prix encre d'asie 2012 - Lycée français de Singapour

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prix encre d'asie 2012 - Lycée français de Singapour

Lycée Français de Singapour

Concours d’écriture de

la zone Asie Pacifique

Hiram et le coffre de bronze

Et autres récits d’aventures en Mer de Chine

Illustrations de Gwenaëlle Sifferlen

Encre d’Asie

2011-2012


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Les parutions dans la même collection

MYSTERES SUR L’ÎLE DU MERLION, 2009

VOYAGE AU BOUT DE SOI ET AUTRES RECITS D’EXPLORATION, 2010

LA GRAINE DE L’AN 17 ET AUTRES RECITS DE SCIENCE-FICTION, 2011


PRIX ENCRE D’ASIE 2012

Concours d’écriture organisé par Sylvie Vangilwe, professeure de Lettres au Lycée Français

de Singapour

PAR

Sophie Tabet

Et autres récits d’aventures en mer de Chine …

Illustrations : Gwenaëlle Sifferlen

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PRÉFACE

Depuis quatre ans, le concours Encre d’Asie rassemble les classes de cinquième

de plusieurs établissements de la zone autour d’un même objectif : favoriser

l’écriture spontanée, délier les plumes et développer le goût de manier le verbe,

ceci afin de donner du sens à l’écrit et, pourquoi pas, d’en faire une pratique

régulière.

Un exercice, certes difficile, mais qui s’effectue dans un cadre plus souple que

celui des apprentissages scolaires traditionnels.

L’écriture est souvent perçue, à juste titre, comme le prolongement naturel de la

lecture. Ce projet fédérateur permet ainsi à nos écrivains en herbe de tirer profit

des œuvres lues, d’exploiter leur capacité à imaginer un récit tout en ayant la

chance d’être publiés.

Le rendez-vous littéraire de cette année invitait nos élèves à proposer un récit

d’aventures en mer de Chine. Les seules consignes étaient de respecter les

caractéristiques du genre et de débuter son récit par l’incipit suivant :

« Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune garçon

contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait l’intime

conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie. »

Je félicite une fois encore les lauréats ainsi que tous les participants qui n’ont

pas démérité et vous souhaite une agréable lecture.

Sylvie Vangilwe, professeure de Lettres

au Lycée Français de Singapour

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“Si lire c’est voyager, écrire, c’est construire pour toujours”,

Alain Grousset

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1 er prix

Hiram et le coffre de bronze

par

Sophie Tabet

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Hiram

et le coffre de bronze

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Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Hiram était impressionnant malgré ses vingt ans, avec ses cheveux

soigneusement huilés, sa haute taille mise en valeur par ses vêtements en peau

de buffle incrustés de coquillages, d’or et de pierres précieuses. Ses yeux bruns

scrutaient l’écume, que le bateau sillonnait, tel un cheval au galop. Hiram était

le prince héritier du trône, trente-troisième de la dynastie des Ujang. Il avait

pour père Pandang, trente-deuxième Sultan de la même dynastie, laquelle

dirigeait le royaume des Celèbes avec bienveillance depuis la nuit des temps.

La tradition millénaire prévoyait qu’à chaque nouvelle Lune, un sujet majeur,

avait le droit, une fois dans sa vie, de demander audience au palais royal de

Makassar, au souverain ou à son fils, pour débattre de sujets importants pour le

royaume.

Il se remémora sa rencontre de la veille en marchant sur le pont désert tout en

serrant précieusement contre sa poitrine un petit coffre de bronze qui lui avait

été remis par un étrange personnage. La veille, un vieil homme au visage buriné

par le sel et le soleil s’était présenté à l’audience et avait été reçu par Hiram.

« Seigneur, bredouilla une voix intimidée, je m’appelle Psusist et je suis un

humble pêcheur d’éponges de ton royaume. Il y a quelques jours, je suis parti

en barque et j’ai attrapé un magnifique espadon pour nourrir mon village. En

le découpant, j’ai trouvé dans les entrailles de ce poisson, ce coffre métallique. »

A ce moment, le vieillard sortit d’un grand sac de marin en toile beige, un petit

coffre finement ciselé qui portait de multiples inscriptions en chinois ancien. Le

prince qui aimait beaucoup les histoires étranges commença à s’intéresser au

récit de son interlocuteur. Le pêcheur était fort agité, et regardait Hiram avec

un mélange de peur et d’hystérie en lissant sa longue barbe blanche.

« J’ai passé toute la soirée à essayer d’ouvrir cette boite mystérieuse. Après

plusieurs heures, j’ai découvert qu’une des inscriptions chinoises pouvait pivoter

sur un axe et qu’un petit cadenas était dissimulé derrière l’idéogramme. En

pressant le cadenas, la charnière du coffre grinça et le coffre s’ouvrit dans un

claquement sourd. » Le prince enroulait pensivement ses cheveux bruns autour

de son index en se demandant ce que pouvait contenir cette étrange boite. « Le

contenu avait été épargné par l’eau de mer. J’y découvris une émeraude grosse

comme le poing et un parchemin parfaitement roulé sur une branche de bois

d’ébène. »

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Pour preuve de sa découverte, le pêcheur montra une pierre précieuse qui

illumina la salle d’audience du palais d’un faisceau de lumière verte. Le prince

lâcha sa tasse de thé, qui s’écrasa avec fracas sur le sol en marbre, tant il fut

surpris par la taille de la pierre précieuse. Le pêcheur sortit aussi délicatement

de sa poche un long parchemin encore enroulé.

« J’ai navigué depuis hier matin pour vous remettre ces objets, Seigneur. »

expliqua-t-il avec un petit peu plus d’assurance. Hiram déroula le parchemin

que ses scribes examinèrent avec soin. Tous étaient pourtant très cultivés

et comprenaient de nombreuses langues mais personne ne savait déchiffrer

le message écrit sur cette peau de chèvre. Le conseiller personnel du roi lui

recommanda de rendre visite à Eleusis, l’astronome du royaume qui vivait

en solitaire sur l’île de Bùru. On racontait qu’elle conversait avec les dieux,

prévoyait l’avenir et connaissait toutes les langues connues et inconnues. Les

rois faisaient toujours appel à elle pour désigner leur héritier et prendre les

décisions les plus importantes et les plus difficiles pour le royaume.

Hiram sortit de ses pensées lorsque son voilier portant la voile royale s’engagea

dans un dédale de petites îles inhabitées au large de Pangkajene. Il avait

appareillé immédiatement après l’audience avec ses vingt fidèles conseillers

armés jusqu’aux dents pour le défendre. Son bateau entra dans une petite

crique, éclairée par une belle lune rousse. L’île se nommait Tuwet. Il aperçut

au loin, au sommet de la colline, le temple en marbre d’où l’oracle des Célèbes

contemplait les étoiles et les astres et donnait ses prédictions.

Le temple semblait briller, illuminé par un immense feu de bois qui servait

également de phare aux navires. En descendant sur le petit ponton de bois,

Hiram fut immédiatement accueilli par une belle femme d’environ quarante

ans avec un regard si intense et si pétrifiant qu’il fallait se concentrer pour le

soutenir sans être hypnotisé par ses yeux aussi bleus que l’océan.

« Je savais que tu viendrais me voir à cette heure aussi tardive », annonça

chaleureusement l’oracle. Elle était vêtue d’une longue tunique blanche brodée

de fils d’or et de sandales de cuir beige surmontées de petits coquillages. Hiram

avait le cœur qui battait très fort car il se demandait si l’oracle pouvait vraiment

lire dans ses pensées les plus profondes et les plus intimes. Ils montèrent en

silence les trente-trois marches d’un escalier de pierre volcanique, bordé de

grands eucalyptus qui menaient en ligne droite au temple.

Le prince déposa le coffre fermé, sur la table en granit noir qui occupait

le centre du promontoire. La voyante posa ses mains sur l’objet et l’ouvrit

instantanément comme si elle l’avait fabriqué elle-même. Le futur roi,

impressionné devant autant de magie, regardait cette femme avec respect. Elle

posa le joyau au sommet du couvercle dans une encoche du coffre et planta

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le morceau d’ébène au milieu du parchemin, tel un mât de bateau muni de sa

voile et le disposa ensuite au milieu du coffre. Elle posa également une bougie

allumée à côté du petit bâton. Dès cet instant, les caractères chinois éclairés par

la bougie se projetaient sur l’émeraude puis se reflétaient sur le fond du coffre.

La magie devenait réelle. L’ordre des idéogrammes était complètement modifié,

les lettres s’étaient transformées. Dès cet instant, Hiram déchiffra sans aucune

difficulté les phrases écrites en Sangihe, un ancien dialecte encore parlé dans les

petites îles situées au sud-est du royaume.

Le futur roi restait bouche bée. Les mots dévoilaient l’histoire de Maja,

princesse de la petite île d’Avati, au large de la mer de Chine. La jeune femme

décrivait sa capture et l’esclavage de son peuple par des pirates cupides

et sanguinaires qui les forçaient à travailler nuit et jour dans des mines

de fer et d’émeraude. Cependant, les trois derniers idéogrammes restaient

incompréhensibles. L’oracle reprit le parchemin dans ses mains et expliqua la

fin du message : le premier idéogramme représentait une rose des vents qui

pointait le Sud-est, le second dessinait la carte d’une île possédant un volcan

et enfin, le dernier, le blason de la princesse, un poisson bleu clair sur un

fond vert jade. « Voici ton destin », affirma-t-elle en saisissant l’émeraude. La

voyante le regarda d’un air mystérieux qui donna la chair de poule au prince

désemparé. La pierre verte, placée dans le creux de sa main, brillait de plus en

plus comme la lave d’un volcan. Telle une boule de cristal, Hiram vit apparaître

le magnifique visage d’une jeune femme enveloppée dans un nuage de brouillard

qui semblait pleurer et appeler au secours. Le futur roi fut saisi d’une grande

émotion en se demandant s’il n’était pas ensorcelé. Il comprit alors qu’il devait

vite lui venir en aide.

Le Prince remercia Eleusis puis reprit la mer avec son équipage en direction

du Sud-est. Le bateau sillonnait les vagues, formant de l’écume à son passage.

Au bout de trois jours de navigation, la vigie repéra à bâbord le long panache

d’un volcan qui projetait une fine fumée grise à l’horizon. Le voilier avait

enfin atteint la terre ferme. Les marins accostèrent sur une plage de sable fin,

bordée d’imposants cocotiers charnus et chargés de noix de coco. Hiram et ses

compagnons dissimulèrent leur embarcation sous de larges branchages touffus

puis décidèrent d’explorer l’îlot.

Le soleil se trouvait haut dans le ciel, parmi les nuages. En pénétrant dans

la jungle, ils furent surpris par les étranges bruits d’animaux affolés. Ils

s’enfoncèrent ainsi pendant plusieurs heures à la recherche d’indices. Durant

un instant, Hiram se sentit épié par de nombreuses paires d’yeux. Il brandit

son épée agilement au moment où une multitude d’ennemis munis de sabres

aiguisés et de lances pointues surgirent des buissons en hurlant un cri de guerre

dans une langue inconnue. Habillés de pantalons noirs, leurs torses nus étaient

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ecouverts de tatouages de plusieurs couleurs représentant des serpents. Le

prince reconnut immédiatement le chef des pirates à son foulard rouge sang,

ses colliers en or et son immense tatouage d’un dragon qui crachait des flammes

ardentes. N’écoutant que son devoir, Hiram empoigna son arme et se lança

dans le combat avec une immense confiance. Les compagnons du personnage

royal dégainèrent leurs épées à leur tour et combattirent avec courage et

détermination. Les coups pleuvaient de tous les côtés. Ce fut une âpre bataille.

A la fin, malgré la mort tragique de quatre fidèles compagnons, le prince sortit

vainqueur et reprit ses recherches.

Après plusieurs heures de marche, ils découvrirent le peuple d’Avati. Des

dizaines de gens piochaient sans relâche les parois d’une grotte étroite au pied

du grand volcan. Le peuple semblait affamé et terrorisé, accroupi à l’intérieur

de la montagne à la recherche d’émeraudes. Les compagnons se ruèrent sur les

bandits qui gardaient l’entrée de la mine et les désarmèrent facilement.

En entrant dans la grotte, le prince eut le souffle coupé en découvrant une jeune

fille, qui conduisait un âne transportant des jarres d’eau pour les travailleurs.

Il reconnut Maja, aussi belle que le soleil levant et identique à la jeune fille

de brume apparue chez l’oracle. Sa longue robe vert jade portait des motifs

en forme de poissons bleu clair. Dès que la princesse aperçut Hiram, ce fut le

coup de foudre. Ils se regardèrent et se sourirent. A ce moment, le prince, ses

compagnons et la princesse furent pris au piège; les derniers ennemis avaient

fait ébouler, depuis le haut du volcan, d’énormes rochers qui bloquaient l’entrée

de la mine. Soudain, un bruit de tonnerre fracassant les fit tous sursauter, la

terre tremblait tout autour d’eux car le volcan était entré en irruption. Tous

étaient paniqués ; il fallait trouver une solution pour sortir au plus vite avant

d’être ensevelis par la lave. Pouvaient-ils encore libérer la princesse et son

peuple ?

Un des conseillers découvrit une poutre de bois très solide dans la caverne.

Tous les hommes se mirent à construire un levier pour pousser les rochers.

Grâce à leurs efforts, ils réussirent à se faufiler à travers les blocs de pierre

et à rejoindre la plage. Revenus sur le bateau, les Ujang et les Avati mirent le

cap vers le royaume du prince. Immobiles à la proue du navire, Hiram et Maja

contemplèrent les lueurs du port de Makassar dans le soleil levant. Lorsque le

bateau accosta, Hiram fut acclamé par son peuple. Il sut qu’il avait accompli

héroïquement un exploit de la plus haute importance et trouvé la future reine de

Makassar.

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2 ème PRIX

La Perligle

par

Brianne Leschi

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La Perligle

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Le soleil venait de se coucher. Immobile, à la proue du navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Il s’appelait Mohé. Il vivait dans une petite maison à quelques pas du port. Les

gens de Makassar l’aimaient bien. Il avait une petite sœur qui s’appelait Madge.

Madge ressemblait particulièrement à leur père, elle avait des cheveux longs

noirs et soyeux, des yeux verts comme l’herbe des champs du printemps, une

peau mate et un grain de beauté près de l’œil droit. Elle n’était pas très grande

pour son âge et cela lui coûtait cher auprès des autres enfants du quartier.

C’est pour cela que Mohé la défendait et la protégeait. Elle était fine comme un

mannequin, mais c’était la plus belle de toutes les petites filles que Mohé avait

rencontrées disait-il.

Leur mère était morte le jour de la naissance de Madge. Elle avait de beaux

yeux noirs comme l’encre de chine et des cheveux de la couleur du soleil de

l’été. Elle avait des lèvres aussi roses que les nuages du coucher de soleil et un

sourire des plus étincelants.

Mohé lui ressemblait énormément, disaient son père et les gens qui l’avaient

connue. Mohé la regrettait beaucoup car c’était avec elle qu’il était le plus

heureux, mais ce n’était pas pour cela qu’il devait détester sa petite sœur qui

l’avait tuée en naissant. Au contraire, il se disait que c’était pour cela qu’il devait

la protéger. S’il la perdait aussi, il ne lui resterait plus que son père.

Mohé attendait que sa famille vienne lui dire au revoir car pour ses dix-sept

ans son père lui avait offert un bateau sur lequel il pourrait naviguer sur la

Mer de Chine, son rêve depuis que sa mère était décédée. Son père dessinait et

construisait des bateaux. Il était passionné par la mer et les bateaux.

Tout à coup Mohé entendit un cri. Il se retourna et vit sa petite sœur qui venait

vers lui en courant :

« Mohé ! Mohé !!!! Attends-moi ! Madge lui sauta dans les bras. Je t’en prie,

ne pars pas. Tu ne peux pas me laisser. »

Madge commença à pleurer. Pour la réconforter, Mohé lui dit à l’oreille tout en

la serrant fort dans ses bras :

« Ne t’inquiète pas. Si tu es sage, je t’emmènerai avec moi lors de mon

prochain voyage. »

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Mohé et Madge se retournèrent et virent leur père venir dire au revoir à Mohé.

Tous les trois se firent un dernier câlin puis Mohé monta sur le navire que son

père lui avait offert. Le bateau démarra et ils se firent de grands signes en guise

d’adieu en criant qu’ils s’aimaient.

Mohé navigua quelques heures puis il s’arrêta près de plusieurs rochers et

alla se coucher. Avant de s’endormir, il repensa à Madge et à son père. Que

pouvaient-ils bien faire à cette heure-ci ? Peut-être que, comme d’habitude, leur

père était en train de raconter un conte à Madge avant qu’elle n’aille se coucher.

Mohé pensa aussi à sa mère. Serait-elle fière de lui ? Pouvait-elle le voir de

là-haut ? Mohé se souvint aussi que chaque soir avant de s’endormir, quand

Madge n’était pas encore née, sa mère lui racontait un conte de sirènes. Il se

souvenait d’un en particulier qui disait que, chaque fois qu’une femme mourait

à la naissance de son enfant, elle ressuscitait dans le corps d’une sirène dans la

mer, dans l’océan, dans un lac ou une rivière. Puis Mohé finit par s’endormir.

A son réveil, il faisait jour, le ciel était bleu avec quelques nuages et le soleil

brillait. Il commençait à manger un peu du pain que son père lui avait donné

avant de partir, quand il entendit une voix qui chantait exactement comme sa

mère le faisait. Il alla voir.

Il vit une femme, de dos. Elle se brossait les cheveux, bleu turquoise, dans

lesquels on pouvait apercevoir quelques petites tresses très fines. Ils étaient

ondulés et soyeux.

Mohé l’appela. Elle se retourna et, en l’apercevant, s’arrêta brusquement de

chanter et sauta dans l’eau. Mohé fut surpris de voir qu’elle était dépourvue de

jambes et avait à la place une queue de poisson !!! Celle-ci se parait de reflets

violets et bleus.

Il l’appela encore mais elle ne revint pas. Au bout de quelques minutes, il arrêta

d’appeler en espérant qu’elle reviendrait peut-être. En fin d’après-midi, il la

revit, mais cette fois, il fit comme si de rien n’était. Il alla jusqu’au rocher sur

lequel elle se prélassait. Une fois à côté d’elle, il lui dit bonjour.

Elle fut très étonnée et voulut se sauver mais Mohé n’était pas idiot, au

contraire. Il savait que cela se passerait comme ça et il avait préparé ses

arrières. Il la retint brusquement et l’emprisonna. Prise au piège, elle se débattit

furieusement.

Mohé aperçut son regard courroucé et suppliant. Curieusement, l’attitude de la

sirène lui rappela sa mère mais il ne sut dire pourquoi. Il finit par lâcher :

« Si tu promets de rester, je te délivre. »

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Il savait que si les sirènes ne tenaient pas leurs promesses des malheurs leur

arrivaient. La sirène le regarda et lui fit non de la tête, elle continua à se

débattre mais sans succès. Finalement, elle comprit que Mohé avait trop de

force pour qu’elle se libère et lui dit :

« Je te le promets. »

Mohé la lâcha et elle s’assit près de lui, prisonnière de sa promesse. Mohé la

contempla. Qu’est-ce qu’elle était belle se disait-il. Ses yeux étaient de la même

couleur, encre de chine, que ceux de sa mère.

« Comment t’appelles-tu ? lui demanda Mohé.»

Elle lui répondit avec la même voix que sa mère quand elle avait peur :

« Je m’appelle Séganie.

- Moi c’est Mohé, je suis parti en voyage pour trouver la Perligle.

- Pourquoi ?

- On m’a dit qu’elle pouvait ressusciter une personne de mon choix.

- C’est vrai?

- Oui.

- Qui ? »

Et Mohé lui raconta toute l’histoire à propos de sa mère. Mais il voyait bien que

Séganie en avait assez d’être sur ce rocher, alors il essaya de trouver quelque

chose pour la faire rire. Une vague un peu forte fit tomber Mohé dans l’eau et

il entendit Séganie éclater de rire. Il remarqua alors qu’elle avait la même voix

chantante que sa mère. Le même rire qui faisait des milliers d’échos, le même

sourire. Cette découverte l’intrigua énormément.

Le soir venu, Mohé dit à Séganie :

« Je te laisse partir mais s’il te plaît, reviens demain matin, promets-le moi.

- Je te le promets. »

Le lendemain matin, Mohé se rendit au rocher mais il ne vit personne. Il

attendit, déçu mais plein d’espoir, pendant plus d’une heure, quand il entrevit

quelque chose surgir de l’eau. C’était Séganie. Elle avait l’air d’être si contente.

« Tu es en retard, reprocha Mohé.

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- Oui, pardon, tu as raison, mais hier, j’étais si émue par ton histoire que j’ai

cherché toute la nuit la carte pour trouver la Perligle. Et si tu es d’accord, on se

met en chemin tout de suite car ce sera un long voyage !!!

- Oh merci, merci beaucoup. Ne perdons plus de temps.»

Mohé et Séganie partirent à la recherche de la Perligle. Leur voyage se

déroula sans encombre. Il y avait bien eu quelques tempêtes mais ensemble

Mohé et Séganie les avaient surmontées. Ils étaient imbattables. Au bout de

deux semaines, ils commencèrent à être à court de nourriture ce qui fut un

vrai problème. Ils accostèrent sur une île pour s’approvisionner. Pendant

que Séganie essayait d’élucider l’énigme de la carte, Mohé recherchait de la

nourriture. A la fin de la journée, ils purent reprendre leur chemin. Parfois

Séganie était à bout de souffle et montait devant sur le bateau, mais en général,

elle préférait nager. Cela lui permettait aussi de découvrir de nouveaux paysages

sous-marins que peut-être elle ne reverrait jamais. Ils continuèrent ainsi leur

voyage jusqu’à la fin du mois.

Un matin, au réveil, Mohé s’aperçut qu’une énorme nappe de brouillard les

envahissait et que l’on ne distinguait rien. Tout de suite il réveilla Séganie

assoupie sur le bord du navire.

« Séganie, Séganie lève-toi ! Elle émergea lentement et difficilement.

- Quoi ? Laisse-moi dormir.

- Non réveille-toi, je crois qu’on est perdu. »

Quand elle entendit le mot PERDU, Séganie sursauta.

« Mais ce n’est pas possible ! »

Alors qu’elle paniquait, le navire se mit à tourner dans tous les sens. Au

même moment, Mohé et Séganie se regardèrent et hurlèrent ensemble : « Un

tourbillon ! » et ils se firent emporter. Affolés, ils luttèrent pour échapper au

tourbillon, mais en vain.

Mohé et Séganie reprirent connaissance, allongés sur une plage inconnue. Ils

étaient main dans la main. Ils n’avaient plus rien, ni carte ni navire. Ils restèrent

là un moment, encore sous le choc. Puis ils se mirent à chercher un moyen de

partir. Séganie regarda autour d’elle et vit une grotte entourée de cristaux. Elle

s’écria :

« Mohé nous ne sommes pas perdus ! Regarde ! C’est la grotte de cristaux !

Celle par laquelle on doit passer pour atteindre l’antre du dragon Mécomot. »

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Mohé la félicita :

« Viens, allons-y ! » lui dit-il, oubliant que Séganie était incapable de marcher.

Mohé la porta et ils franchirent ensemble la grotte aux cristaux.

Il faisait sombre mais quelques torches allumées éclairaient leur marche.

Soudain, une chaleur les envahit. Ils remarquèrent une couche de lave. La

grotte menait en fait à un volcan. Une voix caverneuse gronda :

« Qui vient me déranger durant mon sommeil ?! »

Sans se démonter, Mohé brava la voix :

« Je m’appelle Mohé et voici Séganie.

- Que voulez-vous ?

- Nous voulons la Perligle.

- Dans ce cas, vous devrez réussir à franchir ce pont suspendu au-dessus sur ce

précipice couvert de lave ! C’est dangereux, mais vous êtes libres de faire demitour

si cela vous effraie ! »

Mohé était terrifié mais Séganie était plus courageuse. Elle s’écria alors :

« Nous n’avons pas peur et nous franchirons ce pont. Nous avons navigué

pendant des semaines dans ce but. Nous relevons donc ton défi. »

Mohé était vraiment surpris de la façon dont elle s’était exprimée mais il savait

qu’elle avait raison. Il n’aimait pas que le dragon les prenne pour des couards.

Le dragon en colère rétorqua :

« Dans ce cas, traversez ce pont sans plus attendre ! »

La difficulté était encore plus grande puisque Séganie ne pouvait marcher et

que Mohé devait la porter. Dès les premiers pas, ils sentirent le pont se balancer

et entendirent d’inquiétants grincements. Séganie, dans les bras de Mohé, lui

souffla à l’oreille :

« Surtout même s’il devait m’arriver quelque chose, je te demande de ne jamais

abandonner tes rêves ! »

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Mohé ne répondit rien. Il restait concentré sur son effort pour franchir le pont.

Il progressait lentement et Séganie pouvait entendre et sentir son cœur battre.

Elle s’agrippait à lui. Elle aussi avait très peur. Soudain Mohé trébucha. Il lâcha

Séganie qui tomba. Par réflexe elle s’était retenue à l’une des planches du pont.

Mais celle-ci pliait de plus en plus et pouvait casser à tout moment.

Avec toute sa force Mohé put la rattraper juste avant que la planche ne cède.

Soulagés, ils continuèrent leur chemin mais pour un court moment car, à

l’instant où Mohé se retourna, il vit le pont s’effondrer derrière eux à la vitesse

d’un cheval au galop. Mohé se mit à courir le plus vite qu’il pouvait. Mais il

n’allait pas assez vite. Il comprit que c’était la fin. Dans un dernier élan, il

lança Séganie, de toutes ses forces, sur l’autre berge. Elle atteignit le bord, ne

comprenant pas vraiment ce qu’il s’était passé.

Elle vit alors Mohé chuter et s’enfoncer dans la lave. Elle s’exclama :

« Je t’aime de tout mon cœur ! »

Elle était en larmes et hurlait de douleur. Le dragon ironisa :

« Oooo, c’était si émouvant. J’ai adoré ! Vraiment ! »

Séganie, furieuse, lui lança :

« Dis-moi Dragon, n’as-tu jamais vu une sirène de Mer de Chine en colère ?!

Le dragon, surpris par la fureur de la sirène, fit bêtement non de la tête.

« Eh ! bien dans ce cas, tu vas avoir la chance de le découvrir !

Soudain Séganie se métamorphosa. Elle devint rouge et des cornes lui

poussèrent sur la tête. Elle se mit aussi à grandir au point d’atteindre et de

dépasser le dragon. La douce sirène se transforma en démon et continua à le

brusquer.

« Maintenant je t’ordonne de ramener Mohé de la lave et de le ranimer ! Toi

seul détiens ce pouvoir. »

Le dragon, dans un premier temps, fut paralysé de terreur. Comment pouvait-il

imaginer un tel phénomène ? La légende parlait bien des démons de la Mer de

Chine mais même lui, centenaire, n’en avait jamais vu. Il s’exécuta et tenta de

ramener Mohé à la vie mais en vain. Séganie, dévastée par le chagrin, reprit sa

forme habituelle. Soudain une intense lumière sortit de la lave.

« C’est la gardienne de la Perligle ! s’écria Séganie.

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- Oui, c’est moi, lui répondit une voix douce. Ton ami est très courageux et

plein de sagesse. Je vais le ranimer avec la Perligle. Après cela, je partirai. Vous

aurez utilisé votre chance. »

Et la gardienne de la Perligle ranima Mohé, qui eut juste le temps d’apercevoir

une lumière replonger dans les profondeurs de la lave. Dès que Mohé reprit

connaissance Séganie lui sauta dans les bras et l’embrassa. Elle lui raconta

ce qu’il s’était passé, sans rien oublier. Mohé était heureux d’être en vie et en

compagnie de Séganie, mais il aurait aussi voulu que sa mère soit présente

dans ce moment difficile. Mais c’était trop tard. Surtout il se souvint que, si on

réanimait une femme morte à la naissance de son enfant, alors la sirène dans

laquelle elle s’était réincarnée, mourait à son tour pour lui laisser sa place. Donc

si Séganie était la réincarnation de sa mère, comme il le craignait, alors elle

le quitterait à son tour pour céder la place à sa mère. Et ça, il ne pouvait pas

l’imaginer. Séganie regarda le dragon et lui dit :

« Bon maintenant que tu sais de quoi je suis capable, alors ramène-nous chez

Mohé. »

Mécomot obéit et, sur son dos, les ramena chez Mohé. Quand Madge les vit

apparaître, elle sauta au cou de son frère et appela leur père. Puis elle demanda

où était sa maman.

« C’est une très longue histoire, mais Séganie et moi allons vous la raconter ».

Madge était vraiment stupéfaite de voir une vraie sirène et un dragon. Elle

écouta pendant des jours son frère et la sirène conter leur aventure sur la Mer

de Chine et se dit que, décidément, cette mer renfermait bien toutes les légendes

qu’on lui prêtait.

Quelques mois plus tard, Mohé emmena Madge en voyage, comme promis.

Il demanda aussi à Séganie de l’épouser. Bien sûr, elle accepta et ils eurent

beaucoup d’enfants. Quant à Mécomot, il évita de provoquer d’autres sirènes de

la Mer de Chine.

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3ème PRIX EX AEQUO

Un Destin brisé

par

Caroline Trong Anh Thu Dao

suivi de

Cocao Pom

par

Helena Abou-Haidar

31


Un destin brisé

33


Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue du bateau de son

navire, le jeune garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de

Makassar. Il avait l’intime conviction que ce voyage allait définitivement

changer sa vie.

Nakula venait d’avoir vingt-deux ans et s’était fait embaucher en tant que

mécanicien sur le paquebot « Pegasus » depuis quelques jours seulement. Il

attendait avec impatience ce voyage qui le mènerait au Vietnam, son objectif.

Nakula était un jeune homme d’apparence frêle avec des traits marqués pour

son jeune âge. Sa peau était blanche ce qui le distinguait des Indonésiens. C’est

cette différence qui avait poussé le jeune homme il y cinq ans à retrouver ses

origines.

Enfant de la rue, Nakula n’avait jamais connu ses parents. Il avait été élevé dans

un orphelinat de Makassar, jusqu’à l’âge de sept ans. Ce furent ses seules vraies

années d’insouciance ; il passait ses journées à jouer avec d’autres enfants et

avait commencé à apprendre à lire et à écrire. L’orphelinat avait dû fermer ses

portes car le gouvernement indonésien n’avait plus de budget pour le financer.

Ses occupants avaient été envoyés dans différents orphelinats et foyers dans

tout le pays.

Nakula fut alors envoyé dans un foyer pour jeunes en difficulté, qu’il n’était pas.

Sa vie fut alors tout autre. Côtoyant quotidiennement des jeunes délinquants,

Nakula, en raison de sa différence physique, subissait coups et brimades de la

part des autres occupants du foyer. Il n’arrivait pas à se défendre, n’avait aucun

ami et avait abandonné ses études.

A l’âge de douze ans, il décida de quitter le foyer. Un soir, après que les

lumières du foyer furent éteintes, il escalada le grand mur qui encerclait

l’établissement et s’enfuit à tout jamais de ce monde. N’ayant aucune relation,

aucune adresse, il errait un peu partout dans la ville et vivait des restes qu’il

trouvait dans les poubelles. En dépit de ses conditions de vie extrêmement

difficiles, Nakula se sentait enfin libre et paradoxalement en sécurité. Il n’avait

plus la peur de se faire frapper par ses compagnons.

Petit à petit, sa vie s’organisait. Il vivait désormais dans une petite maison en

tôle et bois à l’entrée d’un bidonville qui se trouvait dans les alentours de la ville

de Makassar. Pour vivre, Nakula faisait tous les métiers du monde : il cirait les

chaussures, réparait les vélos, ramassait et recyclait les ordures pour obtenir

quelques pièces,…

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Si sa vie avait pu s’articuler ainsi, Nakula aurait été heureux. Les conditions

difficiles et le manque de perspectives quant à son avenir ne le préoccupaient

pas plus que cela car il n’espérait rien de la vie. Il s’était résigné à mener une

existence misérable mais n’en voulait à personne. Il pensait qu’il s’agissait de

son destin tout simplement.

Toutefois, une seule préoccupation le travaillait. Nakula savait qu’il n’était pas

Indonésien. Elevé dans un orphelinat, il savait pertinemment qu’il n’avait pas de

famille. Cependant, contrairement à ses anciens compagnons d’infortune, il ne

savait pas d’où il venait. Vers l’âge de seize ans, tandis que sa vie était « posée »,

il décida alors de se renseigner sur son passé. Ce n’était pas une tâche facile

dans la mesure où il ne connaissait personne et savait à peine lire et écrire.

Mais, Nakula tenait bon en dépit de la difficulté de la tâche. Découvrir son

passé était devenu son objectif ultime et unique. Il avait le temps pour lui et

avait décidé d’y consacrer toute son énergie pour mener à bien cette mission.

Après plusieurs années de recherches avec des périodes mêlées d’espoirs et

de découragements, Nakula découvrit une partie de son passé. Comme il le

pressentait, il n’était pas Indonésien mais Vietnamien. Ses parents avaient fui la

répression au Vietnam en 1977. Après de nombreuses journées en mer, leur frêle

embarcation avait accosté l’Indonésie où ils étaient restés plus d’un an dans un

camp pour boat-people. C’était au cours de ce séjour dans le camp que Nakula

avait vu le jour. Ses parents, prénommés Tuan et Ngoc, seraient originaires de

Saigon. Mais les informations s’arrêtaient là ; il ne savait rien de précis quant

aux circonstances pour lesquelles il s’était retrouvé dans l’orphelinat. Ses

parents étaient-ils décédés ou l’avaient-ils abandonné ?

C’est pour répondre à cette question qu’il avait décidé de se rendre au Vietnam

coûte que coûte. N’ayant pas de ressources financières suffisantes pour s’y

rendre en avion, il ne lui restait plus que la solution maritime. Mais là encore, il

n’avait pas d’argent pour y aller en tant que passager. Il se fit alors embaucher

en tant que mécanicien sur un paquebot de croisière de luxe qui naviguait en

Mer de Chine. Ses quelques années passées dans la rue à réparer les vélos et les

moteurs des motos lui avaient apporté des notions en mécanique qui lui avaient

été fort utiles.

Le voyage en mer avant l’arrivée à Saigon durait une dizaine de jours, en faisant

diverses escales à Singapour, Hong Kong,…. Peu habitué à la mer, Nakula

était le plus souvent malade. Cependant, il pouvait bénéficier du soutien de ses

collègues qui travaillaient pour lui durant ses absences. Travaillant dans la salle

des machines, il était loin du luxe qui sévissait dans les étages supérieurs du

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paquebot. De toute façon, cela ne l’aurait sans doute pas impressionné pour

autant. Nakula était, en effet, détaché des considérations matérielles. Pour lui,

rien n’était plus important que retrouver ses origines et son passé.

Arrivé à Saigon, il demanda l’autorisation de quitter le paquebot pour quelques

heures, chose qu’il n’avait pas faite au cours des autres escales. L’autorisation

accordée par le capitaine, Nakula descendit du paquebot ; il n’y remonterait

jamais.

Nakula découvrit alors une ville bruyante qui lui était totalement inconnue.

N’ayant pratiquement pas un sou, il erra des jours entiers d’un quartier à un

autre. Mais, habitué à se débrouiller seul depuis son enfance, Nakula s’en sortit

à nouveau avec le temps. Les premiers jours, il dormait sous un pont dans des

conditions difficiles. Un jour, il fit la connaissance d’un garçon, Toan, cireur de

chaussures ayant le même âge que lui. Toan était orphelin comme lui. Tous les

deux se lièrent d’amitié, une amitié qui allait durer toute leur vie.

Toan lui proposa de venir partager sa maison, ce que Nakula accepta. Il

s’agissait en fait d’une maison à l’abandon dans un terrain vague à l’extrémité

sud de la ville. Le confort était réduit à son strict minimum avec un lit, une

table, une armoire et deux chaises. Il n’y avait ni électricité ni eau. Tous les

jours, il fallait aller remplir des bidons d’eau pour faire la toilette et prendre la

douche.

Les deux garçons partageaient désormais une existence commune et

s’entraidaient. Toan apprenait à Nakula à parler le vietnamien. Comme à

Makassar, Nakula enchaînait les petits boulots.

Installé au Vietnam, Nakula pouvait désormais se consacrer à la recherche de sa

famille. Il le fit avec l’aide de son ami Toan. Même si la tâche était extrêmement

rude, Nakula ne se décourageait nullement. Au fil du temps, il accumulait les

indices et les informations. Ces derniers lui permirent enfin, après quasiment

deux années de recherche, de retrouver la maison de ses parents à l’époque.

Avec Toan, il décida de s’y rendre. La maison se trouvait dans une petite ruelle

du district 4. Elle était petite mais présentait beaucoup de charme. Nakula avait

le cœur serré avant de sonner à la porte. Qu’allait-il découvrir ?

Il sonna et une vieille dame vint leur ouvrir la porte. En la voyant, Nakula eut

un sentiment bizarre, il était frappé par le visage de cette dame qui avait des

traits très ressemblants aux siens. La vieille dame les invita à entrer dans le

salon. Un homme, son mari, était assis dans un fauteuil et regardait la télévision

sans y prêter une réelle attention.

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« Bonjour mes enfants, qui êtes-vous ? Que venez-vous faire chez nous ? Que

pouvons- nous faire pour vous ?

- Bonjour Madame, bonjour Monsieur, répondit Toan à la place de Nakula dont

le vietnamien était encore très approximatif. Je m’appelle Toan et voici mon ami

Nakula qui est Indonésien. Nous sommes venus ici après de longues recherches

et désirons avoir des renseignements.

- Comment pouvons-nous vous aider, mes chers enfants ? »

Toan raconta alors toute l’histoire de Nakula. Plus il avançait dans l’histoire,

plus les yeux de la dame et de son mari étaient emplis de larmes. A la fin du

récit et après plusieurs minutes de silence, l’homme se leva de son fauteuil,

s’approcha de Nakula, lui prit les deux mains et lui demanda :

« Sais-tu comment se prénomment tes parents, mon garçon ?

- Tuan et Ngoc, lui répondit Nakula qui avait compris la question. »

A ces mots, le vieux couple éclata en sanglots. La femme serra Nakula dans ses

bras et pleura à chaudes larmes. Nakula ne savait pas encore exactement qui

étaient ces personnes mais il se doutait bien qu’il avait atteint son objectif.

« Nous sommes tes grands-parents maternels, finit par lui dire la vieille dame.

Ngoc, ta mère, est notre deuxième fille.»

Après de longues embrassades et pleurs, le vieil homme et sa femme apportèrent

à Nakula le morceau manquant du puzzle. Il découvrit alors que son vrai

nom n’était pas Nakula mais Son. Il avait une sœur aînée et un frère d’un an

de plus que lui. Quelques mois après sa naissance dans le camp en Indonésie,

ses parents avaient obtenu l’autorisation d’émigrer en Amérique. Ayant connu

la guerre et les privations, cette nouvelle devait être le début du bonheur pour

toute la famille. Malheureusement, le destin s’était acharné sur eux.

Nakula était atteint d’une maladie incurable ; les médecins du camp ne lui

avaient donné que quelques semaines à vivre. Ses parents avaient alors dû

prendre une décision terrible : partir sans lui car la date du départ était déjà

fixée, et Nakula n’aurait pas supporté un tel voyage. C’est ainsi que les parents,

le cœur déchiré, l’avaient abandonné à l’orphelinat pensant qu’il ne lui restait

que peu de temps à vivre.

Arrivés aux Etats-Unis, ils avaient tenté d’avoir des nouvelles de leur fils

et avaient obtenu une réponse de l’orphelinat disant que leur fils était bien

mort peu de temps après leur départ. La réalité était tout autre. Nakula avait

miraculeusement survécu.

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Nakula apprit de la part de ses grands-parents que ses parents, sa sœur et son

frère résidaient toujours aux Etats-Unis. L’objectif de Nakula était dorénavant

de les revoir pour que son bonheur soit total.

Depuis ce jour, Nakula habitait chez ses grands-parents en compagnie de Toan.

Ses parents avaient été prévenus de son retour miracle et s’apprêtaient à faire le

voyage jusqu’au Vietnam pour qu’enfin la famille soit réunie.

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Cocao

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Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Il s’appelait Cocao Pom, était robuste et musclé et avait seize ans. Il était brun,

avait des cheveux en hérisson, des yeux verts et sa bouche affichait un sourire,

mélange de bonheur et de peur. Il était parfois maladroit, mais, quand il le

voulait, il pouvait être aussi silencieux qu’un chat. Il était originaire d’un petit

village appelé « Pare Pare » de la région de Gowa, au nord de Makassar. Cocao

avait été envoyé à Makassar pour travailler et envoyer l’argent gagné à ses

parents, pauvres et trop vieux pour gagner leur vie. Il avait de nombreux frères

et sœurs et certains d’entre eux avaient, eux aussi, été envoyés à Makassar pour

travailler. Il vendait des poissons comme à son habitude quand il avait entendu

un groupe de personnes qui parlaient d’un bateau partant à l’aube vers le nord.

Cocao avait le goût de l’aventure. En interrogeant les inconnus, il avait

appris que le capitaine engageait un mousse d’urgence et que personne ne

s’était encore proposé. Tout excité, Cocao était tout de suite allé se présenter

à l’officier en charge du recrutement et celui-ci lui avait assuré après un

rapide entretien qu’il était engagé. Depuis longtemps, il faisait des économies

et n’envoyait plus autant d’argent à ses parents qu’autrefois. Il avait donc

rassemblé tout ce qu’il possédait et s’était acheté une épaisse couverture, des

habits et une fine lanière de cuir qu’il avait passée autour de son cou.

A l’aube, il s’était rendu au port et avait vu l’immense navire dont le nom était

écrit en lettres d’or majestueuses sur la proue. Il s’appelait « Le soleil d’Orient ».

Il en était sûr, à ce moment-là, ce voyage allait être merveilleux et plein de

mystères et d’aventures. Cocao ne put contenir son excitation en montant

dans le magnifique navire et en s’installant dans son hamac, au milieu de tant

d’autres marins. Il rencontra le capitaine qui lui parut grincheux et vieux, avec

sa barbe blanche et touffue, mais il fallait faire avec. Après d’interminables

manœuvres, le navire quitta le port de Makassar. Le nez et les cheveux au vent,

Cocao admirait encore et encore, sans s’en lasser, le port qui s’éloignait. Il était

heureux mais les questions se bousculaient dans sa tête : qu’allaient penser

ses parents? Que ferait–il maintenant ? Perdu dans ses pensées, il n’entendit

pas les ordres du capitaine, ce qui lui coûta un coup de poing dans le ventre.

Le voyage était long et la vie de mousse était très dure, avec du travail du

matin au soir. Un jour, quelques semaines après l’escale à Taiwan, pendant

que l’équipage était endormi et que les vagues s’entrechoquaient sur la poupe

du bateau, le vent se leva soudainement et réveilla le capitaine en sursaut. Ce

dernier se rendit compte immédiatement qu’une tempête allait arriver et il

envoya les officiers réveiller les hommes d’équipage qui, comme par magie, se

réveillèrent très rapidement. Cocao, encore à moitié endormi, ne comprenait

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pas la cause de toute cette agitation et se sentait perdu. Tous les marins étaient

silencieux et tendus, et chacun s’appliquait à sa tâche. N’y tenant plus, Cocao

se renseigna sur l’origine de ce tohu-bohu et demanda des explications à l‘un

de ses camarades. Celui-ci lui répondit avec un peu de peur dans la voix: « Une

tornade se prépare et on essaye de sauver le bateau des griffes de cette

apparition maléfique ! ».

Les efforts des marins furent vains car très rapidement la tempête atteignit

une force surhumaine, semant la terreur dans tous les cœurs. Plusieurs marins

se jetèrent à l’eau tant leur peur était grande. La tornade broya le majestueux

navire, sans pitié, en quelques minutes, comme s’il s’agissait d’une petite

barque. Cocao se retrouva soudainement jeté dans la mer, emporté par une

vague plus forte que les autres. A demi assommé par sa chute, il commença

à couler lorsque, guidé par son intelligence et sa gentillesse, un dauphin le

secourut en le poussant vers des planches qui flottaient. En se réveillant, Cocao

regarda autour de lui et sentit qu’il avait un torchon mouillé sur la tête, puis

il les vit. Un vieux bonhomme avec un jeune garçon qui avait à peu près son

âge. Avec le coup qu’il avait reçu sur la tête, Cocao ne se souvenait de rien.

En reprenant ses esprits, il se souvint petit à petit de tout depuis son départ de

Makassar. Il essaya de communiquer avec les deux inconnus mais il vit qu’ils

ne se comprenaient pas. Progressivement, ils apprirent à se connaître. Le jeune

garçon s’appelait Yotsuka, il était Japonais, et appartenait à une famille de

pêcheurs. La ville où il habitait s’appelait Osaka. Il était en train de pêcher avec

son père quand il avait vu un corps flottant sur l’eau, accroché à des planches.

C’était Cocao. Ils l’accueillirent chez eux et le soignèrent avant de l’installer sur

un lit moelleux et tout chaud.

Après avoir habité avec Yotsuka pendant quelques semaines, Cocao se rendit

en bateau à la capitale du Japon, Tokyo, accompagnant Yotsuka et son père

qui voulaient y vendre les poissons qu’ils avaient pêchés. En arrivant à Tokyo,

Cocao fut émerveillé par l’activité de cette ville et par sa grandeur. Après

avoir séjourné quelques jours à Tokyo avec Yotsuka et son père, le père et

le fils lui dirent qu’ils devaient partir afin de rejoindre le reste de leur famille

qui les attendait avec impatience. Ne désirant pas rester seul dans une ville

inconnue et ne parlant pas la langue du pays, Cocao demanda à Yotsuka s’il

voulait bien rester avec lui. Le père de Yotsuka qui pensait que cela serait une

belle opportunité pour son fils de découvrir une autre ville et de se trouver un

meilleur métier que le métier de pêcheur, l’autorisa à rester à Tokyo avec son

ami Cocao. Depuis ce jour, les deux adolescents devinrent inséparables. Pour

séjourner dans la ville, il leur fallait un logement et un travail, et les deux amis

trouvèrent une petite auberge où ils louèrent une chambre. Le jour suivant,

Cocao chercha du travail et trouva une place d’apprenti potier. Il sauta de joie

quand il fut embauché. Quant à Yotsuka, il fut embauché comme jardinier au

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palais impérial. Il avait toujours aimé les fleurs et les plantes. Les deux amis

se retrouvèrent pour le déjeuner. Ils mangèrent le plat traditionnel du Japon :

des sushis ! Cocao adora les sushis et tous les petits plats japonais, comme le

Teppanyaki : plats cuisinés sur un grand grill ou le Kaiseki : ensemble de mets

cuisinés, où la présentation compte beaucoup.

Pendant son séjour, Cocao apprit les secrets du métier de potier, il passait ses

journées et ses nuits à écouter son maître, le Maître Hiroshi, lui apprendre les

plus grands secrets du métier. Maître Hiroshi était vieux, et Cocao voyait qu’il

était de plus en plus malade. Pourtant, il avait encore beaucoup de choses à

enseigner à Cocao. Le garçon passait donc tout son temps aux côtés du vieil

homme qu’il adorait, et parfois, il oubliait même de manger. Quelques mois plus

tard, Maître Hiroshi mourut. Cocao, accablé par le chagrin, n’arrivait plus ni

à dormir ni à manger. Il n’arrivait plus non plus à fabriquer les belles poteries

qu’il adorait créer lorsqu’il était avec son maître. Son ami Yotsuka s’inquiétait

pour lui et il eut la bonne idée de l’emmener au Onsen: c’est un endroit où

des sources d’eau chaude volcanique alimentent des bains, à l’extérieur ou à

l’intérieur, et où les gens se baignent tous nus. Le temps qu’il passa avec son ami

aida Cocao à oublier petit à petit son chagrin, et la vie reprit pour lui.

S’abandonnant entièrement à la poterie en souvenir de son maître, il devint

peu à peu un vrai professionnel connu de tous. Il rencontra une très belle jeune

Japonaise prénommée Yoko. Ils se marièrent et furent très heureux. Souvent

Cocao pensait à Makassar et à sa famille qu’il avait quittée depuis plusieurs

années. Il en parla aussi à Yoko, et la jeune fille comprit le désir de son époux

d’aller rendre visite à sa famille. Elle lui proposa alors de voyager ensemble en

bateau jusqu’à Makassar. Le jeune homme tout heureux la remercia du fond du

cœur.

Ainsi, un beau matin, le couple mit le cap sur Makassar. Le cœur de Cocao

fit un bond dans sa poitrine quand il aperçut, au loin, les lueurs d’un rayon

de soleil sur le port de Makassar. En arrivant, personne ne le reconnut, car il

avait beaucoup changé depuis son départ. Les jeunes gens continuèrent donc

leur voyage vers la région de Gowa et arrivèrent bientôt en vue du pauvre

petit village appelé « Pare Pare » où la famille de Cocao vivait. En revoyant ses

proches, le sage et respecté maître potier se mit à pleurer. Il présenta Yoko à ses

parents qui la trouvèrent adorable.

Cocao devint aussi connu à Makassar car le métier de potier n’existait pas

encore là-bas. Il décida d’embaucher plusieurs apprentis pour leur apprendre

la poterie et les secrets que lui avait enseignés Maître Hiroshi. Devenu riche,

Cocao aida beaucoup de gens de son village à sortir de la pauvreté en leur

apprenant son métier.

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Après quelques années, Cocao et Yoko retournèrent au Japon, accompagnés

cette fois-là de leurs enfants qui étaient nés à Makassar. Ils vécurent heureux au

Japon pour le reste de leur vie.

Cocao et Yoko n’en avaient pas encore fini avec leurs aventures !

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Le Choix

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait changer sa vie.

Ce dernier, nommé Johan, était issu d’une riche famille hollandaise qui s’était

installée en Indonésie depuis longtemps. Il était assez grand, mince et svelte.

Il portait une petite veste beige, un pantalon bleu marine et des chaussures de

bateau en cuir.

Tout son équipage, quinze hommes au total, était composé de personnes de

confiance choisies par son père. Johan repensait à ce dernier et à ses indications

pour aller « au bout du Monde ». Il était sûr que son père ne mentait pas et qu’il

avait réussi, lui, à y aller.

Le bateau naviguait depuis quelques jours, en pleine mer, lorsque la vigile

cria : « Radeau en vue ! ». Tout le monde se précipita au bastingage et, en effet,

les marins virent un petit radeau sur lequel un homme agitait les bras.Le navire

se dirigea vers ce radeau et l’équipage recueillit le naufragé. Il se présenta:

« Je m’appelle James Le Forban et j’ai été chassé de mon bateau par mes

hommes. »

Ce James Le Forban était de taille moyenne et athlétique. Il portait un pantalon

corsaire, une chemise sale de couleur marron et un bandeau rouge qui sentait

l’anchois fermenté. Il marchait un peu en crabe et boitait. Son visage, sombre

et ridé, était parcouru de haut en bas par une cicatrice qui avait été faite

récemment par un sabre d’abordage. Malgré ces détails sinistres, Johan sentait

de la gentillesse en cet homme.

Johan emmena James dans sa cabine, située à la proue. Il l’interrogea sur son

passé et sur les raisons qui l’avaient contraint à abandonner son bateau.

« Tout cela a commencé lorsque j’ai découvert un parchemin du XII ème siècle

écrit dans une langue amérindienne inconnue. Après de longues recherches, je

réussis à déchiffrer le message. Voilà ce qu’il disait: ‘Tu iras jusqu’en Amazonie

puis tu te rendras au temple du Serpent à Plumes. Arrivé là-bas, tu creuseras sous le

troisième pilier à droite et alors, tu trouveras le fabuleux trésor volé des Incas.’ Je me

dépêchai alors de trouver un équipage et partis sur-le-champ. Une semaine

après, je me rendis compte que mes hommes n’étaient autres que des pirates et

ils organisèrent une mutinerie. Voilà pourquoi je suis ici avec vous.»


Alors Johan fut confronté à un choix important à prendre: aller au « bout du

Monde » ou partir à la recherche du trésor? L’idée de partir pour se battre

contre des pirates et trouver un trésor l’enthousiasmait beaucoup plus que le

«bout du Monde». Il décida alors de changer de but. Il monta sur le pont et

annonça à tout l’équipage: «Nous allons en Amazonie pour trouver un trésor ! »

Le barreur changea donc de cap et Johan se sentit fier de lui: c’était la première

fois qu’il prenait une décision importante dans sa vie.

Deux mois plus tard ils arrivèrent au Cap, où ils se ravitaillèrent en eau et en

nourriture. Ils renouvelèrent aussi les instruments de navigation. Trois jours

après, ils repartirent pour le Brésil.

Un mois et demi plus tard, les côtes brésiliennes furent en vue. Lorsque

l’équipage débarqua, James se dépêcha de trouver des canots à vendre pour

remonter l’Amazone. Il fallait faire vite: les pirates avaient de l’avance sur eux

! Ils achetèrent aussi des armes et une carte qui indiquait tous les temples de

l’Amazonie.

Une fois les préparatifs achevés, l’équipe se mit en route. Elle marcha jusqu’au

fleuve puis prit les barques qui l’attendaient là.

Un jour plus tard, ils entrèrent dans l’Amazonie. C’était une forêt dense et verte.

Il y faisait chaud et humide, les moustiques y proliféraient. Ces moustiques

étaient rayés et porteurs de maladies. L’équipage devait toujours être sur ses

gardes car les panthères noires peuplaient cette forêt. En effet, un jour, une de

ces dangereuses créatures sauta sur la barque.

« Attention ! cria James à Johan. »

La panthère s’était tournée vers Johan : c’était la proie la plus facile car il

était jeune. Alors, armé d’une pagaie, James se jeta sur le félin. Il l’assomma et

l’envoya dans la rivière.

Deux jours après cet incident, les hommes débarquèrent: il n’y avait plus qu’une

journée de marche jusqu’au temple de Quetzalcóatl le Serpent à Plumes. Encore

fallait-il que les pirates ne soient pas déjà arrivés !

Le jour d’après, à dix heures et demie du matin, l’équipage arriva enfin au

mystérieux temple. C’était un édifice qui, bizarrement, rappelait Angkor à

Johan de par son architecture: cela ressemblait à une ville constituée de temples

khmers. Ce n’était pas vraiment le style des Incas.

Johan regarda James: il avait l’air tendu.

« Qu’y a-t-il? demanda le jeune homme.

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- J’ai l’impression qu’on nous observe, chuchota James, inquiet.

- Et tu as bien raison, James Le Forban ! dit une voix sortie des buissons. Allez

les gars, sortez et capturez-les! »

- Alors jaillit des fourrés une vingtaine d’hommes, tous armés jusqu’aux dents.

« Défendez-vous ! » cria Johan à l’équipage.

Il regarda derrière lui: les hommes avaient déserté.

« On les rattrape, Capitaine ? dit l’un des pirates.

- Non, laissez partir ces froussards, dit le Capitaine de ces flibustiers. Attachezles

deux autres et allez chercher le trésor. »

Il se passa alors quelque chose d’incroyable : une multitude de noix de coco

s’abattit sur les pirates. Ils furent tous assommés et l’équipage de Johan au

complet descendit des cocotiers.

« On ne vous aurait jamais laissé tomber, Cap’tain ! » dit le second.

Ensemble, ils se dirigèrent vers le troisième pilier du temple le plus à droite. A

son pied, les hommes se mirent à creuser. Après quelques minutes, une pioche

heurta quelque chose de dur. L’équipage se mit à déblayer tout autour. Le

second sortit un coffre en bois usé. Il fit sauter la serrure d’un coup de pistolet

et alors ils virent tous une montagne de pièces d’or grosses comme une main

d’adulte et des rubis flamboyants. Les hommes chargèrent le coffre dans une

pirogue et laissèrent les pirates, encore assommés, à côté du temple.

Ils retraversèrent l’Amazone et arrivèrent au port sans encombre. Johan

retrouva son bateau en parfait état et cinq jours après, ils repartirent.

Quatre mois plus tard, ils étaient à Makassar. Johan était heureux de retrouver

son pays et sa langue natale. James et Johan se rendirent chez les parents de

Johan qui les reçurent chaleureusement. Johan voulut s’excuser pour ne pas

avoir suivi la route initialement prévue mais son père le rassura :

« Ne t’excuse pas mon fils. Je t’ai dit de faire un voyage pour faire de toi un

homme et tu vois, tu as pris des initiatives, tu t’es défendu, tu es un homme

maintenant. »

La famille s’occupa alors du partage du trésor. Tout le monde eut la même part,

excepté James, qui n’en demanda que la moitié.

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James dut alors partir car il avait affaire autre part. Johan lui offrit donc un

petit navire et lui prépara un équipage bien plus sûr que le dernier qu’il avait

eu.

Johan n’oublierait jamais James car c’est grâce à lui qu’il était devenu

courageux et doté d’une âme d’aventurier.

Nicolas Bodet

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L’aventurier

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune garçon contemplait

une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait l’intime conviction que ce voyage

allait définitivement changer sa vie.

C’était le 13 octobre 1544, Antoine Bali, un jeune Indonésien, était l’aventurier

idéal. Cet homme brave et confiant qui souriait, l’air charmant, était pourtant

cruel et égoïste. Il partait à la conquête du « Trésor des Rêves » qui se situait

dans la grotte des Enfers, sur la falaise de l’île de Morpion dans les Caraïbes.

Selon les légendes, la grotte des Enfers est habitée par des créatures effrayantes

et épouvantables. Antoine et ses compagnons voguaient calmement sur les mers, à

bord du navire Vénus, une magnifique caravelle en bois. Il était tard le soir.

Soudain, une tempête furieuse se déclencha. Des vagues monstrueuses et

terrifiantes frappèrent le bateau. Le vent souffla avec rage en hurlant. Les voiles

s’entrechoquèrent, la coque se détacha et les hommes se jetèrent à l’eau, terrorisés.

Le splendide bateau coula brutalement et se posa au fond des mers. Sur le rivage,

seul un homme avait survécu : Antoine. Il était inconscient, mais son cœur battait

toujours.

A son réveil, l’aventurier reconnut immédiatement l’île sur laquelle il avait

échoué: c’était l’île de Morpion. Elle était reconnaissable à ses falaises entourées

de squelettes pendus à des chaînes, se balançant lugubrement au souffle du

vent. Antoine n’avait rien sur lui à part sa boussole. Il était affamé. Epuisé par

le naufrage, il finit par s’endormir sous un arbre. Il ne pouvait se douter que des

hommes le guettaient discrètement depuis son arrivée...

Le lendemain, Antoine se retrouva dans une cabane en bois, allongé sur une

paillasse qu’entouraient plusieurs hommes. Il se leva brusquement en criant :

« Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? »

Un homme, qui avait l’air d’être le chef de la tribu répondit :

« Nous sommes les Majis, les descendants des premiers explorateurs de cette île.

Que fais-tu ici ?

- Pourquoi m’avez-vous amené dans cette cabane étouffante ?! Je suis arrivé ici

par hasard, mais celui-ci m’a bien conduit : je suis à la conquête du Trésor des

Rêves. »

- Nous avons sauvé ta vie. Cette île est remplie d’animaux dangereux, personne


n’a jamais survécu une nuit sans protection. Tu auras besoin de mes hommes pour

arriver au trésor. »

Antoine se méfiait très fortement, mais il accepta. Le groupe partit très tôt

le lendemain matin car la falaise était à trois jours de marche. Antoine voulait

toujours être à la tête de l’expédition et ne laissait jamais personne le dépasser. Les

insulaires, craintifs, le considéraient comme le Diable. Ils finirent difficilement

par arriver au bas de la falaise. Exténués, les hommes désirèrent se reposer mais

Antoine rejeta toutes les requêtes :

« On ne s’arrêtera pas tant que je n’en donnerai pas l’ordre !»

Alors plusieurs hommes abandonnèrent et rentrèrent chez eux. Mais d’autres,

poussés par la volonté de voir le trésor, persévérèrent. En cinq jours, le groupe

restreint arriva en haut de la falaise où il vit la grotte. Ce fut le seul moment où

Antoine s’octroya une nuit de repos avant de continuer le voyage. Ses compagnons

furent soulagés. La nuit fut longue. Et le chef de l’expédition n’arriva pas à dormir,

l’oreille aux aguets, pensant qu’un de ses compagnons allait lui faire du mal.

Enfin le soleil se leva. Les membres de l’expédition se préparaient à continuer

le voyage. Quand, tout à coup, une créature énorme se posa devant la grotte.

Ce gigantesque reptile volant ressemblait à un dragon. Il avait des yeux rouges

saillants et une bouche qui crachait des boules de feu. Des griffes aiguës le

défendaient. Ses ailes énormes mesuraient plus de sept mètres de largeur. Cet

animal féroce protégeait l’entrée de la caverne. Il brûla et jeta de la falaise trois

hommes qui tentèrent de l’abattre.

Le téméraire Antoine dut vite réfléchir à un plan afin de conserver la vie sauve.

Instinctivement, il prit un sabre, sauta sur le dos de la créature et, de toutes ses

forces, lui trancha la tête. Le dragon s’effondra par terre et laissa le passage

libre. Sur dix hommes, l’infernale bête en avait tué six. Les survivants entrèrent

dans la grotte et s’immobilisèrent de surprise devant le spectacle qui s’offrait à

eux : c’était un paradis naturel, un lieu magique avec plein d’étangs. Les arbres

étaient multicolores et les animaux vivaient en harmonie. L’air frais rafraîchissait

les poumons des aventuriers et une voix parfaite, musicale, les charmait. Tous

les hommes commencèrent à s’amuser et à chanter. Antoine, lui, se méfiait de

cet endroit : il avait l’impression que ce « paradis » était envoûté par des sirènes

maléfiques :

« Continuons notre voyage, cet endroit est maudit !»

Au moment où Antoine criait cette phrase, une dizaine de sirènes, mi-oiseaux et

mi-poissons sortirent des étangs et attrapèrent les hommes. Antoine et deux de ses

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compagnons coururent le plus vite qu’ils le purent et se retrouvèrent dans une

autre jungle, loin de ces dangereuses créatures.

« Nous allons dormir ici pour la nuit.» dit Antoine à bout de souffle. Il fit un feu et

entama la conversation avec les rescapés :

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«Tu t’appelles comment?

- Je suis Toukou.

- Et toi ?

- Moi, je suis Hiyas. »

Dès que le feu se fut éteint, les trois hommes s’endormirent. Le lendemain, ils

continuèrent leur voyage vers le « Trésor des Rêves ». Ils s’engouffrèrent dans

un tunnel obscur, sans rien voir. Ils avançaient tout doucement. Soudain, ils

entendirent des bruits étranges, des sifflements de langues qui approchaient de

plus en plus vite vers eux. Antoine alluma une bougie et ils s’aperçurent qu’ils

étaient suivis par une centaine de serpents. La sortie était proche. Toukou fut le

premier à apercevoir la lumière du jour. Antoine arriva à son tour, il se retourna

mais ne vit pas Hiyas. Le pauvre homme s’était fait mordre et était allongé par

terre. L’intrépide Indonésien le prit dans ses bras et courut jusqu’à la sortie. Il

allongea le blessé par terre. L’homme souffrait énormément ; Antoine devait agir

immédiatement sinon, Hiyas allait mourir dans les minutes suivantes. Il commença

à sucer le venin. Mais c’était trop tard car le poison avait atteint le cœur...Il n’y

avait plus rien à faire pour lui. Toukou et le jeune homme creusèrent un trou et

enterrèrent Hiyas. Antoine, pour la première fois, se sentit mal, envahi par un

sentiment de tristesse. Le soleil se couchait. Il décida que cette journée avait été

assez lourde et monta le campement sous un baobab.

Au lever du jour, après plusieurs heures de marche silencieuses, les deux hommes

arrivèrent devant une trappe en or. Curieux, ils l’ouvrirent et descendirent.

Ils tombèrent dans un long passage souterrain empli de toiles d’araignées qui

s’accrochèrent à leur figure, de boue qui les clouait au sol. Ils réussirent néanmoins

à atteindre un endroit protégé. Ce lieu qui brillait était le fameux « Trésor des

Rêves »! Sur un tapis en soie, reposaient des diamants de toutes les couleurs, plus

de cinquante coffres remplis d’énormes pièces en or, des bijoux venus du monde

entier : en perles, en plumes, etc… Une couronne de laurier dominait le monticule.

Après toute cette aventure, Antoine n’avait plus envie de prendre le trésor : il

l’admirait. Il comprenait désormais quelle était la véritable valeur de ces pierres

et objets, œuvres d’art intouchables. Mais la première réaction de Toukou fut de

s’emparer de tout le trésor et de le garder. Antoine le retint :


« Toukou, ce trésor ne nous appartient pas ! Nous n’avons pas le droit de le

prendre.

- Qui a dit ça ? Cela ne m’intéresse pas du tout à qui ça appartient ! »

Il commença à prendre des diamants et des bijoux et à les fourrer dans un sac

en cuir qu’il avait sur lui. Antoine essaya de l’arrêter mais il n’avait pas le temps

: de l’eau s’engouffrait par les galeries. Il supplia Toukou de le suivre et courut

vers une sortie. Mais la cupidité de son ami était trop forte : rendu fou par tant

de richesses, Toukou poussa Antoine et rejoignit le trésor. L’eau monta de plus en

rapidement, encerclant le monticule. Toukou, pris au piège, se noya.

Antoine, submergé à son tour, eut le temps d’apercevoir une sortie et nagea jusqu’à

ce qu’il puisse regagner la surface. Il ressortit au bas de la falaise. De là, il pouvait

voir les squelettes qui pendaient. Après cette épreuve, l’aventurier retourna chez

lui en Indonésie. Il était devenu professeur en archéologie et spécialiste du peuple

des « Majis » dans une Université. Et depuis, il fait beaucoup de voyage dans le

monde.

Laëtitia Mouly

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L’Esprit dans les voiles

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie. Ce que

je ne savais pas c’est que la mienne allait changer aussi.

Je suis allée le voir pour lui dire qu’il devait aller sur l’autre bateau. Il ne

voulait pas y aller, parce que l’esprit de ses parents qui venaient juste de mourir

se noyait dans son cœur. Ses yeux bleu foncé commençaient à perdre leur

couleur, ses beaux cheveux blonds couvraient sa figure. Il a pris ma main et on

s’est dirigé vers l’autre bateau.

La nuit venue nous nous sommes installés autour d’une lampe à huile. Il y

avait le jeune garçon, l’homme de ménage, le cuisinier et moi. On se racontait

des histoires, des flammes volaient dans les airs. Une musique imaginaire

commençait à jouer dans ma tête et les flammèches faisaient une petite danse.

Après avoir mangé, on s’est couché. J’ai posé ma tête sur du bois et j’ai regardé

le ciel, il ressemblait à une soupe aux étoiles. C’était comme si je pouvais mettre

une cuillère et mélanger les astres.

Je pouvais voir ma mère et je savais qu’elle était à la maison en train de penser

à moi. Je me sentais seule. Je savais que je n’allais plus la revoir, mais je n’ai

même pas eu envie de penser à la manière dont le garçon se sentait. Je savais

que ma mère était là, mais le garçon, lui il n’avait personne.

La tristesse emplissait mon cœur, je me sentais fatiguée, alors j’ai laissé mes

paupières tomber et vagabonder mes pensées. Je ne savais pas où j’allais, le

garçon non plus.

Le lendemain, je suis allée à la cabine du capitaine pour lui demander où nous

allions exactement.

Je l’ai vu couché dans une flaque de sang. J’étais choquée, j’avais l’impression

que mes pieds étaient des racines plantées dans le sol et je ne pouvais plus

marcher, mon souffle s’était évaporé de mon corps.

Mon cœur s’était arrêté car j’entendais des pas. J’ai cru que c’était le tueur.

Le son de ses pas s’est arrêté quand il s’est rapproché de moi. Je me suis

retournée très lentement pour voir qui était le tueur… C’était le majordome.

Heureusement que c’était lui, il devait être là pour se débarrasser du corps.


Il était un peu nerveux à côté de moi. Il disait que peut-être il avait attrapé

une maladie, mais ce n’était pas possible car il était couché dans une flaque de

sang… De toute façon, je savais que ça ne pouvait pas être lui car c’était le frère

du capitaine.

Je l’ai aidé à jeter le corps du capitaine dans la mer. La chose qui m’a surprise

est que le corps n’a pas flotté mais il a coulé.

Le soir, le majordome s’est isolé. On s’était assis en forme de cercle avec une

couverture qui couvrait nos dos du froid.

La fatigue a fermé mes paupières et la dernière chose que j’ai vue a été une

silhouette blanche qui s’est lancée sur le Majordome.

Le lendemain j’ai été réveillée par une sensation humide et liquide autour de

moi. Et me suis vue couchée comme le capitaine dans du sang. Je me suis levée

immédiatement. J’ai pris un chiffon pour nettoyer le carnage. J’avais une idée

sur l’endroit d’où le sang venait. J’ai mis une nouvelle chemise.

Quand j’étais debout, je pouvais voir plus clairement la scène que quand j’étais

couchée. Le garçon et le cuisinier étaient en train d’examiner le corps du

Majordome et aussi de nettoyer le sang. On a trouvé l’insigne du capitaine placé

dans sa bouche. Après la disparition du corps, une atmosphère tendue circulait

sur le bateau.

On était chacun dans un coin du bateau en train de se demander qui pouvait

être le tueur. Mon cerveau et moi jouions à un jeu de devinettes. Quand ce fut

le temps de dire au revoir au soleil et bonjour à la lune, je me suis roulée en

boule pour me rassurer. L’idée que l’un d’entre nous trois allait peut-être être

tué pendant la nuit me hantait.

Un nuage est passé au-dessus de moi et a soufflé de la fatigue dans mon corps.

Le lendemain, j’ai été réveillée par l’odeur du riz qui était en train de cuire. J’ai

regardé la scène autour de moi: le cuisinier cuisinait, le garçon le regardait mais

ils ne se parlaient pas. Mes yeux étaient sur le point de se fermer, mais quelque

chose a attiré mon attention. Le corps du majordome était attaché à l’un des

mâts du bateau !

J’étais confuse… Je pensais que nous l’avions jeté dans l’océan. Je me suis

rapprochée du corps pour voir s’il y avait un indice comme les autres jours et

bien sûr, il y en avait un. Dans sa main droite, il tenait un couteau et dans sa

main gauche, il tenait le chapeau du capitaine. Sur le mât où était suspendu le

corps, il était écrit : c’est moi.

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J’ai appelé les autres pour qu’ils voient la scène. C’était évident que c’était lui

qui avait tué le capitaine, mais qui avait laissé les indices…

Cette nuit, j’ai dormi vraiment profondément. J’ai rêvé de deux petits garçons

qui ressemblaient au capitaine et au majordome. Ils étaient frères. Leur père

avait un cancer du poumon. Il se savait perdu alors il avait décidé de donner

son argent à ses deux fils. Un jour, il les appelle pour leur dire ce qu’il veut faire

avec ses économies, mais le plus jeune (le majordome) ne voulait pas parler à

son père, alors le capitaine a seul hérité de tout l’argent. Le majordome était

jaloux. Depuis ce jour-là, l’idée de tuer son frère hantait son esprit.

Le matin, on s’est assis en cercle pour manger notre petit déjeuner. Tout le

monde donnait l’impression d’avoir quelque chose de vraiment important à dire.

J’ai commencé par mon rêve. Je le leur ai expliqué et ils ont dit qu’ils avaient

aussi fait le même rêve que moi.

Voici donc ce que le rêve nous révélait :

Le majordome a tué le capitaine par jalousie et le fantôme du capitaine a tué le majordome

et a laissé des indices pour qu’on sache que c’était lui qui l’avait tué.

Après avoir perdu le poids de l’anxiété, on commençait à parler, rire et chanter.

Quelques jours plus tard, la joie était déjà moins intense.

Un soir, le cuisinier faisait cuire du tilapia bleu. Quand il le coupa en deux, un

sang noir coula Le sang était plus noir que les cœurs prisonniers des enfers. Sa

consistance était plus épaisse que le miel de montagne népalais. Ce sang pouvait

remplacer de l’eau potable.

Un autre soir, une lumière verte perça mon sommeil. J’ai ignoré cette lumière

mais j’ai senti des bras m’envelopper pour me soulever et me placer sur une

surface dure, froide et très inconfortable, mais c’était mieux que de se réveiller.

Le lendemain j’ai été réveillée par une odeur de poisson très forte. Je me lève

pour voir où je suis. J’étais sur un bateau de pêcheur. La veille, la lumière verte

était la lumière de ce navire. Je me trouvais là sur un bateau, avec mes deux

amies, on n’allait peut-être plus jamais se revoir. Mais j’ai gardé mes larmes

pour après. Je ne savais pas avec qui j’allais vivre après. Je ne pouvais plus

rentrer pour voir ma mère. Je n’avais pas assez d’argent pour le transport.

Quand on est arrivé sur le quai je tremblais de peur, de tristesse et de joie.

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Je me suis retournée pour dire au revoir à mes amies, mais au lieu de les voir

tristes, j’ai vu le garçon mort et le cuisinier avec des menottes. Je ne comprenais

pas ce qu’il se passait. On traîna le cuisinier dans une camionnette qui prit la

direction d’un endroit où je ne voudrais pas être.

Mes yeux étaient maintenant fixés sur mon ami mort. Il fut jeté dans la mer par

des marins. Que se passait-il ? Pourquoi plus de morts, pourquoi l’homme étaitil

emmené en prison? Je ne pouvais pas comprendre.

J’ai regardé une fois de plus le corps qui était maintenant assez loin.

C’était la dernière fois que je le voyais, et je n’ai jamais connu son nom.

Capucine Parthonnaud

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De Makassar à Palawan

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Une brise légère se leva, caressa les cheveux noirs de Tchang et fit claquer les

voiles qui se tendirent un peu plus, sortant doucement le voyageur de sa rêverie.

Ses yeux marron brillaient de plaisir. Un petit sourire fin s’échappa de sa

bouche : il allait bientôt retrouver les siens.

Fils d’un riche armateur chinois de Hong Kong, il avait passé plus d’un mois en

Indonésie à vendre soie et porcelaine de son pays. L’équipage, depuis le matin,

s’était occupé d’affréter l’imposante jonque qui reprenait enfin la route vers la

Chine, les cales remplies d’épices.

Le jeune négociant était accompagné de son ami vietnamien Nam, un garçon au

teint bronzé, rencontré à Faifo lors d’un précédent voyage. Ils étaient devenus

inséparables et suivaient cet itinéraire ensemble pour la troisième fois. Ils

avaient toujours effectué le trajet sans encombre bien que des pirates sillonnent

souvent ces mers parcourues par de nombreux navires marchands.

Soudain, le cri strident d’une mouette retentit au loin, comme si elle avait voulu

le prévenir d’un danger. Pris d’un frisson, Tchang regagna la cabine. Elle était

assez vaste pour deux et il la partageait avec Nam. Une lampe tempête accrochée

au plafond vacillait. La faible lueur éclairait, d’un côté, les deux lits superposés,

et de l’autre, le petit bureau sur lequel reposaient les livres de compte. Au centre,

une table déjà servie et deux chaises complétaient le mobilier. L’ami de Tchang

l’attendait pour prendre le repas. Celui-ci fut maussade.

« Tchang, quelque chose ne va pas? Tu as l’air préoccupé.

- J’ai le pressentiment que nous allons nous faire attaquer.

- Tu es toujours à imaginer le pire! Allons plutôt nous reposer. Je te souhaite

une bonne nuit ! »

Nam avait raison, il se faisait tard. Toujours inquiet, Tchang se retourna maintes

fois dans son lit avant de trouver le sommeil. Seul le clapotis des vagues contre

la coque de la jonque, immobilisée pour la nuit, troublait le silence.

« Paresseux, lève-toi ! » Tchang ouvrit les yeux et vit son ami penché sur sa

couche. « Ah enfin ! Que dirais-tu d’une petite baignade? Le dernier à l’eau est

un nem ramolli ! » Et il courut à l’eau. Le paysage resplendissant de Tarakan,


où ils avaient jeté l’ancre la veille, se mélangeait au ciel bleu azur. L’eau

turquoise scintillait sous le soleil brûlant. Le jeune garçon plongea. Les deux

amis s’amusaient. Des poissons de différentes couleurs leur tenaient compagnie.

« Les jeunes, il serait temps de repartir, non ? » Tchang leva la tête et vit le

capitaine de la jonque. Musclé comme un buffle, il apprenait parfois à Tchang

comment manier un sabre. Les deux hommes se connaissaient depuis longtemps

et s’appréciaient mutuellement. Il leur lança une échelle de corde.

Tout semblait paisible et Tchang avait oublié ses inquiétudes de la veille.

L’activité reprenait sur le pont. Deux hommes remontaient l’ancre, deux autres

dénouaient les gréements qui retenaient la voile principale. Les marins qui

finissaient leur quart allaient s’allonger dans les hamacs laissés libres. Pendant

que la jonque fendait les flots, le reste de l’équipage vaquait aux différentes

tâches d’entretien du navire. Tchang passa la journée entre le pont, à admirer le

paysage maritime dont il ne se lassait pas, et la cabine, à vérifier ses comptes et

à jouer aux échecs avec Nam. Quand ils arrivèrent au large de l’île Palawan, ils

firent halte pour la nuit.

Le lendemain matin, Tchang fut réveillé par une agitation inhabituelle. Il courut

sur le pont. Les marins, affolés, semblaient vouloir fuir quelque chose de façon

désordonnée et le bousculaient sans ménagement. Certains avaient sorti leur

sabre de leur fourreau ou armaient leur pistolet, d’autres se dirigeaient vers

le mât pour déplier au maximum la voile et lui assurer une meilleure prise au

vent. Désorienté, Tchang alla se renseigner auprès du capitaine. Celui-ci tenait

la barre. « Que se passe-t-il ? », demanda Tchang. « Regarde à ta droite ! » lui

répondit le capitaine, occupé à crier des ordres.

Tchang tourna la tête et vit des pirates. Il comprit qu’il allait bientôt devoir se

battre. Soudain, un boulet de canon provenant de la jonque pirate transperça le

mât qui s’écrasa sur la cabine où Nam dormait encore, inconscient du danger.

« Nam ! » cria Tchang, tout en courant vers la cabine, ou plutôt ce qu’il en

restait. Le garçon balançait les débris de tous côtés en cherchant vainement

son ami. Il le trouva enfin, coincé sous une poutre. Il l’aida à se dégager et à se

relever.

« Comment vas-tu ? » s’inquiéta-t-il.

Nam, encore sous le choc, le rassura :

« Le lit supérieur m’a protégé. »

Les pirates les rattrapaient. Les deux jonques n’étaient plus qu’à quelques

pieds l’une de l’autre. Les flibustiers lançaient déjà leurs grappins. Tchang

sortit de son fourreau le sabre offert par son père. Bien qu’il fût jeune, il ne

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manquait ni d’intrépidité ni de courage. Malgré la peur qui l’habitait, il se lança

sans attendre sur les pirates. Mais ses hommes étaient marchands ou marins,

pas militaires. Ils n’avaient pas assez d’expérience du combat au corps à corps.

Tchang se battait furieusement. Soudain, une masse métallique s’abattit sur son

crâne. Le jeune garçon perdit connaissance.

Quand il se releva, des corps gisaient de toutes parts sur le pont. Il aperçut

celui du capitaine, transpercé d’un kriss malais. Nam était-il parmi eux ?

Tchang n’eut pas le temps de chercher son ami car des cris de détresse se firent

entendre, depuis la cale. Tenant encore à peine sur ses jambes, la tête résonnant

comme un gong, il y descendit et vit les survivants enfermés derrière une porte

cadenassée.

« Tchang, délivre-nous. Les pirates ont pillé nos marchandises, après nous avoir

enfermés ici, et ils ont mis le feu au navire ! Vite ! Sinon on va rôtir comme des

grillons ! » Nam venait de prononcer ces paroles. Soulagé de retrouver son ami,

Tchang prit un énorme marteau sur un établi voisin et commença à frapper le

cadenas. Celui-ci céda après quelques coups. Les prisonniers s’extirpèrent de

leur étroit cagibi.

« Prenez des seaux et essayez d’éteindre le feu ! » ordonna Tchang. Les marins

firent une chaîne. Mais le feu continuait à gagner du terrain et s’approchait

sournoisement d’une grosse caisse de poudre. Quand Nam, le premier, s’en

aperçut, il était déjà trop tard ! La violente explosion qui s’ensuivit projeta

Tchang hors de la jonque qui sombra rapidement.

Il réussit à s’accrocher sur une planche assez large et à s’y allonger. Il dériva

ainsi seul pendant cinq jours. Le soleil ardent lui brûlait le dos pendant la

journée alors que toutes les nuits il grelottait sans trouver le repos. Autour

de lui, de l’eau à perte de vue, et pourtant il ne pouvait pas étancher sa soif

accentuée par l’air salé. Tchang, épuisé, revoyait défiler sa vie devant ses yeux.

Il avait toujours aimé l’aventure et les rêveries solitaires et tous ces moments

lui revenaient à l’esprit. Quand il crut voir un rivage au loin, il pensa qu’il avait

affaire à un mirage et, persuadé de délirer, il arrêta de lutter et s’évanouit.

Cela fait maintenant trois ans qu’il habite cette île. Quand il s’était réveillé, il

avait d’abord cru qu’il se trouvait au paradis, mais le cadre était bien réel…

Vivant comme un ermite dans cet atoll inhabité, il attend toujours le passage

improbable d’un navire. Ne lui parlez plus d’aventure ni des joies de la

solitude !

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Dan Mottier


Le Bouddha d’Or

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

C’était avec tristesse que Joris quittait son pays natal ; il repassa tous les

moments vécus dans sa tête. Finalement, il reprit espoir et rentra dans sa

cabine. Une odeur familière accompagnait deux vieilles bouées rayées de

rouge et de blanc ainsi que deux tableaux ornant les murs blanc crème. L’un

représentait deux matelots à bord d’un voilier, l’autre, quatre fillettes qui

dansaient. Au fond de la chambre était casé un petit lit en bois accompagné

d’une petite table de nuit ainsi qu’une armoire munie de quelques cintres vides

et d’étagères. Comme il se faisait tard, Joris alla chercher dans la petite cuisine

une tasse de thé à la menthe agréablement parfumé qu’il but sans attendre, et se

glissa dans son lit.

Vers sept heures, il se réveilla, ébloui par la lumière du soleil et bercé par le

chant des vagues. Il sortit précipitamment de son lit, se dirigeant vers la salle de

bains. Il se rinça la figure à l’eau froide, histoire de bien se réveiller, et regarda

l’image que lui renvoyait le grand miroir vertical, reposant contre le mur: un

jeune garçon aux yeux fatigués, des cheveux noir ébène tout ébouriffés ainsi

que des lèvres pulpeuses ; il se trouvait particulièrement laid au réveil. Il se

vêtit d’une légère chemise à carreaux et d’un vieux bermuda en jean. Après

quoi, il installa une petite table pliante sur le pont du navire et entama son

petit déjeuner : un petit bol de café accompagné de quatre tranches de pain

délicieusement recouvertes de confiture de fruits rouges. Une fois rassasié, Joris

sortit de sa poche une feuille de papier et un stylo. Sur la feuille était présenté

l’endroit où il séjournerait : Pasi, un petit îlot situé dans les îles Salayar, où le

bouddha était censé se trouver. Il était aussi noté toutes les recherches qu’il

avait faites sur cette île : un homme vivait ici il y a une centaine d’années, dans

un petit cabanon. Précisément, c’était une grande mangrove qu’il recherchait,

l’endroit où se trouvait le premier indice. Mais vous vous imaginez bien que ce

voyage n’était pas organisé dans le but de la détente, au contraire. L’intérêt de

cette expédition était de retrouver le Bouddha d’Or Sacré, recherché depuis

plus d’un siècle. Une somme d’argent particulièrement importante serait

remise à celui qui retrouverait Le Trésor, mais la personne pourrait également

le garder ! Joris estimait cette affaire trop importante pour la laisser passer. Il

savait que cette aventure ne serait pas évidente, et que survivre serait difficile…

63


Alors il se leva de table, abandonnant sa feuille et son stylo, et descendit les

escaliers, se dirigeant vers la barre. C’est alors qu’il changea de cap. L’engin fila

à toute allure à tribord. Joris retourna sur le pont du navire. Il débarrassa la

petite table qu’il replia sans attendre et descendit dans sa cabine.

En fin de journée, le jeune homme baissa la voile avant de se laisser tomber sur

son lit sans même avoir avalé quelque chose. Il ferma les yeux, et s’endormit au

bout de quelques minutes. Cette fois-ci, Joris se réveilla de bonne heure pour

une simple raison d’impatience. Dans moins d’une heure, il atteindrait le rivage

de Pasi, déjà visible depuis le hublot de sa cabine. Il effectua son petit rituel :

faire sa toilette et petit déjeuner. Quarante minutes plus tard, quand le garçon

approcha de la côte, il descendit les voiles, jeta l’ancre et atteignit la rive à la

nage, avant de mettre pied à terre.

A peine Joris avait-il posé le pied sur le sable fin et brulant recouvrant l’îlot,

qu’une multitude d’animaux volants sortit de la jungle, située au beau milieu

du petit morceau de terre. Il y en avait de toutes sortes ! Des hérons cendrés

gris au cou en S ou encore des perruches blanches, au ventre gonflé et au bec

retourné. Une grande variété de papillons survolait l’île aussi. On pouvait

trouver des Grand Mars, possédant un côté bleu et un côté marron, des Paon

de Jour, avec un œil à chaque coin d’ailes, des Proserpine, portant des couleurs

chaudes, ou bien des Argus, coloré d’un incroyable bleu azur. Emerveillé par

ce spectacle multicolore, le garçon restait bouche bée, les yeux grand ouverts.

Toujours le regard rivé sur le ciel, Joris se rapprochait de la jungle, comme

hypnotisé. Mais son rêve fut bientôt interrompu par une grosse rafale de vent

qui vint heurter son visage sonné. Finalement, il reprit ses esprits et pénétra

dans la jungle.

Le jeune homme avançait lentement, quand il entendit un petit claquement,

suivi d’un feulement effrayant ; un frisson lui parcourut le dos. Quelques pas

de plus lui suffirent pour découvrir derrière un gigantesque rocher, une énorme

mangrove. Les lianes et racines grimpantes pendaient de partout, et l’on pouvait

apercevoir de grandes feuilles jaune vert. Joris retombait dans son petit monde

merveilleux, mais cette fois, il n’y resta pas bien longtemps, car les claquements

et les râlements reprirent... Alors, il se lança, et s’agrippa à une liane, puis se

balança, et enfin la lâcha, afin d’atterrir juste sur l’arbre. Mais quand il voulut

se retourner pour enfin comprendre ces bruits mystérieux, une douleur le saisit.

Il baissa la tête, et en effet, deux crabes le pinçaient de toutes leurs forces. L’un

ressemblait à un Uca, petit mais dangereux, et l’autre à un Mantou, énorme

aux pinces tranchantes. Joris avait beau secouer son pied imbibé de sang, rien

n’y faisait. Alors il arracha une des branches de l’arbre et frappa les bêtes, qui

ne tardèrent pas à lâcher leur proie. Il observa sa blessure, mais l’oublia en

quelques secondes à cause de ce fameux grognement. Alors il marcha jusque

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derrière l’arbre. Et c’est alors qu’il comprit d’où le rauquement venait. Son cœur

tressauta dans sa poitrine, et une vague de malaise l’envahit. Vous n’allez pas en

croire vos yeux !

Un Tigre du Bengale lui faisait face. Gros et zébré d’orange, de marron et de

noir, la majestueuse bête poussait des feulements impressionnants afin de

montrer sa puissance. Joris ne put retenir un cri de peur. Le tigre s’avança et

souleva sa patte du sol terreux, sortant ses griffes acérées. Le jeune homme

grimpa à la mangrove, jusqu’au feuillage, au sommet de l’arbre. Au moment

d’attraper sa dernière prise, il posa la main sur une feuille de papier enroulée

et attachée par un fil doré, d’où une petite clé pendait. C’était quand même

bizarre, une clé attachée à un message ; mais sans se poser de questions, il la

glissa avec précaution dans sa poche, se disant qu’elle pourrait servir durant

l’aventure. Il contourna l’arbre, toujours en hauteur, et s’installa sur une

branche assez solide pour supporter le poids d’un homme. Le tigre le suivait

d’en bas, mais Joris était maintenant trop absorbé par sa mystérieuse trouvaille

pour trembler de peur. Il la déroula, laissant tomber par terre le fil d’or qui

occupa un moment le félin. Il put observer un papier à lettre déchiré aux coins

et légèrement humide. Il disait :

« Réfléchissez bien ! Je suis forcément quelque part …

Signé, le Bouddha d’Or Sacré »

Cette lettre n’apportait pas plus d’informations mais elle servait forcément à

quelque chose. Quelque chose qu’il devait trouver. A ce moment-là, il comprit

que cela ne serait pas aussi simple qu’il le pensait. D’ailleurs, vous deviez

également vous en douter …

Une fois le tigre partit, il se décida à descendre et s’assit en tailleur au pied de

l’arbre. Puis il commença à réfléchir à cette lettre. Il avait beau se creuser la

tête, rien n’y faisait. Alors il émit quelques hypothèses : peut-être était-ce juste

un indice lui permettant d’être sûr que le trésor était sur Pasi, ou bien justement

qu’il était hors de l’île ? Non, ce message n’aurait servi à rien si le Bouddha

se trouvait ailleurs qu’ici. Le jeune homme était donc forcément sur une bonne

piste. Mais alors une évidence lui vint à la tête. Qui avait écrit cette lettre ? Il

réfléchit, encore et encore, si bien qu’en fin de journée, il s’endormit au pied de

la mangrove, entouré de lianes et d’insectes dont les noms lui étaient inconnus.

Le lendemain, il fut réveillé aux alentours de cinq heures. Envahi par la fatigue

de ses aventures, il se leva tel un preux chevalier en combat. Mais quand il

voulut se mettre debout, il aperçut le fil d’or délaissé par le tigre Bengale. Il

se pencha donc pour le ramasser, et c’est alors qu’il aperçut des écritures en

minuscule sur le bout de tissu. Il était écrit : « Daboud Scarat ».

65


« Mais oui ! » s’exclama-t-il. En effet, c’était l’homme que tout le monde

connaissait pour avoir survécu sur cette île plus d’un an. D’après la légende,

il habitait dans un vieux cabanon en bois. Mais pourquoi n’y avait-il pas pensé

plus tôt ? C’était forcément là que le Bouddha se trouvait ! Il était tellement

excité qu’il en oublia sa blessure. Il se leva, comme par miracle, et se dirigea

au centre de l’île. Grâce à ses nombreuses recherches, il connaissait l’île comme

sa poche. Alors il courut vers le nord-est de l’île jusqu’à arriver devant cette

fameuse cabane de bois. Elle n’était pas très grande. Tout près du but, il poussa

la porte. Mais il s’en doutait, ça aurait été trop facile qu’elle s’ouvre toute seule !

Alors il se rappela de sa clé, et la sortit de sa poche, avant de la glisser dans la

petite serrure placée juste au-dessus de la poignée rouillée. Comme prévu, la

porte s’ouvrit, laissant échapper un grincement terrifiant. Joris entra dans la

maison mais ne bougea pas du palier. Il observait la demeure de bois. Une forte

odeur de renfermé entrait dans son nez et lui était particulièrement désagréable.

Mais il devait faire avec. Les murs étaient en bois. La pièce était apparemment

vide. C’est alors qu’il porta toute son attention sur ce qui aurait impressionné

n’importe qui …

Un coffre, oui, un coffre. Une fine couche poussiéreuse recouvrait les rubis et

les diamants incrustés dans l’or. Mais il s’imaginait bien qu’il ne s’ouvrirait pas

comme ça. Alors il reprit sa clé magique. Cette dernière rentra parfaitement

dans la serrure. Joris tourna la clé et … Il cria de joie. Il avait percé le secret du

Bouddha d’Or sacré ! Il le prit dans ses mains et le sortit du coffre. On pouvait

observer sur la statue des milliers de petites feuilles d’or collées les unes sur les

autres. Alors il sortit de la cabane et courut jusqu’à son navire. Il redressa les

voiles avant de courir dans sa cabine. Il enveloppa le bouddha dans des draps

et le rangea dans son sac à dos. Il marcha vers la barre, tourna le volant, et le

bateau fonça vers le port de Makassar. Debout sur le pont de son bateau, un

sourire venait de naître sur le visage de Joris. Comme vous devez l’imaginer, le

jeune homme repartit, fier et heureux de ses découvertes.

66

Léa Zépi


Vestiges d’une nuit

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Le lendemain matin, Robin entendit le second au commandement crier:

« Navire en vue ! »

Robin se leva et se rendit à l’avant-pont. Le commandant l’attendait avec

impatience. Robin observa, à l’horizon, le bateau qui se fondait dans la lumière

du soleil levant.

Le rayonnement lumineux colorait de rouge la coque du bateau. On crut

contempler un bijou isolé dans l’immensité de l’océan, tel un trésor abandonné.

Le vent se tut, l’anémomètre indiquait une mesure nulle. Le temps semblait

s’être arrêté. Le navire se trouva soudainement ababouiné. Le commandant fit

d’ailleurs remarquer qu’ils entraient dans une zone de silence. Pour en avoir le

cœur net, il décida d’aller à la rencontre de cette mystérieuse apparition.

Robin devait faire partie de cette expédition inattendue. Intrigué, il avait en

effet souhaité accompagner le commandant et son équipage. En s’éloignant

ainsi de leur arrimage, ils comprirent qu’ils s’aventuraient, tels des voyageurs

imprudents, vers l’inconnu. Une pointe d’inquiétude se lisait maintenant sur le

visage du commandant.

A l’approche du navire, Robin arrivait à mieux distinguer la forme générale

du vaisseau. La coque avait l’aspect d’une grande bulle de verre reposant sur

une immense plateforme pneumatique. Deux gigantesques voiles à quatre

mâts, étaient tendues de chaque côté. Elles ressemblaient à des nageoires de

poisson. L’objet, à la fois fascinant et terrifiant, ensorcelait tous les membres

de l’expédition. Personne n’avait jamais vu une chose aussi grandiose. Le

commandant, le premier à réagir, ordonna à ses hommes de faire demi-tour à la

vue de l’iceberg. Il manipula frénétiquement le gouvernail. Robin, de la terrasse,

interpella le commandant pour lui demander de poursuivre l’expédition.

Celui-ci lui expliqua qu’il ne souhaitait pas exposer son équipage à une telle

aventure, cela étant bien trop risqué sans radar. Robin argumenta longuement

avec lui en rappelant qu’il y avait sûrement, derrière cette façade éblouissante,

de nombreux mystères à découvrir et que l’aventure valait la peine d’être vécue.

L’objet, unique en son genre, devait recéler bien des intérêts qui pourraient les

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mener à un trésor de technologies. Le commandant, témoin de l’enthousiasme

de Robin, décida de se lancer dans l’aventure malgré un parcours assurément

semé d’embûches.

Robin admirait ce bateau flottant qui lui semblait de plus en plus inaccessible.

Il se sentait prêt pour l’aventure et brûlait d’excitation. Arrivés au bord de la

plateforme, les marins furent saisis par l’immensité de la paroi vertigineuse. Un

matelot tenta d’escalader la plateforme en s’agrippant à la saisine. Arrivé sur la

passerelle, il chercha un passage pour accéder à l’intérieur du bâtiment.

Robin le rejoignit et chercha à son tour la solution à cette énigme. Depuis la

passerelle, ils pouvaient observer la construction futuriste du bateau, derrière

laquelle se trouvait un immense mur végétal qui envahissait toute la bulle. Rien

ne laissait soupçonner la présence d’une occupation quelconque. A ce stade de

leur recherche, les hommes commençaient à s’impatienter et à perdre espoir. A

ce moment, ils entendirent le commandant les appeler. Celui-ci était suspendu

à une échelle et leur indiquait de s’introduire par une évacuation située en haut

de l’engin. Ils se précipitèrent alors à sa rencontre, excités à l’idée de parcourir

l’intérieur du navire.

Ils se sentaient de nouveau prêts à braver tous les dangers. Ce défi relevé, les

hommes entrèrent l’un après l’autre dans la bouche du vaisseau.

Les aventuriers avançaient prudemment à l’affût du moindre mouvement. Au

bout du tunnel, une lumière éblouissante les aveugla. Robin passa le premier

et les guida jusqu’à la lumière. Celle-ci provenait d’une salle blanchâtre éclairée

de façon inexpliquée. La pièce était remplie d’immenses écrans tactiles laissés à

l’abandon. Des câbles envahissaient le sol et les murs créaient une atmosphère

chaotique. Seuls des projecteurs clignotant animaient la scène.

Ils traversèrent cet espace inhabituel avec sang-froid. Une scène stupéfiante

les ébranla : ils entendirent des sons indéchiffrables qui émanaient d’une radio.

L’objet diffusait un flot continu de paroles étranges. L’incompréhension saisit

Robin d’effroi. Faisant preuve de bravoure jusque-là, il prit alors la mesure de

la folie de leur expédition. Son instinct lui dictait de faire demi-tour mais son

besoin d’assouvir sa curiosité était plus fort.

Pris de panique, le commandant tenta d’éteindre la radio et ce faisant déclencha

une alarme. Ils sentirent tous, à ce moment, le bateau s’ébranler. De l’eau se mit

à se déverser dans la cabine et les hommes se trouvèrent vite les pieds mouillés.

Robin emporta la radio et se mit à courir en direction d’une autre porte. Les

autres le suivirent et ils débarquèrent ensemble dans l’antre du bateau, au

cœur même de ce qu’ils avaient entre-aperçu depuis la passerelle. Des arbres

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d’un autre monde poussaient sauvagement, la végétation foisonnait, rendant

le passage difficile. Tout en observant ce spectacle grandiose, les mouvements

incessants du bateau leur rappelaient l’urgence de leur évacuation. Cet univers

qui leur échappait allait disparaître d’un instant à l’autre et ils réalisèrent leur

chance de pouvoir encore l’observer quelques instants. Ils oscillaient chaque

instant entre le désir de rester et celui de quitter le navire pour sauver leur vie.

Ils pressentaient tous que l’expédition touchait à sa fin et se sentaient affligés

à l’idée de passer à côté de tant de merveilles. A l’insu de l’équipage, Robin

emporta avec lui un souvenir de cette embarcation futuriste. Il ne pouvait se

résoudre à perdre tout ce savoir. La beauté de cette apparition, qui s’était offerte

à lui, devait avoir un sens. Il savait qu’elle avait bouleversé sa vie et qu’elle

continuerait à le faire à travers cet émetteur.

Ils trouvèrent enfin une sortie, remontèrent à la surface, puis regagnèrent et

s’installèrent dans leur canot. Ils regardèrent alors en silence le bateau sombrer,

emportant avec lui tous ses secrets. Toutes les tensions accumulées jusqu’alors

retombèrent et les hommes se regardèrent calmement, conscients de ce qu’ils

venaient de vivre. Chacun garderait en mémoire ces instants inoubliables où,

coupés du monde, ils avaient touché l’intangible réalité d’une vie autre.

Léa PKM Abdul

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70

Harapan 1

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Il ne savait pas quels sentiments il devait avoir: tristesse, mélancolie, bonheur,

exaltation, espoir, peur? Tout se mélangeait dans sa tête. Cependant, il le

sentait: il avait peur. Peur de l’inconnu.

Sa vie passée ressemblait étrangement à cette mer qui peut être à la fois douce

et tranquille et soudainement, coléreuse et dangereuse. Cette mer ressemblait

vraiment à sa vie… Au départ, une vie douce et agréable auprès d’un père et

d’une mère aimante, des parents humbles et pauvres mais tellement rassurants.

Il avait grandi dans un petit village proche de Makassar. Maman tissait. C’était

la meilleure ouvrière, disait-on au village. Et Papa travaillait au champ avec

Waka, le buffle d’eau. Puis la guerre était arrivée et comme une tempête en

pleine mer, soudaine et mortelle, tout était allé très vite: l’orage japonais s’était

abattu un jour sur la terre et Papa et Waka étaient morts. Presque en même

temps. Liés pour toujours dans le travail et dans la mort.

Sa vie, comme la mer, s’était transformée : après le calme, la tempête s’était

abattue sur lui. Les Japonais étaient entrés dans le village de Wayan. Maman

avait juste eu le temps de le cacher puis plus rien. Maman avait disparu,

emportée avec d’autres villageois par les militaires. Wayan avait dû se

débrouiller presque tout seul, aidé cependant par quelques villageois qui avaient

réussi comme lui à se cacher. Quelques années étaient passées. Combien?

Wayan ne s’en souvenait pas exactement, vivant au jour le jour, une journée

poussant une nuit puis une année en poussant une autre. La faim, la peur, la

misère, les soldats, quelquefois l’espoir, rarement le bonheur…Il ne savait même

plus si il ne savait pas, ou si il ne voulait pas savoir combien de temps s’était

écoulé depuis la mort de son père et la disparition de sa mère. Mais il vivait,

survivait et c’était ça le plus important pour lui. Il vivait dans le seul espoir

qu’un jour, il retrouverait sa maman.

Puis tout s’était enchainé : son oncle était arrivé un jour pour le chercher.

Cet oncle, Maman en avait souvent parlé. Les seules choses dont Wayan se

souvenait sur cet oncle étaient qu’il habitait très, très loin et que c’était “un

grand homme”. La première fois qu’il aperçut son oncle, Wayan le trouva plutôt

petit mais très gentil et rassurant. Sentiment qu’il n’avait plus ressenti depuis

très longtemps. Après, les deux étaient partis vers la grande ville de Makassar,

1 « attentes » ou « espoir » en indonésien


si pleine de couleurs, de gens et de bruits. Et ils avaient pris le navire. Son oncle

savait donc où était partie Maman, Wayan en avait la conviction. Ils allaient la

rejoindre, il en était sûr.

Cette peur de l’inconnu, il la chassa de sa tête dès qu’il se retourna une dernière

fois sur les lueurs de cette ville.

Dos à la proue, il repartit vers sa cabine afin d’aller jouer une partie de

Surakarta avec son oncle: après quelques parties, Wayan regarda autour de lui,

examina un par un les quelques individus qui partageaient sa cabine. Wayan

ignorait leurs noms et encore plus leurs origines. Avant de s’assoupir il prit une

grande bouchée d’air, émit un énorme soupir et repensa une dernière fois à sa

mère puis il éteignit les lumières après l’accord de ses voisins et s’endormit.

Sa première nuit en mer fut pleine de rêves. Des rêves merveilleux. Il revoyait

son père qui lui faisait de grands signes. Mais il n’arrivait pas à savoir si

c’étaient des signes d’adieux. Puis il y avait Maman: son beau sourire, ses yeux

pleins de tendresse et ses longs cheveux noirs. Elle l’attendait, c’était sûr.

Le navire voguait sur la mer des Célèbes. Son oncle expliquait à Wayan que les

côtes, au loin, très loin, étaient celles des Philippines.

« Tu vois, Wayan, là-bas très loin, ce sont les Philippines, lui dit son oncle. C’est

un autre pays différent du tien.

- C’est quoi un pays? » demanda Wayan.

Que répondre? Son oncle était étonné et complètement déconcerté par la

question de Wayan. Depuis qu’il avait récupéré cet enfant, il ne s’était jamais

rendu compte que Wayan ne connaissait que l’instinct de survie. Que pouvait-il

répondre à ce jeune garçon qui n’avait connu, depuis trois ans, que les champs,

la misère et la peur du lendemain?

Wayan était un inconnu pour lui. C’était le fils de sa sœur bien-aimée qu’il avait

quittée très tôt.

Il prenait soudainement conscience que Wayan n’était jamais allé à l’école, qu’il

ne savait ni lire ni écrire. Wayan n’avait aucune instruction.

Par cette question, son oncle se promit une chose. Le voyage en bateau allait

être long. Il en profiterait pour lui apprendre le plus simplement possible, la

vie, le monde. Il tenterait de lui donner un minimum d’instruction jusqu’à leur

arrivée. Après, il savait quoi faire de Wayan. Il allait changer sa vie.

71


Le navire continuait sa route. La mer était plutôt belle. Wayan et son oncle

avaient de la chance. L’instruction commença. L’oncle était jour après jour

surpris. Wayan avait une telle soif de savoir. Il posait des questions incroyables.

Tellement enfantines quelquefois mais si souvent intelligentes. Toutes les nuits,

l’oncle entendait Wayan parler tout seul, se répétant en boucle ce qu’il avait

appris la journée.

Le navire passait près des Philippines et naviguait maintenant en mer de Chine.

Le voyage était long. La mer commençait à se former au large. Une énorme

tempête éclata. Tout le monde sur le bateau fut malade. Une énorme houle

secouait le bateau. La mer était déchainée et d’énormes vagues passaient pardessus

bord. Wayan et son oncle étaient dans la cabine. Une odeur de vomi

flottait à l’intérieur. Dormir pour passer le temps était difficile. Sortir de la

cabine? Cela était impossible. Le ventre était trop noueux, le cœur trop serré.

Combien de temps durerait encore cet orage? Ce calvaire dura plusieurs jours

et plusieurs nuits. Puis en pleine nuit, soudain, la tempête cessa, le navire

s’équilibra. Le calme était revenu.

L’oncle et Wayan sortirent sur le pont. Que la mer était belle: calme, reposée,

plate. La pleine lune s’étendait sur les vaguelettes, au loin.

Le lendemain, l’instruction reprit encore plus vite. Les jours passèrent. Un

matin, l’oncle réveilla Wayan.

« Réveille-toi, Wayan, je vais te montrer quelque chose. »

Wayan suivit son oncle. L’oncle pointa du doigt vers l’horizon et dit à Wayan:

« C’est là-bas ! Nous sommes bientôt arrivés… »

Très loin, Wayan distingua des côtes. Son oncle lui expliqua que sa vie était làbas,

dans ce pays: l’Indochine.

Le bateau accosta sur le port de Saigon une semaine plus tard. Wayan n’en

revenait pas. Quelle effervescence ! Il y avait du monde partout sur le quai. Des

petites carrioles tirées par des hommes attendaient les passagers du bateau. Ce

qui surprenait Wayan aussi, c’était tous ces animaux: des poulets dans des cages

en bois, des canards attachés les uns les autres par terre. Des gens, des gens,

des gens ! Wayan cherchait partout sa mère. Il était sûr qu’elle l’attendait sur le

quai. Il cherchait, cherchait mais ne la voyait pas.

« Mon oncle, où est Maman? Je ne la vois pas?

- Viens par ici, mon garçon, quelqu’un nous attend de ce côté. »

72


Wayan était très déçu. La personne qui les attendait n’était pas sa

maman. C’était une femme, très belle, mais pas sa mère, accompagnée par un

jeune garçon de son âge. Plus grand en taille avec un teint plus blanc.

« Je te présente Khué, ma femme, et Minh, mon fils. Voici Wayan, mon

neveu. »

Ils montèrent dans une voiture. Wayan n’avait jamais vu une voiture. Cela

avançait tout seul, sans buffle devant et était très bruyant.

« Nous allons à la maison. »

Wayan n’en croyait pas ses yeux. Saigon était une ville magnifique. Des arbres

majestueux bordaient les routes du centre-ville. Ils arrivèrent devant une maison

immense avec un grand portail.

« Te voici arrivé chez toi. Minh? Montre-lui sa chambre ! »

Wayan et Minh montèrent à l’étage. Minh ouvrit une porte.

« Voilà ta chambre ! Je suis juste la porte à côté ! J’ai mis dans l’armoire les

chemises et les pantalons qui ne me vont plus. Ça tombe bien ! Tu es plus petit

que moi ! Mes anciens vêtements t’iront parfaitement. J’ai mis des chaussures

dans ce petit placard. Tu redescends souper dès que tu es changé ! »

Et il referma la porte. Heureusement, Wayan avait appris ce qu’étaient des

chaussures ! Il se lava rapidement. Puis il se changea et descendit au premier.

Son oncle, sa femme et Minh l’attendaient déjà dans le petit salon. Quelle

métamorphose ! Wayan était magnifique habillé de sa chemise blanche et de son

short bleu.

La soirée fut longue et délicieuse. Accompagné de temps en temps par les petits

cris des margouillats accrochés aux murs, l’oncle raconta son histoire: il avait

quitté son pays jeune, quitté sa famille, sa sœur. Il avait accosté en Indochine,

des années auparavant. Il avait beaucoup travaillé pour pouvoir se payer des

études. Mais il y était arrivé. Il avait passé le baccalauréat puis de grands

diplômes. Il avait rencontré Khué, issue d’une grande et riche famille de Hué.

Puis il y avait eu Minh.

Ensuite, les Japonais étaient venus en Indochine. Mais lui et sa famille ne

risquaient rien en Indochine car il avait des relations. Avec l’invasion japonaise,

il avait tout de suite compris que sa sœur, restée si loin, était en danger. Il était

parti dès qu’il avait pu mais peut-être trop tard. Et il avait retrouvé Wayan.

Wayan écoutait son histoire. Des larmes coulaient le long de ses joues.

73


« Et Maman alors? Où est Maman? Tu ne sais pas où est Maman?

- Non, Wayan. Je ne sais pas. J’ai demandé à des amis de Hanoi. Ils peuvent

peut-être me renseigner pour savoir ce qui est arrivé à ta maman. Mais pour

l’instant, je n’ai aucune nouvelle. Wayan, je ne veux pas te laisser avec des

illusions. Si je sais quoi que ce soit, je te le dirai. Mais pour l’instant, j’attends

des réponses. Espère toujours Wayan. L’espoir m’a donné tout ce que je possède

aujourd’hui. J’ai décidé de t’élever comme mon fils. Tu auras une nouvelle vie à

nos côtés. Nous sommes ta nouvelle famille. »

Wayan alla se coucher. C’était la première fois qu’il dormait dans un vrai lit,

avec des draps. Il se mit à pleurer. Il aimait cet oncle, cette nouvelle famille,

cette nouvelle vie, ce nouveau pays. Mais ce n’était rien par rapport à l’amour

qu’il avait pour sa mère. Il était sûr qu’un jour il la retrouverait.

Le temps passa.

Wayan allait dans la meilleure école de Saigon et avait un précepteur pour lui

faire réviser les leçons du jour et l’avancer sur les leçons du lendemain. Il était

très doué pour les études.

Un jour qu’il rentrait de l’école, son oncle et Khué l’attendaient sous le porche.

Ils avaient une expression de visage que jamais Wayan n’avait connue. Il ne

savait pas si la nouvelle qu’ils avaient à annoncer était bonne ou mauvaise.

« Wayan, un ami très haut placé m’a contacté cet après-midi. Les Japonais ont

fait une liste des prisonniers enfermés dans des camps et libérés depuis. Ma

sœur bien aimée, ta maman, arrive dans une semaine par le bateau. »

Wayan, plein de larmes, sut alors que sa vie avait définitivement changé.

74

François Rostaing


Découverte de la mer de Chine

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

En se réveillant Bagus eut un léger sentiment d’excitation. Quand il était petit,

son père l’emmenait sur son bateau, naviguer en longeant les côtes. Il le faisait

rêver avec ses histoires d’aventures en pleine mer mais Bagus avait dû attendre

sa dix-huitième année pour embarquer sur le Parkas. C’est hier, pendant la nuit

que son bateau avait largué les amarres. Bagus n’avait rien vu car il était trop

fatigué et s’était endormi bien avant que le bateau quitte le port. Il dormait

tellement bien qu’il ne s’était réveillé qu’au lever du soleil.

Bagus cessa de rêvasser quand son meilleur ami -qui était aussi le capitaine

adjoint- vint lui indiquer les coordonnées géographiques du bateau et si l’on

pouvait charger les canons au cas où un bateau ennemi ou un bateau pirate ne

se présente. Le mot «pirate» fit sursauter Bagus car ils avaient la réputation

d’être des ennemis redoutables dans toute la mer de Chine. Bagus arrêta de

penser au pire. Il reprit ses esprits et se dirigea vers la cabine où se trouvait

le gouvernail car c’était lui le capitaine tout de même. A peine entré dans la

cabine, il aperçut un énorme bateau au loin. On ne pouvait distinguer si c’était

un bateau ami ou ennemi.

Bagus n’attendit pas de le savoir, il sortit en trombe de sa cabine et alla

rejoindre son meilleur ami Zaqi et lui demanda sans attendre de charger les

canons. Zaqi fut surprit car Bagus lui avait dit auparavant que ce n’était pas

nécessaire; mais il s’exécuta. Par malchance, plus le Parkas s’approchait du

bateau plus il avait l’impression que c’était un bateau pirate. Il se rendit compte

qu’il avait eu raison de charger les canons car le bateau d’en face avait sur son

drapeau une énorme tête de mort. Il alla prévenir tout l’équipage: il fallait se

préparer à un éventuel abordage - cela semblait fort probable - et bien protéger

l’endroit où toute la nourriture était stockée. Le bateau pirate était maintenant

à seulement quelques mètres du Parkas. Bagus avala sa salive et cria « A

L’ABORDAGE !!!!!! »

La bataille fut sanglante. Du sang jaillissait de partout. Des deux côtés, on

perdit beaucoup de membres d’équipage. Le Parkas finit par l’emporter sur le

bateau pirate. Bagus, Zaqi et les autres équipiers volèrent de la nourriture mais

laissèrent le bateau ennemi partir.

75


Le voyage reprit tranquillement. Les marins se remirent de leurs émotions de

la bataille et finirent de réparer le bateau qui avait été un peu détruit durant le

combat mais pouvait toujours naviguer. Quelques semaines après, la terre était

en vue. Tout le monde était content de bientôt pouvoir fouler le sol. Même s’ils

avaient tous l’habitude de rester des mois en mer quand le stock de nourriture

le permettait, ils appréciaient toujours de retrouver la terre ferme. D’ailleurs le

Parkas avait besoin d’un plein d’eau et de nourriture. Un soir, alors que la nuit

commençait à tomber, le bateau accosta sur une ile inconnue. Cette nuit-là, ils

dormirent paisiblement et tranquillement.

Le lendemain matin, tout l’équipage se réveilla de bonne humeur. Après un

bon petit-déjeuner. Bagus, Zaqi et d’autres membres de l’équipage partirent

visiter la ville jusqu’à l’heure du déjeuner puis l’autre partie de l’équipage

découvrirait à son tour les lieux. Bagus et Zaqi s’en allèrent de leur côté. Ils

s’enfoncèrent lentement dans la ville. Ils avaient jusqu’à ce que le soleil soit au

zénith pour faire ce qu’ils voulaient. Après avoir fait un bref tour de la ville, ils

redescendirent sur le port pour s’asseoir au soleil. Il faisait plutôt beau temps et

il y avait une température agréable. Bagus et Zaqi restèrent près d’une heure au

soleil puis rentrèrent au bateau. Ils attendirent que les autres rentrent au bateau

pour laisser le reste de l’équipage partir pour l’après-midi. Certains matelots

s’étaient occupés de faire le plein d’eau et de nourriture. Quand tout le monde

fut de retour sur le navire, les matelots du Parkas décidèrent de ne partir que le

lendemain matin tôt.

Vers 5h du matin, ils larguèrent les amarres. Il y avait beaucoup de vent-ce qui

n’était pas si mal pour la navigation - le ciel était d’un bleu azur magnifique et

l’air était très humide. Ils partirent contents, prêts pour de nouvelles aventures.

Un matin, Zaqi se réveilla avec un mal de tête et de ventre atroce. Il fit part de

son malaise à Bagus qui lui conseilla de retourner se coucher.

Cela faisait maintenant presque cinq jours que Zaqi était malade et il n’allait

pas mieux. Au contraire ça empirait. La fièvre était venue s’installer. Bagus était

très inquiet pour son ami. Et au bout d’une semaine, il décida de faire demi-tour

pour rentrer à Makassar et tenter de sauver son meilleur ami.

Un matin, Bagus se réveilla plutôt de bonne humeur. Il prit un petit-déjeuner

copieux et alla voir Zaqi. La fièvre de son ami avait un peu baissé mais Bagus

était toujours inquiet pour son ami. Il ne pouvait pas encore se lever et il avait

toujours mal au ventre. Après avoir discuté avec lui, il sortit sur le pont. Le ciel

s’était couvert, le vent se levait et les premières gouttes de pluie commencèrent à

tomber. Bagus décida de ne pas s’inquiéter et se dit que ce n’était que de la pluie

et non pas le début d’une tempête. Il partit s’asseoir face au gouvernail.

76


Au fur et à mesure que le temps passait le vent soufflait de plus en plus fort et la

pluie devenait plus violente. Bagus en était sûr: il était pris dans une tempête. Il

ne paniqua pas et alla prévenir tous les autres membres de l’équipage y compris

Zaqi. Il leur expliqua qu’il ne fallait pas s’inquiéter et que son père lui avait dit

qu’une tempête n’était qu’une seconde dans la vie d’un matelot.

Quelques heures plus tard, ils furent pris au cœur de la tempête. Certains

matelots qui avaient essayé de sortir sur le pont, avaient été emportés par la

force du vent et étaient tombés à l’eau. Une dizaine de personne avait déjà

perdu vie. Bagus interdit aux matelots de sortir. Ensuite il alla voir Zaqi pour

s’assurer qu’il allait bien. Quand il arriva dans sa chambre, il vit son meilleur

ami dégoulinant de sueur, enfoui sous les couvertures, grelottant. La fièvre

était revenue. Bagus était désespéré. Tout allait mal. Comme la nuit tombait et

qu’ils étaient toujours dans la tempête, il décida d’aller se reposer (il fallait qu’il

reprenne des forces lui aussi) et laissa le gouvernail à un matelot en qui il avait

toute confiance. Epuisé, Bagus finit par s’endormir.

Le lendemain matin, quand il se réveilla, le bateau ne bougeait plus et ne

tanguait plus avec les vagues. Il tenta de sortir sur le pont. Dehors, il faisait

un temps magnifique. Le ciel était d’un bleu magnifique et le soleil brillait. Il

décida d’aller voir Zaqi en priant pour qu’il aille mieux. Il rentra dans la cabine

de son ami et vit que ça allait, que la fièvre avait baissé et qu’il ne grelottait

plus. Content de voir qu’il allait mieux, il s’assit sur le bord de son lit et lui

proposa un petit-déjeuner. Zaqi accepta avec plaisir. Bagus sourit. Avec la

fièvre et le mal de ventre cela faisait plusieurs jours qu’il n’avait rien mangé.

Zaqi avait toujours très mal à la tête mais le mal de ventre avait diminué. Bagus

partit lui chercher un petit-déjeuner. Quand il revint dans la cabine, de son ami

il lui expliqua ce qui s’était passé et qu’il avait pris la décision de faire demitour;

ils atteindraient Makassar dans quelques jours. Zaqi était désolé pour les

conséquences de la tempête mais était content de bientôt pouvoir rentrer chez

lui et se faire soigner. Bagus aida Zaqi à se lever pour la première fois depuis

au moins une semaine. Zaqi était toujours souffrant mais avait besoins de se

dégourdir les jambes. Les deux amis prirent l’air sur le ponton jusqu’à l’heure

du déjeuner. Zaqi ne mangeât rien. Il retourna se coucher. Bagus lui, reprit le

gouvernail jusqu’à la tombée de la nuit puis il alla se coucher.

Les jours suivants s’écoulèrent tranquillement quand un matin, très tôt, ils

arrivèrent en vue du port de Makassar. Dès que les matelots virent le phare

de la ville, ils se réjouirent-en particulier Zaqi. Deux heures plus tard, ils

accostèrent à Makassar. Toutes les familles et les amis des matelots étaient là

pour les accueillir.

77


A leur arrivée, ils vidèrent le bateau et commencèrent à le nettoyer. Le soir,

chacun retourna chez lui pour la première fois depuis près deux mois. Quand

Bagus arriva chez lui, il s’assit devant le feu allumé dans la cheminée et repensa

à son voyage. C’était la première fois qu’il voyait la pleine mer, en vrai. Il l’avait

toujours vue dans ses rêves et son imagination quand son père lui en parlait

mais il ne l’avait jamais affrontée. Il se dit que ce voyage avait changé sa vie

pour de bon et qu’il était sa meilleure expérience, une aventure unique et en

plus il l’avait vécue avec son meilleur ami. Après le dîner, il monta se coucher

dans son lit et s’endormit profondément. Il savait qu’il reprendrait la mer

bientôt pour de nouvelles aventures.

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Charlotte François


Bao Li et Anaï

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Il s’appelle Bao Li et habite à Makassar. Ses parents ont disparu après un

tsunami, il y a deux ans, il s’est retrouve seul et abandonné. Bao Li ne savait

plus quoi faire…

Il se prépare pour un grand voyage en Mer de Chine, il emprunte une jonque.

Bao Li avait appris avec son père comment naviguer sur un bateau, car la

famille de Bao Li voyageait souvent en Asie. Il était prêt à partir du port de

Makassar et il était ravi. Ainsi il pourrait trouver une famille et recommencer

une nouvelle vie.

Sur la jonque, Bao Li naviguait doucement; c’était la nuit. Bao Li était affame

il s’arrêta sur une petite île inconnue. Il chercha de quoi se nourrir après une

longue journée.

Soudain, Bao Li entendit des bruits puis aperçut de la lumière derrière une

colline. Bao Li était un enfant très curieux, alors il eut l’idée de voir ce qu’il se

passait.

Il marcha pendant des heures sans arrêt. Il trouva une cave pour se reposer la

nuit. Bao Li ne savait pas ce qu’il pouvait y avoir dans cette cave car il faisait

froid et sombre.

Le soleil se leva et Bao Li se réveilla. Il ouvrit les yeux et vit plusieurs chauvessouris

sur le plafond. Il cria et courut à toute vitesse jusqu’à la sortie de la cave.

Bao Li continua son chemin. Tout à coup, il aperçut de loin des petites cabanes

en bois fabriquées à la main. Il fut surpris de voir un village sur l’ile où il se

trouvait. Il s’y précipita. Bao Li arriva dans le village et se retrouva seul.

Soudain, il entendit un hurlement. Des villageois sortirent de leurs cabanes. Boa

Li se cacha derrière un buisson et trouva une clé en or avec un code. Mais il

fit du bruit. Le chef du groupe se dirigea vers Boa Li, il lui tira les oreilles en

allant jusqu’à sa cabane. Les villageois étaient inquiets, ils se demandèrent tous

ce que ce garçon faisait sur leur île secrète.

Arrivé dans la cabane, Bao Li se fit bander les yeux par le chef. Il commença à

paniquer car il n’avait point idée de l’endroit où il était et se sentait perdu. Le

chef pris des allumettes et les brûla. Il les mit tout autour de Bao Li qui sentit la

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fumée des allumettes lui monter jusqu’à la tête. Le chef sortit de la cabane en le

laissant tout seul. Bao Li commençait à s’étouffer. Il ne bougeait plus et eut un

malaise.

Un peu plus tard, une jeune fille nommée Anahi voulut le rencontrer. Alors elle

alla discrètement à la cabane du chef. Elle trouva le jeune garçon couché sur

un tapis. Elle le porta jusqu’à un endroit sécurisé, sa cabane dans la forêt. Elle

le posa sur son lit le temps de lui préparer du Chicharrón de cocchino avec du

Jugo de curuba, car Bao Li était malade et avait besoin de se nourrir. Quand il

se réveilla, il vit Anahi lui apporter sa nourriture.

Boa Li lui demanda:

« Mais… où suis-je?

- Ne t’inquiète pas, tu es en sécurité dans ma cabane. Je m’appelle Anahi, je

suis partie te chercher pour te sauver. Ce chef est dangereux il garde plusieurs

prisonniers. Sa tribu s’appelle la tribu des Mazzmorro. Moi je n’appartiens pas à

leur tribu; la mienne s’appelle la tribu des pretzil.

- Merci Anahi de m’avoir sauvé, j’ai eu très peur. Je m’appelle Bao Li. Le chef a

failli me tu…

- Non, il voulait te faire prisonnier ! »

Bao Li avait tout de suite compris pourquoi le chef l’avait emmené dans sa

cabane. En mangeant, il lui montra la clé. Elle écarquilla les yeux et sourit en

l’observant. Elle vit le code et dit:

« Bao Li tu as trouvé la clé ! Celle qui pourrait délivrer les prisonniers.

- Mais comment va-t-on faire pour délivrer tous les prisonniers avec une seule

clé?!

- Il faudrait partir chez les prisonniers puis ouvrir la boîte qui contient toutes les

autres clés ! »

Bao Li et Anahi partirent à la prison des Mazzmorro pour délivrer tous les

prisonniers. Quand ils arrivèrent, ils virent plusieurs prisonniers avec des codes

sur leur bras. Les deux enfants eurent la chance de pouvoir accéder à la prison

car il aurait pu se faire attraper.

Ils cherchèrent tous les deux la boîte. Soudain ils entendirent une voix, cette

voix était douce, ils sentirent un vent. Ils se retournèrent et virent une dame

blanche. C’était la mère de Bao Li ! Bao Li était surpris et heureux mais il se

demanda pourquoi elle était transparente. Elle répondit qu’elle était morte. Bao

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Li eut une larme dans les yeux et lui dit qu’ils étaient en train de chercher la

boite pour délivrer les prisonniers. Sa mère lui dit qu’elle était au courant car

elle les observait. Elle lui indiqua la direction de la boite. Bao Li et Anahi la

remercièrent.

La mère de Bao Li sourit à son fils et s’en alla.

Anahi et Bao Li allèrent délivrer les prisonniers. Ceux-ci étaient détenus depuis

de nombreuses années sous l’autorité du chef. Ils furent heureux d’être enfin

libérés et ils partirent tous sur le bateau, accompagnés de Bao Li et Anahi.

Soudain, Bao Li observa un des prisonniers dont le visage lui semblait familier.

Le prisonnier se dirigea vers Bao Li, et il lui dit:

« J’avais un fils que j’ai perdu, il y a de nombreuses années… »

Bao Li fut soudainement submergé par l’émotion et il lui répondit:

« Je suis ton fils ! »

Son père le prit dans ses bras en pleurant, il avait enfin retrouvé son fils.

Ils rentrèrent au port de Makassar. Une fois arrivés, les prisonniers

remercièrent une dernière fois Bao Li et chacun regagna sa maison. Bao Li et

son père proposèrent à Anahi de vivre avec eux.

Jessica Rémy

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Destination Hong Kong

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Quand il se réveilla le lendemain matin, il regarda par la fenêtre de sa cabine.

Il n’y avait pas une seule terre à l’horizon. Il entra dans la cabine où les autres

marins prenaient leur petit déjeuner qui consistait en un morceau de pain dur et

d’un verre d’eau. Aryoane était déjà déprimé à l’idée que cela allait devenir son

petit-déjeuner quotidien pour les deux mois à venir. Il s’assit à côté d’un autre

marin qui avait à peu près son âge. Ce fut d’ailleurs celui-ci qui lui adressa la

parole :

« Tu es nouveau, non ? demanda-t-il.

- Oui, je suis arrivé hier, répondit Aryoane.

- Ah, c’est ce qui me semblait. Je me présente, Ahmartiago, fils du capitaine de

ce navire.Et toi, comment t’appelles-tu ?

- Aryoane. Je suis venu ici pour connaitre le goût de l’aventure.

-Eh bien, laisse-moi te dire que tu es venu au bon endroit parce qu’ici de

l’aventure on n’en manque jamais ! »

Aryoane fut réjoui de cette remarque, car cela était vrai que depuis toujours il

rêvait d’aventure et de voyage et que son simple statut de fils de marchand ne

lui permettait pas. Alors, dès qu’il apprit qu’un navire recherchant des marins

était amarré au port de Makassar, il sauta sur l’occasion qui se présenta. Le

navire avait pour destination Hong Kong, « Le Port Parfumé », parfait endroit

pour le commerce.

Quand le petit-déjeuner fut terminé, tous les marins s’assemblèrent sur le pont :

le capitaine allait annoncer l’itinéraire du voyage jusqu’à Hong-Kong.

« Chers marins, bienvenue sur le Yosaphat. Je suis Jeffry, le capitaine de ce

navire. Comme vous le savez tous, ce navire a pour destination le carrefour

commercial de Hong Kong. Pendant les deux prochains mois, nous allons voir

de nombreux paysages plus magnifiques les uns que les autres mais avant tout

nous allons vivre d’innombrables aventures. Notre première escale sera Kaluku

en Indonésie. Nous passerons ensuite deux semaines sans voir le rivage pour


arriver à Puerto Princesa aux Philippines. De Puerto Princesa, nous arriverons

à notre destination finale Hong Kong après avoir passé trois semaines en mer,

sans terre à l’horizon.Voilà notre itinéraire. Maintenant au travail ! »

Le Yosaphat était en fait un navire pirate qui se cachait sous les traits d’un petit

navire de marchandises. La soute du Yosaphat ne se remplissait que lorsque

les marins avaient pillé un bateau de marchandises et avaient vidé ses soutes

de toutes ses soieries, ors, bijoux et bien d’autres. Jeffry préférait appeler les

personnes qu’il avait employé «marins» plutôt que «pirates», qui pour lui était

trop vulgaire.

Durant cette première journée, aucun navire n’avait été vu et la mer était

restée calme. Aryoane et Ahmartiago avaient mieux appris à se connaître et

s’appréciaient. Le soleil se coucha enfin et les marins purent se reposer. Quand

Aryoane ferma les yeux, il pensa aux aventures qu’il allait vivre et aux paysages

qu’il allait voir. Ceci le fit sourire.

Un matin, après avoir passé trois jours en mer, Aryoane fut réveillé par

Ahmartiago qui lui criait dans les oreilles :

« Ca y’est, Ca y’est !

- Comment « ça y’est » ? Tu veux dire qu’on est arrivé ? demanda Aryoane.

- Mais non pas du tout, je veux dire que l’on a aperçu un gros navire marchand

pas très loin du nôtre!

- Oui, d’accord mais pourquoi tant de réjouissances ?

- Pour le butin voyons, tu imagines si nous réussissons à vider ses caves !

- Attends, tu veux dire que nous sommes des…des… pirates ?

- Mais oui, Tu ne le savais donc pas ?

- Non, mais ne t’inquiète pas cela ne fait que me réjouir, car j’entendais souvent

les amis de mon père qui étaient d’anciens pirates raconter leurs pillages et leur

aventures en mer et cela me faisait rêver !

- Cela me rassure...Mais le temps presse, alors viens vite te préparer ! »

Ils montèrent sur le pont à toute allure, prirent leurs armes et se mirent en

place pour l’assaut. Le navire frôlait maintenant le Yosaphat.Les marins prirent

chacun leur courage à deux mains et sautèrent sur le pont qui était tout près.

Les marchands adversaires furent surpris mais comprirent vite ce qui était en

train de se passer, ils attrapèrent chacun leurs armes et défendirent leur bateau.

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Aryoane s’en sortait bien : il avait auparavant assisté à de nombreux cours

de maniement d’épée et maniait celle-ci très habilement. Quand le combat

fut terminé de nombreux membres de l’équipage adverse ainsi que celui du

Yosaphat gisaient sur le sol : morts. L’équipage du Yosaphat descendit dans les

soutes voir ce qu’il avait capturé. Ils crièrent tous en de découvrant leur trésor.

De magnifiques perles blanches, des pièces et des bijoux en or étaient étalés tout

autour de la cave. Jeffy annonça :

« Etant le capitaine de ce navire, c’est à moi de partager ce magot. Selon

la loi des pirates, le capitaine doit prendre la moitié du trésor et le reste doit

être partagé entre tous les autres membres de l’équipage. Donc vous prendrez

chacun trente perles blanches, vingt pièces d’or et deux bijoux. Tâchez de ne

pas rouspéter car tout ça n’est déjà pas mal. Avant que j’oublie, quand vous

aurez fini, revenez sur le navire, nous devons continuer notre route. »

Chacun des pirates prit sa part du trésor puis retourna sur le bateau. Le

Yosaphat continua sa route vers Kaluku.Quelques jours plus tard, le navire

arriva au port. Aryoane n’était pas d’humeur à mettre pied à terre, il resta donc

toute la journée sur le bateau avec Ahmartiago. Pendant cette journée Aryoane

lui avait raconté son enfance ainsi que la vie de marchand. Le lendemain matin,

le bateau avait quitté le port. Aryoane fut réveillé par des bruits de pas dans

les escaliers qui menaient à la cabine qu’il partageait avec d’autres membres de

l’équipage. Il s’agissait d’Ahmartiago.

« Devine quoi ? Déjà les trois quarts de l’équipage ont perdu leur argent aux

jeux et en alcool. Cela veut dire que nous devons assaillir de nouveaux bateaux

marchands ! J’espère que ça te réjouit !

- Oui, tu ne peux pas savoir à quel point. De plus, Puerto Princesa fait

beaucoup de commerce donc nous trouverons de nombreux navires

marchands sur la route. »

De nombreux jours s’écoulèrent sans qu’un bateau marchand ne croise leur

chemin. Cependant, un matin alors qu’Aryoane venait juste de finir son petitdéjeuner,

il aperçut au loin une silhouette de navire.Il prévint aussitôt Jeffry

le capitaine qui ensuite informa le reste de l’équipage. Le bateau ne se trouvait

maintenant pas plus loin que vingt mètres devant eux et l’équipage était déjà

prêt. Dès que le navire marchand fut nez à nez avec le Yosaphat, tous les pirates

sautèrent à bord du navire ennemi. Les membres de l’équipage ennemi n’étaient

pas du tout surpris par cet assaut et furent prêts à se défendre. Le combat fut

dur et acharné et causa de nombreux blessés et morts mais les pirates gagnèrent

à nouveau. Ils descendirent les escaliers qui menaient à la soute et à leur plus

grande surprise, ils ne trouvèrent rien. Il y avait seulement des meubles en bois

et des chaises en bambou. Les pirates ouvrirent tous les meubles mais ils étaient

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tous vides. Aryoane regarda dans tous les meubles quand soudain il s’arrêta

devant une grande armoire : il l’ouvrit et dedans il trouva une jeune fille cachée

dans un coin. Il lui dit aussitôt :

« Qui es-tu, que fais-tu là ?

- Je…je m’appelle Mia… je suis l’aide cuisinière de ce navire. Je me suis cachée

ici car je ne voulais pas assister au combat.

- Enchanté Mia, je m’appelle Aryoane et je suis un membre de l’équipage du

Yosaphat.Viens avec moi, je dois aller demander au capitaine de mon navire ce

que nous allons faire avec toi. »

Aryoane prit la main de Mia et s’approcha de Jeffry qui fouillait un bureau.

«Excusez-moi, j’ai trouvé une jeune fille cachée dans une armoire. C’est l’aide

cuisinière de ce bateau.»

Jeffry se retourna un instant, scruta la jeune fille du regard et retourna à son

travail.

« Fais ce que tu veux avec elle, elle ne nous servira pas à grand-chose. Enfin,

elle pourra toujours aider Modesto dans les cuisines. »

Aryoane retourna donc avec Mia sur le Yosaphat qui reprit sa route. Il présenta

Mia à tout l’équipage du bateau et lui expliqua tout sur le Yosaphat.Mia lui

raconta qu’elle était orpheline et qu’elle avait vécu en tant que mendiante dans

les rues de Puerto Princesa avant de trouver un travail sur un navire marchand.

Aryoane se lia d’amitié avec Mia.

Quand la nuit tomba, le Yosaphat arriva à Puerto Princesa.Le lendemain

matin, il reprit sa route.Aryoane prit son petit-déjeuner avec Mia. Celle-ci lui

demanda :

« Au fait, tu ne m’a pas dit où nous allons.

- Nous allons à Hong Kong. C’est la prochaine et notre dernière escale.

- Vraiment, je n’y suis jamais allée. Il paraît que c’est une ville magnifique.

- Oui, apparemment.

- J’en rêve déjà.»

Un jour, l’alerte fut donnée en plein milieu de la nuit : tout l’équipage fut appelé

car il fallait d’urgence baisser les voiles parce qu’un typhon approchait. En effet,

Aryoane qui venait de monter sur le pont constata effectivement qu’un fort

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vent avait endommagé quelques voiles. Cela faisait à peine quelques minutes

que s’activait l’équipage sur le pont quand soudain une bourrasque plus violente

que les autres vint frapper le bateau brisant le grand mât. Durant l’agitation

qui suivit Mia fut bousculée et tomba à l’eau. Aryoane qui l’avait aperçue se

jeta dans la mer agitée. Il nagea tant qu’il put pour rejoindre Mia qui s’était

accrochée à un morceau du grand mât. Aryoane tendit un bras et attrapa le

morceau du mât que tenait Mia. Il lui dit :

« Ça va, tu n’es pas blessée ?

- Non, je n’ai rien mais tu n’aurais pas dû venir me sauver au risque de ta vie.

- Oui, mais je ne voulais pas risquer de te perdre.»

Mia sourit. Au bout de quelques heures où ils faillirent se noyer plusieurs fois,

ils échouèrent sur une plage où tous deux, épuisés, s’endormirent. Lorsqu’ils

ouvrirent les yeux, ils furent éblouis par la lumière du soleil. Cinq soldats de

Sa Majesté les encerclaient. Quand ceux-ci aperçurent que les deux personnes

inconscientes jusqu’à présent étaient réveillées, ils leur demandèrent en anglais:

« Are you ok? Where do you come from? What happened? »

Mia et Aryoane se regardèrent et se sourirent : ils comprirent qu’ils étaient

arrivés au « Port parfumé ».

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Zoé Titheridge


LeTrésor de Yarcam

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie…

Ce jeune homme avait un nom à consonance asiatique: Tian Shuè. Il avait

quatorze ans. Orphelin dès l’âge de cinq ans, il n’avait jamais pu, par manque de

moyens, continuer l’école.

Il s’était donc engagé dans la marine, très jeune, comme son père l’avait fait à

son âge. Celui-ci avait disparu lors d’une grosse tempête en mer, les recherches

effectuées alors étaient restées vaines. Sa mère, gentille et souriante, avait elle

aussi accidentellement disparu en allant au port chercher le poisson qui les

nourrirait.

Se retrouvant seul et sans famille, il fut recueilli par des moines qui l’élevèrent

dans la pagode de la ville. C’est à l’âge de douze ans, qu’il quitta la « pagode

des brumes » non sans remercier les moines qui l’avaient jusqu’ici protégé des

rudesses de la vie.

Pour survivre, Tian alla de petit travail en petit travail. Vu son jeune âge,

ses conditions de vie étaient très difficiles. Mais un jour, alors qu’il vendait

des fruits sur le marché, une brave femme, du nom de Radia, touchée par la

jeunesse de l’enfant, le recueillit au sein de sa famille.

Radia travaillait comme femme de ménage chez l’amiral Shui. Son mari, Long

She, travaillait sur le port. Ils n’avaient jamais pu avoir d’enfants. Tian était leur

« trésor ».

Pour remercier sa famille adoptive, et la soulager matériellement, Tian s’engagea

auprès du capitaine Shui. Celui-ci lui avait proposé de l’accompagner en tant

que mousse lors de son prochain voyage, à la recherche du trésor de Yarcam.

Alléché par les récits du capitaine, Tian s’était embarqué dans cette aventure.

Aventure qu’il ne pensait pas aussi dangereuse…

Maintenant il faisait nuit, Tian partit dans la soute se reposer un peu…Pendant

son sommeil il crut entendre des discussions non loin de là. Attiré par ces voix,

il prêta attention à la discussion et put entendre :

« Alors capitaine vous comptez la faire quand cette mutinerie ?

- Pour l’instant, mieux vaut ne pas éveiller les soupçons !

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- Oui, vous avez raison, si on veut ce trésor, on a intérêt à être discret ! »

Sur ce, les deux hommes se cachèrent entre les matelots qui dormaient…On

entendait les ronflements des hommes et le bruit des vagues contre la coque.

Tian avait faim, mais se recoucha en pensant aux paroles qu’il venait d’entendre.

Le lendemain matin, levé à six heures pour nettoyer le pont, il avait la tête

lourde après cette première nuit en bateau et ne se sentait pas très bien.

Pourtant, malgré le peu de confort dans lequel il s’était endormi, il n’avait pas

oublié la conversation qu’il avait surprise la veille au soir et comptait bien en

parler au capitaine Shui. Cela lui permettrait peut-être, de récupérer un peu

de cette mauvaise nuit. Il alla frapper à la porte de la cabine et attendit cinq

longues minutes avant qu’elle ne s’ouvre. Visiblement, le capitaine sortait d’un

sommeil profond.

« Hé petit ! Quel est l’objet de ta visite de si bonne heure ? J’espère que c’est

urgent ! »

Tian ne savait par quoi commencer, intimidé de surcroit, par l’apparence du

capitaine.

« Euh… Ma venue est un peu spéciale, commença-t-il. En fait, hier j’ai entendu

deux hommes parler d’une mutinerie mais… »

Le capitaine l’arrêta, jeta un œil à droite, puis à gauche et le fit entrer dans sa

cabine.

« Petit, dit-il, sais-tu combien c’est important ce que tu viens de dire ?

- Oui, je me doute, d’où ma présence ici …

- Mais pourquoi ne pas m’en avoir parlé plus tôt ? reprit le capitaine. »

Tian était mal à l’aise, mais continua :

« Monsieur je ne voulais pas vous réveiller… »

Le capitaine souffla et dit :

« Comme tu l’as compris, si une mutinerie se prépare, nous sommes en très

grand danger. Observe bien les hommes et ne perds pas une miette de ce qu’ils

vont dire ! »

Sur ce, Tian sortit de la cabine et se mit à l’affût de la moindre conversation.

Pour l’instant, il n’y avait pas de danger, les matelots étaient encore tranquilles.

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Plusieurs jours passèrent et Tian s’était habitué au voyage en mer. En fait, il

ne savait pas très bien où il allait, mais tant qu’il était sur ce navire, avec le

capitaine Shui, il se sentait en sécurité. Pendant tout ce temps, Tian avait

découvert, en les observant discrètement, que les hommes qui préparaient la

mutinerie, étaient surtout intéressés par le trésor de Yarcam.

En fait Tian aurait fait un bon agent secret : il écoutait attentivement les

informations et les rapportait au capitaine.

Un jour, Tian entendit un homme sur le pont :

« Eh, petit, tu m’as l’air de t’embêter, ça te dirait que je t’apprenne à monter la

voile ?

- Capitaine ?! s’écria-t-il.

- En personne ! Aujourd’hui, je suis sur le pont. »

Intrigué, Tian s’empressa de lui demander :

« Mais Capitaine que faites-vous là ?

- Ha ha ha ! À ton avis, petit mousse ? Je vais t’apprendre à monter la voile !

- Mais ce n’est pas votre travail, un capitaine reste dans sa cabine ! dit Tian.

- Aujourd’hui, tu sais, il vaut mieux que ce soit moi qui le fasse ! Personne ici ne

me considère comme le capitaine.

- Comment ?! s’exclama Tian.

- Eh oui, Tian, sur ce bateau, personne n’est ami, personne n’est ennemi,

personne ne se connaît… »

Mais un bruit épouvantable stoppa soudain la conversation. Tian se retourna et

vit la chose la plus atroce qu’il ait jamais vu…Il n’en croyait pas ses yeux ! Une

vague, haute comme une montagne, tomba sur le bateau…

Quand il ouvrit les yeux, Tian et le capitaine avaient échoué sur une île,

apparemment déserte. Tian le secoua pour le réveiller.

« Hein, où sommes-nous ? Que s’est-il passé ?

- Capitaine, nous sommes sur une île déserte ! »

Le capitaine se remettait de ses émotions.

« Et mon équipage ?! » s’écria-t-il.

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Tian regarda autour de lui…Mais il ne vit que la forêt qui se dressait derrière

lui et cette plage de sable fin. Il faisait chaud et la mer était bleue et calme. Ils

restèrent quelques minutes à l’observer puis Tian reprit la parole :

« Je crois que votre équipage n’est plus, Capitaine… »

Tian put voir de la tristesse dans les yeux du capitaine…Même si l’équipage

avait préparé une mutinerie, il comptait beaucoup sur ses hommes. Le capitaine

sortit une carte de sa veste trempée par la mer, puis l’observa.

« Tian, j’ai une bonne nouvelle et une mauvaise… La bonne nouvelle, c’est que

nous sommes sur l’île du trésor de Yarcam que nous cherchons, la mauvaise,

c’est que je n’arrive pas à savoir de quel côté de l’île nous sommes. Et avec tous

les pièges qui s’y trouvent… »

Tian contempla la montagne et sans tourner la tête demanda au capitaine :

« Est-ce que sur votre carte, il y a une montagne ?

- Bien sûr ! s’exclama le capitaine, c’est l’entrée la moins sûre, mais la plus

courte ! »

Tian avala sa salive en écoutant le capitaine qui se réjouissait tout à coup.

« Tian ! Tian ! Je crois qu’on est sauvé !

- Comment peut-on être sauvé avec tous ces pièges ?

- Pas de problèmes, reprit le capitaine calmement.

- Comment ça pas de problèmes ? s’écria Tian. Avec tous ces pièges on n’a

aucune chance de survie ! »

Le capitaine reprit :

« Mais Tian, calme-toi, je suis TRÈS intelligent et TRÈS prévoyant : avant de

partir, j’ai lu quelques livres sur cette île et j’ai pu repérer tous les pièges ! Il

tendit alors la carte à Tian qui sourit avec stupéfaction et dit :

- Capitaine, vous êtes un génie !

- Oui, mais pour l’instant, montons un camp pour dormir et demain nous irons

chercher le trésor ! »

Sur ce Tian partit chercher du bois pour le feu.

Le lendemain, c’est le bruit des vagues qui les réveilla.

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« Eh bien, petit ! Es- tu prêt à partir ?

- Euh oui, je crois, dit Tian.

- Alors en avant ! »

Ils marchèrent longtemps en rencontrant toutes sortes de pièges : des flèches

qui sortaient des arbres, des crocodiles affamés dans les marécages, des lames

de fer qui sortaient du sol. Ce Yarcam avait tout prévu ! Tian était excité mais

également stressé de traverser ces pièges. Parfois il était partagé : « Tu fais

ça pour le trésor et pour avoir une vie meilleure ! ». Mais parfois il pensait

aussi : « Mais si au bout, il n’y avait pas de trésor, trouverons-nous assez

d’arbres pour construire un radeau ? »

Quand ils arrivèrent enfin au coffre, Tian était tout excité. Mais quand le

capitaine l’ouvrit, il ne vit rien d’autre qu’une grande lumière jaune et puissante.

Puis, enfin le contenu du coffre apparut. Il contenait au moins 40 000 pièces

d’or et de nombreuses pierres précieuses de toutes les couleurs !

« Regarde Tian, dit le capitaine, on l’a eu ce trésor ! Maintenant il ne reste plus

qu’à rentrer … »

Tian et le capitaine rentrèrent chez eux héroïquement, à bord d’un radeau fait

de troncs de palmiers.

Tian et sa famille n’eurent plus jamais à travailler, il resta heureux pour le reste

de sa vie…

Baptiste Lonqueu

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Liang

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Liang se replongeait dans ses souvenirs. Tout avait commencé un beau matin

alors que c’était la rentrée des classes, il entrait en secondaire pour faire une

école professionnelle de pêcheur comme son père.

Il n’y avait que deux filles dans cette classe, elles se détestaient. L’une, Shu,

était un garçon manqué, l’autre, Ting, était tellement belle que tous les garçons

en étaient amoureux. Ces derniers se moquaient de Liang car il aimait Shu,

était bon élève et de plus il était laid et gros. Il était gros car sa maman était

pâtissière et elle l’aimait tellement qu’elle lui donnait au moins dix petits gâteaux

par jour. Pour ne pas vexer sa mère, il les mangeait tous.

Un soir, Ting avait invité toute la classe à dîner chez elle, sauf bien sûr Liang

et Shu. Ils étaient donc rentrés ensemble de l’école car tous les autres avaient

pris le bus pour aller chez Ting. Ils marchaient côte à côte, Liang sentit que son

cœur se mettait à battre très fort, de plus en plus fort. Au bout d’un moment,

Liang qui n’y tenait plus dit:

« On est bien comme ça hein? Si tu veux on pourra rentrer ensemble plus

souvent.

- Mmm oui, répondit elle. »

Le lendemain, Liang et Shu rentrèrent ensemble une seconde fois. Cette foisci,

Liang lui dit qu’elle était très jolie et qu’elle sentait bon le Li (jasmin). Elle

rougit et le regarda avec des yeux doux, très doux... Ensuite elle lui donna son

plus beau mouchoir. Liang la remercia mille fois et s’en voulut de ne pas lui

avoir offert quelque chose.

Le jour suivant, à la récréation, Liang offrit une jolie pivoine rose à Shu et lui

demanda si elle était amoureuse de lui mais celle-ci déclara énervée qu’elle ne

l’était pas car il était gros et laid. Liang essaya de retenir ses larmes. Il était

tellement triste et honteux qu’il était devenu tout rouge et ses camarades qui

avaient tout entendu commencèrent à ricaner. Il alla se cacher dans un petit coin

isolé de la cour et se mit à pleurer.


Quand la récréation fut finie, il se rangea devant sa classe à l’arrière du rang

et essuya ses larmes avec le mouchoir que lui avait donné Shu. En classe, la

maîtresse dut le rappeler à l’ordre une, deux, trois, quatre fois pour qu’il écoute

enfin. Il n’arrêtait pas de penser à Shu, pourquoi avait-elle été si méchante d’un

seul coup?

Quoiqu’il en soit il devait trouver un moyen pour devenir moins gros et moins

laid.

Liang commença ses recherches en interrogeant tous les membres de sa famille;

sa maman lui dit qu’il était très bien comme ça et qu’il devrait même manger

un peu plus car s’il continuait ainsi, il allait devenir très maigre, son père lui

raconta que lorsqu’il était petit, il était tout aussi gros. Il lui recommanda de ne

surtout pas s’inquiéter et que cela passerait sûrement, sa sœur, Qiao qui était

une fille très sérieuse et très studieuse lui suggéra d’aller à la bibliothèque: « Les

livres sont le moyen le plus sûr de trouver des informations », lui confia-t-elle.

C’était assez, il savait ce qu’il allait faire. Il n’allait pas manger d’avantage

comme sa mère le lui avait recommandé car Shu l’aimerait encore moins, ni

rester comme cela, sinon sa fiancée trouverait un autre amoureux et tout serait

terminé entre eux.

Liang allait plutôt employer la méthode de sa sœur: il irait au CDI cet aprèsmidi

pour se renseigner.

Arrivé au CDI, il demanda conseil à la bibliothécaire:

« Madame, dit-il, y a-t-il des livres dans votre bibliothèque pour devenir plus

joli et moins gros?

- C’est à cause de ta petite amie, c’est ça? lui demanda-elle.

- Mais comment le savez-vous? s’étonna-t-il.

- Oh! Tu sais, ta sœur et moi nous nous voyons souvent, très très souvent.

Bon, revenons à ton livre. J’en ai énormément sur ce thème-là, mais je vais t’en

montrer un qui te plaira sûrement. Pour un garçon aussi débrouillard que toi

… »

Elle sortit, de la plus haute étagère d’une bibliothèque située à l’écart, un gros

livre rouge orné de décorations dorées, puis le lui tendit.

Il ouvrit le livre avec la plus grande délicatesse, les pages étaient jaunies par le

temps et il avait cette bonne odeur des livres anciens.

93


Liang le feuilleta, il était attiré par ce livre, il paraissait différent des autres

livres qui l’avaient toujours ennuyé.

Celui-ci était divisé en plusieurs chapitres qui racontaient chacun une histoire

différente. Ils étaient pourtant bizarres car ils n’avaient pas de titres comme: les

fruits et les légumes, le sport ou encore un repas équilibré. Mais Liang n’était

pas étonné. Il savait qu’Hui, la bibliothécaire, avait plus d’un tour dans son sac.

Il continuait à tourner les pages quand soudain l’une d’elle l’intrigua: l’écriture

était pourtant en petits caractères, l’illustration de couleur pâle avec des traits

presque invisibles à l’œil nu.

Il la lut. Le titre de l’histoire était ‘’Après la pluie le beau temps’’, ce qui était

tout même assez vague. L’histoire racontait qu’au milieu de l’Océan Pacifique,

sur un arbre planté dans l’eau, il y avait sur la plus haute branche un miroir, un

miroir magique qui pouvait réaliser notre souhait le plus cher. Mais ce miroir ne

pouvait exaucer que cent un vœux au total.

Liang prit la décision de partir la semaine suivante, le temps de préparer sa

modeste valise, de trouver un bateau et de faire ses adieux.

Il ne mit dans son bagage que des petits gâteaux qu’il avait volés dans la

boutique de sa maman, des sandwiches, un gros pull, une chemise blanche, un

pantalon, une casquette et le beau mouchoir que lui avait offert Shu.

Pour trouver un bateau, ce fut une toute autre affaire. Il alla au port de pêche, il

vit un premier bateau à moteur, il interrogea son propriétaire:

« Est-ce-que je pourrais vous emprunter votre bateau pour environ deux mois,

s’il vous plaît? »

Il lui hurla de son navire:

« OK, je vous fais même un prix, cinq cents yuans la semaine, ça vous va? »

Liang n’avait jamais songé qu’il faudrait payer. Il aperçut un deuxième bateau,

il avait l’air un peu moins abîmé que les autres, mais quand Liang demanda

au propriétaire s’il pouvait l’emprunter, celui-ci lui répondit d’un ton sec qu’il

n’était pas à vendre ni à louer. Enfin quand il arriva au dernier bateau du port,

il découvrit un jeune homme qui avait l’air bien occupé à nettoyer son bateau.

Liang lui demanda la même chose qu’aux autres pêcheurs et il répondit qu’il

allait voir et que cela dépendrait de sa famille. Il lui dit de revenir le lendemain.

Le lendemain, Liang était au rendez-vous. Le jeune homme lui annonça qu’il

voulait bien, à condition qu’ils partent tous les deux. Liang, n’y voyant pas

d’inconvénients, accepta.

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Après avoir fixé la date du départ, il rentra chez lui. Il ne lui restait plus qu’à

faire ses adieux. Il commença par sa sœur, qui était occupée à lire dans sa

chambre : elle lui assura qu’il était devenu fou et qu’il fallait qu’il se reprenne.

Liang ignora ce qu’elle lui disait et lui répondit qu’il partirait dans deux jours,

qu’il avait déjà tout préparé. Qiao se mit à pleurer, elle aimait tant son frère...

Mais elle savait aussi qu’il était capable de tout pour être aimé de sa petite amie.

Voyant comme sa sœur avait pleuré, il décida qu’il ne dirait rien à ses parents et

qu’il leur laisserait juste un petit mot sur la table de la cuisine.

Il fit promettre à sa sœur de ne rien dire avant qu’une semaine se soit écoulée,

pour que ses parents ne puissent pas mettre des policiers à ses trousses.

Quand les derniers préparatifs du départ furent achevés, Liang alla voir le

jeune homme du petit bateau et comme tous deux étaient près, ils larguèrent les

amarres, direction Le Centre de la Mer !!!

Ils apprirent peu à peu à se connaître, le jeune homme s’appelait Tao, il avait à

peu près le même âge que Liang, il était juste un peu plus petit en taille.

Contrairement à tous les autres garçons que Liang avait rencontrés auparavant,

Tao ne s’était pas moqué de son poids, d’ailleurs c’était un garçon doux et

courageux qui consolait Liang quand il avait des regrets d’être parti.

Tout s’était mis en ordre sur ce petit bateau, Tao tenait la barre, faisait la lessive,

rangeait les cabines, faisait les lits et Liang cuisinait (tout naturellement),

nettoyait le bateau, faisait la vaisselle, et s’occupait des petites réparations, que

ce soit une planche du bateau à reclouer ou des chemises recoudre.

Cela faisait quatre mois qu’ils étaient sur ce bateau, donc pour passer le temps,

ils avaient fait beaucoup de petits bricolages: une horloge qui ne se remontait

pas mais dans laquelle il fallait mettre de la farine pour qu’elle fonctionne, un

calendrier où ils faisaient un trait pour chaque jour qui passait, des jumelles qui

allaient dans l’eau pour voir les poissons et les requins, un plongeoir en planches

de bois qui faisait rebondir tellement haut qu’on apercevait presque les étoiles.

Parfois, ils jetaient l’ancre et faisaient des concours de sauts du plongeoir; à ce

jeu, Liang gagnait tout le temps.

Maintenant qu’ils s’étaient tout raconté sur eux, ils parlaient de leur famille et

de leurs amis ou amies.

Liang avait raconté tout ce qu’il pouvait sur sa vie, maintenant c’était à Tao d’en

faire autant.

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Il habitait avec son père et sa mère dans une petite maison au bord de la mer

son père était pêcheur et il ne gagnait pas beaucoup car ces derniers temps

le poisson venait à manquer donc il vendait ses poisson un peu plus cher et

les gens n’achetaient plus quand à sa mère qui était institutrice elle gagnait

beaucoup plus que son mari, environ quatre fois plus. Ils ne vivaient donc

presque que du salaire de la mère. Mais un jour sa mère tomba malade, elle

souffrait d’une grave maladie: le cancer. Ils avaient fait appel à tous les médecins

alentour et ils en avaient même fait venir d’ailleurs mais en vain. Aucun n’avait

trouvé de remède pour cette maladie qui ne pouvait être soignée car à cette

époque on savait la reconnaître mais on ne savait la guérir.

Son père, un homme robuste, lui avait demandé de garder son bateau et

de l’entretenir au cas où sa mère se rétablirait car pour l’instant il restait à

son chevet pour être là si jamais elle avait besoin de quelque chose. Tao était

justement en train de nettoyer le bateau de son père quand Liang était venu lui

demander s’il pouvait aller lui emprunter pour aller jusqu’au miroir magique. Il

avait réfléchi un instant puis pensant que là-bas il y aurait peut-être un remède

pour sa mère il demanda à le revoir le lendemain pour pouvoir aller demander

aux anciens plus de renseignements sur ce fameux miroir. Les anciens lui

répondirent d’abord que c’était une légende puis comme Tao insistait, ils lui

racontèrent l’histoire du miroir magique. Comme il savait qu’il n’aurait qu’une

chance pour sauver sa mère il la saisit.

Les jours passèrent et jusqu’à présent le ciel avait toujours été bleu, même

quelque fois ils avaient un peu de mal à avancer car il n’y avait qu’une légère

brise. Mais ce jour-là, le ciel était gris et la pluie tombait à torrents, le vent se

mit à souffler très fort et les voiles se gonflèrent énormément. Tout d’un coup on

entendit un long bruit qui faisait ‘’crrr’’ mais avec le vacarme de la tempête et les

grosses vagues qui les faisaient presque chavirer Liang et Tao ne se soucièrent

pas de ce petit bruit. Mais quand la tempête se calma ils s’aperçurent que la

grand-voile était déchirée, ils durent donc continuer le voyage au foc et pour la

remplacer, ils mirent le spinnaker.

Ils étaient maintenant arrivés au centre de l’océan, là où la mer était tellement

d’huile qu’on la confondait avec le ciel. Devant eux, se dressait un arbre

gigantesque, le tour de l’arbre était tel qu’on aurait pu construire une ville

entière à l’intérieur, son feuillage était éblouissant et ses branches étaient d’une

longueur impressionnante. Au sommet de l’arbre sur un cousin d’or était posé

Le Miroir Magique. Mais pour pouvoir faire un vœu il fallait monter tout en

haut. Liang et Tao commencèrent donc l’ascension. Au début, c’était difficile car

il n’y avait quasiment aucune prise puis l’escalade de l’arbre devint plus facile, il

commençait à y avoir un certain nombre de branches de plus en plus feuillues.

Au bout d’une heure, ils arrivèrent au sommet. La vue était magnifique on y

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voyait une palette de bleus, que du bleu, partout, pas un petit peu de rouge ou

de vert, non, que du bleu. C’était éblouissant de voir tout de si haut cet arbre

faisait au moins la taille de la tour Eiffel.

Ils avancèrent vers le miroir magique qui contrairement à ce que l’on pourrait

penser avait un diamètre d’environ un mètre cinquante il était en or incrusté de

pierres précieuses rouges Il y avait aussi un drôle de petit cadran qui indiquait

cent sur cent un.

Tout d’un coup, le miroir se mit à parler il dit d’une voix rauque:

« Bonjour les enfants, j’espère que vous n’avez pas un vœu chacun car je ne

pourrai en exaucer qu’un comme vous le constatez sur mon cadran.»

Liang réfléchit puis dit:

« Tao, tu as un souhait beaucoup plus important que le mien, en plus je me suis

rendu compte que j’avais maigri et que par conséquent ma figure est beaucoup

moins ronde et plus jolie.»

Tao était tout ému, tellement qu’il embrassa Liang sur la joue et le serra bien

fort dans ses bras.

Le miroir annonça à Tao qu’une fois son vœu prononcé il ne pourrait plus

revenir en arrière et qu’il les renverrait tous les deux chez eux devant la porte

de leur maison.

Tao prononça son vœu et, dans un tourbillon de poussière ils s’élevèrent dans

les airs, en moins de trente secondes ils étaient chacun chez eux, debout, devant

la porte de leurs maisons, vêtus de beaux habits en soie.

Liang regarda par la fenêtre, dans le salon sa mère sanglotait, assise sur le

canapé à côté son père et sa sœur pleurait aussi. Mais ce qui attira le plus son

l’attention, ce fut que sur le fauteuil était assise Shu qui pleurait à chaudes

larmes.

Quand Liang entra, ce fut des cris et des pleurs de joie, ils étaient tellement

heureux de se retrouver tous ensemble. Shu le serra dans ses bras si fort qu’elle

faillit l’étrangler. Elle s’excusa mille fois d’avoir été si dure avec lui, Liang refusa

ses excuses puis il lui raconta son voyage, son ami Tao, la tempête, le grand

arbre, le miroir magique et comment ils étaient rentrés chacun à leur maison.

Shu s’extasia devant le récit de Liang mais il se faisait tard et elle dut rentrer.

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Le lendemain, Liang retourna à l’école et à sa grande surprise, tous ses

camarades l’attendaient devant la grille, il crut d’abord que cet attroupement

n’était pas pour lui, mais quand il s’approcha tous les garçons commencèrent à

lui poser des questions. Liang fut tout ému, il n’avait jamais été aussi heureux et

n’avait jamais eu autant d’amis.

Maintenant, Shu et lui rentraient tous les soirs ensemble et à la récré il n’était

plus du tout seul : tous ses copains jouaient avec lui. Et Ting dans cette histoire,

Ting avait déménagé car ses parents trouvaient que cette école n’était pas faite

pour elle. « Tant mieux» se dit Liang quand il l’apprit.

De son côté, quand il était rentré, Tao avait trouvé sa mère préparant le riz

en sanglotant. Dès qu’elle le vit, elle le serra dans ses bras en pleurant de joie.

Quand son père rentra du marché il l’embrassa mille fois mais peu après il le

gronda car il était parti sans prévenir avec son bateau. Quand Tao leur raconta

son voyage, ils dirent qu’ils ne le croyaient pas, mais Tao savait au fond de lui

qu’ils y croyaient un peu.

Liang et Tao continuaient à se voir souvent car ils s’étaient rendus compte qu’ils

n’habitaient pas bien loin l’un de l’autre.

Ce voyage avait fait de ces deux garçons les plus heureux du monde.

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Adele Marchais


La Guerre des dragons

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Ce dernier s’appelait Wayan, c’était un jeune indonésien âgé de douze ans, il

vivait dans un pauvre village à côté du port de Makassar, son père était marin

et possédait un bateau qui se surnommait « Ami ». Ce jour-là, le 20 septembre

de l’an trois mille, il embarqua sur ce bateau avec l’équipage de son père. Voici

que son aventure en mer de Chine commence. Il ne savait point que cela allait

lui coûter cher. Avant de partir, il embrassa sa mère sur la joue, sa mère lui dit :

« Fais très attention, mon fils, la mer, c’est la mort, l’antre des deux dragons y

sont dedans.

- Ne t’en fais pas, mère, je reviendrai sain et sauf. » lui murmura Wayan.

Puis il partit en quête sur la Mer de Chine.

Sur le bateau, son père lui indiquait les grands ports du monde et l’endroit où

ils se trouvaient. Pendant que le capitaine examinait les chambres, ce marin

demanda à son fils :

« Tu trouves la mer comment? C’est beau, non ? Mais fais attention aux

dragons, ils peuvent te manger. Notre mission est de nous débarrasser de ces

dragons, ils crachent du feu et savent transformer leurs corps ! Ils … »

Tout à coup, Wayan lui coupa la parole :

« Mais est-ce qu’ils ne sont que dans la Mer de Chine ?

- Oui mon fils, c’est pourquoi nous ne restons que dans cette mer. »

Ils discutèrent pendant longtemps et, quand vint le soir, ils allèrent se coucher.

Le lendemain matin, ils furent réveillés par un bruit d’explosion, le bateau avait

explosé ! Les extraterrestres s’emparent du bateau ! Le capitaine enclenche

l’alarme, tout le monde est en place, les marins, dont le père de Wayan qui

prend son fusil laser, et attendent le signal du capitaine. Le maître du bateau

fait signe et le combat commence, ces extraterrestres s’appellent les « Inads », ce

sont des races qui, comme les chevaliers du Moyen-âge, prennent tout ce qu’il

y a dans ce bateau. En ce moment, Wayan restait caché sous le lit en priant

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que l’équipage gagne et que son père ne meure pas… Voici qu’un extraterrestre

rentre dans la chambre de Wayan, il inspecte la pièce et découvre le garçon sous

le lit, cet Inad prend son pistolet, vise ce jeune homme et, ce pauvre s’évanouit.

Il fut encore réveillé par un bruit étrange provenant d’une grotte, puis il se lève,

il marche et, par surprise, il découvre un dragon, ce dragon avait les yeux bleus

comme le ciel, son corps était formé avec des écailles multicolores, on voyait

une armure vermeille et des traces de coupures. Ce dragon n’était pas celui dont

parlait son père, c’était celui des gentils, ils savent se contrôler et entraînent

au paradis les gens qui ont fait du bien dans la vie humaine et qu’ils puissent

aller dans un autre monde appelé « Mutaka », là-bas, il paraît comme disaient

les pèlerins de ce jour, c’est la paix. Et ce monde de l’an trois mille faisait des

guerres et des guerres, sur la mer ou la terre, on ne pouvait rien voir, sauf les

fumées d’un champ de bataille ou des cadavres de villageois, ces gens-là ne

rentreront pas au paradis. Wayan, le jeune naufragé tremblait de peur, c’est

alors que ce dragon lui adressa la parole :

« Je suis le chef des dragons porte bonheur, je ne mange pas les hommes, n’aie

pas peur, je m’appelle Ryan, et toi c’est ? »

« Wayan » lui répondit le jeune homme.

Ensuite, le dragon lui raconta, l’histoire du troupeau et de son enlèvement :

quand l’Inad allait lui tirer dessus, les dragons sont venus, ils ont débarrassé

les extraterrestres du bateau et ont pris Wayan avec eux. Mais Wayan ne

comprenait pas pourquoi les dragons l’avaient enlevé, c’est alors que le chef

le fit entrer dans une salle où il y avait des peintures, en voyant cela, l’humain

lui demanda : « Pourquoi m’as-tu fait entrer dans cette salle ? » Le dragon lui

répondit alors : « Je t’ai fait entrer dans cette salle afin que tu puisses voir ces

peintures, ce sont des peintures de guerres, des guerres que nous les dragons

contre vous les humains et celle des dragons maléfiques. » Il poursuivit sa

phrase dans une voix mystérieuse « Tu es notre sauveur, tu as les pouvoirs des

dragons et des humains, peut-être que tu ne le savais pas mais dans les anciens

temps, tes arrière-arrière-arrière grands-parents se sont mariés sur la mer de

Chine, puis le chef dragon de notre troupeau sortit pour leur souhaiter bonne

chance et en cadeau de mariage, il leur donne une prophétie : un jour, un

homme tuerait le chef des dragons maléfique et aurait le pouvoir des dragons,

et cet homme est l’un des tes descendants. Le pouvoir du dragon est de cracher

du feu et de se métamorphoser, c’est toi le descendant de ce couple et c’est toi

qui as le pouvoir du dragon mais tu ne le maîtrises pas très bien, et donc tu

t’entraîneras dans cette salle avec les dragons. » Donc tous les matins et les

après-midis, Wayan s’entraîne dans la salle, il ne se demande même pas si son

père est vivant ou pas. Un an plus tard, une guerre est déclenchée en Indonésie,

la mère du jeune naufragé fut tuée, pendant ce temps, le père de Wayan revint

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sain et sauf au village avec l’équipage du bateau. Soudainement, une bombe

tombe sur eux, ils l’esquivent, peu après, l’équipage perd son chef, les dragons

maléfiques ! Le père de Wayan entendit une voix dans sa tête, cette voix est

celle de son fils, quand il apprit qu’il était sain et sauf, le marin demanda à son

fils de se cacher et, ensuite il alla combattre les dragons. En ce temps-ci, Wayan,

qui maintenant contrôlait sa force surhumaine, apprit la mort de ses parents et,

alla combattre lui aussi, à son tour, les dragons des ténèbres, Ryan, avec son

troupeau allèrent avec Wayan. Ils allèrent d’abord dans la grotte des dragons

maléfiques et les tuèrent un par un, cependant, le roi des dragons était en train

de former une équipe pour aller tuer Wayan le chasseur.

Dans la grotte, il faisait noir, cela désavantagea les dragons du paradis car

ils n’étaient pas habitués. En revanche, cela était bien pour les dragons des

ténèbres, ils vivent tout le temps dans les grottes noires et profondes. Wayan

et les autres entrèrent dans la grotte tout en crachant du feu pour faire de la

lumière et, comme ils ne savent pas très bien où aller, l’équipe rentre dans la

salle du roi. Le roi des dragons les attendait avec impatience, il dit alors :

« Chers amis, je vous attendais, allez, commençons le combat. »

Puis il regarde Wayan avec un regard étrange.

« Alors, c’est toi l’humain qui a les pouvoirs du dragon ? On va voir qui va

gagner. »

Ce dragon était très grand, haut de taille et avait des écailles noires comme

celles des dragons occidentaux ainsi qu’une armure en or avec du bronze. Il fit

un signe et ses soldats sortirent de leurs cachettes.

« Que le combat commence ! » dit le roi.

Wayan, qui veut se venger de ses parents, libère son pouvoir et, en combattant

le roi, il devient de plus en plus faible, c’est alors que le roi dit : « Ah ! Ah !

Pauvre petit, tu voulais te venger de tes parents non ? Ils sont morts, et c’est

moi, de mes propres mains qui les ai tués. » Après avoir entendu ce que le

dragon avait dit, Wayan se mit en colère, il devient de plus en plus grand et se

transforme en dragon. Tout à coup, il va à une vitesse tout à fait extraordinaire

et tue le dragon par derrière en lui transperçant le dos par la main, il ne

savait point que le sang du dragon était venimeux, le sang commence à entrer

dans son corps par les blessures qu’il a eues pendant le combat et, meurt

soudainement par la douleur des blessures et du chagrin.

Quand il se réveilla, il se sentit très lourd, il apprit qu’après sa mort, les dragons

du paradis ont aussitôt gagné la bataille car le roi de la grotte est mort et le

groupe du chef des dragons a tué ceux du maléfique, Wayan se fait ressusciter

101


par le chef. Maintenant, ils doivent se reposer tous deux afin d’affronter le

vrai mal : le diable ; le diable est un monstre maléfique qui tue les gens sans

cause et dirige l’enfer, c’est le contrôleur des dragons des ténèbres. Il a les

yeux rouges comme celle des dragons et une paire d’aile noire et douce comme

la peau du chat noir, un corps semblable à celui de l’humain et il a un trident,

comme Poséidon, mais noir et dur comme du fer, avec son agilité, il est presque

invincible ! Quand Wayan sut cela, il tomba dans l’obscurité totale, il s’évanouit

tout à coup et se réveilla quelques jours après.

Les dragons appelèrent le médecin. Ce dragon était habillé en blanc, avec

un grand sac de pharmacie sur le dos, il rentre dans la salle et opère le jeune

homme, après avoir inspecté le garçon, il dit alors d’une voix assez grave: «

Chers compagnons, il est temps de vous préparer, ce guerrier avait perdu

trop de sang pendant la dernière guerre, il faut qu’il se repose. Il va falloir,

maintenant continuer à combattre le mal, mais attention, si vous avez un

problème, appelez-moi et je vous ouvrirai la porte de l’enfer pour que vous

reveniez. » Les dragons commencèrent à se discuter, soudain, un grand

dragon survint en disant : « la décision est prise, nous allons en enfer pour

le combattre, courage les amis, nous sommes des vrais guerriers ! » Donc ils

allèrent tous ensemble devant la porte de l’enfer qui se situe au milieu, au fond

de l’eau.

Pendant ce temps, l’humain qui s’est évanoui commença à rêver : il avait vu

les dragons entrer dans l’enfer et combattre les dragons de l’enfer… Le jeune

homme se réveilla après huit jours de repos, il se leva aussitôt et courut jusqu’à

la salle du chef, il voit le chef en pleine forme et lui dit alors que les dragons

sont partis combattre le diable, mais le chef lui répliqua qu’ils étaient partis se

réfugier dans l’enfer en attendant leur arrivée, maintenant que son groupe était

en pleine forme, ils partirent en enfer. Avant de partir, Ryan l’emmena dans une

salle secrète où s’était cachée une épée, il lui dit :

« La prophétie dit qu’un humain au pouvoir du dragon enlèvera l’épée du

rocher magique et deviendra plus fort que le diable. » Après ses mots, l’humain

au pouvoir du dragon s’avance jusqu’au rocher et, avec sa force surhumaine

enlève l’épée de son rocher. Pendant ce temps, les dragons du paradis qui

étaient allés en enfer avaient réussi à s’échapper des mains des dragons de

l’enfer, maintenant qu’ils sont cachés, il ne reste plus qu’à attendre le groupe

du chef. Revenons dans la grotte, Wayan, qui avait réussi à retirer l’épée, avait

reçu une armure en arc-en-ciel, c’était la plus merveilleuse des armures, souple

comme du plastique mais plus dure que le fer ! Le groupe est prêt à partir, ils

arrivent en enfer et rencontre deux gardes vêtus d’un habit noir et, après un

combat acharné, ils continuèrent leur route.

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En ce temps-ci, le diable était en train de jouer avec ses petits dragons du

paradis, il les tua un par un et attendit la venue de Wayan. Pendant ce temps, le

chef retrouva les autres, et ils se préparèrent pour la dernière bataille.

Ils restèrent dans la grotte de l’enfer pendant une semaine et, le moment venu,

ils attaquèrent tous le grand château du diable. Sur le chemin, ils rencontrèrent

des cadavres, des âmes des gens qui sont en enfer. Ce château était fait avec

du sang noir et on pouvait sentir des odeurs bizarres, parfois des cadavres de

dragon. Ils rentrèrent dans le château, c’était de l’or partout, et des servantes

aussi. Puis ils arrivèrent dans une salle où c’était écrit « Le roi vous attend. »

Le groupe des dragons du paradis entrèrent dans cette salle et découvrirent

ses petits morts, tués par le diable puis Wayan prit l’épée à la main et fonça

droit sur le diable, mais ce diable l’évita aussitôt, il avait une vitesse incroyable.

Wayan et les autres compagnons entrèrent alors en combat. Le jeune homme

maniait l’épée avec une force et une vitesse comme celle du diable, ils étaient

tous deux très forts.

Pendant ce temps, les guerriers du paradis, descendent dans l’enfer pour

combattre eux aussi, les dragons de l’enfer. Wayan, après un jour de combat,

épuisé, essaya de vaincre le diable mais il ne pouvait pas. Soudain, quand

Wayan se laissa s’évanouir, il entend une voix disant qu’il fallait combattre

le diable, c’était celle de sa mère ! Le fils du marin se réveilla et se leva

difficilement, le diable en voyant cela, dit alors : « Tu es mort, mon petit, tu ne

peux pas me battre, même si tu as l’armure d’arc-en-ciel ! » Tout à coup, une

lumière transperça le château, Wayan avait eu l’esprit de dieu, maintenant qu’il

était guéri, il va, à une vitesse, plus vite que celle du diable, derrière lui et avec

une force surpuissante, lui transperça le crane. Le sang noir coule sur l’épée du

garçon, mais le diable n’est pas mort, Wayan retire l’épée et, sans dire un mot,

avec son armure qui lui donnait aussi le pouvoir, il se transforme en une épée

si grande qu’elle fait la taille de la salle, il se laissa tomber sur le diable tout en

crachant du feu, le diable qui ne pouvait pas retenir l’épée, cria de douleur car

l’épée l’avait coupé en deux, c’est ainsi que Wayan donna le coup de grâce au

diable.

Après ce combat difficile et cruel, Wayan décida d’aller dans le paradis et

devenir le guerrier du paradis, il rencontrera ses parents et sa future femme, et

grâce aux épreuves qu’il avait faites, il deviendra chevalier du paradis et vivra

longtemps, avec sa femme et ses parents, de longues années joyeuses et sans

crainte.

Charles Chu

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Une Aventure pas comme les autres

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Il allait enfin découvrir un monde où il n’était jamais encore allé. L’Amérique.

Pendant ses adieux, tous ses proches lui avait déconseillé de partir et lui avait

dit qu’il serait mieux ici, à Makassar. Mais le jeune garçon, nommé Indra, avait

toujours rêvé de voir de ses propres yeux l’Amérique.

Indra était né à Jakarta, la capitale de l’Indonésie. Son père, Satish, était

pêcheur, réputé pour son bon poisson et pour sa gentillesse. Indra et son père

s’aimaient beaucoup, ils adoraient jouer au ballon sur la plage ensemble. Mais,

une nuit Satish disparut sans donner de nouvelles. La police enquêta et déclara

qu’il s’était probablement perdu en mer. Cinda, sa femme était alors enceinte de

son deuxième enfant. La famille fut dévastée en apprenant cette nouvelle. Indra

en eut le cœur brisé et ne pouvait arrêter de penser à son père. Ils n’avaient plus

d’argent pour vivre. Une seule solution était possible, Makassar. Les parents

de Satish vivaient là-bas et pouvaient héberger Indra et sa mère pendant

quelques temps. Cinta fut embauché comme infirmière dans l’hôpital principal

de la ville. Elle accoucha d’une fille, qu’elle nomma Nada. Cinda économisa un

peu d’argent et acheta un appartement près de l’hôpital. Grâce au salaire de sa

mère, Indra put aller à l’école. Il se fit des amis rapidement. Lais, Maggad et

Indra devinrent les meilleurs amis. Indra fit toutes ses études dans cette école

jusqu’à ce qu’il atteigne ses quatorze ans. Il devait commencer à travailler. Le

jeune garçon devint alors le mousse du capitaine Miral. Ce travail lui donna

l’opportunité de visiter de nombreux pays. Il était déjà allé en Asie, en Europe,

en Australie, en Afrique mais jamais en Amérique. Et maintenant, il pouvait

enfin réaliser son rêve.

Il leva l’ancre, et son aventure commença. D’après les calculs du Capitaine, la

traversée devait durée environ six mois et quinze jours. Il était triste de quitter

toute sa famille et tous ses amis, il n’était même pas sûr de revenir de ce long

voyage.

Le bateau partait en Amérique pour vendre des épices d’Indonésie. Ils

emportaient surtout du curry et du safran, des épices mondialement

recherchées.


Indra adorait son travail, mais le Capitaine pouvait parfois être strict. Si un de

ses mousses ne faisait pas exactement ce qu’il disait, il leur enlevait un peu de

leur salaire pendant un temps précis.

Le jeune garçon, avait toujours adoré voyager, mais cette fois, il avait peur. Ses

amis, lui avait dit qu’au large de la Somalie, on rencontrait souvent des pirates.

Ce mot, « pirate », donnait des frissons à Indra. Ces fameux pirates étaient les

ennemis les plus redoutés dans le monde marin. Ce sont des hommes armés avec

des couteaux et des pistolets. Ils volent, violent et tuent sans aucune raison. La

plupart du temps, on reconnaît leur bateau grâce à la proue placée à l’avant

du bateau. C’est toujours le corps d’une sirène dont on a coupé la tête. En cas

d’attaque, il faut se défendre avec sa propre arme en espérant gagner. Capitaine

Miral avait raconté à Indra qu’une fois il s’était fait attaquer par une bande de

pirates. Durant ses combats, il avait perdu une jambe et un œil. La bande de

brutes avait pris toute la réserve de nourriture, alors Miral et son équipage avait

failli mourir de faim.

Indra pensait souvent à son père, et espérait le retrouver un jour. Pendant ses

expéditions, il rêvait de le retrouver et ils iraient jouer au ballon comme ils le

faisaient auparavant. Le chagrin l’envahissait de temps en temps, et il allait sur

le bord du bateau pour se changer les idées.

Le temps passait doucement, Indra travaillait dur. Il nettoyait le pont du bateau,

aidait à la cuisine, servait le Capitaine… Pendant son temps libre, il dormait,

lisait et comptait les oiseaux. La nourriture n’était pas bonne : poisson cru avec

des pommes de terres.

Cela faisait maintenant trois mois qu’ils étaient à bord du bateau, Indra avait

maigri et avait le visage tout plissé à cause de la fatigue. Le navire approchait

de l’Afrique et l’équipage faisait de plus en plus attention aux bateaux qu’ils

croisaient, de peur de se retrouver nez à nez avec leurs ennemis les pirates. Le

Capitaine disait souvent : « Si nous nous faisons attaquer et que je ne survive

pas, je veux que Nadim me remplace. »

Nadim était un des six mousses. Indra et Nadim étaient de bons amis mais ne

passaient pas beaucoup de temps ensemble. Ils partageaient la même cabine

donc pouvaient se parler pendant la nuit.

Tous les matins, l’équipage se levait à cinq heures du matin pour travailler un

peu dans la fraîcheur car le soleil n’était pas levé avant sept heures.

Au bout du sixième mois, Indra était content car il pensait à son arrivée en

Amérique mais il était mort de peur. Le bateau venait d’entrer dans au large

de la Somalie. Ils avaient pris du retard, le navire devait arriver d’ici quinze

105


jours à destination. Ils avaient encore tout l’océan Atlantique à traverser, ce qui

allait prendre six mois de plus. Quatre heures passèrent, et aucune attaque. Les

navigateurs étaient un peu plus soulagés.

Indra guettait la mer grâce à une longue vue pendant que le capitaine essayait

de s’orienter avec sa boussole. Le garçon, était très attentif. Il resta près de dix

minutes à regarder au loin sur la mer. Juste au moment où Indra pensait être

sauvé, il aperçut un bateau. La première chose que fit Indra était de regarder si

la statuette à l’avant du navire était celle d’un bateau pirate. Il ne voyait pas très

bien, mais à mesure qu’il avançait vers eux, il reconnut la sirène. Elle n’avait pas

de tête

Pris de peur, il cria : « Les pirates ! Les pirates ! Tout le monde se mit

à hurler, et à commencer à s’armer avec pistolets et canons. Un coup de feu

retentit. Le bateau ennemi était tout près de celui d’Indra. Quelqu’un cria :

« A l’abordage ! ». Un énorme groupe de méchants débarqua sur le navire.

Ils ressemblaient à des monstres. Le premier réflexe qu’eut Indra, était de se

cacher. Il trouva refuge derrière des tonneaux d’eau, espérant ne pas être vu.

Pendant une heure, il entendait des cris, des coups de feu et des pas venant

vers lui. Le calme venu, il sortit discrètement de sa cachette. Les pirates étaient

partis.

Tout était renversé et écrasé sur le bateau, des corps gisaient par terre. Sur le

pont, se tenaient les survivants de la catastrophe. Il y avait Nadim, les quatre

autres mousses et le cuisinier. Mais, le Capitaine Miral n’était pas là. Les

regards sur les visages des compagnons d’Indra étaient sombres. Le jeune

mousse n’avait rien vu de la bataille, mais les autres oui. Nadim était blessé

au bras et avait l’air muet. Indra prononça quelques mots : « Où est Capitaine

Miral ? ». Pas de réponse. Au bout de cinq minutes, Nadim répondit : « Il n’est

plus parmi nous, il est au paradis maintenant ». Apres sa phrase, il baissa la tête.

Indra n’arrivait pas à croire que son propre capitaine était mort. Les mousses

commençaient à ranger et à balancer les corps par-dessus bord. L’ambiance sur

le navire était loin d’être joyeuse. Les pirates avaient pris les trois quarts de

l’argent et tout ce qui était cher au capitaine.

Le garçon alla voir si les épices avaient été volées. Dans le coffre, où elles se

tenaient, la moitié de la récolte avait disparu. Il se disait qu’ils n’auraient plus

rien à vendre mais se réjouissait que les pirates n’avaient pas tout pris.

Quand il eut le temps, il alla parler à Nadim pour lui demander ce qui était

arrivé au Capitaine et à son bras.

106


Nadim était penché sur le bord du bateau, Indra s’approcha de lui doucement.

Il lui dit : « Que s’est-il passé ? ». Nadim se retourna et prit la parole :

« Mon cher Indra, la bataille était très violente. Le Capitaine se battait avec

le Capitaine adverse. Mais lui était plus fort. Au bout d’un moment, Miral

commençait à fatiguer et à devenir de plus en plus faible. Le capitaine adverse

en a profité pour planter son épée dans son cœur. Ils ont pris le corps avec eux

sans nous laisser lui dire au revoir. » Indra eut la chair de poule et dit : « Et

toi ? ». Nadim lui sourit et répondit : « Un des pirates m’a touché au bras avec

un couteau mais je me suis vengé en lui coupant la tête, puis en emportant son

pistolet avec moi. » Indra était stupéfait.

Le voyage devait continuer. Comme le Capitaine avait dit, Nadim prit les

contrôles du bateau. On aurait cru que le Capitaine n’avait jamais disparu. Il

faisait les mêmes gestes et disait la même chose. Nadim s’était repéré sur la

carte, ils allaient prendre direction Ouest. Indra ne s’avait plus quel jour il était.

Il brûlait d’impatience d’arriver en Amérique, plus spécialement les Etats-Unis.

Tout le monde sur le bateau était fatigué et mourait d’envie de poser les pieds

sur terre.

Au loin, on pouvait apercevoir un îlot. Ils décidèrent alors d’y rester une nuit

pour se reposer un peu. Mais de poser l’ancre près de l’île n’allait pas être

simple. Ils posèrent alors l’ancre un peu plus loin de la rive et y allèrent à la

nage. Le sable de la plage était chaud et agréable. Ils s’étalèrent tous dessus et

tombèrent dans un sommeil profond.

Quand Indra se réveilla, il regarda autour de lieu, il voyait la mer et des arbres.

Il était affamé. Il partit à la recherche de nourriture en s’aventurant dans la

toute petite forêt qui se tenait sur l’île. Les arbres étaient immenses et il y avait

plein d’insectes. Mais, Indra ne voyait pas de fruits. Il continua quand même

tout droit espérant tomber sur quelque chose de comestible. Il se pencha alors

pour ramasser une chose qui ressemblait à un fruit. Il était vert et ressemblait à

un kiwi. Quand il s’apprêta à le mettre dans sa bouche, il entendit : « Non, ne

mets pas ça dans ta bouche, c’est du poison ! » Indra pensait rêver, mais non,

quelqu’un se tenait un peu plus loin et lui souriait. « Qui êtes-vous ? » lança

Indra. L’homme devait avoir environ cinquante ans et avait l’air heureux. Il

dit : « Ca fait bien longtemps que je n’ai pas eu de visiteurs ! Je suis Satish

le pêcheur. Et vous ? ». Indra fut choqué en entendant le nom de l’inconnu et

lui dit : « Je m’appelle Indra, fils de Cinda et Satish. Je suis arrivé ici pour

me reposer un peu. Savez-vous où je pourrais trouver de la nourriture ? ».

Des larmes coulèrent le long des joues de l’homme, il savait qu’Indra était son

fils. « Mon fils ! Viens, je vais te nourrir. » Indra était heureux, lui aussi était

persuadé que cet homme était son père.

107


Il l’emmena dans une petite cabane placée dans un arbre. Ils montèrent

ensemble et Indra s’installa par terre. Satish lui donna du jus de noix de coco

et quelque chose qui ressemblait à du pain. Satish lui dit : « As-tu un père qui a

disparu une nuit sans donner de raison ? » Indra qui mangeait lui dit la bouche

pleine : « Oui, je ne l’ai jamais revu mais là je crois l’avoir retrouvé. ». Satish

l’embrassa et prononça quelques mots que Indra ne comprenait pas. Indra était

plus que content. Il se souvint alors, qu’il avait laissé un ballon gonflable dans

le bateau. Il dit alors à Satish d’attendre, qu’il revenait dans deux minutes.

Quand Indra eut le ballon, il courut jusqu’à la cabane et dit : « Papa, viens ! ».

Il descendit alors et suivit Indra. Tous deux allèrent sur la plage et jouèrent au

ballon comme ils le faisaient avant. Indra ne voulait jamais quitter son père et

voulait l’emmener avec lui en Amérique.

L‘heure était venu de partir et Indra devait quitter son père, il lui demanda :

« Veux-tu venir avec moi ? Je vais en Amérique et après je retourne auprès

de ma mère et de ma sœur. ». Mais Satish répondit : « Non, je ne préfère pas

venir, cet île est là où j’appartiens. Au revoir fiston. » Ils s’embrassèrent et Indra

partit. Il était triste, il n’allait plus jamais le revoir.

Ils reprirent leur route. Ils leur restaient seulement une semaine de navigation

pour arriver à bon port. Durant cette semaine, Indra ne faisait que penser à

l’Amérique. Il pensait aussi à sa famille qu’il avait laissée à Makassar. Il espérait

les revoir un jour.

Pendant que Indra nettoyait le mat du bateau quelqu’un cria : « Terre ! ». Indra

courut jusqu’au bord du bateau. Il était émerveillé, d’où il était, il pouvait voir le

drapeau américain. Ses yeux allaient éclater, son rêve était devenu réalité.

Dès qu’ils furent dans le port de New York, des personnes vinrent les aider à

décharger le bateau des quelques épices restantes. Indra avait appris l’anglais a

l’école donc pouvait facilement communiquer avec les Américains.

Sur le marché, beaucoup de gens venaient acheter leurs épices en ajoutant tout

le temps : « Delicious ! ». Mais Indra avait aperçu une fille qui avait à peu près

son âge et qui venait souvent à leur stand. L’adolescente était une fille splendide,

les cheveux blonds et les yeux bleu clair. Il tomba tout de suite amoureux.

Cependant, il voulait lui parler donc il s’avança vers elle et lui dit « Bonjour,

je m’appelle Indra, comment-vous appelez-vous ? » Elle sourit et répondit :

« Jessica. Enchanté ». Ils commencèrent alors à parler, Indra lui disait pleins de

compliments et elle rougissait. Au bout d’une semaine, Indra lui annonça qu’il

était amoureux d’elle. Jessica l’aimait aussi.

108


Quand le mois passé en Amérique fut fini, le jeune homme devait retourner à

Makassar. Mais, il refusa de partir pour rester à New York avec sa bien aimé

Jessica.

Indra et Jessica se marièrent alors à New York. Indra trouva un travail comme

traducteur de livres. Le couple s’acheta une maison à l’écart de la ville et eurent

trois enfants qu’ils nommèrent : Miral, Nadim et Maria.

Camilla Ferron

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DEUX PANDAS EN MER DE CHINE

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Le coucher du soleil est magnifique, rouge dans un ciel orange. L’astre se

couche dans l’océan qui s’étale à perte de vue. Les derniers rayons touchent

le port de Makassar qui baigne dans une lumière rougeâtre. Makassar : cette

ville qui abrite environ 1,5 million d’habitants est située sur l’île de Sulawesi

en Indonésie. Je me rappelle des quelques cours d’histoire que mon père m’a

donnés : Makassar a été un important port de commerce avant l’arrivée des

colons hollandais. Makassar, j’y suis né, mais mon père et ma mère eux, ne sont

pas nés ici, ils ont vu le jour en France. Moi, la France, j’aimerais bien la visiter

mais mon père a un travail ici. Il n’est pas question qu’il le quitte car mon père

est…

« Edouard, me cria quelqu’un dans mon dos, mais que fais-tu ici ? C’est l’heure

de manger. »

En effet, il fait nuit. Je me retourne et je vois ma mère qui m’attend. Je file la

rejoindre.

Après un bon repas, je retourne enfin à mes pensées et je commence à

récapituler tout ce que je sais sur ce voyage. Tout a commencé avec un coup de

fil. C’était mon père qui nous disait, à ma mère et à moi, de venir le rejoindre à

Hainan où il avait une surprise à nous montrer. Ce fut une grande joie pour moi

qui n’avait pas vu mon père depuis des mois. Ensuite, il fallut acheter des billets

pour Hainan et suivre toute la procédure administrative. Et donc au final, nous

voilà embarqués dans cette aventure. Celle-ci nous fera traverser la Mer des

Célèbes, la Mer de Sulu, et enfin la Mer de Chine jusqu’à Hainan, où mon père

nous attend. Le voyage fut interminable. Heureusement ce calvaire prit fin et

lorsque nous arrivâmes, je fus saisi de joie en voyant mon père. Il est biologiste

et il nous expliqua sa surprise :

« Voilà, dit-il, j’ai l’honneur de vous informer que je vais m’occuper d’un panda

et vous aussi.

- Un panda ? dis-je, étonné.

- Oui, un panda, reprit mon père, il n’y a pas longtemps le gouvernement

chinois a décidé de réintroduire des pandas ici à Hainan, dans une réserve qui

lui sera entièrement dédiée. »


Cela me parut un projet un peu fou mais j’acceptai sa proposition.

« Le panda est un animal en voie de disparition, fiston, dit mon père, soit fier de

pouvoir t’en occuper. »

Le panda est en danger. Cela je le savais bien. La WWF, la célèbre association

qui défend les animaux en a même fait son symbole. Le lendemain, nous

partîmes donc pour la réserve où se trouvait le panda. Après avoir parcouru

plusieurs kilomètres, nous arrivâmes à l’entrée de la réserve. La forêt était

dense, et cela ne nous aidait pas car le panda est souvent très discret. Le

gardien nous accompagna jusqu’à une forêt de bambou située à 1200 mètres

d’altitude. En effet, les pandas sont très friands de bambou, nous expliqua-t-il :

si l’on voyait un panda, il ne fallait surtout ni pousser de cris, ni faire de gestes

brusques.

L’après-midi était bien avancé quand j’aperçus le panda, ou en fait, les pandas,

car il y avait un petit et un adulte qui semblait être sa mère. Elle était très

impressionnante. Elle devait mesurer à peu près ma taille, je dirais 1,65 m. Elle

me regardait de ses yeux noirs avec autour de grands ronds noirs qui devaient

sans doute protéger ses yeux des rayons de soleil. Elle avait deux oreilles noires,

une fourrure blanche et des pattes noires. Son petit, lui, était sa copie conforme,

sauf en taille. Après m’avoir fixé du regard plusieurs minutes, elle continua son

activité favorite : manger du bambou. Le gardien nous présenta la mère, « Petite

Jade », et son petit, « Petit Nuage », qui était né il y a six mois. Mon père, ma

mère et moi étions fascinés.

La nuit tombée, les pandas s’en allèrent et nous, nous plantâmes notre camp.

Après un repas de ragoût, le gardien nous expliqua que le grand panda était

un animal en voie de disparition, parce que l’homme détruisait petit à petit son

environnement. Il ajouta que le panda était souvent chassé par des bandits

qui le revendaient au marché noir. C’est ainsi que se termina la soirée. Après

que tout le monde eut fini de manger, on alla tous dormir sous nos tentes.

Malheureusement, dès que je me glissai sous mon sac de couchage, mon

père commença à ronfler. Là, impossible de dormir ! Je me tortillais dans

tous les sens, mais j’en arrivai au même résultat. Je quittai mon sac pour

aller me rafraîchir les idées. C’est alors que j’entendis des bruits et que je vis

une silhouette bouger. Intrigué, je me dirigeai vers les voix. Là, je vis deux

silhouettes.

« Billy, on l’a !

- Ouais, c’est dans la poche !

- Faut faire quoi maintenant ?

111


- D’après toi abruti, on l’embarque. »

Les deux acolytes s’en allèrent vers la forêt de bambou. Intrigué, je les suivis.

Lorsque, toujours caché, j’arrivai là où les deux ombres s’étaient arrêtées. Une

lampe torche s’alluma. C’était horrible ! Les deux pandas étaient à terre, avec,

plantée dans leur corps, une seringue, comme s’ils étaient morts.

« Allez, on les embarque ! »

Ils traînèrent les pandas vers ce qui semblait être un 4x4 auquel était attachée

une remorque. Il fallait que j’intervienne. Je fis un pas en avant quand, « crac »,

je venais de marcher sur une branche de bambou qui se cassa. Plus vite que

mon corps en était capable, je sautai vers un amas de bambous bien denses.

Heureusement, car à peine caché, la lampe torche pointa vers ma cachette. Je

retins mon souffle.

« Jo, qu’est-ce que tu fais ?

- J’observe, idiot.

- Grouille, le chef nous attend ! »

Le faisceau de lumière se détourna de ma cachette et je puis enfin reprendre

mon souffle. Une porte claqua. Je sortis rapidement de ma cachette et

m’avançai à pas de loup vers la remorque. Une deuxième porte claqua. Je

sautai à l’arrière de la remorque et m’y agrippai très fort. Je parvins à poser mes

pieds sur le marche-pied. Le 4x4 rugit et c’est parti ! C’est dans cette position

inconfortable que débuta ma galère. Les minutes passèrent, je ne comptais

plus les secondes, les heures, je pensais à mon père et à ma mère qui étaient

toujours blottis dans leur tente. Je pensais aux pandas qui étaient juste devant

moi. Seule une porte métallique nous séparait. Je les entendais ronfler. Je

n’osais pas essayer de m’enfuir avec les deux pandas car si j’ouvrais la porte

de la remorque et que je les jetais dehors, ils ne survivraient pas à leur chute.

De plus, je me ferais remarquer par les deux ravisseurs. Je me demandais

comment allait réagir mon père en ne me voyant ni moi, ni les pandas. Allait-il

me chercher ? Je ne savais point. Tout ce que je savais, c’est qu’il fallait que je

délivre ces pandas, sinon nous aurions d’une part de graves problèmes avec les

autorités chinoises, d’autre part, un énorme poids sur la conscience. Aussi, pour

protéger ces animaux en voie de disparition, si je devais donner ma vie pour

mes pandas, je la donnerai sans hésiter. Je m’agrippais davantage à la remorque

lorsque la voiture s’arrêta dans la clairière où nous venions d’arriver. Je bondis

de la remorque pour me cacher derrière un buisson dans la forêt, heureusement

l’obscurité couvrit ma fuite.

112


Malgré la nuit, je distinguai nettement un avion à hélice stationné près de

prêt à décoller. Mes neurones ne firent alors qu’un quart de tour : il fallait que

je me faufile dans la soute où les deux braconniers venaient de déposer les

pandas toujours endormis. Je me rapprochai à pas de loup en évitant le faisceau

lumineux que l’un des hommes avait dans la main. Arrivé à l’avion, je me

plaquai contre la carlingue tout en surveillant les ravisseurs. Ils partirent vers

la cabine. C’est le moment que je choisis pour me faufiler dans la soute, qui se

referma derrière moi. Le voyage commença sans que je sache où nous allions.

Dans le noir, vaincu par la fatigue, je m’endormis…

Un choc me réveilla en sursaut, nous venions d’atterrir, l’avion ralentit, puis

s’arrêta. Bien dissimulé au font de la soute derrière une cage vide, je pus

espionner les hommes qui entraient dans la cale.

« Bien joué, les gars. Maintenant on les met dans la caisse, et si tout se passe

bien, demain, il y a un de mes contacts qui viendra les récupérer.

- Tous ? interrogea un autre.

- Ouais, lui répondit la voix grave, tous ! »

Ils traînèrent les cages des pandas vers je ne sais où. J’en profitai pour quitter

ma cachette et descendre de l’avion. Dehors, le soleil devait atteindre son

zénith. Nous nous trouvions sur la plage d’une petite île. Il y avait une petite

forêt au centre, avec à côté une colline. C’est vers le centre de la forêt que les

deux ravisseurs étaient partis. Je les suivis discrètement. A destination, je vis

une horreur : des dizaines d’animaux emprisonnés ! Mon regard passa sur tous

les animaux et s’arrêta sur mes pandas. Il fallait que je les sauve. Je réfléchis

longuement, quand, Euréka ! Il fallait distraire les gardes pour parvenir près

des cages. Je retournai vers la plage pour fouiller dans l’avion. J’y trouvai un

bidon d’essence, l’ingrédient idéal pour mon plan. Je sortis de l’avion juste à

temps car les gangsters revenaient. Je plongeai dans la mer avant qu’ils ne me

voient. Toujours dans l’eau, caché derrière un petit rocher, j’entendis ce qui

semblait être leur chef :

« Je vous laisse la garde des animaux. Tâchez de ne pas les perdre. Je pars

régler le contrat avec le client. »

Celui qui venait de parler entra ensuite dans l’avion et décolla quelques

minutes plus tard. Les deux autres retournèrent au camp. Lorsque l’avion fut

loin dans le ciel, je sortis de l’eau, pris le bidon d’essence et me dirigeai vers

le sommet de la colline où trônait un arbre mort. J’y rassemblai rapidement

des branchages car la nuit tomba très vite. J’aspergeai mon bûcher d’essence.

Ensuite, j’entrepris l’opération la plus difficile de mon plan, faire sortir une

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petite flamme avec des bouts de bois. Je frottai, je frottai, mais rien n’y faisait.

Il me fallut bien trente minutes pour y parvenir. J’allumai le bûcher avec joie

et l’arbre illumina de mille feux les entourages. Quelle bonne idée j’avais eu

en lisant récemment Vendredi ou la vie sauvage ! Vite pas de temps à perdre

car les gardes allaient arriver d’une minute à l’autre. Je courus vers le camp,

quand j’entendis un bruit. Rapidement je me cachai derrière un arbre. De mon

poste, je vis l’un des braconniers courir vers l’arbre en feu. Je vis que mon

piège avait marché, je me précipitai vers le repère des bandits. Arrivé sur les

lieux, je constatai un petit défaut : il restait un des braconniers, heureusement

il dormait. A pas de loup, je m’avançai vers les cages. Tout doucement j’ouvris

la cage des pandas endormis. Je les agitai mais rien n’y fit, je perdais espoir au

fur et à mesure que les secondes passaient. Mais miraculeusement je réussis à

réveiller le petit Panda. Tout ensommeillé, il se réveilla et observa attentivement

les alentours. Je le pris délicatement dans mes bras.

« Qui va là, gronda une voix. »

Horreur ! L’affreux braconnier s’était réveillé. Je ne vis qu’une seule solution :

prendre mes jambes à mon cou. Malheureusement je fus vite rattrapé par

l’homme qui courait bien plus vite que moi. Il se jeta sur moi et me plaqua par

terre. Je pus de justesse protéger le petit animal. Le gangster braqua sur ma

nuque un pistolet.

« Ah, te voilà gredin, dit-il, lève-toi ! »

Je me lève avec le petit panda qui pousse de petits cris de détresse. L’homme

me force à avancer, avec l’arme braquée sur ma tête. Nous nous dirigeons vers

le campement, là, l’autre bandit nous attend.

« Alors Jo, qu’est-ce que tu nous ramènes ?

- Un petit voleur ! répondit-il d’une voix rauque, encore heureux que je ne me

suis endormi qu’à moitié, continua-t-il, sinon qui serait allé le récupérer, toi

peut-être ?

- Bon maintenant on en fait quoi ? demanda l’autre.

- Il en a trop vu, on le tue ! »

Là je sentis mon estomac se serrer. Il braqua son pistolet sur moi, quand un

grand rugissement retentit. C’était la maman panda qui s’élançait vers le

braconnier. Elle le renversa et je pris la poudre d’escampette vers la plage.

Arrivé sur la côte, j’entendis un coup de feu suivi d’un rugissement d’animal.

Les larmes aux yeux, je pars en zigzaguant avec le bébé panda dans mes

bras. Le temps passe et je ne sais où je vais. La mer m’asperge de ses petites

114


vaguelettes. Le bébé panda s’assoupit, je le regarde avec plein d’émotion, il

faut que je le sauve. Il le faut sinon je ne pourrai le supporter : en partie car

son espèce est en danger, mais surtout parce que j’aime ce petit panda et que

je ne voudrais pas qu’il se fasse transformer en sac à main, en chaussure ou en

animal domestique. Il faut que je garde espoir mais le sommeil me submerge et

je m’écroule dans les ténèbres, avec le petit sur la poitrine…

Je suis réveillé par une affreuse lumière blanche. Je me demande si je suis

arrivé au paradis, mais la réalité est bien mieux : c’est mon père. Je n’entends

pas bien ce qu’il dit et je m’évanouis à nouveau. Plus tard, lors de mon réveil à

l’hôpital, on m’expliqua tout : mon père, le guide et ma mère avaient été réveillés

par un bruit de moteur, ensuite lorsqu’ils avaient découvert ma disparition

ainsi que celle des pandas, ils avaient tout de suite appelé la police et le WWF.

Rapidement arrivés sur place, ils avaient suivi les traces de la voiture. Parvenus

à la clairière, ils avaient juste eu le temps de voir l’avion partir au loin. Grâce à

l’aide de radars, ils avaient pu repérer la position de l’île où s’était posé l’avion.

C’est ainsi qu’ils ont débarqué sur l’île et arrêté les voleurs.

Après tous ces évènements, on m’emmena voir les pandas : c’est avec une

grande joie que je revis la maman panda, même si le coup de feu l’avait

légèrement blessée. Mais elle put être soignée par les secouristes.

Tout rentrait dans l’ordre, je n’entendis plus jamais parler des braconniers. Sans

doute encore en prison. Tous les animaux que j’avais vus emprisonnés sur l’île

furent relâchés.

Les pandas vivent maintenant en paix dans leur réserve. Moi, aujourd’hui, je

ne vis plus à Macassar, mais sur l’île de Hainan avec mon père, ma mère et les

pandas. Je peux enfin me consacrer à mes études de vétérinaire pour mes deux

pandas préférés.

Les pandas sont en danger, protégeons-les !

Arnaud-Hapseng LY

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Retrouvailles inespérées

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie !

Thomas était un jeune garçon blond, né en France. Il avait dix-sept ans

et, lorsque son père avait été muté, il avait déménagé en Indonésie, plus

précisément à Makassar. C’était un adolescent courageux, parfois même un peu

téméraire et surtout très curieux. Il adorait la lecture, plus particulièrement les

articles de journaux. Sa nouvelle vie lui plaisait beaucoup : entre la chaleur, la

plage et la plongée, il ne s’ennuyait jamais. Il allait parfois dans la forêt primaire

où la surprise était au rendez-vous. Son père, de par son travail, avait beaucoup

voyagé. Il avait parcouru plusieurs continents, en particulier l’Asie où il avait

rencontré, Surya, la mère de Thomas. Avant de le rencontrer, celle-ci avait vécu

au Cambodge. Elle était brune, avait quarante ans et paraissait parfois triste.

Ses parents étaient professeurs de français. Au moment où les Khmers rouges

avaient pris le pouvoir, toute sa famille avait été séparée. A l’époque ces derniers

massacraient tous les intellectuels, en particulier les enseignants. Sa mère était

persuadée que ses parents étaient morts et qu’elle ne les reverrait jamais, ce qui

expliquait sa tristesse.

Un jour, lors de ses nombreux passages à la bibliothèque, Thomas était tombé

par hasard sur un article signé du nom de son grand-père. Se pouvait-il que

ce soit lui qui l’ait écrit ? Serait-il encore vivant ? Il fallait qu’il en ait le cœur

net. Prétextant un voyage pour ses études, il embarqua à bord d’un bateau qui

l’acheminerait vers Kâmpôt, au Cambodge.

Douze jours plus tard, vers la moitié du trajet, en pleine mer, le bateau fut

attaqué par une bête encore inconnue de tous. Thomas se réveilla en sursaut

en raison d’une plainte déchirant le silence de la nuit. Il grimpa sur le pont et

découvrit tout l’équipage suant sang et eau pour tuer cet animal effroyable. Ce

dernier saisissait avec ses immenses tentacules les marins sans défense et les

projetait de part et d’autre de l’embarcation. Thomas était tétanisé, il n’avait

jamais vu personne se faire tuer mais un véritable massacre se déroulait sous

ses yeux. Il était paniqué, ne pouvait réagir. Soudain, il pensa à sa mère et se

dit qu’il devait se battre, trouver une solution pour s’en sortir et continuer les

recherches. Il regarda cette horrible créature : c’était un calamar géant, orange,

le dernier de son espèce. Il mesurait plus de cent pieds de long et trente-neuf de

large. Il avait plus de dix tentacules qui étaient enroulés autour du bateau. D’un

violent coup de ses énormes bras, il arracha le mât portant la voile, anéantissant

toute possibilité de fuite. Alors, une idée germa dans l’esprit du jeune matelot. Il


se précipita dans la cabine du capitaine, alluma brusquement un projecteur, et

le braqua sur l’œil de l’animal. Ce dernier, aveuglé et complètement désorienté,

plongea précipitamment faisant chavirer le navire. Seuls quatre rescapés, dont

Thomas, réussirent à atteindre le canot de sauvetage. Ils dérivèrent pendant des

jours lorsqu’enfin, un bateau les aperçut et les fit monter à bord. Finalement,

une semaine plus tard, ils arrivèrent au Cambodge !

Au moment de passer le contrôle de la douane, Thomas se rendit compte avec

effroi que ses papiers d’identité avaient sombré avec le navire. Les autorités, très

sceptiques, refusèrent de croire à son histoire. Elles décidèrent de l’emprisonner

le temps de vérifier ses dires. Thomas, complètement abattu, se laissa envahir

par le désespoir. Les jours passèrent et, petit à petit, son tempérament de battant

reprit le dessus. Il commença à s’intéresser à ce qui l’entourait. Il s’aperçut

que la cellule voisine était occupée par un vieil homme très triste. Touché par

la détresse qu’il vit dans ses yeux, le jeune garçon décida de lui parler et le

détenu commença à lui raconter sa vie. Au fur et à mesure de son récit, Thomas

détecta de nombreux points communs avec ce que sa mère lui avait raconté

sur l’existence de son grand-père. Se pouvait-il que l’homme vivant à quelques

mètres de lui soit cette même personne ? Thomas décida d’en avoir le cœur net

et lui posa directement la question. La réponse lui fit chavirer le cœur. Pour la

première fois de sa vie, il était en présence de son grand-père.

Ivres de joie et enthousiasmés par leurs retrouvailles, les deux hommes

décidèrent de tenter de s’enfuir. Patiemment, ils mirent au point un plan

d’évasion. Profitant de l’inattention du gardien lors de la promenade, le vieil

homme qui avait toujours semblé inoffensif déroba les clés de leur cellule. Sans

plus attendre, la nuit suivante, ils s’échappèrent de la prison. Portés par la joie

de leurs retrouvailles, les évadés parcoururent d’une traite les vingt kilomètres

qui les séparaient de la frontière vietnamienne. Une fois sur place, ils réussirent

à contacter les parents du jeune homme qui mirent tout en œuvre pour venir les

récupérer.

De retour à Makassar, les parents de Thomas, trop heureux à la fois de

retrouver leur fils et leur père, décidèrent de pardonner à Thomas les risques

démesurés qu’il avait pris.

Marc Capelli

117


118

Les Caisses mystérieuses

Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune

garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait

l’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.

Comment et pourquoi, il ne le savait pas. C’était un sentiment profond, une

intuition. Il venait de quitter sa famille, ses amis et il se sentait gagner par la

morosité mais il lui suffisait de penser aux difficultés qu’il rencontrait au

quotidien sur son île pour retrouver aussitôt le sourire et sa bonne humeur.

Jobor était un garçon courageux et généreux. Il aidait ses parents dans le

travail de la ferme mais malheureusement, une grande sécheresse avait entraîné

une destruction quasi-totale de la récolte de riz et le village où il résidait se

trouvait au bord de la famine ; les stocks de riz n’allaient pas perdurer bien

longtemps. Il avait donc décidé d’embarquer pour un voyage en mer de Chine

afin d’aider son village.

Il savait que ce voyage serait long, fatiguant et difficile pour lui mais cela ne

l’effrayait pas. Au contraire, savoir son village dans le besoin lui donnait la force

et le courage nécessaires. Il descendit donc rejoindre les marins sur le pont

inférieur.

Il avait été embauché comme mousse et placé sous les ordres du marin

FICHAL qui devait lui apprendre le métier. Jobor était enthousiaste et

apprenait vite. C’était un garçon qui ne rechignait pas à la tâche, toujours

volontaire, prêt à rendre service si bien qu’il fut très vite apprécié d’une grande

partie de l’équipage. Mais il sentait une certaine animosité d’une dizaine

d’hommes qui était sous les ordres de MARBEL. Ce dernier était un grand

gaillard taciturne, râleur, égocentrique et violent. Il avait sous ses ordres des

matelots qui lui obéissaient aveuglément.

Les jours paisibles à bord se succédaient. La mer était calme et les hommes

vaquaient à leurs occupations. Le navire faisait escale dans différents ports de

la mer de Chine et on chargeait à bord des marchandises diverses. Puis, par une

belle nuit étoilée, le bateau vint accoster dans le port de Hong-Kong…

De mystérieuses caisses furent transportées, sous bonne escorte, à bord.

C’étaient des caisses en bois, de format assez grand et qui étaient solidement

cadenassées par de lourdes chaînes en métal. Des hommes armés étaient postés

à différents endroits du navire pour empêcher toute approche pendant leur mise

en lieu sûr.


Les marins n’avaient pas été informés de cette escale et de cette nouvelle

cargaison. Aussi, ils se posaient de multiples questions. Que contenaient-elles ?

Pourquoi tant de secrets et de mystères autour de ces caisses ?

Aucune réponse n’avait été donnée aux membres de l’équipage et tous avaient

le sentiment que leur voyage, si tranquille jusqu’à présent, allait changer. Jobor,

qui était un garçon plein de sagesse, interprétait ce silence comme une façon de

les préserver de toute convoitise et de tout danger.

Malheureusement, le groupe de MARBEL ne l’entendait pas ainsi et depuis la

montée à bord de ces caisses mystérieuses, il voulait en connaître le contenu.

Le groupe restait discret sur ses intentions si bien que personne ne se rendit

compte de leur projet.

Un soir, alors qu’il se rendait dans sa cabine, Jobor fut le témoin involontaire

d’une conversation entre quelques membres de l’équipage, conversation

qui avait pour objet leur introduction dans la salle où étaient entreposées les

fameuses boites en bois. Il reconnut la voix de MARBEL et, en se penchant

silencieusement, il aperçut le reste de son équipe qui l’écoutait attentivement.

Que devait-il faire ? Devait-il aller voir le commandant et tout lui raconter

sachant que ce dernier risquait de ne pas le croire car il avait une entière

confiance en MARBEL? Il regagna sa chambre et cette nuit-là, il eut beaucoup

de mal à trouver le sommeil. La meilleure solution était d’en parler avec son

supérieur FICHAL.

Dès le lendemain, l’effervescence était à son comble sur le pont et il n’eut

guère l’occasion d’en discuter avec FICHAL. En effet, la mer était démontée,

des vagues de plusieurs mètres de hauteur s’écrasaient contre la coque

du bateau, un vent violent s’était levé et une brume épaisse s’était formée

empêchant l’équipage de progresser rapidement. Jobor accomplissait ses tâches

courageusement quand son attention fut attirée par les hommes de MARBEL.

Ces derniers avaient abandonné l’avant du navire où ils étaient positionnés et,

rendus presque invisibles par la brume, s’éclipsaient discrètement. Personne ne

faisait attention à eux sauf Jobor qui connaissait les desseins que ces individus

avaient formés. Il tenta d’attirer l’attention de FICHAL mais, trop occupé, ce

dernier ne lui prêta aucune attention. Jobor décida donc de les suivre, seul.

La brume le gênait dans sa progression cependant il savait où se dirigeaient ces

renégats et malgré la peur qu’il sentait monter en lui, il ne se découragea pas. Il

devait coûte que coûte les empêcher de s’emparer du contenu des caisses et ce,

au péril de sa vie.

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Il progressa silencieusement et arriva devant la salle où était le chargement.

La porte était entrouverte et Jobor y aperçut MARBEL en compagnie de ses

hommes tentant d’ouvrir les caisses à l’aide de pieds de biche et de grosses

pinces trouvés sur le bateau. Le jeune indonésien devait trouver une solution

rapidement lorsqu’il se rendit compte qu’il lui était possible de bloquer la porte

de l’extérieur avec une barre métallique ce qui empêcherait le groupe de l’ouvrir

de l’intérieur.

Mais il devait attendre encore un peu avant de refermer la porte car il lui

importait de prouver au capitaine les intentions malhonnêtes de ces hommes et

pour cela, l’ouverture des caisses devait avoir lieu. Au bout d’un certain temps,

qu’il estima suffisant, Jobor referma la porte d’un coup brusque et bloqua la

porte. Les hommes, d’abord surpris, tentèrent de l’ouvrir mais en vain. Un

sentiment de panique s’empara d’eux. Ils étaient prisonniers.

Le jeune garçon courut avertir le capitaine et le reste de l’équipage qui, d’abord,

eurent du mal à le croire. En effet, MARBEL et ses hommes avaient été

choisis pour participer à ce voyage et tous, malgré leur comportement parfois

désagréable, accomplissaient leur travail avec sérieux, nul ne pouvait douter

de leur honnêteté. Ils suivirent donc Jobor jusqu’à la cale. Ils ôtèrent la barre

qui bloquait la porte et en l’ouvrant, ils constatèrent, éberlués, que ces hommes

avaient tenté d’ouvrir les caisses, nul doute n’était possible car les chaînes

gisaient au sol.

Aussitôt, le capitaine ordonna leur arrestation et par radio informa les autorités

du port de cette tentative de vol afin que la police soit présente lors de leur

prochaine arrivée. Jobor fut longuement remercié pour son acte de bravoure et

le propriétaire des caisses mystérieuses tint à lui prouver sa reconnaissance en

lui offrant une grosse somme d’argent.

120

Lillian Wilson


Les lauréats

SOMMAIRE

1er PRIX ..................................................................................................... 11

Hiram et le coffre de bronze, Sophie Tabet, Lycée Français Alexandre Yersin

d’Hanoï

2e PRIX ....................................................................................................... 19

La Perligle, Brianne Leschi, Lycée Français de Kuala Lumpur

3ème PRIX ex æquo ................................................................................... 31

Un destin brisé, Caroline Trong Anh Thu DAO, Lycée Français Marguerite

Duras d’Ho Chi Minh

Cocao Pom, Helena Abou-Haidar, Lycée Français de Singapour

***

Les autres textes plébiscités par le jury …

Lycée Français de Bangkok

Le choix, Nicolas Bodet ................................................................................. 48

L’Aventurier, Laëtitia Mouly ........................................................................... 52

L’esprit dans les voiles, Capucine Parthonnaud ............................................... 56

Lycée Français Alexandre Yersin d’Hanoï

De Makassar à Palawan, Dan Mottier ............................................................ 60

Le Bouddha d’or, Léa Zépi ............................................................................... 63

Lycée Français Marguerite Duras d’Ho Chi Minh

Vestiges d’une nuit, Léa PKM Abdul ............................................................... 67

Harapan, François Rostaing ......................................................................... 70

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Lycée Français Victor Segalen de Hong Kong

Découverte de la mer de Chine, Charlotte François ........................................... 75

Boa Li et Anaï, Jessica Remy ......................................................................... 79

Destination Hong Kong, Zoe Titheridge .......................................................... 82

Lycée Français de Kuala Lumpur

Le trésor de Yarcam, Baptiste Lonqueu ........................................................... 87

Liang, Adele Marchais .................................................................................. 92

Lycée Français de Pékin

La guerre des dragons, Charles Chu ................................................................. 99

Une aventure pas comme les autres, Camilla Ferron ......................................... 104

Deux pandas en mer de Chine, Arnaud Hapseng LY ........................................ 110

Lycée Français de Singapour

Retrouvailles inespérées, Marc Capelli .............................................................. 116

Les caisses mystérieuses, Lillian Wilson ........................................................... 118

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Remerciements

Je remercie M. Le Proviseur du Lycée Français de Singapour, Patrick Sucur,

qui soutient ce projet depuis sa création et les professeurs de Lettres de la zone

sans qui cette initiative n’aurait pu être menée à bien : Mmes Muriel Binnert,

Christel Dupuch et Hélène Exbrayat, ainsi que MM. Frédéric Collin, Sylvain

Dumont, Alain Gouzy, Philippe Le Badezet et Jean-Michel Olives.

Toute ma reconnaissance à notre jury local : Mme Delphine Redon, professeure

documentaliste et Mme Gwenaëlle Sifferlen, professeure de Lettres, laquelle a

également illustré ce recueil avec talent.

Sylvie Vangilwe,

Professeure de Lettres au

Lycée Français de Singapour

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