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la ville d'Alger

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LA VILLE<br />

D'ALGER<br />

"La protégée de Dieu"<br />

Préfacé par<br />

“<strong>la</strong> Lettre” de M. TAYEB ZITOUNI<br />

APC ALGER CENTRE


Rédaction des textes : Nadia ZAID - Samira AMOKRANE - Kamel TAZAIRT<br />

Directeur Artistique : Djalil ZAID • Conception Graphique : Hamid MAHMOUD BACHA<br />

Photographies : Djamal HADJ AISSA • Secrétariat : Mme Assia BELAID<br />

Réalisation et Impression : CDSP<br />

Copyright d’ouvrage ©2004 CDSP > Copyright textes ©2004 CDSP<br />

_____________________________________________________________<br />

Tous droits de traduction, de réédition, d’impression et d’adaptation, sont réservés pour tous pays


SOMMAIRE<br />

Lettre du président d’APC 7<br />

I - Cadre physique 11<br />

•Localisation géographique •Délimitation administrative<br />

•Relief •Cimat •Infrastructures hôtelières •Artisanat<br />

•Art culinaire •Fêtes et festivals<br />

II - Histoire 18<br />

•ORIGINE DE L’APPELLATION •ORIGINE DE LA POPULATION<br />

•ALGER, AU TOUT DEBUT •IKOSIM LA PUNIQUE<br />

•ICOSIUM LA ROMAINE •LA PERIODE ISLAMIQUE<br />

•LA FONDATION D’EL DJEZAÏR BENI MEZGHENNA<br />

•LES HAMMADITES •LES ALMORAVIDES •LES ALMOHADES<br />

•LES FRERES IBN GHANIA •LES HAFCIDES •LES THAALEBA<br />

•LA REBELLION D’EL DJEZAÏR •IBN ALLAN ET LES MERINIDES<br />

•LES ABDELOUADIDES A EL DJEZAÏR •LES DEBUTS DE LA COURSE<br />

•CHEÏKH SALEM, GOUVERNEUR D’EL DJEZAÏR<br />

•LE REGNE DES THAALEBA •L’ARRIVEE DES ANDALOUS<br />

•LA PRISE D’EL DJEZAÏR PAR LES ESPAGNOLS<br />

•LES FRERES BARBEROUSSE •ARROUDJ •KHEIR EDDINE BARBEROUSSE<br />

•EL DJEZAÏR, SOUS LES BEYLERBEYS •HASSAN AGHA<br />

•HASSAN IBN DE KHEIR EDDINE •SALAH RAÏS •HASSAN CORSO ET LE PACHA TERKERLI<br />

• LE RETOUR DE HASSAN IBN KHEIR EDDINE •MOHAMED IBN SALAH RAIS<br />

•EULDJ ALI •LES JANISSAIRES •LES KOULOUGLIS ET LES KABYLES EN REVOLTE<br />

•LA TAÏFA DES RAÏS •ALI BITCHIN •LA FIN DE LA REGENCE •LE REGNE DES AGHAS •LA<br />

PERIODE SOMBRE D’EL DJEZAÏR •LE RAÏS HAMIDOU •LA PERIODE COLONIALE<br />

•CONSEQUENCES URBANISTIQUES DE LA PRESENCE FRANCAISE A ALGER<br />

III -Patrimoine culturel 59<br />

L’ARCHITECTURE D’ALGER DE L’ANTIQUITE A NOS JOURS<br />

•LA LIBRAIRIE (EX-SIEGE DE LA DEPECHE ALGERIENNE) •LA GRANDE POSTE<br />

•SIEGE DE LA WILAYA D’ALGER •L’AERO-HABITAT •ECOLE DES BEAUX ARTS<br />

•IMMEUBLE LA FAYETTE •LA CATHEDRALE DU SACRE CŒUR •LA CITE DES SCIENCES<br />

•L’HOTEL EL AURASSI •L’UNIVERSITE D’ALGER •LE MUSEE NATIONAL DES<br />

ANTIQUITES ET DES ARTS ISLAMIQUES •LE PALAIS ZIGHOUD YOUCEF<br />

•SIEGE DE L’ASSEMBLEE NATIONALE<br />

Alger Centre en images 71


La lettre du président<br />

Al’orée du nouveau millénaire, au moment où les<br />

frontières sont abolies, où <strong>la</strong> mondialisation n’est<br />

pas un vain mot, où les interconnexions entre pays<br />

sont renforcées, où le multimédia intègre sans complexe le<br />

quotidien de tout un chacun aux quatre coins du monde,<br />

l’Assemblée popu<strong>la</strong>ire communale d’Alger Centre refuse de<br />

rester à <strong>la</strong> traîne au risque de se voir engouffrer au fin fond<br />

du sous-développement et de <strong>la</strong> régression, car elle veut<br />

s’ouvrir au monde qui l’entoure. C’est dans cette optique que<br />

s’inscrit l’initiative de cet ouvrage qui se veut un outil de communication aussi utile<br />

que p<strong>la</strong>isant. Car <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Alger Centre n’est pas une <strong>ville</strong> quelconque, n’est pas<br />

banale. On dit d’elle qu’elle est pudique car elle ne se livre pas d’emblée. Il faut<br />

mériter son bonheur, flâner à travers ses rues, gravir ses escaliers, découvrir ses<br />

atouts, s’offrir le temps d’une pause dans le moindre recoin de son architecture qui<br />

témoigne d’un passé glorieux et de <strong>la</strong> succession de plusieurs civilisations depuis<br />

l’antiquité jusqu'à nos jours.<br />

Alger Centre est une <strong>ville</strong> millénaire qui peut se targuer de posséder un riche<br />

patrimoine culturel et artistique, où l’histoire est partout présente. Alger Centre ne<br />

craint pas les défis car <strong>la</strong> politique de ses gestionnaires s’inscrit à juste cause<br />

dans l’air du temps, l’ère de l’ouverture. Elle veut et désire être reconnue parmi les<br />

grandes métropoles du monde.<br />

Alger Centre, <strong>la</strong> belle, veut être aimée avec passion.<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

7<br />

M.TAYEB ZITOUNI<br />

PRESIDENT DE l’APC<br />

D’ALGER CENTRE


CADRE PHYSIQUE<br />

Blottie au sein de <strong>la</strong> légendaire baie d’Alger, l’APC d’Alger Centre partage ses<br />

frontières administratives avec 4 communes, en l’occurrence Sidi M’hamed au sud<br />

et à l’ouest, Belouizdad au sud-est, <strong>la</strong> Casbah-Oued Koriche au nord et nord-ouest.<br />

Sa façade orientale est exposée face à <strong>la</strong> mer Méditerranée.


I<br />

Cadre physique<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

12<br />

LOCALISATION GÉOGRAPHIQUE<br />

L’Assemblée popu<strong>la</strong>ire communale<br />

(APC) d’Alger Centre, relevant<br />

administrativement de <strong>la</strong> wi<strong>la</strong>ya<br />

d’Alger et de <strong>la</strong> daïra de Sidi M’hamed, occupe<br />

un territoire s’éta<strong>la</strong>nt sur 3.7 km 2 de superficie.<br />

Elle abrite une popu<strong>la</strong>tion de 88 909 habitants.<br />

Blottie au sein de <strong>la</strong> légendaire baie d’Alger,<br />

l’APC d’Alger Centre partage ses frontières<br />

administratives avec 4 communes, en<br />

l’occurrence Sidi M’hamed au sud et à l’ouest,<br />

Belouizdad au sud-est, <strong>la</strong> Casbah-Oued Koriche<br />

au nord et nord-ouest. Sa façade orientale est<br />

exposée face à <strong>la</strong> mer Méditerranée.


DÉLIMITATION ADMINISTRATIVE<br />

Le parcours de <strong>la</strong> délimitation de <strong>la</strong><br />

commune d’Alger Centre prend naissance à<br />

partir des Halles aux poissons (pêcherie) au<br />

niveau du quai n° 3 ; on longe <strong>la</strong> clôture du port<br />

par le prolongement de <strong>la</strong> rue d’Angkor jusqu'à<br />

<strong>la</strong> passerelle piétonne qui mène à l’ascenseur<br />

de l’ETUSA (ex-RSTA) qui remonte jusqu’au<br />

boulevard Zighoud Youcef qu’on traverse. De<br />

là, on continue par <strong>la</strong> rue Ksantini Rachid pour<br />

arriver au niveau du rond-point d’où on s’engage<br />

par <strong>la</strong> rue Ali Boumendjel qu’on emprunte<br />

en poursuivant par les rues Patrice Lumumba<br />

et Debbih Cherif jusqu'à l’avenue Taleb<br />

Mohamed pour remonter celle-ci jusqu'à <strong>la</strong> rue<br />

Goethe qu’on suit jusqu’au chemin (escaliers)<br />

Mouil<strong>la</strong>rd ; on traverse celui-ci pour aboutir à <strong>la</strong><br />

rue Messaoudi Abdelouahab, de là on remonte<br />

jusqu'à <strong>la</strong> rue Gharbi Saïd, prolongée par le<br />

chemin Aknouche Moussa, puis on coupe par le<br />

chemin Sfindja pour ressortir au niveau de <strong>la</strong><br />

douche du boulevard colonel Bougara qu’on<br />

descend jusqu'à <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce Addis Abéba, à partir<br />

de <strong>la</strong>quelle on emprunte <strong>la</strong> rue Franklin<br />

Roosevelt. En arrivant au niveau du siège du<br />

ministère des Travaux publics, on descend les<br />

escaliers situés à proximité de cet édifice pour<br />

aboutir à <strong>la</strong> rue Didouche Mourad qu’on suit<br />

jusqu'à <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce du Pérou, puis <strong>la</strong> rampe Gherbi<br />

Sa<strong>la</strong>h pour inclure toutes les instal<strong>la</strong>tions<br />

portuaires jusqu’en face du jardin d’Essai.<br />

RELIEF<br />

La géomorphologie caractéristique de <strong>la</strong><br />

commune d’Alger Centre est un ensemble de<br />

formes en échine à sommets p<strong>la</strong>ts et de collines<br />

aux formes douces dont l’altitude varie du<br />

niveau de <strong>la</strong> mer à plus de 120 m sur les<br />

hauteurs d’Alger. La pente, atteignant dans<br />

certains quartiers près de 35%, est de direction<br />

nord. L’ensemble du territoire de <strong>la</strong> commune<br />

repose essentiellement sur un terrain à base de<br />

roches schisteuses avec une présence de granit<br />

et de grès. La pédologie de <strong>la</strong> région est<br />

représentée par des sols saturés, souvent<br />

caillouteux et de profondeur variable. On y note<br />

également <strong>la</strong> présence de tuf, une roche<br />

calcaire.<br />

CADRE PHYSIQUE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

13<br />

CLIMAT<br />

De type méditerranéen littoral, avec une<br />

période sèche estivale et une autre fraîche et<br />

arrosée hivernale, le climat de <strong>la</strong> commune<br />

d’Alger Centre est caractérisé par une faible<br />

amplitude thermique et peu de gelées. Les vents<br />

dominants qui soufflent sur l’Algérois sont de<br />

direction ouest, de plus <strong>la</strong> région est traversée<br />

par des siroccos, des vents chauds et secs venant<br />

du Sud, avec une moyenne de 20 jours/an.<br />

La température moyenne annuelle et les<br />

deux extrêmes thermiques, les températures<br />

moyennes maximale du mois le plus chaud et<br />

minimale du mois le plus froid sont, respectivement,<br />

de 18. 44 et 0.5°C. Quant aux précipitations,<br />

elles varient entre 600 et 700 mm de<br />

pluies/an avec un cumul de 100 mm pour les<br />

mois de novembre, décembre et janvier. Le<br />

nombre de jours de pluies oscille entre 80 et<br />

100 jours/an.


INFRASTRUCTURES HÔTELIÈRES<br />

A l’instar des autres grandes <strong>ville</strong>s, Alger<br />

Centre est dotée d’infrastructures à même<br />

d’agrémenter le séjour à longue ou courte durée<br />

de voyageurs occasionnels ou de touristes.<br />

CADRE PHYSIQUE<br />

14<br />

En effet, <strong>la</strong> commune enregistre plus d’une<br />

trentaine d’hôtels non c<strong>la</strong>ssés totalisant près de<br />

650 lits. Quant aux hôtels c<strong>la</strong>ssés (1 ou 2<br />

étoiles), on en recense 14 correspondant à une<br />

disponibilité de 737 chambres ou 1 213 lits.<br />

Les hôtels-restaurant c<strong>la</strong>ssés ne sont pas en<br />

reste ; quatre établissements al<strong>la</strong>nt de 3 étoiles<br />

aux 4 étoiles (hôtel Es-Safir) et 5 étoiles<br />

(hôtel Aurassi) offrent un total de 606 chambres,<br />

40 appartements et 1 384 lits, avec une capacité<br />

totale de couverts servis évaluée à 783 couverts.<br />

Concernant les restaurants c<strong>la</strong>ssés, où<br />

de nombreuses spécialités tant nationales<br />

qu’internationales y sont préparées, ils sont au<br />

nombre de 21 avec une capacité de couverts de<br />

1 311.<br />

ARTISANAT<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

La commune d’Alger Centre est connue<br />

pour <strong>la</strong> diversité de ses métiers artisanaux qui<br />

traduisent <strong>la</strong> multitude des origines de <strong>la</strong><br />

popu<strong>la</strong>tion algéroise. Ces métiers octroient un<br />

<strong>la</strong>bel particulier à <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Alger comme ils<br />

sont une source de vie pour certains.<br />

Parmi les corps de métier qui alimentent le<br />

marché de l’artisanat, on peut citer le travail des<br />

métaux (dinanderie, <strong>la</strong> sculpture sur cuivre,<br />

bijoux en argent,...), le travail sur bois et papier<br />

(bibelots en bois sculpté, cadres, coffrets,<br />

petit mobilier,...), le travail de <strong>la</strong> <strong>la</strong>ine, du tissu,<br />

du cuir et assimilés (broderie, couture<br />

traditionnelle, maroquinerie,...) et activités<br />

diverses (céramique, poterie, peinture,...).


ART CULINAIRE<br />

La cuisine traditionnelle algéroise s’apprécie<br />

plutôt à l’occasion d’une invitation familiale.<br />

Les convives auront le privilège de sentir frétiller<br />

leurs g<strong>la</strong>ndes olfactives et gustatives pour<br />

le p<strong>la</strong>isir du pa<strong>la</strong>is. En effet, une kyrielle de<br />

p<strong>la</strong>ts et de pâtisseries s’offrent à vous.<br />

On peut, entre autres, déguster <strong>la</strong> chorba,<br />

une soupe traditionnelle préparée notamment à<br />

l’occasion du mois de ramadhan avec du vermicelle<br />

(m’qatfa) ou des grains de blé concassés<br />

(frik, d’chicha) ; l’ham <strong>la</strong>hlou, p<strong>la</strong>t de viande de<br />

mouton agrémentée d’amandes, de fruits séchés<br />

(abricot, pruneaux, raisins) et de fruits frais<br />

(pomme, poire) ; dolma ; couscous ; méchoui,<br />

etc. La pâtisserie, quant à elle, se décline à base<br />

de semoule, d’amandes, de dattes et de miel. On<br />

peut en citer quelques-unes : maqrout, samsa,<br />

tcharak, qnid<strong>la</strong>t, griouèche, baq<strong>la</strong>wa,...<br />

FETES ET FESTIVALS<br />

La commune d’Alger Centre est une <strong>ville</strong><br />

d’art et de culture. Afin de créer à travers<br />

l’ensemble des communes de <strong>la</strong> wi<strong>la</strong>ya d’Alger,<br />

en général, et de <strong>la</strong> commune d’Alger Centre en<br />

particulier, une vie culturelle aux dimension et<br />

ambitions d’une métropole internationale, un<br />

programme de manifestations à caractères<br />

CADRE PHYSIQUE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

15<br />

culturel, artistique, éducatif, sportif et de loisirs<br />

a été é<strong>la</strong>boré. Ce programme s’articule autour<br />

de plusieurs volets tels que le théâtre, les expositions,<br />

<strong>la</strong> musique (chaâbi, hawzi, moderne,<br />

c<strong>la</strong>ssique universel, c<strong>la</strong>ssique andalous,...), le<br />

folklore, le spectacle pour enfants, les conférences,<br />

les tournois sportifs interquartiers,... et<br />

s’adresse aux artistes, aux créateurs, au grand<br />

public et, bien sûr, à <strong>la</strong> jeunesse.<br />

L’objectif étant d’ouvrir <strong>la</strong> <strong>ville</strong> et ses<br />

quartiers aux arts et à <strong>la</strong> culture et contribuer à<br />

stimuler et encourager tous ceux qui œuvrent<br />

à l’épanouissement des différentes formes<br />

d’expression.


HISTOIRE<br />

Il était une fois les îles... Notre histoire commence ainsi. Une histoire empreinte de<br />

réalités, de mythes et légendes. C’est l’histoire d’Alger dont le nom dérive<br />

d’El Djezaïr, désignant en arabe les îlots rocheux qui baignent, en contrebas, dans<br />

<strong>la</strong> mer Méditerranée.


II<br />

ORIGINE DE L’APPELLATION<br />

Histoire<br />

Il était une fois les îles... Notre histoire<br />

commence ainsi. Une histoire empreinte<br />

de réalités, de mythes et légendes. C’est<br />

l’histoire d’Alger dont le nom dérive<br />

d’El Djezaïr, désignant en arabe les îlots<br />

rocheux qui baignent, en contrebas, dans <strong>la</strong> mer<br />

Méditerranée. Traversant des millénaires d’événements,<br />

au gré de colonisations, d’occupations,<br />

d’expansions, de constructions, de<br />

destructions, de guerres et paix, les origines de<br />

l’appel<strong>la</strong>tion actuelle remontent à un millier<br />

d’années avant l’ère chrétienne, à l’arrivée des<br />

Phéniciens qui donnèrent à cette contrée le nom<br />

d’Ikosim. A ce propos, trois théories sont avancées<br />

pour tenter d’interpréter le sens donné à<br />

l’appel<strong>la</strong>tion Ikosim.<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

18<br />

La première est une légende rapportée dans<br />

le texte de Solin-Solinus au III ème siècle avant<br />

J.-C. qui vou<strong>la</strong>it que <strong>la</strong> <strong>ville</strong> ait été fondée, aux<br />

âges fabuleux de <strong>la</strong> mythologie grecque, par<br />

vingt (en grec eikosi) compagnons d’Hercule<br />

qui abandonnèrent celui-ci en chemin lors de<br />

leur traversée de <strong>la</strong> Méditerranée. Ayant découvert<br />

cet endroit dont l’emp<strong>la</strong>cement montrait<br />

des avantages certains, ils décidèrent de s’y installer<br />

et entamèrent <strong>la</strong> construction d’une<br />

muraille. Et pour qu’aucun d’eux ne revendique<br />

le privilège de donner son nom, en signe de<br />

gloire, à ce lieu providentiel, ils décidèrent, dans<br />

un souci d’équité, de donner à cet endroit l’appel<strong>la</strong>tion<br />

formée du nombre de ses fondateurs,<br />

en l’occurrence vingt. La deuxième explication<br />

se trouve dans <strong>la</strong> décomposition du mot<br />

«Ikosim» qui se scinde en deux sens :


le premier, «I», désignant «îles» et le second,<br />

«kosim», désignant «épines». Et pour cause.<br />

Les navigateurs rapportent dans leurs récits que<br />

de loin cet ensemble insu<strong>la</strong>ire est constitué de<br />

montagnes se dressant telles des épines. Ou<br />

alors, l’aspect physionomique de <strong>la</strong> végétation<br />

dense qui s’y développe montre une texture<br />

épineuse. Ou que, tout simplement, l’aspect<br />

épineux de <strong>la</strong> végétation recouvrant ces montagnes<br />

exprime une végétation à base d’épineux<br />

sensu stricto. La dernière théorie est celle émise<br />

par le célèbre chroniqueur Hassan El Wazzan<br />

Ezzayati, alias Léon l’Africain, qui cite que<br />

Ikosim signifie l’«île aux oiseaux impurs»<br />

ou l’«île aux mouettes». Mais au milieu du<br />

II ème siècle avant J.-C., vers 146, c’était le début<br />

de <strong>la</strong> colonisation romaine : un tournant décisif<br />

dans l’histoire du Maghreb et de <strong>la</strong><br />

Méditerranée. Ce<strong>la</strong> a été marqué par <strong>la</strong> chute et<br />

<strong>la</strong> destruction de Carthage. En l’an 42 après<br />

J.-C., l’empereur C<strong>la</strong>ude 1er divisa le royaume<br />

en deux provinces impériales : <strong>la</strong> Maurétanie<br />

tingitane et <strong>la</strong> Maurétanie césarienne. Ikosim,<br />

dont le nom fut hellénisé en Icosium, passa sous<br />

domination romaine. L’appel<strong>la</strong>tion d’Icosium<br />

demeura jusqu'à l’arrivée d’une nouvelle peup<strong>la</strong>de<br />

venant de l’Arabie, ce qui constituera le<br />

début d’une vague défer<strong>la</strong>nte de l’Is<strong>la</strong>m. C’est<br />

ainsi qu’au XX ème siècle, Ziri Ben Menad fonda<br />

le royaume des Zirides et son fils, le prince<br />

Bologhine, fut autorisé vers l’an 960 à fonder<br />

trois <strong>ville</strong>s dont El Djezaïr-Béni-Mezghenna<br />

(désignant en arabe les îlots). Le site choisi pour<br />

El Djezaïr-Béni-Mezghenna correspondait<br />

exactement à l’emp<strong>la</strong>cement de l’antique cité<br />

romaine d’Icosium et dont ne subsistaient que<br />

des ruines éparpillées dans un vaste champ et<br />

qui faisaient partie du territoire occupé par les<br />

tribus sanhadjies. Puis, El Djezaïr devint Alger<br />

(pour les Français) lorsque cette appel<strong>la</strong>tion fut<br />

européanisée en devenant, tour à tour, Argel<br />

(pour les Espagnols), Algieri (pour les Italiens),<br />

Algier (pour les Allemands), Algiers (pour les<br />

Ang<strong>la</strong>is et les Hol<strong>la</strong>ndais) et ce, selon ce qui a<br />

été re<strong>la</strong>té par le chroniqueur Stephen d’Estry, en<br />

1841, dans ses lettres « Histoire d’Alger, de son<br />

territoire et de ses habitants, de ses pirateries,<br />

de son commerce et de ses guerres, de ses<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

19<br />

mœurs et usages, depuis les temps les plus<br />

reculés jusqu'à nos jours » qu’il envoya, pour<br />

rendre compte de ses voyages, à Monseigneur<br />

Dupuch, évêque d’Alger.<br />

ORIGINE DE LA POPULATION<br />

La tentative de remonter aux origines de <strong>la</strong><br />

popu<strong>la</strong>tion d’El Djezaïr est basée exclusivement<br />

sur une bibliographie aussi exhaustive que possible.<br />

Il est un fait que certaines d’entre elles ne<br />

recèlent pas les critères de rigueur qu’exige une<br />

démarche scientifique objective. Néanmoins,<br />

elles constituent une base de départ dont les<br />

quelques éventuelles «déviations» sont<br />

rectifiées et corrigées par l’appréciation impartiale,<br />

juste, objective et logique, en conformité<br />

avec les vérités historiques avérées, du rédacteur.<br />

Jusqu’au VII ème siècle avant J.-C., l’Afrique<br />

septentrionale, correspondant au Maghreb,<br />

évoluait dans un certain isolement par rapport<br />

au reste du monde. Ces immenses espaces sertis<br />

entre <strong>la</strong> mer Méditerranée au nord et le Sahara<br />

au sud étaient habités par des peup<strong>la</strong>des que<br />

Hérodote, historien grec, appe<strong>la</strong>it Libyens et<br />

dont, quelques siècles plus tard, l’historien<br />

Salluste distinguaient les Libyens à l’Est, et les<br />

Gétules au Centre et à l’Ouest. L’origine de ces<br />

popu<strong>la</strong>tions remonte aux Capsiens qui, venus de<br />

l’est de l’Afrique, envahirent par défer<strong>la</strong>ntes<br />

cette partie du continent et ce, au cours du<br />

XX ème millénaire. Ils constituèrent <strong>la</strong> souche<br />

originelle d’une popu<strong>la</strong>tion maghrébine. Selon<br />

une hypothèse unanimement admise par les<br />

préhistoriens, les Capsiens seraient les ancêtres<br />

des Berbères. Au fil des siècles, <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion a<br />

évolué parallèlement aux multiples civilisations<br />

et brassages inter-éthniques qui se sont succédé<br />

dans cette région de l’Afrique du Nord. Les<br />

références ayant trait à l’évolution de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />

au cours des différentes époques (phénicienne,<br />

romaine, berbère) sont inexistantes.<br />

Tout au plus en 1150, Edrizzi en parle comme<br />

d’une «<strong>ville</strong> très peuplée dont le commerce est<br />

florissant». Ce n’est qu’à partir de 1450 que des<br />

observateurs commençaient à donner des<br />

évaluations avec une première estimation de<br />

20 000 habitants.


En effet, dès <strong>la</strong> fin du XI ème siècle, les<br />

richesses qui continuaient à affluer attiraient de<br />

plus en plus de gens qui arrivaient aussi bien de<br />

l’intérieur que de l’extérieur du pays. En 1518,<br />

Hassan El Wazzan Ezziati, dit Léon l’Africain,<br />

lors de sa visite à El Djezaïr, estima <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />

de celle-ci à 4 000 feux, soit l’équivalent de près<br />

de 30 000 âmes. En 1580, Haëdo, pour sa part,<br />

par<strong>la</strong> de 60 000 habitants. Pour Père Dan, en<br />

1634, <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion d’El Djezaïr avoisinait les<br />

15 000 «immeubles», correspondant à près de<br />

100 000 personnes. En un peu moins d’un siècle,<br />

<strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion d’El Djezaïr a été triplée. Cet afflux<br />

considérable d’habitants fut déterminé, selon<br />

Gramaye, par plusieurs causes dont les<br />

principales s’articu<strong>la</strong>ient autour de :<br />

• L’arrivée des Maures andalous rejetés<br />

d’Espagne en 1609. Ils occupèrent près de<br />

300 constructions nouvelles. •L’apport des popu<strong>la</strong>tions<br />

par suite de <strong>la</strong> démolition du<br />

quartier Bab Azzoun pour motifs militaires en<br />

1573 sur ordre d'Arab Ahmed. •La natalité<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

20<br />

dépassant <strong>la</strong> mortalité. • L’arrivée de nombreux<br />

et fréquents renforts turcs. La popu<strong>la</strong>tion, dans<br />

sa globalité, est structurée, selon le critère<br />

d’origine, en trois c<strong>la</strong>sses :<br />

Les baldis (les autochtones), les baraniyas<br />

(venus de l’intérieur du pays) et les étrangers<br />

(venus de l’extérieur du pays). Les baraniyas<br />

étaient originaires, pour <strong>la</strong> plupart, du M’zab, de<br />

Laghouat, de Biskra, de certaines contrées du<br />

Sahara et, enfin, de <strong>la</strong> Kabylie. A l’exception des<br />

Kabyles, les autres formaient des groupes homogènes<br />

et s’étaient constitués en corporations<br />

ayant à leurs têtes des « amines », responsables<br />

devant le beylik pour toute affaire concernant<br />

leurs communautés respectives. Les Mozabites<br />

avaient le monopole de l’exploitation des hammams,<br />

des boucheries, des moulins et des bou<strong>la</strong>ngeries.<br />

Ce privilège commercial dont a été<br />

gratifiée <strong>la</strong> communauté des Béni M’zab s’expliquerait,<br />

d’après une tradition locale rapportée par<br />

Henri de Grammont, par l’exploit réalisé par les<br />

Mozabites qui s’étaient illustrés en 1541 lors du<br />

siège de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> par Charles Quint.


En effet, ils s’étaient déguisés en femmes et<br />

s’étaient présentés aux soldats chrétiens qui<br />

campaient au sommet de <strong>la</strong> colline. En se<br />

découvrant aux soldats ils en firent un carnage.<br />

Les Biskris, quant à eux, fournissaient les<br />

portefaix, les porteurs d’eau et les gardiens de<br />

nuit qui étaient postés aux portes qui fermaient<br />

les différents quartiers de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> haute. Les<br />

Noirs affranchis étaient employés aux travaux<br />

de maçonnerie et chargés, tous les ans, du b<strong>la</strong>nchiment<br />

des maisons. Quant aux Laghouatis, ils<br />

n’avaient pas de spécialité particulière : ils servaient<br />

parfois de manutentionnaires dans les<br />

souks et aidaient les Kabyles à transporter et à<br />

épurer l’huile d’olive que ces derniers ramenaient<br />

de <strong>la</strong> montagne. Les Kabyles, outre<br />

l’huile d’olive, commerçaient exclusivement les<br />

produits frais (les fruits et légumes, les poulets,<br />

les œufs, les herbages,...). Quant à <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />

venue de l’extérieur du pays, il y avait en premier<br />

les Janissaires recrutés dans les provinces<br />

lointaines de l’empire et qui grossissaient régulièrement<br />

<strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion d’El Djezaïr. Vers <strong>la</strong> fin<br />

du XVI ème siècle, leur nombre était estimé à<br />

6 000 pour atteindre le chiffre de 22 000 vers<br />

1634. En second lieu, il convient de citer les<br />

renégats, toutes nationalités confondues, qui<br />

élirent domicile de leur propre gré dans <strong>la</strong> capitale<br />

barbaresque, ainsi que les Maures andalous<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

21<br />

qui débarquèrent par milliers après avoir été<br />

chassés d’Espagne aux XVI ème et XVII ème siècles.<br />

Au nombre de 30 000, ces derniers jouèrent<br />

un rôle important dans <strong>la</strong> colonisation agricole<br />

dans les régions où ils furent installés, mais également<br />

dans les <strong>ville</strong>s où ils excellèrent dans les<br />

métiers de tailleur en couture, de broderie, de<br />

tissage, de teinture, de cordonnerie et d’architecture.<br />

Lors de <strong>la</strong> famine de 1611-1612, les<br />

Maures tagarins furent expulsés de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>.<br />

Certains trouvèrent refuge sur les hauteurs<br />

au-dessus de <strong>la</strong> Casbah et s’y établirent (cet<br />

endroit conserva d’ailleurs l’appel<strong>la</strong>tion de<br />

«quartier des Tagarins» jusqu'à nos jours). Les<br />

autres, ceux qui restèrent en <strong>ville</strong>, furent massacrés<br />

par <strong>la</strong> milice. Par ailleurs, il y avait également<br />

au sein de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion d’El Djezaïr une<br />

importante communauté juive qui exerçait les<br />

métiers d’orfèvres, de bijoutiers, de changeurs<br />

de monnaie, etc.


HISTOIRE<br />

La diversité des origines de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />

d’El Djezaïr a donné naissance à une mosaïque<br />

culturelle et ethnique ainsi qu’une richesse<br />

multiforme qui confèrent à cette <strong>ville</strong> le statut de<br />

carrefour méditerranéen. La cohabitation de<br />

cette popu<strong>la</strong>tion cosmopolite a induit une<br />

occupation spatiale d’El Djezaïr dans <strong>la</strong>quelle<br />

on distinguait deux parties : <strong>la</strong> <strong>ville</strong> haute et <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong> basse. Vers le haut (<strong>ville</strong> haute), sont localisés<br />

les quartiers résidentiels qui abritaient <strong>la</strong><br />

c<strong>la</strong>sse moyenne, en l’occurrence les baldis et les<br />

baraniyas qui progressaient sur les pentes du<br />

relief et où on dénombrait près de 50 quartiers<br />

séparés les uns des autres par des grilles<br />

fermées et gardées par des Biskris.<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

22<br />

Chaque quartier (houma) disposait de sa ou<br />

ses boutique(s) (hawanit) où se vendent les<br />

produits de première nécessité. Plus près de <strong>la</strong><br />

mer, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> basse, qui occupait une zone plus<br />

ou moins p<strong>la</strong>ne et qui se développait de part et<br />

d’autre de l’artère reliant Bab Azzoun à<br />

Bab El Oued. C’est dans cette partie de <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

qu’étaient concentrés les sièges du pouvoir<br />

politique et militaire (Dar el sultan, les<br />

casernes), les centres d’activité économique<br />

(souks, les commerces spécialisés, le marché<br />

a u x<br />

esc<strong>la</strong>ves,...), les principaux édifices religieux<br />

(mosquées, zaouïas) ainsi que les résidences et<br />

pa<strong>la</strong>is des hauts dignitaires turcs et raïs.


ALGER, AU TOUT DEBUT<br />

L’histoire d’Alger Centre se fond, tel<br />

une pièce d’un puzzle géant, dans celle de <strong>la</strong><br />

capitale Alger et, partant, celle de l’Algérie. Les<br />

origines remontent à plus de 10 000 ans avant<br />

J.-C. avec <strong>la</strong> civilisation ibéro-maurusienne<br />

correspondant à l’Homme de Mechta El Arbi.<br />

Ce fut, ensuite, les civilisations capsienne<br />

qui se confond avec l’apparition des protoméditerranéens<br />

(7 000-5 000 av. J.-C.), et néolithique<br />

(6 500-2 000 ans av. J.-C.) correspondant à l’arrivée<br />

des premiers Méditerranéens au Sahara<br />

septentrional vers 3 000 ans av. J.-C.<br />

Les premiers Phéniciens débarquèrent au<br />

Nord de l’Afrique vers 1 000 ans av. J.-C. Il est<br />

c<strong>la</strong>ir que cette chronologie primaire est basée<br />

sur des «dires» récoltées auprès de chroniqueurs,<br />

navigateurs et voyageurs qui se limitèrent<br />

à «narrer» les différentes et multiples<br />

odyssées qu’ils vécurent au cours de leurs<br />

périples. Les premières preuves matérielles<br />

(notamment des pièces de monnaie frappées à<br />

l’effigie de rois et dirigeants vivant à leur<br />

époque) recueillies lors de fouilles archéolog<br />

i q u e s<br />

viennent confirmer que les premiers à avoir<br />

<strong>la</strong>issé leurs empreintes de précurseurs dans <strong>la</strong><br />

fondation d’El Djezaïr furent les Phéniciens.<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

23<br />

IKOSIM LA PUNIQUE<br />

De nombreux écrits re<strong>la</strong>tifs à l’extension de<br />

<strong>la</strong> civilisation des Phéniciens au-delà de leurs<br />

frontières originelles situent l’arrivée de ces<br />

derniers sur les côtes de l’océan at<strong>la</strong>ntique vers<br />

2 000 ans av. J.-C. Il est un fait avéré que<br />

les Phéniciens excel<strong>la</strong>ient dans <strong>la</strong> navigation<br />

marine, car ayant compris que <strong>la</strong> prospérité,<br />

<strong>la</strong> fructification de leurs richesses et le<br />

développement économique ne pouvaient<br />

provenir qu’au-delà des limites marines.<br />

Il fal<strong>la</strong>it donc traverser océans et mers pour<br />

assouvir leurs velléités expansionnistes. Mais<br />

les distances lointaines entre <strong>la</strong> <strong>ville</strong> mère,<br />

Phénicie, et les grands centres commerciaux ou<br />

les grandes <strong>ville</strong>s situées le long de <strong>la</strong> façade<br />

marine du continent poussèrent les Phéniciens à<br />

établir des «emporia » ou comptoirs commerciaux.<br />

C’est dans ce cadre que, vers 1 100 av.<br />

J.-C., fut fondé le premier comptoir commercial<br />

dans <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Utique en Afrique antique<br />

(Tunisie actuelle). Plus tard, en l’an 814 av.<br />

J.-C., les premières incursions des navigateurs


phéniciens en Méditerranée furent à l’origine de<br />

<strong>la</strong> fondation de Carthage ou Qarthadesh p<strong>la</strong>çant<br />

le Maghreb sur le devant de <strong>la</strong> scène permettant<br />

ainsi à cette région d’inscrire les premières pages<br />

de son histoire. Afin d’asseoir sa suprématie<br />

commerciale sur <strong>la</strong> région et faire fructifier ses<br />

richesses, Carthage entreprit de mettre sur pied le<br />

long des côtes méridionales de <strong>la</strong> Méditerranée,<br />

d’est en ouest, un ensemble d’escales appelées<br />

«échelles puniques », permettant aux navigateurs<br />

de s’abriter et de se ravitailler. Au fur et à<br />

mesure que <strong>la</strong> domination de <strong>la</strong> «Ville nouvelle»<br />

s’imposait sur le pourtour méditerranéen, ces<br />

escales devinrent des comptoirs où les<br />

Carthaginois commerçaient, sous forme de troc,<br />

avec les popu<strong>la</strong>tions locales. Mais pour fonder un<br />

re<strong>la</strong>is et mettre en p<strong>la</strong>ce une « échelle punique »,<br />

il fal<strong>la</strong>it que certains critères soient satisfaits. En<br />

effet, pour qu’un comptoir soit efficace, des<br />

conditions naturelles doivent s’y prêter, en l’occurrence<br />

l’existence d’un bon mouil<strong>la</strong>ge, soit à<br />

l’abri d’une île, soit d’un cap, soit encore d’un<br />

estuaire. Le site, qui devint <strong>la</strong> <strong>ville</strong> berbère<br />

d’El Djezaïr des siècles plus tard, ne manqua pas<br />

d’attiser <strong>la</strong> convoitise des navigateurs carthaginois.<br />

En effet, il offrait une panoplie d’avantages<br />

géostratégiques : une vaste p<strong>la</strong>ge soustraite à<br />

l’action des vents violents d’ouest (le rivage de<br />

Bab El Oued), une baie bien dégagée (<strong>la</strong> baie de<br />

l’Agha), et, au milieu, un important groupe<br />

d’îlots peu éloigné de <strong>la</strong> terre permettant ainsi<br />

une position de repli facile à défendre et un<br />

excellent mouil<strong>la</strong>ge pour les navires. En 1940, le<br />

nom de ce comptoir fut livré. En effet, un lot de<br />

cent cinquante-huit pièces de monnaie punique<br />

en plomb et en bronze et remontant au II ème siècle<br />

av. J.-C. fut mis au jour dans le quartier de La<br />

Marine. Sur ces pièces figure une inscription<br />

composée de plusieurs signes dévoi<strong>la</strong>nt le nom<br />

du comptoir punique Ikosim, signifiant<br />

l’« île aux mouettes ».<br />

Cette inscription accompagne, sur le côté face<br />

des pièces, <strong>la</strong> première personnification<br />

d’El Djezaïr sous les traits d’une victoire aux<br />

ailes déployées couronnant Isis. Quelques années<br />

plus tard, une autre découverte tout aussi<br />

importante fut faite non loin de <strong>la</strong> première. Il<br />

s’agissait d’un puits de près de vingt mètres de<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

24<br />

profondeur où étaient enfouies des reliques de<br />

vases campaniens dont les plus anciens dataient<br />

du III ème siècle av. J.-C., faisant remonter <strong>la</strong><br />

fondation d’Ikosim au IV ème siècle av. J.-C., et<br />

témoignant de l’existence d’échanges commerciaux<br />

entretenus entre ce comptoir et l’Italie du<br />

Sud, les colonies grecques du sud de <strong>la</strong> Gaule, ou<br />

encore de <strong>la</strong> partie orientale de l’Espagne. Ikosim<br />

participait ainsi à <strong>la</strong> prospérité de Carthage qui, à<br />

l’orée du IV ème siècle av. J.-C., régnait sur un<br />

grand empire maritime et terrestre.<br />

Dès le III ème siècle av. J.-C., naissait un<br />

empire romain. Jeune mais redoutable, le nouvel<br />

empire nourrissait des velléités d’expansion et<br />

vint disputer à Carthage <strong>la</strong> prépondérance en<br />

Méditerranée. La rivalité entre les deux puissances<br />

donna lieu à un long conflit. Cependant,<br />

en 202 av. J.-C., l’armée du général carthaginois<br />

Hannibal est vaincue lors de <strong>la</strong> bataille de Zama<br />

(Tunisie actuelle) dans de violents affrontements<br />

qui l’ont opposé à l’alliance scellée entre les<br />

Romains dirigés par Scipion l’Africain, et <strong>la</strong><br />

cavalerie numide menée par le chef des Numides<br />

Massyles, Massinissa. Durant cette période, les<br />

nombreux comptoirs numides localisés le long de<br />

<strong>la</strong> façade maritime méditerranéenne connurent<br />

un niveau de développement des plus prospères.<br />

A cet effet, ils contribuèrent de façon notable à<br />

promouvoir et améliorer les re<strong>la</strong>tions bi<strong>la</strong>térales<br />

et commerciales avec le principal siège des<br />

Romains, à savoir <strong>la</strong> grande <strong>ville</strong> de Rome.<br />

Seulement, cette coopération numido-romaine<br />

est loin d’être un havre de paix, car les intentions<br />

belliqueuses des Romains commencèrent à<br />

poindre à l’horizon. En effet, pendant plus d’un<br />

siècle, trois guerres puniques se succédèrent et se<br />

terminèrent en l’an 146 av. J.-C. par <strong>la</strong> prise de<br />

Carthage et sa destruction par Scipion l’Africain.<br />

Ikosim, qui faisait partie des conquêtes du roi<br />

berbère Massinissa, se trouvait alors comprise<br />

dans le royaume de Numidie qui s’étendait de<br />

Vaga (Béja en Tunisie) à <strong>la</strong> Mulucha (actuelle<br />

Moulouya), rivière frontalière avec <strong>la</strong><br />

Maurétanie tingitane (Maroc actuel). La grandeur<br />

du royaume numide a attisé les visées hégémoniques<br />

autour du pouvoir. C’est ainsi que les<br />

conflits et guerres intestines ont amené Jugurtha,<br />

en l’an 112 av. J.-C., à recouvrer son trône sur <strong>la</strong>


Numidie et ce, après avoir <strong>la</strong>ncé un assaut,<br />

en 113 av. J.-C., contre son ennemi juré Aderbal<br />

et assiégé Cirta (actuelle Constantine) pendant un<br />

an au terme duquel <strong>la</strong> capitale de Carthage tomba<br />

et Aderbal tué. Un vent de panique gagna alors<br />

les Romains qui virent en Jugurtha un homme<br />

menaçant leurs intérêts en Afrique du Nord. C’est<br />

ainsi que de multiples campagnes de guerre<br />

furent menées contre <strong>la</strong> Numidie. Rome dût<br />

mobiliser des moyens colossaux qui aboutirent à<br />

<strong>la</strong> victoire finale. En 105 av. J.-C., Jugurtha fut<br />

arrêté et Cirta devenait <strong>la</strong> capitale de <strong>la</strong> nouvelle<br />

confédération romaine. Plus tard, le général<br />

Pompée, rival de Jules César dans <strong>la</strong> lutte pour le<br />

pouvoir, est vaincu avec son allié Juba 1 er , roi de<br />

Numidie. Suite à cette débâcle, ce dernier se<br />

donna <strong>la</strong> mort. Au terme de cette victoire, en l’an<br />

47 av. J.-C., après <strong>la</strong> réorganisation territoriale de<br />

l’Afrique du Nord par César, Ikosim intégra le<br />

nouveau royaume de Maurétanie qui hérita d’une<br />

grande partie de <strong>la</strong> Numidie. En l’an 25 av. J.-C.,<br />

l’empereur Auguste instal<strong>la</strong> sur le trône du<br />

royaume de Maurétanie, dont <strong>la</strong> capitale était<br />

Iol-Caesarea (l’actuelle Cherchell), le jeune<br />

Juba II, fils de Juba 1 er . Il faut rappeler que Juba<br />

II fut élevé dans <strong>la</strong> cour de Rome et fut marié à<br />

Cléopâtre Sélène, fille d’Antoine et de <strong>la</strong> reine<br />

Cléopâtre d’Egypte, à <strong>la</strong> gloire de <strong>la</strong>quelle son<br />

mari érigeât le «Tombeau de <strong>la</strong> chrétienne». En<br />

l’an 40, l’assassinat de son fils Ptolémée par<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

26<br />

l’empereur Caligu<strong>la</strong> aboutit à l’annexion du<br />

royaume par Rome. Deux ans plus tard, l’empereur<br />

C<strong>la</strong>ude 1 er divisa le royaume en deux<br />

provinces impériales : <strong>la</strong> Maurétanie tingitane et<br />

<strong>la</strong> Maurétanie césarienne. Ikosim, dont le nom fut<br />

hellénisé en Icosium, passa sous domination<br />

romaine.<br />

ICOSIUM LA ROMAINE<br />

En tant que colonie relevant directement du<br />

droit <strong>la</strong>tin, Icosium était gérée par le même système<br />

d’institutions qui préva<strong>la</strong>it à Rome, mais ses<br />

habitants n’avaient pas les mêmes prérogatives<br />

auxquelles y avaient droit les citoyens du siège<br />

principal à Rome. En effet, ils ne bénéficiaient<br />

pas de droits politiques et il leur était interdit<br />

d’intégrer les fameuses Légions romaines, ni<br />

accéder aux fonctions d’Etat. Les premiers<br />

magistrats (Praefectus) et décurions d’Icosium<br />

furent donc imposés et envoyés directement de<br />

Rome. Un nommé F<strong>la</strong>vius fut sans doute l’un des<br />

premiers magistrats de <strong>la</strong> nouvelle colonie, dont<br />

il fut par ailleurs le premier pontife. Plus tard, sur<br />

les ordres de l’empereur C<strong>la</strong>ude les privilèges du<br />

droit <strong>la</strong>tin furent accordés à Tipasa et Vespasien,<br />

dont le règne dura de 69 à 79 ap. J.-C., octroya <strong>la</strong><br />

même faveur à Icosium. Durant de très longues<br />

années, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Icosium connut une existence<br />

re<strong>la</strong>tivement calme. Elle préserva sa réputation<br />

de <strong>ville</strong>-phare et de centre commercial important<br />

par où transitent de nombreux navires venant de<br />

toutes les contrées avoisinantes et lointaines et<br />

servit, pendant une longue période, de p<strong>la</strong>que<br />

tournante économique dans l’approvisionnement<br />

et les échanges commerciaux entre Rome et ses<br />

colonies en Afrique. Mais cette embellie<br />

économique ainsi que cette re<strong>la</strong>tive accalmie<br />

connurent une fin tragique avec les multiples<br />

révoltes des Berbères et l’arrivée des Vandales<br />

sur les côtes de l’Afrique du Nord. Les Numides,<br />

après leur défaite face aux Romains, n’abdiquèrent<br />

jamais. Des poches de résistance s’organisaient<br />

çà et là et de continuelles frappes sont portées<br />

à l’ennemi romain. Plusieurs tentatives de<br />

recouvrement de leur souveraineté sont menées<br />

par les Numides dont les assauts militaires déstabilisaient<br />

le régime en p<strong>la</strong>ce et affaiblissaient les<br />

forces romaines. C’est cette ambiance de tension


et cette situation belliqueuse qui constituèrent,<br />

plus tard, pour les Vandales, un terrain<br />

propice à leurs velléités expansionnistes dans<br />

cette région du continent. Vers 371, le prince<br />

Firmus, fils de Nubel, puissant roi d’un petit<br />

Etat indépendant berbère, mena une révolte<br />

contre les Romains. Il rassemb<strong>la</strong> sous son étendard<br />

toute une armée composée de Berbères, de<br />

donatistes dissidents et de déserteurs romains et<br />

marcha contre les cités côtières de <strong>la</strong><br />

Maurétanie césarienne. Le prince s’empara de<br />

Iol-Caesarea et <strong>la</strong> livra au pil<strong>la</strong>ge et au feu. Il<br />

poursuivit son avancée et <strong>la</strong>nça l’assaut contre<br />

Icosium dont il se rendit maître après un court<br />

siège. Rome, craignant l’extension de <strong>la</strong> révolte<br />

aux autres provinces d’Afrique, chargea<br />

le général Théodose de mener <strong>la</strong> guerre contre<br />

le prince berbère et tenter de récupérer les <strong>ville</strong>s<br />

prises. Théodose remporta des victoires décisives<br />

et contraigna son adversaire à capituler.<br />

Firmus rendit <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Icosium, libéra les<br />

prisonniers et restitua les enseignes militaires<br />

ainsi que tout le butin qu’il s’était approprié. Le<br />

général romain remit <strong>la</strong> <strong>ville</strong> entre les mains<br />

de ses magistrats qui s’employèrent aussitôt à<br />

effacer les traces de <strong>la</strong> destruction et du chaos<br />

commis par Firmus et ses hommes. Par <strong>la</strong> suite,<br />

ce fut un moment de répit qui permit de nouveau<br />

à <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Icosium de retrouver son calme<br />

d’antan et de se réorganiser. Icosium était entourée<br />

de vil<strong>la</strong>s rurales, mais elle comportait, audessus<br />

d’une <strong>ville</strong> basse où <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion était<br />

dense, des quartiers résidentiels sur les<br />

premières hauteurs. Entourée de vastes p<strong>la</strong>ines<br />

et bien irriguées, elle tirait une partie de ses<br />

richesses de l’agriculture et de l’élevage. Elle<br />

entretenait des re<strong>la</strong>tions commerciales avec<br />

certains pays du pourtour méditerranéen, tels<br />

l’Espagne, <strong>la</strong> Gaule du Sud et l’Italie et envoyait<br />

probablement du blé et de l’huile à<br />

Rome. Icosium était reliée aux principales <strong>ville</strong>s<br />

de <strong>la</strong> Province par deux routes : l’une partait<br />

vers l’ouest en suivant le littoral, traversait<br />

Tipasa pour aboutir à <strong>la</strong> capitale Iol-Caesarea,<br />

l’autre <strong>la</strong> reliait, vers l’est, à <strong>la</strong> colonie de<br />

Rusguniae (actuelle Tamentfoust). Vers les<br />

III ème et IV ème siècles, le christianisme fut<br />

introduit à Icosium. Au V ème siècle, des écrits<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

27<br />

ecclésiastiques y citent trois évêques :<br />

un donatiste et deux catholiques. L’évêque<br />

donatiste Crescens episcopus Icositanus figurait<br />

à <strong>la</strong> conférence de Carthage en mai 411 ;<br />

l’évêque catholique Laurentius fut l’un des trois<br />

légats de <strong>la</strong> Maurétanie césarienne au concile de<br />

Carthage organisé par l’évêque Aurelius en 419;<br />

l’évêque Victor est signalé parmi les quatre cent<br />

soixante-dix pré<strong>la</strong>ts de <strong>la</strong> Maurétanie césarienne<br />

qui se réunirent à Carthage sur l’ordre du roi<br />

vandale Genséric, en 484. L’invasion vandale<br />

bouleversa <strong>la</strong> vie d’Icosium, comme celles de<br />

toutes les cités romaines d’Afrique. En 429, une<br />

importante armée, à sa tête le roi vandale<br />

Genséric, défer<strong>la</strong> sur l’Afrique et envahit <strong>la</strong><br />

terre numide. Toutes les <strong>ville</strong>s qui se trouvaient<br />

sur son passage furent pillées et saccagées. En<br />

quelques mois, une grande partie de l’empire<br />

romain d’Afrique passa sous domination vandale.<br />

Les Vandales infligèrent une lourde défaite<br />

aux Romains. En 431, un premier traité fut<br />

paraphé entre les deux parties. Mais ce<strong>la</strong> ne fut<br />

qu’une ruse de <strong>la</strong> part des Vandales, car, pour<br />

ces derniers, ce traité représenta un moment<br />

de répit, un sursis, pour leur permettre de<br />

rassembler leurs forces et de mieux se réorgani-


ser et affiner leur stratégied’attaque.<br />

D’ailleurs, cette tactique a porté ses fruits<br />

puisqu’en 439, Carthage est passée sous domination<br />

vandale. Avec cette dernière prise, le dernier<br />

rempart de l’occupation fut franchi permettant<br />

aux vandales d’asseoir leur suprématie en<br />

Afrique du Nord. En 442, un autre traité, signé<br />

entre Genséric et le général romain Théodose,<br />

confirma le partage des provinces romaines<br />

d’Afrique entre les deux puissances. Rome se<br />

contenta des Maurétanies césarienne et sitifienne,<br />

d’une partie de <strong>la</strong> Numidie avec Cirta et <strong>la</strong><br />

Tripolitaine. Quant à Genséric, il reçut <strong>la</strong><br />

Proconsu<strong>la</strong>ire avec Carthage, <strong>la</strong> Byzacène et une<br />

partie de <strong>la</strong> Numidie avec Hippone (l’actuelle<br />

Annaba). Icosium continua donc d’exister sous<br />

<strong>la</strong> souveraineté de Rome pendant les cent ans<br />

que dura <strong>la</strong> domination vandale. Sous le règne<br />

vandale, c’était le début d’une nouvelle ère pour<br />

Icosium et les autres <strong>ville</strong>s passées sous <strong>la</strong><br />

régence vandale. Nouvelle mais néanmoins<br />

funeste, ce fut même une période des plus<br />

destructrices. C’était le commencement de <strong>la</strong> fin.<br />

Avec l’arrivée des Vandales aucun changement<br />

positif n’a été apporté à leurs nouvelles colonies.<br />

En fait, ils ont maintenu en p<strong>la</strong>ce tous les<br />

systèmes de gouvernance et économiques, à<br />

l’exception du mode de gestion immobilière qui<br />

se traduisit notamment par l’expropriation<br />

violente des terres fertiles et cultivables. Les<br />

actes de répression étaient le lot quotidien des<br />

habitants. L’anarchie, <strong>la</strong> décadence et <strong>la</strong> dégradation<br />

des conditions de vie n’augurent rien de bon.<br />

La création de sites militaires était le jeu prisé des<br />

Vandales, ce fut, d’ailleurs, le seul domaine dans<br />

lequel ils excel<strong>la</strong>ient. Pour mettre fin à <strong>la</strong> domination<br />

vandale en Afrique, l’empereur Justinien<br />

confia au général byzantin Bélisaire le commandement<br />

d’un corps expéditionnaire. En 533,<br />

Bélisaire s’empara de Carthage et infligea une<br />

cing<strong>la</strong>nte défaite au roi Gelimer, l’arrière-petitfils<br />

de Genséric. L’empereur Justinien entreprit<br />

alors <strong>la</strong> réorganisation de l’Afrique. Mais,<br />

quelques années plus tard, l’anarchie s’instal<strong>la</strong><br />

dans le pays. Les chefs ne contrô<strong>la</strong>ient plus<br />

l’armée romaine et les Maures ravageaient<br />

impunément les provinces. Livrée aux attaques<br />

des tribus maures et berbères, Icosium sombra<br />

HISTOIRE<br />

28<br />

dans le chaos.<br />

LA PERIODE ISLAMIQUE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

La vague défer<strong>la</strong>nte de l’Is<strong>la</strong>m, en provenance<br />

de l’Arabie, marqua <strong>la</strong> fin d’une ère et annonça<br />

les prémices d’une nouvelle page de l’histoire<br />

au Maghreb en <strong>la</strong> débarrassant du joug colonialiste.<br />

Avec l’avènement de cette nouvelle religion,<br />

<strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue arabe fut introduite et facilement<br />

assimilée car les autochtones maîtrisaient déjà<br />

l’usage de <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue punique, parallèlement au<br />

<strong>la</strong>tin et au berbère. Les premières incursions des<br />

Musulmans eurent lieu au début du VII ème siècle,<br />

mais c’est avec Okba Ibn Nafa que commença <strong>la</strong><br />

véritable conquête de cette région. En 670, ce<br />

dernier fonda, en plein cœur de <strong>la</strong> Byzacène<br />

(actuelle Tunisie), <strong>la</strong> <strong>ville</strong> de Qaïrouane dont il fit<br />

<strong>la</strong> base de l’expansion de l’Is<strong>la</strong>m au Maghreb.<br />

Entre 683 et 702, les résistances contre<br />

l’«is<strong>la</strong>misation» de cette portion de l’Afrique du<br />

Nord furent multiples. Les Byzantins furent<br />

acculés, battus et rejetés à <strong>la</strong> mer et vers 702, le


dernier foyer de résistance berbère, entretenu<br />

par Kocei<strong>la</strong> et La Kahina, fut étouffé.<br />

La fin du VIII ème siècle fut caractérisée par<br />

des troubles qui ont conduit à l’instabilité de <strong>la</strong><br />

région. En effet, un vaste mouvement insurrectionnel<br />

conduit par des Kharrijites embrasa tout<br />

le pays. Ce n’est que vers le début du<br />

IX ème siècle que le Maghreb retrouva <strong>la</strong> paix et <strong>la</strong><br />

prospérité. Les premiers royaumes berbères<br />

is<strong>la</strong>misés virent alors le jour.<br />

A cette même époque, deux grandes confédérations<br />

de tribus berbères is<strong>la</strong>misées, voisines<br />

et rivales, les Sanhadja et les Zenata, cohabitaient<br />

sur un immense territoire qui englobait le<br />

Maghreb central, une partie de l’Ifriqiya et le<br />

sud du Maghreb extrême. Les deux groupes se<br />

trouvèrent, très tôt, mêlés à <strong>la</strong> rivalité qui opposait,<br />

à quelques milliers de kilomètres, deux<br />

grandes dynasties, les Omeyyades de Courdoue<br />

et les Fatimides de Qaïrouane. Parce que<br />

proches du royaume fatimide et, probablement,<br />

recherchant un allié puissant, les Telkata, tribu<br />

sanhadjienne, se tournèrent vers Qaïrouane, tandis<br />

que les Zenata se rallièrent aux Omeyyades.<br />

LA FONDATION D’EL DJEZAIR<br />

BENI MEZGHENNA<br />

El Djezaïr entre dans l’histoire bien après<br />

l’expansion de l’Is<strong>la</strong>m et l’avènement au<br />

pouvoir des Fatimides venus d’Orient au début<br />

du X ème siècle. C’est alors que les califes fatimides<br />

ayant fondé leur première capitale Ikjan<br />

(près de Aïn Kebira, dans <strong>la</strong> wi<strong>la</strong>ya de Sétif),<br />

ont conquis une grande partie du Maghreb, mais<br />

essentiellement pour en faire un point de départ<br />

de leur expédition pour <strong>la</strong> conquête de l’Egypte.<br />

A leur départ pour l’Orient, les Fatimides<br />

<strong>la</strong>issent le soin de gouverner leur empire<br />

d’Afrique du Nord à Bologhine «Abulfoutouh »,<br />

le conquérant, surnommé aussi «Seif el dew<strong>la</strong>»,<br />

le g<strong>la</strong>ive de l’Etat. Ainsi naquit en 972 <strong>la</strong> dynastie<br />

ziride qui régna près de deux siècles. En fait,<br />

les Zirides avaient commencé à s’imposer bien<br />

avant cette date lorsque le père de Bologhine,<br />

Ziri Ibn Mened, chef des Telkata, engagea <strong>la</strong><br />

lutte contre Abu Yazid, l’homme à l’âne, pour<br />

sauver le calife fatimide. Il donna alors une<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

29<br />

capitale à son royaume en faisant construire,<br />

vers 935, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Achir localisée au niveau du<br />

Djebel El Kaf Lakhdhar au sud-est de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> de<br />

Berrouaghia et envoya, plus tard, son fils et successeur<br />

fonder, selon un axe stratégique, trois<br />

<strong>ville</strong>s : l’une sur le bord de <strong>la</strong> mer appelée<br />

Djezaïr Beni Mezghenna, l’autre sur <strong>la</strong> rive<br />

orientale du Chelif ayant pour appel<strong>la</strong>tion<br />

Miliana, <strong>la</strong> troisième porte le nom de Médéa,<br />

trois grandes <strong>ville</strong>s à <strong>la</strong> tête desquelles<br />

Bologhine fut investi par son père pour les<br />

gouverner.<br />

Pour fonder El Djezaïr Beni Mezghenna,<br />

Bologhine jeta son dévolu sur un site qui<br />

correspondait exactement à l’emp<strong>la</strong>cement de<br />

l’antique cité romaine d’Icosium et dont ne subsistaient<br />

que des ruines éparpillées çà et là dans<br />

un vaste champ. Il faut préciser que <strong>la</strong> dénomination<br />

Beni Mezghenna fait référence, selon Ibn<br />

Khaldoun, à une tribu des Sanhadjas au sein<br />

desquels vivaient plusieurs peup<strong>la</strong>des ayant les<br />

mêmes origines et dont sont issus les Beni<br />

Mezghenna. Le territoire de ces derniers couvrirait<br />

toute <strong>la</strong> zone du Sahel d’El Djezaïr ainsi<br />

qu’une partie des p<strong>la</strong>ines de Mettegia


(<strong>la</strong> Mitidja) dont les dimensions étaient de près<br />

de 45 miles de longueur et 36 miles de <strong>la</strong>rgeur.<br />

Le choix de ce site n’est pas fortuit. En effet,<br />

il est reconnu que <strong>la</strong> particu<strong>la</strong>rité des constructeurs<br />

des <strong>ville</strong>s berbères consistait surtout, pour<br />

se libérer du souci de <strong>la</strong> recherche de l’eau, de<br />

choisir un emp<strong>la</strong>cement sur une montagne ou une<br />

colline d’où jaillissait une source qui devait être<br />

utilisée pour l’alimentation en eau de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>.<br />

Cette source alimentait cette dernière par gravité<br />

et <strong>la</strong> traversant de part en part. Ce système d’alimentation<br />

en eau avait l’avantage d’alimenter <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong> sans trop de difficultés, hormis celle de<br />

canaliser l’eau et de mettre cette source à l’abri<br />

d’une éventuelle attaque. D’ailleurs, si l’on compare<br />

<strong>la</strong> colline sur <strong>la</strong>quelle s’édifia <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El<br />

Djezaïr à <strong>la</strong> colline d’Achir, <strong>ville</strong> fondée par le<br />

père de Bologhine quelques années auparavant,<br />

on constate que les profils sont presque identiques.<br />

Pour El Djezaïr beni Mezghenna, <strong>la</strong> source<br />

choisie est celle de Aïn N’Zaouza qui fut utilisée<br />

jusqu’à 1830 par les Turcs. Le plus souvent<br />

également, d’autres sources se trouvaient à l’intérieur<br />

de l’enceinte. Ce<strong>la</strong> permettait aux<br />

Berbères, souvent attaqués, d’assurer l’alimentation<br />

en eau de leur cité et d’éviter d’aller jusqu'à<br />

<strong>la</strong> rivière située en contrebas de <strong>la</strong> colline. Cette<br />

première condition de disponibilité d’eau étant<br />

satisfaite, l’eau y cou<strong>la</strong>it à profusion.<br />

La seconde condition qui avait permis à<br />

Bologhine de choisir ce site se rapportait à <strong>la</strong> disponibilité<br />

sur p<strong>la</strong>ce d’une importante quantité de<br />

matériaux de construction (pierres, colonnes,<br />

dalles,...) provenant des ruines de l’ancienne<br />

Icosium et qui ont servi à l’édification de <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

et ses remparts. De plus, ses murs d’enceinte<br />

antiques, même s’il se sont partiellement effondrés,<br />

offraient une excellente protection contre<br />

les agressions externes après avoir été renforcés<br />

et reconstruits à certains endroits. En outre, les<br />

rues déjà existantes à l’époque romaine et qui<br />

n’ont présenté, au fil des siècles, que de légères<br />

déformations ont nécessité juste quelques aménagements.<br />

Ainsi naquit en l’an 960 <strong>la</strong> <strong>ville</strong> berbère<br />

d’El Djezaïr Beni Mezghenna.<br />

Durant les siècles qu’a duré le règne des<br />

Zirides, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr Beni Mezghenna<br />

connut une période de prospérité, de développe-<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

30<br />

ment et de stabilité des plus enviables. A<br />

l’origine, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> berbère ne devait s’étendre qu’à<br />

l’emp<strong>la</strong>cement de <strong>la</strong> cité romaine, <strong>la</strong> partie haute<br />

du djebel comprise entre les remparts devant servir<br />

à des jardins permettant d’alimenter, en partie<br />

du moins, <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion qui devait pouvoir vivre<br />

en vase clos en cas d’attaques venant de l’arrière<br />

pays. Mais l’expansion rapide de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion,<br />

des constructions et <strong>la</strong> prolifération de commerces<br />

et rues commerçantes de toutes natures<br />

étirèrent <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr en dehors des<br />

limites de l’ancienne Icosium. Le chroniqueur<br />

baghdadi, Ibn Hawqal, qui sillonna au X ème siècle<br />

l’Afrique du Nord dans tous les sens, décrivit<br />

a i n s i<br />

El Djezaïr Beni Mezghenna : « La <strong>ville</strong> est bâtie<br />

sur un golfe et entourée de murailles. Elle<br />

renferme un grand nombre de bazars et quelques<br />

sources près de <strong>la</strong> mer. C’est à ces sources<br />

limpides que les habitants vont puiser l’eau<br />

qu’ils boivent. Dans les dépendances de cette<br />

<strong>ville</strong> se trouvent des campagnes très étendues et<br />

des montagnes habitées par plusieurs tribus<br />

berbères. Leurs richesses sont en grande partie<br />

des troupeaux de bœufs et de moutons. Le miel,<br />

le beurre et les figues sont en telle abondance<br />

qu’on les exporte.» En effet, <strong>la</strong> zone du Sahel se<br />

prêtait aux cultures les plus riches et les plus<br />

variées. Les Beni Mezghenna y cultivaient le blé,<br />

l’orge et de nombreuses p<strong>la</strong>ntes maraîchères. Les<br />

terres les moins arables étaient couvertes de<br />

figuiers et d’oliviers.<br />

LES HAMMADITES<br />

A sa mort, Bologhine Ibn Ziri <strong>la</strong>issa derrière<br />

lui deux successeurs, Badis et Hammad. Pour des<br />

raisons de leadership, une lutte intestine opposa<br />

ces deux derniers qui finirent par rompre leurs<br />

re<strong>la</strong>tions. Lassé de cette situation conflictuelle<br />

qui envenima les re<strong>la</strong>tions des deux côtés,<br />

Hammad se résolut à sonner le g<strong>la</strong>s de ce duel et<br />

déc<strong>la</strong>ra son indépendance et sous d’autres cieux<br />

il fonda une nouvelle <strong>ville</strong> fortifiée, <strong>la</strong> Qalâa des<br />

Beni Hammad, devenant ainsi <strong>la</strong> capitale de <strong>la</strong><br />

nouvelle dynastie des Hammadites en 1007. Mais<br />

l’accalmie entre les deux personnages ne revenait<br />

pas pour autant. Au contraire, <strong>la</strong> tension al<strong>la</strong><br />

crescendo entre les deux capitales et <strong>la</strong> guerre


devint inéluctable. Après de nombreuses<br />

batailles, stériles, car il n’y eut ni vainqueur ni<br />

vaincu, Hammad et Badis finirent par signer un<br />

pacte de <strong>la</strong> paix qui scel<strong>la</strong> <strong>la</strong> fin des hostilités.<br />

Pour se libérer du joug fatimide, El Moezz Ibn<br />

Badis, fils et successeur de Badis, renia, vers<br />

1045, <strong>la</strong> souveraineté des Fatimides sur cette<br />

région. Suite à cet acte considéré comme une<br />

offense, le calife décida de châtier cette<br />

initiative d’«indépendance» en chargeant les<br />

tribus arabes des Beni Hil<strong>la</strong>l et Beni Soleim de<br />

<strong>la</strong>ncer des assauts contre le Maghreb central.<br />

Leurs attaques furent meurtrières. Le pays fut<br />

mis à feu et à sang. Fuyant devant l’ennemi, les<br />

Berbères abandonnèrent terres et habitations et<br />

se réfugièrent dans les zones montagneuses.<br />

Abdiquant face à l’envahisseur, le prince<br />

ziride El Moezz se réfugia, en 1057, à Mahdiya,<br />

l’ancienne capitale fatimide. Au même moment,<br />

le Hammadite El Nacer remettait de l’ordre<br />

dans son royaume du Maghreb central et confia<br />

<strong>la</strong> gouvernance des principales <strong>ville</strong>s à des<br />

membres de sa famille. Quant au sort<br />

d’El Djezaïr, il fut mis entre les mains de son<br />

fils Abdal<strong>la</strong>h. La <strong>ville</strong> berbère vivait alors une<br />

ère de prospérité : «son port bien abrité, écrivit<br />

le géographe El Bekri, est très fréquenté par les<br />

marins de l’Ifriqiya, d’Espagne et d’autres<br />

pays, et duquel on va en Espagne en six jours ».<br />

LES ALMORAVIDES<br />

Pendant que les tribus arabes des Beni Hil<strong>la</strong>l<br />

et des Beni Soleim livraient le pays à <strong>la</strong> destruction<br />

et l’anarchie, les fondations de ce qui<br />

al<strong>la</strong>it devenir un grand empire commençaient à<br />

voir le jour au sud du Maghreb extrême. En<br />

effet, l’imam Abdal<strong>la</strong>h Ibn Yassin, dont <strong>la</strong><br />

souche originelle était formée par les Berbères<br />

nomades Lemtouna, fonda <strong>la</strong> dynastie des<br />

Almoravides (El Mourabetine). En peu de<br />

temps, sous <strong>la</strong> houlette de leur chef<br />

Youssef Ibn Tachefin, les Almoravides conquirent<br />

tout le Maghreb extrême. Leur dévolu fut<br />

porté ensuite sur le Maghreb central. Après<br />

Tlemcen, Oran et Ténès, El Djezaïr tomba entre<br />

leurs mains en 1082. Sous le règne des<br />

Almoravides, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr connut une<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

31<br />

nouvelle période de prospérité et devint<br />

certainement une <strong>ville</strong> et un port d’une<br />

importance capitale.<br />

A <strong>la</strong> fin du XI ème siècle, Youssef Ibn<br />

Tachefin y fit construire <strong>la</strong> première grande<br />

mosquée de rite malékite au Maghreb central,<br />

connue aujourd’hui sous le nom de Djamâa El<br />

Kébir et dont on dit qu’il n’y a de semb<strong>la</strong>ble<br />

qu’à Tlemcen et Nedroma.<br />

LES ALMOHADES<br />

La réaction des tribus berbères sédentaires<br />

contre <strong>la</strong> puissance des Almoravides, tribus<br />

nomades du Sahara, ne tarda pas à se<br />

manifester. Elle prit naissance au sein d’une<br />

tribu du Haut At<strong>la</strong>s marocain, les Masmouda,<br />

puissante branche des Sanhadjas. La tête<br />

pensante de ce mouvement de résistance fut un<br />

habile réformateur en <strong>la</strong> personne de l’imam Ibn<br />

Toumert. Se déc<strong>la</strong>rant chef spirituel de <strong>la</strong> communauté<br />

qu’il venait de fonder, les Almohades<br />

(El Mouwahidine), l’imam et ses fidèles<br />

formèrent le noyau d’une armée fanatisée.<br />

Ibn Toumert confia le commandement des<br />

troupes almohades à son disciple et ami<br />

Abdel Moumène et le désigna comme son<br />

successeur. En 1128, après <strong>la</strong> mort du<br />

Mahdi, Abdel Moumène, devenu calife,<br />

entreprit <strong>la</strong> conquête du Maghreb extrême puis<br />

du Maghreb central. Après avoir traversé<br />

Tlemcen, Abdel Moumène arriva en 1152<br />

devant les portes d’El Djezaïr qui était<br />

gouvernée par le prince hammadite El Kaïd,<br />

fils de Abdel Aziz Ibn Badis. A cette époque, en<br />

cette <strong>ville</strong> se trouvait El Hassan, le dernier<br />

prince ziride, qui s’y était réfugié après <strong>la</strong> prise<br />

de sa capitale par les Siciliens en 1148. La <strong>ville</strong><br />

assiégée ne put résister longtemps à <strong>la</strong> formidable<br />

armée almohade. Toute <strong>la</strong> garnison almoravide<br />

fut massacrée, seul le gouverneur El<br />

Kaïd et son hôte El Hassan furent épargnés et<br />

<strong>la</strong>issés en liberté.<br />

Sous les Almohades, El Djezaïr fut une <strong>ville</strong><br />

prospère. Elle possédait de nombreux marchés<br />

et son commerce avec les <strong>ville</strong>s du Maghreb<br />

était très actif ; elle ouvrit même son port aux<br />

navires européens. Au XII ème siècle, El Idrissi<br />

écrivait entre autres que «les tribus qui occupent


ce pays sont puissantes et belliqueuses». A <strong>la</strong><br />

mort de Abdel Moumène, le pouvoir passa entre<br />

les mains de son fils Abou Yacoub Youssef,<br />

surnommé plus tard El Mansour. En 1163, ce<br />

dernier rappe<strong>la</strong> le prince ziride El Hassan Ibn Ali<br />

à El Djezaïr. Il lui confia <strong>la</strong> charge de conseiller<br />

du gouvernement almohade qui s’y trouvait en<br />

p<strong>la</strong>ce.<br />

LES FRERES IBN GHANIA<br />

Vers 1185, venus des îles baléares, les frères<br />

Ibn Ghania, descendants d’une princesse<br />

almoravide, débarquèrent au Maghreb central et<br />

défièrent <strong>la</strong> puissance almohade. Cette nouvelle<br />

incursion signa le retour des Almoravides à<br />

El Djezaïr. Béjaïa fut <strong>la</strong> première <strong>ville</strong> à être<br />

reconquise en infligeant une lourde défaite aux<br />

Almohades. Fort ambitieux, Ali Ibn Ghania, à <strong>la</strong><br />

tête d’une forte armée, marcha ensuite sur<br />

El Djezaïr qui fut attaquée par mer et par terre.<br />

La résistance fut de courte durée. Les portes<br />

d’El Djezaïr ne purent contenir les multiples<br />

assauts de l’armée d’Ibn Ghania, elles cédèrent<br />

sans difficulté. Toutes les personnes faisant partie<br />

du gouvernement ainsi que les hommes de garnison<br />

almohades qui contrô<strong>la</strong>ient El Djezaïr furent<br />

massacrés et <strong>la</strong> <strong>ville</strong> fut livrée au pil<strong>la</strong>ge.<br />

Le prince almoravide y instal<strong>la</strong>, en qualité de<br />

gouverneur, l’un de ses fidèles compagnons, en<br />

l’occurrence Yahia Ibn Akhi Talha. Face à cette<br />

agression et vio<strong>la</strong>tion de ses possessions du<br />

Maghreb, le sultan almohade El Mansour nomma<br />

l’émir Abou Zeïd, petit-fils de Abdel Moumène,<br />

gouverneur du Maghreb central et lui intima<br />

l’ordre d’aller punir les frères Ibn Ghania.<br />

L’émir Abou Zeïd prit <strong>la</strong> tête d’une partie de l’armée<br />

et se dirigea vers l’est, tandis que <strong>la</strong> flotte<br />

almohade appareil<strong>la</strong>it pour <strong>la</strong> même destination.<br />

La <strong>ville</strong> d’El Djezaïr, assaillie de toutes parts,<br />

se livra sans coup férir, comme le rapporte<br />

Ibn Khaldoun qui cite : «Les habitants<br />

d’El Djezaïr, avertis de l’approche des secours,<br />

tant par <strong>la</strong> mer que par <strong>la</strong> terre, se soulevèrent<br />

contre Yahia Ibn Akhi Talha et le livrèrent, lui et<br />

ses compagnons, au caïd Abou Zeïd.» Abou Zeïd<br />

recouvra <strong>la</strong> souveraineté d’El Mansour à<br />

El Djezaïr et y avait mis en p<strong>la</strong>ce un gouvernement<br />

almohade. Mû par cette victoire glorieuse,<br />

HISTOIRE<br />

32<br />

il poursuivit sa marche contre les Ibn Ghania<br />

libérant Béjaïa et Constantine. Fuyant Abou<br />

Zeïd, les deux frères se réfugièrent à Tripoli.<br />

Ne s’avouant pas vaincu, le prince almoravide<br />

revint à <strong>la</strong> charge, en 1225, au Maghreb<br />

central. Ayant perdu son lustre d’antan, il ne<br />

subsiste de <strong>la</strong> puissance almohade qu’un empire<br />

en déclin et en pleine décadence. C’est dans ces<br />

conditions qu’Ibn Ghania s’empara, de nouveau,<br />

d’El Djezaïr qui fut livrée au pil<strong>la</strong>ge. Il se tourna<br />

ensuite contre les Maghraoua qu’il écrasa<br />

dans les p<strong>la</strong>ines de <strong>la</strong> Mitidja, il tua leur émir<br />

Mendil Ibn Abderrahmane et mit son cadavre en<br />

croix contre les murs d’El Djezaïr. Ibn Ghania<br />

continua à semer <strong>la</strong> terreur dans cette partie du<br />

Maghreb jusqu'à sa mort en 1233.<br />

LES HAFCIDES<br />

En 1228, Abou Zakaria, fondateur de <strong>la</strong><br />

dynastie hafcide, monta sur le trône de Tunis.<br />

Quelque temps après, il réfuta <strong>la</strong> souveraineté des<br />

Almohades et décida de leur disputer leurs<br />

possessions du Maghreb central. Il s’assura<br />

l’alliance de <strong>la</strong> puissante tribu nomade<br />

Beni Soleim. Il s’empara de l’ancienne capitale<br />

hammadite, Béjaïa, et poursuivit sa route en<br />

longeant le littoral. Arrivé devant El Djezaïr, il<br />

trouva une <strong>ville</strong> ruinée par les razzias et les<br />

déprédations de l’armée d’Ibn Ghania. Ses habitants<br />

incapables de se défendre lui ouvrirent les<br />

portes et se mirent sous sa protection. Une partie<br />

de <strong>la</strong> tribu Beni Yezid, branche de Beni Soleim,<br />

qui furent aux côtés du prince hafcide dans son<br />

expédition, fut autorisée à s’installer dans les<br />

riches p<strong>la</strong>ines du Sahel d’El Djezaïr. Les p<strong>la</strong>ines<br />

de <strong>la</strong> Mitidja étaient alors occupées par une autre<br />

tribu arabe de <strong>la</strong> famille des Beni Hil<strong>la</strong>l, les<br />

Thaaleba.<br />

LES THAALEBA<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

Les Thaaleba, branche de <strong>la</strong> puissante tribu<br />

Makil, faisaient partie des nomades arabes Beni<br />

Hil<strong>la</strong>l qui envahirent le Maghreb au milieu du<br />

XI ème siècle. D’après l’historien Ibn Khaldoun,<br />

«les Thaaleba forment une tribu sœur des Obeïd<br />

Al<strong>la</strong>h et descendent de Thalek Ibn Ali Ibn Sakil ...<br />

Etablis d’abord sur <strong>la</strong> limite du Tell, dans lequel


ils avaient pénétré en passant par le Ghezoul,<br />

les Thaaleba s’avancèrent graduellement jusqu’aux<br />

p<strong>la</strong>ines de Médéa et se fixèrent dans <strong>la</strong><br />

montagne<br />

du Titteri, appelée aussi montagne<br />

d’Achir parce qu’elle renfermait <strong>la</strong> célèbre <strong>ville</strong><br />

de ce nom ». Plus tard, les Beni Toudjin entrèrent<br />

en guerre avec les Thaaleba et envahirent<br />

l e u r<br />

territoire, les contraignant à se replier dans les<br />

p<strong>la</strong>ines de <strong>la</strong> Mitidja où ils s’établirent sous <strong>la</strong><br />

protection des Beni Melikich, tribu sanhadjienne.<br />

«Quand les Beni Merin (les Mérénides), ajoute<br />

Ibn Khaldoun, se furent emparés du Maghreb<br />

central et qu’ils eurent mis fin à <strong>la</strong> puissance<br />

des Melikich, les Thaaleba demeurèrent maîtres<br />

de <strong>la</strong> Mitidja.»<br />

LA REBELLION D’EL DJEZAÏR<br />

A sa mort, en 1249, le souverain hafcide<br />

<strong>la</strong>issa à son fils El Mostancir un puissant<br />

empire. Sous l’autorité du nouveau calife, le<br />

royaume connut ses années fastes. Mais <strong>la</strong><br />

seconde moitié du règne d’El Mostancir fut<br />

noircie par les révoltes de nombreuses tribus<br />

arabes. Ayant profité de cette ambiance de<br />

confusion, quelques <strong>ville</strong>s du Maghreb central<br />

tentèrent de se libérer de <strong>la</strong> souveraineté<br />

hafcide, comme ce fut le cas de Miliana, en<br />

1261, mais dont <strong>la</strong> rébellion fut étouffée et ses<br />

auteurs sévèrement punis. Vers 1265, <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />

d’El Djezaïr se souleva contre le pouvoir<br />

hafcide et déc<strong>la</strong>ra son indépendance. «Les<br />

habitants d’El Djezaïr, rapporte Ibn Khaldoun,<br />

s’étant aperçus que l’autorité du sultan hafcide<br />

avait cessé de se faire sentir chez les Zenata<br />

et les autres peuples du Maghreb central,<br />

secouèrent le joug de l’Empire afin d’établir<br />

leur indépendance». Ils installèrent leur<br />

gouvernement, où apparurent, probablement<br />

pour <strong>la</strong> première fois, des cheïkhs de <strong>la</strong> tribu<br />

arabe des Thaaleba, et purent ainsi jouir de leur<br />

liberté pendant près de cinq ans au terme desquels<br />

le calife El Mostancir envoya contre eux<br />

une puissante armée qui ne put forcer les<br />

défenses de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>. Deux ans plus tard, le général<br />

hafcide Abou Hil<strong>la</strong>l Eid, gouverneur de<br />

Béjaïa, se porta à nouveau contre El Djezaïr. La<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

33<br />

<strong>ville</strong> fut assiégée de tous les côtés, mais les<br />

a s s a u t s<br />

répétés de l’armée hafcide furent vains face à <strong>la</strong><br />

résistance héroïque des Algérois. Le général<br />

décida alors de lever le siège ; il reprit le chemin<br />

de sa capitale et mourut en cours de route en<br />

1274. Le calife El Mostancir, excédé par cette<br />

résistance, décida de mobiliser l’armée et <strong>la</strong><br />

marine hafcides et de les envoyer contre <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

rebelle. Le général El Haceb Ibn Yassin prit le<br />

commandement des forces terrestres et, en passant<br />

par Béjaïa, s’adjoignit les contingents<br />

hafcides stationnés dans cette <strong>ville</strong>. Dans le<br />

même temps, <strong>la</strong> flotte hafcide appareil<strong>la</strong>it pour<br />

El Djezaïr. D’après Ibn Khaldoun, « <strong>la</strong> <strong>ville</strong> se<br />

trouva bientôt étroitement bloquée par terre et<br />

par mer ; puis, ayant été emportée d’assaut, elle<br />

vit massacrer ses habitants, piller ses maisons,<br />

déshonorer ses mères de familles et violer ses<br />

vierges. Les cheïkhs (qui formaient le gouvernement)<br />

d’El Djezaïr furent chargés de chaînes et<br />

conduits à <strong>la</strong> citadelle de Tunis, où ils restèrent<br />

prisonniers jusqu'à <strong>la</strong> mort du sultan.<br />

El Ouathec monta alors sur le trône et ordonna<br />

leur mise en liberté.» En 1275, les vainqueurs<br />

installèrent à El Djezaïr un gouvernement ayant<br />

à sa tête le cheïkh Ibn Akmazir, et <strong>la</strong>issèrent à<br />

ses côtés une garnison de soldats almohades.<br />

IBN ALLAN ET LES MERINIDES<br />

Après une période de stabilité, synonyme de<br />

puissance et d’accalmie, sonna l’heure de déclin<br />

et l’empire hafcide se désagrégea. Et pour<br />

cause, les rivalités intestines entre ses successeurs<br />

minèrent l’empire de l’intérieur. Dans<br />

cette course effrénée pour le leadership, ce fut<br />

l’émir Abou Acida qui, en usurpateur, monta sur<br />

le trône de Tunis et ce, en 1295. Au même<br />

moment, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr perdit son gouverneur,<br />

le cheïkh Ibn Akmazir, qui gérait les<br />

affaires de cette <strong>ville</strong> au nom de l’émir de<br />

Béjaïa. A sa mort, le cheïkh ne <strong>la</strong>issa pas de successeur,<br />

ce qui fut une aubaine pour Ibn Al<strong>la</strong>n,<br />

l’un des membres les plus influents du conseil<br />

des cheïkhs et gendre de l’ancien gouverneur,<br />

qui accapara le pouvoir et fit exécuter, le soir<br />

même du décès de son maître, toutes les personnes<br />

susceptibles de contrecarrer ses desseins


hégémoniques. Le lendemain, il annonça aux<br />

habitants d’El Djezaïr son intention de renier <strong>la</strong><br />

souveraineté hafcide et proc<strong>la</strong>ma l’indépendance<br />

de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>. Mais cette indépendance ne dura pas<br />

longtemps, car quelque temps après,<br />

les Mérénides arrivèrent au Maghreb central.<br />

Leurs premières conquêtes furent les <strong>ville</strong>s de<br />

Ténès et Miliana, avant de poursuivre leur avancée<br />

sur <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ine de <strong>la</strong> Mitidja où les Melikich et<br />

les Thaaleba firent allégeance au nouveau maître.<br />

Forts de leur armée et de leurs nouveaux alliés,<br />

les Mérénides marchèrent sur El Djezaïr et l’assiégèrent.<br />

Acculé et voyant que sa <strong>ville</strong> al<strong>la</strong>it<br />

certainement tomber entre les mains des<br />

Mérénides, Ibn Al<strong>la</strong>n s’empressa d’engager des<br />

négociations avec le souverain mérénide : en<br />

échange de sa soumission il demanda de garder<br />

le poste de gouverneur. Ce qui lui eut été accordé.<br />

Sitôt <strong>la</strong> menace mérénide écartée, Ibn Al<strong>la</strong>n<br />

se retrouva confronté à un autre danger qui souff<strong>la</strong><br />

de l’est. En effet, pour rétablir <strong>la</strong> souveraineté<br />

des Hafcides dans cette <strong>ville</strong>, l’émir de Béjaïa,<br />

Abou El Baka Khaled, mena, en 1307, une expédition<br />

punitive contre Ibn Al<strong>la</strong>n. Ce dernier,<br />

ayant eu vent de l’imminence d’une attaque<br />

hafcide, prit toutes les dispositions pour assurer<br />

<strong>la</strong> défense de sa <strong>ville</strong>. Selon Ibn Khaldoun, « une<br />

foule de cavaliers et de fantassins, les uns venus<br />

de pays éloignés, les autres, fournis par <strong>la</strong> tribu<br />

des Thaaleba, arabes de <strong>la</strong> Mitidja, accourut<br />

sous ses drapeaux. Ayant bientôt rassemblé un<br />

grand nombre d’archers et d’autres troupes, il se<br />

trouva assez fort pour repousser les armées, qui,<br />

à diverses époques, partaient de Béjaïa pour<br />

faire le siège de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>». Tous les assauts <strong>la</strong>ncés<br />

par l’armée d’El Baka contre <strong>la</strong> Citadelle furent<br />

voués à l’échec. Face à cette résistance inébran<strong>la</strong>ble,<br />

l’émir de Béjaïa abdiqua et dut se résoudre<br />

à lever le siège et regagner sa capitale. Cette<br />

victoire redora le b<strong>la</strong>son du gouverneur<br />

d’El Djezaïr Ibn Al<strong>la</strong>n dont le prestige s’accrut<br />

considérablement. Les habitants de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> ainsi<br />

que les chefs des tribus alliées lui renouvelèrent<br />

leur confiance.<br />

LES ABDELOUADIDES A EL DJEZAÏR<br />

Une nouvelle fois, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

34<br />

changea de destinée avec l’arrivée du Sultan de<br />

Tlemcen. En 1313, Ibn Al<strong>la</strong>n fut vaincu et sa <strong>ville</strong><br />

occupée et annexée à l’empire d’Abou Hammou.<br />

Le gouverneur de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> conquise fut envoyé à<br />

Tlemcen où il fut interné jusqu'à sa mort.<br />

En effet, deux années auparavant, vers 1311,<br />

le sultan Abdelouadide Moussa Ibn Othman, dit<br />

Abou Hammou, débarqua au Maghreb central<br />

avec, dans sa sacoche, des visées expansionnistes.<br />

Il entama <strong>la</strong> conquête de cette région en<br />

commençant par mettre sous sa coupe<br />

les Maghraoua et les Toudjine pour, ensuite, faire<br />

main basse sur les p<strong>la</strong>ines de <strong>la</strong> Mitidja où il instal<strong>la</strong><br />

son bivouac. Cette station fut le point de<br />

départ de sa marche sur El Djezaïr. Pour<br />

accomplir cette tâche, le sultan y envoya son<br />

lieutenant, l’affranchi Meçameh, à <strong>la</strong> tête de<br />

l’armée abdelouadide à <strong>la</strong>quelle furent intégrés<br />

d’importants contingents de Maghraoua et de<br />

Toudjine. En riposte, Ibn Al<strong>la</strong>n s’enferma dans sa<br />

<strong>ville</strong> et soutint un long siège au terme duquel il<br />

épuisa toutes ses vivres le contraignant alors à<br />

capituler sous des conditions. La Citadelle fut<br />

conquise. Succédant à Abou Hammou, l’émir<br />

Abou Tachefin entreprit un vaste chantier<br />

d’embellissement confirmant <strong>la</strong> réputation non<br />

usurpée de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr qui était<br />

considérée comme l’une des <strong>ville</strong>s les plus<br />

importantes que comptait le royaume. Parmi les<br />

oeuvres qu’il réalisa, <strong>la</strong> rénovation de <strong>la</strong> Grande<br />

Mosquée qu’il dota d’un minaret. Pour preuve, <strong>la</strong><br />

p<strong>la</strong>que de marbre qu’on peut trouver à l’intérieur<br />

de ce monument qui porte l’inscription : «Le<br />

minaret a été bâti en 1324 par Abou Tachefin, roi<br />

de Tlemcen». En 1370, Abou Hammou II,<br />

deuxième du nom, rétablit pour <strong>la</strong> troisième fois<br />

<strong>la</strong> souveraineté abdelouadide sur tout le Maghreb<br />

central. C’est l’un de ses fils qu’il désigna pour<br />

gouverner, sous <strong>la</strong> tutelle de Salem, chef des<br />

Thaaleba, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr qui renoua alors<br />

avec le commerce européen et recouvra son<br />

statut de <strong>ville</strong> stratégique dans cette région de <strong>la</strong><br />

Méditerranée.<br />

LES DEBUTS DE LA COURSE<br />

L’usage de <strong>la</strong> course maritime en<br />

Méditerranée fut probablement établi vers 1360 à


partir de ports du Maghreb central de l’empire<br />

hafcide. Le port de Béjaïa fut le berceau de<br />

cette pratique maritime. Selon Ibn Khaldoun,<br />

u n<br />

certain nombre de corsaires qui s’organisaient<br />

autour d’une association entreprennent <strong>la</strong><br />

construction d’un navire à bord duquel un<br />

équipage constitué d’hommes de <strong>la</strong> mer à <strong>la</strong><br />

bravoure avérée est choisi. Ces guerriers se<br />

<strong>la</strong>ncent à l’assaut des côtes et îles occupées par<br />

les Francs. Les navires des infidèles constituent<br />

également une de leurs cibles préférées. Lors<br />

des accostages et des abordages qui se déroulent<br />

à l’improviste, les corsaires s’emparent de tout.<br />

De retour chez eux, ces derniers reviennent<br />

chargés de leur butin constitué d’hommes<br />

captifs, de navires et de biens. Quant à<br />

El Djezaïr, son entrée dans <strong>la</strong> course maritime<br />

fut entamée dès le XIII ème siècle. Son repaire<br />

offrait toutes les conditions de retrait des<br />

navires musulmans. En effet, El Bekri rapporta<br />

à ce propos que «le port est bien abrité ; l’île<br />

porte le nom de Stof<strong>la</strong> et le mouil<strong>la</strong>ge situé entre<br />

elle et le continent est très bon et offre un bon<br />

hivernage.» Mais <strong>la</strong> course dans cette <strong>ville</strong> ne<br />

prit son véritable essor qu’au XVI ème siècle avec<br />

les frères Barberousse.<br />

CHEÏKH SALEM, GOUVERNEUR<br />

D’EL DJEZAÏR<br />

La <strong>ville</strong> d’El Djezaïr avait pour gouverneur<br />

le cheikh Salem, l’émir des Thaaleba. La tranquillité<br />

du règne de ce dernier fut troublée par<br />

une injonction émanant du sultan abdelouadide<br />

lui intimant l’ordre de lui remettre les impôts<br />

que l’émir prélevait dans sa <strong>ville</strong> et les<br />

territoires qui en dépendaient. Bien que froissé<br />

par cette intimation, l’émir des Thaaleba dut<br />

s’exécuter avec, néanmoins, des arrière-pensées<br />

vindicatives. L’heure de mettre à exécution son<br />

projet de vengeance sonna et l’occasion lui fut<br />

donnée par <strong>la</strong> révolte des Beni Amer qui se<br />

soulevèrent contre le sultan Abou Hammou.<br />

Profitant de cette aubaine, le cheikh Salem se<br />

rallia aux révoltés et tenta de se défaire de <strong>la</strong><br />

souveraineté des Abdelouadides. Cette indépendance<br />

prit forme lorsque le cheikh Salem réunit,<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

35<br />

en 1376 à El Djezaïr, l’émir Abou Zyane,<br />

Khaled Ibn Amer, chef des Beni Amer, et les<br />

chefs d’autres tribus insurgées et qu’il proc<strong>la</strong>ma<br />

<strong>la</strong> souveraineté d’Abou Zyane. Le sultan<br />

Abou Hammou ne l’entendit pas de cette<br />

oreille. Il réagit aussitôt contre les tribus<br />

insurgées. Dans un premier temps, il vainquit<br />

les Beni Amer, les Attaf et les Dialem et les dispersa<br />

dans le désert. Puis arrivé devant<br />

El Djezaïr, il reçut <strong>la</strong> soumission du<br />

cheikh Salem et de ses compagnons. Le sultan<br />

accepta leurs conditions mais exigea l’exil de<br />

l’émir Abou Zyane. Salem conserva ainsi son<br />

poste de gouverneur d’El Djezaïr. Ce salut fut<br />

de courte durée, car peu de temps après,<br />

le sultan abdelouadide entreprit d’envahir à<br />

l’improviste <strong>la</strong> Mitidja, repoussant les Thaaleba<br />

dans les montagnes. Salem dut se réfugier chez<br />

les Beni Meceira dans les montagnes des<br />

Sanhadja. Usant du subterfuge d’une « fausse<br />

promesse », le sultan le fit sortir de sa retraite, le<br />

fit venir à Tlemcen où il ordonna son exécution<br />

à coup de <strong>la</strong>nce. Le cadavre du cheikh des<br />

Thaaleba fut attaché à un poteau à l’entrée de <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong> pour servir d’exemple. Pour gouverner<br />

El Djezaïr, Abou Hammou nomma son vizir<br />

Moussa Ibn Berghout, ancien gouverneur de <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong> de Médéa. Plus tard, le sultan rappe<strong>la</strong> les<br />

dirigeants des principales <strong>ville</strong>s du Maghreb<br />

central et les remp<strong>la</strong>ça par ses propres fils. A <strong>la</strong><br />

tête de Miliana, il p<strong>la</strong>ça El Montacir, Abou<br />

Zyane fut nommé à Médéa. Quant à Abou<br />

Tachefin, il se fit donner par son père <strong>la</strong><br />

souveraineté pleine et entière de <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

d’El Djezaïr et y instal<strong>la</strong> comme gouverneur<br />

Youssef Ibn Ez Zabia, «le seul de tous ses<br />

frères qui lui avait montré de l’attachement et<br />

auquel il avait accordé son amitié», écrit<br />

Ibn Khaldoun. Continuant sur sa <strong>la</strong>ncée expansionniste,<br />

le sultan abdelouadide empiéta sur le<br />

territoire des Mérénides. En représailles à cette<br />

incursion, ces derniers marchèrent sur Tlemcen<br />

qu’ils dévastèrent entièrement à telle enseigne<br />

que Abou Hammou songea alors à transférer sa<br />

capitale à El Djezaïr où il instal<strong>la</strong> aussitôt son<br />

fils El Montacer, évinçant de ce fait<br />

Abou Tachefin qui s’opposa à ce projet.<br />

Exaspéré, ce dernier s’empara de son père et le


fit enfermer à Oran. Ayant réussi à s’évader,<br />

Abou Hammou se réorganisa en ralliant à sa<br />

cause de nombreuses tribus arabes qui lui étaient<br />

restées fidèles et déc<strong>la</strong>ra <strong>la</strong> guerre à son fils qui,<br />

entre-temps, s’était assuré <strong>la</strong> protection des<br />

Mérénides.<br />

Abou Hammou mourut au combat lors de <strong>la</strong><br />

bataille d’El Ghaïran et l’émir Abou Tachefin<br />

recouvra à nouveau son autorité sur le Maghreb<br />

central. Il rétablit son frère Youssef Ibn Ez Zabia<br />

à <strong>la</strong> tête du gouvernement d’El Djezaïr. Dès lors,<br />

les princes abdelouadides gouvernèrent sous <strong>la</strong><br />

souveraineté des Mérénides.<br />

LE REGNE DES THAALEBA<br />

A l’orée du XV ème siècle, les princes<br />

abdelouadides recouvrèrent leur souveraineté,<br />

mais <strong>la</strong> rivalité qui sommeil<strong>la</strong> entre eux<br />

envenima davantage leurs re<strong>la</strong>tions et raviva <strong>la</strong><br />

f<strong>la</strong>mme de <strong>la</strong> lutte pour le pouvoir. Soutenu par<br />

les hafcides, Abou Zyane Mohamed, un prince<br />

abdelouadide, quitta Tunis, en 1437, et, à <strong>la</strong> tête<br />

de son armée, prit <strong>la</strong> direction du Maghreb<br />

central. Il envahit les <strong>ville</strong>s de Médéa, Ténès et<br />

Miliana. La prise de <strong>la</strong> Mitidja lui fut facilitée par<br />

<strong>la</strong> soumission des tribus qui habitèrent cette<br />

région. Abou Zyane Mohamed réussit à établir<br />

son autorité sur <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr où il se<br />

fit proc<strong>la</strong>mer roi. Un an plus tard, il mourut<br />

assassiné. Son fils et successeur désigné, l’émir<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

36<br />

El Moutaoukel, menacé de subir le même sort,<br />

s’enfuit à Ténès et en fit sa capitale. Les cheikhs<br />

des Thaaleba restèrent alors seuls maîtres de <strong>la</strong><br />

Mitidja et d’El Djezaïr. La <strong>ville</strong> si longtemps<br />

tiraillée entre les influences contraires de Fès,<br />

Tlemcen ou de Tunis recouvra son indépendance.<br />

Une certaine stabilité, sous l’autorité de <strong>la</strong><br />

puisante tribu arabe de <strong>la</strong> Mitidja, caractérisa<br />

cette période. Le royaume de Ténès, fondé par<br />

l’émir El Moutaouakel, réalisa des progrès considérables,<br />

ce qui permit au sultan d’accroître son<br />

prestige et de rallier sous son drapeau de nombreuses<br />

tribus arabes du Maghreb central.<br />

En 1461, se sentant assez fort pour reconstituer<br />

le royaume de ses ancêtres, il <strong>la</strong>nça son<br />

armée à l’assaut des anciennes colonies abdelouadides.<br />

Après Tlemcen, toutes les autres<br />

p<strong>la</strong>ces fortes abdiquèrent. Les cheikhs qui gouvernaient<br />

<strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr firent leur soumission<br />

au nouveau sultan ; en échange, ils gardèrent<br />

leur poste de gouverneur de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>. La fin du<br />

siècle fut marquée par des changements import<br />

a n t s<br />

au Maghreb, et <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr fut parmi<br />

les premières à en subir les conséquences.<br />

L’ARRIVEE DES ANDALOUS<br />

A <strong>la</strong> fin du XV ème siècle, les trois puissantes<br />

dynasties mérénides, abdelouadides et hafcides,<br />

connurent une autre ère qui al<strong>la</strong>it sonner le g<strong>la</strong>s<br />

de leur règne car affaiblies et sombrant dans une<br />

totale décadence.<br />

Le rapport de force, longtemps à l’avantage<br />

de ces trois dynasties, al<strong>la</strong>it basculer et se<br />

pencher du côté des tribus arabes nomades qui<br />

imposaient peu à peu leur autorité sur certaines<br />

parties du pays. Cet état de fait aboutit au morcellement<br />

de tout le Maghreb central et de tout<br />

l’Ifriqiya. En outre, cette décadence fut<br />

précipitée par <strong>la</strong> chute de Grenade, tombée entre<br />

les mains de Ferdinand, roi d’Aragon, et<br />

d’Isabelle, reine de Castille, en 1492.<br />

En conséquence, des milliers d’Andalous<br />

chassés d’Espagne se ruèrent sur les principales<br />

<strong>ville</strong>s côtières du Maghreb où ils s’établirent. Ces<br />

nouveaux émigrés, animés d’une haine<br />

indéfectible contre les chrétiens, apportèrent<br />

avec eux <strong>la</strong> connaissance des côtes de leur ancien


pays ; ils se mirent au service des corsaires<br />

maghrébins et armèrent à leur côté de petits<br />

bâtiments qu’ils <strong>la</strong>ncèrent à l’assaut des navires<br />

chrétiens en Méditerranée. Ils allèrent même<br />

jusqu'à débarquer sur les côtes d’Espagne et<br />

d’Italie dont ils ravagèrent les <strong>ville</strong>s d’où ils<br />

ramenèrent un butin considérable et de nombreux<br />

esc<strong>la</strong>ves. La course maritime connut alors<br />

un nouvel essor et les corsaires algériens devinrent<br />

en peu de temps <strong>la</strong> terreur de <strong>la</strong><br />

Méditerranée.<br />

LA PRISE D’EL DJEZAÏR<br />

PAR LES ESPAGNOLS<br />

Les royaumes d’Espagne, d’Italie et du<br />

Portugal furent lentement ruinés par les<br />

incessantes attaques des corsaires maghrébins.<br />

En effet, les côtes de ces pays du pourtour méditerranéen<br />

subissaient de multiples incursions de<br />

<strong>la</strong> part des corsaires qui ravageaient tout sur leur<br />

passage. Il faut dire qu’à l’instar de nombreuses<br />

<strong>ville</strong>s côtières du Maghreb central, El Djezaïr<br />

prenait activement part à <strong>la</strong> course maritime qui<br />

se dérou<strong>la</strong>it en Méditerranée et son port constituait<br />

un refuge d’une importance capitale et<br />

stratégique pour les navires pirates. Las de cette<br />

situation catastrophique et compromettante au<br />

vue des nombreuses déprédations qui leur sont<br />

causées, les Espagnols et les Portugais décidèrent<br />

d’unir leurs forces et de pourchasser les<br />

agresseurs jusque dans leurs ports d’attache ou<br />

de retranchement. En 1501, <strong>la</strong> première expédition<br />

portugaise fut conduite par Don Manuel<br />

dont <strong>la</strong> flotte fut mise en déroute par les navires<br />

algériens. Quatre ans plus tard, Don Diego de<br />

Cordoue renouve<strong>la</strong> l’expédition qui aboutit à <strong>la</strong><br />

prise de Mers El Kébir. En 1509, le cardinal de<br />

Ximenès s’empara d’Oran et, à son tour,<br />

Pierre Navarre occupa Béjaïa, berceau de <strong>la</strong><br />

piraterie en Méditerranée. Ayant appris <strong>la</strong> chute<br />

de Béjaïa, les gouvernants d’El Djezaïr,<br />

convaincus que leur <strong>ville</strong> serait <strong>la</strong> prochaine<br />

cible, s’empressèrent de dépêcher à Béjaïa une<br />

délégation ayant pour principale mission de<br />

faire acte d’allégeance au souverain espagnol.<br />

Le 31 janvier 1510, <strong>la</strong> capitu<strong>la</strong>tion d’El Djezaïr<br />

fut paraphée par les députés et par <strong>la</strong>quelle ils<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

37<br />

reconnaissaient <strong>la</strong> suzeraineté de l’Espagne.<br />

Selon les conditions des vainqueurs, le sultan<br />

d’El Djezaïr, Salem Etteumi, cheikh des<br />

Thaaleba, et celui de Ténès se rendirent à<br />

Burgos pour présenter leurs hommages au roi<br />

Ferdinand de Castille. Aussitôt après, le comte<br />

Pierre de Navarre ordonna <strong>la</strong> construction,<br />

sur un îlot non loin de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>, d’une forteresse,<br />

« le Pênon », où il instal<strong>la</strong> une garnison destinée<br />

à tenir en respect les habitants de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> et à<br />

contrôler le mouvement de tous les navires transitant<br />

par le port. A cette même époque,<br />

les frères Barberousse faisaient déjà régner <strong>la</strong><br />

terreur en Méditerranée. Ces derniers jouèrent<br />

d’ailleurs un rôle important dans les futurs<br />

événements qui vont jalonner l’histoire<br />

d’El Djezaïr.<br />

LES FRERES BARBEROUSSE<br />

Les frères Barberousse, on les dit natifs de<br />

l’île de Metelin (Lesbos), étaient au nombre de<br />

quatre : Elias, Ishaq, Arroudj et Kheir Eddine.<br />

L’histoire n’a retenu que les deux derniers, et<br />

pour cause Elias et ishaq n’eurent pas le temps<br />

d’immortaliser leur contribution à l’écriture de<br />

l’histoire d’El Djezaïr car ils moururent jeunes.<br />

Les premiers à s’être investis très tôt dans <strong>la</strong><br />

piraterie furent Elias et Arroudj. Lors d’une rude<br />

bataille contre un navire de Rhodes, Elias perdit<br />

<strong>la</strong> vie et Arroudj fut capturé et vendu comme<br />

esc<strong>la</strong>ve sur une galère chrétienne. Durant de<br />

longs mois de captivité, Arroudj connut les pires<br />

moments de son existence. La souffrance et les<br />

exactions qu’il endura pendant cette période<br />

d’emprisonnement le marquèrent à jamais,<br />

ce qui eut pour effet de faire naître en lui ce<br />

sentiment de haine et d’aversion envers les<br />

chrétiens, sentiment qui le fera se jurer de<br />

consacrer le reste de sa vie à se venger de ses<br />

geôliers, en l’occurrence les chrétiens. Ayant<br />

réussi à s’échapper, il captura, peu de temps<br />

après, un vaisseau français et l’envoya au sultan<br />

de Constantinople. En récompense, il reçut<br />

deux galères, ce qui lui permit de se <strong>la</strong>ncer dans<br />

<strong>la</strong> course contre les navires chrétiens qui<br />

croisaient en Méditerranée.


ARROUDJ<br />

Régner en maître sur <strong>la</strong> Méditerranée ne<br />

suffisait pas à Arroudj. Il manqua à ce dernier un<br />

endroit fixe où il pourra, lui et ses compagnons,<br />

s’établir. Il lui fal<strong>la</strong>it donc un port qui sera à <strong>la</strong><br />

fois un lieu de repli et une base pour ses opérations<br />

maritimes. L’occasion lui fut offerte par<br />

l’émir Abderrahmane, dernier sultan hafcide à<br />

gérer les destinées de Béjaïa, qui fit appel à son<br />

aide pour libérer sa <strong>ville</strong> de <strong>la</strong> domination<br />

espagnole. En effet, en 1512, au milieu de l’été,<br />

Arroudj et ses compagnons débarquaient sur les<br />

p<strong>la</strong>ges voisines de Béjaïa qui fut assiégée de<br />

toutes parts. Après huit jours de siège, une<br />

brèche fut ouverte et au moment de donner<br />

l’assaut, un boulet tiré par l’ennemi fit perdre à<br />

Arroudj le bras le contraignant à lever le siège et<br />

à se replier. Deux ans plus tard, il revint à <strong>la</strong><br />

charge et dirigea une nouvelle expédition contre<br />

les Espagnols. Mais, encore une fois, son armée<br />

fut repoussée. Il se réfugia alors à Jijel, <strong>ville</strong><br />

indépendante dont les habitants, presque tous<br />

corsaires, l’accueillirent en triomphe. Il y fut<br />

rejoint par son frère Kheir Eddine. Ensemble, ils<br />

fortifièrent <strong>la</strong> <strong>ville</strong> et en firent leur résidence ainsi<br />

que le centre de leurs opérations maritimes. Sous<br />

le joug des Espagnols, les habitants d’El Djezaïr<br />

ne désespérèrent pas de connaître un jour <strong>la</strong><br />

liberté. En effet, leur espoir se ranima lorsque<br />

Ferdinand de Castille mourut en 1516.<br />

Considérant que cette disparition rendit caduc de<br />

fait l’engagement de soumission au souverain<br />

espagnol et se sentant donc libéré de son serment<br />

d’obédience vis-à-vis de ce dernier, le<br />

cheikh Salem Etteumi fit alors appel aux frères<br />

Barberousse dont le récit de leurs exploits lui<br />

était parvenu. Arroudj répondit favorablement à<br />

l’appel. Il se mit alors à rassembler toutes les<br />

forces dont il pouvait disposer et marcha sur<br />

El Djezaïr. Il y fit une entrée triomphale. Il<br />

éparpil<strong>la</strong> ses hommes dans tous les recoins de <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong>, positionna ses canons en face du Pênon et<br />

somma le commandant de se rendre. Mais<br />

celui-ci refusa d’obtempérer. Le raïs décida alors<br />

de retarder l’assaut contre cette forteresse bien<br />

gardée et jeta son dévolu sur les habitants qui<br />

étaient déjà mécontents du comportement brutal<br />

et arrogant des Turcs. Il mit un terme à ce mou-<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

38<br />

vement de contestation en faisant assassiner le<br />

cheikh Salem Etteumi. Ensuite, il dispersa les<br />

Thaaleba, dont il craignit <strong>la</strong> vengeance, ainsi que<br />

les Beni Mezghenna dont certains éléments subsistaient<br />

encore dans <strong>la</strong> région, et se fit proc<strong>la</strong>mer<br />

roi d’El Djezaïr. Après l’échec cuisant subit face<br />

à Arroudj, les Espagnols refusèrent d’abdiquer.<br />

C’est le cardinal de Ximenès qui, soucieux de<br />

rétablir <strong>la</strong> souveraineté espagnole sur <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

d’El Djezaïr, mit sur pied une expédition contre<br />

leur possession en Afrique du Nord accaparée<br />

par le raïs. A <strong>la</strong> tête de l’armada espagnole,<br />

Diego de Vera arriva, le 30 septembre 1516, dans<br />

<strong>la</strong> baie d’El Djezaïr où il jeta l’ancre. Là, il<br />

multiplia les assauts qui furent énergiquement<br />

repoussés car manquant de coordination. Erreur<br />

de stratégie. Arroudj entreprit alors de charger les<br />

Espagnols et <strong>la</strong> victoire lui fut acquise. Certes, <strong>la</strong><br />

puissance armée du raïs concourra à porter un<br />

coup dur à l’armada de Diego de Vera, mais ce ne<br />

fut pas le seul facteur. Pendant les assauts, une<br />

tempête se déchaîna et provoqua un vent de<br />

panique chez les Espagnols. C’est ce moment-là<br />

que choisit Arroudj pour asséner son coup fatal ;<br />

les rares hommes qui réchappèrent au massacre<br />

furent capturés et jetés dans les bagnes de <strong>la</strong><br />

Régence. Suite à ses nombreux exploits, Arroudj<br />

étendit et confirma sa notoriété sur les p<strong>la</strong>ces<br />

fortes du Maghreb Central. C’est fort de Ncette<br />

réputation que les notables de Tlemcen, dont les<br />

habitants subissaient les affres et <strong>la</strong> dictature du<br />

prince abdelouadide Abou Hammou, lui firent<br />

appel. Cette nouvelle demande répondait aux<br />

ambitions du roi d’El Djezaïr désireux d’étendre<br />

son autorité à tout le Maghreb.<br />

La confrontation entre les armées de Arroudj<br />

et d’Abou Hammou se dérou<strong>la</strong> dans <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ine<br />

d’Arbal, aux environs d’Oran. Ce dernier subit<br />

une lourde défaite. Cette victoire écrasante<br />

permit à Arroudj de poursuivre sa marche sur<br />

Tlemcen où il fut accueilli en libérateur. Il fit<br />

sortir le jeune prince Abou Zyan de sa prison,<br />

l’assit sur le trône, mais le fit étrangler quelques<br />

jours plus tard. La tradition dit qu’il fit noyer près<br />

de soixante-dix princes zianites dans un<br />

réservoir qui se trouvait dans l’enceinte du pa<strong>la</strong>is.<br />

Les nombreux succès accumulés par le roi<br />

d’El Djezaïr ne furent pas sans inquiéter le roi


d’Espagne qui décida l’envoi de troupes à Oran.<br />

Abou Hammou, de son côté, reconstitua son<br />

armée. Dans un premier temps, le gouverneur<br />

d’Oran projeta de s’emparer de <strong>la</strong> Qalâa de Béni<br />

Rached qui était défendue par Ishaq, frère de<br />

Arroudj. La bâtisse fut encerclée. Ishaq fut<br />

contraint de rendre les armes. Il obtint, pour lui<br />

et ses compagnons, l’autorisation de se retirer à<br />

Tlemcen. Mais ce fut une ruse, car à peine<br />

sortis de <strong>la</strong> forteresse qu’ils furent assaillis et<br />

massacrés par les Espagnols et les hommes<br />

d’Abou Hammou. La seconde étape du p<strong>la</strong>n du<br />

gouverneur d’Oran après <strong>la</strong> prise de <strong>la</strong> Qalâa<br />

fut Tlemcen où, d’ailleurs, il fut rejoint par<br />

Abou Hammou. Là, ils entreprirent un siège qui<br />

dura près de six mois. Lorsque l’assaut final fut<br />

ordonné, les Turcs se retranchèrent dans le<br />

Mechouar. Dans le même temps, les habitants<br />

de Tlemcen, exaspérés par cette guerre qui n’en<br />

finissait plus et qui ruinait leur pays, décidèrent<br />

de passer à l’offensive. Après avoir obtenu<br />

l’autorisation de pénétrer dans le Mechouar<br />

pour <strong>la</strong> prière de l’Aïd Esseghir, qui correspondait<br />

cette année-là au 29 septembre 1518, ils se<br />

ruèrent à l’improviste sur les Turcs. Arroudj<br />

réussit à repousser les assail<strong>la</strong>nts après une<br />

sang<strong>la</strong>nte bataille où il perdit une grande partie<br />

de ses hommes. Affaibli et diminué militairement,<br />

Arroudj, persuadé alors qu’il ne pouvait<br />

plus résister à un assaut des Espagnols, résolut<br />

de prendre <strong>la</strong> fuite avec ses compagnons. A <strong>la</strong><br />

faveur de <strong>la</strong> nuit tombante, il sortit du Mechouar<br />

en emportant avec lui le butin considérable qu’il<br />

avait amassé. Il se dirigea vers l’est, probablement<br />

en direction de Mostaganem, l’une des<br />

<strong>ville</strong>s où il était assuré de trouver un abri sûr<br />

et un port d’où il pouvait embarquer pour<br />

El Djezaïr. Tard dans <strong>la</strong> nuit, le général espagnol<br />

fut informé de <strong>la</strong> fuite de son ennemi. Il partit<br />

aussitôt à sa poursuite et ne tarda pas à le rattraper<br />

au gué de l’oued el Me<strong>la</strong>h (Rio Sa<strong>la</strong>do).<br />

Arroudj essaya de ralentir ses poursuivants en<br />

jetant derrière lui une part de son butin, mais<br />

cette dernière ruse fut vaine. Epuisés par <strong>la</strong> faim<br />

et <strong>la</strong> soif, les Turcs se retranchèrent dans une<br />

vieille forteresse où ils succombèrent sous le<br />

nombre de leurs assail<strong>la</strong>nts. Abou Hammou fut<br />

rétabli sur le trône de Tlemcen et gouverna sous<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

39<br />

<strong>la</strong> suzeraineté des Espagnols.<br />

En 1518, Arroudj fut décapité. Sa tête ainsi<br />

que le vêtement de brocart d’or qu’il portait,<br />

furent rapportés à Oran et exposés aux portes de<br />

<strong>la</strong> <strong>ville</strong>. Il était alors âgé de quarante-quatre ans<br />

et ne <strong>la</strong>issait pas de postérité. De l’occupation<br />

de Jijel jusqu'à <strong>la</strong> prise de Tlemcen, ce redoutable<br />

raïs avait mené une guerre impitoyable<br />

aux chrétiens et à tous leurs alliés. De corsaire<br />

téméraire et redouté, il était devenu conquérant<br />

et fondateur d’empire. Malgré son allégeance au<br />

sultan de Constantinople, son pouvoir était<br />

absolu. Il <strong>la</strong>issait à son frère Kheir Eddine le<br />

noyau d’un empire.<br />

KHEIR EDDINE BARBEROUSSE<br />

Kheir Eddine, en succédant à son frère Arroudj,<br />

hérita d’une responsabilité pour le moins<br />

délicate. En effet, les exploits réalisés par son<br />

défunt frère furent à l’origine d’une réputation<br />

considérable. De plus, les acquis des frères


Barberousse et leurs ambitions dépassent de loin<br />

les potentialités tant matérielles que<br />

militaires dont disposaient Kheir Eddine, il lui<br />

fal<strong>la</strong>it un appui, et pas des moindres. C’est vers<br />

Constantinople que Kheir Eddine se tourna pour<br />

demander protection. C’est le sultan Selim<br />

qui était destinataire de cette requête qu’il considéra<br />

d’ailleurs comme une marque de confiance<br />

et un immense honneur. Le sultan donna suite à<br />

<strong>la</strong> demande de Kheir Eddine en lui envoyant<br />

deux mille soldats. De plus, il le mit à <strong>la</strong> tête du<br />

gouvernement d’El Djezaïr avec le titre de beylerbey.<br />

La Régence d’El Djezaïr fut par conséquent<br />

annexée à l’empire ottoman. Fort de cet<br />

appui, Kheir Eddine reprit en main les<br />

destinées de <strong>la</strong> Régence. D’un autre côté, depuis<br />

<strong>la</strong> disparition de Arroudj, le roi Charles Quint ne<br />

cessa de nourrir ses velléités de chasser une fois<br />

pour toutes les Turcs de tous les ports du<br />

Maghreb. Le roi Charles revint à <strong>la</strong> charge mais<br />

cette fois il confia à Don Hugo de Moncade,<br />

vice-roi de Sicile, <strong>la</strong> responsabilité d’organiser<br />

une expédition contre <strong>la</strong> Régence d’El Djezaïr.<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

40<br />

Ce dernier échafauda une stratégie d’attaque qui<br />

prévoyait de <strong>la</strong>ncer des assauts simultanés par<br />

mer et par terre. C’est ainsi que le 17 août 1519,<br />

<strong>la</strong> flotte espagnole arriva sur les côtes algéroises.<br />

Les Espagnols se positionnèrent sur <strong>la</strong> colline<br />

dénommée Koudiat Es Saboun d’où ils<br />

canonnèrent les remparts de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>. Kheir<br />

Eddine choisit ce moment pour <strong>la</strong>ncer son<br />

offensive. Acculés de toutes parts et en fuite,<br />

les soldats espagnols tentèrent vainement de<br />

s’embarquer sur leurs navires. Le pacha<br />

d’El Djezaïr ordonna alors de les achever tous,<br />

car rongé par le sentiment de vengeance de <strong>la</strong><br />

mort de ses deux frères.<br />

Cette écrasante victoire conforta<br />

Kheir Eddine dans son autorité sur El Djezaïr<br />

et lui permit d’étendre sa domination sur les<br />

territoires au-delà de <strong>la</strong> Mitidja. Il s’occupa<br />

ensuite de l’organisation défensive de sa <strong>ville</strong>.<br />

Il <strong>la</strong> fit fortifier en <strong>la</strong> dotant de solides remparts.<br />

Barberousse était alors le maître de tout le<br />

Maghreb central. La montée en puissance de <strong>la</strong><br />

notoriété de Kheir Eddine dont <strong>la</strong> domination<br />

territoriale s’étendit à <strong>la</strong> limite du royaume<br />

hafcide fit naître des craintes chez le sultan<br />

de Tunis qui prit <strong>la</strong> décision de devancer les<br />

événements en rétablissant l’autorité hafcide sur<br />

le Maghreb central.<br />

Il chargea alors des émissaires pour se rendre<br />

auprès du cheikh Ahmed Ben El Kadi, sultan de<br />

Koukou ; ils avaient pour mission de convaincre<br />

ce dernier d’embrasser <strong>la</strong> cause du sultan et de<br />

l’aider à se débarrasser du dernier Barberousse.<br />

La réponse fut positive. A <strong>la</strong> tête de son armée,<br />

le sultan hafcide marcha sur El Djezaïr. De son<br />

côté, pour faire face à l’ennemi, Kheir Eddine<br />

rassemb<strong>la</strong> ses janissaires auxquels se joignirent<br />

les troupes de son allié Ahmed Ben El Kadi.<br />

La confrontation entre les deux belligérants eut<br />

lieu sur le territoire des Flissa Oum El Lil.<br />

Dès que le combat se fut engagé, le cheikh<br />

Ahmed Ben El Kadi <strong>la</strong>nça ses hommes contre les<br />

Turcs qui se trouvèrent pris entre deux feux.<br />

Surpris par cette trahison, ils furent mis en<br />

déroute ; Kheir Eddine réussit à prendre <strong>la</strong> fuite<br />

vers Jijel. Pendant ce temps, le sultan kabyle<br />

de Koukou traversait <strong>la</strong> Mitidja et arriva à<br />

El Djezaïr sans qu’on lui opposa une quelconque


ésistance.<br />

A son arrivée, Kheir Eddine trouva <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

de Jijel embourbée dans une terrible famine ; il<br />

fournit à <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion du blé et des provisions.<br />

Suite à ce<strong>la</strong>, il se rendit compte que pour faire<br />

face à une situation de crise nécessitant le<br />

recours à un approvisionnement à grande échelle<br />

il fal<strong>la</strong>it à tout prix reprendre <strong>la</strong> mer et <strong>la</strong><br />

course qui fit,<br />

à partir de ce même port, <strong>la</strong> fortune de son frère<br />

Arroudj. De là, il reprit ses assauts contre les<br />

navires chrétiens qui passaient par <strong>la</strong> mer<br />

Méditerranée et débarqua sur les côtes de<br />

Tunisie, d’Espagne et d’Italie où il sema <strong>la</strong><br />

terreur. En deux ans de course, il reconstitua sa<br />

puissance et ramena l’abondance dans le pays.<br />

De succès en succès, il se sentit assez fort pour<br />

envisager <strong>la</strong> reconquête de son ancienne<br />

capitale. Barberousse rassemb<strong>la</strong> toutes les<br />

forces dont il pouvait disposer et se mit en<br />

marche pour El Djezaïr. En 1527, il entrait<br />

triomphalement dans son ancienne capitale.<br />

Une fois El Djezaïr reconquise, il entreprit alors<br />

de se débarrasser du Pênon espagnol qui contrô<strong>la</strong>it<br />

toujours l’entrée du port. Il disposa un<br />

ensemble de batteries en face de l’îlot et somma<br />

le commandant De Vargas de se rendre. Ce<br />

dernier opposa un rejet catégorique entraînant<br />

de ce fait le début des hostilités. Le 5 mai 1529,<br />

Kheir Eddine commença à bombarder <strong>la</strong><br />

forteresse. Au terme de quinze jours de siège,<br />

une brèche fut ouverte.<br />

Les Turcs débarquèrent sur l’îlot et prirent<br />

d’assaut le fort. La garnison, très éprouvée, se<br />

rendit sans aucune résistance. La partie haute<br />

du Pênon fut entièrement détruite, seule fut<br />

conservée <strong>la</strong> p<strong>la</strong>te-forme circu<strong>la</strong>ire sur <strong>la</strong>quelle<br />

les Turcs installèrent un fanal et une batterie.<br />

Kheir Eddine, qui avait plus que jamais besoin<br />

d’un abri pour sa flotte, fit construire un môle<br />

long de deux cents mètres, <strong>la</strong>rge de vingt-cinq et<br />

haut de quatre. Cet imposant ouvrage reliait<br />

<strong>la</strong> <strong>ville</strong> aux îlots rassemblés par un terre-plein.<br />

La prise du Pênon et sa démolition consacrèrent<br />

l’indépendance du port d’El Djezaïr et<br />

donnèrent une nouvelle impulsion à <strong>la</strong> course.<br />

Ce succès des Turcs provoqua une vive<br />

émotion en Espagne et poussa les popu<strong>la</strong>tions<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

41<br />

des <strong>ville</strong>s côtières à demander l’intervention du<br />

roi Charles Quint pour mettre un terme aux<br />

exactions commises à leur encontre par<br />

les corsaires algériens. En 1530, l’expédition<br />

contre El Djezaïr fut décidée et son commandement<br />

confié à l’amiral Doria. Ce dernier arriva<br />

à El Djezaïr avec une armada<br />

de mille cinq cents hommes qui entrèrent dans<br />

<strong>la</strong> capitale du pacha. Ils libérèrent les esc<strong>la</strong>ves<br />

chrétiens qui envahirent toute <strong>la</strong> <strong>ville</strong> pour<br />

se livrer au pil<strong>la</strong>ge. Ayant mis à profit cette<br />

situation de désordre, les Turcs se <strong>la</strong>ncèrent<br />

contre les Espagnols qui furent massacrés.<br />

L’amiral Doria en réchappa en prenant <strong>la</strong> fuite.<br />

A Constantinople, le sultan ottoman, contrarié<br />

par les incessantes incursions de l’amiral Doria<br />

contre ses possessions en Grèce, fit appel<br />

au pacha d’El Djezaïr et le reçut avec tous<br />

les honneurs, l’élevant au rang dignitaire de<br />

capitaine-pacha, c’est-à-dire grand amiral de <strong>la</strong><br />

flotte ottomane. Barberousse pourchassa alors<br />

l’amiral génois, réussit à le battre et l’obligea à<br />

se replier dans son port d’attache. De retour à<br />

El Djezaïr, Kheir Eddine ordonna les préparatifs<br />

d’une expédition punitive contre Tunis,<br />

gouvernée alors par le sultan Mou<strong>la</strong>y Hassen.<br />

Surprise par cette attaque inopinée, l’armée


tunisienne, rassemblée en toute hâte par<br />

le sultan, fut mise en déroute et les Turcs<br />

se répandirent dans Tunis qu’ils livrèrent au<br />

pil<strong>la</strong>ge. Barberousse prit possession de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> au<br />

nom du sultan ottoman. Charles Quint, toujours<br />

au fait des entreprises du capitaine-pacha au<br />

Maghreb, réagit aussitôt et mit sur pied<br />

une force redoutable. En juillet 1535, il reprit<br />

Tunis, contraignant Kheir Eddine à s’enfuir en<br />

direction de Bône où il avait <strong>la</strong>issé douze galères.<br />

Le pacha d’El Djezaïr regagna sa capitale sain et<br />

sauf et, en représailles contre sa défaite de Tunis,<br />

il débarqua à Majorque. Il prit d’assaut Mahon<br />

qu’il pil<strong>la</strong> et incendia.<br />

Ce fut là sa dernière action d’envergure en<br />

tant que beylerbey de <strong>la</strong> Régence d’El Djezaïr.<br />

Le 15 octobre 1535, il fut rappelé par le sultan<br />

ottoman, dont il commanda <strong>la</strong> flotte jusqu'à sa<br />

mort en 1546. Il ne retourna plus sur cette terre<br />

qui avait fait sa gloire et sa fortune. A juste titre,<br />

Kheir Eddine Barberousse peut être considéré<br />

comme le véritable fondateur de <strong>la</strong> Régence<br />

d’El Djezaïr. Il hérita certes de son frère Arroudj<br />

d’une renommée et d’un noyau d’empire, mais<br />

son courage, son sens du commandement, ainsi<br />

que sa légendaire fermeté lui permirent de faire<br />

face à tous ses ennemis, de gagner l’estime<br />

et <strong>la</strong> confiance du sultan ottoman et de bâtir une<br />

formidable puissance maritime qui domina tout<br />

le bassin méditerranéen pendant plusieurs<br />

siècles.<br />

EL DJEZAÏR, SOUS LES BEYLERBEYS<br />

Kheir Eddine Barberousse fut le premier<br />

à inaugurer le règne des beylerbeys au Maghreb.<br />

Ses successeurs adoptèrent dans cette région une<br />

gouvernance qui ne tolérait aucune opposition.<br />

Ils parvinrent à maintenir sous leur autorité<br />

les deux principales forces de <strong>la</strong> Régence :<br />

<strong>la</strong> redoutable milice des janissaires ou odjak, et <strong>la</strong><br />

puissante confédération des corsaires ou taïfa des<br />

raïs. Pendant toute <strong>la</strong> durée de leurs règnes, les<br />

beylerbeys eurent souvent à réprimer sévèrement<br />

les révoltes des janissaires qui tentèrent de<br />

s’emparer du pouvoir à El Djezaïr.<br />

HASSAN AGHA<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

42<br />

Durant cette période, les Espagnols étaient<br />

maîtres des <strong>ville</strong>s d’Oran, de Béjaïa, de Bône et<br />

de Goulette et leur vassal Mou<strong>la</strong>y Hassen régnait<br />

à Tlemcen. A son départ, Hassan Agha succéda<br />

à Kheir Eddine et à <strong>la</strong> tête de ses terribles pirates,<br />

il parcourait <strong>la</strong> Méditerranée et y semait <strong>la</strong><br />

terreur. En octobre 1541, sollicité de toutes parts,<br />

Charles Quint <strong>la</strong>nça une expédition décisive<br />

contre El Djezaïr, expédition qu’il dirigea<br />

d’ailleurs lui-même. Pour faire face à cette<br />

attaque, Hassan Agha organisait <strong>la</strong> défense et<br />

attendait, à l’extérieur de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>, le renfort de<br />

plusieurs milliers de Kabyles. Le 24 octobre<br />

de <strong>la</strong> même année, Charles Quint prit position sur<br />

le sommet d’un monticule appelé<br />

Koudiat Es Saboun. Trois jours plus tard, en<br />

l’occurrence le 27, Hassan Agha, en meneur,<br />

<strong>la</strong>nça ses troupes contre l’ennemi et assaillit<br />

de toutes parts une armée chrétienne affaiblie<br />

et démoralisée par des tempêtes et des pluies<br />

torrentielles. Ce fut un massacre : une grande<br />

partie de <strong>la</strong> flotte fut coulée et douze mille<br />

hommes noyés, tués ou retenus prisonniers. Au<br />

printemps de l’année 1542, le pacha envahit <strong>la</strong><br />

Kabylie et se porta contre Ben El Kadi, roi de<br />

Koukou, dont il obtint <strong>la</strong> soumission. Il marcha<br />

ensuite sur Tlemcen où il imposa <strong>la</strong> souveraineté<br />

turque. De retour dans <strong>la</strong> capitale, il fut probablement<br />

victime d’une révolte des janissaires qui<br />

installèrent à sa p<strong>la</strong>ce El Hadj Bechir Ben<br />

Ate<strong>la</strong>dja. Contrarié par cette rébellion, le sultan<br />

ottoman décida aussitôt d’envoyer un nouveau<br />

pacha à El Djezaïr.<br />

HASSAN IBN KHEIR EDDINE<br />

Pour succéder à Hassan Agha, le choix de <strong>la</strong><br />

Sublime Porte quant à l’homme qu’il va falloir<br />

p<strong>la</strong>cer à <strong>la</strong> tête de <strong>la</strong> Régence d’El Djezaïr se<br />

porta sur Hassan, fils de Kheir Eddine. En juin<br />

1544, le nouveau pacha quitta Constantinople,<br />

avec une petite escorte. La crainte et le respect<br />

qu’inspirait jadis son père lui valurent un accueil<br />

chaleureux aussi bien de <strong>la</strong> part des janissaires<br />

que de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion de <strong>la</strong> capitale. Dès les<br />

premières années de son règne, Hassan orienta<br />

ses efforts en direction de l’ouest du pays dont les<br />

principales <strong>ville</strong>s étaient sous le joug espagnol.


Sa priorité était donc de recouvrer <strong>la</strong> souveraineté<br />

turque sur ces régions. Il ne tarda pas, par<br />

conséquent, à organiser une expédition contre<br />

Tlemcen. Il se mit à <strong>la</strong> tête de ses janissaires<br />

auxquels se joignit un renfort de deux mille<br />

cavaliers commandés par le cheikh de Ténès. Le<br />

pacha d’El Djezaïr surprit l’armée espagnole<br />

aux environs de Mostaganem. Après une<br />

bataille acharnée, le gouverneur d’Oran fut<br />

v a i n c u<br />

et réduit à prendre <strong>la</strong> fuite avec ce qui resta<br />

de son armée. A son retour à El Djezaïr, Hassan<br />

apprit <strong>la</strong> triste nouvelle du décès de son père<br />

ainsi que sa nomination au titre de beylerbey<br />

du Maghreb.<br />

Quelque temps plus tard, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> de Tlemcen<br />

fut à nouveau l’enjeu d’une bataille entre<br />

le chérif marocain Mohamed El Medhi et<br />

Hassan. Les Marocains s’emparèrent de<br />

l’ancienne capitale abdelouadide. Mais immédiatement<br />

après, l’armée marocaine fut mise en<br />

déroute par les multiples assauts <strong>la</strong>ncés par<br />

les Turcs sous le commandement de Hassan<br />

Corso qui reprit possession de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> au nom<br />

du beylerbey en 1552.<br />

Peu de temps après, Hassan Ibn Kheir<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

43<br />

Eddine fut rappelé par le sultan ottoman. Il<br />

quitta El Djezaïr pour Constantinople et y <strong>la</strong>issa<br />

le commandement par intérim au caïd Saffah.<br />

SALAH RAÏS<br />

Au mois d’avril 1552, Sa<strong>la</strong>h Raïs débarqua<br />

dans <strong>la</strong> capitale de <strong>la</strong> Régence avec le titre de<br />

beylerbey. Deux ans plus tard, il prêta main<br />

forte au sultan marocain Abou Hassoun et<br />

l’aida à remonter sur le trône de Fès. En 1555,<br />

il entreprit de libérer Béjaïa de l’influence<br />

espagnole. Vers <strong>la</strong> fin de juin 1555, à <strong>la</strong> tête<br />

d’une forte armée algéroise renforcée par un<br />

imposant contingent kabyle, Sa<strong>la</strong>h Raïs fit<br />

appareiller une flotte composée de vingt-deux<br />

galères chargées de matériel et partit en<br />

direction de Béjaïa. Le 27 septembre 1555, <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong> fut prise d’assaut, mettant fin à plus de<br />

quarante-cinq ans d’occupation espagnole. Dès<br />

son retour à El Djezaïr, Sa<strong>la</strong>h raïs entreprit d’organiser<br />

une autre expédition en direction d’une<br />

nouvelle cible, Oran. Il reçut du sultan ottoman<br />

un important renfort de troupes. Mais son projet<br />

fut contrarié par l’épidémie de peste qui éc<strong>la</strong>ta à<br />

El Djezaïr en 1556. Il en fut lui-même atteint et<br />

mourut à l’âge de soixante-dix ans. Cette disparition<br />

soudaine du pacha d’El Djezaïr ne mit pas<br />

fin pour autant aux préparatifs engagés dans le<br />

cadre de <strong>la</strong> libération de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Oran occupée<br />

par les Espagnols. Sans attendre les ordres du<br />

sultan ottoman, le khalifat Hassan Corso prit le<br />

commandement de l’armée et marcha sur Oran.<br />

Après avoir pris position autour de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>, il<br />

reçut de <strong>la</strong> Grande Porte l’ordre de lever le siège<br />

et de renvoyer <strong>la</strong> flotte à Constantinople.<br />

HASSAN CORSO ET<br />

LE PACHA TERKERLI<br />

A son retour à El Djezaïr, Hassan Corso<br />

apprit que le successeur de Sa<strong>la</strong>h Raïs avait<br />

quitté <strong>la</strong> Turquie et faisait voile vers <strong>la</strong> capitale<br />

de <strong>la</strong> Régence. Lorsqu’il arriva aux abords de <strong>la</strong><br />

baie d’El Djezaïr, le nouveau pacha, Mohamed<br />

Terkerli, se vit interdire l’entrée du port par<br />

le corps de l’odjak qui soutenait <strong>la</strong> candidature<br />

de leur chef Hassan Corso. Les raïs qui<br />

entendaient rester fidèles au sultan ottoman


vinrent à son secours, et au beau milieu de <strong>la</strong> nuit,<br />

ils le firent débarquer dans le port qui était sous<br />

leur autorité. Ils réussirent à le faire entrer dans <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong> et à l’escorter jusqu'à <strong>la</strong> résidence des<br />

pachas. Mohamed Terkerli ordonna l’arrestation<br />

de Hassan Corso et le fit empaler sur<br />

les crochets de Bab Azzoun où il agonisa<br />

pendant trois jours. Son complice, le gouverneur<br />

de Béjaïa, Ali Sardo, subit le même sort. Le règne<br />

de Mohamed Terkerli fut de courte durée. Alors<br />

qu’il s’était isolé de <strong>la</strong> capitale pour fuir l’épidémie<br />

de peste qui ravageait encore les rues d’El<br />

Djezaïr, il fut assassiné par le caïd Youssef, fidèle<br />

partisan de Hassan Corso. Les janissaires<br />

entrèrent en rébellion ; ils mirent à mort les<br />

compagnons du pacha et installèrent provisoirement<br />

le caïd Yahia, ancien khalifat de Sa<strong>la</strong>h raïs,<br />

à <strong>la</strong> Jenina en attendant l’arrivée du nouveau<br />

beylerbey.<br />

HASSAN IBN KHEIR EDDINE,<br />

LE RETOUR<br />

Le souverain ottoman se tourna encore une<br />

fois vers Hassan Ibn Kheir Eddine dont<br />

l’influence était encore très forte au sein de <strong>la</strong><br />

popu<strong>la</strong>tion d’El Djezaïr et chez les vieux raïs<br />

avec lesquels il avait fait ses premières armes. Le<br />

beylerbey quitta Constantinople avec vingt<br />

galères. En juin 1557, il jeta l’ancre dans le port<br />

d’El Djezaïr et prit possession de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> sans y<br />

rencontrer de résistance. Dès son instal<strong>la</strong>tion, il<br />

conçut le projet d’affaiblir <strong>la</strong> redoutable milice<br />

des janissaires pour mieux <strong>la</strong> contrôler. Il conclut<br />

des alliances avec des cheikhs des tribus arabes<br />

et berbères, se constituant ainsi un vivier d’où il<br />

pouvait recruter des auxiliaires pour son armée.<br />

Enfin, il accorda à leurs popu<strong>la</strong>tions un privilège<br />

qui leur était refusé par ses prédécesseurs, en les<br />

autorisant à se fournir en armes et munitions dans<br />

sa capitale. Le beylerbey ne perdait pas de vue<br />

l’ouest de son pays où <strong>la</strong> province de Tlemcen<br />

était à nouveau victime des attaques des<br />

Marocains. Pour mettre fin à cette menace, il<br />

résolut de faire assassiner le chérif Mohamed<br />

El Medhi. Il chargea de cette délicate opération<br />

un de ses fidèles officiers, Sa<strong>la</strong>h Kahia. Celui-ci<br />

réussit à s’introduire auprès du sultan marocain<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

44<br />

et, après avoir gagné sa confiance, il l’assassina.<br />

A <strong>la</strong> faveur des désordres qui suivirent<br />

l’assassinat du chérif, Hassan tenta grâce à un<br />

stratagème d’envahir le Maroc. En février 1558,<br />

il marcha sur Fès, mais il fut repoussé et contraint<br />

de regagner sa capitale. Au début de l’été de <strong>la</strong><br />

même année, il eut à intervenir contre les<br />

Espagnols qui s’étaient rendus maîtres de<br />

Mostaganem. Son expédition fut couronnée<br />

de succès et se solda par <strong>la</strong> mort du comte<br />

d’Alcandete et par <strong>la</strong> déroute de l’armée<br />

chrétienne. Les janissaires, mécontents des<br />

mesures prises par Hassan Ibn Kheir Eddine en<br />

faveur des Arabes et des Berbères, entrèrent en<br />

rébellion. Au cours d’une nuit de juin 1561, ils<br />

firent irruption dans le pa<strong>la</strong>is et s’emparèrent du<br />

beylerbey et de tous ses compagnons. Ils le firent<br />

embarquer sur un vaisseau qui prit <strong>la</strong> direction de<br />

Constantinople. Le chef des insurgés, l’agha<br />

Hassan, exerça le pouvoir pendant près de trois<br />

mois au bout desquels Ahmed Pacha arriva à<br />

El Djezaïr avec <strong>la</strong> mission de mettre fin à<br />

l’insurrection et d’en châtier les auteurs. Ceux-ci<br />

furent tous arrêtés et envoyés à Constantinople<br />

où ils eurent <strong>la</strong> tête tranchée. En mai 1562,<br />

le nouveau pacha était occupé à remettre de<br />

l’ordre dans sa capitale lorsqu’il décéda subitement,<br />

probablement empoisonné, <strong>la</strong>issant<br />

l’intérim au caïd Yahia. La Porte ne fit aucun cas<br />

des accusations portées par les janissaires contre<br />

le beylerbey Hassan et lui renouve<strong>la</strong> sa confiance<br />

en le nommant pour <strong>la</strong> troisième fois au pachalik<br />

d’El Djezaïr. En août 1562, le pacha, accompagné<br />

de plusieurs galères, fit son entrée dans le<br />

port d’El Djezaïr. La milice ne lui opposa aucune<br />

résistance, les raïs et les Algérois lui firent un<br />

accueil chaleureux. A peine installé dans son<br />

pa<strong>la</strong>is, Hassan se plongea à nouveau dans les préparatifs<br />

d’une grande expédition contre Oran.<br />

Il rassemb<strong>la</strong> sous ses drapeaux des milliers de<br />

combattants turcs, espagnols, kabyles des tribus<br />

de Zouaoua et de Béni Abbès. Il fit partir sa<br />

flotte chargée de pièces d’artillerie, de munitions<br />

et de vivres, et, le 5 février 1563, il quitta<br />

<strong>la</strong> capitale en <strong>la</strong> <strong>la</strong>issant sous <strong>la</strong> garde de son<br />

khalifat Ali Chetili. Hassan porta ses premiers<br />

efforts sur Mers El Kebir. Après plusieurs jours<br />

de siège et de nombreux assauts, <strong>la</strong> garnison


espagnole qui défendait cette p<strong>la</strong>ce fut presque<br />

décimée. Au moment où les Turcs al<strong>la</strong>ient s’en<br />

rendre maîtres, une importante flotte chrétienne,<br />

composée de cinquante-cinq galères chargées<br />

de troupes, fit son apparition dans <strong>la</strong> rade. La<br />

flotte turque se dispersa aussitôt et Hassan, dont<br />

l’armée n’était pas préparée à affronter une<br />

pareille armada, se résigna à lever le siège et<br />

à reprendre le chemin d’El Djezaïr. A son arrivée,<br />

il trouva <strong>la</strong> <strong>ville</strong> ravagée par <strong>la</strong> peste, les<br />

m o r t s<br />

se comptaient par centaines. En mai 1565,<br />

Hassan Pacha participa, aux côtés du grand<br />

amiral Mustafa Piali, à l’expédition ordonnée<br />

par le sultan ottoman contre les chevaliers de<br />

Malte. Les Turcs trouvèrent en face d’eux<br />

des adversaires déterminés et, malgré de nombreuses<br />

victoires, l’entreprise turque n’atteignit<br />

pas ses objectifs. Le 5 septembre, d’importants<br />

renforts chrétiens arrivèrent par <strong>la</strong> mer, le capitaine<br />

pacha Piali, dont une partie des troupes<br />

luttait contre une épidémie de peste, choisit<br />

de lever le siège et ordonna <strong>la</strong> retraite.<br />

Le beylerbey Hassan regagna sa capitale. Un an<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

45<br />

plus tard, à <strong>la</strong> mort de Piali, le sultan Selim II le<br />

nomma capitaine pacha. Au début de 1567,<br />

il quitta le Maghreb pour Constantinople où il<br />

mourut trois ans après.<br />

MOHAMED IBN SALAH RAIS<br />

Lorsque Mohamed Ibn Sa<strong>la</strong>h Raïs,<br />

le nouveau gouverneur, débarqua à El Djezaïr,<br />

il trouva <strong>la</strong> <strong>ville</strong> en proie à <strong>la</strong> peste et à<br />

<strong>la</strong> famine. Depuis quatre ans déjà, le terrible<br />

fléau ravageait le pays et avait décimé près de <strong>la</strong><br />

moitié de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>. La misère et<br />

le désordre avaient engendré le brigandage et<br />

l’insécurité s’était installée dans <strong>la</strong> <strong>ville</strong> et ses<br />

environs. Mohamed Ibn Sa<strong>la</strong>h Raïs s’employa à<br />

mettre un terme à cette confusion et à rétablir<br />

le calme et <strong>la</strong> sécurité. Mais <strong>la</strong> <strong>ville</strong> vécut à<br />

nouveau un événement tragique. Vers le milieu<br />

de l’année 1567, un audacieux marin valencien,<br />

Juan Gascon, conçut le projet fou de s’emparer<br />

d’El Djezaïr. Avec ses deux galères, il s’approcha<br />

des côtes algéroises et, à <strong>la</strong> faveur de <strong>la</strong> nuit<br />

profonde, il pénétra dans le port. A peine<br />

débarqué, il <strong>la</strong>nça ses hommes à l’assaut des<br />

remparts, au moment où ils s’apprêtaient à<br />

forcer les portes, <strong>la</strong> garde turque donna l’alerte.<br />

Les soldats du pacha surgirent de tous les côtés.<br />

Les hommes de Juan Gascon eurent à peine le<br />

temps de rembarquer et de s’enfuir. Ils furent<br />

pourchassés et rattrapés par les corsaires turcs.<br />

L’audacieux capitaine et ses compagnons furent<br />

livrés au pacha qui ordonna leur mise à mort.<br />

Mohamed Ibn Sa<strong>la</strong>h Raïs tenta ensuite de concilier<br />

les deux principales forces de <strong>la</strong> Régence,<br />

les raïs et les janissaires. Il autorisa ces derniers<br />

à s’embarquer sur les galères turques pour participer<br />

à <strong>la</strong> course et profiter de ses bénéfices.<br />

Mais l’opposition entre les deux parties était si<br />

forte que le rapprochement s’avérait difficile.<br />

EULDJ ALI<br />

Au début de 1568, rappelé à Constantinople,<br />

le pacha Mohamed Ibn Sa<strong>la</strong>h Raïs fut remp<strong>la</strong>cé<br />

à <strong>la</strong> tête du pachalik d’El Djezaïr par Euldj Ali,<br />

l’un des plus fidèles compagnons de Hassan Ibn<br />

Kheir Eddine. En mars 1568, le nouveau<br />

beylerbey arriva à El Djezaïr. Il prit ses fonc-


tions avec <strong>la</strong> ferme intention de faire passer toute<br />

l’Afrique septentrionale sous l’autorité de <strong>la</strong><br />

Porte. Contrairement à ses prédécesseurs, il se<br />

désintéressa de l’ouest du pays et se tourna vers<br />

<strong>la</strong> Tunisie. En octobre 1569, Euldj Ali prit le<br />

commandement d’une puissante armée<br />

composée de janissaires et de Kabyles et se mit<br />

en marche, <strong>la</strong>issant <strong>la</strong> garde de sa capitale à son<br />

khalifat Hassan Corso. Deux mois plus tard,<br />

Tunis tomba entre ses mains presque sans<br />

combat. Il y instal<strong>la</strong> une garnison de trois mille<br />

Turcs sous les ordres du caïd Ramdane.<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

46<br />

Il soumit les <strong>ville</strong>s du littoral et de l’intérieur,<br />

seule <strong>la</strong> Goulette échappait encore à son<br />

contrôle. Euldj Ali fut élevé à <strong>la</strong> dignité de grand<br />

amiral en remp<strong>la</strong>cement de Hassan Ibn Kheir<br />

Eddine qui venait de mourir. Le gouvernement<br />

d’El Djezaïr fut confié à un autre raïs,<br />

Arab Ahmed. En octobre 1573, <strong>la</strong> nouvelle de <strong>la</strong><br />

prise de Tunis par l’armada de Philippe II, fut<br />

très mal accueillie à Constantinople. Euldj Ali<br />

obtint du sultan ottoman l’autorisation de diriger<br />

une expédition contre l’ancienne capitale de<br />

l’Ifriqiya, Tunis, et d’en chasser à tout jamais<br />

les Espagnols. Le capitaine pacha prit le<br />

commandement de l’imposante flotte turque. En<br />

juillet 1574, il aborda les côtes de Carthage où il<br />

fut rejoint par le pacha d’El Djezaïr,<br />

Arab Ahmed. Dans le même temps, une importante<br />

armée menée par Sinan Pacha quittait<br />

Tripoli en direction du nord ; en passant par<br />

Kaïrouan, celui-ci s’adjoignit les troupes du caïd<br />

Kheder. La Goulette, où s’était concentrée <strong>la</strong> plus<br />

grande partie des forces espagnoles, fut prise<br />

d’assaut par terre et par mer. Le siège dura plus<br />

d’un mois ; le 20 août, plusieurs brèches étaient<br />

ouvertes et, trois jours plus tard, <strong>la</strong> forteresse<br />

tombait entre les mains de Sinan Pacha. La <strong>ville</strong><br />

de Tunis ne tarda pas à subir le même sort. Le<br />

sultan Mou<strong>la</strong>y Mohamed, le comte Serbilloni et<br />

plusieurs centaines de captifs espagnols, ainsi<br />

qu’un riche butin furent envoyés à <strong>la</strong> Grande<br />

Porte. Le caïd Kheder fut chargé du gouvernement<br />

de Tunis, le caïd Ramdane obtint<br />

le Pachalik d’El Djezaïr en remp<strong>la</strong>cement<br />

de Arab Ahmed qui partit à Constantinople en<br />

compagnie du grand amiral Euldj Ali. Après sa<br />

prise de fonction dans <strong>la</strong> capitale de <strong>la</strong> Régence,<br />

le pacha Ramdane fut chargé par Euldj Ali de<br />

conduire une expédition contre le Maghreb extrême<br />

qui était alors gouverné par le chérif Mou<strong>la</strong>y<br />

Abdel<strong>la</strong>h. Le 15 janvier 1576, l’armée algéroise<br />

arriva aux portes de Fès.<br />

La <strong>ville</strong> fut prise sans effusion de sang et<br />

Mou<strong>la</strong>y Abdelmalek, protégé du grand amiral<br />

ottoman, fut rétabli sur le trône. A son retour à<br />

El Djezaïr, Ramdane Pacha reçut <strong>la</strong> nouvelle de<br />

sa nomination au pachalik de Tunis et son<br />

remp<strong>la</strong>cement par Hassan Veneziano qui prit<br />

possession de sa charge de pacha d’El Djezaïr


en juin 1577. Le nouveau pacha était un homme<br />

cruel et cupide qui sut se faire craindre des<br />

janissaires et des raïs. Les habitants de <strong>la</strong> province<br />

subissaient avec résignation les charges qu’il<br />

leur imposait et les craintes qu’il inspirait à tout<br />

le monde étouffaient toute velléité de révolte.<br />

Pendant les années 1578 et 1579, <strong>la</strong> province,<br />

qui venait à peine d’être débarrassée de <strong>la</strong> peste,<br />

eut à souffrir d’une sévère disette causée par<br />

une sécheresse prolongée.<br />

La famine fit des centaines de victimes, ceux<br />

qui échappèrent à <strong>la</strong> mort quittèrent <strong>la</strong> <strong>ville</strong> et se<br />

répandirent dans les campagnes voisines avec<br />

l’espoir de trouver de quoi se nourrir. « Entre<br />

janvier et février 1580, écrit l’écrivain espagnol<br />

Haëdo, il mourut de faim dans les rues<br />

d’El Djezaïr cinq mille six cent cinquante-six<br />

Maures ou arabes ». La révolte grondait partout,<br />

les tribus de l’intérieur refusèrent l’impôt,<br />

les janissaires envahirent les maisons vidées de<br />

leurs habitants et se livrèrent au pil<strong>la</strong>ge.<br />

La Régence était livrée à l’anarchie et le<br />

pacha était réduit à l’impuissance. Hassan fut<br />

rappelé par <strong>la</strong> Porte qui nomma à sa p<strong>la</strong>ce un de<br />

ses fidèles, Djafer Pacha. Celui-ci s’employa à<br />

calmer <strong>la</strong> sédition et à rétablir l’ordre et <strong>la</strong><br />

sécurité dans toute <strong>la</strong> province. Il châtia sévèrement<br />

les mutins et attisa ainsi <strong>la</strong> colère de<br />

<strong>la</strong> milice. Les janissaires résolurent de<br />

l’assassiner et d’élire à sa p<strong>la</strong>ce leur agha.<br />

Djafer, informé du complot, put se saisir des<br />

conspirateurs et leur trancher <strong>la</strong> tête. A <strong>la</strong> fin<br />

d’avril 1581, l’ordre étant rétabli, les citadins<br />

purent rentrer chez eux et reprendre leurs activités.<br />

Un mois après, Euldj Ali, qui avait reçu<br />

l’ordre de partir à <strong>la</strong> conquête du Maghreb<br />

e x t r ê m e , a r r i v a à<br />

El Djezaïr avec une flotte de soixante galères.<br />

Pendant qu’il y préparait son expédition, il<br />

fut rappelé par le sultan Mourad qui avait besoin<br />

de toutes les forces de l’empire pour faire face à<br />

<strong>la</strong> révolte qui venait d’éc<strong>la</strong>ter en Arabie. Au<br />

début de l’année 1582, il reprit <strong>la</strong> mer en direction<br />

de l’Orient et amena avec lui Djafer, <strong>la</strong>iss<br />

a n t<br />

le gouvernement d’El Djezaïr à Ramdane.<br />

Ramdane ne tarda pas à entrer en conflit<br />

avec <strong>la</strong> puissante taïffa des raïs qui s’opposait à<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

47<br />

l’emprisonnement d’un de ses membres, le raïs<br />

Mourad. Ramdane, qui ne pouvait pas faire face<br />

à <strong>la</strong> révolte, fut contraint de s’enfuir pour se<br />

réfugier dans les environs de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>. Le raïs<br />

Mami Arnaute, chef des insurgés, s’empara du<br />

pouvoir et le conserva jusqu'à l’arrivée de<br />

Hassan Veneziano. Le redoutable pacha revint à<br />

El Djezaïr et reprit en main <strong>la</strong> destinée de <strong>la</strong><br />

Régence.<br />

La course reprit son essor et les raïs firent<br />

à nouveau régner <strong>la</strong> terreur en Méditerranée.<br />

Les côtes d’Espagne, des Baléares, de Sicile,<br />

de Sardaigne, de <strong>la</strong> Corse furent sans cesse<br />

visitées, pillées et rançonnées par les fameux<br />

corsaires, tels Mourad raïs, Mami Arnaute et<br />

tant d’autres. Le pacha Hassan lui-même<br />

n’hésitait pas à prendre part à ces expéditions<br />

dont il rapportait de riches butins. En 1585,


cette bonne fortune fut contrariée lorsque<br />

l’amiral Doria réussit à s’emparer de quelques<br />

navires algérois sur les côtes de <strong>la</strong> Corse.<br />

Les dernières années du règne de Hassan<br />

s’écoulèrent sans aucun événement<br />

remarquable. En juin 1587, le plus grand et<br />

dernier beylerbey d’Afrique, Euldj Ali, mourut.<br />

Quelques mois plus tard, son fidèle raïs Hassan<br />

Veneziano lui succéda comme grand amiral<br />

de <strong>la</strong> flotte turque. A <strong>la</strong> mort de Euldj Ali, <strong>la</strong><br />

Sublime Porte supprima <strong>la</strong> dignité de beylerbey<br />

et divisa les possessions turques d’Afrique<br />

en trois pachaliks indépendants : El Djezaïr,<br />

Tunis et Tripoli.<br />

La Régence d’El Djezaïr fut p<strong>la</strong>cée sous l’autorité<br />

d’un gouvernement nommé<br />

directement par Constantinople pour une durée<br />

de trois ans. Le pacha « triennal » était secondé<br />

par un Diwan composé d’officiers de <strong>la</strong> milice<br />

des janissaires. Ces derniers ne tardèrent pas à<br />

mettre à profit <strong>la</strong> disparition des beylerbeys, dont<br />

l’autorité dictatoriale leur imposait crainte et respect,<br />

pour s’affranchir de ce nouveau<br />

pouvoir. Attirés par <strong>la</strong> réputation et les richesses<br />

de <strong>la</strong> capitale des raïs, les prétendants au poste de<br />

pacha se disputaient les faveurs du sultan pour<br />

être envoyés à El Djezaïr. Les plus heureux obtenaient<br />

souvent leur nomination par<br />

l’intrigue et <strong>la</strong> corruption, certains y employaient<br />

une partie de leur fortune. Dès lors, ils ne pensaient<br />

qu’à s’enrichir, <strong>la</strong>issant <strong>la</strong><br />

réalité du pouvoir entre les mains du Diwan dont<br />

ils se contentaient d’entériner les<br />

décisions. Les actes officiels qui émanaient<br />

de ce gouvernement commençaient par cette formule<br />

: « Nous, Pacha et Diwan de l’invincible<br />

milice d’El Djezaïr ».<br />

LES JANISSAIRES<br />

De ce fait, le rôle joué par le corps de<br />

janissaires fut déterminant pour les destinées de<br />

<strong>la</strong> Régence ; leur puissance ne cessa de<br />

s’accroître pour atteindre son apogée à <strong>la</strong> fin<br />

du XVII ème siècle. Le janissaire appelé à servir en<br />

Afrique était recruté dans les provinces d’Asie-<br />

Mineure et en particulier à Smyrne dans les<br />

c<strong>la</strong>sses les plus pauvres de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion. Dès son<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

48<br />

arrivée à El Djezaïr, <strong>la</strong> nouvelle recrue, appelée<br />

ioldach, était inscrite sur le registre des janissaires<br />

avec indication du nom des parents, de <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong> d’origine et de l’ancien métier.<br />

Il était ensuite affecté à un groupe et aussitôt<br />

conduit dans une caserne de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> où il al<strong>la</strong>it<br />

vivre pendant toute sa carrière militaire. Dans<br />

cette redoutable milice, tous, officiers et ioldachs<br />

étaient égaux. Les conditions de promotions<br />

«égalitaires» furent établies sous les derniers<br />

beylerbeys. Elles étaient fixées par des lois<br />

immuables et fondées sur un sentiment d’égalité<br />

absolue. L’avancement dans le grade avait lieu à<br />

l’ancienneté, permettant ainsi au simple ioldach<br />

d’atteindre le plus haut grade de <strong>la</strong> hiérarchie de<br />

<strong>la</strong> milice. Pour loger leurs janissaires, les gouverneurs<br />

d’El Djezaïr avaient fait construire<br />

plusieurs grandes casernes à l’intérieur de <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong>. La plupart furent établies dans <strong>la</strong> partie<br />

basse, dans les quartiers de Bab Azzoun et<br />

Bab El Djezira. C’étaient de vastes bâtiments<br />

avec une ou deux cours intérieures à arcades, sur<br />

lesquelles donnaient les chambres (odas) où<br />

logeaient une quarantaine de janissaires. La<br />

tradition attribue <strong>la</strong> fondation de <strong>la</strong> première<br />

caserne d’El Djezaïr au beylerbey Kheir Eddine.


Elle portait le nom de Dar<br />

Yenkcharia-m’ta-el-Kharratine, c’est-à-dire<br />

«maison des janissaires de <strong>la</strong> rue des tourneurs»<br />

; elle était située le long de <strong>la</strong> rue Bab Azzoun<br />

face au souk El Kharratine dont elle tenait son<br />

nom. Deux autres casernes furent construites à<br />

<strong>la</strong> fin du XVI ème siècle sous les règnes des beylerbeys<br />

Hassan Ibn Kheir Eddine et Euldj Ali.<br />

Mais dès le début du XVII ème siècle, pour faire<br />

face au nombre sans cesse croissant de janissaires,<br />

<strong>la</strong> <strong>ville</strong> fut dotée de cinq autres casernes.<br />

Deux d’entre elles furent bâties en 1627 et 1637<br />

par le maître architecte andalou Moussa et par<br />

son fils Ali. C’est aussi dans cette partie de <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong>, le long de <strong>la</strong> rue Bab Azzoun, que furent<br />

imp<strong>la</strong>ntés les deux plus grands bagnes du beylick.<br />

LE REGNE DES PACHAS<br />

Le règne des pachas, qui débuta en 1586<br />

avec Dely Ahmed, et qui dura plus de soixantedix<br />

ans, fut une ère de prospérité et, en même<br />

temps, une longue période d’anarchie pour El<br />

Djezaïr. De 1586 à 1659, plus de trente pachas<br />

s e<br />

succédèrent au pachalik d’El Djezaïr. Ils étaient<br />

confinés au rôle de «gouverneur de parade»<br />

avec quelques privilèges extérieurs, un pa<strong>la</strong>is,<br />

une garde personnelle, des chaouchs, <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce<br />

d’honneur dans les cérémonies. Ils se mê<strong>la</strong>ient<br />

surtout de <strong>la</strong> course, qu’ils encourageaient<br />

particulièrement car elle leur fournissait une<br />

grande partie de leurs revenus. Ils conservaient<br />

en outre le droit de rendre justice aux baldis et<br />

de disposer des caïdats, autres sources de revenus<br />

non négligeables, <strong>la</strong>issant ainsi le gouvernement<br />

de <strong>la</strong> Régence entre les mains de <strong>la</strong> milice.<br />

Cette période se caractérisa par l’extension de<br />

l a<br />

course, mais elle fut aussi féconde en événem<br />

e n t s<br />

tragiques qui, quelquefois, furent près de ruiner<br />

le pays. La <strong>ville</strong> fut, plusieurs fois, le théâtre de<br />

sang<strong>la</strong>ntes émeutes. Elle fut souvent frappée par<br />

des épidémies de peste, suivies par de longues<br />

périodes de famine qui ravageaient tout le pays.<br />

En 1592, dès le début du règne de Chaaban<br />

Pacha, une tempête d’une rare violence détruisit<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

49<br />

une grande partie de <strong>la</strong> jetée Kheir Eddine et<br />

provoqua, à l’intérieur même du port, <strong>la</strong> perte de<br />

plusieurs navires. L’année suivante, <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

subit une terrible épidémie de peste, dite de<br />

Tunis, à <strong>la</strong>quelle s’ajouta une longue période de<br />

famine. Ces deux fléaux, qui sévirent pendant<br />

près de deux ans, firent des ravages dans tout le<br />

pays.<br />

LES KOULOUGLIS ET LES KABYLES<br />

EN REVOLTE<br />

En 1595, Kheder Pacha revint pour <strong>la</strong><br />

deuxième fois à El Djezaïr. Il résolut de rétablir<br />

l’autorité du pacha en affaiblissant <strong>la</strong> milice. Il<br />

trouva des alliés parmi <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion des<br />

Koulouglis, ennemis jurés des janissaires. Il les<br />

organisa et les poussa à se révolter contre ces<br />

derniers. L’affrontement mit <strong>la</strong> <strong>ville</strong> à feu et à<br />

sang, plusieurs centaines de Koulouglis furent<br />

massacrés. A <strong>la</strong> suite de ces tragiques<br />

événements, le pacha fut rappelé en Orient et<br />

remp<strong>la</strong>cé par Mustafa Pacha. Ce massacre et le<br />

désordre qui s’ensuivit entraînèrent <strong>la</strong> révolte<br />

des Kabyles qui prirent le parti des Koulouglis.<br />

Ils ravagèrent <strong>la</strong> Mitidja et installèrent leur<br />

camp aux abords de Bab Azzoun, bloquant ainsi<br />

<strong>la</strong> <strong>ville</strong> pendant onze jours. Ils furent ensuite


epoussés par les Turcs. Cette rébellion fut le<br />

point de départ d’une insurrection qui al<strong>la</strong>it durer<br />

plusieurs années. En 1611, sous le règne de<br />

Mustafa Kouça, une sécheresse prolongée provoqua<br />

une terrible famine dans tout le pays. L’année<br />

suivante, <strong>la</strong> situation empira, l’eau et les vivres<br />

vinrent à manquer à El Djezaïr. Le Diwan décida<br />

d’expulser les Maures tagarins. Quelques-uns<br />

s’établirent au-dessus de <strong>la</strong> Casbah, dans un<br />

quartier qui conserve encore leur nom ; ceux qui<br />

refusèrent de partir furent impitoyablement massacrés.<br />

En 1621, un nouveau fléau s’abattit sur<br />

tout le pays. La peste de Tunis, nommée Sidi<br />

Belkris, réapparut à<br />

El Djezaïr et emporta des milliers de personnes.<br />

Pendant ce temps, les Kabyles étaient toujours en<br />

révolte. Le Diwan, attentif à rétablir l’ordre,<br />

envoya contre eux plusieurs expéditions. En<br />

1624, le pacha Khosrew entra en maître à<br />

Koukou et obtint <strong>la</strong> soumission de tous leurs<br />

chefs. De son côté, <strong>la</strong> France, qui subissait<br />

d’énormes pertes du fait de <strong>la</strong> course, dépêcha à<br />

El Djezaïr Sanson Napollon en qualité d’envoyé<br />

spécial du gouvernement de Louis XIII, en vue<br />

de négocier un traité de paix avec le pacha. A<br />

<strong>la</strong> fin de l’année 1628, un traité par lequel<br />

les Turcs s’engageaient à vivre en paix avec<br />

<strong>la</strong> France, et à respecter sa flotte et son littoral,<br />

fut signé entre les deux pays. Peu de temps après,<br />

ce traité fut violé par des marins français, entraî-<br />

HISTOIRE<br />

50<br />

nant aussitôt les représailles des raïs qui reprirent<br />

leurs attaques contre les navires français. Il est<br />

rapporté que de 1629 à 1634, les corsaires algériens<br />

s’emparèrent de 80 vaisseaux et 1331<br />

marins et passagers, faisant subir au commerce<br />

français des pertes qui s’élevaient à quatre millions<br />

sept cent cinquante mille livres. Sur ces<br />

entrefaites, une révolte éc<strong>la</strong>ta à El Djezaïr ; le<br />

vieux pacha Hossein fut maltraité et emprisonné<br />

par <strong>la</strong> milice. L’anarchie était alors à son comble.<br />

Les Koulouglis, qui avaient été expulsés d’El<br />

Djezaïr en 1629, s’étaient établis aux environs et<br />

attendaient le moment propice pour entrer en<br />

<strong>ville</strong> et prendre leur revanche. Ils<br />

profitèrent du désordre qui régnait dans <strong>la</strong> cité et,<br />

le 1er juillet 1633, ils pénétrèrent en <strong>ville</strong> par<br />

petits groupes déguisés en paysans.<br />

Grâce à l’effet de surprise, ils réussirent à<br />

s’emparer de plusieurs points forts, mais les<br />

janissaires reprirent vite le dessus. Après avoir<br />

fermé les portes de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>, ils les repoussèrent<br />

vers le haut et les acculèrent dans <strong>la</strong> citadelle. Au<br />

cours de <strong>la</strong> bataille, qui fut acharnée de part et<br />

d’autre, les réserves de poudre emmagasinées à<br />

l’intérieur de <strong>la</strong> Casbah prirent feu,<br />

provoquant une terrible explosion.<br />

La forteresse et quelque cinq cents maisons<br />

qui se trouvaient alentour furent soufflées,<br />

provoquant <strong>la</strong> mort de près de six mille<br />

personnes. Les rares Koulouglis qui échappèrent<br />

au désastre furent impitoyablement massacrés<br />

par leurs adversaires.<br />

LA TAÏFA DES RAÏS<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

La milice sortit affaiblie de cette révolte et<br />

perdit une grande partie de son autorité au profit<br />

de <strong>la</strong> taïfa des raïs. Ces derniers, dont dépendait<br />

<strong>la</strong> survie d’El Djezaïr, résidaient dans les bas<br />

quartiers autour du port, où certains possédaient<br />

de somptueuses maisons. En 1581, Diego de<br />

Haëdo par<strong>la</strong>it déjà d’une flotte de trente-cinq<br />

galiotes et vingt-cinq brigantins dans le port<br />

d’El Djezaïr. Les raïs se contentaient alors<br />

d’écumer le bassin occidental de <strong>la</strong> Méditerranée.<br />

Ils visitaient et pil<strong>la</strong>ient périodiquement les côtes<br />

d’Espagne, des Baléares, de Corse, de Sicile, de<br />

Sardaigne et d’Italie. Sur mer, ils semaient <strong>la</strong><br />

terreur et aucun bateau chrétien qui croisait dans


cette zone n’était à l’abri de leurs attaques. Dès<br />

le début du XVIII ème siècle, <strong>la</strong> flotte algérienne<br />

s’enrichit de grandes galères et surtout des<br />

fameux «vaisseaux ronds» introduits en 1606<br />

par le corsaire f<strong>la</strong>mand Simon Danser, converti<br />

à l’is<strong>la</strong>m sous le nom de Hamidou Hou<strong>la</strong>nda.<br />

La course prit une autre dimension grâce à ces<br />

navires plus grands et plus rapides.<br />

Le champ d’action des raïs ne tarda pas à<br />

déborder les limites de <strong>la</strong> Méditerranée occidentale.<br />

Ce furent des expéditions de plus en plus<br />

lointaines : les corsaires franchirent le détroit de<br />

Gibraltar et pénétrèrent dans l’Océan où ils<br />

pouvaient surprendre les galions hol<strong>la</strong>ndais et<br />

les vaisseaux ang<strong>la</strong>is qui revenaient des Indes.<br />

Ils n’hésitèrent pas à se porter contre les côtes<br />

d’Angleterre et à pousser des pointes jusqu’en<br />

Is<strong>la</strong>nde. En 1616, Mourad Raïs, qui <strong>la</strong>issa son<br />

nom à un quartier d’El Djezaïr, connu sous <strong>la</strong><br />

forme « Bir Mandreis », atteignit <strong>la</strong> côte ouest<br />

de cette « Ile de G<strong>la</strong>ce » d’où il rapporta un<br />

riche butin et près de quatre cents captifs. Dans<br />

<strong>la</strong> même année, ces hardis corsaires débarquaient<br />

à Madère et faisaient mille sept cents<br />

prisonniers ; en 1634, ils ravageaient les côtes<br />

ang<strong>la</strong>ises et ir<strong>la</strong>ndaises. Les bénéfices de <strong>la</strong><br />

course étaient considérables : de 1613 à 1621,<br />

neuf cent trente-six vaisseaux chrétiens furent<br />

ramenés au port d’El Djezaïr et, pour les deux<br />

seules années<br />

1615 et 1616, <strong>la</strong> valeur des prises atteignit trois<br />

millions de livres. La <strong>ville</strong> entière vivait de <strong>la</strong><br />

course : «Tout Alger, note Henri de Grammont,<br />

se mê<strong>la</strong>it de <strong>la</strong> course, les grands étaient<br />

armateurs, les petits marchands et les baldis se<br />

cotisaient pour acheter et équiper un navire à<br />

frais communs ; les femmes elles-mêmes,<br />

vendaient leurs bijoux pour prendre part à ces<br />

fructueuses opérations.» Après leurs audacieuses<br />

opérations en mer et sur les côtes européennes,<br />

les raïs rentraient au port d’El Djezaïr,<br />

«rassasiés, écrivait Diego de Haëdo, et riches<br />

sur des navires emplis jusqu’au fond d’objets de<br />

toutes valeurs». Dès leur arrivée au port, ils<br />

étaient accueillis par une foule de marchands et<br />

de curieux, et quelquefois le pacha lui-même<br />

venait à leur rencontre. La cargaison était<br />

aussitôt débarquée, les marchandises diverses se<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

51<br />

vendaient sur p<strong>la</strong>ce, tandis que les esc<strong>la</strong>ves<br />

chrétiens étaient dirigés vers le badistan<br />

(marché aux esc<strong>la</strong>ves) où ils étaient ensuite<br />

vendus aux enchères. Au moment du partage,<br />

le pacha recevait ses parts de prises qui<br />

constituaient l’essentiel de ses revenus. Une<br />

partie du butin était réservée à <strong>la</strong> <strong>ville</strong> pour<br />

l’entretien et <strong>la</strong> gestion des instal<strong>la</strong>tions<br />

portuaires, des zaouias et des fondations pieuses<br />

; une autre partie revenait aux janissaires dont <strong>la</strong><br />

solde mensuelle dépendait partiellement des<br />

bénéfices de <strong>la</strong> course. Le reste était partagé<br />

entre le raïs commandant le navire, le ou les<br />

armateurs et, enfin, les marins qui touchaient<br />

une rétribution plus ou moins forte selon leur<br />

grade et leurs fonctions. Les esc<strong>la</strong>ves qui ne<br />

partaient pas chez les particuliers étaient alors<br />

dirigés vers les bagnes du beylick. Leur nombre<br />

était considérable ; <strong>la</strong> fin du XVI ème siècle,<br />

Diego de Haëdo faisait état de vingt-cinq mille<br />

esc<strong>la</strong>ves chrétiens à El Djezaïr, <strong>ville</strong> dont <strong>la</strong><br />

popu<strong>la</strong>tion était estimée à soixante mille<br />

habitants. Grâce à <strong>la</strong> course, <strong>la</strong> taïfa des raïs<br />

avait acquis une formidable puissance ;<br />

elle n’obéissait ni au pacha ni à «l’invincible<br />

milice», et se permettait même de discuter les<br />

décisions et les ordres de <strong>la</strong> Grande Porte. Elle<br />

apparaissait alors comme le véritable maître<br />

d’El Djezaïr. Les raïs, ces audacieux capitaines<br />

qui firent leur fortune et celle de leur <strong>ville</strong><br />

d’adoption et servirent sous le drapeau ottoman,<br />

n’étaient pas, à de rares exceptions près, d’origine<br />

turque. La plupart étaient des chrétiens<br />

convertis, appelés renégats ; ils étaient originaires<br />

des pays d’Europe : l’Italie en avait fourni<br />

un fort contingent, suivie de <strong>la</strong> Corse, de<br />

Marseille, du Portugal, de <strong>la</strong> Hol<strong>la</strong>nde, etc. ; les<br />

uns étaient d’anciens esc<strong>la</strong>ves, enlevés par les<br />

corsaires algériens sur une côte ou un navire<br />

chrétien, les autres étaient des hommes libres<br />

qui avaient fui leur pays et qui étaient venus<br />

s’établir au Maghreb après avoir apostasié.<br />

Les Maures andalous qui, aux<br />

XVI et XVII èmes siècles, vinrent par milliers<br />

chercher refuge à El Djezaïr, fournirent aussi<br />

d’excellents marins qui consacrèrent parfois<br />

toutes leurs richesses pour armer des navires<br />

et se <strong>la</strong>ncer dans <strong>la</strong> course. Quelle que fut leur


origine, les uns et les autres apportèrent aux<br />

Turcs les connaissances de tous les métiers se rattachant<br />

à <strong>la</strong> marine. Ils fournirent à <strong>la</strong> marine<br />

algérienne ses plus prestigieux raïs : Hassan<br />

Corso, Euldj Ali, Hassan Veneziano, Mourad<br />

Raïs, Ali Bitchnin et tant d’autres. La puissance<br />

des raïs atteignit son apogée dans <strong>la</strong> première<br />

moitié du XVII ème siècle. A cette époque,<br />

<strong>la</strong> milice, qui détenait encore l’autorité à<br />

El Djezaïr, était fortement affaiblie par <strong>la</strong><br />

révolte des Koulouglis en 1633 et <strong>la</strong>issait peu à<br />

peu l’anarchie s’installer dans <strong>la</strong> <strong>ville</strong>. La taïfa<br />

des raïs, qui s’était tenue jusque-là en dehors des<br />

affaires du gouvernement, saisit cette<br />

opportunité pour s’emparer du pouvoir.<br />

ALI BITCHNIN<br />

L’instigateur de ce mouvement ne fut autre<br />

que le grand amiral et chef de <strong>la</strong> taïfa,<br />

Ali Bitchnin. Ce raïs, qui en quelques années de<br />

course avait amassé une fortune considérable,<br />

avait débuté sa carrière sur les bancs de <strong>la</strong> chiourme.<br />

D’après Devoulx, « Ali Bitchnin était un<br />

affranchi du caïd Fath-Al<strong>la</strong>h-Ben-khodja-Biri et<br />

il était tadjer, c’est-à-dire négociant, titre qu’on<br />

donnait d’ordinaire à cette époque aux armateurs<br />

de navires destinés à faire <strong>la</strong> course aux<br />

navires chrétiens ». Il possédait deux<br />

somptueuses résidences, l’une dans <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

basse, près du port, l’autre sur les hauteurs, ainsi<br />

qu’un bagne où étaient retenus près de cinq cents<br />

captifs chrétiens ; parmi ses libéralités, il avait<br />

fait construire en plein cœur de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>, à l’intersection<br />

des rues Bab El Oued et de <strong>la</strong> Casbah,<br />

une grande mosquée à khotba, de rite hanafite, et<br />

qui portait son nom. Ali Bitchnin n’eut guère le<br />

temps de profiter de son nouveau pouvoir car il<br />

mourut peu de temps après,<br />

probablement empoisonné par ses adversaires.<br />

La taïfa conserva cependant le pouvoir jusqu’en<br />

1659, date à <strong>la</strong>quelle les janissaires instituèrent<br />

un nouveau type de gouvernement à El Djezaïr.<br />

LA FIN DE LA REGENCE<br />

Au cours de <strong>la</strong> seconde moitié du<br />

XVII ème siècle, El Djezaïr fut le théâtre de deux<br />

révolutions qui amenèrent successivement les<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

52<br />

aghas et les deys au pouvoir. Le pacha qui avait,<br />

depuis longtemps, perdu toute autorité était sans<br />

cesse tiraillé entre les exigences des deux<br />

principales forces de <strong>la</strong> Régence : <strong>la</strong> taïfa et <strong>la</strong><br />

milice. La crise était <strong>la</strong>tente et chacun des deux<br />

partis cherchait un prétexte pour se débarrasser<br />

de ces encombrants gouverneurs. D’autant plus<br />

que, de 1638 à 1660, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> traversa une<br />

période noire.<br />

Vers 1640, les Kabyles envahirent à nouveau<br />

<strong>la</strong> Mitidja et mirent le siège devant <strong>la</strong> <strong>ville</strong> ;<br />

les insurgés étaient à peine repoussés que <strong>la</strong> peste<br />

s’abattit sur le pays ; elle dura trois ans et tua plus<br />

de quinze mille personnes et un grand nombre<br />

d’esc<strong>la</strong>ves. L’anarchie régnait dans tout le pays,<br />

les impôts ne rentraient plus et les janissaires<br />

qui craignaient pour leur solde étaient en effervescence.<br />

Sur ces entrefaites, <strong>la</strong> peste réapparut<br />

en 1648, elle eut à peine le temps de s’apaiser<br />

qu’elle étendait encore le linceul de <strong>la</strong> mort ; ce<br />

fut <strong>la</strong> plus meurtrière de toutes les épidémies, elle<br />

dura trois ans et emporta le tiers de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion.<br />

LE REGNE DES AGHAS<br />

C’est dans ce climat de déso<strong>la</strong>tion que le<br />

pacha Ibrahim s’illustra par sa cupidité et<br />

provoqua <strong>la</strong> colère des raïs. Il fut menacé de mort<br />

et jeté en prison. Les janissaires se révoltèrent à<br />

leur tour et, profitant de <strong>la</strong> confusion, ils s’emparèrent<br />

du pouvoir. Le bouloukbachi Khalil prit <strong>la</strong><br />

tête du mouvement et, en accord avec le Diwan,<br />

il proc<strong>la</strong>ma <strong>la</strong> déchéance des pachas et leur<br />

remp<strong>la</strong>cement par des membres de <strong>la</strong> milice.<br />

Par égard pour <strong>la</strong> Grande Porte, le pacha fut<br />

néanmoins autorisé à conserver le titre, les honneurs<br />

et quelques revenus, mais en revanche il<br />

n’avait plus le droit d’intervenir dans les affaires<br />

du beylick. Les nouveaux gouverneurs portèrent<br />

le titre d’aghas et leur règne dura jusqu’en 1671.<br />

Le premier agha, Khalil, se révé<strong>la</strong> trop ambitieux<br />

et se fit assassiner par les raïs ; son successeur<br />

Ramdane Agha se concilia les faveurs de <strong>la</strong><br />

milice et de <strong>la</strong> taïfa, mais sa cupidité lui fut<br />

fatale, ainsi qu’à vingt de ses partisans. Le<br />

troisième, Chaaban Agha, renégat d’origine<br />

portugaise, gouverna avec plus de méfiance et<br />

encouragea <strong>la</strong> course qui atteignit là son apogée.<br />

Pendant que les richesses s’entassaient dans <strong>la</strong>


<strong>ville</strong>, deux nouvelles catastrophes vinrent<br />

réveiller les mauvais souvenirs des habitants.<br />

En 1662, un terrible tremblement de terre<br />

accompagné d’une violente tempête détruisit de<br />

nombreuses maisons, ainsi qu’une partie du<br />

môle et des instal<strong>la</strong>tions portuaires, et entraîna<br />

<strong>la</strong> perte de onze navires. Dans <strong>la</strong> même année, <strong>la</strong><br />

peste qui devenait endémique acheva de désoler<br />

le pays. Trois ans plus tard, dans <strong>la</strong> <strong>ville</strong> meurtrie,<br />

Chaaban Agha trouvait <strong>la</strong> mort sous le poignard<br />

des janissaires. Il fut remp<strong>la</strong>cé par Ali<br />

Agha. Alors que <strong>la</strong> <strong>ville</strong> était livrée au désordre,<br />

<strong>la</strong> flotte ang<strong>la</strong>ise parut devant El Djezaïr et<br />

cou<strong>la</strong> plusieurs navires. Les raïs exaspérés par<br />

cette suite de malheurs se retournèrent contre<br />

Ali et<br />

le mirent à mort.<br />

LE REGNE DES DEYS<br />

Les deys mirent, ainsi, un terme à <strong>la</strong><br />

confusion qui sévissait dans <strong>la</strong> Régence depuis<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

53<br />

le début du règne des aghas. Ils remp<strong>la</strong>cèrent<br />

l’agha par un délégué choisi parmi eux et<br />

l’appelèrent dey. Les quatre premiers deys<br />

furent d’anciens raïs. Le Diwan cessa dès lors<br />

d’être le conseil suprême et les janissaires perdirent<br />

une partie de leurs prérogatives. Mais les<br />

choses ne s’arrangèrent pas pour autant ; les<br />

deys étaient sans cesse occupés à réprimer les<br />

révoltes des Kabyles qui, périodiquement, descendaient<br />

de <strong>la</strong> montagne pour venir semer le<br />

désordre dans <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ine de <strong>la</strong> Mitidja et parfois<br />

mettre le siège devant <strong>la</strong> <strong>ville</strong>. Les deys étaient<br />

aussi en guerre avec <strong>la</strong> Régence de Tunis et les<br />

expéditions se succédaient de part et d’autre<br />

sans qu’il y eût de véritables vainqueurs. Enfin,<br />

les puissances chrétiennes, dont les royaumes<br />

souffraient de plus en plus des effets de <strong>la</strong> course,<br />

venaient régulièrement bombarder El<br />

Djezaïr. En 1682 et 1683, eurent lieu les deux<br />

expéditions menées par Duquesne. Elles se soldèrent<br />

par des échecs et les dégâts causés par les<br />

bombardements furent minimes, quelques mai-


sons détruites et une partie des défenses du front<br />

de mer endommagées.<br />

Un événement, auquel toute <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />

était accoutumée, eut alors lieu à El Djezaïr :<br />

le dey Baba Hassan, deuxième du nom, fut<br />

assassiné sur ordre du chef de <strong>la</strong> taïfa, le raïs<br />

Hadj Hussein, surnommé Mezzo Morto,<br />

s’empara aussitôt du pouvoir. Sous son règne,<br />

El Djezaïr fut à nouveau <strong>la</strong> cible de <strong>la</strong> flotte<br />

française commandée cette fois-ci par le<br />

maréchal d’Estrée. Des négociations furent<br />

entamées, mais n’aboutirent pas à cause des<br />

revendications françaises. Les bombardements<br />

recommencèrent ; El Djezaïr eut à nouveau des<br />

maisons détruites, le môle et quelques batteries<br />

endommagées, tandis que les Français subirent<br />

d’énormes pertes et furent contraints au retour.<br />

Toutefois, ces expéditions successives<br />

aboutirent, en 1690, à des négociations de paix<br />

entre <strong>la</strong> Régence et <strong>la</strong> France. Entre-temps,<br />

Hadj Hussein fut rappelé en Orient où il fut élevé<br />

à <strong>la</strong> dignité de capitaine pacha. Ce fut donc son<br />

successeur Hadj Chaaban Dey qui conclut le traité<br />

de paix avec <strong>la</strong> France signé<br />

le 24 septembre 1690. Ensuite, le nouveau dey<br />

porta ses efforts contre <strong>la</strong> Régence de Tunis.<br />

Il y mena deux expéditions victorieuses, mais<br />

à son retour à El Djezaïr, il trouva <strong>la</strong> <strong>ville</strong> en pleine<br />

révolte, et c’est en essayant de rétablir l’ordre<br />

qu’il fut arrêté par ses anciens soldats et exécuté<br />

en 1695. Un nouveau dey fut aussitôt désigné et<br />

les choses continuèrent ainsi. Lorsque le dey<br />

mourait de mort naturelle ou abdiquait, <strong>la</strong> succession,<br />

qui était réglée par avance, se dérou<strong>la</strong>it<br />

dans de bonnes conditions ; si le dey était assassiné,<br />

ses meurtriers<br />

instal<strong>la</strong>ient à sa p<strong>la</strong>ce l’un des leurs.<br />

De 1683 à 1817, quatorze deys furent assassinés<br />

et ainsi remp<strong>la</strong>cés. Cependant, <strong>la</strong> Porte<br />

continuait à envoyer des pachas à El Djezaïr,<br />

même si <strong>la</strong> plupart étaient refoulés avant même<br />

d’entrer dans le port. C’est ainsi qu’en 1711, sous<br />

le dey Ali Chaouch, un pacha nommé Charkan<br />

Ibrahim arriva d’Orient. Les Turcs lui refusèrent<br />

l’accès au port ; il fut alors contraint de faire<br />

voile vers Collo où il demeura jusqu'à sa mort.<br />

Dès lors, le sultan, qui n’avait plus aucune autorité<br />

sur les souverains d’El Djezaïr, cessa d’y<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

54<br />

envoyer ses représentants. Ce renoncement<br />

consacra l’indépendance des deys qui, ayant<br />

évincé le Diwan, concentraient dès lors toute<br />

l’autorité entre leurs mains. Peu de temps après,<br />

<strong>la</strong> <strong>ville</strong> subit un violent tremblement de terre qui<br />

détruisit une grande partie des maisons et des<br />

édifices. Les habitants quittèrent <strong>la</strong> <strong>ville</strong>, <strong>la</strong>issant<br />

leurs biens à <strong>la</strong> merci des maraudeurs. Les<br />

secousses telluriques durèrent près de trois<br />

semaines durant lesquelles El Djezaïr fut livrée à<br />

l’anarchie et aux voleurs.<br />

LA PERIODE SOMBRE<br />

D’EL DJEZAÏR<br />

Dans <strong>la</strong> seconde partie du XVIII ème siècle,<br />

El Djezaïr vécut encore une période sombre.<br />

De 1734 à 1737, <strong>la</strong> sécheresse et <strong>la</strong> famine<br />

ravagèrent le pays, suivies de près par une<br />

épidémie de peste, dite d’Alexandrie, qui dura<br />

trois ans et fit trois à quatre cents victimes par<br />

jour. Ce terrible fléau s’instal<strong>la</strong> à nouveau en<br />

1752, pour quatre années consécutives, provoquant<br />

<strong>la</strong> mort de près de mille sept cents personnes<br />

en un mois. En 1755, un tremblement de<br />

terre d’une rare violence brisa les aqueducs et<br />

priva <strong>la</strong> <strong>ville</strong> de son alimentation en eau pendant<br />

plusieurs semaines. En 1787, une nouvelle<br />

épidémie de peste, encore plus terrible, causa <strong>la</strong><br />

perte de plus du tiers de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion d’Alger.<br />

L’abbé Raynal en témoigna en 1788 : «La popu<strong>la</strong>tion<br />

d’Alger est réduite à moins de cinquante<br />

mille habitants, depuis que, suivant le relevé fait<br />

aux portes de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>, <strong>la</strong> peste de 1787 lui enleva<br />

14 334 musulmans, 1774 juifs, 613 chrétiens<br />

libres ou esc<strong>la</strong>ves, sans compter ce qui dut périr<br />

dans les jardins de son territoire» L’épidémie se<br />

déc<strong>la</strong>ra plusieurs fois encore à <strong>la</strong> fin du XVIII ème<br />

siècle et reparut avec une rare virulence entre 1813<br />

et 1819. La Régence sortit ruinée par toutes ces<br />

ca<strong>la</strong>mités. Dans le même temps, les bénéfices de<br />

<strong>la</strong> course diminuaient ; les traités signés avec <strong>la</strong><br />

Hol<strong>la</strong>nde (1680), l’Angleterre (1682), <strong>la</strong> France<br />

(1690) limitaient le champ d’action des raïs. Le<br />

nombre des renégats avait considérablement<br />

diminué et avec lui celui des navires. La marine<br />

avait en outre subit d’énormes pertes. La course<br />

connut cependant un regain d’activité vers <strong>la</strong> fin<br />

du XVIII ème siècle. Comme les Français, les<br />

Hol<strong>la</strong>ndais ou les Ang<strong>la</strong>is étaient protégés par les


traités, ce furent les Espagnols, les Portugais,<br />

les Danois, les Grecs et les Napolitains qui en<br />

firent les frais. A cette époque, <strong>la</strong> course était<br />

faite au profit des deys et ces derniers s’avisèrent,<br />

à<br />

partir de 1765, de faire tenir un registre où<br />

furent notées toutes les informations concernant<br />

<strong>la</strong> course : nom du navire, celui du raïs, <strong>la</strong> puissance<br />

d’armement, l’équipage, et <strong>la</strong> description<br />

sommaire du butin, dans <strong>la</strong>quelle apparaissaient<br />

parfois le nom des captifs chrétiens, ainsi que <strong>la</strong><br />

somme produite par <strong>la</strong> vente de l’ensemble.<br />

Cette période fut aussi marquée par l’accession<br />

au pouvoir du dey Mohamed Ben Othman qui<br />

régna vingt-cinq ans et mourut de mort naturelle.<br />

Son khaznadar Hassan lui succéda sans<br />

trouble et conserva le pouvoir jusqu’en 1798.<br />

LE RAÏS HAMIDOU<br />

C’est sous le règne de Hassan qu’apparut le<br />

plus prestigieux des raïs d’El Djezaïr, le raïs<br />

Hamidou. Celui-ci commandait alors <strong>la</strong> flotte<br />

d’Oran. Ayant appris ses exploits, le dey le fit<br />

appeler et lui confia le commandement de <strong>la</strong><br />

flotte d’El Djezaïr. Dès 1797, il est fait mention<br />

sur registre des prises et des exploits du jeune<br />

raïs. Ainsi, le 17 juillet 1797, est-il écrit : «La<br />

corvette de notre seigneur Pacha, commandée<br />

par le raïs Hamidou, a capturé un navire génois<br />

ayant un chargement de potasse». La même<br />

année mourut le dey Hassan, il eut pour successeur<br />

Mustafa, ancien trésorier de <strong>la</strong> Régence.<br />

Le nom de ce dey est resté attaché à tout un<br />

quartier d’El Djezaïr, situé au-delà de<br />

Bab Azzoun, où il avait fait construire, au-dessus<br />

de <strong>la</strong> fontaine bleue, une somptueuse propriété.<br />

Hamidou fut confirmé dans le commandement<br />

de <strong>la</strong> flotte algéroise par le nouveau dey.<br />

Cette période, aux lendemains des guerres de <strong>la</strong><br />

Révolution, alors que <strong>la</strong> France et l’Angleterre<br />

s’affrontaient encore en mer, fut particulièrement<br />

favorable à <strong>la</strong> course. Les exploits du raïs<br />

Hamidou se multiplièrent. Les prises étaient<br />

considérables. 1798 : il s’empara d’un navire<br />

génois chargé de draps, de cuirs et de peaux, et<br />

d’un navire grec ; 1799 : prise de trois navires<br />

napolitains ; 1802 : le registre mentionne <strong>la</strong><br />

prise d’une grosse frégate portugaise. «La fré-<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

55<br />

gate de notre seigneur le raïs Hamidou a pris un<br />

navire de guerre portugais armé de 44 canons,<br />

sur lequel ont été faits prisonniers 282<br />

mécréants.» Le raïs poursuivit ses exploits jusqu’en<br />

1805, année de l’assassinat du dey<br />

Mustafa qui fut<br />

remp<strong>la</strong>cé par Ahmed, lui-même abattu peu<br />

après par les janissaires. Son successeur Ali Dey<br />

était un simple janissaire surnommé El Ghassal<br />

(<strong>la</strong>veur des morts), nom qui lui venait de son<br />

premier métier. Il retira le commandement à<br />

Hamidou qu’il exi<strong>la</strong> à Beyrouth. Cupide et<br />

cruel, Ali El Ghassal ne tarda pas à s’attirer <strong>la</strong><br />

haine de <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion et de <strong>la</strong> milice. Quatre<br />

mois après son élection, il subit le même sort<br />

que son<br />

prédécesseur. Le nouveau dey, Hadj Ali,<br />

rappe<strong>la</strong> le raïs Hamidou qui reprit aussitôt <strong>la</strong><br />

course. Il se distingua à nouveau par d’importantes<br />

prises. La flotte algérienne comptait alors<br />

trente navires, dont trois frégates de quarantequatre<br />

canons. Le nombre des esc<strong>la</strong>ves chrétiens<br />

qui avait considérablement diminué au<br />

milieu du XVIII ème siècle s’accrut de nouveau<br />

grâce aux campagnes fructueuses menées de<br />

1790 à 1815. Dans le même temps, le nombre<br />

des janissaires avait chuté. A <strong>la</strong> fin du XVIII ème<br />

siècle, <strong>la</strong> Régence n’en comptait plus que six<br />

mille. En 1814, le dey Hadj fut égorgé dans son


ain, son successeur subit le même sort dix-sept<br />

jours plus tard. Le pouvoir échut alors à l’agha<br />

Omar. Un an après, le raïs Hamidou trouva <strong>la</strong><br />

mort dans un engagement avec une division américaine.<br />

Il est vrai que ce jour-là il était seul en<br />

mer. Les Américains imposèrent une paix humiliante<br />

au nouveau dey et, en 1816, <strong>la</strong> flotte<br />

ang<strong>la</strong>ise commandée par lord Exmouth vint bombarder<br />

El Djezaïr. La peste réapparut dans le<br />

pays. Omar Dey fut assassiné et remp<strong>la</strong>cé par Ali<br />

Khodja en 1817. Le nouveau dey décida aussitôt<br />

d’abandonner <strong>la</strong> Jenina pour s’installer avec tous<br />

les services du gouvernement à <strong>la</strong> citadelle. Ali<br />

Khodja mourut de <strong>la</strong> peste en 1818; son successeur<br />

désigné, le khodjel El Kheil Hussein, hérita d’un<br />

pays ravagé par <strong>la</strong> peste<br />

et ruiné par les bombardements des Européens.<br />

A cette époque, El Djezaïr ne comptait plus que<br />

trente mille habitants, chiffre où elle n’était<br />

jamais descendue tout au long de l’histoire de<br />

<strong>la</strong> cité. Le dey Hussein fut le dernier gouverneur<br />

turc de <strong>la</strong> Régence, il maintint le gouvernement à<br />

<strong>la</strong> citadelle qu’il aménagea et d’où il assista,<br />

presque impuissant, à <strong>la</strong> prise de <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

par l’armée française lorsqu’elle débarqua<br />

le 14 juin 1830 sur les côtes de l’ouest d’Alger, à<br />

HISTOIRE<br />

56<br />

Sidi Ferruch.<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

LA PERIODE COLONIALE<br />

Après de multiples tentatives de forcer <strong>la</strong><br />

défense des Turcs, Napoléon dut avoir recours<br />

aux p<strong>la</strong>ns fomentés par le général Boutin, un fin<br />

stratège du génie militaire français. Ce dernier fut<br />

déjà envoyé en 1808 à El Djezaïr par Napoléon<br />

dans le but de prospecter <strong>la</strong> région et déterminer<br />

les points forts et faibles de <strong>la</strong> Citadelle à même<br />

de mettre en p<strong>la</strong>ce une stratégie efficace d’attaque<br />

qui assénera un coup fatal aux forces<br />

turques que les Européens n’avaient toujours pas<br />

vaincues.<br />

Au terme de cette expédition, il fut décidé de<br />

mener des attaques par terre et que le premier site<br />

qui sera visé sera <strong>la</strong> tour Mou<strong>la</strong>y Hassan (connue<br />

aussi sous l’appel<strong>la</strong>tion de Fort l’Empereur), car<br />

stratégique de par sa position sur les hauteurs<br />

d’El Djezaïr. En effet, du haut de cette tour imposante,<br />

les sentinelles avaient une vue panoramique<br />

sur le tout Alger. Après avoir affiné leur<br />

stratégie, les forces françaises mirent à exécution<br />

leur p<strong>la</strong>n et le premier<br />

débarquement des troupes françaises avait eu lieu


le 14 juin 1830 sur le littoral de Sidi Ferruch, à<br />

14 miles à l’ouest d’El Djezaïr. La confrontation<br />

qui s’en suivit, le 19 juin 1830, entraîna <strong>la</strong> défaite<br />

des forces du Dey Hussein au lieudit « <strong>la</strong><br />

butte de Staouéli ». Une fois l’obstacle de résistance<br />

franchi, l’armée française<br />

marcha sur le Fort l’Empereur et y arriva le<br />

29 du même mois ; une batterie de canons fut<br />

engagée pour tenter de détruire et forcer le fort.<br />

A l’aube du 14 juillet 1830, les multiples tirs de<br />

canons parvinrent à détruire une partie de l’édifice<br />

de défense et à 10 heures de <strong>la</strong> même journée,<br />

les Français <strong>la</strong>ncèrent l’assaut final et se<br />

rendirent maîtres des lieux. Ce fut <strong>la</strong> chute qui<br />

sonna le g<strong>la</strong>s de <strong>la</strong> présence turque à El Djezaïr.<br />

L’empire ottoman se trouve ainsi dépossédé de<br />

son « joyau » méditerranéen. Le lendemain de <strong>la</strong><br />

prise du fort, <strong>la</strong> capitu<strong>la</strong>tion du dey fut ponctuée<br />

par <strong>la</strong> signature d’un acte dans lequel furent<br />

consignées les conditions de reddition, acte établi<br />

par le général De Bourmont. Ce fut le début<br />

de l’occupation de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’El Djezaïr et l’entame<br />

d’une nouvelle ère coloniale. La présence<br />

coloniale française à El Djezaïr fut caractérisée<br />

par une gouvernance de type militaire et pour<br />

cause, les impératifs d’expansion et de préservation<br />

des acquis ne purent se concrétiser que<br />

grâce à un maintien de l’autorité aux mains des<br />

militaires qui étaient aux premières loges des<br />

événements. Ce n’est que lorsque l’assise d’occupation<br />

fut un tant soi peu stabilisée que les<br />

rênes de <strong>la</strong> gestion administrative de <strong>la</strong> nouvelle<br />

colonie furent confiées aux civils et que fut<br />

scellée <strong>la</strong> séparation entre les deux régimes.<br />

Suite à ce<strong>la</strong>, <strong>la</strong> réaction des autochtones, même<br />

si elle fut sporadique et pour certaines étouffées<br />

dans leur cocon, fut sans relâche. Parmi les premiers<br />

à avoir organisé et dirigé des mouvements<br />

de résistance fut El Mokrani qui tenta de recouvrer<br />

<strong>la</strong> souveraineté de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> en 1871, mais sa<br />

tentative fut vaine. Dès lors, des poches de<br />

révoltes déstabilisatrices s’organisèrent frappant<br />

par à-coups l’ennemi.<br />

Parallèlement à l’action armée, des mouvements<br />

à caractère politique entrèrent dans l’arène<br />

pour combattre sur un autre front le colonisateur.<br />

Parmi les précurseurs de cette forme de<br />

l u t t e ,<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

57<br />

le mouvement de l’Emir Khaled à l’époque de<br />

<strong>la</strong> Première Guerre mondiale. D’autres reprirent<br />

le f<strong>la</strong>mbeau de <strong>la</strong> guerre politique et de sensibilisation<br />

à l’instar notamment des activistes du<br />

Parti du Peuple depuis 1936 ainsi que l’association<br />

des Oulémas dont les efforts sans ménagement<br />

furent déployés depuis 1931. Tous ces<br />

mouvement et d’autres encore activèrent à partir<br />

de <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

d’El Djezaïr. Plus tard, le premier noyau du<br />

Front de libération national (FLN) s’organisa<br />

pour mener à bien dans l’Algérois le processus<br />

du déclenchement de <strong>la</strong> lutte armée, le<br />

1 er novembre 1954. Alger Centre, Belcourt, <strong>la</strong><br />

Casbah, Bab El Oued,... connurent une activité<br />

armée sans commune mesure tant du point de<br />

vue virulence que stratégie. Les actions historiques<br />

de fidayine et de moussebels portèrent<br />

des coups durs à l’ennemi. Les affrontements et<br />

les combats que livrèrent les Algérois contre les<br />

militaires des généraux français dépêchés à<br />

Alger furent sanguinaires pour les colons qui<br />

connurent des pertes énormes tant humaines que<br />

matérielles. Siège du Comité de coordination et<br />

d’exécution (CCE) du FLN, Alger est érigée en<br />

Zone Autonome (août 1956). Au cours de l’année<br />

1957, Alger devint une zone opérationnelle<br />

et le théâtre d’une lutte sans répit. De janvier à


octobre de <strong>la</strong> même année, elle connut les mois<br />

les plus sang<strong>la</strong>nts de l’histoire de <strong>la</strong> guerre de<br />

libération ; c’est <strong>la</strong> dépression aveugle de masse:<br />

2 400 assignés à résidence, 4 000 disparus recensés<br />

officiellement, et des milliers d’autres introuvables.<br />

Au demeurant, Alger fut, depuis le début<br />

de <strong>la</strong> révolution, le lieu privilégié d’événements<br />

politiques importants, citons :<br />

• 1 er novembre 1954 : Actions contre les<br />

édifices de l’administration coloniale et des<br />

établissements économiques. • 19 mai 1956 :<br />

grève générale des étudiants et lycéens.<br />

• 28 janvier-4 février 1957 : grève patriotique<br />

des « 8 jours » • 13 mai 1958 : manifestation<br />

Comité Salut Public • Janvier 1960 : semaine<br />

HISTOIRE<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

58<br />

des barricades par les activistes européens<br />

• 11 décembre 1960 : manifestations massives de <strong>la</strong><br />

popu<strong>la</strong>tion dans les rues.• Mars 1961-<br />

Juin 1962 : Période OAS. • Avril 1961 : Putsch<br />

des généraux. • 5 juillet 1961 : manifestation<br />

pour le FLN..<br />

Toutes ces actions armées et politiques<br />

présagèrent de l’avènement de <strong>la</strong> libération qui se<br />

concrétisa le 5 juillet 1962 et Alger entra de<br />

p<strong>la</strong>in-pied dans une autre ère, celle de <strong>la</strong> liberté,<br />

du recouvrement de sa souveraineté et du<br />

développement.<br />

CONSEQUENCES URBANISTIQUES<br />

DE LA PRESENCE FRANÇAISE


PATRIMOINE<br />

CULTUREL<br />

…Autour de cette zone centrale économique, une zone péricentrale, où se trouvent<br />

les habitations, se dégage. Cet espace immédiat contigu à l’aire centrale était<br />

occupé par les citadins privilégiés (commerçants, nobles, savants, membres de<br />

<strong>la</strong> caste dirigeante,...).


III Patrimoine culturel<br />

A ALGER<br />

La première période de l’Algérie coloniale<br />

(1830-1930) est consacrée au choc de deux<br />

civilisations et <strong>la</strong> naissance d’une deuxième <strong>ville</strong><br />

pour un même espace. De ce fait, <strong>la</strong> Médina subira,<br />

à travers un long processus, des transformations<br />

structurelles qui conduiront à sa marginalisation.<br />

Avant juillet 1830, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Alger intramuros<br />

s’étend sur plus de 50 hectares. Il n’y avait<br />

toutefois ni grande p<strong>la</strong>ce publique ni espace permettant<br />

des possibilités de nouvelles constructions<br />

et <strong>la</strong> <strong>ville</strong> est enserrée à l’intérieur de 3 200<br />

m de longueur. A <strong>la</strong> suite de l’occupation coloniale,<br />

l’ancien Alger va changer. Dès les premiers<br />

mois, <strong>la</strong> <strong>ville</strong> va connaître des démolitions en<br />

chaînes pour<br />

permettre <strong>la</strong> réalisation d’une p<strong>la</strong>ce d’arme :<br />

«La p<strong>la</strong>ce royale» et des voies carrossables pour<br />

les engins militaires. Par ailleurs, les nouveaux<br />

occupants cherchent à loger les troupes et les différents<br />

services de l’armée ainsi que les<br />

«nouveaux arrivants». Durant <strong>la</strong> première décen-<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

60<br />

nie, les transformations de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> épousent un<br />

urbanisme de conquête : aucun p<strong>la</strong>n<br />

d’aménagement n’est conçu ; occupation et<br />

transformation des maisons qui se trouvent au<br />

bas de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> notamment ; destruction des souks<br />

; alignement des rues Bab Azzoun,<br />

Bab El Oued et de <strong>la</strong> Marine ; aménagement de<br />

<strong>la</strong> P<strong>la</strong>ce Royale des rampes Rovigo et Vallée.<br />

De nouvelles modifications ont lieu au cœur<br />

de <strong>la</strong> vieille <strong>ville</strong> de 1864 à 1890 : Destruction de<br />

l’enceinte et des portes (1846), construction du<br />

Front de mer (1860), percement des rues<br />

telles que <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce de Chartres, rue de <strong>la</strong> Lyre, rue<br />

Randon et <strong>la</strong> rue Marengo (1865-1892),<br />

construction du boulevard Gambetta (1870).<br />

Durant cette même période, une nouvelle enceinte<br />

est édifiée et de nouveaux espaces se constituent<br />

dans les faubourgs Est (quartier Isly) et<br />

Ouest (quartier Bab El Oued), pour créer <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

européenne. L’ancien Alger, pour sa part, perd<br />

son statut de <strong>ville</strong> et devint un quartier sous l’appel<strong>la</strong>tion<br />

de « Casbah » prenant ainsi <strong>la</strong> dénomi-


nation de <strong>la</strong> Citadelle qui <strong>la</strong> surplombe. La<br />

période 1880-1920 est celle de <strong>la</strong> croissance<br />

urbaine, l’image d’Alger change considérablement<br />

avec les nouveaux quartiers des hauteurs :<br />

Telemly, Michelet, Mustapha supérieur. C’est<br />

aussi <strong>la</strong> période de l’engouement pour le style<br />

néo-mauresque, édification de <strong>la</strong> préfecture, de<br />

<strong>la</strong> Grande Poste, du siège de <strong>la</strong> Dépêche algérienne<br />

et des Galeries, en plus des maisons particulières.<br />

Entre 1920 et 1950, sont construits<br />

plusieurs édifices officiels dont le siège du<br />

Gouvernorat Général, l’Hôtel de Ville, et <strong>la</strong><br />

Maison de l’agriculture. La période 1952-1962<br />

est celle de <strong>la</strong> politique des grands ensembles<br />

HLM dont certains destinés à recevoir les habitants<br />

de <strong>la</strong> Casbah, cité<br />

Diar el Mahçoul, Diar el Saada, Climat de<br />

France, Diar el Kef, Diar el Djemaa, etc. La<br />

<strong>ville</strong> finit par atteindre les agglomérations suburbaines<br />

d’El Biar, de Bologhine, d’Hussein<br />

Dey, de Bir Mourad Raïs et autres et le tout formera<br />

en<br />

septembre 1959 le Grand Alger.<br />

L’ARCHITECTURE D’ALGER<br />

DE L’ANTIQUITE A NOS JOURS<br />

La première période concerne l’architecture<br />

et l’urbanisme pré-is<strong>la</strong>miques qui se scindent en<br />

deux parties : <strong>la</strong> première a trait à l’architecture<br />

autochtone avant <strong>la</strong> colonisation romaine, comprenant<br />

les deux grands territoires de l’époque,<br />

<strong>la</strong> Numidie et <strong>la</strong> Maurétanie, qui attestent l’existence<br />

de structures politiques et économiques.<br />

Même si le patrimoine re<strong>la</strong>tif à cette époque<br />

reste peu connu et souvent au stade archéologique,<br />

il n’en demeure pas moins que dans<br />

beaucoup de cas, les <strong>ville</strong>s romaines ont eu<br />

comme assises les <strong>ville</strong>s numides. La seconde<br />

partie est l’héritage romain à travers des <strong>ville</strong>s<br />

comme Timgad, Djémi<strong>la</strong>, Tipasa,... qui restent<br />

parmi les plus importantes du Bassin méditerranéen<br />

et qui témoignent du rôle joué par les cités<br />

africaines dans ce cadre. La seconde période<br />

concerne le début du VIII ème siècle qui marque le<br />

d é b u t<br />

de l’is<strong>la</strong>misation du Maghreb central.<br />

Le fait essentiel à retenir, mis à part l’enjeu<br />

fondamentalement religieux, est le début d’un<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

61<br />

nouveau processus d’urbanisation qui structurera<br />

le territoire de manière pérenne. Précisons en<br />

premier lieu que les <strong>ville</strong>s traditionnelles s’organisent<br />

sur une aire géographique parfaitement<br />

délimitée par un périmètre « urbain », le mur<br />

d’enceinte, élément architectural à caractère<br />

défensif, assurant <strong>la</strong> sécurité de <strong>la</strong> médina. Le<br />

mur est percé de portes (bab) permettant le<br />

contrôle des re<strong>la</strong>tions intra et extra-muros. Les<br />

portes principales de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> étaient reliées par<br />

un axe identifiant l’artère principale de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>.<br />

C’est souvent par rapport à cet axe directionnel<br />

que se développe et se cristallise l’activité économique<br />

; les principales institutions religieuses<br />

et culturelles sont également dans le voisinage<br />

immédiat de ce parcours. C’est dans cette zone<br />

aussi que s’organise le souk de <strong>la</strong> médina. Cette<br />

aire commerciale est constituée de trois structures<br />

différentes. Une première structure<br />

concentrique formalise le « fondouk », abritant<br />

des activités aussi bien productives que commerciales.<br />

Ces lieux représentaient principalement le<br />

commerce de gros. Une deuxième structure


concentrique non formalisée où s’identifie <strong>la</strong><br />

p<strong>la</strong>ce souqaire ou «rahba» (p<strong>la</strong>ce) est à vocation<br />

purement marchande. Ces p<strong>la</strong>ces ponctuaient<br />

souvent l’intersection des rues à vocation économique.<br />

La troisième et dernière structure trouvait<br />

son interprétation dans <strong>la</strong> simple juxtaposition<br />

des boutiques. Cette association topographique<br />

des infrastructures du support économique<br />

trouvait aussi son interprétation dans le<br />

«souk linéaire» où chaque rue était spécialisée<br />

dans un corps de métier ou type de commerce<br />

(rue des bijoutiers, rue des cordonniers,...). Cette<br />

zone commerciale représente souvent le cœur de <strong>la</strong><br />

médina.<br />

Autour de cette zone centrale économique,<br />

une zone péricentrale, où se trouvent les habitations,<br />

se dégage. Cet espace immédiat contigu à<br />

l’aire centrale était occupé par les citadins privilégiés<br />

(commerçants, nobles, savants, membres<br />

de <strong>la</strong> caste dirigeante,...). Au-delà de cette aire<br />

péricentrique, s’étendaient les zones résiden-<br />

tielles jusqu’aux limites de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> où résidait<br />

<strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion <strong>la</strong> plus pauvre de <strong>la</strong> médina et où<br />

sont localisées les activités artisanales considérées<br />

comme gênantes ou polluantes<br />

(tanneurs,...).<br />

Enfin, <strong>la</strong> dernière structuration de <strong>la</strong> médina<br />

est le lieu de représentation des instances économiques,<br />

politiques et militaires. Pa<strong>la</strong>is et citadelle<br />

(ou casbah) sont les structures identifiant ce<br />

pouvoir. Pour l’architecture ottomane,<br />

<strong>la</strong> médina d’Alger comme exemple reste un<br />

modèle d’organisation de l’espace urbain caractérisée<br />

par une architecture de grande qualité se<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

62<br />

distinguant par sa sobriété et par un judicieux<br />

ordonnancement sur le site des maisons.<br />

Elle offre ainsi à tous se habitants soleil, vue<br />

sur <strong>la</strong> mer et le ciel, dans un cadre qui assure<br />

<strong>la</strong> protection sociale tant individuelle que collective,<br />

mais aussi par <strong>la</strong> générosité et <strong>la</strong> richesse de<br />

ses espaces internes qui attestent d’une véritable<br />

culture urbaine. La première période de l’Algérie<br />

coloniale (1830-1930) est consacrée à <strong>la</strong> rencontre<br />

de deux civilisations (l’une musulmane et<br />

l’autre occidentale) et <strong>la</strong> naissance d’une seconde<br />

<strong>ville</strong> pour un même espace. L’une des conséquences<br />

de cette confrontation architecturale est<br />

<strong>la</strong> perte de <strong>la</strong> médina de son statut de <strong>ville</strong> centrale<br />

autour de <strong>la</strong>quelle <strong>la</strong> vie s’organisa pour<br />

connaître des modifications qui l’éloigneront de<br />

son rôle de <strong>ville</strong> incontournable et précipiter sa<br />

marginalisation. Le nouveau projet met en perspective<br />

<strong>la</strong> nouvelle <strong>ville</strong> et procède à <strong>la</strong> mise en<br />

p<strong>la</strong>ce des concepts et des lieux de <strong>la</strong> représentation<br />

de <strong>la</strong> puissance coloniale. Les grandes orientations<br />

urbaines, impulsées par l’Etat, vont donner<br />

naissance à un nouvel ordre urbain, caractérisé<br />

par les tracés, p<strong>la</strong>ns d’alignement (exigé par<br />

les militaires) et de gabarits, fondés par l’accessibilité<br />

mécanique, l’introduction de <strong>la</strong> façade<br />

urbaine, le tout dans un système fortement hiérarchisé.<br />

Alger coloniale va se développer parallèlement<br />

à <strong>la</strong> mer par <strong>la</strong> mise en p<strong>la</strong>ce d’une<br />

architecture qui aura pour objectif d’unifier <strong>la</strong><br />

<strong>ville</strong> traditionnelle et <strong>la</strong> <strong>ville</strong> coloniale à travers<br />

une façade unique. L’exemple le plus frappant<br />

est celui de l’exboulevard<br />

de l’Impératrice, actuels boulevards


Zighout Youcef et Ché Guevara, véritable<br />

balcon de <strong>la</strong> <strong>ville</strong>, entamé en 1860 à l’occasion<br />

de <strong>la</strong> visite de Napoléon III, achevé en 1866<br />

et long de plus de un kilomètre. A <strong>la</strong> fin du<br />

XIX ème siècle et le début du XX ème siècle, l’architecture<br />

sera traversée par un courant culturel,<br />

l’« algérianisme », qui tentera d’initier une<br />

recherche identitaire, à travers l’histoire et <strong>la</strong><br />

culture locales. En faveur de cette conjoncture,<br />

émergeront un certain nombre d’édifices publics<br />

(<strong>la</strong> Medersa, <strong>la</strong> Grande Poste, les Galeries de<br />

France, actuelles Galeries algériennes). Ce courant<br />

a été impulsé par le gouverneur général<br />

Jonnart, favorable à une architecture inspirée du<br />

<strong>la</strong>ngage de l’architecture mauresque, fortement<br />

soutenu dans cette tâche par le Comité du Vieil<br />

Alger, association créée en 1905, animée par<br />

H. Klein et qui comptera parmi elle l’élite<br />

intellectuelle algéroise.<br />

LA LIBRAIRIE (EX-SIEGE DE LA<br />

DEPECHE ALGERIENNE)<br />

Ce bâtiment, édifié au début du siècle dans<br />

<strong>la</strong> tradition du néo-mauresque, reste caractérisé<br />

par son minaret à base carrée qui constitue un<br />

élément de repère des deux avenues Khemisti et<br />

Pasteur. Il a été réalisé en 1906 par l’architecte<br />

H. Petit pour abriter le siège du journal<br />

<strong>la</strong> Dépêche Algérienne avec <strong>la</strong> salle des rotatives,<br />

de pliage et d’exposition à l’étage infé-<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

63<br />

r i e u r .<br />

A l’étage supérieur se trouve <strong>la</strong> salle de rédaction<br />

et des typographes ainsi que <strong>la</strong> galerie en<br />

arcature donnant sur le boulevard Khemisti. Il<br />

fut ensuite le siège du journal Alger<br />

Républicain. Actuellement, une librairie occupe<br />

les lieux.<br />

LA GRANDE POSTE<br />

La Grande Poste reste un édifice emblèmatique<br />

de l’art néo-mauresque en Algérie qui a<br />

connu une impulsion remarquable sous l’autorité<br />

du Gouverneur Général Jonnart nommé en<br />

1903. Celui-ci s’intéressant tout particulièrement<br />

à<br />

l’architecture locale demanda aux architectes<br />

Voinot et Tondoire de concevoir leurs projets<br />

dans cette perspective. Ce qui donna <strong>la</strong> Grande<br />

Poste. La grande caractéristique de cet édifice<br />

remarquable transparaît à travers les deux<br />

coupoles qui marquent l’articu<strong>la</strong>tion des angles<br />

de <strong>la</strong> façade principale. La promotion de cette<br />

architecture fut également soutenue par le<br />

Comité du vieil Alger, une association qui<br />

comptait parmi ses éléments les personnalités<br />

les plus influentes d’Alger culturel. Le caractère<br />

public du monument fait que l’architecture<br />

devait tenir compte de <strong>la</strong> nécessité de dimensions<br />

assez grandes en étendue et en hauteur.


Les travaux débutèrent en 1900 et s’achevèrent<br />

en 1908. L’entrée en haut d’un escalier, sous un<br />

parvis décoré de trois arceaux et <strong>la</strong> galerie supérieure<br />

à colonnes jumelées ne sont <strong>la</strong> reproduction<br />

d’aucun monument arabe. En entrant, l’impression<br />

première qu’on éprouve résulte non seulement<br />

du charme du décor, mais aussi de l’ampleur<br />

même de celui-ci. Ce qui attire de prime<br />

abord c’est <strong>la</strong> coupole dont <strong>la</strong> superbe décoration<br />

entre<strong>la</strong>cs rayonnant jaillit du centre où s’accroche<br />

un pendentif, pour s’épanouir ensuite sur<br />

un premier cercle paré de pommes de pin, puis<br />

sur un second constellé<br />

d’étoiles, et, enfin, sur cette admirable couronne<br />

de sta<strong>la</strong>ctites. L’architecte M. Voinot a su<br />

utiliser les jeux de lumière qui, bien qu’abondante<br />

parce que nécessaire, s’atténue à souhait en<br />

certains endroits, combinant ces jeux d’ombre et<br />

de lumière dans lesquels les architectes musulmans<br />

sont passés maîtres. Suivant <strong>la</strong> formule hispano-mauresque,<br />

le décor est polygonal, floral et<br />

épigraphique. L’épigraphe est particulièrement<br />

somptueuse, on <strong>la</strong> retrouve dans <strong>la</strong> décoration<br />

extérieure de l’édifice. A l’extérieur, en panneaux<br />

verts courant le monument, sont gravés les noms<br />

de <strong>la</strong> plupart des <strong>ville</strong>s d’Algérie. Sous le<br />

porche, autour des trois<br />

portes d’entrée, on peut y lire «le télégraphe et le<br />

téléphone l’ont créé». A l’intérieur, dans les cartouches,<br />

en caractères koufis imitant une broderie,<br />

sont transcrites les phrases suivantes : «Il n’y<br />

a de puissant qu’Al<strong>la</strong>h», «Le pouvoir éternel Lui<br />

appartient». Enfin, au-dessus en hautes lettres<br />

c<strong>la</strong>ires : «Al<strong>la</strong>h est vainqueur». Cette dernière<br />

inscription se renouvelle en haut du mur et au<br />

pourtour du hall. Ce décor oriental, comme<br />

presque toute l’architecture musulmane, recèle<br />

un sens religieux : les lignes de <strong>la</strong> polygonée évoquent<br />

continuellement l’idée divine, le bouquet<br />

le symbole de <strong>la</strong> prière, le cyprès celui de <strong>la</strong> délivrance<br />

de l’Homme, l’étoile un symbole d’adoration.<br />

SIEGE DE LA WILAYA D’ALGER<br />

Le siège de <strong>la</strong> wi<strong>la</strong>ya d’Alger est un édifice<br />

atypique du front de mer par <strong>la</strong> composition<br />

de ses formes architecturales, arcs et coupoles<br />

donnant sur le boulevard et façade, plus austère<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

64<br />

et de type colonial, sur <strong>la</strong> rue Asse<strong>la</strong>h Hocine.<br />

L’organisation interne de l’édifice se fait<br />

autour d’un patio qui distribue les espaces aux<br />

différents niveaux. Cette construction a été<br />

l’œuvre, en 1908, de l’architecte attitré du<br />

gouverneur général d’Alger Jonnart, en<br />

l’occurrence H. Petit.<br />

L’AERO-HABITAT<br />

L’aéro-habitat reste le bâtiment paradigmatique<br />

de l’influence directe de Le Corbusier à<br />

Alger, au moins au niveau des re<strong>la</strong>tions qui lient<br />

les auteurs du projet à ce dernier. Les autres faits<br />

plus marquants sont les similitudes des concepts<br />

utilisés et forts ressemb<strong>la</strong>nts qui existent au<br />

niveau de l’unité d’habitation de Marseille et<br />

l’aéro-habitat qui peuvent se résumer ainsi : le<br />

bâtiment <strong>ville</strong>, <strong>la</strong> fonctionnalisation spatiale, le<br />

rationalisme de l’espace, etc. Conçu par les<br />

architectes P. Bourlier, J. Ferrer, Laloé et L. M.<br />

Miquel, cet édifice a été réalisé en 1955 pour le<br />

compte de <strong>la</strong> Compagnie aérienne: Imp<strong>la</strong>ntation<br />

judicieuse et très discrète dans le site malgré<br />

sa hauteur, appartements en duplex,<br />

rue commerçante au 10 éme étage offrant des vues<br />

imprenables sur le panorama de <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Alger.<br />

Le projet de l’«aéro-habitat» tire son nom d’une<br />

société d’habitat à loyer modéré (HLM) regroupant<br />

initialement des employés des ateliers<br />

industriels de l’air ; par <strong>la</strong> suite, <strong>la</strong> société s’est<br />

étendue aux autres employés fonctionnaires<br />

d’autres administrations constitués principalement<br />

par des fonctionnaires et certains représen-


tants des professions libérales. Quatre édifices<br />

composent le groupe Aéro-habitat sur les hauteurs<br />

d’Alger, dans le parc Nalg<strong>la</strong>ise, caractérisé<br />

par un terrain fortement accidenté, mais ayant<br />

l’avantage d’avoir des vues panoramiques sur <strong>la</strong><br />

baie d’Alger. Deux parmi ces quatre édifices les<br />

plus hauts comptant vingt-deux et seize étages,<br />

se positionnent perpendicu<strong>la</strong>irement aux<br />

c o u r b e s<br />

de niveau, sur une surface totale d’environ un<br />

hectare et demi, le bâti occupe 22.34 % de <strong>la</strong><br />

surface totale. La concrétisation de ce projet ne<br />

s’est pas faite facilement. En effet, celui-ci a<br />

opposé, par le fait de dérogations qui lui ont été<br />

accordées, un comité de défense des habitants<br />

d’Alger et des futurs locataires par presse et<br />

mairie interposée, où le problème central était<br />

celui de l’habitat vertical appelé à cette époque<br />

gratte-ciel.<br />

ECOLE DES BEAUX ARTS<br />

L’école nationale des Beaux arts, située sur<br />

le boulevard Krim Belkacem, présente une<br />

organisation spatiale en forme de H identifié par<br />

deux ailes longitudinales et une aile transversale,<br />

encadrant une cour d’honneur desservie par<br />

un escalier assez imposant. Situé sur un terrain<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

65<br />

à forte déclivité et afin que les bâtiments ne<br />

viennent pas enterrer des cours ang<strong>la</strong>ises, des<br />

murs de soutènement séparant les murs du bâtiment<br />

ont été aménagés. Les bâtiments se caractérisent<br />

par de grandes ouvertures offrant de très<br />

belles vues sur le panorama d’Alger. La qualité<br />

de cet édifice, dont furent à l’origine en 1950 les<br />

a r c h i t e c t e s<br />

L. C<strong>la</strong>ro et J. Darbeda, est rehaussée par les<br />

matériaux utilisés et par sa pureté de lignes.<br />

Initialement, l’Ecole des Beaux arts était située<br />

rue de <strong>la</strong> Marine, près de <strong>la</strong> Pêcherie.<br />

La démolition du quartier jugé insalubre entraîna<br />

le <strong>la</strong>ncement d’un concours d’architecture<br />

pour une nouvelle école qui al<strong>la</strong>it être le fleuron<br />

de <strong>la</strong> culture artistique à l’échelle africaine. En<br />

ce début des années 50, le concours fut remporté<br />

par l’architecte C<strong>la</strong>ro et le projet fut adopté<br />

pour le site du parc Zyriab. Profitant du site fortement<br />

incliné, l’architecte a parfaitement bien<br />

adapté les différents blocs selon leur fonction et<br />

leur accessibilité. Noyé dans un somptueux jardin,<br />

l’édifice, de par son architecture moderniste<br />

rigoureuse inspirée par les frères Auguste et<br />

Gustave Perret et qui respecte <strong>la</strong> symétrie de<br />

l’architecture de <strong>la</strong> Renaissance dans<br />

sa composition et ses p<strong>la</strong>ns, est un joyau<br />

architectural.


IMMEUBLE LAFAYETTE<br />

Cet immeuble d’une hauteur de soixantequinze<br />

mètres est situé en plein centre d’Alger au<br />

f<strong>la</strong>nc d’une colline surplombant le boulevard<br />

Meddad dont l’imp<strong>la</strong>ntation est très prononcée<br />

sur le site d’Alger avec ses quinze étages. Ce<strong>la</strong><br />

démontre tout le génie des architectes à l’origine,<br />

en 1950, de cet ouvrage. Il s’agit de M. Soliveres<br />

et A. Cazalet. L’immeuble Lafayette prend assise<br />

sur un socle en béton armé de 2 700 mètres carrés<br />

qui constitue sa base contenant commerces,<br />

studios et p<strong>la</strong>ces de parking pour voitures dans <strong>la</strong><br />

partie centrale. Sur ce socle est aménagé un<br />

jardin d’enfants. L’autre partie de l’immeuble est<br />

composée de quatre blocs de bâtiments desservis<br />

par quatre escaliers et sept ascenseurs assurant <strong>la</strong><br />

circu<strong>la</strong>tion verticale pour les sept appartements<br />

par étage. La caractéristique de cet immeuble est<br />

l’utilisation d’une ossature métallique, sa structure<br />

est composée de deux IPN jumelés espacés<br />

de façon à recevoir les portes transversales<br />

et des IPN continus de façade à façade.<br />

LA CATHEDRALE<br />

DU SACRE CŒUR<br />

Le samedi saint du 5 avril 1958, les travaux<br />

commençaient sous <strong>la</strong> direction de MM. Minet et<br />

Perret, gérants de l’entreprise de construction<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

66<br />

Perret frères. Le 5 novembre1958, Monseigneur<br />

Perrin, archevêque de Cartage<br />

primat d’Afrique du Nord, bénissait les fondations<br />

et posait <strong>la</strong> première pierre. Le 25 mars<br />

1961, <strong>la</strong> croix était hissée à l’extrémité de <strong>la</strong><br />

flèche qui surmonte l’édifice. Le 13 décembre<br />

1962, l’église du Sacré Cœur était élevée au rang<br />

de cathédrale. L’idée exprimée par les architectes<br />

pour <strong>la</strong> construction de cette cathédrale est basée<br />

sur le concept d’une tente. Dans cette optique,<br />

Saint-Jean, dans l’Evangile,<br />

affirme : « Dieu a p<strong>la</strong>nté Sa tente parmi nous ».<br />

D’ailleurs, lorsqu’on se p<strong>la</strong>ce au centre de<br />

l’église, on aperçoit nettement le voile qui est<br />

relevé par les piliers. Le mouvement est plus net<br />

au-dessus et en arrière de l’autel où le majestueux<br />

et souple velum est sous-tendu par quatre<br />

gracieuses colonnes au galbe étonnant. Le terme<br />

technique est «poteaux ». D’ailleurs, ce<strong>la</strong> fait<br />

penser à des roseaux, dont <strong>la</strong> coupe serait une<br />

ellipse, qui tendent une tente légère. La rosace de<br />

tour s’élève à 35 mètres du sol. Cette<br />

immense coupole repose uniquement sur huit<br />

piliers assis sur d’énormes champignons solidement<br />

fondés par des pieux de 18 à 20 mètres sur<br />

le grès souterrain. La longueur totale de <strong>la</strong> nef est<br />

de 52 mètres sur une <strong>la</strong>rgeur de 35 mètres. Le<br />

vitrail, une sublime décoration, court le long de<br />

l’édifice le coupant en deux, si bien qu’on pourrait<br />

abattre les murs, <strong>la</strong> coupole resterait soutenue<br />

par ses piliers. L’ensemble du vitrail est un<br />

agréable jeu de couleurs (bleu, rouge, or, vert<br />

sombre,...). Aux quatre angles de<br />

l’ouvrage, entre les piliers, se dresse une figure<br />

rappe<strong>la</strong>nt une manifestation de l’amour de Dieu<br />

pour les Hommes. Le travail le plus délicat et<br />

dont <strong>la</strong> finition rappelle le génie du maître de<br />

l’œuvre, fut l’alternance presque parfaite des<br />

pierres qui sont disposées alternativement dans<br />

les sens vertical et horizontal. L’œuvre artistique<br />

<strong>la</strong> plus remarquable de <strong>la</strong> cathédrale est sans<br />

conteste celle se trouvant en face de l’orgue (don<br />

de <strong>la</strong> paroisse de Boufarik), en l’occurrence <strong>la</strong><br />

magnifique mosaïque datant du quatrième siècle<br />

qui orne le mur.<br />

C’est <strong>la</strong> seule mosaïque d’Afrique du Nord<br />

qui fut datée (l’an 324). Elle provient de<br />

<strong>la</strong> première basilique de Castrum tingitanum


(Orléans<strong>ville</strong>). Cette pièce unique de l’art chrétien<br />

antique est <strong>la</strong> plus ancienne représentation<br />

de l’Eglise sous <strong>la</strong> forme d’un <strong>la</strong>byrinthe.<br />

LA CITE DES SCIENCES<br />

Pour ne pas rester en marge de <strong>la</strong> modernité<br />

et à l’instar des grandes <strong>ville</strong>s du monde, <strong>la</strong><br />

commune d’Alger Centre a initié un projet de<br />

grande envergure à même de <strong>la</strong> faire entrer dans<br />

le troisième millénaire par <strong>la</strong> grande porte. Il<br />

s’agit de <strong>la</strong> Cité des sciences. Localisée sur le<br />

boulevard Frantz Fanon, cette cité englobe un<br />

grand nombre d’activités scientifiques, dont le<br />

p<strong>la</strong>nétarium. L’ensemble est doté d’équipements<br />

et instruments de grande technologie tels<br />

que le Starmaster, un appareil à précision mécanique<br />

et optique permettant <strong>la</strong> représentation du<br />

c i e l<br />

étoilé, du soleil, de <strong>la</strong> lune et des p<strong>la</strong>nètes ; des<br />

projecteurs de diapositives montrant douze<br />

panoramiques ; d’un projecteur vidéo RGB pour<br />

<strong>la</strong> projection des scènes vidéo dont <strong>la</strong> source est<br />

un disk <strong>la</strong>ser ou cassette vidéo ; d’un équipement<br />

audio avec baffles, amplificateur de son et<br />

mixeurs ; d’un studio son où se déroulent les<br />

opérations d’enregistrement, de mixage,<br />

de filtrage et de synchronisation. Le p<strong>la</strong>nétarium<br />

est un simu<strong>la</strong>teur d’étoiles étonnament réaliste<br />

sous une voûte céleste et imposante sur<br />

<strong>la</strong>quelle un p<strong>la</strong>nétaire produit un ciel nocturne<br />

p u r .<br />

Le diamètre du dôme est de 17 mètres. Il permet<br />

à près de 200 spectateurs, initiés ou non à<br />

l’astronomie, de découvrir les mystères de l’uni-<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

67<br />

vers. Il aide à connaître les mouvements des<br />

astres, les éclipses, les mouvements de <strong>la</strong> Terre<br />

et les rythmes des saisons, <strong>la</strong> voie <strong>la</strong>ctée et <strong>la</strong><br />

position du soleil dans notre ga<strong>la</strong>xie. Le spectateur<br />

peut également observer les phénomènes<br />

célestes de n’importe quel point de <strong>la</strong> Terre,<br />

accélère les mouvements des astres du système<br />

so<strong>la</strong>ire et même lui donner l’impression de se dép<strong>la</strong>cer<br />

dans l’espace et dans le temps.<br />

L’HOTEL EL AURASSI<br />

Niché sur les hauteurs de <strong>la</strong> capitale, l’hôtel<br />

El Aurassi, du haut de ses 13 étages, domine <strong>la</strong><br />

baie d’Alger. Espace de calme et de lumière, ce<br />

joyau de l’hôtellerie algérienne c<strong>la</strong>ssé 5 étoiles<br />

est l’escale idéale pour les voyages d’affaires et<br />

d’agrément. En effet, l’hôtel est distant à 15 km<br />

de l’aéroport international Houari Boumédienne<br />

et est situé à proximité des ministères, des<br />

banques, de l’ensemble des commerces et des<br />

sites culturels. Occupant une superficie totale de<br />

125 850 m 2 et une surface bâtie de 15 000 m 2 ,<br />

l’hôtel El Aurassi est une société par actions au<br />

capital de 1 500 000 000 DA. Disposant de 445<br />

chambres spacieuses et confortables dotées de<br />

toutes les commodités à même de rendre le


séjour des clients agréables, l’hôtel montre une<br />

capacité en lits de 775. Le côté gastronomique<br />

n’est pas en reste puisque trois restaurants<br />

proposent à l’appétit des voyageurs une gamme<br />

de spécialités traditionnelle, internationale<br />

et de poissons et fruits de mer avec un total de<br />

1 000 couverts servis. Des bars feutrés ne manqueront<br />

pas, en outre, de dépayser <strong>la</strong> clientèle.<br />

Pour agrémenter le séjour des clients, un<br />

ensemble de loisirs et d’espaces détente sont mis<br />

à leur disposition notamment une belle piscine<br />

entourée de magnifiques jardins, des courts de<br />

tennis en plein air, un shopping center pour les<br />

petites courses, etc. Par ailleurs, l’offre de base<br />

d e<br />

l’hôtel El Aurassi est l’organisation de banquets,<br />

conférences et congrès et ce, grâce à sa position<br />

de leader de par sa capacité en salles de réunion.<br />

Toutes les salles sont équipées en matériel de<br />

sonorisation avec possibilité de traduction<br />

simultanée en quatre <strong>la</strong>ngues.<br />

L’UNIVERSITE D’ALGER<br />

Lundi 2 janvier 1832. Au pied de <strong>la</strong> colline de<br />

Bouzaréa, le jardin du Dey : une grande habitation<br />

luxueuse datant de <strong>la</strong> seconde moitié du<br />

XVIII ème siècle, l’armée fondait dans l’ancienne<br />

Régence le premier établissement français<br />

d’enseignement supérieur. En date du<br />

10 juin 1833, une note du ministre de <strong>la</strong> Guerre<br />

autorisait les étudiants turcs, maures et juifs de <strong>la</strong><br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

68<br />

colonie d’Afrique à suivre les cours de <strong>la</strong><br />

nouvelle école de médecine. Dans ce même<br />

local, une chaire sera fondée pour l’enseignement<br />

de <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue arabe pour les Europèens. Peu<br />

après <strong>la</strong> médecine, l’arabe obtenait droit de cité<br />

dans l’enseignement supérieur algérien.<br />

En mai 1835, le ministre de <strong>la</strong> Guerre nommait<br />

officiellement un corps professoral de trois<br />

médecins, quatre chirurgiens et trois pharmaciens.<br />

On parvenait à créer un jardin botanique<br />

de cinq à six cents p<strong>la</strong>ntes. La bibliothèque de<br />

l’Ecole s’enorgueillissait de sept à huit cents<br />

volumes. Mais au début de 1836, se répandait le<br />

bruit de sa suppression prochaine. En juin de <strong>la</strong><br />

même année, C<strong>la</strong>uzel supprimait l’hôpital d’instruction.<br />

Ainsi passèrent plus de dix ans au cours<br />

desquels l’organisation militaire et administrative<br />

absorba l’essentiel des activités.<br />

Ce qui demeura des Ecoles changea de<br />

locaux passant d’une rue à une autre, mais<br />

l’expansion et <strong>la</strong> reconnaissance de ces<br />

«institutions» prenaient de l’ampleur au fil des<br />

ans prouvant par là leur efficacité et surtout<br />

qu’elles pouvaient rivaliser en qualité et en quantité<br />

avec les Ecoles de France. Un nouvel espace<br />

devrait leur être affecté. C’est ainsi que le camp<br />

d’Isly, qui se trouvait dans <strong>la</strong> commune de<br />

Mustapha à quelque deux ou trois cents<br />

mètres de <strong>la</strong> porte d’Isly qui, depuis 1850, se<br />

dressait non loin de <strong>la</strong> Grande Poste, fut choisi<br />

pour l’érection du nouveau bâtiment. Fin 1884,<br />

les travaux commençaient en un lieu que les<br />

Algérois dénommaient «le champ de navets». Le<br />

budget alloué à ce projet dépassa <strong>la</strong>rgement les<br />

deux millions et demi de francs. La construction<br />

donna lieu à un imposant corps de bâtiment de<br />

120 mètres de long sur 12 mètres de profondeur<br />

avec quatre ailes de 32.6 mètres de longueur sur<br />

9 de <strong>la</strong>rgeur.<br />

L’inauguration eut lieu le 13 avril 1887.<br />

Et le 3 novembre 1887, c’était <strong>la</strong> première<br />

rentrée solennelle des quatre Ecoles sous <strong>la</strong> présidence<br />

du recteur Jeanmaire qui al<strong>la</strong>it diriger<br />

pendant plus de vingt ans l’Académie d’Alger.<br />

L’évolution de l’effectif des étudiants ayant<br />

fréquenté cette nouvelle structure passa de 377<br />

en 1892 à 1605 en janvier 1909, c’est-à-dire <strong>la</strong><br />

veille de <strong>la</strong> fondation de l’Université d’Alger.


LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE<br />

D’ALGER<br />

Créée en 1835, par décision du ministre de <strong>la</strong><br />

Guerre, <strong>la</strong> Bibliothèque nationale d’Alger se<br />

trouve être le plus ancien établissement culturel<br />

de l’Algérie. Après avoir été hébergée dans de<br />

nombreux «locaux», <strong>la</strong> Bibliothèque nationale<br />

fut transférée, depuis 1863, dans l’ancienne résidence<br />

du Dey d’Alger, Mustapha Pacha, l’un<br />

des plus beaux spécimens de l’architecture<br />

mauresque du XVIII ème siècle. En 1947, il fut<br />

décidé <strong>la</strong> réorganisation de <strong>la</strong> Bibliothèque<br />

nationale. En effet, <strong>la</strong> modeste bibliothèque fondée<br />

en 1835 n’était plus à l’échelle des nouvelles<br />

circonstances. L’énorme croissance<br />

démographique, le développement de <strong>la</strong> sco<strong>la</strong>risation<br />

dans les trois degrès de l’enseignement,<br />

les changements culturel et économique de<br />

l’Algérie contemporaine créent des problèmes<br />

et des besoins nouveaux sur le p<strong>la</strong>n des bibliothèque<br />

et de <strong>la</strong> lecture publique. De plus, le<br />

pa<strong>la</strong>is du Dey Mustapha est peu adapté à <strong>la</strong><br />

fonction qu’on lui attribua : pièces obscures et<br />

mal aérées, salle de lecture exiguë, manque de<br />

p<strong>la</strong>ce face à l’accroissement des collections et,<br />

enfin, taux d’humidité menaçant les ouvrages de<br />

destruction. En 1949, <strong>la</strong> question de <strong>la</strong> construction<br />

d’une nouvelle bibliothèque est à nouveau<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

69<br />

reprise. C’est l’architecte de talent M. Louis<br />

Tombarel qui é<strong>la</strong>bore un p<strong>la</strong>n prévoyant l’aménagement<br />

d’une vaste bibliothèque au Parc des<br />

sports des Tagarins. Après bien des<br />

péripéties, ce projet est enfin adopté et <strong>la</strong> pose<br />

de <strong>la</strong> première pierre de l’édifice eut lieu<br />

le 10 avril 1954. Quatre ans plus tard,<br />

le 12 mai 1958, <strong>la</strong> bibliothèque ouvre ses portes<br />

au public. Situé dans un site enchanteur avec<br />

une vue sur <strong>la</strong> baie d’Alger, le nouveau bâtiment,<br />

orienté vers l’est et vers <strong>la</strong> mer, s’étendra<br />

sur une façade de 122 m de long sur 17 m de<br />

haut. Les deux façades <strong>la</strong>térales mesurent 35 m<br />

de long. Bâti à f<strong>la</strong>nc de coteau, l’édifice, couvrant<br />

une superficie de 4 800 m 2 , s’étend sur dix<br />

niveaux différents avec trois étages en sous-sol<br />

et trois en superstructure. La Bibliothèque<br />

nationale d’Alger présente le double aspect<br />

d’une bibliothèque nord-africaine, embrassant<br />

tout ce qui a trait à l’Afrique du Nord et l’Is<strong>la</strong>m,<br />

et d’une bibliothèque de documentation générale<br />

à caractère encyclopédique. Des sections


annexes lui sont également rattachées telles que<br />

<strong>la</strong> bibliothèque musicale et discothèque (12 000<br />

partitions musicales et disques : opéras, musique<br />

d’orchestre, musique de chambre,...), service de<br />

microfilm et photocopie, exposition,... La<br />

Bibliothèque nationale d’Alger peut accueillir<br />

dans ses salles de lecture jusqu’à 600 lecteurs et<br />

abrite plus de 2 millions de volumes dans un<br />

rayonnage totalisant près de 17 km de long.<br />

LE MUSEE NATIONAL<br />

DES ANTIQUITES ET<br />

DES ARTS ISLAMIQUES<br />

L’idée de <strong>la</strong> création d’un musée historique<br />

qui préserverait l’héritage culturel de l’Algérie<br />

remonte à 1835. Mais ce n’est que le<br />

19 avril 1897 que le musée national des<br />

antiquités fut inauguré par le président français<br />

Félix. Néanmoins, le musée commença à<br />

acquérir ses premières collections is<strong>la</strong>miques dès<br />

1846, collection qui s’est enrichie au fil des ans.<br />

Le maréchal Bugeaud fut à l’origine, en 1846, de<br />

<strong>la</strong> création de <strong>la</strong> section is<strong>la</strong>mique de ce musée.<br />

Situé au sein même du parc de <strong>la</strong> Liberté, le<br />

musée national des antiquités est le plus ancien<br />

musée d’Algérie et d’Afrique. Avant l’indépendance,<br />

il porta les dénominations suivantes :<br />

musée des antiquités c<strong>la</strong>ssiques et d’art<br />

musulman, musée Stéphane Gsell (éminent<br />

archéologue, spécialiste de l’Afrique du Nord,<br />

qui fut directeur du musée jusqu’à sa disparition<br />

en 1932), musée national des antiquités<br />

c<strong>la</strong>ssiques et musulmanes et, enfin, musée national<br />

des antiquités. Mais l’inauguration du nouveau<br />

bâtiment qui porte le nom Arts<br />

is<strong>la</strong>miques permettra <strong>la</strong> création d’une nouvelle<br />

institution : le musée national des antiquités et<br />

des arts is<strong>la</strong>miques. Le musée national des antiquités<br />

comprend deux sections : le département<br />

des antiquités c<strong>la</strong>ssiques dont <strong>la</strong> collection date<br />

de 1835 et regroupe des sculptures, des<br />

PATRIMOINE CULTUREL<br />

LA VILLE D'ALGER "La protégée de Dieu"<br />

70<br />

mosaïques et des bronzes découverts sur les<br />

principaux sites archéologiques d’Algérie. Le<br />

reste du musée est occupé par les collections de<br />

l’Occident musulman (Algérie, Tunisie, Maroc et<br />

Espagne) et du Proche-Orient (Egypte, Syrie,<br />

Turquie et Iran) qui sont venues s’ajouter à <strong>la</strong><br />

section antique à partir de 1846.<br />

LE PALAIS ZIGHOUD YOUCEF<br />

Les études de cet édifice par l’architecte du<br />

gouvernement général français M. Darbeda ont<br />

débuté en 1912. La construction du pa<strong>la</strong>is,<br />

commencée en 1917, s’achèvera dans les années<br />

vingt. Ce sont les «Délégations financières»,<br />

organisme institué par le gouvernement français<br />

en août 1898, en concession à <strong>la</strong> revendication<br />

d’autonomie financière des colons fortunés et<br />

puissants, qui réc<strong>la</strong>mèrent en 1911 <strong>la</strong> construction<br />

de ce qui devait être leur siège, sous le nom<br />

de Pa<strong>la</strong>is Carnot. Après avoir abrité en 1945<br />

l’« Assemblée financière de l’Algérie » qui avait<br />

succédé aux «Délégations», l’édifice devint en


ALGER CENTRE<br />

EN IMAGES


ALGER CENTRE VUE GENERALE<br />

Vue du haut de l’hôtel Aurassi sur Alger Centre et sa légendaire baie


ALGER CENTRE VUE GENERALE<br />

«∞πe«zd... ±b¥MW √“∞OW «∞∂MU¡<br />

≤Ed… ±s ≤e‰ «_˸«ßw ´Kv<br />

±b¥MW «∞πe«zd Ë«∞LOMU¡<br />

Alger... une <strong>ville</strong> à urbanisme<br />

caractéristique<br />

Le port d’Alger, le plus important à<br />

l’échelle nationale<br />

¥F∑∂d ±OMU¡ «∞πe«zd √ˉ ±OMU¡<br />

∞K∑πU¸… ≠w «∞IDd «∞πe«zdÍ


La statue de l’Emir<br />

Abdelkader, l’un des<br />

joyaux culturels<br />

d’Alger Centre<br />

¢L∏U‰ «_±Od ´∂b «∞IUœ¸<br />

√•b ±FU∞r ±b¥MW «∞πe«zd


Intérieur de l’APC<br />

APC ALGER CENTRE<br />

Architecture et<br />

décoration de style<br />

arabo-mauresque<br />

L∂Mv «∞∂Kb¥W ±s «∞b«îq.<br />

«∞NMbßW Ë«∞b¥Øu¸ °≤Lj<br />

´d°w ±u¸ßØw.


APC ALGER CENTRE<br />

L’annexe de l’APC : un édifice de cinq étages au service du citoyen<br />

±K∫IW °Kb¥W «∞πe«zd «∞ußDv °MU¥W •b¥∏W ±s îLf ©u«°o ¢MIh «∞CGj ´Kv «∞∂Kb¥W.


L’inauguration a eu lieu en 1908<br />

LE SIEGE DE LA WILAYA<br />

¥∑Q∞o ±Id «∞uô¥W ØU∞IBdËßj «ùîCd«¸<br />

®Ob‹ ´UÂ 8091<br />

Le siège de <strong>la</strong> wi<strong>la</strong>ya s’étend tel un pa<strong>la</strong>is<br />

au milieu d’une ambiance<br />

verdoyante


Ce siège avait été édifié<br />

en 1950 pour abriter<br />

l’Hôtel de <strong>ville</strong><br />

APN<br />

L’éc<strong>la</strong>irage naturel<br />

à travers des baies vitrées<br />

géantes est <strong>la</strong> touche<br />

particulière de l’architecte<br />

«∞u«§NW «∞dzOºOW ∞KL∂Mv Façade principale de l’édifice<br />

«≤AU ≥c« «∞LId ≠w 0591 ∞OJuÊ ≤e‰ °KbÍ<br />

≈´∑Lb ≠w «∞∂MU¡ ´Kv «ù{U¡…<br />

«∞D∂OFOW °u«ßDW «∞u«§NU‹<br />

«∞Le§πW Ë«∞Mu«≠b «∞u«ßFW


L’un des accès <strong>la</strong>téraux du bâtiment<br />

APN<br />

Les décorations du sol<br />

et des murs rivalisent<br />

en beauté<br />

√•b «∞Lb«îq «∞πU≤∂OW ∞KL∂Mv<br />

«ô¸{OW, «∞Le≥d¥WË«∞Ku•W<br />

£öÀ ¢∫n ¢∑MU≠f §LUô


APN<br />

œ¥Ju¸ «∞L∂Mv ¥e¥b ≥Mbß∑t ¸Ë≤IU A architecture originale, décor somptueux : les deux offrant une parfaite harmonie<br />

ÅUKu≤Us ∞ö§∑LU´U X °b¥Ju¸ «∞Ids 91Salles de réunion au décor du XIX ème siècle


Fresque murale représentant <strong>la</strong> bravoure<br />

et <strong>la</strong> cavalerie<br />

APN<br />

A chaque coin son ornement :<br />

une démonstration de goût et de finesse<br />

∞u•W ¢L∏q «∞AπU´W Ë«∞HdËßOW<br />

Un détail de <strong>la</strong> fresque<br />

§U≤V ±s «∞Ku•W<br />

≈î∑Od ∞Jq ¸Øs ±U¥KOo °t


Les arcades, principale caractéristique<br />

du côté de l’édifice donnant sur<br />

le front de mer<br />

CNA<br />

«∞∂U» «∞dzOºw ∞LπKf «_±W Accès principal du<br />

«_Æu«” ≥w îUÅOW «∞u«§NW «∞∂∫d¥W<br />

Conseil de <strong>la</strong> nation<br />

Détail d’un ornement<br />

de <strong>la</strong> porte<br />

πe¡ ±s ∑e¥MU‹ «∞∂U»


CNA<br />

Un vase ornant<br />

le centre du hall<br />

Sculpture murale retraçant <strong>la</strong> vie quotidienne Un masque d’homme aux cornes<br />

de bélier ornant l’anse du vase<br />

ÆKW ¢∑ußj «∞°Nu<br />

°Nu LπKf «_±WHall du siège du Conseil de <strong>la</strong> nation<br />

«∞πb«¸¥W «∞∑w ¢F∑Kw «∞∂Nu ¢L∏q «∞∫OU… «∞Ou±OW °M∫X °U¸“<br />

˧t ∞d§q °IdËÊ Ø∂g ¥e¥s ©d≠w «∞IKW


¸Ë«o ¥RœÍ ≈∞v «∞LπKf<br />

CNA<br />

Couloir menant à l’intérieur de l’hémicycle Le salon, situé au premier étage, fut inauguré en 1927 pour abriter des conférences<br />

Les toiles murales ornant le salon représentent différentes régions de<br />

l’Algérie<br />

«∞BU∞uÊ «∞dzOºw ¥u§b ≠w «∞DU°o «_ˉ ∞KL∂Mv √≤AQ ≠w 7291 ù´∑MU‚ «∞LR¢Ld«‹<br />

“¥MX Øq §bd«Ê «∞BU∞uÊ °Ku•U‹ §b«¸¥W<br />

¢L∏q ±î∑K· ±MU Do «∞πe«zd


Décoration en bas relief<br />

du sommet d’une colonne<br />

CNA<br />

¢Uà ´Luœ ¨Od ®b¥b «∞∂dË“<br />

¢HUÅOq ±s «ô¸{OW<br />

≤∂∑W ≠d¥b… ≠w ±JUÊ ≠d¥b<br />

Détail du revêtement du sol<br />

P<strong>la</strong>nte rare dans un lieu original Détail du p<strong>la</strong>fond<br />

¢HUÅOq ±s «∞ºIn


La Grande Poste : un témoin vivant de l’art néo-mauresque<br />

A chaque motif des sculptures son originalité<br />

LA GRANDE POSTE<br />

«∞∂d¥b «∞LdØeÍ √•b √≥r ±FU∞r «∞Hs «∞Lu¸ßJw «∞πb¥b<br />

≠w Øq §e¡ ±s «∞MIu®U‹ ≥MU∞p ≈≤Hd«œ îU’


L’un des accès de <strong>la</strong> poste,<br />

un exemple de <strong>la</strong> complexité<br />

et de l’harmonie<br />

Revêtement mural aux couleurs chatoyantes<br />

±bîq ±s ±b«îq ±Id «∞∂d¥b<br />

±∏U‰ ≠w «∞bÆW Ë«∞∑MUßo<br />

LA GRANDE POSTE<br />

Son architecture et sa décoration confèrent<br />

à l’édifice une originalité<br />

≥Mbß∑NU Ë¢e¥MU¢NU §FK∑NU ≈≤Hd«œ •IOIw ≠w Øq «∞FLU¸… «∞Fd°OW<br />

îe· ±eîd· ¥e¥s «∞πb¸«Ê<br />

Décoration d’une colonne du siège<br />

des télécommunications à <strong>la</strong><br />

précision sans commune mesure<br />

Les décorations calligraphiques ont été réalisées<br />

par un artiste maghrébin<br />

«≤πe‹ «∞MºuîU‹ «∞πb«¸¥W ±s ©d· ≠MUÊ ±Gd°w<br />

¢Uà ´Luœ ¥e¥s ±Id «∞∂d¥b<br />

Ë«∞Lu«Åö‹... ≤Iu®t ¨U¥W ≠w «∞bÆW


L’UNIVERSITE D’ALGER<br />

°MOX §U±FW «∞πe«zd ≠w •Iq ≈ßKw<br />

L’université d’Alger fut édifiée dans le champ d’Isly L’inauguration a eu lieu le 13 avril 1887<br />

œ®MX ≠w 31 √≠d¥q 7881


L’UNIVERSITE D’ALGER<br />

§U±FW «∞πe«zd °MU¡ {ªr ËË«ßl<br />

œ¸Ã ¥RœÍ ≈∞v «∞LJ∑∂W<br />

Escaliers menant à <strong>la</strong> bibliothèque Un édifice vaste et spacieux<br />

Une sculpture décorative<br />

représentant une tête de lion<br />

°u«°W ±s «∞ªAV «_•Ld<br />

Ë∞ûîCd«¸ ≤BOV Ø∂Od ≠w «∞πU±FW<br />

¢e¥s ≠w §U±FW «∞πe«zd ¥L∏q √ßb<br />

Portail en bois rouge Les espaces verts occupent une<br />

part importante de l’édifice


LA CITE DES SCIENCES<br />

La Cité des sciences... une louable initiative<br />

±b¥MW «∞FKu ... ≈≤πU“ ¥º∑∫o «∞∑Ib¥d


Le bâtiment longe le boulevard Frantz Fanon<br />

LA CITE DES SCIENCES<br />

Un mur imposant datant<br />

de 1853 se dresse au sein<br />

même de <strong>la</strong> Cité<br />

¢Il «∞Lb¥MW ≠w ®U¸Ÿ ≠dË≤f ≠U≤uÊ<br />

§b«¸ ´∑Oo ±U ¥e«‰ ÅU±b<br />

¥u§b °U∞Lb¥MW, ¥Fuœ ≈∞v<br />

ßMW 3581


LA CITE DES SCIENCES<br />

La Cité abrite trois édifices : un central, un cubique et un en forme d’étoile<br />

Une architecture moderne<br />

visionnaire<br />

∞KLb¥MW £öÀ ±∂U≤w : «∞L∂Mv «∞LdØeÍ, «∞LJFV Ë«∞MπLw<br />

≤Ed… ´Kv ±b¥MW «∞FKu ±s ≠Mb‚ «_˸«ßw<br />

≥MbßW ´Bd¥W ±∂∑Jd…<br />

Vue du haut de l’hôtel Aurassi sur<br />

<strong>la</strong> Cité des sciences


LA CITE DES SCIENCES<br />

Gravure rupestre représentant différentes sciences universelles<br />

exécutée par l’artiste Derbal Sedik<br />

Détail de <strong>la</strong> décoration murale<br />

§b«¸¥W ¢L∏q ±ª∑Kn «∞FKu ±s ≈≤πU“ «∞HMUÊ œ¸°U‰ «∞Bb¥o<br />

§e¡ ±s «∞πb«¸¥W<br />

Le dôme : un espace de défilement<br />

pour les étoiles offrant un merveilleux<br />

voyage sidéral<br />

«∞I∂W «∞HKJOW ≥w ≠CU¡ ¢EU≥dÍ ∞KMπu ...<br />

¢º∑L∑l ≥MU °d•KW ≠w «∞HCU¡


LE CINEMA ALGERIA<br />

Outre <strong>la</strong> projection de films, le cinéma Algeria abrite également de nombreuses manifestations et activités culturelles sco<strong>la</strong>ires<br />

L’espace intérieur a été exploité de façon rationnelle alliant<br />

utilité et esthétique<br />

Deux escaliers menant<br />

à <strong>la</strong> salle de projection<br />

¢∫∑Cs «∞ºMLU ¢EU≥d«‹ Ë≤AU©U‹ îUÅW °U∞Lb«¸” ´öË… ´Kv ´d÷ «_≠öÂ<br />

≈ß∑GKX «∞LºU•U‹ «∞b«îKOW °Dd¥IW §LOKW Ë–ØOW<br />

ßKLUÊ ¥Rœ¥UÊ ≈∞v ÆU´W «∞Fd÷


Vue sur une partie du stade Ouaguenouni<br />

A chaque discipline sportive son espace<br />

LES STADES<br />

Stade Aïn Zeboudja : un nouvel espace pour les jeunes parmi<br />

tant d’autres dont fut à l’origine l’APC d’Alger Centre<br />

§U≤V ±s ±KFV Ë«ÆMu≤w<br />

îBh ∞Jq ¸¥U{W §U≤V ±s «∞LKFV<br />

±KFV ´Os “°u§W √•b «ù≤πU“«‹ «∞πb¥b… ∞∂Kb¥W «∞πe«zd «∞ußDv,<br />

≠CU¡ ¸¥U{w ∞KA∂U» Ë«∞JNu‰ √¥CU...


Une des salles de lecture<br />

Le revêtement des colonnes a été réalisé<br />

en bois rouge<br />

LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE<br />

®d≠W ≠w «∞LJ∑∂W «∞u©MOW<br />

≥w H{U¡ ´KLw ¨Mw<br />

¨DOX «_´Lb… «∞b«îKOW ∞KLJ∑∂W «∞u©MOW<br />

≤BHOU °U∞ªAV «_•Ld<br />

Un riche espace scientifique


LE MUSEE DES ANTIQUITES<br />

Le musée des<br />

antiquités est le<br />

plus ancien<br />

musée d’Algérie<br />

et d’Afrique<br />

¥Fb «∞L∑∫n<br />

«_Æb ≠w<br />

«∞πe«zd Ë≈≠d¥IOU


Le musée est localisé au sein même du parc de <strong>la</strong> Liberté<br />

LE MUSEE DES ANTIQUITES<br />

¥u§b «∞L∑∫n œ«îq•b¥IW «∞∫d¥W<br />

Façade datant de l’époque coloniale à architecture de style<br />

arabo-musulman<br />

Un style architectural identique pour <strong>la</strong> façade<br />

des deux musées<br />

±bîq ±∑∫n «∞HMuÊ «ùßö±OW, °MOX «∞u«§NW °MHf ≤Lj<br />

Ë«§NW «ü£U¸ «∞Ib¥LW


Vue du musée sous un autre angle<br />

√≤πe‹ ≥cÁ «∞u«§NW ≠w «∞FNb «ùß∑FLU¸Í ´Kv ≤Lj<br />

«∞NMbßW «∞Fd°OW «ùßö±OW<br />

LE MUSEE DES ANTIQUITES<br />

∞u•W ≠ºOHºUzOW ±s ØMOºW ±ºO∫OW ¢d±e ∞Kd«´w «∞BU∞`, ¸Ë®Iu≤OU (°dÃ<br />

«∞∂∫dÍ), ¢Fuœ ∞KIdÊ «∞ªU±f Æ∂q «∞LOöœ<br />

§U≤V √îd ±s «∞L∑∫n<br />

Mosaïque provenant d’une basilique chrétienne de Rusguniae<br />

(Cap Matifou) représentant <strong>la</strong> légende du bon pasteur<br />

(V me siècle ap. J.-C.)


Une des salles d’exposition<br />

Sarcophage représentant les sept miracles du Christ<br />

(Dellys, IV e siècle ap. J.-C.)<br />

LE MUSEE DES ANTIQUITES<br />

Cruche trilobée sur le col<br />

de <strong>la</strong> déesse Tanit datant<br />

de <strong>la</strong> période punique<br />

(Collo, V e siècle ap. J.-C.)<br />

≤Ed… ´U ±W ´Kv ÆU´W «∞Fd÷<br />

¢U°u‹ ±s «∞dîU ¥πºb «∞LFπe«‹ «∞º∂l ∞KºOb «∞LºO`,<br />

«∞IdÊ «∞d«°l ±OöœÍ, ˧b ≠w œ ∞f<br />

¢U°u‹ ±s «∞dîU ≤Ig ´KOt √ßDu¸… °KKu¸Ë≠uÊ,<br />

«∞IdÊ «∞∏U∞Y ±OöœÍ,˧b ≠w √“≠uÊ<br />

§d… ´KONU Åu¸… ≤BHOW ∞û∞NW<br />

¢U≤OX, ±BMu´W ±s «∞HªU¸<br />

¢Fuœ ≈∞v «∞IdÊ «∞ªU±f Æ∂q<br />

«∞LOöœ, ˧b‹ ≠w «∞Iq<br />

Sarcophage représentant <strong>la</strong> légende du héros<br />

mythologique de <strong>la</strong> vail<strong>la</strong>nce et de <strong>la</strong> force<br />

Bellérophon (Azzeffoun, 3 ème siècle ap. J.-C.)


Mosaïque représentant le dieu Océan<br />

barbu entouré par quatre néréides chevauchant<br />

des animaux marins (Sétif,<br />

fin du IVe siècle ap. J.-C.)<br />

LE MUSEE DES ANTIQUITES<br />

Statue en marbre, datant de <strong>la</strong> période, représente Bacchus, dieu du vin<br />

et de l’immortalité, coiffé d’une grappe de raisin et appuyé sur un thyrse<br />

(Découverte à Constantine).<br />

Mosaïque représentant les quatre saisons<br />

par des personnages en bustes<br />

(Tebessa, IIe siècle ap. J.-C.)<br />

Escaliers de style néo-mauresque<br />

menant à <strong>la</strong> salle d’exposition<br />

section musulmane<br />

∞u•W ≠ºOHºUzOW ¢L∏q<br />

«∞HBu‰ «_¸°FW, ¢Fuœ<br />

∞u•W ≠ºOHºUzOW ∞û∞t √ËßOuÊ<br />

±∫U◊ °Fd«zf «∞∂∫d ¢Fuœ<br />

∞MNU¥W «∞IdÊ «∞d«°l ±OöœÍ<br />

˧b‹ °ºDOn<br />

∞KIdÊ «∞∏U≤w ±OöœÍ,<br />

˧b‹ ≠w ¢∂ºW<br />

≤BV ≤c¸Í ∞û∞NW ¢U≤OX,<br />

°u≤OIw ±∑Qîd<br />

ßKr ¥RœÍ ≈∞v ÆU´W ´d÷ «∞∑∫n<br />

≠w «∞Iºr «ùßö±w, °Mw ´Kv<br />

¢L∏U‰ °Uîu” ≈ôÁ «∞ªLd Ë«∞ªKuœ ±BMuŸ ±s «∞dîU ¥Fuœ ≈∞v «∞H∑d… «∞d˱U≤OW,<br />

˧b ≠w ƺMDOMW, ¢ºd¥∫W ®FdÁ ´∂U¸… ´s ´MUÆOb Ë ¥∑JT ´Kv ´BU.<br />

Stèle dédiée à <strong>la</strong> déesse<br />

Tanit (punique tardif)<br />

«∞Dd«“ «∞Lu¸ßJw «∞πb¥b


Le siège de l’Ecole depuis 1881<br />

Du haut de <strong>la</strong> principale p<strong>la</strong>ce de l’Ecole, une vue imprenable<br />

sur <strong>la</strong> <strong>ville</strong> d’Alger et son port<br />

ECOLE DES BEAUX ARTS<br />

«¢ªb‹ «∞Lb¸ßW ≥c« «∞LId ±Mc 1881<br />

∞KºU•W ®d≠U‹ Ø∂Od… ¢Dq ´Kv «∞Lb¥MW Ë«∞LOMU¡


Statue " les Orphelins "<br />

Transcription datant de <strong>la</strong> période ottomane désignant<br />

un texte inaugural d’une mosquée<br />

¢L∏U‰ «∞O∑OLUÊ<br />

ECOLE DES BEAUX ARTS<br />

A chaque coin de l’Ecole,<br />

une statue orne les lieux<br />

Statue en pierre : œuvre de l’artiste<br />

Belmondo, ancien directeur de l’école<br />

∞Jq ¸Øs ±s «ô¸ØUÊ ¢L∏U‰ ¥e¥Mt<br />

¢L∏U‰ ±BMuŸ ±s «∞∫πd ∞KHMUÊ °KLMbË<br />

«∞KcÍ ØUÊ ±b¥d∞NcÁ «∞Lb¸ßW<br />

∞u•W ¢cØU¸¥W ¢Cr Ø∑U°W ¢QßOºOW ∞πU±l ±s «∞FNb «∞F∏LU≤w ¢u§b ≠w •b¥IW ±b¸ßW «∞HMuÊ «∞πLOKW<br />

L’inscription est dédiée à l’empereur Hadrien (117-138 ap.<br />

J.-C.), fils de l’empereur Trajan, petit-fils de l’empereur<br />

Nerva. Il est auguste et il est le grand pontife (prêtre), il a <strong>la</strong><br />

puissance tribunicienne pour <strong>la</strong> 16 ème fois ; il est consul pour<br />

<strong>la</strong> 3 ème fois et il est le père de <strong>la</strong> patrie. L’inscription est<br />

également dédiée à Lucio Vamo Ambibulo. Il est légat<br />

d’Auguste et propreteur (commandant) dans <strong>la</strong> 3ème légion<br />

d’Auguste.<br />

≤UÆAW ¸Ë±U≤OW Ë{FX ∞û±∂d«©u¸ ≥Uœ¸¥U≤u” ≈°s «ù±∂d«©u¸<br />

©d¥U≤u” ØU≤X ∞t «∞ºKDW «∞AF∂OW ∞KLd… 61 ËØdßX √¥CU ≈∞v<br />

∞uØOu ≠U¸¥u√±∂O∂u∞u «∞IUzb «∞LHu÷ ±s ©d· «_¨ºDf


L’hôtel Aurassi domine les hauteurs de <strong>la</strong> capitale<br />

Hall de réception<br />

au décor somptueux<br />

HOTEL EL AURASSI<br />

La piscine, un lieu de détente<br />

et de loisirs<br />

Les chambres sont dotées<br />

de toutes les commodités<br />

≤e‰ «_˸«ßw : ¥∑d°l ≠w √´U∞w «∞FUÅLW<br />

±º∂` ≤e‰ «_˸«ßw ±JUÊ ∞Kd«•W Ë«∞L∑FW °Nu «ùß∑I∂U‰ °b¥Ju¸ ±LOe<br />

“Ëœ‹ Øq «∞Gd· °ußUzq «∞d«•W Ë«∞∑d≠Ot


Des personnalités politiques et artistiques ont séjourné dans cet hôtel<br />

L’hôtel dispose de chambres dotées<br />

de grandes baies vitrées donnant<br />

sur le hall central<br />

HOTEL SAFIR<br />

Salle réservée aux amoureux<br />

des jeux d’échecs et de jeux de réflexion<br />

¢b«Ë‰ ´Kv ≥c« «∞HMb‚ ®ªBOU‹ ßOUßOW Ë≠MOW ®NOd…<br />

¨d≠W ≈¸¢Uœ≥U ´b… ±AU≥Od ±s °OMNr ®U¸∞w ®U°KOs ÆU´W ∞Nu«… «∞ADd≤Z Ë∞FV «∞cØU¡<br />

∞KMe‰ ®d≠U‹ ±e§πW ˱e¥MW °b¸«°e¥s ¢Dq<br />

´Kv °Nu «ôß∑I∂U‰<br />

Chambre ayant accueilli de nombreuses<br />

célébrités dont Charlie Chaplin


Façade principale<br />

de <strong>la</strong> mosquée<br />

Salle des prières<br />

LA MOSQUEE EL WARTILANI<br />

§U≤V ±s «∞Lºπb<br />

§e¡ ±s «∞u«§NW «∞dzOºOW ∞KLºπb<br />

ÆU´W «∞Bö… Ë«ßFW «_°FUœ<br />

Vue d’une partie de <strong>la</strong> mosquée<br />

Escaliers suspendus en bois<br />

ßKr îA∂w ±FKo<br />

La coupole de <strong>la</strong> mosquée<br />

au décor majestueux<br />

“¥MX «∞I∂W ±s «∞b«îq °MIu®U‹<br />

œÆOIW ˧e√‹ ≈∞v 8 √§e«¡


La mosquée fut bâtie dans un style architectural particulier<br />

Détail d’une mosaïque<br />

ornant une colonne<br />

à l’intérieur<br />

LA MOSQUEE EL WARTILANI<br />

Fontaine<br />

d’eau aux<br />

couleurs vives<br />

∞KLºπb ≥MbßW ±LOe…<br />

±M∂l ±Uzv<br />

±e¥s °U∞ªe·<br />

«∞Leîd·<br />

“îd≠W ´Kv ´Luœ<br />

Le somptueux lustre<br />

central illumine les lieux<br />

de ses mille feux<br />

«∞∏d¥U «∞dzOºOW ¢CHw<br />

¸Ë≤IU ´Kv «∞LJUÊ


La Tente, une impressionnante<br />

œuvre<br />

LA CATHEDRALE DU SACRE CŒUR<br />

«∞JU¢b¸«∞OW ±s «∞ªU¸Ã , L∂Mv {ªr °NMbßW LLOe…<br />

Ødßw «_ ßIn<br />

¢∂bË ±ö±` «∞ªOLW §KOW ≥MU<br />

Le siège du pape<br />

L’architecture de <strong>la</strong> cathédrale recèle<br />

un trait particulier


La lumière traversant <strong>la</strong> coupole confère<br />

à l’intérieur une ambiance particulière<br />

Cette mosaïque est <strong>la</strong> seule d’Afrique du Nord qui<br />

fut datée (an 324)<br />

LA CATHEDRALE DU SACRE CŒUR<br />

A chaque coin des lieux, une<br />

représentation montrant <strong>la</strong> manifestation<br />

de l’amour de Dieu pour Ses Hommes<br />

Aigle portant un livre : un don de Napoléon<br />

«_¸¨s, ≥∂W ¸´OW °u≠U¸¥p<br />

¥FDw «∞Cu¡ «∞LM∂FY ±s «∞I∂W ®Jq ¬îd ∞KNMbßW Ë«∞b¥Ju¸<br />

Øq “«Ë¥W ±s “Ë«¥U «∞L∂Mv ¢Fd÷ Åu¸… ¢Jd”<br />

•V «ùüÁ ∞F∂UœÁ<br />

¢L∏U‰ «∞Fc¸«¡ ±d¥r Ë´Oºv<br />

´KONLU «∞ºöÂ<br />

¢Fuœ ≥cÁ «∞HºOHºU¡ ≈∞v «∞IdÊ «∞d«°l Ë¢Fb «∞HºOHºU¡<br />

«∞u•Ob… ≠w ≈≠d¥IOU «∞ALU∞OW «∞LFKLW °∑U¸¥a (423)<br />

L’orgue, un don de<br />

<strong>la</strong> paroisse de Boufarik<br />

≤ºd ¥∫Lq Ø∑U», ±NbÈ ±s ©d· ≤U °u∞Ou s<br />

Statue de <strong>la</strong> Vierge<br />

Marie et de Jésus


Du haut de ses 15 étages,<br />

l’immeuble Lafayette<br />

se dresse tel un géant en béton<br />

L’AERO-HABITAT & IMMEUBLE LA FAYETTE<br />

L’aéro-habitat domine sur 75 m de haut<br />

±∂Mv «∞DOd«Ê ¥∂Km ©u∞t 57 Â<br />

ô≠U¥U‹ ±∂Mv {ªr °‡ 51 ©∂IW


LES JARDINS D’ALGER<br />

Vue sur une<br />

partie du parc<br />

de <strong>la</strong> Liberté<br />

§U≤V ±s<br />

•b¥IW «∞∫d¥W


•b¥IW îLOº∑w √Ë •b¥IW «∞ºU´W «∞e≥d¥W<br />

LES JARDINS D’ALGER<br />

Jardin Khemisti ou jardin de l’horloge florale Le parc de <strong>la</strong> Liberté : sa conception particulière<br />

le distingue des autres parcs de <strong>la</strong> <strong>ville</strong><br />

Entrée du parc Sofia<br />

ÅLLX «∞∫b¥IW °Dd¥IW §FK∑NU ±LOe… ´s ¨Od≥U ±s «∞∫b«zo<br />

•b¥IW °OdË‹ ≈•bÈ √§Lq •b«zo «∞FUÅLW<br />

±bîq •b¥IW Åu≠OU<br />

Jardin Beyrouth : l’un des plus<br />

beaux espaces verts de <strong>la</strong> capitale

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