JML 1997 Geopolitique La puissance visionnare du serviteur de la ...

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JML 1997 Geopolitique La puissance visionnare du serviteur de la ...

,

LA PAPAUTE

pouvoir temporel... pouvoir spirituel

:


REVUE DE L'INSTITUT INTERNATIONAL DE GÉOPOLITIQUE ÉTÉ 1997

M 1453·58·50.00 F . RD

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SOMMAIRE

,

Eté 1997 - Numéro 58

LA PAPAUTÉ : POUVOIR TEMPOREL, POUVOIR SPIRITUEL

2

Cardinal Jean-Marie Lustiger

LA PUISSANCE VISIONNAIRE

DU SERVITEUR DE LA VÉRITÉ

8

Pierre Béhar

POUR UNE GEOPOLITIQUE

DE LA PAPAUTÉ

21

Père Pierre Blet

L'EVOLUTION DES RELATIONS ENTRE

LE SAINT-SIEGE ET LES NATIONS

29

Joël-Benoît d'Onorio

LE PAPE, LE SAINT-SIEGE

ET LE VATICAN

35

François-Guilhem Bertrand

DES CONSTITUTIONS EN GENERAL

ET DE LA CONSTITUTION

DU SAINT-SIEGE EN PARTICULIER. ..

40

Cardinal Paul Poupard

RELIGION, CULTURES ET FOI

46

Cardinal Joseph Ratzinger

LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX

ET LA RELATION JUDEO-CHRETIENNE

54

Pierre Chaunu

ROME CATHOLIQUE

... ET ŒCUMENIQUE

59

André Birmelé

CONSENSUS ET DIVERGENCES

ENTRE ROME ET LE PROTESTANTISME

+..•

65

Père Jean Dujardin

L'EGLISE CATHOLIQUE,

LE SAINT-SIEGE ET LES JUIFS

72

Annie Laurent

LE PARI DU SAINT-SIEGE

SUR UN DIALOGUE AVEC L'ISLAM

76

Père Georges Cortier

L'ESSENTIELLE NOTION

DE PERSONNE HUMAINE

ENTRETIEN

84

Jean Foyer

EGLISE, ETAT... ET POLITIQUE

89

Marcel Merle

LA PAPAUTÉ D'AUJOURD'HUI

FACE A L'ETAT ET A LA NATION

94

Mgr Roland Minnerath

LES PAPES

ET LA CONSTRUCTION

EUROPEENNE

99

Gérard Leclerc

JEAN·PAUL II

ET LA FILLE AINEE DE L'EGLISE

103

François Joyaux

UN DEMI-SIECLE

D'INCOMPREHENSION

ENTRE ROME ET PEKIN

109

DOSSIER

Numéro présenté avec jaquette. Crédits photos page 114. Abonnements en fin de magazine.

Les pages numérotées en chiffres romains sont des pages d'annonces publicitaires.


Cardinal Jean-Marie Lustiger

Archevêque de Paris

La puissance visionnaire

du serviteur de la Vérité

(

La Vérité fera de vous des hommes libres ».

'/ Cette phrase de Jésus rapportée par saint

~ Jean (8, 32) peut-elle être une norme de

l'action politique?

Si elle signifie que la pensée ou l'esprit finissent

toujours par prévaloir sur la violence, elle est bien

naïve. Car les idées peuvent se dévoyer en idéologies

aussi ruineuses que trompeuses, lorsqu'elles revendiquent

un pouvoir total et tyrannique au nom de l'illusion

d'un savoir absolu. Ponce Pilate, haut fonctionnaire

romain, habitué au gouvernement des hommes,

réplique à Jésus:

18,38).

« Qu'est-ce que la vérité? » (Jean

La stratégie mondiale de l'Eglise, celle des Papes,

aujourd'hui de Jean-Paul II, ne reçoit de la foi aucune

infaillibilité en matière de politique. Mais, pour le

moins, elle interdit de considérer l'homme, dont le sort

est l'enjeu des mutations qui affectent les sociétés et les

civilisations, comme un matériau soumis à d'aveugles

déterminismes ou comme un jouet dont on peut disposer

au gré de ses ambitions ou de ses fantaisies. Cela

seul ferait de l'Eglise, dans la mesure où son action est

cohérente avec le message dont elle témoigne, un partenaire

impossible, et pourtant inévitable - mieux: nécessaire

- pour les autres pouvoirs.

Essayons d'en comprendre

Jean-Paul II dans son histoire.

les motifs en observant

GÉOPOLITIQUE N° 58 --------

Dans toute circonstance, la foi qui anime son

action l'oblige à embrasser l'espace de l'univers,

et aussi le temps : non seulement la très longue

durée, inaccessible aux prévisionnistes et aux futurologues,

mais le temps humain structuré par Dieu,

l'Eternel, le Créateur et le Rédempteur des hommes.

Pour reconnaître l'ampleur de cette perspective, il

ne suffit pas de constater l'expansion de l'Eglise dans le

monde entier et sa longévité bientôt bimillénaire, qui a

inspiré ce dicton anglais que « l'Eglise est une enclume

sur laquelle se sont usés beaucoup de marteaux ». Car

la fidélité au Christ implique une conception « historique

» du cheminement de l'humanité.

C'est en effet la Bible qui a donné naissance à la

notion d'histoire, en orientant le temps de l'humanité,

comme Oscar Cullmann le notait. Là où les civilisations

accumulent chroniques et généalogies, constituent des

archives, la foi sait qu'un mystère se dévoile entre

Promesse et Alliance, prophétie et accomplissement,

pour le salut de l'humanité en Dieu.

La pensée et l'action chrétienne - et au premier chef

celles du Pape -, inscrites entre la Création et la Parousie,

entre le commencement de toutes choses et leur achèvement

avec le retour du Christ dans la gloire, sont structurellement

de nature historique, fondées sur la mémoire,

tournées vers l'avenir, armées pour affronter les péripéties

du présent.

3


4

Cette perspective différencie radicalement

de toute autre société humaine la

communauté structurée que forme le

Peuple de Dieu à travers le monde et le

temps de l'histoire, avec deux conséquences

pour la papauté.

Quelles que soient les tragédies qui

secouent l'humanité - et donc les disciples du

Christ qui en demeurent solidaires -, le successeur

de Pierre a d'abord conscience que le

sort de l'Eglise n'est pas lié à celui des

empires et des civilisations auxquels elle est

associée ou affrontée.

Et puis la pratique du gouvernement de

l'Eglise n'est réductible à aucun « art politique

», parce que le « Corps du Christ» ne

doit pas être régi par la logique des rapports

de force, mais selon celle de l'amour, du don

et de la grâce.

Cela aussi est un commandement explicite

du Christ. L'histoire de l'Eglise se mêle

certes à celle de l'humanité. Ce n'est cependant

pas pour s'y dissoudre, et bien plutôt

pour en approfondir l'horizon jusqu'au Salut

offert et promis par le Fils de Dieu fait

homme, mort et ressuscité.

Jean-Paul II, comme tout Pape en raison de

sa mission, est amené à considérer les événements

sous un angle d'une ouverture

inégalable. li faut se garder de l'oublier si l'on

entend saisir quoi que ce soit de ce qu'il est

convenu d'appeler la « diplomatie» du

Vatican. Mais il se trouve que ce Pape a bien

d'autres motifs encore que ceux de ses prédécesseurs

(dont il n'a bien sûr rien à renier)

pour exercer un sens aigu de ce que le R. P.

Gaston Fessard, S. J. a suggestivement défini

comme « l'actualité historique. » (1).

Pour s'en faire une idée, il suffit de

reprendre un écrit relativement récent : la

Lettre apostolique sur l'approche du troisième

millénaire. (2) En retraçant l'histoire de

l'Eglise au cours du siècle qui s'achève, le

Pape l'inscrit au milieu des tragédies et des

espérances inouïes d'un temps où le destin

des hommes a pris un tour nouveau. On voit

là se conjuguer la lumière de la foi et une

intelligence d'une acuité peu commune,

formée dans l'une des cultures européennes -

la culture polonaise - dont l'ouverture à l'universel

est beaucoup plus grande qu'on l'imagine

d'ordinaire en France.

La Pologne n'est pas l'une des marches de

l'Europe, loin des centres où sont nées

les grandes idées qui se sont entrechoquées

au long de ce siècle. li y a cent ans

presque exactement, Alfred Jarry situait son

Ubu roi« en Pologne, c'est-à-dire nulle part ».

Ce mot cruel désignait l'une des Nations européennes

que ses puissants voisins ont le plus

sauvagement déchirée et dépossédée d'ellemême.

Mais grâce, en même temps, à sa foi

catholique et à ses ressources intellectuelles,

cette Nation martyrisée a résisté.

li ne faut pas oublier que l'Université de

Cracovie, fondée en 1364, est l'une des plus

anciennes d'Europe ; que la tolérance à

l'égard des juifs expulsés d'Espagne et de

France fut institutionnalisée par les rois et les

princes polonais sous forme de franchises et

de droits ; que la Constitution polonaise de

1791 fut l'une des plus ouvertes d'Europe ...

Sans cesse convoitée et partagée, la

Pologne enfin indépendante fut la première

victime de la Seconde Guerre mondiale, du

nazisme et, abandonnée par l'Occident, du

marxisme-léninisme.

Dans toutes ces situations de crise et de

servitude, les Polonais cultivés et croyants ont

toujours su discerner que la vérité de

l'homme est le seul fondement social qui

vaille. C'est ce qui a nourri leur sentiment

national et même fortifié leur volonté de

liberté.

------------

GÉOPOLITIQUE N° 58


Cette culture polonaise, dont J ean-

Paul II est aujourd'hui l'héritier le plus

éminent, est en un sens plus ouverte à

ce qui lui est étranger, moins ethnocentrique

que la nôtre. il reste que, parmi tant d'autres,

la Providence a appelé un homme d'une

envergure exceptionnelle: il n'a pas cessé

d'être un philosophe de haut vol, alors

même qu'il avait déjà reçu la mission épiscopale,

oubliant qu'il aurait pu être poète et

dramaturge.

Les outils conceptuels dont dispose Jean-

Paul II sont ainsi bien plus richement diversifiés

que ceux auxquels recourt habituellement

l'intelligentsia occidentale. Si les

intellectuels polonais ont pu, au travers des

tribulations de ce siècle, entretenir la vitalité

de leurs cercles d'enseignement et de

réflexion, c'est parce qu'ils ne se sont pas

laissés enfermer dans le dilemme entre la culture

classique et les prolongements de l'hégélianisme,

mais ont accueilli l'apport philosophique

de la phénoménologie, (3) un peu

comme les Pères de l'Eglise avaient reçu le

platonisme ou les théologiens médiévaux

l'aristotélisme.

Alors que Karal Wojtyla travaillait sur

Max Scheler sous la direction d'Ingarden, la

phénoménologie n'était accessible en France

qu'au petit nombre des universitaires avertis

des développements récents de la pensée allemande.

ean-paullI est ainsi le premier Pape à

] n'avoir pas été nourri presque exclusivement

« au lait de la louve» (romaine) et à

avoir saisi que la dérive antireligieuse de la

pensée post-médiévale, même si c'était un

des « moteurs » de l'histoire contemporaine,

n'était pas une fatalité. Kant, Marx et

Nietzsche sont aussi bien connus de Karol

Wojtyla que saint Thomas d'Aquin. Mais

c'est dans la phénoménologie qu'il a trouvé

GÉOPOLITIQUE N° 58

son outil de pensée et d'action, prenant sa

part créatrice aux renouvellements ultérieurs

de la pensée au XX e siècle. En l'élisant en

1978, les cardinaux n'ont pas permis qu'un

grand philosophe chrétien mène son œuvre à

maturité.

Le point de vue du Pape s'avère d'une

étonnante actualité. Loin d'être crispé sur les

schémas traditionnels qui, « de gauche »

comme « de droite », récusent a priori toute

innovation, il apparaît au contraire en avance.

La victoire des catholiques polonais sur le

marxisme n'a pas été politique, mais intellectuelle.

ils ont dépassé une doctrine qui se

déclarait indépassable.

C'est ce qui peut rendre compte de l'itinéraire

exemplaire d'un Leszek Kolakowski,

parti d'un stalinisme rigoureusement matérialiste

pour arriver à trancher: « La disparition

de Dieu signifie la destruction de l'homme en

ce sens qu'elle anéantit tout ce qui est l'essence

même de l'être humain et le sens de sa

vie : l'aspiration à la vérité ; la distinction du

bien et du mal ; le pouvoir aussi de créer

quelque chose qui résiste à la destruction du

temps. » (4)

L 'homme qui est aujourd'hui le Pape a

contribué au déblocage de la pensée

chrétienne. il ne peut être ici question

d'entrer dans les détails. Mais les sujets de

ses deux thèses sont éclairants. La première,

déjà évoquée, étudiait l'œuvre de Max

Scheler, disciple d'Husserl (le fondateur de

la phénoménologie) et initiateur du personnalisme

aussi bien que de l'existentialisme

- deux courants dont on a encore du mal en

France à percevoir la parenté. La seconde

prolongeait la première en s'intéressant à

saint Jean de la Croix, et illustrait ainsi la

compatibilité de la mystique chrétienne la

plus haute avec les conceptualisations les

plus avancées en ce siècle.

5


6

A quoi il faut ajouter les interventions

décisives de Mgr Wojtyla, alors jeune archevêque

de Cracovie, au Concile Vatican II,

entre autres pour la déclaration sur la

liberté religieuse et pour la constitution

Gaudium et 5pes.

On a estimé, à juste titre, que ces deux

documents annonçaient une réconciliation de

l'Eglise avec « le monde de ce temps ». Mais

on a eu tort de voir là un triomphe de la

« modernité ». Le clivage entre progressisme

et conservatisme est en effet impuissant à

rendre compte de l'événement, précisément

parce que c'est le dépassement intellectuel de

cet antagonisme vieux d'au moins deux

siècles qui a rendu possible une telle « ouverture

». L'Eglise est entrée de plain-pied dans

les interrogations d'un monde qui avait

changé. Celui qui allait être Jean-Paul II a été

un des acteurs de ce dialogue désormais

redevenu universel, et il en demeure le

témoin.

Les voyages de Jean-Paul II semblent aux

observateurs superficiels faire partie de

la ronde incessante des grands de ce

monde autour de la planète. C'est ignorer ce

qu'il dit et fait en chacune de ses étapes. Ce

que l'on nomme « mondialisation », en ne

retenant que les données économétriques de

la vie des sociétés, est, au regard de ce Pape,

l'une des plus grandes chances et l'une des

plus grandes épreuves de l'histoire des

hommes: la rencontre concrète et quasi

immédiate des cultures. Comment assurer la

communion universelle des hommes sans

que soit reniée, ou perdue, aucune des

richesses spirituelles qui constituent le patrimoine

de l'humanité ?

C'est là, très exactement, la mise en

œuvre du concept de catholicité que l'Eglise

a revendiqué depuis ses origines. Jean-Paul

II est intellectuellement armé pour penser un

tel bouleversement. Il est prêt aussi, en

raison de son identité slave, à rétablir la plénitude

des liens avec « un autre monde» :

celui de l'Orient orthodoxe, russe et

byzantin.

De la même manière, il perçoit l'unité

que l'Europe est en train de réaliser non pas

comme une uniformisation sur le modèle

hégémonique du plus fort, mais comme une

unité retrouvée en raison d'une histoire partagée

et réconciliée.

' incontestable attrait qu'exerce Jean-Paul

[ II sur les foules autant que sur les

meilleurs esprits ne tient toutefois pas

qu'à sa clairvoyance intellectuelle. Le Pape

nous permet de découvrir aussi ce qu'apportent

la prière et la contemplation

appelé à l'action et aux décisions.

à qui est

Son comportement illustre également la

force que donnent la bienveillance et la charité

à qui sera affronté aux polémiques et aux

combats. Finalement, Jean-Paul II nous

démontre que la mystique n'est pas une forme

d'évasion mais la recherche de la Vérité, que

l'amour du prochain vient de l'amour de Dieu

et qu'il n'y a là nulle faiblesse mais au contraire

la source de toute lucidité et de toute efficacité

créatrice.

Le Pape n'est pas un séducteur ni une

vedette médiatique docile aux lois du

« genre ». S'il sait « communiquer », c'est

parce que dans la foi il s'exprime toujours

comme un frère qui parle avec cœur à un

frère. Quant aux « techniques de communication

», les procédés de propagande et de

conditionnement du régime soviétique lui

ont donné l'expérience concrète des abus

auxquels elles peuvent mener. Elles ont renforcé

en lui la résolution de délivrer l'homme

de toute entreprise qui aliène sa vraie liberté.

A la même époque, l'Occident se grisait du

perfectionnement de la publicité ...

GÉOPOLITIQUE W 58


jean-Paul II déconcerte souvent - et irrite

parfois - ceux qui peinent à comprendre

les motivations de son action. Le Pape n'est

pas un politique qui prévoit l'enchaînement

des événements de manière à en tirer profit et

à étendre ou défendre sa zone d'influence.

Son horizon est plus haut, plus lointain,

plus vaste, éclairé par la vision chrétienne de

l'histoire - la plus profonde et la plus extensive

qui soit, puisqu'elle ouvre à l'au-de

bienheureux le destin de l'humanité entière.

Les critères qu'utilise Jean-Paul II sont donc

d'ordre anthropologique, moral et théologique,

et lui font discerner des enjeux là où

les plus fins stratèges ne voient rien à gagner

ni à perdre et s'interrogent sur des prises de

position qui leur semblent ne pouvoir procurer

aucun avantage à l'Eglise.

Mais c'est ainsi que Karol Wojtyla a participé,

sur le terrain intellectuel où bien peu en

Occident osaient livrer le combat, à la défaite

du marxisme qui a préludé à l'effondrement

du système léniniste et stalinien.

De même, le Pape ne lie pas l'avenir de la

liberté à celui du libéralisme et, en proposant

à la suite du Concile la liberté religieuse

comme fondement des droits de l'homme, il

offre à ceux-ci l'enracinement dans l'absolu

qui leur manque tant qu'ils demeurent

définis uniquement par le droit « positif» et

contractuel.

C'est ainsi également que le Pape a surpris

en prenant le parti des pauvres occupants du

sol et des aborigènes un peu partout dans le

monde. li a encore pris fait et cause pour les

femmes sans craindre de mécontenter à la

fois les féministes et les « machistes »...

Jean-Paul II n'a pas le génie autoritaire d'un

réformateur ou d'un conquérant, mais la

puissance visionnaire de celui qui veut

humblement obéir à la Vérité reçue de plus

grand que lui-même.

GÉOPOLITIQUE N° 58

li ne cherche pas à devenir le maître ni

même le « gourou » du monde. li s'efforce

simplement d'y annoncer la Bonne Nouvelle

qui libère l'humanité.

li ne bouleverse pas davantage l'Eglise,

mais prend acte du bouleversement que

l'Esprit Saint y accomplit.

Jean-Paul II est le Pape du Concile vécu

comme un aggiornamento. L'expression a

bien plus de portée qu'on le suppose généralement.

Elle signifie bien « mise à jour ».

Non pas seulement, toutefois, au sens où

l'Eglise aurait pris conscience de son retard et

aurait entrepris de le combler. Car à Vatican

II et depuis, grâce entre autres mais éminemment

à Karol Wojtyla devenu le Pape

Jean-Paul II, elle a plutôt pris acte de l'évolution

de la pensée contemporaine et l'a

assumée bien avant que le monde en prenne

lentement la mesure avec la chute des

régimes marxistes-léninistes.

L'Eglise a donc pris de l'avance. C'est ce

que disait, paraît-il, le général de Gaulle.

Dans cette perspective, l'aggiornamento a été,

à l'inverse, d'un ajustement à la « modernité

» et bien plus encore qu'un dépassement

de celle-ci, la mise au jour de ce qui est enfoui

depuis le commencement : redécouverte de

l'espérance inouïe dont Jean-Paul II incarne

l'audace visionnaire et dont il n'y a pas à

douter qu'il demeurera dans l'histoire le

héraut.

Cardinal Jean-Marie Lustiger

(1) C'est le titre de l'ouvrage du P. Fessard publié en

1960 chez Desclée de Brouwer.

(2) Jean-Paul II, Le jubilé de l'an 2000 (Tertio millenio

aducniente), présentation du Cardinal Jean-Marie

Lustiger, Cerf, 1994.

(3) Voir Rocco Buttiglione, La Pensée de Karol Wojtyla,

traduction française, Communio-Fayard, 1984, et

Gérard Leclerc,Jean-Paul II le résistant, Bartillat, 1996.

(4) Cité par Bogdan Piwowarczyk, Lire Kolakowski,

Cerf, 1986.

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