La Femme, est-elle un être inférieur? Son rôle ... - unesdoc - Unesco
La Femme, est-elle un être inférieur? Son rôle ... - unesdoc - Unesco
La Femme, est-elle un être inférieur? Son rôle ... - unesdoc - Unesco
Transformez vos PDF en papier électronique et augmentez vos revenus !
Optimisez vos papiers électroniques pour le SEO, utilisez des backlinks puissants et du contenu multimédia pour maximiser votre visibilité et vos ventes.
1 HC ,55 l.tii r<br />
Vi<br />
I<br />
c<br />
^5rf**"* """-^^^ 1L^/V.<br />
Jl i mi<br />
N° II<br />
19 5 5<br />
(8* année)<br />
France : 30 frs<br />
Belgique : 6 frs<br />
Suisse : 0,55 fr<br />
LA FEMME<br />
EST- ELLE<br />
UN ÊTRE<br />
INFÉRIEUR?<br />
Antiféminisme<br />
le/ complexe<br />
d'infériorité<br />
1 * i-<br />
m<br />
fr<br />
1<br />
UNE FENETRE OUVERTE SUR LE MONDE<br />
\
Vers les 100.000<br />
UNESCO<br />
Ar
Le<br />
N° |] - 1955<br />
8» ANNÉE<br />
PAGES<br />
3 EDITORIAL<br />
Courrier<br />
<strong>un</strong>i rcNlmc oururi suit li mondi<br />
4 LA FEMME, ASSOCIÉE<br />
à part égale, par Mme Myrdal.<br />
12 LE SEXE FORT<br />
par Ashley Montagu.<br />
SOMMAIRE<br />
44 PAG E S<br />
16 LE JOUR DE LA CASQUETTE BLANCHE<br />
photo-reportage.<br />
18 L'ÉDUCATION DU CORPS<br />
photo-reportage.<br />
20 FAITS ET CHIFFRES<br />
21 ANTIFÉMINISME ET COMPLEXE<br />
... d'Infériorité, par Maurice Duverger.<br />
22 COMMENT ELLES VOTENT<br />
... dans le monde entier.<br />
28 LES LOIS ET LES COUTUMES<br />
... <strong>un</strong>e course-poursuite.<br />
30 LA « PRIMITIVE » CETTE MÉCONNUE<br />
par Alfred Metraux.<br />
34 MA FEMME? ELLE NE FAIT RIEN...<br />
<strong>elle</strong> r<strong>est</strong>e à la maison, par Lucienne Noblet.<br />
35 DERRIÈRE LE VOILE<br />
... <strong>un</strong> nouveau visage, par A. H. Hourani.<br />
39 IDÉES COURTES ET CHEVEUX LONGS<br />
par Gabri<strong>elle</strong> Cabrini.<br />
41 NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT<br />
42 LONGITUDES ET LATITUDES<br />
Mensuel publié par<br />
L'Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science<br />
et la Culture.<br />
Bureaux de la Rédaction :<br />
<strong>Unesco</strong>, 19, avenue Kléber, Paris- 16*, France.<br />
Directeur-Rédacteur en Chef :<br />
Sandy Koffler.<br />
Secrétaires de rédaction :<br />
Edition française : Alexandre Leventis.<br />
Edition anglaise : Ronald Fenton.<br />
Edition espagnole : Jorge Carrera Andrade.<br />
Maquettiste :<br />
Robert Jacquemin.<br />
Chargés de la diffusion :<br />
Jean Groffier.<br />
U.S.A. : Henry Evans,<br />
Sauf mención spéciale de copyright, les articles et documents paraissant dans<br />
ce numéro peuvent <strong>être</strong> reproduits à condition d'<strong>être</strong> accompagnés de la men¬<br />
tion : Reproduit du « Courrier de l'<strong>Unesco</strong> ». Les articles ne doivent pas <strong>être</strong><br />
reproduits sans leur signature.<br />
Les manuscrits non sollicités peuvent <strong>être</strong> retournés à condition d'<strong>être</strong><br />
accompagnés d'<strong>un</strong> coupon-réponse international.<br />
Les articles paraissant dans le «Courrier» expriment l'opinion de leurs auteurs,<br />
non pas nécessairement c<strong>elle</strong>s de l'<strong>Unesco</strong> ou de la Rédaction.<br />
Abonnement annuel au «Courrier»: 300 francs fr.; 6/-î ou $1.50 par mandat<br />
C.C.P. Paris 12598-48, Librairie <strong>Unesco</strong>, 19, Av. Kleber,<br />
MC. 55. I. 96. F.<br />
Le Courrier. N" 11. 1955<br />
NOTRE COUVERTURE<br />
<strong>La</strong> main-d'luvre féminine <strong>est</strong> devenue <strong>un</strong><br />
facteur vital dans la vie économique de la<br />
plupart des pays du monde. Voici <strong>un</strong>e je<strong>un</strong>e<br />
ouvrière protégée par <strong>un</strong>e sorte de masque<br />
contre la projection de particules de bols.<br />
Photo copyright C.O.I. Londres<br />
Ce n'<strong>est</strong> pas par pur hasard que le nom d'Homo<br />
Sapiens a été donné à la race humaine. Les fem¬<br />
mes constituent la moitié de l'humanité et dans<br />
beaucoup de pays <strong>elle</strong>s dépassent numériquement<br />
les hommes. Cependant, pendant des siècles, on les a<br />
considérées comme des <strong>être</strong>s <strong>inférieur</strong>s. Elles ont coupé<br />
les arbres et tiré l'eau des puits ; <strong>elle</strong>s ont peiné dur pour<br />
<strong>un</strong>e contrepartie matéri<strong>elle</strong> minime et <strong>elle</strong>s ont bénéficié<br />
aux yeux de la société d'<strong>un</strong> mod<strong>est</strong>e statut. Elles ont reçu<br />
moins d'instruction, <strong>elle</strong>s ont été moins protégées par les<br />
lois et se sont vu refuser les plus élémentaires des droits<br />
civiques.<br />
Il <strong>est</strong> vrai que certaines femmes ont joué <strong>un</strong> <strong>rôle</strong> plus<br />
noble, plus important. Depuis les temps les plus reculés,<br />
les femmes ont régné. Mais dans la plupart des cas, leur<br />
histoire n'a pas varié : <strong>elle</strong>s'ont été reines ou esclaves. <strong>La</strong><br />
notion d'égalité des femmes et des hommes <strong>est</strong> <strong>un</strong>e con¬<br />
ception totalement nouv<strong>elle</strong> qui, à juste titre, <strong>est</strong> à porter<br />
au crédit de notre siècle.<br />
Un long chemin a été parcouru depuis la femme<br />
romaine, maintenue en tut<strong>elle</strong>, jusqu'à l'Anglaise Mary<br />
Wollstonecraft et sa « Revendication des droits de la<br />
femme » publiée à la fin du xvin0 siècle. Plus long encore<br />
<strong>est</strong> le chemin parcouru depuis la femme demeurant au<br />
foyer parmi ses enfants jusqu'à la femme directrice ou la<br />
déléguée à <strong>un</strong> congrès international, traitée sur <strong>un</strong> pied<br />
d'égalité avec ses collègues masculins. Au cours des cin¬<br />
quante dernières années, d'innombrables femmes ont<br />
franchi ce pas et bien d'autres encore feront certaine¬<br />
ment de même avant qu'il soit longtemps.<br />
L'égalité de la condition de la femme <strong>est</strong> désormais<br />
reconnue par <strong>un</strong> grand nombre de pays. Les droits de la<br />
femme sont affirmés dans la Charte des Nations Unies et<br />
ont été proclamés dans le monde entier par la Déclara¬<br />
tion Univers<strong>elle</strong> des Droits de l'Homme, adoptée il y a<br />
sept ans, le 10 décembre 1948 : « Libre et égale en dignité<br />
et en droits... sans distinction auc<strong>un</strong>e de race, de couleur,<br />
de sexe... »<br />
Les buts de l'<strong>Unesco</strong>, définis dans sa Constitution,<br />
consistent à promouvoir la collaboration entre les na¬<br />
tions grâce à l'éducation, la science et la culture, « afin<br />
d'assurer le respect de la justice, de la loi, des droits de<br />
l'homme et des. libertés fondamentales pour tous... ».<br />
A l'occasion de la Journée des Droits de l'Homme 1955,<br />
le Courrier de l'<strong>Unesco</strong> consacre ce numéro à <strong>un</strong> hjlan^<br />
des progrès accomplis par les femmes au cours"des der¬<br />
nières années dans leur lutte pour l'égalité, de.droits avec<br />
les hommes. 'Í {}', ,7>f3"<br />
\ / l'cl.ivc.
LA FEMME<br />
par<br />
Mme Alva Myrdal<br />
0<br />
Il y a quelques années, me trouvant au Japon, <strong>un</strong> journal<br />
de Tokio m'a demandé, au cours d'<strong>un</strong>e interview, d'éta¬<br />
blir <strong>un</strong>e comparaison entre les femmes japonaises et mes<br />
compatriotes, les Suédoises. Je me souviens d'avoir répondu<br />
que la différence principale résidait dans le fait que les<br />
femmes japonaises progressaient à <strong>un</strong> rythme bien plus<br />
rapide à t<strong>elle</strong> enseigne qu'il s'avérait difficile de prédire<br />
comment la nouv<strong>elle</strong> femme japonaise façonnerait, en défi¬<br />
nitive, son propre avenir.<br />
Là où l'évolution avait, en Occident, demandé <strong>un</strong> siècle ou<br />
plus, au Japon, et en quelques années seulement, il y a eu<br />
« télescopage ». Avant 1945, les femmes japonaises ne jouis¬<br />
saient d'_âuc<strong>un</strong>_drpit_ciyil. Elles ne pouvaient voter ou pos¬<br />
séder des biens ; souvent, « on » leur choisissait <strong>un</strong> mari et<br />
sous auc<strong>un</strong> prétexte, <strong>elle</strong>s ne pouvaient demander le divorce.<br />
Leur infériorité par rapport à l'homme était <strong>un</strong>e tradition.<br />
« LE MARI QUI BAT SA FEMME ». Ce que réclame la femme moderne, ce n'<strong>est</strong> pas seulement le<br />
droit de ne plus <strong>être</strong> battue par son mari, mais celui de ne pas se consacrer <strong>un</strong>iquement aux travaux<br />
ménagers et d'<strong>être</strong> traitée sur le même pied que l'homme dans tous les domaines de l'activité humaine.<br />
ASSOCIÉE A<br />
PART ÉGALE<br />
Mme Alva Myrdal, qui vient d'<strong>être</strong><br />
nommée ministre de Suède en Inde,<br />
Birmanie et Ceylan, <strong>est</strong> <strong>un</strong>e des grandes<br />
spécialistes mondiales des droits des<br />
femmes. Née à Upsala, <strong>elle</strong> a fait ses<br />
études à l'Université de Stockholm,<br />
et, depuis lors, <strong>elle</strong> a consacré toutes<br />
ses activités aux droits des femmes<br />
et à la sociologie. En 1949, <strong>elle</strong> a été<br />
nommée Directeur en chef du Départe¬<br />
ment des Affaires sociales au secréta¬<br />
riat des Nations Unies. Au cours de<br />
ces quatre dernières années, Mme<br />
Myrdal était à la tête du Département<br />
des Sciences sociales de l'<strong>Unesco</strong>.<br />
Auteur d'<strong>un</strong> nombre important d'étu¬<br />
des sociales, Mme Myrdal a écrit<br />
notamment, en collaboration avec Viola<br />
Klein, <strong>un</strong> livre « Women's Two lives »<br />
qui sera publié l'année prochaine.<br />
Photo <strong>Unesco</strong><br />
En 1950, quelque 15 millions de femmes s'étaient faites<br />
inscrire sur les listes électorales. En janvier 1953, les organi¬<br />
sations féminines comptaient sept millions d'adhérentes.<br />
Aujourd'hui, nombre de femmes entrent dans des carrières<br />
qui leur étaient inconnues jusqu'ici : industrie, commerce,<br />
administration gouvernementale, services diplomatiques et<br />
professions libérales.<br />
Nous vivons, à l'ère de la vitesse, des changements radi¬<br />
caux. Nulle part nous ne retrouvons le calme et la tranquillité<br />
du passé, quand les générations se succédaient les <strong>un</strong>es aux<br />
autres sans modification.<br />
Partout ce ne sont que turbulence et mouvement, si ce n'<strong>est</strong><br />
agitation et même dans les pays où apparemment la femme<br />
semble <strong>être</strong> <strong>un</strong>e masse immobile, sans voix, les influences qui<br />
se jouent autour d'<strong>elle</strong> et les images qui frappent son esprit<br />
sont nouv<strong>elle</strong>s et différentes. Ceci ne peut pas <strong>être</strong> sans effet<br />
et doit provoquer quelques remous ou<br />
trouble.<br />
Mais ce ferment d'idées nouv<strong>elle</strong>s <strong>est</strong>-<br />
il créatif, positif, ou bien n'<strong>est</strong>-il rien<br />
d'autre qu'<strong>un</strong>e forme d'anxiété ? Est-il<br />
organisé et dirigé de t<strong>elle</strong> sorte que<br />
nous puissions le dénommer progrès ?<br />
ou bien mène-t-il simplement à la dé¬<br />
sorganisation, à la désintégration du<br />
monde féminin sans lui donner en<br />
échange <strong>un</strong>e vie meilleure ?<br />
Qu<strong>elle</strong> que soit notre opinion sur les<br />
événements actuels, <strong>un</strong>e chose me<br />
semble évidente : il <strong>est</strong> impossible à<br />
<strong>un</strong>e société de se dire « avancée », de se<br />
lancer sur la route du progrès techno¬<br />
logique et de continuer en même temps<br />
à maintenir les femmes dans leur état<br />
primitif d'infériorité.<br />
Expliquer à <strong>un</strong> Occidental les chan¬<br />
gements fantastiques qui affectent au¬<br />
jourd'hui le <strong>rôle</strong> de la femme pourrait<br />
lui paraître futile. Sans parler des per¬<br />
sonnalités internationalement connues,<br />
comme Eleanor Roosevelt, Mme Pandit<br />
et quelques femmes écrivains et sa¬<br />
vantes célèbres, le type de la femme<br />
moderne <strong>est</strong> accepté en Occident. Ce<br />
type a parcouru <strong>un</strong> long chemin depuis<br />
la naissance de la période d'émancipa¬<br />
tion de 1900, à l'époque où le « bas
leu » était salué d'<strong>un</strong> sourire affecté ou d'<strong>un</strong> coup d'iil en<br />
coulisse.<br />
Aujourd'hui, la femme de carrière, la responsable, la parle¬<br />
mentaire, l'avocate, la doctoresse ou la savante ne sont plus<br />
des nouveautés. Toutes sont acceptées loyalement et traitées<br />
comme n'importe quel autre de leurs collègues masculins.<br />
Ce tait revêt <strong>un</strong>e t<strong>elle</strong> importance pour moi que je le met¬<br />
trais volontiers en tête de la liste des réalisations les plus<br />
importantes de notre époque, dans ce que nous appelons vul¬<br />
gairement le monde occidental. Mais cela s'applique aussi à<br />
des pays d'Europe orientale, et dans <strong>un</strong>e proportion moins<br />
importante à d'autres nations en Asie, t<strong>elle</strong> l'Inde où le<br />
ministre de la Santé, Mme Rajkumari Amrit Kaur, par<br />
exemple, n'<strong>est</strong> pas seulement <strong>est</strong>imée en tant que femme<br />
mais pour ses aptitudes professionn<strong>elle</strong>s en tant que person¬<br />
nalité offici<strong>elle</strong>.<br />
Bien que les femmes soient parvenues<br />
à l'octroi des droits égaux à ceux des<br />
hommes dans certains pays avancés, il y<br />
a malgré tout <strong>un</strong> certain nombre de<br />
« mais » et de « si » qui doivent <strong>être</strong> pris<br />
en considération. Cependant, il <strong>est</strong> indu¬<br />
bitable que les inégalités s'aplaniront.<br />
Il faudra plus de temps cependant<br />
pour modifier l'opinion publique. Les gens<br />
se cramponnent aux idées désuètes même<br />
si, depuis des années, <strong>elle</strong>s ne correspon¬<br />
dent plus à la réalité. Rien de plus décou¬<br />
rageant que les référendums sur les proolèmes<br />
des femmes, y compris les réponses<br />
données par les femmes <strong>elle</strong>s-mêmes. Les<br />
répétitions irraisonnées d'opinions aussi<br />
périmées que vénérables certes (« la<br />
place de la femme <strong>est</strong> à la maison »<br />
« <strong>un</strong>e femme ne doit plus travailler<br />
quand <strong>elle</strong> <strong>est</strong> mère »), figurent en bonne<br />
place en compagnie des points de vue les<br />
plus étudiés de ceux qui confrontent leurs<br />
opinions avec <strong>un</strong> autre compartiment de<br />
leur cerveau qui a accepté le <strong>rôle</strong> des<br />
femmes aussi bien au travail qu'à la<br />
maison. Ceci <strong>est</strong> particulièrement dan¬<br />
gereux car on perpétue ainsi l'idée que la<br />
maternité et l'association totale dans la<br />
vie économique et civique sont complète¬<br />
ment incompatibles, alors que les faits<br />
prouvent le contraire. <strong>La</strong> durée actu<strong>elle</strong><br />
de la vie féminine dans les pays indus¬<br />
triels <strong>est</strong> en moyenne de soixante-dix ans.<br />
Ceci signifie qu'<strong>un</strong>e je<strong>un</strong>e fille qui se<br />
marie entre vingt et vingt-cinq ans peut<br />
envisager <strong>un</strong> avenir de plus de cinquante<br />
années. Cela lui donne le temps de pré¬<br />
voir <strong>un</strong>e période de maternité (générale¬<br />
ment, bien que pas nécessairement, plus<br />
brève qu'à l'époque de ses aïeules, étant<br />
donné que les familles sont moins nom¬<br />
breuses) de travailler, et d'avoir <strong>un</strong>e<br />
période d'activité comm<strong>un</strong>autaire (pas<br />
moins courte que c<strong>elle</strong> dôn<br />
les hommes et les célibataires du temps<br />
de son aïeule).<br />
Les suffragettes<br />
1955 sont mariées<br />
M. aïs jetons <strong>un</strong> coup d'mil sur le<br />
r<strong>est</strong>e du monde. Les problèmes et<br />
les perspectives ne sont pas sem¬<br />
blables, mais les signes du progrès y<br />
sont aussi marqués. D'après les observa¬<br />
tions que j'ai pu faire à l'étranger à la<br />
demande de l'<strong>Unesco</strong>, et d'après les enquêtes auxqu<strong>elle</strong>s<br />
l'<strong>Unesco</strong> <strong>elle</strong>-même a pu se livrer, j'ai recueilli des impressions<br />
profondes sur la rapidité des progrès réalisés en ce qui<br />
concerne les droits des femmes, dans des pays oùJa~mo_olgrnisaiJDn^tJ/industrialisation,.sont.en<br />
plein essor. A l'image<br />
du Japon, dont'J'ai "déjà" parléi le Pakistan et le monde arabe<br />
en sont à ce stade.<br />
Tandis que dans ces pays ni la prolongation de la vie ni le<br />
niveau général d'éducation n'ont encore permis aux femmes<br />
d'accéder à <strong>un</strong> nouveau stade de développement, il n'en de¬<br />
meure pas moins qu'<strong>un</strong> nouveau type de femme émerge.<br />
Bien qu'en petit nombre, ces groupes de femmes n'en for¬<br />
ment pas moins aujourd'hui <strong>un</strong> noyau directeur féminin..<br />
<strong>La</strong> plupart d'entre <strong>elle</strong>s ont déjà en mains leurs diplômes<br />
d'études secondaires et certaines même ont <strong>un</strong>e formation<br />
<strong>un</strong>iversitaire. Aujourd'hui,' et de leur propre gré, on les pré<br />
Le Courrier. N> 11. 1955<br />
pare à participer à la vie comm<strong>un</strong>autaire ainsi qu'à d'autres<br />
activités civiques. Bien que ceci ne comporte que des pers¬<br />
pectives r<strong>est</strong>reintes en comparaison avec le travail effectué<br />
dans des situations offici<strong>elle</strong>ment reconnues, il <strong>est</strong> indubitable<br />
que les femmes ont ainsi de plus grandes possîmiites<br />
/quë~les hommes d'étudier les méthodes en vigueur dans les<br />
affaires, ainsi que les principes d'<strong>un</strong>e organisation efficiente.<br />
Leur régularité et leur honnêteté feront d'<strong>elle</strong>s des atouts<br />
politiques bien définis pour leur pays <strong>un</strong>e fois qu'<strong>elle</strong>s auront<br />
été totalement acceptées.<br />
Bien que le pourcentage actuel de leur progression soit<br />
aussi spectaculaire que celui de leurs cons dans des pays<br />
plus développés, leurs problèmes ne sont, pas les mêmes. Elles<br />
ne sont pas encore totalement intégrées au sein de leur<br />
société nationale. Cependant, il semble qu'<strong>elle</strong>s aient été en<br />
mesure de trouver le moyen de mener de pair_ leurs occupa¬<br />
tions de mère de famille et <strong>un</strong>e vie sociale active. Ceci <strong>est</strong><br />
Pho.tos copyright Rapho par L<strong>un</strong>d Hansen<br />
« MADAME LE MINISTRE A NEUF ENFANTS. » Une mère de neuf enfants a été nommée<br />
l'an dernier Ministre du Commerce au Danemark. Il s'agit de Mme Lies Groes que voici dans le jardin<br />
de sa maison à Ryvangen. Elle sait allier les responsabilités de sa charge avec c<strong>elle</strong>s de sa famille, mais<br />
<strong>elle</strong> n'a plus le temps de se consacrer à son passe-temps favori : collectionner de vieilles porcelaines.<br />
Une autre femme détient <strong>un</strong> portefeuille dans le cabinet danois : Mme Bodil Koch, Ministre des Cultes.<br />
d'autant plus remarquable que la plupart de ces « leaders<br />
féminins sont mariées, et ont des enfants, contrairement<br />
aux dirigeantes des mouvements de suffragettes du début<br />
du siècle.<br />
Leur principal problème consiste en cette nécessité de par¬<br />
tager leur propre progrès avec les autres femmes des couches<br />
plus pauvres de la société, qui sont de loin plus nombreuses.<br />
Ce problème a fait l'objet cette année d'<strong>un</strong>e conférence<br />
groupant au Liban* 40 dirigeants féminins représentant 5 na¬<br />
tions arabes. Leur souci pratique le plus immédiat était de<br />
savoir comment atteindre les villageoises afin d'effectuer <strong>un</strong><br />
travail en comm<strong>un</strong>, et de se guider sur leurs besoins pour<br />
dresser <strong>un</strong> plan de réformes sociales, en les instruisant et<br />
en leur donnant des facilités de travail dans tous<br />
les secteurs de l'économie. (Suite<br />
Un autre problème qui peut-<strong>être</strong> n'<strong>est</strong> pas page 8)
Photo N.Y. State Commission against Discrimination<br />
CONDUCTRICE (U.S.A.)<br />
Photo copyright CO.!., Londres<br />
MÉCANICIENNE (Angleterre)<br />
Photo copyright Paul Almasy<br />
ARTISTE-PEINTRE (Japon)<br />
Photo Ambassade britannique, Paris<br />
CHEF D'ORCHESTRE (Angleterre)<br />
Photo copyright Magnum par Cartier Bresson<br />
RECEVEUSE (Angleterre)<br />
DRESSEUSE (France)<br />
Photo copyright Paul Almasy<br />
CHEMINOT (U.S.A.)<br />
Photo USIS<br />
Photo copyright Paul Almasy<br />
SPEAKERINE (Andorre)
Photo copyright Louise de Bea<br />
ARCHITECTE (France)<br />
Photo copyright Magnum par Jean Marquis<br />
AGENT DE POLICE (Hongrie)<br />
METTEUR EN SCÈNE (Italie)<br />
Photo copyright Magnum par Kryn Taconis<br />
Photo copyright Magnum par David Seymour<br />
MAITRE DE BALLET (Italie)<br />
OUVRIÈRE D'USINE (U.S.A.)<br />
Photo USIS<br />
Le Courrier. N'> U. 1955<br />
/ A \<br />
Photo copyright Paul Aimas)<br />
DENTISTE (Norvège)<br />
Photo copyright Paul Almasy<br />
AVOCATE (France)<br />
HOTESSE DE L'AIR (Mexique)<br />
Photo copyright Magnum par Homer Page
ASSOCIÉE A PART ÉGALE<br />
(Suite de la page S)<br />
encore suffisamment senti par les femmes des pays où la<br />
progression économique se développe à grands pas, consiste<br />
dans la nécessité d'éviter que la transition entre l'ancien et le<br />
moderne ne s'effectue d'<strong>un</strong>e façon t<strong>elle</strong>ment rapide que les<br />
caractéristiques et les valeurs cultur<strong>elle</strong>s et nationales se per¬<br />
dent. Il ne suffit pas seulement d'empr<strong>un</strong>ter des méthodes<br />
nouv<strong>elle</strong>s à des pays qui sont déjà « arrivés ».<br />
« L'occidentalisation » du vêtement féminin, de l'ameuble¬<br />
ment et de la décoration du logis en <strong>est</strong> <strong>un</strong> exemple. Chaque<br />
culture a son sens propre des couleurs, des formes et des<br />
textures, ainsi que de leur harmonisation. Ce sens <strong>est</strong> la<br />
résultante d'<strong>un</strong> long entraînement auquel se joint <strong>un</strong>e abon¬<br />
dance d'impulsions provenant des conditions ambiantes. Il<br />
<strong>est</strong> difficile d'espérer d'<strong>un</strong>e femme entraînée et façonnée<br />
20 MILLIONS DE FEMMES<br />
TRAVAILLENT AUX U.S.A.<br />
selon <strong>un</strong>e culture particulière qu'<strong>elle</strong> puisse utiliser des élé¬<br />
ments d'<strong>un</strong>e culture étrangère et le faire avec <strong>un</strong>e maîtrise<br />
qui relève de la perfection. L'Orient ne peut concurrencer<br />
l'Occident en matière de confection et d'ameublement en<br />
acajou ; les femmes occidentales ne peuvent espérer porter le<br />
sari avec autant de grâce que leurs cons indiennes.<br />
Actu<strong>elle</strong>ment, le monde a besoin de tous les atouts culturels<br />
dont il dispose et il n'a nullement besoin de la paupérisation<br />
de ces atouts au nom de l'<strong>un</strong>iformité-<br />
Tant l'Organisation des Nations Unies que l'<strong>Unesco</strong> se sont<br />
employées depuis des années à susciter le respect des droits<br />
de la femme à travers le monde.<br />
Quand les Nations Unies furent créées en 1945, <strong>elle</strong>s pro¬<br />
clamèrent dans leur Charte « leur foi dans les droits fonda¬<br />
mentaux des droits de l'homme, dans la dignité et la valeur<br />
de l'<strong>être</strong> humain, dans l'égalité des droits de. l'homme et de<br />
la femme. »<br />
De longue date, le métier d'infirmière <strong>est</strong> traditionnel dans la plupart des<br />
pays, mais c'<strong>est</strong> seulement depuis moins d'<strong>un</strong> siècle que l'on exige pour cette<br />
profession <strong>un</strong>e formation approfondie et des qualifications spéciales. Les<br />
infirmières américaines photos ci-contre forment cependant <strong>un</strong> groupe<br />
relativement r<strong>est</strong>reint des « femmes au travail » dans leur pays, où plus de<br />
vingt millions de femmes sont employées dans les diverses branches de<br />
l'économie nationale. Sur ce chiffre on compte 9.250.000 femmes mariées<br />
près de 50 % ce qui s'explique par le fait que les je<strong>un</strong>es gens se marient<br />
très tôt et que les maris ne gagnent pas toujours suffisamment pour s'offrir<br />
les automobiles, les réfrigérateurs,, les postes de télévision et en général<br />
tout ce que la vie moderne « exige ». Récemment, le Secrétaire américain<br />
au Travail a déclaré : « <strong>La</strong> main-d' féminine fait l'objet d'<strong>un</strong>e demande<br />
qui continuera à croître. On offrira notamment aux femmes des emplois<br />
qu'<strong>elle</strong>s ont eu peu d'occasions d'occuper jusqu'ici. » L'avenir des '«fem¬<br />
mes au travail » semble par conséquent très brillant aux États-Unis.<br />
Depuis lors, l'O.N.U. a été l'instnu3i£iri.qui_a accordé à des<br />
dizaines et des dizaines dé~mïïliers de femmes~a travers le<br />
Photos" U.S.l.S.
laBIMK<br />
FUTURES MONITRICES<br />
DE VILLAGES<br />
Le Courrier. N- 11. 1955<br />
85 % des habitants de Ceylan vivent dans les régions rurales et, pour les<br />
villageois, le bien-<strong>être</strong> de la comm<strong>un</strong>auté dépend en grande partie de la<br />
population féminine. Pour aider ces femmes à progresser dans les domaines<br />
éducatif, économique et culturel, le Gouvernement de Ceylan s'appuie<br />
notamment sur le <strong>La</strong>nka Manila Samiti (Instituts féminins de Ceylan), mouve¬<br />
ment fondé ¡I y a vingt-cinq ans. L'activité de ces institutions couvre l'édu¬<br />
cation générale, la santé et s'applique au développement des Industries<br />
rurales. <strong>La</strong> formation des monitrices de villages <strong>est</strong> assurée par <strong>un</strong> centre<br />
situé à Kaduwela, près de Colombo. <strong>La</strong> photo de gauche représente <strong>un</strong>e<br />
Infirmière indiquant à des petits villageois les précautions à prendre en<br />
buvant de l'eau. Les panneaux de démonstration sont exécutés au Centre<br />
d'Education de Base. Les deux autres photos montrent des stagiaires s'exer-<br />
çant à l'aide d'outils fournis grâce aux Bons d'Entraide de l'<strong>Unesco</strong>.<br />
Photos O.M.S. et <strong>Unesco</strong> par Eric Schwab.<br />
monde <strong>un</strong> droit élémentaire dont <strong>elle</strong>s avaient été privées<br />
auparavant, celui de leur participation aux affaires civiques<br />
de leur pays.<br />
Dès 1946, 1'O.N.U. constitue sa Commission sur le statut<br />
des femmes qui a pour tâche d'étudier le statut politique,<br />
économique, civil, social et culturel des femmes dans tous<br />
les pays. Le but fondamental du travail de cette Commission<br />
et celui qui s'<strong>est</strong> avéré <strong>être</strong> immédiatement <strong>un</strong> succès fut la<br />
campagne en vue d'obtenir par le monde entier la reconnais¬<br />
sance du droit de vote pour les femmes et de leur accorder<br />
l'égalité des droits avec les hommes.<br />
En décembre 1952, <strong>un</strong>e Convention Internationale sur les<br />
droits politiques des femmes était prête à <strong>être</strong> signée. Cette<br />
Convention <strong>est</strong> entrée en vigueur en juillet 1954, ratifiée par<br />
20 pays : ils sont maintenant 40 à l'avoir signée.<br />
L'O.N.U. poursuit son travail sur <strong>un</strong> double plan : d'abord,<br />
par l'examen scrupuleux des clauses légales actu<strong>elle</strong>s .afin<br />
d'attirer l'attention sur les nombreuses imperfections et<br />
lac<strong>un</strong>es dans le domaine de la protection des droits<br />
de la femme; deuxièmement, en publiant annu<strong>elle</strong>ment <strong>un</strong><br />
rapport avec l'appui de l'Assemblée générale afin d'opérer<br />
tel <strong>un</strong> « groupe de pression » de. l'opinion publique sur les<br />
Etats récalcitrants. Petit à petit, cette mise au point inter¬<br />
nationale a été réalisée; il en <strong>est</strong> résulté de nombreux rap¬<br />
ports d'informations qui donnent la situation exacte des<br />
droits de la femme mariée par rapport à sa nationalité, sur<br />
le droit de propriété de son nom, sur son droit (souvent<br />
bafoué) de veiller sur ses enfants. L'O.I.T. s'<strong>est</strong> occupée du<br />
problème du salaire égal à travail égal, des conditions de<br />
travail des femmes et des possibilités "de l'éducation profes¬<br />
sionn<strong>elle</strong>.<br />
En ce qui concerne l'<strong>Unesco</strong>, cette organisation a consacré<br />
ses efforts à l'amélioration de la condition de la femme en<br />
attirant l'attention sur les progrès ou les retards concernant<br />
l'accession de la femme à l'instruction et en effectuant des<br />
études spéciales sur la complexité des facteurs qui favorisent<br />
ou retardent le progrès de la femme.<br />
En plus des études et des rapports généraux et<br />
statistiques sur les conditions élaborées annu<strong>elle</strong>-
ASSOCIÉE A PART ÉGALE<br />
(Suite)<br />
ment en collaboration avec le Bureau International de l'Edu¬<br />
cation (Genève), l'<strong>Unesco</strong> a effectué des enquêtes sur les<br />
possibilités d'éducation dans trois pays totalement différents<br />
(Chili, Inde et Yougoslavie enquêtes ré<strong>un</strong>ies sous le titre de<br />
« Les femmes et l'éducation »).<br />
D'<strong>un</strong>e importance considérable sont les séries d'enquêtes<br />
actu<strong>elle</strong>ment en cours sur le préjugé social profondément<br />
enraciné qui s'exerce contre l'acceptation plus rapide de la<br />
véritable égalité de la femme et de là contre l'utilisation<br />
totale de lai« main-d'nuvre féminine » dans certains pays.<br />
L'<strong>Unesco</strong> s'<strong>est</strong> attachée à établir des études comparatives<br />
sur des sujets tels que les tribulations et les difficultés que<br />
rencontrent les femmes à participer à la vie politique en<br />
Europe, sur les obstacles propres aux traditions, obstacles<br />
auxquels <strong>elle</strong>s se heurtent pour accéder à l'éducation au<br />
Japon, au Mexique et au Pakistan; sur la participation<br />
active des femmes aux comm<strong>un</strong>autés locales dans le sud<br />
asiatique.<br />
EN U.R. S. S.<br />
Plus de 2.080.000 femmes travaillent<br />
dans les établissements scientifiques,<br />
culturels et d'enseignement. Environ<br />
77.000 exercent <strong>un</strong>e activité scienti¬<br />
fique dans les <strong>un</strong>iversités, instituts,<br />
académies. L'Académie des sciences<br />
compte parmi ses collaborateurs<br />
scientifiques 40 % de femmes. Plus<br />
d'<strong>un</strong> million professent dans l'ensei¬<br />
gnement primaire et secondaire. Les<br />
ingénieurs ou techniciennes sont<br />
environ <strong>un</strong> demi-million. Plus de<br />
deux millions travaillent dans les<br />
établissements de santé publique et<br />
les établissements sportifs. 348 sont<br />
députés au Soviet Suprême. 2.209<br />
sont députés aux Soviets Suprêmes<br />
des républiques fédérées et autono¬<br />
mes, et plus de 500.000 aux Soviets<br />
locaux. De gauche à droite : Lyda<br />
Pyshkina a acquis <strong>un</strong>e notoriété dans<br />
la soudure électrique. Raîssa<br />
Sataïeva, chirurgien en chef d'<strong>un</strong>e<br />
clinique ukrainienne (à gauche)<br />
Ekaterina Belachova, travaille<br />
au buste d'Alexandre Pouchkine.<br />
Photos Bureau d'Information soviétique.<br />
Nombre de ces études n'ont pas encore été éditées mais<br />
toutes sont, par leurs informations, très intéressantes.<br />
Le rapport. étroit entre l'évolution_économique.^et<br />
cipation de la femme (thème principal de cet article) rend<br />
la recherche"du~<strong>rôle</strong>~ des femmes dans les toutes premières<br />
étapes du développement économique très intéressante. Il<br />
<strong>est</strong> extrêmement étonnant de voir combien ce sujet <strong>est</strong> peu<br />
connu et il semblerait même qu'<strong>un</strong> voile s'étende sur les<br />
études économiques d'industrialisation dès qu'il s'agit des<br />
femmes. C'<strong>est</strong> pour cette raison que l'<strong>Unesco</strong> vient d'entre¬<br />
prendre <strong>un</strong>e étude très poussée sur l'apparition des premiers<br />
« leaders » féminins en Afrique occidentale. Ceci peut jeter<br />
<strong>un</strong>e lumière sur quelques-<strong>un</strong>s des principaux problèmes.<br />
Est-ce que les femmes<br />
représentent le statu quo ?<br />
Les femmes, par exemple, ont-<strong>elle</strong>s tendance à ralentir le<br />
progrès social ? Aiment-<strong>elle</strong>s, comme les vieillards,<br />
demeurer dans cette sécurité et cette sûreté du village<br />
tandis que l'homme se déplace pour chercher du travail ?<br />
Est-ce la femme qui refuse d'abandonner les anciennes nor¬<br />
mes bien établies en matière dom<strong>est</strong>ique, agricole, médicale,<br />
plutôt que d'en accepter les améliorations ? Est-ce la femme<br />
qui entretient les superstitions et craint l'éclat de la réalité<br />
et de la raison ?<br />
10<br />
Dans <strong>un</strong>e certaine proportion, les femmes sont venues<br />
pour représenter le statu quo et pour exercer <strong>un</strong>e action<br />
préventive car on a attendu d'<strong>elle</strong>s qu'<strong>elle</strong>s réagissent de<br />
cette manière et <strong>elle</strong>s n'ont pas été attirées vers les modifi¬<br />
cations et le développement continuels du progrès.<br />
Prenons l'histoire de Jinja en Uganda. L'installation d'<strong>un</strong>e<br />
gigantesque centrale électrique aux Owen Falls sur le Nil a<br />
permis de développer l'industrialisation à <strong>un</strong> rythme prodi¬<br />
gieusement rapide. Les méthodes agricoles désuètes furent<br />
abandonnées et <strong>un</strong>e vie nouv<strong>elle</strong>, grouillante y <strong>est</strong> née. Il<br />
y avait du travail en masse mais pour sept hommes employés,<br />
il n'y avait qu'<strong>un</strong>e femme. Pour ces hommes, travailler signi¬<br />
fiait l'abandon de la vie de famille et leur relogement dans<br />
des constructions préfabriquées, dotées des installations col¬<br />
lectives et sanitaires propres à la vie occidentale. Dans le<br />
rapport qu'<strong>elle</strong> a présenté l'an dernier à Rome au cours de la<br />
Conférence mondiale sur la population, organisée sous les<br />
auspices de l'<strong>Unesco</strong>, Mme Rhona Sofer a dit des foyers de<br />
Bukesa qu'ils- constituaient <strong>un</strong> centre des mieux urbanisés;<br />
« la plupart des foyers n'ont pas de femmes adultes et<br />
comprennent seulement 4 % d'enfants » <strong>un</strong> enfant par<br />
ménage. <strong>La</strong> femme citadine, ajouta-t-<strong>elle</strong>, « se trouve <strong>elle</strong>même<br />
dans l'impossibilité d'exercer les fonctions que lui<br />
donne le statut du système traditionnel », et <strong>elle</strong> <strong>est</strong> dans<br />
l'incapacité de guider ses enfants vers <strong>un</strong> nouveau mode de<br />
vie. Aujourd'hui, à Jinja, la plupart des Africains trouvent<br />
que leur endoctrinement et leur éducation sociale ne les ont<br />
pas mis en mesure d'affronter les normes de vie auxqu<strong>elle</strong>s<br />
ils doivent actu<strong>elle</strong>ment faire face.<br />
Il résulte de ce progrès économique <strong>un</strong>e vie urbaine dans<br />
<strong>un</strong>e société collective masculine où les hommes sont considé¬<br />
rés comme des célibataires, tandis que les femmes sont lais¬<br />
sées de côté ou se révoltent contre les traditions du paterna¬<br />
lisme. Quand les femmes viennent à la ville, <strong>elle</strong>s résistent<br />
avec force à la volonté de leurs maris qui veulent les traiter<br />
en subordonnées, avec ce résultat, déclare Rhona Sofer, que<br />
« la région pullule de femmes oisives ayant abandonné leur<br />
mari ».<br />
Donc, conceptions arriérées et désorganisation constituent<br />
la seule alternative qui s'offre aux femmes dans cette période<br />
transitoire particulière. Cependant à cette même conférence,<br />
Mme Yonina Talmon-Garber a fait <strong>un</strong> exposé totalement dif¬<br />
férent sur les comm<strong>un</strong>autés agricoles en Israël. Là, il <strong>est</strong><br />
fréquent que les femmes même c<strong>elle</strong>s originaires des terri¬<br />
toires africains retournent chez <strong>elle</strong>s et retrouvent leurs<br />
enfants après avoir acquis des méthodes et des idées nou¬<br />
v<strong>elle</strong>s, car on leur offre des emplois tout à fait indépendants.<br />
Des anthropologues et des sociologues ont signalé des expé¬<br />
riences similaires à c<strong>elle</strong>s vécues en Israël, notamment en<br />
Afrique, où l'on a pris soin d'embaucher des femmes pour<br />
des emplois spécifiques et de leur assurer des contacts sociaux<br />
variés.<br />
Selon des études sociales, trop rares encore, il s'avère que<br />
les femmes pourraient <strong>être</strong> d'exc<strong>elle</strong>ntes innovatrices. Elles<br />
ont la possibilité de susciter de nouv<strong>elle</strong>s méthodes qui pro-
voqueront de nouv<strong>elle</strong>s façons de penser, exactement à la<br />
place où cela a le plus d'importance : au foyer. C'<strong>est</strong> là que<br />
la mère occupe <strong>un</strong>e place stratégique qui lui permet de pro¬<br />
mouvoir des modifications sociales et d'étendre son influence<br />
sur tous les membres du foyer.<br />
Non discrimination<br />
entre les sexes<br />
Jusqu'à présent, en poursuivant sa tâche pour l'éducation<br />
de base et pour <strong>un</strong> travail éducatif plus didactique,<br />
l'<strong>Unesco</strong> s'<strong>est</strong> engagée sur la voie de l'hypothèse de la<br />
« non discrimination entre les sexes ». Cet objectif <strong>est</strong> loua¬<br />
ble. Mais les experts sociaux se demandent s'il ne serait pas<br />
plus rentable de dresser <strong>un</strong> nouveau programme de dévelop¬<br />
pement, plus efficient et plus avantageux pour tous et qui<br />
pourrait <strong>être</strong> dirigé plus directement par les femmes. Ceci<br />
reviendrait à étalonner les nouv<strong>elle</strong>s réformes sur le mode<br />
de vie quotidienne, sur les demandes de consommation, sur<br />
les besoins des gens, et leur permettre de se développer à<br />
partir des facteurs fondamentaux jusqu'à ce qu'ils englobent<br />
toute la vie économique. <strong>La</strong> transformation de l'économie<br />
sociale apparaîtrait comme le résultat de modifications dans<br />
l'économie dom<strong>est</strong>ique, et non comme cela se passe géné¬<br />
ralement, en augmentant la productivité et en laissant à<br />
chaque <strong>être</strong> humain le soin de s'adapter au mieux. Les<br />
femmes naturel¬<br />
lement s'adaptent<br />
facilement et<br />
s'adapteront aux<br />
demandes. Elles<br />
garantissent que<br />
l'introduction de<br />
nouv<strong>elle</strong>s condi¬<br />
tions et de nou¬<br />
v<strong>elle</strong>s méthodes<br />
de vie extérieures<br />
au foyer ne heur¬<br />
teront pas trop<br />
les individus.<br />
Mais il existe des<br />
preuves qu'<strong>elle</strong>s<br />
désireraient <strong>elle</strong>s-<br />
mêmes donner,<br />
forme et sub¬<br />
stance à de nou¬<br />
v<strong>elle</strong>s . méthodes<br />
de vie et ne plus<br />
se borner simple¬<br />
ment à jouer <strong>un</strong><br />
<strong>rôle</strong> passif ; <strong>elle</strong>s<br />
aimeraient plutôt<br />
<strong>être</strong> des partenai¬<br />
res de ce grand<br />
processus qui re-<br />
f o n d actu<strong>elle</strong>¬<br />
ment la société<br />
humaine ; <strong>elle</strong>s<br />
sont prêtes à al¬<br />
ler de l'avant et à<br />
garantir que le<br />
progrès <strong>est</strong> <strong>un</strong> progrès réel et pas simplement <strong>un</strong>e modifica¬<br />
tion.<br />
De tels problèmes figureront dans le futur à l'ordre du jour<br />
des séances de l'O.N.U. et de ses Institutions spécialisées.<br />
Prenons <strong>un</strong> exemple : comment l'Assistance Technique<br />
peut-<strong>elle</strong> <strong>être</strong> utilisée afin d'éveiller les capacités encore en¬<br />
dormies des femmes et de leur faire jouer <strong>un</strong> <strong>rôle</strong> dans l'amé¬<br />
lioration du standard de vie des peuples ?<br />
Comment susciter des programmes d'éducation de base<br />
afin de pouvoir mobiliser « l'effet multiplicateur » des fem¬<br />
mes en tant qu'agents éducateurs et utiliser leurs princi¬<br />
paux promoteurs pour atteindre ces sphères de la vie cultu¬<br />
r<strong>elle</strong> non encore touchées par des écoles traditionn<strong>elle</strong>s?<br />
Quand ce jour naîtra, on comprendra dans le monde ce<br />
qui semble <strong>être</strong> encore incompris maintenant, à savoir que<br />
la reconnaissance des revendications des femmes aux Droits<br />
humains ne vise pas seulement à l'octroi d'avantages.<br />
Il ne peut s'agir seulement de transformer en réalités ces<br />
principes égalitaires que toutes les démocraties se doivent<br />
d'honorer si <strong>elle</strong>s veulent justifier leur titre de démocratie.<br />
Le but réel <strong>est</strong> quelque chose de plus fondamental : la<br />
participation des femmes en tant que partenaires à 100 %<br />
dans la vie économique, sociale et cultur<strong>elle</strong> d'<strong>un</strong>e na¬<br />
tion.<br />
Lorsque cela sera réalisé, et que les femmes joueront<br />
.totalement leur <strong>rôle</strong>, les résultats en ce qui concerne le bien<strong>être</strong><br />
de tous les peuples du monde seront incommensurables.<br />
Le saviez-vous<br />
Le Courrier. N" 11. 1955<br />
J_7N 1954, le Parlement danois comprenait 26 dépu¬<br />
tés femmes et 201 députés hommes; le Conseil indien<br />
des Etats et de la Chambre du Peuple comporte<br />
33 membres féminins et 682 représentants masculins;<br />
le Knesset, Assemblée législative d'Israël, compte<br />
12 femmes et 108 hommes; en outre, en janvier 1953,<br />
sur 630 députés siégeant à la Chambre des Com¬<br />
m<strong>un</strong>es britannique, il y avait 24 représentants du<br />
sexe féminin. Enfin, les élections américaines de 1953<br />
ont envoyé 12 femmes au Congrès.<br />
L > a Constitution syrienne accorde le droit de vote<br />
aux hommes et aux femmes à partir de dix-huit ans,<br />
envoie à la deputation les citoyens de vingt-cinq ans<br />
et ayant de l'instruction, dénie à toute femme le<br />
droit d'<strong>être</strong> élue à la présidence de la République.<br />
U, ne femme indienne au teint cuivre rouge, aux<br />
cheveux noirs de jais, siège à l'Assemblée nationale<br />
du Venezuela. <strong>Son</strong> nom? Aurora Montiel. Elle <strong>est</strong> la<br />
seule qui, s'adressant à ses collègues, a la permission<br />
d'utiliser l'idiome de sa tribu. Aurora Montiel <strong>est</strong><br />
toujours revêtue d'<strong>un</strong>e longue t<strong>un</strong>ique blanche, bro¬<br />
dée de fleurs multicolores, et porte des colliers et des<br />
boucles d'oreilles en or ciselées par les hommes de<br />
sa tribu.<br />
E. /n Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Canada,<br />
Chili, Danemark, Etats-Unis, Finlande, France,<br />
Israël, Philippines, Suède, les établissements d'ensei¬<br />
gnement secondaire comportent <strong>un</strong>e majorité d'élèves<br />
du sexe féminin.<br />
E, fN Suède, selon le dernier recensement de 1950, la<br />
population féminine s'élevait à 3.537.000 habitants<br />
sur <strong>un</strong> total de 7.044.000. 832.000 femmes travail¬<br />
laient à plein temps dont 57.000 dans l'agriculture,<br />
234.000 étaient mariées, sur lesqu<strong>elle</strong>s 11.000 avaient<br />
<strong>un</strong> emploi dans l'agriculture.<br />
Vy n compte plus de 17 % de femmes au Soviet<br />
Suprême de l'U.R.S.S.; 5 à 6 % à la Chambre néer¬<br />
landaise; 3,6 % à l'Assemblée nationale française;<br />
4 % au Parlement norvégien.<br />
L 'age légal pour le mariage varie d'<strong>un</strong> pays à<br />
l'autre. Au Chili, par exemple, il <strong>est</strong> fixé à quatorze<br />
ans pour les garçons et à douze pour les filles; aux<br />
Pays-Bas, à dix-huit pour les garçons, et à quinze<br />
pour les filles; en Grande-Bretagne, pas de diffé¬<br />
rence, seize ans <strong>est</strong> l'âge légal pour tous. Par contre,<br />
en Pologne, auc<strong>un</strong> mineur ne peut contracter ma¬<br />
riage.<br />
E, fN France, on trouve plus de 800 femmes chauf¬<br />
feurs de taxi; 18 conductrices d'autorail; 4.000 phar¬<br />
maciennes; 860 avocates; 12 chirurgiennes; 300 gar¬<br />
diens de la paix; 7 commandantes d'aéroport;<br />
320 conductrices de poids lourds; 2.400 femmes<br />
médecins.
LE SEXE FORT<br />
J'ai consacré <strong>un</strong>e grande partie de ma vie scientifique et<br />
publique à essayer de prouver scientifiquement qu'auc<strong>un</strong><br />
peuple n'<strong>est</strong>, par nature, sensiblement supérieur à <strong>un</strong><br />
autre, et que les supériorités relatives acquises par certains<br />
groupes humains sont imputables le plus souvent à des causes<br />
historiques fortuites. Aujourd'hui, pourtant, voici que je sou¬<br />
tiens comme vérité scientifique la supériorité ré<strong>elle</strong> et natu¬<br />
r<strong>elle</strong> d'<strong>un</strong> certain groupe de l'humanité sur <strong>un</strong> autre, à savoir<br />
c<strong>elle</strong> des femmes sur les hommes opinion diamétralement<br />
opposée à c<strong>elle</strong> que presque toute l'humanité admet, peut-<strong>être</strong><br />
depuis ses origines mêmes !<br />
Presque tout le monde trouve évident qu'en moyenne, les<br />
hommes sont à tous égards supérieurs aux femmes. Ne<br />
sont-ils pas plus grands, plus forts, plus intelligents, plus<br />
posés, plus sérieux, plus agissants ? Les plus fins cordons<br />
bleus et les meilleurs modélistes de vêtements féminins ne<br />
sont-ils pas des hommes ? L'humanité a toujours constaté la<br />
supériorité des hommes sur les femmes, et il paraîtra peut<strong>être</strong><br />
inconcevable que l'on ose mettre en doute <strong>un</strong>e vérité<br />
aussi ancienne et traditionn<strong>elle</strong>.<br />
J'ai trop étudié la nature humaine pour ne pas savoir que<br />
là où les <strong>être</strong>s humains voient <strong>un</strong> fait, il n'y a souvent qu'<strong>un</strong>e<br />
croyance, rendue si vénérable par le temps qu'ils n'en peu¬<br />
vent plus discerner ni l'origine, ni la nature véritable, et<br />
devenue vérité parce que chac<strong>un</strong> la tient pour t<strong>elle</strong>. En tant<br />
qu'homme de science, il me parait donc intéressant de décou¬<br />
vrir comment la croyance qui nous préoccupe en <strong>est</strong> venue à<br />
<strong>être</strong> acceptée comme <strong>un</strong> fait, et d'en démontrer le bien-fondé<br />
ou l'inexactitude.<br />
<strong>La</strong> supériorité masculine ?<br />
Un mythe créé par les hommes<br />
Il n'<strong>est</strong> pas difficile de comprendre comment a surgi la<br />
croyance à la supériorité masculine ; mais avant d'abor¬<br />
der cette qu<strong>est</strong>ion^ j'aimerais préciser ce que l'homme de<br />
science entend par « naturel » et par « supériorité ». Est<br />
« naturel » tout ce qui <strong>est</strong> inné dans la constitution biologique<br />
de l'individu. <strong>La</strong> « supériorité » <strong>est</strong> l'état d'<strong>un</strong> organisme<br />
mieux adapté ou plus efficient que celui auquel on le com¬<br />
pare, ou possédant à <strong>un</strong> plus haut degré que lui certain trait<br />
ou certaine qualité.<br />
Comment donc en <strong>est</strong>-on venu à croire que les hommes<br />
étaient natur<strong>elle</strong>ment supérieurs aux femmes, et comment se<br />
fait-il qu'<strong>un</strong>e t<strong>elle</strong> croyance soit aujourd'hui <strong>un</strong>ivers<strong>elle</strong>ment'<br />
admise ? <strong>La</strong> réponse <strong>est</strong> simple. Les hommes ont <strong>un</strong>e<br />
musculature plus puissante que les femmes ; c<strong>elle</strong>s-ci sont<br />
contraintes par la maternité à mener <strong>un</strong>e vie plus sédentaire<br />
que leurs compagnons ; dans les sociétés primitives, <strong>elle</strong>s sont<br />
obligées de r<strong>est</strong>er au foyer pour veiller sur les enfants, tan¬<br />
dis que le mari parcourt le pays, en quête du gibier. Cette<br />
division du travail se retrouve dans toutes les sociétés et<br />
exerce <strong>un</strong>e profonde influence sur le développement sociophysiologique<br />
des deux sexes. <strong>La</strong> femme prend « l'esprit de<br />
clocher » tandis que l'horizon de l'homme s'élargit. <strong>La</strong><br />
femme, dont l'expérience ne dépasse guère le cadre des tra¬<br />
vaux dom<strong>est</strong>iques, devient <strong>un</strong> <strong>être</strong> d'intérieur, tandis qu'en<br />
chassant, le mari apprend beaucoup sur le monde qui l'en¬<br />
toure, améliore les techniques de chasse, invente de nouveaux<br />
outils, apprend à connaître beaucoup de plantes et d'ani¬<br />
maux ; bref, il accumule <strong>un</strong>e quantité d'expériences que la<br />
femme n'a jamais. Par comparaison, il connaît, mieux qu'<strong>elle</strong><br />
ne le connaîtra jamais, le monde où ils vivent tous les deux,<br />
et peut agir sur ce monde beaucoup plus qu'<strong>elle</strong> ne pourra<br />
jamais le faire, non qu'<strong>elle</strong> soit incapable de s'instruire et de<br />
faire les mêmes choses (ou presque : sa force musculaire<br />
n'étant pas égale, <strong>elle</strong> ne pourra évidemment pas soulever<br />
des animaux aussi lourds, ni courir aussi vite), mais parce<br />
qu'<strong>elle</strong> n'aura pas l'occasion de montrer ce qu'<strong>elle</strong> peut<br />
apprendre et faire.<br />
Aux yeux de la femme d'intérieur, les prouesses de son<br />
te professeur Ashley Montagu, de nationalité américaine, s'<strong>est</strong> créé <strong>un</strong>e notoriété<br />
remarquable en s'attachant à l'étude des rapports entre les races. Il a collaboré<br />
activement à l'élaboration de la déclaration de l'<strong>Unesco</strong> sur le problème des races,<br />
basée sur les plus récentes données scientifiques. Parmi les ouvrages écrits par le<br />
professeur Montagu, il faut citer : « Sur fêfre humain » ; « Le plus dangereux mythe<br />
de l'homme : « Le sophisme de la race » ; « introduction à l'anthropologie<br />
physique » ; « <strong>La</strong> supériorité natur<strong>elle</strong> des femmes ».<br />
12<br />
par Ashley Montagu<br />
compagnon ainsi que la supériorité de ses connaissances et<br />
de ses capacités, concourent à étayer sa croyance courante en<br />
la supériorité natur<strong>elle</strong> des hommes. Dès que cette croyance<br />
<strong>est</strong> établie et que l'organisation sociale devient plus complexe,<br />
l'homme s'affermit dans sa position de supériorité natur<strong>elle</strong>,<br />
et chac<strong>un</strong> en vient à accepter l'infériorité de la femme<br />
comme <strong>un</strong>e loi de nature. Combien de fois pourtant les pré¬<br />
tendues lois natur<strong>elle</strong>s ne sont-<strong>elle</strong>s pas finalement apparues<br />
comme de simples préjugés individuels ou collectifs de<br />
la part des hommes !<br />
C'<strong>est</strong> <strong>un</strong> fait scientifique autrement dit <strong>un</strong> fait verifiable<br />
pour quiconque se donne la peine de le cont<strong>rôle</strong>r que les<br />
femmes sont natur<strong>elle</strong>ment supérieures aux hommes, et nous<br />
devrions tous nous réjouir de cette supériorité, car c'<strong>est</strong> en<br />
<strong>elle</strong> que réside l'espoir du monde.<br />
XX : <strong>un</strong>e fille<br />
XY : <strong>un</strong> garçon<br />
De tous les caractères de l'espèce, auc<strong>un</strong> n'<strong>est</strong> plus utile<br />
que son adaptabilité, cette faculté qui permet à l'indi¬<br />
vidu de s'entendre avec ses semblables, contribuant<br />
de façon positive à les rendre plus capables de sympa¬<br />
thie, d'affection, de coopération. Or, c'<strong>est</strong> à la femme que la<br />
nature a donné le plus d'occasions de développer cette<br />
faculté, et <strong>elle</strong> l'a fait parce que c'<strong>est</strong> à la femme qu'incombe<br />
la g<strong>est</strong>ation, à <strong>elle</strong> qu'il appartient de mettre les petits au<br />
monde, de les protéger et de les nourrir. L'espèce humaine<br />
aurait bien peu de chances de survivre si la femme n'était<br />
biologiquement dotée de ce genre d'altruisme à moins<br />
qu'alors les hommes ne le fussent, ce qui n'<strong>est</strong> actu<strong>elle</strong>ment<br />
pas le cas. L'homme doit apprendre à aimer, tandis que,<br />
biologiquement et par nature, la femme <strong>est</strong> d'emblée prête à<br />
le faire. Parce qu'<strong>elle</strong> <strong>est</strong> l'élément le plus précieux du patri¬<br />
moine biologique de l'espèce, la nature lui a accordé les<br />
supériorités indispensables à la survivance de cette espèce,<br />
c'<strong>est</strong> là que nous arrivons à la preuve de la supériorité natu¬<br />
r<strong>elle</strong> de la femme.<br />
Les plus importantes des différences biologiques entre les<br />
sexes sont c<strong>elle</strong>s qui ont trait à la détermination génétique<br />
du sexe de chaque individu : je veux parler des chromosomes<br />
sexuels désignés sous le nom de chromosomes X et Y, que<br />
contient la tête du spermatozoïde (élément mâle). L'enfant à<br />
naître sera du sexe masculin ou féminin selon que l'ovule<br />
maternel aura été fécondé par <strong>un</strong> chromosome Y ou X. Les<br />
ovules (éléments fem<strong>elle</strong>s) contiennent <strong>un</strong>iquement des<br />
chromosomes X. Si l'<strong>un</strong> d'eux <strong>est</strong> fécondé par <strong>un</strong> spermato¬<br />
zoïde porteur d'<strong>un</strong> chromosome X, cela donne la combinai¬<br />
son XX - <strong>un</strong> X pour le spermatozoïde et <strong>un</strong> X pour l'ovule.<br />
Un XX produit toujours <strong>un</strong> enfant du sexe féminin. En<br />
revanche, lorsqu'<strong>un</strong> ovule <strong>est</strong> fécondé par <strong>un</strong> spermatozoïde<br />
porteur d'<strong>un</strong> chromosome Y, cela donne la combinaison XY<br />
le chromosome X venant de l'ovule et le chromosome Y<br />
venant du spermatozoïde. Un ceuf XY produit toujours <strong>un</strong><br />
enfant mâle.<br />
Or, le chromosome Y <strong>est</strong> incomplet ; beaucoup plus petit<br />
que le chromosome X, il <strong>est</strong> en outre privé d'<strong>un</strong> grand<br />
nombre de ses propriétés, et c'<strong>est</strong> à ces carences qu'il con¬<br />
vient d'attribuer presque tous les ennuis du mâle et presque<br />
toutes ses infériorités par rapport à la fem<strong>elle</strong>.<br />
Heureusement que les hommes<br />
n'enfantent pas !<br />
<strong>La</strong> femme <strong>est</strong> constitutionn<strong>elle</strong>ment plus robuste que<br />
l'homme ; et heureusement qu'il en <strong>est</strong> ainsi, car la race<br />
humaine aurait depuis longtemps disparu si l'enfante¬<br />
ment était l'affaire des hommes ! Musculairement plus forts<br />
que les femmes, les hommes n'en sont pas moins, constitu¬<br />
tionn<strong>elle</strong>ment, plus faibles qu'<strong>elle</strong>s. Partout, sauf dans cer¬<br />
taines régions de l'Inde où l'alimentation et l'hy¬<br />
giène sont lamentables, la durée moyenne de vie s .<br />
<strong>est</strong> plus longue pour les femmes que pour les "' "<br />
hommes, et ceci r<strong>est</strong>e vrai de la plupart des P"Be 38<br />
espèces animales.
L'ÉTUDIANTE<br />
Photo Copyright<br />
Magnum<br />
par David Seymour<br />
Le Courrier. N» 11. 1955
14<br />
STUDIEUSE ET LABORIEUSE<br />
Dans la République fédérale d'Allemagne, on a<br />
dénombré au cours de la dernière année scolaire,<br />
86.291 étudiants contre 16.780 étudiantes<br />
dans les Universités et autres établissements<br />
d'enseignement supérieur. Sur ce total de<br />
103.071, on comptait 28.859 étudiants' obligés<br />
de trouver, grâce à <strong>un</strong> travail quelconque, les<br />
ressources nécessaires à la poursuite de leurs<br />
études (25.931 étudiants et 2.928 étudiantes).<br />
Voici quelques aspects de la vie studieuse et<br />
laborieuse de Gerda Kasslau, 21 ans. (voir aussi<br />
la photo de la page 13) étudiante à l'Université<br />
de Fribourg en Brisgau. A ses heures libres, <strong>elle</strong><br />
travaille à l'entretien d'<strong>un</strong> musée de la ville.<br />
Photos copyright Magnum par David Seymour.
Le Courrier. N" 11. 1955<br />
DE LA CHARRUE A L'UNIVERSITE<br />
Nous voici devant <strong>un</strong> paisible paysage quelque part dans<br />
les montagnes de Carinthie; dans <strong>un</strong> maigre champ, six<br />
femmes travaillent; l'été <strong>est</strong> bien avancé, c'<strong>est</strong> le mo¬<br />
ment de labourer; trois charrues entaillent la lourde terre;<br />
devant chac<strong>un</strong>e, <strong>un</strong> bsuf et <strong>un</strong>e femme sont attelés.<br />
Cette gravure date de l'année 1872. Voilà ce qu'était la vie<br />
d'<strong>un</strong>e paysanne il y a à peine quatre-vingts ans! On a du mal<br />
à le croire. En tenant cette gravure dans les mains, on a faci¬<br />
lement tendance à- secouer la tête d'<strong>un</strong> air révolté : « Que les<br />
hommes devaient <strong>être</strong> despotes autrefois! » En réalité, ce ne<br />
sont pas les hommes, mais les conditions sociales et économi¬<br />
ques qui ont changé.<br />
Quand la femme se décida, au siècle dernier, à tirer profit<br />
de la révolution sociale_et. des possibilités économiques dues à<br />
l'industrialisation, le problème de l'éducation féminine se'<br />
révéla comme primordial. Dans ce domaine, les femmes durent<br />
engager <strong>un</strong> dur combat avec les Jiommes. Pour se défendre de<br />
la concurrence féminine, les hommes employèrent parfois des<br />
méthodes insidieuses. Sous la pression de l'opinion publique,<br />
on devait permettre aux femmes d'exercer tel ou tel métier,<br />
mais en même temps on leur déniait la possibilité de l'appren¬<br />
dre. On affirmait, par exemple, que les écoles étaient sur¬<br />
chargées.<br />
Les mineures travaillent<br />
mais pas dans les mines<br />
Aujourd'hui, la qu<strong>est</strong>ion de l'éducation féminine <strong>est</strong> loin<br />
d'<strong>être</strong> réglée. Partout, dans le monde, on compte parmi<br />
les analphabètes plus de femmes que d'hommes. Les<br />
U.S.A. fournissent la seule exception: on y compte 3 % d'anal¬<br />
phabètes hommes et seulement 2,3 % d'analphabètes femmes.<br />
En U.R.S.S., par contre, sur la faible proportion d'habitants<br />
ne sachant ni lire, ni écrire, on trouve trois fois plus de fem¬<br />
mes que d'hommes. Les écoles primaires de l'Inde sont fré¬<br />
quentées par 16 millions de garçons contre 5 millions de filles.<br />
Dans les <strong>un</strong>iversités, c'<strong>est</strong> en général la Faculté de Médecine<br />
qui fut la première ouverte aux femmes. Aux U.S.A., il y avait<br />
<strong>un</strong>e femme médecin en 1849, <strong>elle</strong> s'appelait Elizabeth Blackwell.<br />
Cambridge a ouvert ses portes aux femmes en 1869. Depuis<br />
1870, les femmes ont le droit d'étudier la médecine à la<br />
Faculté de' Paris. L'attrait des autres Facultés se révéla pen¬<br />
dant longtemps plus faible. En 1900, en France, auc<strong>un</strong>e étu¬<br />
diante n'était encore inscrite à <strong>un</strong>e Faculté de Droit; aujour¬<br />
d'hui, 25 % des futurs juristes sont des femmes.<br />
Certes, il existe encore des professions interdites aux fem¬<br />
mes. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, par exemple,<br />
<strong>elle</strong>s n'ont pas le droit d'<strong>être</strong> employées dans les mines ou<br />
dans les exploitations for<strong>est</strong>ières. <strong>La</strong> Grande-Bretagne et la<br />
France refusent aux femmes le droit de posséder <strong>un</strong> bureau<br />
de change ou <strong>un</strong>e agence de bourse. A Paris, l'accès même de<br />
la Bourse a été rigoureusement interdit aux femmes jusqu'en<br />
1952. Actu<strong>elle</strong>ment, on compte <strong>un</strong>e seule femme qui, au titre<br />
de fondé de pouvoir d'<strong>un</strong>e banque, fréquente ce temple du<br />
Veau d'Or. L'église presbytérienne écossaise permet aux fem¬<br />
mes d'<strong>être</strong> pasteur, mais l'église presbytérienne anglaise<br />
l'interdit.<br />
<strong>La</strong> participation de la femme à l'activité économique devient<br />
de plus en plus importante et a <strong>un</strong>e profonde répercussion<br />
sur l'organisation de la vie quotidienne des familles. <strong>La</strong><br />
Yougoslavie détient le record : 49 % des travailleurs y sont<br />
des femmes; la Roumanie vient ensuite avec 46 %, et la<br />
France tient la septième place avec 38 %. En comptant les<br />
femmes actives par rapport à la totalité de la population<br />
féminine, c'<strong>est</strong> également la Yougoslavie qui se classe en tête<br />
de tous les pays du monde. 57 % de toutes les femmes yougo¬<br />
slaves travaillent. En Roumanie ce chiffre s'élève à 52 % et<br />
en Bulgarie à 51 % (chiffre égal à celui de l'UR.S.S.). Les<br />
statistiques roumaines et bulgares datent respectivement de<br />
1930 et 1934 d'après les récentes <strong>est</strong>imations, <strong>elle</strong>s ne se<br />
sont pas sensiblement modifiées. Les pays de l'Amérique<br />
<strong>La</strong>tine détiennent le record dans le. sens contraire. Sur cent<br />
Mexicaines, seules cinq exercent <strong>un</strong> métier. A Cuba, le pour<br />
Enquête par Elina Almasy<br />
centage des « femmes au travail » s'élève à 7 % à peine, et au<br />
Honduras, à 7,5 %. Une curieuse exception : la Colombie.<br />
Dans ce pays, 47 % des femmes exercent <strong>un</strong> métier.<br />
De toutes les branches de l'industrie, c'<strong>est</strong> dans le textile<br />
que nous trouvons partout le plus grand nombre de femmes.<br />
Aux Etats-Unis, leur participation <strong>est</strong> de 77 % et en Suisse de<br />
65 %. Alors qu'en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis toute<br />
activité dans les mines et dans les exploitations for<strong>est</strong>ières<br />
<strong>est</strong> interdite aux femmes, nous trouvons en Suisse 75 femmes<br />
travaillant dans les mines, 48 dans les carrières et 22 dans<br />
l'exploitation for<strong>est</strong>ière.<br />
« Mon chéri, puis-je ouvrir<br />
<strong>un</strong> compte en banque ? »<br />
En U.R.S.S., les autorités mettent tout en uvre pour ac¬<br />
croître la participation féminine à la vie de la nation.<br />
On favorise également leur orientation vers les activités<br />
scientifiques. On compte aujourd'hui dans les républiques de<br />
l'U.R.S.S. 200.000 doctoresses et 60.000 femmes travaillent dans<br />
les laboratoires chimiques. 578 femmes ont reçu le « Prix<br />
Staline » ; parmi <strong>elle</strong>s, l'éminente biologue, Olga Lepechins-<br />
kaja. Des quelque millions d'ouvrières d'usine, 2.000 se sont<br />
vu décerner le titre « d'héroïne du travail », qui leur vaut<br />
dans la vie sociale <strong>un</strong>e grande considération.<br />
Les revendications légitimes des femmes pour l'égalité des<br />
salaires ont été satisfaites dans plusieurs pays. Une conven¬<br />
tion internationale a été signée à cet effet par la Belgique, la<br />
France, le Mexique et la Yougoslavie. On attend l'adhésion<br />
des autres pays. <strong>La</strong> Suisse s'<strong>est</strong> récusée en déclarant que la<br />
qu<strong>est</strong>ion des salaires doit r<strong>est</strong>er <strong>un</strong>e. affaire d'économie privée<br />
et qu'il n'<strong>est</strong> pas souhaitable que l'Etat s'y immisce.<br />
Il <strong>est</strong> intéressant de comparer les revenus des femmes et<br />
des hommes aux Etats-Unis. 48 % des femmes y gagnent<br />
moins de 1.000 dollars par an; 36 % gagnent entre 1.000 et<br />
2.000 dollars; 13 % entre 2.000 et 3.000 dollars, et 3 % seu¬<br />
lement ont <strong>un</strong> salaire supérieur à 3.000 dollars. Par contre,<br />
chez les hommes, 26 % appartiennent à cette dernière caté¬<br />
gorie; 29 % gagnent 2.000 à 3.000 dollars; 25 % gagnent de<br />
1.000 à 2.000 dollars, et 20 % seulement reçoivent <strong>un</strong> salaire<br />
annuel <strong>inférieur</strong> à 1.000 dollars.<br />
En France, parmi les chefs d'entreprises, il y a presque<br />
autant de femmes que l'hommes (3,5 millions). -Mais <strong>un</strong>e<br />
femme française mariée n'a pas le droit d'avoir <strong>un</strong> compte en<br />
banque personnel sans le consentement écrit de son mari,<br />
sauf si <strong>un</strong> contrat entre les époux, signé avant le mariage,<br />
établit la séparation des biens.<br />
Au-dessus de 5 tonnes,<br />
pas de femmes<br />
Actu<strong>elle</strong>ment, les législateurs tendent à assurer à la<br />
femme qui travaille non seulement les mêmes droits<br />
salaires, possibilités d'avancement, etc. dont jouissent<br />
les hommes, mais ils prennent même des mesures spéciales<br />
pour la protection de la femme en raison de son infériorité<br />
physique. En France, on n'a pas le droit d'obliger les femmes<br />
à travailler la nuit, et l'horaire du travail doit <strong>être</strong> réglé de<br />
t<strong>elle</strong> façon que la femme ait onze heures consécutives de repos<br />
par jour. Aux Etats-Unis, on ne peut pas demander aux<br />
femmes de faire des heures supplémentaires. Il <strong>est</strong> également<br />
interdit de faire conduire par <strong>un</strong>e femme <strong>un</strong> camion de plus<br />
de 5 tonnes. Quel chemin parcouru, depuis le temps où les<br />
braves paysannes étaient attelées à la charrue!<br />
Cet article, ainsi que celui de la page 28, <strong>est</strong> tiré d'<strong>un</strong>e enquête sur la condition<br />
de la femme dans le monde faite l'an dernier par Elina Almasy, correspondante à<br />
Paris de plusieurs journaux norvégiens. Sociologue et journaliste norvégienne, Elmo<br />
Almasy a été chargée de recherches à l'Institut de' Recherches Sociales d'Oslo. Les<br />
faits et les chiffres tirés de son enquête ont été puisés par <strong>elle</strong> aux meilleures<br />
sources récentes.<br />
15
UNIVERSITÉ (suite)<br />
LE JOUR DE<br />
LA CASQUETTE<br />
BLANCHE<br />
Dans la vie des étudiantes suédoises, l'<strong>un</strong> des<br />
moments les plus marquants <strong>est</strong> « Le jour de la<br />
casquette blanche ». Ce jour-là, on leur annonce<br />
si le résultat du baccalauréat leur <strong>est</strong> favorable<br />
et si, en conséquence, <strong>elle</strong>s ont le droit d'arbo¬<br />
rer la casquette tant enviée. Pendant des semaines<br />
les étudiantes ont subi de nombreux et fatiguants<br />
examens tant écrits qu'oraux car le bacca¬<br />
lauréat <strong>est</strong> de la plus grande importance pour<br />
la carrière future de la je<strong>un</strong>e fille suédoise et<br />
même dans l'administration ou le secteur privé<br />
on tient compte des notes (« points ») du livret<br />
scolaire.<br />
Enfin, les exténuantes semaines d'épreuves sont<br />
passées et maintenant se pose la qu<strong>est</strong>ion :<br />
« Qui coiffera la casquette et combien de points<br />
seront attribués à chaque étudiante ? » Depuis<br />
I 6 h., les parents, les frères, les soeurs et les<br />
amis des candidates se rassemblent dans la cour<br />
de l'école pour féliciter et embrasser c<strong>elle</strong>s qui<br />
ont réussi. Ce premier succès <strong>est</strong> célébré d'<strong>un</strong>e<br />
façon typiquement suédoise : touchante, débor¬<br />
dante, <strong>un</strong> peu folle. Les visiteurs ont apporté<br />
des fleurs, des présents et des ballons. Ils ont<br />
affrété des fiacres décorés avec fantaisie et même<br />
des voitures à bras. Partout, des musiciens jouent<br />
des airs entraînants.<br />
A mesure que l'on approche de I 7 h. la tension<br />
monte. Des « espions » rapportent de supposés<br />
succès, de prétendus échecs. Finalement, les<br />
portes s'ouvrent et les je<strong>un</strong>es filles apparaissent<br />
en <strong>un</strong>e longue file. Elles chantent, crient, font<br />
de grands g<strong>est</strong>es pour attirer l'attention de<br />
leurs parents et amis. Et la fête se déchaîne :<br />
les je<strong>un</strong>es filles sont entourées par leurs cama¬<br />
rades qui les portent en triomphe et les coiffent<br />
de la casquette blanche. Les parents les embras¬<br />
sent, les couvrent de fleurs et leur donnent les<br />
ballons.<br />
Escortées par les musiciens, les bachelières<br />
gagnent leurs voitures et les groupes se forment<br />
pour les ramener chez <strong>elle</strong>s. Jusqu'au petit jour<br />
on dansera et on chantera.<br />
1. Les je<strong>un</strong>es filles, qui ont fièrement arboré la<br />
casquette, attendent que les portes s'ouvrent<br />
pour rejoindre leurs parents et amis qui les<br />
attendent au dehors.<br />
2. Auparavant, <strong>elle</strong>s manif<strong>est</strong>ent leur ¡oie au<br />
balcon de l'école.<br />
3. <strong>La</strong> voiture à âne et les musiciens guident la<br />
bachelière jusque chez <strong>elle</strong>. Sur la pancarte, le<br />
nom de l'héroïne.<br />
4. <strong>La</strong> sérénade, avec accompagnement de ballons<br />
et de fleurs.<br />
5. Attention à ne pas perdre la casquette, si<br />
durement acquise.<br />
6. Cette sorte d'attelage se volt rarement dans<br />
les rues de Stockholm. Elle n'en a que plus de<br />
succès.<br />
7. Aux « carrosses » de ses camarades, Kerstin<br />
préfère les solides épaules de ses supporters,<br />
eux-mêmes étudiants.<br />
(Reportage photographique copyright Paul Almas/).<br />
U
Le Courrier. N" 11. 1955<br />
17
UNIVERSITÉ (suite )<br />
EDUCATION<br />
DU CORPS<br />
Le terme « gymnastique suédoise » <strong>est</strong> renommé<br />
dans le monde entier et, pour les je<strong>un</strong>es gens de<br />
Suède, l'éducation physique tient <strong>un</strong>e place<br />
Importante dans les études générales. Aux je<strong>un</strong>es<br />
filles, l'éducation physique apprend à marcher<br />
avec souplesse, permet d'acquérir la maîtrise<br />
du corps, contribue dans <strong>un</strong>e large mesure à<br />
doter la femme de grâce et de beauté. En Scan¬<br />
dinavie existent d'innombrables écoles d'éduca¬<br />
tion physique, chac<strong>un</strong>e enseignant selon sa<br />
méthode propre. A la tête de chaque école se<br />
trouve <strong>un</strong> professeur homme ou femme qui<br />
applique son style et ses théories artistiques<br />
personn<strong>elle</strong>s. Les photos ci-contre ont été prises<br />
à l'école du Professeur Ernst Idla, à Stockholm.<br />
Le succès de ses cours <strong>est</strong> tel que le Professeur<br />
<strong>est</strong> invité tous les ans à faire des tournées avec<br />
ses élèves en Europe et même en Amérique.<br />
18<br />
(Reportage photographique copyright Paul Almasy).
Le Courrier. N" 11. 1955
DE manière générale, les activités des Nations<br />
Unies et de leurs Institutions spécialisées<br />
intéressent au même titre les hommes et<br />
les femmes. En fait, ce n'<strong>est</strong> que dans quelques<br />
cas très rares qu'il a été jugé nécessaire d'attirer<br />
l'attention sur les problèmes féminins. L'ensemble<br />
du programme de l'<strong>Unesco</strong> ne fait pas exception<br />
à cette règle, toutefois, dans ce programme,<br />
quelques activités ont plus particulièrement objet<br />
de servir la cause féminine et de favoriser l'appli¬<br />
cation du principe d'égalité. Voici quelques <strong>un</strong>es<br />
des activités de l'<strong>Unesco</strong> dans ce domaine :<br />
E n 1953 et en 1954, l'<strong>Unesco</strong> a étu¬<br />
dié la qu<strong>est</strong>ion du rapport qui<br />
existe entre la structure sociologique<br />
d'<strong>un</strong> pays et l'accès des je<strong>un</strong>es filles et<br />
des femmes à l'éducation. Les gouver¬<br />
nements japonais, pakistanais et mexi¬<br />
cain, ayant demandé à l'<strong>Unesco</strong> de<br />
procéder à ce sujet à <strong>un</strong>e enquête sur<br />
leurs territoires respectifs, l'<strong>Unesco</strong> a<br />
envoyé dans ces pays, pour <strong>un</strong>e durée<br />
de deux mois, trois missions composées<br />
chac<strong>un</strong>e d'<strong>un</strong> sociologue et d'<strong>un</strong> édu-.<br />
cateur. Grâce à la collaboration active<br />
et à l'aide que les Commissions natio¬<br />
nales de coopération avec l'<strong>Unesco</strong> des<br />
pays intéressés et diverses organisa¬<br />
tions féminines leur ont apportées, les<br />
missions ont pu, malgré le peu de<br />
temps dont <strong>elle</strong>s disposaient, recueillir<br />
des renseignements intéressants. Les<br />
six rapports rédigés par les membres<br />
de ces missions ont été soumis à<br />
l'<strong>Unesco</strong> sous forme manuscrite, à la<br />
fin de l'année 1954. On envisage de les<br />
publier sous la forme d'<strong>un</strong> volume.<br />
I y a XVII* Conférence internationale<br />
de l'Instruction publique, qui s'<strong>est</strong><br />
tenue à Genève en 1954, a été saisie<br />
d'<strong>un</strong> rapport du Secrétariat de l'<strong>Unesco</strong><br />
sur les possibilités égales d'accès à<br />
l'éducation pour les hommes et les<br />
femmes. Le rapport contient les obser¬<br />
vations des Etats membres et enumere<br />
les mesures adoptées par certains pays<br />
pour mettre cette recommandation en<br />
euvre. Les auteurs passent en revue<br />
les critiques formulées par la Commis¬<br />
sion de la condition de la femme de<br />
1'O.N.U. et par certaines organisations<br />
féminines non gouvernementales et<br />
décrivent l'activité récente de l'<strong>Unesco</strong><br />
touchant l'éducation des femmes.<br />
JL/e Secrétariat de l'<strong>Unesco</strong> a rédigé<br />
deux études sur l'enseignement gratuit<br />
et obligatoire, l'<strong>un</strong>e à l'intention de la<br />
Conférence sur l'instruction gratuite et<br />
obligatoire dans les territoires arabes<br />
(tenue au Caire en décembre 1954) et<br />
l'autre à' l'intention de la Conférence<br />
des associations féminines de la région<br />
du Pacifique (tenue à Manille en jan¬<br />
vier 1955).<br />
.L/'<strong>un</strong>e des tâches auxqu<strong>elle</strong>s l'Unes¬<br />
co s'<strong>est</strong> surtout consacrée dans le do¬<br />
maine de l'éducation de base <strong>est</strong> la<br />
formation de moniteurs et de monitri¬<br />
ces. Tel <strong>est</strong> le but du Centre régional<br />
d'éducation de base pour l'Amérique<br />
latine (CREFAL), créé en 1951, et du<br />
Centre d'éducation pour les Etats ara¬<br />
bes (ASFEC), créé en 1953.<br />
20<br />
A<br />
l'heure actu<strong>elle</strong>, 60 femmes (sur<br />
162 élèves) sont diplômées du CREFAL.<br />
Comme il fallait s'y attendre, la plu¬<br />
part ont choisi comme spécialité l'éco¬<br />
nomie dom<strong>est</strong>ique, les sciences ména¬<br />
gères et l'éducation sanitaire. Grâce à<br />
leurs aptitudes spéciales dans le do¬<br />
maine de la gravure, du dessin et de<br />
la production de films cinématographi¬<br />
ques et de films fixes, les élèves du<br />
Centre ont beaucoup fait pour le pro¬<br />
gramme de production de matériel<br />
d'enseignement.<br />
Dans les villages-témoins situés aux<br />
environs du Centre, où les élèves ef¬<br />
fectuent des stages pratiques en grou¬<br />
pes, les étudiantes se sont spécialisées<br />
dans les qu<strong>est</strong>ions relatives' à la nutri¬<br />
tion, aux soins à donner aux enfants<br />
et aux malades, aux sciences ména¬<br />
gères et aux relations familiales.<br />
Selon les renseignements que l'on<br />
.possède, des femmes diplômées du<br />
Centre ont été nommées à des postes<br />
importants dans leur pays, notamment<br />
à la direction de missions cultur<strong>elle</strong>s,<br />
de centres nationaux d'éducation de<br />
base, d'écoles rurales d'instituteurs, de<br />
centres ruraux de formation de profes¬<br />
seurs, de services sociaux, d'écoles mé¬<br />
nagères et certaines ont été nommées<br />
inspectrices de l'enseignement des<br />
adultes.<br />
Le Centre régional d'éducation de<br />
base pour l'Amérique latine compte<br />
actu<strong>elle</strong>ment 37 étudiantes. Le person¬<br />
nel du Centre comprend trois femmes<br />
spécialistes.<br />
I y e premier groupe de 48 élèves di¬<br />
plômés de l'ASFEC en août 1954 compre¬<br />
nait treize femmes. Onze femmes sui¬<br />
vaient dernièrement la deuxième série<br />
de cours, qui comptait au total 55 élè¬<br />
ves. On <strong>est</strong>ime que sur les 60 stagiaires<br />
qui se trouvaient récemment à l'ASFEC,<br />
10 femmes seront admises à suivre la<br />
troisième série de cours. Le personnel<br />
enseignant féminin comptait trois spé¬<br />
cialistes.<br />
Deux femmes diplômées de l'ASFEC<br />
sont entrées au service de la Mission<br />
d'assistance technique de l'<strong>Unesco</strong> à<br />
Dujailah (Irak), où <strong>elle</strong>s effectueront<br />
<strong>un</strong> stage d'<strong>un</strong> mois avant d'<strong>être</strong> nom¬<br />
mées à <strong>un</strong> poste permanent. Elles s'oc¬<br />
cupent, à Dujailah, de protection so¬<br />
ciale et d'éducation sanitaire et ensei-<br />
gnent dans l'école de filles organisée<br />
sous le patronage de la Mission.<br />
A la fin de l'année 1954, l'<strong>Unesco</strong><br />
employait onze femmes en qualité de<br />
spécialistes pour le cadre du Pro¬<br />
gramme élargi d'assistance technique.<br />
Une grande partie de l'assistance<br />
technique fournie par l'<strong>Unesco</strong> concer¬<br />
ne, directement ou indirectement,<br />
l'enseignement féminin. En aidant à<br />
former des maîtres de l'enseignement<br />
primaire et secondaire, l'<strong>Unesco</strong> contri¬<br />
bue à améliorer la situation et la com¬<br />
pétence des professeurs-femmes ainsi<br />
que l'enseignement dispensé aux fillet¬<br />
tes et aux je<strong>un</strong>es filles. Des étudiantes<br />
et des techniciennes profitent égale¬<br />
ment d'<strong>un</strong> grand nombre de projets<br />
pour l'enseignement des sciences et de<br />
l'assistance en matière scientifique qui<br />
<strong>est</strong> accordée à des <strong>un</strong>iversités et à des<br />
instituts de recherche.<br />
E n 1954, l'<strong>Unesco</strong> a attribué 85 bour¬<br />
ses d'études au titre de son programme<br />
normal, dont 5 à des femmes. Au titre<br />
du programme placé sous les auspices<br />
de l'<strong>Unesco</strong>, 20 bourses ont été accor¬<br />
dées, dont 6 à des femmes. Le pro¬<br />
gramme d'assistance technique de<br />
l'<strong>Unesco</strong> prévoyait 57 bourses, dont 7<br />
étaient d<strong>est</strong>inées à des femmes.<br />
Si l'on tient compte de bourses anté¬<br />
rieures, le nombre des bourses de<br />
l'<strong>Unesco</strong> octroyées depuis 1947 s'élevait,<br />
au début de 1955, à environ 870, dont<br />
130 ont été attribuées à des femmes.<br />
On remarquera que, de même que les<br />
années précédentes, auc<strong>un</strong>e préférence<br />
n'<strong>est</strong> accordée aux femmes, à moins<br />
que le sujet d'études ne leur convienne<br />
particulièrement (par exemple, écono¬<br />
mie dom<strong>est</strong>ique ou tel ou tel aspect de<br />
l'éducation des femmes). Néanmoins,<br />
certaines bourses offertes sur l'initia-'<br />
tive d'associations (par exemple l'Ohio<br />
Federation of Women's Club ou l'Asso¬<br />
ciation internationale soroptimiste)<br />
sont réservées aux femmes.<br />
O ur les 50.000 bourses d'études à<br />
l'étranger énumérées dans le volume VI<br />
du manuel « Etudes à l'étranger : Ré¬<br />
pertoire international des bourses et<br />
échanges », publié en février 1954, cent<br />
trente-sept donateurs sur 1.088 ont<br />
offert des bourses exclusivement réser¬<br />
vées aux femmes. En revanche, 114 do¬<br />
nateurs ont offert des bourses exclu¬<br />
sivement réservées aux hommes. Six<br />
cent quatre-vingt-dix bourses ont été<br />
attribuées à des femmes et 1.093 à des<br />
hommes. L'année précédente, le chiffre<br />
était le même pour les hommes et pour<br />
les femmes : environ 450.<br />
Les 48.383 autres bourses énumérées<br />
dans le volume VI ont été offertes in¬<br />
différemment aux candidats des deux<br />
sexes.<br />
A l'exception du Directeur, le per¬<br />
sonnel de la Bibliothèque publique de<br />
Medellin (Colombie), qui <strong>est</strong> <strong>un</strong> projetpilote,<br />
<strong>est</strong> exclusivement féminin. Cette<br />
bibliothèque, créée par l'<strong>Unesco</strong> et le<br />
gouvernement colombien, a été ouverte<br />
en octobre 1954. <strong>La</strong> direction prévoit<br />
des activités de groupe spéciales pour<br />
les femmes.
Photo copyright Roger Viollet, Paris<br />
Le Courrier. N» 11. 1955<br />
LES FEMMES<br />
SONT-ELLES<br />
ANTIFEMINISTES?<br />
<strong>La</strong> photo ci-dessus, prise au début de la première guerre mondiale, guerre, comme le montrent les affiches à l'arrière-plan. A noter égamontre<br />
Mme Drumond, <strong>un</strong>e suffragette militante, hissée sur le socle lement le parapluie que tient ostensiblement <strong>un</strong>e suffragette. Les para¬<br />
de la colonne Nelson à Trafalgar Square (Londres) haranguant la foule. pluies étaient « l'arme » favorite des militantes lors de leurs bagarres<br />
A cette époque, les suffragettes londoniennes ne revendiquaient pas avec la police. <strong>La</strong> photo du bas, symbolique de l'égalité des deux<br />
seulement le droit de vote, mais aussi celui de participer à l'effort de sexes, montre <strong>un</strong>e Australienne accomplissant son devoir électoral.<br />
L'ÉGALITÉ de l'homme et de la femme <strong>est</strong> établie par <strong>un</strong> grand<br />
nombre de constitutions, de codes et de lois. Rares sont les<br />
pays modernes qui ne l'ont pas proclamée... Mais dans qu<strong>elle</strong><br />
mesure les faits coïncident-ils avec le droit? Une enquête menée<br />
par le Département des sciences sociales de l'<strong>Unesco</strong> et limitée<br />
à l'Europe, répond à cette qu<strong>est</strong>ion. Quatre pays ont été choisis<br />
pour servir de base à cette enquête en raison des points de com¬<br />
paraison qui leur sont sensiblement comm<strong>un</strong>s (développement<br />
économique, convictions démocratiques) et des différences pro¬<br />
fondes qu'on peut y constater dans les circonstances sociales et<br />
politiques qui ont mené à l'octroi de droits aux femmes. Les quatre<br />
pays choisis sont :<br />
<strong>La</strong> Norvège, où les femmes ont obtenu le droit de vote il y a cin¬<br />
quante ans à la suite d'<strong>un</strong>e évolution progressive vers la démocratie<br />
totale. <strong>La</strong> France, où les femmes votent depuis la fin de la dernière<br />
guerre. <strong>La</strong> Yougoslavie, où la révolution de 1945 a permis aux<br />
femmes d'obtenir l'égalité complète. L'Allemagne, où le développe¬<br />
ment normal des droits politiques des femmes, obtenus dès 1919,<br />
fut interrompu par <strong>un</strong>e période de régime totalitaire.<br />
Les résultats de cette enquête ont été rassemblés dans l'ouvrage<br />
de M. Maurice Duverger, professeur de science politique aux Uni¬<br />
versités de Paris et de Bordeaux, intitulé « <strong>La</strong> participation des<br />
femmes à la vie politique ». Le présent article <strong>est</strong> tiré des conclu¬<br />
sions de cet ouvrage, publié récemment par l'<strong>Unesco</strong>.<br />
L'étude du comportement politique féminin ne confirme<br />
pas la doctrine de la démocratie classique qui voit dans<br />
les gouvernants le reflet et l'émanation des volontés po¬<br />
pulaires exprimées par les scrutins.<br />
Sur le plan électoral, la participation des femmes à la poli¬<br />
tique <strong>est</strong> importante : ni par son étendue, ni par son contenu,<br />
<strong>elle</strong> ne diffère sensiblement de la participation masculine.<br />
Certes, les femmes s'abstiennent généralement <strong>un</strong> peu plus<br />
que les hommes ; certes, leur vote <strong>est</strong> généralement <strong>un</strong> peu<br />
plus conservateur et <strong>un</strong> peu plus soumis aux influences reli¬<br />
gieuses. Mais ces différences r<strong>est</strong>ent faibles : <strong>elle</strong>s ne concer¬<br />
nent qu'<strong>un</strong>e fraction très petite du corps électoral féminin.<br />
Dans certaines circonstances exceptionn<strong>elle</strong>s, ces différences<br />
marginales peuvent avoir <strong>un</strong>e influence importante sur la<br />
majorité gouvernementale et l'orientation politique. Cela ne<br />
leur ôte point leur caractère marginal.<br />
Sur le plan gouvernemental (au sens large du terme), la<br />
situation <strong>est</strong> entièrement différente. Ici, la participation po¬<br />
litique des femmes <strong>est</strong> très faible, et <strong>elle</strong> se rétrécit encore<br />
au fur et à mesure qu'on s'avance vers le centre du « cercle<br />
intérieur ». Peu nombreuses sont les candidatures féminines<br />
aux élections ; moins nombreuses les femmes parlementaires;<br />
moins nombreuses encore les femmes ministres ; inexistantes<br />
les femmes chefs de gouvernement.<br />
Cette diminution progressive de l'influence féminine au fur<br />
par Maurice Duverger<br />
et à mesure qu'on s'élève vers les postes de direction, n'<strong>est</strong><br />
pas seulement sensible dans la structure de l'Etat et de ses<br />
organes politiques ; on la retrouve dans l'administration, dans<br />
les partis politiques, dans les syndicats, dans les entreprises<br />
privées, etc. (Voir tableau page 26.)<br />
Très faible en quantité, la participation des femmes au<br />
cercle gouvernemental s'oriente qualitativement (si l'on 'peut<br />
dire) dans <strong>un</strong> sens assez particulier. Une différence assez<br />
nette de comportement s'observe ici entre les sexes. Dans la<br />
direction des partis, dans les hautes fonctions administra¬<br />
tives, aux Parlements et aux gouvernements, les<br />
rares femmes qui s'y trouvent tournent leur acti- Suite<br />
vité vers des tâches assez nettement spécialisées : page 24.<br />
Phoco copyright Roger. Viollet, Paris<br />
21
22<br />
EN 19 18<br />
EN 1945<br />
LES FEMMES VOTAIENT.<br />
COMPLÈTE ÉGALITÉ<br />
4i<br />
Canada, Terre-Neuve, Etats-Unis, Cuba, République<br />
Dominicaine, Brésil, Uruguay, Islande, Royaume-<br />
Uni, Irlande, Belgique, Luxembourg, France, Pays-<br />
Bas, Allemagne, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie,<br />
Autriche, Roumanie, Grèce, Turquie, Danemark,<br />
Suède, Norvège, Finlande, U.R. S.S., République<br />
A SUFFRAGE RESTREINT<br />
? /<br />
Populaire de Mongolie, Siam, Philippines, Australie,<br />
Nouv<strong>elle</strong>-Zélande, Union Sud Africaine.<br />
SUFFRAGE RESTREINT<br />
Mexique, Guatemala, Nicaragua, Equateur, Pérou,<br />
Bolivie, Chili, Portugal, Inde, Birmanie, Ceylan.<br />
Aujourd'hui, il ne r<strong>est</strong>e que 15 pays au<br />
monde où les femmes ne Jouissent<br />
d'auc<strong>un</strong> droit politique :<br />
Afghanistan, Arable Saoudite, Cam¬<br />
bodge, Egypte, Ethiopie, Iran, Irak, Jor¬<br />
danie, <strong>La</strong>os, Libye, Liechtenstein, Nica¬<br />
ragua, Paraguay, Suisse, Yemen.<br />
Tant en Arable Saoudite qu'au Yemen,<br />
le droit de vote <strong>est</strong> refusé non seulement<br />
aux femmes mais également aux hommes.<br />
Les Nations Unies ne donnent pour le<br />
moment auc<strong>un</strong>e information sur l'Espagne<br />
au sujet du droit de vote des femmes.<br />
Ces renseignements sont tirés des docu¬<br />
ments fournis par les Nations Unies.<br />
Avant 1914, trois pays seulement: la Nouv<strong>elle</strong>-Zélande (1893),<br />
la Finlande (1906) et la Norvège (1913) avaient octroyé<br />
aux femmes le droit de vote. L'Australie (1894) avait suivi<br />
mais parti<strong>elle</strong>ment sa voisine, la Nouv<strong>elle</strong>-Zélande, dans<br />
cette voie.<br />
Survint alors la guerre de 1914-191 8 et certains pays accor¬<br />
dèrent l'émancipation politique aux femmes. Ce mouvement<br />
prit son essor véritable pendant le deuxième conflit mondial.<br />
Les cartes, la chronologie montrent amplement le chemin<br />
parcouru par la femme depuis 62 ans vers son émancipation.<br />
Voici année par année le<br />
bilan de l'octroi du droit de<br />
vote aux femmes dans divers<br />
pays du monde.<br />
<<br />
<<br />
1893 Nouv<strong>elle</strong>-Zélande.<br />
1902 Australie (2).<br />
1906 Finlande.<br />
1913 Norvège.<br />
1915 Danemark, Islande (9).<br />
1917 U.R.S.S., Biélorussie,<br />
Pays-Bas, Ukraine.<br />
1918 Royaume-Uni et Irlande<br />
du Nord, Canada, Irlande,<br />
Luxembourg.<br />
1919 Autriche, Tchécoslova¬<br />
1920<br />
quie, Allemagne( I), Polo¬<br />
gne, Sarre.<br />
Hongrie, Etats-Unis.<br />
1921 Suède.<br />
1924 République populaire de<br />
Mongolie.<br />
1929 ' Equateur.<br />
1930 Union Sud Africaine.<br />
1931 Ceylan (S).<br />
1932 Thaïlande, Uruguay, Bré¬<br />
sil (4).<br />
1934 Cuba, Turquie.<br />
1935 Inde, Birmanie.<br />
1937 Philippines.<br />
1942 République dominicaine.<br />
1944 France.<br />
1945 Italie, Libéria, Portu¬<br />
gal (12), Guatemala<br />
Monaco (II).<br />
(7),<br />
1946- Albanie, El Salvador, Ja¬<br />
pon, Panama, Roumanie,<br />
Yougoslavie.<br />
1947 Argentine, Bulgarie, Chi¬<br />
ne, Venezuela, Pakistan.<br />
1948 Israël, Corée, Belgique (3)<br />
1949 Costa-Rica,<br />
Chili (6).<br />
Indonésie,<br />
1950 Haïti (8), Syrie ( I 3).<br />
1952 Bolivie, Grèce, Liban (10).<br />
1953 Mexique.<br />
1954 Colombie.<br />
1955 Honduras, Pérou, Viet¬<br />
nam.<br />
ALLEMAGNE (1). Les femmes allemandes ont reçu le<br />
droit de vote en 1919. <strong>La</strong> Constitution du 30 mai 1949 régis¬<br />
sant la République démocratique allemande, d'<strong>un</strong>e part, et<br />
c<strong>elle</strong> en vigueur depuis le 23 mai 1949 en République fédé¬<br />
rale allemande, d'autre part, prorogent l'<strong>un</strong>e et l'autre le<br />
droit imparti aux femmes allemandes après la fin de la<br />
première guerre mondiale.<br />
AUSTRALIE (2). En 1894, l'Australie du Sud accorde<br />
le droit de vote aux femmes pour les élections provinciales.<br />
En 1902, le Gouvernement et le Parlement leur accordent<br />
le même droit sur le plan fédéral.<br />
BELGIQUE (3). Le Parlement accorde le droit de vote<br />
aux femmes en 1948; jusque-là, depuis 1921, et à l'excep¬<br />
tion des veuves ou des mères de soldats morts au<br />
Champ d'honneur, des femmes emprisonnées pour motifs<br />
patriotiques pendant la première guerre mondiale, les<br />
femmes belges n'avaient que le droit de participer aux<br />
élections m<strong>un</strong>icipales.<br />
BRESIL (4). Vote obligatoire pour les hommes et les<br />
femmes, à l'exception des invalides et des personnes âgées<br />
de plus de 70 ans.<br />
CEYLAN (5). C'<strong>est</strong> en 1931 que les Cingalaises obtien¬<br />
nent le droit de vote, mais jusqu'en 1934, où <strong>un</strong>e loi nor¬<br />
malisa le vote tant pour les hommes que pour les femmes,<br />
l'âge requis pour ces dernières était de quelques années<br />
supérieur à celui des hommes.<br />
CHILI (6). C'<strong>est</strong> en 1931 que les Chiliennes se voient<br />
octroyer le droit de vote, limité d'ailleurs aux élections mu¬<br />
nicipales, et aux femmes âgées d'au moins 25 ans, sachant<br />
lire et écrire. En 1949, le droit de vote pour les femmes fut<br />
Le Courrier. N" 1!. 1955<br />
VOTENT PAS<br />
Cfcö<br />
aligné sur celui des hommes, c'<strong>est</strong>-à-dire sur le plan na¬<br />
tional.<br />
GUATEMALA (7). Pour <strong>être</strong> electrice, la femme doit<br />
<strong>être</strong> en mesure de lire et d'écrire.<br />
HAITI (8). Selon la Constitution du 25 novembre 1950,<br />
les femmes ont reçu le droit de vote, limité aux élections<br />
m<strong>un</strong>icipales jusqu'en 1954. Après l'expiration de cette pé¬<br />
riode, et dans <strong>un</strong> délai de trois ans, c'<strong>est</strong>-à-dire à partir de<br />
1957, les femmes auront les mêmes droits que les hommes.<br />
ISLANDE (9). Si le droit de vote a été accordé tant<br />
aux hommes qu'aux femmes par la Constitution, il faut<br />
que les <strong>un</strong>s et les autres jouissent d'<strong>un</strong> bon... caractère et<br />
d'<strong>un</strong>e égale réputation et soient solvables.<br />
LIBAN (10). Pour voter, les femmes doivent avoir le<br />
certificat d'études primaires.<br />
MONACO (11). Par l'Ordonnance Suprême du 19 mai<br />
1945, les femmes de nationalité monégasque, qui remplis¬<br />
sent les conditions requises par l'acte du 3 mai 1920, sont<br />
electrices et éligibles au Conseil comm<strong>un</strong>al.<br />
PORTUGAL (12) . Les femmes ayant atteint leur ma¬<br />
jorité ou émancipées, ont le droit de vote aux condi¬<br />
tions suivantes : qu'<strong>elle</strong>s aient fait des études secondaires<br />
ou suivi des cours d'instruction élémentaire ou autres ;<br />
votent également les femmes qui, ayant atteint leur ma¬<br />
jorité ou ayant été émancipées et chefs de famille, ré<strong>un</strong>is¬<br />
sent les conditions prévues pour les hommes.<br />
SYRIE (13). Pour voter, les femmes doivent avoir le<br />
certificat d'études primaires.<br />
23
ANTIFÉMINISTE í^<br />
u Quand les choses vont mal<br />
la femme se plaint de son<br />
mari, l'homme se plaint<br />
du gouvernement"<br />
Le 6 octobre 1953, le Dr Marie Elisabeth<br />
Luders, doyenne du Parlement fédéral<br />
allemand, ouvre la session de l'assemblée<br />
constituante au Parlement de Bonn. Il y a<br />
quarante ans, Mrs. Pankhurst, leader du<br />
mouvement des suffragettes en Angle¬<br />
terre était arrêtée par la police londonienne<br />
à la suite d'<strong>un</strong>e violente manif<strong>est</strong>ation.<br />
hygiène, éducation, maternité, famille, logement, etc., en<br />
général vers toutes les qu<strong>est</strong>ions considérées comme spécifi¬<br />
quement « féminines » par l'opinion courante.<br />
On pourrait penser a priori que cette spécialisation concer¬<br />
ne surtout la première phase de la participation des femmes<br />
à la vie politique et qu'<strong>elle</strong> tendra progressivement à dimi¬<br />
nuer. Cette interprétation optimiste <strong>est</strong> démentie par les<br />
faits. Jusqu'ici, on observe au contraire <strong>un</strong>e aggravation très<br />
nette de cette tendance spécialisatrice. Rien n'<strong>est</strong> plus typi¬<br />
que à cet égard que l'évolution des partis de gauche et<br />
d'extrême-gauche à l'égard du problème. Au début du siècle,<br />
ils repoussaient avec violence toute discrimination entre les<br />
sexes, et s'efforçaient de placer hommes et femmes sur le<br />
plan d'<strong>un</strong>e rigoureuse égalité dans la vie politique ; aujour¬<br />
d'hui, sans renier directement leur doctrine initiale, ils in¬<br />
sistent sur l'épouse et la mère, confient à leurs cadres fémi¬<br />
nins le soin de diriger des activités proprement « féminines >,<br />
développent les ligues de ménagères ou de mères de famille<br />
de préférence aux adhésions de femmes dans le parti luimême.<br />
D'<strong>un</strong> autre côté, les partis politiques qui font actuel¬<br />
lement le plus grand effort pour <strong>un</strong>e promotion politique fé¬<br />
minine ¡ les partis chrétiens et démocrates-chrétiens<br />
adoptent presque offici<strong>elle</strong>ment la thèse de la discrimination<br />
entre hommes et femmes sur le plan politique, sous la forme<br />
atténuée de la « spécialisation ». Le féminisme de 1955 ne res¬<br />
semble pas au féminisme de 1900 : celui-ci niait la distinc¬<br />
tion entre les sexes et ramenait hommes et femmes à la<br />
notion de « citoyens » : celui-là place au contraire les dif¬<br />
férences entre les sexes à la base même de sa doctrine et<br />
pousse les femmes à entrer dans l'action politique pour la<br />
défense d'intérêts considérés comme spécifiquement fémi¬<br />
nins.<br />
Cette faible influence des femmes dans la direction<br />
ré<strong>elle</strong> des Etats c'<strong>est</strong>-à-dire dans l'élaboration et l'appli¬<br />
cation des décisions politiques paraît d'abord résulter<br />
d'<strong>un</strong>e opposition masculine. Sur le plan électoral, déjà, cette<br />
opposition avait été assez vive : il <strong>est</strong> symptomatique que le<br />
vote des femmes ait rarement été établi par décision d'<strong>un</strong><br />
Parlement ; le plus souvent, il résulte d'<strong>un</strong>e révolution et de<br />
la décision d'<strong>un</strong> gouvernement provisoire, non issu lui-même<br />
de l'élection. Malgré tout, l'opposition masculine cède pro¬<br />
gressivement sur ce plan, au fur et à mesure que les résul¬<br />
tats du suffrage féminin ont révélé le peu de changements<br />
qu'il entraîne par rapport à la situation antérieure. Sur le<br />
plan gouvernemental, au contraire, cette opposition r<strong>est</strong>e très<br />
24<br />
Phoco USIS<br />
forte, parce qu'<strong>elle</strong> prend <strong>un</strong> caractère essenti<strong>elle</strong>ment compé¬<br />
titif.<br />
Il semble ici qu'on se trouve en face d'<strong>un</strong>e tendance géné¬<br />
rale. Dès qu'<strong>un</strong>e menace grave de chômage apparaît dans <strong>un</strong>e<br />
branche professionn<strong>elle</strong> où les deux sexes étaient jusqu'alors<br />
placés sur <strong>un</strong> plan d'égalité, les femmes sont les premières<br />
visées : soit qu'<strong>elle</strong>s se trouvent frappées en priorité par les<br />
compressions de personnel, soit qu'on leur impose des discri¬<br />
minations de salaires, soit que l'embauche se ferme pure¬<br />
ment et simplement devant <strong>elle</strong>s. L'égalité entre hommes et<br />
femmes sur le plan du travail salarié, rarement parfaite, se<br />
détériore dès que la compétition s'aggrave. <strong>La</strong> législation dis¬<br />
criminative de la République fédérale d'Allemagne à l'égard<br />
des femmes mariées fonctionnaires ne fait que traduire cet<br />
état d'esprit d'<strong>un</strong>e façon d'autant plus vive que la situation<br />
démographique et la politique économique rendent plus aiguë<br />
la concurrence sur le marché du travail.<br />
Or l'accès aux postes de direction politique a toujours fait<br />
l'objet d'<strong>un</strong>e compétition extrêmement vive. Qu'il s'agisse de<br />
choisir <strong>un</strong> dirigeant local de parti parmi les adhérents, <strong>un</strong><br />
candidat aux élections parmi les dirigeants du parti, <strong>un</strong> mi¬<br />
nistre ou <strong>un</strong> membre de commission parlementaire parmi les<br />
députés, la concurrence <strong>est</strong> très âpre. Donner <strong>un</strong>e place à <strong>un</strong>e<br />
femme, c'<strong>est</strong> l'enlever à <strong>un</strong> homme : dans ces conditions, on<br />
réduit les places attribuées aux femmes au minimum exigé<br />
par la propagande.<br />
L'" imbecillitas sexus "<br />
conserve des adeptes<br />
L'élimination des femmes pour des motifs compétitifs se<br />
dissimule derrière <strong>un</strong> mécanisme de justification très<br />
efficace : il s'agit de montrer que la politique <strong>est</strong>, par sa<br />
nature, <strong>un</strong> domaine essenti<strong>elle</strong>ment masculin dans lequel<br />
les femmes ne doivent <strong>être</strong> admises qu'à titre exceptionnel<br />
et dans les domaines strictement limités. <strong>La</strong> vieille théorie<br />
de l'incapacité féminine de 1' « imbecillitas sexus »<br />
n'<strong>est</strong> plus guère alléguée offici<strong>elle</strong>ment, encore qu'<strong>elle</strong> conser¬<br />
ve beaucoup d'adeptes, conscients ou inconscients. Le libre<br />
[accès des femmes à l'instruction et à l'éducation supérieures,<br />
leurs succès dans les diverses carrières ne permettent plus fa¬<br />
cilement de soutenir qu'<strong>elle</strong>s sont par nature inaptes à gérer,<br />
convenablement les affaires publiques ; d'autre part, comme<br />
on l'a souvent fait remarquer, le bilan de la g<strong>est</strong>ion mascu-
convenablement-les-affaires-publiques- ; d'autre part, comme<br />
on l'a souvent fait remarquer, le bilan de la g<strong>est</strong>ion mascu¬<br />
line n'<strong>est</strong> pas t<strong>elle</strong>ment brillant en ce domaine que le" sexe<br />
masculin puisse affirmer ici <strong>un</strong>e capacité indiscutable. Incon¬<br />
t<strong>est</strong>ablement, cette justification ancienne, tirée du droit ro¬<br />
main et du droit canon, <strong>est</strong> en voie de disparition. Mais <strong>elle</strong><br />
<strong>est</strong> remplacée avec beaucoup d'efficacité par <strong>un</strong>e justifica¬<br />
tion nouv<strong>elle</strong>, qu'on pourrait appeler la théorie fonctionn<strong>elle</strong>.<br />
Si subtiles qu'en soient les justifications, l'opposition mas¬<br />
culine à la participation des femmes à la vie politique n'au¬<br />
rait pu si bien réussir si <strong>elle</strong> s'était heurtée à <strong>un</strong>e résistance<br />
féminine très vive. Mais cette dernière demeure faible dans<br />
l'ensemble : <strong>elle</strong> <strong>est</strong> essenti<strong>elle</strong>ment le fait de petits groupes<br />
minoritaires, assez isolés de la masse, qui ne peuvent pas ob¬<br />
tenir des résultats efficaces. Il faut bien constater que la fai¬<br />
ble influence des femmes dans la direction des Etats repose<br />
dans <strong>un</strong>e large mesure sur l'inertie féminine. Que les femmes<br />
s'intéressent moins à la*~politique que les hommes <strong>est</strong> <strong>un</strong> pre¬<br />
mier fait indiscutable. Dans l'enquête de l'Institut Français<br />
.de l'Opinion Publique (I.F.O.P.), réalisée en juin 1953, soit<br />
moins de deux mois après les élections m<strong>un</strong>icipales, deux<br />
hommes sur trois (60 % ) ont déclaré s'<strong>être</strong> intéressés aux ré¬<br />
sultats de c<strong>elle</strong>-ci pour l'ensemble du pays, contre <strong>un</strong>e femme<br />
sur trois (34 %) ; la même proportion à peu près (70 % des<br />
hommes et 35 % des femmes), se retrouve pour répondre af¬<br />
firmativement à la qu<strong>est</strong>ion suivante : « Vous arrive-t-il de<br />
discuter politique avec des gens que vous connaissez bien? »<br />
Les réponses à la qu<strong>est</strong>ion suivante : « Vous arrive-t-il de<br />
discuter politique avec des gens que vous connaissez peu ou<br />
pas du tout ? » sont encore plus typiques : 30 % des hommes<br />
disent « oui », contre 10 % des femmes. A la qu<strong>est</strong>ion directe :<br />
« Vous intéressez-vous à la politique ? », 36 % des hommes<br />
disent « oui », 36 % disent « <strong>un</strong> peu seulement » et 28 %<br />
« non », alors que parmi les femmes les chiffres correspon¬<br />
dants sont 13 %, 27 % et 60 %.<br />
Encore ne s'agit-il que d'<strong>un</strong> intérêt global et vague à la<br />
« politique », considérée dans son ensemble. Quand il s'agit<br />
de participation active à la vie politique et de candidature,<br />
on retrouve la même attitude féminine : 46 % des femmes in¬<br />
terrogées par l'LF.O.P. <strong>est</strong>iment qu'<strong>un</strong>e femme ne doit pas se<br />
présenter aux élections m<strong>un</strong>icipales (pourtant les moins poli¬<br />
tiques de toutes) ; mais 14 % seulement expriment la même<br />
désapprobation s'il s'agit d'<strong>un</strong>e candidature masculine.<br />
Y a-t-il certaines de<br />
ces activités qui ne<br />
conviennent pas à<br />
<strong>un</strong>e personne de<br />
Y a-t-il certaines de<br />
Oui<br />
il y en a<br />
Non<br />
Pas de réponse<br />
11 n'y en a pas<br />
Hom Fem- Hom Fem Hom Fem<br />
mes mes mes mes mes mes<br />
% % % % % %<br />
16 76 ' 78 16 6 8<br />
ces activités qui<br />
ne conviennent pas<br />
à <strong>un</strong>e personne de<br />
l'autre sexe ? 64 15 26 76 10 9<br />
Non seulement les femmes manif<strong>est</strong>ent peu de goût pour<br />
entrer dans le « cercle gouvernemental », mais <strong>elle</strong>s admet¬<br />
tent en grande majorité le système de justification inventé par<br />
les hommes pour rationaliser cette abstention. Curieusement,<br />
d'ailleurs, <strong>elle</strong>s semblent parfois plus rigoureuses qu'eux dans<br />
ce domaine, plus antiféministes qu'eux comme l'indiquent<br />
les résultats d'<strong>un</strong> sondage de l'I.F.O.P. donnés au tableau cidessus<br />
: on avait proposé aux personnes interrogées <strong>un</strong>e liste<br />
concrète d'activités allant de là simple lecture des informa¬<br />
tions politiques au fait de se présenter aux élections ou de<br />
militer concrètement pour <strong>un</strong> parti ; on leur demandait si,<br />
parmi ces activités, <strong>elle</strong>s pensaient que certaines ne conve¬<br />
naient pas à <strong>un</strong>e personne du sexe opposé ou de leur propre<br />
sexe.<br />
L'évolution des partis de gauche, en matière féminine, <strong>est</strong><br />
sans doute liée à la constatation de ce fait essentiel. Quand<br />
ils ont défendu les thèses du féminisme traditionnel, de l'éga¬<br />
lité absolue de l'homme et de la femme, de l'identité de par¬<br />
ticipation à la vie politique du citoyen et de la citoyenne, ils<br />
n'ont pas été suivis par la clientèle féminine (pas plus que par<br />
la clientèle masculine). Il <strong>est</strong> typique, à cet égard, que les<br />
seuls mouvements de masses qui réussissent à encadrer les<br />
femmes soient des organisations parapolitlques, du type Union<br />
Le Courrier. N» 11. 1955<br />
des femmes françaises ou Ligue féminine d'action catholique,<br />
fondées sur des objectifs spécifiquement « féminins » et sur<br />
des préoccupations spécialisées, qui n'avouent pas ouverte¬<br />
ment leurs liaisons politiques et leur intérêt pour la politique.<br />
On peut penser que le changement d'orientation de certains<br />
partis de gauche dans le domaine féminin demeure confiné<br />
sur le plan tactique, sans mettre en cause leur stratégie à long<br />
terme qui vise à établir <strong>un</strong>e égalité authentique entre les<br />
sexes ; il n'en conserve pas moins toute sa valeur quant à<br />
l'analyse des opinions actu<strong>elle</strong>s des femmes en face de leur<br />
participation à la vie politique.<br />
Discussion conjugale type<br />
" Je gagne notre vie ! "<br />
Il r<strong>est</strong>e à déterminer les fondements de ces opinions. Pour¬<br />
quoi les femmes acceptent-<strong>elle</strong>s cette spécialisation dans<br />
le domaine familial, éducatif et ménager^en face de la<br />
polyvalence qu'<strong>elle</strong>s reconnaissent aux hommes? Quand très<br />
peu de femmes vivaient de leurs propres revenus, c<strong>elle</strong>s qui<br />
r<strong>est</strong>aient au foyer avaient le sentiment d'<strong>un</strong>e situation nor¬<br />
male, allant de soi, conforme à l'ordre naturel des choses,<br />
indiscutable et indiscutée. Aujourd'hui, certaines développent<br />
en ce domaine des complexes d'infériorité, assez souvent<br />
entretenus par les maris (« Je gagne « notre » vie », formule<br />
typique des discussions conjugales...).<br />
Il semble, malgré tout, que l'influence du facteur économi¬<br />
que joue d'<strong>un</strong>e façon indirecte. C'<strong>est</strong> moins la dépendance ou<br />
l'indépendance de la femme qui paraissent en relation avec<br />
son degré de participation politique, mais plutôt le cadre de<br />
vie qui en résulte pour <strong>elle</strong> et le rythme de relations sociales<br />
qui s'y développent. Schématiquement, et, grossièrement, on<br />
pourrait dire que l'exercice d'<strong>un</strong>e profession développe<br />
l'extroversion, le maintien au foyer l'introversion. Les contacts<br />
humains qu'implique le travail professionnel, les<br />
problèmes sociaux qu'il pose, les intérêts collectifs<br />
et politiques qu'il fait naître sont plus importants<br />
à cet égard, sans doute, que le sentiment d'indé-<br />
Photo copyright Ringarc
26<br />
¿e saviez-vous<br />
\s '<strong>est</strong> en 1926 que l'Empereur d'Iran leva l'inter¬<br />
diction pour les Persanes de se dévoiler le visage.<br />
L'âge minimum du mariage <strong>est</strong> fixé à seize ans, mais<br />
la répudiation par le mari demeure chose aisée, et à<br />
ce jour la femme ne jouit d'auc<strong>un</strong> droit politique.<br />
E, In Afrique noire française, le législateur a dénié<br />
au chef de famille autochtone le droit que des cou¬<br />
tumes anc<strong>est</strong>rales lui octroyaient de châtier corpo-<br />
r<strong>elle</strong>ment sa femme ou ses enfants.<br />
M-J 'armée pakistanaise recrute des femmes docteurs<br />
qui sont régulièrement assimilées au grade d'officiers.<br />
D'autres préfèrent s'en<strong>rôle</strong>r dans les services de<br />
Défense passive et il <strong>est</strong> habituel à Karachi de voir<br />
les femmes-pompiers s'entraîner à combattre des<br />
incendies.<br />
O ! en Suisse, les femmes ne votent pas, le canton<br />
de Bâle vient de leur accorder le droit d'accéder aux<br />
fonctions de juge et d'assesseur auprès des trib<strong>un</strong>aux<br />
cantonaux. En Turquie, deux femmes sont membres<br />
de la Cour Suprême.<br />
O UR l'ensemble de la population des Etats-Unis, on<br />
compte <strong>un</strong> million de femmes de plus que d'hommes.<br />
Ce « surplus » s'étend aux femmes de vingt à<br />
soixante-quinze ans et plus, à l'exception du groupe<br />
de personnes âgées de cinquante-cinq à cinquanteneuf<br />
ans. <strong>La</strong> mortalité <strong>est</strong> plus faible chez les fem¬<br />
mes que chez les hommes.<br />
JLy e pourcentage des femmes analphabètes dans les<br />
pays suivants : Birmanie, Ceylan, Inde, Indonésie,<br />
Philippines, Thaïlande, Fédération de Malaisie, Fidji,<br />
et Singapour, <strong>est</strong> de l'ordre de 43 % à 97,2 %, soit<br />
<strong>un</strong>e moyenne de 71 % avec <strong>un</strong>e différence de 27 % en<br />
faveur des hommes. Par contre, aux Etats-Unis et<br />
au Canada, où les normes sont infiniment plus basses,<br />
l'analphabétisme <strong>est</strong> légèrement plus élevé chez les<br />
hommes que chez les femmes : 5,3 % et 4 % au<br />
Canada, et 3 % et 2,3 % aux Etats-Unis.<br />
D ans les pays où le statut de l'école primaire <strong>est</strong><br />
identique pour les garçons et pour les filles, il appa¬<br />
raît que le pourcentage des institutrices <strong>est</strong> plus élevé<br />
que celui de leurs collègues masculins. C'<strong>est</strong> le cas<br />
pour l'Argentine, 87 %; le Chili, 76 %; le Mexique,<br />
64 %; les Etats-Unis, 88 %; la France, 64 %; la<br />
Suède, 68 % ; le Royaume-Uni, 72 % ; les Philippines,<br />
61 %; la Nouv<strong>elle</strong>-Zélande, 55 %. Dans les pays où<br />
la fréquentation scolaire féminine <strong>est</strong> r<strong>est</strong>reinte, lé<br />
pourcentage des institutrices <strong>est</strong> également minime :<br />
Afghanistan, 3 %; Pakistan, 25 %; Inde, 27 %;<br />
Egypte, 35 %; Turquie, 38 %.<br />
A u Portugal, on compte bien plus d'étudiantes<br />
que d'étudiants dans certains établissements <strong>un</strong>iver¬<br />
sitaires, tels que la Faculté des Lettres, l'Ecole de<br />
Pharmacie, et l'Ecole Normale.<br />
ANTIFÉMINISTE (Suite)<br />
pendance économique qu'il engendre. Le rapporteur fran¬<br />
çais a fort bien décrit à cet égard l'<strong>un</strong>ivers féminin_traditionnel,<br />
son caractère fermé, son horizörTliniifJeTle repliement<br />
sur <strong>un</strong> petit groupe étroit, cette orientation quasi exclusive<br />
vers <strong>un</strong> microcosme sont diamétralement opposés à l'intérêt<br />
pour la politique, qui consiste essenti<strong>elle</strong>ment à poser les pro¬<br />
blèmes dans leurs termes généraux, à penser des ensembles,<br />
à percevoir le macrocosme. On pourrait dire que ce repliement<br />
sur le groupe familial <strong>est</strong> lui-même lié au facteur écono¬<br />
mique : ne concernerait-il pas essenti<strong>elle</strong>ment les familles à<br />
revenus mod<strong>est</strong>es, où les femmes sont écrasées par les tâches<br />
matéri<strong>elle</strong>s ? l'expérience confirme en partie cette<br />
hypothèse.<br />
A la spécialisation dans des tâches matern<strong>elle</strong>s, conjugales<br />
et ménagères, à l'introversion vers le foyer, <strong>un</strong>ivers clos qui<br />
doit absorber toutes les énergies de la femme et tous ses<br />
rêves, s'ajoute d'ailleurs <strong>un</strong> sentiment de dépendance à<br />
l'égard de l'homme : là se trouve peut-<strong>être</strong> l'obstacle fonda¬<br />
mental à <strong>un</strong>e participation complète à la vie politique. L'ac¬<br />
tivité politiaue dans <strong>un</strong> système démocratique <strong>est</strong> <strong>un</strong>e activité<br />
d'adulte. Elle suppose que celui qui s'y livre assume pleine¬<br />
ment sa d<strong>est</strong>inée, qu'il ne remet pas à <strong>un</strong> autre'le soin de dé¬<br />
cider pour lui : <strong>elle</strong> s'oppose directement à toute conception<br />
paternaliste des rapports sociaux. Or, si les femmes ont cessé<br />
d'<strong>être</strong> mineures sur le plan juridique, <strong>elle</strong>s conservent encore<br />
<strong>un</strong>e mentalité de mineures en beaucoup de domaines et, spé¬<br />
cialement dans le domaine politique, <strong>elle</strong>s acceptent le plus<br />
souvent le paternalisme masculin. L'homme époux, fiancé,<br />
amant, ou mythe < <strong>est</strong> <strong>un</strong> médiateur entre <strong>elle</strong>s et l'<strong>un</strong>ivers<br />
politique. « Quand les choses vont mal, la femme se plaint de<br />
son mari, l'homme se plaint du gouvernement » : cette bou¬<br />
tade d'<strong>un</strong> humoriste exprime assez bien cette attitude fonda¬<br />
mentale.<br />
<strong>La</strong> faible activité politique des femmes n'<strong>est</strong> aue la consé¬<br />
quence et le reflet du <strong>rôle</strong> secondaire que nos mnurs conti¬<br />
nuent à leur réserver dans la société, et que l'éducation et la<br />
PARTICIPATION POLITIQUE DES HOMMES ET DES FEMMES.<br />
GOUVERNEMENT.<br />
PARLEMENT<br />
CANDIDATURES<br />
VOTANTS<br />
POPULATION<br />
FEMMES<br />
HOMMES<br />
formation reçue par les femmes tendent à faire accepter par<br />
<strong>elle</strong>s comme <strong>un</strong> fait naturel. Des réformes proprement politi¬<br />
ques n'ont d'efficacité en ce domaine que dans la mesure où<br />
<strong>elle</strong>s tendent à modifier lentement cette situation, à contre¬<br />
carrer l^ffet desjiabiiudes_et des_tradj.tions, à aider les fem¬<br />
mes à ?ên~3elivrer et a prendre conscience de leur autono¬<br />
mie. (A cet égard, le vote féminin constitue sans doute <strong>un</strong>e<br />
réforme très importante ; si ses conséquences politiques à<br />
court terme sont faibles, sa valeur éducatrice à long terme<br />
semble grande.) Il importe encore plus sans doute de lutter<br />
contre le préjugé tenace d'<strong>un</strong>e infériorité natur<strong>elle</strong> de la<br />
femme, fondée sur des considérations physiologiques ou psy¬<br />
cho-physiologiques : obstacle d'autant plus sérieux que la<br />
femme ressent profondément les particularités qui tiennent à<br />
son sexe, en ce domaine.<br />
. Tout l'effort de l'humanité tend précisément à surmonter<br />
les inégalités de fait fondées sur les différences de conditions<br />
natur<strong>elle</strong>s : sous cet angle, c<strong>elle</strong>s qui tiennent au sexe n'ont<br />
pas plus d'importance que c<strong>elle</strong>s qui découlent du climat, de<br />
la composition des sols ou des difficultés des comm<strong>un</strong>ications.<br />
Il n'y a pas plus de sexe <strong>inférieur</strong> qu'il n'y a de races infé¬<br />
rieures ou de classes <strong>inférieur</strong>es ; mais il y a <strong>un</strong> sexe, des<br />
classes ou des races qui ont fini par se croire <strong>inférieur</strong>s parce<br />
qu'on les a persuadés qu'ils l'étaient pour justifier leur situa¬<br />
tion sociale subordonnée.
Le Courrier. N° U. 1955<br />
LE 9e ENFANT<br />
Cette femme turque a huit enfants ; <strong>elle</strong> en attend <strong>un</strong><br />
neuvième qui sera le premier de la famille à bénéficier<br />
de l'aide fournie par le Centre sanitaire d'Ankara pour<br />
la Mère et l'Enfant, créé avec l'aide de l'Organisation<br />
mondiale de la santé. I et 2. <strong>La</strong> future mère subit<br />
<strong>un</strong> examen médical prénatal. 3 et 4. L'enfant <strong>est</strong> venu<br />
au monde, sa mère l'amène au Centre pour le faire<br />
examiner. 5. L'aide du Centre s'étend au foyer que<br />
vient visiter la doctoresse. Si l'accueil fait aux réformes<br />
fut quelque peu réservé, si quelque méfiance fut mon¬<br />
trée, vis-à-vis du lait en poudre comme des t<strong>est</strong>s pure¬<br />
ment médicaux, la femme turque comprend désormais<br />
le <strong>rôle</strong> Important joué pour son bien-<strong>être</strong> et celui de<br />
sa famille par l'organisation rationn<strong>elle</strong> de la santé.<br />
Photos O.M.S. - Magnum par Marc Riboud.<br />
27
Photo copyright K. Mikori<br />
En Occident comme en Extrême-<br />
Orient les femmes tiennent <strong>un</strong>e<br />
place de plus en plus importante<br />
dans les sports et réalisent par¬<br />
tout de brillantes performances.<br />
LE PROGRÈS<br />
AVANCE PLUS<br />
VITE QUE LES<br />
COUTUMES<br />
Quarante - quatre étudiantes de<br />
l'Université de Jokakou reçurent<br />
du recteur <strong>un</strong> blâme pour s'<strong>être</strong><br />
fait faire <strong>un</strong>e permanente. » Cette nou¬<br />
v<strong>elle</strong> a paru, il y a quelques mois, dans<br />
<strong>un</strong> journal japonais. Le Japon <strong>est</strong> <strong>un</strong><br />
des pays où l'émancipation de la femme<br />
a rencontré le moins de résistance.<br />
L'<strong>un</strong>iversité en qu<strong>est</strong>ion avait été <strong>un</strong>e<br />
des premières (dès 1906) à ouvrir ses<br />
portes aux je<strong>un</strong>es filles. On <strong>est</strong> d'autant<br />
plus surpris en lisant cette nouv<strong>elle</strong>.<br />
On pourrait sûrement trouver <strong>un</strong>e<br />
explication. Mais ce qui <strong>est</strong> important,<br />
c'<strong>est</strong> que nous avons <strong>un</strong>e fois de plus<br />
28<br />
la preuve que les mrurs évoluent plus<br />
lentement que l'esprit des législateurs.<br />
Le grand malaise moral et spirituel<br />
dont souffre aujourd'hui <strong>un</strong>e grande<br />
partie de l'humanité vient de ce que<br />
notre conception morale et sentimen¬<br />
tale <strong>est</strong> r<strong>est</strong>ée ancrée dans <strong>un</strong> temps<br />
qui n'<strong>est</strong> plus le nôtre. Les m ne<br />
suivent pas le rythme accéléré imposé<br />
par le progrès technique.<br />
Le professeur japonais, qui enseigne<br />
aux je<strong>un</strong>es filles les récentes découver¬<br />
tes de la biologie et tous les secrets du<br />
corps humain, <strong>est</strong> choqué parce que ses<br />
élèves se font faire des indéfrisables.<br />
Très probablement, de « son temps »,<br />
<strong>elle</strong>s ne pouvaient pas se permettre<br />
cela. Il conduit <strong>un</strong>e voiture, il fait des<br />
voyages en avion, il respire l'air de 1955,<br />
mais « son époque » remonte à cin¬<br />
quante ans en arrière. Combien y en<br />
a-t-il comme lui ? Le député qui, le<br />
matin au Parlement, vote pour <strong>un</strong>e<br />
nouv<strong>elle</strong> loi sur le divorce en faveur<br />
de la femme, <strong>est</strong> choqué, dans l'après-<br />
'midi, quand il apprend que son fils<br />
aime <strong>un</strong>e femme divorcée et veut<br />
l'épouser. Sur le papier, <strong>un</strong>e femme a<br />
le droit de faire ceci et cela, mais si<br />
<strong>elle</strong> le fait ré<strong>elle</strong>ment, <strong>elle</strong> déclenche<br />
<strong>un</strong>e avalanche de préjugés qui risque<br />
trop souvent de l'écraser socialement.<br />
Elle doit prendre garde, aussi bien dans<br />
la vie publique que dans la vie fami¬<br />
liale, de ne pas tomber dans l'abîme<br />
qui existe encore de nos jours entre les<br />
m et les droits.<br />
<strong>La</strong> jalousie <strong>est</strong> <strong>un</strong> fruit<br />
de la civilisation<br />
Les principes éthiques qui règlent le<br />
comportement des humains sont,<br />
chez presque tous les peuples, dic¬<br />
tés par la religion. C'<strong>est</strong> pourquoi la<br />
religion a joué depuis toujours <strong>un</strong> <strong>rôle</strong><br />
important dans l'organisation de la fa<br />
Photo C.O.I. Londres<br />
mille et a déterminé en partie la posi¬<br />
tion de la femme. <strong>La</strong> famille, cellule<br />
de la société, était établie sur le prin¬<br />
cipe de la monogamie. Pendant trop<br />
longtemps, on a prétendu à tort que<br />
l'<strong>être</strong> humain était polygame de na¬<br />
ture. Les récentes études des ethnogra¬<br />
phes les plus éminents ont démontré le<br />
contraire. <strong>La</strong> polygamie n'apparaît qu'à<br />
<strong>un</strong>e étape plus avancée de l'évolution<br />
sociale. Dans le patriarcat où règne la<br />
polygamie, l'homme a le droit d'avoir<br />
plusieurs femmes, de même dans le ma¬<br />
triarcat où la polygamie <strong>est</strong> entrée dans<br />
les m c'<strong>est</strong> la femme qui peut<br />
avoir <strong>un</strong> harem. Kahena, reine d'<strong>un</strong>e<br />
tribu berbère du Moyen Atlas qui com¬<br />
battit longtemps l'Islam et les envahis¬<br />
seurs arabes, avait 400 « époux ». Dans<br />
la colonie belge du Rouanda-Ouro<strong>un</strong>di,<br />
vit <strong>un</strong>e tribu dont le chef <strong>est</strong> <strong>un</strong>e<br />
femme. C<strong>elle</strong>-ci possède <strong>un</strong> harem d'en¬<br />
viron 200 hommes. Dans le Moyen-<br />
Orient, il existait, dans l'antiquité, des<br />
peuples où la coutume voulait que plu¬<br />
sieurs frères épousent la même femme.<br />
De tout cela, on pourrait conclure que<br />
la jalousie <strong>est</strong> au fond <strong>un</strong> fruit de la<br />
civilisation.<br />
Etant donné que la famille <strong>est</strong> <strong>un</strong>e<br />
comm<strong>un</strong>auté, <strong>elle</strong> doit avoir <strong>un</strong> chef. A<br />
qui doit incomber ce <strong>rôle</strong> ? A l'homme<br />
ou à la femme ? Cette qu<strong>est</strong>ion ne peut<br />
<strong>être</strong> tranchée sur le plan juridique, car<br />
il s'agit non pas de droits, mais plutôt<br />
de conventions. Ces dernières peuvent<br />
avoir <strong>un</strong> caractère interne, purement<br />
familial, indépendant . des coutumes.<br />
Bien qu'autrefois l'homme subvenait<br />
seul aux besoins de la famille et la<br />
femme se consacrait <strong>un</strong>iquement aux<br />
soins du ménage, il ne revendiquait pas<br />
toujours dans rintimité familiale les<br />
droits du chef.<br />
En Chine, jusqu'à la prise de pouvoir<br />
du Kuomintang, la femme n'avait pra¬<br />
tiquement auc<strong>un</strong> droit, <strong>elle</strong> prenait,<br />
néanmoins, toutes les initiatives dans<br />
la vie privée des siens. C'<strong>est</strong> <strong>elle</strong> qui
décidait de l'éducation des enfants, du<br />
métier des garçons et même de leur<br />
mariage. En Asie et en Afrique, certai¬<br />
nes tribus considèrent la femme comme<br />
la gardienne de la dynastie et, par<br />
conséquent c<strong>elle</strong>-ci ne porte pas le nom<br />
de l'homme mais de la femme. Le ma¬<br />
triarcat <strong>est</strong> encore de nos jours en fa¬<br />
veur en certains points du globe. Ses<br />
tenants le justifient par l'argument sui¬<br />
vant : on ne peut jamais établir de<br />
façon certaine l'identité du père, mais<br />
seulement c<strong>elle</strong> de la mère.<br />
Malgré son émancipation, la femme<br />
tient dans la société et dans la famille<br />
des <strong>rôle</strong>s différents de ceux de l'homme.<br />
L'égalité dès droits ne doit pas conduire<br />
à <strong>un</strong>e conception absurde, qui voudrait<br />
que la femme vive et agisse comme les<br />
hommes. Tout en jouissant des mêmes<br />
droits, l'homme et la femme r<strong>est</strong>ent<br />
dans la vie placés devant des tâches<br />
différentes.<br />
Quand les filles demandent<br />
les garçons en mariage<br />
Souvent, la société <strong>est</strong> responsable de<br />
ce que la femme acquiert <strong>un</strong>e<br />
conception absurde de sa mission.<br />
Combien de gens commettent l'impar¬<br />
donnable erreur de considérer le travail<br />
de la femme au foyer comme moins im¬<br />
portant et moins appréciable que le<br />
travail que son mari fournit au bureau<br />
ou dans l'atelier.<br />
On ne doit pas non plus exagérer<br />
dans l'autre sens. Coudre <strong>un</strong> bouton ou<br />
raccommoder des bas ne peut pas <strong>être</strong><br />
qualifié de mission idéale de la femme.<br />
Ce fut pourtant le cas de Mr. Perry, <strong>un</strong><br />
commerçant du Massachusetts, dont la<br />
femme avait l'ambition de parachever<br />
son éducation par des études <strong>un</strong>iversi¬<br />
taires. Il interdit à son épouse de fré¬<br />
quenter l'<strong>un</strong>iversité et exigea qu'<strong>elle</strong><br />
s'occupe davantage de ses chemises et<br />
mÊnmmaÊmm<br />
de ses chaussettes. Le cas fut porté en<br />
justice et le trib<strong>un</strong>al reconnut les droits<br />
de Mrs. Perry de faire les études qu'<strong>elle</strong><br />
désirait. Mr. Perry dut, en outre, en<br />
vertu de l'arrêt, payer les frais de l'édu¬<br />
cation de sa femme.<br />
<strong>La</strong> nationalité de la femme mariée<br />
<strong>est</strong> <strong>un</strong> problème qui retient l'attention<br />
de tous les législateurs. <strong>La</strong> femme qui<br />
épouse <strong>un</strong> étranger a-t-<strong>elle</strong> le droit de<br />
garder sa nationalité ou doit-<strong>elle</strong> obli¬<br />
gatoirement prendre c<strong>elle</strong> du mari ?^<br />
Deux thèses s'affrontent. <strong>La</strong> première<br />
repose sur le principe de l'égalité juri¬<br />
dique des deux sexes. Si la femme <strong>est</strong>reconnue<br />
égale à l'homme dans tous<br />
ses droits, on ne peut l'obliger à re¬<br />
noncer à sa propre nationalité en<br />
contractant mariage avec <strong>un</strong> étranger.<br />
Ce principe a été admis par la plupart<br />
des Etats. <strong>La</strong> deuxième thèse repose<br />
sur le principe de « l'<strong>un</strong>ité de la fa¬<br />
mille ». Les partisans de c<strong>elle</strong>s-ci pré¬<br />
tendent que si les deux parents et les<br />
enfants ne possèdent pas tous la même<br />
nationalité, l'<strong>un</strong>ité morale et spiritu<strong>elle</strong><br />
de la famille peut se trouver en danger.<br />
Des complications extrêmement fâ¬<br />
cheuses peuvent en résulter non seule¬<br />
ment pour des qu<strong>est</strong>ions d'ordre pure¬<br />
ment administratif, mais à la suite<br />
d'événements d'ordre politique.<br />
<strong>La</strong> législation réglant cette qu<strong>est</strong>ion '<br />
diffère totalement d'<strong>un</strong> pays à l'autre,<br />
et <strong>un</strong>e convention internationale <strong>est</strong><br />
vivement souhaitable. <strong>La</strong> Société des<br />
Nations avait élaboré sans succès <strong>un</strong><br />
projet au cours des années 1931-1937.<br />
Plusieurs pays ont procédé à des ré¬<br />
formes, mais des complications nom¬<br />
breuses persistent et les intéressés se<br />
perdent dans <strong>un</strong> labyrinthe de paragra¬<br />
phes subtils. L'O.N.U. étudie__aciueilement<br />
la qu<strong>est</strong>ion.<br />
Même sur le plan législatif, l'égalité<br />
des sexes ne peut jamais <strong>être</strong> intégrale.<br />
Il faut tenir compte des qualités phy¬<br />
siques de la femme. Dans certains cas,<br />
Le Courrier. N» 11. 1955<br />
Photo C.O.I. Londres Photo copyright S. Matsubarm<br />
il en découle des avantages pour <strong>elle</strong>.<br />
Ainsi, dans trente-trois pays, l'âge mi¬<br />
nimum requis par la loi pour le ma¬<br />
riage <strong>est</strong> <strong>inférieur</strong> pour les filles à ce¬<br />
lui des garçons. Dans neuf Etats des<br />
Etats-Unis, les filles sont majeures à<br />
18 ans, mais les je<strong>un</strong>es gens seulement<br />
à 21 ans. En France," dans l'île d'Ouessant,<br />
c'étaient toujours les filles qui<br />
choisissaient les garçons et les deman¬<br />
daient en mariage. Cette coutume ne<br />
s'<strong>est</strong> perdue que ces dernières années.<br />
Sur les pistes<br />
les hommes passent d'abord<br />
Il <strong>est</strong> intéressant de comparer les<br />
records d'athlétisme établis par les<br />
femmes et par les hommes. <strong>La</strong><br />
femme la plus rapide du monde sur<br />
100 mètres <strong>est</strong> la Hollandaise Blankers-<br />
Koen avec 11 s 5/10; le record mascu¬<br />
lin <strong>est</strong> de 10 s 2/10. <strong>La</strong> Soviétique Pletneva<br />
a parcouru 800 mètres en 2 min.<br />
8 s 5/10; le recordman allemand a mis,<br />
pour parcourir la même distance, 25 se¬<br />
condes de moins. Le record féminin de<br />
saut en hauteur <strong>est</strong> de 1 m 72, détenu<br />
par l'Anglaise Lerwill; le record mascu¬<br />
lin <strong>est</strong> de 2 m 11. En natation, sur<br />
100 m, Allan Ford (55 s 9/10) bat la<br />
Hollandaise Den Ouden (64 s 6/10) de<br />
9 secondes. Ces records étaient debout<br />
en 1954.<br />
Auc<strong>un</strong>e femme ne s'<strong>est</strong> encore par<br />
trop distinguée en pilotant <strong>un</strong>e voiture<br />
de course; par contre, de nombreuses<br />
femmes ont acquis <strong>un</strong>e célébrité mon¬<br />
diale comme aviatrices. <strong>La</strong> femme la<br />
plus rapide du monde <strong>est</strong> Mme Jacque¬<br />
line Auriol qui, avec <strong>un</strong> avion à réac¬<br />
tion, a atteint la vitesse de près de<br />
900 km/h sur <strong>un</strong> parcours de 100 km.<br />
L'homme <strong>est</strong>-il. moins heureux parce<br />
que sa compagne <strong>est</strong> sortie de l'intimité<br />
du foyer pour contribuer avec énergie<br />
aux forces qui régissent la marche du<br />
monde ? Sûrement pas.<br />
29
30<br />
par Alfred Métraux<br />
Il faut se méfier du tableau clas¬<br />
sique que tant de voyageurs<br />
ont tracé de la femme « primi¬<br />
tive ». Il importe de comprendre<br />
les institutions des peuples<br />
avant de juger certains usages<br />
qui nous étonnent. Photo du<br />
haut : Indienne de l'Amazone.<br />
Photo du bas : danse dans <strong>un</strong><br />
village des Territoires du Nord,<br />
Côte-de-l'Or britannique.<br />
.
<strong>La</strong> « femme primitive » sert trop souvent de repoussoir à<br />
la « femme moderne ». Malgré les efforts tenaces des<br />
anthropologues, les notions les plus fausses ont encore<br />
cours sur le sort que les « primitifs » réservaient à leurs<br />
épouses, que l'on imagine, bien à tort, comme des es¬<br />
claves ou des bêtes de somme. Le tableau classique que tant<br />
de voyageurs ont tracé de la femme indigène courbée sous le<br />
poids d'<strong>un</strong> lourd fardeau, portant au surplus <strong>un</strong> enfant<br />
contre sa poitrine, alors que son mari la précède allègrement,<br />
<strong>un</strong> arc à la main, s'<strong>est</strong> imposé comme le symbole de la dégra¬<br />
dation de la femme « sauvage ». Il <strong>est</strong> vrai que la légende<br />
opposée d'<strong>un</strong> matriarcat primitif hante aussi les récits des<br />
voyageurs. Beaucoup d'auteurs se sont employés à recueillir<br />
toutes les coutumes qui permettraient de reconstituer <strong>un</strong>e<br />
Le Courrier. N° 11. 1955<br />
étape de l'évolution humaine où les femmes auraient régné<br />
sur les hommes d'<strong>un</strong>e façon plus ou moins absolue.<br />
De t<strong>elle</strong>s notions contribuent sans doute à fausser notre<br />
jugement au moment où ces mêmes peuples ont cessé d'ap¬<br />
partenir à <strong>un</strong> <strong>un</strong>ivers lointain pour participer de façon très<br />
directe à notre civilisation. Il importe de comprendre leurs<br />
institutions si nous voulons les changer. Mais n'ajoutons pas<br />
à notre pitié .condescendante pour l'imperfection de leurs<br />
techniques, notre mépris à l'égard d'usages dont la significa¬<br />
tion nous échappe. Le sujet que nous abordons <strong>est</strong> vaste et il<br />
a déjà fait l'objet d'innombrables études. Il ne saurait <strong>être</strong><br />
qu<strong>est</strong>ion ici que d'éclairer quelques points sur lesquels se<br />
manif<strong>est</strong>ent les idées les plus erronées.<br />
<strong>La</strong> femme militaire : triste privilège de notre époque<br />
Chaque fois que l'on veut porter <strong>un</strong> jugement sur la condi¬<br />
tion de la femme dans <strong>un</strong>e société donnée, il <strong>est</strong> néces¬<br />
saire de spécifier le domaine social ou culturel dans<br />
lequel on envisage son <strong>rôle</strong>. Même dans <strong>un</strong>e civilisation t<strong>elle</strong><br />
que la nôtre où l'égalité des sexes tend à <strong>être</strong> juridiquement<br />
admise et où les femmes jouent <strong>un</strong> <strong>rôle</strong> social et économique<br />
de plus en plus important, il <strong>est</strong> des institutions qui ne lui<br />
accordent qu'<strong>un</strong>e place subordonnée ou insignifiante. Dans le<br />
cas de la religion, où les femmes se distinguent cependant par<br />
leur piété et leur zèle, la prêtrise leur <strong>est</strong> fermée et par consé¬<br />
quent toute la hiérarchie ecclésiastique. L'idée d'<strong>un</strong>e femme<br />
évêque ou grand rabbin prête à sourire, si <strong>elle</strong> ne nous<br />
apparaît pas impie et scandaleuse.<br />
Cette incapacité surprenante, dont la femme <strong>est</strong> générale¬<br />
ment frappée pourrait surprendre les membres d'autres<br />
civilisations où la femme <strong>est</strong> précisément choisie comme<br />
l'intermédiaire entre les esprits et les hommes. Elles y ont le<br />
privilège des révélations et celui de s'adresser aux divinités<br />
pour les apaiser et en obtenir les faveurs. Les hommes, même<br />
les plus haut placés dans la hiérarchie sociale, les écoutent<br />
et les consultent pour tout ce qui touche le monde surnaturel.<br />
C'<strong>est</strong> surtout dans les tribus pratiquant le chamanisme que<br />
les femmes monopolisent la vie religieuse. Elles y sont consi¬<br />
dérées comme des sujets particulièrement propres à main¬<br />
tenir <strong>un</strong> commerce suivi avec les esprits. Chez les Araucans<br />
du Chili, tribu virile s'il en fut, les hommes qui se sentaient<br />
<strong>un</strong>e vocation de magicien ou de pr<strong>être</strong> s'habillaient en<br />
femmes et cherchaient à leur ressembler en tous points. Chez<br />
les fameux Iroquois de l'Etat de New York, la vie cérémoni<strong>elle</strong><br />
était dans <strong>un</strong>e très large mesure contrôlée par les<br />
femmes.<br />
C'<strong>est</strong> <strong>un</strong> des tristes privilèges de notre époque d'avoir asso¬<br />
cié si étroitement la femme à la vie militaire. En général, en<br />
dépit des légendes sur les Amazones, la plupart des peuples<br />
archaïques considèrent la femme comme inapte à la guerre.<br />
Toutefois, le cas des régiments féminins du Dahomey, en<br />
Afrique, peut éveiller quelques doutes sur les raisons phy¬<br />
siques et physiologiques généralement données pour justifier<br />
l'exclusion des femmes du métier des armes. Les bataillons<br />
de choc dahoméens étaient entièrement composés de je<strong>un</strong>es<br />
femmes qui, théoriquement, passaient pour <strong>être</strong> les épouses<br />
du souverain. Lors des batailles ou des sièges, <strong>elle</strong>s étaient<br />
tenues en réserve jusqu'au moment où le général jugeait<br />
qu'il pouvait emporter la décision en lançant dans la mêlée<br />
ses troupes d'élite. Les femmes se ruaient sur l'adversaire en<br />
brandissant d'énormes cimeterres avec lesquels <strong>elle</strong>s faisaient<br />
voler les têtes. Ce fut à ces redoutables Amazones qu'échut<br />
l'honneur de défendre l'indépendance du royaume de Behan-<br />
zin lors de la conquête du Dahomey par les troupes fran¬<br />
çaises il y a <strong>un</strong>e cinquantaine d'années.<br />
Mme Récamier aurait pu envier les Iroquoises<br />
Les plus graves erreurs commises sur la condition de la<br />
femme « primitive » tiennent le plus souvent à <strong>un</strong>e<br />
fâcheuse confusion entre <strong>un</strong> état de droit et <strong>un</strong> état de<br />
fait. En mettant l'accent <strong>un</strong>iquement sur l'étendue de la puis¬<br />
sance maritale, ainsi que sur certaines coutumes, t<strong>elle</strong>s que le<br />
soi-disant « achat des femmes », on a pu tracer <strong>un</strong> tableau<br />
très noir de la vie féminine dans le monde « sauvage »; mais<br />
si on s'était donné la peine de noter avec soin le comporte¬<br />
ment des deux sexes et de chercher à pénétrer la fonction<br />
véritable de certains usages, on se serait aperçu que l'inéga¬<br />
lité entre hommes et femmes était loin d'<strong>être</strong> aussi marquée<br />
qu'il apparaît au premier abord et que, selon le point de vue<br />
auquel on se place, les désavantages sont compensés par des<br />
privilèges souvent importants.<br />
Ce n'<strong>est</strong> pas pour déconcerter le lecteur par <strong>un</strong>e bou¬<br />
tade que le célèbre ethnographe et sociologue américain, le<br />
Dr Robert H. Lowie, écrit dans son traité de sociologie pri¬<br />
mitive : « En dépit de l'influence qu'<strong>elle</strong>s ont pu exercer, ni<br />
George Eliot ni Mme Récamier ne bénéficiaient d'<strong>un</strong> statut<br />
comparable à celui qui était accordé aux femmes iroquoises. »<br />
L'exemple ne pouvait <strong>être</strong> mieux choisi : il <strong>est</strong> en effet peu<br />
de sociétés dans lesqu<strong>elle</strong>s les femmes aient disposé d'<strong>un</strong><br />
pouvoir comparable à celui dont jouissaient les matrones<br />
dans cette tribu peau-rouge. Elles ne siégeaient pas au<br />
conseil tribal ni à celui de la grande confédération iro-<br />
quoise, mais <strong>elle</strong>s en désignaient les membres. C'<strong>est</strong> de leur<br />
choix que dépendait l'autorité politique. Elles avaient en<br />
outre le pouvoir de d<strong>est</strong>ituer les chefs qu'<strong>elle</strong>s considéraient<br />
<strong>inférieur</strong>s à leur tâche.<br />
Le <strong>rôle</strong> politique des femmes nous ramène au problème du<br />
matriarcat. L'existence d'<strong>un</strong> ordre social où les femmes au¬<br />
raient dominé les hommes a été relégué au chapitre des<br />
mythes. A l'exception des Iroquois dont il vient d'<strong>être</strong> ques¬<br />
tion et de quelques rares tribus, ce n'<strong>est</strong> que par accident que<br />
la puissance politique <strong>est</strong> tombée en quenouille. L'hypothèse<br />
du matriarcat primitif <strong>est</strong> né d'<strong>un</strong>e confusion entre descen¬<br />
dance matrilinéaire et hégémonie féminine. Le fait qu'<strong>un</strong>e<br />
personne appartient au clan maternel, hérite de son oncle<br />
maternel et considère les membres du clan paternel comme<br />
des étrangers ne signifie pas qu'<strong>un</strong> statut privilégié soit<br />
accordé aux femmes. Dans <strong>un</strong> très grand nombre de com¬<br />
m<strong>un</strong>autés « primitives » le mari <strong>est</strong> contraint par la cou¬<br />
tume de vivre chez sa femme ; mais si cette situation favorise<br />
c<strong>elle</strong>-ci, <strong>elle</strong> n'implique pas <strong>un</strong>e supériorité du sexe féminin.<br />
Certes, la femme qui r<strong>est</strong>e avec les siens ne risque pas d'<strong>être</strong><br />
maltraitée par son mari. Si celui-ci se montrait injuste ou<br />
brutal, il aurait tôt fait de déchaîner la maisonnée contre<br />
lui. Chez les Indiens Pueblo du sud-ou<strong>est</strong> des Etats-Unis où<br />
les femmes sont propriétaires de la hutte familiale, <strong>elle</strong>s peu¬<br />
vent en chasser l'époux qui a cessé de leur plaire. C'<strong>est</strong> pour¬<br />
quoi, en régime « matrilocal », les hommes se sentent mal à<br />
l'aise chez eux et profitent de toute occasion pour rentrer<br />
dans leur village où ils peuvent compter sur l'affection et la<br />
confiance de leurs parents.<br />
Quelques ethnographes ont cherché à établir <strong>un</strong>e<br />
corrélation entre l'économie pratiquée par <strong>un</strong>e<br />
société donnée et la condition des femmes. En effet,<br />
chez beaucoup de peuples dits « primitifs », la<br />
31
" Photo Copyright Robert Jautin<br />
culture du sol <strong>est</strong> entièrement <strong>un</strong>e activité féminine. En Ama¬<br />
zonie, par exemple, la participation des hommes aux travaux<br />
agricoles se limite au défrichement, le r<strong>est</strong>e de la besogne in¬<br />
combant aux femmes. Ce sont <strong>elle</strong>s qui plantent, récoltent et<br />
transportent les produits de leurs champs. Comme l'agri¬<br />
culture fournit l'alimentation de base, on pourrait facilement<br />
en conclure que les femmes occupent dans la vie tribale <strong>un</strong>e<br />
situation particulièrement forte. Réciproquement, on pourrait<br />
s'attendre à ce que, dans les groupes qui dépendent pour leur<br />
subsistance de la chasse et de la pêche, Imposition de la<br />
femme reflète sa dépendance vis-à-vis de l'élément masculin.<br />
Or, <strong>un</strong>e fois encore, les faits démentent l'hypothèse.<br />
Dans certaines sociétés de chasseurs nomades, les deux<br />
sexes ont des droits à peu près égaux, alors qu'au contraire<br />
on constate <strong>un</strong>e nette infériorité de la femme dans d'autres<br />
groupes où cependant -<strong>elle</strong> <strong>est</strong> la pourvoyeuse de nourriture<br />
par exc<strong>elle</strong>nce. On ne peut donc pas conclure des cas donnés<br />
que le développement économique produise forcément <strong>un</strong>e<br />
transformation du statut de la femme. Cependant, il semble<br />
qu'il existe <strong>un</strong>e corrélation très précise entre l'élevage du gros<br />
bétail et la relégation des femmes à <strong>un</strong> rang <strong>inférieur</strong>. C'<strong>est</strong><br />
32<br />
à l'influence des nomades pasteurs que l'on attribue,- dans les<br />
sociétés européennes et asiatiques, la subordination de la<br />
femme et le <strong>rôle</strong> très effacé qui lui a été assigné en dehors<br />
de la maison. Y a-t-il entre l'élevage activité masculine<br />
et l'infériorité féminine <strong>un</strong> lien de cause à- effet? On l'a cru,<br />
mais des anthropologues voient dans ce rapport le résultat<br />
d'<strong>un</strong> hasard historique et signalent le cas de tribus de pas¬<br />
teurs comme les Hottentots chez qui la femme n'<strong>est</strong> pas trai¬<br />
tée comme <strong>un</strong>e <strong>inférieur</strong>e.<br />
L'argument le plus souvent invoqué pour démontrer l'in¬<br />
fériorité de la femme « primitive » <strong>est</strong> le fait que, dans de<br />
nombreuses sociétés notamment en Afrique <strong>elle</strong> <strong>est</strong><br />
achetée par son futur mari. Beaucoup d'encre a été répandue<br />
pour stigmatiser cette coutume ou, au contraire, pour la<br />
défendre et expliquer sa signification. L'achat des femmes,<br />
en Afrique orientale le lobola se présente généralement<br />
comme la remise d'<strong>un</strong>e certaine quantité de bétail à la famille<br />
qui fournit la je<strong>un</strong>e fille. Acquérir <strong>un</strong> nombre suffisant de<br />
b ou de vaches pour pouvoir se marier, t<strong>elle</strong> <strong>est</strong> la pré¬<br />
occupation majeure des je<strong>un</strong>es gens de ces tribus. Il ne s'agit<br />
pas là d'<strong>un</strong>e opération mercantile, mais de quelque chose
Photo copyright Goldstein, Collection Musée de l'Homme.<br />
-de beaucoup plus complexe. Tout d'abord, le transfert du<br />
bétail donne au mariage <strong>un</strong>e sanction offici<strong>elle</strong>; il <strong>est</strong> l'équi¬<br />
valent du contrat de mariage dans nos sociétés, et la femme<br />
pour laqu<strong>elle</strong> on n'aurait pas donné du bétail n'aurait pas<br />
vraiment le sentiment d'<strong>être</strong> <strong>un</strong>e épouse légitime. D'autre<br />
part, la famille du je<strong>un</strong>e homme achète non la femme, mais<br />
<strong>un</strong> droit de propriété sur sa progéniture. S'il n'y avait pas eu<br />
« paiement », les enfants issus du mariage appartiendraient<br />
à la famille de la mère. Le bétail <strong>est</strong> donc souvent <strong>un</strong>e forme<br />
de douaire que le mari verse aux parents de la fiancée pour<br />
qu'ils l'administrent et l'en fassent bénéficier ainsi que ses<br />
enfants. Si la femme venait à mourir sans enfant, le bétail<br />
devrait <strong>être</strong> rendu au mari. Bref, ce qu'on app<strong>elle</strong> à tort<br />
l'achat de la fiancée <strong>est</strong> <strong>un</strong>e transaction où l'aspect juridique<br />
prévaut sur l'aspect économique. Ce n'<strong>est</strong> pas <strong>un</strong>e « affaire »,<br />
mais <strong>un</strong> acte solennel qui donne <strong>un</strong>e sanction légale au ma¬<br />
riage et assure la légitimité de la descendance.<br />
Par cette brève mise au point, je n'ai rien cherché d'autre<br />
que de réveiller notre sens de la justice envers les peuples<br />
que l'on qualifie de « primitifs » ou d' « <strong>inférieur</strong>s ». Malgré<br />
nos immenses progrès techniques, nous avons peine à nous<br />
SON ÉPOUX<br />
EST UN CHEF<br />
<strong>Femme</strong> Makere (tribu de la<br />
Province orientale du Congo<br />
belge). Epouse d'<strong>un</strong> chef,<br />
<strong>elle</strong> porte le collier en dents<br />
de fauve et la grande trompe<br />
d'ivoire sculptée, insigne de<br />
sa dignité. Selon la coutume<br />
<strong>elle</strong> a couvert son corps de<br />
dessins géométriques peints.<br />
dégager des institutions léguées par nos anc<strong>être</strong>s indo-euro¬<br />
péens ces pasteurs nomades qui se sont montrés si peu<br />
généreux pour le sexe faible. <strong>La</strong> conquête des droits de la<br />
femme ne fait souvent qu'introduire au sein de notre civili¬<br />
sation <strong>un</strong> état de droit et de fait qui, depuis des siècles ou<br />
même des millénaires, a été l'apanage de groupes humains<br />
que nous sommes trop souvent tentés de dédaigner.<br />
Alfred Metraux n'avait que 21 ans lorsqu'il entreprit sa première expédition<br />
archéologique en Amérique latine. Depuis lors, sa carrière d'anthropologiste l'a<br />
conduit dans les lies des mers du Sud et à travers toute l'Amérique latine. Il a<br />
dirigé diverses missions pour l'<strong>Unesco</strong> et, en tant que membre du Secrétariat de<br />
l'<strong>Unesco</strong>, il prend <strong>un</strong>e part active à la campagne menée par cette organisation<br />
contre la discrimination raciale. Suisse d'origine, Alfred Metraux <strong>est</strong> maintenant<br />
citoyen des Etats-Unis. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les tribus d'Amérique<br />
du Sud et du Pacifique.<br />
33
"Ma femme? Elle ne fait<br />
rien... Elle r<strong>est</strong>e à la maison"<br />
SI l'on demande à l'homme de la rue si son épouse tra¬<br />
vaille, il répond, dans 80 % des cas :<br />
« Ma femme ? Elle ne fait rien... <strong>elle</strong> r<strong>est</strong>e à la mai¬<br />
son. »<br />
Cette réponse traduit la conviction dont la plupart des<br />
hommes sont pénétrés, à savoir que la ménagère jouit d'<strong>un</strong>e<br />
situation favorisée, dispose de loisirs et d'<strong>un</strong>e enviable liberté<br />
d'action. Par sa sincérité même, <strong>elle</strong> souligne la' profonde1<br />
méconnaissance que les masses ont encore de l'importance<br />
et de l'étendue des besognes du foyer.<br />
Cependant, cette notion d'improductivité qui s'attache aux<br />
travaux ménagers, notion<br />
si générale que Lénine en<br />
faisait état en 1917, <strong>est</strong> en<br />
voie de disparaître. Les<br />
économistes de plusieurs<br />
grandes nations, après<br />
avoir longtemps vécu avec<br />
ce préjugé, viennent en<br />
effet de découvrir que « la<br />
femme qui ne fait rien ><br />
travaille en réalité de fa¬<br />
çon si rentable que l'Etat<br />
lui doit <strong>un</strong>e part de ses<br />
richesses.<br />
<strong>La</strong> révélation <strong>est</strong> d'im¬<br />
portance et les observations<br />
des sociologues lui font<br />
écho. L'an dernier, c'<strong>est</strong><br />
André Siegfried qui, dans<br />
deux de ses ouvrages, ren¬<br />
dait successivement hom¬<br />
mage à l'Américaine et à la<br />
Française, maîtresses de<br />
maison avisées, organisa¬<br />
trices et dures travailleu¬<br />
ses, responsables du budget<br />
familial, tandis que, dans<br />
le même temps, <strong>un</strong>e confé¬<br />
rence féminine franco- al¬<br />
lemande exposait en Sor¬<br />
bonne les tâches multiples<br />
auxqu<strong>elle</strong>s doit se livrer<br />
l'Allemande d'après-guerre.<br />
Il ressort de ces diverses<br />
manif<strong>est</strong>ations que les gou¬<br />
vernements semblent déci¬<br />
dés, depuis <strong>un</strong>e dizaine a années, à reconnaître l'importance<br />
des travaux ménagers et leurs répercussions sur l'économie<br />
nationale. Jusqu'ici cependant, auc<strong>un</strong> organisme ne s'était<br />
avisé d'en prendre la mesure.<br />
Or, voici que par <strong>un</strong>e coïncidence qui marque bien les<br />
courants de pensée comm<strong>un</strong>s à notre époque, quatre pays :<br />
Etats-Unis, Angleterre, Belgique et France, viennent de<br />
calculer simultanément la valeur des travaux de leurs<br />
ménagères.<br />
L'enquête a été menée en France par M. Jean Daric, chef<br />
de service à l'Institut national d'Etudes démographiques.<br />
Elle s'appuie sur des recherches déjà effectuées en 1946 et<br />
<strong>elle</strong>s font ressortir à 70 heures par semaine le temps néces¬<br />
saire à la ménagère, dans les milieux urbains, pour accom¬<br />
plir les travaux de la maison.<br />
Etendant ce résultat aux 13 millions de ménages français,<br />
notre enquêteur a découvert avec surprise que l'importance<br />
des activités économiques et familiales exprimées en heures<br />
de travail dépassait de 4 milliards d'heures, c<strong>elle</strong>s des acti¬<br />
vités économiques proprement dites.<br />
Les chiffres en présence sont les suivants :<br />
Travail annuel des ménagères françaises : 46 milliards<br />
d'heures.<br />
Travail annuel de la population active (hommes et fem¬<br />
mes ré<strong>un</strong>is) : 42 milliards d'heures.<br />
34<br />
par Lucienne Noblet<br />
« Ils signifient que, pour élever les enfants, entretenir la<br />
maison et les vêtements, pour faire les achats journaliers,<br />
préparer les repas, pour satisfaire enfin à tous les besoins<br />
dom<strong>est</strong>iques, il faut en France <strong>un</strong> nombre d'heures de tra¬<br />
vail annuel supérieur à celui qui <strong>est</strong> nécessaire aux hommes<br />
et aux femmes de la population active tout entière pour<br />
l'exercice de l'ensemble des activités agricoles, commerciales,<br />
industri<strong>elle</strong>s, administratives... »<br />
Les chiffres recueillis en Amérique, en Angleterre, en Bel¬<br />
gique, sont sensiblement du même ordre, se recoupent et<br />
semblent bien avoir <strong>un</strong>e portée internationale.<br />
Il n'<strong>est</strong> pas besoin d'insis¬<br />
ter sur cette constatation<br />
pour souligner l'importance<br />
économique du travail de la<br />
femme à son foyer, travail<br />
qui s'intègre dans le proces¬<br />
sus économique général et<br />
réagit sur la vie de la na¬<br />
tion tout entière. On es¬<br />
time en effet, dans les qua¬<br />
tre pays cités, la part<br />
de g<strong>est</strong>ion revenant à la<br />
grande majorité des ména¬<br />
gères à 60 % du revenu brut<br />
national.<br />
Il eût fallu, pour calculer<br />
cette part de façon plus<br />
précise, affecter aux tra¬<br />
vaux dom<strong>est</strong>iques des coef¬<br />
ficients de salaire. Or, ceía<br />
<strong>est</strong> impossible pour certai¬<br />
nes tâches familiales qui,<br />
littéralement, « n'ont pas<br />
de prix ».<br />
C'<strong>est</strong> le cas en particulier<br />
de l'éducation des enfants et<br />
des soins à leur donner, do¬<br />
maine où les activités de la<br />
mère sont pratiquement ir¬<br />
remplaçables, car, nous dit-<br />
on : « Chaque enfant a be¬<br />
soin de la chaude affection<br />
de sa mère ou d'<strong>un</strong>e per¬<br />
sonne susceptible de la rem¬<br />
placer de façon permanente,<br />
faute de quoi le trauma¬<br />
tisme affectif créé par la privation d'<strong>un</strong>e présence mater¬<br />
n<strong>elle</strong> a des répercussions profondes sur l'homme à l'âge<br />
adulte. »<br />
Photo Copyright Magnum par Suzanne Siuz<br />
Ces nouveaux apports de la science moderne commencent<br />
à inspirer les institutions. Plusieurs des Constitutions pro¬<br />
mulguées depuis la fin de la guerre, en Irlande, en Angle¬<br />
terre, en Allemagne occidentale, en sont le reflet, assimilant<br />
le travail de la femme dans son foyer au travail profession¬<br />
nel et reconnaissant que « sans lui, la nation ne pourrait<br />
continuer... »<br />
Cette reconnaissance pose implicitement la qu<strong>est</strong>ion du<br />
statut de la ménagère, cette « Irremplaçable » qui n'a jus¬<br />
qu'ici auc<strong>un</strong>ement profité des progrès sociaux et de la<br />
modernisation de la technique et ne jouit pas davantage des<br />
améliorations apportées depuis <strong>un</strong>e cinquantaine d'années à<br />
la vie du travailleur. Elle n'a en effet ni semaine anglaise, ni<br />
repos hebdomadaire, ni vacances, ni salaire, ni retraite et<br />
demeure à peu près ignorée de la Législation.<br />
Ainsi donc, puisque la preuve vient d'<strong>être</strong> faite que les<br />
ménagères comptent parmi les meilleurs serviteurs des Etats,<br />
il serait bon que ceux-ci prennent enfin les mesures néces¬<br />
saires pour reconnaître, simplifier, organiser et revaloriser<br />
la condition de la femme au foyer, permettant ainsi l'épa¬<br />
nouissement de la mère. « Et ceci, déclare Jean Daric, pour<br />
le plus grand bien de la famille et de la nation tout en¬<br />
tière. »
" Photo« copyright Magnum par Ernst Scheidegger<br />
DERRIÈRE LE VOILE<br />
UN NOUVEAU VISAGE<br />
par A. H. Hourani<br />
Le Courrier. N" 11. 1955<br />
Les Arabes sont pour la plupart<br />
musulmans et, depuis plus de<br />
mille ans, leur vie sociale <strong>est</strong> ré¬<br />
glée par la loi de l'Islam. Avant d'étu¬<br />
dier ce qu'a été, et ce qu'<strong>est</strong> encore<br />
dans <strong>un</strong>e certaine mesure la vie de la<br />
femme arabe, il faut donc savoir ce<br />
que cette vie devrait <strong>être</strong>, selon la loi.<br />
L'Islam admet la polygamie ; même<br />
ceux qui ignorent tout de l'Islam<br />
savent cela. Mais on ne sait pas tou¬<br />
jours qu'il y a des r<strong>est</strong>rictions à la<br />
polygamie. Un homme ne peut avoir<br />
plus de quatre épouses et il doit les<br />
traiter toutes équitablement. L'Islam<br />
admet aussi le divorce et en pratique<br />
il <strong>est</strong> plus facile à l'homme qu'à la<br />
femme de divorcer. En revanche, la<br />
femme mariée peut posséder des biens<br />
et <strong>elle</strong> a le droit à <strong>un</strong>e pension en cas<br />
de divorce. Les filles ont droit à <strong>un</strong>e<br />
part de la succession patern<strong>elle</strong>, égale<br />
à la moitié de la part des fils.<br />
Mais la loi ne suffit pas à expliquer<br />
le modede vie d'<strong>un</strong>e société. <strong>La</strong> com¬<br />
m<strong>un</strong>auté arabe a adopté certaines cou¬<br />
tumes sociales qui n'étaient pas musul¬<br />
manes à l'origine. Par exemple, les<br />
femmes vivent cachées dans le harem<br />
et ne sortent que voilées. Mais cette<br />
tradition existait au Moyen-Orient dès<br />
avant l'apparition de l'Islam. Déjà, dans<br />
l'antiquité, les rois de Perse et les au¬<br />
tres monarques d'Orient se dissimu¬<br />
laient et dissimulaient leurs femmes à<br />
tous les regards pour rehausser la ma¬<br />
j<strong>est</strong>é royale. Les califes et les sultans<br />
Au Caire, ¡I y a deux ans, les<br />
« suffragettes » égyptiennes<br />
firent la grève de la faim pen¬<br />
dant dix jours (photo du haut)<br />
afin d'attirer l'attention des<br />
pouvoirs publics sur leurs re¬<br />
vendications relatives aux droits<br />
politiques de la femme; Mme<br />
Doria Shafik (en bas, Intervie¬<br />
wée par des journalistes) <strong>est</strong><br />
à la tête de ce mouvement.<br />
musulmans adoptèrent cette règle<br />
imités en cela par leurs sujets, notam¬<br />
ment par les riches citadins.<br />
Il <strong>est</strong> possible qu'à certains égards<br />
les conceptions islamiques aient contri¬<br />
bué à propager cet usage, mais celuici<br />
n'<strong>est</strong> ni essenti<strong>elle</strong>ment ni exclusi¬<br />
vement musulman. Tout récemment<br />
encore, dans les villes arabes, les chré¬<br />
tiennes portaient le voile tout comme<br />
les musulmanes.<br />
Il existe d'ailleurs diverses traditions<br />
opposées : chez les Bédouins du désert<br />
les coutumes sociales sont plus libé¬<br />
rales que dans les villes ; dans les cam¬<br />
pagnes, les nécessités économiques font<br />
que la femme participe aux travaux<br />
des champs ; jusque dans les villes,<br />
certaines femmes ont su triompher des<br />
obstacles traditionnels et jouer <strong>un</strong> <strong>rôle</strong><br />
dans la vie littéraire, religieuse et<br />
même politique. <strong>La</strong> reine Shajar ad-<br />
Durr, qui régna en Egypte au xnr siè¬<br />
cle, tint sept ans durant son mari et<br />
le pays entier sous sa domination.<br />
Mais c'<strong>est</strong> là sans doute la seule<br />
femme de l'Islam qui an\ fait battre<br />
monnaie à son nom. <strong>La</strong> conception tra¬<br />
ditionn<strong>elle</strong> du <strong>rôle</strong> de la femme n'a<br />
commencé à <strong>être</strong> sérieusement criti¬<br />
quée qu'au cours des deux dernières<br />
générations. Cinquante ans seulement<br />
se sont écoulés depuis qu'<strong>un</strong> i<br />
écrivain de langue arabe,<br />
l'Egyptien Qasim Amin, a ex¬<br />
posé pour la première fois en<br />
35
DERRIÈRE LE VOILE<br />
UN NOUVEAU VISAGE<br />
(Suite)<br />
Photo <strong>Unesco</strong><br />
<strong>La</strong> tradition veut que les femmes musulmanes<br />
apparaissent voilées aux yeux du public (photo<br />
de droite prise à Kaboul, Afghanistan). Mais le<br />
progrès veut qu'<strong>elle</strong>s soient avides d'apprendre<br />
et qu'<strong>elle</strong>s aient les yeux ouverts sur le monde.<br />
(Photo du haut prise au Centre d'Education<br />
sociale de Bombay, Inde, dont l'équipement<br />
et le matériel ont été fournis en partie<br />
grâce aux Bons d'Entraide de l'<strong>Unesco</strong>).<br />
détail la nécessité et les avantages<br />
d'<strong>un</strong>e réforme. Dans deux ouvrages<br />
célèbres, « <strong>La</strong> femme nouv<strong>elle</strong> » et<br />
« <strong>La</strong> libération de la femme », il dé¬<br />
montrait qu'on pouvait modifier pro¬<br />
gressivement et avec prudence la<br />
condition de la femme sans violer au¬<br />
c<strong>un</strong> des principes de l'Islam. Ses idées<br />
soulevèrent à l'époque <strong>un</strong>e vive oppo¬<br />
sition, mais la plupart des réformes<br />
préconisées par lui ont été appliquées<br />
au cours des cinquante dernières<br />
années, au moins dans les pays arabes<br />
les plus avancés : Egypte, Syrie,<br />
Royaume ' hachemite de Jordanie, Li¬<br />
ban et Irak. Même dans les pays comme<br />
le Soudan, où l'évolution sociale n'a été<br />
amorcée que récemment, la condition<br />
de la femme s'<strong>est</strong> déjà modifiée; l'ordre<br />
ancien ne subsiste sans changements<br />
que dans les pays de la péninsule arabe:<br />
le Yemen et l'Arabie Saoudite.<br />
En ce qui concerne les droits de la<br />
femme, auc<strong>un</strong> Etat arabe n'a<br />
aboli, à l'exemple de la Turquie,<br />
les dispositions de la loi coranique rela<br />
36<br />
tives au mariage et au divorce, mais<br />
certains de ces Etats, notamment<br />
l'Egypte, interprètent ces dispositions<br />
dans <strong>un</strong> sens plus conforme aux<br />
conceptions modernes. Les lois égyp¬<br />
tiennes de 1920 et de 1929 facilitent le<br />
divorce et donnent à la femme le droit<br />
de divorcer en cas de sévices ou d^aban-<br />
don ou si son mari ne subvient pas à<br />
ses besoins. <strong>La</strong> législation moderne du<br />
travail (loi égyptienne de 1933 et loi<br />
libanaise de 1946) limite le nombre des<br />
heures de travail pour les femmes et<br />
contient d'autres dispositions spéciales<br />
en leur faveur. <strong>La</strong> Syrie <strong>est</strong>, le premier<br />
Etat arabe qui ait donné aux femmes<br />
le droite de vote, et le Liban a suivi<br />
cet exemple. Un vigoureux mouvement<br />
féministe se développe en Egypte, sous<br />
l'impulsion de Doria Shafik, et dès<br />
qu'<strong>un</strong> gouvernement constitutionnel<br />
aura été rétabli dans ce pays, les fem- .<br />
mes, semble-t-il, doivent y obtenir sans<br />
difficulté le droit de vote.<br />
Mais, <strong>un</strong>e fois de plus, la loi n'<strong>est</strong><br />
pas tout ; <strong>elle</strong> ne reflète même pas tou¬<br />
jours fidèlement la vie. Si, au lieu<br />
d'examiner les textes de loi, on observe<br />
la vie ré<strong>elle</strong> des pays arabes, le chan<br />
gement apparaît bien plus considéra¬<br />
ble. Le principal indice en <strong>est</strong> sans<br />
doute l'accès des femmes à l'éducation.<br />
Dans ce domaine, la voie a été<br />
tracée par les missionnaires, catholi¬<br />
ques et prot<strong>est</strong>ants, qui ont ouvert<br />
voici <strong>un</strong> siècle les premières écoles de<br />
filles. Au cours des trente dernières<br />
années, les Etats arabes modernes ont<br />
organisé <strong>un</strong> enseignement public pour<br />
les filles comme pour les garçons.<br />
<strong>La</strong> population scolaire égyptienne<br />
comprend 35 % de filles.<br />
Dans certains pays arabes, il existe<br />
des écoles de toutes catégories, à<br />
tous les niveaux, ouvertes aux<br />
filles, et les . établissements supérieurs<br />
(collèges et <strong>un</strong>iversités), sont mixtes.<br />
Les Universités d'Etat égyptiennes, les<br />
Universités française et américaine de<br />
Beyrouth, l'Université syrienne de Da¬<br />
mas, les collèges <strong>un</strong>iversitaires de<br />
Bagdad ont ouvert leurs portes aux<br />
filles, en évitant de donner à cette me¬<br />
sure trop de publicité.
A mesure que s'accroît le nombre<br />
des femmes instruites, il faut leur<br />
trouver de nouv<strong>elle</strong>s possibilités d'em¬<br />
ploi. Jusqu'en 1914, <strong>elle</strong>s ne pouvaient<br />
guère prétendre qu'aux carrières de<br />
l'enseignement. A partir de 1920, on<br />
put voir des je<strong>un</strong>es filles se placer<br />
comme dactylos ou secrétaires, et<br />
même les filles de la bonne société<br />
purent exercer sans déchoir la profes¬<br />
sion d'infirmière. Depuis peu, on trouve<br />
des femmes dans toutes les professions<br />
libérales. <strong>La</strong> diffusion de l'instruction<br />
a de plus entraîné <strong>un</strong>e transformation<br />
de la vie sociale. Les femmes instruites<br />
n'acceptent plus de vivre en recluses ;<br />
et les hommes instruits veulent des<br />
compagnes au plein sens du terme.<br />
Sauf dans de rares régions du monde,<br />
la polygamie a pratiquement disparu,<br />
et le voile disparaît à son tour.<br />
Il serait injuste de parler des droits<br />
de la femme sans considérer l'usage<br />
qu'<strong>elle</strong> fait de ces droits. Dans le monde<br />
arabe comme ailleurs, les féministes<br />
revendiquent la liberté non seulement<br />
pour des raisons personn<strong>elle</strong>s, mais<br />
pour pouvoir jouer <strong>un</strong> <strong>rôle</strong> dans la vie<br />
de la collectivité. Aujourd'hui, les fem<br />
mes participent pleinement à l'iuvre<br />
immense de transformation qui se<br />
poursuit dans les pays arabes. Ceux qui<br />
ont visité Bagdad connaissent le ma¬<br />
gnifique bâtiment de l'orphelinat du><br />
Croissant rouge, créé et financé par <strong>un</strong><br />
groupe de dames iraquiennes. Les hôpi¬<br />
taux et les institutions sociales de la<br />
Mubarrat Muhammad Ali témoignent<br />
du sens civique et des qualités d'orga¬<br />
nisatrice de l'Egyptienne moderne.<br />
Ceux qui ont étudié la littérature et<br />
le journalisme arabes connaissent les<br />
noms de Malak Hifni Nasif, de May<br />
Ziadeh et de Julia Dimishqiya. (Dans<br />
l'ancienne génération, la plupart des<br />
grands noms sont ceux d'Arabes chré¬<br />
tiennes, qui ont été les premières à<br />
bénéficier de l'action éducatrice des<br />
missions ; mais les Musulmans de la<br />
génération actu<strong>elle</strong> ont rattrapé le<br />
terrain perdu.)<br />
Même si <strong>elle</strong>s ne votent pas, les fem¬<br />
mes participent à la vie natio¬<br />
nale; <strong>elle</strong>s ne siègent pas au Par¬<br />
lement, mais <strong>elle</strong>s possèdent leurs orga<br />
Le Courrier. N" 11. 1955<br />
Photo Nations Unies par Eric Schwab<br />
nisations politiques propres et tiennent<br />
des conférences, comme la Conférence<br />
des femmes arabes qui s'<strong>est</strong> ré<strong>un</strong>ie, au<br />
Caire,-au- début de 1945. S'il n'y a pas de<br />
femmes ministres, il existe, au Liban et<br />
en Irak, des femmes diplomates. Ceux<br />
qui suivent les travaux des Nations<br />
Unies connaissent le nom de Mme Af-<br />
nan, qui a longtemps représenté l'Irak<br />
à la Commission des droits de l'homme.<br />
Plus importante encore, <strong>un</strong>e succession<br />
de femmes eminentes, dont la première<br />
fut la princesse Nazli d'Egypte, ont su<br />
donner à la vie politique <strong>un</strong> charme qui<br />
lui manquait et que seules les femmes<br />
pouvaient lui conférer, en ré<strong>un</strong>issant<br />
dans leur salon des hommes politiques,<br />
des hommes de lettres et des visiteurs<br />
étrangers pour discuter des grands<br />
problèmes du jour dans <strong>un</strong>e atmosphère<br />
détendue et civilisée.<br />
M. /. H. Hourani, conférencier à la section d'Histoire<br />
Moderne du Proche et du Moyen-Orient de l'Université<br />
d'Oxford (Grande-Bretagne), a été chargé de cours à<br />
l'Université américaine de Beyrouth. Il a écrit plusieurs<br />
ouvrages dont <strong>un</strong>e étude intitulée : « Déclin de l'Occi¬<br />
dent au Moyen-Orient », <strong>un</strong>e enquête sur « Les Mino¬<br />
rités du monde arabe » et <strong>un</strong> ï Essai politique » sur la<br />
Syrie et le Liban.<br />
37
LE SEXE FORT (Suite de la page 12)<br />
Si, par santé, on entend l'aptitude à lutter contre les mi¬<br />
crobes et les maladies, les femmes sont généralement plus<br />
saines que les hommes ; plus résistantes qu'eux à la plupart .<br />
des maladies, <strong>elle</strong>s en guérissent aussi plus fréquemment.<br />
Il <strong>est</strong> toutefois des affections et maladies dont les femmes<br />
souffrent plus fréquemment que les hommes ; c'<strong>est</strong> le cas<br />
notamment des affections de la vésicule biliaire et du cancer<br />
des organes reproducteurs. Si nous ne savons pas pourquoi<br />
les femmes souffrent plus fréquemment de la vésicule biliaire,<br />
en revanche, nous connaissons bien le cancer des organes<br />
génitaux, ce qui nous permettra dans <strong>un</strong> proche avenir d'en<br />
réduire considérablement les ravages. Quoi qu'il en soit, si<br />
l'on considère globalement toutes les formes du cancer, cette<br />
maladie <strong>est</strong>, comme la plupart des autres, plus fréquente<br />
chez les hommes que chez les femmes.<br />
D'autre part, les femmes résistent aux chocs beaucoup<br />
mieux que les hommes. Elles savent mieux dominer leur vie<br />
affective et ont par suite beaucoup plus de « ressort ».<br />
Partout, au cours de la dernière guerre, on a constaté que<br />
dans des conditions identiques les femmes supportaient infi¬<br />
niment mieux que les hommes l'épreuve des sièges, de l'occu¬<br />
pation, de la prison et des camps de concentration.<br />
Cinq hommes bègues<br />
pour <strong>un</strong>e femme qui bégaie<br />
Pour <strong>un</strong>e femme qui bégaie, on trouve cinq hommes bè¬<br />
gues. Pour chaque daltonienne, on compte seize dalto¬<br />
niens. L'hémophilie <strong>est</strong> <strong>un</strong>e maladie presque exclusive¬<br />
ment masculine. Dans presque tous les pays, le nombre des<br />
suicides <strong>est</strong> trois fois plus élevé parmi les hommes que parmi<br />
les femmes. <strong>La</strong> plupart des affections héréditaires sont plus<br />
fréquentes chez les hommes^que chez les femmes.<br />
« Fort bien, dira-t-on, niais que faites-vous de l'intelli¬<br />
gence ? » L'intelligence <strong>est</strong> essenti<strong>elle</strong>ment l'aptitude à ré¬<br />
soudre ses problèmes, à s'adapter pour le mieux aux cir¬<br />
constances particulières dans lesqu<strong>elle</strong>s on se trouve. Or, les<br />
éducateurs, et tous ceux qui ont à appliquer des t<strong>est</strong>s d'intel¬<br />
ligence, savent depuis longtemps qu'en moyenne les garçons<br />
ne sont pas aussi éveillés que les filles. -Dès le berceau, les<br />
filles semblent plus vives. A l'âge de cinq ans (âge auquel la<br />
plupart des petits Américains entrent à l'école), <strong>elle</strong>s sont<br />
mentalement en avance de deux ans sur les garçons ; et qui<br />
plus <strong>est</strong>, <strong>elle</strong>s conservent cette avance pendant toutes leurs<br />
études primaires et secondaires. Si, dans l'enseignement<br />
supérieur, les je<strong>un</strong>es filles ne réussissent pas toujours aussi<br />
bien que les je<strong>un</strong>es gens, il arrive pourtant qu'<strong>elle</strong>s le fassent,<br />
et même qu'<strong>elle</strong>s soient plus brillantes. Quant à c<strong>elle</strong>s qui font<br />
BALI<br />
Photo copyright André Martin<br />
JAVA<br />
Photo copyright André Marcin<br />
des études médiocres, peut-<strong>être</strong> se préparent-<strong>elle</strong>s à autre<br />
chose qu'<strong>un</strong>e carrière libérale je veux dire : au mariage et<br />
à la vie de famille. Car c'<strong>est</strong> là qu'<strong>est</strong> la véritable vocation de<br />
la femme.<br />
Je suis convaincu que les femmes réussiraient aussi bien que<br />
les hommes dans les domaines de l'art et de la science<br />
si <strong>elle</strong>s étaient aussi nombreuses à s'y consacrer et à trouver<br />
autour d'<strong>elle</strong>s les mêmes stimulants. Des femmes comme<br />
Marie Curie, Liza Meitner, Gerty Cori et Dorothy Needham,<br />
pour ne mentionner qu'<strong>elle</strong>s, ont déjà montré ce que les<br />
femmes sont capables d'accomplir dans le domaine scienti¬<br />
fique, si peu nombreuses qu'<strong>elle</strong>s y aient été jusqu'ici. Il en va<br />
de même dans les autres genres d'activité. Chaque fois que<br />
l'occasion leur en <strong>est</strong> donnée, les femmes se montrent ca¬<br />
pables de faire aussi bien que les hommes, et souvent infini¬<br />
ment mieux !<br />
Aujourd'hui comme toujours, le type d'intelligence dont le<br />
monde a le plus grand besoin <strong>est</strong> celui que les femmes pos¬<br />
sèdent au plus haut degré, à savoir le type d'intelligence qui<br />
assure la vie, la protège, en multiplie les possibilités. Pensezvous<br />
que cette intelligence-là soit masculine, ou féminine ?<br />
Qui balance le berceau<br />
dirige le monde<br />
Tout le monde a avantage à ce que les femmes puissent<br />
pleinement tirer parti de leurs capacités. Hommes et<br />
femmes doivent comprendre toute la portée du fait que<br />
c'<strong>est</strong> surtout aux femmes qu'il appartient de veiller sur l'en¬<br />
fance et de façonner sa personnalité. Elever <strong>un</strong> enfant <strong>est</strong> la<br />
tâche la plus importante qu'<strong>un</strong> <strong>être</strong> humain puisse accomplir<br />
pour <strong>un</strong> autre, et l'avenir de l'humanité dépend peut-<strong>être</strong> de<br />
la façon dont cette tâche <strong>est</strong> accomplie. Une t<strong>elle</strong> mission<br />
n'<strong>est</strong> pas <strong>un</strong> « handicap »; c'<strong>est</strong> au contraire le plus grand<br />
privilège et la plus grosse responsabilité dont <strong>un</strong> <strong>être</strong> humain<br />
ait jamais été inv<strong>est</strong>i. Tout le cours de la d<strong>est</strong>inée humaine a<br />
été déterminé par la façon dont cette mission a été accomplie.<br />
<strong>La</strong> main qui balance le berceau <strong>est</strong> vraiment c<strong>elle</strong> qui dirige le<br />
monde.<br />
Si le monde n'<strong>est</strong> pas ce qu'il devrait <strong>être</strong>, la faute en<br />
incombe surtout aux hommes, qui n'ont jamais donné aux<br />
femmes l'occasion de leur rendre le service qu'<strong>elle</strong>s sont le<br />
plus aptes à leur rendre : leur apprendre à aimer leur pro¬<br />
chain. C'<strong>est</strong> le <strong>rôle</strong> des femmes que d'apprendre aux hommes<br />
à <strong>être</strong> humains.<br />
Les hommes ne sauraient mieux s'aider eux-mêmes qu'en<br />
aidant les femmes à réaliser leurs virtualités. Justice sera<br />
ainsi, pour la première fois, pleinement rendue aux deux<br />
sexes qui, en se complétant, contribueront activement, cha¬<br />
c<strong>un</strong> à sa manière, à rendre le monde meilleur et plus<br />
heureux.
Si la définition du philosophe al¬<br />
lemand Schopenhauer sur la<br />
femme : « <strong>être</strong> aux cheveux<br />
longs. et aux idées courtes », a ren¬<br />
du son auteur plus célèbre que tou¬<br />
te sa philosophie, et dure encore<br />
alors que c<strong>elle</strong>-ci s'empoussière et<br />
que les femmes ont coupé leurs<br />
cheveux, il faut avouer que, dans<br />
tous les pays, et presque dans tous<br />
les temps, les fils des femmes ont<br />
répandu, avec <strong>un</strong>e générosité iné¬<br />
puisable, des jugements féroces sur<br />
les mères de tout le genre humain.<br />
« <strong>La</strong> femme <strong>est</strong> <strong>un</strong>e source de tout<br />
mal disait déjà le sage Socrate<br />
son amour <strong>est</strong> plus à craindre<br />
que la haine de l'homme. » Les<br />
bouddhistes, eux, à peu près à la<br />
même époque, tranchaient de façon<br />
encore plus catégorique : « <strong>La</strong> fem¬<br />
me, disaient-ils, <strong>est</strong> <strong>un</strong>e créature<br />
avec l'apparence d'<strong>un</strong> ange, mais avec<br />
<strong>un</strong> esprit diabolique au plus profond de<br />
son <strong>être</strong>. » Que faire avec <strong>un</strong>e nature<br />
aussi fondamentalement mauvaise si¬<br />
non essayer de la réduire ? Les hommes,<br />
innocentes victimes de ces furies,<br />
avaient pour eux <strong>un</strong> gros avantage :<br />
ils faisaient les lois et ils les appli¬<br />
quaient. Aussi, à travers les siècles, écri¬<br />
virent-ils des livres, édictèrent-ils des<br />
lois, appliquèrent-ils des méthodes des¬<br />
tinées à maintenir la femme dans <strong>un</strong><br />
long état d'enfance mentale. Le plus<br />
dur était évidemment de la convaincre<br />
du bien-fondé d'<strong>un</strong>e t<strong>elle</strong> méthode. Les<br />
manuels d'éducation étaient là pour ça<br />
et, si nous jetons <strong>un</strong> regard sur eux,<br />
nous voyons que le flot de douceurs dont<br />
. y, sont abreuvées les futures femmes, <strong>est</strong><br />
si important qtfil <strong>est</strong> difficile de faire<br />
<strong>un</strong> choix. Nous citerons donc seulement<br />
ce jugement tiré d'<strong>un</strong>, livre d'éducation<br />
« Feuilles» <strong>est</strong> <strong>un</strong>e des iuvres les plus connues de Séraphine<br />
de Senlis, qui mania le balai avec talent et le pinceau<br />
avec génie. Photo copyright tirée du livre « Cinq maîtres<br />
primitifs » par Wilhelm Uhde (Edit. Philippe Daudy, Paris).<br />
Le Courrier. N" 11. 1955<br />
DE QUELQUES "ÊTRES<br />
AUX CHEVEUX LONGS<br />
ET AUX IDÉES COURTES "<br />
par Gabri<strong>elle</strong> Cabr'tm<br />
japonais célèbre, écrit au xvir siècle :<br />
Orma Daïgaku : « T<strong>elle</strong> <strong>est</strong> la stupidité<br />
de son caractère (de la femme), y <strong>est</strong>-il<br />
dit, que son devoir <strong>est</strong> de se défier cons¬<br />
tamment d'<strong>elle</strong>-même. »<br />
Mais les femmes mirent autant de<br />
ténacité, à presque toutes les périodes<br />
de l'histoire, à trouver <strong>un</strong>e voie d'issue<br />
pour échapper à cet état de choses, que<br />
les hommes à le maintenir; et dès que<br />
les meurs ne les reléguaient pas systé¬<br />
matiquement hors de la vie civile, poli¬<br />
tique, artistique, <strong>elle</strong>s surent donner des<br />
Chefs d'Etat (l'exemple des reines ou<br />
des régentes du xvr siècle en Europe en<br />
<strong>est</strong> <strong>un</strong>e preuve éclatante), des écrivains,<br />
des artistes de talent. C'<strong>est</strong> dans ces<br />
deux derniers groupes que nous choisi¬<br />
rons, dans les différents continents,<br />
quelques femmes qui ont fait honneur<br />
à l'humanité.<br />
Nous ne parlerons que pour la nom¬<br />
mer, de la poétesse grecque,<br />
Sapho, dont on a déjà tant<br />
exalté le génie : <strong>elle</strong> fut si cé¬<br />
lèbre que ses odes traduites<br />
dans la langue des pharaons<br />
furent retrouvées en Egypte,<br />
au cours de fouilles. D'<strong>elle</strong>, le<br />
poète anglais, Swinburne, put<br />
écrire qu'<strong>elle</strong> fut « le plus<br />
grand poète dans le sens abso¬<br />
lu du terme ».<br />
Ts'ai Yen : des accents<br />
de grand poète<br />
Ts'ai Yen vécut en Chine à<br />
la fin de cette dynastie<br />
Han qui avait brillé d'<strong>un</strong><br />
éclat si grand aux derniers siè¬<br />
cles avant notre ère. <strong>Son</strong> père,<br />
Ts'ai Yong, grand fonction¬<br />
naire, l'avait élevée au sein<br />
de tous les raffinements ma¬<br />
tériels et spirituels. R<strong>est</strong>ée<br />
veuve très je<strong>un</strong>e, sa vie fut,<br />
au tournant du ir et du<br />
irT siècle après Jésus-Christ,<br />
bouleversée par le passage de<br />
ces H<strong>un</strong>s qui, en Europe, de¬<br />
vaient aussi, sous les ordres<br />
d'Attila, menacer d'anéantisse¬<br />
ment la civilisation romaine.<br />
Elle n'<strong>est</strong>, bien sûr, qu'<strong>un</strong>e vic¬<br />
time de plus ajoutée aux in¬<br />
nombrables victimes civiles des<br />
guerres : les H<strong>un</strong>s l'entraînent avec eux<br />
derrière la Grande Muraille d<strong>est</strong>inée à<br />
défendre l'Empire. Elle sera esclave<br />
douze ans. Mais de cette captivité<br />
naîtra l'<strong>un</strong>e des muvres les plus<br />
célèbres et les plus émouvantes de la<br />
poésie chinoise : « Dix-huit mesures<br />
chantées au cornet du H<strong>un</strong>. » Avec le<br />
poète, nous sommes entraînés dans la<br />
désolation farouche des campements<br />
barbares où tout <strong>est</strong> étrange et étran¬<br />
ger à la femme raffinée et captive :<br />
« Je n'ai plus personne au monde que<br />
ces hordes déchaînées qui me forcent à<br />
les suivre aux confins de l'Univers. Le<br />
chemin du retour m'<strong>est</strong> fermé de pics<br />
couronnés de nuages. Seul, le sable<br />
tourbillonne soulevé par le vent du dé¬<br />
sert. »<br />
Rien ne pourra apaiser le désespoir de<br />
Ts'ai Yen. Tout l'irrite dans ses maî¬<br />
tres : leur férocité, leurs tentes, leurs<br />
chariots, leurs troupeaux infinis, leur<br />
nourriture. Un seul pôle à son espé¬<br />
rance : l'immense muraille derrière la¬<br />
qu<strong>elle</strong> vit encore ce monde qui fut le<br />
sien. On lui a donné <strong>un</strong> mari cepen¬<br />
dant : <strong>un</strong> guerrier h<strong>un</strong>. De lui, <strong>elle</strong> a<br />
deux fils qu'<strong>elle</strong> soigne et qu'<strong>elle</strong> aime<br />
car, quoique enfants de barbare, ils<br />
sont tout de même nés de sa chair, mais<br />
son cnur n'a pas de paix. Un jour, les<br />
envoyés de l'empereur la rachètent : la<br />
guerre <strong>est</strong> finie. Ts'ai Yen repartira vers<br />
les siens. Mais alors s'élèvera en <strong>elle</strong> <strong>un</strong><br />
débat que rien ne pourra jamais plus<br />
apaiser : si d'<strong>un</strong> côté il y a la Chine, de<br />
l'autre il y a les enfants, ses enfants.<br />
Rentrée chez <strong>elle</strong>, la je<strong>un</strong>e femme trou¬<br />
vera des accents de très grand poète<br />
pour chanter ce drame « au cornet du<br />
h<strong>un</strong> accordé au son de ma cithare », et<br />
l'opposition étern<strong>elle</strong> entre les différents<br />
désirs humains. Hier déchirée par le<br />
souvenir de sa patrie, <strong>elle</strong> l'<strong>est</strong> aujour¬<br />
d'hui par celui de ses enfants barbares.<br />
« Mes enfants et moi aux confins oppo¬<br />
sés ! Tels le soleil couchant et la l<strong>un</strong>e<br />
qui monte, se regardant de loin sans<br />
jamais s'approcher. » Désormais, l'âme<br />
de la mère n'aura plus de paix car, dit-<br />
<strong>elle</strong>, « <strong>un</strong> fleuve ne saurait<br />
remonter à sa source, ni<br />
mon âme oublier ». *<br />
Si Ts'ai Yen vécut <strong>un</strong>e vie<br />
Gabri<strong>elle</strong> Cabrini, écrivain et philologue français, a<br />
été attachée au Département des Affaires cultur<strong>elle</strong>s<br />
du ministère français des Affaires étrangères. Elle a<br />
écrit plusieurs ouvrages parmi lesquels c <strong>La</strong> Résurrec¬<br />
tion des Morts ».<br />
f<br />
39
CHEVEUX LONGS<br />
IDÉES COURTES<br />
(Suite)<br />
bouleversée par la guerre et ses consé¬<br />
quences tragiques, Murasaki-no-Shikibu,<br />
l'auteur du chef-d'tuvre de la litté¬<br />
rature classique japonaise : Genji Mo-<br />
nogatari (l'histoire du prince Genji)<br />
vécut à la fin d'<strong>un</strong> des siècles les plus<br />
brillants et les plus raffinés de l'histoire<br />
cultur<strong>elle</strong> du Japon; période profondé¬<br />
ment influencée par la civilisation chi¬<br />
noise et coréenne, mais déjà fondue<br />
dans <strong>un</strong>e atmosphère spécifiquement<br />
japonaise : la période dite d'Heïan, qui<br />
vit naître Kyoto, la « capitale de la<br />
Paix ».<br />
C'<strong>est</strong> autour de l'an 1004 que Mura-<br />
saki-no-Shikibu, veuve d'<strong>un</strong> grand di-<br />
gnitaire de la Cour et dame d'honneur<br />
de l'impératrice, finit d'écrire son long<br />
roman qui, en cinquante-quatre chapi¬<br />
tres (la traduction complète en anglais<br />
comprend six gros volumes), décrit la<br />
vie de deux générations : c<strong>elle</strong> du prince<br />
Genji, personnage imaginaire, et de son<br />
fils Kaoru. Si bien des femmes écrivains<br />
au cours de ces mêmes siècles furent<br />
justement célèbres au Japon et le sont<br />
encore, le grand mérite de Murasaki fut<br />
d'avoir innové, en substituant au ro¬<br />
man fabuleux et merveilleux, <strong>un</strong> roma¬<br />
nesque réaliste qui refléta tout son<br />
temps.<br />
Il <strong>est</strong> intéressant de noter que les<br />
premiers grands romans psycholo¬<br />
giques du Japon et de l'Occident<br />
sont dûs à des femmes, Murasaki,<br />
Mme de <strong>La</strong> Fayette : Le prince Genji,<br />
<strong>La</strong> Princesse de Clèves. Si l'<strong>un</strong>e a in¬<br />
nové, dans <strong>un</strong>e langue admirable, le<br />
roman-fleuve psychologique, l'autre in¬<br />
nove le récit psychologique mais ra¬<br />
massé dans <strong>un</strong>e langue concise, où il<br />
n'<strong>est</strong> pas <strong>un</strong> mot de trop. Vivant,<br />
comme la grande dame japonaise, au<br />
cmur d'<strong>un</strong> monde raffiné, cultivé, où les<br />
femmes ne sont pas exclues des préoc¬<br />
cupations int<strong>elle</strong>ctu<strong>elle</strong>s des hommes,<br />
Mme de <strong>La</strong> Fayette, amie des penseurs,<br />
des poètes, des savants de son temps,<br />
dame d'honneur de la b<strong>elle</strong>-smur du roi<br />
Louis XIV, écrit <strong>un</strong> livre qui a été et<br />
qui <strong>est</strong> encore la perfection du genre<br />
qu'<strong>elle</strong> a créé. Le sujet en <strong>est</strong> simple :<br />
la princesse de Clèves, je<strong>un</strong>e et b<strong>elle</strong>,<br />
respecte et n'aime pas son mari, <strong>elle</strong><br />
aime le prince de Nemours et en <strong>est</strong><br />
aimée. Par loyauté, <strong>elle</strong> prévient son<br />
mari et, par cette loyauté, éloignera à<br />
jamais de lui la paix. Trois siècles ont<br />
passé sur. <strong>La</strong> Princesse de Clèves; les<br />
moralistes ne se sont pas encore mis<br />
d'accord pour décider si la princesse de¬<br />
vait ou ne devait pas parler à son<br />
mari...<br />
Ne quittons pas le xvir siècle, mais<br />
traversons cependant les océans. Tandis<br />
que Mme de <strong>La</strong> Fayette lançait le<br />
monde occidental dans les méandres du<br />
roman psychologique, dans la Nouv<strong>elle</strong><br />
Espagne, au Mexique, naissait, vivait et<br />
40<br />
mourait <strong>un</strong> des <strong>être</strong>s les plus extraor¬<br />
dinaires de l'Amérique <strong>La</strong>tine et de la<br />
vie int<strong>elle</strong>ctu<strong>elle</strong> de tous les temps :<br />
Stur Juana Inès de la Cruz. Née en<br />
1651, au moment le plus éclatant du<br />
monde hispanique rénové par le Nou¬<br />
veau Monde, Ssur Juana, dès l'âge de<br />
quatre ans, <strong>est</strong> dévorée par le besoin de<br />
savoir, et sa science <strong>elle</strong> <strong>est</strong> musi¬<br />
cienne, poète, mathématicienne, fait<br />
vite l'étonnement et presque l'effçoi de<br />
ses familiers, de ses maîtres, des sa¬<br />
vants. Nul sujet d'étude ne lui échappe :<br />
<strong>elle</strong> lit, <strong>elle</strong> écrit, se livre à des inv<strong>est</strong>i¬<br />
gations scientifiques, <strong>elle</strong> compose ces<br />
poèmes qui lui donnent <strong>un</strong>e place<br />
<strong>un</strong>ique dans la littérature de la période<br />
coloniale et des lettres tout court. Mais<br />
le monde ne peut suffire à son besoin<br />
d'absolu : <strong>elle</strong> entre au couvent, et <strong>elle</strong><br />
y entre avec sa soif de connaissance.<br />
Puis <strong>un</strong> jour <strong>elle</strong> vend sa bibliothèque<br />
4.000 volumes ses bijoux, en fait<br />
des aumônes, visite les victimes de tous<br />
les fléaux qui s'abattent alors sur sa<br />
patrie, et meurt à quarante-quatre ans<br />
de la p<strong>est</strong>e contractée au chevet des<br />
malades au moment où le Mexique es¬<br />
pagnol va lui aussi vers son déclin.<br />
Mais combien de femmes illustres<br />
nous faut-il passer ? Là où les femmes<br />
ont vécu dans <strong>un</strong>e atmosphère propice<br />
au développement des dons de l'esprit,<br />
leur esprit a donné de grandes<br />
avons-nous dit plus haut. Or comment<br />
mieux prouver la vérité de cette règle<br />
qu'en citant l'exception à cette règle<br />
même ? C'<strong>est</strong> c<strong>elle</strong> d'<strong>un</strong>e femme peintre.<br />
Séraphine Louis, dite Séraphine de<br />
Senlis, était femme de ménage. Née en<br />
1864 au village d'Assy, <strong>elle</strong> garde<br />
d'abord le bétail, puis <strong>elle</strong> vient très<br />
je<strong>un</strong>e à Senlis, dans la petite ville aus¬<br />
tère de l'Ile-de-France qui devait lui<br />
donner son nom. Séraphine passe son<br />
temps à laver les assiettes, à balayer, à<br />
frotter les parquets. <strong>La</strong> vie n'était pas<br />
douce à la fin du xrx' siècle pour les<br />
gens obligés de se louer à l'heure. Et<br />
Séraphine vit misérablement.<br />
Elle commence à peindre. Elle qui<br />
n'a tenu que le balai, manie le<br />
pinceau sans hésitation; <strong>elle</strong> peint<br />
des fleurs, des fruits, d'extraordinaires<br />
fleurs, d'extraordinaires fruits. En se¬<br />
cret, <strong>un</strong> secret qu'<strong>elle</strong> n'a pas révélé, <strong>elle</strong><br />
mêle les couleurs jusqu'à leur donner<br />
<strong>un</strong>e richesse et <strong>un</strong> éclat qui font l'admi¬<br />
ration de ceux qui, aujourd'hui, visitent<br />
les musées d'art moderne où se trouvent<br />
de ses luvres. Les voisins, les autres<br />
femmes de ménage, ses patrons se mo¬<br />
quent d'<strong>elle</strong>; parfois on l'injurie; <strong>elle</strong> se<br />
barricade dans sa chambre et peint. Un<br />
jour, <strong>elle</strong> ne fait plus autre chose, et<br />
advienne que pourra. Un critique d'art<br />
allemand, Wilhelm Uhde, celui qui fit<br />
la première exposition du douanier<br />
Rousseau, la découvre, l'aide <strong>un</strong> peu, lui<br />
donne des couleurs. <strong>La</strong> vieille femme,<br />
car <strong>elle</strong> <strong>est</strong> déjà vieille, avec <strong>un</strong>e pas¬<br />
sion accrue, avec <strong>un</strong>e sorte de frénésie,<br />
surmonte les obstacles que son igno¬<br />
rance lui fait rencontrer. Mais, <strong>un</strong> jour,<br />
sa raison sombre. On finit par l'interner<br />
à Clermont-Ferrand. Elle y meurt en<br />
1934, quatre ans après, dans l'oubli et<br />
le dénuement. Aujourd'hui, les musées<br />
du monde entier sont fiers de posséder<br />
<strong>un</strong> « Séraphine de Senlis ».<br />
LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES FÉMININES<br />
Voici la liste des organi¬<br />
sations internationales<br />
féminines qui jouent <strong>un</strong><br />
<strong>rôle</strong> consultatif auprès<br />
de l'<strong>Unesco</strong>.<br />
Association mondiale des<br />
femmes rurales, 167, Ken¬<br />
sington High Street, Lon¬<br />
don, W.8. Alliance in¬<br />
ternationale des femmes,<br />
V<strong>est</strong>manna Gade 2, Copen¬<br />
hague S. Conseil in¬<br />
ternational des femmes,<br />
Frankengasse 3, Zurich 1.<br />
Fédération internatio¬<br />
nale des femmes de car¬<br />
rières libérales et com¬<br />
merciales, 45, Easlcastle<br />
Street, London WA. Fé¬<br />
dération internationale des<br />
femmes diplômées des <strong>un</strong>i¬<br />
versités, 1, Sedding Street,<br />
Stoane Square, London,<br />
S. HM. Fédération inter¬<br />
nationale des femmes ju¬<br />
ristes, c/o Dr. Isabel Siero<br />
Perez, San Lázaro 668, <strong>La</strong><br />
Havane (Cuba). Asso¬<br />
ciation internationale so-<br />
roptimiste, 1103, Spivey<br />
Building, East St. Louis,<br />
(UJS.A.). Ligue interna¬<br />
tionale de femmes pour la<br />
.f<br />
paix et la liberté, 12, rue<br />
du Vieux-Collège, Genève.<br />
Association mondiale<br />
des guides et éclaireuses,<br />
9 Palace Street, W<strong>est</strong>mins¬<br />
ter, London S.WA. Fé¬<br />
dération mondiale des jeu¬<br />
nesses féminines catholi¬<br />
ques, 2, rue des Baguettes,<br />
Gand (.Belgique). Mou¬<br />
vement mondial des mères,<br />
37, rue de Valois, Pa¬<br />
ris (1er). Union mon¬<br />
diale des organisations fé¬<br />
minines catholiques, 91,<br />
rue de Sèvres, Paris (6°).<br />
Alliance <strong>un</strong>ivers<strong>elle</strong> des<br />
<strong>un</strong>ions chrétiennes de jeu¬<br />
nes filles, 37, quai Wilson,<br />
Genève.<br />
Liste des organisations<br />
internationales fémini¬<br />
nes ne jouant pas de <strong>rôle</strong><br />
consultatif auprès de<br />
l'<strong>Unesco</strong>, mais entrete¬<br />
nant des relations de<br />
travail suivies avec le<br />
Secrétariat.<br />
Association internatio¬<br />
nale des Lyceum Clubs,<br />
Râmistrasse 26, Zurich.<br />
Guilde internationale des<br />
coopératrices, c/o C.W.S.,<br />
82, Leman Street, London,<br />
E.l. Conseil internatio¬<br />
nal des infirmières, 19,<br />
Queen's Gate, London, S.<br />
W.I. Comité de liaison<br />
des organisations fémini¬<br />
nes internationales, 19,<br />
Wellington Square, Lon¬<br />
don, S.W. 3. Associa¬<br />
tion internationale des<br />
femmes médecins, 118, Ri¬<br />
verside Drive, New York,<br />
N.Y. Internationale de<br />
¡a porte ouverte pour<br />
l'émancipation économique<br />
de la travailleuse, 7, Egehöjvej,<br />
Charlottenl<strong>un</strong>d<br />
(Danemark). 38, Hattaway<br />
Avenue, Bucklands<br />
Beach, Auckland (New Zea¬<br />
land). Alliance interna¬<br />
tionale, sociale et politi¬<br />
que, Sainte Jeanne-d'Arc,<br />
55, Berners Street, London<br />
WA. Fédération démo¬<br />
cratique internationale des<br />
femmes, Unter den Lin¬<br />
den 13, Berlin W.8. En¬<br />
tente mondiale des fem¬<br />
mes, 34, rue Marbeau, Pa¬<br />
ris (16e). _ Union mon¬<br />
diale de la femme pour la<br />
concorde internationale,<br />
37, quai Wilson, Genève.
Le Courrier. N" 11. 1955<br />
Nos lecteurs nous écrivent<br />
De M. Fort<strong>un</strong>é Cadenel,<br />
Inspecteur de l'Enseignement primaire,<br />
Marseille.<br />
Permettez-moi de vous écrire en toute<br />
simplicité combien j'apprécie le Cour¬<br />
rier auquel je suis abonné. Les confé¬<br />
rences pédagogiques annu<strong>elle</strong>s de l'ensei¬<br />
gnement primaire vont commencer dans<br />
quelques jours. En ma qualité d'inspec¬<br />
teur de l'Enseignement, je signalerai le<br />
Courrier et engagerai directrices et di¬<br />
recteurs à y abonner leur école. Insti¬<br />
tuteurs et professeurs y puiseront <strong>un</strong>e<br />
documentation à jour, riche, amusante<br />
parfois, émouvante souvent, et toujours<br />
pertinemment illustrée. Les grands élè¬<br />
ves, en particulier ceux des cours com¬<br />
plémentaires, y apprendront beaucoup<br />
et se livreront, j'espère, à d'utiles ré¬<br />
flexions et à de judicieuses comparai¬<br />
sons. Le dernier numéro, celui que je<br />
présenterai, « <strong>La</strong> Conquête du désert »,<br />
certainement retiendra l'attention de la<br />
quasi-totalité de mon personnel.<br />
Comme esperantiste, je souhaiterais<br />
<strong>un</strong>e édition en espéranto de votre revue<br />
puisque depuis près d<strong>un</strong> an, l'Associa¬<br />
tion <strong>un</strong>ivers<strong>elle</strong> esperantiste <strong>est</strong> membre<br />
consultatif de l'<strong>Unesco</strong>.<br />
Mais <strong>un</strong>e t<strong>elle</strong> édition, pour l'instant,<br />
serait peut-<strong>être</strong> prématurée. Ne pensezvous<br />
pas, toutefois, qu'<strong>un</strong> résumé en<br />
espéranto des principaux articles serait<br />
bien accueilli dans quelques-<strong>un</strong>s des<br />
pays qui ne reçoivent pas d'édition dans<br />
leur langue nationale du Courrier ? Ne<br />
serait-ce pas <strong>un</strong> moyen d'étendre encore<br />
l'influence et le pr<strong>est</strong>ige de l'<strong>Unesco</strong> et<br />
<strong>un</strong> nouveau stimulant pour les associa¬<br />
tions espérantistes qui collaborent, ainsi<br />
qu'il a été reconnu en décembre 1954 à<br />
la Conférence générale de l'<strong>Unesco</strong>, à<br />
Montevideo, à la diffusion de la science<br />
et de la culture par les échanges intel¬<br />
lectuels internationaux et pour le rap¬<br />
prochement des peuples ?<br />
De Palmer Van G<strong>un</strong>dy,<br />
Santa Monica,<br />
Californie.<br />
Quand je suis rentré ce soir de mon<br />
travail, ma femme m'a donné le numéro<br />
d'août du Courrier de l'<strong>Unesco</strong>, qui ve¬<br />
nait d'arriver, en déclarant que c'était la<br />
plus intéressante de toutes les revues<br />
que nous lisions. Je suis bien de cet avis.<br />
On a terriblement besoin de documents<br />
qui présentent <strong>un</strong> intérêt humain sur les<br />
Nations Unies et leurs problèmes.<br />
Il faut montrer aux habitants de tous<br />
/.'édition française du «Courrier» <strong>est</strong> en vente<br />
chez les agents généraux de ¡'<strong>Unesco</strong> dont voici<br />
la liste. Pour les autres distributeurs, voir les<br />
éditions anglaise et espagnole du « Courrier ».<br />
Algérie : Editions de l'Empire, 28, rue<br />
Michelet, Alger.<br />
Allemagne : <strong>Unesco</strong> Vertrieb für Deutsch¬<br />
land, R. Oldenbourg, Rosenheimesstrasse<br />
1-45, M<strong>un</strong>ich.<br />
Antilles françaises : J. Bocage, Librairie,<br />
rue <strong>La</strong>voir, Fort-de-France (Martinique).<br />
Belgique : M. Louis de <strong>La</strong>nnoy, 15, rue de<br />
Tilleul, Genval. (Fr. B. 60),<br />
les pays que les Nations Unies, ce ne<br />
sont pas d'ennuyeux diplomates qui dis¬<br />
courent devant <strong>un</strong> micro dans <strong>un</strong>e salle<br />
de marbre. Il faut leur faire comprendre<br />
que l'Organisation mondiale <strong>est</strong> faite de<br />
gens de toutes catégories, de toutes ra¬<br />
ces et de toutes croyances qui travail¬<br />
lent, qui s'amusent, qui étudient et qui<br />
prient ensemble pour <strong>un</strong>e vie et pour<br />
<strong>un</strong> monde meilleurs. Si les problèmes<br />
mondiaux exigent des solutions mondia¬<br />
les et qui pourrait le nier rien n'<strong>est</strong><br />
plus important et plus urgent que de<br />
développer la compréhension internatio¬<br />
nale par l'intermédiaire des Nations<br />
Unies et de leurs institutions spéciali¬<br />
sées. Par son caractère essenti<strong>elle</strong>ment<br />
humain, le Courrier de l'<strong>Unesco</strong> ouvre<br />
magnifiquement la voie.<br />
Du Dr. J.-N. Carruthers,<br />
Surrey (Grande-Bretagne).<br />
Nous avons été t<strong>elle</strong>ment intéressés<br />
par le Courrier n° 5, 1955, que nous<br />
aimerions recevoir tous les numéros qui<br />
traiteraient d'océanographie et des ques¬<br />
tions se rapportant à la mer en général.<br />
De Mme Renée Galland,<br />
Paris.<br />
... Je profite pour vous dire mon admi¬<br />
ration pour tout le travail que vous<br />
faites par « Le Courrier ». J'ai rare¬<br />
ment vu <strong>un</strong>e revue aussi intelligente et<br />
intéressant des personnes de goûts aussi<br />
variés.<br />
De M. li. Gaboreau,<br />
Evreux, France.<br />
Je tiens à vous exprimer toute ma<br />
reconnaissance pour la qualité de la do¬<br />
cumentation exposée et c'<strong>est</strong> toujours<br />
avec l'intérêt le plus vif que j'accueille<br />
« Le Courrier ».<br />
De M. le Dr Albault,<br />
Toulouse, France.<br />
Vous trouverez ci-joint le talon de<br />
mon réabonnement au Courrier. J'avais<br />
espéré pouvoir vous comm<strong>un</strong>iquer ma<br />
nouv<strong>elle</strong> adresse, d'où mon léger retard.<br />
Merci au Courrier de nous faire<br />
connaître des aspects si variés pris parmi<br />
les peuples de notre planète désormais<br />
si petite malgré son extraordinaire di¬<br />
versité.<br />
... en toute franchise<br />
L'article « Le Fer, fabuleux métal »<br />
nous montre sur le vif et d'<strong>un</strong>e façon<br />
frappante comment <strong>un</strong>e invention peut<br />
bouleverser la vie des hommes. Le fait<br />
que l'homme s'y adapte mal sur le mo¬<br />
ment et <strong>est</strong> parfois poussé à des actes<br />
de barbarie n'<strong>est</strong>, somme toute, qu'<strong>un</strong><br />
détail passager. L'histoire de l'humanité<br />
semble marquée tout au long par de<br />
t<strong>elle</strong>s inventions matéri<strong>elle</strong>s ou tout<br />
aussi bien int<strong>elle</strong>ctu<strong>elle</strong>s depuis le feu<br />
jusqu'à l'atome en passant par l'écri¬<br />
ture et l'alphabet, l'imprimerie, la va¬<br />
peur et l'électricité, la langue interna¬<br />
tionale espéranto, l'aéronautique, les<br />
mathématiques modernes et par mille<br />
autres inventions techniques ou cultu¬<br />
r<strong>elle</strong>s : les <strong>un</strong>es ne vont jamais sans les<br />
autres... et réciproquement.<br />
Nous nous acheminons, plus ou moins<br />
tranquillement, c'<strong>est</strong>-à-dire avec plus ou<br />
moins de sauvagerie, vers l'<strong>un</strong>ification<br />
de l'humanité par <strong>un</strong>e plus grande<br />
connaissance de la matière et par <strong>un</strong>e<br />
meilleure compréhension de la solidarité<br />
humaine. Depuis quelques mois, on<br />
parle beaucoup plus dans la presse quo¬<br />
tidienne de notions qui n'étaient con¬<br />
nues, il y a encore quelques années seu¬<br />
lement, que d'<strong>un</strong>e rare élite. « Fédéra¬<br />
lisme » ou même « mondialisme » ou<br />
encore « planétisation » sont des termes<br />
dont l'emploi semble vouloir se généra¬<br />
liser.<br />
De toute évidence, il jaillira de cet<br />
état de choses <strong>un</strong> nouvel humanisme.<br />
Un humanisme moderne de « l'épo¬<br />
que atomique » ou de « l'époque des<br />
robots »... Ce sera <strong>un</strong>e duvre collective<br />
des peuples du monde. Mais je crois que<br />
le docteur William Perrenoud (profes¬<br />
seur à l'<strong>un</strong>iversité de Neuchâtel, Suisse)<br />
a eu le grand mérite de dégager les<br />
lignes générales de ce qu'il app<strong>elle</strong> le<br />
« géonisme » ou nouvel humanisme.<br />
A n'en pas douter, le « Courrier »<br />
travaille déjà pour <strong>un</strong>e très grande part<br />
à la prise de conscience de ce « géo¬<br />
nisme » par les hommes de bonne vo¬<br />
lonté.<br />
De M. René de Berval,<br />
Saigon.<br />
LISTE DES AGENTS GÉNÉRAUX DE L'UNESCO<br />
Cambodge : Librairie Albert Portail, 14,<br />
Avenue Boulloche, Phnom-Penh.<br />
Canada : Periodica, Inc. 5112, avenue<br />
Papineau, Montréal 34.<br />
Congo Belge : Librairie de <strong>La</strong>nnoy, 15<br />
rue de Tilleul, Genval, Belgique.<br />
Chypre : M. E. Constantinides, P.O.B. -473.<br />
Nicosia.<br />
Egypte : <strong>La</strong> Renaissance d'Egypte, 9, rue<br />
Adly-Pasha, Le Caire.<br />
France : Vente en gros : Divisron des Ventes<br />
<strong>Unesco</strong>, I 9, av. Kléber, Paris- 1 6e. Vente<br />
au détail: C.C.P. Paris 12598-48 Librairie<br />
<strong>Unesco</strong>.<br />
Grèce : H. Kauffmann, 28, rue du Stade,<br />
Athènes.<br />
Haïti : Librairie « A la Carav<strong>elle</strong> », 36, rue<br />
Roux, Port-au-Prince.<br />
Pour tout autre pays, renseignements<br />
Hongrie : « Kultura », P.O. Box 1 49, Buda¬<br />
p<strong>est</strong> 62.<br />
Iran: Commission nationale iranienne pour<br />
l'<strong>Unesco</strong>, Avenue du Musée, Téhéran.<br />
Israël : Blumstein's Bookstores Ltd., P.O.<br />
Box 5154. 35, Allenby Road, Tel-Aviv.<br />
Italie : G.C. Sansoni, via Gino Capponi 26,<br />
Casella postale 552, Florence.<br />
<strong>La</strong>os : (Voir Vietnam).<br />
Liban : Librairie Univers<strong>elle</strong>, Avenue des<br />
Français, Beyrouth.<br />
Luxembourg : Librairie Paul Brück, 3 3,<br />
Grande-Rue, Luxembourg.<br />
Portugal : Publicaçoes Europa-America<br />
Leda, Ruadas Flores, 45, Lisbonne. (30$00)<br />
Suisse alémanique : Europa Verlag, 5<br />
Râmistrasse, Zurich. Suisse romande :<br />
C'<strong>est</strong> avec <strong>un</strong> très vif plaisir que je<br />
reçois régulièrement votre revue si inté¬<br />
ressante et si riche de découvertes et<br />
d'enseignements pour moi toujours nou¬<br />
veaux. Entre autres, vos derniers numé¬<br />
ros sont remarquables, particulièrement<br />
celui consacré aux frontières de la civi¬<br />
lisation et aux « ombres évanouies »...<br />
Librairie Payot, 40, rue du Marché, Ge¬<br />
nève. (Fr. suisses 3.90).<br />
Syrie : Librairie Univers<strong>elle</strong>, Damas.<br />
Tchécoslovaquie : Artia, Ltd., 30 ve<br />
Smeckach, Prague 2<br />
T<strong>un</strong>isie : Victor Boukhors, 4, rue Nocard,<br />
T<strong>un</strong>is.<br />
Turquie : Librairie Hachette, 469, Istiklal<br />
Caddesi, Beyoglu, Istanbul.<br />
Vietnam : Librairie Nouv<strong>elle</strong> A. Portail,<br />
B.P. 283, Saigon.<br />
Yougoslavie : Jugostovenska Knjiga, Terazije<br />
27/1 I, Belgrade<br />
Changement d'adresse : nous avertir<br />
en joignant fa dernitre bande.<br />
à l'<strong>Unesco</strong>, 19, avenue Kléber, Paris.<br />
41
<strong>La</strong>titudes et Longitudes...<br />
* BONS D'ENTRAIDE :<br />
<strong>La</strong> somme de 2.298 dollars a<br />
été remise dernièrement sous<br />
forme de bons d'entraide<br />
<strong>Unesco</strong>, à l'Agence des Na¬<br />
tions Unies pour la Recon¬<br />
struction de la Corée<br />
(UNKRA). Ces bons d'entrai¬<br />
de sont envoyés au siège de<br />
l'UNKRA, à Séoul, par des<br />
particuliers ou des Organisa¬<br />
tions de tous les pays : ils<br />
servent alors à payer du ma¬<br />
tériel scolaire pour les éco¬<br />
les coréennes. Le choix de cet<br />
équipement, comme celui des<br />
écoles bénéficiaires appar¬<br />
tient au ministère coréen de<br />
l'Education et à l'UNKRA.<br />
Les bons reçus dernièrement<br />
permettront d'équiper les<br />
classes dans 82 écoles sur<br />
l'ensemble du territoire de la<br />
République de Corée. On a<br />
également commandé des<br />
appareils pour quatre écoles<br />
d ingénieurs à Séoulf à Inchon<br />
et à Chongju, ainsi que pour<br />
le Collège d'Agriculture de<br />
Kangwon-Do. L' école de<br />
sourds-muets de Mokpo rece¬<br />
vra l'équipement d'<strong>un</strong> salon<br />
de coiffure d<strong>est</strong>iné à l'ins¬<br />
truction professionn<strong>elle</strong> des<br />
je<strong>un</strong>es infirmes^ Les bons<br />
d'entraide reçus en Corée<br />
s'élèvent au total à 47.528<br />
dollars, provenant de dona¬<br />
teurs canadiens, cubains,<br />
français, japonais, néo-zélan¬<br />
dais, britanniques et améri¬<br />
cains.<br />
Bourses pour écri¬<br />
vains ET ARTISTES: L'Unes¬<br />
co a créé quatorze nouv<strong>elle</strong>s<br />
bourses de voyage à l'intention<br />
d'écrivains et d'artistes (compo¬<br />
siteurs de musique, peintres,<br />
sculpteurs, graveurs ou architec¬<br />
tes). <strong>La</strong> durée de ces bourses se¬<br />
ra de six mois. Les bénéficiaires ,<br />
recevront <strong>un</strong>e indemnité men¬<br />
su<strong>elle</strong> de 200 dollars au mini¬<br />
mum et de 300 dollars au maxi¬<br />
mum (70.000 à 100.000 fr. fr.),<br />
suivant <strong>un</strong> barème établi en<br />
considération du coût de la vie<br />
dans les différents pays d'ac¬<br />
cueil. L'<strong>Unesco</strong> prendra à sa<br />
charge les frais de voyage aller<br />
et retour et les dépenses acces¬<br />
soires de caractère profession¬<br />
nel nécessaires à la réalisation<br />
des meilleures conditions de tra¬<br />
vail : achat de livres d'études,<br />
de matériel et de fournitures, lo¬<br />
cation d'<strong>un</strong> atelier ou d'<strong>un</strong> stu¬<br />
dio, d'instruments de musique,<br />
etc. Une fois établie la liste des<br />
candidatures présentées par les<br />
Etats membres, le Secrétariat de<br />
l'<strong>Unesco</strong> procédera à la désigna¬<br />
tion des quatorze bénéficiaires,<br />
en fondant son choix sur le<br />
principe de la répartition géo¬<br />
graphique.<br />
42<br />
* COMPREHENSION IN¬<br />
TERNATIONALE : Le pro¬<br />
gramme d'activités expéri¬<br />
mentales en matière d'éduca¬<br />
tion pour la compréhension<br />
et la coopération internatio¬<br />
nale <strong>est</strong> en pleine réalisation.<br />
Entreprise en 1953, l'exécu¬<br />
tion de ce programme consti¬<br />
tue <strong>un</strong>e extension de l'action<br />
de l'<strong>Unesco</strong> dans <strong>un</strong> domaine<br />
auquel de nombreux Etats<br />
membres attachent <strong>un</strong>e im¬<br />
portance particulière. Dans<br />
les différents pays qui y par¬<br />
ticipent, plusieurs écoles se¬<br />
condaires se livrent à <strong>un</strong> en<br />
semble d'études et de tra¬<br />
vaux propres à favoriser chez<br />
les élèves la compréhension<br />
des peuples étrangers et la<br />
connaissance des affaires<br />
mondiales. Ces activités font<br />
<strong>un</strong>e large place aux buts et<br />
à l'muvre de l'O.N.U. et des<br />
institutions spécialisées, ainsi<br />
qu'aux principes de la- Dé¬<br />
claration <strong>un</strong>ivers<strong>elle</strong> des<br />
Droits de l'Homme. Tout en<br />
stimulant les progrès de<br />
l'éducation pour la compré¬<br />
hension internationale, cette<br />
expérience devrait fournir<br />
d'abondantes données sur<br />
l'efficacité comparée des dif¬<br />
férentes méthodes et des di¬<br />
vers genres de matériel pé¬<br />
dagogique employés à cette<br />
fin. Une soixantaine d'écoles<br />
secondaires, réparties dans<br />
vingt pays, sont actu<strong>elle</strong>ment<br />
associées à l'exécution de ce<br />
projet. Il s'<strong>est</strong> établi entre<br />
<strong>elle</strong>s et le Secrétariat de<br />
l'<strong>Unesco</strong> <strong>un</strong> double courant<br />
d'échanges d e renseigne¬<br />
ments, de documentation et<br />
de services.<br />
li E FILM ETHNOGRA¬<br />
PHIQUE : Il <strong>est</strong> de plus en<br />
plus reconnu que le film ethno¬<br />
graphique représente <strong>un</strong> docu¬<br />
ment de travail remarquable<br />
pour les ethnographes et les<br />
ethnologues. C'<strong>est</strong> pourquoi <strong>un</strong><br />
Comité du Film ethnographique<br />
a été chargé de recueillir la do¬<br />
cumentation sur les films exis¬<br />
tants dans ce domaine, et de les<br />
examiner au point de vue de<br />
leur intérêt ethnographique. Le<br />
Comité a commencé ses travaux<br />
par l'examen des films français<br />
portés à sa connaissance. Au<br />
cours des années 1952-1954, 106<br />
de ces films ont été projetés et<br />
analysés par le Comité; ils sont<br />
enumeres dans le « catalogue<br />
des films ethnographiques fran¬<br />
çais », que vient de publier le<br />
Département de l'information de<br />
l'<strong>Unesco</strong>. Avec l'aide de l'<strong>Unesco</strong>,<br />
le Comité poursuit son effort<br />
ainsi amorcé, Il se propose de<br />
visionner et d'examiner les films<br />
ethnographiques produits dans<br />
d'autres pays que la France afin<br />
de constituer <strong>un</strong>e documentation<br />
internationale aussi complète<br />
que possible sur l'ethnographie,<br />
et qui fera l'objet d'<strong>un</strong>e ou de<br />
plusieurs publications ultérieu.-<br />
res.<br />
A L'USAGE DES ECO¬<br />
LES : L'<strong>Unesco</strong> a commencé<br />
à rassembler <strong>un</strong>e documen¬<br />
tation relative aux émissions<br />
radiophoniques et télévisées<br />
à l'usage des écoles : rap¬<br />
ports spéciaux publiés par les<br />
organismes de radiodiffu¬<br />
sion, échantillons des ma¬<br />
nuels préparés à l'intention<br />
des maîtres et des brochures<br />
distribuées ou vendues aux<br />
élèves, textes d'émissions ca¬<br />
ractéristiques, choix de pro¬<br />
grammes enregistrés, com¬<br />
mentaires sur l'utilisation de<br />
la télévision dans les écoles,<br />
etc. Cette documentation per¬<br />
mettra au Secrétariat de<br />
l'<strong>Unesco</strong> de répondre aux de¬<br />
mandes d'information des<br />
Etats membres et sera, en<br />
outre, mise à la disposition<br />
des experts, boursiers, réali¬<br />
sateurs ou autres personnes<br />
qui désireraient la consulter<br />
à Paris. Le Centre de docu¬<br />
mentation du Département<br />
de l'information se propose<br />
de faire parvenir deux fois<br />
par an aux organisations et<br />
aux spécialistes intéressés <strong>un</strong>e<br />
liste analytique du matériel<br />
reçu.<br />
Recherches relati¬<br />
ves A L'INFORMATION :<br />
L'<strong>Unesco</strong> a entrepris l'exécution<br />
d'<strong>un</strong> projet prévoyant le rassem¬<br />
blement et la diffusion d'<strong>un</strong>e<br />
documentation intéressant les<br />
spécialistes des recherches sur<br />
l'information. Ce projet vise à<br />
renseigner ces spécialistes sur les<br />
recherches consacrées à l'infor¬<br />
mation dans le monde entier et<br />
à faciliter leur coopération sur<br />
le plan international. On envi¬<br />
sage, notamment, la publication<br />
Usées seraient fondées, à Pa¬<br />
ris et à New York.<br />
A Tanger, les problèmes<br />
posés par la production de<br />
films pour la télévision ont<br />
donné lieu à de précieux<br />
échanges . de renseignements.<br />
Chaque nation a indiqué ses<br />
besoins en productions étran¬<br />
gères ainsi que les sujets<br />
dont <strong>elle</strong> pouvait disposer<br />
pour <strong>un</strong> échange internatio¬<br />
nal. L'établissement de cette<br />
liste constitue dès mainte¬<br />
nant <strong>un</strong>e contribution de la<br />
plus haute importance au dé¬<br />
veloppement de la compré¬<br />
hension internationale. On a<br />
suggéré en particulier <strong>un</strong>e<br />
série de films biographiques<br />
évoquant les grandes figures<br />
vivantes de la science et de<br />
la culture de chaque nation,<br />
DES MOTS ET DES COULEURS<br />
LA qu<strong>est</strong>ion des races semblait jusqu'ici <strong>un</strong> sujet de conversation<br />
pour grandes personnes ; <strong>elle</strong> relevait aussi d'<strong>un</strong> certain nombre<br />
de sciences, mais sûrement pas de l'enseignement primaire, dans<br />
lequel on devra maintenant l'introduire. Qu<strong>est</strong>ion de langage, par<br />
exemple. Car il <strong>est</strong> évident que certains mots, en dehors de leur sens<br />
strict, ont <strong>un</strong> contenu émotif qui peut les transformer complètement.<br />
Quand <strong>un</strong> raciste prononce le mot « nègre > avec <strong>un</strong> mépris plus<br />
ou moins accusé, il ne veut pas faire <strong>un</strong>e description objective :<br />
il exprime son orgueil (ou sa peur), il désigne ce qu'il app<strong>elle</strong> <strong>un</strong><br />
<strong>être</strong> <strong>inférieur</strong> <strong>inférieur</strong> par rapport à lui-même, qui se croit supé¬<br />
rieur. Et les mots « race pure », « métissage », « sang mêlé » ?<br />
Il faudrait étudier la résonance de ces mots dans <strong>un</strong> cours d'histoire<br />
ou de géographie. Il faudrait savoir les traces qu'ils laissent dans<br />
l'esprit des enfants.<br />
Des éducateurs poursuivent cette tâche en collaboration avec<br />
l'<strong>Unesco</strong>. L'<strong>Unesco</strong>, qui a publié déjà plusieurs ouvrages concernant<br />
les préjugés raciaux, leurs origines, leur formation, s'apprête main¬<br />
tenant à faire paraître <strong>un</strong>e étude du professeur Cyril Bibby, de l'Ins¬<br />
titut de Pédagogie de l'Université de Londres, sur « l'enseignement<br />
relatif aux qu<strong>est</strong>ions raciales ». Ce sera <strong>un</strong> guide précieux pour les<br />
maîtres quand ils aborderont en classe ces qu<strong>est</strong>ions délicates. Et<br />
dans son ouvrage, le professeur Bibby insiste beaucoup sur le pou¬<br />
voir des mots, dont certains, quand il <strong>est</strong> qu<strong>est</strong>ion de races humaines,<br />
distillent <strong>un</strong> venin subtil, dont il faut découvrir l'antidote, si l'on ne<br />
veut pas que l'esprit des enfants en soit pour toujours empoisonné.<br />
Les racistes de toutes les couleurs et de toutes nationalités ne<br />
sont pas nés racistes. Ils le sont devenus, parce qu'ils ont grandi<br />
dans le langage du racisme. Voilà pourquoi il <strong>est</strong> temps que l'école<br />
purifie ce langage, et remplace par des réalités l'épouvantail des<br />
mots.<br />
d'<strong>un</strong>e bibliographie internatio¬<br />
nale de l'information (presse, ci¬<br />
néma, radio, télévision), d'<strong>un</strong><br />
répertoire des institutions qui se<br />
livrent à des recherches dans ce<br />
domaine, d'<strong>un</strong> index des périodi¬<br />
ques spécialisés dans les problè¬<br />
mes de l'information, d'<strong>un</strong> in¬<br />
ventaire des centres de docu¬<br />
mentation et de plusieurs rap¬<br />
ports analysant et comparant les<br />
tendances actu<strong>elle</strong>s des recher¬<br />
ches sur ces qu<strong>est</strong>ions.<br />
* CINEMA ET TELEVI¬<br />
SION : Ré<strong>un</strong>is à Tanger du<br />
19 au 30 septembre sous les<br />
auspices de l'<strong>Unesco</strong>, les re¬<br />
présentants de la TV et du<br />
cinéma ont décidé de créer<br />
<strong>un</strong> « centre international de<br />
films éducatifs, scientifiques<br />
et culturels ». Cet organisme<br />
aura pour but de faciliter et<br />
de susciter la production et<br />
la diffusion de films d<strong>est</strong>inés<br />
d'abord à la Télévision et<br />
éventu<strong>elle</strong>ment à tout le cir¬<br />
cuit non-commercial. Deux<br />
cinémathèques spécia-<br />
des échanges plus réguliers<br />
en matière d'actualités, de<br />
reportages sociaux et de<br />
films de télévision d<strong>est</strong>inés<br />
aux enfants.<br />
Le prix kalinga, d'<strong>un</strong><br />
montant d'<strong>un</strong> million de francs<br />
français <strong>est</strong> attribué cette an¬<br />
née à M. Auguste P. Suñer, di¬<br />
recteur de l'Institut de médecine<br />
expérimentale à l'Université de<br />
Caracas. Ce prix <strong>est</strong> décerné<br />
chaque année par l'<strong>Unesco</strong>; les<br />
fonds nécessaires ont été four¬<br />
nis par <strong>un</strong> industriel indien,<br />
M. B. Patnaik, qui a créé ce<br />
prix dans le but d'honorer les<br />
grands interprètes de la scien¬<br />
ce. Le prix s'app<strong>elle</strong> Kalinga, du<br />
nom de l'empire indien conquis<br />
il y a plus de 2 000 ans par<br />
Asoka.<br />
Les trois précédents lauréats<br />
ont été le professeur Louis de<br />
Broglie; M. Julian Huxley, qui<br />
fut le premier Directeur général<br />
de l'<strong>Unesco</strong>, et M, Waldemar<br />
Kaempffert, chef de la rubrique<br />
scientifique au New York Times.
Dans le prochain numéro :<br />
TOUR DU MONDE DD NOUVEL AN<br />
Comment les peuples de différents pays fêtent la fin de l'année<br />
M En Chine, la fête des lampions.<br />
M Au Japon, les f<strong>est</strong>ivals du bambou et de la langouste.<br />
M Chez les Grecs et les Romains de l'antiquité.<br />
M L'histoire des cartes et des cadeaux de Nouvel An.<br />
Au sommaire des prochains numéros :<br />
M LES MANUELS SCOLAIRES<br />
Comment certains livres de classe déforment l'histoire. L'édition de manuels scolaires : grande<br />
entreprise qui mérite d'<strong>être</strong> mieux connue et appréciée.<br />
M LES TUEURS DU MONDE DES INSECTES<br />
Les fléaux modernes provoqués par les insectes. Le prodigieux Impôt en morts, maladies et<br />
misères payé aux épidémies dont les Insectes sont responsables.<br />
M 2.500 ANS D'ART ET DE CULTURE BOUDDHISTES<br />
L'Influence de Bouddha l'Illuminé sur quelque 500 millions d'Asiatiques: Les grands<br />
monastères de Birmanie, Thaïlande, Tibet. Les fabuleuses richesses de l'art bouddhiste.<br />
M BIENVENUE AUX ÉTRANGERS<br />
Les bourses d'études et les programmes d'échanges de personnes, puissants auxiliaires de la<br />
paix et de la compréhension Internationale. Ce que fait ¡'<strong>Unesco</strong> dans ce domaine : échanges<br />
d'étudiants, de professeurs, voyages d'études pour int<strong>elle</strong>ctuels et travailleurs.<br />
M MUSÉES : LE PAYS DES MERVEILLES<br />
Dans les musées modernes, à la découverte de l'art, de la science, de l'Industrie et de l'histoire<br />
natur<strong>elle</strong>. Le roman du tabac, du textile, du vin et du métal. Loin des poussiéreux « cime¬<br />
tières )> d'hier.
ira Courrier<br />
ENTRE LES<br />
Photo copyright M. Ringart, Par!«<br />
I nr I A I fil Entre 1905 et 1914, les suffragettes lancèrent en Grande-Bretagne de<br />
7 lu très vigoureuses campagnes en vue d'obtenir le droit de vote. Des<br />
suffragettes furent arrêtées lors d'<strong>un</strong> des meetings qui marquèrent<br />
LA LOI ENTRE LEURS h<br />
l'année 1913, époque où la stratégie féminine n'hésitait pas à utiliser<br />
les grands moyens pour faire valoir ses droits : bris de vitres, grèves<br />
de la faim, piquets aux portes de la Chambre des Comm<strong>un</strong>es... En<br />
1918, les femmes britanniques se virent octroyer le droit de vote partiel<br />
Dix ans plus tard leurs droits furent alignés sur ceux des hommes.<br />
Aujourd'hui, lés femmes participent à foutes les activités de la vie publique. <strong>La</strong> photo ci-dessous montre des avocats<br />
et des avocates, portant la traditionn<strong>elle</strong> perruque, se rendant en procession à la séance d'ouverture des Trib<strong>un</strong>aux.<br />
Photo Ambassade britannique, Paris