Télécharger le rapport complet - Human Rights Watch

hrw.org

Télécharger le rapport complet - Human Rights Watch

Violences post-électorales, novembre 2010-mai 2011

Après cinq années de reports de l’élection présidentielle, les Ivoiriens se rendent aux

urnes le 28 novembre 2010 pour le deuxième tour du scrutin qui oppose le Président

sortant Gbagbo à l’ex-Premier Ministre Ouattara. Après que la Commission électorale

indépendante eut proclamé Ouattara vainqueur avec 54,1 pour cent des voix—résultat

certifié par l’Opération de l’ONU en Côte d’Ivoire (ONUCI)—Gbagbo refuse de quitter le

pouvoir. 17 Cinq mois de violence s’ensuivront, au cours desquels au moins 3 000 civils

seront tués et plus de 150 femmes violées, souvent dans le cadre d’attaques perpétrées en

fonction de critères politiques, ethniques et religieux.

Durant les trois premiers mois de la crise post-électorale, la vaste majorité des exactions

sont commises par les forces de sécurité et les milices sous le commandement de Gbagbo.

Des unités de la force de sécurité d’élite étroitement liées à Gbagbo enlèvent des

responsables politiques locaux de la coalition de Ouattara, les traînant hors de

restaurants ou hors de chez eux et les forçant à entrer dans des véhicules en faction. Leurs

proches retrouveront ensuite les corps des victimes à la morgue, criblés de balles. Les

milices pro-Gbagbo gardant les postes de contrôle sauvages établis à travers la ville

d’Abidjan assassinent des dizaines de partisans réels ou présumés de Ouattara, les

battant à mort à l’aide de briques, les exécutant à bout portant avec des fusils, ou les

brûlant vifs. Des femmes actives dans la mobilisation des électeurs—ou portant

simplement des t-shirts pro-Ouattara—sont prises pour cible et sont souvent victimes de

viols collectifs commis par des membres des forces armées ou des milices pro-Gbagbo. 18

Alors que les pressions internationales se multiplient pour que Gbago quitte le pouvoir, la

violence s’intensifie. La Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), contrôlée par le

17 La position de Gbagbo se fonde sur la décision rendue le 3 décembre 2010 par le Conseil constitutionnel, présidé par Paul Yao

N’Dre, un proche allié de Gbagbo, d’invalider les résultats annoncés par la commission électorale et de proclamer Gbagbo vainqueur.

Le conseil annule des centaines de milliers de bulletins de vote des régions du nord, où Ouattara a recueilli un soutien considérable,

invoquant de prétendues irrégularités dans le déroulement du scrutin. Lorsque le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU

pour l’Opération de l’ONU en Côte d’Ivoire a certifié les résultats annoncés par la commission électorale, il a également « certifié que la

proclamation [de la victoire de Gbagbo] par le Conseil constitutionnel ne reposait pas sur des faits ». Représentant spécial du

secrétaire général pour l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire, « Déclaration sur la certification des résultats définitifs du

second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 », Abidjan, 3 décembre 2010. Voir également Vijay Nambiar, « Dear

President Mbeki: The United Nations Helped Save the Ivory Coast », Foreign Policy, 17 août 2011,

http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/08/17/dear_president_mbeki_the_united_nations_helped_save_cote_d_ivoire

(consulté le 30 janvier 2013).

18 Human Rights Watch, « Ils les ont tués comme si de rien n’était » : Le besoin de justice pour les crimes post-électoraux en

Côte d’Ivoire, Index: 1-56432-819-8, 5 octobre 2011, http://www.hrw.org/fr/reports/2011/10/05/ils-les-ont-tu-s-comme-side-rien-n-tait.

25 HUMAN RIGHTS WATCH | AVRIL 2013

More magazines by this user
Similar magazines