scolaires : fiche de visite.pdf - Le Parvis
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<strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong> centre d’art contemporain, Ibos<br />
Exposition <strong>de</strong> Véronique Rizzo<br />
PANOPTICON XXXX<br />
Du 10 avril au 7 juin 2008<br />
Qui est Véronique Rizzo ?<br />
Véronique Rizzo est née en 1963 à Marseille où elle vit et travaille.<br />
Quel est son travail ?<br />
Véronique Rizzo réalise in situ <strong>de</strong>s espaces<br />
spectaculaires et fascinants à partir<br />
d’images numériques fixes et animée, <strong>de</strong><br />
peintures murales, d’af<strong>fiche</strong>s imprimées et<br />
<strong>de</strong> volumes (objets et sculptures). Elle<br />
réalise <strong>de</strong>s motifs géométriques à gran<strong>de</strong><br />
échelle que l’on pourrait qualifier <strong>de</strong><br />
psychédéliques : formes éclatées, couleurs<br />
vives, combinaison <strong>de</strong>s motifs dans un<br />
double mouvement <strong>de</strong> dilution et <strong>de</strong><br />
recomposition… Ces motifs perturbent notre vision, occasionnent <strong>de</strong>s<br />
effets visuels troublants, provoquent <strong>de</strong>s déséquilibres ou <strong>de</strong>s vertiges. L’image<br />
englobe totalement nos corps comme si elle nous avalait. Placé concrètement à<br />
l’intérieur <strong>de</strong> l’œuvre, nos ressentons <strong>de</strong>s sensations physiques et émotionnelles<br />
très particulières.<br />
L’espace mis en abyme<br />
Véronique Rizzo provoque <strong>de</strong>s sensations d’enfermement, d’étouffement,<br />
d’écrasement par le mécanisme implacable <strong>de</strong> ces gran<strong>de</strong>s images fractales en<br />
mouvement. L’artiste s’intéresse aux effets <strong>de</strong>s environnements dans lesquels on<br />
évolue quotidiennement sur nos corps et particulièrement aux fonctions<br />
« disciplinaires » <strong>de</strong>s architectures publiques (hôpitaux, écoles…) qui seraient les<br />
principaux instruments <strong>de</strong> contrôle <strong>de</strong> la société sur les citoyens. Ses espaces<br />
hallucinatoires et déshumanisés nous donnent à expérimenter la soumission <strong>de</strong>s<br />
corps et <strong>de</strong>s esprits aux structures qui les environnent.<br />
Des références à l’histoire <strong>de</strong> la peinture et à l’imagerie populaire<br />
Vibrantes, flashy, englobantes, les vidéos et les peintures murales <strong>de</strong> Véronique<br />
Rizzo con<strong>de</strong>nsent <strong>de</strong>s références à l’histoire <strong>de</strong> la peinture savante mais aussi à<br />
l’imagerie populaire et urbaine. L’artiste s’inspire par exemple <strong>de</strong>s artistes<br />
maniéristes du XVIème siècle qui ont introduit dans le langage pictural <strong>de</strong><br />
l’époque la déformation et la torsion, <strong>de</strong>s espaces désunis, <strong>de</strong>s tons aci<strong>de</strong>s et<br />
crus, <strong>de</strong>s figures en balancement sans équilibre, ainsi qu’un sentiment fantastique<br />
d’espace annihilant les repères visuels habituels comme le haut et le bas.<br />
Véronique Rizzo fait également référence à l’art cinétique, courant artistique du<br />
XXème siècle fondé sur l’esthétique du mouvement, sur la vibration rétinienne et<br />
1/2<br />
sur les illusions d’optique. On trouve aussi chez Véronique Rizzo <strong>de</strong>s références<br />
à l’imagerie populaire comme les univers fantastiques <strong>de</strong>s héros <strong>de</strong>s Comics, les<br />
visions futuristes d’œuvres <strong>de</strong> BD, les graffitis ou les imprimés orientaux <strong>de</strong>s<br />
mandalas par exemple.<br />
L’exposition au <strong>Parvis</strong> à Ibos : PANOPTICON XXXX<br />
<strong>Le</strong> titre <strong>de</strong> l’exposition fait référence au Panoptique, type d’architecture carcérale<br />
en étoile imaginée au XVIIIème siècle par le philosophe Jeremy Bentham<br />
permettant à un seul gardien <strong>de</strong> surveiller l’ensemble <strong>de</strong>s détenus sans que ceux<br />
ci puissent savoir s’ils sont observés, le seul sentiment d’être observé étant<br />
susceptible d’obtenir l’obéissance. Modèle également prévu aux plans d’usines<br />
ou d’administrations afin <strong>de</strong> simplifier la prise en charge d’un grand nombre<br />
d’hommes par quelques personnes. Au XXème siècle, le philosophe Michel<br />
Foucault montre que le Panoptique est à l’origine <strong>de</strong> notre société mo<strong>de</strong>rne<br />
appelée société du contrôle qui a su mettre en place par ses infrastructures<br />
publiques le quadrillage <strong>de</strong> la population.<br />
Au <strong>Parvis</strong>, Véronique Rizzo transforme la salle d’exposition en une architecture<br />
mouvante proche <strong>de</strong>s simulations architecturales post-industrielles et d’anticipation,<br />
<strong>de</strong>s jeux vidéos ou <strong>de</strong> BD fantastiques. <strong>Le</strong>s images d’un film en 3D projetées dans la<br />
salle du fond sont au cœur du dispositif. Monumentales, elles happent le <strong>visite</strong>ur<br />
fasciné par les couleurs dominantes noir, jaune et blanc, et le propulsent dans un<br />
labyrinthe en forme d’étoile aux multiples ramifications qui se transforme sans cesse.<br />
Certains <strong>de</strong>s murs <strong>de</strong> la salle sont recouverts <strong>de</strong> papiers peints, il y a aussi une<br />
peinture avec <strong>de</strong>s motifs répétitifs d’étoiles à huit branches <strong>de</strong> même que <strong>de</strong>s<br />
volumes comme les « étoiles Ninja », étoiles à huit branches en aluminium, ainsi<br />
qu’une sculpture monumentale faite <strong>de</strong> miroirs <strong>de</strong> surveillance.<br />
Une œuvre choisie dans l’installation : You are un<strong>de</strong>r control, 2006<br />
Il s’agit d’une sculpture composée d’une tige centrale autour <strong>de</strong><br />
laquelle sont soudés <strong>de</strong>s miroirs <strong>de</strong> surveillance <strong>de</strong> différents<br />
formats. <strong>Le</strong>s surfaces convexes <strong>de</strong>s miroirs permettent une<br />
vision plus ou moins élargie <strong>de</strong> la salle d’exposition et reflètent<br />
nos corps et l’environnement dans l’installation psychédélique<br />
<strong>de</strong> PANOPTICONXXXX. Cette sculpture est un renvoi direct à<br />
la réalité <strong>de</strong> la logique <strong>de</strong> surveillance. Elle fait écho à<br />
l’environnement tentaculaire et labyrinthique <strong>de</strong> l’hypermarché<br />
où caméras et écrans <strong>de</strong> surveillance gèrent les flux <strong>de</strong><br />
<strong>visite</strong>urs.
ARCHITECTURES CONTRAIGNANTES<br />
« Toujours nous tournons dans le même cercle sans pouvoir en sortir ». Lucrèce.<br />
Comme La Cité idéale du Musée d’Urbino, La Tour <strong>de</strong> Babel <strong>de</strong> Bruegel, les<br />
prisons <strong>de</strong> Piranèse, les places <strong>de</strong> Georgio <strong>de</strong> Chirico, les cités obscures <strong>de</strong><br />
François Schuiten, Véronique Rizzo nous donne à voir la représentation d’une<br />
architecture imaginaire. Celle-ci ne constitue pas un décor, un fond, mais le sujet<br />
même <strong>de</strong> l’œuvre. Une architecture réalisée par un artiste est débarrassée <strong>de</strong>s<br />
contraintes matérielles que doit prendre en charge un architecte.<br />
C’est une nouvelle image du labyrinthe et <strong>de</strong> la cellule que PanopticonXXXX nous<br />
propose, créant une atmosphère où la géométrie est éprouvée comme un<br />
enfermement.<br />
<strong>Le</strong> labyrinthe.<br />
Figure universelle, le labyrinthe propose un réseau complexe <strong>de</strong> couloirs qui<br />
aboutit à un centre vi<strong>de</strong> ou habité par un monstre. Ce parcours, suivant un tracé<br />
inconnu où chaque croisement nous met à l’épreuve du choix, symbolise le<br />
chemin complexe d’une initiation, ou l’enfermement définitif <strong>de</strong> la condition<br />
humaine comme le pense Lucrèce.<br />
• Cathédrale <strong>de</strong> Chartres, <strong>Le</strong> Labyrinthe, 1290.<br />
Ce labyrinthe <strong>de</strong> forme circulaire se présente comme<br />
un sentier blanc sur fond noir, <strong>de</strong> 261m <strong>de</strong> long, que<br />
les pèlerins parcouraient à genoux comme « un<br />
chemin <strong>de</strong> Jérusalem ». <strong>Le</strong> cercle extérieur est bordé<br />
d’épines et son centre est occupé par une rose à 6<br />
pétales.<br />
• Giovanni Battista Piranèse, Prison n° 11, gravure,<br />
53 X 41cm, 1760.<br />
La série <strong>de</strong>s 16 prisons réalisée par Piranèse nous<br />
montre <strong>de</strong>s architectures imaginaires composées<br />
d’éléments bien réels : Escaliers, voûtes, piliers,<br />
poutres, mais aussi cor<strong>de</strong>s, anneaux, chaînes qui<br />
suggèrent l’emprisonnement et les tortures (chevalets,<br />
roue, pilori, gibets étaient un spectacle quotidiens aux<br />
carrefours ). <strong>Le</strong> point <strong>de</strong> vue en contre plongé donne à<br />
l’architecture une impression d’immensité. <strong>Le</strong>s voûtes sans ouvertures sont un<br />
ciel sans sortie. La prison <strong>de</strong>vient un immense labyrinthe avec <strong>de</strong>s escaliers sans<br />
fin. <strong>Le</strong>s figures humaines sont minuscules et à peine esquissées. Une esthétique<br />
du sublime.<br />
2/2<br />
• Richard Serra, La matière du temps,<br />
2004, Musée Guggenheim, Bilbao<br />
Véronique Rizzo projette sa vidéo sur les<br />
murs <strong>de</strong> la salle d’exposition enveloppant le<br />
spectateur dans un espace en perpétuel<br />
mouvement où toute tentative <strong>de</strong> maîtrise<br />
semble vaine. Avec un vocabulaire<br />
plastique plus austère, Richard Serra a<br />
conçu un ensemble <strong>de</strong> huit sculptures<br />
labyrinthiques disposées en enfila<strong>de</strong> dans<br />
lequel le <strong>visite</strong>ur éprouve lui aussi <strong>de</strong>s impressions <strong>de</strong> déséquilibre : il circule<br />
dans les ellipses et les spirales en torsion, aux parois d’aciers jamais droites ni<br />
parallèles, s’élargissant ou se rétrécissant.<br />
• Yayoi Kusama, Dots obsession, 1998<br />
Plus proche du vocabulaire psychédélique <strong>de</strong> Véronique Rizzo, Yayoi Kusama,<br />
dans Dots obsession, 1998, propose une<br />
immersion dans un espace à la fois clos et infini :<br />
la pièce est constituée <strong>de</strong> murs miroirs qui<br />
reflètent <strong>de</strong>s ballons <strong>de</strong> forme organique, <strong>de</strong><br />
couleur rouge et couverts <strong>de</strong> points blancs. Ici le<br />
labyrinthe semble être celui <strong>de</strong> l’intérieur du corps<br />
humain.<br />
• Bruce Nauman, Live Tape Vi<strong>de</strong>o Corridor, 1969<br />
Sans être un labyrinthe, ce simple couloir propose pourtant un<br />
déplacement déstabilisant car il met en doute nos perceptions : <strong>Le</strong><br />
spectateur s’engage dans un couloir étroit au fond duquel sont<br />
installés <strong>de</strong>ux moniteurs. Dans celui du haut le spectateur voit les<br />
images préenregistrées du corridor vi<strong>de</strong>. Dans celui du haut il voit<br />
le dos d’un homme (ou d’une femme) qui s’en va à mesure qu’il<br />
approche. C’est en fait le spectateur lui-même qui est filmé <strong>de</strong> dos<br />
en direct, grâce à une camera située à l’entrée du couloir.<br />
<strong>Le</strong> spectateur fait l’expérience <strong>de</strong> l’espace réel tout en percevant l’image <strong>de</strong><br />
l’espace réel en direct, et <strong>de</strong> l’image <strong>de</strong> l’espace réel enregistré.
La cellule.<br />
PanopticonXXXX est une référence directe à la cellule idéale conçue par Jérémy<br />
Bentham qui <strong>de</strong>viendra pour Michel Foucault la métaphore <strong>de</strong> l’enfermement <strong>de</strong><br />
nos sociétés hyper rationalisées. Si le labyrinthe propose l’épreuve du<br />
déplacement dans une architecture gigantesque, la cellule invite à l’épreuve <strong>de</strong><br />
l’immobilité dans une pièce austère aux dimensions réduites au maximum. La<br />
séparation avec la diversité du mon<strong>de</strong> et <strong>de</strong> ses plaisirs constitue la difficulté du<br />
prisonnier ou du moine.<br />
• Absalon, Série <strong>de</strong>s Cellules, 1992, bois, peinture blanche.<br />
En 1992, Absalon met au point six prototypes <strong>de</strong> cellules habitables, qui sont <strong>de</strong><br />
réels espaces <strong>de</strong> vie , avec l'intention <strong>de</strong> les installer dans six gran<strong>de</strong>s villes telles<br />
que Paris, Zurich ou encore Tel-Aviv.<br />
Ces cellules sont réalisées en bois, peintes en blanc, aseptisées et conçues selon<br />
les strictes dimensions du corps <strong>de</strong> l'artiste et <strong>de</strong> ses déplacements. La forme<br />
épurée engendre un espace réduit à son strict minimum, et répond sans aucun<br />
superflu aux besoins fonctionnels d'une vie journalière. La référence à l’utopie<br />
fonctionnaliste d’un le Corbusier, prenant à la fois les cabines <strong>de</strong> bateau et les<br />
cellules <strong>de</strong> La Chartreuse d’Ema comme modèle pour l’habitat mo<strong>de</strong>rne, est ici<br />
poussée à son comble. (Chambre <strong>de</strong> la Villa Roche par exemple). Ces cellules<br />
peuvent apparaître tout aussi bien comme une carapace protectrice que comme<br />
une camisole <strong>de</strong> force qui protège le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> la violence <strong>de</strong> l'artiste.<br />
3/2<br />
• Peter Halley, Sans titre, Prison rouge, cellule jaune, 2003, acrylique,<br />
172 x 161 cm<br />
Ses peintures, qui semblent appartenir aux abstractions<br />
géométriques du début du XXe siècle, représentent <strong>de</strong><br />
façon très schématisée <strong>de</strong>s prisons, <strong>de</strong>s cellules, <strong>de</strong>s murs.<br />
<strong>Le</strong>s rectangles et les réseaux linéaires peints en aplats,<br />
avec <strong>de</strong>s couleurs fluorescentes aux harmonies « pop »<br />
agissent comme <strong>de</strong>s leurres : en réalité cette géométrie<br />
séduisante est un enfermement et non la promesse d’un<br />
mon<strong>de</strong> meilleur comme le pensaient le suprématisme, les<br />
tenants <strong>de</strong> l’art concret ou le Bauhaus.<br />
Avec les élèves.<br />
« Réalisez la maquette d’un labyrinthe à la géométrie contraignante. »<br />
Véronique Rizzo, Ligne <strong>de</strong> fuite,<br />
2005
4/2