Tous à Zanzibar

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Tous à Zanzibar

stimulantes par leur singularité même, et à adopter des

scénarios sinueux qui n’en simulent, du reste, que mieux le

cours de l’histoire : il doit d’abord éveiller un intérêt. Le

prospectiviste professionnel cherchera plutôt à réduire le

nombre de scénarios possibles issus du croisement des

variables, en leur affectant des probabilités au moyen de

procédures éventuellement formalisées et en éliminant les

moins vraisemblables : il cherche à répondre à une question et à

orienter une décision.

Enfin, on pourrait opposer les formes. L’écrivain use du

roman avec ses descriptions, ses dialogues, ses caractères, ses

rebondissements. La prospective, elle, s’exprime le plus souvent

sous la forme de rapports plus ou moins rébarbatifs, hérissés de

tableaux de chiffres.

Jalons et portraits

Cependant, si l’on y regarde de plus près, ces oppositions ont

dans certains cas tendance à s’estomper.

Lorsque le prospectiviste le plus rigoureux est consulté sur

des sujets un peu généreux comme l’emploi, l’avenir des villes,

les conséquences de la démographie ou l’aménagement du

territoire, ou lorsqu’il cherche à se faire entendre du prince ou

du peuple, et se trouve conduit à adopter une position un tant

soit peu prophétique quoi qu’il lui en coûte, sa subjectivité,

jusque-là si bien dissimulée, réapparaît. Au reste, il est possible

de percevoir, et peut-être de dégager de façon critique, des

styles de prospectivistes qui individualisent nettement par

exemple les trois experts précités.

De même, sous l’opposition formelle entre roman et rapport,

transparaît un même choix d’expression, celui du récit,

généralement baptisé scénario en prospective. À cet égard, le

projet Interfuturs3 dirigé par Jacques Lesourne durant les

3 Voir Face aux futurs : pour une maîtrise du raisonnable et une gestion

de l’imprévisible, O.C.D.E., 1978. Voir aussi Les Mille Sentiers de

l’avenir, Seghers, 1981.

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