LA CITE DES SPORTS Une piscine olympique couverte pour ... - EPFL

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LA CITE DES SPORTS Une piscine olympique couverte pour ... - EPFL

TRAVAIL PRATIQUE DE DIPLOME

ENONCE THEORIQUE

LA CITE DES SPORTS

Une piscine olympique couverte

pour la ville de Lausanne

Professeurs: Lamunière I.

Marchand B.

Maître EPFL: Bender S.

Expert: Brauen U.

Etudiant: Diaz M.

Décembre 2002 EPFL - ENAC - AR


TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION p.01

Définition de la question de recherche p.01

Définition du champ d'étude p.01

Motivation

Pourquoi le choix de Lausanne

et du site de la Blécherette ? p.01

Formulation du problème théorique p.03

Présentation des hypothèses et des objectifs p.03

MONDE DE CONNAISSANCES

ET THEMATIQUE p.04

Introduction

Quelles sont les idées qui me préoccupent

et qui vont influencer le projet ? p.04

Culture de la congestion

Rem Koolhaas, le Downtown Athletic Club et La Villette p.05

La quête du rythme

Piet Mondrian, l'équilibre comme unité dans la diversité p.09

Paysage et construction

Construction d'un bâtiment ou d'un paysage ? p.16

Exemples

Piscines et Jeux Olympiques p.26

ANALYSE p.31

Le site au niveau de Lausanne p.31

Le site et ses infrastructures p.34

Topographie du site p.36

Programme p.37

INTERPRETATIONS ET OBJECTIFS p.38

Proposition de développement du site p.38

Implantation p.39

Planimétrie et volumétrie p.40

BIBLIOGRAPHIE p.41

REFERENCES IMAGES p.43

ANNEXES p.44

00


INTRODUCTION

Définition de la question de recherche

Le projet de diplôme va se développer sur le sujet de la Cité des Sports

en ville de Lausanne, plus précisément au nord de la ville entre le Stade

Olympique et l'autoroute A9, dans le quartier de la Blécherette. Ce site

est déjà composé de plusieurs installations sportives (football, tennis,

athlétisme). Pour compléter cette cité, il faut implanter quelques activités

extérieures supplémentaires (basket-ball, volley-ball), une salle

omnisports et une piscine olympique couverte qui sera développée dans

le cadre du projet. Cette cité comprendra également des logements et des

commerces pour compléter la mixité existante dans le quartier.

Définition du champ d'étude

Comme toutes les villes, Lausanne cherche à s'étendre, à se développer.

Mais avant d'utiliser tous les terrains à disposition, il faudrait densifier

certaines zones qui se trouvent dans les limites de la ville.

Cette densification doit conserver une qualité de vie élevée et travailler

en harmonie avec le paysage existant, donc ne pas détruire les qualités

existantes de la ville.

Cette densité d'activités recherchée, doit arriver à la limite de la

congestion donc étudier son développement maximal sans provoquer un

étouffement de la ville et des habitants.

L'interconnexion des réseaux, voiture - transports publics - piéton, devra

être aussi examinée le mieux possible pour éviter une surcharge du

réseau routier et améliorer les liaisons.

Le développement du site va se faire par la mise en place d'une trame

qui permettra une densification des terrains existants et du site encore

"vierge" dans les limites de la ville. La mixité existante et celle réalisée

doivent avoir un bon réseau de connexion dont la réalisation sera

facilitée par la création d'une trame. Cette trame, qui doit être dynamique

(liaisons, circulations), doit permettre d'exploiter au maximum les

capacités du site et arriver à une congestion à la taille de la ville de

Lausanne.

Motivation

Pourquoi le choix de Lausanne et du site de la Blécherette ?

Actuellement le thème de la piscine olympique est revenu à l'ordre du

jour dans les discussions politiques pour trouver un site approprié.

Chaque association, politicien propose son site. Dans cette optique, je

propose un nouveau site qui regroupe déjà des activités sportives.

Comme sportif pratiquant, je trouve que le manque d'une piscine,

répondant aux normes pour des compétitions de haut niveau, pour une

ville comme Lausanne, qui se prétend être Ville Olympique, est

inacceptable. En plus, l'unique piscine couverte existante, Mon-Repos,

se trouve saturée entre l'influence du grand public et celles des clubs

sportifs. La réalisation d'une nouvelle piscine est donc une nécessité

pour toute l'agglomération lausannoise et pour compléter

convenablement les infrastructures sportives de la ville.

Le site choisi, le quartier de la Blécherette, a des terrains à disposition

qui permettent une extension et une complémentarité entre les activités.

Le regroupement des activités sportives permet de limiter la

multiplication des mêmes constructions, d'économiser du terrain et

d'éviter la dispersion des infrastructures à travers la ville. Ainsi, la ville

de Lausanne aurait son anneau olympique, dans les proportions de la

ville, digne pour une ville accueillant une grande partie des associations

et des fédérations sportives et olympiques.

01


La situation du site en ville de Lausanne

02


Formulation du problème théorique

Actuellement, le potentiel construit du site n'est de loin pas exploité, ce

qui implique que l'on peut augmenter encore sa densification avant de

devoir sortir des limites de la ville.

Le manque de commerces dans le quartier est flagrant. En proposant des

logements sur le site, il faut penser à augmenter les surfaces

commerciales dans les proportions du quartier.

Avec les infrastructures sportives existantes et celles projetées, il faudra

mettre en place un réseau piéton efficace et qui permettra de relier le site

avec les réseaux existants et en liaison avec les autres quartiers.

Tous ces besoins, doivent permettre de densifier le terrain à disposition et

d'exploiter convenablement le site. Mais ce développement, doit être

réalisé de manière cohérente et organisée pour éviter de créer un chaos

tant dans l'implantation des constructions qu'avec l'augmentation future

de la circulation automobile. Cet aménagement doit être une proposition

évolutive où les mutations de programme pourront se réaliser sans

modifier l'organisation générale.

Ce site va permettre de mettre en place une densité programmatique tout

en étant une "congestion invisible", étant donné qu'une grande partie du

programme sont des infrastructures en plein-air.

Présentation des hypothèses et des objectifs

Les premières observations du site permettent de montrer qu'il y a un

manque de densité et que son potentiel peut être mieux exploiter. La

réalisation d'un plan de développement permettra de gérer la

densification, pour éviter le chaos dans l'implantation des constructions,

et d'arriver à une congestion programmatique tout en offrant la

possibilité de mutations dans le futur sans affecter l'organisation générale

du site.

Sur le site, actuellement, il manque un bâtiment significatif servant de

repère pour l'entrée en ville. Le Stade Olympique marque l'une des deux

extrémités de la Cité des Sports par rapport à l'arrivée depuis la gare.

Mais du côté de l'autoroute il n'y a rien, les limites de la ville s'étendent à

perte de vue en direction de Romanel. L'implantation du bâtiment du

complexe de la piscine, permettra de définir une "porte d'entrée" de la

ville et de créer un deuxième pôle pour fermer la Cité des Sports. Il

devra également respecter le paysage et s'intégrer en créant des relations

visuelles pour les espaces intérieurs.

La mixité, la cohabitation de différentes infrastructures, est déjà

présente sur dans le quartier. Mais les proportions ne sont pas très

équilibrées. Le manque de commerce est flagrant pour un quartier

comme la Blécherette. L'intégration de la mixité, dans les limites de la

Cité des sports, permettra de mieux gérer les relations et les transitions

entre cette dernière et son voisinage.

03


MONDE DE CONNAISSANCES ET THEMATIQUE

Introduction

Quelles sont les idées qui me préoccupent et qui vont influencer

le projet?

Les différents thèmes présentés dans ce chapitre seront les influences

directes dans la réflexion et la réalisation de ce travail de diplôme. Ils

sont analysés individuellement pour mettre en évidence leurs

particularités et pouvoir en prendre les points les mieux adaptés à ce

travail.

Les théories et projets exposés me permettent d'étudier et d'analyser le

site pour ressortir tout son potentiel de développement. Les projets

présentés répondent à un idéal, à une étude des sens que l'architecture

peut montrer et exprimer tout en respectant et en travaillant avec son

environnement construit et naturel.

Les théories et les réalisations, tant l'architecture que la peinture, seront

appliqués ou non au projet selon la sensibilité ressentie sur le site. Même

si elles ne sont pas toutes utilisées dans ce travail, elles restent des

références pour les différents travaux déjà réalisés et pour les projets à

venir.

La coexistence de ces thèmes n'est pas toujours évidente, voir possible,

mais le fait de pouvoir étudier les possibilités offertes permet de mieux

connaître le site et de l'étudier sous tous les angles pour mettre en

évidences ses qualités.

04


Culture de la congestion

Rem Koolhaas, le Downtown Athletic Club et La Villette

Koolhaas a un intérêt particulier pour New York. Son livre "New York

Délire" se veut un manifeste rétroactif pour Manhattan. Un bâtiment en

particulier lui semble emblématique de ce qu'il nomme la congestion

programmatique, il s'agit du Downtown Athletic Club. Dans la coupe

de ce gratte-ciel, on retrouve à chaque niveau un autre programme et la

seule liaison est l'ascenseur qui emmène directement au niveau souhaité,

sans aucune transition. Un maximum de frontières entre les étages

suggère la possibilité d'une contamination entre les programmes

superposés. Le Downtown Athletic Club est l'instrument de la culture de

la congestion.

Cette coupe (congestion verticale) est une mise à plat par Koolhaas pour

donner la trame de base du projet pour le Parc de La Villette (congestion

horizontale). Les étages deviennent des bandes programmatiques

horizontales avec une frontière maximale à chaque fois. La liaison

principale et directe du parc est un mail qui coupe les bandes

perpendiculairement, de la même manière qu'un ascenseur coupe les

plans dans un gratte-ciel.

"Ainsi, les bandes qui traversent le site sont comparables aux étages de

la Tour, chaque programme est différent et autonome, mais modifié et

"pollué" par la proximité des autres. Leur existence est aussi instable

qu'aucun régime ne le désire. Le seul élément de stabilité est alors

l'élément naturel, les rangées d'arbres et la forêt circulaire - la machine

forestière - dont la croissance assure seule l'instabilité. Ce que suggérait

La Villette, c'était en fait l'exploitation pure de la condition

métropolitaine: densité sans architecture, culture de la congestion

invisible." "New York / La Villette" in L'Architecture d'aujourd'hui,

Paris, n°238, avril 1985.

Parc de La Villette

Trame de base du projet

Downtown Athletic Club

Culture de la congestion

05


On retrouve la même préoccupation de la part de Koolhaas dans le projet

pour la Très Grande Bibliothèque de France (TGB): différents creux

(salles de lecture, de recherche, etc.) sont accessibles au moyen

d'ascenseurs directs qui emmènent le visiteur à destination, à l'intérieur

du massif de livres, sans aucune transition. Des liaisons plus courtes par

rampes et escaliers, entre les salles, court-circuitent le système de

circulation principal. De la même manière, à La Villette, les promenades

créent des passages intermédiaires, à plus petite échelle, entre les bandes.

Nous obtenons une coexistence dynamique de séquences spatiales. Ce

thème rappelle le passé de scénariste de Rem Koolhaas. Il propose ainsi

dans chaque bande un scénario que l'utilisateur peut expérimenter.

Cette idée de mise à plat d'une coupe se lie à une idée de paysage. L'art

des jardins français classique est basé sur la perspective centrale et

l'axialité. Versailles en est le meilleur exemple. La structuration en

bandes parallèles des serres hollandaises, qu'on peut lire d'avion, est

reprise pour le Parc de La Villette comme réponse à cette axialité

classique.

Ainsi la congestion programmatique de New York et du Downtown

Athletic Club se métamorphose à l'horizontale dans une structure en

bandes parallèles, inspirées également des paysages contemporains

agraires.

A La Villette, le résultat provient d'une superposition de couches :

bandes parallèles est-ouest, grilles ponctuelles (installations atomisées

sur le site), circulations (le Mail et la Promenade), couche finale (les

éléments à la grande échelle), connexions. Dans ce processus, Koolhaas

ne cherche pas à expliciter la manière dont ça a été fait. Au contraire, il

cherche à complexifier suffisamment la règle de base afin que le résultat

puisse être interprété soit comme une grille, soit comme un labyrinthe. Alignements de serres en Hollande La Villette: plan général

En haut: TGB: creux accessibles au moyen d'ascenseurs directs et façades

06


Afin de pouvoir décrire La Villette plus précisément, il faut la comparer

avec deux autres projets d'OMA de congestion verticale. A Jussieu,

Koolhaas utilise une typologie mille-feuilles qu'il déplie afin d'obtenir un

boulevard qui traverse tout l'édifice : une sorte de "tapis social magique"

qu'il déplie afin de générer la densité. Il place ensuite les différents

éléments du programme le long de ce boulevard.

La TGB est conçue comme un massif d'information creusé par des

volumes, des vides contenant les espaces publics. Cette forme s'apparente

à un morceau de fromage.

A La Villette, Koolhaas crée un hybride entre le mille-feuilles et le

fromage, mais en positif.

Ce processus d'hybridation entre mille-feuilles et fromage est

caractéristique de nombreux projets de Rem Koolhaas afin de générer la

densité programmatique, la congestion et lui évite de s'enfermer dans des

systèmes trop rigides.

Le projet de La Villette reflète une certaine idée de la ville. Mais

Koolhaas base sa réflexion avant tout au niveau programmatique.

"Pour mieux comprendre ces projets, il faut que je remonte en 1976.

Cette année là, j'ai fait avec Ungers un projet pour Berlin qui s'appelait

"l'Archipel Vert". […] nous proposions de ne préserver que les îlots dont

les qualités architecturales ou fonctionnelles étaient indéniables et de les

isoler, de les laisser flotter dans un vide, dans un "rien", où pourraient

être implantés tous les instruments de la modernité dont on ne peut plus

se passer aujourd'hui : autoroutes, supermarchés, driving-cinéma,

motels, campings, etc. de telle sorte que la séparation entre îlots

d'urbanité et tissus métropolitains (que l'on peut appeler aussi la

banlieue) soit claire et efficace.

Les projets de La Villette et de l'expo 89 nous ont permis de définir ce

que pourrait être ce vide en démontrant que même sans architecture,

sans sa substance, on pouvait aménager pour le grand nombre des zones

métropolitaines très vastes." "New York / La Villette" in

L'Architecture d'aujourd'hui, Paris, n°238, avril 1985.

2 exemples de congestion verticale: la TGB et la bibliothéque de Jussieu

Exposition universelle de 1989 à Paris: site est et ouest

07


Le projet de La Villette occupe dès le départ la totalité de la surface.

Celle-ci étant traitée comme un vide auquel il s'agit de donner un

nouveau contenu. Ce n'est donc pas un hasard s'il s'inspire de différents

paysages non urbains (alignements de serres, systèmes de canaux en

Hollande) pour définir cette surface, car il la considère comme une seule

entité.

La croissance n'est pas possible. L'évolution dans le temps se fait par

mutation au sein même de sa substance, en donnant la possibilité à de

nouveaux programmes de remplacer les actuels.

Tous les éléments du projet sont traités avec la même valeur. Rien n'est

mis en avant ni monumentalisé. Cette attitude n'est pas associée ici à

l'idée d'homogénéisation totale. Au contraire, le projet revendique

l'autonomie des parties et l'hétérogénéité. Ceci permet d'avoir des

accents, des rythmes, des repères au sein du parc.

08


La quête du rythme

Piet Mondrian, l'équilibre comme unité dans la diversité.

Mondrian (1872 - 1944) connut une grande évolution dans son œuvre. Il

expérimenta beaucoup de théories pour pouvoir trouver les idées qui lui

convenaient le mieux et les exprimer dans ces tableaux.

L'époque qui m'intéresse le plus est celle qui débute à partir de 1914, à

son retour de Paris en Hollande où il restera pendant cinq ans à cause de

la Première Guerre Mondiale. Pendant cette période, il expérimente l'art

de l'équilibre. Suivi de deux autres périodes, celle de son retour à Paris

(1919) où il atteindra la maturité dans son œuvre et ensuite celle de son

envol vers Londres (1938) et New York (1940) au début de la Deuxième

Guerre Mondiale.

Dans cette période, les œuvres de Mondrian permettent de mettre en

évidence deux particularités: le choix des couleurs et la recherche du

rythme dans l'équilibre des rapports.

La couleur

Dans les œuvres de Mondrian, nous pouvons ressortir l'importance du

choix des couleurs et leur signification, ainsi que celle des lignes.

Il considérait la ligne horizontale comme passive et la verticale comme

active. Les forces contraires exprimées dans la croix signifiaient la

création de l'univers. Le rouge, le jaune et le bleu seraient en fin de

compte les seules couleurs existantes, puisqu'elles constituaient la base

de toutes les autres couleurs, qui naissaient de leur mélange. Le jaune,

expansible, évoquait le mouvement des rayons vers l'extérieur, et le bleu,

fuyant, le firmament. Le rouge était entre les deux; il restait apposé,

flottant, et à cet égard réconciliait l'opposition du bleu et du jaune. Tout

cela rejoignait les convictions de Mondrian.

Composition avec rouge, jaune et bleu 1921

Huile sur toile, 80x50cm

09


Dans ses tableaux, les couleurs donnent une sensation de mouvement. Le

jaune paraît s'avancer, tandis que le bleu paraît reculer; et le rouge paraît

être statique, ne suggère ni expansion, ni recul, le rouge crée l'équilibre.

Ces couleurs étaient associées, dans les visions utopiques de l'époque, au

corps pour le rouge, à l'intellect pour le jaune et à l'esprit pour le bleu;

ceci pour révéler une harmonie ou chaque partie se trouve en équilibre et

se place dans l'ensemble.

Pour Mondrian, le vert, l'orange, le pourpre et le marron n'étaient pas

universels, mais des unions particulières, ou mélanges, des qualités

uniques du rouge, du bleu et du jaune, qui eux-mêmes étaient uniques,

distincts, des forces de couleur pure, proches, par leurs pigments, des

concepts idéaux.

Rythme et équilibre

Dès 1917, toutes les œuvres de Mondrian révélaient le rythme dans

l'équilibre des rapports.

Il suggère le mouvement et le rythme. Il examinait les rythmes de la

vitalité urbaine. La peinture a un tempo, une vibration une vitalité, en un

mot du rythme.

Le rythme est l'aspect le plus riche des peintures apparemment simples.

Dans cette période, encore imprégné par l'observation, ses compositions

s'acheminaient vers la construction. La géométrie pouvait être considérée

inhérente à la construction humaine, aux boulevards de Paris ou aux

canaux rayonnant autour d'Amsterdam ou aux lignes des bâtiments. La

géométrie pouvait être conçue comme une construction intellectuelle,

avec les rapports entre les formes, le cercle et le carré, par exemple, qui

gardent leurs proportions au-delà de la dimension particulière ou de

l'application dans le monde de l'inobservable, immatériel, mais

néanmoins réel des mathématiques. La proportion pouvait exister dans le

vide ou dans l'esprit, et la proportion signifie le rythme. En adoptant les

éléments géométriques, Mondrian pouvait présenter exactement le

Composition n°1 avec bleu et jaune 1925

Huile sur toile, diagonale 112cm

Foxtrot B 1929

Huile sur toile, 44x44cm

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ythme; étant peintre, il l'exprima en peinture, mais les principes, comme

il le réitéra, s'appliquent et s'observent dans tout domaine d'activité:

musique, architecture, poésie et urbanisme.

Les peintures appartiennent au monde harmonisé en toute conscience par

le peintre, pour que les relations entre ces fragments de matière et de

couleur dévoilent le rythme caché qui anime le monde. Ils ne reflètent

pas simplement la nature, ils illustrent son rythme: ce sont des exemples.

Par conséquent, les formes universelles suffiront. Un carré est toujours

un carré. Il ne peut être modifié sans devenir autre chose qu'un carré. De

même, le rouge, le bleu et le jaune ne peuvent être modifié sans devenir

plus vert, plus pourpre ou plus orange, et la couleur doit être composée

non par le mélange mais par les rapports infinis de ces trois forces

élémentaires. La composition est donc une rythmique et coïncide avec

l'idée de cosmos de Mondrian. Il représentait graphiquement un concept

de l'univers qui englobait la conscience humaine de l'univers. Il

expliquait ses idées dans ses articles, mais présentait cet équilibre

rythmique comme un fait visuel dans ses peintures.

La mise au point d'une grille régulière place Mondrian en face d'un

choix limité d'adaptations. Si la dimension d'un rectangle augmentait,

l'espace disponible pour les autres formes diminuait; il fallait donc à son

tour, l'ajuster. Les parties réellement liées les unes aux autres, et la toile

formant un tout, était un système circonscrit dans lequel l'équilibre

devait être trouvé. Cela traduit une économie et une discipline qui sont

applicables à d'autres arts que la peinture. En conformité avec les

objectifs du groupe De Stijl, ce concept était indispensable, par exemple

dans l'architecture.

En 1919, les toiles carrées comportaient des constructions élémentaires à

l'intérieur de rectangles non carrés, mais les côtés de ces toiles étaient

encore subdivisés en seize unités, si bien que les surfaces les plus petites

Composition avec deux lignes 1931

Composition II avec lignes noires 1930

Huile sur toile, 41x32.5cm

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(égales à une unité) avaient des proportions identiques à celle de la toile,

et que d'autres plans formaient leurs multiples. Chaque plan avait donc

une relation au tout. La proportion 2/3, les relations dans la suite de

Fibonacci et les éléments du nombre d'or (cet ancien système de

proportions qui reliait le cercle au carré, s'exprimait en forme

géométrique et fut longtemps considéré comme l'expression de

l'harmonie universelle applicable en architecture, en musique et en

peinture, d'où le nom de Divine Proportion). Plus tard, Mondrian nia

avoir utilisé le nombre d'or, mais il est clair qu'il avait appris à le

connaître lors de ses études mystiques. En 1919, quand il chercha à

élaborer ses grilles géométriques et ses rectangles, pouvant être

assemblés dans l'ensemble restreint qu'ils formaient, le nombre d'or

devait inévitablement être pris en compte, puisque c'était la parfaite

expression de la division d'un rectangle de telle sorte que chacune des

parties reflétait le tout. La répétition de la division du carré apparaissait

comme primitive en comparaison.

A son retour à Paris en 1919, Mondrian y exposait sa nouvelle théorie et

pratique picturale. Répétant les principes majeurs de sa vision de l'art,

Mondrian expliqua qu'il s'agissait d'un art des rapports, puisque "les

plans de couleur, tant par leur position et leur dimension que par la valeur

plus grande accordée à la couleur, n'expriment plastiquement que les

rapports et non les formes."

Les lectures variées de l'espace et de la proportion permettent à l'œil

d'explorer les rapports.

L'économie des moyens, à l'origine de cette complexité, rend la peinture

simple alors qu'elle ne l'est pas. Tout est aussi limpide que possible, mais

est imbriqué dans la dynamique visuelle et dans le réseau complexe des

rapports picturaux. Les lignes dépendent d'autres lignes, les plans d'autres

plans. L'équilibre qui en découle ne laisse rien de superflu. C'est un

système clos dans lequel chaque élément joue son rôle et chaque élément

est relié au suivant. La verticale équilibre l'horizontale ; les parties

s'équilibrent au sein du tout ; la couleur équilibre la non-couleur.

Composition avec rouge,

jaune, bleu et noir 1921

Huile sur toile, 59.5x59.5cm

Composition avec rouge, jaune et bleu 1932

Huile sur toile, 42x38.5cm

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La construction en forme de grille de ces peintures, est issue de la nature

des éléments. Ce qui change est le nombre des éléments, les proportions

des parties et le rythme qu'elles instaurent.

Les principes fondamentaux de sa peinture étaient en place. Les rapports

entre les éléments représentaient tout ce qui existait, et il voyait dans ces

rapports infinis la preuve visuelle de sa conception du monde, de sa

propre cosmologie. Dès 1921, il avait donc mis au point une technique

qu'il conservera jusqu'à la fin de sa carrière. Le rythme, après tout, était à

la fois unique, un concept en soi et multiple, différent pour chaque

peinture.

C'était le style (ou de stijl) appliqué à une peinture, prenant seulement en

compte l'idéal recherché. Les rapports variés, ou rythmes, étaient tout à

fait inépuisables, souples et surtout dynamiques.

Ce rythme, qu'il appelait équilibre dynamique, n'était pas limité à la

peinture. Mondrian cherchait dans la musique et il écoutait déjà du jazz

en compagnie de l'architecte J.J.P. Oud. Du jazz, il adopta le terme de

"boogie-woogie" pour désigner le rythme purement énergique de ses

dernières peintures (Broadway Boogie-Woogie en 1942-1943 et Victory

Boogie-Woogie en 1943-1944). Comme l'indiquait son essai de 1922, "le

Néo-Plasticisme, sa réalisation dans la musique et au théâtre futur", il

s'intéressait à une éventuelle composition des plans de couleur sous la

forme de partition. De même, il considérait la potentialité architecturale

de tels plans, comme une application fondamentale, bien que

problématique, à la construction de ses concepts d'équilibre et de rythme

asymétrique. Leur utilisation en tant que décoration, réflexion appliquée

après coup, était concevable. Dès 1922, les théories et les pratiques de

Mondrian étaient bien arrêtées. Elles étaient en essence constructives et

envisageaient le devenir de l'homme: l'organisation de sa vie et son

environnement.

Au cours de son premier séjour parisien, Mondrian associait les plans

rectangulaires emboîtés à l'idée de ville et de dynamique de la vie

urbaine, distinguant la vitalité du paysage naturel. L'énergie dégagée par

Composition avec gris et

noir (tableau n°2) 1925

Huile sur toile, 50x50cm

Composition, Londres 1940-1942

Huile sur toile, 80x70cm

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le paysage urbain captivait Mondrian. De retour, à Paris, sur les grands

boulevards, il fut à nouveau submergé par l'ivresse de la vie urbaine, qui,

sous un autre angle, enflammait son esprit enthousiaste et contemplatif.

Il fit un récit pittoresque de l'activité des boulevards en fusionnant ses

impressions kaléidoscopiques qui correspondaient à l'idée de

"simultanéité" des futuristes.

En juin 1921, il assista à un concert de musique futuriste faite de

bruitages caractérisant les instruments du compositeur et peintre italien,

Luigi Russolo. Pour quelqu'un qui vivait près de la gare Montparnasse,

et entendait le bruit provoqué par les arrivées et les départs incessants

des trains, les aiguillages et les sifflets, un tel concert aurait pu être

superflu. Mais Mondrian s'intéressait depuis longtemps à la musique, et

il écouta autant le concert que la gare, en ayant à l'esprit ces rythmes

urbains.

Après avoir évoqué les bruits, il écrivit "une multiplicité de sons,

s'interpénétrant, des automobiles, des bus, des taxis, des personnes, des

réverbères, des arbres. Tout ce mélange; des cafés, des boutiques, des

bureaux, des affiches, des étalages; une multiplicité de choses.

Mouvement et arrêt: divers gestes. Mouvement spatial et temporel.

Images et réflexions variées." Mondrian observait l'entrelacement et le

rapport étroit existant entre le changement, la continuité et le calme. Le

boulevard lui-même restait immobile tout en débordant de vie et de

mouvement. Le tout restait tranquille alors que les particularités, les

parties et les détails changeaient sans cesse. C'était la même vision que

donnaient les peintures de Mondrian, car tandis que la toile en tant

qu'ensemble ne varie pas, ses parties paraissent visuellement animées

d'un mouvement continu.

Mondrian avait depuis longtemps embrassé un art urbain, où la

construction était implicite. Ce thème architectonique prévalut le restant

de sa carrière. Construire des compositions picturales et construire des

bâtiments ou des villes ont beau être deux actes différents, ces peintures

affirment l'impérieux désir humain de construire.

Broadway Boogie-Woogie 1942-1943

Huile sur toile, 127x127cm

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Savoir si ses peintures étaient inspirées par l'architecture, le jazz, ou la

ville de New York, ne nous apprendra rien ici, parce que les moyens de

Mondrian restaient strictement picturaux: il n'illustrait pas ce qu'il

voyait. Son étude de l'équilibre rythmique prédominait. Il se peut que

son rythme ait eu un caractère urbain (avec le temps, il peut avoir

influencé profondément l'architecture et le design) parce que les

objectifs de Mondrian se sont toujours fixés sur la structure et

l'organisation cadrée de ce qu'il observait, et sensible dans le jazz et dans

la circulation ou dans les lignes élancées des gratte-ciel new-yorkais.

Pendant la plus grande partie de sa carrière, Mondrian vécut dans des

capitales. Son premier séjour à Paris confirma cette tendance et ses écrits

théoriques l'expliquèrent. L'environnement humain était bâti contre la

nature et, pour Mondrian, il constituait la matière de l'évolution. Il

envisageait un avenir qui harmoniserait et équilibrerait cette évolution.

Chaque partie devait jouer son rôle au sein de l'ensemble, avec

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dynamisme, efficacité et sans perte d'identité. Elle devait ainsi créer des

constructions opérant harmonieusement, qui serait à la fois cohérentes et

dynamiques. Mondrian n'était pas un designer. Il travaillait sur des

projets utopistes et non utilitaires. Ses objectifs ambitieux portaient sur

une organisation globale, harmonieuse et dynamique de la vie humaine.

Ils figuraient un modèle pour l'harmonie humaine. Mondrian a toujours

pensé que les éléments de son art et de sa philosophie étaient essentiels

pour assigner la place de l'homme dans l'univers, et en ce sens,

permettait de réconcilier homme et nature.

Conclusion

"L'abstrait, comme les mathématiques, est en fait exprimé dans et par

toutes les choses." Il voulait rendre cela évident à l'esprit conscient:

"L'artiste vraiment moderne ressent consciemment l'abstraction dans

l'émotion de beauté: il reconnaît consciemment que l'émotion du beau

est cosmique, universelle. Cette reconnaissance consciente a pour

corollaire la plastique abstraite - l'homme adhère uniquement à ce qui est

universel."

Mondrian exprima cette idée dans ses écrits, mais la caractérisa dans la

longue série de toiles qui était une quête du rythme, de l'équilibre et de

l'énergie vitale. Dans les peintures qu'il retoucha avec tant de soin, il

révéla les rythmes de l'univers tels qu'il les ressentait dans la vie observée

autour de lui - près de la rivière en Hollande, près du moulin se détachant

sur un ciel assombri, dans un arbre courbé ou un terminus de gare et dans

le mouvement incessant de la ville croissante et vivante.

L'équilibre, que l'on trouve dans ses tableaux, est un exemple visuel de

l'unité dans la diversité.

Victory Boogie-Woogie 1943-1944

Huile et bandes adhésives sur toile,

diagonale 177.5cm

15


Paysage et construction

Construction d'un bâtiment ou d'un paysage ?

Introduction

Comme architecte, lorsque nous voulons que notre bâtiment participe,

ait une relation avec le paysage, que voulons-nous dire? En réalité

construisons-nous un bâtiment ou un paysage?

Par les quelques projets que je présente dans ce chapitre, j'essaie de

trouver les réponses à ces questions et d'ouvrir une voie pour la

réalisation du projet de la piscine.

Renzo Piano: Centre culturel Paul Klee à Berne

Pour la réalisation de ce projet, Piano ne propose pas un bâtiment mais

un paysage.

Piano avait tout de suite photographiée une colline située sur le site. Elle

n'était pas très haute, mais c'était une belle colline. Il avait naturellement

laissé agir sur lui la vision et le bruit de l'autoroute. Dans ce cadre

pratiquement rural et agreste, l'autoroute précisait brutalement sa

situation: en plein milieu de l'agglomération bernoise et à la fin du

vingtième siècle.

Un lieu de silence et de recueillement, noyé dans le bruit du trafic.

Ce que Piano avait vu, perçu et ressenti sur le terrain, il le mentionna

brièvement comme suit:

"Mais par où commencer, mais par Paul Klee, bien sûr. C'est la

dimension du silence, qui convient le mieux à cet artiste: un poète du

silence doit faire réfléchir au travers d'un musée silencieux consacré à

son œuvre."

Le projet commença par une intense prise de conscience du terrain. Il

fallait, certes, accepter l'autoroute, car elle n'est pas mal en soi, que l'on

doit nier dans un premier temps, puis cacher, mais elle est bien l'une des

artères vitales de la ville d'aujourd'hui. Le projet doit donc collaborer

avec l'autoroute et ne pas s'en faire une ennemie.

Paul Klee: Blühendes Tal, 1936

et études de surfaces avec modules

16


Des collines naturelles et artificielles

Piano trouve que le génie du lieu réside bien dans le doux mouvement de

la colline. Comme tant d'autres peintres et architectes, Piano en revient

aux règles classiques de composition de l'image. La colline, au premier

plan, sert de coulisse, sur un horizon sylvestre, à des collines plus

élevées dans le lointain. Le regard est ainsi guidé et fait abstraction du

chaos de l'agglomération en reliant directement le premier plan au cadre

général de l'arrière-plan. Il existe ainsi une symbiose particulière entre le

proche et le lointain, et le terrain devient une île dans le paysage. Piano

crée son lieu, à la fois retranché et secret.

Là, où il n'y a pas de collines, on en créera. L'idée vole au-delà des

simples limites du terrain originel et transforme le projet en paysage et

non en construction. Le nouveau terrain et l'horizon de forêts

environnant sont intimement liés et sont vus comme un paysage. Le

terme de "land art" est même évoqué, mais Piano refuse. C'est en paysan

et non en architecte qu'il désire ajouter tout simplement trois collines à

celle qui est déjà devant lui.

Les trois collines ne sont pas des maisons, elles sont les articulations du

terrain. Elles interviennent puissamment sur le terrain et transforment le

grand parc en musée. Les collines appartiennent, certes, à une nature

maîtrisée, mais sont en même temps des constructions artistiques au

sens littéral du terme. Elles sont l'élément particulier qui irrite et le

musée lui-même. Cette triple ondulation deviendra un pictogramme et

une abréviation graphique sur les panneaux indicateurs. Vues de

l'autoroute, les trois courbes surgissent durant dix secondes environ de la

longue file de toits, figures inhabituelles qui se glissent furtivement dans

le paysage et annonce l'étranger et le particulier.

Vues du parc, ces trois collines mystérieuses irritent; sont-elles

artificielles ou sont-elles un havre naturel? Elles doivent vraiment être

les prémisses du grandiose. Lorsque l'on est devant elles, on découvre la

véritable dimension de l'ensemble: la vague médiane a 12 mètres de haut

et fait front à l'autoroute sur 300 mètres. Les toits dessinent autant

Etude transversale au niveau de la crête de la vague

La ligne de vague ondule face à un horizon incliné.

La ligne de vague en contact avec le terrain.

17


d'ombres vigoureuses sur la façade, qui s'est réfugiée bien en deçà des

chenaux.

Cette antithèse de bâtiment est pourtant un projet fonctionnel et

contemporain. Pas question d'envisager un ouvrage d'un vert sentimental

évoquant notre mère, la Terre. C'est une construction de haute

technologie qui voit le jour. Ce qui, à première vue, donne une

impression de modestie, est en fait l'expression d'une extrême exigence.

Toute comparaison avec le Musée Beyeler à Bâle serait complètement

erronée, déclare Piano, comme s'il voulait se défendre. Il ne serait

vraiment pas dans sa nature de se répéter, puisque les tâches étaient

différentes. Il considère d'ailleurs le "style personnel" comme une cage

dorée dans laquelle un architecte s'enfermerait lui-même. Il préfère

repartir à zéro à chaque fois.

Une série de quille de navire

Et la construction? Piano l'a su immédiatement: en bois. Ce Génois a

pensé immédiatement à la construction navale et à la perfection d'une

quille de navire. Le musée sera construit sous la forme d'une série de

quilles de navires. Piano veut dessiner dans les airs les arcs puissants des

collines par des traits d'union en bois. Sans appuis. Ils seront visibles de

l'intérieur et du bas, et même de la zone réservée au public. Dans les

locaux du musée, une voile régulatrice de lumière les masquera

partiellement. Dans les grosses carènes réservées, des parois mobiles

subdiviseront les diverses salles d'exposition, mais l'on gardera toujours

la sensation du tout. Klee a préféré peindre en grand format: il est donc

impossible de créer de petites salles. Tout est fonction de l'œuvre et non

des œuvres. Piano ne veut pas créer des lieux neutres, susceptibles

d'étouffer les chefs-d'œuvre. En haut, coupe longitudinale dans la zone ouverte au public, sur l'épine dorsale.

En bas, coupe transversale dans la zone ouverte au public.

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Carmé Pinos et Enric Miralles: Pensionnat de Morella, Castellón

Situé dans un paysage fantastique, au pied du château fort de Morella, le

bâtiment scolaire interprète le terrain en forte pente sous la forme d'un

étagement de toitures longeant le chemin sinueux et couvrant une

succession de plates-formes qui transportent la topographie à l'intérieur

du bâtiment et, inversement, qui ouvrent des échappées visuelles

toujours nouvelles sur les étendues arides de la nature environnante. Les

caractéristiques spatiales à l'intérieur du bâtiment varient comme dans un

kaléidoscope. La lumière pénétrant par l'avant, par le haut, par les côtés

ou l'arrière, éclaire le volume intérieur dont la conception repose

essentiellement sur une coupe riche en ouvertures et en enchevêtrements.

"Travailler avec tous les sens, pas uniquement la vue…découvrir ce

qu'est Morella (le site)…sentir le besoin de nous protéger du paysage

vide, plein de nostalgie d'un temps plus actif…chercher la bonne

orientation comme la cherche le village…continuer le rythme de la

montagne, fragmentée par mil murets plein de lumières et d'ombres.

C'est un projet fait à l'air libre, sur place, répondant à toutes les

vibrations que produisait le corps. Nous avons passé beaucoup d'heures

face au site où nous devions construire, face au paysage, face au

château. En nous familiarisant avec les chemins qui délimitent le

territoire.

C'était presque notre première impulsion: fixer notre espace avec un

chemin, à la fois édifice, qui abriterait un air qui allait nous appartenir,

un air déjà différent de celui qu'on respirait dans le paysage vide.

Le projet c'est ces espaces intermédiaires face au paysage et protégés

par l'édification. Ces espaces qui, en étant en dehors de l'édifice, sont

dans l'édifice de la même façon qu'ils sont suspendus dans le

paysage…la vue s'échappe dans toutes les directions, en même temps

que rentre la lumière depuis devant, depuis les côtés, depuis

derrière…comme quand nous sommes à l'air libre, la lumière nous

entoure." El Croquis, n°70

Plan et relation au paysage de la cinquième façade, la toiture

19


Le bâtiment répète le mouvement de la ville vers la meilleure

orientation. Ce retournement sur soi-même depuis le niveau d'accès

permet de placer les classes et les dortoirs. Tandis que les zones

communes sont les limites extérieures de l'édifice qui suivent les courbes

existantes du terrain.

La toiture fonctionne comme la véritable façade de l'édifice. C'est elle

qui raconte comment l'édifice est un chemin et une salle en même temps.

Plusieurs niveaux de rampes, d'aire de jeux, de jalousies apparaissent

sous les couverts contre la pente. La salle a son écho dans le patio

d'entrée. Depuis le patio, naît la rampe d'accès qui est la construction sur

laquelle s'appuie toute la géométrie superficielle.

Cette rampe soutient l'excavation que l'édifice complète jusqu'à son

retour au niveau de départ.

La méthode de travail du projet a été d'insister sur les espaces

intermédiaires: patios, superposition de creux…en formant des unités

complexes qui cherchent leur relation avec le paysage.

Relation de l'école avec le chateau,

la montagne et la magnifique vue.

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Jean Nouvel: "Kultur und Kongresszentrum Luzern" (KKL)

Le KKL est composé de quatre volumes unifiés par l'intermédiaire d'une

grande toiture. Il dialogue avec la ville, le paysage et l'eau. Le projet

cherche des relations visuelles par le cadrage de vues sur la ville, le lac

et les montagnes. Il donne une relation directe au lac en faisant pénétrer

l'eau à l'intérieur du bâtiment.

Jean Nouvel n'exprime pas la structure dans l'ensemble de son bâtiment.

On ne perçoit que la prouesse structurelle par la sensation de flottement

de la toiture. Cet effort technique considérable reste pourtant cohérent

dans le principe du concept de Nouvel de vouloir par le porte-à-faux

créer des prolongements avec l'extérieur, de chercher des rapports avec

le paysage et de donner une unité à l'ensemble du bâtiment.

Les volumes majeurs ont leur structure mixte propre, avec une structure

ponctuelle qui permet de vitrer pour chercher des rapports entre les

espaces intérieurs et extérieurs dans les espaces tel que les foyers, la

cafétéria, le restaurant et une structure murale pour les salles de concert.

La façade, du côté lac et de la Reuss, est fortement animée par une

composition de volumes rectangulaires en aluminium de deux couleurs

mats et sombres (le rouge et le bleu). En composant cette façade, Nouvel

a créé des relations fortes entre l'intérieur et l'extérieur par

l'intermédiaire de terrasses, de fenêtres cadrant le paysage et de baies

vitrées au rez-de-chausée.

La vision de la toiture, depuis l'est et le sud, donne une sensation de

grande finesse. Cette finesse apparente permet de diminuer l'impact

visuel et de s'intégrer facilement dans le paysage urbain.

Le KKL cherche une intégration dans la trame urbaine et un dialogue

avec les espaces publics, le paysage et la ville.

Détail du porte-à-faux.

Façade Est montrant sa finesse et sa prouesse technique

21


Dominique Perrault : Vélodrome et piscine à Berlin

Ce projet est lié au processus de réunification des deux Allemagnes, par

la volonté d'une ville de se convertir en une capital de l'état et au désir

d'être élue comme siège de Jeux Olympiques. Comme point de départ, la

volonté politique du Sénat de Berlin. La ferme volonté de réorganisation

et d'unification des deux parties de la ville coïncidaient avec un projet

intégré, le projet olympique, qui permettait de développer non seulement

la construction d'un certain nombre d'équipements sportifs, mais aussi

des réseaux d'infrastructures qui articulerait ces équipements sportifs. Et

précisément dans ce contexte - qui levait en même temps l'enthousiasme

et beaucoup de critiques - la ville de Berlin convoqua une consultation

internationale pour la piscine et le vélodrome olympique. La parcelle

choisie se trouve à l'intersection de deux éléments urbanistiques

importants: l'axe principal qui sort du centre de la ville - de

l'Alexanderplatz, en direction de Moscou - croise en un point déterminé

un élément périphérique - une ligne de métro qui rétabli la continuité

entre la partie est et ouest de la ville et qui permet de l'encercler -.

C'est une intersection de réseaux, mais aussi une intersection de tissus

urbains. D'une part du système, un tissu composé par des blocs fermés

typiquement berlinois, ainsi que les anciens abattoirs de Berlin; et à

l'opposé, de l'autre côté des voies ferrées, vingt kilomètres de blocs

résidentiels ouverts, c'est-à-dire, un urbanisme complètement opposé.

Pour résoudre la conjonction de ces deux systèmes, la décision la plus

adéquate a été prise: faire disparaître les nouveaux édifices de la piscine

et du vélodrome. Le concept se résume dans la considération d'une

surface rectangulaire, un quadrilatère, dans lequel s'inscrit deux

géométries: l'une ronde pour le vélodrome et l'autre rectangulaire pour la

piscine.

La parcelle se divise en deux parties: une zone qui longe parallèlement la

rue Storkower et dans laquelle se trouve le centre commercial et la gare;

et un terrain planté d'arbres fruitiers sur lequel se situe la piscine et le

vélodrome. Les édifices sportifs sont encastrés dans le terrain, au

Schéma de concept du projet.

Plan d'ensemble du jardin et de ses objets.

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centre de ce nouveau parc, l'objectif était d'incorporer discrètement

dans le paysage ces grands équipements sans influencer la vie sociale

du quartier, mais en contribuant positivement à son développement.

Ces amphithéâtres, enterrés au milieu des arbres, des fleurs, des feuilles

et des fruits, sont conservés par l'intermédiaire des deux pièces de verre

et de métal qui assure la continuité du niveau du sol. Pendant la journée,

ces surfaces de matériaux brillants et réfléchissants se confondent avec

deux grands bassins d'eau - l'un rond et l'autre rectangulaire -. La nuit, ils

ressemblent à des "surfaces magiques", avec un grand nombre de

lumières irradiant de leur antre.

Le projet s'enquière de la relation existante entre la nature et la ville, ce

qui implique l'absence d'architecture, dans le sens académique du mot.

Ces précieux objets, vibrants, vivent leur particulière existence comme

des bijoux sertis dans un environnement végétal, où n'existe ni la

violence, ni l'exclusion.

Vue d'ensemble du complexe sportif.

Vue intérieure de la piscine en relation avec l'extérieur.

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Dominique Perrault: Villa One, Côtes d'Armor

Est-ce une maison? Tel est la question qui a été recherchée. La présence

ou l'absence d'architecture: un thème de réflexion permanente dans

notre travail. Un travail qui s'intéresse, caque fois plus, à la question du

paysage en tant qu'élément unificateur entre architecture et nature.

Peut-on vivre sous terre? Peut-on redécouvrir la caverne des premiers

jours de l'humanité comme un sentiment original de la présence de

l'homme sur terre? Cette architecture est une expérience, une

expérimentation incessamment renouvelée pour entendre, pour sentir,

pour essayer de vivre mieux avec et dans notre environnement. Cette

recherche d'émotions sensibles, uniquement compréhensibles si elles

sont vécues physiquement, rappelle les idées que développait le peintre

Francis Bacon en relation à l'émotion dans la peinture: elle devrait

arriver au cerveau de l'homme sans passer par son intellect. L'esprit du

lieu, la joie de l'être, sont ici quelques-unes des bonnes raisons que nous

avons, les architectes, pour construire, en montrant que les lieux

communs, et à priori conventionnel, ne constituent pas les seules règles

de l'art - auxquelles nous comparons trop souvent le conformisme de

notre société contemporaine.

Construction d'un bâtiment ou d'un paysage?

24


Conclusion

La diversité de tous ces projets permet de mettre en évidence malgré tout

une particularité commune à tous: la relation physique et visuelle avec le

paysage.

Piano, Pinos et Miralles travaillent avec le paysage dans une intention

d'intégrer leur réalisation jusqu'à la convertir complètement en paysage,

pour Piano, et partiellement, pour Pinos et Miralles. Ce respect et cette

collaboration envers et avec la nature n'enlèvent rien aux qualités

architecturales du bâtiment, au contraire, ils développent une toute autre

façon de voir notre art.

Les réalisations de Nouvel et Perrault (Berlin) répondent plus à un

environnement urbain et à une intégration dans la trame urbaine. Malgré

cette situation, ils abordent leur projet en travaillant avec les éléments

naturels en présence, pénétration du lac dans le bâtiment pour Nouvel;

ou création d'un tissu végétal, comme lien unificateur entre deux

quartiers, dans lequel les bâtiments deviennent des objets qui essaient de

s'incorporer discrètement dans le paysage, pour Perrault.

La Villa One de Perrault met en évidence le dilemme suivant: présence

ou absence d'architecture? Ce projet montre sûrement la limite, à mon

avis, du respect ou d'intégration envers et dans la nature.

Dans tous ces projets, la nature est travaillée et maîtrisée artificiellement.

Malgré celà, nous, les architectes, nous pouvons concilier le respect

envers notre environnement et la réalisation d'une architecture

contemporaine et de haute qualité. Si plus de projets, dans le passé,

avaient été abordés avec cette mentalité, nous aurions pu éviter

beaucoup de massacres paysagers (côtes méditerranéennes, par exemple)

en favorisant la qualité architecturale au lieu du profit.

Avec ces concepts de relation au paysage, le projet de la Cité des Sports

sera une tentative d'application de ces idées.

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Exemples

Piscines et Jeux Olympiques

José Luis Mateo et José Antonio Dols: Piscine de l'université de

Bellaterra, Barcelona

Du dehors voir un bâtiment, tapi, riche d'angles. Du dedans voir ou

apercevoir de partout les bassins bleus. Dans la tiédeur du bain, regarder

dehors, campagne et ville à fleur d'eau.

La piscine est un bâtiment dans les pentes, a priori fermé ou tourné sur le

spectacle qui l'anime, au toit incliné et décollé. L'entrée se fait sur un des

petits côtés, percée dans un mur de briques. A droite, s'étire une façade

longitudinale en parpaings, surlignée d'un auvent. Dès les premiers pas à

l'intérieur, les déclivités perçues à l'extérieur se comprennent. On accède

de plain-pied aux vestiaires au niveau haut. Et les bassins se trouvent au

niveau inférieur, eux-mêmes comme juchés au-dessus des terrains en

contrebas.

De l'inclinaison du site, les architectes jouent, le font savoir et apprécier.

Le choix d'une charpente en lamellé-collé, trouvant ses appuis en

périphérie et sur une double rangée de poteaux, libère l'espace interne et

permet aux regards de circuler. Les lieux du bain, en Occident, balancent

depuis des lustres entre l'envie de montrer et de dissimuler les corps

luisant. La Barcelone des années 90 préfère voir. Alors, dès les guichets

et à travers une grande porte de verre donnant sur le petit bain, par

l'intermédiaire d'un long creux à hauteur de torses le long du grand

bassin, on aperçoit l'eau et ceux qui l'animent. Des vestiaires aux

bassins, le regard dévale vers l'eau et la nature.

De l'eau sort la planéité. Ce bel axiome sert les jeux anguleux conçus par

les architectes. Tout se déhanche dans cet univers, puis se soumet à

quelques verticales et horizontales bien assises, celles du grand bassin,

par exemple. La structure en particulier, les façades de verre, aussi,

s'inclinent, semblent verser ou déverser. Du verre, pour mettre la piscine

comme dehors. L'espace s'anime. Mais sans excès.

La toiture accompagne vers les espaces d'eau et le paysage

26


Et c'est finalement dans une sorte de concision que cette réalisation

trouve sa qualité. Elle tient d'abord à la banalité des matériaux employés:

parpaings, briques, lamellé-collé, métal et béton, ces deux derniers pour

l'ossature. Puis, à l'absence de dissimulation. Chaque élément apparaît

tel quel, ni caché, ni voilé.

En équilibre et symbiose avec ce désir de ne pas tromper, les lignes et les

volumes de la piscine ont de l'élégance sans emphase. Manière de pureté

et de netteté acquise à force d'éliminer, d'éviter les redites.

Le regard dévale vers l'eau et la nature

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Vicenza Lima et Raffaelo Cecchi: Piscine à Pioltello, Milan

Ce projet est une solution imaginative dans laquelle l'édifice se fait

objet, théâtre et paysage en même temps. Le projet se montre comme

lieu d'action architecturale, la marge qui divise un intérieur humain,

organisé, habitable et l'extension d'un extérieur décentré, anthropique et

chaotique qui peut être parcouru mais tendant à être inhabitable.

Le projet procède d'une implantation planimétrique formée par deux

corps principaux qui se rencontrent presque à angle droit et se

développent autour du contraste entre la netteté de l'angle et

l'enveloppement et la superposition continue des deux parties, l'incessant

retard des volumes à se recomposer selon le schéma d'un parallélépipède

rappeler par la géométrie en plan. De manière théâtrale, illusionniste, les

parois et les volumes fuient les répétitions et la modularité et se

disposent selon des correspondances et des équilibres plus complexes et

musicaux. Les parois blanches sont découpées, creusées et articulées en

niches, pilastres et travées et puis neutralisées en de lumineux plans

uniformes. Un second thème se tresse , une inquiétude de vibrations,

oscillations, courbes et volutes non perpendiculaires, dans lesquels les

parois se tendent légèrement comme des tissus, des voiles à peine

retenus par une pièce métallique.

Les raccords qui regroupent les diverses parties ne sont ni excitées, ni

dramatiques, mais plutôt cadencées de manière libre et sériel, dans un

empirisme flou qui utilise soit les tracés rationalistes, soit les libres

agrégations organiques.

La grande paroi vitrée est le seuil et l'intermédiaire à travers lequel le

paysage rentre et s'approprie de tout l'édifice. En même temps, le

bâtiment s'approprie le paysage qui, encadré, projeté et sectionné par la

paroi de verre, tombe à angle droit contre la ligne de terre comme une

scène picturale.

Plan d'ensemble et ambiance intérieure

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Jeux Olympiques: Munich '72 et Barcelone '92

Munich '72 et Barcelone '92 sont, pour moi, les deux meilleurs exemples

de concentration d'infrastructure pour les Jeux Olympiques. Ils

regroupent toutes les principales activités sur le même site et sont isolés

de la présence massive de la circulation automobile.

A Munich, les caractéristiques topographiques du site ont été exploitées

idéalement. Les versants des collines ont été utilisés pour construire les

gradins du Stade Olympique, ce qui fait de ce dernier l'un des rares

stades par où l'on rentre par en haut, au lieu d'en bas. Par la même

occasion, une réflexion paysagère a été prise en compte pour créer un

grand parc, dans lequel se trouvent les installations sportives, ainsi que

des bassins d'eau. Cette réalisation est encore pleinement utilisée

actuellement et est un lieu très apprécié des habitants pour les

promenades dominicales.

La construction du village olympique pour loger les athlètes à été réalisé

à proximité, ce qui facilitait le déplacement des participants pour se

rendre sur leur site d'entraînement et de compétition. Ces logements ont

été conçus pour pouvoir être ensuite destiné à la population munichoise

et ainsi répondre à une demande croissante dans le domaine des

logements.

A Barcelone également, la concentration des installations a permis de

créer un anneau olympique qui continue d'être exploité à plein régime à

notre époque. Son implantation au sommet de Montjuïc a permis d'être à

proximité de la ville tout en étant au milieu d'un parc. La hauteur du site

a permis de pouvoir créer des relations visuelles avec la mer et la ville

qui étaient difficilement visible par le passé.

Contrairement à Munich, toutes les installations n'ont pas été construites

à neuf. Certaines structures étaient déjà existantes (le stade et la piscine),

mais elles ont été rénovées et agrandies pour pouvoir répondre aux

normes des différentes fédérations et pouvoir accueillir convenablement

les milliers de spectateurs.

Munich '72

Barcelone '92

29


Conclusion

Comme nous le voyons dans ces projets de piscine, à Barcelone et

Milan, la structure peut être réalisée en bois, matériaux et savoir-faire à

disposition en Suisse, et donner un aspect plus chaleureux et accueillant

que les habituelles structures en métal ou le tout béton.

Ces deux réalisations de piscines sont des exemples de relations

visuelles entre les espaces intérieurs et l'extérieur et avec le paysage.

L'utilisation du bois, pour la structure de la toiture ainsi que pour les

gradins, permet de donner une ambiance plus chaleureuse et accueillante

aux espaces. Ces bâtiments démontrent que les grandes portées imposées

par leur programme peuvent être résolues autrement que par l'utilisation

des structures métalliques. Ces dernières, habituellement, ont une

hauteur statique très grande qui s'impose souvent en façade. Au

contraire, pour la piscine de Barcelone, la toiture, à l'extérieur, donne

une apparence de finesse.

Les sites présentés des Jeux Olympiques démontrent que la réalisation

de telles infrastructures peuvent être "en communion et en harmonie"

avec le paysage. De telles réalisations doivent également tenir comptes

des besoins futurs de la ville et des flux créés pendant et après leur

utilisation.

Structure en bois et finesse de la toiture

30


ANALYSE

Le site au niveau de Lausanne

Pôles d'intérêts et réseaux (schéma p.32)

Ces sites choisis sont des pôles qui ont une attraction au niveau de la

ville, du canton, du pays et voir même au niveau international.

Deux de ces pôles sont des interfaces de réseaux: la gare et le Flon. La

gare permet de relier la ville au niveau national et international et

d'amener en ville des gens pour le travail, le tourisme, le loisir et les

études. L'interface du Flon est la connexion des réseaux au niveau de la

ville et régional.

La plupart des pôles d'intérêt sont ou seront desservis par deux lignes de

métro: le M1 et le M2. Le M1 (gare de Renens - le Flon) permet de

mettre en réseaux le centre ville avec les sites de l'université et de l'EPFL

qui génèrent pendant les périodes de cours de grands flux. Actuellement,

le M2 (Ouchy - le Flon - Epalinges) relie le centre ville avec la gare,

donc avec le reste du pays, et avec Ouchy qui est une partie de la ville

qui attire beaucoup de touristes et d'habitants pour les promenades

dominicales. Dans un avenir proche, cette ligne de métro va permettre de

relier le CHUV qui a une grande influence au niveau cantonal et qui sera

relié ainsi directement à la gare.

Le site étudié est desservi par deux lignes de transports publics: le n°1 et

n°11. Contrairement au n°11, qui est un bus de quartier, le n°1 circule à

travers la ville, dessert la gare et passe à proximité de l'interface du Flon.

En circulant du bord du lac (Maladière) jusqu'au site (Blécherette), ce

bus permet d'avoir un grand potentiel, par ses interconnexions, pour

desservir la Cité des Sports et la piscine olympique.

Le site est également relié à une sortie de l'autoroute A9. Cette sortie

amène un flux en constante croissance qui crée des bouchons aux heures

de pointes et lors des différentes manifestations au Palais de Beaulieu et

au Stade Olympique. La proximité de l'autoroute facilitera l'accès à la

piscine, mais une réflexion devra être faite pour gérer le flux

supplémentaire et éviter les encombrements, car pour les loisirs, les gens

se déplacent plus en voiture en quartiers publiques.

Comme nous pouvons le voir, le site est bien desservi par l'autoroute et

une ligne de bus passant par ou à proximité d'interfaces de transports

publics. Cette multitude d'accès au site facilite l'arrivée des athlètes et

des spectateurs lors des compétitions.

Zones sportives et piscines (schéma p.33)

La ville de Lausanne fourni trois zones sportives composent:

- Les terrains de football situent sur la commune de Chavannes;

- La zone de loisirs tout au long du lac, de St.-Suplice à Bellerive;

- Le Stade Olympique et ses terrains de football.

Ce dernier site est plus consacré au sport d'élite (football, athlétisme)

contrairement au deux autres qui sont plus des zones sportives

consacrées au grand public pour les loisirs.

Pour ce qui est des piscines, nous pouvons voir qu'au niveau des piscines

extérieures et scolaires, leurs emplacements et nombres répondent à la

demande. Mais pour ce qui est des piscines couvertes ouvertes au public,

il n'y a qu'une seule piscine à Lausanne: celle de Mon-Repos.

Actuellement, elle doit répondre à elle toute seule à la demande du

public et des clubs de natation, de plongeon, de synchronisation et de

sauvetage. Les piscines scolaires permettent de désengorger celle de

Mon-Repos, mais la demande est beaucoup plus grande que l'offre.

Mon-Repos n'est malheureusement pas aux normes pour des

compétitions internationales. Les piscines couvertes avec des bassins

aux normes olympiques sont existantes à Genève et à Montreux, mais

entre deux il n'existe aucune infrastructure.

Lausanne étant une ville qui accueille de nombreuses fondations et

associations sportives, une infrastructure sportive de ce genre répondrait

à une forte demande et permettrait d'accueillir des compétitions dignes

d'une ville olympique.

Le site de la Blécherette, comme mentionné ci-dessus, accueille des

infrastructures pour des compétitions internationales. La futur rénovation

du Stade Olympique pour améliorer l'accueil des spectateurs serait le

point de départ pour créer une zone sportive pouvant accueillir de

nombreuses compétitions internationales.

31


Le site et ses infrastructures

Nature et loisirs

Le site est encadré par le Bois Mermet, à l'est, et un cordon boisé, qui

s'étend vers le nord, dans lesquels s'écoule la rivière du Petit Flon qui

séparent les quartiers de la Blécherette et de Bellevaux ainsi que la ville

de Lausanne et la commune du Mont sur Lausanne; à l'ouest par un autre

cordon boisé séparant le quartier de Pierrefleur et le site, ainsi que celui

des Grandes-Roches séparant le quartier des Bergières et le Stade

Olympique. Les loisirs et les infrastructures sportives se développent

entre cette végétation et sont agrémentés de quelques parcs de détente.

L'extension de la Cité des Sports le long de cette nature permettra de

toujours garder une relation à la nature.

Réseaux

Le réseau des transports publics dessert très bien par l'emplacement de

ces arrêts de bus les différentes infrastructures existantes sur le site, tant

pour le stade que pour le parking et les terrains de football.

Le parking-relais, par son emplacement, divise les activités sportives et

augmentent le flux aux heures de pointes sur le trajet entre le parking et

l'autoroute. Ce flux ponctuel perturbe fortement les transports publics.

Le déplacement du parking permettrait de réduire fortement les

perturbations provoquées par le trafic et de réaliser une continuité des

infrastructures sportives.

Le réseaux piéton connaît également des coupures à cause de la forte

présence de la voiture tout autour du site. Les parcours de promenade

existants, dans la forêt du Bois Mermet, à l'est, et ceux du cordon boisé,

à l'ouest, ne sont pas clairement reliés. Le cordon boisé s'étendant vers le

nord est totalement isolé du réseau piéton.

L'aménagement de la Cité des Sports devra permettre de réunir ces

différents réseaux et de créer ceux qui manquent pour favoriser les

déplacement à pied et à vélo entre les quartiers et les infrastructures

sportives.

34


Activités

Les logements représentent la grande majorité des bâtiments existants

sur le site. La présence de certains départements de l'état de Vaud dans le

bâtiment des anciennes casernes, du World Trade Center de Lausanne

(WTCL), des services des automobiles et de la police et la gendarmerie

(à coté de l'autoroute) montrent une forte présence de l'administration.

L'industrie est également présente, mais en petite proportion et en dehors

du site. Les commerces existants, centre commercial Migros et Coop aux

Bergières et celui de Denner au niveau du parking-relais, ne peuvent pas

répondre au potentiel d'achat présent dans ces différents quartiers. Le

manque de commerces doit être pallié par l'implantation de nouveaux

magasins, mais répondant uniquement au besoins du quartier pour éviter

de créer un flux de voitures venant de l'extérieur.

L'une des caractéristiques du site est la présence de l'aérodrome. Cette

infrastructure vient de connaître la rénovation de sa piste pour accueillir

des avions privés pour les entreprises (Nestlé a déjà son avion) et

l'aménagement futur de nouveaux hangars aura une grande influence

dans l'avenir du quartier.

Un autre bâtiment un peu particulier est la prison du Bois Mermet. Son

retrait par rapport à la route diminue son impact, mais ces murs

d'enceinte marquent fortement sa présence.

La diversité des activités que l'on trouve dans cette région démontre que

la mixité est déjà existante. L'implantation de nouveaux complexes

sportifs, de logements et de commerces ne feront que confirmer et

augmenter la mixité.

COMMUNES

ROMANEL SUR

LAUSANNE

LAUSANNE

LE MONT SUR

LAUSANNE

35


Topographie du site

Entre le bâtiment des anciennes casernes et l'entrée de l'autoroute, le site

a un dénivelé de plus de cent mètres. Les plus fortes différences de

niveau se situent entre la Caserne et le Stade Olympique, et ensuite vers

l'accès de l'autoroute, donc aux deux extrémités du site. Entre deux, le

site est composé de quelques dépressions mais de faible dénivelé.

Pour remédier à cette topographie accidentée, le site s'est constitué au

cours du temps de plusieurs plateaux pour créer des plats, tant pour

construire les bâtiments (Caserne et Stade Olympique) que pour les

terrains de sport. Cette particularité du site permet de résoudre les

différences de hauteur et de créer des rapports visuels dans le site entre

les différentes activités et avec le voisinage. Entre les terrains de sport, le

dénivelé est repris par des talus, mais pour les bâtiments des murs de

soutènements ont du être réalisés pour reprendre la grande différence de

niveau.

LES PLATEAUX

Sport

Parc

Bâtiments

36


Programme

Le projet propose d'augmenter les activités sportives et les

infrastructures. Les espaces extérieurs existants seront réaménagés, mais

dans tous les cas conservés.

Les infrastructures existantes sont les suivantes:

- Stade Olympique

- Terrains de tennis

- Terrain d'hockey sur gazon

- Terrains de football

- Piste d'athlétisme

- Patinoire

- Vélodrome

- Terrain de rink-hockey

Le programme complémentaire proposé sera composé de:

- Salles omnisports

- Piscine olympique couverte

- Terrains extérieurs de basket-ball et volley-ball

- Logements

- Commerces

- Parkings (relais à déplacer et manifestations à créer)

- Circulations piétons et vélos

Le complexe de la piscine couverte sera composé pour sa part des

installations suivantes:

Trois bassins et leurs dégagements:

- Bassin de 50m.x25m.x3m. pour la natation,

le water-polo et la synchronisation env. 3000 m²

- Bassin de 25m.x20m.x5m. pour le plongeon,

avec le plongeoir (1x1m., 1x3m., 1x5m., 1x7.5m.

et 1x10m.) et un petit bassin de 2m.x3.5m. env. 1800 m²

- Bassin de 50m.x15m.x1.4m. pour les échauffements

et l'apprentissage env. 2400 m²

Les différents locaux pour le fonctionnement du complexe:

- Vestiaires (public, clubs, jury, arbitres et maîtres nageurs) env. 1000 m²

- La salle de gym et de musculation 200 m²

- L'infirmerie et le local maître nageur 20 m²

- Les salles de cour et la salle de presse 60 m²

- Les locaux pour le personnel et les arbitres 60 m²

- Les locaux d'entretien et les dépôts de matériel 90 m²

- Les locaux pour les compétitions (musique, résultats, jury, chrono) 100 m²

- Plages et solarium

La zone d'accès à ces locaux est composée de:

- L'administration 50 m²

- Le hall d'entrée et d'accueil avec les caisses 400 m²

- Le café-restaurant avec ses dépendances (dépôt et cuisine) 400 m²

- Les locaux techniques env. 1000 m²

- Les circulations (20-25%) env. 1000 m²

- Les tribunes

Total de la surface du complexe env. 11600 m²

Ainsi que les espaces extérieurs:

- Terrasse pour le restaurant

- Parking (handicapés, personnel, presse)

37


INTERPRETATIONS ET OBJECTIFS

Ce chapitre permet d'introduire la phase de projet suite à l'exposition de

ces premières idées qui seront approfondies par la suite dans les

différentes étapes du processus de travail. Le monde de connaissances et

l'analyse ont permis de montrer les solutions qui peuvent être appliquées

à ce site.

Les objectifs restent les mêmes qu'au départ, mais sont une première

application dans le cadre du projet. Les premières esquisses de projet

vont du traîtement du site jusqu'au développement du bâtiment en

passant par les différentes implantations.

Proposition de développement du site

Le déplacement du parking est presque une nécessité pour pouvoir

diminuer les flux des pendulaires et des spectateurs venant à Lausanne.

Ce choix permet de libérer du terrain au sein de la Cité des Sports et

ainsi de relier la zone du stade et les terrains existants. Avec ces

changements, le réseau piéton doit être revu et créer, et les transports

publics doivent être prolongés.

La mise en place d'une trame à grande échelle pour pouvoir organiser le

développement est une nécessité. Le traitement en bande, comme à La

Villette, ou la mise à plat des tableaux de Mondrian peuvent être deux

propositions de trame.

Le traitement en bandes comme à La Villette permettrait de définir

clairement l'emplacement des différents éléments du programme et créer

ainsi une congestion programmatique. Mais la largeur du site n'est pas

très favorable à une telle application.

Le site s'adapterait mieux à la "réalisation" de trois tableaux de

Mondrian. Cette application permettrait de gérer les circulations et

l'emplacement des grandes infrastructures. La zone du Stade Olympique

serait le premier tableau, suivi du site allant du parking actuel jusqu'au

carrefour routier, et le dernier pour le site encore "vierge" à proximité de

l'autoroute. Les lignes verticales et horizontales de ces tableaux

deviendraient les circulations et les couleurs l'emplacement des

bâtiments. La végétation sera également un élément de lien physique et

visuel entre les trois parties du site.

35

38


Implantation

Le choix d'implantation des 3 grandes infrastructures (la salle

omnisports, la piscine et le parking-relais et manifestations), c'est fait

selon les interactions qu'elles nécessitent et la surface nécessaire pour

leur réalisation.

L'emplacement actuel du parking-relais est le site choisi pour les salles

omnisports. Cet emplacement lui permet d'avoir une relation directe

avec le Stade Olympique, les athlètes ayant besoin de salles

d'échauffement avant les compétitions et à proximité du lieu de

compétition. Le stade ne peut fournir qu'une très petite surface

d'échauffement couverte et des rotations doivent être mises en place, ce

qui entraîne des périodes d'échauffements trop courtes pour les athlètes.

Les parkings verront leurs capacités augmentées et seront rapprochés de

la bretelle d'autoroute pour diminuer les flux le long de la Cité des

Sports. Cet éloignement implique un rapprochement des transports

publics et également un réseau piéton pouvant desservir toutes les

infrastructures.

Le complexe de la piscine sera pour sa part implanter également à

proximité de l'autoroute. Ce site stratégique donne la possibilité de

réaliser un bâtiment emblématique servant de repère et en relation

visuelle avec les accès de l'autoroute et le futur parking, de créer ainsi

une "porte d'entrée" en ville de Lausanne. La topographie à cet endroit

est favorable pour réaliser un projet en relation avec les éléments

naturels existants et de travailler avec les différences de niveau du

terrain.

L'emplacement pour les logements et les commerces est encore à définir.

Mais les logements seront plutôt consacrés au domaine du sport-étude,

vu l'augmentation des infrastructures et pour compléter ceux existants à

côté du Stade Olympique. La réalisation de logements pour louer pour

de courtes durées peut être envisagée, voir même un hôtel pour répondre

à une éventuelle demande du site avec la probable augmentation de

compétitions internationales dans le secteur.

SALLES

OMNISPORTS

STADE

OLYMPIQUE

P+R

PISCINE

AUTOROUTE

39


Planimétrie et volumétrie

Les premières esquisses conceptuelles, tant en plan que pour les

volumes, essaient de reprendre les idées exposées sur les relations au

paysage.

La diversité du programme et les besoins volumétriques n'étant pas les

mêmes, chaque élément, comme les bassins, pourrait avoir son propre

volume. L'idée de fragmentation du volume serait la base du projet, cela

permettra d'éviter d'avoir une vision d'une grande structure comme tous

les complexes actuels et de travailler avec différents niveaux, métaphore

des différents plateaux que l'on trouve sur le site. Ce découpage du

volume permet de créer des relations visuelles avec le paysage tant

depuis l'intérieur que depuis l'extérieur.

Ce découpage rendra possible l'accès à quelques toitures et de créer ainsi

une continuité du sol naturel par l'intermédiaire des bâtiments.

En plan, une épine dorsale accueille toute la circulation, les services et

les techniques. Les volumes, contenant le reste du programme, viennent

s'adosser ou s'intersecter à cet axe de liaison. Ce plan permet d'envisager

une éventuelle extension du complexe en cas d'une demande de bains ou

autres programmes en relation avec l'eau.

Contrairement à la fragmentation du volume, les différents éléments du

programme seront en relation directe entre eux. D'éventuelles

différences de niveaux entre les bassins sont envisagées pour créer des

espaces intermédiaires de détente et des rapports visuels divergent avec

le paysage.

Elévation conceptuelle

Plan conceptuel

40


BIBLIOGRAPHIE

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- n°107, 2001, p.10-28, KKL Lucerne, 1992 - 2000, Jean Nouvel

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Livres

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R. Vila Rodriguez, F. Bianchetti, Ed. Frames Libri, 1992

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- Bauten und Plätze in München;

Ein Architekturführer, Oswald Hederer, Ed. Verlag Georg D. W. Callwey,

Munich, 1972

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L. Sverchine, Ed. Eyrolles, Paris, 1994

- Naissance et diffusion de la natation sportive;

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- Piscines, Equipements nautiques;

S. Roché-Soulié, S. Roulet, Ed. du Moniteur, Paris, 1992

41


Histoire de Lausanne:

- Histoire de Lausanne;

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L. Polla, N. Grispini, R. Hofer, Ed. Slatkine, Genève, 1984

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OMA - R. Koolhaas and B. Mau, 010 Publishers, Rotterdam,1995

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- OMA - Rem Koolhaas;

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- Mondrian;

John Milner, Phaidon Press Limited, Londres, 1992

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REFERENCES IMAGES

Monde de connaissances et thématique

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- Downtown Athletic Club: New-York délire; Un manifeste rétroactif

pour Manhattan.

p.06: - TGB: S, M, L, XL;

- TGB: OMA - Rem Koolhaas;

- Serres: source auteur;

- La Villette: OMA - Rem Koolhaas.

p.07: - TGB: OMA - Rem Koolhaas;

- Jussieu: S, M, L, XL;

- Exposition 1989: OMA - Rem Koolhaas.

p.08: - La Villette: S, M, L, XL.

p.09 à 15: - Tableaux de Mondrian: Mondrian.

p.16 à 18: - Centre Culturel Paul Klee à Berne: Hochparterre, supplément n°12.

p.19 à 20: - Pensionnat de Morella: El Croquis n°70, Werk n°12.

p.21: - KKL: El Croquis n°92, Lotus n°100.

p.22 à 23: - Vélodrome et piscine à Berlin: El Croquis n°91+104.

p.24: - Villa One: El Croquis n°104.

p.26 à 27: - Piscine de l'université de Bellaterra: Technique et architecture n°397.

p.28: - Piscine à Pioltello: Lotus n°107.

p.29: - Munich '72: Bauten und Plätze in München;

- Barcelone '92: Arquitecturas olimpicas: detalles de las constructiones

deportivas para Barcelona '92.

p.30: - Piscine à Pioltello: Lotus n°107;

- Piscine de l'université de Bellaterra: Technique et architecture n°397.

Annexes

p.44: - Architectures d'eau.

p.56: - Piscines; Photographies de Pere Planells.

43


ANNEXES

Définitions et éthymologies p.45

Symbolique de l'eau p.45

Les piscines p.46

Historique de la piscine p.48

Historique de la natation p.50

Typologies p.51

Le parcours

Les différentes étapes de l'eau et leurs fonctions p.53

De l'habillé au nu: voir et être vu p.54

Historique des piscines à Lausanne p.55

44


Définitions et éthymologies

Athlète vient de athlôn (Grec) : à la fois le combat et l'enjeu.

Natation (selon le Robert des Sports)

1- pratique de la nage sportive sous trois formes: athlétisme (vitesse), gymnique

(plongeon) et ludique (water-polo). Les épreuves de vitesse se disputent en

piscine olympique comportant 8 couloirs.

2- natation artistique : concours entre équipes de 4 à 8, comportant 6 figures

imposées, et les figures libres ou ballet.

Nautique

Sports nautiques: terme générique embrassant les grands sports de la nage et de

la navigation, ainsi que les jeux sportifs qui s'y rattachent: joutes nautiques,

plongeon et plongée, ski nautique, surfing, water-polo.

Piscine

1- Bassin artificiel aménagé pour la pratique de la natation.

2- (Littré, Dict. suppl.): bassin commun pour se baigner.

"C'est en se plongeant, pour se baigner, dans les viviers à poissons qu'ils

appelaient piscines, que les Romains ont fait donner aux bains construits dans

des établissements publics ce même nom de piscine."

"Qu'est-ce qu'une piscine? un bassin plus ou moins vaste, rempli d'eau froide ou

d'eau chaude, d'eau ordinaire ou d'eau thermale, dans laquelle les baigneurs se

trempent individuellement ou en groupe." Paul Négrier

Plongeon

Combinant gymnastique et natation, le plongeon sportif est l'action d'entrer dans

l'eau, mains ou pieds en avant, après avoir exécuté dans l'air une figure.

Sport vient du vieux français desport : l'ensemble des moyens grâce auxquels le

temps se passe agréablement (conversation, distraction, badinage). Le mot passe

en Angleterre avec les invasions Normandes.

Définition par Pierre de Coubertin :

"Le sport est le culte volontaire et habituel de l'effort musculaire intensif,

appuyé sur le désir de progrès et pouvant aller jusqu'au risque."

Symbolique de l'eau

L'histoire des bâtiments liés à l'eau est directement en rapport avec les

croyances mythologiques, religieuses (lavement, purification).

La rapide diffusion des préceptes religieux, qui ordonnait les ablutions rituelles

aux peuples, favorisa la propagation des bains. Prescrits par la religion, les

bains sont devenus, pour les peuples, un rite sacré d'abord, puis, une habitude

agréable. Pour les Egyptiennes, les jours de bains deviennent jours de fête très

attendus, prétextes à rendez-vous et distractions. Au Japon, l'eau est un

accessoire de la vie religieuse. Pour les Grecs, la pratique des bains

accompagnait celle de la gymnastique et visait le culte de beauté et l'entretien

de la santé. La beauté est personnifiée par les corps d'athlètes, symbolisant les

valeurs morales. L'utilisation de l'eau et des bains était liée à la notion

d'hygiène et de propreté du corps, contrairement aux romains, où bains ou

thermes étaient liés au plaisir et au délassement. L'Eglise chrétienne sévit

effectivement contre les abus et les obscénités facilités par l'usage immodéré

des bains. Le nettoyage du corps ne devait pas devenir un vice sous peine d'être

soupçonné d'idolâtrie, un péché mortel. Mais des établissements spéciaux

étaient construits, par ailleurs, près des basiliques.

Ce type de bâtiment a toujours revêtu une fonction sociale en tant que lieu de

rapport au corps, lieu pour se nettoyer, lieu de rencontre et de détente, et lieu de

contrôle social. Au Moyen-Age, un bain symbolique précédait la réception d'un

chevalier. Les étuves, importées en Europe lors des croisades et issues de la

religion (purification par l'eau), deviennent des lieux de plaisir qui

dégénéreront en lieu de prostitution et de crime. Au XVII ème siècle, le bain est

suspect d'être dangereux pour la santé. L'eau n'est pas perçue comme bénéfique

et, par ailleurs, il s'agit une denrée rare. Il est difficile de s'en approvisionner et

les installations sont chères. Mais à la fin du XVIII ème , les idées hygiénistes ont

fait leur chemin et marqué un tournant dans l'évolution de la manière

d'appréhender le plan d'eau. On reconnaît à l'eau des vertus fortifiantes. Elle

sensibilise les sens et délasse l'esprit. Ces immersions en eau froide sont à

compléter par des exercices physiques. La baignade prend alors le statut de

remède à tous les maux. C'est à travers l'aspect médical que le bain rentrera

dans les mœurs.

Puis l'évolution se poursuivra vers la natation pratiquée comme sport de

compétition avec des exigences particulières: dimensions du bassin

normalisées, pontons de départ, température constante de l'eau etc.

45


Les piscines

Bref historique

L'architecture des piscines, issue de celle des bains, trouve ses origines dans

l'antiquité. Bien que chaque civilisation l'aient adoptée de manière différente,

avec une architecture propre, les bains publics ont toujours existé.

La culture grecque est intimement attachée au culte du corps. L'exercice

physique, la gymnastique permettait de l'entretenir. Le bain était la conséquence

d'une activité physique. On se lavait non pas pour le plaisir mais par hygiène.

On trouve les premiers exemples de piscine à Delphes. Elle était directement

rattachée au gymnase. L'architecture du bassin pouvait permettre des

immersions partielles ou des immersions totales pour la natation.

Les romains avaient une vision des bains beaucoup plus plaisante que les grecs.

Le plaisir de l'eau et le délassement étaient leurs principales motivations. La

réponse architecturale la plus poussée de ce phénomène étaient les thermes. Ces

institutions étaient de vrais lieux de plaisir. Elles regroupaient non seulement

différents types de bains (chauds, froids, tièdes) mais étaient encore agrémentés

d'autres activités telles que bibliothèques, théâtres, jardins. Au concept d'espace,

la réponse technique a suivit, de l'innovation du chauffage aux principes de

construction. Le modèle romain, qui se reproduit à travers l'histoire, va

influencer sur l'image des piscines actuelles.

A la Renaissance, la natation et les bains se font plus rares. Les bains

disparaissent progressivement du paysage européen à partir du XVI ème siècle.

Seul les établissements thermaux subsistent en se spécialisant dans les

traitements des maladies du corps.

La "deuxième naissance" du bain va avoir lieu au XVII ème et XVIII ème siècles.

Par une connaissance plus approfondie du corps, le bain n'est plus une source de

propagation de maladies mais devient un moyen d'assurer la santé. Ce

phénomène va permettre une prise de conscience du manque d'hygiène et

d'activité physique de la population. Lentement, l'hygiène corporelle se

diffusera à partir de la deuxième partie du XVIII ème siècle.

Les piscines en milieu naturel

L'engouement pour les bains froids en milieu naturel (rivières lacs) va donner

les prémices de la natation. La baignade, d'abord sauvage, va se structurer lors

de l'apparition des piscines en eau vive. La première piscine de ce type est

installée dans la Seine en 1785. De composition très simple, elle était constituée

de quatre bateaux sur lesquels se trouvent les cabines et un plancher en bois. La

pratique de la natation se fait en complète harmonie avec la nature.

La diffusion de la natation va se faire à travers les deux grandes institutions qui

prennent conscience de la nécessité de l'hygiène et de l'exercice corporel:

l'armée et l'école. Dans l'éducation une distinction importante va s'opérer: le

nettoyage corporel et la natation. Les tentatives d'apprentissage en pleine eau ne

seront que très lentement intégrées, surtout à cause du manque d'infrastructures.

L'exemple anglais est frappant par son avance sur le reste de l'Europe. La

précocité des pratiques sportives en Angleterre permet à la natation de s'affirmer

très tôt en tant que sport à part entière sans avoir à subir le poids de la pression

hygiéniste, comme dans les autres pays. Dès 1834, la formation de clubs et

associations sportives va permettre à la natation de prendre forme en de

nombreuses compétitions. Les lieux pour la pratique de la natation ne sont pas

déterminés au début: rivière, lac, mer, bassin et piscine sont investis de la même

manière. Les compétitions vont permettre de standardisé la dimension des

bassins et l'usage va conduire à privilégier les plans d'eau calme: les swimming

bath.

La piscine va se développer dès le XVIII ème siècle. Elle est la conséquence

logique de l'essor de la natation. Dès lors, elle subira les influences

urbanistiques et architecturales des époques. Les piscines sont considérées

tantôt comme des entités autonomes introverties, tantôt comme des espaces

ouverts et en forte relation avec l'extérieur.

46


Les piscines sur terre ferme

Les premières piscines publiques sur terre ferme sont influencées surtout par le

modèle des piscines en eau vive. Le rapport à la nature et la conception d'un

univers clos à ciel ouvert sont des points communs aux premières réalisations.

Un des premiers exemples est la piscine du lycée Michelle à Vannes construite

par l'architecte A. Normand en 1881. Le bassin, alimenté par une rivière

artificielle, est inséré dans un parc, entouré d'une galerie couverte qui abritait les

cabines en formant une enceinte. Ce modèle deviendra l'archétype des

constructions à la fin du XIX ème . Par la suite, le modèle va progressivement se

modifier pour s'ouvrir vers le parc.

Les piscines couvertes

La pratique de la natation devenant plus généralisée, les piscines n'ont plus été

considérées comme des bains pour l'été mais conçues comme des infrastructures

permettant la natation pendant toutes les périodes de l'année. La couverture des

piscines est devenue une étape nécessaire au développement de la natation. Les

idées sociales et l'éducation de la population à l'hygiène vont fondamentalement

changer la situation des piscines couvertes. Elles seront incluses comme

infrastructures dans les planifications urbaines. Leur position en milieu urbain

va influencer leur conception.

Les premiers plans types, issus des bassins en plein-air, reprennent la

disposition des cabines autour du bassin central. La couverture de l'espace est

conçue pour amener une grande quantité de lumière à l'intérieur. La contrainte

urbaine et la typologie vont imposer une conception de l'espace sans relation

visuelle avec l'environnement.

La piscine de la Butte-aux-Cailles, construite en 1924, sera prise comme modèle

pour beaucoup de réalisations. Construite dans un milieu urbain comme la

majorité des piscines de l'époque, l'espace du bassin est pensé comme une nef

de natation, un espace basilical, éclairé zénithalement par des lanterneaux.

Le changement typologique

Une transformation typologique importante s'est opérée. Les problèmes

d'hygiène et de confort ont poussé à la séparation de la circulation des baigneurs

par l'adoption du système de cabines à roulement. La généralisation de ce

système va marquer l'abandon du type issu des piscines en plein-air, et séparer

clairement la zone service et l'espace du bassin.

Le retour à la nature

L'hygiénisme prônait le soleil et l'air. Les piscines couvertes, sur le modèle des

écoles pavillonnaires, vont s'installer dans les espaces verts. Cette situation va

permettre de développer de nouveaux rapports avec l'extérieur. L'espace n'est

plus fermé sur lui-même, de grandes baies vitrées coulissantes permettent de

faire entrer l'air et le soleil dans la piscine. Les baigneurs peuvent ainsi profiter

de l'accès aux terrasses pendant la belle saison.

47


Historique de la piscine

Les mœurs qui changent et un nouveau rapport de l'homme à l'eau ont fait

évoluer les établissements de bain par diverses étapes successives:

- L'hygiénisme (fin du siècle passé);

- L'ère des nageurs (tournant du siècle);

- La baignade - un plaisir (entre deux guerres);

- Les bains de parc (après guerre).

La civilisation grecque

Les établissements des bains apparaissent au VI ème siècle av. J.C., liés à

l'entraînement physique. Les bassins sont placés à l'extérieur des gymnases pour

les ablutions des athlètes. Avant de se rendre à l'école, les enfants vont à la

palestre.

Le plus ancien des établissements de bains publics est à l'Olympe, à proximité

du gymnase et date du V ème siècle av. J.-C. La gymnastique est le vecteur

symbolique de la civilisation hellénistique.

Les bâtiments des bains publics deviennent des établissements complexes,

apparaissent des vestibules, des salles de déshabillage, des latrines, des salles de

services pour le combustible ou pour le personnel. Les établissements n'étaient

pas complètement mixtes, seulement certaines salles étaient communes

On pouvait aussi plonger dans la piscine. C'est dans le gymnase de Delphe à la

fin du IV ème siècle av. J.-C. que l'on trouve un des premiers grands bassins

(diamètre de 10 m et profondeur de 1,90 m). Des gradins permettaient les

immersions assises.

La civilisation romaine

On trouvait aussi toute une série de salles de services comme le réservoir d'eau,

le foyer du chauffage et la réserve de bois. Le chauffage était réalisé grâce à un

système à hypoclauste, faux-plancher en pierre ponce posée sur des murets en

brique. Dans certains cas, comme les étuves, le système est complété par des

conduits verticaux chauffants.

Au plafond, on pratiquait une ouverture circulaire qui permettait l'éclairage et

l'aération et réglait la température.

On se baigne pour le plaisir, pour la propreté corporelle et pour la convivialité.

Comme chez les grecs, ils prévoient des espaces pour la culture physique et

spirituelle mais par contre ils sont très luxueux. Il y avait alors plus d'eau par

personne que de nos jours.

L'habitude de se rendre aux thermes persiste encore aux premiers temps de l'ère

chrétienne et pendant les invasions. En Orient, les Turcs reprennent la baignade

romaine. Le bain à air chaud persiste, mais la gymnastique est remplacée par le

massage.

Le Moyen-Age

Les établissements se spécialisent dans les cures thermales. On utilise les

bâtiments de l'époque romaine en les adaptant aux nouveaux besoins. La piscine

est la pièce la plus fréquentée et la plus appréciée. Ces établissements thermaux,

sous la direction des monastères sont réservés aux personnes malades.

Avec la chevalerie, l'hygiène et la beauté deviennent des valeurs importantes.

Une multitude de bains se créent parallèlement à la croissance des villes. Ces

étuves sont caractéristiques de la baignade au Moyen Age. L'étuve devient un

véritable institut de beauté où l'étuvier est aussi bien barbier que médecin. Après

l'épidémie de peste de 1450, on suspecta les étuves de répandre le germe de la

maladie et on les ferma.

La Renaissance

Epoque d'art et de progrès par excellence, elle est parallèlement une période de

régression quand aux mœurs de la santé et de l'hygiène. Les hommes des XV ème

et XVII ème siècles sont peu soucieux de propreté. A partir du XV ème siècle,

commence le déclin des établissements de bains, qui perdurera jusqu'au début

du XX ème siècle.

Les préceptes d'hygiène se proposaient d'éviter les épidémies qui sévissent au

XVI ème . Le bain devient spécifiquement médical ou festif. Le changement de

linge et l'usage de cosmétiques et de parfums prévalent progressivement sur des

gestes hygiéniques.

"Pendant de longues années, les bains furent classés parmi les médicaments, au

même titre que les élixirs, les clystères ou les saignées. Les médecins

ordonnaient des bains à leurs malades et ceux-ci obéissaient aux prescriptions

de la faculté et prenaient des bains avec l'émotion qu'ils pouvaient éprouver

devant une opération grave." Paul Négrier

La syphilis portera un nouveau coup fatal aux bains devenus dangereux. Ils sont

fermés. Seules les maisons thermales restent fréquentes. Pour les médecins, il

s'agit de soigner, et non plus de se laver.

48


Le XVII ème et XVIII ème siècle

C'est en Angleterre qu'est née l'idée de créer des bains et des lavoirs publics

pour les classes pauvres. On veut ainsi propager les habitudes de propreté parmi

les classes ouvrières en leur fournissant la facilité de prendre des bains, de laver

et de sécher leur linge afin de leur procurer un respect vis-à-vis d'eux-mêmes.

Les hygiénistes préconisent d'associer des exercices physiques à l'eau. On

atteste la supériorité de la douche dont les propriétés sont augmentées par la

violence du jet. On assiste à la naissance de l'hydrothérapie. Les bains thermaux

et médicinaux se développent. La première piscine parisienne est installée sur la

Seine en 1785. Elle était délimitée par quatre bateaux en sapin, avait un

plancher de bois latté.

Les traités pédagogiques issus du courant hygiéniste, promus par la Révolution

Française, recherchent l'éducation des enfants par une hygiène publique et

privée et des mouvements physiques. La création et l'utilisation des bains

chauds et des buanderies seront les premiers signes de la prise de conscience du

manque d'hygiène. On profite du chauffage de l'eau de lessive pour en tempérer

un bassin. (Lausanne: Haldimand 1854-1993). On répand l'usage des bainsdouches

dont le coût et le temps de lavage sont réduits par rapport aux bains.

Parallèlement, on commence à chauffer les piscines pour allier exercices

physiques et propreté collective en introduisant le délassement et la relaxation.

Les salles de bains commencent à apparaître aidées par le développement de

l'eau courante qui s'est généralisée vers 1865.

Ces idées de diffusion générale de la propreté et de l'hygiène pour les ouvriers,

ont étés concrétisés par Jean-Baptiste Godin (1817-1888) dans le familistère de

Guise.

Le XIX ème siècle

La baignade devient populaire. Les baigneurs abandonnent leurs vêtements sur

la rive et se baignent nus dans le lac. Les passants sont choqués et les voleurs

sévissent sur la plage en toute liberté. Il devient alors urgent de considérer des

lieux clos pour cet usage.

La natation obtient un statut privilégié. "C'est le plus complet des exercices car

à la fois hygiénique, esthétique et utilitaire: Hygiénique parce qu'elle active

toutes les grandes fonctions de l'organisme, nettoie la peau et l'endurcit au froid;

esthétique parce qu'elle développe la musculation entière; utilitaire parce qu'elle

permet l'épanouissement de qualités viriles: l'adresse, le sang-froid, le courage,

la confiance en soi, l'esprit de décision."

En 1876, la première piscine publique est construite au lycée Michelet de

Vanves, transcription des piscines des rivières. On y retrouvait un univers clos à

ciel ouvert. On peut alors constater une démocratisation rapide de ce "nouveau

sport". Autrefois on allait au bain exclusivement pour se laver, maintenant on s'y

rend également pour se remettre en forme.

XX ème siècle

"Nous prenons nos bains dans un étroit cabinet sans luxe, sans décors, à l'un

des coins duquel est placée une étroite baignoire, où l'eau n'exhale d'autre

odeur que celle des tuyaux. A la sortie du bain, point de lit de repos, point de

massage, point de frictions, point d'essences, une brusque transition du froid au

chaud, tel est le bain moderne." Paul Négrier

La natation va faire apparaître les piscines couvertes dès le début du siècle.

Elles se composaient souvent d'un grand volume central et des coursives qui

distribuent les cabines sur plusieurs niveaux, à l'image d'une salle d'un théâtre

classique. La piscine demeure le centre d'intérêt et d'animation du bâtiment.

(piscine des Amiraux à Paris par Henri Sauvage l920).

On trouve des exemples multiples de l'utilisation du béton armé dans la

construction des piscines modernes, souvent associée au métal pour les toitures

ou les verrières amenant une lumière zénithale. Par la suite, l'alternative au

béton armé a résidé dans l'emploi des structures métalliques et bois avec de

nouvelles expressions architecturales.

Face à la pollution des eaux des lacs et des rivières, l'homme s'est tourné vers

les bains artificiels. L'urbanisation, qui a rendu la vie mal saine dans les villes,

conduit leurs habitants à apprécier la campagne et la nature. L'augmentation du

temps libre et des moyens financiers dans les pays industrialisés, a permis le

développement des structures liées aux loisirs et au tourisme. Le bain prend

aujourd'hui diverses formes, du délassement à la pratique sportive. Les parcs

aquatiques, conçus dans un but commercial, pour le divertissement et le plaisir

de l'eau reconstituent un environnement "naturel" dans une bulle de verre. Le

côté ludique des activités de délassement devient un exutoire au stress

quotidien.

49


Historique de la natation

"Quand je dis "un bain", je ne parle pas de cette immersion à huis-clos que les

plus favorisés pratiquent dans leur appartement, les autres dans quelques trop

rares maisons réservées à cet usage; je fais allusion à ce que les initiés

appellent "une pleine eau" dans un bassin suffisamment étendu pour qu'on

puisse se livrer sans contrainte au sport charmant et salutaire de la natation."

Paul Négrier

Dans l'ancienne Egypte, déjà, des bas-reliefs de la vallée du Nil représentent des

hommes pratiquant la natation. En Grèce, les bains froids et la natation faisaient

partie de la première éducation de la jeunesse.

Au VIII ème siècle avant J.-C., les Jeux Olympiques sont rétablit par le roi afin de

sauver son peuple de la peste. Cela durera environ 10 siècles.

Au Moyen-Age, en Europe, la baignade se développe sous Charlemagne. Au

temps de la chevalerie de grandes joutes sportives dont la natation sont

organisées.

A la fin du XVIII ème siècle: début de la natation de compétition moderne:

1837 1ère compétition de natation à Londres.

1864 officialisation, en France, à l'école et à l'armée.

1876 construction de la première piscine publique.

1883 Société Française de Natation.

1884 premier gymnase nautique crée à Paris.

1890 existence de quatre piscines à Paris.

1892 enseignement donné dans les écoles primaires.

1896 inscrite aux premiers Jeux Olympiques à Athènes.

Les épreuves étaient alors disputées en mer.

1904 inscription des plongeons au programme olympique.

1912 la natation féminine devient un sport olympique.

1920 des compétitions internationales se déroulent de manière régulière.

1973 premiers Championnats du monde (tous les 4 ans).

1981 premiers Championnats d'Europe (tous les 2 ans).

Les compétitions actuelles se subdivisent en épreuves de vitesse, de natation

synchronisée, de plongeon et le water-polo.

En 1962, il y avait une piscine pour 80'000 habitants, et en 1970, une pour

30'000. (Héraud, Les Sports au Féminin, 1972)

"La religion de l'athlétisme est née; elle aura bientôt ses cérémonies

périodiques et ses temples pour le culte quotidien (...) rassemblant adolescents,

adultes, vieillards autour de cette préoccupation d'exalter la vie humaine."

Le sport prend valeur d'éthique, de philosophie de l'homme. Avec ses rites et ses

idoles, il se mue en "religion" de la culture contemporaine. La télévision tient

une place importante dans cette évolution. Etre non sportif de nos jours semble

reconnu comme une tare bien lourde à porter... "Les Grecs s'entraînaient pour

s'adapter à leur civilisation; nous nous entraînons pour résister à la nôtre."

(Jean Prévost - Plaisir des sports)

50


Typologies

Les techniques ont évolués parallèlement par rapport à l'intérêt des sociétés pour

les bains. Les progrès les plus marquants sont le développement des systèmes

de chauffage et d'approvisionnement d'eau. Les nouveaux matériaux et les

techniques de construction ont fait évoluer l'architecture des bains.

La civilisation Romaine

Comparaison par Sénèque (vers l'an 0) entre les bains de son époque et les

anciens bains de Scipion (vers 200 avant J.C):

"Dans le bain de Scipion, on trouve de petites fentes plutôt que des fenêtres,

pratiquées dans un mur de pierre (...) Aujourd'hui on se croirait dans un cachot,

si la salle de bain n'était pas assez ouverte pour recevoir, par d'immenses

fenêtres, le soleil pendant toute la journée, si l'on ne se hâlait pas en même

temps que l'on se baigne, si de la cuve on n'apercevait les campagnes et la mer."

Le bain romain est un bain à air chaud où l'on suit un cheminement très précis:

une première étape est l'apodyirium où on se dévêtit, lui succède le tepidarium,

salle munie d'étuves tempérées, humides ou sèches, puis on passe dans le

caldarium, salle des bains chauds où l'on a plusieurs cuves de grandeur variable

et même un bassin de natation, qui est suivi de la cella frigidaria, salle des bains

froids, plus petite et plus claire pour finir au destrictarium ou onctarium, ou l'on

se fait masser et oindre.

Au début, hommes et femmes se baignent séparément (bains ou horaires

différents) mais dans les derniers temps de l'Empire la baignade mixte est

acceptée. Ils finissent par rester ouverts jour et nuit. Dégénérescence des mœurs

aux bains.

Les bains représentaient le parcours de base auquel on pouvait ajouter une

quantité d'autres éléments, comme les jeux de balle, les masseurs, des

mosaïques, des jets d'eau, des grandes piscines extérieures, des promenades et

des portiques, des bibliothèques, des théâtres et des jardins.

La construction des thermes a permis, dans l'architecture romaine, de

développer la grande portée. Ils abandonnent les charpentes en bois qui

représentaient un trop grand risque d'incendie, pour couvrir les espaces avec des

voûtes.

Les voûtes d'arêtes juxtaposées permettent de couvrir les frigidariums et les

salles des pas perdus. Les coupoles permettaient de couvrir les étuves qui

étaient en plan polygonal ou circulaire.

La préoccupation essentielle de la construction était de limiter les échanges

thermiques avec l'extérieur. Cela était réalisé à l'aide de gros murs et un petit

nombre d'ouverture.

L'introduction du système de chauffage par hypoclaustes (faux-planchers en

pierre ponce posés sur des murets en briques), va permettre aux bains publics de

prendre leur essor.

L'évacuation des fumées se fait dans le mur intérieur muni de briques spéciales

qui profite ainsi de retransmettre la chaleur à l'espace des bassins.

Le Moyen-Age

Les étuves étaient des établissements de douches ressemblantes aux thermes de

l'ancienne Rome et aux bains de vapeur dont on faisait un grand usage en

Russie et en Orient.

Au rez-de-chaussée se trouvaient, d'un côté, les cuves pour les personnes de

condition et les malades, de l'autre, la piscine pour le peuple ainsi que les étuves

proprement dites avec leurs gradins de bois, leur voûte percée sur l'extérieur

pour laisser échapper la vapeur. A l'étage se trouvaient les chambres pour le

repos.

XIXème siècle

1. Bateau de bain.

2 . Maison flottante avec séparation des sexes.

3. Maison de bain avec séparation des sexes.

4 . Bain de famille, espace de loisir limité.

5. Bain de famille avec grand espace bains de parc.

XXème siècle

Les premières constructions en ciment apparaissent. On introduit les cabines

louables qui deviennent des éléments structurants de la piscine. L'univers des

baigneurs est séparé du monde extérieur par une cloison en bois assez haute ou

par les cabines. On ajoute à l'installation de bain une buvette, une infirmerie et

éventuellement des locaux pour les clubs.

51


Les accidents dans les rivières devenant de plus en plus nombreux, on

commence à construire des bassins artificiels alimentés par l'eau de la rivière,

mais détachés de celle-ci. Puis le développement de ce genre de bain va

s'étendre et sera caractérisé par sa symétrie et son architecture close.

Dans les années 30, les sports se normalisent. La natation exige un

dimensionnement strict des bassins dont chaque extrémité doit être munie de

plots de départ et le fond est marqué par des lignes de direction.

Le territoire du bain continue à être clairement séparé du territoire urbain, le nu

ne sied pas à la ville. Le bâtiment des bains tourne le dos à la ville et s'oriente

sur la plage et le plan d'eau naturel ou artificiel. Les bains construits dans les

années trente sont souvent en béton armé où le plongeoir devient souvent "le"

signe de la piscine.

Création de la plage artificielle.

La surpopulation saisonnière et sauvage des sites balnéaires induit leur pollution

et dégradation cautionnant ainsi la construction de "paradis artificiels": pseudolagons;

pseudo-cascades; pseudo-plages et pseudo-palmiers...

Aux débuts des loisirs aquatiques, on couvrait les corps et fermait les bâtiments

afin de protéger les baigneurs des regards. Au cours du siècle, nous avons

assisté au dénudement des corps et a une exposition des piscines couvertes par

de grandes baies vitrées. Aujourd'hui, la crainte du soleil laisse présager de

nouvelles attitudes. Parallèlement, une prise de conscience des problèmes

énergétiques tend à limiter les déperditions à travers les vitrages.

Dans un cadre de vie urbaine, rythmée par le stress quotidien, où le sport est

devenu un des exutoires, il est peut-être intéressant d'offrir un espace où les

rapports à l'extérieur sont ponctuels et diversifiés.

52


Le parcours

Les différentes étapes de l'eau et leurs fonctions

On distingue quatre fonctions de la baignade:

- le nettoyage du corps,

- le bain thermal / cures médicales,

- le sport / l'exercice physique,

- le rafraîchissement / plaisir.

La civilisation grecque

Les bâtiments étaient conçus de manière à protéger les pièces principales de

toute vue extérieure. Ce principe se retrouve aussi dans les thermes romains où

le bâtiment était entouré de jardins, de promenades et de locaux annexes. On

accède aux bains par un espace intermédiaire qui permet l'accès à la salle

d'attente et de déshabillage. La température de cette salle est adoucie par des

conduits chauffants verticaux. Puis on passe dans une salle d'attente qui sert de

distribution aux baignoires, aux étuves ou à la piscine.

Le plan des bains chez les romains était ordonné et symétrique, alors que la

typologie grecque, se référant au parcours, nous donne une composition

pittoresque, moins géométrique.

L'Empire romain

Après le vestiaire, on s'asseyait sur les bancs de la salle tiède, appelée

tépidarium, où la température était de 25 à 30 degrés et l'hygrométrie de 20 à

40%. Puis, il passait dans le laconium où régnait une chaleur sèche ou dans le

sudatorium où la chaleur était humide, pour se rendre dans le caldarium. Le

laconium et le sudatotium n'étaient pas toujours présents. Le caldarium était une

grande salle rectangulaire avec une température de 55 degrés et une hygrométrie

de 80%. Dans cette salle ou trouve une grande baignoire où l'eau avait une

température de 40 degrés. On ne s'y baignait pas, mais on pouvait y faire des

aspersions ou s'asseoir sur une de ses marches. Dans cette même pièce se

trouvait le lambrun, une abside où coulait de l'eau froide, et autour de laquelle

on pouvait se rafraîchir. On passait ensuite dans le frigidérium pour plonger

dans l'eau froide et nager dans la piscine.

A notre époque, la pollution agit comme génératrice d'espaces artificialisés.

Dans les piscines tout est sous contrôle : eau à la température toujours égale,

eau transparente et exempte de tout risque.

De même, le développement simultané de la navigation de plaisance et de

divers sports nautiques, entre autres l'aquaplane vers 1929-1930, puis le "waterski"

vers 1935, soulève-t-il la question du partage de l'espace-loisir entre

baigneurs et usagers des lacs et des mers. Les piscines sont donc perçues

comme des endroits aseptisés, de sécurité maximale pour la baignade.

Cette préoccupation de pureté a entraîné une réglementation sévère qui définit

de nouveaux rituels dans le rapport à l'eau. Il est exclu de souiller le bassin

commun où l'on ira se baigner avec les autres. Avant d'y parvenir, il est donc

obligatoire de se doucher. Pour plus de sécurité, on ne peut entrer dans la zone

"plage" où tous les pieds sont nus sans traverser auparavant un pédiluve, afin

de garantir la zone "pieds propres" contre d'éventuelles contaminations. Le

bassin lui-même, par contre a définitivement perdu sa fonction hygiénique, et il

est même interdit de s'y laver. Après avoir nagé dans l'eau minutieusement

traitée et contrôlée de la piscine, il faudra se laver des produits chimiques qui la

maintiennent désinfectée: se laver des produits qui lavent l'eau.

53


De l'habillé au nu: voir et être vu

L'Empire romain

Les romains se baignaient dans les bains et les thermes nus. Mais la nudité

n'était pas estimée agréable, comme chez les Grecs, où la beauté des corps des

athlètes était offerte aux regards de tous. Le but de se rendre aux bains était de

prendre du plaisir, le plaisir de l'eau. Lentement, dès le IV ème siècle, la suspicion

envers le plaisir se développe et on se méfie de ses effets pernicieux. Le

christianisme va instaurer une négativité de la chair.

Le Moyen-Age

Le haut Moyen Age est caractérisé par l'emprise de l'Eglise après le déclin de

l'empire romain. Elle préconise le mépris du corps. Bientôt toute idée de nudité

est refusée et les bains perdent de leur splendeur. On en arriva à considérer le

refus de l'hygiène comme un signe d'élévation morale. Cependant, le bain n'est

de loin pas interdit, mais on recommande de ne pas abuser des plaisirs qui y

sont liés.

Le XVII ème et XVIII ème siècle

Qu'il s'agisse de bains de baignoire ou de bains de thermes, les mœurs veulent

que l'on se baigne habillé. Par contre, on trouve des bains mixtes comme ceux

de Bath, où l'on se trempe dans l'eau, vêtu de robes de toile brune.

Lors de baignades sur les rives on se protége du regard d'autrui à l'aide de

chemises ou grâce à des toiles sur des bateaux. C'est en 1680 qu'apparaît un

bateau spécialement conçu pour se baigner en rivière, et où se trouvent des

cabines de déshabillage.

XIX ème siècle

Les bains clos créés au XIX ème siècle sont totalement fermés, hermétiques aux

vues extérieures, à l'abri des regards indiscrets. Le principe fondamental qui

organise les bains est la séparation stricte des hommes et des femmes. Cet

impératif de pudeur conduit également à couvrir les corps de vêtements

spécifiques. Ainsi se développe la tenue de bain dont l'évolution suivra

rigoureusement les valeurs associées au corps et au regard de l'autre.

XX ème siècle

La médecine se met à préconiser l'exposition à l'air et au soleil. Cette nouvelle

idéologie cautionne la dénudation du corps et contribue au raccourcissement du

maillot de bain. Le rôle du sport influence également la mode de la baignade: la

natation exige un tenue qui offre plus de souplesse et de décontraction. Bientôt

apparaissent sur les plages les maillots en tricot fin permettant le hâle autant

que la natation, largement échancrés dans le dos; puis en 1935 les premier deux

pièces "tricot", prélude à l'apparition du bikini en 1946. Quête incessante du

maillot qui laissera, sur le corps bronzé, le moins de traces blanches possibles.

Le code moral impliquera non seulement un ordonnancement des

comportements, mais également une nouvelle géographie de la plage.

La séparation des sexes devient un des principes organisateurs fondamentaux

de l'espace du bain. Ce seront autant de cloisons abstraites entre les groupes,

qui se fondent sur le regard de l'autre, sur le jeu subtil du "voir et être vu". La

plage moderne devient le haut lieu du théâtre social et par conséquent de

l'apprentissage de nouveaux comportements.

Alors qu'au départ on allait à la plage pour la baignade uniquement, elle est

devenue à notre époque un accessoire très secondaire des rives ou piscines.

L'eau est alibi pour la jouissance du soleil, de la nudité.

Dans les piscines couvertes, la baignade reste l'attraction première. Les espaces

qui ne sont pas directement liés à la natation servent en général à d'autres

sports. Elles fonctionnent normalement en des saisons où la socialisation se

pratique en d'autres lieux. Elles ont ceci de particulier qu'on passe souvent

assez brutalement des lourds habits d'hiver à un simple maillot de bain. Ce

contraste est accentué lorsqu'on a un rapport visuel à l'extérieur. Et le regard

des autres est d'autant plus gênant si l'on se retrouve dans un rapport inégal

entre "habillé" et "nu". Aux débuts des loisirs aquatiques, on couvrait les corps

et fermait les bâtiments afin de protéger les baigneurs des regards. Au cours du

siècle, nous avons assisté au dénudement des corps et a une exposition des

piscines couvertes par de grandes baies vitrées. Aujourd'hui, la crainte du soleil

laisse présager de nouvelles attitudes. Parallèlement, une prise de conscience

des problèmes énergétiques tend à limiter les déperditions à travers les vitrages.

54


Historique des piscines à Lausanne

Le XIX ème siècle prend une conscience aiguë des exigences de l'hygiène

publique et privée. Une épidémie de fièvre typhoïde, en 1891, amène enfin la

création de la Commission de salubrité des constructions et va prendre des

mesures en cas d'épidémies. Les zones anciennes, désertées par les plus riches

pour les quartiers nouveaux, aérés et ensoleillés, perpétuaient la tradition

d'indifférentisme, aggravée par le vieillissement des immeubles et

l'augmentation du taux d'habitation.

Après ce premier effort, la Commune s'engagea dans l'aide au logement en

1899.

"Eau, force, lumière", ce slogan électoral résume l'une des exigences nouvelles

de la société du XIX ème apparues déjà à propos du logement: la qualité de la vie

doit profiter des progrès scientifiques.

Depuis le XVIII ème siècle, on pratiquait des bains de source comme ceux du

Vallon, de la Solitude ou de Chailly.

Il y eut des étuves à Lausanne du XIV ème au XVII ème siècles, dans des quartiers

mal famés. Ensuite il n'y eut plus de bains publics jusqu'à la création, en 1853,

de la première buanderie Haldimand, dont la nécessité se faisait apparemment

sentir (211 salles de bains recensées dans toute la ville en 1894). Créé en 1893,

grâce à la générosité de William Haldimand, cet établissement offrait un lavoir

comprenant 68 places de laveuses, 24 chambres de bains, des douches simples,

une étuve de désinfection et la piscine (15m. par 9m.) dont l'eau était chauffée à

27°C. Le bâtiment demeura en exploitation jusqu'en 1971 et fut rasé en 1975.

Dès le milieu du XIX ème siècle, deux types de bains:

- des bains de propreté pour population laborieuse (au centre-ville),

- des bains du lac pour une clientèle oisive, étrangère surtout.

Dès 1914, on recommande la baignade et la cure de soleil. Les rives de Vidy

sont envahies, elles deviennent un lieu de baignade "sauvage", de liberté et de

mélange des sexes. Depuis 1888 existait, du côté de Cour, un établissement de

bains agrandi et partiellement reconstruit en 1925.

Ces "bains payants" étaient constitués d'une longue cloison qui s'avançait dans

l'eau pour séparer la plage des femmes de celle des hommes.

Bellerive-Plage (1937)

Lausanne n'échappe pas à la crise de 1929 et le chômage est important. Mais

elle doit néanmoins répondre aux exigences qui découlent de son prestige

touristique. Elle ne répond plus au nouvel attrait que représentent les bains, les

cures de soleil et le sport.

C'est sous ce prétexte, que la ville de Lausanne se propose de construire de

nouveaux bains ainsi que de réaménager les rives du lac.

A cette époque, la ville est représentée par les socialistes. Ils soutiennent la

création d'une plage populaire munie de toutes les installations sportives et

hygiéniques nécessaires. La proposition de mettre à contribution les chômeurs

sur le chantier, vaincra les dernières réticences.

Concept général de M. Piccard:

1. Entrée du côté de la ville, à l'extrémité est du terrain.

2. Hall d'entrée, restaurant et services généraux centralisés (rotonde)

3. Bâtiment des cabines s'étendant parallèlement à la rive, sur une longueur de

plus de 200m et réparti en hauteur: au rez-de-chaussée, les messieurs; au 1er

étage, les dames; au-dessus, le solarium.

4. Aucun bâtiment ne ferme la composition à l'est. Ainsi l'esplanade qui précède

la plage et la domine de quelques mètres jouit, à l'ouest, d'une vue large et

attrayante.

5. Sports et jeux à l'extrémité ouest du terrain.

Les installations sportives se composent d'un terrain de jeux, des engins, un

plongeoir de 3m, 5m et 10m et un bassin olympique. Le bassin est isolé du lac

par un double mur de palplanches ancré dans la marne et fortement entretoisé

par des cloisons verticales.

L'ensemble du bâtiment s'est construit sur du remblai effectué avec les ordures

puis recouvertes de terre ou de sable.

En 1958 on prévoit déjà le futur remblayage de toute la zone balnéaire

lausannoise pour la future exposition nationale. Bellerive pourra bénéficier des

terrains gagnés sur le lac: il est prévu que sa surface soit multipliée par quatre.

Le projet définitif sera présenté en décembre 1961. Bellerive perdra tous les

éléments qui faisaient son caractère.

A la fin des années 80 le problème de réfection de Bellerive-Plage se pose à

nouveau. Le mandat sera attribué au bureau d'architectes Inès Lamunière et

Patrick Devanthéry (à Genève).

55


La piscine couverte de Mon Repos (1972)

C'est en remplacement de la buanderie du Vallon qu'en 1964, on décide de

construire une nouvelle piscine couverte. D'abord prévue la rue St. Martin, on

arrête le choix du site au parc de Mon-Repos. Le 10 janvier 1972, c'est

l'ouverture au public de la nouvelle piscine couverte Mon-Repos, réalisée par

les architectes Longchamp, Margot et Schlup.

Insérée dans un parc à forte pente, elle se combine avec la construction d'un

parking couvert répondant aux besoins de la ville. L'emplacement se situe au

cœur de la ville active, à proximité des logements et des écoles. Adossée au

nord, la piscine ne dévoile à la ville que la hauteur d'un étage dissimulé par la

végétation. Au sud et à l'ouest, l'implantation en retrait la rend imperceptible au

regard du passant.

La présence de l'immense halle (50x50x12) ne se fait pas sentir.

La halle des piscines, vitrée sur plus de la moitié du pourtour, contient trois

bassins de tailles et de fonctions différentes:

- un bassin pour les nageurs, de 25m x 16m, profondeur d'eau 1,80m, 6 couloirs.

- un bassin pour les débutants, de 20m x10m, profondeur d'eau de 0,80m-1,30m.

- une fosse de plongeons de 10,50m x 12m, profondeur d'eau 3,90m, équipé

d'un tremplin de 3m et 2 plongeoirs de 1m.

Depuis le grand hall, l'odeur du chlore ainsi que la lumière du jour attire notre

regard sur les bassins situés au niveau inférieur. Puis on franchit la barrière

climatique qui nous mène aux espaces chauds et humides. Les exigences des

utilisateurs en matière de confort s'expriment à divers niveaux (acoustique,

hygiénique...). La simplicité architecturale bénéfique au nettoyage, accentue la

résonance.

A ce jour, Mon-Repos demeure la seule piscine couverte réellement publique de

la région lausannoise (les autres appartenant à la direction des écoles et étant

exploitées par les clubs sportifs le soir). Elle ne parvient plus à répondre aux

demandes.

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