24.06.2013 Vues

La Femme, est-elle un être inférieur? Son rôle ... - unesdoc - Unesco

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Jl i mi<br />

N° II<br />

19 5 5<br />

(8* année)<br />

France : 30 frs<br />

Belgique : 6 frs<br />

Suisse : 0,55 fr<br />

LA FEMME<br />

EST- ELLE<br />

UN ÊTRE<br />

INFÉRIEUR?<br />

Antiféminisme<br />

le/ complexe<br />

d'infériorité<br />

1 * i-<br />

m<br />

fr<br />

1<br />

UNE FENETRE OUVERTE SUR LE MONDE<br />

\


Vers les 100.000<br />

UNESCO<br />

Ar


Le<br />

N° |] - 1955<br />

8» ANNÉE<br />

PAGES<br />

3 EDITORIAL<br />

Courrier<br />

<strong>un</strong>i rcNlmc oururi suit li mondi<br />

4 LA FEMME, ASSOCIÉE<br />

à part égale, par Mme Myrdal.<br />

12 LE SEXE FORT<br />

par Ashley Montagu.<br />

SOMMAIRE<br />

44 PAG E S<br />

16 LE JOUR DE LA CASQUETTE BLANCHE<br />

photo-reportage.<br />

18 L'ÉDUCATION DU CORPS<br />

photo-reportage.<br />

20 FAITS ET CHIFFRES<br />

21 ANTIFÉMINISME ET COMPLEXE<br />

... d'Infériorité, par Maurice Duverger.<br />

22 COMMENT ELLES VOTENT<br />

... dans le monde entier.<br />

28 LES LOIS ET LES COUTUMES<br />

... <strong>un</strong>e course-poursuite.<br />

30 LA « PRIMITIVE » CETTE MÉCONNUE<br />

par Alfred Metraux.<br />

34 MA FEMME? ELLE NE FAIT RIEN...<br />

<strong>elle</strong> r<strong>est</strong>e à la maison, par Lucienne Noblet.<br />

35 DERRIÈRE LE VOILE<br />

... <strong>un</strong> nouveau visage, par A. H. Hourani.<br />

39 IDÉES COURTES ET CHEVEUX LONGS<br />

par Gabri<strong>elle</strong> Cabrini.<br />

41 NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT<br />

42 LONGITUDES ET LATITUDES<br />

Mensuel publié par<br />

L'Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science<br />

et la Culture.<br />

Bureaux de la Rédaction :<br />

<strong>Unesco</strong>, 19, avenue Kléber, Paris- 16*, France.<br />

Directeur-Rédacteur en Chef :<br />

Sandy Koffler.<br />

Secrétaires de rédaction :<br />

Edition française : Alexandre Leventis.<br />

Edition anglaise : Ronald Fenton.<br />

Edition espagnole : Jorge Carrera Andrade.<br />

Maquettiste :<br />

Robert Jacquemin.<br />

Chargés de la diffusion :<br />

Jean Groffier.<br />

U.S.A. : Henry Evans,<br />

Sauf mención spéciale de copyright, les articles et documents paraissant dans<br />

ce numéro peuvent <strong>être</strong> reproduits à condition d'<strong>être</strong> accompagnés de la men¬<br />

tion : Reproduit du « Courrier de l'<strong>Unesco</strong> ». Les articles ne doivent pas <strong>être</strong><br />

reproduits sans leur signature.<br />

Les manuscrits non sollicités peuvent <strong>être</strong> retournés à condition d'<strong>être</strong><br />

accompagnés d'<strong>un</strong> coupon-réponse international.<br />

Les articles paraissant dans le «Courrier» expriment l'opinion de leurs auteurs,<br />

non pas nécessairement c<strong>elle</strong>s de l'<strong>Unesco</strong> ou de la Rédaction.<br />

Abonnement annuel au «Courrier»: 300 francs fr.; 6/-î ou $1.50 par mandat<br />

C.C.P. Paris 12598-48, Librairie <strong>Unesco</strong>, 19, Av. Kleber,<br />

MC. 55. I. 96. F.<br />

Le Courrier. N" 11. 1955<br />

NOTRE COUVERTURE<br />

<strong>La</strong> main-d'luvre féminine <strong>est</strong> devenue <strong>un</strong><br />

facteur vital dans la vie économique de la<br />

plupart des pays du monde. Voici <strong>un</strong>e je<strong>un</strong>e<br />

ouvrière protégée par <strong>un</strong>e sorte de masque<br />

contre la projection de particules de bols.<br />

Photo copyright C.O.I. Londres<br />

Ce n'<strong>est</strong> pas par pur hasard que le nom d'Homo<br />

Sapiens a été donné à la race humaine. Les fem¬<br />

mes constituent la moitié de l'humanité et dans<br />

beaucoup de pays <strong>elle</strong>s dépassent numériquement<br />

les hommes. Cependant, pendant des siècles, on les a<br />

considérées comme des <strong>être</strong>s <strong>inférieur</strong>s. Elles ont coupé<br />

les arbres et tiré l'eau des puits ; <strong>elle</strong>s ont peiné dur pour<br />

<strong>un</strong>e contrepartie matéri<strong>elle</strong> minime et <strong>elle</strong>s ont bénéficié<br />

aux yeux de la société d'<strong>un</strong> mod<strong>est</strong>e statut. Elles ont reçu<br />

moins d'instruction, <strong>elle</strong>s ont été moins protégées par les<br />

lois et se sont vu refuser les plus élémentaires des droits<br />

civiques.<br />

Il <strong>est</strong> vrai que certaines femmes ont joué <strong>un</strong> <strong>rôle</strong> plus<br />

noble, plus important. Depuis les temps les plus reculés,<br />

les femmes ont régné. Mais dans la plupart des cas, leur<br />

histoire n'a pas varié : <strong>elle</strong>s'ont été reines ou esclaves. <strong>La</strong><br />

notion d'égalité des femmes et des hommes <strong>est</strong> <strong>un</strong>e con¬<br />

ception totalement nouv<strong>elle</strong> qui, à juste titre, <strong>est</strong> à porter<br />

au crédit de notre siècle.<br />

Un long chemin a été parcouru depuis la femme<br />

romaine, maintenue en tut<strong>elle</strong>, jusqu'à l'Anglaise Mary<br />

Wollstonecraft et sa « Revendication des droits de la<br />

femme » publiée à la fin du xvin0 siècle. Plus long encore<br />

<strong>est</strong> le chemin parcouru depuis la femme demeurant au<br />

foyer parmi ses enfants jusqu'à la femme directrice ou la<br />

déléguée à <strong>un</strong> congrès international, traitée sur <strong>un</strong> pied<br />

d'égalité avec ses collègues masculins. Au cours des cin¬<br />

quante dernières années, d'innombrables femmes ont<br />

franchi ce pas et bien d'autres encore feront certaine¬<br />

ment de même avant qu'il soit longtemps.<br />

L'égalité de la condition de la femme <strong>est</strong> désormais<br />

reconnue par <strong>un</strong> grand nombre de pays. Les droits de la<br />

femme sont affirmés dans la Charte des Nations Unies et<br />

ont été proclamés dans le monde entier par la Déclara¬<br />

tion Univers<strong>elle</strong> des Droits de l'Homme, adoptée il y a<br />

sept ans, le 10 décembre 1948 : « Libre et égale en dignité<br />

et en droits... sans distinction auc<strong>un</strong>e de race, de couleur,<br />

de sexe... »<br />

Les buts de l'<strong>Unesco</strong>, définis dans sa Constitution,<br />

consistent à promouvoir la collaboration entre les na¬<br />

tions grâce à l'éducation, la science et la culture, « afin<br />

d'assurer le respect de la justice, de la loi, des droits de<br />

l'homme et des. libertés fondamentales pour tous... ».<br />

A l'occasion de la Journée des Droits de l'Homme 1955,<br />

le Courrier de l'<strong>Unesco</strong> consacre ce numéro à <strong>un</strong> hjlan^<br />

des progrès accomplis par les femmes au cours"des der¬<br />

nières années dans leur lutte pour l'égalité, de.droits avec<br />

les hommes. 'Í {}', ,7>f3"<br />

\ / l'cl.ivc.


LA FEMME<br />

par<br />

Mme Alva Myrdal<br />

0<br />

Il y a quelques années, me trouvant au Japon, <strong>un</strong> journal<br />

de Tokio m'a demandé, au cours d'<strong>un</strong>e interview, d'éta¬<br />

blir <strong>un</strong>e comparaison entre les femmes japonaises et mes<br />

compatriotes, les Suédoises. Je me souviens d'avoir répondu<br />

que la différence principale résidait dans le fait que les<br />

femmes japonaises progressaient à <strong>un</strong> rythme bien plus<br />

rapide à t<strong>elle</strong> enseigne qu'il s'avérait difficile de prédire<br />

comment la nouv<strong>elle</strong> femme japonaise façonnerait, en défi¬<br />

nitive, son propre avenir.<br />

Là où l'évolution avait, en Occident, demandé <strong>un</strong> siècle ou<br />

plus, au Japon, et en quelques années seulement, il y a eu<br />

« télescopage ». Avant 1945, les femmes japonaises ne jouis¬<br />

saient d'_âuc<strong>un</strong>_drpit_ciyil. Elles ne pouvaient voter ou pos¬<br />

séder des biens ; souvent, « on » leur choisissait <strong>un</strong> mari et<br />

sous auc<strong>un</strong> prétexte, <strong>elle</strong>s ne pouvaient demander le divorce.<br />

Leur infériorité par rapport à l'homme était <strong>un</strong>e tradition.<br />

« LE MARI QUI BAT SA FEMME ». Ce que réclame la femme moderne, ce n'<strong>est</strong> pas seulement le<br />

droit de ne plus <strong>être</strong> battue par son mari, mais celui de ne pas se consacrer <strong>un</strong>iquement aux travaux<br />

ménagers et d'<strong>être</strong> traitée sur le même pied que l'homme dans tous les domaines de l'activité humaine.<br />

ASSOCIÉE A<br />

PART ÉGALE<br />

Mme Alva Myrdal, qui vient d'<strong>être</strong><br />

nommée ministre de Suède en Inde,<br />

Birmanie et Ceylan, <strong>est</strong> <strong>un</strong>e des grandes<br />

spécialistes mondiales des droits des<br />

femmes. Née à Upsala, <strong>elle</strong> a fait ses<br />

études à l'Université de Stockholm,<br />

et, depuis lors, <strong>elle</strong> a consacré toutes<br />

ses activités aux droits des femmes<br />

et à la sociologie. En 1949, <strong>elle</strong> a été<br />

nommée Directeur en chef du Départe¬<br />

ment des Affaires sociales au secréta¬<br />

riat des Nations Unies. Au cours de<br />

ces quatre dernières années, Mme<br />

Myrdal était à la tête du Département<br />

des Sciences sociales de l'<strong>Unesco</strong>.<br />

Auteur d'<strong>un</strong> nombre important d'étu¬<br />

des sociales, Mme Myrdal a écrit<br />

notamment, en collaboration avec Viola<br />

Klein, <strong>un</strong> livre « Women's Two lives »<br />

qui sera publié l'année prochaine.<br />

Photo <strong>Unesco</strong><br />

En 1950, quelque 15 millions de femmes s'étaient faites<br />

inscrire sur les listes électorales. En janvier 1953, les organi¬<br />

sations féminines comptaient sept millions d'adhérentes.<br />

Aujourd'hui, nombre de femmes entrent dans des carrières<br />

qui leur étaient inconnues jusqu'ici : industrie, commerce,<br />

administration gouvernementale, services diplomatiques et<br />

professions libérales.<br />

Nous vivons, à l'ère de la vitesse, des changements radi¬<br />

caux. Nulle part nous ne retrouvons le calme et la tranquillité<br />

du passé, quand les générations se succédaient les <strong>un</strong>es aux<br />

autres sans modification.<br />

Partout ce ne sont que turbulence et mouvement, si ce n'<strong>est</strong><br />

agitation et même dans les pays où apparemment la femme<br />

semble <strong>être</strong> <strong>un</strong>e masse immobile, sans voix, les influences qui<br />

se jouent autour d'<strong>elle</strong> et les images qui frappent son esprit<br />

sont nouv<strong>elle</strong>s et différentes. Ceci ne peut pas <strong>être</strong> sans effet<br />

et doit provoquer quelques remous ou<br />

trouble.<br />

Mais ce ferment d'idées nouv<strong>elle</strong>s <strong>est</strong>-<br />

il créatif, positif, ou bien n'<strong>est</strong>-il rien<br />

d'autre qu'<strong>un</strong>e forme d'anxiété ? Est-il<br />

organisé et dirigé de t<strong>elle</strong> sorte que<br />

nous puissions le dénommer progrès ?<br />

ou bien mène-t-il simplement à la dé¬<br />

sorganisation, à la désintégration du<br />

monde féminin sans lui donner en<br />

échange <strong>un</strong>e vie meilleure ?<br />

Qu<strong>elle</strong> que soit notre opinion sur les<br />

événements actuels, <strong>un</strong>e chose me<br />

semble évidente : il <strong>est</strong> impossible à<br />

<strong>un</strong>e société de se dire « avancée », de se<br />

lancer sur la route du progrès techno¬<br />

logique et de continuer en même temps<br />

à maintenir les femmes dans leur état<br />

primitif d'infériorité.<br />

Expliquer à <strong>un</strong> Occidental les chan¬<br />

gements fantastiques qui affectent au¬<br />

jourd'hui le <strong>rôle</strong> de la femme pourrait<br />

lui paraître futile. Sans parler des per¬<br />

sonnalités internationalement connues,<br />

comme Eleanor Roosevelt, Mme Pandit<br />

et quelques femmes écrivains et sa¬<br />

vantes célèbres, le type de la femme<br />

moderne <strong>est</strong> accepté en Occident. Ce<br />

type a parcouru <strong>un</strong> long chemin depuis<br />

la naissance de la période d'émancipa¬<br />

tion de 1900, à l'époque où le « bas


leu » était salué d'<strong>un</strong> sourire affecté ou d'<strong>un</strong> coup d'iil en<br />

coulisse.<br />

Aujourd'hui, la femme de carrière, la responsable, la parle¬<br />

mentaire, l'avocate, la doctoresse ou la savante ne sont plus<br />

des nouveautés. Toutes sont acceptées loyalement et traitées<br />

comme n'importe quel autre de leurs collègues masculins.<br />

Ce tait revêt <strong>un</strong>e t<strong>elle</strong> importance pour moi que je le met¬<br />

trais volontiers en tête de la liste des réalisations les plus<br />

importantes de notre époque, dans ce que nous appelons vul¬<br />

gairement le monde occidental. Mais cela s'applique aussi à<br />

des pays d'Europe orientale, et dans <strong>un</strong>e proportion moins<br />

importante à d'autres nations en Asie, t<strong>elle</strong> l'Inde où le<br />

ministre de la Santé, Mme Rajkumari Amrit Kaur, par<br />

exemple, n'<strong>est</strong> pas seulement <strong>est</strong>imée en tant que femme<br />

mais pour ses aptitudes professionn<strong>elle</strong>s en tant que person¬<br />

nalité offici<strong>elle</strong>.<br />

Bien que les femmes soient parvenues<br />

à l'octroi des droits égaux à ceux des<br />

hommes dans certains pays avancés, il y<br />

a malgré tout <strong>un</strong> certain nombre de<br />

« mais » et de « si » qui doivent <strong>être</strong> pris<br />

en considération. Cependant, il <strong>est</strong> indu¬<br />

bitable que les inégalités s'aplaniront.<br />

Il faudra plus de temps cependant<br />

pour modifier l'opinion publique. Les gens<br />

se cramponnent aux idées désuètes même<br />

si, depuis des années, <strong>elle</strong>s ne correspon¬<br />

dent plus à la réalité. Rien de plus décou¬<br />

rageant que les référendums sur les proolèmes<br />

des femmes, y compris les réponses<br />

données par les femmes <strong>elle</strong>s-mêmes. Les<br />

répétitions irraisonnées d'opinions aussi<br />

périmées que vénérables certes (« la<br />

place de la femme <strong>est</strong> à la maison »<br />

« <strong>un</strong>e femme ne doit plus travailler<br />

quand <strong>elle</strong> <strong>est</strong> mère »), figurent en bonne<br />

place en compagnie des points de vue les<br />

plus étudiés de ceux qui confrontent leurs<br />

opinions avec <strong>un</strong> autre compartiment de<br />

leur cerveau qui a accepté le <strong>rôle</strong> des<br />

femmes aussi bien au travail qu'à la<br />

maison. Ceci <strong>est</strong> particulièrement dan¬<br />

gereux car on perpétue ainsi l'idée que la<br />

maternité et l'association totale dans la<br />

vie économique et civique sont complète¬<br />

ment incompatibles, alors que les faits<br />

prouvent le contraire. <strong>La</strong> durée actu<strong>elle</strong><br />

de la vie féminine dans les pays indus¬<br />

triels <strong>est</strong> en moyenne de soixante-dix ans.<br />

Ceci signifie qu'<strong>un</strong>e je<strong>un</strong>e fille qui se<br />

marie entre vingt et vingt-cinq ans peut<br />

envisager <strong>un</strong> avenir de plus de cinquante<br />

années. Cela lui donne le temps de pré¬<br />

voir <strong>un</strong>e période de maternité (générale¬<br />

ment, bien que pas nécessairement, plus<br />

brève qu'à l'époque de ses aïeules, étant<br />

donné que les familles sont moins nom¬<br />

breuses) de travailler, et d'avoir <strong>un</strong>e<br />

période d'activité comm<strong>un</strong>autaire (pas<br />

moins courte que c<strong>elle</strong> dôn<br />

les hommes et les célibataires du temps<br />

de son aïeule).<br />

Les suffragettes<br />

1955 sont mariées<br />

M. aïs jetons <strong>un</strong> coup d'mil sur le<br />

r<strong>est</strong>e du monde. Les problèmes et<br />

les perspectives ne sont pas sem¬<br />

blables, mais les signes du progrès y<br />

sont aussi marqués. D'après les observa¬<br />

tions que j'ai pu faire à l'étranger à la<br />

demande de l'<strong>Unesco</strong>, et d'après les enquêtes auxqu<strong>elle</strong>s<br />

l'<strong>Unesco</strong> <strong>elle</strong>-même a pu se livrer, j'ai recueilli des impressions<br />

profondes sur la rapidité des progrès réalisés en ce qui<br />

concerne les droits des femmes, dans des pays oùJa~mo_olgrnisaiJDn^tJ/industrialisation,.sont.en<br />

plein essor. A l'image<br />

du Japon, dont'J'ai "déjà" parléi le Pakistan et le monde arabe<br />

en sont à ce stade.<br />

Tandis que dans ces pays ni la prolongation de la vie ni le<br />

niveau général d'éducation n'ont encore permis aux femmes<br />

d'accéder à <strong>un</strong> nouveau stade de développement, il n'en de¬<br />

meure pas moins qu'<strong>un</strong> nouveau type de femme émerge.<br />

Bien qu'en petit nombre, ces groupes de femmes n'en for¬<br />

ment pas moins aujourd'hui <strong>un</strong> noyau directeur féminin..<br />

<strong>La</strong> plupart d'entre <strong>elle</strong>s ont déjà en mains leurs diplômes<br />

d'études secondaires et certaines même ont <strong>un</strong>e formation<br />

<strong>un</strong>iversitaire. Aujourd'hui,' et de leur propre gré, on les pré<br />

Le Courrier. N> 11. 1955<br />

pare à participer à la vie comm<strong>un</strong>autaire ainsi qu'à d'autres<br />

activités civiques. Bien que ceci ne comporte que des pers¬<br />

pectives r<strong>est</strong>reintes en comparaison avec le travail effectué<br />

dans des situations offici<strong>elle</strong>ment reconnues, il <strong>est</strong> indubitable<br />

que les femmes ont ainsi de plus grandes possîmiites<br />

/quë~les hommes d'étudier les méthodes en vigueur dans les<br />

affaires, ainsi que les principes d'<strong>un</strong>e organisation efficiente.<br />

Leur régularité et leur honnêteté feront d'<strong>elle</strong>s des atouts<br />

politiques bien définis pour leur pays <strong>un</strong>e fois qu'<strong>elle</strong>s auront<br />

été totalement acceptées.<br />

Bien que le pourcentage actuel de leur progression soit<br />

aussi spectaculaire que celui de leurs cons dans des pays<br />

plus développés, leurs problèmes ne sont, pas les mêmes. Elles<br />

ne sont pas encore totalement intégrées au sein de leur<br />

société nationale. Cependant, il semble qu'<strong>elle</strong>s aient été en<br />

mesure de trouver le moyen de mener de pair_ leurs occupa¬<br />

tions de mère de famille et <strong>un</strong>e vie sociale active. Ceci <strong>est</strong><br />

Pho.tos copyright Rapho par L<strong>un</strong>d Hansen<br />

« MADAME LE MINISTRE A NEUF ENFANTS. » Une mère de neuf enfants a été nommée<br />

l'an dernier Ministre du Commerce au Danemark. Il s'agit de Mme Lies Groes que voici dans le jardin<br />

de sa maison à Ryvangen. Elle sait allier les responsabilités de sa charge avec c<strong>elle</strong>s de sa famille, mais<br />

<strong>elle</strong> n'a plus le temps de se consacrer à son passe-temps favori : collectionner de vieilles porcelaines.<br />

Une autre femme détient <strong>un</strong> portefeuille dans le cabinet danois : Mme Bodil Koch, Ministre des Cultes.<br />

d'autant plus remarquable que la plupart de ces « leaders<br />

féminins sont mariées, et ont des enfants, contrairement<br />

aux dirigeantes des mouvements de suffragettes du début<br />

du siècle.<br />

Leur principal problème consiste en cette nécessité de par¬<br />

tager leur propre progrès avec les autres femmes des couches<br />

plus pauvres de la société, qui sont de loin plus nombreuses.<br />

Ce problème a fait l'objet cette année d'<strong>un</strong>e conférence<br />

groupant au Liban* 40 dirigeants féminins représentant 5 na¬<br />

tions arabes. Leur souci pratique le plus immédiat était de<br />

savoir comment atteindre les villageoises afin d'effectuer <strong>un</strong><br />

travail en comm<strong>un</strong>, et de se guider sur leurs besoins pour<br />

dresser <strong>un</strong> plan de réformes sociales, en les instruisant et<br />

en leur donnant des facilités de travail dans tous<br />

les secteurs de l'économie. (Suite<br />

Un autre problème qui peut-<strong>être</strong> n'<strong>est</strong> pas page 8)


Photo N.Y. State Commission against Discrimination<br />

CONDUCTRICE (U.S.A.)<br />

Photo copyright CO.!., Londres<br />

MÉCANICIENNE (Angleterre)<br />

Photo copyright Paul Almasy<br />

ARTISTE-PEINTRE (Japon)<br />

Photo Ambassade britannique, Paris<br />

CHEF D'ORCHESTRE (Angleterre)<br />

Photo copyright Magnum par Cartier Bresson<br />

RECEVEUSE (Angleterre)<br />

DRESSEUSE (France)<br />

Photo copyright Paul Almasy<br />

CHEMINOT (U.S.A.)<br />

Photo USIS<br />

Photo copyright Paul Almasy<br />

SPEAKERINE (Andorre)


Photo copyright Louise de Bea<br />

ARCHITECTE (France)<br />

Photo copyright Magnum par Jean Marquis<br />

AGENT DE POLICE (Hongrie)<br />

METTEUR EN SCÈNE (Italie)<br />

Photo copyright Magnum par Kryn Taconis<br />

Photo copyright Magnum par David Seymour<br />

MAITRE DE BALLET (Italie)<br />

OUVRIÈRE D'USINE (U.S.A.)<br />

Photo USIS<br />

Le Courrier. N'> U. 1955<br />

/ A \<br />

Photo copyright Paul Aimas)<br />

DENTISTE (Norvège)<br />

Photo copyright Paul Almasy<br />

AVOCATE (France)<br />

HOTESSE DE L'AIR (Mexique)<br />

Photo copyright Magnum par Homer Page


ASSOCIÉE A PART ÉGALE<br />

(Suite de la page S)<br />

encore suffisamment senti par les femmes des pays où la<br />

progression économique se développe à grands pas, consiste<br />

dans la nécessité d'éviter que la transition entre l'ancien et le<br />

moderne ne s'effectue d'<strong>un</strong>e façon t<strong>elle</strong>ment rapide que les<br />

caractéristiques et les valeurs cultur<strong>elle</strong>s et nationales se per¬<br />

dent. Il ne suffit pas seulement d'empr<strong>un</strong>ter des méthodes<br />

nouv<strong>elle</strong>s à des pays qui sont déjà « arrivés ».<br />

« L'occidentalisation » du vêtement féminin, de l'ameuble¬<br />

ment et de la décoration du logis en <strong>est</strong> <strong>un</strong> exemple. Chaque<br />

culture a son sens propre des couleurs, des formes et des<br />

textures, ainsi que de leur harmonisation. Ce sens <strong>est</strong> la<br />

résultante d'<strong>un</strong> long entraînement auquel se joint <strong>un</strong>e abon¬<br />

dance d'impulsions provenant des conditions ambiantes. Il<br />

<strong>est</strong> difficile d'espérer d'<strong>un</strong>e femme entraînée et façonnée<br />

20 MILLIONS DE FEMMES<br />

TRAVAILLENT AUX U.S.A.<br />

selon <strong>un</strong>e culture particulière qu'<strong>elle</strong> puisse utiliser des élé¬<br />

ments d'<strong>un</strong>e culture étrangère et le faire avec <strong>un</strong>e maîtrise<br />

qui relève de la perfection. L'Orient ne peut concurrencer<br />

l'Occident en matière de confection et d'ameublement en<br />

acajou ; les femmes occidentales ne peuvent espérer porter le<br />

sari avec autant de grâce que leurs cons indiennes.<br />

Actu<strong>elle</strong>ment, le monde a besoin de tous les atouts culturels<br />

dont il dispose et il n'a nullement besoin de la paupérisation<br />

de ces atouts au nom de l'<strong>un</strong>iformité-<br />

Tant l'Organisation des Nations Unies que l'<strong>Unesco</strong> se sont<br />

employées depuis des années à susciter le respect des droits<br />

de la femme à travers le monde.<br />

Quand les Nations Unies furent créées en 1945, <strong>elle</strong>s pro¬<br />

clamèrent dans leur Charte « leur foi dans les droits fonda¬<br />

mentaux des droits de l'homme, dans la dignité et la valeur<br />

de l'<strong>être</strong> humain, dans l'égalité des droits de. l'homme et de<br />

la femme. »<br />

De longue date, le métier d'infirmière <strong>est</strong> traditionnel dans la plupart des<br />

pays, mais c'<strong>est</strong> seulement depuis moins d'<strong>un</strong> siècle que l'on exige pour cette<br />

profession <strong>un</strong>e formation approfondie et des qualifications spéciales. Les<br />

infirmières américaines photos ci-contre forment cependant <strong>un</strong> groupe<br />

relativement r<strong>est</strong>reint des « femmes au travail » dans leur pays, où plus de<br />

vingt millions de femmes sont employées dans les diverses branches de<br />

l'économie nationale. Sur ce chiffre on compte 9.250.000 femmes mariées<br />

près de 50 % ce qui s'explique par le fait que les je<strong>un</strong>es gens se marient<br />

très tôt et que les maris ne gagnent pas toujours suffisamment pour s'offrir<br />

les automobiles, les réfrigérateurs,, les postes de télévision et en général<br />

tout ce que la vie moderne « exige ». Récemment, le Secrétaire américain<br />

au Travail a déclaré : « <strong>La</strong> main-d' féminine fait l'objet d'<strong>un</strong>e demande<br />

qui continuera à croître. On offrira notamment aux femmes des emplois<br />

qu'<strong>elle</strong>s ont eu peu d'occasions d'occuper jusqu'ici. » L'avenir des '«fem¬<br />

mes au travail » semble par conséquent très brillant aux États-Unis.<br />

Depuis lors, l'O.N.U. a été l'instnu3i£iri.qui_a accordé à des<br />

dizaines et des dizaines dé~mïïliers de femmes~a travers le<br />

Photos" U.S.l.S.


laBIMK<br />

FUTURES MONITRICES<br />

DE VILLAGES<br />

Le Courrier. N- 11. 1955<br />

85 % des habitants de Ceylan vivent dans les régions rurales et, pour les<br />

villageois, le bien-<strong>être</strong> de la comm<strong>un</strong>auté dépend en grande partie de la<br />

population féminine. Pour aider ces femmes à progresser dans les domaines<br />

éducatif, économique et culturel, le Gouvernement de Ceylan s'appuie<br />

notamment sur le <strong>La</strong>nka Manila Samiti (Instituts féminins de Ceylan), mouve¬<br />

ment fondé ¡I y a vingt-cinq ans. L'activité de ces institutions couvre l'édu¬<br />

cation générale, la santé et s'applique au développement des Industries<br />

rurales. <strong>La</strong> formation des monitrices de villages <strong>est</strong> assurée par <strong>un</strong> centre<br />

situé à Kaduwela, près de Colombo. <strong>La</strong> photo de gauche représente <strong>un</strong>e<br />

Infirmière indiquant à des petits villageois les précautions à prendre en<br />

buvant de l'eau. Les panneaux de démonstration sont exécutés au Centre<br />

d'Education de Base. Les deux autres photos montrent des stagiaires s'exer-<br />

çant à l'aide d'outils fournis grâce aux Bons d'Entraide de l'<strong>Unesco</strong>.<br />

Photos O.M.S. et <strong>Unesco</strong> par Eric Schwab.<br />

monde <strong>un</strong> droit élémentaire dont <strong>elle</strong>s avaient été privées<br />

auparavant, celui de leur participation aux affaires civiques<br />

de leur pays.<br />

Dès 1946, 1'O.N.U. constitue sa Commission sur le statut<br />

des femmes qui a pour tâche d'étudier le statut politique,<br />

économique, civil, social et culturel des femmes dans tous<br />

les pays. Le but fondamental du travail de cette Commission<br />

et celui qui s'<strong>est</strong> avéré <strong>être</strong> immédiatement <strong>un</strong> succès fut la<br />

campagne en vue d'obtenir par le monde entier la reconnais¬<br />

sance du droit de vote pour les femmes et de leur accorder<br />

l'égalité des droits avec les hommes.<br />

En décembre 1952, <strong>un</strong>e Convention Internationale sur les<br />

droits politiques des femmes était prête à <strong>être</strong> signée. Cette<br />

Convention <strong>est</strong> entrée en vigueur en juillet 1954, ratifiée par<br />

20 pays : ils sont maintenant 40 à l'avoir signée.<br />

L'O.N.U. poursuit son travail sur <strong>un</strong> double plan : d'abord,<br />

par l'examen scrupuleux des clauses légales actu<strong>elle</strong>s .afin<br />

d'attirer l'attention sur les nombreuses imperfections et<br />

lac<strong>un</strong>es dans le domaine de la protection des droits<br />

de la femme; deuxièmement, en publiant annu<strong>elle</strong>ment <strong>un</strong><br />

rapport avec l'appui de l'Assemblée générale afin d'opérer<br />

tel <strong>un</strong> « groupe de pression » de. l'opinion publique sur les<br />

Etats récalcitrants. Petit à petit, cette mise au point inter¬<br />

nationale a été réalisée; il en <strong>est</strong> résulté de nombreux rap¬<br />

ports d'informations qui donnent la situation exacte des<br />

droits de la femme mariée par rapport à sa nationalité, sur<br />

le droit de propriété de son nom, sur son droit (souvent<br />

bafoué) de veiller sur ses enfants. L'O.I.T. s'<strong>est</strong> occupée du<br />

problème du salaire égal à travail égal, des conditions de<br />

travail des femmes et des possibilités "de l'éducation profes¬<br />

sionn<strong>elle</strong>.<br />

En ce qui concerne l'<strong>Unesco</strong>, cette organisation a consacré<br />

ses efforts à l'amélioration de la condition de la femme en<br />

attirant l'attention sur les progrès ou les retards concernant<br />

l'accession de la femme à l'instruction et en effectuant des<br />

études spéciales sur la complexité des facteurs qui favorisent<br />

ou retardent le progrès de la femme.<br />

En plus des études et des rapports généraux et<br />

statistiques sur les conditions élaborées annu<strong>elle</strong>-


ASSOCIÉE A PART ÉGALE<br />

(Suite)<br />

ment en collaboration avec le Bureau International de l'Edu¬<br />

cation (Genève), l'<strong>Unesco</strong> a effectué des enquêtes sur les<br />

possibilités d'éducation dans trois pays totalement différents<br />

(Chili, Inde et Yougoslavie enquêtes ré<strong>un</strong>ies sous le titre de<br />

« Les femmes et l'éducation »).<br />

D'<strong>un</strong>e importance considérable sont les séries d'enquêtes<br />

actu<strong>elle</strong>ment en cours sur le préjugé social profondément<br />

enraciné qui s'exerce contre l'acceptation plus rapide de la<br />

véritable égalité de la femme et de là contre l'utilisation<br />

totale de lai« main-d'nuvre féminine » dans certains pays.<br />

L'<strong>Unesco</strong> s'<strong>est</strong> attachée à établir des études comparatives<br />

sur des sujets tels que les tribulations et les difficultés que<br />

rencontrent les femmes à participer à la vie politique en<br />

Europe, sur les obstacles propres aux traditions, obstacles<br />

auxquels <strong>elle</strong>s se heurtent pour accéder à l'éducation au<br />

Japon, au Mexique et au Pakistan; sur la participation<br />

active des femmes aux comm<strong>un</strong>autés locales dans le sud<br />

asiatique.<br />

EN U.R. S. S.<br />

Plus de 2.080.000 femmes travaillent<br />

dans les établissements scientifiques,<br />

culturels et d'enseignement. Environ<br />

77.000 exercent <strong>un</strong>e activité scienti¬<br />

fique dans les <strong>un</strong>iversités, instituts,<br />

académies. L'Académie des sciences<br />

compte parmi ses collaborateurs<br />

scientifiques 40 % de femmes. Plus<br />

d'<strong>un</strong> million professent dans l'ensei¬<br />

gnement primaire et secondaire. Les<br />

ingénieurs ou techniciennes sont<br />

environ <strong>un</strong> demi-million. Plus de<br />

deux millions travaillent dans les<br />

établissements de santé publique et<br />

les établissements sportifs. 348 sont<br />

députés au Soviet Suprême. 2.209<br />

sont députés aux Soviets Suprêmes<br />

des républiques fédérées et autono¬<br />

mes, et plus de 500.000 aux Soviets<br />

locaux. De gauche à droite : Lyda<br />

Pyshkina a acquis <strong>un</strong>e notoriété dans<br />

la soudure électrique. Raîssa<br />

Sataïeva, chirurgien en chef d'<strong>un</strong>e<br />

clinique ukrainienne (à gauche)<br />

Ekaterina Belachova, travaille<br />

au buste d'Alexandre Pouchkine.<br />

Photos Bureau d'Information soviétique.<br />

Nombre de ces études n'ont pas encore été éditées mais<br />

toutes sont, par leurs informations, très intéressantes.<br />

Le rapport. étroit entre l'évolution_économique.^et<br />

cipation de la femme (thème principal de cet article) rend<br />

la recherche"du~<strong>rôle</strong>~ des femmes dans les toutes premières<br />

étapes du développement économique très intéressante. Il<br />

<strong>est</strong> extrêmement étonnant de voir combien ce sujet <strong>est</strong> peu<br />

connu et il semblerait même qu'<strong>un</strong> voile s'étende sur les<br />

études économiques d'industrialisation dès qu'il s'agit des<br />

femmes. C'<strong>est</strong> pour cette raison que l'<strong>Unesco</strong> vient d'entre¬<br />

prendre <strong>un</strong>e étude très poussée sur l'apparition des premiers<br />

« leaders » féminins en Afrique occidentale. Ceci peut jeter<br />

<strong>un</strong>e lumière sur quelques-<strong>un</strong>s des principaux problèmes.<br />

Est-ce que les femmes<br />

représentent le statu quo ?<br />

Les femmes, par exemple, ont-<strong>elle</strong>s tendance à ralentir le<br />

progrès social ? Aiment-<strong>elle</strong>s, comme les vieillards,<br />

demeurer dans cette sécurité et cette sûreté du village<br />

tandis que l'homme se déplace pour chercher du travail ?<br />

Est-ce la femme qui refuse d'abandonner les anciennes nor¬<br />

mes bien établies en matière dom<strong>est</strong>ique, agricole, médicale,<br />

plutôt que d'en accepter les améliorations ? Est-ce la femme<br />

qui entretient les superstitions et craint l'éclat de la réalité<br />

et de la raison ?<br />

10<br />

Dans <strong>un</strong>e certaine proportion, les femmes sont venues<br />

pour représenter le statu quo et pour exercer <strong>un</strong>e action<br />

préventive car on a attendu d'<strong>elle</strong>s qu'<strong>elle</strong>s réagissent de<br />

cette manière et <strong>elle</strong>s n'ont pas été attirées vers les modifi¬<br />

cations et le développement continuels du progrès.<br />

Prenons l'histoire de Jinja en Uganda. L'installation d'<strong>un</strong>e<br />

gigantesque centrale électrique aux Owen Falls sur le Nil a<br />

permis de développer l'industrialisation à <strong>un</strong> rythme prodi¬<br />

gieusement rapide. Les méthodes agricoles désuètes furent<br />

abandonnées et <strong>un</strong>e vie nouv<strong>elle</strong>, grouillante y <strong>est</strong> née. Il<br />

y avait du travail en masse mais pour sept hommes employés,<br />

il n'y avait qu'<strong>un</strong>e femme. Pour ces hommes, travailler signi¬<br />

fiait l'abandon de la vie de famille et leur relogement dans<br />

des constructions préfabriquées, dotées des installations col¬<br />

lectives et sanitaires propres à la vie occidentale. Dans le<br />

rapport qu'<strong>elle</strong> a présenté l'an dernier à Rome au cours de la<br />

Conférence mondiale sur la population, organisée sous les<br />

auspices de l'<strong>Unesco</strong>, Mme Rhona Sofer a dit des foyers de<br />

Bukesa qu'ils- constituaient <strong>un</strong> centre des mieux urbanisés;<br />

« la plupart des foyers n'ont pas de femmes adultes et<br />

comprennent seulement 4 % d'enfants » <strong>un</strong> enfant par<br />

ménage. <strong>La</strong> femme citadine, ajouta-t-<strong>elle</strong>, « se trouve <strong>elle</strong>même<br />

dans l'impossibilité d'exercer les fonctions que lui<br />

donne le statut du système traditionnel », et <strong>elle</strong> <strong>est</strong> dans<br />

l'incapacité de guider ses enfants vers <strong>un</strong> nouveau mode de<br />

vie. Aujourd'hui, à Jinja, la plupart des Africains trouvent<br />

que leur endoctrinement et leur éducation sociale ne les ont<br />

pas mis en mesure d'affronter les normes de vie auxqu<strong>elle</strong>s<br />

ils doivent actu<strong>elle</strong>ment faire face.<br />

Il résulte de ce progrès économique <strong>un</strong>e vie urbaine dans<br />

<strong>un</strong>e société collective masculine où les hommes sont considé¬<br />

rés comme des célibataires, tandis que les femmes sont lais¬<br />

sées de côté ou se révoltent contre les traditions du paterna¬<br />

lisme. Quand les femmes viennent à la ville, <strong>elle</strong>s résistent<br />

avec force à la volonté de leurs maris qui veulent les traiter<br />

en subordonnées, avec ce résultat, déclare Rhona Sofer, que<br />

« la région pullule de femmes oisives ayant abandonné leur<br />

mari ».<br />

Donc, conceptions arriérées et désorganisation constituent<br />

la seule alternative qui s'offre aux femmes dans cette période<br />

transitoire particulière. Cependant à cette même conférence,<br />

Mme Yonina Talmon-Garber a fait <strong>un</strong> exposé totalement dif¬<br />

férent sur les comm<strong>un</strong>autés agricoles en Israël. Là, il <strong>est</strong><br />

fréquent que les femmes même c<strong>elle</strong>s originaires des terri¬<br />

toires africains retournent chez <strong>elle</strong>s et retrouvent leurs<br />

enfants après avoir acquis des méthodes et des idées nou¬<br />

v<strong>elle</strong>s, car on leur offre des emplois tout à fait indépendants.<br />

Des anthropologues et des sociologues ont signalé des expé¬<br />

riences similaires à c<strong>elle</strong>s vécues en Israël, notamment en<br />

Afrique, où l'on a pris soin d'embaucher des femmes pour<br />

des emplois spécifiques et de leur assurer des contacts sociaux<br />

variés.<br />

Selon des études sociales, trop rares encore, il s'avère que<br />

les femmes pourraient <strong>être</strong> d'exc<strong>elle</strong>ntes innovatrices. Elles<br />

ont la possibilité de susciter de nouv<strong>elle</strong>s méthodes qui pro-


voqueront de nouv<strong>elle</strong>s façons de penser, exactement à la<br />

place où cela a le plus d'importance : au foyer. C'<strong>est</strong> là que<br />

la mère occupe <strong>un</strong>e place stratégique qui lui permet de pro¬<br />

mouvoir des modifications sociales et d'étendre son influence<br />

sur tous les membres du foyer.<br />

Non discrimination<br />

entre les sexes<br />

Jusqu'à présent, en poursuivant sa tâche pour l'éducation<br />

de base et pour <strong>un</strong> travail éducatif plus didactique,<br />

l'<strong>Unesco</strong> s'<strong>est</strong> engagée sur la voie de l'hypothèse de la<br />

« non discrimination entre les sexes ». Cet objectif <strong>est</strong> loua¬<br />

ble. Mais les experts sociaux se demandent s'il ne serait pas<br />

plus rentable de dresser <strong>un</strong> nouveau programme de dévelop¬<br />

pement, plus efficient et plus avantageux pour tous et qui<br />

pourrait <strong>être</strong> dirigé plus directement par les femmes. Ceci<br />

reviendrait à étalonner les nouv<strong>elle</strong>s réformes sur le mode<br />

de vie quotidienne, sur les demandes de consommation, sur<br />

les besoins des gens, et leur permettre de se développer à<br />

partir des facteurs fondamentaux jusqu'à ce qu'ils englobent<br />

toute la vie économique. <strong>La</strong> transformation de l'économie<br />

sociale apparaîtrait comme le résultat de modifications dans<br />

l'économie dom<strong>est</strong>ique, et non comme cela se passe géné¬<br />

ralement, en augmentant la productivité et en laissant à<br />

chaque <strong>être</strong> humain le soin de s'adapter au mieux. Les<br />

femmes naturel¬<br />

lement s'adaptent<br />

facilement et<br />

s'adapteront aux<br />

demandes. Elles<br />

garantissent que<br />

l'introduction de<br />

nouv<strong>elle</strong>s condi¬<br />

tions et de nou¬<br />

v<strong>elle</strong>s méthodes<br />

de vie extérieures<br />

au foyer ne heur¬<br />

teront pas trop<br />

les individus.<br />

Mais il existe des<br />

preuves qu'<strong>elle</strong>s<br />

désireraient <strong>elle</strong>s-<br />

mêmes donner,<br />

forme et sub¬<br />

stance à de nou¬<br />

v<strong>elle</strong>s . méthodes<br />

de vie et ne plus<br />

se borner simple¬<br />

ment à jouer <strong>un</strong><br />

<strong>rôle</strong> passif ; <strong>elle</strong>s<br />

aimeraient plutôt<br />

<strong>être</strong> des partenai¬<br />

res de ce grand<br />

processus qui re-<br />

f o n d actu<strong>elle</strong>¬<br />

ment la société<br />

humaine ; <strong>elle</strong>s<br />

sont prêtes à al¬<br />

ler de l'avant et à<br />

garantir que le<br />

progrès <strong>est</strong> <strong>un</strong> progrès réel et pas simplement <strong>un</strong>e modifica¬<br />

tion.<br />

De tels problèmes figureront dans le futur à l'ordre du jour<br />

des séances de l'O.N.U. et de ses Institutions spécialisées.<br />

Prenons <strong>un</strong> exemple : comment l'Assistance Technique<br />

peut-<strong>elle</strong> <strong>être</strong> utilisée afin d'éveiller les capacités encore en¬<br />

dormies des femmes et de leur faire jouer <strong>un</strong> <strong>rôle</strong> dans l'amé¬<br />

lioration du standard de vie des peuples ?<br />

Comment susciter des programmes d'éducation de base<br />

afin de pouvoir mobiliser « l'effet multiplicateur » des fem¬<br />

mes en tant qu'agents éducateurs et utiliser leurs princi¬<br />

paux promoteurs pour atteindre ces sphères de la vie cultu¬<br />

r<strong>elle</strong> non encore touchées par des écoles traditionn<strong>elle</strong>s?<br />

Quand ce jour naîtra, on comprendra dans le monde ce<br />

qui semble <strong>être</strong> encore incompris maintenant, à savoir que<br />

la reconnaissance des revendications des femmes aux Droits<br />

humains ne vise pas seulement à l'octroi d'avantages.<br />

Il ne peut s'agir seulement de transformer en réalités ces<br />

principes égalitaires que toutes les démocraties se doivent<br />

d'honorer si <strong>elle</strong>s veulent justifier leur titre de démocratie.<br />

Le but réel <strong>est</strong> quelque chose de plus fondamental : la<br />

participation des femmes en tant que partenaires à 100 %<br />

dans la vie économique, sociale et cultur<strong>elle</strong> d'<strong>un</strong>e na¬<br />

tion.<br />

Lorsque cela sera réalisé, et que les femmes joueront<br />

.totalement leur <strong>rôle</strong>, les résultats en ce qui concerne le bien<strong>être</strong><br />

de tous les peuples du monde seront incommensurables.<br />

Le saviez-vous<br />

Le Courrier. N" 11. 1955<br />

J_7N 1954, le Parlement danois comprenait 26 dépu¬<br />

tés femmes et 201 députés hommes; le Conseil indien<br />

des Etats et de la Chambre du Peuple comporte<br />

33 membres féminins et 682 représentants masculins;<br />

le Knesset, Assemblée législative d'Israël, compte<br />

12 femmes et 108 hommes; en outre, en janvier 1953,<br />

sur 630 députés siégeant à la Chambre des Com¬<br />

m<strong>un</strong>es britannique, il y avait 24 représentants du<br />

sexe féminin. Enfin, les élections américaines de 1953<br />

ont envoyé 12 femmes au Congrès.<br />

L > a Constitution syrienne accorde le droit de vote<br />

aux hommes et aux femmes à partir de dix-huit ans,<br />

envoie à la deputation les citoyens de vingt-cinq ans<br />

et ayant de l'instruction, dénie à toute femme le<br />

droit d'<strong>être</strong> élue à la présidence de la République.<br />

U, ne femme indienne au teint cuivre rouge, aux<br />

cheveux noirs de jais, siège à l'Assemblée nationale<br />

du Venezuela. <strong>Son</strong> nom? Aurora Montiel. Elle <strong>est</strong> la<br />

seule qui, s'adressant à ses collègues, a la permission<br />

d'utiliser l'idiome de sa tribu. Aurora Montiel <strong>est</strong><br />

toujours revêtue d'<strong>un</strong>e longue t<strong>un</strong>ique blanche, bro¬<br />

dée de fleurs multicolores, et porte des colliers et des<br />

boucles d'oreilles en or ciselées par les hommes de<br />

sa tribu.<br />

E. /n Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Canada,<br />

Chili, Danemark, Etats-Unis, Finlande, France,<br />

Israël, Philippines, Suède, les établissements d'ensei¬<br />

gnement secondaire comportent <strong>un</strong>e majorité d'élèves<br />

du sexe féminin.<br />

E, fN Suède, selon le dernier recensement de 1950, la<br />

population féminine s'élevait à 3.537.000 habitants<br />

sur <strong>un</strong> total de 7.044.000. 832.000 femmes travail¬<br />

laient à plein temps dont 57.000 dans l'agriculture,<br />

234.000 étaient mariées, sur lesqu<strong>elle</strong>s 11.000 avaient<br />

<strong>un</strong> emploi dans l'agriculture.<br />

Vy n compte plus de 17 % de femmes au Soviet<br />

Suprême de l'U.R.S.S.; 5 à 6 % à la Chambre néer¬<br />

landaise; 3,6 % à l'Assemblée nationale française;<br />

4 % au Parlement norvégien.<br />

L 'age légal pour le mariage varie d'<strong>un</strong> pays à<br />

l'autre. Au Chili, par exemple, il <strong>est</strong> fixé à quatorze<br />

ans pour les garçons et à douze pour les filles; aux<br />

Pays-Bas, à dix-huit pour les garçons, et à quinze<br />

pour les filles; en Grande-Bretagne, pas de diffé¬<br />

rence, seize ans <strong>est</strong> l'âge légal pour tous. Par contre,<br />

en Pologne, auc<strong>un</strong> mineur ne peut contracter ma¬<br />

riage.<br />

E, fN France, on trouve plus de 800 femmes chauf¬<br />

feurs de taxi; 18 conductrices d'autorail; 4.000 phar¬<br />

maciennes; 860 avocates; 12 chirurgiennes; 300 gar¬<br />

diens de la paix; 7 commandantes d'aéroport;<br />

320 conductrices de poids lourds; 2.400 femmes<br />

médecins.


LE SEXE FORT<br />

J'ai consacré <strong>un</strong>e grande partie de ma vie scientifique et<br />

publique à essayer de prouver scientifiquement qu'auc<strong>un</strong><br />

peuple n'<strong>est</strong>, par nature, sensiblement supérieur à <strong>un</strong><br />

autre, et que les supériorités relatives acquises par certains<br />

groupes humains sont imputables le plus souvent à des causes<br />

historiques fortuites. Aujourd'hui, pourtant, voici que je sou¬<br />

tiens comme vérité scientifique la supériorité ré<strong>elle</strong> et natu¬<br />

r<strong>elle</strong> d'<strong>un</strong> certain groupe de l'humanité sur <strong>un</strong> autre, à savoir<br />

c<strong>elle</strong> des femmes sur les hommes opinion diamétralement<br />

opposée à c<strong>elle</strong> que presque toute l'humanité admet, peut-<strong>être</strong><br />

depuis ses origines mêmes !<br />

Presque tout le monde trouve évident qu'en moyenne, les<br />

hommes sont à tous égards supérieurs aux femmes. Ne<br />

sont-ils pas plus grands, plus forts, plus intelligents, plus<br />

posés, plus sérieux, plus agissants ? Les plus fins cordons<br />

bleus et les meilleurs modélistes de vêtements féminins ne<br />

sont-ils pas des hommes ? L'humanité a toujours constaté la<br />

supériorité des hommes sur les femmes, et il paraîtra peut<strong>être</strong><br />

inconcevable que l'on ose mettre en doute <strong>un</strong>e vérité<br />

aussi ancienne et traditionn<strong>elle</strong>.<br />

J'ai trop étudié la nature humaine pour ne pas savoir que<br />

là où les <strong>être</strong>s humains voient <strong>un</strong> fait, il n'y a souvent qu'<strong>un</strong>e<br />

croyance, rendue si vénérable par le temps qu'ils n'en peu¬<br />

vent plus discerner ni l'origine, ni la nature véritable, et<br />

devenue vérité parce que chac<strong>un</strong> la tient pour t<strong>elle</strong>. En tant<br />

qu'homme de science, il me parait donc intéressant de décou¬<br />

vrir comment la croyance qui nous préoccupe en <strong>est</strong> venue à<br />

<strong>être</strong> acceptée comme <strong>un</strong> fait, et d'en démontrer le bien-fondé<br />

ou l'inexactitude.<br />

<strong>La</strong> supériorité masculine ?<br />

Un mythe créé par les hommes<br />

Il n'<strong>est</strong> pas difficile de comprendre comment a surgi la<br />

croyance à la supériorité masculine ; mais avant d'abor¬<br />

der cette qu<strong>est</strong>ion^ j'aimerais préciser ce que l'homme de<br />

science entend par « naturel » et par « supériorité ». Est<br />

« naturel » tout ce qui <strong>est</strong> inné dans la constitution biologique<br />

de l'individu. <strong>La</strong> « supériorité » <strong>est</strong> l'état d'<strong>un</strong> organisme<br />

mieux adapté ou plus efficient que celui auquel on le com¬<br />

pare, ou possédant à <strong>un</strong> plus haut degré que lui certain trait<br />

ou certaine qualité.<br />

Comment donc en <strong>est</strong>-on venu à croire que les hommes<br />

étaient natur<strong>elle</strong>ment supérieurs aux femmes, et comment se<br />

fait-il qu'<strong>un</strong>e t<strong>elle</strong> croyance soit aujourd'hui <strong>un</strong>ivers<strong>elle</strong>ment'<br />

admise ? <strong>La</strong> réponse <strong>est</strong> simple. Les hommes ont <strong>un</strong>e<br />

musculature plus puissante que les femmes ; c<strong>elle</strong>s-ci sont<br />

contraintes par la maternité à mener <strong>un</strong>e vie plus sédentaire<br />

que leurs compagnons ; dans les sociétés primitives, <strong>elle</strong>s sont<br />

obligées de r<strong>est</strong>er au foyer pour veiller sur les enfants, tan¬<br />

dis que le mari parcourt le pays, en quête du gibier. Cette<br />

division du travail se retrouve dans toutes les sociétés et<br />

exerce <strong>un</strong>e profonde influence sur le développement sociophysiologique<br />

des deux sexes. <strong>La</strong> femme prend « l'esprit de<br />

clocher » tandis que l'horizon de l'homme s'élargit. <strong>La</strong><br />

femme, dont l'expérience ne dépasse guère le cadre des tra¬<br />

vaux dom<strong>est</strong>iques, devient <strong>un</strong> <strong>être</strong> d'intérieur, tandis qu'en<br />

chassant, le mari apprend beaucoup sur le monde qui l'en¬<br />

toure, améliore les techniques de chasse, invente de nouveaux<br />

outils, apprend à connaître beaucoup de plantes et d'ani¬<br />

maux ; bref, il accumule <strong>un</strong>e quantité d'expériences que la<br />

femme n'a jamais. Par comparaison, il connaît, mieux qu'<strong>elle</strong><br />

ne le connaîtra jamais, le monde où ils vivent tous les deux,<br />

et peut agir sur ce monde beaucoup plus qu'<strong>elle</strong> ne pourra<br />

jamais le faire, non qu'<strong>elle</strong> soit incapable de s'instruire et de<br />

faire les mêmes choses (ou presque : sa force musculaire<br />

n'étant pas égale, <strong>elle</strong> ne pourra évidemment pas soulever<br />

des animaux aussi lourds, ni courir aussi vite), mais parce<br />

qu'<strong>elle</strong> n'aura pas l'occasion de montrer ce qu'<strong>elle</strong> peut<br />

apprendre et faire.<br />

Aux yeux de la femme d'intérieur, les prouesses de son<br />

te professeur Ashley Montagu, de nationalité américaine, s'<strong>est</strong> créé <strong>un</strong>e notoriété<br />

remarquable en s'attachant à l'étude des rapports entre les races. Il a collaboré<br />

activement à l'élaboration de la déclaration de l'<strong>Unesco</strong> sur le problème des races,<br />

basée sur les plus récentes données scientifiques. Parmi les ouvrages écrits par le<br />

professeur Montagu, il faut citer : « Sur fêfre humain » ; « Le plus dangereux mythe<br />

de l'homme : « Le sophisme de la race » ; « introduction à l'anthropologie<br />

physique » ; « <strong>La</strong> supériorité natur<strong>elle</strong> des femmes ».<br />

12<br />

par Ashley Montagu<br />

compagnon ainsi que la supériorité de ses connaissances et<br />

de ses capacités, concourent à étayer sa croyance courante en<br />

la supériorité natur<strong>elle</strong> des hommes. Dès que cette croyance<br />

<strong>est</strong> établie et que l'organisation sociale devient plus complexe,<br />

l'homme s'affermit dans sa position de supériorité natur<strong>elle</strong>,<br />

et chac<strong>un</strong> en vient à accepter l'infériorité de la femme<br />

comme <strong>un</strong>e loi de nature. Combien de fois pourtant les pré¬<br />

tendues lois natur<strong>elle</strong>s ne sont-<strong>elle</strong>s pas finalement apparues<br />

comme de simples préjugés individuels ou collectifs de<br />

la part des hommes !<br />

C'<strong>est</strong> <strong>un</strong> fait scientifique autrement dit <strong>un</strong> fait verifiable<br />

pour quiconque se donne la peine de le cont<strong>rôle</strong>r que les<br />

femmes sont natur<strong>elle</strong>ment supérieures aux hommes, et nous<br />

devrions tous nous réjouir de cette supériorité, car c'<strong>est</strong> en<br />

<strong>elle</strong> que réside l'espoir du monde.<br />

XX : <strong>un</strong>e fille<br />

XY : <strong>un</strong> garçon<br />

De tous les caractères de l'espèce, auc<strong>un</strong> n'<strong>est</strong> plus utile<br />

que son adaptabilité, cette faculté qui permet à l'indi¬<br />

vidu de s'entendre avec ses semblables, contribuant<br />

de façon positive à les rendre plus capables de sympa¬<br />

thie, d'affection, de coopération. Or, c'<strong>est</strong> à la femme que la<br />

nature a donné le plus d'occasions de développer cette<br />

faculté, et <strong>elle</strong> l'a fait parce que c'<strong>est</strong> à la femme qu'incombe<br />

la g<strong>est</strong>ation, à <strong>elle</strong> qu'il appartient de mettre les petits au<br />

monde, de les protéger et de les nourrir. L'espèce humaine<br />

aurait bien peu de chances de survivre si la femme n'était<br />

biologiquement dotée de ce genre d'altruisme à moins<br />

qu'alors les hommes ne le fussent, ce qui n'<strong>est</strong> actu<strong>elle</strong>ment<br />

pas le cas. L'homme doit apprendre à aimer, tandis que,<br />

biologiquement et par nature, la femme <strong>est</strong> d'emblée prête à<br />

le faire. Parce qu'<strong>elle</strong> <strong>est</strong> l'élément le plus précieux du patri¬<br />

moine biologique de l'espèce, la nature lui a accordé les<br />

supériorités indispensables à la survivance de cette espèce,<br />

c'<strong>est</strong> là que nous arrivons à la preuve de la supériorité natu¬<br />

r<strong>elle</strong> de la femme.<br />

Les plus importantes des différences biologiques entre les<br />

sexes sont c<strong>elle</strong>s qui ont trait à la détermination génétique<br />

du sexe de chaque individu : je veux parler des chromosomes<br />

sexuels désignés sous le nom de chromosomes X et Y, que<br />

contient la tête du spermatozoïde (élément mâle). L'enfant à<br />

naître sera du sexe masculin ou féminin selon que l'ovule<br />

maternel aura été fécondé par <strong>un</strong> chromosome Y ou X. Les<br />

ovules (éléments fem<strong>elle</strong>s) contiennent <strong>un</strong>iquement des<br />

chromosomes X. Si l'<strong>un</strong> d'eux <strong>est</strong> fécondé par <strong>un</strong> spermato¬<br />

zoïde porteur d'<strong>un</strong> chromosome X, cela donne la combinai¬<br />

son XX - <strong>un</strong> X pour le spermatozoïde et <strong>un</strong> X pour l'ovule.<br />

Un XX produit toujours <strong>un</strong> enfant du sexe féminin. En<br />

revanche, lorsqu'<strong>un</strong> ovule <strong>est</strong> fécondé par <strong>un</strong> spermatozoïde<br />

porteur d'<strong>un</strong> chromosome Y, cela donne la combinaison XY<br />

le chromosome X venant de l'ovule et le chromosome Y<br />

venant du spermatozoïde. Un ceuf XY produit toujours <strong>un</strong><br />

enfant mâle.<br />

Or, le chromosome Y <strong>est</strong> incomplet ; beaucoup plus petit<br />

que le chromosome X, il <strong>est</strong> en outre privé d'<strong>un</strong> grand<br />

nombre de ses propriétés, et c'<strong>est</strong> à ces carences qu'il con¬<br />

vient d'attribuer presque tous les ennuis du mâle et presque<br />

toutes ses infériorités par rapport à la fem<strong>elle</strong>.<br />

Heureusement que les hommes<br />

n'enfantent pas !<br />

<strong>La</strong> femme <strong>est</strong> constitutionn<strong>elle</strong>ment plus robuste que<br />

l'homme ; et heureusement qu'il en <strong>est</strong> ainsi, car la race<br />

humaine aurait depuis longtemps disparu si l'enfante¬<br />

ment était l'affaire des hommes ! Musculairement plus forts<br />

que les femmes, les hommes n'en sont pas moins, constitu¬<br />

tionn<strong>elle</strong>ment, plus faibles qu'<strong>elle</strong>s. Partout, sauf dans cer¬<br />

taines régions de l'Inde où l'alimentation et l'hy¬<br />

giène sont lamentables, la durée moyenne de vie s .<br />

<strong>est</strong> plus longue pour les femmes que pour les "' "<br />

hommes, et ceci r<strong>est</strong>e vrai de la plupart des P"Be 38<br />

espèces animales.


L'ÉTUDIANTE<br />

Photo Copyright<br />

Magnum<br />

par David Seymour<br />

Le Courrier. N» 11. 1955


14<br />

STUDIEUSE ET LABORIEUSE<br />

Dans la République fédérale d'Allemagne, on a<br />

dénombré au cours de la dernière année scolaire,<br />

86.291 étudiants contre 16.780 étudiantes<br />

dans les Universités et autres établissements<br />

d'enseignement supérieur. Sur ce total de<br />

103.071, on comptait 28.859 étudiants' obligés<br />

de trouver, grâce à <strong>un</strong> travail quelconque, les<br />

ressources nécessaires à la poursuite de leurs<br />

études (25.931 étudiants et 2.928 étudiantes).<br />

Voici quelques aspects de la vie studieuse et<br />

laborieuse de Gerda Kasslau, 21 ans. (voir aussi<br />

la photo de la page 13) étudiante à l'Université<br />

de Fribourg en Brisgau. A ses heures libres, <strong>elle</strong><br />

travaille à l'entretien d'<strong>un</strong> musée de la ville.<br />

Photos copyright Magnum par David Seymour.


Le Courrier. N" 11. 1955<br />

DE LA CHARRUE A L'UNIVERSITE<br />

Nous voici devant <strong>un</strong> paisible paysage quelque part dans<br />

les montagnes de Carinthie; dans <strong>un</strong> maigre champ, six<br />

femmes travaillent; l'été <strong>est</strong> bien avancé, c'<strong>est</strong> le mo¬<br />

ment de labourer; trois charrues entaillent la lourde terre;<br />

devant chac<strong>un</strong>e, <strong>un</strong> bsuf et <strong>un</strong>e femme sont attelés.<br />

Cette gravure date de l'année 1872. Voilà ce qu'était la vie<br />

d'<strong>un</strong>e paysanne il y a à peine quatre-vingts ans! On a du mal<br />

à le croire. En tenant cette gravure dans les mains, on a faci¬<br />

lement tendance à- secouer la tête d'<strong>un</strong> air révolté : « Que les<br />

hommes devaient <strong>être</strong> despotes autrefois! » En réalité, ce ne<br />

sont pas les hommes, mais les conditions sociales et économi¬<br />

ques qui ont changé.<br />

Quand la femme se décida, au siècle dernier, à tirer profit<br />

de la révolution sociale_et. des possibilités économiques dues à<br />

l'industrialisation, le problème de l'éducation féminine se'<br />

révéla comme primordial. Dans ce domaine, les femmes durent<br />

engager <strong>un</strong> dur combat avec les Jiommes. Pour se défendre de<br />

la concurrence féminine, les hommes employèrent parfois des<br />

méthodes insidieuses. Sous la pression de l'opinion publique,<br />

on devait permettre aux femmes d'exercer tel ou tel métier,<br />

mais en même temps on leur déniait la possibilité de l'appren¬<br />

dre. On affirmait, par exemple, que les écoles étaient sur¬<br />

chargées.<br />

Les mineures travaillent<br />

mais pas dans les mines<br />

Aujourd'hui, la qu<strong>est</strong>ion de l'éducation féminine <strong>est</strong> loin<br />

d'<strong>être</strong> réglée. Partout, dans le monde, on compte parmi<br />

les analphabètes plus de femmes que d'hommes. Les<br />

U.S.A. fournissent la seule exception: on y compte 3 % d'anal¬<br />

phabètes hommes et seulement 2,3 % d'analphabètes femmes.<br />

En U.R.S.S., par contre, sur la faible proportion d'habitants<br />

ne sachant ni lire, ni écrire, on trouve trois fois plus de fem¬<br />

mes que d'hommes. Les écoles primaires de l'Inde sont fré¬<br />

quentées par 16 millions de garçons contre 5 millions de filles.<br />

Dans les <strong>un</strong>iversités, c'<strong>est</strong> en général la Faculté de Médecine<br />

qui fut la première ouverte aux femmes. Aux U.S.A., il y avait<br />

<strong>un</strong>e femme médecin en 1849, <strong>elle</strong> s'appelait Elizabeth Blackwell.<br />

Cambridge a ouvert ses portes aux femmes en 1869. Depuis<br />

1870, les femmes ont le droit d'étudier la médecine à la<br />

Faculté de' Paris. L'attrait des autres Facultés se révéla pen¬<br />

dant longtemps plus faible. En 1900, en France, auc<strong>un</strong>e étu¬<br />

diante n'était encore inscrite à <strong>un</strong>e Faculté de Droit; aujour¬<br />

d'hui, 25 % des futurs juristes sont des femmes.<br />

Certes, il existe encore des professions interdites aux fem¬<br />

mes. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, par exemple,<br />

<strong>elle</strong>s n'ont pas le droit d'<strong>être</strong> employées dans les mines ou<br />

dans les exploitations for<strong>est</strong>ières. <strong>La</strong> Grande-Bretagne et la<br />

France refusent aux femmes le droit de posséder <strong>un</strong> bureau<br />

de change ou <strong>un</strong>e agence de bourse. A Paris, l'accès même de<br />

la Bourse a été rigoureusement interdit aux femmes jusqu'en<br />

1952. Actu<strong>elle</strong>ment, on compte <strong>un</strong>e seule femme qui, au titre<br />

de fondé de pouvoir d'<strong>un</strong>e banque, fréquente ce temple du<br />

Veau d'Or. L'église presbytérienne écossaise permet aux fem¬<br />

mes d'<strong>être</strong> pasteur, mais l'église presbytérienne anglaise<br />

l'interdit.<br />

<strong>La</strong> participation de la femme à l'activité économique devient<br />

de plus en plus importante et a <strong>un</strong>e profonde répercussion<br />

sur l'organisation de la vie quotidienne des familles. <strong>La</strong><br />

Yougoslavie détient le record : 49 % des travailleurs y sont<br />

des femmes; la Roumanie vient ensuite avec 46 %, et la<br />

France tient la septième place avec 38 %. En comptant les<br />

femmes actives par rapport à la totalité de la population<br />

féminine, c'<strong>est</strong> également la Yougoslavie qui se classe en tête<br />

de tous les pays du monde. 57 % de toutes les femmes yougo¬<br />

slaves travaillent. En Roumanie ce chiffre s'élève à 52 % et<br />

en Bulgarie à 51 % (chiffre égal à celui de l'UR.S.S.). Les<br />

statistiques roumaines et bulgares datent respectivement de<br />

1930 et 1934 d'après les récentes <strong>est</strong>imations, <strong>elle</strong>s ne se<br />

sont pas sensiblement modifiées. Les pays de l'Amérique<br />

<strong>La</strong>tine détiennent le record dans le. sens contraire. Sur cent<br />

Mexicaines, seules cinq exercent <strong>un</strong> métier. A Cuba, le pour<br />

Enquête par Elina Almasy<br />

centage des « femmes au travail » s'élève à 7 % à peine, et au<br />

Honduras, à 7,5 %. Une curieuse exception : la Colombie.<br />

Dans ce pays, 47 % des femmes exercent <strong>un</strong> métier.<br />

De toutes les branches de l'industrie, c'<strong>est</strong> dans le textile<br />

que nous trouvons partout le plus grand nombre de femmes.<br />

Aux Etats-Unis, leur participation <strong>est</strong> de 77 % et en Suisse de<br />

65 %. Alors qu'en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis toute<br />

activité dans les mines et dans les exploitations for<strong>est</strong>ières<br />

<strong>est</strong> interdite aux femmes, nous trouvons en Suisse 75 femmes<br />

travaillant dans les mines, 48 dans les carrières et 22 dans<br />

l'exploitation for<strong>est</strong>ière.<br />

« Mon chéri, puis-je ouvrir<br />

<strong>un</strong> compte en banque ? »<br />

En U.R.S.S., les autorités mettent tout en uvre pour ac¬<br />

croître la participation féminine à la vie de la nation.<br />

On favorise également leur orientation vers les activités<br />

scientifiques. On compte aujourd'hui dans les républiques de<br />

l'U.R.S.S. 200.000 doctoresses et 60.000 femmes travaillent dans<br />

les laboratoires chimiques. 578 femmes ont reçu le « Prix<br />

Staline » ; parmi <strong>elle</strong>s, l'éminente biologue, Olga Lepechins-<br />

kaja. Des quelque millions d'ouvrières d'usine, 2.000 se sont<br />

vu décerner le titre « d'héroïne du travail », qui leur vaut<br />

dans la vie sociale <strong>un</strong>e grande considération.<br />

Les revendications légitimes des femmes pour l'égalité des<br />

salaires ont été satisfaites dans plusieurs pays. Une conven¬<br />

tion internationale a été signée à cet effet par la Belgique, la<br />

France, le Mexique et la Yougoslavie. On attend l'adhésion<br />

des autres pays. <strong>La</strong> Suisse s'<strong>est</strong> récusée en déclarant que la<br />

qu<strong>est</strong>ion des salaires doit r<strong>est</strong>er <strong>un</strong>e. affaire d'économie privée<br />

et qu'il n'<strong>est</strong> pas souhaitable que l'Etat s'y immisce.<br />

Il <strong>est</strong> intéressant de comparer les revenus des femmes et<br />

des hommes aux Etats-Unis. 48 % des femmes y gagnent<br />

moins de 1.000 dollars par an; 36 % gagnent entre 1.000 et<br />

2.000 dollars; 13 % entre 2.000 et 3.000 dollars, et 3 % seu¬<br />

lement ont <strong>un</strong> salaire supérieur à 3.000 dollars. Par contre,<br />

chez les hommes, 26 % appartiennent à cette dernière caté¬<br />

gorie; 29 % gagnent 2.000 à 3.000 dollars; 25 % gagnent de<br />

1.000 à 2.000 dollars, et 20 % seulement reçoivent <strong>un</strong> salaire<br />

annuel <strong>inférieur</strong> à 1.000 dollars.<br />

En France, parmi les chefs d'entreprises, il y a presque<br />

autant de femmes que l'hommes (3,5 millions). -Mais <strong>un</strong>e<br />

femme française mariée n'a pas le droit d'avoir <strong>un</strong> compte en<br />

banque personnel sans le consentement écrit de son mari,<br />

sauf si <strong>un</strong> contrat entre les époux, signé avant le mariage,<br />

établit la séparation des biens.<br />

Au-dessus de 5 tonnes,<br />

pas de femmes<br />

Actu<strong>elle</strong>ment, les législateurs tendent à assurer à la<br />

femme qui travaille non seulement les mêmes droits<br />

salaires, possibilités d'avancement, etc. dont jouissent<br />

les hommes, mais ils prennent même des mesures spéciales<br />

pour la protection de la femme en raison de son infériorité<br />

physique. En France, on n'a pas le droit d'obliger les femmes<br />

à travailler la nuit, et l'horaire du travail doit <strong>être</strong> réglé de<br />

t<strong>elle</strong> façon que la femme ait onze heures consécutives de repos<br />

par jour. Aux Etats-Unis, on ne peut pas demander aux<br />

femmes de faire des heures supplémentaires. Il <strong>est</strong> également<br />

interdit de faire conduire par <strong>un</strong>e femme <strong>un</strong> camion de plus<br />

de 5 tonnes. Quel chemin parcouru, depuis le temps où les<br />

braves paysannes étaient attelées à la charrue!<br />

Cet article, ainsi que celui de la page 28, <strong>est</strong> tiré d'<strong>un</strong>e enquête sur la condition<br />

de la femme dans le monde faite l'an dernier par Elina Almasy, correspondante à<br />

Paris de plusieurs journaux norvégiens. Sociologue et journaliste norvégienne, Elmo<br />

Almasy a été chargée de recherches à l'Institut de' Recherches Sociales d'Oslo. Les<br />

faits et les chiffres tirés de son enquête ont été puisés par <strong>elle</strong> aux meilleures<br />

sources récentes.<br />

15


UNIVERSITÉ (suite)<br />

LE JOUR DE<br />

LA CASQUETTE<br />

BLANCHE<br />

Dans la vie des étudiantes suédoises, l'<strong>un</strong> des<br />

moments les plus marquants <strong>est</strong> « Le jour de la<br />

casquette blanche ». Ce jour-là, on leur annonce<br />

si le résultat du baccalauréat leur <strong>est</strong> favorable<br />

et si, en conséquence, <strong>elle</strong>s ont le droit d'arbo¬<br />

rer la casquette tant enviée. Pendant des semaines<br />

les étudiantes ont subi de nombreux et fatiguants<br />

examens tant écrits qu'oraux car le bacca¬<br />

lauréat <strong>est</strong> de la plus grande importance pour<br />

la carrière future de la je<strong>un</strong>e fille suédoise et<br />

même dans l'administration ou le secteur privé<br />

on tient compte des notes (« points ») du livret<br />

scolaire.<br />

Enfin, les exténuantes semaines d'épreuves sont<br />

passées et maintenant se pose la qu<strong>est</strong>ion :<br />

« Qui coiffera la casquette et combien de points<br />

seront attribués à chaque étudiante ? » Depuis<br />

I 6 h., les parents, les frères, les soeurs et les<br />

amis des candidates se rassemblent dans la cour<br />

de l'école pour féliciter et embrasser c<strong>elle</strong>s qui<br />

ont réussi. Ce premier succès <strong>est</strong> célébré d'<strong>un</strong>e<br />

façon typiquement suédoise : touchante, débor¬<br />

dante, <strong>un</strong> peu folle. Les visiteurs ont apporté<br />

des fleurs, des présents et des ballons. Ils ont<br />

affrété des fiacres décorés avec fantaisie et même<br />

des voitures à bras. Partout, des musiciens jouent<br />

des airs entraînants.<br />

A mesure que l'on approche de I 7 h. la tension<br />

monte. Des « espions » rapportent de supposés<br />

succès, de prétendus échecs. Finalement, les<br />

portes s'ouvrent et les je<strong>un</strong>es filles apparaissent<br />

en <strong>un</strong>e longue file. Elles chantent, crient, font<br />

de grands g<strong>est</strong>es pour attirer l'attention de<br />

leurs parents et amis. Et la fête se déchaîne :<br />

les je<strong>un</strong>es filles sont entourées par leurs cama¬<br />

rades qui les portent en triomphe et les coiffent<br />

de la casquette blanche. Les parents les embras¬<br />

sent, les couvrent de fleurs et leur donnent les<br />

ballons.<br />

Escortées par les musiciens, les bachelières<br />

gagnent leurs voitures et les groupes se forment<br />

pour les ramener chez <strong>elle</strong>s. Jusqu'au petit jour<br />

on dansera et on chantera.<br />

1. Les je<strong>un</strong>es filles, qui ont fièrement arboré la<br />

casquette, attendent que les portes s'ouvrent<br />

pour rejoindre leurs parents et amis qui les<br />

attendent au dehors.<br />

2. Auparavant, <strong>elle</strong>s manif<strong>est</strong>ent leur ¡oie au<br />

balcon de l'école.<br />

3. <strong>La</strong> voiture à âne et les musiciens guident la<br />

bachelière jusque chez <strong>elle</strong>. Sur la pancarte, le<br />

nom de l'héroïne.<br />

4. <strong>La</strong> sérénade, avec accompagnement de ballons<br />

et de fleurs.<br />

5. Attention à ne pas perdre la casquette, si<br />

durement acquise.<br />

6. Cette sorte d'attelage se volt rarement dans<br />

les rues de Stockholm. Elle n'en a que plus de<br />

succès.<br />

7. Aux « carrosses » de ses camarades, Kerstin<br />

préfère les solides épaules de ses supporters,<br />

eux-mêmes étudiants.<br />

(Reportage photographique copyright Paul Almas/).<br />

U


Le Courrier. N" 11. 1955<br />

17


UNIVERSITÉ (suite )<br />

EDUCATION<br />

DU CORPS<br />

Le terme « gymnastique suédoise » <strong>est</strong> renommé<br />

dans le monde entier et, pour les je<strong>un</strong>es gens de<br />

Suède, l'éducation physique tient <strong>un</strong>e place<br />

Importante dans les études générales. Aux je<strong>un</strong>es<br />

filles, l'éducation physique apprend à marcher<br />

avec souplesse, permet d'acquérir la maîtrise<br />

du corps, contribue dans <strong>un</strong>e large mesure à<br />

doter la femme de grâce et de beauté. En Scan¬<br />

dinavie existent d'innombrables écoles d'éduca¬<br />

tion physique, chac<strong>un</strong>e enseignant selon sa<br />

méthode propre. A la tête de chaque école se<br />

trouve <strong>un</strong> professeur homme ou femme qui<br />

applique son style et ses théories artistiques<br />

personn<strong>elle</strong>s. Les photos ci-contre ont été prises<br />

à l'école du Professeur Ernst Idla, à Stockholm.<br />

Le succès de ses cours <strong>est</strong> tel que le Professeur<br />

<strong>est</strong> invité tous les ans à faire des tournées avec<br />

ses élèves en Europe et même en Amérique.<br />

18<br />

(Reportage photographique copyright Paul Almasy).


Le Courrier. N" 11. 1955


DE manière générale, les activités des Nations<br />

Unies et de leurs Institutions spécialisées<br />

intéressent au même titre les hommes et<br />

les femmes. En fait, ce n'<strong>est</strong> que dans quelques<br />

cas très rares qu'il a été jugé nécessaire d'attirer<br />

l'attention sur les problèmes féminins. L'ensemble<br />

du programme de l'<strong>Unesco</strong> ne fait pas exception<br />

à cette règle, toutefois, dans ce programme,<br />

quelques activités ont plus particulièrement objet<br />

de servir la cause féminine et de favoriser l'appli¬<br />

cation du principe d'égalité. Voici quelques <strong>un</strong>es<br />

des activités de l'<strong>Unesco</strong> dans ce domaine :<br />

E n 1953 et en 1954, l'<strong>Unesco</strong> a étu¬<br />

dié la qu<strong>est</strong>ion du rapport qui<br />

existe entre la structure sociologique<br />

d'<strong>un</strong> pays et l'accès des je<strong>un</strong>es filles et<br />

des femmes à l'éducation. Les gouver¬<br />

nements japonais, pakistanais et mexi¬<br />

cain, ayant demandé à l'<strong>Unesco</strong> de<br />

procéder à ce sujet à <strong>un</strong>e enquête sur<br />

leurs territoires respectifs, l'<strong>Unesco</strong> a<br />

envoyé dans ces pays, pour <strong>un</strong>e durée<br />

de deux mois, trois missions composées<br />

chac<strong>un</strong>e d'<strong>un</strong> sociologue et d'<strong>un</strong> édu-.<br />

cateur. Grâce à la collaboration active<br />

et à l'aide que les Commissions natio¬<br />

nales de coopération avec l'<strong>Unesco</strong> des<br />

pays intéressés et diverses organisa¬<br />

tions féminines leur ont apportées, les<br />

missions ont pu, malgré le peu de<br />

temps dont <strong>elle</strong>s disposaient, recueillir<br />

des renseignements intéressants. Les<br />

six rapports rédigés par les membres<br />

de ces missions ont été soumis à<br />

l'<strong>Unesco</strong> sous forme manuscrite, à la<br />

fin de l'année 1954. On envisage de les<br />

publier sous la forme d'<strong>un</strong> volume.<br />

I y a XVII* Conférence internationale<br />

de l'Instruction publique, qui s'<strong>est</strong><br />

tenue à Genève en 1954, a été saisie<br />

d'<strong>un</strong> rapport du Secrétariat de l'<strong>Unesco</strong><br />

sur les possibilités égales d'accès à<br />

l'éducation pour les hommes et les<br />

femmes. Le rapport contient les obser¬<br />

vations des Etats membres et enumere<br />

les mesures adoptées par certains pays<br />

pour mettre cette recommandation en<br />

euvre. Les auteurs passent en revue<br />

les critiques formulées par la Commis¬<br />

sion de la condition de la femme de<br />

1'O.N.U. et par certaines organisations<br />

féminines non gouvernementales et<br />

décrivent l'activité récente de l'<strong>Unesco</strong><br />

touchant l'éducation des femmes.<br />

JL/e Secrétariat de l'<strong>Unesco</strong> a rédigé<br />

deux études sur l'enseignement gratuit<br />

et obligatoire, l'<strong>un</strong>e à l'intention de la<br />

Conférence sur l'instruction gratuite et<br />

obligatoire dans les territoires arabes<br />

(tenue au Caire en décembre 1954) et<br />

l'autre à' l'intention de la Conférence<br />

des associations féminines de la région<br />

du Pacifique (tenue à Manille en jan¬<br />

vier 1955).<br />

.L/'<strong>un</strong>e des tâches auxqu<strong>elle</strong>s l'Unes¬<br />

co s'<strong>est</strong> surtout consacrée dans le do¬<br />

maine de l'éducation de base <strong>est</strong> la<br />

formation de moniteurs et de monitri¬<br />

ces. Tel <strong>est</strong> le but du Centre régional<br />

d'éducation de base pour l'Amérique<br />

latine (CREFAL), créé en 1951, et du<br />

Centre d'éducation pour les Etats ara¬<br />

bes (ASFEC), créé en 1953.<br />

20<br />

A<br />

l'heure actu<strong>elle</strong>, 60 femmes (sur<br />

162 élèves) sont diplômées du CREFAL.<br />

Comme il fallait s'y attendre, la plu¬<br />

part ont choisi comme spécialité l'éco¬<br />

nomie dom<strong>est</strong>ique, les sciences ména¬<br />

gères et l'éducation sanitaire. Grâce à<br />

leurs aptitudes spéciales dans le do¬<br />

maine de la gravure, du dessin et de<br />

la production de films cinématographi¬<br />

ques et de films fixes, les élèves du<br />

Centre ont beaucoup fait pour le pro¬<br />

gramme de production de matériel<br />

d'enseignement.<br />

Dans les villages-témoins situés aux<br />

environs du Centre, où les élèves ef¬<br />

fectuent des stages pratiques en grou¬<br />

pes, les étudiantes se sont spécialisées<br />

dans les qu<strong>est</strong>ions relatives' à la nutri¬<br />

tion, aux soins à donner aux enfants<br />

et aux malades, aux sciences ména¬<br />

gères et aux relations familiales.<br />

Selon les renseignements que l'on<br />

.possède, des femmes diplômées du<br />

Centre ont été nommées à des postes<br />

importants dans leur pays, notamment<br />

à la direction de missions cultur<strong>elle</strong>s,<br />

de centres nationaux d'éducation de<br />

base, d'écoles rurales d'instituteurs, de<br />

centres ruraux de formation de profes¬<br />

seurs, de services sociaux, d'écoles mé¬<br />

nagères et certaines ont été nommées<br />

inspectrices de l'enseignement des<br />

adultes.<br />

Le Centre régional d'éducation de<br />

base pour l'Amérique latine compte<br />

actu<strong>elle</strong>ment 37 étudiantes. Le person¬<br />

nel du Centre comprend trois femmes<br />

spécialistes.<br />

I y e premier groupe de 48 élèves di¬<br />

plômés de l'ASFEC en août 1954 compre¬<br />

nait treize femmes. Onze femmes sui¬<br />

vaient dernièrement la deuxième série<br />

de cours, qui comptait au total 55 élè¬<br />

ves. On <strong>est</strong>ime que sur les 60 stagiaires<br />

qui se trouvaient récemment à l'ASFEC,<br />

10 femmes seront admises à suivre la<br />

troisième série de cours. Le personnel<br />

enseignant féminin comptait trois spé¬<br />

cialistes.<br />

Deux femmes diplômées de l'ASFEC<br />

sont entrées au service de la Mission<br />

d'assistance technique de l'<strong>Unesco</strong> à<br />

Dujailah (Irak), où <strong>elle</strong>s effectueront<br />

<strong>un</strong> stage d'<strong>un</strong> mois avant d'<strong>être</strong> nom¬<br />

mées à <strong>un</strong> poste permanent. Elles s'oc¬<br />

cupent, à Dujailah, de protection so¬<br />

ciale et d'éducation sanitaire et ensei-<br />

gnent dans l'école de filles organisée<br />

sous le patronage de la Mission.<br />

A la fin de l'année 1954, l'<strong>Unesco</strong><br />

employait onze femmes en qualité de<br />

spécialistes pour le cadre du Pro¬<br />

gramme élargi d'assistance technique.<br />

Une grande partie de l'assistance<br />

technique fournie par l'<strong>Unesco</strong> concer¬<br />

ne, directement ou indirectement,<br />

l'enseignement féminin. En aidant à<br />

former des maîtres de l'enseignement<br />

primaire et secondaire, l'<strong>Unesco</strong> contri¬<br />

bue à améliorer la situation et la com¬<br />

pétence des professeurs-femmes ainsi<br />

que l'enseignement dispensé aux fillet¬<br />

tes et aux je<strong>un</strong>es filles. Des étudiantes<br />

et des techniciennes profitent égale¬<br />

ment d'<strong>un</strong> grand nombre de projets<br />

pour l'enseignement des sciences et de<br />

l'assistance en matière scientifique qui<br />

<strong>est</strong> accordée à des <strong>un</strong>iversités et à des<br />

instituts de recherche.<br />

E n 1954, l'<strong>Unesco</strong> a attribué 85 bour¬<br />

ses d'études au titre de son programme<br />

normal, dont 5 à des femmes. Au titre<br />

du programme placé sous les auspices<br />

de l'<strong>Unesco</strong>, 20 bourses ont été accor¬<br />

dées, dont 6 à des femmes. Le pro¬<br />

gramme d'assistance technique de<br />

l'<strong>Unesco</strong> prévoyait 57 bourses, dont 7<br />

étaient d<strong>est</strong>inées à des femmes.<br />

Si l'on tient compte de bourses anté¬<br />

rieures, le nombre des bourses de<br />

l'<strong>Unesco</strong> octroyées depuis 1947 s'élevait,<br />

au début de 1955, à environ 870, dont<br />

130 ont été attribuées à des femmes.<br />

On remarquera que, de même que les<br />

années précédentes, auc<strong>un</strong>e préférence<br />

n'<strong>est</strong> accordée aux femmes, à moins<br />

que le sujet d'études ne leur convienne<br />

particulièrement (par exemple, écono¬<br />

mie dom<strong>est</strong>ique ou tel ou tel aspect de<br />

l'éducation des femmes). Néanmoins,<br />

certaines bourses offertes sur l'initia-'<br />

tive d'associations (par exemple l'Ohio<br />

Federation of Women's Club ou l'Asso¬<br />

ciation internationale soroptimiste)<br />

sont réservées aux femmes.<br />

O ur les 50.000 bourses d'études à<br />

l'étranger énumérées dans le volume VI<br />

du manuel « Etudes à l'étranger : Ré¬<br />

pertoire international des bourses et<br />

échanges », publié en février 1954, cent<br />

trente-sept donateurs sur 1.088 ont<br />

offert des bourses exclusivement réser¬<br />

vées aux femmes. En revanche, 114 do¬<br />

nateurs ont offert des bourses exclu¬<br />

sivement réservées aux hommes. Six<br />

cent quatre-vingt-dix bourses ont été<br />

attribuées à des femmes et 1.093 à des<br />

hommes. L'année précédente, le chiffre<br />

était le même pour les hommes et pour<br />

les femmes : environ 450.<br />

Les 48.383 autres bourses énumérées<br />

dans le volume VI ont été offertes in¬<br />

différemment aux candidats des deux<br />

sexes.<br />

A l'exception du Directeur, le per¬<br />

sonnel de la Bibliothèque publique de<br />

Medellin (Colombie), qui <strong>est</strong> <strong>un</strong> projetpilote,<br />

<strong>est</strong> exclusivement féminin. Cette<br />

bibliothèque, créée par l'<strong>Unesco</strong> et le<br />

gouvernement colombien, a été ouverte<br />

en octobre 1954. <strong>La</strong> direction prévoit<br />

des activités de groupe spéciales pour<br />

les femmes.


Photo copyright Roger Viollet, Paris<br />

Le Courrier. N» 11. 1955<br />

LES FEMMES<br />

SONT-ELLES<br />

ANTIFEMINISTES?<br />

<strong>La</strong> photo ci-dessus, prise au début de la première guerre mondiale, guerre, comme le montrent les affiches à l'arrière-plan. A noter égamontre<br />

Mme Drumond, <strong>un</strong>e suffragette militante, hissée sur le socle lement le parapluie que tient ostensiblement <strong>un</strong>e suffragette. Les para¬<br />

de la colonne Nelson à Trafalgar Square (Londres) haranguant la foule. pluies étaient « l'arme » favorite des militantes lors de leurs bagarres<br />

A cette époque, les suffragettes londoniennes ne revendiquaient pas avec la police. <strong>La</strong> photo du bas, symbolique de l'égalité des deux<br />

seulement le droit de vote, mais aussi celui de participer à l'effort de sexes, montre <strong>un</strong>e Australienne accomplissant son devoir électoral.<br />

L'ÉGALITÉ de l'homme et de la femme <strong>est</strong> établie par <strong>un</strong> grand<br />

nombre de constitutions, de codes et de lois. Rares sont les<br />

pays modernes qui ne l'ont pas proclamée... Mais dans qu<strong>elle</strong><br />

mesure les faits coïncident-ils avec le droit? Une enquête menée<br />

par le Département des sciences sociales de l'<strong>Unesco</strong> et limitée<br />

à l'Europe, répond à cette qu<strong>est</strong>ion. Quatre pays ont été choisis<br />

pour servir de base à cette enquête en raison des points de com¬<br />

paraison qui leur sont sensiblement comm<strong>un</strong>s (développement<br />

économique, convictions démocratiques) et des différences pro¬<br />

fondes qu'on peut y constater dans les circonstances sociales et<br />

politiques qui ont mené à l'octroi de droits aux femmes. Les quatre<br />

pays choisis sont :<br />

<strong>La</strong> Norvège, où les femmes ont obtenu le droit de vote il y a cin¬<br />

quante ans à la suite d'<strong>un</strong>e évolution progressive vers la démocratie<br />

totale. <strong>La</strong> France, où les femmes votent depuis la fin de la dernière<br />

guerre. <strong>La</strong> Yougoslavie, où la révolution de 1945 a permis aux<br />

femmes d'obtenir l'égalité complète. L'Allemagne, où le développe¬<br />

ment normal des droits politiques des femmes, obtenus dès 1919,<br />

fut interrompu par <strong>un</strong>e période de régime totalitaire.<br />

Les résultats de cette enquête ont été rassemblés dans l'ouvrage<br />

de M. Maurice Duverger, professeur de science politique aux Uni¬<br />

versités de Paris et de Bordeaux, intitulé « <strong>La</strong> participation des<br />

femmes à la vie politique ». Le présent article <strong>est</strong> tiré des conclu¬<br />

sions de cet ouvrage, publié récemment par l'<strong>Unesco</strong>.<br />

L'étude du comportement politique féminin ne confirme<br />

pas la doctrine de la démocratie classique qui voit dans<br />

les gouvernants le reflet et l'émanation des volontés po¬<br />

pulaires exprimées par les scrutins.<br />

Sur le plan électoral, la participation des femmes à la poli¬<br />

tique <strong>est</strong> importante : ni par son étendue, ni par son contenu,<br />

<strong>elle</strong> ne diffère sensiblement de la participation masculine.<br />

Certes, les femmes s'abstiennent généralement <strong>un</strong> peu plus<br />

que les hommes ; certes, leur vote <strong>est</strong> généralement <strong>un</strong> peu<br />

plus conservateur et <strong>un</strong> peu plus soumis aux influences reli¬<br />

gieuses. Mais ces différences r<strong>est</strong>ent faibles : <strong>elle</strong>s ne concer¬<br />

nent qu'<strong>un</strong>e fraction très petite du corps électoral féminin.<br />

Dans certaines circonstances exceptionn<strong>elle</strong>s, ces différences<br />

marginales peuvent avoir <strong>un</strong>e influence importante sur la<br />

majorité gouvernementale et l'orientation politique. Cela ne<br />

leur ôte point leur caractère marginal.<br />

Sur le plan gouvernemental (au sens large du terme), la<br />

situation <strong>est</strong> entièrement différente. Ici, la participation po¬<br />

litique des femmes <strong>est</strong> très faible, et <strong>elle</strong> se rétrécit encore<br />

au fur et à mesure qu'on s'avance vers le centre du « cercle<br />

intérieur ». Peu nombreuses sont les candidatures féminines<br />

aux élections ; moins nombreuses les femmes parlementaires;<br />

moins nombreuses encore les femmes ministres ; inexistantes<br />

les femmes chefs de gouvernement.<br />

Cette diminution progressive de l'influence féminine au fur<br />

par Maurice Duverger<br />

et à mesure qu'on s'élève vers les postes de direction, n'<strong>est</strong><br />

pas seulement sensible dans la structure de l'Etat et de ses<br />

organes politiques ; on la retrouve dans l'administration, dans<br />

les partis politiques, dans les syndicats, dans les entreprises<br />

privées, etc. (Voir tableau page 26.)<br />

Très faible en quantité, la participation des femmes au<br />

cercle gouvernemental s'oriente qualitativement (si l'on 'peut<br />

dire) dans <strong>un</strong> sens assez particulier. Une différence assez<br />

nette de comportement s'observe ici entre les sexes. Dans la<br />

direction des partis, dans les hautes fonctions administra¬<br />

tives, aux Parlements et aux gouvernements, les<br />

rares femmes qui s'y trouvent tournent leur acti- Suite<br />

vité vers des tâches assez nettement spécialisées : page 24.<br />

Phoco copyright Roger. Viollet, Paris<br />

21


22<br />

EN 19 18<br />

EN 1945<br />

LES FEMMES VOTAIENT.<br />

COMPLÈTE ÉGALITÉ<br />

4i<br />

Canada, Terre-Neuve, Etats-Unis, Cuba, République<br />

Dominicaine, Brésil, Uruguay, Islande, Royaume-<br />

Uni, Irlande, Belgique, Luxembourg, France, Pays-<br />

Bas, Allemagne, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie,<br />

Autriche, Roumanie, Grèce, Turquie, Danemark,<br />

Suède, Norvège, Finlande, U.R. S.S., République<br />

A SUFFRAGE RESTREINT<br />

? /<br />

Populaire de Mongolie, Siam, Philippines, Australie,<br />

Nouv<strong>elle</strong>-Zélande, Union Sud Africaine.<br />

SUFFRAGE RESTREINT<br />

Mexique, Guatemala, Nicaragua, Equateur, Pérou,<br />

Bolivie, Chili, Portugal, Inde, Birmanie, Ceylan.<br />

Aujourd'hui, il ne r<strong>est</strong>e que 15 pays au<br />

monde où les femmes ne Jouissent<br />

d'auc<strong>un</strong> droit politique :<br />

Afghanistan, Arable Saoudite, Cam¬<br />

bodge, Egypte, Ethiopie, Iran, Irak, Jor¬<br />

danie, <strong>La</strong>os, Libye, Liechtenstein, Nica¬<br />

ragua, Paraguay, Suisse, Yemen.<br />

Tant en Arable Saoudite qu'au Yemen,<br />

le droit de vote <strong>est</strong> refusé non seulement<br />

aux femmes mais également aux hommes.<br />

Les Nations Unies ne donnent pour le<br />

moment auc<strong>un</strong>e information sur l'Espagne<br />

au sujet du droit de vote des femmes.<br />

Ces renseignements sont tirés des docu¬<br />

ments fournis par les Nations Unies.<br />

Avant 1914, trois pays seulement: la Nouv<strong>elle</strong>-Zélande (1893),<br />

la Finlande (1906) et la Norvège (1913) avaient octroyé<br />

aux femmes le droit de vote. L'Australie (1894) avait suivi<br />

mais parti<strong>elle</strong>ment sa voisine, la Nouv<strong>elle</strong>-Zélande, dans<br />

cette voie.<br />

Survint alors la guerre de 1914-191 8 et certains pays accor¬<br />

dèrent l'émancipation politique aux femmes. Ce mouvement<br />

prit son essor véritable pendant le deuxième conflit mondial.<br />

Les cartes, la chronologie montrent amplement le chemin<br />

parcouru par la femme depuis 62 ans vers son émancipation.<br />

Voici année par année le<br />

bilan de l'octroi du droit de<br />

vote aux femmes dans divers<br />

pays du monde.<br />

<<br />

<<br />

1893 Nouv<strong>elle</strong>-Zélande.<br />

1902 Australie (2).<br />

1906 Finlande.<br />

1913 Norvège.<br />

1915 Danemark, Islande (9).<br />

1917 U.R.S.S., Biélorussie,<br />

Pays-Bas, Ukraine.<br />

1918 Royaume-Uni et Irlande<br />

du Nord, Canada, Irlande,<br />

Luxembourg.<br />

1919 Autriche, Tchécoslova¬<br />

1920<br />

quie, Allemagne( I), Polo¬<br />

gne, Sarre.<br />

Hongrie, Etats-Unis.<br />

1921 Suède.<br />

1924 République populaire de<br />

Mongolie.<br />

1929 ' Equateur.<br />

1930 Union Sud Africaine.<br />

1931 Ceylan (S).<br />

1932 Thaïlande, Uruguay, Bré¬<br />

sil (4).<br />

1934 Cuba, Turquie.<br />

1935 Inde, Birmanie.<br />

1937 Philippines.<br />

1942 République dominicaine.<br />

1944 France.<br />

1945 Italie, Libéria, Portu¬<br />

gal (12), Guatemala<br />

Monaco (II).<br />

(7),<br />

1946- Albanie, El Salvador, Ja¬<br />

pon, Panama, Roumanie,<br />

Yougoslavie.<br />

1947 Argentine, Bulgarie, Chi¬<br />

ne, Venezuela, Pakistan.<br />

1948 Israël, Corée, Belgique (3)<br />

1949 Costa-Rica,<br />

Chili (6).<br />

Indonésie,<br />

1950 Haïti (8), Syrie ( I 3).<br />

1952 Bolivie, Grèce, Liban (10).<br />

1953 Mexique.<br />

1954 Colombie.<br />

1955 Honduras, Pérou, Viet¬<br />

nam.<br />

ALLEMAGNE (1). Les femmes allemandes ont reçu le<br />

droit de vote en 1919. <strong>La</strong> Constitution du 30 mai 1949 régis¬<br />

sant la République démocratique allemande, d'<strong>un</strong>e part, et<br />

c<strong>elle</strong> en vigueur depuis le 23 mai 1949 en République fédé¬<br />

rale allemande, d'autre part, prorogent l'<strong>un</strong>e et l'autre le<br />

droit imparti aux femmes allemandes après la fin de la<br />

première guerre mondiale.<br />

AUSTRALIE (2). En 1894, l'Australie du Sud accorde<br />

le droit de vote aux femmes pour les élections provinciales.<br />

En 1902, le Gouvernement et le Parlement leur accordent<br />

le même droit sur le plan fédéral.<br />

BELGIQUE (3). Le Parlement accorde le droit de vote<br />

aux femmes en 1948; jusque-là, depuis 1921, et à l'excep¬<br />

tion des veuves ou des mères de soldats morts au<br />

Champ d'honneur, des femmes emprisonnées pour motifs<br />

patriotiques pendant la première guerre mondiale, les<br />

femmes belges n'avaient que le droit de participer aux<br />

élections m<strong>un</strong>icipales.<br />

BRESIL (4). Vote obligatoire pour les hommes et les<br />

femmes, à l'exception des invalides et des personnes âgées<br />

de plus de 70 ans.<br />

CEYLAN (5). C'<strong>est</strong> en 1931 que les Cingalaises obtien¬<br />

nent le droit de vote, mais jusqu'en 1934, où <strong>un</strong>e loi nor¬<br />

malisa le vote tant pour les hommes que pour les femmes,<br />

l'âge requis pour ces dernières était de quelques années<br />

supérieur à celui des hommes.<br />

CHILI (6). C'<strong>est</strong> en 1931 que les Chiliennes se voient<br />

octroyer le droit de vote, limité d'ailleurs aux élections mu¬<br />

nicipales, et aux femmes âgées d'au moins 25 ans, sachant<br />

lire et écrire. En 1949, le droit de vote pour les femmes fut<br />

Le Courrier. N" 1!. 1955<br />

VOTENT PAS<br />

Cfcö<br />

aligné sur celui des hommes, c'<strong>est</strong>-à-dire sur le plan na¬<br />

tional.<br />

GUATEMALA (7). Pour <strong>être</strong> electrice, la femme doit<br />

<strong>être</strong> en mesure de lire et d'écrire.<br />

HAITI (8). Selon la Constitution du 25 novembre 1950,<br />

les femmes ont reçu le droit de vote, limité aux élections<br />

m<strong>un</strong>icipales jusqu'en 1954. Après l'expiration de cette pé¬<br />

riode, et dans <strong>un</strong> délai de trois ans, c'<strong>est</strong>-à-dire à partir de<br />

1957, les femmes auront les mêmes droits que les hommes.<br />

ISLANDE (9). Si le droit de vote a été accordé tant<br />

aux hommes qu'aux femmes par la Constitution, il faut<br />

que les <strong>un</strong>s et les autres jouissent d'<strong>un</strong> bon... caractère et<br />

d'<strong>un</strong>e égale réputation et soient solvables.<br />

LIBAN (10). Pour voter, les femmes doivent avoir le<br />

certificat d'études primaires.<br />

MONACO (11). Par l'Ordonnance Suprême du 19 mai<br />

1945, les femmes de nationalité monégasque, qui remplis¬<br />

sent les conditions requises par l'acte du 3 mai 1920, sont<br />

electrices et éligibles au Conseil comm<strong>un</strong>al.<br />

PORTUGAL (12) . Les femmes ayant atteint leur ma¬<br />

jorité ou émancipées, ont le droit de vote aux condi¬<br />

tions suivantes : qu'<strong>elle</strong>s aient fait des études secondaires<br />

ou suivi des cours d'instruction élémentaire ou autres ;<br />

votent également les femmes qui, ayant atteint leur ma¬<br />

jorité ou ayant été émancipées et chefs de famille, ré<strong>un</strong>is¬<br />

sent les conditions prévues pour les hommes.<br />

SYRIE (13). Pour voter, les femmes doivent avoir le<br />

certificat d'études primaires.<br />

23


ANTIFÉMINISTE í^<br />

u Quand les choses vont mal<br />

la femme se plaint de son<br />

mari, l'homme se plaint<br />

du gouvernement"<br />

Le 6 octobre 1953, le Dr Marie Elisabeth<br />

Luders, doyenne du Parlement fédéral<br />

allemand, ouvre la session de l'assemblée<br />

constituante au Parlement de Bonn. Il y a<br />

quarante ans, Mrs. Pankhurst, leader du<br />

mouvement des suffragettes en Angle¬<br />

terre était arrêtée par la police londonienne<br />

à la suite d'<strong>un</strong>e violente manif<strong>est</strong>ation.<br />

hygiène, éducation, maternité, famille, logement, etc., en<br />

général vers toutes les qu<strong>est</strong>ions considérées comme spécifi¬<br />

quement « féminines » par l'opinion courante.<br />

On pourrait penser a priori que cette spécialisation concer¬<br />

ne surtout la première phase de la participation des femmes<br />

à la vie politique et qu'<strong>elle</strong> tendra progressivement à dimi¬<br />

nuer. Cette interprétation optimiste <strong>est</strong> démentie par les<br />

faits. Jusqu'ici, on observe au contraire <strong>un</strong>e aggravation très<br />

nette de cette tendance spécialisatrice. Rien n'<strong>est</strong> plus typi¬<br />

que à cet égard que l'évolution des partis de gauche et<br />

d'extrême-gauche à l'égard du problème. Au début du siècle,<br />

ils repoussaient avec violence toute discrimination entre les<br />

sexes, et s'efforçaient de placer hommes et femmes sur le<br />

plan d'<strong>un</strong>e rigoureuse égalité dans la vie politique ; aujour¬<br />

d'hui, sans renier directement leur doctrine initiale, ils in¬<br />

sistent sur l'épouse et la mère, confient à leurs cadres fémi¬<br />

nins le soin de diriger des activités proprement « féminines >,<br />

développent les ligues de ménagères ou de mères de famille<br />

de préférence aux adhésions de femmes dans le parti luimême.<br />

D'<strong>un</strong> autre côté, les partis politiques qui font actuel¬<br />

lement le plus grand effort pour <strong>un</strong>e promotion politique fé¬<br />

minine ¡ les partis chrétiens et démocrates-chrétiens<br />

adoptent presque offici<strong>elle</strong>ment la thèse de la discrimination<br />

entre hommes et femmes sur le plan politique, sous la forme<br />

atténuée de la « spécialisation ». Le féminisme de 1955 ne res¬<br />

semble pas au féminisme de 1900 : celui-ci niait la distinc¬<br />

tion entre les sexes et ramenait hommes et femmes à la<br />

notion de « citoyens » : celui-là place au contraire les dif¬<br />

férences entre les sexes à la base même de sa doctrine et<br />

pousse les femmes à entrer dans l'action politique pour la<br />

défense d'intérêts considérés comme spécifiquement fémi¬<br />

nins.<br />

Cette faible influence des femmes dans la direction<br />

ré<strong>elle</strong> des Etats c'<strong>est</strong>-à-dire dans l'élaboration et l'appli¬<br />

cation des décisions politiques paraît d'abord résulter<br />

d'<strong>un</strong>e opposition masculine. Sur le plan électoral, déjà, cette<br />

opposition avait été assez vive : il <strong>est</strong> symptomatique que le<br />

vote des femmes ait rarement été établi par décision d'<strong>un</strong><br />

Parlement ; le plus souvent, il résulte d'<strong>un</strong>e révolution et de<br />

la décision d'<strong>un</strong> gouvernement provisoire, non issu lui-même<br />

de l'élection. Malgré tout, l'opposition masculine cède pro¬<br />

gressivement sur ce plan, au fur et à mesure que les résul¬<br />

tats du suffrage féminin ont révélé le peu de changements<br />

qu'il entraîne par rapport à la situation antérieure. Sur le<br />

plan gouvernemental, au contraire, cette opposition r<strong>est</strong>e très<br />

24<br />

Phoco USIS<br />

forte, parce qu'<strong>elle</strong> prend <strong>un</strong> caractère essenti<strong>elle</strong>ment compé¬<br />

titif.<br />

Il semble ici qu'on se trouve en face d'<strong>un</strong>e tendance géné¬<br />

rale. Dès qu'<strong>un</strong>e menace grave de chômage apparaît dans <strong>un</strong>e<br />

branche professionn<strong>elle</strong> où les deux sexes étaient jusqu'alors<br />

placés sur <strong>un</strong> plan d'égalité, les femmes sont les premières<br />

visées : soit qu'<strong>elle</strong>s se trouvent frappées en priorité par les<br />

compressions de personnel, soit qu'on leur impose des discri¬<br />

minations de salaires, soit que l'embauche se ferme pure¬<br />

ment et simplement devant <strong>elle</strong>s. L'égalité entre hommes et<br />

femmes sur le plan du travail salarié, rarement parfaite, se<br />

détériore dès que la compétition s'aggrave. <strong>La</strong> législation dis¬<br />

criminative de la République fédérale d'Allemagne à l'égard<br />

des femmes mariées fonctionnaires ne fait que traduire cet<br />

état d'esprit d'<strong>un</strong>e façon d'autant plus vive que la situation<br />

démographique et la politique économique rendent plus aiguë<br />

la concurrence sur le marché du travail.<br />

Or l'accès aux postes de direction politique a toujours fait<br />

l'objet d'<strong>un</strong>e compétition extrêmement vive. Qu'il s'agisse de<br />

choisir <strong>un</strong> dirigeant local de parti parmi les adhérents, <strong>un</strong><br />

candidat aux élections parmi les dirigeants du parti, <strong>un</strong> mi¬<br />

nistre ou <strong>un</strong> membre de commission parlementaire parmi les<br />

députés, la concurrence <strong>est</strong> très âpre. Donner <strong>un</strong>e place à <strong>un</strong>e<br />

femme, c'<strong>est</strong> l'enlever à <strong>un</strong> homme : dans ces conditions, on<br />

réduit les places attribuées aux femmes au minimum exigé<br />

par la propagande.<br />

L'" imbecillitas sexus "<br />

conserve des adeptes<br />

L'élimination des femmes pour des motifs compétitifs se<br />

dissimule derrière <strong>un</strong> mécanisme de justification très<br />

efficace : il s'agit de montrer que la politique <strong>est</strong>, par sa<br />

nature, <strong>un</strong> domaine essenti<strong>elle</strong>ment masculin dans lequel<br />

les femmes ne doivent <strong>être</strong> admises qu'à titre exceptionnel<br />

et dans les domaines strictement limités. <strong>La</strong> vieille théorie<br />

de l'incapacité féminine de 1' « imbecillitas sexus »<br />

n'<strong>est</strong> plus guère alléguée offici<strong>elle</strong>ment, encore qu'<strong>elle</strong> conser¬<br />

ve beaucoup d'adeptes, conscients ou inconscients. Le libre<br />

[accès des femmes à l'instruction et à l'éducation supérieures,<br />

leurs succès dans les diverses carrières ne permettent plus fa¬<br />

cilement de soutenir qu'<strong>elle</strong>s sont par nature inaptes à gérer,<br />

convenablement les affaires publiques ; d'autre part, comme<br />

on l'a souvent fait remarquer, le bilan de la g<strong>est</strong>ion mascu-


convenablement-les-affaires-publiques- ; d'autre part, comme<br />

on l'a souvent fait remarquer, le bilan de la g<strong>est</strong>ion mascu¬<br />

line n'<strong>est</strong> pas t<strong>elle</strong>ment brillant en ce domaine que le" sexe<br />

masculin puisse affirmer ici <strong>un</strong>e capacité indiscutable. Incon¬<br />

t<strong>est</strong>ablement, cette justification ancienne, tirée du droit ro¬<br />

main et du droit canon, <strong>est</strong> en voie de disparition. Mais <strong>elle</strong><br />

<strong>est</strong> remplacée avec beaucoup d'efficacité par <strong>un</strong>e justifica¬<br />

tion nouv<strong>elle</strong>, qu'on pourrait appeler la théorie fonctionn<strong>elle</strong>.<br />

Si subtiles qu'en soient les justifications, l'opposition mas¬<br />

culine à la participation des femmes à la vie politique n'au¬<br />

rait pu si bien réussir si <strong>elle</strong> s'était heurtée à <strong>un</strong>e résistance<br />

féminine très vive. Mais cette dernière demeure faible dans<br />

l'ensemble : <strong>elle</strong> <strong>est</strong> essenti<strong>elle</strong>ment le fait de petits groupes<br />

minoritaires, assez isolés de la masse, qui ne peuvent pas ob¬<br />

tenir des résultats efficaces. Il faut bien constater que la fai¬<br />

ble influence des femmes dans la direction des Etats repose<br />

dans <strong>un</strong>e large mesure sur l'inertie féminine. Que les femmes<br />

s'intéressent moins à la*~politique que les hommes <strong>est</strong> <strong>un</strong> pre¬<br />

mier fait indiscutable. Dans l'enquête de l'Institut Français<br />

.de l'Opinion Publique (I.F.O.P.), réalisée en juin 1953, soit<br />

moins de deux mois après les élections m<strong>un</strong>icipales, deux<br />

hommes sur trois (60 % ) ont déclaré s'<strong>être</strong> intéressés aux ré¬<br />

sultats de c<strong>elle</strong>-ci pour l'ensemble du pays, contre <strong>un</strong>e femme<br />

sur trois (34 %) ; la même proportion à peu près (70 % des<br />

hommes et 35 % des femmes), se retrouve pour répondre af¬<br />

firmativement à la qu<strong>est</strong>ion suivante : « Vous arrive-t-il de<br />

discuter politique avec des gens que vous connaissez bien? »<br />

Les réponses à la qu<strong>est</strong>ion suivante : « Vous arrive-t-il de<br />

discuter politique avec des gens que vous connaissez peu ou<br />

pas du tout ? » sont encore plus typiques : 30 % des hommes<br />

disent « oui », contre 10 % des femmes. A la qu<strong>est</strong>ion directe :<br />

« Vous intéressez-vous à la politique ? », 36 % des hommes<br />

disent « oui », 36 % disent « <strong>un</strong> peu seulement » et 28 %<br />

« non », alors que parmi les femmes les chiffres correspon¬<br />

dants sont 13 %, 27 % et 60 %.<br />

Encore ne s'agit-il que d'<strong>un</strong> intérêt global et vague à la<br />

« politique », considérée dans son ensemble. Quand il s'agit<br />

de participation active à la vie politique et de candidature,<br />

on retrouve la même attitude féminine : 46 % des femmes in¬<br />

terrogées par l'LF.O.P. <strong>est</strong>iment qu'<strong>un</strong>e femme ne doit pas se<br />

présenter aux élections m<strong>un</strong>icipales (pourtant les moins poli¬<br />

tiques de toutes) ; mais 14 % seulement expriment la même<br />

désapprobation s'il s'agit d'<strong>un</strong>e candidature masculine.<br />

Y a-t-il certaines de<br />

ces activités qui ne<br />

conviennent pas à<br />

<strong>un</strong>e personne de<br />

Y a-t-il certaines de<br />

Oui<br />

il y en a<br />

Non<br />

Pas de réponse<br />

11 n'y en a pas<br />

Hom Fem- Hom Fem Hom Fem<br />

mes mes mes mes mes mes<br />

% % % % % %<br />

16 76 ' 78 16 6 8<br />

ces activités qui<br />

ne conviennent pas<br />

à <strong>un</strong>e personne de<br />

l'autre sexe ? 64 15 26 76 10 9<br />

Non seulement les femmes manif<strong>est</strong>ent peu de goût pour<br />

entrer dans le « cercle gouvernemental », mais <strong>elle</strong>s admet¬<br />

tent en grande majorité le système de justification inventé par<br />

les hommes pour rationaliser cette abstention. Curieusement,<br />

d'ailleurs, <strong>elle</strong>s semblent parfois plus rigoureuses qu'eux dans<br />

ce domaine, plus antiféministes qu'eux comme l'indiquent<br />

les résultats d'<strong>un</strong> sondage de l'I.F.O.P. donnés au tableau cidessus<br />

: on avait proposé aux personnes interrogées <strong>un</strong>e liste<br />

concrète d'activités allant de là simple lecture des informa¬<br />

tions politiques au fait de se présenter aux élections ou de<br />

militer concrètement pour <strong>un</strong> parti ; on leur demandait si,<br />

parmi ces activités, <strong>elle</strong>s pensaient que certaines ne conve¬<br />

naient pas à <strong>un</strong>e personne du sexe opposé ou de leur propre<br />

sexe.<br />

L'évolution des partis de gauche, en matière féminine, <strong>est</strong><br />

sans doute liée à la constatation de ce fait essentiel. Quand<br />

ils ont défendu les thèses du féminisme traditionnel, de l'éga¬<br />

lité absolue de l'homme et de la femme, de l'identité de par¬<br />

ticipation à la vie politique du citoyen et de la citoyenne, ils<br />

n'ont pas été suivis par la clientèle féminine (pas plus que par<br />

la clientèle masculine). Il <strong>est</strong> typique, à cet égard, que les<br />

seuls mouvements de masses qui réussissent à encadrer les<br />

femmes soient des organisations parapolitlques, du type Union<br />

Le Courrier. N» 11. 1955<br />

des femmes françaises ou Ligue féminine d'action catholique,<br />

fondées sur des objectifs spécifiquement « féminins » et sur<br />

des préoccupations spécialisées, qui n'avouent pas ouverte¬<br />

ment leurs liaisons politiques et leur intérêt pour la politique.<br />

On peut penser que le changement d'orientation de certains<br />

partis de gauche dans le domaine féminin demeure confiné<br />

sur le plan tactique, sans mettre en cause leur stratégie à long<br />

terme qui vise à établir <strong>un</strong>e égalité authentique entre les<br />

sexes ; il n'en conserve pas moins toute sa valeur quant à<br />

l'analyse des opinions actu<strong>elle</strong>s des femmes en face de leur<br />

participation à la vie politique.<br />

Discussion conjugale type<br />

" Je gagne notre vie ! "<br />

Il r<strong>est</strong>e à déterminer les fondements de ces opinions. Pour¬<br />

quoi les femmes acceptent-<strong>elle</strong>s cette spécialisation dans<br />

le domaine familial, éducatif et ménager^en face de la<br />

polyvalence qu'<strong>elle</strong>s reconnaissent aux hommes? Quand très<br />

peu de femmes vivaient de leurs propres revenus, c<strong>elle</strong>s qui<br />

r<strong>est</strong>aient au foyer avaient le sentiment d'<strong>un</strong>e situation nor¬<br />

male, allant de soi, conforme à l'ordre naturel des choses,<br />

indiscutable et indiscutée. Aujourd'hui, certaines développent<br />

en ce domaine des complexes d'infériorité, assez souvent<br />

entretenus par les maris (« Je gagne « notre » vie », formule<br />

typique des discussions conjugales...).<br />

Il semble, malgré tout, que l'influence du facteur économi¬<br />

que joue d'<strong>un</strong>e façon indirecte. C'<strong>est</strong> moins la dépendance ou<br />

l'indépendance de la femme qui paraissent en relation avec<br />

son degré de participation politique, mais plutôt le cadre de<br />

vie qui en résulte pour <strong>elle</strong> et le rythme de relations sociales<br />

qui s'y développent. Schématiquement, et, grossièrement, on<br />

pourrait dire que l'exercice d'<strong>un</strong>e profession développe<br />

l'extroversion, le maintien au foyer l'introversion. Les contacts<br />

humains qu'implique le travail professionnel, les<br />

problèmes sociaux qu'il pose, les intérêts collectifs<br />

et politiques qu'il fait naître sont plus importants<br />

à cet égard, sans doute, que le sentiment d'indé-<br />

Photo copyright Ringarc


26<br />

¿e saviez-vous<br />

\s '<strong>est</strong> en 1926 que l'Empereur d'Iran leva l'inter¬<br />

diction pour les Persanes de se dévoiler le visage.<br />

L'âge minimum du mariage <strong>est</strong> fixé à seize ans, mais<br />

la répudiation par le mari demeure chose aisée, et à<br />

ce jour la femme ne jouit d'auc<strong>un</strong> droit politique.<br />

E, In Afrique noire française, le législateur a dénié<br />

au chef de famille autochtone le droit que des cou¬<br />

tumes anc<strong>est</strong>rales lui octroyaient de châtier corpo-<br />

r<strong>elle</strong>ment sa femme ou ses enfants.<br />

M-J 'armée pakistanaise recrute des femmes docteurs<br />

qui sont régulièrement assimilées au grade d'officiers.<br />

D'autres préfèrent s'en<strong>rôle</strong>r dans les services de<br />

Défense passive et il <strong>est</strong> habituel à Karachi de voir<br />

les femmes-pompiers s'entraîner à combattre des<br />

incendies.<br />

O ! en Suisse, les femmes ne votent pas, le canton<br />

de Bâle vient de leur accorder le droit d'accéder aux<br />

fonctions de juge et d'assesseur auprès des trib<strong>un</strong>aux<br />

cantonaux. En Turquie, deux femmes sont membres<br />

de la Cour Suprême.<br />

O UR l'ensemble de la population des Etats-Unis, on<br />

compte <strong>un</strong> million de femmes de plus que d'hommes.<br />

Ce « surplus » s'étend aux femmes de vingt à<br />

soixante-quinze ans et plus, à l'exception du groupe<br />

de personnes âgées de cinquante-cinq à cinquanteneuf<br />

ans. <strong>La</strong> mortalité <strong>est</strong> plus faible chez les fem¬<br />

mes que chez les hommes.<br />

JLy e pourcentage des femmes analphabètes dans les<br />

pays suivants : Birmanie, Ceylan, Inde, Indonésie,<br />

Philippines, Thaïlande, Fédération de Malaisie, Fidji,<br />

et Singapour, <strong>est</strong> de l'ordre de 43 % à 97,2 %, soit<br />

<strong>un</strong>e moyenne de 71 % avec <strong>un</strong>e différence de 27 % en<br />

faveur des hommes. Par contre, aux Etats-Unis et<br />

au Canada, où les normes sont infiniment plus basses,<br />

l'analphabétisme <strong>est</strong> légèrement plus élevé chez les<br />

hommes que chez les femmes : 5,3 % et 4 % au<br />

Canada, et 3 % et 2,3 % aux Etats-Unis.<br />

D ans les pays où le statut de l'école primaire <strong>est</strong><br />

identique pour les garçons et pour les filles, il appa¬<br />

raît que le pourcentage des institutrices <strong>est</strong> plus élevé<br />

que celui de leurs collègues masculins. C'<strong>est</strong> le cas<br />

pour l'Argentine, 87 %; le Chili, 76 %; le Mexique,<br />

64 %; les Etats-Unis, 88 %; la France, 64 %; la<br />

Suède, 68 % ; le Royaume-Uni, 72 % ; les Philippines,<br />

61 %; la Nouv<strong>elle</strong>-Zélande, 55 %. Dans les pays où<br />

la fréquentation scolaire féminine <strong>est</strong> r<strong>est</strong>reinte, lé<br />

pourcentage des institutrices <strong>est</strong> également minime :<br />

Afghanistan, 3 %; Pakistan, 25 %; Inde, 27 %;<br />

Egypte, 35 %; Turquie, 38 %.<br />

A u Portugal, on compte bien plus d'étudiantes<br />

que d'étudiants dans certains établissements <strong>un</strong>iver¬<br />

sitaires, tels que la Faculté des Lettres, l'Ecole de<br />

Pharmacie, et l'Ecole Normale.<br />

ANTIFÉMINISTE (Suite)<br />

pendance économique qu'il engendre. Le rapporteur fran¬<br />

çais a fort bien décrit à cet égard l'<strong>un</strong>ivers féminin_traditionnel,<br />

son caractère fermé, son horizörTliniifJeTle repliement<br />

sur <strong>un</strong> petit groupe étroit, cette orientation quasi exclusive<br />

vers <strong>un</strong> microcosme sont diamétralement opposés à l'intérêt<br />

pour la politique, qui consiste essenti<strong>elle</strong>ment à poser les pro¬<br />

blèmes dans leurs termes généraux, à penser des ensembles,<br />

à percevoir le macrocosme. On pourrait dire que ce repliement<br />

sur le groupe familial <strong>est</strong> lui-même lié au facteur écono¬<br />

mique : ne concernerait-il pas essenti<strong>elle</strong>ment les familles à<br />

revenus mod<strong>est</strong>es, où les femmes sont écrasées par les tâches<br />

matéri<strong>elle</strong>s ? l'expérience confirme en partie cette<br />

hypothèse.<br />

A la spécialisation dans des tâches matern<strong>elle</strong>s, conjugales<br />

et ménagères, à l'introversion vers le foyer, <strong>un</strong>ivers clos qui<br />

doit absorber toutes les énergies de la femme et tous ses<br />

rêves, s'ajoute d'ailleurs <strong>un</strong> sentiment de dépendance à<br />

l'égard de l'homme : là se trouve peut-<strong>être</strong> l'obstacle fonda¬<br />

mental à <strong>un</strong>e participation complète à la vie politique. L'ac¬<br />

tivité politiaue dans <strong>un</strong> système démocratique <strong>est</strong> <strong>un</strong>e activité<br />

d'adulte. Elle suppose que celui qui s'y livre assume pleine¬<br />

ment sa d<strong>est</strong>inée, qu'il ne remet pas à <strong>un</strong> autre'le soin de dé¬<br />

cider pour lui : <strong>elle</strong> s'oppose directement à toute conception<br />

paternaliste des rapports sociaux. Or, si les femmes ont cessé<br />

d'<strong>être</strong> mineures sur le plan juridique, <strong>elle</strong>s conservent encore<br />

<strong>un</strong>e mentalité de mineures en beaucoup de domaines et, spé¬<br />

cialement dans le domaine politique, <strong>elle</strong>s acceptent le plus<br />

souvent le paternalisme masculin. L'homme époux, fiancé,<br />

amant, ou mythe < <strong>est</strong> <strong>un</strong> médiateur entre <strong>elle</strong>s et l'<strong>un</strong>ivers<br />

politique. « Quand les choses vont mal, la femme se plaint de<br />

son mari, l'homme se plaint du gouvernement » : cette bou¬<br />

tade d'<strong>un</strong> humoriste exprime assez bien cette attitude fonda¬<br />

mentale.<br />

<strong>La</strong> faible activité politique des femmes n'<strong>est</strong> aue la consé¬<br />

quence et le reflet du <strong>rôle</strong> secondaire que nos mnurs conti¬<br />

nuent à leur réserver dans la société, et que l'éducation et la<br />

PARTICIPATION POLITIQUE DES HOMMES ET DES FEMMES.<br />

GOUVERNEMENT.<br />

PARLEMENT<br />

CANDIDATURES<br />

VOTANTS<br />

POPULATION<br />

FEMMES<br />

HOMMES<br />

formation reçue par les femmes tendent à faire accepter par<br />

<strong>elle</strong>s comme <strong>un</strong> fait naturel. Des réformes proprement politi¬<br />

ques n'ont d'efficacité en ce domaine que dans la mesure où<br />

<strong>elle</strong>s tendent à modifier lentement cette situation, à contre¬<br />

carrer l^ffet desjiabiiudes_et des_tradj.tions, à aider les fem¬<br />

mes à ?ên~3elivrer et a prendre conscience de leur autono¬<br />

mie. (A cet égard, le vote féminin constitue sans doute <strong>un</strong>e<br />

réforme très importante ; si ses conséquences politiques à<br />

court terme sont faibles, sa valeur éducatrice à long terme<br />

semble grande.) Il importe encore plus sans doute de lutter<br />

contre le préjugé tenace d'<strong>un</strong>e infériorité natur<strong>elle</strong> de la<br />

femme, fondée sur des considérations physiologiques ou psy¬<br />

cho-physiologiques : obstacle d'autant plus sérieux que la<br />

femme ressent profondément les particularités qui tiennent à<br />

son sexe, en ce domaine.<br />

. Tout l'effort de l'humanité tend précisément à surmonter<br />

les inégalités de fait fondées sur les différences de conditions<br />

natur<strong>elle</strong>s : sous cet angle, c<strong>elle</strong>s qui tiennent au sexe n'ont<br />

pas plus d'importance que c<strong>elle</strong>s qui découlent du climat, de<br />

la composition des sols ou des difficultés des comm<strong>un</strong>ications.<br />

Il n'y a pas plus de sexe <strong>inférieur</strong> qu'il n'y a de races infé¬<br />

rieures ou de classes <strong>inférieur</strong>es ; mais il y a <strong>un</strong> sexe, des<br />

classes ou des races qui ont fini par se croire <strong>inférieur</strong>s parce<br />

qu'on les a persuadés qu'ils l'étaient pour justifier leur situa¬<br />

tion sociale subordonnée.


Le Courrier. N° U. 1955<br />

LE 9e ENFANT<br />

Cette femme turque a huit enfants ; <strong>elle</strong> en attend <strong>un</strong><br />

neuvième qui sera le premier de la famille à bénéficier<br />

de l'aide fournie par le Centre sanitaire d'Ankara pour<br />

la Mère et l'Enfant, créé avec l'aide de l'Organisation<br />

mondiale de la santé. I et 2. <strong>La</strong> future mère subit<br />

<strong>un</strong> examen médical prénatal. 3 et 4. L'enfant <strong>est</strong> venu<br />

au monde, sa mère l'amène au Centre pour le faire<br />

examiner. 5. L'aide du Centre s'étend au foyer que<br />

vient visiter la doctoresse. Si l'accueil fait aux réformes<br />

fut quelque peu réservé, si quelque méfiance fut mon¬<br />

trée, vis-à-vis du lait en poudre comme des t<strong>est</strong>s pure¬<br />

ment médicaux, la femme turque comprend désormais<br />

le <strong>rôle</strong> Important joué pour son bien-<strong>être</strong> et celui de<br />

sa famille par l'organisation rationn<strong>elle</strong> de la santé.<br />

Photos O.M.S. - Magnum par Marc Riboud.<br />

27


Photo copyright K. Mikori<br />

En Occident comme en Extrême-<br />

Orient les femmes tiennent <strong>un</strong>e<br />

place de plus en plus importante<br />

dans les sports et réalisent par¬<br />

tout de brillantes performances.<br />

LE PROGRÈS<br />

AVANCE PLUS<br />

VITE QUE LES<br />

COUTUMES<br />

Quarante - quatre étudiantes de<br />

l'Université de Jokakou reçurent<br />

du recteur <strong>un</strong> blâme pour s'<strong>être</strong><br />

fait faire <strong>un</strong>e permanente. » Cette nou¬<br />

v<strong>elle</strong> a paru, il y a quelques mois, dans<br />

<strong>un</strong> journal japonais. Le Japon <strong>est</strong> <strong>un</strong><br />

des pays où l'émancipation de la femme<br />

a rencontré le moins de résistance.<br />

L'<strong>un</strong>iversité en qu<strong>est</strong>ion avait été <strong>un</strong>e<br />

des premières (dès 1906) à ouvrir ses<br />

portes aux je<strong>un</strong>es filles. On <strong>est</strong> d'autant<br />

plus surpris en lisant cette nouv<strong>elle</strong>.<br />

On pourrait sûrement trouver <strong>un</strong>e<br />

explication. Mais ce qui <strong>est</strong> important,<br />

c'<strong>est</strong> que nous avons <strong>un</strong>e fois de plus<br />

28<br />

la preuve que les mrurs évoluent plus<br />

lentement que l'esprit des législateurs.<br />

Le grand malaise moral et spirituel<br />

dont souffre aujourd'hui <strong>un</strong>e grande<br />

partie de l'humanité vient de ce que<br />

notre conception morale et sentimen¬<br />

tale <strong>est</strong> r<strong>est</strong>ée ancrée dans <strong>un</strong> temps<br />

qui n'<strong>est</strong> plus le nôtre. Les m ne<br />

suivent pas le rythme accéléré imposé<br />

par le progrès technique.<br />

Le professeur japonais, qui enseigne<br />

aux je<strong>un</strong>es filles les récentes découver¬<br />

tes de la biologie et tous les secrets du<br />

corps humain, <strong>est</strong> choqué parce que ses<br />

élèves se font faire des indéfrisables.<br />

Très probablement, de « son temps »,<br />

<strong>elle</strong>s ne pouvaient pas se permettre<br />

cela. Il conduit <strong>un</strong>e voiture, il fait des<br />

voyages en avion, il respire l'air de 1955,<br />

mais « son époque » remonte à cin¬<br />

quante ans en arrière. Combien y en<br />

a-t-il comme lui ? Le député qui, le<br />

matin au Parlement, vote pour <strong>un</strong>e<br />

nouv<strong>elle</strong> loi sur le divorce en faveur<br />

de la femme, <strong>est</strong> choqué, dans l'après-<br />

'midi, quand il apprend que son fils<br />

aime <strong>un</strong>e femme divorcée et veut<br />

l'épouser. Sur le papier, <strong>un</strong>e femme a<br />

le droit de faire ceci et cela, mais si<br />

<strong>elle</strong> le fait ré<strong>elle</strong>ment, <strong>elle</strong> déclenche<br />

<strong>un</strong>e avalanche de préjugés qui risque<br />

trop souvent de l'écraser socialement.<br />

Elle doit prendre garde, aussi bien dans<br />

la vie publique que dans la vie fami¬<br />

liale, de ne pas tomber dans l'abîme<br />

qui existe encore de nos jours entre les<br />

m et les droits.<br />

<strong>La</strong> jalousie <strong>est</strong> <strong>un</strong> fruit<br />

de la civilisation<br />

Les principes éthiques qui règlent le<br />

comportement des humains sont,<br />

chez presque tous les peuples, dic¬<br />

tés par la religion. C'<strong>est</strong> pourquoi la<br />

religion a joué depuis toujours <strong>un</strong> <strong>rôle</strong><br />

important dans l'organisation de la fa<br />

Photo C.O.I. Londres<br />

mille et a déterminé en partie la posi¬<br />

tion de la femme. <strong>La</strong> famille, cellule<br />

de la société, était établie sur le prin¬<br />

cipe de la monogamie. Pendant trop<br />

longtemps, on a prétendu à tort que<br />

l'<strong>être</strong> humain était polygame de na¬<br />

ture. Les récentes études des ethnogra¬<br />

phes les plus éminents ont démontré le<br />

contraire. <strong>La</strong> polygamie n'apparaît qu'à<br />

<strong>un</strong>e étape plus avancée de l'évolution<br />

sociale. Dans le patriarcat où règne la<br />

polygamie, l'homme a le droit d'avoir<br />

plusieurs femmes, de même dans le ma¬<br />

triarcat où la polygamie <strong>est</strong> entrée dans<br />

les m c'<strong>est</strong> la femme qui peut<br />

avoir <strong>un</strong> harem. Kahena, reine d'<strong>un</strong>e<br />

tribu berbère du Moyen Atlas qui com¬<br />

battit longtemps l'Islam et les envahis¬<br />

seurs arabes, avait 400 « époux ». Dans<br />

la colonie belge du Rouanda-Ouro<strong>un</strong>di,<br />

vit <strong>un</strong>e tribu dont le chef <strong>est</strong> <strong>un</strong>e<br />

femme. C<strong>elle</strong>-ci possède <strong>un</strong> harem d'en¬<br />

viron 200 hommes. Dans le Moyen-<br />

Orient, il existait, dans l'antiquité, des<br />

peuples où la coutume voulait que plu¬<br />

sieurs frères épousent la même femme.<br />

De tout cela, on pourrait conclure que<br />

la jalousie <strong>est</strong> au fond <strong>un</strong> fruit de la<br />

civilisation.<br />

Etant donné que la famille <strong>est</strong> <strong>un</strong>e<br />

comm<strong>un</strong>auté, <strong>elle</strong> doit avoir <strong>un</strong> chef. A<br />

qui doit incomber ce <strong>rôle</strong> ? A l'homme<br />

ou à la femme ? Cette qu<strong>est</strong>ion ne peut<br />

<strong>être</strong> tranchée sur le plan juridique, car<br />

il s'agit non pas de droits, mais plutôt<br />

de conventions. Ces dernières peuvent<br />

avoir <strong>un</strong> caractère interne, purement<br />

familial, indépendant . des coutumes.<br />

Bien qu'autrefois l'homme subvenait<br />

seul aux besoins de la famille et la<br />

femme se consacrait <strong>un</strong>iquement aux<br />

soins du ménage, il ne revendiquait pas<br />

toujours dans rintimité familiale les<br />

droits du chef.<br />

En Chine, jusqu'à la prise de pouvoir<br />

du Kuomintang, la femme n'avait pra¬<br />

tiquement auc<strong>un</strong> droit, <strong>elle</strong> prenait,<br />

néanmoins, toutes les initiatives dans<br />

la vie privée des siens. C'<strong>est</strong> <strong>elle</strong> qui


décidait de l'éducation des enfants, du<br />

métier des garçons et même de leur<br />

mariage. En Asie et en Afrique, certai¬<br />

nes tribus considèrent la femme comme<br />

la gardienne de la dynastie et, par<br />

conséquent c<strong>elle</strong>-ci ne porte pas le nom<br />

de l'homme mais de la femme. Le ma¬<br />

triarcat <strong>est</strong> encore de nos jours en fa¬<br />

veur en certains points du globe. Ses<br />

tenants le justifient par l'argument sui¬<br />

vant : on ne peut jamais établir de<br />

façon certaine l'identité du père, mais<br />

seulement c<strong>elle</strong> de la mère.<br />

Malgré son émancipation, la femme<br />

tient dans la société et dans la famille<br />

des <strong>rôle</strong>s différents de ceux de l'homme.<br />

L'égalité dès droits ne doit pas conduire<br />

à <strong>un</strong>e conception absurde, qui voudrait<br />

que la femme vive et agisse comme les<br />

hommes. Tout en jouissant des mêmes<br />

droits, l'homme et la femme r<strong>est</strong>ent<br />

dans la vie placés devant des tâches<br />

différentes.<br />

Quand les filles demandent<br />

les garçons en mariage<br />

Souvent, la société <strong>est</strong> responsable de<br />

ce que la femme acquiert <strong>un</strong>e<br />

conception absurde de sa mission.<br />

Combien de gens commettent l'impar¬<br />

donnable erreur de considérer le travail<br />

de la femme au foyer comme moins im¬<br />

portant et moins appréciable que le<br />

travail que son mari fournit au bureau<br />

ou dans l'atelier.<br />

On ne doit pas non plus exagérer<br />

dans l'autre sens. Coudre <strong>un</strong> bouton ou<br />

raccommoder des bas ne peut pas <strong>être</strong><br />

qualifié de mission idéale de la femme.<br />

Ce fut pourtant le cas de Mr. Perry, <strong>un</strong><br />

commerçant du Massachusetts, dont la<br />

femme avait l'ambition de parachever<br />

son éducation par des études <strong>un</strong>iversi¬<br />

taires. Il interdit à son épouse de fré¬<br />

quenter l'<strong>un</strong>iversité et exigea qu'<strong>elle</strong><br />

s'occupe davantage de ses chemises et<br />

mÊnmmaÊmm<br />

de ses chaussettes. Le cas fut porté en<br />

justice et le trib<strong>un</strong>al reconnut les droits<br />

de Mrs. Perry de faire les études qu'<strong>elle</strong><br />

désirait. Mr. Perry dut, en outre, en<br />

vertu de l'arrêt, payer les frais de l'édu¬<br />

cation de sa femme.<br />

<strong>La</strong> nationalité de la femme mariée<br />

<strong>est</strong> <strong>un</strong> problème qui retient l'attention<br />

de tous les législateurs. <strong>La</strong> femme qui<br />

épouse <strong>un</strong> étranger a-t-<strong>elle</strong> le droit de<br />

garder sa nationalité ou doit-<strong>elle</strong> obli¬<br />

gatoirement prendre c<strong>elle</strong> du mari ?^<br />

Deux thèses s'affrontent. <strong>La</strong> première<br />

repose sur le principe de l'égalité juri¬<br />

dique des deux sexes. Si la femme <strong>est</strong>reconnue<br />

égale à l'homme dans tous<br />

ses droits, on ne peut l'obliger à re¬<br />

noncer à sa propre nationalité en<br />

contractant mariage avec <strong>un</strong> étranger.<br />

Ce principe a été admis par la plupart<br />

des Etats. <strong>La</strong> deuxième thèse repose<br />

sur le principe de « l'<strong>un</strong>ité de la fa¬<br />

mille ». Les partisans de c<strong>elle</strong>s-ci pré¬<br />

tendent que si les deux parents et les<br />

enfants ne possèdent pas tous la même<br />

nationalité, l'<strong>un</strong>ité morale et spiritu<strong>elle</strong><br />

de la famille peut se trouver en danger.<br />

Des complications extrêmement fâ¬<br />

cheuses peuvent en résulter non seule¬<br />

ment pour des qu<strong>est</strong>ions d'ordre pure¬<br />

ment administratif, mais à la suite<br />

d'événements d'ordre politique.<br />

<strong>La</strong> législation réglant cette qu<strong>est</strong>ion '<br />

diffère totalement d'<strong>un</strong> pays à l'autre,<br />

et <strong>un</strong>e convention internationale <strong>est</strong><br />

vivement souhaitable. <strong>La</strong> Société des<br />

Nations avait élaboré sans succès <strong>un</strong><br />

projet au cours des années 1931-1937.<br />

Plusieurs pays ont procédé à des ré¬<br />

formes, mais des complications nom¬<br />

breuses persistent et les intéressés se<br />

perdent dans <strong>un</strong> labyrinthe de paragra¬<br />

phes subtils. L'O.N.U. étudie__aciueilement<br />

la qu<strong>est</strong>ion.<br />

Même sur le plan législatif, l'égalité<br />

des sexes ne peut jamais <strong>être</strong> intégrale.<br />

Il faut tenir compte des qualités phy¬<br />

siques de la femme. Dans certains cas,<br />

Le Courrier. N» 11. 1955<br />

Photo C.O.I. Londres Photo copyright S. Matsubarm<br />

il en découle des avantages pour <strong>elle</strong>.<br />

Ainsi, dans trente-trois pays, l'âge mi¬<br />

nimum requis par la loi pour le ma¬<br />

riage <strong>est</strong> <strong>inférieur</strong> pour les filles à ce¬<br />

lui des garçons. Dans neuf Etats des<br />

Etats-Unis, les filles sont majeures à<br />

18 ans, mais les je<strong>un</strong>es gens seulement<br />

à 21 ans. En France," dans l'île d'Ouessant,<br />

c'étaient toujours les filles qui<br />

choisissaient les garçons et les deman¬<br />

daient en mariage. Cette coutume ne<br />

s'<strong>est</strong> perdue que ces dernières années.<br />

Sur les pistes<br />

les hommes passent d'abord<br />

Il <strong>est</strong> intéressant de comparer les<br />

records d'athlétisme établis par les<br />

femmes et par les hommes. <strong>La</strong><br />

femme la plus rapide du monde sur<br />

100 mètres <strong>est</strong> la Hollandaise Blankers-<br />

Koen avec 11 s 5/10; le record mascu¬<br />

lin <strong>est</strong> de 10 s 2/10. <strong>La</strong> Soviétique Pletneva<br />

a parcouru 800 mètres en 2 min.<br />

8 s 5/10; le recordman allemand a mis,<br />

pour parcourir la même distance, 25 se¬<br />

condes de moins. Le record féminin de<br />

saut en hauteur <strong>est</strong> de 1 m 72, détenu<br />

par l'Anglaise Lerwill; le record mascu¬<br />

lin <strong>est</strong> de 2 m 11. En natation, sur<br />

100 m, Allan Ford (55 s 9/10) bat la<br />

Hollandaise Den Ouden (64 s 6/10) de<br />

9 secondes. Ces records étaient debout<br />

en 1954.<br />

Auc<strong>un</strong>e femme ne s'<strong>est</strong> encore par<br />

trop distinguée en pilotant <strong>un</strong>e voiture<br />

de course; par contre, de nombreuses<br />

femmes ont acquis <strong>un</strong>e célébrité mon¬<br />

diale comme aviatrices. <strong>La</strong> femme la<br />

plus rapide du monde <strong>est</strong> Mme Jacque¬<br />

line Auriol qui, avec <strong>un</strong> avion à réac¬<br />

tion, a atteint la vitesse de près de<br />

900 km/h sur <strong>un</strong> parcours de 100 km.<br />

L'homme <strong>est</strong>-il. moins heureux parce<br />

que sa compagne <strong>est</strong> sortie de l'intimité<br />

du foyer pour contribuer avec énergie<br />

aux forces qui régissent la marche du<br />

monde ? Sûrement pas.<br />

29


30<br />

par Alfred Métraux<br />

Il faut se méfier du tableau clas¬<br />

sique que tant de voyageurs<br />

ont tracé de la femme « primi¬<br />

tive ». Il importe de comprendre<br />

les institutions des peuples<br />

avant de juger certains usages<br />

qui nous étonnent. Photo du<br />

haut : Indienne de l'Amazone.<br />

Photo du bas : danse dans <strong>un</strong><br />

village des Territoires du Nord,<br />

Côte-de-l'Or britannique.<br />

.


<strong>La</strong> « femme primitive » sert trop souvent de repoussoir à<br />

la « femme moderne ». Malgré les efforts tenaces des<br />

anthropologues, les notions les plus fausses ont encore<br />

cours sur le sort que les « primitifs » réservaient à leurs<br />

épouses, que l'on imagine, bien à tort, comme des es¬<br />

claves ou des bêtes de somme. Le tableau classique que tant<br />

de voyageurs ont tracé de la femme indigène courbée sous le<br />

poids d'<strong>un</strong> lourd fardeau, portant au surplus <strong>un</strong> enfant<br />

contre sa poitrine, alors que son mari la précède allègrement,<br />

<strong>un</strong> arc à la main, s'<strong>est</strong> imposé comme le symbole de la dégra¬<br />

dation de la femme « sauvage ». Il <strong>est</strong> vrai que la légende<br />

opposée d'<strong>un</strong> matriarcat primitif hante aussi les récits des<br />

voyageurs. Beaucoup d'auteurs se sont employés à recueillir<br />

toutes les coutumes qui permettraient de reconstituer <strong>un</strong>e<br />

Le Courrier. N° 11. 1955<br />

étape de l'évolution humaine où les femmes auraient régné<br />

sur les hommes d'<strong>un</strong>e façon plus ou moins absolue.<br />

De t<strong>elle</strong>s notions contribuent sans doute à fausser notre<br />

jugement au moment où ces mêmes peuples ont cessé d'ap¬<br />

partenir à <strong>un</strong> <strong>un</strong>ivers lointain pour participer de façon très<br />

directe à notre civilisation. Il importe de comprendre leurs<br />

institutions si nous voulons les changer. Mais n'ajoutons pas<br />

à notre pitié .condescendante pour l'imperfection de leurs<br />

techniques, notre mépris à l'égard d'usages dont la significa¬<br />

tion nous échappe. Le sujet que nous abordons <strong>est</strong> vaste et il<br />

a déjà fait l'objet d'innombrables études. Il ne saurait <strong>être</strong><br />

qu<strong>est</strong>ion ici que d'éclairer quelques points sur lesquels se<br />

manif<strong>est</strong>ent les idées les plus erronées.<br />

<strong>La</strong> femme militaire : triste privilège de notre époque<br />

Chaque fois que l'on veut porter <strong>un</strong> jugement sur la condi¬<br />

tion de la femme dans <strong>un</strong>e société donnée, il <strong>est</strong> néces¬<br />

saire de spécifier le domaine social ou culturel dans<br />

lequel on envisage son <strong>rôle</strong>. Même dans <strong>un</strong>e civilisation t<strong>elle</strong><br />

que la nôtre où l'égalité des sexes tend à <strong>être</strong> juridiquement<br />

admise et où les femmes jouent <strong>un</strong> <strong>rôle</strong> social et économique<br />

de plus en plus important, il <strong>est</strong> des institutions qui ne lui<br />

accordent qu'<strong>un</strong>e place subordonnée ou insignifiante. Dans le<br />

cas de la religion, où les femmes se distinguent cependant par<br />

leur piété et leur zèle, la prêtrise leur <strong>est</strong> fermée et par consé¬<br />

quent toute la hiérarchie ecclésiastique. L'idée d'<strong>un</strong>e femme<br />

évêque ou grand rabbin prête à sourire, si <strong>elle</strong> ne nous<br />

apparaît pas impie et scandaleuse.<br />

Cette incapacité surprenante, dont la femme <strong>est</strong> générale¬<br />

ment frappée pourrait surprendre les membres d'autres<br />

civilisations où la femme <strong>est</strong> précisément choisie comme<br />

l'intermédiaire entre les esprits et les hommes. Elles y ont le<br />

privilège des révélations et celui de s'adresser aux divinités<br />

pour les apaiser et en obtenir les faveurs. Les hommes, même<br />

les plus haut placés dans la hiérarchie sociale, les écoutent<br />

et les consultent pour tout ce qui touche le monde surnaturel.<br />

C'<strong>est</strong> surtout dans les tribus pratiquant le chamanisme que<br />

les femmes monopolisent la vie religieuse. Elles y sont consi¬<br />

dérées comme des sujets particulièrement propres à main¬<br />

tenir <strong>un</strong> commerce suivi avec les esprits. Chez les Araucans<br />

du Chili, tribu virile s'il en fut, les hommes qui se sentaient<br />

<strong>un</strong>e vocation de magicien ou de pr<strong>être</strong> s'habillaient en<br />

femmes et cherchaient à leur ressembler en tous points. Chez<br />

les fameux Iroquois de l'Etat de New York, la vie cérémoni<strong>elle</strong><br />

était dans <strong>un</strong>e très large mesure contrôlée par les<br />

femmes.<br />

C'<strong>est</strong> <strong>un</strong> des tristes privilèges de notre époque d'avoir asso¬<br />

cié si étroitement la femme à la vie militaire. En général, en<br />

dépit des légendes sur les Amazones, la plupart des peuples<br />

archaïques considèrent la femme comme inapte à la guerre.<br />

Toutefois, le cas des régiments féminins du Dahomey, en<br />

Afrique, peut éveiller quelques doutes sur les raisons phy¬<br />

siques et physiologiques généralement données pour justifier<br />

l'exclusion des femmes du métier des armes. Les bataillons<br />

de choc dahoméens étaient entièrement composés de je<strong>un</strong>es<br />

femmes qui, théoriquement, passaient pour <strong>être</strong> les épouses<br />

du souverain. Lors des batailles ou des sièges, <strong>elle</strong>s étaient<br />

tenues en réserve jusqu'au moment où le général jugeait<br />

qu'il pouvait emporter la décision en lançant dans la mêlée<br />

ses troupes d'élite. Les femmes se ruaient sur l'adversaire en<br />

brandissant d'énormes cimeterres avec lesquels <strong>elle</strong>s faisaient<br />

voler les têtes. Ce fut à ces redoutables Amazones qu'échut<br />

l'honneur de défendre l'indépendance du royaume de Behan-<br />

zin lors de la conquête du Dahomey par les troupes fran¬<br />

çaises il y a <strong>un</strong>e cinquantaine d'années.<br />

Mme Récamier aurait pu envier les Iroquoises<br />

Les plus graves erreurs commises sur la condition de la<br />

femme « primitive » tiennent le plus souvent à <strong>un</strong>e<br />

fâcheuse confusion entre <strong>un</strong> état de droit et <strong>un</strong> état de<br />

fait. En mettant l'accent <strong>un</strong>iquement sur l'étendue de la puis¬<br />

sance maritale, ainsi que sur certaines coutumes, t<strong>elle</strong>s que le<br />

soi-disant « achat des femmes », on a pu tracer <strong>un</strong> tableau<br />

très noir de la vie féminine dans le monde « sauvage »; mais<br />

si on s'était donné la peine de noter avec soin le comporte¬<br />

ment des deux sexes et de chercher à pénétrer la fonction<br />

véritable de certains usages, on se serait aperçu que l'inéga¬<br />

lité entre hommes et femmes était loin d'<strong>être</strong> aussi marquée<br />

qu'il apparaît au premier abord et que, selon le point de vue<br />

auquel on se place, les désavantages sont compensés par des<br />

privilèges souvent importants.<br />

Ce n'<strong>est</strong> pas pour déconcerter le lecteur par <strong>un</strong>e bou¬<br />

tade que le célèbre ethnographe et sociologue américain, le<br />

Dr Robert H. Lowie, écrit dans son traité de sociologie pri¬<br />

mitive : « En dépit de l'influence qu'<strong>elle</strong>s ont pu exercer, ni<br />

George Eliot ni Mme Récamier ne bénéficiaient d'<strong>un</strong> statut<br />

comparable à celui qui était accordé aux femmes iroquoises. »<br />

L'exemple ne pouvait <strong>être</strong> mieux choisi : il <strong>est</strong> en effet peu<br />

de sociétés dans lesqu<strong>elle</strong>s les femmes aient disposé d'<strong>un</strong><br />

pouvoir comparable à celui dont jouissaient les matrones<br />

dans cette tribu peau-rouge. Elles ne siégeaient pas au<br />

conseil tribal ni à celui de la grande confédération iro-<br />

quoise, mais <strong>elle</strong>s en désignaient les membres. C'<strong>est</strong> de leur<br />

choix que dépendait l'autorité politique. Elles avaient en<br />

outre le pouvoir de d<strong>est</strong>ituer les chefs qu'<strong>elle</strong>s considéraient<br />

<strong>inférieur</strong>s à leur tâche.<br />

Le <strong>rôle</strong> politique des femmes nous ramène au problème du<br />

matriarcat. L'existence d'<strong>un</strong> ordre social où les femmes au¬<br />

raient dominé les hommes a été relégué au chapitre des<br />

mythes. A l'exception des Iroquois dont il vient d'<strong>être</strong> ques¬<br />

tion et de quelques rares tribus, ce n'<strong>est</strong> que par accident que<br />

la puissance politique <strong>est</strong> tombée en quenouille. L'hypothèse<br />

du matriarcat primitif <strong>est</strong> né d'<strong>un</strong>e confusion entre descen¬<br />

dance matrilinéaire et hégémonie féminine. Le fait qu'<strong>un</strong>e<br />

personne appartient au clan maternel, hérite de son oncle<br />

maternel et considère les membres du clan paternel comme<br />

des étrangers ne signifie pas qu'<strong>un</strong> statut privilégié soit<br />

accordé aux femmes. Dans <strong>un</strong> très grand nombre de com¬<br />

m<strong>un</strong>autés « primitives » le mari <strong>est</strong> contraint par la cou¬<br />

tume de vivre chez sa femme ; mais si cette situation favorise<br />

c<strong>elle</strong>-ci, <strong>elle</strong> n'implique pas <strong>un</strong>e supériorité du sexe féminin.<br />

Certes, la femme qui r<strong>est</strong>e avec les siens ne risque pas d'<strong>être</strong><br />

maltraitée par son mari. Si celui-ci se montrait injuste ou<br />

brutal, il aurait tôt fait de déchaîner la maisonnée contre<br />

lui. Chez les Indiens Pueblo du sud-ou<strong>est</strong> des Etats-Unis où<br />

les femmes sont propriétaires de la hutte familiale, <strong>elle</strong>s peu¬<br />

vent en chasser l'époux qui a cessé de leur plaire. C'<strong>est</strong> pour¬<br />

quoi, en régime « matrilocal », les hommes se sentent mal à<br />

l'aise chez eux et profitent de toute occasion pour rentrer<br />

dans leur village où ils peuvent compter sur l'affection et la<br />

confiance de leurs parents.<br />

Quelques ethnographes ont cherché à établir <strong>un</strong>e<br />

corrélation entre l'économie pratiquée par <strong>un</strong>e<br />

société donnée et la condition des femmes. En effet,<br />

chez beaucoup de peuples dits « primitifs », la<br />

31


" Photo Copyright Robert Jautin<br />

culture du sol <strong>est</strong> entièrement <strong>un</strong>e activité féminine. En Ama¬<br />

zonie, par exemple, la participation des hommes aux travaux<br />

agricoles se limite au défrichement, le r<strong>est</strong>e de la besogne in¬<br />

combant aux femmes. Ce sont <strong>elle</strong>s qui plantent, récoltent et<br />

transportent les produits de leurs champs. Comme l'agri¬<br />

culture fournit l'alimentation de base, on pourrait facilement<br />

en conclure que les femmes occupent dans la vie tribale <strong>un</strong>e<br />

situation particulièrement forte. Réciproquement, on pourrait<br />

s'attendre à ce que, dans les groupes qui dépendent pour leur<br />

subsistance de la chasse et de la pêche, Imposition de la<br />

femme reflète sa dépendance vis-à-vis de l'élément masculin.<br />

Or, <strong>un</strong>e fois encore, les faits démentent l'hypothèse.<br />

Dans certaines sociétés de chasseurs nomades, les deux<br />

sexes ont des droits à peu près égaux, alors qu'au contraire<br />

on constate <strong>un</strong>e nette infériorité de la femme dans d'autres<br />

groupes où cependant -<strong>elle</strong> <strong>est</strong> la pourvoyeuse de nourriture<br />

par exc<strong>elle</strong>nce. On ne peut donc pas conclure des cas donnés<br />

que le développement économique produise forcément <strong>un</strong>e<br />

transformation du statut de la femme. Cependant, il semble<br />

qu'il existe <strong>un</strong>e corrélation très précise entre l'élevage du gros<br />

bétail et la relégation des femmes à <strong>un</strong> rang <strong>inférieur</strong>. C'<strong>est</strong><br />

32<br />

à l'influence des nomades pasteurs que l'on attribue,- dans les<br />

sociétés européennes et asiatiques, la subordination de la<br />

femme et le <strong>rôle</strong> très effacé qui lui a été assigné en dehors<br />

de la maison. Y a-t-il entre l'élevage activité masculine<br />

et l'infériorité féminine <strong>un</strong> lien de cause à- effet? On l'a cru,<br />

mais des anthropologues voient dans ce rapport le résultat<br />

d'<strong>un</strong> hasard historique et signalent le cas de tribus de pas¬<br />

teurs comme les Hottentots chez qui la femme n'<strong>est</strong> pas trai¬<br />

tée comme <strong>un</strong>e <strong>inférieur</strong>e.<br />

L'argument le plus souvent invoqué pour démontrer l'in¬<br />

fériorité de la femme « primitive » <strong>est</strong> le fait que, dans de<br />

nombreuses sociétés notamment en Afrique <strong>elle</strong> <strong>est</strong><br />

achetée par son futur mari. Beaucoup d'encre a été répandue<br />

pour stigmatiser cette coutume ou, au contraire, pour la<br />

défendre et expliquer sa signification. L'achat des femmes,<br />

en Afrique orientale le lobola se présente généralement<br />

comme la remise d'<strong>un</strong>e certaine quantité de bétail à la famille<br />

qui fournit la je<strong>un</strong>e fille. Acquérir <strong>un</strong> nombre suffisant de<br />

b ou de vaches pour pouvoir se marier, t<strong>elle</strong> <strong>est</strong> la pré¬<br />

occupation majeure des je<strong>un</strong>es gens de ces tribus. Il ne s'agit<br />

pas là d'<strong>un</strong>e opération mercantile, mais de quelque chose


Photo copyright Goldstein, Collection Musée de l'Homme.<br />

-de beaucoup plus complexe. Tout d'abord, le transfert du<br />

bétail donne au mariage <strong>un</strong>e sanction offici<strong>elle</strong>; il <strong>est</strong> l'équi¬<br />

valent du contrat de mariage dans nos sociétés, et la femme<br />

pour laqu<strong>elle</strong> on n'aurait pas donné du bétail n'aurait pas<br />

vraiment le sentiment d'<strong>être</strong> <strong>un</strong>e épouse légitime. D'autre<br />

part, la famille du je<strong>un</strong>e homme achète non la femme, mais<br />

<strong>un</strong> droit de propriété sur sa progéniture. S'il n'y avait pas eu<br />

« paiement », les enfants issus du mariage appartiendraient<br />

à la famille de la mère. Le bétail <strong>est</strong> donc souvent <strong>un</strong>e forme<br />

de douaire que le mari verse aux parents de la fiancée pour<br />

qu'ils l'administrent et l'en fassent bénéficier ainsi que ses<br />

enfants. Si la femme venait à mourir sans enfant, le bétail<br />

devrait <strong>être</strong> rendu au mari. Bref, ce qu'on app<strong>elle</strong> à tort<br />

l'achat de la fiancée <strong>est</strong> <strong>un</strong>e transaction où l'aspect juridique<br />

prévaut sur l'aspect économique. Ce n'<strong>est</strong> pas <strong>un</strong>e « affaire »,<br />

mais <strong>un</strong> acte solennel qui donne <strong>un</strong>e sanction légale au ma¬<br />

riage et assure la légitimité de la descendance.<br />

Par cette brève mise au point, je n'ai rien cherché d'autre<br />

que de réveiller notre sens de la justice envers les peuples<br />

que l'on qualifie de « primitifs » ou d' « <strong>inférieur</strong>s ». Malgré<br />

nos immenses progrès techniques, nous avons peine à nous<br />

SON ÉPOUX<br />

EST UN CHEF<br />

<strong>Femme</strong> Makere (tribu de la<br />

Province orientale du Congo<br />

belge). Epouse d'<strong>un</strong> chef,<br />

<strong>elle</strong> porte le collier en dents<br />

de fauve et la grande trompe<br />

d'ivoire sculptée, insigne de<br />

sa dignité. Selon la coutume<br />

<strong>elle</strong> a couvert son corps de<br />

dessins géométriques peints.<br />

dégager des institutions léguées par nos anc<strong>être</strong>s indo-euro¬<br />

péens ces pasteurs nomades qui se sont montrés si peu<br />

généreux pour le sexe faible. <strong>La</strong> conquête des droits de la<br />

femme ne fait souvent qu'introduire au sein de notre civili¬<br />

sation <strong>un</strong> état de droit et de fait qui, depuis des siècles ou<br />

même des millénaires, a été l'apanage de groupes humains<br />

que nous sommes trop souvent tentés de dédaigner.<br />

Alfred Metraux n'avait que 21 ans lorsqu'il entreprit sa première expédition<br />

archéologique en Amérique latine. Depuis lors, sa carrière d'anthropologiste l'a<br />

conduit dans les lies des mers du Sud et à travers toute l'Amérique latine. Il a<br />

dirigé diverses missions pour l'<strong>Unesco</strong> et, en tant que membre du Secrétariat de<br />

l'<strong>Unesco</strong>, il prend <strong>un</strong>e part active à la campagne menée par cette organisation<br />

contre la discrimination raciale. Suisse d'origine, Alfred Metraux <strong>est</strong> maintenant<br />

citoyen des Etats-Unis. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les tribus d'Amérique<br />

du Sud et du Pacifique.<br />

33


"Ma femme? Elle ne fait<br />

rien... Elle r<strong>est</strong>e à la maison"<br />

SI l'on demande à l'homme de la rue si son épouse tra¬<br />

vaille, il répond, dans 80 % des cas :<br />

« Ma femme ? Elle ne fait rien... <strong>elle</strong> r<strong>est</strong>e à la mai¬<br />

son. »<br />

Cette réponse traduit la conviction dont la plupart des<br />

hommes sont pénétrés, à savoir que la ménagère jouit d'<strong>un</strong>e<br />

situation favorisée, dispose de loisirs et d'<strong>un</strong>e enviable liberté<br />

d'action. Par sa sincérité même, <strong>elle</strong> souligne la' profonde1<br />

méconnaissance que les masses ont encore de l'importance<br />

et de l'étendue des besognes du foyer.<br />

Cependant, cette notion d'improductivité qui s'attache aux<br />

travaux ménagers, notion<br />

si générale que Lénine en<br />

faisait état en 1917, <strong>est</strong> en<br />

voie de disparaître. Les<br />

économistes de plusieurs<br />

grandes nations, après<br />

avoir longtemps vécu avec<br />

ce préjugé, viennent en<br />

effet de découvrir que « la<br />

femme qui ne fait rien ><br />

travaille en réalité de fa¬<br />

çon si rentable que l'Etat<br />

lui doit <strong>un</strong>e part de ses<br />

richesses.<br />

<strong>La</strong> révélation <strong>est</strong> d'im¬<br />

portance et les observations<br />

des sociologues lui font<br />

écho. L'an dernier, c'<strong>est</strong><br />

André Siegfried qui, dans<br />

deux de ses ouvrages, ren¬<br />

dait successivement hom¬<br />

mage à l'Américaine et à la<br />

Française, maîtresses de<br />

maison avisées, organisa¬<br />

trices et dures travailleu¬<br />

ses, responsables du budget<br />

familial, tandis que, dans<br />

le même temps, <strong>un</strong>e confé¬<br />

rence féminine franco- al¬<br />

lemande exposait en Sor¬<br />

bonne les tâches multiples<br />

auxqu<strong>elle</strong>s doit se livrer<br />

l'Allemande d'après-guerre.<br />

Il ressort de ces diverses<br />

manif<strong>est</strong>ations que les gou¬<br />

vernements semblent déci¬<br />

dés, depuis <strong>un</strong>e dizaine a années, à reconnaître l'importance<br />

des travaux ménagers et leurs répercussions sur l'économie<br />

nationale. Jusqu'ici cependant, auc<strong>un</strong> organisme ne s'était<br />

avisé d'en prendre la mesure.<br />

Or, voici que par <strong>un</strong>e coïncidence qui marque bien les<br />

courants de pensée comm<strong>un</strong>s à notre époque, quatre pays :<br />

Etats-Unis, Angleterre, Belgique et France, viennent de<br />

calculer simultanément la valeur des travaux de leurs<br />

ménagères.<br />

L'enquête a été menée en France par M. Jean Daric, chef<br />

de service à l'Institut national d'Etudes démographiques.<br />

Elle s'appuie sur des recherches déjà effectuées en 1946 et<br />

<strong>elle</strong>s font ressortir à 70 heures par semaine le temps néces¬<br />

saire à la ménagère, dans les milieux urbains, pour accom¬<br />

plir les travaux de la maison.<br />

Etendant ce résultat aux 13 millions de ménages français,<br />

notre enquêteur a découvert avec surprise que l'importance<br />

des activités économiques et familiales exprimées en heures<br />

de travail dépassait de 4 milliards d'heures, c<strong>elle</strong>s des acti¬<br />

vités économiques proprement dites.<br />

Les chiffres en présence sont les suivants :<br />

Travail annuel des ménagères françaises : 46 milliards<br />

d'heures.<br />

Travail annuel de la population active (hommes et fem¬<br />

mes ré<strong>un</strong>is) : 42 milliards d'heures.<br />

34<br />

par Lucienne Noblet<br />

« Ils signifient que, pour élever les enfants, entretenir la<br />

maison et les vêtements, pour faire les achats journaliers,<br />

préparer les repas, pour satisfaire enfin à tous les besoins<br />

dom<strong>est</strong>iques, il faut en France <strong>un</strong> nombre d'heures de tra¬<br />

vail annuel supérieur à celui qui <strong>est</strong> nécessaire aux hommes<br />

et aux femmes de la population active tout entière pour<br />

l'exercice de l'ensemble des activités agricoles, commerciales,<br />

industri<strong>elle</strong>s, administratives... »<br />

Les chiffres recueillis en Amérique, en Angleterre, en Bel¬<br />

gique, sont sensiblement du même ordre, se recoupent et<br />

semblent bien avoir <strong>un</strong>e portée internationale.<br />

Il n'<strong>est</strong> pas besoin d'insis¬<br />

ter sur cette constatation<br />

pour souligner l'importance<br />

économique du travail de la<br />

femme à son foyer, travail<br />

qui s'intègre dans le proces¬<br />

sus économique général et<br />

réagit sur la vie de la na¬<br />

tion tout entière. On es¬<br />

time en effet, dans les qua¬<br />

tre pays cités, la part<br />

de g<strong>est</strong>ion revenant à la<br />

grande majorité des ména¬<br />

gères à 60 % du revenu brut<br />

national.<br />

Il eût fallu, pour calculer<br />

cette part de façon plus<br />

précise, affecter aux tra¬<br />

vaux dom<strong>est</strong>iques des coef¬<br />

ficients de salaire. Or, ceía<br />

<strong>est</strong> impossible pour certai¬<br />

nes tâches familiales qui,<br />

littéralement, « n'ont pas<br />

de prix ».<br />

C'<strong>est</strong> le cas en particulier<br />

de l'éducation des enfants et<br />

des soins à leur donner, do¬<br />

maine où les activités de la<br />

mère sont pratiquement ir¬<br />

remplaçables, car, nous dit-<br />

on : « Chaque enfant a be¬<br />

soin de la chaude affection<br />

de sa mère ou d'<strong>un</strong>e per¬<br />

sonne susceptible de la rem¬<br />

placer de façon permanente,<br />

faute de quoi le trauma¬<br />

tisme affectif créé par la privation d'<strong>un</strong>e présence mater¬<br />

n<strong>elle</strong> a des répercussions profondes sur l'homme à l'âge<br />

adulte. »<br />

Photo Copyright Magnum par Suzanne Siuz<br />

Ces nouveaux apports de la science moderne commencent<br />

à inspirer les institutions. Plusieurs des Constitutions pro¬<br />

mulguées depuis la fin de la guerre, en Irlande, en Angle¬<br />

terre, en Allemagne occidentale, en sont le reflet, assimilant<br />

le travail de la femme dans son foyer au travail profession¬<br />

nel et reconnaissant que « sans lui, la nation ne pourrait<br />

continuer... »<br />

Cette reconnaissance pose implicitement la qu<strong>est</strong>ion du<br />

statut de la ménagère, cette « Irremplaçable » qui n'a jus¬<br />

qu'ici auc<strong>un</strong>ement profité des progrès sociaux et de la<br />

modernisation de la technique et ne jouit pas davantage des<br />

améliorations apportées depuis <strong>un</strong>e cinquantaine d'années à<br />

la vie du travailleur. Elle n'a en effet ni semaine anglaise, ni<br />

repos hebdomadaire, ni vacances, ni salaire, ni retraite et<br />

demeure à peu près ignorée de la Législation.<br />

Ainsi donc, puisque la preuve vient d'<strong>être</strong> faite que les<br />

ménagères comptent parmi les meilleurs serviteurs des Etats,<br />

il serait bon que ceux-ci prennent enfin les mesures néces¬<br />

saires pour reconnaître, simplifier, organiser et revaloriser<br />

la condition de la femme au foyer, permettant ainsi l'épa¬<br />

nouissement de la mère. « Et ceci, déclare Jean Daric, pour<br />

le plus grand bien de la famille et de la nation tout en¬<br />

tière. »


" Photo« copyright Magnum par Ernst Scheidegger<br />

DERRIÈRE LE VOILE<br />

UN NOUVEAU VISAGE<br />

par A. H. Hourani<br />

Le Courrier. N" 11. 1955<br />

Les Arabes sont pour la plupart<br />

musulmans et, depuis plus de<br />

mille ans, leur vie sociale <strong>est</strong> ré¬<br />

glée par la loi de l'Islam. Avant d'étu¬<br />

dier ce qu'a été, et ce qu'<strong>est</strong> encore<br />

dans <strong>un</strong>e certaine mesure la vie de la<br />

femme arabe, il faut donc savoir ce<br />

que cette vie devrait <strong>être</strong>, selon la loi.<br />

L'Islam admet la polygamie ; même<br />

ceux qui ignorent tout de l'Islam<br />

savent cela. Mais on ne sait pas tou¬<br />

jours qu'il y a des r<strong>est</strong>rictions à la<br />

polygamie. Un homme ne peut avoir<br />

plus de quatre épouses et il doit les<br />

traiter toutes équitablement. L'Islam<br />

admet aussi le divorce et en pratique<br />

il <strong>est</strong> plus facile à l'homme qu'à la<br />

femme de divorcer. En revanche, la<br />

femme mariée peut posséder des biens<br />

et <strong>elle</strong> a le droit à <strong>un</strong>e pension en cas<br />

de divorce. Les filles ont droit à <strong>un</strong>e<br />

part de la succession patern<strong>elle</strong>, égale<br />

à la moitié de la part des fils.<br />

Mais la loi ne suffit pas à expliquer<br />

le modede vie d'<strong>un</strong>e société. <strong>La</strong> com¬<br />

m<strong>un</strong>auté arabe a adopté certaines cou¬<br />

tumes sociales qui n'étaient pas musul¬<br />

manes à l'origine. Par exemple, les<br />

femmes vivent cachées dans le harem<br />

et ne sortent que voilées. Mais cette<br />

tradition existait au Moyen-Orient dès<br />

avant l'apparition de l'Islam. Déjà, dans<br />

l'antiquité, les rois de Perse et les au¬<br />

tres monarques d'Orient se dissimu¬<br />

laient et dissimulaient leurs femmes à<br />

tous les regards pour rehausser la ma¬<br />

j<strong>est</strong>é royale. Les califes et les sultans<br />

Au Caire, ¡I y a deux ans, les<br />

« suffragettes » égyptiennes<br />

firent la grève de la faim pen¬<br />

dant dix jours (photo du haut)<br />

afin d'attirer l'attention des<br />

pouvoirs publics sur leurs re¬<br />

vendications relatives aux droits<br />

politiques de la femme; Mme<br />

Doria Shafik (en bas, Intervie¬<br />

wée par des journalistes) <strong>est</strong><br />

à la tête de ce mouvement.<br />

musulmans adoptèrent cette règle<br />

imités en cela par leurs sujets, notam¬<br />

ment par les riches citadins.<br />

Il <strong>est</strong> possible qu'à certains égards<br />

les conceptions islamiques aient contri¬<br />

bué à propager cet usage, mais celuici<br />

n'<strong>est</strong> ni essenti<strong>elle</strong>ment ni exclusi¬<br />

vement musulman. Tout récemment<br />

encore, dans les villes arabes, les chré¬<br />

tiennes portaient le voile tout comme<br />

les musulmanes.<br />

Il existe d'ailleurs diverses traditions<br />

opposées : chez les Bédouins du désert<br />

les coutumes sociales sont plus libé¬<br />

rales que dans les villes ; dans les cam¬<br />

pagnes, les nécessités économiques font<br />

que la femme participe aux travaux<br />

des champs ; jusque dans les villes,<br />

certaines femmes ont su triompher des<br />

obstacles traditionnels et jouer <strong>un</strong> <strong>rôle</strong><br />

dans la vie littéraire, religieuse et<br />

même politique. <strong>La</strong> reine Shajar ad-<br />

Durr, qui régna en Egypte au xnr siè¬<br />

cle, tint sept ans durant son mari et<br />

le pays entier sous sa domination.<br />

Mais c'<strong>est</strong> là sans doute la seule<br />

femme de l'Islam qui an\ fait battre<br />

monnaie à son nom. <strong>La</strong> conception tra¬<br />

ditionn<strong>elle</strong> du <strong>rôle</strong> de la femme n'a<br />

commencé à <strong>être</strong> sérieusement criti¬<br />

quée qu'au cours des deux dernières<br />

générations. Cinquante ans seulement<br />

se sont écoulés depuis qu'<strong>un</strong> i<br />

écrivain de langue arabe,<br />

l'Egyptien Qasim Amin, a ex¬<br />

posé pour la première fois en<br />

35


DERRIÈRE LE VOILE<br />

UN NOUVEAU VISAGE<br />

(Suite)<br />

Photo <strong>Unesco</strong><br />

<strong>La</strong> tradition veut que les femmes musulmanes<br />

apparaissent voilées aux yeux du public (photo<br />

de droite prise à Kaboul, Afghanistan). Mais le<br />

progrès veut qu'<strong>elle</strong>s soient avides d'apprendre<br />

et qu'<strong>elle</strong>s aient les yeux ouverts sur le monde.<br />

(Photo du haut prise au Centre d'Education<br />

sociale de Bombay, Inde, dont l'équipement<br />

et le matériel ont été fournis en partie<br />

grâce aux Bons d'Entraide de l'<strong>Unesco</strong>).<br />

détail la nécessité et les avantages<br />

d'<strong>un</strong>e réforme. Dans deux ouvrages<br />

célèbres, « <strong>La</strong> femme nouv<strong>elle</strong> » et<br />

« <strong>La</strong> libération de la femme », il dé¬<br />

montrait qu'on pouvait modifier pro¬<br />

gressivement et avec prudence la<br />

condition de la femme sans violer au¬<br />

c<strong>un</strong> des principes de l'Islam. Ses idées<br />

soulevèrent à l'époque <strong>un</strong>e vive oppo¬<br />

sition, mais la plupart des réformes<br />

préconisées par lui ont été appliquées<br />

au cours des cinquante dernières<br />

années, au moins dans les pays arabes<br />

les plus avancés : Egypte, Syrie,<br />

Royaume ' hachemite de Jordanie, Li¬<br />

ban et Irak. Même dans les pays comme<br />

le Soudan, où l'évolution sociale n'a été<br />

amorcée que récemment, la condition<br />

de la femme s'<strong>est</strong> déjà modifiée; l'ordre<br />

ancien ne subsiste sans changements<br />

que dans les pays de la péninsule arabe:<br />

le Yemen et l'Arabie Saoudite.<br />

En ce qui concerne les droits de la<br />

femme, auc<strong>un</strong> Etat arabe n'a<br />

aboli, à l'exemple de la Turquie,<br />

les dispositions de la loi coranique rela<br />

36<br />

tives au mariage et au divorce, mais<br />

certains de ces Etats, notamment<br />

l'Egypte, interprètent ces dispositions<br />

dans <strong>un</strong> sens plus conforme aux<br />

conceptions modernes. Les lois égyp¬<br />

tiennes de 1920 et de 1929 facilitent le<br />

divorce et donnent à la femme le droit<br />

de divorcer en cas de sévices ou d^aban-<br />

don ou si son mari ne subvient pas à<br />

ses besoins. <strong>La</strong> législation moderne du<br />

travail (loi égyptienne de 1933 et loi<br />

libanaise de 1946) limite le nombre des<br />

heures de travail pour les femmes et<br />

contient d'autres dispositions spéciales<br />

en leur faveur. <strong>La</strong> Syrie <strong>est</strong>, le premier<br />

Etat arabe qui ait donné aux femmes<br />

le droite de vote, et le Liban a suivi<br />

cet exemple. Un vigoureux mouvement<br />

féministe se développe en Egypte, sous<br />

l'impulsion de Doria Shafik, et dès<br />

qu'<strong>un</strong> gouvernement constitutionnel<br />

aura été rétabli dans ce pays, les fem- .<br />

mes, semble-t-il, doivent y obtenir sans<br />

difficulté le droit de vote.<br />

Mais, <strong>un</strong>e fois de plus, la loi n'<strong>est</strong><br />

pas tout ; <strong>elle</strong> ne reflète même pas tou¬<br />

jours fidèlement la vie. Si, au lieu<br />

d'examiner les textes de loi, on observe<br />

la vie ré<strong>elle</strong> des pays arabes, le chan<br />

gement apparaît bien plus considéra¬<br />

ble. Le principal indice en <strong>est</strong> sans<br />

doute l'accès des femmes à l'éducation.<br />

Dans ce domaine, la voie a été<br />

tracée par les missionnaires, catholi¬<br />

ques et prot<strong>est</strong>ants, qui ont ouvert<br />

voici <strong>un</strong> siècle les premières écoles de<br />

filles. Au cours des trente dernières<br />

années, les Etats arabes modernes ont<br />

organisé <strong>un</strong> enseignement public pour<br />

les filles comme pour les garçons.<br />

<strong>La</strong> population scolaire égyptienne<br />

comprend 35 % de filles.<br />

Dans certains pays arabes, il existe<br />

des écoles de toutes catégories, à<br />

tous les niveaux, ouvertes aux<br />

filles, et les . établissements supérieurs<br />

(collèges et <strong>un</strong>iversités), sont mixtes.<br />

Les Universités d'Etat égyptiennes, les<br />

Universités française et américaine de<br />

Beyrouth, l'Université syrienne de Da¬<br />

mas, les collèges <strong>un</strong>iversitaires de<br />

Bagdad ont ouvert leurs portes aux<br />

filles, en évitant de donner à cette me¬<br />

sure trop de publicité.


A mesure que s'accroît le nombre<br />

des femmes instruites, il faut leur<br />

trouver de nouv<strong>elle</strong>s possibilités d'em¬<br />

ploi. Jusqu'en 1914, <strong>elle</strong>s ne pouvaient<br />

guère prétendre qu'aux carrières de<br />

l'enseignement. A partir de 1920, on<br />

put voir des je<strong>un</strong>es filles se placer<br />

comme dactylos ou secrétaires, et<br />

même les filles de la bonne société<br />

purent exercer sans déchoir la profes¬<br />

sion d'infirmière. Depuis peu, on trouve<br />

des femmes dans toutes les professions<br />

libérales. <strong>La</strong> diffusion de l'instruction<br />

a de plus entraîné <strong>un</strong>e transformation<br />

de la vie sociale. Les femmes instruites<br />

n'acceptent plus de vivre en recluses ;<br />

et les hommes instruits veulent des<br />

compagnes au plein sens du terme.<br />

Sauf dans de rares régions du monde,<br />

la polygamie a pratiquement disparu,<br />

et le voile disparaît à son tour.<br />

Il serait injuste de parler des droits<br />

de la femme sans considérer l'usage<br />

qu'<strong>elle</strong> fait de ces droits. Dans le monde<br />

arabe comme ailleurs, les féministes<br />

revendiquent la liberté non seulement<br />

pour des raisons personn<strong>elle</strong>s, mais<br />

pour pouvoir jouer <strong>un</strong> <strong>rôle</strong> dans la vie<br />

de la collectivité. Aujourd'hui, les fem<br />

mes participent pleinement à l'iuvre<br />

immense de transformation qui se<br />

poursuit dans les pays arabes. Ceux qui<br />

ont visité Bagdad connaissent le ma¬<br />

gnifique bâtiment de l'orphelinat du><br />

Croissant rouge, créé et financé par <strong>un</strong><br />

groupe de dames iraquiennes. Les hôpi¬<br />

taux et les institutions sociales de la<br />

Mubarrat Muhammad Ali témoignent<br />

du sens civique et des qualités d'orga¬<br />

nisatrice de l'Egyptienne moderne.<br />

Ceux qui ont étudié la littérature et<br />

le journalisme arabes connaissent les<br />

noms de Malak Hifni Nasif, de May<br />

Ziadeh et de Julia Dimishqiya. (Dans<br />

l'ancienne génération, la plupart des<br />

grands noms sont ceux d'Arabes chré¬<br />

tiennes, qui ont été les premières à<br />

bénéficier de l'action éducatrice des<br />

missions ; mais les Musulmans de la<br />

génération actu<strong>elle</strong> ont rattrapé le<br />

terrain perdu.)<br />

Même si <strong>elle</strong>s ne votent pas, les fem¬<br />

mes participent à la vie natio¬<br />

nale; <strong>elle</strong>s ne siègent pas au Par¬<br />

lement, mais <strong>elle</strong>s possèdent leurs orga<br />

Le Courrier. N" 11. 1955<br />

Photo Nations Unies par Eric Schwab<br />

nisations politiques propres et tiennent<br />

des conférences, comme la Conférence<br />

des femmes arabes qui s'<strong>est</strong> ré<strong>un</strong>ie, au<br />

Caire,-au- début de 1945. S'il n'y a pas de<br />

femmes ministres, il existe, au Liban et<br />

en Irak, des femmes diplomates. Ceux<br />

qui suivent les travaux des Nations<br />

Unies connaissent le nom de Mme Af-<br />

nan, qui a longtemps représenté l'Irak<br />

à la Commission des droits de l'homme.<br />

Plus importante encore, <strong>un</strong>e succession<br />

de femmes eminentes, dont la première<br />

fut la princesse Nazli d'Egypte, ont su<br />

donner à la vie politique <strong>un</strong> charme qui<br />

lui manquait et que seules les femmes<br />

pouvaient lui conférer, en ré<strong>un</strong>issant<br />

dans leur salon des hommes politiques,<br />

des hommes de lettres et des visiteurs<br />

étrangers pour discuter des grands<br />

problèmes du jour dans <strong>un</strong>e atmosphère<br />

détendue et civilisée.<br />

M. /. H. Hourani, conférencier à la section d'Histoire<br />

Moderne du Proche et du Moyen-Orient de l'Université<br />

d'Oxford (Grande-Bretagne), a été chargé de cours à<br />

l'Université américaine de Beyrouth. Il a écrit plusieurs<br />

ouvrages dont <strong>un</strong>e étude intitulée : « Déclin de l'Occi¬<br />

dent au Moyen-Orient », <strong>un</strong>e enquête sur « Les Mino¬<br />

rités du monde arabe » et <strong>un</strong> ï Essai politique » sur la<br />

Syrie et le Liban.<br />

37


LE SEXE FORT (Suite de la page 12)<br />

Si, par santé, on entend l'aptitude à lutter contre les mi¬<br />

crobes et les maladies, les femmes sont généralement plus<br />

saines que les hommes ; plus résistantes qu'eux à la plupart .<br />

des maladies, <strong>elle</strong>s en guérissent aussi plus fréquemment.<br />

Il <strong>est</strong> toutefois des affections et maladies dont les femmes<br />

souffrent plus fréquemment que les hommes ; c'<strong>est</strong> le cas<br />

notamment des affections de la vésicule biliaire et du cancer<br />

des organes reproducteurs. Si nous ne savons pas pourquoi<br />

les femmes souffrent plus fréquemment de la vésicule biliaire,<br />

en revanche, nous connaissons bien le cancer des organes<br />

génitaux, ce qui nous permettra dans <strong>un</strong> proche avenir d'en<br />

réduire considérablement les ravages. Quoi qu'il en soit, si<br />

l'on considère globalement toutes les formes du cancer, cette<br />

maladie <strong>est</strong>, comme la plupart des autres, plus fréquente<br />

chez les hommes que chez les femmes.<br />

D'autre part, les femmes résistent aux chocs beaucoup<br />

mieux que les hommes. Elles savent mieux dominer leur vie<br />

affective et ont par suite beaucoup plus de « ressort ».<br />

Partout, au cours de la dernière guerre, on a constaté que<br />

dans des conditions identiques les femmes supportaient infi¬<br />

niment mieux que les hommes l'épreuve des sièges, de l'occu¬<br />

pation, de la prison et des camps de concentration.<br />

Cinq hommes bègues<br />

pour <strong>un</strong>e femme qui bégaie<br />

Pour <strong>un</strong>e femme qui bégaie, on trouve cinq hommes bè¬<br />

gues. Pour chaque daltonienne, on compte seize dalto¬<br />

niens. L'hémophilie <strong>est</strong> <strong>un</strong>e maladie presque exclusive¬<br />

ment masculine. Dans presque tous les pays, le nombre des<br />

suicides <strong>est</strong> trois fois plus élevé parmi les hommes que parmi<br />

les femmes. <strong>La</strong> plupart des affections héréditaires sont plus<br />

fréquentes chez les hommes^que chez les femmes.<br />

« Fort bien, dira-t-on, niais que faites-vous de l'intelli¬<br />

gence ? » L'intelligence <strong>est</strong> essenti<strong>elle</strong>ment l'aptitude à ré¬<br />

soudre ses problèmes, à s'adapter pour le mieux aux cir¬<br />

constances particulières dans lesqu<strong>elle</strong>s on se trouve. Or, les<br />

éducateurs, et tous ceux qui ont à appliquer des t<strong>est</strong>s d'intel¬<br />

ligence, savent depuis longtemps qu'en moyenne les garçons<br />

ne sont pas aussi éveillés que les filles. -Dès le berceau, les<br />

filles semblent plus vives. A l'âge de cinq ans (âge auquel la<br />

plupart des petits Américains entrent à l'école), <strong>elle</strong>s sont<br />

mentalement en avance de deux ans sur les garçons ; et qui<br />

plus <strong>est</strong>, <strong>elle</strong>s conservent cette avance pendant toutes leurs<br />

études primaires et secondaires. Si, dans l'enseignement<br />

supérieur, les je<strong>un</strong>es filles ne réussissent pas toujours aussi<br />

bien que les je<strong>un</strong>es gens, il arrive pourtant qu'<strong>elle</strong>s le fassent,<br />

et même qu'<strong>elle</strong>s soient plus brillantes. Quant à c<strong>elle</strong>s qui font<br />

BALI<br />

Photo copyright André Martin<br />

JAVA<br />

Photo copyright André Marcin<br />

des études médiocres, peut-<strong>être</strong> se préparent-<strong>elle</strong>s à autre<br />

chose qu'<strong>un</strong>e carrière libérale je veux dire : au mariage et<br />

à la vie de famille. Car c'<strong>est</strong> là qu'<strong>est</strong> la véritable vocation de<br />

la femme.<br />

Je suis convaincu que les femmes réussiraient aussi bien que<br />

les hommes dans les domaines de l'art et de la science<br />

si <strong>elle</strong>s étaient aussi nombreuses à s'y consacrer et à trouver<br />

autour d'<strong>elle</strong>s les mêmes stimulants. Des femmes comme<br />

Marie Curie, Liza Meitner, Gerty Cori et Dorothy Needham,<br />

pour ne mentionner qu'<strong>elle</strong>s, ont déjà montré ce que les<br />

femmes sont capables d'accomplir dans le domaine scienti¬<br />

fique, si peu nombreuses qu'<strong>elle</strong>s y aient été jusqu'ici. Il en va<br />

de même dans les autres genres d'activité. Chaque fois que<br />

l'occasion leur en <strong>est</strong> donnée, les femmes se montrent ca¬<br />

pables de faire aussi bien que les hommes, et souvent infini¬<br />

ment mieux !<br />

Aujourd'hui comme toujours, le type d'intelligence dont le<br />

monde a le plus grand besoin <strong>est</strong> celui que les femmes pos¬<br />

sèdent au plus haut degré, à savoir le type d'intelligence qui<br />

assure la vie, la protège, en multiplie les possibilités. Pensezvous<br />

que cette intelligence-là soit masculine, ou féminine ?<br />

Qui balance le berceau<br />

dirige le monde<br />

Tout le monde a avantage à ce que les femmes puissent<br />

pleinement tirer parti de leurs capacités. Hommes et<br />

femmes doivent comprendre toute la portée du fait que<br />

c'<strong>est</strong> surtout aux femmes qu'il appartient de veiller sur l'en¬<br />

fance et de façonner sa personnalité. Elever <strong>un</strong> enfant <strong>est</strong> la<br />

tâche la plus importante qu'<strong>un</strong> <strong>être</strong> humain puisse accomplir<br />

pour <strong>un</strong> autre, et l'avenir de l'humanité dépend peut-<strong>être</strong> de<br />

la façon dont cette tâche <strong>est</strong> accomplie. Une t<strong>elle</strong> mission<br />

n'<strong>est</strong> pas <strong>un</strong> « handicap »; c'<strong>est</strong> au contraire le plus grand<br />

privilège et la plus grosse responsabilité dont <strong>un</strong> <strong>être</strong> humain<br />

ait jamais été inv<strong>est</strong>i. Tout le cours de la d<strong>est</strong>inée humaine a<br />

été déterminé par la façon dont cette mission a été accomplie.<br />

<strong>La</strong> main qui balance le berceau <strong>est</strong> vraiment c<strong>elle</strong> qui dirige le<br />

monde.<br />

Si le monde n'<strong>est</strong> pas ce qu'il devrait <strong>être</strong>, la faute en<br />

incombe surtout aux hommes, qui n'ont jamais donné aux<br />

femmes l'occasion de leur rendre le service qu'<strong>elle</strong>s sont le<br />

plus aptes à leur rendre : leur apprendre à aimer leur pro¬<br />

chain. C'<strong>est</strong> le <strong>rôle</strong> des femmes que d'apprendre aux hommes<br />

à <strong>être</strong> humains.<br />

Les hommes ne sauraient mieux s'aider eux-mêmes qu'en<br />

aidant les femmes à réaliser leurs virtualités. Justice sera<br />

ainsi, pour la première fois, pleinement rendue aux deux<br />

sexes qui, en se complétant, contribueront activement, cha¬<br />

c<strong>un</strong> à sa manière, à rendre le monde meilleur et plus<br />

heureux.


Si la définition du philosophe al¬<br />

lemand Schopenhauer sur la<br />

femme : « <strong>être</strong> aux cheveux<br />

longs. et aux idées courtes », a ren¬<br />

du son auteur plus célèbre que tou¬<br />

te sa philosophie, et dure encore<br />

alors que c<strong>elle</strong>-ci s'empoussière et<br />

que les femmes ont coupé leurs<br />

cheveux, il faut avouer que, dans<br />

tous les pays, et presque dans tous<br />

les temps, les fils des femmes ont<br />

répandu, avec <strong>un</strong>e générosité iné¬<br />

puisable, des jugements féroces sur<br />

les mères de tout le genre humain.<br />

« <strong>La</strong> femme <strong>est</strong> <strong>un</strong>e source de tout<br />

mal disait déjà le sage Socrate<br />

son amour <strong>est</strong> plus à craindre<br />

que la haine de l'homme. » Les<br />

bouddhistes, eux, à peu près à la<br />

même époque, tranchaient de façon<br />

encore plus catégorique : « <strong>La</strong> fem¬<br />

me, disaient-ils, <strong>est</strong> <strong>un</strong>e créature<br />

avec l'apparence d'<strong>un</strong> ange, mais avec<br />

<strong>un</strong> esprit diabolique au plus profond de<br />

son <strong>être</strong>. » Que faire avec <strong>un</strong>e nature<br />

aussi fondamentalement mauvaise si¬<br />

non essayer de la réduire ? Les hommes,<br />

innocentes victimes de ces furies,<br />

avaient pour eux <strong>un</strong> gros avantage :<br />

ils faisaient les lois et ils les appli¬<br />

quaient. Aussi, à travers les siècles, écri¬<br />

virent-ils des livres, édictèrent-ils des<br />

lois, appliquèrent-ils des méthodes des¬<br />

tinées à maintenir la femme dans <strong>un</strong><br />

long état d'enfance mentale. Le plus<br />

dur était évidemment de la convaincre<br />

du bien-fondé d'<strong>un</strong>e t<strong>elle</strong> méthode. Les<br />

manuels d'éducation étaient là pour ça<br />

et, si nous jetons <strong>un</strong> regard sur eux,<br />

nous voyons que le flot de douceurs dont<br />

. y, sont abreuvées les futures femmes, <strong>est</strong><br />

si important qtfil <strong>est</strong> difficile de faire<br />

<strong>un</strong> choix. Nous citerons donc seulement<br />

ce jugement tiré d'<strong>un</strong>, livre d'éducation<br />

« Feuilles» <strong>est</strong> <strong>un</strong>e des iuvres les plus connues de Séraphine<br />

de Senlis, qui mania le balai avec talent et le pinceau<br />

avec génie. Photo copyright tirée du livre « Cinq maîtres<br />

primitifs » par Wilhelm Uhde (Edit. Philippe Daudy, Paris).<br />

Le Courrier. N" 11. 1955<br />

DE QUELQUES "ÊTRES<br />

AUX CHEVEUX LONGS<br />

ET AUX IDÉES COURTES "<br />

par Gabri<strong>elle</strong> Cabr'tm<br />

japonais célèbre, écrit au xvir siècle :<br />

Orma Daïgaku : « T<strong>elle</strong> <strong>est</strong> la stupidité<br />

de son caractère (de la femme), y <strong>est</strong>-il<br />

dit, que son devoir <strong>est</strong> de se défier cons¬<br />

tamment d'<strong>elle</strong>-même. »<br />

Mais les femmes mirent autant de<br />

ténacité, à presque toutes les périodes<br />

de l'histoire, à trouver <strong>un</strong>e voie d'issue<br />

pour échapper à cet état de choses, que<br />

les hommes à le maintenir; et dès que<br />

les meurs ne les reléguaient pas systé¬<br />

matiquement hors de la vie civile, poli¬<br />

tique, artistique, <strong>elle</strong>s surent donner des<br />

Chefs d'Etat (l'exemple des reines ou<br />

des régentes du xvr siècle en Europe en<br />

<strong>est</strong> <strong>un</strong>e preuve éclatante), des écrivains,<br />

des artistes de talent. C'<strong>est</strong> dans ces<br />

deux derniers groupes que nous choisi¬<br />

rons, dans les différents continents,<br />

quelques femmes qui ont fait honneur<br />

à l'humanité.<br />

Nous ne parlerons que pour la nom¬<br />

mer, de la poétesse grecque,<br />

Sapho, dont on a déjà tant<br />

exalté le génie : <strong>elle</strong> fut si cé¬<br />

lèbre que ses odes traduites<br />

dans la langue des pharaons<br />

furent retrouvées en Egypte,<br />

au cours de fouilles. D'<strong>elle</strong>, le<br />

poète anglais, Swinburne, put<br />

écrire qu'<strong>elle</strong> fut « le plus<br />

grand poète dans le sens abso¬<br />

lu du terme ».<br />

Ts'ai Yen : des accents<br />

de grand poète<br />

Ts'ai Yen vécut en Chine à<br />

la fin de cette dynastie<br />

Han qui avait brillé d'<strong>un</strong><br />

éclat si grand aux derniers siè¬<br />

cles avant notre ère. <strong>Son</strong> père,<br />

Ts'ai Yong, grand fonction¬<br />

naire, l'avait élevée au sein<br />

de tous les raffinements ma¬<br />

tériels et spirituels. R<strong>est</strong>ée<br />

veuve très je<strong>un</strong>e, sa vie fut,<br />

au tournant du ir et du<br />

irT siècle après Jésus-Christ,<br />

bouleversée par le passage de<br />

ces H<strong>un</strong>s qui, en Europe, de¬<br />

vaient aussi, sous les ordres<br />

d'Attila, menacer d'anéantisse¬<br />

ment la civilisation romaine.<br />

Elle n'<strong>est</strong>, bien sûr, qu'<strong>un</strong>e vic¬<br />

time de plus ajoutée aux in¬<br />

nombrables victimes civiles des<br />

guerres : les H<strong>un</strong>s l'entraînent avec eux<br />

derrière la Grande Muraille d<strong>est</strong>inée à<br />

défendre l'Empire. Elle sera esclave<br />

douze ans. Mais de cette captivité<br />

naîtra l'<strong>un</strong>e des muvres les plus<br />

célèbres et les plus émouvantes de la<br />

poésie chinoise : « Dix-huit mesures<br />

chantées au cornet du H<strong>un</strong>. » Avec le<br />

poète, nous sommes entraînés dans la<br />

désolation farouche des campements<br />

barbares où tout <strong>est</strong> étrange et étran¬<br />

ger à la femme raffinée et captive :<br />

« Je n'ai plus personne au monde que<br />

ces hordes déchaînées qui me forcent à<br />

les suivre aux confins de l'Univers. Le<br />

chemin du retour m'<strong>est</strong> fermé de pics<br />

couronnés de nuages. Seul, le sable<br />

tourbillonne soulevé par le vent du dé¬<br />

sert. »<br />

Rien ne pourra apaiser le désespoir de<br />

Ts'ai Yen. Tout l'irrite dans ses maî¬<br />

tres : leur férocité, leurs tentes, leurs<br />

chariots, leurs troupeaux infinis, leur<br />

nourriture. Un seul pôle à son espé¬<br />

rance : l'immense muraille derrière la¬<br />

qu<strong>elle</strong> vit encore ce monde qui fut le<br />

sien. On lui a donné <strong>un</strong> mari cepen¬<br />

dant : <strong>un</strong> guerrier h<strong>un</strong>. De lui, <strong>elle</strong> a<br />

deux fils qu'<strong>elle</strong> soigne et qu'<strong>elle</strong> aime<br />

car, quoique enfants de barbare, ils<br />

sont tout de même nés de sa chair, mais<br />

son cnur n'a pas de paix. Un jour, les<br />

envoyés de l'empereur la rachètent : la<br />

guerre <strong>est</strong> finie. Ts'ai Yen repartira vers<br />

les siens. Mais alors s'élèvera en <strong>elle</strong> <strong>un</strong><br />

débat que rien ne pourra jamais plus<br />

apaiser : si d'<strong>un</strong> côté il y a la Chine, de<br />

l'autre il y a les enfants, ses enfants.<br />

Rentrée chez <strong>elle</strong>, la je<strong>un</strong>e femme trou¬<br />

vera des accents de très grand poète<br />

pour chanter ce drame « au cornet du<br />

h<strong>un</strong> accordé au son de ma cithare », et<br />

l'opposition étern<strong>elle</strong> entre les différents<br />

désirs humains. Hier déchirée par le<br />

souvenir de sa patrie, <strong>elle</strong> l'<strong>est</strong> aujour¬<br />

d'hui par celui de ses enfants barbares.<br />

« Mes enfants et moi aux confins oppo¬<br />

sés ! Tels le soleil couchant et la l<strong>un</strong>e<br />

qui monte, se regardant de loin sans<br />

jamais s'approcher. » Désormais, l'âme<br />

de la mère n'aura plus de paix car, dit-<br />

<strong>elle</strong>, « <strong>un</strong> fleuve ne saurait<br />

remonter à sa source, ni<br />

mon âme oublier ». *<br />

Si Ts'ai Yen vécut <strong>un</strong>e vie<br />

Gabri<strong>elle</strong> Cabrini, écrivain et philologue français, a<br />

été attachée au Département des Affaires cultur<strong>elle</strong>s<br />

du ministère français des Affaires étrangères. Elle a<br />

écrit plusieurs ouvrages parmi lesquels c <strong>La</strong> Résurrec¬<br />

tion des Morts ».<br />

f<br />

39


CHEVEUX LONGS<br />

IDÉES COURTES<br />

(Suite)<br />

bouleversée par la guerre et ses consé¬<br />

quences tragiques, Murasaki-no-Shikibu,<br />

l'auteur du chef-d'tuvre de la litté¬<br />

rature classique japonaise : Genji Mo-<br />

nogatari (l'histoire du prince Genji)<br />

vécut à la fin d'<strong>un</strong> des siècles les plus<br />

brillants et les plus raffinés de l'histoire<br />

cultur<strong>elle</strong> du Japon; période profondé¬<br />

ment influencée par la civilisation chi¬<br />

noise et coréenne, mais déjà fondue<br />

dans <strong>un</strong>e atmosphère spécifiquement<br />

japonaise : la période dite d'Heïan, qui<br />

vit naître Kyoto, la « capitale de la<br />

Paix ».<br />

C'<strong>est</strong> autour de l'an 1004 que Mura-<br />

saki-no-Shikibu, veuve d'<strong>un</strong> grand di-<br />

gnitaire de la Cour et dame d'honneur<br />

de l'impératrice, finit d'écrire son long<br />

roman qui, en cinquante-quatre chapi¬<br />

tres (la traduction complète en anglais<br />

comprend six gros volumes), décrit la<br />

vie de deux générations : c<strong>elle</strong> du prince<br />

Genji, personnage imaginaire, et de son<br />

fils Kaoru. Si bien des femmes écrivains<br />

au cours de ces mêmes siècles furent<br />

justement célèbres au Japon et le sont<br />

encore, le grand mérite de Murasaki fut<br />

d'avoir innové, en substituant au ro¬<br />

man fabuleux et merveilleux, <strong>un</strong> roma¬<br />

nesque réaliste qui refléta tout son<br />

temps.<br />

Il <strong>est</strong> intéressant de noter que les<br />

premiers grands romans psycholo¬<br />

giques du Japon et de l'Occident<br />

sont dûs à des femmes, Murasaki,<br />

Mme de <strong>La</strong> Fayette : Le prince Genji,<br />

<strong>La</strong> Princesse de Clèves. Si l'<strong>un</strong>e a in¬<br />

nové, dans <strong>un</strong>e langue admirable, le<br />

roman-fleuve psychologique, l'autre in¬<br />

nove le récit psychologique mais ra¬<br />

massé dans <strong>un</strong>e langue concise, où il<br />

n'<strong>est</strong> pas <strong>un</strong> mot de trop. Vivant,<br />

comme la grande dame japonaise, au<br />

cmur d'<strong>un</strong> monde raffiné, cultivé, où les<br />

femmes ne sont pas exclues des préoc¬<br />

cupations int<strong>elle</strong>ctu<strong>elle</strong>s des hommes,<br />

Mme de <strong>La</strong> Fayette, amie des penseurs,<br />

des poètes, des savants de son temps,<br />

dame d'honneur de la b<strong>elle</strong>-smur du roi<br />

Louis XIV, écrit <strong>un</strong> livre qui a été et<br />

qui <strong>est</strong> encore la perfection du genre<br />

qu'<strong>elle</strong> a créé. Le sujet en <strong>est</strong> simple :<br />

la princesse de Clèves, je<strong>un</strong>e et b<strong>elle</strong>,<br />

respecte et n'aime pas son mari, <strong>elle</strong><br />

aime le prince de Nemours et en <strong>est</strong><br />

aimée. Par loyauté, <strong>elle</strong> prévient son<br />

mari et, par cette loyauté, éloignera à<br />

jamais de lui la paix. Trois siècles ont<br />

passé sur. <strong>La</strong> Princesse de Clèves; les<br />

moralistes ne se sont pas encore mis<br />

d'accord pour décider si la princesse de¬<br />

vait ou ne devait pas parler à son<br />

mari...<br />

Ne quittons pas le xvir siècle, mais<br />

traversons cependant les océans. Tandis<br />

que Mme de <strong>La</strong> Fayette lançait le<br />

monde occidental dans les méandres du<br />

roman psychologique, dans la Nouv<strong>elle</strong><br />

Espagne, au Mexique, naissait, vivait et<br />

40<br />

mourait <strong>un</strong> des <strong>être</strong>s les plus extraor¬<br />

dinaires de l'Amérique <strong>La</strong>tine et de la<br />

vie int<strong>elle</strong>ctu<strong>elle</strong> de tous les temps :<br />

Stur Juana Inès de la Cruz. Née en<br />

1651, au moment le plus éclatant du<br />

monde hispanique rénové par le Nou¬<br />

veau Monde, Ssur Juana, dès l'âge de<br />

quatre ans, <strong>est</strong> dévorée par le besoin de<br />

savoir, et sa science <strong>elle</strong> <strong>est</strong> musi¬<br />

cienne, poète, mathématicienne, fait<br />

vite l'étonnement et presque l'effçoi de<br />

ses familiers, de ses maîtres, des sa¬<br />

vants. Nul sujet d'étude ne lui échappe :<br />

<strong>elle</strong> lit, <strong>elle</strong> écrit, se livre à des inv<strong>est</strong>i¬<br />

gations scientifiques, <strong>elle</strong> compose ces<br />

poèmes qui lui donnent <strong>un</strong>e place<br />

<strong>un</strong>ique dans la littérature de la période<br />

coloniale et des lettres tout court. Mais<br />

le monde ne peut suffire à son besoin<br />

d'absolu : <strong>elle</strong> entre au couvent, et <strong>elle</strong><br />

y entre avec sa soif de connaissance.<br />

Puis <strong>un</strong> jour <strong>elle</strong> vend sa bibliothèque<br />

4.000 volumes ses bijoux, en fait<br />

des aumônes, visite les victimes de tous<br />

les fléaux qui s'abattent alors sur sa<br />

patrie, et meurt à quarante-quatre ans<br />

de la p<strong>est</strong>e contractée au chevet des<br />

malades au moment où le Mexique es¬<br />

pagnol va lui aussi vers son déclin.<br />

Mais combien de femmes illustres<br />

nous faut-il passer ? Là où les femmes<br />

ont vécu dans <strong>un</strong>e atmosphère propice<br />

au développement des dons de l'esprit,<br />

leur esprit a donné de grandes<br />

avons-nous dit plus haut. Or comment<br />

mieux prouver la vérité de cette règle<br />

qu'en citant l'exception à cette règle<br />

même ? C'<strong>est</strong> c<strong>elle</strong> d'<strong>un</strong>e femme peintre.<br />

Séraphine Louis, dite Séraphine de<br />

Senlis, était femme de ménage. Née en<br />

1864 au village d'Assy, <strong>elle</strong> garde<br />

d'abord le bétail, puis <strong>elle</strong> vient très<br />

je<strong>un</strong>e à Senlis, dans la petite ville aus¬<br />

tère de l'Ile-de-France qui devait lui<br />

donner son nom. Séraphine passe son<br />

temps à laver les assiettes, à balayer, à<br />

frotter les parquets. <strong>La</strong> vie n'était pas<br />

douce à la fin du xrx' siècle pour les<br />

gens obligés de se louer à l'heure. Et<br />

Séraphine vit misérablement.<br />

Elle commence à peindre. Elle qui<br />

n'a tenu que le balai, manie le<br />

pinceau sans hésitation; <strong>elle</strong> peint<br />

des fleurs, des fruits, d'extraordinaires<br />

fleurs, d'extraordinaires fruits. En se¬<br />

cret, <strong>un</strong> secret qu'<strong>elle</strong> n'a pas révélé, <strong>elle</strong><br />

mêle les couleurs jusqu'à leur donner<br />

<strong>un</strong>e richesse et <strong>un</strong> éclat qui font l'admi¬<br />

ration de ceux qui, aujourd'hui, visitent<br />

les musées d'art moderne où se trouvent<br />

de ses luvres. Les voisins, les autres<br />

femmes de ménage, ses patrons se mo¬<br />

quent d'<strong>elle</strong>; parfois on l'injurie; <strong>elle</strong> se<br />

barricade dans sa chambre et peint. Un<br />

jour, <strong>elle</strong> ne fait plus autre chose, et<br />

advienne que pourra. Un critique d'art<br />

allemand, Wilhelm Uhde, celui qui fit<br />

la première exposition du douanier<br />

Rousseau, la découvre, l'aide <strong>un</strong> peu, lui<br />

donne des couleurs. <strong>La</strong> vieille femme,<br />

car <strong>elle</strong> <strong>est</strong> déjà vieille, avec <strong>un</strong>e pas¬<br />

sion accrue, avec <strong>un</strong>e sorte de frénésie,<br />

surmonte les obstacles que son igno¬<br />

rance lui fait rencontrer. Mais, <strong>un</strong> jour,<br />

sa raison sombre. On finit par l'interner<br />

à Clermont-Ferrand. Elle y meurt en<br />

1934, quatre ans après, dans l'oubli et<br />

le dénuement. Aujourd'hui, les musées<br />

du monde entier sont fiers de posséder<br />

<strong>un</strong> « Séraphine de Senlis ».<br />

LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES FÉMININES<br />

Voici la liste des organi¬<br />

sations internationales<br />

féminines qui jouent <strong>un</strong><br />

<strong>rôle</strong> consultatif auprès<br />

de l'<strong>Unesco</strong>.<br />

Association mondiale des<br />

femmes rurales, 167, Ken¬<br />

sington High Street, Lon¬<br />

don, W.8. Alliance in¬<br />

ternationale des femmes,<br />

V<strong>est</strong>manna Gade 2, Copen¬<br />

hague S. Conseil in¬<br />

ternational des femmes,<br />

Frankengasse 3, Zurich 1.<br />

Fédération internatio¬<br />

nale des femmes de car¬<br />

rières libérales et com¬<br />

merciales, 45, Easlcastle<br />

Street, London WA. Fé¬<br />

dération internationale des<br />

femmes diplômées des <strong>un</strong>i¬<br />

versités, 1, Sedding Street,<br />

Stoane Square, London,<br />

S. HM. Fédération inter¬<br />

nationale des femmes ju¬<br />

ristes, c/o Dr. Isabel Siero<br />

Perez, San Lázaro 668, <strong>La</strong><br />

Havane (Cuba). Asso¬<br />

ciation internationale so-<br />

roptimiste, 1103, Spivey<br />

Building, East St. Louis,<br />

(UJS.A.). Ligue interna¬<br />

tionale de femmes pour la<br />

.f<br />

paix et la liberté, 12, rue<br />

du Vieux-Collège, Genève.<br />

Association mondiale<br />

des guides et éclaireuses,<br />

9 Palace Street, W<strong>est</strong>mins¬<br />

ter, London S.WA. Fé¬<br />

dération mondiale des jeu¬<br />

nesses féminines catholi¬<br />

ques, 2, rue des Baguettes,<br />

Gand (.Belgique). Mou¬<br />

vement mondial des mères,<br />

37, rue de Valois, Pa¬<br />

ris (1er). Union mon¬<br />

diale des organisations fé¬<br />

minines catholiques, 91,<br />

rue de Sèvres, Paris (6°).<br />

Alliance <strong>un</strong>ivers<strong>elle</strong> des<br />

<strong>un</strong>ions chrétiennes de jeu¬<br />

nes filles, 37, quai Wilson,<br />

Genève.<br />

Liste des organisations<br />

internationales fémini¬<br />

nes ne jouant pas de <strong>rôle</strong><br />

consultatif auprès de<br />

l'<strong>Unesco</strong>, mais entrete¬<br />

nant des relations de<br />

travail suivies avec le<br />

Secrétariat.<br />

Association internatio¬<br />

nale des Lyceum Clubs,<br />

Râmistrasse 26, Zurich.<br />

Guilde internationale des<br />

coopératrices, c/o C.W.S.,<br />

82, Leman Street, London,<br />

E.l. Conseil internatio¬<br />

nal des infirmières, 19,<br />

Queen's Gate, London, S.<br />

W.I. Comité de liaison<br />

des organisations fémini¬<br />

nes internationales, 19,<br />

Wellington Square, Lon¬<br />

don, S.W. 3. Associa¬<br />

tion internationale des<br />

femmes médecins, 118, Ri¬<br />

verside Drive, New York,<br />

N.Y. Internationale de<br />

¡a porte ouverte pour<br />

l'émancipation économique<br />

de la travailleuse, 7, Egehöjvej,<br />

Charlottenl<strong>un</strong>d<br />

(Danemark). 38, Hattaway<br />

Avenue, Bucklands<br />

Beach, Auckland (New Zea¬<br />

land). Alliance interna¬<br />

tionale, sociale et politi¬<br />

que, Sainte Jeanne-d'Arc,<br />

55, Berners Street, London<br />

WA. Fédération démo¬<br />

cratique internationale des<br />

femmes, Unter den Lin¬<br />

den 13, Berlin W.8. En¬<br />

tente mondiale des fem¬<br />

mes, 34, rue Marbeau, Pa¬<br />

ris (16e). _ Union mon¬<br />

diale de la femme pour la<br />

concorde internationale,<br />

37, quai Wilson, Genève.


Le Courrier. N" 11. 1955<br />

Nos lecteurs nous écrivent<br />

De M. Fort<strong>un</strong>é Cadenel,<br />

Inspecteur de l'Enseignement primaire,<br />

Marseille.<br />

Permettez-moi de vous écrire en toute<br />

simplicité combien j'apprécie le Cour¬<br />

rier auquel je suis abonné. Les confé¬<br />

rences pédagogiques annu<strong>elle</strong>s de l'ensei¬<br />

gnement primaire vont commencer dans<br />

quelques jours. En ma qualité d'inspec¬<br />

teur de l'Enseignement, je signalerai le<br />

Courrier et engagerai directrices et di¬<br />

recteurs à y abonner leur école. Insti¬<br />

tuteurs et professeurs y puiseront <strong>un</strong>e<br />

documentation à jour, riche, amusante<br />

parfois, émouvante souvent, et toujours<br />

pertinemment illustrée. Les grands élè¬<br />

ves, en particulier ceux des cours com¬<br />

plémentaires, y apprendront beaucoup<br />

et se livreront, j'espère, à d'utiles ré¬<br />

flexions et à de judicieuses comparai¬<br />

sons. Le dernier numéro, celui que je<br />

présenterai, « <strong>La</strong> Conquête du désert »,<br />

certainement retiendra l'attention de la<br />

quasi-totalité de mon personnel.<br />

Comme esperantiste, je souhaiterais<br />

<strong>un</strong>e édition en espéranto de votre revue<br />

puisque depuis près d<strong>un</strong> an, l'Associa¬<br />

tion <strong>un</strong>ivers<strong>elle</strong> esperantiste <strong>est</strong> membre<br />

consultatif de l'<strong>Unesco</strong>.<br />

Mais <strong>un</strong>e t<strong>elle</strong> édition, pour l'instant,<br />

serait peut-<strong>être</strong> prématurée. Ne pensezvous<br />

pas, toutefois, qu'<strong>un</strong> résumé en<br />

espéranto des principaux articles serait<br />

bien accueilli dans quelques-<strong>un</strong>s des<br />

pays qui ne reçoivent pas d'édition dans<br />

leur langue nationale du Courrier ? Ne<br />

serait-ce pas <strong>un</strong> moyen d'étendre encore<br />

l'influence et le pr<strong>est</strong>ige de l'<strong>Unesco</strong> et<br />

<strong>un</strong> nouveau stimulant pour les associa¬<br />

tions espérantistes qui collaborent, ainsi<br />

qu'il a été reconnu en décembre 1954 à<br />

la Conférence générale de l'<strong>Unesco</strong>, à<br />

Montevideo, à la diffusion de la science<br />

et de la culture par les échanges intel¬<br />

lectuels internationaux et pour le rap¬<br />

prochement des peuples ?<br />

De Palmer Van G<strong>un</strong>dy,<br />

Santa Monica,<br />

Californie.<br />

Quand je suis rentré ce soir de mon<br />

travail, ma femme m'a donné le numéro<br />

d'août du Courrier de l'<strong>Unesco</strong>, qui ve¬<br />

nait d'arriver, en déclarant que c'était la<br />

plus intéressante de toutes les revues<br />

que nous lisions. Je suis bien de cet avis.<br />

On a terriblement besoin de documents<br />

qui présentent <strong>un</strong> intérêt humain sur les<br />

Nations Unies et leurs problèmes.<br />

Il faut montrer aux habitants de tous<br />

/.'édition française du «Courrier» <strong>est</strong> en vente<br />

chez les agents généraux de ¡'<strong>Unesco</strong> dont voici<br />

la liste. Pour les autres distributeurs, voir les<br />

éditions anglaise et espagnole du « Courrier ».<br />

Algérie : Editions de l'Empire, 28, rue<br />

Michelet, Alger.<br />

Allemagne : <strong>Unesco</strong> Vertrieb für Deutsch¬<br />

land, R. Oldenbourg, Rosenheimesstrasse<br />

1-45, M<strong>un</strong>ich.<br />

Antilles françaises : J. Bocage, Librairie,<br />

rue <strong>La</strong>voir, Fort-de-France (Martinique).<br />

Belgique : M. Louis de <strong>La</strong>nnoy, 15, rue de<br />

Tilleul, Genval. (Fr. B. 60),<br />

les pays que les Nations Unies, ce ne<br />

sont pas d'ennuyeux diplomates qui dis¬<br />

courent devant <strong>un</strong> micro dans <strong>un</strong>e salle<br />

de marbre. Il faut leur faire comprendre<br />

que l'Organisation mondiale <strong>est</strong> faite de<br />

gens de toutes catégories, de toutes ra¬<br />

ces et de toutes croyances qui travail¬<br />

lent, qui s'amusent, qui étudient et qui<br />

prient ensemble pour <strong>un</strong>e vie et pour<br />

<strong>un</strong> monde meilleurs. Si les problèmes<br />

mondiaux exigent des solutions mondia¬<br />

les et qui pourrait le nier rien n'<strong>est</strong><br />

plus important et plus urgent que de<br />

développer la compréhension internatio¬<br />

nale par l'intermédiaire des Nations<br />

Unies et de leurs institutions spéciali¬<br />

sées. Par son caractère essenti<strong>elle</strong>ment<br />

humain, le Courrier de l'<strong>Unesco</strong> ouvre<br />

magnifiquement la voie.<br />

Du Dr. J.-N. Carruthers,<br />

Surrey (Grande-Bretagne).<br />

Nous avons été t<strong>elle</strong>ment intéressés<br />

par le Courrier n° 5, 1955, que nous<br />

aimerions recevoir tous les numéros qui<br />

traiteraient d'océanographie et des ques¬<br />

tions se rapportant à la mer en général.<br />

De Mme Renée Galland,<br />

Paris.<br />

... Je profite pour vous dire mon admi¬<br />

ration pour tout le travail que vous<br />

faites par « Le Courrier ». J'ai rare¬<br />

ment vu <strong>un</strong>e revue aussi intelligente et<br />

intéressant des personnes de goûts aussi<br />

variés.<br />

De M. li. Gaboreau,<br />

Evreux, France.<br />

Je tiens à vous exprimer toute ma<br />

reconnaissance pour la qualité de la do¬<br />

cumentation exposée et c'<strong>est</strong> toujours<br />

avec l'intérêt le plus vif que j'accueille<br />

« Le Courrier ».<br />

De M. le Dr Albault,<br />

Toulouse, France.<br />

Vous trouverez ci-joint le talon de<br />

mon réabonnement au Courrier. J'avais<br />

espéré pouvoir vous comm<strong>un</strong>iquer ma<br />

nouv<strong>elle</strong> adresse, d'où mon léger retard.<br />

Merci au Courrier de nous faire<br />

connaître des aspects si variés pris parmi<br />

les peuples de notre planète désormais<br />

si petite malgré son extraordinaire di¬<br />

versité.<br />

... en toute franchise<br />

L'article « Le Fer, fabuleux métal »<br />

nous montre sur le vif et d'<strong>un</strong>e façon<br />

frappante comment <strong>un</strong>e invention peut<br />

bouleverser la vie des hommes. Le fait<br />

que l'homme s'y adapte mal sur le mo¬<br />

ment et <strong>est</strong> parfois poussé à des actes<br />

de barbarie n'<strong>est</strong>, somme toute, qu'<strong>un</strong><br />

détail passager. L'histoire de l'humanité<br />

semble marquée tout au long par de<br />

t<strong>elle</strong>s inventions matéri<strong>elle</strong>s ou tout<br />

aussi bien int<strong>elle</strong>ctu<strong>elle</strong>s depuis le feu<br />

jusqu'à l'atome en passant par l'écri¬<br />

ture et l'alphabet, l'imprimerie, la va¬<br />

peur et l'électricité, la langue interna¬<br />

tionale espéranto, l'aéronautique, les<br />

mathématiques modernes et par mille<br />

autres inventions techniques ou cultu¬<br />

r<strong>elle</strong>s : les <strong>un</strong>es ne vont jamais sans les<br />

autres... et réciproquement.<br />

Nous nous acheminons, plus ou moins<br />

tranquillement, c'<strong>est</strong>-à-dire avec plus ou<br />

moins de sauvagerie, vers l'<strong>un</strong>ification<br />

de l'humanité par <strong>un</strong>e plus grande<br />

connaissance de la matière et par <strong>un</strong>e<br />

meilleure compréhension de la solidarité<br />

humaine. Depuis quelques mois, on<br />

parle beaucoup plus dans la presse quo¬<br />

tidienne de notions qui n'étaient con¬<br />

nues, il y a encore quelques années seu¬<br />

lement, que d'<strong>un</strong>e rare élite. « Fédéra¬<br />

lisme » ou même « mondialisme » ou<br />

encore « planétisation » sont des termes<br />

dont l'emploi semble vouloir se généra¬<br />

liser.<br />

De toute évidence, il jaillira de cet<br />

état de choses <strong>un</strong> nouvel humanisme.<br />

Un humanisme moderne de « l'épo¬<br />

que atomique » ou de « l'époque des<br />

robots »... Ce sera <strong>un</strong>e duvre collective<br />

des peuples du monde. Mais je crois que<br />

le docteur William Perrenoud (profes¬<br />

seur à l'<strong>un</strong>iversité de Neuchâtel, Suisse)<br />

a eu le grand mérite de dégager les<br />

lignes générales de ce qu'il app<strong>elle</strong> le<br />

« géonisme » ou nouvel humanisme.<br />

A n'en pas douter, le « Courrier »<br />

travaille déjà pour <strong>un</strong>e très grande part<br />

à la prise de conscience de ce « géo¬<br />

nisme » par les hommes de bonne vo¬<br />

lonté.<br />

De M. René de Berval,<br />

Saigon.<br />

LISTE DES AGENTS GÉNÉRAUX DE L'UNESCO<br />

Cambodge : Librairie Albert Portail, 14,<br />

Avenue Boulloche, Phnom-Penh.<br />

Canada : Periodica, Inc. 5112, avenue<br />

Papineau, Montréal 34.<br />

Congo Belge : Librairie de <strong>La</strong>nnoy, 15<br />

rue de Tilleul, Genval, Belgique.<br />

Chypre : M. E. Constantinides, P.O.B. -473.<br />

Nicosia.<br />

Egypte : <strong>La</strong> Renaissance d'Egypte, 9, rue<br />

Adly-Pasha, Le Caire.<br />

France : Vente en gros : Divisron des Ventes<br />

<strong>Unesco</strong>, I 9, av. Kléber, Paris- 1 6e. Vente<br />

au détail: C.C.P. Paris 12598-48 Librairie<br />

<strong>Unesco</strong>.<br />

Grèce : H. Kauffmann, 28, rue du Stade,<br />

Athènes.<br />

Haïti : Librairie « A la Carav<strong>elle</strong> », 36, rue<br />

Roux, Port-au-Prince.<br />

Pour tout autre pays, renseignements<br />

Hongrie : « Kultura », P.O. Box 1 49, Buda¬<br />

p<strong>est</strong> 62.<br />

Iran: Commission nationale iranienne pour<br />

l'<strong>Unesco</strong>, Avenue du Musée, Téhéran.<br />

Israël : Blumstein's Bookstores Ltd., P.O.<br />

Box 5154. 35, Allenby Road, Tel-Aviv.<br />

Italie : G.C. Sansoni, via Gino Capponi 26,<br />

Casella postale 552, Florence.<br />

<strong>La</strong>os : (Voir Vietnam).<br />

Liban : Librairie Univers<strong>elle</strong>, Avenue des<br />

Français, Beyrouth.<br />

Luxembourg : Librairie Paul Brück, 3 3,<br />

Grande-Rue, Luxembourg.<br />

Portugal : Publicaçoes Europa-America<br />

Leda, Ruadas Flores, 45, Lisbonne. (30$00)<br />

Suisse alémanique : Europa Verlag, 5<br />

Râmistrasse, Zurich. Suisse romande :<br />

C'<strong>est</strong> avec <strong>un</strong> très vif plaisir que je<br />

reçois régulièrement votre revue si inté¬<br />

ressante et si riche de découvertes et<br />

d'enseignements pour moi toujours nou¬<br />

veaux. Entre autres, vos derniers numé¬<br />

ros sont remarquables, particulièrement<br />

celui consacré aux frontières de la civi¬<br />

lisation et aux « ombres évanouies »...<br />

Librairie Payot, 40, rue du Marché, Ge¬<br />

nève. (Fr. suisses 3.90).<br />

Syrie : Librairie Univers<strong>elle</strong>, Damas.<br />

Tchécoslovaquie : Artia, Ltd., 30 ve<br />

Smeckach, Prague 2<br />

T<strong>un</strong>isie : Victor Boukhors, 4, rue Nocard,<br />

T<strong>un</strong>is.<br />

Turquie : Librairie Hachette, 469, Istiklal<br />

Caddesi, Beyoglu, Istanbul.<br />

Vietnam : Librairie Nouv<strong>elle</strong> A. Portail,<br />

B.P. 283, Saigon.<br />

Yougoslavie : Jugostovenska Knjiga, Terazije<br />

27/1 I, Belgrade<br />

Changement d'adresse : nous avertir<br />

en joignant fa dernitre bande.<br />

à l'<strong>Unesco</strong>, 19, avenue Kléber, Paris.<br />

41


<strong>La</strong>titudes et Longitudes...<br />

* BONS D'ENTRAIDE :<br />

<strong>La</strong> somme de 2.298 dollars a<br />

été remise dernièrement sous<br />

forme de bons d'entraide<br />

<strong>Unesco</strong>, à l'Agence des Na¬<br />

tions Unies pour la Recon¬<br />

struction de la Corée<br />

(UNKRA). Ces bons d'entrai¬<br />

de sont envoyés au siège de<br />

l'UNKRA, à Séoul, par des<br />

particuliers ou des Organisa¬<br />

tions de tous les pays : ils<br />

servent alors à payer du ma¬<br />

tériel scolaire pour les éco¬<br />

les coréennes. Le choix de cet<br />

équipement, comme celui des<br />

écoles bénéficiaires appar¬<br />

tient au ministère coréen de<br />

l'Education et à l'UNKRA.<br />

Les bons reçus dernièrement<br />

permettront d'équiper les<br />

classes dans 82 écoles sur<br />

l'ensemble du territoire de la<br />

République de Corée. On a<br />

également commandé des<br />

appareils pour quatre écoles<br />

d ingénieurs à Séoulf à Inchon<br />

et à Chongju, ainsi que pour<br />

le Collège d'Agriculture de<br />

Kangwon-Do. L' école de<br />

sourds-muets de Mokpo rece¬<br />

vra l'équipement d'<strong>un</strong> salon<br />

de coiffure d<strong>est</strong>iné à l'ins¬<br />

truction professionn<strong>elle</strong> des<br />

je<strong>un</strong>es infirmes^ Les bons<br />

d'entraide reçus en Corée<br />

s'élèvent au total à 47.528<br />

dollars, provenant de dona¬<br />

teurs canadiens, cubains,<br />

français, japonais, néo-zélan¬<br />

dais, britanniques et améri¬<br />

cains.<br />

Bourses pour écri¬<br />

vains ET ARTISTES: L'Unes¬<br />

co a créé quatorze nouv<strong>elle</strong>s<br />

bourses de voyage à l'intention<br />

d'écrivains et d'artistes (compo¬<br />

siteurs de musique, peintres,<br />

sculpteurs, graveurs ou architec¬<br />

tes). <strong>La</strong> durée de ces bourses se¬<br />

ra de six mois. Les bénéficiaires ,<br />

recevront <strong>un</strong>e indemnité men¬<br />

su<strong>elle</strong> de 200 dollars au mini¬<br />

mum et de 300 dollars au maxi¬<br />

mum (70.000 à 100.000 fr. fr.),<br />

suivant <strong>un</strong> barème établi en<br />

considération du coût de la vie<br />

dans les différents pays d'ac¬<br />

cueil. L'<strong>Unesco</strong> prendra à sa<br />

charge les frais de voyage aller<br />

et retour et les dépenses acces¬<br />

soires de caractère profession¬<br />

nel nécessaires à la réalisation<br />

des meilleures conditions de tra¬<br />

vail : achat de livres d'études,<br />

de matériel et de fournitures, lo¬<br />

cation d'<strong>un</strong> atelier ou d'<strong>un</strong> stu¬<br />

dio, d'instruments de musique,<br />

etc. Une fois établie la liste des<br />

candidatures présentées par les<br />

Etats membres, le Secrétariat de<br />

l'<strong>Unesco</strong> procédera à la désigna¬<br />

tion des quatorze bénéficiaires,<br />

en fondant son choix sur le<br />

principe de la répartition géo¬<br />

graphique.<br />

42<br />

* COMPREHENSION IN¬<br />

TERNATIONALE : Le pro¬<br />

gramme d'activités expéri¬<br />

mentales en matière d'éduca¬<br />

tion pour la compréhension<br />

et la coopération internatio¬<br />

nale <strong>est</strong> en pleine réalisation.<br />

Entreprise en 1953, l'exécu¬<br />

tion de ce programme consti¬<br />

tue <strong>un</strong>e extension de l'action<br />

de l'<strong>Unesco</strong> dans <strong>un</strong> domaine<br />

auquel de nombreux Etats<br />

membres attachent <strong>un</strong>e im¬<br />

portance particulière. Dans<br />

les différents pays qui y par¬<br />

ticipent, plusieurs écoles se¬<br />

condaires se livrent à <strong>un</strong> en<br />

semble d'études et de tra¬<br />

vaux propres à favoriser chez<br />

les élèves la compréhension<br />

des peuples étrangers et la<br />

connaissance des affaires<br />

mondiales. Ces activités font<br />

<strong>un</strong>e large place aux buts et<br />

à l'muvre de l'O.N.U. et des<br />

institutions spécialisées, ainsi<br />

qu'aux principes de la- Dé¬<br />

claration <strong>un</strong>ivers<strong>elle</strong> des<br />

Droits de l'Homme. Tout en<br />

stimulant les progrès de<br />

l'éducation pour la compré¬<br />

hension internationale, cette<br />

expérience devrait fournir<br />

d'abondantes données sur<br />

l'efficacité comparée des dif¬<br />

férentes méthodes et des di¬<br />

vers genres de matériel pé¬<br />

dagogique employés à cette<br />

fin. Une soixantaine d'écoles<br />

secondaires, réparties dans<br />

vingt pays, sont actu<strong>elle</strong>ment<br />

associées à l'exécution de ce<br />

projet. Il s'<strong>est</strong> établi entre<br />

<strong>elle</strong>s et le Secrétariat de<br />

l'<strong>Unesco</strong> <strong>un</strong> double courant<br />

d'échanges d e renseigne¬<br />

ments, de documentation et<br />

de services.<br />

li E FILM ETHNOGRA¬<br />

PHIQUE : Il <strong>est</strong> de plus en<br />

plus reconnu que le film ethno¬<br />

graphique représente <strong>un</strong> docu¬<br />

ment de travail remarquable<br />

pour les ethnographes et les<br />

ethnologues. C'<strong>est</strong> pourquoi <strong>un</strong><br />

Comité du Film ethnographique<br />

a été chargé de recueillir la do¬<br />

cumentation sur les films exis¬<br />

tants dans ce domaine, et de les<br />

examiner au point de vue de<br />

leur intérêt ethnographique. Le<br />

Comité a commencé ses travaux<br />

par l'examen des films français<br />

portés à sa connaissance. Au<br />

cours des années 1952-1954, 106<br />

de ces films ont été projetés et<br />

analysés par le Comité; ils sont<br />

enumeres dans le « catalogue<br />

des films ethnographiques fran¬<br />

çais », que vient de publier le<br />

Département de l'information de<br />

l'<strong>Unesco</strong>. Avec l'aide de l'<strong>Unesco</strong>,<br />

le Comité poursuit son effort<br />

ainsi amorcé, Il se propose de<br />

visionner et d'examiner les films<br />

ethnographiques produits dans<br />

d'autres pays que la France afin<br />

de constituer <strong>un</strong>e documentation<br />

internationale aussi complète<br />

que possible sur l'ethnographie,<br />

et qui fera l'objet d'<strong>un</strong>e ou de<br />

plusieurs publications ultérieu.-<br />

res.<br />

A L'USAGE DES ECO¬<br />

LES : L'<strong>Unesco</strong> a commencé<br />

à rassembler <strong>un</strong>e documen¬<br />

tation relative aux émissions<br />

radiophoniques et télévisées<br />

à l'usage des écoles : rap¬<br />

ports spéciaux publiés par les<br />

organismes de radiodiffu¬<br />

sion, échantillons des ma¬<br />

nuels préparés à l'intention<br />

des maîtres et des brochures<br />

distribuées ou vendues aux<br />

élèves, textes d'émissions ca¬<br />

ractéristiques, choix de pro¬<br />

grammes enregistrés, com¬<br />

mentaires sur l'utilisation de<br />

la télévision dans les écoles,<br />

etc. Cette documentation per¬<br />

mettra au Secrétariat de<br />

l'<strong>Unesco</strong> de répondre aux de¬<br />

mandes d'information des<br />

Etats membres et sera, en<br />

outre, mise à la disposition<br />

des experts, boursiers, réali¬<br />

sateurs ou autres personnes<br />

qui désireraient la consulter<br />

à Paris. Le Centre de docu¬<br />

mentation du Département<br />

de l'information se propose<br />

de faire parvenir deux fois<br />

par an aux organisations et<br />

aux spécialistes intéressés <strong>un</strong>e<br />

liste analytique du matériel<br />

reçu.<br />

Recherches relati¬<br />

ves A L'INFORMATION :<br />

L'<strong>Unesco</strong> a entrepris l'exécution<br />

d'<strong>un</strong> projet prévoyant le rassem¬<br />

blement et la diffusion d'<strong>un</strong>e<br />

documentation intéressant les<br />

spécialistes des recherches sur<br />

l'information. Ce projet vise à<br />

renseigner ces spécialistes sur les<br />

recherches consacrées à l'infor¬<br />

mation dans le monde entier et<br />

à faciliter leur coopération sur<br />

le plan international. On envi¬<br />

sage, notamment, la publication<br />

Usées seraient fondées, à Pa¬<br />

ris et à New York.<br />

A Tanger, les problèmes<br />

posés par la production de<br />

films pour la télévision ont<br />

donné lieu à de précieux<br />

échanges . de renseignements.<br />

Chaque nation a indiqué ses<br />

besoins en productions étran¬<br />

gères ainsi que les sujets<br />

dont <strong>elle</strong> pouvait disposer<br />

pour <strong>un</strong> échange internatio¬<br />

nal. L'établissement de cette<br />

liste constitue dès mainte¬<br />

nant <strong>un</strong>e contribution de la<br />

plus haute importance au dé¬<br />

veloppement de la compré¬<br />

hension internationale. On a<br />

suggéré en particulier <strong>un</strong>e<br />

série de films biographiques<br />

évoquant les grandes figures<br />

vivantes de la science et de<br />

la culture de chaque nation,<br />

DES MOTS ET DES COULEURS<br />

LA qu<strong>est</strong>ion des races semblait jusqu'ici <strong>un</strong> sujet de conversation<br />

pour grandes personnes ; <strong>elle</strong> relevait aussi d'<strong>un</strong> certain nombre<br />

de sciences, mais sûrement pas de l'enseignement primaire, dans<br />

lequel on devra maintenant l'introduire. Qu<strong>est</strong>ion de langage, par<br />

exemple. Car il <strong>est</strong> évident que certains mots, en dehors de leur sens<br />

strict, ont <strong>un</strong> contenu émotif qui peut les transformer complètement.<br />

Quand <strong>un</strong> raciste prononce le mot « nègre > avec <strong>un</strong> mépris plus<br />

ou moins accusé, il ne veut pas faire <strong>un</strong>e description objective :<br />

il exprime son orgueil (ou sa peur), il désigne ce qu'il app<strong>elle</strong> <strong>un</strong><br />

<strong>être</strong> <strong>inférieur</strong> <strong>inférieur</strong> par rapport à lui-même, qui se croit supé¬<br />

rieur. Et les mots « race pure », « métissage », « sang mêlé » ?<br />

Il faudrait étudier la résonance de ces mots dans <strong>un</strong> cours d'histoire<br />

ou de géographie. Il faudrait savoir les traces qu'ils laissent dans<br />

l'esprit des enfants.<br />

Des éducateurs poursuivent cette tâche en collaboration avec<br />

l'<strong>Unesco</strong>. L'<strong>Unesco</strong>, qui a publié déjà plusieurs ouvrages concernant<br />

les préjugés raciaux, leurs origines, leur formation, s'apprête main¬<br />

tenant à faire paraître <strong>un</strong>e étude du professeur Cyril Bibby, de l'Ins¬<br />

titut de Pédagogie de l'Université de Londres, sur « l'enseignement<br />

relatif aux qu<strong>est</strong>ions raciales ». Ce sera <strong>un</strong> guide précieux pour les<br />

maîtres quand ils aborderont en classe ces qu<strong>est</strong>ions délicates. Et<br />

dans son ouvrage, le professeur Bibby insiste beaucoup sur le pou¬<br />

voir des mots, dont certains, quand il <strong>est</strong> qu<strong>est</strong>ion de races humaines,<br />

distillent <strong>un</strong> venin subtil, dont il faut découvrir l'antidote, si l'on ne<br />

veut pas que l'esprit des enfants en soit pour toujours empoisonné.<br />

Les racistes de toutes les couleurs et de toutes nationalités ne<br />

sont pas nés racistes. Ils le sont devenus, parce qu'ils ont grandi<br />

dans le langage du racisme. Voilà pourquoi il <strong>est</strong> temps que l'école<br />

purifie ce langage, et remplace par des réalités l'épouvantail des<br />

mots.<br />

d'<strong>un</strong>e bibliographie internatio¬<br />

nale de l'information (presse, ci¬<br />

néma, radio, télévision), d'<strong>un</strong><br />

répertoire des institutions qui se<br />

livrent à des recherches dans ce<br />

domaine, d'<strong>un</strong> index des périodi¬<br />

ques spécialisés dans les problè¬<br />

mes de l'information, d'<strong>un</strong> in¬<br />

ventaire des centres de docu¬<br />

mentation et de plusieurs rap¬<br />

ports analysant et comparant les<br />

tendances actu<strong>elle</strong>s des recher¬<br />

ches sur ces qu<strong>est</strong>ions.<br />

* CINEMA ET TELEVI¬<br />

SION : Ré<strong>un</strong>is à Tanger du<br />

19 au 30 septembre sous les<br />

auspices de l'<strong>Unesco</strong>, les re¬<br />

présentants de la TV et du<br />

cinéma ont décidé de créer<br />

<strong>un</strong> « centre international de<br />

films éducatifs, scientifiques<br />

et culturels ». Cet organisme<br />

aura pour but de faciliter et<br />

de susciter la production et<br />

la diffusion de films d<strong>est</strong>inés<br />

d'abord à la Télévision et<br />

éventu<strong>elle</strong>ment à tout le cir¬<br />

cuit non-commercial. Deux<br />

cinémathèques spécia-<br />

des échanges plus réguliers<br />

en matière d'actualités, de<br />

reportages sociaux et de<br />

films de télévision d<strong>est</strong>inés<br />

aux enfants.<br />

Le prix kalinga, d'<strong>un</strong><br />

montant d'<strong>un</strong> million de francs<br />

français <strong>est</strong> attribué cette an¬<br />

née à M. Auguste P. Suñer, di¬<br />

recteur de l'Institut de médecine<br />

expérimentale à l'Université de<br />

Caracas. Ce prix <strong>est</strong> décerné<br />

chaque année par l'<strong>Unesco</strong>; les<br />

fonds nécessaires ont été four¬<br />

nis par <strong>un</strong> industriel indien,<br />

M. B. Patnaik, qui a créé ce<br />

prix dans le but d'honorer les<br />

grands interprètes de la scien¬<br />

ce. Le prix s'app<strong>elle</strong> Kalinga, du<br />

nom de l'empire indien conquis<br />

il y a plus de 2 000 ans par<br />

Asoka.<br />

Les trois précédents lauréats<br />

ont été le professeur Louis de<br />

Broglie; M. Julian Huxley, qui<br />

fut le premier Directeur général<br />

de l'<strong>Unesco</strong>, et M, Waldemar<br />

Kaempffert, chef de la rubrique<br />

scientifique au New York Times.


Dans le prochain numéro :<br />

TOUR DU MONDE DD NOUVEL AN<br />

Comment les peuples de différents pays fêtent la fin de l'année<br />

M En Chine, la fête des lampions.<br />

M Au Japon, les f<strong>est</strong>ivals du bambou et de la langouste.<br />

M Chez les Grecs et les Romains de l'antiquité.<br />

M L'histoire des cartes et des cadeaux de Nouvel An.<br />

Au sommaire des prochains numéros :<br />

M LES MANUELS SCOLAIRES<br />

Comment certains livres de classe déforment l'histoire. L'édition de manuels scolaires : grande<br />

entreprise qui mérite d'<strong>être</strong> mieux connue et appréciée.<br />

M LES TUEURS DU MONDE DES INSECTES<br />

Les fléaux modernes provoqués par les insectes. Le prodigieux Impôt en morts, maladies et<br />

misères payé aux épidémies dont les Insectes sont responsables.<br />

M 2.500 ANS D'ART ET DE CULTURE BOUDDHISTES<br />

L'Influence de Bouddha l'Illuminé sur quelque 500 millions d'Asiatiques: Les grands<br />

monastères de Birmanie, Thaïlande, Tibet. Les fabuleuses richesses de l'art bouddhiste.<br />

M BIENVENUE AUX ÉTRANGERS<br />

Les bourses d'études et les programmes d'échanges de personnes, puissants auxiliaires de la<br />

paix et de la compréhension Internationale. Ce que fait ¡'<strong>Unesco</strong> dans ce domaine : échanges<br />

d'étudiants, de professeurs, voyages d'études pour int<strong>elle</strong>ctuels et travailleurs.<br />

M MUSÉES : LE PAYS DES MERVEILLES<br />

Dans les musées modernes, à la découverte de l'art, de la science, de l'Industrie et de l'histoire<br />

natur<strong>elle</strong>. Le roman du tabac, du textile, du vin et du métal. Loin des poussiéreux « cime¬<br />

tières )> d'hier.


ira Courrier<br />

ENTRE LES<br />

Photo copyright M. Ringart, Par!«<br />

I nr I A I fil Entre 1905 et 1914, les suffragettes lancèrent en Grande-Bretagne de<br />

7 lu très vigoureuses campagnes en vue d'obtenir le droit de vote. Des<br />

suffragettes furent arrêtées lors d'<strong>un</strong> des meetings qui marquèrent<br />

LA LOI ENTRE LEURS h<br />

l'année 1913, époque où la stratégie féminine n'hésitait pas à utiliser<br />

les grands moyens pour faire valoir ses droits : bris de vitres, grèves<br />

de la faim, piquets aux portes de la Chambre des Comm<strong>un</strong>es... En<br />

1918, les femmes britanniques se virent octroyer le droit de vote partiel<br />

Dix ans plus tard leurs droits furent alignés sur ceux des hommes.<br />

Aujourd'hui, lés femmes participent à foutes les activités de la vie publique. <strong>La</strong> photo ci-dessous montre des avocats<br />

et des avocates, portant la traditionn<strong>elle</strong> perruque, se rendant en procession à la séance d'ouverture des Trib<strong>un</strong>aux.<br />

Photo Ambassade britannique, Paris

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