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Revue trimestrielle d’informations environnementales - N° 5 - Spéciale érosion côtière

VARIABILITE CLIMATIQUE ET VULNERABILITE

DES ECOSYSTEMES DE LA FRANGE LITTORALE

Espace d’information et de

sensibilisation sur l’environnement

Directeur de publication

Voré Gana SECK

Rédacteur en chef

Ibrahima FALL

Coordination et Mise en page

Louise Cécile DIOUF

Rédaction

Voré Gana SECK

Ibrahima FALL

Moustapha Sène

Contact

greensenegal@orange.sn

greensenegaldk@orange.sn

221 33 951 68 30

221 33 825 71 20

Impression

IMP. LA ROCHETTE


I. LA VALSE INTENABLE DE LA CRUE ET

DES RAZ- DE-MARÉES

L’érosion dans cette partie du Sénégal qui va de

Sendou aux environs de Rufi sque-Bargny à Djifère

à l’extrême pointe de la fl èche de Sangomar a eu

plusieurs conséquences fâcheuses notamment la perte

d’infrastructures économiques (usine, campement),

la destruction de la mangrove, la délocalisation de

village comme Diakhanor, l’ensablement des chenaux

d’accès aux îles comme Dionewar et Niodior.

Actuellement, selon certains experts le phénomène

d’érosion ayant beaucoup ralenti, la ligne de rivage

recule encore de quelques dizaines de m/an. La

fl èche ne s’est pas stabilisée et elle continuera

vraisemblablement de s’éroder jusqu’à sa racine,

c’est-à-dire approximativement à la hauteur de

Palmarin Diakhanor. Ce qui donne une idée des

risques encourus. Et dont on peut jauger de l’ampleur

en remontant le souvenir de ces drames vécus dont

se souvient notre reporter qui a fouillé dans ses notes

glanées au moment où , il ya quelques années de cela,

la furie des vagues avait fi ni de déferler sur ces sites

paradisiaques du royaume senghorien de l’enfance

Avec sa frange littorale de plus de 700 km de long du

Nord au Sud , le Sénégal est un pays particulièrement

concerné par ce phénomène mondial exacerbé par

la crise du climat planétaire qu’est l’érosion côtière.

Phénomène complexe qui compte aussi, parmi les

problèmes environnementaux les plus critiques pour

les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest où l’océan

Atlantique engloutit en moyenne un à deux mètres de

plage par an.

Plus de la moitié de la population du pays vit sur

les côtes, où sont installés 85% des industries

et services, notamment dans le domaine public

maritime. C’est sur ce site qui est le siège des deux

poumons de l’économie nationale (Pêche et Tourisme)

qu’est abritée, dans les réserves parcs et aires

marines protégées, une part importante biodiversité

végétale et animale répartie sur ses différents types

d’écosystèmes. Lesquels sont composés de ces

différents types d’habitat que sont : les côtes sableuses

(longues de 300 km et comprenant la Grande Côte qui

va de St Louis à Yoff et la Petite Côte qui va de la

Baie de Hann à l’extrémité de Sangomar auxquelles

il faut ajouter quelques portions de plage au Sud de

la Gambie) ; les côtes estuariennes et de mangrove

(près de 234 km de côtes environs et renfermant les

estuaires des fl euves Saloum et Casamance ; mais

aussi de l’estuaire du fl euve Sénégal où la mangrove

a disparu avec l’implantation dans le delta du Barrage

anti-sel de Diama) ; et enfi n les quelques 174 km de

côtes rocheuses comprenant , outre la Presqu’île du

Cap Vert, différentes autres poches de la Petite Côte

et de la côte casamançaise avec des falaises taillées

dans divers matériaux.

De l’avis bien informé des chercheurs, différents

facteurs concourent à l’érosion des côtes. Pour ces

chercheurs, parmi lesquels le Professeur Isabelle Diop

Niang, expert -géologue et Maitre de conférences à

l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, les courants

littoraux, le vent mais aussi la topographie des fonds

et l’action des organismes vivants constituent les

principaux responsables du mécanisme érosif des

côtes. Mais de nos jours, l’action de l’homme reste

une des causes principales de l’érosion.

« Les aménagements artifi ciels des plages permettent

en effet de faire d’intéressantes observations sur

l’érosion et le transport des sédiments. Que ce soit

la construction d’un barrage ou d’une digue, celle

d’un port ou le dragage des chenaux, l’impact des

constructions artifi cielles en domaine littoral est

souvent négatif » peut-on lire dans une note technique

sur la question préparée par les spécialistes au niveau

du bureau marin du Fonds mondial pour la nature

(Wwf) basée dans notre capitale.

L’expertise nationale et internationale qui a investi la

question ayant réussi à bien mettre en évidence et à

identifi er les conséquences qu’engendrent ces types

d’agression d’origine anthropique sur le milieu marin.

Et notamment sur domaine public maritime ; lequel

comprend la zone maritime, c'est-à-dire la plage

proprement dite, et toute la frange qui « comprend la

limite des hautes mers maximales et s’étend en arrière

jusqu’à la limite atteinte par les houles de tempête. Elle

est essentiellement sous l’infl uence de la dynamique

marine ». Mais aussi la zone éolienne qui concerne

« toute la zone en arrière de la limite des houles de

tempête, et qui correspond à l’arrière plage et aux

dunes vives qui évoluent sous l’action du vent ».

Ces conséquences se traduisent par une érosion

littorale très forte dans les zones côtières comme,

toute la Petite Côte depuis la Baie de Hann et Sendou

jusqu’à la pointe du Sangomar. En passant par

Joal, Rufi sque, et les secteurs de Cambérene-Yoff

devenues des zones encore plus vulnérables du fait

de l’extraction massive des sables du littoral.

Mais la conséquence la plus grave encore reste la

submersion des zones basses. Ce qui occasionne les

inondations récurrentes dans les zones marécageuses

très fragilisées des écosystèmes estuariens comme


à Saint Louis où « si un mauvais raz-de marée se

produit en saison sèche (ce qui est courant), l’eau de

mer va affl uer dans le fl euve et rendre les inondations

bien possibles » comme le notait le Pr Isabelle Diop

Niang . La géologue experte en risques climatiques

qui, parlant de la dynamique de l’embouchure et des

risques liés à l’ouverture, dans l’urgence , de la brèche

sur la Langue de Barbarie pour parer au déferlement

des eaux du fl euve sur l’ancienne capitale, rapportait

cette source scientifi que qui, autour des années ayant

précédé le première guerre mondiale déjà , prévenait :

« Il ne faut pas perdre de vue que si l’embouchure se

trouvait reportée au nord du débouché du marigot de

Leybar, les raz-de-marée qui se propageraient dans

le fl euve par une embouchure trop rapprochée de

Saint-Louis sans avoir l’exécutoire d’épanouissement

pourraient causer des dégâts sérieux »

Il y a donc, comme, si le tempo en était donné par le

On ne peut apprécier l’ampleur de la situation qui

vient décrite et qui est grosse de tous les possibles

en termes de dérives économiques et de convulsions

sociales à la seule aune des responsabilités des pays

africains qui sont engagés dans ce processus forcé.

Un peu, comme ils ont toujours été engoncés dans une

sorte de camisole de force historique dans cet autre

processus économique et géopolitique vieux déjà de

plusieurs siècles. Où, du fait de leur statut d’anciens

colonisés ayant subi des décennies de traitre négrière

auparavant, ils n’ont pas s’affranchir sans en payer le

prix fort.

Comme l’a si bien dit le député Abdou Sané, membre

de la Commission du développement durable, de

l’aménagement du territoire et de la gestion des

catastrophes naturelles à l’Assemblée nationale du

Sénégal qui est très impliqué dans le débat international

sur la question des climat mondial, il y là a un chantier

ouvert pour les décideurs politiques africains (élus

locaux et gouvernements). Mais aussi pour l’expertise

nationale et internationale. en somme de l’ensemble

des acteurs impliqués qui doivent coordonner leurs

efforts afi n de trouver les fi nancements indiqués pour

l’adaptation qui est la grande priorité pour l’Afrique.

Continent le plus vulnérable et partie du monde la

moins émettrice de gaz à effet de serre(GES).

L’Afrique a le droit de recevoir un plein appui pour ses

efforts d’adaptation aux Changements climatiques

préconisés par le Plan d’action de Bali. Lequel insiste,

sempiternel refl ux du clapotis des vagues qui viennent

s’écraser sur les récifs, une sorte d’odeur de remake

dans ce que la douloureuse mais récurrente actualité

environnementale nous donne à voir chaque fois à

cette même période de l’année (fi n de l’hivernage et

autour des mois de janvier et février). Période où avec

les plus fortes marées , généralement observées au

Sénégal à cette même période , le niveau de la mer

à marée haute étant plus élevé qu’habituellement,

la houle déferle plus près de la côte et arrive sur le

littoral avec une énergie plus forte que lors de marées

moyennes ou faibles….Et que bien souvent , hélas, par

un inextricable phénomène écologique à l’origine de

l’érosion des plages, se combinent à la houle rendue

furieuse par des tempêtes sur l’océan atlantique, la

dérive littorale et les marées de vives eaux . Ce qui fait

que l’océan bouscule les hommes et leurs habitudes

et laisse ses vagues tout ravager sur leur passage.

II. CHANDELLE : S’ADAPTER …CONTRE

VENTS ET MARÉES !

Une enquête de Moustapha SENE

sur la mise en place d’un mécanisme institutionnel

équitable et transparent pour faciliter les programmes

d’adaptation explique le député Abdou Sané qui est

le Président du réseau des parlementaires sénégalais

pour l’habitat, la sécurité, la prévention et la gestion

des risques de catastrophes liées aux changements

climatiques et point focal des Nations unies, en charge

de la gestion des catastrophes naturelles en Afrique

de l’ouest.

Même si par ailleurs, « sur les programmes d’adaptation

plusieurs points méritent des interrogations », comme

on l’explique du côté du ministère sénégalais de

l’environnement et de la protection de la Nature, il

s’agira d’avantage d’orienter cet effort vers la défi nition

des stratégies de réduction des risques. Avec comme

principaux axes de travail, la recherche de fi nancements

innovants, les notions de mutualisation et de transfert

des technologies et la défi nition mais aussi l’appui

à la recherche et à l’observation systématique. Ceci

afi n de voir se matérialiser une véritable politique de

développement de programmes d’adaptation.

Cet effort concerté attendu des partenaires est d’autant

plus nécessaire pour notre pays que le Sénégal s’était

déjà singularisé par son engagement qui lui a valu

de bénéfi cier d’un fi nancement FEM, à hauteur de

195. 000 dollars US pour établir son plan national

d’action pour l’adaptation face aux effets adverses

du réchauffement climatique. Un fi nancement du

PNUE qui a permis, dès 2005, d’identifi er les besoins

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d’adaptation urgents et prioritaires du Sénégal dans

ses 7 zones agro-écologiques face à sa vulnérabilité

aux changements climatiques. Aujourd’hui, avec son

plan national pour l’adaptation aux changements

climatiques effectif depuis 2006 et qui a fait l’objet de

rencontres au sein de toutes les régions que compte

le pays, ce sont les fonds pour sa mise en œuvre qui

restent à réunir.

Il devrait en être de même de l’atténuation qui

implique une distinction entre les engagements pris

par les pays développés et les actions d’atténuation

propres prises par les pays en développement. Ces

actions nationales d’atténuation (NAMAs) devront être

pleinement appuyées et facilitées par le transfert de

technologies, l’octroi de fi nancement et le renforcement

de capacités par les pays développés. D’ailleurs selon

les recommandations du GIEC, 1,5 % du PIB des

pays développés est attendu pour le fi nancement

additionnel pour la lutte contre le dérèglement du

climat. Laquelle n’a de chance d’aboutir qu’avec

une implication concertée de l’expertise internationale

et de la décision politique visant à conférer aux

communautés les moyens de s’adapter aux effets

pervers de ces changements climatiques.

L’ engagement du Sénégal qui lui a permis d’avoir des

résultats nombreux dans ces domaines est à corréler

avec la qualité expertise nationale en la matière qui a

mis en évidence le caractère impératif pour nos pays,

d’une démarche de capitalisation et de partage des

connaissances. Celle là même dont l'importance peut

être jaugée à l'aune de ce qu’en tant qu'innovation,

cette démarche de partage de l'information permet

d'engranger dans le domaine de la prise de décision et

de la mise en oeuvre des stratégies d'adaptation aux

changements climatiques.

Le caractère urgent d’une telle démarche a été bien

illustré ici nos compatriotes Mamadou Khouma,

Alioune Badara Kaere, tous deux ingénieurs

agronomes, experts en inventaire des gaz à effets des

serre (Ges) et auteurs d'éclairants articles publiés dans

le numéro 2 de la revue "Tiempo Afrique" ( bulletin

sur le climat et le développement -novembre 2009 ").

Pour ces chercheurs : " Les changements climatiques

sont attribués aux activités humaines génératrices

de gaz à effets de serre, au premier rang desquelles

fi gurent l'utilisation des combustibles fossiles, les feux

de végétation et les changements d'affectation de

terre. L'augmentation de la teneur des gaz à effet de

serre dans l'atmosphère a pour conséquences une

augmentation de la température moyenne à la surface

du globe, un relèvement du niveau des mers et une

plus grande des évènements extrêmes tels que les

sécheresses et inondations prolongées. Les effets

collatéraux sont une diminution de la biodiversité,

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une plus grande extension des maladies endémiques

et une baisse des productions végétales ". Une

dimension qu'il faut relier à la question de l'insécurité

alimentaire à la quelle une grande partie du continent

est confrontée et "qui est, au delà des chiffres, une

question qui interpelle du point de vue éthique, surtout

que les risques d'exacerbation et leur impact négatif

sur les communautés vulnérables, sont réels sous

l'effet des changements climatiques."

Dans ce contexte là, communiquer autour

d'expériences probantes (projets ou programmes)

qui ont fait la preuve de leur effi cacité, c'est créer

les conditions d'une appropriation collective plus

ample de la problématique " Climat". En donnant

à mieux comprendre sur la singulière vulnérabilité

de nos communautés face aux dérèglements et aux

dégradations qui lui sont subséquentes du climat

planétaire. Mais c'est aussi et surtout, de travailler au

renforcement des capacités. Et ceci, à un double plan.

D'abord du développement des ressources humaines

de qualité dont nos pays ont besoin pour faire face et

de s'adapter à des situations d'urgence similaires.

Et de l'instauration, ensuite, ( comme y appelle le

Professeur Isabelle Diop Niang de l'Université Cheikh

Anta Diop de Dakar qui participe depuis plusieurs

années aux études et travaux du Giec et qui dirige

actuellement pour le compte de l’Unesco un grand

projet international sur la question de la vulnérabilité

et l'adaptation dans les communautés humaines de la

frange atlantique du continent africain) " de véritables

transferts de technologies relatifs tant aux processus

industriels permettant de réduire les gaz à effet de

serre qu'aux technologies permettant de s'y adapter".

Ce qui est malheureusement loin d’être donné

comme une évidence immédiate. Si tant est que l’on

peut considérer cela comme indice d’une certaine

réticence, l’indécision suspecte ayant caractérisé,

avant la dernière conférence mondiale sur le Climat

(la Cop 15 de Copenhague au Danemark) en

décembre dernier, l’ambiance devenue délétère des

intersessions en 2009 (Bonn, Bangkok, Barcelone). La

même atmosphère qui a imprimé son rythme cachotier

aux les réunions spécifi ques (G20, groupes de contact

régionaux, sectorielles) présageant de l’accord

« politique » très en-deçà des légitimes attentes qu’on

était en d’espérer de Copenhague.

Ce climat de suspicion délibérément entretenu et que

l’on peut considérer comme la marque de certaines

fortes résistances à se rallier à ce qui pour le plus grand

nombre est devenu aujourd’hui plus qu’une évidence :

l’urgence de cet Accord sur le régime climatique futur.

Mais qui est et surtout symptomatique des attentes

qui sont fortes mais tout aussi légitimes par rapport à


une suite favorable à la signature du traité qui prendra

la suite du Protocole de Kyoto en 2013.

Comme l’a clamé haut et fort notre confrère Emile

Malet, Rapporteur général du Forum mondial sur le

développement durable qui s’est défendu en terre

africaine de Ouagadougou, à quelques semaines

seulement, l’année dernière à la même période, de

la tenue du Sommet de Copenhague : « Il y a ici et

maintenant une opportunité à agir, à agir vite et dans

une perspective durable. La crise économique comme

le réchauffement climatique se décline comme un

révélateur social des asymétries de développement

entre le Nord et le Sud et comme une sanction aussi

dramatique qu’injuste en frappant le Sud à travers

les zones précaires et les populations démunies.

Cet accablement ne fera que grandir en cas de

réchauffement climatique par ce qu’une élévation de

température de 2°5 dans les pays industrialisés et

riches seront portés au double voire au triple dans une

Afrique qui regroupe statistiquement une écrasante

majorité de pays pauvres, vulnérables sanitairement

et sous équipés en infrastructures de base. Le littoral

africain ne dispose pas d’un système d’alerte précoce

et d’informations météorologiques alors que ses

populations se concentrent sur les grandes villes

côtières ».

III. REMINISCENCES DE DRAMES VECUS

Il était une fois Djifère sur la pointe de Sangomar…

Sangomar se meurt et cela se voit dans le décor quasi

kafkaïen qu’affi che l’isthme au détour de Diakhanor, le

dernier hameau de la longue guirlande de villages sérères.

Tous appelés Palmarin et condamnés presque eux tous

aussi à la détérioration et à l’itinérance forcée par l’avancée

de la mer ! Le drame est vécu à Djifère où les populations

cachent diffi cilement leur désarroi face au risque, de plus

en plus probant, d’un engloutissement de la pointe du

Sangomar sur laquelle est bâti leur village.

« Regardez là-bas ! C’est dans ce campement touristique

aujourd’hui englouti par les vagues que je travaillais. Il y a

encore sept ans, Ce réceptif ne désemplissait pas. Mais

c’est triste, la mer a tout détruit, y compris les locaux des

services des eaux et forets qui se trouvant derrière l’hôtel ».

L’homme qui s’exprimait ainsi s’appelle Samba Bâ.

Ancien cuisinier de campement, parti à la retraite après

ce déluge qu’il n’est pas prêt d’oublier, ce Peul était venu,

comme la plupart des habitant de Djifère, de très loin,

avec l’espoir de faire fortune ici. Pour lui, l’heure n’est

plus aux illusions. D’un ample tour de bras, il nous indique

avec force détails, les ravages causés par la morsure des

vagues. Le regard qui suit à la trace cette gestuelle, ne peut

pas se fi ger sur le très surréaliste et effarant spectacle de

tant d’efforts et de sacrifi ces annihilés. Aujourd’hui ruinés

par l’océan, les murs défoncés d’anciennes maisons de

plaisance, les immenses souches d’arbre (probablement

les restes d’un ancien peuplement de fi laos ayant servi

Par Moustapha SENE

à contenir les eaux) subissent encore l’inséparable furie

des fl ots.

Avec l’amoncellement de déchets solides rejetés sur le

rivage comme ces pneus usagés et cette ferraille faite

d’objets hétéroclite, ces endroits jadis habités par les

hommes sont devenus aujourd’hui le refuge d’une faune

très peu inquiétée par le caractère sinistre des lieux :

quelques rares oiseaux aquatiques, des lézards que

n’indisposait pas outre mesure le sable chauffé de ma

plage, des chèvres se ruant sur tout ce qui pouvait encore

ressembler à de la végétation… C’était tout ou presque.

Mis à part tous « ces gens de la plage », pécheurs et

matelots (les « laga-laga ») qui, à) l’ombre de leurs huttes

de chaume, profi taient de la brise marine pour remailler

leurs fi lets…

« Si on ne fait rien, dans dix ans, Djifère ne sera plus

qu’un vieux souvenir. La mer continue encore de creuser.

Une fois, après que des journalistes comme vous êtes

passés, le génie militaire est venu avec des géomètres.

Ils sont repartis sans que rien ne soit fait. Nous attendons

toujours », nous confi era le vieux Seydou Cissé, un des

dignitaires de la mosquée, rencontré près du marché.

Pour lui, comme pour les amis de Baye Diallo, le président

de la commission de la plage dont les pêcheurs et les

anciens employés de l’usine de Djifère, la peur s’est

installée. Car tout ce qu’ils redoutent encore, c’est aller

p.05


à l’inévitable. « J’ai même peur d’investir dans le petit

restaurant que j’ai ouvert après ma retraite. On ne sait

jamais, car avec les récentes marées, l’eau de la mer

s’est jetée au fl euve ».

Ces sentiments habitent-ils les promoteurs (ou les

repreneurs éventuels) de l’usine de Djifer qui depuis 9

mois, nous dit-on, a fermé ses portes. Ils sont légion

dans ce village à l’orée des îles du Saloum et à le croire.

Sur la berge fl uviale de l’autre bout de l’estuaire, l’usine

de Djifère, peu distante de la frange maritime, avait, nous

dit-on, suscité beaucoup d’espoirs parmi les originaires

de cette partie du Sine. Aujourd’hui, elle n’est plus que

l’ombre d’elle-même.

« Depuis 9 mois nous n’avons pas eu de salaires. Nous

sommes endettés jusqu’au cou. C’est à peine, si nous

parvenons à donner quelque chose à manger le soir à nos

familles durant ce mois de carême »… Le louvoiement

est délibéré et pour cause ! En nous recevant au portail

de l’immense bâtiment bleu qui, du côté du « fl euve »

s’ouvre sur le ponton en face des îles du Saloum, Mr.

Gayki Diouf, préposé au gardiennage des installations, se

voulait le porte-parole offi cieux des 83 anciens employés

permanents et temporaires de l’usine où les enseignes

sur les murs mitoyens indiquent le nom de la société

ayant « coaché » les affaires.

« Delta-Océan, c’est le dernier occupant de l’usine.

Depuis longtemps que celle-ci a arrêté de fonctionner, le

personnel est dans l’expectative. On nous promet que les

espagnols vont venir. On a trop attendu. Rien n’est plus

sur », dira Mr. Diouf. Confi rmé en cela par Baye Diallo,

un Guet-Ndarien de souche qui ,après la « fermeture »

de l’entreprise, a rejoint ses parents saint-louisiens, une

des nombreuses communautés à cohabiter avec cette

région qui a vécu avec l’ensemble des autres villages

allant de Fadiouth à Diakhanor ses périodes fastes. Mais

aussi ses moments d’intense appréhension comme ceux

traversés par les populations de Djifère actuellement. Du

fait essentiellement de l’avancée de la mer qui effi loche

les terres. Et rend hypothétique toute entreprise destinée

à s’inscrire dans la durée.

Ce syndrome aurait-il dissuadé les « éventuelles repreneurs »

de l’usine de traitement des produits halieutiques qui a fait

les beaux jours de Djifère ?

Sans être affi rmatif sur cette question, Baye Diallo

qui est aujourd’hui président de la commission plage

(une structure chargée de gérer tous les problèmes

entre riverains et surtout entre pécheurs artisanaux

et industriels) n’en est pas convaincue de l’urgence à

prendre à bras le corps l’ensemble des questions liées

à la vie dans la zone. L’avancée de la mer c’est le réel

problème de Djifère en période de haute marée, notre

cité est remplir d’eau et tout est souvent détruit avant

qu’on ait le temps de réagir. La mer ronge chaque jour n

p.06

peu plus et très facilement parce qu’il n’y a pas de murs

ni de fi laos ou autre arbre sur le littoral qui aurait stabilisé

l’océan.

Mais il n’y a pas que cela, dira Mr. Diallo. Les pécheurs

de Djifère sont constamment victimes d’agression des

chalutiers de la pêche industrielle. Affi rme-t-il en précisant

que plus d’une fois des actions ont été envisagés auprès

des autorités sans grand résultats. L’insécurité est-elle

omniprésente sur ces lieux le jeune Cheikh Mar venu

de Kaolack venu avec ses parents et amis monté une

petite unité de production et sur le plan catégorique

du fait de l’isolement et de l’ambiance des service de

police et de gendarmerie, il y a beaucoup de délinquants

et d’anciens replis de justice qui sont venus se mêler

aux honnêtes citoyens ; dit-il. Et comme c’est une zone

frontalière séparée de la Gambie par seulement la mer,

il est facile de juger les appréhensions de ce jeune qui

n’aspire qu’à la stabilité pour bosser.

L’hypothèque que la gourmandise des vagues fait

peser sur toute cette presqu’île du cap vert à la pointe

de Sangomar, c’est d’abord et surtout l’histoire d’un

drame culturel profond. Les sexagénaires de Palman-

NGoumane, de Ngallou, mais aussi de Nguedji et de

Diakhanor en parlent… Très peu certes, mais avec la

passion de ceux qui l’ont vécu dans leur chair et dans

leur âme.

Cette itinérance forcée, constitue l’envers d’une érosion

qui est aussi celle des valeurs et des pratiques ancestrales.

Mr. Youssou Ndène, notable à Ngounoumane et ancien

président de la communauté rurale de Palmarin raconte :

« La mer que vous voyez là à nos portes était à plusieurs

lieux d’ici. Ce lieu où se situe le village de Ngounoumane

nous y sommes installés il y a maintenant 65 ans. C’est

la troisième implantation de Palmarin-Ngounoumane.

Quand nous y arrivions, il y avait une forêt dense entre le

village et la mer qui était encore très éloignée ».

Aujourd’hui, non seulement les implantations humaines

ne cessent de subir des assauts répétés des fl ots au

point de pousser après les violents raz de marées,

les habitants à changer de village à plusieurs reprises

durant ces décennies... Mais encore, les vagues ont

poussé leurs fougues ravageuses jusqu’au delà des

espaces socialisés. Engloutissant dans ces houles les

concessions et les champs, les lieux de culte et les sols

en jachère, les cimetières ancestraux et les bois sacrés.

A soixante seize ans révolus, Simon Sarr, le doyen d’âge

de ces vieux Palmarin, avec qui nous avons discuté de

ce problème, se remémore, non sans amertume, ces

périodes où adolescents, ils accompagnaient son père

sur le site actuel de Nguedj. Où, dit-il, on se retrouvait

autour des points sacrés pour célébrer le traditionnel

culte des ancêtres. D’autres endroits ayant eu, dans le

passé, à exercer dans les mêmes fonctions religieuses


sont sous les eaux marines à plusieurs centaines de

mètres du rivage.

« Quand la mer se retire, ce qui arrive parfois, nous

retrouvons ces sites avec nostalgie. Ce sont, pour nous

les anciens, des moments privilégiés de recueillement

« explique le patriarche. Répondant à une question sur ce

qui reste après que tout cela a été perdu, son jeune frère

Mody Sarr prend à témoin ses aînés : « On conserve ce que

l’on peut conserver ». Nos traditions restent encore vivaces

malgré l’évolution qui n’épargne ni la nature, ni les hommes,

dira-t-il. Avant de laisser Amath Sarr, un autre de ses frères,

illustrer son propos, en ces termes éclairants.

Malgré l’érosion des valeurs et de la nature, explique

ce dernier, les « tuur »et autres « pangool » (esprits et

doubles spirituels des familles) sont là dans ce qui reste

des anciens emplacements de culte… Comme dans cet

endroit dénommé « les sept baobabs ».

Reliques millénaires d’une forêt sacrée, aujourd’hui

littéralement esseulée sur de vastes étendues dévastées

par la salinité des sols, ces arbres géants bravent encore

les rigueurs des « tanns » et se dressent majestueusement

encore sur ce décor austère.

Avant d’arriver à Diakhanor (l’ancien) avec ses bâtiments

abandonnés aux tenaces herbacés qui résistent encore au

sel du sol, chacun des Palmarin (Ngallou, Ngounoumane

et Sam-Sam, traversés par la piste impossible reliant

Samba Dia à Djifère) porte les stigmates de cette

dégradation.

Devant l’épave du bateau dénommé « Tiran » ayant

échoué on ne sait plus trop comment, un clocher d’une

ancienne église, un cimetière et la bouse de vache

annonce une première implantation de Ngallou qu’’une

marée salée enserre dans la demi insalubrité.

Les cocotiers surplombant les maisons, les quelques

baobabs à l’extérieur des concessions, restent pour les

générations actuelles tout un symbole. Celle d’une alliance

entre le sérère et l’arbre dans cette sorte de « complicité

paradoxale » à propos de laquelle Paul Pélissier disait qu’elle

est l’expression « d’une enseigne ethnique » et l’empreinte

séculaire d’une organisation sociale.

IV. LE CAS SINGULIER DE THIAWLENE A

RUFISQUE

Aléas, fatalité ou défaut de prévoyance aménagiste ?

Le défi cit chronique d’apports

de sédiments dans la zone

littorale, combiné dans un

contexte de faible niveau

d’élévation de la mer au

développement d’activités

humaines ayant pour effet de

modifi er et en particulier de

réduire le stock sédimentaires

et les autres apports du

même genre est considéré

comme causes principale du

phénomène de l’érosion côtière

à Rufi sque qui, de l’avis de

M.Momar Souaré , Directeur

des services techniques de

la mairie de cette ville qui est

encore en situation de fragilité.

Même si la côte a été en partie

protégée.

Paradoxalement, c’est

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ce dispositif partiel de protection qui a amené les

phénomènes connexes qui ont eu pour effet d’entrainer

la fragilisation d’autres zones qui n’étaient pas protégées

au début (cimetière de Thiawlène par exemple). Ce qui

fait de Rufi sque un cas d’école dans le domaine des

études et de l’aménagement des zones d’érosion côtière

pour cette raison mise en évidence par l’ensemble de

ses autres collègues aménagistes et selon laquelle :

« L’évolution historique du recul de la côte a pu être

retracée et le taux d’érosion annuel quantifi é alors autour

de 1,30m. Cette situation s’explique par le rôle de la

presqu’île qui forme un promontoire qui oblige la houle

de nord-ouest à subir une rotation autour de la presqu’île.

Cette rotation inverse le sens normal Sud-est de la dérive

littorale et crée alors une zone de divergence au droit de

Rufi sque. La conséquence est une érosion littorale très

agressive en certains endroits de cette ville ».

Pour M. Souaré, il est donc impératif, pour la sauvegarde du

patrimoine culturel et historique de la cité et la restauration

des activités halieutiques et des infrastructures, de

rechercher des solutions au problème de l’érosion côtière.

D’où la nécessité de défi nir un plan de lutte contre cette

érosion et de réaliser un plan d’aménagement de la ville

p.08

rendue d’autant plus impérieuse que l’érosion côtière

observée à Rufi sque a provoqué une modifi cation de la

côte, avec une avancée de la mer qui s’est accélérée au

cours des dernières années.

En effet, explique le Directeur des services techniques

de la Mairie de Rufi sque, la position des wharfs à l’escale

qui fonctionne au début des années 60 démontre

que la mer a avancé de plus de 50 mètres en 40 ans.

« Cette situation constitue une grave menace pour les

établissements humains du vieux Rufi sque, avec des

destructions importantes des résidences riveraines

bâtiments historiques et riveraines. La digue présente

actuellement plusieurs brèches, ce qui entraine des

débordements en période de haute marée alors que

sa construction a modifi é le comportement des eaux

débouchant des canaux d’assainissement pluvial »

explique M. Momar Souaré dans une étude intitulée :

« L’érosion côtière à Rufi sque : aléas, fatalité ou absence

de mesures préventives pour la protection des riverains

du centre de sauvegarde ? » et publiée par Enda-

Relais urbain participé sur «La réduction des risques

de catastrophes naturelles en Afrique de l’ouest et en

Afrique centrale : perspectives locales ».


V. UN PHENOMENE NATUREL AGGRAVE

PAR L’HOMME

Les prélèvements de sable marin, la pollution et les

constructions anarchiques sur les plages, principales

causes incriminées….

Selon les experts qui travaillent sur la morphologie et

la dynamique littorale, la plage est plus instable que

l’arrière plage et subit des variations notables suivant

les cycles de marée (2 fois par jour), les coeffi cients de

marée (vives-eaux toutes les deux semaines environ) et

les saisons. Elle subit également des variations à plus

long terme et qui dépendent de facteurs complexes

liés aux variations climatiques.

« Les principaux agents naturels agents de l’évolution

de la plage sont la houle, la dérive littorale et la marée.

La houle a une direction nord – ouest en saison sèche.

Pendant la saison des pluies, à partir du mois de Mai

en Casamance, la direction de la houle alterne.

Elle vient du Sud pendant 50% du temps et du Nord

pendant 50% également. Les houles du nord sont

particulièrement fortes entre décembre et février. La

houle induit un courant : la dérive littorale. Ce courant

côtier est responsable du transport du sable le long

de la côte. Il est dirigé du nord vers le sud pendant la

saison sèche ; il alterne pendant la saison des pluies,

venant tantôt du nord et tantôt du sud. Cette alternance

des courants entraine un ralentissement important

dans les apports de sable venant habituellement du

nord et favorise l’érosion des plages à cette période. »

expliquent les experts du Bureau marin de Wwf.

Actuellement, indiquent ces auteurs de la note

technique sur l’érosion côtière, la dérive défi citaire en

sédiments dans certaines zones du littoral sénégalais.

La petite côte, notamment dans sa partie nord (entre

Bel-air et Rufi sque-Bargny) est globalement défi citaire

comme en attestant la faible extension des plages

dans le secteur.

« S’il y a la combinaison des marées vives – eaux et une

houle forte engendrée par une tempête sur l’atlantique

(Nord ou sud suivant la saison), les conditions sont

réunies pour qu’il y ait une érosion momentanée le

long du rivage. Ces périodes d’érosion sont toutefois

restreintes dans le temps et toujours suivies d’une

accumulation de sable grâce aux marées moyennes

et de mortes eaux et aux houles de relativement

faible énergie. Dans certains cas cependant, cette

réalimentation en sable est insuffi sante par rapport au

stock de sable érodé ; la plage est alors en déséquilibre

et la ligne de rivage recule » note-on.

Pour ces spécialistes, plus de la moitié des côtes

sableuses du monde sont actuellement en érosion. Les

taux de recul sont très variables d’une région à l’autre.

L’érosion côtière se traduit par un recul à long terme

des littoraux. Elle se manifeste chaque fois que, dans

le cycle de plage, les accumulations de sédiments

n’arrivent plus à contrebalancer les pertes.

Un profi l de plage est le résultat d’un équilibre entre

les matériels disponibles, les conditions d’énergie et

le niveau marin. La modifi cation de l’un quelconque

de ces paramètres provoque un changement plus ou

moins important du profi l. C’est le cas notamment

des variations de conditions hydrodynamiques qui

peuvent être occasionnelles (houles de tempête,

houles de direction habituelles) ou saisonnières. Dans

ce dernier cas, les modifi cations morphologiques

induites conduisent à la mise en place des profi ls

saisonniers. Cette succession de profi ls en fonction du

régime d’énergie défi nit un cycle de plage.

Les causes anthropiques qui sont incriminées par ces

p.09


spécialistes comme principaux facteurs aggravant de

l’érosion côtière sont multiples.

Il y a en premier lieu, le problème des prélèvements

de sable marin et du déséquilibre le cycle de plage et

induit un bilan sédimentaire négatif (apports inférieurs

et prélèvements) et donc déclenche l’érosion du

littoral. Celui ensuite de la construction de bâtiments

sur plage (cabanons, hôtels, auberges) qui immobilise

une bonne partie du stock sédimentaire et empêche

sa mobilisation par le courant de dérive. Mais aussi

la construction d’ouvrages perpendiculaires à la côte

(jetée, canaux d’évacuation des eaux usées) bloque le

transit sédimentaire créant un dépôt en amont et une

érosion en aval de l’ouvrage.

p.10

La destruction des écosystèmes de mangrove

exacerbe également l’érosion côtière. Celle-ci est

la principale responsable de la disparition accélérée

de beaucoup d’écosystèmes et habitats et habitants

comme des lagunes, les terres humides, les mangroves

et les récifs côtiers, ainsi de leur biodiversité.

La qualité des eaux côtières et le paysage côtier

se détériorent. Ce qui menace gravement certaines

destinations touristiques traditionnelles et handicape

le développement plus intensif du tourisme.

Une situation qui, combinée à la détérioration

de l’environnement, affecte la subsistance des

populations et réduit drastiquement la contribution au

produit national brut (PNB) du pays, des ressources

côtières.

VI. SAINT-LOUIS, VILLE AMPHIBIE

Les charmes submergés d’un clone de Venise

Mémorables resteront ces jours où Faidherbe, du haut

de son piédestal devait se retrouver les bottes dans l'eau

et les imposantes bâtisses coloniales entourant sa statue

sur cette place qui portait son nom jusqu'à une date

récente à jamais englouties.

Les inondations y avaient été tellement fortes que la crue

du fl euve mythique dont le nom se confond avec celui

de notre pays s'en était allée narguer la houle. Semant

la désolation partout mais plus encore de l'autre côté de

la bande de terre étroite enserrée par les bras dérivants

du fl euve Sénégal et lovée dans cette partie de l'estuaire

et l'Océan Atlantique et qui doit son nom à une curieuse

altération du mot "Berbérie", pays des Berbères, en

référence au rôle historique de l’Islam, religion amenée

ici depuis le XXème siècle par les Berbères almoravides.

Clone de Venise et ville de tous les âges, Saint-Louis

avait frisé ...le déluge. Réminiscences et retour sur la

réalité d'une option majeure en matière d'aménagement

dont les conséquences multiples au écologique, social,

économique et continuent encore de soulever des

vagues.

La torpeur ambiante était telle, en cette matinée

d'Octobre et l'humidité conjuguée à la suffocante chaleur

si intenable ce jour là dans la langue de Barbarie, que


l'on avait cru que l'isthme s'était réveillé avec une féroce

gueule de bois. Saint-Louis, ce jour là, avait une bien

piètre mine. La cause de tout cela alors?

Le retrait subit des eaux qui, en même temps qu'il avait

soulagé les populations des zones inondées comme

celles de pilot dans le Gandiolais et des localités de

Pikine, Léona, Diamagueune, Darou et autres qui vivaient

dans l'angoisse de vivre cette année plus durement que

les autres des mois durant sous les fl aques nauséeuses

avec toutes les incommodités et risques liés à ces

affres pour leurs familles et bien, n'avait cependant

pas manqué de susciter quelques angoisses en raison

du caractère inédit et brusque d' un phénomène crée.

Lequel ne pouvait ne pas titiller l'imaginaire collectif

des gens si férus de surnaturel de Ndar, ville de Mame

Koumba Bang, génie titulaire et divinité suprême d'un

riche panthéon qui habite, comme elle, ce même fl euve.

Ainsi que le Pr. Marie Teuw Niane de l'Université de

Saint Louis l'a noté à l'époque : "A la joie légitime et

débordante de populations et des autorités de voir le

niveau du fl euve Sénégal s'étaient retirée de plusieurs

arches et des enfants jouaient en toute innocence et

gaîté sur une bonne partie du lit du fl euve. Ce spectacle

presque fantastique (du rarement vu selon les anciens)

des piliers séculaires du pont Faidherbe à découvert

a suscité maintes supputations, inquiétudes et des

conjectures allant d'un optimisme béat à un pessimisme

apocalyptique..."

D'aucuns parmi ceux de cette ville continuant à penser

et à être habités par cette peur d'une profanation de la

nature qui devait conduire à une catastrophe...

A Gokhou Mbathie, à l'autre bout de cette bande de

terre que se partagent deux pays (la Mauritanie au nord

et le Sénégal dans sa partie septentrionale ou se trouve

l'embouchure du fl euve) et qui est habitée depuis des

lustres par les pécheurs Saint-Louisiens, c'était la même

ambiance. Avec un décor similaire de fatras de solides

vomis par les eaux et jonchant partout l'endroit, où

quelques chèvres et moutons faméliques se disputaient

une hypothèque nourriture dans les amas d'immondices

à des "galfaatkat", (ces charpentiers locaux spécialisés

dans l'ouvrage des pirogues) s'activent autour de leurs

quilles montées sur des escabeaux de fortune.

Sur les reliques, le long du fl euve de ce qui était jusqu'à

il y a quelques semaines encore l'asphalte de la corniche

goudronnée dont certains doutaient déjà bien avant le

déluge des jours passés de la fi abilité des travaux, des

chauffeurs de clandos (les "taxis" collectifs déglingués

sans phares ni freins, hors de toutes normes de sécurité

et de confort qui sont avec les calèches les seuls moyens

de transport dans ces lieux)besognaient ferme autour

d'une immense crevasse inondée qu'ils cherchaient à

remblayer avec des chargements de gravât et de tout

venant qu'ils ont dû ,disent-ils, se cotiser pour acquérir.

Afi n de se frayer un chemin que pourraient arpenter

leurs engins sans dommages supplémentaires sur leur

carrosserie d'un autre âge.

A la sortie de Sine, tout au fond de Guet Ndar,

l’emplacement du quai fl ambant neuf de débarquement

de poisson est déserté par ses occupants habituels. Les

mareyeurs, les pécheurs, les femmes transformatrices

de poissons et autres porteurs et manutentionnaires sont

tous partis.

Probablement à la recherche du poisson qui lui-même, a

migré à cette période vers d'autres cieux. En longeant le

mur de Ceem, l'antique cimetière des pécheurs contigu à

celui de Caaka Njaay où le tout Saint-Louis a enterré ses

morts des grandes familles, on est très vite pris les pieds

dans la gadoue. La boue est là massive et partout sur

ces terres parce que le fl euve qui, dans sa furie des jours

précédents, avait noyé une grande partie des maisons

et envahi les terrains vagues attenants pour une grande

partis s’étaient subitement mis à s'étioler (et plus que

des raisons). Livrant ainsi sur les berges fangeuses une

énorme quantité d'immondices. Tout ceci à la faveur d'une

embouchure artifi cielle créée à la va-vite, loin du regard

des Saint-Louisiens pour régler justement le douloureux

et récurrent problème des inondations auxquelles ceuxci

ont été presque confrontés et qui cette année avait

quand même pris des proportions jamais égalées.

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