fonctionnaires.<br />
La troisième solution…<br />
-‐ M. Schetrit : en ce qui concerne le ministère de la culture ou de la justice, quel est le<br />
fonctionnement ?<br />
-‐ M. Fontana : là, je dis qu’il y a des diversités, mais je ne vais pas m’immiscer dans le<br />
fonctionnement des autres ministères et de la manière dont ils gèrent leurs conventions.<br />
J’allais dire que j’ai des oreilles comme tout le monde, mais après, l’usage qu’on en fait est<br />
différent et j’entends des échos et des critiques, ainsi que des choses positives, mais comme on<br />
n’a pas de retour sur la manière dont les conventions sont déclinées et mises en œuvres, cela<br />
pourrait facilement passer pour de la médisance, donc je ne serai pas mauvais camarades.<br />
Au ministère des finances, cela se passe très très très bien.<br />
-‐ Mme Mako : quand je vous ai rencontrée, vous êtes tous les deux issus du ministère des finances<br />
et vous avez 14 ans d'expérience avant d’avoir la présidence du FIPHFP.<br />
-‐ M. Fontana : 20 ans même.<br />
Je suis délégué ministériel au handicap pour Bercy (je ne dis pas ministère des finances et la suite,<br />
c’est trop long) et Mme Rouissi vous parlera tout à l’heure de ce qu’on a mis en œuvre pour les<br />
personnes sourdes ou malentendantes concrètement.<br />
Et pour revenir à la question d’olivier, je connais de très gros écarts, il a parlé de la culture et de la<br />
justice, mais il aurait pu évoquer le ministère de l'Éducation nationale.<br />
Et la troisième façon de consommer les crédits, c’est une convention de partenariat légale avec<br />
l’AGEFIPH qui nous permet de mettre en commun certaines mesures, notamment dans le domaine<br />
où les personnes handicapées sont les plus mal loties, c’est le domaine de la formation.<br />
Et c’est bien pour cela qu’elles laissent sur le carreau en matière d’emploi et on a du boulot pour<br />
mettre en place un dispositif qui fonctionne valablement.<br />
On a une convention avec l’AGEFIPH pour les Cap Emploi et autres, mais aussi des conventions<br />
spécifiques pour la fonction publique avec le CNFPT dont l’activité principale est de mettre en<br />
œuvre des formations qui soient accessibles aux personnes handicapées, dont sourdes.<br />
Et puis des conventions avec Comete France qui est une association regroupant des hôpitaux et<br />
centres de rééducation, une vingtaine sur la France, qui prend en charge la réinsertion<br />
professionnelle en amont de la reprise du travail, souvent pour des cas de handicaps lourds et qui<br />
nécessitent souvent une préformation.<br />
Cela se passe en hôpital et cette association bénéficiait du soutien du fonds social européen et<br />
donc le FIPHFP a fait l’appoint car le FSE a cessé de donner des fonds.<br />
Rapidement, je n’entre pas dans le détail de ce qu’on met en place, mais il faut savoir qu’on a<br />
initié ce dispositif à Bercy dès 1991, soit plus de 20 ans en créant une structure, la CRIPH, la cellule<br />
de recrutement et d’insertion des personnes handicapées, qui a connu quelques succès et qui<br />
17
explique pourquoi, quand il s’est agi de trouver un président au FIPHFP, on a pensé à moi pour<br />
essayer de faire passer ce qui se faisait à la CRIPH.<br />
On a réussi imparfaitement car la CRIPH, c’est 160 000 agents et 7 000 personnes handicapées,<br />
plus toutes celles qui ont des besoins sans être déclarées handicapées et le FIPHFP, c’est 2 millions<br />
de personnes concernées.<br />
-‐ M. Schetrit : au sujet de la discrimination, et vis-‐à-‐vis de l’embauche des 6 % de travailleurs<br />
handicapés, mais au niveau des statistiques, je n’aime pas trop le mot de catégorie, mais qu’est-‐ce<br />
qui est le plus pris comme handicap ?<br />
Combien de sourds ?<br />
-‐ M. Fontana : on a un terme pour résumer ce que vous dites, ce sont les bénéficiaires de<br />
l’obligation d’emploi (BOE) qui sont les personnes handicapées estampillées avec la RQTH et<br />
d’autres qui ont la carte d’invalidité ou des personnes qui ont l’incapacité temporaire, ou des<br />
anciens militaires (mais il paraît qu’il ne faut pas le dire, et par exemple l’Office national des forêts<br />
a ses 6 % grâce à cela).<br />
Et donc l’employeur public a aussi plusieurs manières de s’acquitter de l’obligation d’emploi, la<br />
contribution n’étant qu’un moyen.<br />
Et on peut aussi passer des contrats avec des entreprises du secteur adapté.<br />
Un autre moyen est de maintenir dans l’emploi.<br />
Et puis le dernier est de recruter.<br />
En termes de statistiques entre les différents handicaps, je suis dans l’incapacité de vous répondre<br />
car il n’y a pas de fichier qui existe et, même si on le savait, on ne le dirait pas, demandez à Ikea, ils<br />
ont trouvé un système.<br />
En revanche, ce qui est certain, c’est que je suis de plus en plus préoccupé de ce qu’on met dans<br />
les 6 %.<br />
On recrute de moins en moins, et c’est le cas à Bercy, d’aveugles, de moins e moins de sourds<br />
profonds ou de paraplégique.<br />
Je ne dis pas qu’on n’en recrute plus car il en faut toujours pour l’affiche, pour faire « joli », mais<br />
on a beaucoup de lombalgies, de gens qui se présentent en disant : je n’ai besoin de rien, je ne<br />
peux juste pas porter de charges lourdes.<br />
Pour l’employeur, le recrutement étant déconcentré, qui se trouve en demande d’embauche<br />
d’une personne, c’est tentant de recruter une personne qui ne va rien coûter car elle n’a besoin de<br />
rien.<br />
Après, on va se rendre compte que c’est un handicap psy et on va se retrouver avec une personne<br />
ingérable.<br />
Donc il faut savoir quel type de personne on recrute et c’est en le sachant qu’on pourra prendre<br />
des mesures utiles afin de leur donner un véritable travail.<br />
Si c’est pour cocher la case des 6 %, cela ne m’intéresse pas trop.<br />
Et on ne fait pas de discrimination pour le handicap psy car le FIPHFP a pris une délibération afin<br />
de mettre en place un dispositif d’accompagnement des personnes handicapées psychiques.<br />
Et ce n’est pas simple car cela requiert le consentement de la personne et cela inclus le médecin<br />
traitant, le médecin du travail, le chef de service, un tuteur extérieur et une personne référente au<br />
sein même du service pour expliquer aux collègues la nature des difficultés car vous mettez une<br />
personne handicapée psychique dans un service et deux ans après c’est tout le service qui est<br />
handicapé.<br />
Je le dis avec mon franc parler, mais c’est l’exacte réalité, donc il faut prendre en compte la<br />
personne handicapée, mais également l'environnement professionnel, c’est-‐à-‐dire les collègues et<br />
les chefs de services.<br />
18
Cela fait partie des préventions contre le handicap.<br />
Si on ne recrute pas davantage de personnes handicapées, ce n’est pas que les chefs de services<br />
qui se disent : comment tenir les objectifs, mais c’est aussi les collègues qui disent : je vais devoir<br />
compenser la productivité de la personne handicapée.<br />
J’ai dévié sur la sensibilisation.<br />
-‐ Mme Mako : c’est un exemple, mais je vais devoir vous arrêter car il faut laisser un espace de<br />
parole à deux chercheurs qui ont des choses à dire très intéressantes.<br />
Merci à Cédric et Véronique de descendre de scène afin de laisser la place.<br />
-‐ M. Fontana : on expliquera concrètement ce qu’on fait avec les questions.<br />
-‐ Mme Mako : comme ils ont des questions à vous poser, vous pourrez faire des liens avec vos<br />
actions.<br />
-‐ M. Kerbouch' : bonsoir à tous, je vais vous donner une indication sur notre positionnement en<br />
tant que chercheurs et sociologues : on travaille sur l’emploi, le parcours professionnel des sourds<br />
dans un cadre de recherche pour ma part à Centre d’étude de l’emploi et pour Mme Dalle-‐Nazébi<br />
au pôle recherche et évaluation de Websourd.<br />
Dans le terrain de recherche, on se situe au point de rencontre entre les effets de l’action publique<br />
des institutions dont il est question ce soir et de l’autre côté des salariés et des patrons sourds qui<br />
travaillent au quotidien dans des organisations de travail.<br />
Et donc à partir des observations et des entretiens réalisés, et au-‐delà de constater simplement les<br />
limites ou rôle des différentes institutions, ce qui nous parait important, c’est un certain nombre<br />
d’enjeux qu’on peut pointer qui sont de l’ordre de : comment agir collectivement pour que la<br />
situation s’améliore ?<br />
Qu’est-‐ce qu’on a le droit de faire dans ce cadre institutionnel très fort pour trouver des solutions<br />
pérennes ?<br />
Beaucoup d’interlocuteurs et il faut dire en même temps qu’il y a des choses positives qui se font.<br />
Les obligations légales ont un impact positif sur les organisations de travail.<br />
Par exemple, cela peut être de la mise en place de centres relais, mais aussi un élément très<br />
important, c’est que cela permet aux employeurs de découvrir les besoins de leurs propres salariés<br />
et même de découvrir qu’ils ont des salariés sourds parmi leurs employés. En termes d’aides, cela<br />
peut être le financement total des prothèses auditives, mais aussi pour des entreprises de l’aide à<br />
des salariés qui sont aussi des parents d’enfants handicapés.<br />
On a donc des effets positifs qu’il faut souligner car c’est un domaine de l’action publique qui est<br />
critiqué par ailleurs, et en même temps ne pas oublier qu’on est dans un domaine très compliqué<br />
où il y a aussi une multiplicité d’acteurs, d’interlocuteurs à qui il faut savoir parler, qu’il faut<br />
identifier et vu de l’organisation de travail, du terrain, que ce soit une association, un patron du<br />
privé ou du public, tout ceci apparait comme une nébuleuse incompréhensible et en tant que<br />
salarié cela pose problème car les salariés, les patrons sourds, sont dans des organisations<br />
hiérarchisées avec des interlocuteurs dans leur propre organisation, des chefs, des gens qui ont<br />
des missions et il faut qu’ils en tiennent compte, générant des situations plus mitigées que les<br />
premiers éléments positifs qu’on peut relever.<br />
-‐ Mme Mako : pour rebondir sur votre expérience, car ce que vous avez mis en place au ministère<br />
des finances, quand on s’est rencontré, j’ai compris que vous y avez fait un travail remarquable<br />
La difficulté, c’est à l’échelle nationale aujourd’hui dans votre suivi des conventions<br />
Quelle réaction aux propos de Sylvain par rapport aux personnes sourdes ?<br />
19
-‐ M. Fontana : la réponse à cela, c’est que les solutions existent car on les met en œuvre depuis 20<br />
ans et cela fonctionne.<br />
Maintenant, il n’y a plus qu’à, il suffira d’étendre à toutes les fonctions publiques ce qu’on est en<br />
train de faire, et cela prendra du temps.<br />
A Bercy, cela a aussi pris du temps.<br />
Le mieux est d’expliquer ce qu’on fait à Bercy, c’est-‐à-‐dire toutes les administrations financières et<br />
économiques, soit 160 000 personnes.<br />
-‐ Mme Rouissi : effectivement, nous avons décidé il y a vingt ans, en rejoignant l’équipe de Didier<br />
Fontana, de mettre en place des interlocuteurs au niveau local pour les agents.<br />
On a formé des gens qu’on nomme aujourd’hui les correspondant handicap locaux.<br />
Vous avez un correspond handicap en liaison avec le médecin du travail, les inspecteurs hygiène et<br />
sécurité et les ATMO, c’est-‐à-‐dire les agents chargés de la mise en œuvre par rapport l'accessibilité<br />
immobilière, numérique et autres.<br />
Ces personnes formées, cela nous a permis d’avoir au moins sur place un interlocuteur pour les<br />
travailleurs handicapés, notamment pour les personnes sourdes.<br />
Puis, dans les dix écoles nationales de finances publiques (y compris les douanes, impôts et trésor<br />
public), on a mis en place des correspondants handicap, on a mis en place des accessibilités.<br />
On a mis en place des systèmes d’interprétariat à distance via des centres relais, donc les<br />
personnes qui suivent la scolarité d’inspecteurs du trésor ou des douanes peuvent avoir un<br />
interprétariat à distance, mais aussi nous avons mis en place la mise à disposition d’interprètes ou<br />
de codeurs.<br />
Ensuite, sur le terrain, à l’institut de gestion et de développement économique, qu’on appelle<br />
aussi le centre de formation, où tous les agents d’État peuvent aller, on met à disposition des<br />
interprètes pour tout agent sourd.<br />
On s’organise pour avoir des interprètes disponibles.<br />
Nos collègues sourds ont mis en place un groupe des sourds et tous les jeudis matins il y a une<br />
permanence avec des interprètes.<br />
Évidemment, tous ces agents ont des outils informatiques, ordinateur, unité centrale, écran, et<br />
certains n’ont pas d’ordinateurs, alors que c’est nécessaire pour communiquer.<br />
Mais aussi des prises en charge pour l’entretien des appareils.<br />
Ainsi que la prise en charge du reste à charge.<br />
Nos collègues ont la prise en charge et peuvent garder leurs prothèses auditives le soir en rentrant<br />
chez elles<br />
En fait, à partir du moment où on s’y met…<br />
-‐ Mme Mako : comment vous avez fonctionné au début ?<br />
-‐ Mme Rouissi : On avait un fonds de crédits employeurs, soit 7 M€ à l’époque dispatchés au<br />
niveau des administrations de l’État et chacun travaillait avec ses crédits de fonctionnement.<br />
Après est arrivé le FIPHFP qui a pris la relève, mais pour autant on a essayé d’habituer les<br />
employeurs, les directeurs, à prendre en compte dans leurs crédits de fonctionnement les aides<br />
spécifiques.<br />
Cela existe pour les problèmes de dos pour les personnes qui ont besoin d’un siège ergonomiques.<br />
Donc notre service dépend d’un service RH et non pas d’un service social car il est important de<br />
gérer les agents handicapés comme des agents part entière.<br />
-‐ Mme Mako : Sophie, tu vas pouvoir continuer, cela fait un lien car cela relie vos constats.<br />
20
-‐ Mme Dalle-‐Nazébi : on pointe beaucoup de problèmes, mais on souligne quand même que les<br />
financements et les initiatives ont aussi apporté des choses positives.<br />
Pour replonger dans le quotidien des salariés, cela reste complexe vu la diversité des<br />
interlocuteurs et on peut être perdu.<br />
Notre objectif, nous, c’est qu’on ne vous a pas étudiés, on n’est pas non plus porte -‐parole des<br />
personnes sourdes ici, mais on souhaite rait à vous inciter à vous appuyer davantage les uns sur les<br />
autres, c’est-‐à-‐dire à dire aux sourds comment ils peuvent vous aider, mais aussi ce qu’ils peuvent<br />
faire dans des situations bloquées ou complexes où ils peuvent se trouver.<br />
Puisque vous connaissez les interlocuteurs, vous pouvez les aider pour qu’ils informent leurs<br />
propres employeurs sans trop bousculer les règles.<br />
Par exemple, on a parlé de variations régionales, mais même au sein de la douane cela existe.<br />
Pour Adrien, cela se passe bien.<br />
Mais ce qui nous a frappé dans les retours de terrain, c’est que chaque agent doit négocier<br />
l’application de la loi, il doit négocier les conditions de travail acceptables avec son employeur ou<br />
son collègue, il y a toujours ce petit travail de négociation car tout ne se fait pas au moment de<br />
l’embauche et je sais que c’est un critère de l’AGEFIPH, mais mettez-‐vous à la place de quelqu’un<br />
qui se fait recruter, c’est très difficile de dire : attendez, je veux l’alerte incendie avec la lumière,<br />
l’interprète à toutes les réunions.<br />
-‐ Mme Galli : ce n’est pas un problème pour l’AGEFIPH que la problématique intervienne après.<br />
Ce qu’il faut, c’est que le médecin du travail atteste que c’est nécessaire pour l’exercice de la<br />
fonction.<br />
-‐ Mme Dalle-‐Nazébi : j’y viens.<br />
-‐ Mme Mako : y aurait-‐il un hic ?<br />
-‐ Mme Dalle-‐Nazébi : il y a quand même des gens des SAMETH et de l’AGEFIPH qui disent : Ça,<br />
normalement, c’est à l’embauche ou au moment où l’entreprise conventionne avec l’AGEFIPH, ou<br />
bien il faut une aggravation du handicap.<br />
On est d’accord qu’il y a de la négociation possible.<br />
Vraiment, on se retrouve avec des récits de recherche d’interlocuteurs et on retrouve les points de<br />
passage obligés de type médecin du travail, même pour avoir une aide humaine.<br />
Et le handicap, ce n’est pas leur compétence, ils sont davantage dans la prévention et ils sont<br />
incapable d’évaluer les besoins.<br />
On est très vite dans une chaîne d’interlocuteurs car personne n’a la compétence pour tout, donc<br />
ils vont rencontrer le médecin du travail, le SAMETH, il faut impliquer le responsable, prendre<br />
contact avec la MIH (mission insertion handicap) pour savoir s’ils n’ont pas engagé quelque chose<br />
avec l’AGEFIPH ou autres.<br />
Donc un salarié qui n’a pas forcément développer une expertise en administration, doit repérer<br />
tous les interlocuteurs et la relation entre eux afin d’avoir rapidement des conditions de travail<br />
acceptables.<br />
De plus, ce ne sont pas les mêmes interlocuteurs pour des questions de sécurité au travail et<br />
souvent c’est le CHSCT (comité hygiène, sécurité et conditions de travail) pour les grands<br />
entreprises et beaucoup de sourds ne connaissent même pas cet interlocuteur.<br />
Pour la sécurité, ce n’est pas les mêmes interlocuteurs que pour les adaptations de poste et<br />
l'accessibilité sociale, par exemple le téléphone car il y a de subtiles distinctions entre l’usage du<br />
21
centre relais pour appeler un collègue, résoudre un problème de communication, et appeler un<br />
partenaire à l’extérieur en utilisant le téléphone.<br />
Appeler un collègue, c’est financé par le FIPHFP ou l’AGEFIPH, mais l’accès au téléphone, c’est une<br />
histoire de société.<br />
C’est très complexe.<br />
Ce qu’on veut pointer, c’est que c’est très complexe pour un salarié, il doit développer une<br />
expertise administrative.<br />
-‐ M. Schetrit : Par rapport à tout ce qui est le rôle des syndicats, si je suis en situation indélicate,<br />
quel est le rôle des syndicats dans ce cadre ?<br />
Le syndicat peut dans son rôle de protection des travailleurs, demander un financement ?<br />
-‐ Mme Dalle-‐Nazébi : je n’ai pas la réponse, mais c’est une bonne question.<br />
-‐ Mme Mako : encore faut-‐il que les sourds se syndicalisent.<br />
Très peu de sourds sont syndiqués d’après notre expérience.<br />
-‐ Mme Dalle-‐Nazébi : cela dépend des entreprises.<br />
Il y a un syndicat qui est très mobilisé, peut-‐être qu’il y aurait matière à créer un syndicat de<br />
sourds.<br />
Après, les syndicats nous expliquent que c’est la défense par rapport au droit du travail.<br />
Ce sont des questions qui ont commencé à être soulevées et on souhaite insister sur le fait que<br />
face à la diversité des interlocuteurs et le sentiment d’urgence pour les salariés, voilà, où je mets<br />
mon énergie ?<br />
Car certains abandonnent, c’est sûr.<br />
On voulait souligner le fait qu’y des salariés sourds qui seront maladroits sans le savoir en prenant<br />
des initiatives alors que la MIH avait des solutions.<br />
Ils vont bouger ciel et terre pour impliquer des personnes de l’extérieur sans attendre la<br />
convention avec l’AGEFIPH et on va penser de lui qu’il ne respecte pas les conditions de travail<br />
alors qu’il recherche une solution rapide.<br />
La personne cherche juste des conditions de travail normal sans savoir comment s’y prendre.<br />
On s’est aussi interrogé sur le nombre important de recours quand même à l’aménagement du<br />
poste de travail.<br />
Et je ne vous apprends rien en disant que l’adaptation de poste, c’est pensé comme étant une<br />
intervention ponctuelle visant à répondre de manière durable aux problèmes, donc une<br />
adaptation pensée en des termes essentiellement techniques de manière individuelle, voire très<br />
localisée sur le site de travail de la personne et basée sur l’idée qu’il y aurait inadaptation entre le<br />
salarié et l’organisation.<br />
Or, en récoltant des témoignages de sourds, on se rend compte qu’en général ce sont des besoins<br />
continus et répétitifs, typiquement un interprète, et on ne peut pas acheter un interprète, donc<br />
pour les interventions humaines, l'accessibilité à des réseaux de communication, donc l’accès aux<br />
réunions, au téléphone, aux alertes incendie, mais cela concerne aussi des dispositifs qui sont<br />
intéressants pour les personnes et pour les entreprises comme MSN car c’est très interactif, on<br />
peut écrire de manière vite, cela permet de contacter à distance.<br />
L’explicitation des procédures de l’entreprise ou de l’administration qui serait utile pour tout le<br />
monde.<br />
Et puis que l’adaptation du poste ne concerne pas que les salariés, mais penser aux entrepreneurs<br />
sourds qui ont besoin de communiquer avec d’autres acteurs.<br />
Je souhaitais poser quatre questions.<br />
22
-‐ M. Schetrit : tout d’abord, au niveau de l’analyse, c’est dans une entreprise d’entendants où des<br />
personnes sourdes sont intégrées, mais est-‐ce qu’il est possible d’expliquer une entreprise gérée<br />
par des sourds ?<br />
Est-‐ce que c’est plus facile ou pas ?<br />
Est-‐ce que les sourds ont d’autres demandes ou pas ?<br />
-‐ Mme Dalle-‐Nazébi : c’est pour cela que je souligne la question du patron.<br />
Le quotidien d’une entreprise où on signe, ce n’est pas le quotidien d’une entreprise qui a une<br />
personne sourde isolée.<br />
Ce qui nous intéresse, c’est la situation des auto-‐entrepreneurs sourds qui ont des besoins<br />
d’adaptation de poste qui sont mal compris par les organismes financeurs car il n’y a pas<br />
d’employeurs au-‐dessus, que la sensibilisation se fait auprès de leurs clients et de leurs<br />
fournisseurs et qu’ils ont besoin d’interprètes dans leur vie professionnelle.<br />
Il y a de réelles problématiques de travail sur la question des patrons et auto-‐entrepreneurs<br />
sourds car de plus en plus font ce choix de créer leur entreprise.<br />
-‐ Mme Mako : on va être obligé de faire un choix de laisser… Pose tes questions, Sophie.<br />
-‐ Mme Dalle-‐Nazébi : en fait, on aimerait qu’on n’en reste pas à la description des conditions de<br />
travail, qu’on a des limites, c’est très important de comprendre la situation des uns et des autres, il<br />
ne faut pas oublier que demain on est tous au boulot et ce que vous attendez des travailleurs<br />
sourds et des association, de quoi vous avez besoin pour avoir de meilleures conditions de travail<br />
et inversement ce que vous connaissez à des salariés sourds de faire s’ils ont une convention<br />
AGEFIPH, qu’ils ne peuvent plus solliciter le SAMETH, comment ils font ?<br />
Quel type de stratégie vous conseilleriez aux salariés sans froisser l’employeur, sans faire la<br />
révolution ?<br />
Y a-‐t-‐il pas aussi d’autres interlocuteurs, et je renvoie au débat sur la langue des signes, à solliciter<br />
sur les questions de la diversité linguistique dans l’entreprise ?<br />
-‐ Mme Rouissi : pour la gestion de la langue des signes en entreprise, au ministère des finances, on<br />
a des formations à d’autres langues dont la langue des signes, sur quatre niveaux, où tous les<br />
agents peuvent s’inscrire.<br />
Ensuite, on fait des propositions aux agents avec par exemple tout un système de sécurité au<br />
ministère et d’hôtesses d’accueil.<br />
Des personnes ont souhaité suivre des formations en LSF pour ces personnes et on a pris en<br />
charge.<br />
J’en reviens à notre institution, cela n’engage que moi, les agents ont des interlocuteurs qui font<br />
remonter les besoins et en haut on est censé intervenir.<br />
Ensuite, si cela ne monte pas jusqu'en haut, je n’y peut rien, mais au ministère des finances il y a<br />
des interlocuteurs.<br />
Des plaquettes d’informations existent, on a un magazine mensuel qui s’appelle Échanges, on a un<br />
site intranet depuis longtemps, mais en tout cas on est disponible.<br />
-‐ Mme Galli : je voulais réagir sur deux mots prononcés : syndicats de sourds.<br />
-‐ M. Schetrit : c’est la dernière intervention avant le débat.<br />
-‐ Mme Galli : je voulais réagir à cela car c’est la dernière des choses à faire.<br />
23
Dans notre pays, il y a des lois, des moyens de se défendre et ce serait très dommage que les<br />
syndicats se dessaisissent des questions de handicap et que les CHSCT se dessaisissent des<br />
questions de sécurité.<br />
En plus, c’est marginalisé la déficience, notamment auditive, la mettre de côté comme étant<br />
forcément défendue par des gens experts, spécialistes, et sourds.<br />
C’est la dernière des choses à faire.<br />
-‐ M. Fontana : c’est un avis tout à fait partagé. C’est un communautarisme *.<br />
-‐ Mme Mako : on va laisser la parole au public car il nous reste peut de temps.<br />
-‐ Mme Dalle-‐Nazébi : il faudrait que les expériences positives soient copiées par d’autre services et<br />
dans le secteur public, c’est là que c’est le plus difficile de trouver un interlocuteur, en dehors<br />
peut-‐être de Bercy.<br />
-‐ Mme Mako : à l'Éducation nationale par exemple !<br />
-‐ Mme Rouissi : on le sait car on sait qu’il y a des personnes sourdes, quand on fait les salons,<br />
notamment Autonomic, les personnes sourdes qui travail lent dans d’autres administrations<br />
viennent nous voir pour nous dire qu’elles ne comprennent pas que cela ne passe pas pareil<br />
ailleurs.<br />
-‐ Mme Mako : on donne la parole au public.<br />
-‐ Mathias : Bonjour, ce débat était très intéressant, cela a permis d’expliciter certains problèmes.<br />
Mon point de vue, en tant qu’usager, c’est que j’ai des demandes auprès de la MDPH, de<br />
l’AGEFIPH, mais l’objectif est d’avoir une aide financière.<br />
Je vais essayer de retourner un peu en arrière, d’être davantage clair dans mon expression : par<br />
exemple, j’ai besoin d’aide, je sais que pour l’AGEFIPH c’est davantage pour l’entreprise, il y a un<br />
tas d’aides proposées, et ceci pour toutes les formes de handicaps.<br />
Mais par rapport à cela, je prends du recul, mais le handicap, par exemple cela peut être une<br />
personne à qui il manque une phalange, qui ne peut pas marcher, qui utilise des cannes, un<br />
aveugle, un sourd, peu importe et le plafond est donc de 9150 € et il est identique pour toutes ces<br />
personnes.<br />
En matière d’autonomie, ce n’est pas forcément la même chose pour tous les handicaps.<br />
La personne, à qui il manque une phalange, rencontre moins de souci que quelqu’un en fauteuil<br />
roulant qui aura davantage de matériel à payer.<br />
Après, il y a des handicaps très complets, des personnes totalement paralysées, allongées et qui<br />
ont besoin d’une tierce personne, et je me dis que le plafond es identique pour tous ces degrés de<br />
handicap, donc cela m’interpelle.<br />
En ce qui concerne les sourds, elle marche, elle est autonome, mais on oublie que ce n’est pas un<br />
handicap physique, c’est davantage un handicap social, c’est-‐à-‐dire que les besoins que nous<br />
avons sont un besoin d’aide permanent, voire 24 heures/24 car on a besoin d'accessibilité,<br />
d’interprètes, de communication à distance.<br />
L’AGEFIPH s’occupe de l’entreprise.<br />
Je vais donner un exemple : pour les interprètes, c’est 9 000 €, le montant indiqué.<br />
Si la réunion à laquelle je dois me rendre dure 6 heures, si on calcule budget, c’est 24 000 €.<br />
Il y a la solution du centre relais, c’est-‐à-‐dire qu’on se place devant un écran et il y a s’il y a dix<br />
personnes dans la réunion, il y a besoin de deux interprètes, etc., et la solution, c’est quoi ?<br />
24
Je ne peux pas participer à la réunion ?<br />
Ou bien je m’amuse, je m’endors ?<br />
Je ne peux pas continuer ainsi si ce n’est pas accessible.<br />
La prise en charge n’est pas adaptée.<br />
Je ne dis que la surdité est un handicap plus cher qu’un autre, mais peut-‐être qu’il faudrait un<br />
fonctionnement différent.<br />
Par rapport à la MDPH, il y a la PCH, que je touche, 350 €/mois à peu près.<br />
Le mois dernier, j’ai eu l'assemblée générale de copropriétaires, j’ai payé 400 €, c’est peut-‐être un<br />
peu cher par rapport aux 350 €, j’ai mis de ma poche en plus, ce n’est pas grave, mais est-‐ce que<br />
c’est normal que ce soit tout le monde la personne sourde qui doive payer pour comprendre ce<br />
qui se passe autour d’elle et communiquer.<br />
En fait, les structures devraient trouver les moyens pour qu’on se trouve de façon égalitaire.<br />
Je dis bravo à Mme Rouissi car les choses avancent à Bercy.<br />
J’aimerais que mon entreprise prenne modèle sur ce qui se passe là-‐bas.<br />
Il faudrait une obligation de fait partout.<br />
-‐ Mme Mako : merci, beaucoup d’autres personnes veulent s’exprimer.<br />
-‐ Mme Galli : je vais être très brève : je suis d’accord que les financements de l’AGEFIPH sont<br />
insuffisants, mais ils ne sont pas à hauteur de 9 150 € quelle que soit la déficience, ils sont calculés<br />
en fonction des coûts du matériel ou des besoins d’aides humaines et d’autre part en fonction des<br />
possibilités de financement de l’AGEFIPH.<br />
C’est ma réponse à cette question.<br />
-‐ Timothée : En ce qui concerne la vie professionnelle, la vie sociale, le scolaire, j’ai l’impression<br />
que les études ne faisaient pas partie de nos études.<br />
Je suis infirmier, j’ai fais venir des interprètes pendant mes cours.<br />
J’ai demandé à mon école précisant le gros volume d’heure d’interprétariat à la MDPH, qui m’a<br />
répondu PCH et 300 € et on m’a dit de contacté le FIPHFP.<br />
J’ai donc laissé tomber et je me suis retrouver sans interprète.<br />
Après, j’ai trouvé une stratégie avec la PCH : j’ai capitalisé, j’ai réussi à avoir 5 000 € et j’ai pu payer<br />
les interprètes.<br />
Je me retrouve à payer, et quand on fait les papiers, on envoie, mais les délais de réponse sont<br />
très longs.<br />
J’ai demandé au CPCAS d’intervenir, ils ont téléphoné pour moi au FIPHFP, on m’a dit : ce n’est pas<br />
possible, ce n’est qu’un étudiant, il touche un salaire quand il est en stage.<br />
On m’a donné un autre numéro, etc., et, le ministère de la santé et à chaque fois c’était : ce n’est<br />
pas moi, c’est les autres.<br />
Il faut demander à qui ?<br />
-‐ Mme Dubarry : à l'Éducation nationale.<br />
-‐ J’ai fini par avoir <strong>12</strong> numéros sur une liste et j’ai laissé tomber et comment j’ai trouvé de<br />
l’argent ?<br />
J’ai été à la banque et j’ai demandé un prêt pour financer mes interprètes pendant deux ans.<br />
Donc il y a aussi mes parents qui se sont engagés solidairement avec moi et désormais je suis<br />
professionnel, mais j’ai un crédit sur le dos pour avoir assuré l'accessibilité de mes études.<br />
Je comprends l’AGEFIPH qui ne s’occupe pas des étudiants, je comprends le FIPHFP qui est un peu<br />
fonction publique, ce n’est pas l’AP-‐HP, donc on fait quoi ?<br />
25
C’est quand même un peu fort, je j’ai quand même fini à ma banque.<br />
J’ai ce crédit sur le dos et j’y suis tenu pour avoir assuré l'accessibilité de mon école.<br />
-‐ M. Fontana : juste une petite réponse : que ce soit l’AGEFIPH ou le FIPHFP, on est dans le cadre<br />
d’organismes d’insertion professionnelle.<br />
La MDPH, c’est également en dehors du dispositif qui vient d’être mis en cause qui est l’accès à<br />
l’enseignement et à l’éducation pour tous.<br />
C’est un problème Éducation nationale qui se doit d’avoir les moyens de donner à ses étudiants.<br />
-‐ J’ai une réponse !<br />
Je ne suis pas d’accord.<br />
Pourquoi ?<br />
Car le choix de l’école d’infirmiers, c’est une école privée, donc il n’y avait rien à l’université, rien<br />
nulle part.<br />
Le ministère de la santé, tout m’a été refusé.<br />
On me disait : ce n’est pas moi, donc c’était à moi.<br />
On me disait : vous avez l'accessibilité à l’université.<br />
J’y suis allé, je ne savais pas trop quoi faire.<br />
Je voulais être infirmier dans une école privée.<br />
C’est trop facile comme réponse.<br />
-‐ Mme Dubarry : La question, ce n’est pas privée ou publique, la question, c’est qu’à un moment<br />
donné chacun doit prendre ses responsabilités, nous sommes ici présents tous totalement<br />
d’accord avec vous.<br />
Effectivement, la MDPH ne paie pas les écoles.<br />
En revanche, en tant qu’adjointe au maire de Paris, je suis élue d’une ville et Paris étant Paris, je<br />
suis élue d’un département.<br />
Dès lors que les écoles primaires et les collèges sont concernés par la mise en accessibilité<br />
physique, y compris pour tous les types de handicaps, c’est la ville et le département qui paient.<br />
Pour les études supérieures, c’est la Région.<br />
Au titre des écoles, c’est le ministère des finances, par exemple, pour l’école des mines.<br />
Donc votre école, c’est une convention avec l'Éducation nationale ou le ministère de la santé et<br />
donc la responsabilité de ces organismes est de rendre les écoles accessibles.<br />
Je le sais en tant que présidente de la MDPH de paris, on voit parfois arriver des demandes, y<br />
compris des demandes d’établissements qui nous disent : voilà, lui ou elle, il est étudiant, etc.,<br />
payez-‐lui le matériel ou l’aide dont il a besoin en termes de compensation.<br />
Et nous, on dit : non, c’est vous qui devez le faire, c’est la loi.<br />
Et je vous assure, monsieur, je vous ai écouté et je me suis dit : c’est dégueulasse, vous avez dû<br />
vous passer de la PCH et de tout mettre dans cette école et je suis furieuse.<br />
J’espère que ce n’est pas à Paris.<br />
Ou alors je veux savoir le nom de l’école.<br />
Et puis il y a un autre dispositif qui peut être aussi un recours, c’est la HALDE.<br />
Je crois qu’à un moment donné, quand on a épuisé…<br />
Je n’ai pas fini ma phrase.<br />
Lorsqu’on a épuisé la négociation, la discussion, les recours aux différents organismes, je crois qu’à<br />
un moment donné c’est de la discrimination pure et simple et qu’il faut avoir recours à la HALDE.<br />
-‐ Mme Mako : le problème, c’est qu’il faut avoir toujours recours à quelque chose.<br />
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-‐ Mme Dubarry : là, ce n’est pas admissible.<br />
-‐ Mme Mako : Timothée, tu pourrais revenir après.<br />
Merci de faire plus court.<br />
-‐ Magali : Je vais résumer. Donc le FIPHFP, je travaille dans une entreprise publique depuis deux<br />
ans, je réclame pour l'accessibilité car il n’y a pas de mission handicap.<br />
Il y a une personne responsable de tous les dossiers par rapport au handicap, et cela prend du<br />
temps, on me répond que c’est difficile, qu’il n’y a pas assez de financement et je n’ai pas compris<br />
car j’y ai droit.<br />
Ce n’est pas très clair en fait.<br />
La personne s’occupe mal des dossiers ?<br />
Ou vous n’avez pas assez de sous ?<br />
-‐ M. Fontana : je vais répondre brièvement : je suppose que cette demoiselle n’est pas dans un<br />
ministère.<br />
-‐ Je suis à l’agence du médicament.<br />
-‐ M. Fontana : peu importe, la situation est très diverse, donc il faut croire que la situation dans<br />
son organisme n’est pas bien gérée.<br />
Je voudrais apporter un élément d’optimiste, c’est que depuis octobre dernier la loi dite Paul Blanc<br />
a permis aux personnes dans la fonction publique de saisir directement le FIPHFP.<br />
Jusqu’à présent, l’AGEFIPH pouvaient être saisie par les personnes individuellement, mais pour le<br />
FIPHFP, cela ne pouvait venir que de l’employeur.<br />
Le décret d’application n’est pas sorti, cela peut prendre du temps, mais à terme les agents du<br />
public pourront saisir eux-‐mêmes directement le FIPHFP et quand on aura les moyens de répondre<br />
à tout le monde, vous serez satisfaite sans aucun souci.<br />
-‐ Mme Mako : un décret, parfois, cela ne sort pas.<br />
-‐ M. Fontana : oui, mais je voulais préciser ce point.<br />
-‐ Mme Rouissi : évidemment, on s’est rendu compte de ce type de problème et évidemment c’est<br />
pour cela que cela a été étudié pour que les personnes comme vous puissent intervenir pour elles-‐<br />
mêmes.<br />
-‐ Mme Mako : une autre question ou témoignage ?<br />
-‐ bonjour à tous, je travaille dans une entreprise à la Défense.<br />
Il n’y a pas longtemps, on a déménagé dans une tour, First, et je voulais demander à l’AGEFIPH …<br />
Je me souviens que l’AGEFIPH est venue visiter les lieux pour la sécurité, pour les flashes lumineux<br />
pour les personnes sourdes, il y a une convention qui a été signée pour les lumières, pour les<br />
vibreurs, ça a été accepté.<br />
Mais en déménageant dans la tour First, il n’y a rien qui a été fait pour les sourds au niveau<br />
sécurité, ni pour les aveugles.<br />
Peut-‐on vous appeler pour venir faire un contrôle sur site ?<br />
-‐ Mme Galli : vous avez le droit d’appeler l’AGEFIPH en tant que salariée, oui.<br />
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Par contre, sur cette question, ma réponse sera non car tout ce qui relève de la sécurité dans<br />
l’entreprise, des conditions de sécurité ou de l'accessibilité des locaux ne relève pas des<br />
financements de l’AGEFIPH, c’est une obligation de l’employeur.<br />
-‐ C’est le SAMETH ?<br />
-‐ Non, c’est le service qui peut vous aider à faire les demandes à l’AGEFIPH.<br />
La définition des conditions de sécurité, c’est l’employeur qui doit financer l’étude nécessaire et<br />
donc vous vous adressez à la DRH.<br />
Si La DRH ne répond pas, elle sera hors la loi.<br />
Tous les salariés sont concernés par la sécurité.<br />
Je vous conseille d’aller voir la DRH et après vous allez voir les syndicats, les délégués du personnel<br />
ou le CHSCT si la DRH refuse la négociation.<br />
-‐ M. Schetrit : et l’AGEFIPH finance l’interprète pour le syndicat ?<br />
-‐ Mme Galli : non, nous avons décidé de ne pas intervenir dans les conflits entre salariés et<br />
employeurs.<br />
-‐ bonsoir à tous.<br />
-‐ Mme Mako : j’étais en train de terminer ma phrase : normalement, il y avait un pot après, et à 22<br />
heures on doit partir.<br />
On va privilégier vos témoignages plutôt que le pot, donc il n’y en aura peut-‐être pas.<br />
A toi.<br />
-‐ Je commence: bonsoir à tous, je suis Jonathan, cela fait 4 ou 5 ans, j’avais rédigé un cv, je<br />
l’apporte lors d’un entretien, on discute et on me demande la RQTH.<br />
Cela m’a un peu interrogé, je ne connaissais pas trop le système et encore ailleurs je fais un autre<br />
entretien et on me demande ma RQTH.<br />
Pourquoi on me demande ça ?<br />
Par exemple, vous êtes entendant, vous avez un accident, vous êtes en fauteuil roulant, c’est vrai<br />
qu’on devient handicapé, pourquoi la loi demande toujours des papiers sans arrêt, c’est très<br />
français.<br />
Pourquoi on me demande tout le temps ce papier ?<br />
-‐ Mme Rouissi : tout d’abord, dans les administrations, vous avez deux possibilités : la voie de<br />
concours pour pouvoir bénéficier de dispositions d’aides techniques pour vous permettre de<br />
passer votre concours dans les meilleures conditions et vous devez signaler que vous êtes sourd et<br />
que vous êtes bénéficiaire d’une RQTH.<br />
Une autre manière, c’est la loi de 95 pour la fonction publique d’État qui est une voie dérogatoire<br />
permettant à une personne handicapée de ne pas passer le concours, mais de suivre une<br />
formation et qui vous permet de devenir travail leur fonctionnaire au bout d’un an.<br />
C’est pour cela que nous, par exemple, les institutions d’État, territoriale ou hospitalière, on<br />
réclame ce document afin de vous faire bénéficier d’aides techniques ou de voie dérogatoire.<br />
-‐ Mme Dubarry : Sinon, on se retrouverait dans la situation décrite tout à l’heure par le premier<br />
intervenant.<br />
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Quelqu’un qui a une phalange cassée, lorsqu’on regardera son dossier, il n’aura pas de RQTH pour<br />
une phalange cassée.<br />
Et donc, en revanche, quelqu’un qui deviendra handicapé, oui, on lui donnera une RQTH, c’est<br />
aussi un moyen de vérification pour ces deux organismes, pour l’AGEFIPH et le FIPHFP, cela fait<br />
trois ans, je n’arrive jamais à dire FIPHFP en entier, je dis FIF, a chaque fois on pourrait dire : si, si,<br />
regardez, j’ai atteint mes 6 %.<br />
Mais comment le prouver ?<br />
Là, on a l’assurance que c’est d’abord passé par la MDPH, que c’est fait d’après des grilles<br />
d’évaluation et que le mec qui s’est cassé la phalange, il n’aura pas la RQTH et que celui qui a une<br />
vague scoliose, non, il n’aura pas la RQTH.<br />
Et donc l’argent, à un moment donné, du FIPHFP, de l’AGEFIPH, sera quand même dépensé à bon<br />
escient et pas pour n’importe qui.<br />
-‐ Jonathan : beaucoup de sourds sont victimes des inégalités entre départements.<br />
On voudrait savoir ce qui a été décidé au niveau de la loi et avoir une uniformisation de ce qui se<br />
dit.<br />
Sinon, chaque commission fait à sa sauce.<br />
On espère une uniformisation.<br />
Certains doivent donner des justificatifs, dans d’autres non.<br />
C’est flou et c’est dommage.<br />
Les sourds sont victimes de cela.<br />
-‐ Mme Dubarry : Pour la MDPH, je vais répondre.<br />
En fait, vous avez parlé tout à l’heure de la loi Blanc, je vais revenir dessus car ses dispositions<br />
concernaient uniquement les MDPH<br />
Et l’un des trucs qui à mon avis est l’un des dispositifs les plus importants, même si on n’a pas le<br />
décret non plus, c’est justement de faire que les MDPH signent des conventions d’objectifs et de<br />
moyens sur plusieurs années entre l’État, la MDPH et le département.<br />
Cela permettrait d’avoir un modèle.<br />
Le décret n’est pas paru, je n’en sais rien.<br />
Ceci dit, quand même, pour vous dire, on essaie d’être un peu intelligent, et donc on a commencé<br />
à travailler là-‐dessus avec l’association des directeurs des MDPH, j’ai fait un colloque à la mairie du<br />
10 e là-‐dessus en novembre pour commencer à réfléchir sur cette convention d’objectifs et de<br />
moyens.<br />
C’est-‐à-‐dire commencer à dire que ce modèle national pourrait répondre aux inégalités.<br />
Mais soyons clairs et honnêtes, les départements sont fauchés comme les blés, ont de moins en<br />
moins d’argent et certains sont plus fauchés que d’autres. Certains sont même quasi en faillite.<br />
Et le risque, c’est que ce soit ceux en faillite qui disent : oui, mais nous on ne peut plus faire ça,<br />
donc les départements ne doivent plus le faire non plus.<br />
C’est une façon de faire des économies.<br />
-‐ Jonathan : le plus simple serait de mettre un pot commun et que ce soit redistribué en fonction<br />
des besoins des départements.<br />
Comme c’est actuellement, ce n’est pas possible.<br />
-‐ Mme Dubarry : revenir au centralisme, non.<br />
-‐ Mme Mako : il nous reste cinq minutes.<br />
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-‐ Bonsoir, je suis Mamadou, je travaille dans un restaurant, au KFC, depuis deux ans.<br />
Et mon patron me fait faire des choses basiques, sans responsabilité et je me suis cassé le bras.<br />
J’ai demandé de l’aide et il a quasiment laissé tomber, il n’en avait rien à faire.<br />
Du coup, je suis allé demander de l’aide à côté, j’ai dit : comment je peux faire ?<br />
On a appelé les pompiers, et puis après il a fallu que je porte plainte, mais comment trouver un<br />
interprète ?<br />
C’était une situation d’urgence.<br />
Qu’est-‐ce que je fais dans ce cas-‐là.<br />
En plus, je ne pouvais pas signer car j’avais le bras dans le plâtre, c’est difficile, en fait, comment<br />
faire ?<br />
La MDPH, cela sert à quoi ?<br />
Elle ne peut pas payer un interprète quand on en a besoin ?<br />
En plus, c’est différent selon la MDPH, on ne sait pas trop vis-‐à-‐vis de l’urgence, mais les<br />
interprètes, c’est différent.<br />
Qu’est-‐ce qu’on fait avec l’argent qu’on nous donne ?<br />
Il faudrait que ce soit plus facile au niveau des démarches.<br />
J’ai été un peu rapide.<br />
-‐ Mme Mako : je transmets, regarde la réponse.<br />
Je vais te répondre.<br />
C’est simplement qu’il y a la permanence juridique à la mairie du 9 e et quand il y a des<br />
problématiques de ce type.<br />
Elle est là pour vous accompagner et trouver une solution.<br />
Permanence juridique en LSF.<br />
Une dernière intervention.<br />
-‐ Mamadou : Je suis déjà allé à la permanence juridique. J’ai essayé de communiquer, mais cela ne<br />
passait pas, c’était trop long, je suis parti.<br />
En fait, je suis allé à la mairie pour expliquer que j’avais un problème et que du coup c’était<br />
vraiment compliqué.<br />
-‐ A quelle mairie ?<br />
-‐ M. Schetrit : non, ce n’est pas la mairie du 9 e , il y a une permanence juridique où il y a<br />
l’interprète.<br />
C’est une femme sourde qui explique.<br />
-‐ Mamadou : j’ai été convoqué, j’ai eu un interprète.<br />
Franchement, l'accessibilité, cela a été voté, mais après, dans ces situations, c’est grave, c’est<br />
dramatique.<br />
Sourd, c’est la cata.<br />
-‐ Bonsoir à tous, j’ai eu effectivement plusieurs situations de sourds en souffrance qui sont<br />
embauchés dans des entreprises et c’est difficile.<br />
En général, quand il y a une embauche, derrière il y a des financements, sauf que les sourds,<br />
parfois, font des études, vont à l’université, par exemple des études d’ingénieurs, ils sont<br />
réellement motivés après le bac, niveau BTS.<br />
Sur le cv, les gens se disent : c’est bon, on va l’embaucher.<br />
Et l’AGEFIPH va financer.<br />
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Quand l’AGEFIPH finance, après finalement le patron dépasse les limites et les sourds n’arrivent<br />
jamais à avoir de promotion.<br />
Donc il faudrait des inspecteurs pour contrôler les fonds donnés car souvent les sourds sont dans<br />
des postes subalternes, donc il faut quelqu’un pour surveiller ce qui se passe.<br />
Certains sourds sont très intelligents et sont souvent mis au placard, ça les déprime.<br />
Et les entendants ont des promotions, mais pas les sourds. C’est grave comme situation.<br />
-‐ Mme Galli : pour répondre, il y a des gens malhonnêtes comme dans toutes les catégories. On<br />
contrôle une partie des actions, on n’est pas en moyens de tout contrôler et il y a des choses qui<br />
nous échappent.<br />
Si un salarié à connaissance d’une aide non utilisée pour ce pour quoi elle est prévue, il faut<br />
absolument en informer l’AGEFIPH.<br />
-‐ il y a la preuve sur le cv, pourquoi il n’y a pas d’inspecteurs chez l’AGEFIPH pour cela ?<br />
-‐ Mme Galli : il y a un service contrôle, mais on ne peut pas tout contrôler.<br />
-‐ M. Schetrit : la victime peut envoyer à l’AGEFIPH un courrier de réclamation.<br />
Ils ne peuvent pas contrôler partout s’il y a 350 agents au sein de l’AGEFIPH.<br />
Ils ne peuvent pas tout contrôler, il faut envoyer un courrier de réclamation.<br />
-‐ Mme Galli : et parfois on récupère l’argent d’employeurs qui n’ont pas réalisé l’action financée.<br />
-‐ C’est ça que je veux.<br />
-‐ M. Schetrit : on va s’arrêter.<br />
-‐ Mme Mako : le débat est terminé, il faudra en faire un autre qui aborderait encore avec vous,<br />
organismes, d’autres approches, ce serait intéressant.<br />
Merci beaucoup d’être venus.<br />
Juste pour vous dire que le prochain débat aura lieu dans la mairie du 14 e sur le sexisme dans le<br />
travail, avec une association militante sur les violences faites aux femmes.<br />
Mairie du 14 e à 19 heures.<br />
Merci à Véronique Dubarry, merci à Sophie et Sylvain, merci aux interprètes et à la vélotypiste,<br />
Réjane.<br />
Merci à la Ville de nous avoir permis d’avoir la vélotypie pour la première fois ce soir.<br />
Au revoir et à bientôt.<br />
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