sur les mots guerre civile au nepal - Népal Sherpa Sig

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sur les mots guerre civile au nepal - Népal Sherpa Sig

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- Aux milliards de misérables,

- aux centaines de millions d’enfants qui effectuent des travaux d’adultes,

- aux centaines de millions de femmes qui accouchent sur de la terre

battue, sur des grabats, dans des étables, dans des maisons sans eau et

sans électricité,

- aux milliards d’êtres humains qui souffrent, qui n’ont même pas un

antalgique pour atténuer leurs douleurs quand ils ont mal, et qui ne se

plaignent jamais,

- aux milliards d’êtres humains qui ont une espérance de vie inférieure à

60 ans, 20 ans de moins que la nôtre,

- aux millions de coolies népalais qui portent des charges que l’on réserve

en général aux animaux de bât,

- aux milliards d’illettrés,

- à tous les misérables qui sont considérés par les nantis de la Terre dont

nous sommes, comme chose lointaine, étrangère, inéluctable,

- à tous ceux qui, sur terre, dans ce début du XXI ème siècle, en sont

réduits à prendre les armes pour se faire entendre.

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Chaque jour, sur la planète, environ 100.000

personnes meurent de faim ou des suites

immédiates de la faim.

Rapport des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (F.A.O).

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Toutes les sept secondes, sur la terre, un enfant audessous

de 10 ans meurt de faim.

Plus de deux milliards d’êtres humains vivent dans

ce que le Programme des Nations Unies pour le

développement (P.N.U.D.) appelle la misère

absolue.

Jean Ziegler. Les nouveaux maîtres du monde. Ed : Fayard.

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Avec un revenu de 240 dollars par an, le Népal est

le pays le plus pauvre de l’Asie et l’un des douze

plus pauvres du monde. En termes d’indice de

développement humain, il était en 2002 le 140 ème

pays sur 177.

Michelle Kergoat. Histoire politique du Népal. Ed. Karthala. France.

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Pour lutter contre la misère, point n’est besoin de prescriptions

religieuses : compassion chrétienne, bouddhique... ou de théories :

marxisme, léninisme, maoïsme..., il suffit d’apprendre aux jeunes

générations le ridicule de la course à la possession, il suffit que des lois

fixant les limites des gains et des avoirs soient votées et appliquées.

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SUR LES MOTS

GUERRE CIVILE AU NEPAL

Le titre de ce livre contient les mots guerre civile. Le conflit qui, au

Népal, de 1996 à 2006, a opposé ceux qui se nomment maoïstes aux

forces de l’ordre d’un gouvernement de monarchie absolue ou quasi-

absolue était-il une guerre civile ? Etait-il un simple mouvement

d’insurrection ? Une jacquerie ? Une guérilla ? Je ne suis pas qualifié

pour en décider. J’ai choisi les mots guerre civile :

- parce que ce conflit a vu se dérouler de véritables batailles –pour moi,

des guérilleros n’effectuent que des coups de main, et les Jacques ne

sont jamais vainqueurs, alors que les maoïstes l’ont souvent été-

- parce que les insurgés avaient créé une véritable armée.

- parce que cette armée était commandée par de véritables officiers et

sous-officiers.

Certes, ces officiers ne portaient pas des uniformes chamarrés, mais ils

préparaient des plans de bataille et ils étaient, au cours des combats, à

la tête de leurs soldats. De plus, hors des combats, ces chefs travaillaient

comme les hommes qu’ils dirigeaient, plus encore que les hommes.

- Enfin, parce qu’au cours de cette guerre, des régions ont été gagnées à

l’ennemi. Elles ont été successivement occupées par les insurgés qui les

ont administré politiquement et économiquement. Lorsque les combats

ont cessé, la presque totalité du pays était entre leurs mains !

Enfin, j’ai choisi les mots guerre civile parce que les combats engagés

ont été suivis d’une révolution qui a permis l’élimination d’une

monarchie, d’un régime féodal, la mise en place d’une République.

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SUR LE MOT MAOISTE

Ces insurgés se nomment maoïstes et ce mot agace ou choque ou révolte jusqu’à ceux

qui, en Occident, en France même, affirment avoir des idées de gauche. Ceux qui ont des

idées de droite sont honnêtes avec eux-mêmes en les critiquant. Ces gens de gauche ont

oublié que les mots ne sont que des récipients qui changent de contenu et parfois de

forme au fil des ans ou suivant les pays dans lesquels ils sont prononcés. Les coolies

maoïstes népalais ne sont que des révolutionnaires en lutte contre la misère, la

monarchie, la féodalité de leur pays. Ils sont comparables à nos Sans-culottes luttant

contre l’ancien régime du roi Louis XVI. Ces Sans-culottes népalais ne sont pas des

terroristes comme les a baptisé monsieur Bush, l’ancien Président des Etats-Unis,

appellation tristement reprise par l’Ambassadeur au Népal de son successeur monsieur

Obama, son Excellence Scott H. DeLisi, au début de 2010 ! Nos maquisards, dans les

années 1940-1945, étaient aussi nommés terroristes par les Allemands qui avaient envahi

notre pays et ils se sont révélés être des héros !

Ces coolies maoïstes sont donc comparables à nos Sans-culottes de 1789, mais qu’est

pour eux la noble appellation Sans-culottes ? S’ils ne connaissaient pas cette appellation,

ils connaissaient par contre le mot maoïste. Il était celui que portaient les coolies chinois,

leurs homologues en lutte contre le féodalisme de leur pays défendu par l’armée du

Kuomintang commandée par le général Tchang Kaï-Che. La Longue marche ! Qui a

oublié ? Vigilante domination yankee : l’armée de Tchang Kaï-Che était déjà financée et

équipée par les U.S.A. comme l’a été celle du roi Gyanendra du Népal contre laquelle

ont lutté, eux, les coolies maoïstes népalais.

Après de nombreuses années d’incertitude, je suis aujourd’hui arrivé à comprendre la

politique népalaise, le jeu que joue notre déplorable Occident, celui de la haïssable Inde,

l’attitude de la bien peu fraternelle Chine. J’ai également compris la grossière partialité

des journaux anglophones népalais tous liés à la société libérale, au business. Sans

préjuger de ce qu’ils seront demain, j’affirme aujourd’hui que les maoïstes népalais sont

des gens estimables, souvent admirables, des gens qu’il faut aider ou du moins

comprendre.

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GENERALITES SUR LE NEPAL.

Le Népal était un pays à structure féodale. Il était dirigé par des monarques dont le but

premier était d’exercer un pouvoir absolu. Ces monarques s’appuyaient sur des membres

des deux castes supérieure occupant de hautes fonctions, bénéficiant de vastes privilèges

qu’a créé le védisme-brahmanisme-hindouisme : celle des Bahuns-Brahmanes et celle

des Chétris-Ksatrïas-Rajpouts. Les membres de la première caste sont les prêtres de

l’hindouisme, religion d’état. Aujourd’hui, après la deuxième révolution (2006) la

monarchie a disparu mais les gens de caste sont toujours là, ils sont même (juin-août

2010) au pouvoir et l’hindouisme est encore dans les faits religion d’état.

Le Népal a pratiquement été fermé à tout étranger jusqu’en 1950. Mais, à cette date,

l’ouverture du pays n’a été que partielle. De plus, à partir de cette date, les dirigeants du

Népal se sont assujettis à l’Inde, politiquement, économiquement, militairement. Les

Népalais qui dirigent le pays aujourd’hui (début 2010) continuent de pratiquer une

xénophobie tatillonne liée à une politique de totale dépendance à l’Inde. Malgré les bons

discours, les Droits de l’Homme sont absents du Népal et ils ne sont pas bafoués

uniquement, comme veulent le faire croire les médias anglophones, par ceux qui ont

déclenché la guerre civile qui a permis l’élimination du roi et l’instauration d’une

République. Ils sont bafoués, en début de l’année 2010, par les membres du

gouvernement de monsieur Madhav Kumar Népal du parti Union Marxist Leninist qui

couvrent des officiers généraux de l’état-major de l’armée accusés par l’O.N.U. de

crimes contre l’Humanité.

Les étrangers visitant le Népal oublient souvent que les mots Droits de l’homme cachent

les mots pays de droits qui signifient :

- rédaction de textes législatifs par un parlement,

- contrôle de l’application de ces textes par des agents rigoureux,

- arrêt des contrevenants par une police intègre.

- punition des coupables par une justice indépendante du gouvernement et des politiques.

Le Népal n’est pas encore aujourd’hui, après sa deuxième révolution qui l’a conduit à

devenir une république, un pays de droit.

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Un étranger résidant aujourd’hui dans ce pays, a-t-il le droit de dire, d’écrire ce qu’il

pense ? Cela n’a pas été toujours le cas dans le passé ! Telle journaliste résidente l’a

vérifié qui avait écrit des choses qu’il ne fallait pas écrire. La publication de ce texte

sera peut-être un test. Quelles qu’en soient les conséquences, je plaiderai coupable.

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AVERTISSEMENTS

- Ce texte va m’attirer de nouvelles inimitiés-critiques françaises, celles, logiques,

des chantres d’un Népal gnian gnian et celles des gens de droite. Mais aussi, qui le

sont moins, celles de la presque totalité des gens qui prétendent avoir des opinions

de gauche. Encore une fois, dois-je, pour les éviter, ne pas exprimer mes

sentiments ?

- Le lecteur qui n’est intéressé que par la politique au Népal, si des notes sur

l’auteur, si des digressions sur la politique en France ne l’intéressent pas, il peut ne

pas lire la conclusion et il doit allez directement aux chapitres traitant de cette

politique au Népal.

- Avant de lire ce document, le lecteur doit cependant consulter le cahier paru dans

le site : http:/nepalsherpasig.fr/ qui a pour titre :

Misères comparées entre la France et le Népal.

Quand, dans ce cahier, je parle misère, souffrances, nombre de morts causés par cette

misère, le lecteur ne doit pas se contenter de penser : C’est triste ! C’est terrible ! Il doit

penser aux enfants qui ont faim, qui meurent de faim, qui effectuent de durs travaux

d’adultes et il doit se dire : « Ces enfants pourraient être les miens. ». Il doit se dire :

« Ce garçon, cette fille pourrait être mon fils, ma fille, mon petit-fils, ma petite-fille. Ce

sont eux que je vois travailler ainsi, ce sont eux que je vois souffrir ainsi, ce sont eux que

je vois mourir ainsi. Et c’est pourquoi je dois au moins tâcher de comprendre. Mieux, je

ne dois pas me contenter de rester en dehors du débat, je ne dois pas rester indécis,

immobile, je dois agir. »

Agir !

Touriste, simple lecteur, ce livre tente d’expliquer à des personnes qui n’ont pas d’idées

préconçues et qui veulent savoir, pourquoi une guerre civile a eu lieu au Népal.

Si le texte sur les misères comparées entre la France et le Népal n’a éveillé en vous que

de l’indifférence, ne lisez pas ce livre.

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- Ce texte n’a rien d’un travail d’historien, je n’ai pas les capacités pour en écrire un.

Malgré mon désir d’objectivité, la partialité y a peut-être sa part. Je le juge pourtant

travail d’honnête homme qui tente d’expliquer pourquoi, au XXIème siècle, des hommes

s’intitulant communistes-maoïstes ont pris les armes, se sont battus, ont tué, se sont fait

tuer.

- Ce texte est donc écrit pour l’Honnête touriste, celui qui s’intéresse à ses semblables

davantage avec son cœur qu’avec son intelligence. Il n’est pas écrit pour le trekkeur qui

se satisfait d’un Népal gnian gnian. Il n’est pas écrit pour le trekkeur mouton de Panurge

qui marche dans les traces des autres, qui gobe et répète ce qu’il a entendu. Il n’est pas

écrit pour celui qui ne vient au Népal que pour prélever. Prélever des vues de paysages

insolites, de ce sauvage qui a presque disparu de son pays, des souvenirs, des amitiés

commerciales, des miettes de folklore asiatique, des paillettes de religion baptisées par

lui philosophie parce que dans son pays le temps n’est plus au religieux. Il n’est pas écrit

pour le trekkeur qui ne vient que pour s’extasier béatement sur tout. Celui-là a des clubs,

des associations, une littérature, des médias qui lui disent ce qu’il faut penser et faire, lui

dictent les phrases à prononcer à chacun de ses pas.

Il est surtout écrit pour le jeune occidental qui, ne sachant plus où accrocher sa curiosité,

vers où orienter ses contestations, vers où diriger ses actions et ses luttes, cherche des

horizons jamais observés. Il est ainsi écrit pour le jeune occidental qui est conscient de la

médiocrité des passions que lui offre son pays et qui cherche à donner un sens à sa vie.

Enfin, il est écrit pour les trekkeurs français, leurs guides de montagne ou leurs

accompagnateurs qui sont simplement sensibles à la misère des Népalais, et, ce faisant, à

la misère des habitants du Tiers monde.

La misère ! Monique Cerisier Ben Guiga en parle avec sensibilité dans le bulletin :

Français du Monde, de l’Association démocratique des Français à l’étranger :

Vies écourtées, racornies, rêves avortés, « Mozarts assassinés » : la grande pauvreté, c’est aussi la

carence d’alimentation, d’eau potable, c’est le toit de tôle brûlant en été, glacial en hiver ; ce sont les

fripes occidentales substituées aux vêtements authentiques. C’est le corps torturé par la maladie,

l’accident, la grossesse prématurée de l’adolescente. C’est l’enfant déshydraté qui s’éteint dans les

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as de sa mère. Et c’est le cataclysme « naturel », d’autant plus meurtrier qu’il s’abat sur un

peuple épuisé par le racket, la corruption de ses élites, le pillage de ses richesses.

Or la pauvreté n’est pas un hasard. C’est le résultat de l’organisation de la plupart des sociétés

humaines : la loi du plus brutal, du plus armé, du plus cupide sous les traits du latifundiaire, du

trader soumis à la loi du profit maximal et de ses donneurs d’ordre inconnus et « respectables »...

Le Népal, le véritable Népal est dans ces lignes. Et c’est pourquoi la lutte contre la

misère népalaise doit être la première des luttes à engager puis à soutenir par l’honnête

trekkeur, par le jeune trekkeur irrespectueux des discours à la mode, car elle concerne 20

à 25 millions d’individus. Cette misère conduit à des vies de souffrance, à des

successions de drames, à des morts prématurées, à des morts immédiates. Premier but de

l’honnête trekkeur : hiérarchiser, orienter ses actes et ses combats. Placer au deuxième

plan la lutte contre la féroce colonisation chinoise qu’a subi, il y a 50 ans, un peuple

quatre fois moins nombreux que le peuple népalais. Ce peuple d’ailleurs asservi,

entretenait un clergé pléthorique, était dirigé par un haïssable état théocratique et féodal.

Elle n’est pas à placer sur le même plan que les combats engagés pour la défense du

monde animal ou pour résoudre des problèmes d’élévation de température qui vont,

peut-être, survenir. Combats, qui, curieusement ne sont envisagés que par une fraction

des quelques 500 millions d’Occidentaux nantis, mais qui laissent indifférents les trois

milliards d’individus misérables qui eux, quotidiennement, cheminent douloureusement,

confrontés qu’ils sont à une misère qui tue.

Par ailleurs, ce texte n’a pas la prétention de convaincre la majorité des trekkeurs. La

presque totalité des Français qui vient au Népal évolue dans un microcosme

composé d’une infime partie de la société népalaise, celle de Népalais nantis. Le

personnel d’encadrement des trekkings et des expéditions n’a rien de commun avec

le Népalais resté misérable. Les Français évoluent, je l’ai écrit maintes fois, dans

des régions touristiques qui ne sont plus représentatives du véritable Népal. Je ne

me lasse pas de le répéter : Le Népal est encore le pays le plus pauvre de l’Asie.

Bien peu de trekkeurs le savent, perçoivent cette réalité avec leur sensibilité, la vérifient

sur place, s’en émeuvent, l’utilisent pour fonder leur opinion et plus rarement encore

pour agir.

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Le présent texte tente :

- d’esquisser le passé politique du Népal, de peindre la société féodale de caste et de

monarchie absolue ou quasi absolue qui a conduit des hommes à se révolter.

- de parler de ces révoltes et de la guerre civile.

- d’expliquer quelle a été, et quelle est encore, l’attitude de certains pays étrangers.

- de décrire la politique suivie par les gouvernants de la neuve République népalaise.

Par ailleurs :

- je continue d’utiliser, dans ce livre, pour désigner les pays pauvres de la planète, les

mots Tiers monde et non : Pays en voie de développement ou Pays émergents. J’ai

expliqué pourquoi dans des textes contenus dans le site http:/www.nepalsherpasig.fr/

- j’ai simplifié l’orthographe des mots népali, j’ai mis un s aux noms propres

- la plupart des citations en anglais introduites dans ce texte ne sont pas traduites, mes

connaissances dans cette langue sont insuffisantes pour que je tente une parfaite

traduction.

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PREMIERE

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PARTIE

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TITRE I.

MOI-JE

ET LA POLITIQUE

Titre haïssable au regard du destructeur d’ego, je le maintiens pourtant avec fierté. Au

diable ceux qui ne pensent qu’à leur futur, tentant de masquer leur égoïsme et leur

égotisme derrière le mot compassion, mot d’églises inspirateur de bavardages.

Mon ego contient un tempérament de contestataire, je me considère comme un rebelle,

un hérétique, un iconoclaste aussi. Mais je suis aussi un solitaire. Or le contestataire qui

veut être entendu, qui désire un public, qui veut, s’il est contredit ou attaqué, être

défendu, doit être membre d’un parti, d’une association, d’un groupe, même comprenant

peu de membres. Les membres d’une communauté partagent des idées, des croyances,

des intérêts communs, ils sont prêts à l’attaque comme à la défense pour protéger un des

leurs. Gare au contestataire solitaire, il aura à subir les critiques, les contradictions, mais

aussi les médisances des membres qui pensent différemment de lui! Quelques voix

éparses pourront s’élever pour le défendre mais que seront-elles dans le grondement, les

aboiements, les rugissements, les bêlements contradictoires des meutes et des

troupeaux ?

Qui dit amis, dit défenseurs, mais qui peut se flatter d’avoir beaucoup d’amis ? Des amis

qui apportent leur aide ? Qui n’oublient pas, sitôt revenus en France, les difficultés

qu’éprouve celui qu’ils ont laissé au loin ? Qui dit ennemis, dit gens qui dénigrent, j’ai

beaucoup d’ennemis. Grandeur et misère de la solitude et de l’éloignement. Mais, par

ailleurs, lorsque, comme moi, on réside à quelques 8000 km. de distance de sa patrie, les

échos des médisances deviennent quasiment inaudibles.

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Je suis un contestataire qui tente d’aller au fond de ses pensées, qui s’efforce de toujours

les exprimer. Je ne suis pas au Népal pour jouer les avertis, pour uniquement m’extasier

et prendre. J’y réside pour comprendre, aider, donner, défendre. Défendre par exemple

les guides de montagne népalais quand on se moque d’eux, défendre le véritable Népal

et non l’image tronquée et fadasse qu’en donnent certains aficionados et des médias

ronronnant. Et je suis aussi au Népal, évidemment, pour, dans l’étendue de mes

possibilités, défendre les pauvres. Les nantis de ce pays n’ont pas besoin de moi, ils ont,

qui les encensent, la masse des professionnels du tourisme. J’écris, signe d’optimisme

vivace et de naïveté, car j’espère qu’après avoir lu mes textes, quelques moutons de

Panurge, se détournant du troupeau, ne se jetteront pas dans l’eau stagnante et polluée

des marigots népalais.

Tout au long de ma vie j’ai vécu éloigné de la politique, le Népal, récemment, m’a appris

à m’y intéresser. J’ai compris que ce pays traversait des événements d’une énorme

importance, des événements identiques à ceux que nous, Français, avions vécus au cours

de nos révolutions. Cela m’a conduit à établir des comparaisons. Retrouvant dans mes

souvenirs de lectures, les manières d’agir et de réagir, les enthousiasmes, les révoltes, le

courage, les passions, les excès, du peuple français au temps de ses révolutions, les

comparants avec celles et ceux du peuple népalais d’aujourd’hui, j’ai conclu que des

similitudes existaient entre ces deux peuples.

J’en ai d’ailleurs déduit que la dominante civilisation occidentale était arrivée au point

haut de sa parabole et qu’elle amorçait son déclin.

Ce texte s’adresse à des trekkeurs qui décident de s’intéresser à la politique au Népal. A

ceux qui découvrent ce pays sans avoir d’idées préconçues et qui possèdent lucidité,

honnêteté, un brin d’esprit critique et qui veulent savoir. A ceux qui se méfient du bla

bla bla colporté par pleins Airbus. A ceux qui rejettent les discours entendus dans les

salons, les réunions de club, les parlottes de sentiers dans les bois qui environnent les

grandes villes, ou sur les montagnes, dans les rues de Thamel, les parvis circulaires des

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stupas, les auberges au cours des trekkings. A tous ceux qui se méfient des idées des

troupeaux.

J’ai accompli près de quinze expéditions dans cinq pays différents. J’ai grimpé avec des

gens de toutes conditions, des personnes qui avaient des idées politiques opposées. Cela

m’a appris que les qualités humaines étaient indépendantes des professions de foi. J’ai

vérifié que certaines personnes qui affichaient des idées de gauche se comportaient avec

les misérables autochtones comme de vulgaires businessmen, et que d’autres, qui

affirmaient leurs opinions de droite, se comportaient en gens de cœur, étaient émus par

la misère, agissaient contre elle.

Je suis venu pour la première fois au Népal en 1979. J’ai effectué sur ses montagnes six

ou sept expéditions et un grand nombre de trekkings. J’habite dans ce pays depuis plus

de quinze ans. J’ai vécu dans le village de ma femme, Pangbotché, au pied de

Sagarmatha-Everest qui n’était pas le village de lodges qu’il est aujourd’hui. J’ai vécu

dans un quartier de Katmandu. Je réside actuellement dans une banlieue nord de cette

ville. Pourtant, après tout ce temps et ces mouvements, je n’arrivais pas à comprendre les

rouages de la politique népalaise. Je pressentais certaines choses mais je n’arrivais pas à

les formuler. Mon mariage avec une Sherpani issue d’une famille très pauvre m’avait

appris l’intense et profonde misère du pays. Ma femme n’avait-elle pas accouché de

notre fils sur un grabat, dans une masure sans eau, sans électricité ! J’avais deviné la

condition de son peuple gouverné par des privilégiés dominants. Je vérifiais sa

dépendance à l’inquiétude que ma femme illettrée manifestait chaque fois qu’elle devait

affronter un fonctionnaire d’une quelconque administration. Je suivais avec étonnement

l’évolution d’une guerre civile qui opposait les forces de l’ordre du roi à des insurgés se

nommant maoïstes. Je me disais : comment peut-on s’intituler maoïstes de nos jours ?

J’agissais, je réagissais en spectateur, rien ne me prédisposait à m’intéresser à la

politique de ce pays. Un début d’adolescence dans une famille communiste m’avait

donné un vernis de culture révolutionnaire mais ne m’avait pas fait espérer que les

lendemains qui chantent étaient proches. Ma passion pour l’alpinisme, des obligations

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familiales, une ambition professionnelle, m’avaient entraîné bien loin des pensées et des

actions politiques. Plus tard, quelques expéditions sur les montagnes du Pamir, alors en

U.R.S.S., m’avaient montré que tout était loin d’être socialiste en terres de socialisme.

En politique je n’étais donc rien. Des amis me qualifiaient d’anarchiste, qualificatif

qu’on attribue à tout individu qui refuse de se placer sous une bannière. Je l’ai écrit,

j’avais des amitiés aussi bien à droite qu’à gauche : je n’ai jamais associé croyances

politiques et qualités humaines. Amitiés à droite : ma profession l’imposait, certains en

déduisaient que j’avais des opinions de droite. Amitiés à gauche : je grimpais avec de

jeunes contestataires, j’enseignais (vacations) dans une université. Cela suffisait pour

qu’on me voie levant le poing. Mais pour les communistes encartés, j’étais, je restais, un

renégat, un traître !

Vivant au Népal dans une société en ébullition, je me suis trouvé soudain dans un milieu

où des individus, se proclamant révolutionnaires, utilisaient le plus sérieusement du

monde les mots peuple, servage, capitalisme, communisme, absolutisme, privilèges,

féodalité, révolution, guerre du peuple... Effaré, j’ai observé sur des journaux et sur des

affiches les photos juxtaposées de Marx, Lénine, Mao Zedong et Staline ! Je ne

comprenais pas. J’avais appris l’intense misère du peuple népalais, je vérifiais tous les

jours le despotisme du pouvoir et la domination des gens des hautes castes sur les

Tribaux-Indigenous-Gens des basses castes mais je n’éprouvais pour ceux qui avaient

pris les armes qu’une affectueuse curiosité mêlée de réprobation. Je me disais : Pourquoi

utilisent-ils un tel vocabulaire ? Pourquoi choisissent-ils comme emblèmes les photos de

personnes qui ont écrit des choses dépassées ou ont été de grands tueurs dans l’histoire

des peuples ? Pourquoi tuent-ils ? Pourquoi détruisent-ils ?

Il a fallu que je lise le livre de Michelle Kergoat : Histoire politique du Népal (voir

encadré) pour que je réalise soudain, pour que tout s’éclaire et s’ordonne dans ma tête.

Le Népal, et la France qui avait façonné mes pensées, ne vivaient pas au même

temps de l’histoire. Le Népal était, par bien des aspects, comparable à la France de

1789, à la Russie de 1917, à la Chine de 1950, au Cuba de Castro luttant contre le

dictateur Batista. La société française d’aujourd’hui est comme toutes les sociétés

de nantis de la Terre, une société apaisée, une société où les révoltes sont mineures,

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les troubles ponctuels. Le Français a oublié les mots qu’utilisaient ses ancêtres, ceux

qui ont accompli trois révolutions successives. Tout cela m’a amené à réaliser que le

Népalais révolutionnaire d’aujourd’hui était comparable à nos Sans-culottes de

1789, à ceux qui s’étaient battus pendant les Trois glorieuses, à ceux qui avaient fait

le coup de feu sur les barricades de 1848, à nos Communards de 1871. Partant de

là, je suis arrivé à la conclusion que ce peuple népalais en révolte était estimable,

qu’il fallait le comprendre, qu’il fallait s’afficher à son côté, qu’il était nécessaire

de l’aider.

Et c’est pourquoi je parle dans ce texte de l’Espoir que le combat des Sans-culottes

népalais -eux-mêmes se nomment Jungle Manché : Gens des forêts, ils se sont cachés

dans les bois pendant dix ans- a engendré dans un peuple misérable, analphabète à 50%.

Un peuple dominé par des gens des hautes castes, asservi à des profondes croyances

religieuses, un peuple soumis à des clergés dominants. Un peuple dont on ne répétera

jamais assez qu’il est le plus pauvre de l’Asie et que son espérance de vie avoisine

55 ans !

HISTOIRE POLITIQUE DU NEPAL

Michelle Kergoat. 314 pages. Karthala éditeur, 22 boulevard Arago, 75.013. Paris.

Michelle Kergoat est ingénieur au laboratoire C.N.R.S C.R.E.M. à l’Université de Rennes. Elle est

titulaire d’une thèse en sciences économiques et d’une thèse en sciences politiques. Aficionado du

Népal, elle porte sur ce pays, ses habitants, son histoire, un regard lucide de spécialiste intransigeant

dans lequel les sentiments occupent leur place. Ajoutons, qui ajoutent à ses mérites, que publier un

tel texte peut être source de désagréments.

Un trekkeur désirant acquérir une idée de la société népalaise qui aille au-delà de la vision

schématique ou sans fondement se doit de lire ce livre. Il comprendra pourquoi un peuple réputé

non violent –il est surtout patient et brimé- en est arrivé à se révolter en utilisant des armes.

Ce livre a été pour moi un révélateur. Grâce à lui, j’ai expliqué l’attitude respectueuse et soumise

de ma femme, pauvre et simple Sherpani, et par elle celle de tous les Tribaux-Indigenous-gens de

basses castes, face aux gens des deux hautes castes hindouistes. Il m’a fait comprendre la politique

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népalaise, le fonctionnement d’un régime de monarchie absolue ou quasi-absolue dont les privilégiés

ne sont pas des nobles, mais ces gens des hautes castes. J’ai appris à classer les partis politiques de

ce pays en fonction de leur but. J’ai compris l’attitude de ce peuple misérable qui n’a eu pour moyen

de se faire écouter que celui de prendre les armes et de livrer aux forces dominantes une guerre qui

a duré dix ans !

Ce livre doit être lu par les aficionados honnêtes hommes du Népal, ceux qui ne se contentent pas de

verbiages, d’opinions toutes faites, de minuscules faits divers et de sommaires explications

colportées par ceux qu’ils fréquentent au cours de leurs treks.

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DIGRESSIONS

LA MISERE SUR LA TERRE

La lutte contre la misère devrait être la première des luttes engagées contre

l’injustice sociale. La misère est un état de mal vivre qui conduit à des états de non

vivre : morts à la naissance, vies abrégées pour causes diverses, morts prématurées par

espérances de vie plus courtes de 20 à 30 ans à celles des Occidentaux, le tout lié à des

souffrances physiques, à des souffrances morales : dignité réduite, états avilissants, perte

de tout espoir...

La misère est à l’origine de jacqueries, de luttes mais aussi de révolutions et de guerres

civiles.

Des chiffres sur la misère.

Sur Terre :

- Il y a 9 millions d’enfants de moins de cinq ans qui meurent tous les ans de

maladie.

- Toutes les sept secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim ou des

conséquences de la faim.

- Il y a chaque jour 100.000 enfants qui meurent de faim ou des conséquences de

malnutritions. Cela donne un total annuel de 36 millions.

- Des millions de mères sous-alimentées donnent naissance à des millions d’enfants

qui auront toute leur vie des problèmes de santé.

- Il y a 500. 000 femmes misérables qui meurent tous les ans en couche.

- Il y a 800 millions de personnes qui meurent tous les ans de mauvaises conditions

de vie.

- Des millions de personnes sur Terre se couchent affamées et se réveillent

affamées.

- 816 millions de personnes sur terre sont sous-alimentées.

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....

- Un fort en maths s’amusera à calculer à combien de morts annuels correspond la

différence entre une espérance de vie occidentale estimée à 80 ans et une espérance de

vie dans le Tiers monde estimée à 60 ans. Plusieurs centaines de millions de morts par

an certainement.

Dans ces chiffres, il y a ceux du Népal. Ce pays est, pour la pauvreté, classé au

deuxième rang sur dix des pays de la Terre (total des pays : 180 environ). Il est dans

les dix pays les plus pauvres de la Terre. Au Népal, le revenu par tête d’habitant est de

240 dollars par an. Ce qui correspond (début 2010) à 0,67 dollar par jour, soit 48

roupies par jour. Un kg de riz de mauvaise qualité coûte 35 roupies, une pièce-taudis en

location 700 à 1000 roupies.

PREMIER FLASH SUR LA DEMOCRATIE

L’Occident a plein la bouche du mot démocratie. Le Petit Robert :

La démocratie repose sur le respect de la liberté et de l’égalité des citoyens.

Le mot démocratie n’est donc pas uniquement lié au mot liberté comme on tente, trop

souvent, de nous le faire croire, il est aussi lié au mot égalité. Il devrait être surtout lié

au mot égalité. Un homme enchaîné bien nourri ne meurt pas, un homme libre sans

nourriture meurt rapidement. Il ne peut donc pas y avoir de pays démocratique qui

contient des misérables. Les habitants des pays dits démocratiques ne sont pas des

démocrates s’ils tolèrent qu’un dixième de la population de leur pays reste misérable –

c’est le cas de la France- Ils ne le sont pas non plus puisqu’ils acceptent que la moitié

des habitants de la Terre : trois milliards d’individus, reste misérable. Dit sous une autre

forme : Peut-on parler de démocratie à l’échelle internationale si les habitants de

quelques pays disposent de trop de nourriture, de biens, de soins... alors que d’autres en

manquent et meurent de cette pénurie ?

La grande misère est celle qui diminue la possibilité d’exister. Les conditions

essentielles pour exister étant, en prenant exemple sur le monde animal :

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- la nourriture : qualitativement et quantitativement.

- l’abri contre les agressions atmosphériques, contre celles des prédateurs comprenant

les microbes et les virus.

Il y a au Népal des animaux qui mangent des hommes : tigres du Teraï, panthères des

collines qui mangent des enfants, il y a des animaux qui détruisent les maisons des

hommes : éléphants du Teraï... Il y a aussi dans ce pays des épidémies, des endémies,

des pandémies. Et il y a, en ce début de XXIème siècle, des disettes et des famines !

La misère doit être combattue. Les politiciens d’un pays occidental sont responsables

de la misère dans leur pays, les habitants des pays riches de la Terre sont

responsables de la misère du Tiers monde. Tous devraient être traduits devant des

tribunaux sous l’inculpation de crimes commis contre l’humanité...

MISERES COMPAREES

Rappel : le trekkeur doit, avant de lire ce document se reporter au cahier : Misères comparées entre

la France et le Népal publié dans le site : http:/www.nepalsherpasig.fr/. Si, après cette lecture, il ne

se sent pas concerné, s’il n’accepte pas les conclusions qui y sont énoncées, il est inutile qu’il

poursuive la lecture de ce texte sur la politique au Népal.

INTELLECTUALISER LA MISERE

J’ai longtemps été, par goût, enseignant vacataire dans un Institut Universitaire de

Technologie grenoblois. J’éprouve une grande admiration pour l’Université, la

Recherche, l’Ecole en général. Pour moi, un simple instituteur a plus d’importance

sociale et de mérite qu’un grand chef d’entreprise qui dirige des centaines de salariés et a

régulièrement son portrait dans des grands hebdomadaires. Je suis père d’enseignants,

j’ai de nombreux amis universitaires et chercheurs. Les amitiés qui nous lient ne sont pas

des amitiés passagères, ce sont des amitiés bâties sur le sentiment, la connivence, la

compréhension et aussi sur des valeurs partagées, optimismes et pessimismes compris.

Je sais que l’Université et les organismes de Recherche abritent, même si quelques

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anleurs se sont cachés en son sein, des personnes de haute valeur morale, de grande

culture, des gens intellectuellement honnêtes et pour lesquels l’argent n’est pas une

valeur humaine. Pourtant je suis conduit, moi, l’autodidacte, le bac moins deux, petite

barque lançant ses flèches contre leurs énormes porte-avions, à critiquer certains de leurs

points de vue, certaines méthodes qu’ils utilisent. Je ne suis pas le seul, abstraction faite

des milieux conservateurs pour lesquels le monde de l’Education est, par définition,

l’adversaire, la chose à révolutionner, il existe des contestataires au sein même de

l’Université. Régis Debray, le compagnon du Che Guevara en est un, mais lui n’est pas

équipé de flèches, il est équipé de torpilles universitaires.

Parlons misères : il y a une chaire Savoirs contre la pauvreté au Collège de France. On

peut aussi, aujourd’hui dans notre pays, suivre des études universitaires spécialisées dans

l’humanitaire. J’admire, je suis ébloui, je suis terrorisé.

Pierre Bourdieu était un sociologue et un grand universitaire. Ce qui m’attirait en lui, j’ai

lu bien peu de choses, tout ne m’était pas accessible, c’est son refus de l’acceptation

béate, son refus du renoncement à la lutte. Alors que les autres bêlaient dans le rang, lui

restait fidèle à ses convictions. Malgré cela, j’ai critiqué l’ouvrage collectif dont il avait

été l’inspirateur : La misère en France. J’aurais aimé que ce livre soit suivi d’un : La

misère sur la Terre. Hélas son étude n’a pas eu de suite. La misère est une chose

internationale, elle dépasse le cadre des Sous-préfectures.

J’adresse une autre critique aux porte-avions Université et C.N.R.S. : la misère ne doit

pas se limiter à des constats, des descriptions de systèmes, des comptes rendus

d’expériences. L’étude du détail fait oublier l’essentiel : « Faut-il que les soins soient

payants ? « Comment réduire le taux d’abstention dans les écoles du Tiers monde ? »...

Ce faisant, ces gurus de la misère, ces maîtres à penser de la générosité ne font que

décortiquer et gérer la misère. Au mieux ils indiquent comment la réduire dans certains

secteurs, comment la réduire ponctuellement. Leurs études, même celles effectuées sur

le terrain, semblent des études faites en laboratoire. Elles donnent l’impression d’être de

simples études de technocrates. Ces études présentent des analogies avec l’ordonnance

d’un médecin qui décrirait les différentes formes d’une maladie, prescrirait des

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médicaments pour en limiter les nuisances, mais oublierait de donner les médicaments

qui la supprimeraient. C’est pourquoi je pense que leurs méthodes manquent d’efficacité

et qu’il m’arrive parfois de penser qu’eux-mêmes manquent de cœur. Ce qui, c’est

évident, n’est pas.

Analyser la misère c’est, dans une certaine mesure, l’accepter, or ce qu’il faut c’est la

combattre. Par tous les moyens l’éradiquer.

On peut soigner la tuberculose avec des antibiotiques, cela mérite des analyses, mais ce

qu’il faut, c’est l’éradiquer en plaçant les hommes dans de saines conditions de vie. Et

ceci est du domaine de la lutte. Le mot lutte apparaît peu souvent dans ce genre d’études

et c’est pourquoi il est très apprécié par ceux qui sont la cause de la misère.

La misère est un problème politique, elle doit être combattue par la politique. La misère

est un problème international elle doit être combattue internationalement. Combattue et

non pas décrite. Les universitaires et les chercheurs devraient garder en tête que notre

église, depuis 2010 ans, a combattu la misère avec des mots : générosité, altruisme,

compassion, par des dons mignards, des aumônes, et que la misère est toujours là.

Les universitaires ne sont pas les seuls à intellectualiser la misère, l’O.N.U. l’est aussi

avec son Indice de développement humain, l’I.D.H. (introduit en 1990). Cet I.D.H. a été

accepté sans un murmure, par tous, universitaires, chercheurs, lauréats de Prix Nobel,

dirigeants de grandes O.N.G...., et, bien sûr, les gérants des Banques mondiales,

européennes, des Fonds monétaires... Pour les dirigeants de ces organismes qui ne sont

que des techniciens de l’argent, la misère est davantage un filon à exploiter qu’une

anomalie à combattre. Cet I.D.H. introduit, en complément de l’espérance de vie, des

valeurs se rapportant à l’alphabétisation et à la santé qui ne sont que des sous-détails.

Les mots espérance de vie se suffisent à eux-mêmes. Etait-il nécessaire de compliquer ?

En acceptant ce schéma, si on parle éducation, il faut inclure à côté de l’analphabétisme

l’asservissement au religieux, combien présent dans les pays du Tiers monde. En suivant

ce genre d’idée, si on parle misère à ceux qui viennent trekker au Népal, pourquoi

n’introduirait-on pas dans l’I.D.H. le pourcentage de Népalais qui utilisent du papier

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hygiénique ? C’est aussi un indice caractéristique et représentatif de l’intensité et de

l’étendue de la misère !

Ces notions d’I.D.H. sont certes intéressantes mais elles font oublier l’essentiel : le

premier besoin de l’homme –simple animal luttant pour sa vie- est la nourriture et l’abri

le mettant à l’abri des agressions climatiques et animales. Que pèse l’alphabétisation

quand un individu a faim ? Quid de la lecture ou de l’abri ? Répétons : il y a au Népal

des enfants, des femmes, des hommes qui sont écrasés dans leur maison par des

éléphants. Il y a au Népal des enfants, des femmes, des hommes qui se font bouffer par

des tigres.

Les deux facteurs qui servent à calculer l’I.D.H. sont contenus dans le chiffre de

l’espérance de vie. Pourquoi rajouter, compliquer ? La faim tue, le froid tue, le tigre tue,

l’éléphant écrase... l’analphabétisation ne tue pas, l’absence d’éducation ne tue pas,

l’éducation est une valeur pour des individus qui ont leur assiette pleine, un toit sur la

tête. Il ne faut pas masquer la gravité de la misère derrière des valeurs établies pour les

nantis de la Terre.

Autre forme d’intellectualisation de la misère, le revenu par habitant dans un pays

indiqué dans tous les textes. Pour que le chiffre indiqué ait une signification, il faudrait

qu’une sorte d’I.N.S.E.E. international soit établi. Que signifie disposer de N dollars par

an quand on ne précise pas le prix de la nourriture, des vêtements, le montant de la

location d’un logement...

La misère n’est pas qu’un sujet d’étude, c’est une condition, un état qui conduit à la mort

prématurée. Elle est presque toujours accompagnée de souffrances et de perte de dignité.

Le refus de ces morts prématurées, de ces souffrances, de ces pertes de dignité ne

conduit pas qu’à des désirs de connaissances, il conduit à des révoltes, des révolutions,

des guerres. Rêvons, des Universitaires, des chercheurs, des théoriciens de la misère

n’oubliant jamais cela : la misère est le plus grand des crimes commis contre

l’humanité. Ceux qui sont la cause de la misère : politiques et économistes, devant

être punis par des tribunaux, ces universitaires, ces chercheurs spécialisés pouvant

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être les experts fournissant à des tribunaux les assises de textes législatifs

permettant de juger les coupables.

LIBERTE.

De Jacques Roux (1793)

La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément.

LES TROIS D OCCIDENTAUX

DROITS, DEVOIRS DE L’HOMME. DEMOCRATIE

- Démocratie : Régime politique dans lequel le peuple exerce lui-même la souveraineté.

- Droits de l’Homme : Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit.

Retenir qu’il y a dans le mot Droits de l’Homme deux aspects distincts :

- la liberté.

- l’égalité.

Démocratie, Droits de l’Homme : ces mots remplissent la bouche de l’Occidental. Qu’il

veuille démontrer que les nations occidentales sont les seules estimables, que les seules

causes équitables sont celles qu’il défend, que seules les guerres qu’il déclenche sont

justes, ce sont les mots Démocratie et Droits de l’Homme qui sont prioritairement

invoqués.

Pourtant, des groupes ou des pays baptisés par lui terroristes, ou voyous, ne le sont pas

toujours, par contre, d’autres, qui ne sont pas ainsi nommés, le sont. Ainsi il suffit de

posséder du pétrole pour être fréquentable, ainsi un peuple ayant été martyrisé lors de la

guerre de 1940 a le droit d’en martyriser un autre aujourd’hui. Ainsi les pays

démocratiques sont curieusement les pays qui abritent les nantis de la Terre.

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ON ASSASSINE LA DEMOCRATIE. C.1

Selon les règles démocratiques, ceux qui dirigent un pays sont issus d’une majorité, celle

qui, par exemple, a obtenu le plus fort pourcentage de voix au cours d’une élection.

Logique ? C’est pourquoi au nom de la démocratie un parti politique qui a obtenu 50,1

% des voix à des élections, a le droit d’imposer pendant la durée d’une législature sa

politique à ses opposants qui n’en ont obtenu que 49,9 %. Pourtant il semble que dans

une véritable démocratie, chaque parti devrait imposer successivement ses directives aux

habitants au prorata du nombre des voix qu’il a obtenues. Une vraie démocratie

conduirait à une gouvernance alternée. Ce qui réduirait d’ailleurs de moitié la fréquence

des élections et des ridicules et onéreuses campagnes électorales.

Plus étonnant, sur quels critères se basent les hommes de pays dans lequel le taux

d’alphabétisation atteint presque 100 % pour élire démocratiquement leurs candidats ?

Sur l’étude de textes ? Sur des études comparatives ? Sur des tableaux de chiffres ? Sur

des engagements entraînant des responsabilités ? Non, ils les choisissent d’après des

discours, des confrontations verbales :

- Vous n’avez pas le monopole du cœur.

Et hop ! L’affaire est entendue, vous ne serez pas Président de la République.

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Passent les ans, nouvelle confrontation, celui qui a perdu cite les mots d’un politique du

clan de celui qui a été élu :

- Si l’on peut rendre à ce pays la confiance et l’espoir fût-ce au prix de la défaite du Président...

Le Président est celui qui a été élu grâce à sa répartie la première fois, mais qui, à cause

de cette citation, sera défait. Le dialogue d’enfants jouant au gendarme et aux voleurs

s’élève souvent au-dessus de telles niaiseries !

Les candidats sont choisis par les électeurs d’après leurs promesses, ou d’après la lecture

de quelques articles de médias, médias choisis parce qu’ils reflètent leurs opinions. Trop

occupés (par leur télévision, le football et le Tour de France) pour s’intéresser à la

politique, ils se laissent influencer par des affiches ! Une photo mielleuse, un

slogan stupide! Le subjectif primaire, l’indigence intellectuelle poussée à l’extrême !

- La force tranquille.

C’est ainsi que l’on élit en France des Présidents de la République !

Ceci me conduit à parler des Français.

Le Français possède un riche passé de lutteur politique et social : il a été homme de

combat, de révoltes, il a accompli trois révolutions qui ont modifié les structures

politiques et sociales de son pays. Très tôt, il a ressenti l’obligation morale de lutter pour

la justice, de combattre la misère. Laïc, il a rejeté les mots compassion, miséricorde,

altruisme, que le religieux avait utilisés sans pudeur en faisant croire aux fidèles que leur

application les conduisait en un lieu de félicité et il a introduit les simples mots

générosité, aides humanitaires, qui ne sous-entendent aucune récompense, qui ne

conduisent qu’à des actes gratuits. Régulièrement, même dans la société éminemment

égoïste dans laquelle il évolue aujourd’hui, de nouveaux textes lui rappellent cette

nécessité de la générosité fondement essentiel d’une société humaine harmonieuse. Dans

un ouvrage récent (2007), S. Paugam cite ces mots d’Emile Durkeim :

Il faut que notre société reprenne conscience de son unité organique ; que l’individu sente cette

masse sociale qui l’enveloppe et le pénètre... (il faut) faire comprendre à l’individu ce que c’est que

la société, comme elle le complète et combien il est peu de chose réduit à ses seuls forces... Elle lui

fera sentir qu’il n’y a aucune diminution à être solidaire d’autrui et à en dépendre, à ne pas

s’appartenir tout entier à soi-même.

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Mais cette notion d’individu responsable qui revient parfois à la surface des

préoccupations est presque toujours placée dans un contexte national. Ce qui est dit, ce

qui est souhaité, ce qui est exigé, l’est à l’intérieur des frontières d’une nation.

Restriction absurde car bien peu morale. Est-il logique de limiter la défense de l’homme

pauvre à ses compatriotes dans la mesure où ceux-ci ont acquis, majoritairement, un

certain niveau de bien être ? J’ai tenté de montrer dans le cahier Comparaison des

misères françaises et népalaises l’incroyable profondeur et étendue du fossé qui sépare

les pauvretés des deux pays pour en déduire la nécessité de la primauté de l’International

sur le national. Rêvons au mot mondialisme qui servirait à la défense des pauvres de tous

les pays de la Terre et non à l’expansion des capitaux !

Nous parlons quelquefois de la misère au Népal avec des trekkeurs aficionados du pays,

avec des trekkeurs qui, pour la première fois, reviennent de visiter une région de

tourisme intensif. Je leur dis que la misère est ici puissante, ils me regardent étonnés et

répliquent :

Alimentation suffisante, vie paisible, vie heureuse.

Lassé, je n’ai pas toujours le courage de leur expliquer, de répéter ce que j’ai maintes

fois dit et écrit : ce que la patience, l’indolence, le fatalisme, le paisible, la courtoisie, et

une gaieté affleurante, cachent de misère et de souffrance profonde. Que le bol de riz

n’est pas toujours présent et suffisant, que les carences alimentaires sont banales, surtout

dans les piémonts himalayens. Que les disettes sont nombreuses, qu’il y a encore des

famines. Je répète : Qu’il y a encore des famines ! Que l’espérance de vie, est inférieure

à 55 ans dans les campagnes, soit 85 à 90% de la population : 25 à 27 millions de

personnes ! Que le Népal est le pays le plus pauvre de l’Asie. Ils s’en vont, étonnés par

mon insistance, non convaincus, pensant que j’exagère, qu’y résidant, je ne vois plus que

les mauvais aspects de ce pays.

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DROITS DE L’HOMME. LIBRES ET EGAUX...

Deux mots : libres et égaux, mais le mot liberté, dans nos pays, est plus souvent évoqué que le mot

égalité. De plus le mot en droit fausse tout. Il est la porte ouverte à tous les abus, à tous les oublis, à

tous les excès.

Que de critiques cachent les mots Droits de l’homme ! Sans nous lasser, répétons-le : ces

mots comportent deux volets, celui de liberté, celui d’égalité. Ces deux volets inspirentils

les actions avec la même intensité ? L’un n’est-il pas cité plus souvent que l’autre ?

La misère physique ne dépend pas de la liberté elle dépend du mot égalité. Ces Droits de

l’Homme sont-ils condition nécessaire et suffisante pour que la politique adoptée dans

un pays soit estimable ? Ces mots ont-ils la même valeur pour tous les hommes de la

Terre? Ont-ils la même densité dans tous les pays ? Sont-ils d’application prioritaire

pour tous les peuples de la planète ? Philippe Thureau–Dangin dans Courrier

international :

Dans la contestation des Droits de l’homme, il y a toujours l’idée que ce sont là des valeurs

occidentales qui ne correspondent pas aux valeurs islamiques, asiatiques, etc. Amartya en a

démontré cette idée en rappelant que de grands dirigeants indiens, Askola au IIIe siècle av. J-C. ou

Akbar au XVIe siècle, ont défendu des notions de pluralisme, de tolérance et de raison.

Dans le même Courrier international, de Pierre Hazan :

Les gouvernements utilisent les Droits de l’homme à géométrie variable, privilégiant certains au

détriment d’autres, selon leurs intérêts du moment et leur idéologie. C’est ce qui explique à la fois le

succès et l’ambiguïté des Droits de l’Homme, chacun y trouvant de quoi conforter ses positions.

(Mots soulignés par moi.).

Encore dans Courrier international, Zhu Yuccha, professeur spécialiste de la politique

chinoise à l’Université de Régina, Canada.

La Chine est surtout attachée aux droits collectifs et considère que les droits et les devoirs civiques

ne font qu’un (en fait les devoirs priment sur les droits) ; la conception occidentale des droits de

l’homme privilégie les droits politiques et les droits civiques tel, que la liberté d’expression, la liberté

de publication, la liberté d’association, la liberté de réunion, alors que la conception chinoise insiste

sur le fait que les pays en voie de développement doivent faire porter leur effort en priorité sur le

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droit à la vie et les droits économiques, sociaux et culturels, au contenu assez vague. (Mots en italique

et soulignés par moi.).

Droit à la vie, quelle énorme chose !

Et si les simples mots Droit à la vie, à une vie digne, se substituaient aux mots

Démocratie et Droits de l’homme ! Les Hommes naissent et demeurent égaux... Egaux :

ils ont donc tous droit à une vie décente ! Libres et égaux en droit ! Pourquoi

uniquement en droit ? On connaît ce que signifie le mot droit, même en France et dans

tous les pays dits démocratiques ! En droit signifie qu’une fraction de la société

bénéficie légalement d’un état de misère. 10 % en France ? En droit signifie qu’une

partie de la population bénéficie de droits à la richesse, à la possession de superflu,

d’inutile, d’immoral. Français, soyons honnêtes, le texte sur les Droits de l’Homme est

un leurre, une escroquerie écrite par et pour des nantis. Les mots Droit à la vie, eux,

contiennent les valeurs de l’Indice de développement humain. Il n’y a rien de flou dans

ces mots. Avec le Droit à la vie, les hommes ont un parcours de vie décent et non abrégé,

ils mangent à leur faim, leurs enfants fréquentent l’école, tous bénéficient de soins...

Ainsi, la France, pays des Droits de l’Homme par excellence, abrite (environ) six

millions de pauvres, la France n’est donc pas un pays démocratique. L’Inde est le plus

grand pays démocratique de la Terre. Les Droits de l’homme y sont donc respectés,

pourtant l’Inde abrite des centaines de millions de misérables! Dont certains ont pris les

armes pour cause de défense des misérables ! Le Droit à la vie pour tous n’y est pas

respecté, l’Inde n’est pas un pays démocratique.

Devoirs de l’Homme.

Autre remarque qu’attirent les mots Droits de l’homme. Partout en Occident on se

gargarise avec ces Droits de l’homme mais on ne parle jamais des Devoirs ! Or, dans la

quasi-totalité des activités humaines pour qu’il y ait équilibre les devoirs sont toujours

aussi nombreux que les droits. Parmi ces devoirs il en est un qui est –qui devrait êtreprioritaire,

au moins aux gens de gauche c’est d’assurer aux habitants de tous les pays de

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la Terre ce fameux, inaliénable : Droit à la vie. Hélas cette obligation de devoirs

n’apparaît jamais!

C’est tout cela qui m’incite, moi, petit émigré français résidant au Népal, autodidacte,

technicien de province sans audience, pion inexistant sur l’échiquier des médias, des

intellectuels, des universitaires, des chercheurs, des sociologues, des politiques..., à crier

mon indignation, à dire que les discours occidentaux sont des discours hypocrites. Que

les Occidentaux sont des hypocrites. Et c’est tout cela qui me conduit à penser que ceux

que l’Occident critique, groupes ou pays, ne sont pas toujours aussi noirs qu’on le

prétend. Evidemment en disant cela je pense aux maoïstes népalais pour lesquels ce livre

est écrit.

Je ne lutte évidemment pas contre la démocratie et les Droits de l’Homme mais je ne les

place pas au premier rang des obligations. Je ne suis pas le seul à penser ainsi, de Pierre

George. Géographie des inégalités Que sais-je ? PUF.

L’idée d’égalité est née en France de la suppression des privilèges de naissance par la révolution de

1789. Le principe selon lequel tous les hommes sont égaux en droit, bien qu’implicitement intégré

dans la Déclaration des Droits de l’Homme de l’Organisation des Nations Unies, est encore battu en

brèche sur le plan international dans les pays de castes... Que de discours sur ces Droits de

l’Homme...

Ma révolte n’a évidemment pas pour but la défense des gens de caste. Ce sont eux qui

sont la cause de la misère du Népal. Ce ne sont pas eux qui ont déclenché la guerre civile

dans ce pays, mais ce sont eux qui ont rendu cette guerre nécessaire. Je ne critique pas

les Droits de l’Homme au nom de quelque philosophie, ni au nom de quelque théorie

politique, je le fais au nom des valeurs humaines les plus simples. Je réaffirme que le

premier des droits est le Droit à une vie décente. Que ce droit, pour tous les hommes de

la Terre, se traduit comme je l’ai dis au titre précédent par une assiette bien remplie, bien

composée, des soins médicaux de type occidental, la présence de tous les enfants à

l’école, et qu’il comprend même le droit de bénéficier de quelques loisirs qui ne soient

pas, comme en terres d’illettrés, inspirés par le seul religieux, le jeu, l’alcool. Coiffant le

tout, d’espérer atteindre pour tous les habitants de la Terre une espérance de vie qui ne

soit pas inférieure de quelques vingt ans à celle des habitants des pays occidentaux.

Pierre George :

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Cependant, les formes les plus sensibles des inégalités sont aujourd’hui d’ordre économique et

social... Quel que soit le caractère choquant des discriminations liées à la naissance ou à

l’appartenance à une collectivité ethnoculturelle, les grands contrastes de condition de vie et même,

à la base de chances de survie, reposent sur la répartition des moyens d’existence. (Mots soulignés

par moi).

Démocratie, Droits de l’Homme, une grand-chose sur le plan humain et social, Droits à

la vie de l’Homme, une chose fondamentale, évidente, essentielle, première, et pourtant

presque toujours occultée car elle cache les mots Devoirs de l’homme. Devoirs de

l’honnête croyant, devoirs de l’homme simplement généreux, de l’homme de gauche, de

rester combatif pour lutter contre la misère, résiduelle dans son pays, florissante, partout

ailleurs dans les pays du Tiers monde. Rêvons à de nouveaux Droits de l’Homme

rédigés non pas par des juristes faisant partie de classes favorisées des pays où vivent les

nantis de la Terre mais par des pauvres. Impossible ! Du domaine de l’utopie !

Evidemment, le misérable, le véritable misérable ne sait pas écrire, ne siège dans aucune

assemblée. Il n’est présent que lorsque, poussé à bout, sans respect pour les Droits

de l’Homme, il prend une arme, non pas pour accéder au pouvoir, mais simplement

pour se faire entendre car il veut pour lui, mais surtout pour ses enfants, que soit

reconnus ses Droits à la vie.

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SUR LA FRANCE

Géographiquement, un pays harmonieux. Rien du pays mammouth, filiforme ou

insulaire, rien du pays enclavé, rien du pays à climat extrême. Une forme hexagonale,

chaque point de sa périphérie à presque égale distance de son centre. Un pays situé dans

la zone tempérée de l’hémisphère nord. Au sud-est, un littoral bordé par une mer,

véhicule des premières civilisations occidentales. Une mer bleue ! Un littoral nommé

Azur, lieu de vies heureuses, paisibles, de farnientes. A l’ouest, un autre littoral. L’océan

qui l’a créé donne à ses riverains la notion d’espace, la conscience de l’existence de

terres lointaines, de populations inconnues, d’internationalisme. Sur le reste du pourtour,

d’autres pays. Quelques uns sources de conflits, de guerres, d’autres, d’alliances

durables ou éphémères. La France c’est la variété géographique : un pays de reliefs, de

plaines, de collines, de hautes montagnes, accolées non pas en « opus incertum », mais

en composition harmonieuse. Une France soumise à un climat sans excès, provenant de

sa position en latitude et de ses mers. Sans excès mais non uniforme, les climats

océanique, continental, méditerranéen, de montagne, se juxtaposent, s’imbriquent

parfois. La France ?

Un beau pays où il fait bon vivre.

Politiquement un pays qui en a terminé des dures révoltes, des révolutions sanglantes, un

pays où le social est apaisé, où les classes sociales s’inscrivent sur une courbe linéaire

sans ressauts abrupts les séparant… Un pays où les luttes politiques frôlent même

souvent le ridicule. Un pays où le niveau de vie des pauvres correspond à celui des

classes aisées des habitants du Tiers monde.

La France, un pays où vivent des nantis de la Terre

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SUR LES FRANÇAIS

Vivant sur cette bonne terre de France, un peuple. Rien en lui, de l’insulaire à l’abri de

ses douves marines, conquérant toisant les autres, souvent génial mais puant d’orgueil.

Un peuple issu des nomades peuplades des steppes caucasiennes, façonné par des

millénaires de métissages avec des envahisseurs, en contact permanent avec d’autres

peuples et ayant tiré de ces mélanges et de ces contacts cent caractéristiques, des

originalités, des richesses. Un peuple composé de gens du Sud considérant les textes du

Droit comme chose malléable et de gens de l’Est rigidement respectueux de ces textes.

Des Méridionaux et des Nordiques, des Latins et des Germains. Des gens du rugby, du

café, des voyelles et des gens du football, du thé, des consonnes. Des gens exubérants et

des gens mesurés. Des Bretons et des Catalans, des Alsaciens et des Basques, des

Auvergnats, des Normands... Et des Corses, autre type d’insulaire, en retard d’évolution,

eux. Sur des racines celtes, que de pousses locales ! Que de greffes ! Pureté de notre

race : Hé ! Hé ! Vive l’éternelle mondialisation de la zizounete. Une seule langue,

difficile, belle, ni gutturale, ni chantée, simplement harmonieuse. Des patois et des

accents qui meurent malgré les ridicules efforts de nostalgiques qui les voudraient voir

subsister, enseigner. Dans ce peuple, haïs par les uns, tolérés par d’autres qui les

défendent s’ils savent rester à leur place, cantonnés dans leurs ghettos, des immigrés.

Honte d’un peuple qui n’a jamais été capable –ou n’a pas voulu- les intégrer.

Portraits de Français à travers les âges. Celui du guerrier Gaulois de Strabon, généreux,

sympathique, naïf et infantile :

La race gauloise est irritable et folle de guerre, prompte au combat du reste et sans malignité. Si on

les irrite, les Gaulois marchent droit à l’ennemi... Ils prennent volontiers en main la cause de celui

qu’on opprime... A leur franchise, à leur fougue naturelle, les Gaulois joignent une grande légèreté

et beaucoup de fanfaronnade. Cette frivolité de caractère fait que la victoire les rend insupportables

d’orgueil tandis que la défaite les consterne.

Des siècles plus tard, celui, plus subtil, peint par Charles de Gaulle :

Ce Français qui met en son esprit tant d’ordre et si peu dans ses actes, ce laborieux nonchalant, ce

casanier qui colonise, ce vaincu de Charleroi qui donne l’assaut sur la Marne, ce Jacobin qui crie :

« Vive l’Empereur !», ce fervent de l’habit à queue, du jardin royal, de l’alexandrin, qui, tout de

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même, pousse la chanson, se débraille et salit la pelouse. Bref, ce peuple mobile, incertain,

contradictoire.

De ce même Charles de Gaulle, deux traits, à l’humour sévère, dans des propos

apocryphes :

- Les Français, sont comme de la gélatine mais une gélatine susceptible et qui ne se laisse pas

attraper par n’importe quelle cuiller.

- Le Français, ce trotte-menu de la décadence

Passent quelques décennies et voici des propos d’Alain Duhamel sur le Français

d’aujourd’hui :

Les Français... se croient progressistes parce qu’ils aiment la nouveauté. Ils sont, c’est vrai,

capricieux et changeants, sensibles à la mode, et ils raffolent de l’air du temps... Les Français ont

horreur des réformes et adhèrent avant tout à une culture d’opposition ou de protestation... S’il y a

une constante dans leur histoire, c’est bien qu’ils n’ont le goût ni du dialogue, ni de l’arbitrage, ni

surtout du compromis. La tolérance est la dernière vertu française et la modération se regarde

comme l’hombre porté de la trahison... Les Français ont la division dans le sang et l’exclusive dans

la tête...

Le Français, fils de Gaulois, est dans tous ces portraits. Mais il est devenu un bourgeois,

petit, qui tente de cacher son égoïsme derrière des discours grandiloquents sur la

Démocratie, l’International et sur les Droits de l’Homme et qui s’affirme un zélé

défenseur du pauvre et de l’opprimé quand cela ne lui coûte rien. C’est un être

inconstant, frivole, sans profondeur, râleur, mécontent, pusillanime sinon couard. C’est

un perpétuel geignard en quête de minuscules revendications. Et qui toujours oublie

qu’il fait partie des nantis de la Terre

Il fut un temps où des écrivains français s’engageaient pour défendre une cause, des

misérables, un peuple en lutte : un Hugo s’exilait, un Malraux allait, toute exagération

déduite, combattre en Espagne. Sur cette guerre d’Espagne, un Bernanos, considéré

comme un traître par les gens de son bord, défendait les Républicains. Là, dans cette

Espagne en guerre, d’autres écrivains (Hemingway, Saint-Exupéry...), des journalistes,

étaient présents sur des lieux de combats. Mais aujourd’hui ? On me dit qu’un de nos

philosophes qui est qualifié de mondain est un héros. Entouré de casques bleus, il serait

allé tourner un film en Yougoslavie ! Pour cet exploit, peut-être sera-t-il un jour enterré

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au Panthéon ? On me cite d’autres éminences grises des salons parisiens, philosophes

journalistes ou prix Goncourt. Que font-ils ? Qu’écrivent-ils ? Lequel est allé poser une

bombe devant un poste de police Chinois à Lhassa ? Ou défendre, arme au poing, une

ethnie martyrisée dans un pays d’Afrique ? Ou au Pérou se mêler aux guérilléros du

Sentier lumineux ? Ou en Israël pour s’opposer à l’incroyable occupation de terres

appartenant à des habitants d’une autre nation ?... Un seul intellectuel français de renom

s’est, à ma connaissance, posé des questions, est allé, a osé : Régis Debray. Est-il bien

vu dans les salons et les Universités ?

Ce sont les médias qui décident des qualifications. Pour les événements, pour les choses

louables, les choses critiquables, les choses condamnables et sur les choses sur lesquelles

on doit se taire. Ce sont les médias qui décident du déclenchement des fanfares de la

renommée. Que dire d’un peuple qui retire ses croyances de la lecture des seuls médias ?

Que dire d’un peuple vorace qui s’empiffre, insatiable de stupidités, de médiocrités,

d’insipide, d’images et de commentaires livrés à heures fixes par des postes de

télévision ? Que dire d’un peuple qui ne s’enthousiasme avec force que pour des

hommes courant après une balle ronde ? Que dire d’un peuple qui découvre soudain, 50

ans après que cela se soit produit, qu’un minuscule pays a été colonisé –ce même peuple

au même moment livrait des guerres peu glorieuses pour conserver ses colonies-, et qui,

jouant les justiciers va sur place agiter de dérisoires étendards, minauder sa haine de

l’envahisseur, sans imaginer son ridicule ni se douter qu’il est manipulé par les

Intelligences des pays concurrents du pays colonisateur. Que dire des simagrées d’un

peuple en recherche de spiritualité de café concert ? Que faut-il penser des membres de

ce peuple qui, critiquant les médecines occidentales, souhaitent un retour aux tisanes de

nos grands-mères pourvu qu’elles soient préparées par des hommes aux yeux bridés

vêtus de soutanes couleur lie de vin ?

Je me moque des défenseurs du Tibet, de certains aficionados du Népal, mais que faut-il

penser de ceux qui placent au premier rang des combats, avant celui de la lutte contre la

misère, la lutte pour la défense des animaux ? Que faut-il penser de ceux qui se

complaisent dans le catastrophisme. Un catastrophisme cultivé, récurrent, qui fait

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pousser des cris assourdissants lorsqu’apparaît un minuscule ou improbable ou inexistant

problème ? 1975 :

- la bombe atomique fausse le temps,

- des pluies acides anéantissent nos forêts,

- 1980 : l’herbe en montagne n’étant plus fauchée, les avalanches se généralisent, il en

est fini de nos villages,

- 31 décembre, an 1999, minuit : « Tous les computeurs vont cesser de fonctionner. »

Passent les ans :

- un microbe porté par des bovins et des volatiles, un virus de grippe... vont décimer les

hommes...

Que dire d’un peuple qui tremble de peur pour :

- une montée des eaux : « de quelques centimètres. », « Non, de six mètres (sic) » « qui

va submerger des terres... dans trente ans. » « Non, dans cinquante ans ! »

Toutes attitudes qui, en réalité, cachent la fourberie d’un peuple de nantis qui se

fabrique de fausses peurs, de ridicules exaspérations, de faux problèmes, de fausses

luttes, lesquels débouchent sur des indignations mignardes, des soupirs inaudibles,

des combats ridicules, presque toujours immoraux.

Non, petit Français, le grand problème, le premier problème à combattre, celui qui

subsiste sur la Terre, qui domine les autres et qui doit être combattu en priorité et

avec force est celui de la misère résiduelle dans notre pays, de l’énorme misère du

Tiers monde. De la misère qui est à l’origine des problèmes d’immigration, de la

misère qui fait souffrir des hommes, de la misère qui tue des hommes : tous les ans

des millions d’hommes et de femmes, des millions d’enfants. De la misère qui fait

que certains hommes, aujourd’hui encore, deux cent vingt ans après que nos

ancêtres l’ont fait, sont obligés de prendre des armes pour se faire entendre.

Le Népal est un de ces pays du Tiers monde, c’est un pays de misère. Je le répète,

l’espérance de vie de ses habitants n’y dépasse 55 ans que dans sa capitale : Katmandu.

C’est le pays le plus pauvre de l’Asie. Ce pays sort d’une guerre civile qui a duré dix

ans, il vient d’accomplir sa deuxième révolution.

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Mais le Népal est aussi un pays de trekking, il est visité annuellement par des milliers de

trekkeurs français. Quel trekkeur, quel trekkeur notable, quel trekkeur écrivain français a

plaidé la cause des révolutionnaires népalais ? Quel média français –de gauche tout au

moins- s’est interrogé, s’est demandé pourquoi un peuple, en l’an 2000, prenait les

armes ? Quel média s’est rendu au milieu des combattants, pour savoir, pour

comprendre ? Quel caméraman est venu filmer, interroger ces maoïstes-Sans-culottes

népalais ? Aucun ! Les cameramen continuent de venir filmer les splendides Himalayas,

les curieux stupas, les Népalais effectuant leurs pujas, les Sherpas dans tous leurs états...

Silence sur le régime politique du pays, silence sur la misère d’un peuple, silence sur les

révoltés. Un silence uniquement troublé par le chœur des aficionados en extase, vantant

le folklore, le sublime, le gnian gnian de ce pays. Des aficionados faisant bruits de

trompettes sur ce qu’ils nomment la spiritualité, celle qu’ils viennent de découvrir dans

des pratiques moyenâgeuses et qui est bâtie sur fond de crédulités, d’idolâtries, de

pratiques ésotériques enfantines.

C’est aussi cela le peuple français.

Et moi vieux Français émigré je me pose des questions : Un jeune individu ayant des

idées révolutionnaires les voit logiquement s’effilocher au fur et à mesure qu’il prend de

l’âge et il n’est pas rare de rencontrer d’anciens gauchistes grisonnants adopter des idées

conservatrices. Georges Bernard Shaw a formulé ceci sous une forme amusante :

Je plains celui qui n’a jamais été révolutionnaire à vingt ans, s’il ne l’a pas été, c’est qu’il manque de

cœur. Je plains celui qui est toujours révolutionnaire à quarante ans, s’il l’est encore, c’est qu’il

manque de tête.

Et Victor Hugo :

Quand on a les cheveux gris, il ne faut pas revoir les opinions pour lesquelles on faisait la guerre et

les femmes auxquelles on faisait l’amour à vingt ans. Femmes et opinions nous paraissent bien

laides, bien vieillies, bien chétives, bien édentées, bien ridées, bien sottes.

Que penser d’un individu tel que moi, qui n’a jamais été motivé par la politique et qui,

soudain, après une vie d’indifférence à cette politique, se met soudain à penser que seuls

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des révolutionnaires peuvent améliorer les conditions de vie du peuple misérable au

milieu duquel il vit ?

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POLITIQUE EN FRANCE

La France et le Népal ne sont pas au même temps de l’histoire. La France est un pays

socialement et politiquement stable. Le Népal est encore dans une période de

turbulences. Je reproduis ici un article que j’ai écrit pour le bulletin de la Maison de la

Montagne de Grenoble qui tente d’expliquer pourquoi les révolutionnaires népalais ont

choisi le qualificatif maoïste, mot qui heurte même les sensibilités des gens de gauche.

NEW NEPAL.

Le Népal, le véritable Népal, le Népal estimable n’est pas dans Thamel, le quartier touristique de

Katmandu. Il n’est pas autour des grands stupas qui ne sont que des Lourdes bouddhiques à la

spiritualité baignant dans le mercantile. Et il n’est évidemment pas dans les régions de trekking

intensif : Khumbu, Annapurna, Langtang..., qui sont au Népal ce que la Côte d’azur et le massif de

Chamonix sont à la France.

L’aficionado, le curieux du Népal, savent que ce pays est le plus pauvre de l’Asie. Qu’il est plus pauvre

que le Bangladesh considéré comme le pays symbole de la misère par les Occidentaux.

Politiquement, le Népal, jusqu’à sa deuxième révolution en 2006, était un pays dans lequel régnait une

monarchie absolue ou quasi-absolue. Et cette monarchie était étayée par des privilégiés, à savoir des

membres des hautes castes hindoues. Celle des Bahuns-Brahmanes et celle des Chétris. Aux premiers

qui sont les prêtres de l’hindouisme et possèdent de ce fait une puissante influence sur des populations

analphabètes à 50 %, les postes de la haute administration, aux seconds le haut commandement de

l’armée et de la police. Sous cette aristocratie népalaise la masse des gens de basse caste : Dalits,

paysans sans terre, Serfs-Kamalaris et les Tribaux-Indigenous : Bothes, Magars, Gurungs, Tamangs,

Kirats, Magis, Tharus... Tous regardés par les gens des hautes castes, avec le même regard, que notre

noblesse de 1789 portait à nos manants. Le Népal présentait donc une stratification sociale comparable

à celle de la France de l’ancien régime et il est normal que des mouvements de contestation allant

jusqu’à une guerre civile et à deux révolutions se soient enchaînés.

Le dialogue est difficile entre des Népalais révoltés et les membres de nos sociétés apaisées dans

lesquelles les manifestations de revendications sociales sont plus proches des promenades digestives que

des luttes sauvages. Le sens des mots est différent dans les deux sociétés. Combien de mots du

vocabulaire révolutionnaire sont devenus obsolètes chez nous : peuple, féodalité, noblesse, ancien

régime, révolution... ! Et maoïste ! Les révolutionnaires népalais n’ont-ils pas baptisé leur mouvement

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maoïste ! Un mot rejeté par tous en France ! Pourtant, il faut comprendre que pour des Népalais le mot

maoïste n’est pas porteur des fautes commises par Mao Zedong devenu Président de son pays. Il leur

rappelle la Longue marche victorieuse de son armée contre celle de Tchank Kaï Che –d’ailleurs

équipée et armée déjà par les Etats-Unis !- Le mot maoïste sous entend pour les révolutionnaires

népalais, la victoire des coolies sur les mandarins. Il est de plus depuis peu, la marque de la victoire

économique du communisme façon chinois sur le capitalisme-mondialiste occidental en déclin. Sens

des mots différents : quel parti politique de gauche, quel syndicat français fait aujourd’hui référence à

Marx et à Lénine ? Pourtant ces noms sont dans le vocabulaire des Népalais révolutionnaires. Logique,

ils sont pour eux ce que les noms de Jean Jacques Rousseau et de Voltaire étaient à nos Sans culottes.

Faut-il condamner les maoïstes népalais parce qu’ils ont choisi un nom rejeté par les Occidentaux ?

Faut-il les -critiquer parce qu’ils ont, sous ce nom, lutté pendant dix ans contre l’arbitraire et la

féodalité ? Faut-il également, j’entends ici ce refrain : « condamner la révolution népalaise parce que

les révolutions se terminent toujours mal ? Celle de 1789 a conduit à la Terreur, celle des Soviets à

conduit à Staline, celle de Mao Zedong aux fautes qu’il a commises. Oui ? A ce compte il fallait que

nos Sans-culottes acceptent l’ancien régime, que les moujiks russes conservent leurs seigneurs et leur

tsar, que les coolies chinois conservent leurs mandarins et leur empereur.

Après dix années de guerre civile et une deuxième révolution les maoïstes vainqueurs ont défait la

monarchie et implanté une République népalaise. Enorme victoire ! Hélas bien courte, rapidement, les

forces de droite ont repris le pouvoir. Aujourd’hui le pays est gouverné par une coalition qui comprend

des royalistes de l’ancien régime, des membres du Népali Congres, le parti des gens de caste, le tout,

honte suprême, sous la direction du parti communiste Union Marxist Leninist (sic) qui n’a de

révolutionnaire que le nom.

Mai 2010-05-13.

Le Français devrait relire Raymond Aron qui expliquait qu’il ne pouvait plus y avoir en

France de lutte des classes puisqu’il n’y avait plus de classes sociales. Du moins, de

classes sociales aux frontières nettement marquées, telles qu’elles existaient au moment

des révolutions, et qui expliquaient ces révolutions. De fait, toute nette stratification

sociale séparée par de francs ressauts a disparu. La société française est composée de

couches mal définies, imbriquées, mais qui présentent toutes à des degrés divers, une

caractéristique commune au regard de la misère du Tiers monde : elles sont en presque

totalité composées de nantis. Le peuple français, dans son ensemble, est devenu un

bourgeois. Il mange à sa faim, il vit dans de véritables logements, des abris étanches à

l’air, à l’eau, équipés d’eau courante, éclairés, chauffés... Il bénéficie de loisirs, ceux-ci

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participant au niveau de bien être. Ses enfants vont tous à l’école. La grande majorité des

familles bénéficie de véritables soins. A défaut de grosses berlines, dont l’utilité est

d’ailleurs contestable eu égard aux contraintes législatives sur la conduite, elles

disposent d’un petit véhicule. Enfin, signe majeur, son espérance de vie avoisine les 80

ans. Les classes dangereuses françaises ne constituent plus qu’une minorité dans la

nation. Etant minoritaires, elles ne constituent d’ailleurs plus un danger pour l’ordre

social. Si on excepte l’exalté politique, souvent plus proche du voyou que du vrai

révolutionnaire, la classe dangereuse est constituée par des émigrés. Eux seuls utilisent

la violence, des procédés révolutionnaires.

MISERES COMPAREES FRANCE NEPAL

Lire dans le site http:/www.nepalsherpasig.fr/ le cahier qui explique que les misères dans les deux

pays sont différentes quantitativement et qualitativement.

LES PARTIS DE DROITE EN FRANCE

La droite -et même une certaine extrême droite- a ses valeurs. Sont-elles toutes

critiquables ? Aux chiottes le manichéisme : non. L’attitude de politiciens de gauche

dénigrant systématiquement les valeurs de la droite française est ridicule. L’ordre, le

respect des lois, l’affirmation que dans les Droits de l’Homme la notion de devoirs est

trop souvent occultée, le travail, le goût pour un travail, le plaisir que l’on éprouve à

l’exercer, sont des valeurs sociales. Souligner que la famille est une chose extraordinaire,

que les liens qu’elle crée entre ses membres sont naturels et prodigieux est-il

critiquable ? Dire que la patrie, lorsqu’elle est menacée, attaquée, occupée, mérite que

l’on risque sa vie pour elle est-il condamnable ? Dans un autre domaine il est logique de

déclarer l’utilité de l’industriel, celui qui est à l’origine d’une entreprise qui invente et

produit. Il est logique de déclarer que cet industriel est plus estimable que le casseur, le

carotteur social et le parasite. Je connais dans la société française, j’ai des amis très chers

parmi eux, des gens de droite –certains sont de fervents catholiques- qui sont d’une

intransigeance et d’une honnêteté scrupuleuses. Tous les gens de droite ne sont pas des

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exploiteurs avides de possession, d’argent, de pouvoir. Tous les gens de droite ne

recherchent pas l’amitié des financiers, n’affichent pas ostensiblement leur désir de luxe,

ne recherchent pas les loisirs onéreux. Leurs agissements, leur foi, ne sont pas toujours

inspirés par le démagogique et l’électoral, ou par les valeurs qui s’exprimaient, au temps

de l’occupation allemandes, au temps du maréchal Pétain, au temps du Travail Famille

Patrie de sinistre mémoire.

Mais il y a, à mes yeux, deux droites détestables. La première est celle qui place audessus

de toutes les valeurs, de toutes les motivations, comme signe de réussite, la

possession qui suit une courbe exponentielle. Celle qui trouve admissible que l’argent

rapporte de l’argent. Celle qui place l’actionnaire au-dessus de l’Homme qui produit

Celle qui cautionne et protège les privilégiés de la société d’aujourd’hui : bénéficiaires

de gros héritages, de fortunes immorales, bénéficiaires de stock-options, personnes ayant

le goût du luxe et du clinquant... Bref tout le malsain qui est dans le mot capitalisme. La

deuxième est la droite qui, sur fond de racisme, fonde toute sa politique sur la

xénophobie, la haine de l’émigré et utilise pour cela des méthodes, des mots et des

procédés inadmissibles à l’Homme de cœur, à l’Homme qui place au-dessus de tout la

nécessité de la compassion religieuse, de la simple générosité humaine.

Il faut quand même préciser qu’il y a dans la droite une absence d’hypocrisie qui, hélas,

ne se trouve pas toujours dans la gauche qui confond discours et agissements.

LES PARTIS DE GAUCHE EN FRANCE

Les églises ont décrit des paradis, les agnostiques, les athées, les gens de gauche ont

souri. Mais ces paradis étaient-ils différents des paradis sur terre promis par eux ?

Des lendemains qui chantent.

A chacun selon ses mérites, à chacun selon ses besoins.

La gauche ! Que signifie être de gauche dans une société où les misérables sont en petit

nombre ? Est-il de gauche celui qui défend des privilèges corporatifs au détriment du

collectif ? Qui défend une classe moyenne qui lutte pour son pouvoir d’achat quand celui

dont elle dispose lui permet de bien vivre et qu’elle possède le nécessaire ? Il y a dans

l’expression : être de gauche, un goût pour la simplicité, le frugal, un refus du toujours

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plus. Sont-ils de gauche ceux qui veulent gouverner la France en appliquant les règles du

capitalisme-mondialisme : l’argent au-dessus de tout. Etaient-ils de gauche ceux qui ont

gouverné la France et n’ont pas été capables de supprimer, ou ont même cautionné, les

malhonnêtetés sociales qui se nomment : corruption, privilèges : retraites démesurées,

salaires indécents, parachutes dorés, stock-options, abus bancaires... ? Sont-ils de gauche

ceux qui, étant au pouvoir, n’ont pas été capables d’expliquer aux jeunes qu’au delà d’un

seuil le désir de possession devenait risible et qu’il fallait lutter contre lui par la dérision.

Dérision : mot énorme. La dérision pour l’argent, pour l’homme riche : quelle chose

facile à inculquer aux enfants. Sont-ils de gauche ceux qui n’ont pas été capables

d’assainir le sport français : X, footballeur, 140.000 euros mensuels ! Un gymnaste sur

ses agrès est bien plus esthétique qu’un type qui court après une balle ronde et qui

lorsqu’il a marqué un but a des gestes incontrôlés de débile mental. Enfin peut-on être un

véritable homme de gauche si on ne considère que les misérables de son pays ?

L’homme de gauche, le véritable homme de gauche, même –surtout- s’il est un nanti

dans sa société, lutte pour les misérables de son pays mais aussi pour les misérables du

Tiers monde. On connaît la triste phrase :

La Corrèze avant le Zambèze.

Les pauvres de la Corrèze avant les pauvres du Zambèze, pourquoi pas, mais les nantis

de la Corrèze avant les misérables du Zambèze, non. D’ailleurs, combien sont-ils les

gens de gauche qui luttent vraiment pour les misérables de leur pays ? Les partis de

gauche pratiquent une politique électorale, le parti socialiste est un parti de pouvoir.

Alain, le philosophe, affirmait que ne pouvait être un parti de gauche celui qui cherche à

gouverner. Les gens de gauche en France ont adopté la société de marché, il en est qui

affirment que seule l’application des théories mondialistes peut améliorer les conditions

de vie des misérables du Tiers monde.

Le mondialisme conduit à diminuer la misère dans les pays émergeants.

Evident mon cher Watson et le capitalisme a été, dans le domaine social, une grande

chose puisqu’il a donné du travail aux ouvriers. Et les guerres sont utiles car elles

participent à limiter le nombre de mécontents dans une société. Sans pudeur ces gens

rajoutent

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Quand la marée monte, elle soulève tous les bateaux.

Ce qui est vrai, elle soulève les yachts, les paquebots de plaisance mais aussi les cargos,

les pétroliers et les barques, toutes les barques. Le problème est que sur les yachts et les

paquebots de plaisance il fait bon vivre dans le luxe et le farniente alors que dans les

machineries des cargos et des pétroliers, le travail est dur et que sur les barques des

hommes ont faim, des hommes ont froid, des hommes souffrent, des enfants meurent.

Jean Daniel du Nouvel Obs., hebdomadaire d’une gauche très parisienne, écrit :

Ce que je veux simplement souligner avec force, c’est que le déplacement des frontières entre la

droite et la gauche est considérable. Mais l’unanimité qui se fait sur un certain humanisme

œcuménique n’empêche nullement que l’opposition demeure entre les valeurs de solidarité à gauche

et les valeurs de compétition à droite.

Déplacement des frontières entre la gauche et la droite, « Mon dieu qu’en termes doux

ces choses là sont dites ! » Humanisme œcuménique, que ces mots sont charmants !

Signifient-ils acceptation de la société de marché et du mondialisme ? Les gens bien

élevés sourient, les mal élevés de mon espèce éclatent de rire et traitent Jean Daniel de

coquin. Valeurs de solidarité ? La gauche l’a montré quand elle était au pouvoir. Ses 35

heures n’ont été utiles qu’aux classes moyennes composées de nantis au regard de la

population du Tiers monde et des véritables misérables en France. Pour que ses membres

disposent de plus de temps pour leurs stupides activités ou leurs inactivités imbéciles,

comme celles qu’ils passent devant leur poste de télévision. Le pauvre, le vrai pauvre,

comme le jeune marié, le smicard, veut améliorer son salaire et pour cela il accepte de

faire de nombreuses heures. De plus, le nombre d’heures de travail est défini par la

quantité de travail à effectuer, il est mobile, il dépend de nombreux facteurs, il est

variable au cours d’une année, des saisons...

La solidarité de la gauche, la gauche au pouvoir l’a montré avec les immigrés, autre type

de misérables : absence de dignité, misère morale... Après 14 ans de gestion du pays le

problème des immigrés est resté posé ! Si une véritable gauche avait fait son travail de

gauche, les immigrés auraient été intégrés, ils ne vivraient plus dans des ghettos, ils

seraient dispersés, éduqués, assimilés. Ce faisant, il y aurait moins de délinquants parmi

eux, et, par conséquences moins de gens de droite et de policiers ayant la phobie de

l’étranger. Démagogie de la gauche : on utilise un vocabulaire qui apaise, hypocrisie de

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la gauche : on fait croire. Application de baumes sur des fractures sociales, ordonnances

préconisant l’usage de placébos ! Tous les gens de gauche de bonne foi le savent : si on

laisse les frontières ouvertes il y aura des tsunamis d’habitants du Tiers monde qui vont

envahir les pays riches. Ils sont trois milliards qui rêvent de l’Occident.

Pour éviter le problème créé par l’immigration il n’y a qu’une solution : élever le

niveau de vie des habitants du Tiers monde.

Quel parti de gauche l’inscrit dans ses priorités ? Les gens de gauche pensent hélas

comme les gens de droite et d’extrême droite :

La France aux Français. La Corrèze avant le Zambèze.

Pauvre Français qui lutte pour son pouvoir d’achat. Non pas pouvoir d’achat du

nécessaire mais pouvoir d’achat du futile, du toujours plus. Répétons : la majorité des

Français sont des bourgeois, des nantis de la terre. Combien de gens de gauche

manifestent, écrivent, défilent pour améliorer les conditions de vie des véritables

misérables en France ? Des habitants du Tiers monde ? La gauche française est une

gauche hypocrite qui se fout de la misère. Ses membres, monsieur Jean Daniel, sont des

râleurs égoïstes, ses membres n’en ont plus. Générosité de la gauche ! Monsieur Jean

Daniel, quel économiste de gauche démontrera que l’argent amassé par les quelques

centaines de milliardaires de la Terre, partagé entre les trois ou quatre milliards de

misérables, conduira à une amélioration momentanée et infime du niveau de vie de ces

pauvres mais que des prélèvements réguliers sur les salaires des membres des classes

moyennes des pays riches conduirait à une amélioration notable du niveau de vie de tous

les pauvres de la Terre. Oui, il faut faire payer le riche, mais le riche aujourd’hui c’est

aussi l’homme des classes moyennes des sociétés occidentales : les cadres, les

enseignants, des ouvriers même.

POLITIQUE ET DERISION

Et si on apprenait qu’en politique la réussite, c'est-à-dire l’équilibre social est contenu dans le seul

mot dérision. Qu’arrivé à un certain seuil de bien être l’honnête homme devait crier : halte !

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L’extrême gauche possède un énorme plus : elle ne défend qu’un faible pourcentage de

la société française. Combien de misérables en France ? Elle ne sera donc jamais un parti

de pouvoir. Quel langage a-t-elle ? Je ne le connais pas. Mais je sais qu’elle éparpille ses

forces. Ridicules clivages français : chacun cuisine sa petite soupe dans son petit coin, ne

veut pas goûter à celle de l’autre, mange la sienne en tournant le dos à son voisin. Il

faudrait pour qu’elle soit crédible et efficace qu’elle s’unisse. Peut-être qu’elle

abandonne ses bibles, ses évangiles, ses vieux discours, qu’elle se regroupe sous un seul

slogan : Défense de tous les misérables : ceux qui vivent en France, ceux qui vivent en

Occident, ceux qui vivent dans le Tiers monde.

DES TREKKEURS AU NEPAL

Il y a des trekkeurs qui ont des opinions de droite, d’autres qui ont des opinions de

gauche, d’autres enfin qui ont des opinions non affirmées, non rigides, flottantes, voire

incertaines. Il y a des trekkeurs qui ne viennent que trekker au Népal. Trekker ! Silence

dans les rangs. Tout le reste leur importe peu. Dès leur arrivée à Katmandu ils se

précipitent dans Thamel puis, au plus vite, ils vont sur les sentiers des zones touristiques,

s’extasiant aux mêmes endroits, poussant des : « Oh ! » et des « Ah ! » qui ne diffèrent

que par leur tonalité. Les « Ah ! » et les « Oh ! » des habitants des grandes villes sont

plus puissants que les « Ah ! » et les « Oh ! » des habitants des campagnes, ils sont

enchaînés, répétés en utilisant, un peu comme le sont les mantras, des sons inaudibles,

graves, aigus, stridents. Les « Oh ! » et les « Ah ! » des Anglo-saxons sont épais,

traînants et vulgaires. Les « Oh ! » et les « Ah ! » des Latins sortent en chantant de leur

de leur gosier. Les « Ah ! » et les « Oh ! » des Germains ont la brève rugosité gutturale

de ceux Qui marchent au pas et n’ont pas de temps à perdre. Tous, chaque soir, espérant

des lendemains épiques, s’entassent dans des lodges, papotent, piaillent, reprennent leurs

« Oh ! » et leurs « Ah !» dont l’intensité va en diminuant jusqu’à ce que le sommeil

finisse par les éteindre.

Certains, avant de sombrer dans l’inconscient rêvent au temps jadis, où (tiré de : Histoire

géographie, CE1, Combes et Mercier. Ed Nathan) :

50

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Autour de la cheminée... Pendant les longues soirées d’hiver, les villageois invitaient parfois leurs

amis à la veillée. On allumait un grand feu dans la cheminée avec de grosses bûches de bois... On ne

s’ennuyait pas pendant la veillée. On se racontait des histoires drôles ou mystérieuses...

C’est avec de tels propos qu’aujourd’hui encore on fait rêver les niais.

Marginaux, de véritables trekkeurs-routards-sacs à dos fuyant la foule existent pourtant.

Ils cherchent le Népal profond, le vrai Népal, ils refusent les régions où sévit un

tourisme intensif. Ceux-là n’ont que faire des lodges-auberges les moins chères, des

bons restaurants pas chers où on est bien reçu. Les guides népalais type Michelin, les

font sourire. Ils couchent sous tente, chez l’habitant. Ce sont des rustiques, des

anachorètes, des types peu intéressants, leur accorder d’autres mots serait perdre du

temps. D’ailleurs, citer tous les types de trekkeurs est impossible il y faudrait un livre.

Pourtant je me dois de parler encore une fois de ceux qui sont chargés de soucis

écologiques. Dans leurs têtes s’entrechoquent les mots : carbone, couche d’ozone,

disparition des neiges éternelles des Himalayas –qui ne le seront bientôt plus- Si on leur

dit : « Ici, au Népal, aux alentours et dans la périphérie des Parcs nationaux, il y a des

tigres qui mangent des enfants, des femmes, des hommes. », ils répondent, évasifs car là

n’est pas leur problème :

- Oui, c’est triste.

Mais leur attitude signifie que pour eux, là n’est pas la question, qu’en réalité ils

pensent :

Il faut bien que tout le monde vive ! Nous sommes six milliards ! Notre espèce est prolifique alors

que le tigre est en voie de disparition.

Je dois aussi parler de ceux qui portent les soucis créés par le non respect des Droits de

l’Homme par certains pays colonisateurs. Colonisateurs-destructeurs de spiritualités

orientales et non-violentes. Si on dit à ceux-là :

Ces sales colons ont quand même fait disparaître un régime théocratique et féodal de la pire espèce.

Ils répliquent, oubliant d’établir un parallèle entre Droits de l’Homme et féodalité :

Les Droits de l’homme sont sacrés, les Chinois ne les respectent pas, les Chinois sont des salauds.

Si on leur dit :

Pendant que les Chinois colonisaient le Tibet, dans les années 1950, nous, Français, nous battions

pour conserver l’Indochine.

Ils se taisent.

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Si on leur dit :

- Le premier des nucléaires à combattre est le nucléaire militaire car il a pour fonction de tuer alors

que le nucléaire civil a pour fonction d’aider l’humanité.

Ils répondent sans temps mort :

- Il faut, au plus vite, supprimer le nucléaire civil.

Faut-il laisser parler ceux qui, émus, observent le Népal misérable, cherchent à

comprennent le Népal politique, le Népal social ? Ils sont si peu nombreux qu’ils doivent

se contenter de ces trois lignes ?

Et bien non ! Je parle en leur nom. Eloigné des foules, peu sensible aux modes, aux

engouements, aux spiritualités-matérialistes, aux soungti-amulettes et aux mani-exvotos,

aux peurs gauloises, je considère que le Népal politique, le Népal social, la misère

du Népal, le Népal des révolutionnaires, le Népal qui sort d’une guerre civile de dix ans,

méritent plus qu’un chapitre.

Et c’est pourquoi j’en suis venu à poser le problème comme le fait le philosophe André

Gorz, qui, dans le Monde diplomatique, s’exprime ainsi :

Il faut poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des

contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes

du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur

environnement, à la nature.

Ridicule logique. La majorité des trekkeurs se révolte et me crie :

- Tu nous emmerdes avec tes citations. Là n’est pas le problème. Nous sommes venus pour visiter le

Népal, pas pour philosopher ni faire de la politique. Le temps est au Népal gnian gnian, vive le Népal

gnian gnian. Ah ! Thamel ! Ah ! Ils sont beaux ! Ah ! Ils sont gentils et toujours souriants ! Ah ! La

non-violence ! Ah ! Le bucolique ! Ah ! Les médecines douces... ! Tu dis : la misère ! N’exagère pas,

il y a des riches dans ce pays ! De plus les maoïstes, lorsqu’ils occupaient les villages, faisaient régner

la terreur, ils faisaient fuir les habitants, ils enrôlaient des enfants soldats... Ils ne respectaient pas

les Droits de l’homme, ils torturaient, ils assassinaient...

Noter que je n’ai jamais entendu, ni lu, qu’ils avaient violé, mais il a été écrit maintes

fois qu’ils enrôlaient de force des jeunes filles : « Ecoutez mon silence ! »

Merveilleux gnian gnian qui a d’ailleurs ses médicaments pour réduire la misère, ils sont

dans les mots :

Développement durable. Trekking équitable. Trekking solidaire.

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Dans le Que sais-je sur l’humour, Robert Escarpit cite George Orwell :

Tous les partis de gauche dans les pays hautement industrialisés sont, au fond, du chiqué, car ils

font profession de lutter contre quelque chose qu’ils ne désirent pas vraiment détruire. Ils ont des

buts internationalistes et en même temps ils luttent pour la conservation d’un niveau de vie avec

lequel ces buts sont incompatibles. Nous vivons tous en exploitant les coolies asiatiques, et ceux qui,

parmi nous, sont « éclairés » disent tous qu’il faut libérer ces coolies ; mais notre niveau de vie et,

par conséquent, notre qualité d’hommes « éclairés » exigent que l’exploitation continue.

Je me laisse encore aller : j’imagine des trekkeurs honnêtes hommes qui sont sortis de

notre vision européocentrique de l’histoire des peuples. Car l’histoire des peuples de la

Terre n’est pas celle de l’Europe, des Amériques colonisées par l’Europe. René Viennet

écrit :

L’histoire du golfe du Tonkin est aussi riche que l’histoire de la Méditerranée et une province

comme le Sichuan (60 millions d’habitants) mérite au moins autant de livres que celle du

Languedoc.

Raisonner, résonner, hors de l’hexagone, voilà une occupation pour des jeunes trekkeurs

en recherche d’enthousiasme. De Duhamel

La France a besoin d’inventer un nouveau projet collectif, de nouvelles ambitions nationales. Ce

serait la meilleure thérapeutique contre l’esprit de doute, la tentation de découragement et les

impasses de la démagogie.

Rêve : des trekkeurs universitaires ou des trekkeurs chercheurs du C.N.R.S. spécialistes

en misères, en politiques, en économies, expliquent à des jeunes le réservoir

d’enthousiasme que contient la lutte contre la pauvreté du Tiers monde. Des

universitaires-trekkeurs ou des chercheurs-trekkeurs écrivent sur les réalités du Népal,

ses problèmes politiques. Ce serait à eux, qui sont en dehors du mercantile, qui sont

dépositaires des valeurs humaines, de contrer le stupide, de lancer des idées, de corriger

les absurdités. Et ce serait dans les milieux universitaires et chez les chercheurs que

devraient être issus les médias spécialisés. Hélas ! De Serge Paugan :

Ils (les universitaires) restent malheureusement trop souvent confinés à une sphère académique

éloignée des débats.

Je l’ai dit, une seule chercheuse du C.N.R.S., à ma connaissance, s’est penchée sur les

problèmes politiques du Népal : Michelle Kergoat. Les universitaires sont quasi-muets

ou quand ils sortent de leur mutisme, trop souvent, ils intellectualisent les problèmes.

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53


Quant aux médias qui s’intéressent au voyage, au trekking, à la montagne, ils continuent

de caresser leur lecteur dans le sens de la mode, du mièvre, du lamentable, de la connerie

Ce qu’ils croient être des cris d’indignation ne sont que des vrombissements hypocrites.

Merde, n’y a-t-il pas chez des trekkeurs, des universitaires, des chercheurs, des

médias, des routards, chez des himalayistes, dans les clubs de montagne, de

marche... autre chose que des néo-culs bénis destructeurs d’egos, des amateurs de

gnian gnian, des gens de droite ?

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TITRE II

SUR LE NEPAL

GEOGRAPHIE PHYSIQUE

UN PETIT, MAIS ETONNANT ET ETRANGE PAYS

- Un pays aplati entre la Chine et l’Inde, puissances de plus de un milliard d’habitants,

toutes les deux en pleine expansion économique, tel se présente le Népal.

- Une minuscule superficie : 147.181 km2 (Belgique : 30.500, Chine : 9.600.000,

France : 549.000, Inde : 3.268.000, Suède : 30.500, Suisse : 41.293). Les dimensions

exactes du pays sont-elles vraiment connues ? Celles indiquées par les différents auteurs

ne correspondent pas. Pour les connaître, peut-on les mesurer sur des cartes ?

Difficilement ! Quelles cartes sont justes ? De plus, les frontières ne sont pas encore

totalement tracées. Acceptons celles que donne Robert Rieffel dans son Que sais-je ?

(édition nov. 1982.). :

- longueur : 880 km.

- dimensions transversales, de : 145 à 190 km.

- Le Népal est découpé horizontalement en six régions transversales visibles sur le

croquis n° 2.

Du sud au nord se succèdent :

- 1 : une zone non uniforme nommée Teraï, Tarai écrivent des journaux anglophones.

Sa longueur à vol d’oiseau est de 880 km et la longueur développée de sa frontière varie,

suivant les auteurs, de 1300 à 1600 km. ( ! ). Dans cette partie, on distingue un Teraï

occidental, un Teraï central et un Teraï oriental. Le Teraï oriental est constitué d’une

vaste plaine dont la largeur varie de 30 à 40 km, son altitude de 50 à 100 mètres. C’est

dans cette plaine que court la frontière avec l’Inde. Frontière sans marques

géographiques caractéristiques. Le Teraï central est une région de collines. La partie

occidentale du Teraï est moins large que la partie orientale. La partie orientale nommée

55

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COUPE TRANSVERSALE DU NEPAL. C.2.

Madesh est peuplée de Madeshi. Le Madesh est la région la plus riche du pays, on la

nomme Le grenier du Népal. La partie occidentale, pauvre, est essentiellement peuplée

de Tharus.

- 2 : des collines Siwaliks ou Churé. Altitude de 914 à 1829 m.

- 3 : des collines Mahabarat. Largeur moyenne : 16 km. Altitude de 1824 à 3048 m.

- 4 : une bande de collines centrales constitue le Moyen pays, parfois nommé Pahad,

les habitants étant nommés Pahadis. Dans ces collines se situent quelques vastes cuvettes

ou de petites plaines : ainsi celles de Katmandu ou de Pokhara. La population dans cette

région est composée de gens de caste, de nombreux membres d’ethnies : les Tribaux ou

Indigenous : Magars, Gurungs, Tamangs, Raïs, Kirats, Magis...

- 5 : les Piémonts himalayens. Terres de hautes altitudes habitées par des populations

de type tibétain nommées Bothe, Bothé ou plus rarement Bothïa (sens péjoratif).

L’altitude des terres habitées varie de 2400 à 5500 mètres.

- 6 : le Grand Himalaya, souvent frontière avec le Tibet.

- 6a : on trouve en quelques endroits une région qui ne bénéficie pas des pluies de la

mousson car les nuages venant du golfe du Bengale sont arrêtés par les hauts sommets

de l’Himalaya. Région semi-désertique, elle est nommée Transhimalaya (plus loin,

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56


derrière l’Himalaya). La frontière avec le Tibet est alors souvent située le long de

sommets secondaires. Ainsi les régions transhimalayennes de la rive gauche du torrent

Marsyangdi, du Mustang, du Dolpo...

Superficie des zones en km2 :

- Haut Himalaya : 25.134.

- Piémonts himalayens : 42.067.

- Moyen pays : 84.000.

- Siwaliks : 18.187.

- Teraï.

- Occidental : 5.694.

- Central collines : 4.143.

- Oriental : 11.962.

- TOTAL : 140.798.

Rappel : ces chiffres varient fortement suivant les auteurs, ce qui est logique puisqu’il

est très difficile de définir géographiquement certaines zones et que les frontières ne sont

pas encore totalement tracées.

- Une caractéristique très importante : le Népal n’a pas d’accès à la mer, toutes les

marchandises dont les combustibles fossiles : Petrol (essence), Fuel (diésel), Matitel

(fuel domestique) transitent par l’Inde (même le charbon vient du nord ouest de ce pays).

Ces produits pénètrent au Népal par le Madesh (Teraï oriental) ce qui donne à cette

région déjà très peuplée, riche et puissante, une force politique considérable. Signalons

tout de suite que l’Inde tire partie de cette dépendance économique du Népal, elle lui

permet d’exercer sur ce pays (en échange, il est vrai, d’une aide conséquente) d’énormes

pressions diplomatiques, économiques, politiques, militaires.

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GEOGRAPHIE HUMAINE

GENERALITES

Caractéristique essentielle : le Népal est un pays misérable. Il n’existe en tant qu’Etat

indépendant que grâce à l’aide du Japon, des pays occidentaux, de l’Inde, de la Chine.

Voir Encadré, chiffres 2009.

AIDES EXTERIEURES.

En millions de dollars, chiffres arrondis.

COMMUNAUTES.

Europe 23

UN 203

ORGANISMES INTERNATIONAUX.

Banque mondiale 688

Asian Bank 685

United Kingdom 258

European Commission 171

PAYS.

Norvège 117

Japon 109

USA 96

Allemagne 89

Finlande 64

Corée 63

Australie 41

Canada 22

France 0,2

L’Inde ne communique pas ses chiffres mais il est évident qu’elle est à placer au premier

rang des donateurs. Quels ont été les montants des aides militaires au gouvernement du

roi Gyanandra en lutte contre les maoïstes pendant la guerre apportées par l’Inde, les

Etats-Unis d’Amérique, l’Angleterre... ? Ces montants sont-ils à classer dans les aides

humanitaires ?

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Les trekkeurs français qui, dès qu’ils sont au Népal ont des attitudes de conquérants

évoluant en pays conquis, devraient se souvenir de la position de la France, cinquième

puissance mondiale, dans les aides au Népal.

Du point de vue humain, le Népal peut, longitudinalement, se découper en cinq régions,

- un Grand ouest : régions de Acham, Jumla...

- un Ouest : région de Rukum...

- un Centre : comprenant la ville de Pokhara...

- une partie Orientale : Katmandu...

- un Grand Est : Ilam, Taplejung...

Ce découpage n’est pas celui que l’on trouve dans la littérature, les médias népalais.

Ceux-ci nomment ouest Népalais ce qui n’est que le Népal central et grand ouest ce qui

est le Népal occidental.

DECOUPAGE LONGITUDINAL. C.3.

- 1. Katmandu.

- 2. Pokhara.

- 3. Jajarkot.

- 4. Jumla.

- 5. Ilam.

- 6. Mahendranagar.

- 7. Nepalganj.

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59


- H1. Biarishi Himal.

- H2. Annapurna Himal.

- H3. Langtang Himal.

- H4. Sagarmatha Himal.

- H5. Kangchenjunga Himal.

Nota : ce découpage ne correspond également pas à celui qui est indiqué sur des documents népalais.

Ces régions sont découpées en 75 départements nommés districts. Pour les villes :

Katmandu est dans la région orientale du pays, Pokhara dans la région centrale, Dankuta,

Taplejung, dans la partie orientale. Pour les montagnes :

- Dharchula et Biaryschi sont dans le Grand ouest,

- Dhaulagiri et Annapurna dans l’Ouest,

- Langtang, Jugal, Rolwaling dans la partie orientale,

- Sagarmatha, Hinku, Makalu, à cheval entre la partie orientale et le Grand est,

- Kangchenjunga, Jannu-Kumbakarna, dans le Grand est.

Malgré un fort mouvement d’exode vers les villes (la population de la cuvette de

Katmandu est passée en 30 ans de 400.000 habitants à peut-être 3 millions d’habitants),

la population : Janajati, est essentiellement rurale. Chiffres officiels, 2002 :

- Population urbaine : 14,20 %.

- Population rurale : 85,80 %.

Si le phénomène de désertification des campagnes débute, il faut noter qu’il ne se

produit pas dans les zones touristiques. En terres de trekking la population est stable ou

s’accroît. Des lieux de pâturages en haute Kali Gandaki, dans le haut Khumbu :

Dingbotché, Peritché... deviennent des bourgades ou de véritables stations de montagne.

Les zones les plus peuplées du Népal sont : le Teraï oriental ou Madesh, le Teraï central,

région de Rupandehi, la cuvette de Katmandu, la plaine de Pokhara.

La répartition de la population serait de :

- Piémonts himalayens : 7, 3 %

- Collines : 44, 3 %

- Teraï : 48, 4 %

La population a été de :

60

60


- 5, 6 millions en 1911.

- 5,57 millions en 1920.

- 5,53 millions en 1930.

- 6, 28 millions en 1941.

- 8,25 millions de 1952 à 1954.

- 9, 41 millions en 1961.

- 11,5 millions en 1971.

- 15 millions en 1981.

- 18,5 millions en 1991.

- 23 millions en 2001.

- 28 millions en 2006.

Le Népal doit compter aujourd’hui (2009-2010) environ 30 millions d’habitants.

Le Népal est essentiellement agricole. Mais cette production est inégale, elle est

négligeable dans les piémonts himalayens, faible dans les collines, intense dans le Teraï.

Le Teraï est bien Le grenier du Népal. Cette région, Teraï du centre-ouest : autour de

Kapilbastu et Rupandem, Teraï de l’est : autour de Danusa et de Jhapal fournirait

l’essentiel du riz consommé par les Népalais.

Les petites et moyennes industries sont concentrées dans le Teraï-Madesh. La grosse

industrie dans le Teraï central, district de Bara, le Teraï oriental, district de Morang.

Mais on trouve aujourd’hui une petite, moyenne et lourde industrie dans la cuvette de

Katmandu.

Le Népal est le pays d’Asie qui consomme le moins d’énergie, il consomme moins que

le Buthan et le Benglha desh !

Le puissant potentiel hydraulique du Népal, c’est bien connu, est très mal exploité. Cela

est dû à l’absence de moyens financiers mais surtout à l’impéritie des gouvernants qui se

sont succédés au cours des siècles à la tête du pays et à la corruption qui a arrêté de

nombreux projets.

61

61


L’industrie du tourisme est la principale source de devises.

En ce qui concerne le religieux, on affirme, quelquefois un peu rapidement -on a

tendance à oublier les nombreux musulmans et leurs mosquées- que les populations :

- des plaines du Teraï sont hindouistes. Il y a de fait, en terres Madesh, une forte

présence de membres de la caste des brahmanes-prêtres, ceux qui sont nommés Bahuns

dans le Népal intérieur.

- des zones de collines qui abritent ceux que l’on nomme les membres d’ethnies ou

Pahadis ou Tribaux-Indigenous pratiquent des religions mixtes composées d’un mélange

à taux variable d’hindouisme, de bouddhisme, de chamanisme.

- des piémonts himalayens, les Bothe (Bothé, Bothïa, Bothyias), pratiquent un des

bouddhismes tibétains fortement imprégné de religion Bön (boen) ancienne religion

tibétaine encore présente dans certaines régions) peu riche en pratiques tantriques. Les

bouddhismes dans différentes régions seraient :

- région Khumbu, pays des Sherpas : bouddhisme Nïngmapa.

- région de Manang : bouddhisme Karmapa.

- région du Dolpo : bouddhisme Bon-Po (contient le mot po ou pa qui signifie

peuple. Bon-po indique que les coutumes et les pratiques de l’ancienne religion bon sont

très fortes et dominent celles du bouddhisme.).

- région du Mustang : bouddhisme Sakyapa.

SUR LES HOMMES

LE NEPAL EST UN PAYS PAUVRE

Il ne faut pas se lasser de répéter que le Népal est un pays pauvre, qu’il reste le pays le

plus pauvre de l’Asie. Qu’au classement sur dix des pays pauvres de la terre il occupe

une des premières places. Les organismes officiels indiquent un revenu par habitant de

l’ordre de 240 dollars par an, soit, valeur octobre 2009 : 18.069 roupies. Ce qui

correspond mensuellement à : 1506 roupies. J’ai proposé ailleurs, qui n’a aucune valeur

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officielle mais qui permet des évaluations, des comparaisons, une sorte de smic népalais

qui oscille (2005) entre : 3000 à 5000 roupies par mois. Ce smic n’est perçu que dans les

villes. Dans ces villes un coolie qui est payé 200 roupies par jour, qui travaille 25 jours

par mois gagne 5000 roupies ! Mais des membres du parlement de l’United Kingdom en

visite politique au Népal fin octobre 2009 ont rappelé que le revenu de 31 % de la

population, soit environ dix millions de Népalais vit avec un dollar par jour soit moins

de 80 roupies ! 80 roupies par 25 jours = 2000 roupies par mois !

La presse anglophone népalaise (politisée) indique parfois un accroissement du revenu

de la population du Népal (25 % lit-on parfois !). Si cela est exact (quels sont les moyens

d’investigation du gouvernement ?) elle oublie de mentionner que cet accroissement est

lié à l’enrichissement d’une petite fraction de la population (celle des habitants de

quelques villes, des régions de tourisme), mais que le revenu de la majorité de la

population ne change pas. Aucun organisme, à ma connaissance, ne parle de misère

relative, ne donne le revenu par tranches de population, par zones d’habitats. Il en

découle que le touriste qui évolue dans les zones riches du Népal n’a pas une juste idée

de ce qu’est la misère dans ce pays. Nombreux sont les paysans du Népal qui vivent

encore en presque totale autarcie. Par ailleurs les chiffres indiqués ne sont pas reliés au

coût des aliments, de l’habillement et du logement, seules dépenses qu’effectue le

pauvre. Acceptons cependant ces chiffres qui constituent un signe de misère extrême que

je définis comme le minimum permettant à un individu de simplement mal survivre. Un

tel individu ne doit pas prétendre à une alimentation équilibrée, à une alimentation

suffisante, à un logement sain, à de véritables soins médicaux, à de l’eau potable, à une

ampoule de 60 W dans la pièce dans laquelle il vit avec sa famille, à un minimum

d’instruction... Quant aux loisirs il a droit à celui de tous les misérables du Tiers monde :

les pratiques de sa religion, l’abus d’alcool, le jeu, aussi, hélas, trop souvent.

Rappelons quelques chiffres ou notations officiels :

- 70 % des Népalais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Seuil de pauvreté notion

floue....

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63


- Pour l’I.D.H., l’indice de Développement Humain, de création récente -voir titre :

Intellectualiser la Misère- qui est une trouvaille de scientifique en recherche

d’innovation mais qui n’apporte rien de plus au chiffre de l’espérance de vie, il occupe la

140 ème place sur les 177 pays pauvres du monde. Soit la 8 ème place sur 10 dans le sens

positif et la 2 ème place sur dix dans le sens négatif.

- L’espérance de vie, qui suffit à elle seule à définir les conditions de misère d’un pays

est de :

- 67 dans la cuvette de Katmandu.

- 46 à 60% partout ailleurs.

Voir au titre Etat du Népal, des valeurs plus précises de ces espérances de vie.

Dans des écoles, les élèves apprennent les chiffres 55 dans les campagnes, 60 dans les

villes.

- 85 % de la population rurale soit environ aujourd’hui 20 millions d’habitants vit sans

eau potable (le pourcentage de maisons qui ont de l’eau, non potable en général, et au

compte goutte en période sèche, est très faible) et sans électricité.

- Les endémies, les épidémies sont classiques.

- Le taux de mortalité des enfants est particulièrement élevé, surtout dans l’ouest du

pays.

Dans ce pays subsistent d’énormes inégalités.

- 10 % de la population dispose de 46 % du revenu national.

- 5 % de la population possède 40 % des terres.

- ...

Il n’existe, à ma connaissance, aucune étude comparative qui indique les niveaux de vie

des habitants des cités, des régions de trekking, et ceux des autres régions.

Le Népal se caractérise par un grand nombre d’ethnies ayant conservé leurs

caractéristiques, leurs coutumes, leurs langues, leur religion. Même il y a deux siècles, la

société française ne devait pas comporter une diversité aussi grande. Il était admis, il y a

seulement quelques années, que le Népal comptait une dizaine d’ethnies, Harka Gurung

en a récemment répertorié 103 utilisant 93 langues différentes ! Les politiques qui –

64

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année 2010, discussions en cours- établissent la carte des fédérations en ont retenus

moins de 70.

NOTE SUR LES RELIGIONS

L’importance de la religion au Népal n’est pas à souligner. Dans la cuvette de Katmandu

on dénombre : 130 lieux saints. 221 temples qui possèdent plusieurs étages, 79 qui n’ont

qu’un seul étage, 21 stupas et Chaitya, 266 Baha-Bahi, 44 Shikharas...

LE NEPAL EST UN PAYS HINDOU

Si l’on veut comprendre le Népal, il faut toujours garder en tête que :

- ce pays est un pays hindouiste à près de 90 %.

- l’hindouisme a été longtemps officiellement religion d’état, qu’il l’est encore aujourd’hui (2010)

dans les faits.

- les Bahuns-Brahmanes constituant la plus haute caste sont les prêtres de l’hindouisme. On sait

l’importance du clergé dans des populations analphabètes, superstitieuses, crédules. Ces Bahuns

occupent de plus les postes de la haute administration.

- les Chétris, constituent la deuxième haute caste, mais cette caste est celle des rois. Elle est

également hindouiste. Elle occupe les hauts grades de l’armée népalaise et de la police. Ses cadres

sont de ce fait fortement royalistes.

Les religions se répartissent ainsi :

-Hindouistes : très nombreux dans l’Ouest (95%), le sud et le centre (80 à 95%), moins

nombreux dans le centre nord et le Nord est (en dessous de 50%).

- Bouddhistes : grande densité dans les piémonts himalayens et la cuvette de

Katmandu, nombreux dans le centre et le centre nord, très nombreux dans le nord est.

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ETHNIES ET RELIGIONS. C.4.

REPARTITION GEOGRAPHIQUE DE QUELQUES ETHNIES OU GROUPES

IMPORTANTS. COMMENTAIRES.

on remarque que :

- la frange nord du Népal A est peuplée de peuplades mongoloïdes bouddhistes nommées : Bothe

Bothé, Bothïa, Bothyia. Sur leurs terres poussent l’orge, le sarrasin, la pomme de terre.

- la tranche médiane est peuplée de gens de caste hindouistes et de Tribaux-Indigenous pratiquant

des religions mixtes. La culture principale dans ces régions est le maïs. La tranche occidentale de la

partie médiane est peuplée de gens de caste, puis en allant vers l’est, de Magars, de Gurungs, de

Tamangs. Les Newars se concentrent dans la cuvette de Katmandu mais on en trouve dans d’autres

régions, par exemple dans le village de Kantipur au sud de la route Katmandu Pokhara entre les

bourgs de Mowglin et de Dumré (lieu de départ pour le tour des Annapurnas). Dans la partie

orientale de cette zone médiane se concentrent les Kirat : Raïs et Limbus.

- la tranche méridionale orientale est surtout peuplée de Népalo-Indiens. Cette région, la plus riche

(agriculture et industries) est aussi la plus peuplée : plus de 41% de la population. On l’appelle Le

grenier à riz du Népal.

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66


RELIGIONS, POURCENTAGES

- Hindous : 80, 62 %

- Bouddhistes : 10,74 %

- Islamistes : 4, 20 %

- Kirant : 3, 60 %

- Chrétiens : 0, 45 %

- Autres : 0,39 %

Ces pourcentages comportent une large part d’incertitude, ils sont faussés par le

syncrétisme créateur de religions mixtes. Le phénomène d’hindouisation étant le plus

accentué. Ainsi un pur bouddhisme des régions septentrionales se teinte d’hindouisme au

fur et à mesure qu’il descend vers le sud. De plus, dans les populations qui sont classées

bouddhistes, combien de bouddhismes tibétain mahayana qui sont plus proches de la

religion Bön que du bouddhisme primitif-Théradéva, celui qui a été prêché par Buddha ?

Où sont à classer les Newars qui, fréquentant Swayambunath, tournent d’abord autour

du stupa bouddhique, puis vont prier dans les temples hindouistes qui l’entourent ? Et les

Tamangs dont certains accordent plus d’importance à l’hindouisme ou au bouddhisme

suivant la région où ils résident ?

LES HAUTES CASTES

BAHUNS ET CHETRIS

Les Bahuns et les Chétris, membres des deux castes supérieures, sont en général des

Aryens Népalo-Indiens.

- Les Bahuns du Népal central, répétons-le, sont nommés brahmanes en Inde et dans le

Teraï. Autres appellations Brahmes, Brahmins, Brahmines ou Brahmanis au féminin.

D’origine caucasoïde ils sont l’objet de moqueries des Tribaux qui les nomment : Bagé

les Vieux) ou Pindé (nom de la mèche de cheveux qu’ils gardent sur le crâne quand ils

sont rasés pour assister à quelques cérémonies. Les résidents occidentaux, eux, les

nommant : Lamo nak ou Toulo nak (longs nez ou gros nez).

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- Les Chétris, deuxième caste supérieure, se nomment aussi Ksatrïas (orthographes

variées) ou Rajpout. Il est banal qu’un Chétri fasse suivre son nom des initiales K.C. -K.

pour Ksatrïa, C. pour Chétri-.

Les gens de caste ne constituent pas une ethnie. Ces aryens ou pseudo-aryens mais

toujours hindouistes se nomment : les deux fois nés : ils sont nés :

- le jour de leur naissance.

- puis, un an après ce jour, quand on leur remet autour du buste le cordon sacré attestant

leur condition.

Les castes correspondent à des divisions sociales et sont d’origine védique. Le védisme

étant plus ancien que le brahmanisme. Dans les Rig-védas (ou védas), textes du védisme,

un portrait de la société prenant l’homme comme modèle précise :

Sa bouche est le brahmane, le guerrier (Chétri) est dans les bras, ses cuisses sont l’artisan, ses pieds

sont les serviteurs.

Ce qui peut se traduire par :

- le brahmane domine tout, c’est lui qui a la parole. Ah ! L’importance de la parole,

aujourd’hui encore, du verbe, de la phrase, pour le brahmane, partout au Népal

- le guerrier-Chétri vient ensuite. Il est là pour protéger le brahmane.

Suivent les membres des castes ordinaires et inférieures :

- l’artisan, le paysan sont ceux qui travaillent, qui produisent. Ils sont là pour nourrir

les deux classes supérieures composées des brahmanes et des Chétri.

- les classes inférieures ne sont que des serviteurs.

- sous les classes inférieures sont les intouchables, les Parias, les Dalits, les Kamalaris :

des sous-hommes !

Voici la classification établie par Jean Denis dans son livre : Les religions du Népal.:

La première caste est celle des brahmanes (Bahuns)... Elle comprend l’ensemble des familles qui ont

pour fonction sociale essentielle d’une part d’étudier les védas, d’en garder la pureté et de les

transmettre, d’autre part de sacrifier (des animaux) pour autrui... Le brahmane est donc un homme

d’études et un homme qui a la parole sacrée...

La deuxième caste est celle des Ksatrïas (Chétri), Ksatrïas signifie : pouvoir politique. C’est la classe

des rois, princes, chefs et guerriers. Elle comporte un pouvoir différent de celui des brahmanes, et

ces deux pouvoirs s’équilibreront et s’uniront à la tête de l’organisation socioreligieuse aryenne

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Souligné par moi (celle établie par les Aryens envahisseurs de l’Inde). Cependant des conflits

pourront naître entre-eux...

La troisième caste, celle des Vaïshias... regroupe, agriculteurs, commerçants et une partie des

artisans...

La quatrième caste (celle des intouchables) regroupe les artisans exerçant des travaux impurs... et

les aborigènes colonisés.

L’écrivain Henri Michaud n’est pas tendre avec la classe des brahmanes indiens qu’il

nomme brahmes :

Dès qu’on les voit arriver avec leur fameux cordon sur le ventre, on les interroge, on met leur

inénarrable bêtise à l’épreuve... Ah ! ils peuvent se vanter, les Brahmes, d’avoir fait du beau travail.

Pendant plus de deux mille ans, ils sont arrivés à abaisser, à avilir deux cent cinquante millions

d’hommes (Henri Michaud écrirait aujourd’hui un milliard d’hommes.)... Maintenant la situation

change. Jaloux, souvent ignorants, cent fois moins représentatifs de la vrai Inde que de simples

tisserands ou des membres des classes moyennes ou inférieures, les Brahmes commencent à voir

ceux-ci faire front contre eux...

Les brahmes indiens ont changé, la société indienne aussi, mais l’Inde est toujours

dirigée par des gens de caste.

Sur : Les conflits qui naissent entre les deux castes supérieures, nous donnerons

quelques exemples dans la suite du texte. En ce qui concerne les professions impures,

entre un artisanat noble et un artisanat interdit aux gens de caste, je cite toujours la

différence qui existe entre le métier de forgeron réservé à des intouchables et le métier

de serrurier qui construit des ouvrages métalliques : des grilles, des portails, des travaux

de charpentes... On voit de nos jours, de nombreux Chétri exercer cette profession.

Le Mahabharata est un texte (180.000 vers) qui raconte les épiques combats que se

livrèrent les Aryens lors de la conquête de l’Inde. Pour comprendre les relations

complexes dont celle de vassalité qui existent entre Chétri et Bahuns, vassalité toujours

remise en cause dans la société népalaise actuelle, il faut lire les commentaires sur cette

œuvre écrits par Madeleine Biardeau, édition Flammarion, et parcourir quelques extraits

de ce livre gigantesque.

De Madeleine Biardeau :

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Les textes mettent en vedette... les brâhmanes prêtres du sacrifice et les ksatriyas


CASTES, RICHESSE ET POUVOIR

Il y a des différences à l’intérieur des deux hautes castes. Il y a d’abord, des riches et des pauvres. A

l’image de notre noblesse du XVIII ème siècle, il y a des gens de caste de cour, ceux qui gravitent

autour du roi et du gouvernement et ceux qui en sont éloignés. Les Bahuns sont les prêtres de

l’hindouisme, ils occupent les hauts postes dans la haute administration, plus rarement dans la

diplomatie, dans l’armée. Les Chétri dirigent les états-majors de l’armée et de la police (on y trouve

aussi des Ranas : voir ci-après), ils sont nombreux dans la diplomatie... Mais ce sont les Bahuns qui,

depuis des siècles, dirigent le pays. Ce sont eux qui ont parfois tenu tête aux rois, se sont opposés à

certaines de leurs décisions, en ont fait s’enliser d’autres.

Un repas réunit chez nous le Président de la Népal Mountaineering Association, les deux vice-

présidents et le secrétaire général de cette association : un membre de la famille royale. Au cours de

la conversation qui s’est orientée vers les problèmes politiques, un des Vice-présidents, un

courageux Tamang, jette au neveu du roi :

- Il n’y a pas que vous qui êtes Népalais, nous aussi nous le sommes.

Réponse gênée du membre de la famille royale qui explique que la vieille compétition, les vieilles

rancunes entre Bahuns et Chétri sont toujours vivaces. Il insiste :

Bien que présents autour du roi, nous (les Chétri) ne faisons pas toujours ce que nous voulons. »

Et attention, répétons que tous les gens de caste ne sont pas riches, puissants, certains vivent

chichement, en ville, dans les campagnes.

Cependant même ceux-là ne se considèrent pas comme les égaux des Tribaux, ils sont instruits,

prêtres... et, quand nécessaire, ils sont défendus par la police et l’armée.

Mais, comme indiqué, ces gens de caste se sont aussi imposés par le verbe. Le Bahuns

est toujours celui qui devant un groupe prend la parole. Il est Celui qui parle, qui décide

du bien et du mal, des choses à faire, des décisions à prendre. Encore aujourd’hui. Voici

quelques exemples :

- En ramenant mon fils de l’école en moto, nous avons un accident. Deux gamins sur un

vélo tournent brusquement à droite sans prévenir, la roue avant de ma moto touche leur

vélo, ils tombent. Pas de mal. Attroupement, les spectateurs observent silencieux. Ils ne

sont que curieux, ils n’ont pas pouvoir de porter un jugement. Survient un Bahuns. Il

observe, il tranche : « Le sahib n’est pas fautif. » Tous approuvent.

- Des représentants d’une école que nous allons améliorer passent nous voir. Il y a parmi

eux des Tribaux : le directeur et deux professeurs principaux, et un représentant du

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village : un Bahuns. C’est le Bahuns qui prend la parole, expose, explique. Le directeur,

les professeurs, bien plus compétents se taisent... C’est logique, c’est ainsi !

- En voici un cent fois vécus. Je suis dans une administration avec Dawa Yangzi ma

femme sherpani, quasi-illettrée qui ne possède qu’un népali sommaire. Elle questionne

le fonctionnaire. Celui-ci a tout de suite vu à qui il avait affaire : le faciès, le vocabulaire,

l’attitude soumise, le costume si, ce jour là, elle est habillée en sherpani. Il répond après

un long silence en utilisant des mots difficiles ou issus du vocabulaire administratif.

Dawa Yangzi ne comprend évidemment rien. Elle reste immobile, indécise sur ce qu’elle

doit faire. Le fonctionnaire ne la regarde plus. Il marque son mépris pour une Tribale

illettrée et bouddhiste ou il attend le bakchich.

BASSES CASTES

Sous les classes dominantes on trouve la classe des Vaishyas, celle des commerçants,

des paysans, des artisans, sous ces Vaishyas se situe la classe des serviteurs. Enfin au bas

de la société sont les intouchables, les Sarkis tanneurs cordonniers, les Damaïs couturiers

chanteurs, les Kamis forgerons (non les serruriers), les Gaïnés chanteurs, ménestrels

mendiants. Bien qu’elle soit moins respectée qu’en Inde cette stratification sociale existe

au Népal.

Les Bothes (dont les Sherpas) sont évidemment considérés comme des gens de basse

classe. Pour les gens de caste ce ne sont que des Matoualis (matwalis), des buveurs

d’alcool, des rustres... Je rappelle les réticences de la femme de mon officier de liaison

Bahuns occupant un poste élevé dans l’administration quand son mari nous invitait chez

lui avec Dawa Yangzi, ma femme sherpani. Combien de fois devait-elle laver les

couverts après son départ pour les purifier !

Les Bothes n’ont pas adopté le système de caste, pourtant chez certains Sherpas la

classification clanique reste importante. Une Sherpani appartenant à un vieux clan à son

gendre d’un clan inférieur, lui jette :

Tu n’es que du clan X.

Une autre Sherpani à un petit fils de Tibétain :

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Tu es venu ici sans rien dans les mains.

Les castes n’existent pas en terres Bothes, pourtant les Sherpas ont leurs Khamendeus :

Ceux qui n’ont pas la bonne bouche, qui ne peuvent pas manger et boire dans les mêmes

récipients qu’un véritable sherpa.

TRIBAUX

LES NEWARS

Les premiers habitants qui, pense-t-on, ont occupé la cuvette de Katmandu. C’est dans

cette cuvette qu’ils sont encore aujourd’hui les plus nombreux. Mais on en trouve un peu

partout disséminés ou en colonies dans le pays. Ainsi dans la belle ville de Kantipur

située au-dessus de la route qui rejoint Katmandu à Pokhara au niveau de Dumré. Les

Newars sont bien connus, de nombreux chercheurs se sont intéressés à eux, Gérard

Toffin du C.N.R.S. en particulier leur a consacré une importante monographie. Le

portrait qu’en dessine Sylvain Lévi bien qu’un peu exagéré et caricatural mérite d’être

reproduit :

La peuplade des Newars qui prenait possession du Népal appartenait à une race d’hommes que la

nature a marquée d’une empreinte vigoureuse. Accoutumés à des altitudes qu’on croirait

impraticables, exposés aux rigueurs glaciales d’un long hiver (ils viennent du nord), mais fouettés par

une bise vivifiante, ragaillardis par un été souriant (celui de la mousson ?) éloignés du commerce du

monde, bornés dans leur horizon comme dans leurs ambitions, associant les jouissances de la vie

nomade aux plaisirs rustiques de la vie sédentaire, ces bergers d’une Arcadie démesurée mêlent la

douceur à la barbarie, l’églogue (le poétique) à la férocité ; le rire sonore et large, la gaieté franche et

joviale, ils s’amusent comme des enfants, rêvent comme des sages, et frappent comme des brutes.

Lorsque le roi guerrier Prithvi Shah, écrasant les rois newars, étendit son pouvoir à la

cuvette de Katmandu, les Bahuns et les Chétri prirent le pouvoir, ils écartèrent les

Newars. La perte du pouvoir fut dure pour ces derniers qui avaient façonné les lieux.

Aujourd’hui les rancunes ne sont pas apaisées, la haine est vivace. Sauf pour les Newars

qui ont été intégrés dans la culture hindouiste. Certains ont même réussi à s’infiltrer et à

occuper des places dans la haute administration et dans la politique conservatrice.

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Les Newars reprochent aux rois Shah, aux Bahuns, aux Chétri, leur absence de culture,

de sens artistique, de goût de la création, de goût pour le simple travail aussi. Les gens

de caste jugent que tout travail est indigne d’eux.

Une littérature, une poésie newar existe. Les Newars revendiquent parfois la

reconnaissance de leur langue, le newari. Ils auraient aussi aimé conserver leur

calendrier Népal-Sembat que les gens de caste ont remplacé par le leur, le Bikram-

Sembat. On doit à l’art newar, la richesse et l’originalité des palais, des temples, des

sculptures du Népal.

Il faut toutefois ternir un peu ce tableau en indiquant que le Newar a souvent conscience

de sa valeur et qu’il manifeste parfois un certain mépris pour les lois de la démocratie et

les ethnies tribales. Une femme newar méprisante parle de son mari Tamang :

- Pfu ! C’est un Bothe !

Aux yeux des gens des hautes classes, le Newar reste un tribal.

Un récit :

Années de guerre civile. Couvre-feu, un jeune Newar rentre chez lui, il est en retard, il

est arrêté par une patrouille de policiers et conduit au poste. Un policier le frappe dans le

ventre :

Sale Newar, tu te crois tout permis...

A l’image des gens de caste, et ce n’est pas un signe de maturité sociale, les Newars ont

façonné leur système de castes. On trouve parmi eux, les Shrestha, les Shudha, les

Dongol...

Dans le domaine du religieux, le syncrétisme dont les Newars ont fait preuve est

remarquable. Les Newars ont adopté une religion composée d’un mélange (à parts

variables d’ailleurs) de croyances hindouistes et bouddhistes. On voit des Newars choisir

pour prêtres des Bahuns alors que d’autres vont voir le lama. Le stupa Swayambunath,

entouré de temples hindous, est représentatif du monument religieux fréquenté par les

Newars.

Au vu de tout cela, on peut se demander ce que serait devenu le Népal si ce peuple

inventif, créatif et courageux, avait dirigé le pays. Une évidence, il ne serait pas dans

l’état où il est aujourd’hui.

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ETHNIES DES PLAINES. THARUS et MADESHIS INDO-

NEPALAIS

La plaine du Teraï occupe la partie méridionale du pays. Dans la partie occidentale les

reliefs sont plus nombreux que dans la partie orientale. Les populations des parties

occidentales et orientales sont différentes. La partie occidentale, la plus pauvre, est

surtout peuplée de :

- Tharus, membres d’une ethnie que les spécialistes supposent être d’origine nordique.

Ces Tharus sont pauvres, ils sont agriculteurs-éleveurs.

- Magis (Madgis) peuple chasseur, pêcheur, bateliers.

Les habitants de la partie orientale, nommée Madesh, sont nommés Madeshis. Ces

Madeshis, sont d’origine indienne. Les Népalais les nomment d’ailleurs des Indians. Ils

sont reconnaissables à leurs vêtements : jupes, à leurs visages ronds, très bronzés,

cuivrés. Rappelons que le Teraï oriental, le Madesh, est la région la plus peuplée et la

plus riche du Népal. Les Madeshis sont hindouistes. Nous avons dit qu’ils possédaient

leurs gens de haute caste qu’ils nomment brahmanes comme les Indiens (parmi eux

nombreux sont ceux qui se nomment Yadav), alors qu’ils nomment leurs Chétri rajput.

Disséminés tout le long de la plaine du Teraï vivent aussi des colonies de musulmans et

des membres d’autres ethnies.

Evidemment, nombreux sont les Madeshis qui ont des idées de droite. Les premiers

Président et Vice Président de la République du Népal sont des Madeshis, ils sont du

parti défenseur des hautes castes Népali Congres. Les Tharus, eux, sont réputés avoir des

idées de gauche ou d’extrême gauche. Un des problèmes politiques qu’aura à résoudre le

Népal dans l’avenir sera l’intégration du Madesh riche région plus ouverte sur l’Inde

que sur les collines, au reste du pays.

LES KIRAT : LIMBUS ET RAÏS

Dans l’extrême est du pays vivent des Kirat (ou Kirantis) qui se divisent en deux

groupes importants : les Raïs et les Limbus. Ils présentent une caractéristique commune :

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ils sont restés très critiques, réticents et même souvent farouchement opposés au pouvoir

des Shah.

PAHADIS OU INDIGENOUS...

Ils se distinguent des membres des ethnies nordiques : les Bothes. Bien qu’ils aient la

même origine qu’eux. Ils se différencient aussi et évidemment s’opposent, aux gens de

caste. Ils sont parfois nommés Pahadis car ils sont très nombreux à habiter les collines

du Moyen pays, les Pahads. Ce sont des personnes de type mongoloïde souvent atténué

de nos jours par le métissage. Ils sont venus du Tibet en des temps plus ou moins

anciens. Ils pratiquent différentes religions. Ils sont soit chamanistes soit bouddhistes

soit ils pratiquent une religion mixte. Les plus hindouisés étant franchement hindouistes.

Ainsi, ils consultent soit le chamane, soit le lama, soit le Bahuns. Ces ethnies sont très

nombreuses, parmi eux on distingue :

LES MAGARS

Ils seraient les premiers tribaux mongoloïdes à s’être installés au Népal après les

Newars. Ils sont en grand nombre à l’ouest de la ville de Pokhara. Ce sont les plus

hindouisés des tribaux. Nombreux parmi eux sont ceux qui se sont croisés avec les Khas

envahisseurs caucasoïdes venus de l’Ouest.

LES GURUNGS

Ils seraient arrivés au Népal vers le milieu du XIIIème siècle. Ils sont nombreux autour

de la ville de Gorkha, de Gandrung. Les Gurungs se distinguent physiquement des

membres des autres ethnies par leur morphologie puissante. Ils sont agriculteurs,

éleveurs. Mais un grand nombre d’entre-eux –le roi guerrier Prithvi avait son palais

dans la ville de Gorkha- a choisi le métier des armes. Sous le nom de Gurkhas (gurka),

ils sont nombreux dans les armées indienne, anglaise... Ces derniers constituent une

classe favorisée. De nombreux fils ou filles de ces Gurkhas ont pu faire de sérieuses

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études et même parfois des études à l’étranger, certains exercent des professions

libérales... Religion mixte.

LES TAMANGS

Venus au Népal après les Gurungs, vers le XIVème siècle, ils se sont installés

préférentiellement dans les collines autour de Katmandu. Professions : agriculteurs,

artisans, pasteurs. Ils pratiquent une religion animiste et ont leurs propres chamanes, les

Jankris. On trouve néanmoins parmi eux des hindouistes (syncrétisme) et même des

catholiques. En adoptant notre religion ils perdent leur état de Tribaux, de membres de

classes inférieures.

ETHNIES DES PIEMONTS HIMALAYENS

Sauf ceux qui possèdent un nom comme les membres de l’ethnie sherpa ou les

Manangais qui le refusent, ils ont tous, comme patronyme, le mot Bothe ou Bothé

(rarement Bothïa). Leurs régions d’habitat sont parmi les plus visitées par les trekkeurs.

Ils parlent des dialectes issus du tibéto-birman. Ils possèdent des traits nettement

mongoloïdes. Ils portent encore, au moins les jours de fête, des vêtements presque

identiques : robe-ingui, tabliers-mati droits ou en triangle (devant ou derrière, devant et

derrière suivant les groupes), coiffures schrinkinkop pour les femmes, robes chuba pour

les hommes...

Ces ethnies sont de culture tibétaine et pratiquent un des bouddhismes mahayana plus ou

moins fortement teinté de chamanisme bön. Leur bouddhisme est nettement différent du

bouddhisme primitif prêché par Buddha mais aussi de celui du Dalaï Lama, le

bouddhisme de la vertu, celui des Gélugpa, dans lequel l’influence tantrique est forte.

Citons les principales tribus qui sont connues des trekkeurs et des himalayistes :

- LES SHERPAS.

Tribu la plus connue des touristes. Bouddhistes Nïngmapa. Ils sont localisés dans

plusieurs régions :

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- Le Khumbu, région située au pied du pic Sagarmatha. Ce sont eux qui ont

le plus fortement conservé leurs coutumes.

- Le Pharak, bande de terre qui s’étend le long du torrent Dudh Koshi entre

Lukla et Jorsalé, hameau situé au pied de la côte raide qui conduit à Namché Bazar.

- Le massif Hinku-Honku qui est à l’est du Pharak et au sud du Khumbu.

- Le Solu, région au sud du Khumbu située au nord-est de Katmandu. C’est

là qu’ils sont le plus nombreux. Mais ils partagent cette terre avec des membres d’autres

ethnies, des Raïs par exemple.

- La vallée du Rolwaling, à l’Ouest du Khumbu.

- Les vallons situés sous le pic Makalu.

- Dans et autour de la bourgade de Taplejung dans l’est du Népal sous le pic

Kangchenjunga.

- Le Langtang, bien que dans cette région il ne faut pas les confondre avec

des Sherpas-Tamangs.

- L’Hélambu, au nord-est de Katmandu. Ces derniers étant très

dissemblables des autres. Leur langage même est différent alors que celui des Sherpas

des autres régions ne se différencie que par l’accent.

- Dans la cuvette de Katmandu, très forte concentration autour de Bodnath.

- Et un peu partout aujourd’hui dans les régions touristiques : autour de

Pokhara...

LES MANANGAIS, MANANGIS OU MANANG-PA

Qui n’aiment pas être nommés Bothe. Ils vivent le long du haut torrent Marsyangdi, au

nord du massif des Annapurnas. Commerçants, spécialistes de l’importation de l’or et de

pierres précieuses tibétaines, ils sont bénéficiaires du tourisme puisqu’ils habitent une

des premières régions fréquentées par les trekkeurs. Ethnie riche, ce sont les Manangais

qui auraient financé les récents travaux et les énormes statues autour du stupa de

Swayambunath. Ils pratiquent un des premiers bouddhismes mahayana tibétain : le

bouddhisme karmapa.

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LES LARKIAS-PA, LES DOL-PO, LES MUSTANGS-PA...

Ces groupes sont situés dans les Transhimalayas népalais situés derrière les massifs du

Manaslu, des Annapurnas, du Dhaulagiri. Mais on en trouve aussi dans les régions du

Népal oriental, celles quasi inconnues des touristes Umbach Himal, hautes vallées des

torrents Arun et Tamur... Religion mixte : mélange de bon et de bouddhisme.

LES TAKALIS

Ils vivent dans la Haute vallée du torrent Kali Gandaki sous la bourgade de Jomossom.

Commerçants avisés.

LES KAM-PAS, KHAM-PAS.

De Kham, province tibétaine orientale et pas : peuple. Rappelons que les Sherpas sont

d’anciens Khampas. Des migrations tibétaines au Népal se sont produites au cours des

siècles dans les piémonts himalayens népalais. La dernière est celle des guerriers qui,

après 1950, ont pris les armes contre l’envahisseur chinois. Tous ces immigrés de date

récente sont appelés Kampas. Ils sont souvent méprisés par les habitants des lieux mais

ce mépris disparaît dès qu’ils se sont enrichis.

POPULATION DU NEPAL, POURCENTAGES

- Chétri : 15,80 %.

- Bahuns : 12,74 %.

- Magars : 7,14 %.

- Tharus : 6,75 %.

- Newars : 5,48 %.

- Tamangs : 5, 64 %.

- Kamis : 3,94 %.

- Yadav : 3,94 %.

- Musulmans : 4, 27 %.

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- Raï : 2,79 %.

- Gurung : 2,39 %

- Damaï : 1,72 %

- Limbus : 1,58 %.

- Sarki : 1,40 %.

- Autres : 24,42 %

VILLES ET CAMPAGNES

LE TOURISME A MODIFIE LE NEPAL

En schématisant, on trouve aujourd’hui :

- un Népal profond, inchangé, celui des paysans restés pauvres, des personnes illettrées ou de peu de

savoir qui n’ont aucun moyen d’information, qui sont incapables de comprendre les speakers de la

radio et de la télévision, de lire un journal. Pour comprendre un speaker, pour lire un journal,

jusqu’à quel grade scolaire faut-il être allé ? Ceux que l’on dit lettrés n’ont, en général, pas dépassé

le grade scolaire quatre, cinq : le C.P., le C.M. en France ! Ces paysans n’ont qu’un éducateur,

qu’un informateur, le prêtre : le Bahuns, le lama, le chamane !

- les habitants des grandes villes. A côté des manœuvres-coolies : il y a peu de moyens mécaniques

au Népal, pays où on monte encore les matériaux pour construire les bâtiments à dos d’homme,

pardon, de femme, où les terrassements se font à la main..., et des petits employés, sont les favorisés,

des nantis en nombre de plus en plus grand. Vieilles fortunes discrètes, nouvelles fortunes exposées

avec ostentation. Ces nouveaux fortunés roulent en voiture, en moto, se font construire des

bâtiments : premières copropriétés, des bureaux, des cliniques, des villas somptueuses...

- dans les régions de tourisme, dans les massifs de l’Himalaya népalais..., se sont créées des stations

de montagne comparables à celles qui existent en France : Lobuché, Namché Bazar... dans le

Khumbu, Jiri dans le Dolaka-Solu, Jomossom, Manang, Besisahar... dans les Annapurnas... On

peut classer celles qui bénéficient :

- d’une fréquentation intensive : Annapurna, Khumbu, Langtang...

- d’une fréquentation moyenne : Rolwaling, Mustang...

- et celles qui n’ont qu’une faible fréquentation : Grand ouest népalais : Biarishi, lac Rara, parc

Bardya..., Est népalais : Kangchenjunga...

Il faut inclure à ces régions les quartiers touristiques des grandes villes, à Katmandu : Thamel,

Bodnath, Swayambunath... à Pokhara : Lake side... qui sont des îlots de richesse.

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Aujourd’hui, on peut découper le Népal en quatre zones : les cités, les zones de

tourisme, le Madesh, le pays resté agricole.

- La population des villes et des bourgs a fortement augmenté, le phénomène de

désertification des campagnes a commencé. La guerre civile a contribué à l’exode,

moins qu’on le prétend certainement. Il faut noter, dans la cuvette de Katmandu et dans

la vallée de Pokhara, que de nombreuses personnes pratiquent une profession liée au

tourisme : transports aériens et routiers, hôtellerie, restaurants, employés d’agences de

voyage et de trekking (les agences étaient au nombre de 600, des personnes affirment

qu’aujourd’hui elles sont 1000 !), commerçants, artisans, intermédiaires... Ce qui a pour

conséquence l’enrichissement d’une partie de la population. En témoigne le nombre de

constructions immobilières : apparition de copropriétés, immeubles de bonne qualité,

belles villas dans les banlieues, en ville, de magasins proprement aménagés ou même de

luxe, de supermarchés, de voitures de tourisme, et en corollaire, les embouteillages, la

pollution atmosphérique et sonore. En découle l’apparition d’une couche de gens aisés et

d’une classe moyenne qui se sont intercalés dans la plusieurs fois centenaire

stratification existante. Cette bourgeoisie a faussé les anciens équilibres économiques et

politiques des villes.

Les révolutions népalaises se déroulent dans les villes : cuvette de Katmandu, ville de

Pokhara... Il en a été de même dans notre pays, les révolutions de 1789, 1830, 1848, se

sont surtout déroulées dans et autour de Paris. Avec une différence : au Népal, il y a peu

d’ouvriers, de coolies, dans les villes, la population enrichie y vote aujourd’hui à droite :

Népali Congres, ou gauche réformiste : Union Marxist Leninist... Avec comme

conséquence : lorsque les maoïstes préparent des manifestations, ils sont obligés de faire

venir par pleins bus des mao-badis des régions entourant la capitale.

- Les régions touristiques sont devenues riches : vallées et stations de trekking sont en

constante recherche de main d’œuvre. Le phénomène de désertification n’apparaît pas

dans ces régions.

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- Le Madesh (Teraï oriental) : presque 50 % de la population du Népal. Le tourisme a

peu d’effets sur lui, sauf qu’étant zone de transit, il voit passer un nombre de plus en

plus grand de camions qui viennent approvisionner les régions enrichies : Katmandu,

Pokhara, régions de trekking. Qui peut dire la direction politique et économique que

prendra demain cette région ? Quelle sera son évolution démographique?

- Le Népal agricole reste le Népal des pauvres, il n’a pas changé.

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TITRE III

DES MONARQUES

NOTE PREALABLE.

ANCIEN NEPAL. C.5

83

NEPALAIS

Dans des temps très anciens, les mots Népal ou Népal mandala ne s’appliquaient qu’à la

cuvette de Katmandu limitée par les Danda (collines) Shiwapuri au nord, Dahacho ou

Nagarjung à l’ouest, Risal ou de Badgaon-Baktapur à l’est, Chobbar au sud, croquis 5. A

cette époque ou seule l’agriculture et l’artisanat lié à elle, la construction de

maisonnettes, d’édifies religieux étaient les grandes occupations, la cuvette de Katmandu

était prospère et vivait sans doute en autarcie. Les plaines du Bas-pays étaient encore

couvertes de jungle marécageuse. Les habitants des collines du Moyen pays : Pahads et

ceux des piémonts himalayens devaient être peu nombreux et devaient vivre

misérablement, sans véritables liaisons ni attaches avec ceux de la cuvette de Katmandu.

Cette cuvette était dirigée par un (ou plusieurs) roi. Le reste du Népal -les frontières

étaient alors mal tracées ou inexistantes- était constitué de régions dirigées par des

seigneurs, des petits rois. Du Que sais-je, Le Népal, de Robert Rieffel :

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La vallée était autrefois un lac appelé Nagahida (le royaume des serpents). Dépourvues de débouché,

les eaux de ce lac grossissaient à chaque mousson et s’attaquaient aux maisons des collines

environnantes.

Un sage nommé Bipaswi s’installa au sommet d’une de celles-ci et, le jour de la pleine lune du mois

d’avril-mai, il y jeta une semence de lotus. Six mois plus tard, une fleur commença à s’épanouir à la

surface de l’eau et, au milieu de la corolle apparut la radieuse image de Swayambunath (le dieu né

de lui-même). Le miracle de cette image attira beaucoup de dévots. L’un deux, le boddhisattva

Manjushri vint spécialement de Chine pour rendre hommage à Swayambunath. Voyant le danger

qui menaçait la Vallée, il tira son glaive magique et fendit l’une des collines d’un coup sec, créant

ainsi la gorge de Chhobar par laquelle les eaux du lac purent enfin s’échapper.

Légende bâtie sur une rupture de barrage naturel ?

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De 700 A 1980

SUR LES ROIS

GENERALITES.

CUVETTE DE KATHMANDU. ROYAUMES MALLA. C.6.

Il faut distinguer les rois de la seule cuvette de Katmandu, croquis 6, puisque, à

l’époque, le Népal n’était constitué que de cette région et les roitelets dirigeants des

minuscules royaumes dans le reste du territoire. Pour en savoir plus sur l’histoire du

Népal et ses habitants il faut se reporter aux études des spécialistes universitaires de

différents pays : Sylvain Lévi, L.F.Stiller, J.Welpton, M.Slusser, G.Tucci, Haimendorf...,

et aux études des premiers chercheurs du C.N.R.S. Gaborieau, Jest, Toffin...

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De 700 à 1200 environ trois dynasties se succèdent :

LES ROIS KIRANTI

De Dilli Raj Uprety, historien, Ambassadeur :

L’histoire mythologique du Népal commence avec celle des héros du Mahabharata, mais son

histoire réelle demeure obscure. On admet que dès l’an 700 avant J.C., les maîtres de la vallée du

Népal étaient les Kiranti, ancêtres des Raï et des Limbu actuels.

Les Raï et les Limbus vivent actuellement dans l’Est du Népal : vallée de l’Arun et de la

Tamur, on les nomme encore Kirantis ou Kirats.

LES ROIS LICCHAVI

De Dilli Raj Uprety :

Avec l’empereur Ashoka la civilisation indienne, la langue et l’écriture sanscrites montent vers le

Népal... Le Népal est entré dans le système des états indiens sans compromettre son indépendance. A

cette époque la vallée se couvre de temples et de palais. Les coffres des souverains sont bondés d’or

et de pierres précieuses.

LES ROIS MALLA

Les rois de cette dynastie furent de grands bâtisseurs. Toujours de Dilly Raj Uprety.

Les rois Malla furent les instigateurs d’un épanouissement culturel incomparable. Certains... se

révélèrent excellents administrateurs (code de lois, émission de monnaie). On doit à cette période

quelques unes des plus admirables pagodes du Népal. La prospérité du Népal était alors à son

apogée... Ses architectes apportaient à la Chine leur style et leurs techniques, ses frappeurs d’or, ses

fondeurs, ses batteurs de cuivre, les réalisations de ses sculpteurs sur bois étaient prises pour

modèles à la ronde.

Arnico, l’artiste qui a donné son nom à la route du Tibet est de ceux-là.

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ROUTE KATHMANDU-TIBET. C.7.

NOTE SUR LA RICHESSE DU NEPAL

La richesse du Népal qui lui a permis de construire les nombreux temples de la cuvette de

Katmandu : Durbar square de Katmandu-Kantipur, de Badgaon-Bagtapur, de Pathan-Lalitpur, de

Panauti... a été passagère. Cette richesse qui étonne de nombreux trekkeurs s’est limitée à une

période de son histoire.

Elle est due aux échanges commerciaux qui avaient alors lieu entre le Tibet et l’Inde.

De Sylvain Lévi :

Cette intensité d’échanges provoque une prospérité inouïe. Les vieilles résidences royales, trop pauvres

ou trop mesquines, sont désertées ; des palais s’élèvent qui abritent le roi, toute une cour de

dignitaires ; les couvents, les temples s’embellissent, s’enrichissent, s’accroissent ; la sculpture, la

peinture décorent les ouvrages des architectes... Mais le Népal n’a point de ressources pour se suffire ;

privé du mouvement qui le traversait, il entre en décadence.

C’est de cette époque que date l’engouement des Kathmandouites pour les colonnes corinthiennes si

nombreuses encore de nos jours, même dans de simples villas.

Les portages se faisaient sur une piste qui venait du Teraï, traversait Naubise, suivait le torrent

Trisuli, passait au pied du village fortifié de Nuwakot (croquis 7), allait ensuite plein nord jusqu’au

col Rasuwa frontière avec le Tibet. Une route financée par les Chinois, qui suit cette piste, est

aujourd’hui en construction. Elle reliera le Tibet à l’Inde sans passer par Katmandu.

Côté sud, une piste passait à Hetauda et suivait les gorges de Chobar (emplacement du vieux

téléphérique).

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Hélas, un roi, Yaksha Malla, divisa, pour ses enfants, son royaume en trois. Ce fut une

décision malencontreuse pour sa dynastie puisqu’elle affaiblit sa puissance et causa sa

disparition. Un enfant obtint Kantipur, ville de la félicité, qui est aujourd’hui

Katmandu, l’autre Baktapur, ville des dévots, qui est aujourd’hui Badgaon et au

dernier échut Lalitpur, ville des artistes, qui est aujourd’hui Patan.

Nota : Pur signifie, ville, cité en népali.

Le reste du pays était évidemment sous la coupe de petits rois, de seigneurs.

LA DYNASTIE DES SHAH,

LES PREMIERS ROIS SHAH

Ce sont eux qui se sont imposés aux rois de la cuvette de Katmandu mais aussi aux

autres seigneurs ou roitelets qui se partageaient les régions. Ce sont eux qui ont unifié le

pays. Ces rois ont pour patronyme Shah mais ils se font nommer Bir Bikram Shah

Dev. Bir signifie grand, fort, puissant. Bikram est un titre honorifique. Dev signifie dieu

car les rois Shah se disent des incarnations de Vichnu.

Cette dynastie est également nommée dynastie des Gurkas parce qu’elle résidait initialement dans la

ville de Gorkha située entre Katmandu et Pokhara au nord du torrent Marsyangdi.

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ROYAUMES AVANT L’UNIFICATION DU NEPAL. C.8.

La famille des Shah est donc celle qui a unifié le Népal. C’est elle qui a imposé le népali

comme langue officielle. Cette famille fait partie des Khas-Takhuris-Ksatrias ou

Takhuris qu’il ne faut pas confondre avec les Takalis qui sont les membres d’une ethnie

habitant la région autour du bourg Tukuché, rive droite du torrent Kali Gandaki, au nordouest

de Pokhara, au sud de Jomossom. Rappelons que la caste des Ksatrias est, au

Népal, nommée Chétri ou K.C. de Ksatria-Chétri. Ce sont des Népalo-indiens (donc des

caucasoïdes et non des mongoloïdes). On suppose que ces Népalo-Indiens venaient de :

L’Himalaya central (Garhwal et Kumaon, croquis 9) situé aujourd’hui en Inde où leur civilisation

est attestée dès le VIIIème siècle, ils émergent dans l’histoire du Népal au XIIème siècle.

La mise en place de cette dynastie des rois Shah fut laborieuse. Ils s’installèrent d’abord

dans l’ouest népalais, région de Dullu et Sija, croquis 8. Un Drabya Shah, s’installa

ensuite, après une lutte armée, dans la ville de Gorkha vers 1559, croquis 8. Son petit

fils, Ram Shah, fut un bon administrateur, citons R.Rieffel :

Il unifia les poids et les mesures, il instaura l’institution du serment, par apposition de la main sur

un Saligram, pierres considérées comme sacrées parce que supposées tombées du ciel... Ram Shah

fit également savoir qu’il fermerait les yeux sur les sept crimes majeurs et les sept délits mineurs que

ses sujets commettraient et que les sanctions ne les frapperaient qu’à partir de la huitième. Le

penchant pour l’équité et le respect de la loi donna naissance au dicton encore usité aujourd’hui :

« Si tu cherches justice, va à Gurkha. »

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LE ROI PRITHVI NARAYAN SHAH.

Le 3 avril 1743 le roi Prithvi (Pritivi...) Narayan Shah accéda au trône des rois de

Gurkha. Il est nommé Le père de la patrie car c’est lui qui donna au Népal ses

caractéristiques géographiques et politiques d’aujourd’hui. Il unifia le pays

essentiellement par les armes :

En réduisant l’une après l’autre, les petites principautés des collines.

Décidé à conquérir Katmandu, Pathan, Badgaon, pour asphyxier économiquement la

cuvette qui les contient ainsi que les provinces situées entre Katmandu et Gurkha, il

coupa le chemin d’accès au Tibet et celui venant de l’Inde (croquis 7). L’accès de

Katmandu pour les personnes venant du Tibet était alors (1744) sous le contrôle du fort

de Nuwakot (kot signifie fort, château). Cette place forte, peu connue des trekkeurs, est

située sur une colline près de la bourgade de Trisuli. Pour se rendre de Gurkha à

Katmandu on devait d’abord suivre les rives de la Trisuli jusqu’à Nuwakot, puis, de cette

place forte, atteindre Katmandu en un, deux ou trois jours de marche en traversant les

collines Shiwapuri.

Avant de se lancer dans la lutte contre les trois rois de la cuvette de Katmandu Prithvi fit

alliance avec les rois de Lamjung, Tanahum, Kaski. Croquis 8.

Il conquit ensuite Badgaon et Katmandu mais il eut plus de mal à vaincre le fort du

bourg de Kirtipur, ville au sud-ouest de Pathan. Croquis 8.

C’est pourquoi, raconte une légende, après sa victoire, il fit couper les lèvres et le nez

des hommes de la ville. Encore aujourd’hui l’animosité des habitants de Kirtipur pour

les rois Shah est vivace.

Les rois Shah se sont installés dans la cuvette de Katmandu vers 1769 soit 20 ans avant

qu’ait lieu notre révolution française.

Le roi Prithvi vainquit ensuite le reste du pays. Mais ses successeurs furent de moins

bons colonisateurs. Sylvain Lévi n’est pas tendre quand il les décrit :

En vertu de la loi fatale qui pèse sur les dynasties asiatiques, les héritiers de Prithvi Narayan

appartiennent plus à la pathologie qu’à l’histoire...

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Toute la description de S. Lévi ne peut être citée, les qualificatifs dont il peint ces

monarques sont d’une incroyable sévérité. Il ne faut toutefois pas oublier que ces lignes

ont été écrites en période de gouvernance Rana (voir ci-après).

Comme événement qui a marqué le règne des premiers rois Shah il faut signaler une

guerre de religion, elle avait en réalité pour but le pillage, menée contre le Tibet

bouddhique (1788). De Sylvain Lévi :

Francs ou déloyaux, le guerrier Gurkha surpasse ses adversaires en perfidie comme en force. Grisé

de ses triomphes, le conquérant convoite même le Tibet ; le pillage des trésors entassés dans les

couvents promet une honnête récompense à la croisade du brahmanisme (religion qui a précédé

l’hindouisme) contre l’hérésie...

Les guerriers Gurkhas s’arrêtèrent à Shigatsé, la Chine étant venue en renfort de son allié

tibétain. Mais les Tibétains durent s’engager à payer annuellement 50.001 roupies.

Pourquoi 50.000 et une roupie ? Voici l’amusante explication que donne Robert Rieffel :

Au Népal, comme en Inde, tout chiffre arrondi est considéré, à priori, comme de mauvaise augure

car il implique la fin d’une série alors que tout nombre se terminant par un indique

symboliquement un début ou un recommencement.

Cependant, les forces Gurkhas restant trop longtemps dans la région, la Chine envoya

une nouvelle armée occuper le bourg de Kyriong, croquis 7, situé sur la rivière Trisuli,

aux frontières du Népal. Les Gurkhas de Shigatsé rentrèrent alors chez eux. Suivit une

lutte entre les Gurkhas et l’armé britannique. De Sylvain Lévi.

Fatiguée des intrigues et de la mauvaise foi des Gourkhas, l’Angleterre leur déclara la guerre en

1814 ; deux années de campagnes également honorables, également glorieuses de part de d’autre,

également signalées par des revers désastreux, mènent enfin les armées britanniquestes à la porte du

Népal.

Mais cette guerre a eu un autre motif :

L’Angleterre voulait ouvrir à son commerce la voie de l’Asie centrale... Les Gourkhas n’étaient pas

moins résolus à écarter les étrangers. Sylvain Lévi.

En 1815 un traité entre les Anglais et le Népal fixa le tracé de la frontière méridionale du

Népal et les Anglais obtinrent l’autorisation d’installer un Ambassadeur à Katmandu.

Les successeurs de Prithvi furent de piètres souverains, un dictateur surviendra qui

prendra le pouvoir. Sylvain Lévi explique ainsi l’arrivée au pouvoir d’un dictateur :

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Le roi fainéant fait le maire du palais.

Ces dictateurs se nomment Rana.

LA PERIODE RANA, 1847 à 1951

KUNWAR et SHAMSHER (E)

DES ROIS SHAH SANS POUVOIRS.

Cette période est parfois nommée : ranarchie.

En 1846, un noble possédant une forte personnalité : Jung Bahadur Kunwar fait

massacrer un grand nombre de notables (trente selon les uns, cinquante-cinq selon

d’autres) lors d’une assemblée demandée par la reine après l’assassinat d’un membre du

palais qui avait ses faveurs. Ce Jung Bahadur Kunwar prend le pouvoir. Il choisit le nom

de Rana qui est un titre honorifique proche de maharadja (au-dessus des rois). Il rend sa

fonction héréditaire tout en ayant la sagesse de laisser la vie et quelques honneurs aux

rois et aux reines qui se succéderont. Il en sera ainsi au cours de cette ranarchie. Sylvain

Lévi :

Il n’usurpe pas le trône, il est premier ministre dictateur.

Qui signalent sa curiosité et son ouverture d’esprit, ce Jung Bahadur Kunwar se rend en

Angleterre et en France.

Un de ses descendants laisse ensuite le pouvoir à un de ses frères nommé Shamsher.

Signalons que c’est un Rana descendant de ce Shamsher et non le roi qui reçut Maurice

Herzog après sa dramatique ascension de l’Annapurna en 1950.

Je ferai tout mon possible pour accomplir la promesse que j’ai faite au départ et rendre visite au

Maharajah du Népal... Tous... nous revêtirons les fameux smokings blancs que nous transportons

avec nous depuis Paris... Puis nous montons le perron du Palais et sommes accueillis par son Altesse

Mohun Shamsher Jung Bahadur Rana, Maharadja du Népal. Il vient à notre rencontre, vêtu d’un

uniforme blanc constellé de décorations extraordinaires et de joyaux de valeur inestimable. La

coiffure seule est constituée de pierres précieuses de taille peu commune, en particulier d’un

diamant central d’une dizaine de centimètres. Ses moustaches à la François-Joseph ajoutent à sa

dignité... Le roi du Népal, Tribhuvana Bir Bikram, est quasiment invisible...

Maurice Herzog, Annapurna premier 8000.

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Des himalayistes transportant des smokings blancs ! Les himalayistes d’aujourd’hui

n’ont plus aucun savoir vivre !

Les dictateurs Rana (Kunwar et Shamsher) dirigèrent le pays avec plus ou moins

d’habileté jusqu’au 18 février 1951. Sous leur règne il faut noter que l’isolement du

pays, la fermeture de ses frontières aux étrangers, le protectionnisme instaurés par

les Shah, furent encore plus rigoureusement appliqués. R. Rieffel indique :

Qu’entre 1881 et 1925, seulement 125 étrangers (3 par an !) furent autorisés à se rendre dans la

vallée de Katmandu, la majorité étant des résidents britanniques ou leur personnel. Les Français

furent au nombre de trois : Sylvain Lévi, historien, archéologue et spécialiste des civilisations

hindoue en 1898 (Note de l’auteur : il était aussi professeur de sanscrit à la Sorbonne et il étonna

fortement les Népalais en traduisant sous leurs yeux de vieilles inscriptions sur les monuments)... Puis

madame Alexandra David Néel en 1902 et enfin madame Isabelle Massieu, ethnologue, en 1908.

De Michelle Kergoat :

Le pays est fermé à toute influence étrangère... Le monopole des nouveaux dirigeants s’appuie sur

un appareil d’état qu’ils contrôlent entièrement.

Parmi les autres événements de la période Rana on peut signaler qu’:

en 1914, Chandra Shumshere offrit... à la Grande Bretagne 16.000 soldats Gurkha qui vinrent grossir les

rangs des 26.000 servants déjà dans l’armée britannique. Ils se couvrirent de gloire...

R. Rieffel.

Personnellement je trouve cela aussi triste que les noirs d’Afrique qui se sont également

couverts de gloire pendant cette guerre de 1914, c'est-à-dire qu’ils se sont fait massacrer

dans les tranchées !

Quand aux mesures libérales on peut citer, R.Rieffel :

- En 1920 : abolition du rite du suttee : immolation des veuves sur le bûcher de leur mari.

- 1624 : suppression du servage.

- 1925 : imposition du principe d’égalité

- Décision d’instituer un jour de la semaine férié. Ce jour sera le samedi.

L’abolition du suttee est-elle supprimée ? Une émission de télévision (2010) assure

qu’elle est encore appliquée dans certains villages Madesh. L’institution d’un jour férié

dans la semaine perdure mais on sait aujourd’hui ce qu’il en est de la fin du servage et

du principe d’égalité.

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La période Rana a duré 104 ans.

RETOUR AU POUVOIR DES ROIS SHAH.

LE ROI TRIBHUWAN SHAH. 1951, 1955.

Le Népal ouvre ses frontières.

NEPAL. PAYS VOISINS. VILLES, LIEUX DE COMBATS. C.9.

On pourrait penser que la période Rana a entraîné une haine, une animosité, un désir de

vengeance entre les monarques Shah et les dictateurs Rana, il n’en est rien. Les

descendants des Rana occupent aujourd’hui encore (2010) des hautes fonctions dans

l’état- major de l’armée et de la police, de nombreux rois Shah qui ont succédé aux Rana

ont été mariés à des filles Rana. Il n’y a donc pas eu de véritables règlements de compte

entre les Ranas démissionnés et les Shah lorsque ces derniers ont repris le pouvoir.

L’événement qui a causé le retour de ces rois au pouvoir est l’indépendance de l’Inde,

survenue en 1947, et la volonté des premiers gouvernants de la République indienne

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d’éliminer les Rana. A signaler que cette manifestation d’ingérence indienne sera suivie

de nombreuses autres et quelle deviendra même coutumière sans que la susceptibilité de

l’Occident démocratique soit éveillée. L’élimination des Rana n’était que partielle, un

historien note au moment du retour des Shah sur le trône :

La présence permanente des Ranas, même parmi les membres des cabinets du roi (Tribhuwan) qui

ont dirigé politiquement le pays.

Si de 1948 à 1950 les Rana sont toujours au pouvoir, en 1948, le roi Tribhuwan aidé par

l’Inde fuit dans ce pays (avec deux de ses femmes ! La Senior Queen et la Junior Queen

-combien en avait-il ?-). Là, il est accueilli par le Premier ministre indien de l’époque

Jawaharlal Nehru (successeur de Gandhi).

L’ingérence indienne s’accentue. Phénomène normal :

Les brahmanes indiens ont toujours entretenu d’étroites relations avec les Bahuns népalais.

Nous verrons plus loin que rien n’a changé (2010).

A partir de ce moment, l’ère Rana se termine et se prépare le retour au pouvoir des rois

Shah. A Katmandu, le roi est soutenu par des politiciens népalais d’un parti

nouvellement créé, le Népali Congres (s). Retenir ce nom et retenir également que ce

parti qui est en ce temps un parti d’opposition deviendra rapidement le parti de droite

conservateur de privilèges par excellence. Les véritables partis d’opposition se nomment

communistes. Des membres de ce parti Népali Congres, manifestent pour le retour

immédiat du roi mais Nehru freine cette demande. Il craint que l’aile gauche de ce

Népali Congres n’entraîne le Népal vers le communisme –et l’U.R.S.S.-. Un leader

communiste newar K.I. Singh désire en effet que commence une lutte armée qui

conduirait les communistes au pouvoir. Dans ces années là, l’U.R.S.S. est toute

puissante.

Soutenu par l’Inde, le roi Tribhuwan revient enfin au Népal. Il proclame la fin du régime

des Rana, il chasse Mohan Shumsher, le Rana en place, et il prend le pouvoir le 18

février 1951. Il forme alors un gouvernement. Mais ce gouvernement comprend cinq

membres de la famille des Ranas. Exigence de l’Inde, no comment ! Ce cabinet est

dirigé par le Népali Congres de droite M.P. Koirala (royaliste, son demi-frère B.P.

Koirala est lui aussi un des membres influents de ce Népali Congres mais il a des

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opinions nettement orientées à gauche). Ce M.P. Koirala se révèle vite incompétent. De

plus le désintéressement n’est pas la qualité première des membres de son

gouvernement. Soit dit-en d’autres termes : la corruption et le népotisme sont

intensément et banalement pratiqués dans ce cabinet.

Corruption, népotisme, prévarication, malversations, trafics d’influences, mots

indissociables du mot politique au Népal.

A signaler, parce qu’ils sont l’indice d’un puissant mécontentement populaire et qu’ils

expliquent la proche naissance de partis communistes structurés et de la rébellion

maoïste, qu’au cours du règne du roi Tribhuwan, des attentats et un soulèvement

populaire se produisent. Ils sont animés par un mouvement d’opposition, le Rakhsa Dal,

qui a, entre autres buts, celui d’obtenir la libération du communiste K.I. Singh

emprisonné.

Le roi Tribhuwan meurt en février 1955. Pendant toute la durée de son règne il a été

manipulé par l’Inde. On lit qu’il n’était pas opposé à l’intégration du Népal à cet

immense pays.

Lui succède son fils Mahendra.

LE ROI MAHENDRA. 1955 à 1972

Mahendra Bir bikram Shah Dev monte sur le trône en 1955, il a 34 ans. Il veut dégager

son pays de l’emprise de l’Inde et exercer un pouvoir absolu. Mais les politiciens du

Népali Congres réagissent, ils veulent une constitution qui atténuerait son pouvoir.

Mesure dilatoire, le roi affirme que des élections auront lieu. Pour affaiblir le parti

Népali Congres et démontrer l’inefficacité d’une politique d’extrême gauche il confie le

rôle de Premier ministre au communiste K.I. Singh libéré de prison. Celui-ci reste au

pouvoir quatre mois ! Des élections ont lieu en 1959. Le Népali Congres B. P.Koirala est

nommé Premier ministre. Quelques mesures démocratiques sont proposées.

- Rédaction d’un code civil.

- Abolition des castes proclamée en 1963.

- Abolition de quelques privilèges.

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- Réforme agraire, partage de terres.

- Création d’organismes professionnels.

- Division du pays en 14 zones et 75 districts.

On sait aujourd’hui ce que le verbe abolir, le mot réforme, signifient au Népal et ce qu’il

en est de l’abolition du pouvoir des castes et de la réforme agraire. En juin 2010, après

dix ans de guerre civile, après deux révolutions, après la proclamation de la République

népalaise, le parti Népali Congres défenseur du pouvoir de ces castes occupe la

deuxième place dans le gouvernement ! En 1960, le roi Mahendra reprend le pouvoir

absolu. Le parti Népali Congres, qui veut jouer un rôle politique, reprend la lutte aux

frontières. Le roi propose une nouvelle constitution basée sur le système des Panchayats

(panch = cinq). Des conseils de cinq membres sont élus à tous les niveaux de la société.

Ce qui aurait pu être une solution démocratique devient un instrument de la royauté, les

Panchats sont à la botte du roi.

Le roi confirme ensuite que la religion hindoue est toujours religion d’état. En

contrepartie de ces mesures dictatoriales, quelques leaders politiques sont libérés.

Autre signe caractéristique qui se poursuivra : les hauts fonctionnaires qui devinent que

des partis politiques affaibliraient leur pouvoir se dressent et s’activent pour rendre

inefficaces les réformes proposées qui tombent vite dans l’oubli.

Le roi Mahendra qui a gouverné en monarque absolu meurt en 1972.

LE ROI BIRENDRA. 1972, 2001

PREMIERE REVOLUTION

Birendra Bir Bikram Shah Dev succède au roi Mahendra. Un monarque éclairé, tel il se

présente, du moins dans ses débuts. Il a suivi des études à l’étranger (Eton et Japon). Ses

premiers actes et décisions montrent un monarque soucieux de ses sujets. Dans ses

portraits les mots simplicité et gentillesse apparaissent souvent. Pourtant, sous son règne,

le Népal va être soumis à des évènements extrêmement graves qui vont bouleverser le

pays.

Il faut signaler que le roi est marié à une Rana.

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Dès son arrivée au pouvoir, Birendra maintient l’impopulaire système des Panchayats. Il

règne en despote avec un gouvernement renouvelé. Il tente, mais sans y parvenir, de

réduire le pouvoir de la haute administration. Son gouvernement devient ainsi

rapidement impopulaire. Des manifestations très violentes se produisent. En 1974, une

grenade est lancée contre lui à Biratnagar. Un mouvement nommé Jhapéli (du bourg de

Jhapal, extrême est du Teraï) dont les membres sont proches des Naxalites (maoïstes

indiens) est l’inspirateur de ces soulèvements. Ces mouvements de contestation

augmentent sans cesse d’intensité. L’auteur a été témoin de ceux qui ont eu lieu en 1979.

Bien que les guides touristiques de l’époque aient minimisé l’événement ! Ils sont

nommés mouvements d’étudiants, il s’agissait pourtant bien d’une mini révolution. De

Robert Rieffel :

C’étaient des mouvements qui, en surface étaient motivés par des revendications académiques, mais

qui, au fond, cachaient des préoccupations incontestablement politiques.

Le roi Birendra fléchit, il décide qu’un référendum aura lieu. Mais les règles qu’il

impose sont jugées inacceptables par les opposants. On enregistre de nouvelles

manifestations, les Bandhas se succèdent, de nombreuses bombes explosent à

Katmandu. Le roi propose alors un autre référendum. Deux questions seront posées au

peuple népalais :

- Faut-il maintenir le système des Panchayats ?

- Faut-il mettre en place une démocratie avec pouvoir accordé aux politiques, l’élection

d’une chambre... ?

Soit dit-en d’autres termes : Faut-il proposer un régime de monarchie constitutionnelle ?

Mais, pressentant le résultat, le roi modifie ce texte. Il annonce que:

Quel que soit le résultat, le système des Panchayats sera modifié mais maintenu, une assemblée

verra le jour.

Le vote a lieu en 1980, la proposition du roi est majoritaire : le système des Panchayats

est conservé, les partis sont toujours interdits, mais une assemblée est élue. Il apparaît

rapidement qu’elle n’aura qu’un rôle consultatif. Le pouvoir du roi reste inchangé :

La souveraineté du Népal est investie dans la personne du roi et tous les pouvoirs, l’exécutif, le

législatif et le judiciaire, émanent de lui.

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La corruption règne à tous les niveaux. Un exemple : la famille royale crée le Social

Service National Coordination qui, dirigé par la reine, prélève officiellement 10 % des

aides étrangères pour le fonctionnement de ses services ! On entendra plus tard, en 2009,

lorsque le gouvernement sera composé des membres des partis U.M.L. et Népali

Congres, le peuple dire :

Au fond, le roi ne nous coûtait que dix pour cent !

Les Panchayats sont également accusés de corruption et le népotisme s’intensifie. Les

violences reprennent : grèves-bandhas, manifestations de plus en plus nombreuses, des

bombes explosent à Katmandu.

BANDHA

Bandha vient du verbe bandha garnu qui veut dire fermer. Appliqué à la société népalaise, il

signifie : Jour de grève. Un jour de grève est un jour où tout est fermé : les magasins, les ateliers, les

écoles, les administrations... Les jours de grève, les jours de Bandha, aucun véhicule à moteur ne

circule : en ville, si le Bandha se limite aux agglomérations, mais aussi sur les routes s’il s’agit d’une

grève générale- La sanction est sévère, si un véhicule est pris en train de circuler, il est brûlé.

Combien d’ambulances, qui transportaient de faux malades, ont ainsi été réduites en épaves ! Il

n’est pas rare que des affrontements entre grévistes et forces de l’ordre aient lieu. Les jours de

Bandha, des blessés, des morts sont souvent à déplorer.

Les dix-neuf partis communistes se regroupent dans :

- le modéré United Left Front.

- l’extrémiste United People’s Movement.

En février 1989, une importante manifestation a lieu à Katmandu et à Kirtipur ville

contestataire par excellence.

On note une centaine de morts.

Une nouvelle manifestation a lieu en 1990. 500.000 kathmandouites sont dans la rue.

C’est la première véritable révolution népalaise.

On annonce mille morts.

Le mot république est prononcé.

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Des partis politiques s’unissent ou voient le jour.

Le roi cède, un régime de monarchie constitutionnelle est mis en place.

Un premier ministre Koirala du parti Népali Congres forme un gouvernement. Ce parti,

rappelons-le, est à l’image du parti indien du même nom et il est, comme lui, également

dirigé par des brahmanes-Bahuns. Le parallèle tracé entre les élites et les bourgeois de

100

1789 et les Bahuns népalais en quête de pouvoir est évident. Une Constitution est

cependant rédigée, elle prévoit que deux chambres seront élues. Suit une période de

monarchie constitutionnelle qui démontre que non seulement les politiques livrés à euxmêmes

sont incapable de modifier le pays mais qu’ils sont simplement incapables de le

gérer. Incompétences, impéritie, malhonnêtetés s’ajoutent à la mauvaise volonté de la

haute administration, à l’intense corruption, au népotisme, à la prévarication, à la

concussion. Ces mots sont dans tous les écrits de cette période. Suit une période trouble.

Les manifestations ont repris, elles s’enchaînent, des manifestants sont tués.

Mouvement maoïste : février 1996

Cependant, le roi pratique envers ces révolutionnaires qui décident de se nommer

maoïstes une politique patiente, il n’envoie pas son armée les combattre, seuls agissent

les policiers. Le roi affirme :

Que l’armée doit être réservée aux attaques du pays par une puissance étrangère.

Mais les policiers n’arrivent pas à dominer ce mouvement de révolte. Tout ceci n’est

apprécié, ni par le gouvernement indien, ni par celui de l’United Kingdom, ni par celui

des Etats-Unis lequel a immédiatement baptisé terroristes les membres de ce

mouvement insurrectionnel armé. Les dirigeants de ces pays pensent qu’en utilisant

l’armée les rebelles pourront être combattus victorieusement. Ils vont donc fomenter

l’assassinat du roi Birendra. Acte banal dans ce pays, on sait que des massacres se sont

perpétrés dans la famille royale, en 1832, en 1846, on sait aussi que de 1775 à 1846 six

premiers ministres ont été tués ainsi que de nombreux notables.

100


Le 1° juin 2001, au cours d’un repas familial, le roi Birendra et les membres

présents de sa famille sont assassinés.

Il reste une sœur de la reine, vivante, elle n’assistait pas au diner ! Mais elle trouvera

curieusement la mort dans un accident d’hélicoptère au-dessus du lac Rara quelques

jours après le massacre! Le frère puiné du roi est mort, il reste le frère cadet, Gyanendra.

Celui-ci est à Pokhara le jour du massacre. Une explication à ces meurtres est présentée :

l’assassin est le fils aîné du roi Birendra, le prince héritier Dipendra. Celui-ci a agi sous

l’influence de la drogue et de l’alcool pour se venger d’un amour déclaré impossible par

ses parents. Mais se font rapidement entendre d’autres échos :

Ce sont l’Inde, l’Angleterre, les Etats-Unis qui ont préparé ce massacre qui a été exécuté par l’état

major de l’armée népalaise

Ou :

101

C’est le gouvernement indien qui a envoyé des membres de son armée accomplir le massacre avec

la complicité de l’armée népalaise.

Tout cela à l’insu du futur roi Gyanendra ? L’avenir nous l’apprendra.

NAISSANCE DU MOUVEMENT MAOIST

En février 1996 a eu lieu la naissance du mouvement maoïste qui est devenu rapidement le Népal

Communist Party : le N.C.P. Comme il y a déjà près de vingt partis communistes au Népal ce parti

est désigné par les lettres N.C.P (M), M pour maoïste. C’est donc le parti des maoïstes, le parti des

mao, le parti mao. Des membres de l’United People Front, l’U.P.F. dont il est issu ne veulent pas

utiliser la violence, ils pensent que le Népal peut modifier ses structures politiques par le seul jeu

démocratique. Les membres du N.C.P. (M), dont Prachanda, nom de guerre de Pushpa Kamal

Dahal, prend rapidement la tête, sont, eux, persuadés que seule la violence peut changer les

structures politiques du pays. Courant 1996, son second, Baburam Bhattaraï envoi au

gouvernement dirigé par Sher Bahadur Deuba une lettre dans laquelle sont énumérés les quarante

points de réformes que les maoïstes veulent voir appliquer. Le gouvernement ne répond pas. Ce

simple parti de contestation devient alors un mouvement révolutionnaire actif qui prend les armes

contre les forces de l’ordre du roi et les dirigeants de la société que cette monarchie a façonnée.

Plus tard ce parti N.C.P. deviendra l’Union Communist Party Népal-Maoist, l’U.C.P.N.-M.

Question : Que se serait-il passé si le gouvernement de Deuba avait accepté de dialoguer avec les

maoïstes ? La guerre aurait-elle eut lieu ?

101


INCOMPRHENSIONS OCCIDENTALES

CONDAMNABLES OCCIDENTAUX

102

Des mots oubliés ou qui ont perdu toute signification, revenons sur ce point. Que

signifient pour les Occidentaux les mots révolution, féodalité, abolition des privilèges,

arbitraire, ancien régime, noblesse, et même peuple, seigneurs, bourgeois, capitalisme,

lutte des classes ? Rien, ce sont des mots oubliés. Les mots marxisme, léninisme,

maoïsme font sourire ou font se révolter les nantis de la Terre que nous sommes

devenus. Nous ne voyons plus que les erreurs, les excès et les crimes commis par ceux

qui ont, à la suite de révolutions, dirigé des pays et les ont conduit au totalitarisme, à des

échecs économiques. Sous des noms divers dont celui de Démocratie populaire qui était

pourtant beau et lourd de sens et d’espérance ! Mais, insistons, faut-il condamner les

révolutions, les mouvements d’insurrection allant jusqu’aux guerres civiles parce

qu’elles ont conduit à des fiascos ? L’histoire dira d’ailleurs si ces expériences ne

présentaient que des aspects négatifs. La critique seule ne suffit pas, seule une étude

comparative peut permettre de comparer. D’autant plus que le capitalisme jugé

aujourd’hui le seul système politico-économico admissible est bien loin de conduire à

des sociétés parfaites : chômage récurent, faible place accordée aux jeunes, misères

résiduelles, misères du Tiers monde, rapport gros salaires à smic, richesses

himalayennes...placés au-dessus de toutes valeurs humaines, littéraires, artistiques, de

tout travail humain, sport devenu une chose commerciale... Le but d’une révolution est

d’abattre une forme de société et une guerre civile n’est qu’une forme de révolution

permanente. J’ai écrit plus haut : Fallait-il, au nom des faillites des gouvernements qui

ont suivi notre révolution, conserver notre ancien régime et nos monarchies absolues ?

Les Moujiks devaient-ils conserver leurs seigneurs armés de leurs knouts et leurs

tsars ? Les Chinois leur régime féodal ? Tous ces gens qui ont déclaré que le temps des

Droits de l’Homme allait arriver -même si, aujourd’hui, un seul volet de ces Droits est

considéré- ne sont pas responsables des échecs des gouvernants ultérieurs ! Nous, les

nantis de la Terre, ne pouvons plus comprendre que la misère, la véritable misère,

conduit à des insurrections de type révolutionnaire, à la lutte armée et non à :

102


- de simples manifestations d’étudiants se foutant éperdument des misérables de la Terre,

103

y compris ceux de leur pays.

- à des défilés de mécontents qui luttent pour leur pouvoir d’achat, oui : leur pouvoir

d’achat ! et se foutent éperdument, sauf dans leurs discours hypocrites, de la misère

résiduelle qui sévit dans leur pays et de l’infernale misère qui domine dans les pays du

Tiers monde.

DIFFERENTS TYPES DE MANIFESTATIONS. C.10.

Le Français devrait réaliser qu’il y a encore sur terre des pays qui sont composés d’une

aristocratie, d’une véritable aristocratie, de véritables bourgeois, et d’un peuple, d’un

peuple misérable dans sa presque totalité. Ce peuple misérable représente au Népal 90 %

de la population. Le Français doit réaliser qu’il y a encore sur Terre des monarques

absolus. Qu’il y a encore sur Terre des pays non laïcs dans lesquels des clergés dominent

et influencent des peuples majoritairement analphabètes. Il y a de ces pays dans ceux que

l’on nomme Pays Emergeants, ou Pays en voie de développement. On n’utilise plus le

mot Tiers monde, autre forme d’intellectualisation de la misère ! Dans ces pays les mots

que nous avons déclarés obsolètes caractérisent un type de société. Vaste esbroufe,

rappelons-le, l’utilisation de ces nouvelles appellations ! Les qualificatifs en voie de

103


développement et émergents signifient que cette misère est en cours de disparition alors

que les mots Tiers monde sous-entendent : misère irréductible, insoutenable, celle qu’il

faut combattre.

104

Le Népal, le petit Népal, le charmant Népal va donner, à l’aube du XXIème siècle, au

monde un exemple de révolution victorieuse. Et ce petit peuple népalais en révolte sera

seul. Seul c'est-à-dire, non seulement sans aucune aide financière ou militaire

extérieure mais sans même le soutien de ceux qui auraient pu le comprendre, lui

apporter leur appui moral. Ce petit peuple népalais, seul, va réussir à éliminer une des

monarchies les plus tenaces, les plus corrompues, les plus critiquables de la Terre. Et

cela se fera sous le regard indifférent, pire, sous le regard critique des gens proclamant

avoir des idées de gauche !

Cette guerre-révolution a commencé sous le règne du roi Birendra, elle s’est poursuivie

et elle a abouti sous le règne du roi Gyanendra

LE ROI GYANENDRA. 2001, 2006

DEUXIEME REVOLUTION

Gyanandra, frère cadet de Birendra, va prendre la succession de son aîné Birendra en

2001. Il finira par régner en despote absolu mais il sera chassé par la deuxième

révolution népalaise. Est-il complice, était-il informé de la préparation de l’assassinat de

son frère ? Rien ne permet de l’affirmer. Ce qui est certain c’est que ceux qui l’ont mis

en place : l’Inde, les Etats-Unis, l’Angleterre, principalement... ne l’assisteront plus dès

qu’ils s’apercevront qu’il est incapable de lutter victorieusement contre l’armée que les

maoïstes ont mise sur pied. Immédiatement après l’assassinat de son frère, ce nouveau

despote accepte sa nouvelle charge sans trouble apparent. Sous l’énorme casque

d’apparat, il présente, au cours de la cérémonie d’investiture un visage marmoréen.

Quelques rares civils, un très grand nombre de dignitaires de la Royal Népal Army

viennent lui prêter serment d’allégeance. Des militaires en surnombre, voilà qui en dit

104


long sur cette cérémonie qui veut montrer à tous qui a mis en place le monarque, qui,

demain, va diriger le Népal !

105

Du jour au lendemain de son investiture, ce qui démontre que tout était concerté avec les

puissances étrangères, la Royal Népal Army, est équipée de vêtements neufs, d’armes

automatiques. On voit même à l’entrée de l’aéroport une caricature de char d’assaut, une

minuscule automitrailleuse que l’on dirait sortie d’un musée abritant des engins utilisés

par l’armée de Tchang Kaï-Che. On lit par contre qu’un Eurocopter est livré par l’Inde...

Aussitôt, cette Royal Népal Army, R.N.A. prend part à la lutte contre l’armée des

maoïstes, la People Libération Army, la P.L.A.

Le nouveau roi gouverne, il semble s’accommoder d’un Parlement. Mais il déclare l’état

d’urgence en novembre 2001. Les premiers ministres se succèdent : Deuba, Chand,

Thapa, G.P. Koirala. Les droits de l’homme sont écrasés, la liberté de la presse est

supprimée, des opposants au régime sont emprisonnés, des journalistes, des étudiants,

disparaissent... Une mascarade d’élections municipales a lieu. Fiasco, il n’y a que 21 %

de votants ! L’étranger, c'est-à-dire l’Inde, les U.S.A., son toutou l’Angleterre et les pays

de son United Kingdom, la Belgique, Israël, le Japon, quelques autres pays dans leur

sillage vont équiper la Royal Népal Army, la R.N.A. et ensuite la police.

Brutalement, en février 2005, par un coup d’état, le roi reprend les pleins pouvoirs. Le

parlement est dissous, le Népal retrouve un régime de monarchie absolue. L’Inde,

l’Union States de Georges Bush, l’Angleterre de Tony Blair-le-travailliste (!), et leurs

alliés, acceptent, ils continuent de financer le gouvernement, et d’équiper les forces de

l’ordre ! L’Ambassadeur des Etats Unis du moment, un nommé Moriarty, dont la finesse

ne semble pas avoir été la qualité première, vitupère quotidiennement contre les

terroristes-maoïstes, répète sans se lasser qu’il faut les détruire. Des pays européens

comme la Belgique cautionnent. La France, oublieuse de ses Sans-culottes, se tait. Les

trekkeurs français, les médias du tourisme français, eux, bafouillent, jacassent, geignent,

critiquent les maoïstes :

Des révolutionnaires en 2000, faut pas rêver !

105


Est-il normal que ces maoïstes nous fassent payer une taxe de 1000 roupies ?

Il faut à tout prix empêcher le Népal d’être dirigé par des Khmers rouges.

Cependant, au fil des jours, les maoïstes s’implantent dans le pays, leur influence

s’étend. Paradoxe : ce sont eux qui demandent une intervention de l’O.N.U., ce sont

eux qui proposeront (2005, 2006) un cessez le feu de trois mois. Au cours de ce

cessez-le-feu ils vont rencontrer les leaders des sept principaux partis politiques avec

lesquels ils formeront un front uni contre la monarchie. Ce front uni définit les grandes

lignes d’un programme (en 25 points) qui prévoit :

- l’élection d’une assemblée constituante,

- la fusion de l’armée maoïste, la People Libération Army, la P.L.A. avec la Royal Népal

Army, la R.N.A.

-...

Tout cela sous le contrôle de l’O.N.U.

Le roi Gyanendra fait la sourde oreille. N’a-t-il pas le total soutien de l’Inde, de l’Union

States de Bush, celui des puissances occidentales, celui du Japon, d’Israël, de la Chine !

Oui, même de la Chine : ce pays l’a assuré de son soutien et de sa compréhension et lui

fournit des armes !

Mais les forces de l’ordre n’arrivent pas à mater la P.L.A. Un représentant de l’O.N.U.

rencontre le roi, il demande qu’un dialogue avec les maoïstes soit engagé Refus du roi.

Un membre de son gouvernement :

Si les soldats de l’O.N.U. viennent, on les chassera par la force.

Nous retrouverons très souvent ces propos dans la bouche des membres des partis

Ra.Pra.Pa. (Partis royalistes) et Népali Congres (parti des gens de caste et des

hindouistes). Les maoïstes reprennent donc les armes. A ce moment, la presse est

unanime :

Les maoïstes contrôlent la presque totalité du pays.

A Katmandu, à Pokhara, des manifestations de plus en plus violentes, les bandha-grèves,

débutent puis se succèdent. La liberté de la presse n’existe plus depuis longtemps, les

exactions de la police et de l’armée sont dénoncées par les organismes de défense des

Droits de l’homme, par Amnesty International...

106

106


107

Début avril des frémissements populaires annoncent que quelque chose va se produire.

Une grève générale commence. A Katmandu, à Polhara, des énormes rassemblements

ont lieu. La police, l’armée du roi tirent sur la foule. On compte des dizaines de morts.

Le mouvement se poursuit.

Mais le 21 avril 2006 -on peut imaginer que les chefs de l’armée et de la police avisent

le roi qu’ils ne sont plus capables d’assurer sa sécurité- le roi cède.

Il remet le pouvoir aux partis, il rétablit le parlement. G.P. Koirala (vieux roublard

du Népali Congres) est désigné Premier ministre du gouvernement de transition. Fin

2006 le roi est déclaré simple citoyen.

21 AVRIL 2006

La deuxième révolution népalaise vient de se

terminer victorieusement.

107


TITRE IV

1996 : ETAT DU PAYS

Dans quel état est le pays lorsque cessent les hostilités ?

En guise de préface, tirée du Que sais-je ? L’ancien régime, de H. de Méthivier, je cite

cette éclairante citation de P. Goubert décrivant la société française avant la révolution.

- Economiquement... lenteur des liaisons, prédominance de l’agriculture... quasi nullité du système

108

bancaire.

- Démographiquement : haut niveau de nuptialité, de la fécondité et de la natalité... persistance de

grandes crises épidémiques ou disetteuses...

- Politiquement : régime de la diversité juridique, linguistique, administrative, de la complication et

du privilège.

- Mentalement : marquée par un mélange de merveilleux et de ferveur chrétienne, un fréquent

analphabétisme, une vie locale extrêmement cloisonnée, une conception faible ou nulle de l’Etat, de

la Nation, de la patrie, sauf l’adoration du monarque... C’est le temps des patois et des sorcières,

des bergers et des meuniers, des seigneurs et des diseurs, des gabelous et des sergents, du troc et des

petits marchés, au rythme de la mule ou du piéton, des saisons et des signes du Zodiaque, avec le roi

et dieu bien loin, suprême recours, suprêmes consolations.

Changez quelques mots, rajoutez en quelques autres, vous aurez une description du

Népal après des siècles de gouvernance des Shah et de leur noblesse : les gens des hautes

castes.

Après sa deuxième révolution, l’état du Népal n’est pas brillant. Il était déjà, avant

l’insurrection, dans un état lamentable, la guerre qui a duré dix ans l’a conduit à un état

pitoyable. Le texte qui suit tente de le décrire.

108


QUELQUES CHIFFRES.

ESPERANCE DE VIE.

Elle est à mes yeux l’élément essentiel qui permet de définir le niveau de misère d’un

pays. Voici quelques chiffres tirés d’une étude d’Harka Gurung, qui présente

l’originalité d’indiquer l’espérance de vie par régions ou par bourgades :

- Ouest.

Darchula : 52, Bajura : 41, Humla : 54, Mugu : 36, Kalikot : 42, Jumla : 47, dolpa : 48.

- Centre.

Mustang : 52,7, Manang : 52,7, Rasuwa : 52.

- Est . Solu Khumbu : 61,7, Taplejung : 60,7.

109

- Dans les collines.

- Ouest.

Dadeldhura : 47, Baitadi : 46, Acham : 49, Jajarkot : 46, Rukum : 51, Rolpa : 52,

Pyuthan : 56.

- Centre.

Baglung : 58, Gulmi : 55, Palpa : 54, Tanahum : 61, Langtang : 58, Gorkha : 54,

Dhading : 49, Nuwakot: 54.

- Cuvette de Kathmandu.

- Centre ville : 67. Lalitpur-Pathan : 63. Badgaon-Baktapur : 56.

- Terai.

- Ouest : moyennes : 53,3 à 58,8.

- Est, moyennes : 54,8 à 60,7.

MORTALITE INFANTILE.

Elle est évidemment très élevée. Voici les régions où elle est la plus forte :

109


Manang, Dhading, Terai ouest, Rasuwa.

TAUX D’ALPHABETISATION

Montagnes :

- Ouest : moyenne 34, 7. Le plus bas, Centre, Humla... : 26,6.

- Centre : moyenne 48,6. Le plus bas : Rasuwa : 34.

Collines :

- Moyenne : 57,2. Le plus bas : Acham : 33,4.

Centre :

- Moyenne 57,2. Le plus bas : Dhading : 43,5.

Cuvette de Katmandu :

-Moyenne 72,7.

TAUX D’ALPHABETISATION DES FEMMES

- Moyenne : 29,1.

- Montagne.

- Ouest : 19,9.

- Centre : 39,1.

- Est : 40,2.

Collines.

- Moyenne : 42,8.

- Ouest : 28,7.

- Est : 43,2.

Katmandu : 62.

- Centre : 48,8.

Terai :

-Moyenne : 38,2.

110

110


SUR LE REGIME

111

DE MONARCHIE

Rappelons que :

- le Népal, déclaré : pays de religion hindoue, a été dirigé jusqu’en 2006, par des

monarques exerçant ou tentant d’exercer un pouvoir absolu. Ces monarques se disaient

réincarnations de Vichnu car ils savaient l’impact d’une telle affirmation sur un peuple

illettré à 55 %, hindouiste à plus de 85 % ! Nos rois, eux, se contentaient de parler de

droit divin.

- ces rois ont interdit les partis politiques, ont refusé des représentants de la nation ayant

pouvoir de légiférer et d’intervenir dans la gestion du pays. La période pendant laquelle

deux rois, contraints, ont partagé leur pouvoir avec un parlement (dans les années

2000 !) a été de fort courte durée. Ces rois népalais n’ont pas voulu admettre :

- que le temps des monarchies absolues était irrémédiablement révolu, que les seules

monarchies qui pouvaient subsister étaient des monarchies constitutionnelles.

- que vouloir continuer à imposer une telle forme de gouvernement à la nouvelle

société népalaise comprenant à côté de gens de caste désirant participer au pouvoir, une

élite lettrée, une classe enrichie, et un peuple toujours misérable, conduisait

irrémédiablement à des révoltes, à une lutte armée, à une dictature ou à une république.

Dans tous les cas à une révolution. Le roi Birendra Shah, années 1990, avait pourtant

voyagé, mais il n’a abandonné des parcelles de pouvoir que sous la pression de la rue.

Tous les Shah étaient semblables à Charles X, frère de Louis XVI, chef des ultra, qui

reprenant le pouvoir, affirmait :

Plutôt scier du bois, que de régner à la roi d’Angleterre !

PROTECTIONISME

Ces rois du Népal, et les Rana pendant leur règne ont accentué cette tendance, ont de

plus toujours refusé d’ouvrir le pays aux étrangers. Cette politique de pays fermé a

111


perduré jusqu’en 1950 ! Le protectionnisme économique accompagnait évidemment

cette forme de politique. Malgré l’ouverture des frontières en 1950, malgré

cinquante ans d’aides étrangères, de présence d’étrangers : Occidentaux, Japonais,

Sud-Coréens..., les dirigeants d’aujourd’hui ont conservé, au fond d’eux-mêmes,

cette mentalité. Le cas des permis de trek et d’expédition le démontre. En 1950, le

Népal ouvre ses frontières, si on néglige l’afflux ponctuel et limité dans le temps des

112

hippies, les universitaires, les chercheurs du C.N.R.S. et les himalayistes ont été les

premiers bénéficiaires de cette mesure libérale. Plus tard sont venus les trekkeurs et les

simples touristes. Mais ouvrir en grand le pays, proclamer que tout le pays, toutes les

montagnes du Népal étaient ouvertes à tous était inconcevable aux décideurs népalais.

Immédiatement des limitations au droit d’étudier, d’escalader, de visiter, de trekker sont

apparues. Et ont été créés des :

- permis d’expédition interdisant certains sommets, n’accordant l’autorisation de gravir

une montagne qu’à une seule expédition, obligeant la présence d’un officier de liaison...

- permis de trekkings pour des zones bien définies, les autres étant interdites.

Ces interdictions ou limitations étant expliquées par la nécessité de protéger le touriste

ou les autochtones ! Les conséquences de cette forme de protectionnisme, je l’ai

expliqué, ont été évidentes : création de zones riches jouxtant des zones peuplées de

misérables : Annapurna et terres de Lamjung ou de Baglung, Langtang et basses collines

adjacentes, Khumbu et Solu... Le mouvement maoïste a profité de ce phénomène, il en a

retiré une grande part de sa puissance.

TOURISME AU NEPAL

Voir cahier Tourisme au Népal dans le site http:/www.nepalsherpasig.fr/

Imaginons un pays réellement entièrement ouvert dès 1950, les flots de trekkeurs allant

librement dans toutes les régions de colline, dans tous les piémonts himalayens, des

himalayistes explorant les montagnes, traversant des cols, pratique courante lors de

l’exploration des Alpes et des Pyrénées, ces étrangers irrigant de leurs devises toutes ces

112


égions, étalant des richesses au lieu de les concentrer. Terminées les comparaisons d’un

113

état à un autre qui font naître les mécontentements, les révoltes et les révolutions.

Autres exemples de protectionnisme imaginé par ces dirigeants craintifs :

- le refus de considérer comme Népalais à part entière ceux d’entre eux qui se sont

installés à l’étranger.

- le refus d’accorder des doubles nationalités.

- les difficultés pour une femme népalaise de faire naturaliser son enfant de père

étranger.

Se sont ajoutés à cela les effets d’une société de type patrilinéaire, l’homme donne la

filiation, la femme n’est rien. Ainsi le conjoint d’une népalaise ne peut obtenir la

nationalité népalaise qu’après quinze ans de mariage.

UN PAYS FERME

De 1881 à 1925, le Népal a accepté 153 visiteurs européens. Soit environ 4 par ans !

L’ARBITRAIRE

Définition du mot arbitraire :

Qui dépend de la seule volonté, n’est pas lié par l’application de règles.

L’arbitraire est toujours l’indice d’un gouvernement despotique : dictature ou monarchie

absolue.

Népal, fin du XXème siècle, l’arbitraire continue à être exercé par les monarques.

L’exemple suivant est souvent cité :

The government also drew a lot of flak after musician Praveen (Prabin) Gurung was killed in a

vehicule accident allegedly by Prince Paras, the nephew of King Birendra and son of Prince

Gyanendra, the King’s brother (note de l’auteur : le futur roi). But the Koirala-led government was

unable to initiate any action against the Prince, drawing the people’s ire.

Le prince Paras est le fils du futur roi Gyanendra, il s’est déjà rendu célèbre pour ses

violences. Un prince qui tue volontairement une personne et qui n’est pas inquiété, cela

se passait en quelle année chez nous ? Des informateurs ont déclaré après les

manifestations qui ont eu lieu que le prince était parti à l’étranger, il n’en était rien, il

113


s’était caché quelques jours dans sa propriété de Maharajganj puis il était tranquillement

ressorti.

SUR LES CLASSES DOMINANTES

Portrait de la noblesse de France. De Hubert Méthivier :

Clé de voute du régime, elle est, pour le roi, Ma fidèle noblesse ; environ 200.000 personnes sont

nées... Les deux noblesses, robe et épée, ont fusionné par mariage et des privilèges achèvent de les

rapprocher... Noblesse de cour environ 4000 personnes sur lesquelles s’abattent la pluie des grâces,

114

les pensions, les charges sangsues de l’Etat.

La noblesse accapare toutes les hautes charges militaires, civiles, judiciaires, les richesses de

l’église... Tout ministre, intendant, magistrat, ou officier supérieur est noble.

Au Népal il en est de même, la société se divise en gens de hautes et de basses castes

dans lesquelles il faut inclure les Tribaux-Indigenous. Les rois sont évidemment entourés

par des personnes des hautes castes, Bahuns et Chétri Ils sont assistés par la classe des

Bahuns et ils sont militairement protégés par celle des Chétri.

Les rois sont soutenus par les hautes castes hindouistes et la noblesse d’origine indienne...

culturellement et socialement monolithique...

Les gens des hautes castes régissent la presque totalité de la vie sociale et politique. Et

c’est cet ensemble monarque plus hautes castes dominantes et dirigeantes qui fait que le

terme féodalité (ou le mot feudalism) est banalement prononcé par les politiciens de

gauche népalais réformistes ou révolutionnaires quand ils parlent de l’ancien Népal.

FEODALITE, définition du Petit Robert :

Forme d’organisation politique et sociale médiévale, caractérisée par l’existence de fiefs et

seigneuries... Grande puissance économique, financière ou sociale, qui tend à devenir autonome

dans l’état.

Le parti réformiste : parti Communiste Union Marxiste Léniniste (U.M.L.), le parti

révolutionnaire : parti communiste maoïste, tous deux ont affirmé que le Népal était

encore un pays de féodalité, un pays où régnait l’arbitraire, des privilèges. Les

politiciens de ces deux partis parlent d’ancien régime à détruire et de Nouveau Népal à

bâtir.

Peut-on comparer les hautes castes népalaises et notre noblesse française. Rappelons que

noblesse signifie, Le Petit Robert :

114


Qui est élevé au dessus des roturiers par sa naissance, par ses charges ou par les faveurs du prince.

L’historien Pierre Miquel écrit :

La noblesse qui formait deux pour cent de la population française, possédait un quart des terres

cultivées... Les riches propriétaires étaient les seigneurs vivant à la cour ou à la ville.

115

Au mot noble est lié le mot privilège.

PRIVILEGE. Du dictionnaire Universel de Furetière (XVII°), cité par J. Cornette dans

1789, Révolution, Consulat, Empire.

Privilège : Passe-droit, avantage particulier dont jouit une personne à l’exclusion de plusieurs

autres, qui lui vient par le bienfait de son souverain.

Oui, les gens des hautes castes népalais bénéficiaient de privilèges. Ils sont bien

comparables à notre noblesse des années 1789. Et les hautes castes népalaises exercent

toujours leur pouvoir sur l’ensemble de la société. De Michelle Kergoat, de R. Shaha, de

J. Mosca :

L’élite monolithique et imperméable... avide de biens fonciers et de pouvoir.

Ranas et Shah doivent faire oublier que ce qui les a conduit au pouvoir est un processus de

colonisation car les hautes castes venues (ou supposées telles) des états voisins de l’Inde se sont

installées, se sont emparées du pouvoir en supplantant les autorités locales, et ont imposé leur

culture et leurs propres valeurs particulièrement l’hindouisme.

Une classe dirigeante dont les membres sont liés par de forts intérêts communs et qui partagent les

mêmes objectifs et méthodes... et de quelques membres d’autres ethnies, dont certains ont été

assimilés à ces hautes castes.

Améliorer la condition du peuple n’était pas la principale préoccupation des gouvernements des rois

successifs. Les organes du gouvernement étaient utilisés largement pour obtenir des gains

personnels alors que le peuple était plus exploité que bénéficiaire.

Quant à leurs qualités humaines :

Des personnages à la fois perfides et traitres, cruels et arrogants envers les plus faibles, platement

bas quand ils attendent une faveur... Leur temps est occupé par des fêtes la nuit, par le sommeil et

les rites religieux le jour... Ils n’ont que mépris pour les actes commerciaux, l’art, la littérature,

l’architecture... seule la possession de terres ou des fonctions militaires leur semblent dignes d’eux.

115


Comme notre noblesse, les gens de caste se divisent en personnes qui sont proches du

pouvoir et celles qui habitent la province. Les gens de caste vivant dans la cuvette de

Katmandu -parmi ces gens de caste, quelques rares Tribaux, des Newars, une poignée de

116

Gurungs, quantités négligeables- constituent une minorité proche du roi, ils retirent de

cette proximité des avantages, soit dit par un autre mot : des privilèges. Ces privilèges

sont accordés par les rois qui, en retour, bénéficient de la fidélité et de l’obéissance de

ces gens de caste ou assimilés. N’oublions pas que les rois sont propriétaires des terres

que nous appelons en France les propriétés domaniales...Quelques privilèges classiques :

- Rajïas, le roi offre des terres en pleine propriété pour s’assurer ou conserver le

loyalisme d’un sujet.

- Birta, le roi donne des terres ou des biens en remerciement d’un service rendu.

- Jagir, le roi accorde l’exploitation de terres pour une durée déterminée. Les gérants

sont maîtres sur ces terres, ils y rendent la justice. Evidemment ils conduisent en général

au servage les paysans qu’ils emploient. Voir ci-dessous la définition de la pratique du

kamalaya, système qui perdure dans les faits.

- Kut, des terres sont mises en adjucation. Seul, le rapport est pris en compte.

- Guti. Des terres sont offertes à des Bahuns, prêtres de l’hindouisme sous réserve qu’ils

pratiquent un intense prosélytisme.

Les membres des hautes castes habitant la campagne, s’ils n’étaient pas proches du

pouvoir, bénéficiaient néanmoins d’autres privilèges. Ils avaient d’abord la supériorité

que leur conférait leur naissance. De plus s’ils étaient Bahuns ils étaient prêtres, ils

occupaient les postes de l’administration locale, s’ils étaient Chétri, ils bénéficiaient de

l’assistance de l’autorité militaire et policière puisque c’est dans cette caste qu’étaient

choisis les gradés de ces corps. Ensuite ils étaient instruits. Tous avaient acquis une

certaine maîtrise du sanscrit et du népali, énorme moyen de pression face à des gens

analphabètes qui, pour la plupart, ne parlaient même pas la langue nationale.

Pour ces gens de caste, par exemple, les tribaux habitants les piémonts himalayens

étaient :

Tous des Matwali.

116


Des buveurs d’alcool. Un jeune Bahuns à l’auteur :

Pourquoi les aider ? Des Matwali qui ne savent même pas lire !

Je l’ai raconté ailleurs, Dawa Yangzi ma femme qui habite Pangbotché dans le Khumbu

a besoin de pierres pour construire sa maison. Mais elle ne peut en prendre sans une

autorisation délivrée par le Parc national de Sagarmatha. Les bureaux du Parc sont à

117

Namché Bazar elle doit donc s’y rendre, au moins onze heures de marche pour l’aller et

le retour. Elle est enceinte de huit mois qu’importe, elle ne peut déléguer ! :

Je suis obligée

Elle est à l’entrée du bureau, trois fonctionnaires discutent. Un bref regard de l’un, pas

une interrogation, la conversation se poursuit. Pourquoi se déranger ce n’est qu’une

Tribale, une femme, une Sherpani. Longue attente, puis un des fonctionnaires lui fait

signe. Elle s’approche, elle explique, lui remet la demande de prélèvement. Tout en

continuant à discuter, sans la regarder, il le signe, la lui tend sans lever la tête. Deuxième

exemple : Dawa Yangzi est dans une banque à Katmandu, ne sachant ni lire ni écrire,

elle ne peut remplir un imprimé. Elle questionne plusieurs fois la personne au guichet,

une badgé, celle-ci ne répond pas. Dédain, mépris, ces Tribaux ont besoin de leçons !

Troisième exemple : Dawa Yangzi va payer les frais de scolarité de nos enfants qui vont

dans une école privée. La comptable a pris ses papiers et commence à calculer, une

femme en sari arrive, écarte Dawa Yangzi, pose ses documents sur ceux de Danzi, la

comptable s’empresse de les prendre...

DES NOBLES ET DES SERFS KAMALARIS

Dans les villages les Bahuns et les Chétri, en tant que seuls lettrés du village, sont des interlocuteurs

inévitables dans les relations entre les populations et les administrations.

Pour les gens des hautes castes l’autre, qu’il soit artisan, artiste... Dalit-Indigenous-Paria-

Intouchable : Damaï, Sarki, Gaï, Kami, Badi... est un être inférieur. Les Dalits, souvent,

plus que les autres, qui ont été victimes de la pratique nommée Kamalaya. Qu’est cette

pratique Kamalaya qui donne naissance à des Kamalaris, des serfs !

Un patron prête à son employé de l’argent à de tels taux que l’employé et ses descendants ne

pourront jamais le rembourser.

117


Cet employé finit ainsi, lui et ses descendants, par être lié à son employeur, devenant un

véritable serf. Il y a encore aujourd’hui au Népal de véritables serfs ! Rising Nepal, 17

mai 2010.

A decade has passed since the government declared that all Kamalaris were free. But about 1.128

Kamalaris still remain to be rescued in the mid and far-western regions of Nepal.

S’ajoutent d’autres pratiques de type féodal-esclavagiste : on dit que c’était en terres

Tamang que les rois allaient chercher leurs maitresses pour constituer leur harem. Peut-

118

on imaginer, au cours des siècles, un droit de cuissage des gens de haute caste exercé sur

les tribales ? Evidemment, le statut de la femme népalaise autorise bien des choses. Quel

Occidental connaît la deuki pratha, la pratique du deuki ou badini ? On abandonne une

gamine devant un temple, ou on la confie à un couple riche qui l’utilise comme bonne à

tout faire !

AUJOURD’HUI

Les castes ont été dissoutes en 1963, légalement elles n’existent plus. Sont-elles sans

influence dans les faits ? Evidemment non, rien n’a changé. Il suffit, pour le vérifier, de

noter le nombre de Bahuns et de Chétri chez les maîtres de la société népalaise : haute

administration, armée, police, chez les politiques, mais aussi dans le grand business,

l’industrie, depuis peu l’immobilier... Dans l’acquisition de terres rien n’a changé. 2010 :

Plaine de Trisuli :

- A Qui appartient cette terre ?

Environ 60 hectares.

- Un de Katmandu est venu il a tout acheté.

Versant nord du col de Kakani.

- Sur cette colline il n’y a plus rien à vendre, un Badgé a achetée.

L’élection du Président de la République népalaise et de son Vice-président qui a eu lieu

en 2006, après dix ans de guerre civile et une deuxième révolution, a porté au pouvoir

deux Brahmanes Madeshi !

118


Heureusement, des choses ont quand même changé : aujourd’hui on trouve de nombreux

jeunes membres des hautes classes qui sont membres du parti communiste réformiste

U.M.L. et même du parti communiste maoïste. A défaut, qui sont mao-badi (partisans

des maoïstes, sympathisants maoïstes). Rares ceux qui ont rejoint ces mouvements parce

qu’ils n’ont pas obtenu quelque faveur, par intérêt, par dépit. Nombreux sont ceux, et

cela est à souligner, qui les ont rejoints parce qu’ils ont été inspirés par un sentiment de

justice, par la simple générosité. Une remarque : tous, étaient capables de lire l’anglais

et donc les livres des révolutionnaires de Marx, Engels, Lénine, Mao Zedong. Ces livres

119

sont disponibles au Népal.

Les gens des hautes castes ne sont pas aimés des Tribaux mais combien d’entre-eux ont

osé afficher leur réprobation ou leur haine ? Les mouvements de révolte regroupant des

Tribaux-Indigenous sont de création récente (voir plus loin.). Que de raisons à cela ! La

plus importante : ce peuple était contraint au silence.

Nous expliquons ci-dessous le rôle des gens des classes dominantes dans la haute

administration, la religion, l’armée et la police.

LES HAUTES CASTES DANS LA HAUTE ADMINISTRATION

Les gens des hautes castes ont toujours dirigé la haute administration. Déjà, dans

l’entourage des premiers rois Shah apparaissaient les noms de Basnet, de Bandari, de

Pandey, de Thapa... Dans la période qui a suivi l’ouverture des frontières du Népal, les

noms de Koirala, de Paudel, de Sitaula, de Battaraï... pullulent. Et on retrouve, encore

aujourd’hui, ces patronymes dans toutes les classes dirigeantes.

La gestion du pays a toujours été réservée aux Bahuns, les prêtres de l’hindouisme,

experts en sanscrit, cousins des brahmanes du Teraï, proches des brahmanes indiens dont

ils ont la même formation et avec lesquels ils ont de nombreux contacts. De nos jours,

ces Bahuns occupent toujours les places déterminantes dans la haute administration. Et

ces Bahuns aux immenses pouvoirs ont façonné l’administration et l’ont adaptée à leur

comportement et à leurs besoins. Ce sont des personnes qui n’effectuent aucune tâche,

aucun travail : ils commandent à d’autres, la lenteur présidant toujours à leurs décisions.

A les voir, on se dit que ce sont eux qui ont inspirés les textes de Courteline. On vient au

119


ureau, on ne vient pas, si l’on vient, les premières heures du matin sont occupées à lire

le journal. Observez les locaux dans lesquels ils travaillent, même s’ils sont neufs, ils

donnent l’impression de vétusté. Observez les tables vides de tout dossier. Observez le

120

classement des archives vivantes, tout est en vrac sur des étagères. Quant aux archives

mortes on en trouve partout, même dans les recoins, sur les paliers des escaliers...

Et quel désordre dans le comportement ! Quelle complexité ils ont donné aux rouages

administratifs les plus simples. La moindre demande doit être précédée de démarches

complexes, remplir un document est une tâche ardue même pour une personne instruite.

Les personnes analphabètes, elles, n’ont qu’une solution, se faire assister par un membre

de l’administration, moyennant subsides évidemment. Le flou ne permet-il pas de

nombreuses interprétations propices à recevoir des commissions. Pour obtenir un acte de

naissance, aujourd’hui, an 2010, un Sherpa du Khumbu qui habite Katmandu est obligé

de monter à Khumjung. Aller et retour : deux heures d’avion, quatre à six jours de

marche, un à deux jours d’attente sur place. Si tout se passe bien car arrivé au gabissa

(mairie), il peut entendre :

La personne n’est pas là elle est redescendue à Katmandu (ou à Jiri, ou dans une autre préfecture), on

ne sait pas quand elle reviendra.

Celle qui est chargée de Khumjung est présente 15 à 20 jours par an !

Juin 2010, une Sherpani résidant à Katmandu se présente dans un bureau pour demander

des actes de naissance. Le préposé demande :

- 7000 roupies.

A ces 7000 roupies il faudra rajouter 3000 roupies pour avoir le document. 10.000

roupies, la valeur de deux smic kathmandouites ! Pour obtenir un passeport un natif du

Khumbu doit aller à Saléri. S’il habite Katmandu : aller et retour : deux heures d’avion,

deux jours de marche, un ou deux jours sur place. S’il s’agit d’une mineure, il faut que

les parents soient là, s’ils habitent le Khumbu, ils descendent : six à huit jours de marche

au moins aller et retour !

Quant aux vides administratifs ils sont himalayens. Même dans la cuvette de Katmandu

les plans cadastraux ne sont pas terminés. Place au banditisme, quelle aubaine pour des

120


121

faux propriétaires de terrains ! Banlieue de Katmandu : une personne achète un terrain,

commence à construire. Le voisin s’insurge, il fait venir un groupe, le leader :

- Nous sommes des maoïstes, ce terrain est à moi.

Enquête du propriétaire, du secrétaire de mairie de la commune. Le leader est convoqué,

la police est là. Le leader est arrêté c’est un faux maoïste, un kao-badi, un voleur qui fait

partie d’un gang.

La conduite des véhicules, le comportement au volant illustre l’incurie des dirigeants. Il

a donné naissance à la formule :

Les Népalais se comportent comme ils conduisent !

Les Népalais conduisent comme ils se comportent !

Autre grief que l’on doit formuler à l’égard de cette administration : son influence s’est

limitée à la cuvette de Katmandu -600 kilomètres carrés contre 141.000 pour l’ensemble

du pays- et à quelques rares régions. Des régions entières sont négligées, oubliées :

The area has been neglected by the state for centuries...

Ce dont ont tiré parti les maoïstes quand, au cours de la guerre, ils ont cherché des zones

refuges sur lesquelles ils pouvaient exercer leur autorité.

Ces privilégiés du système ont de plus construit un état hindou, la laïcité est un mot

inconnu au Népal. Naïfs occidentaux qui ont parlé de tolérance des Népalais parce qu’il

n’y avait pas eu dans ce pays de franche guerre de religion. 85 à 90 % de la population

est hindouiste, comment les adeptes d’autres religions dont les bouddhistes localisés

dans des zones bien précises auraient-ils pu s’imposer ? De plus le népali-sanscrit est à la

base de la formation d’un élève d’une école gouvernementale. L’école gouvernementale

est une école hindoue, exemples dans la banlieue de Katmandu :

- celle de Pasikot près de Buddhanilgantha –mais ce genre de chose est classique- un

temple hindouiste est construit dans la cour, à trois mètres des salles de classe.

- remise des prix de fin d’année à l’école gouvernementale de Golfutar : le directeur

appose sur le front des bons élèves un tika dont la taille va décroissant : les premiers de

la classe bénéficient d’un énorme tika, les derniers n’ont rien.

121


Ecrasée la pourtant riche civilisation Newar, oubliée la religion bouddhique.

122

Trop occupés par leurs propres affaires, ces hauts fonctionnaires n’ont jamais eu le sens

de l’Etat. Celui qu’ils ont créé est un Etat bancal. Ont-ils créé une Nation ? Non, il n’y a

pas de Nation népalaise. Il n’y a qu’un conglomérat d’intérêts, d’ethnies... Le Tamang

est avant tout Tamang, le Sherpa, Sherpa, le Newar, Newar... Chacun vit dans Sa région,

se marie avec un membre de Son ethnie. Le Madeshi vit dans le Madesh et regarde vers

l’Inde, le Dol-pa, le Larkya-pa, vit au Népal mais se sent Tibétain... Autant de régions,

autant d’ethnies, autant de réseaux. Même chose pour les castes, 2010 :

Family displaced for inter-caste marriage.

Mais tous sont dominés par les gérants qui habitent la cuvette de Katmandu, ils leur

doivent obéissance. En cas de désobéissance, de trouble, la police (ou l’armée) accourt

qui impose, qui punit... Manière drastique, salut les Droits de l’Homme ! Les Chétri se

sont réservé le métier des armes, parmi eux des membres de l’ancienne famille Rana, les

Kunwar, les Shamsher.

LES HAUTES CASTES DANS LA POLICE ET L’ARMEE

DANS L’ARMEE.

En France, en 1789, de Hubert Méthivier :

L’édit de Ségur, réserve les sous-lieutenances dans la cavalerie et l’infanterie aux nobles. Les écoles

militaires exigent la noblesse et en 1788, les roturiers sortis du rang ne peuvent dépasser le grade de

lieutenant.

Nous sommes en France, en 1788, des cahiers de doléances sont envoyés au roi. Parmi

eux celui de Lauris (près d’Aix en Provence). En voici un extrait.

Fermer l’entrée des emplois et des professions honorables à la classe la plus nombreuse et la plus

utile, c’est étouffer le génie, le talent... La noblesse jouit de tout, possède tout, et voudrait

s’affranchir de tout ; cependant si la noblesse commande les armées, c’est le tiers état qui les

compose ; si la noblesse verse une goutte de sang, le tiers état en répand des ruisseaux...

Au Népal, il faut distinguer la haute hiérarchie militaire qui est composée de membres de

la caste des Chétri (nombreux Chétri ranas) avec quelques rares Bahuns ou Newars ou

Gurungs, ces deux derniers accédant quelquefois aux grades supérieurs mais

122


exceptionnellement aux grades d’officiers supérieurs ou généraux- et les hommes de

troupe ou les simples policiers qui sont, évidemment, souvent des Tribaux.

Qui en dit long sur le fonctionnement des institutions népalaises, après la deuxième

révolution, le nombre de Tribaux occupant des postes d’officiers supérieurs est infime.

Rien n’a changé et on retrouve même à la tête des états-majors de la police et de l’armée

des Rana Shamsher (e) qui font suivre leur nom de Jung Bahadur. Toute la littérature est

unanime :

L’armée népalaise est commandée par des Chétri. C’est l’armée du roi.

123

Le roi est de la classe Chétri. La haute hiérarchie militaire, elle, affirme en toute

simplicité-duplicité, que l’armée est composée :

D’hommes de sang-froid qui ont le sens de l’honneur, qui sont là pour soutenir un régime honorable

et non celui de l’argent.

La caste des Chétri a toujours été, face aux Tribaux, tout à la fois l’alliée et la

concurrente directe de ces Bahuns pour la possession du pouvoir. Relire sous le titre

Géographie humaine ce qui a trait aux complexes relations entre ces deux castes. Les

luttes entre le roi et la haute administration Bahuns ont été incessantes, l’armée étant

toujours du côté du roi.

Etait-elle une armée formée pour défendre le pays en cas de guerre avec un des pays

voisins du Népal ? Non, évidemment. Que pourrait-elle faire si le Népal entrait en guerre

avec un de ses deux puissants voisins, l’Inde ou la Chine -rapport des populations égale

44 !- Dans son histoire, les seules véritables guerres que cette armée a eu à soutenir sont

celles bien lointaines qui ont permis aux rois Shah d’unifier le pays, celle qui a eu pour

but le pillage de monastères au Tibet, puis, plus récemment, celle qui l’a opposée aux

troupes britanniques. L’armée est en réalité une simple force de maintien de l’ordre au

service du roi. Cette armée n’a d’ailleurs jamais eu l’ambition de prendre le pouvoir. Au

temps de l’assassinat du roi Birendra, le général chef de l’état-major à des diplomates

européens :

Le pouvoir, si je l’avais voulu, je l’avais, là, dans la main.

C’était une armée passive, son état-major, plus préoccupé par les cérémonies, les défilés,

les costumes d’apparats constellés de médailles, que par les combats. Indiquons, lueur

amusante dans la noirceur de l’ancien Népal, que le budget militaire était, avant

123


l’insurrection maoïste, un des plus faibles des pays de la terre. Et il le serait sans doute

resté si les U.S.A., l’Angleterre, l’Inde... n’étaient venus jouer les colonialistes

124

s’immisçant dans les affaires d’autrui en obligeant l’armée népalaise à combattre les

maoïstes -Il semble que la France ne s’est pas engagée : lucidité, courage, désintérêt ?

L’avenir nous apprendra le rôle exact qu’elle a joué-

Les chefs de gouvernement de ces pays ont donc mis en place, par le moyen que l’on

sait, le roi Gyanendra, frère de Birendra. Ce dernier se refusant de lancer l’armée contre

les maoïstes au motif que ceux-ci étaient des Népalais et que l’armée était là pour

combattre des forces extérieures au pays. Puis ces étrangers ont fourni à l’armée

népalaise, des fonds, une assistance militaire : conseillers, des milliers d’armes

automatiques, quelques hélicoptères –Eurocopter : révélé par Amnesty international-

La Royal Népal Army, la R.N.A. ainsi équipée s’est donc trouvée confrontée à la People

Libération Army, la P.L.A. des maoïstes. Et tout, a soudainement changé. Avec cette

guerre civile, la R.N.A est devenue une armée de combat.

Dans ses débuts, la guerre opposait les seules forces de police et les maoïstes, puis la

police n’arrivant pas à dominer les insurgés, l’armée, nouvellement équipée, a été

engagée. Ensuite, le roi Gyanendra s’étant rapidement rendu compte que, seule, son

armée même équipée d’armes modernes n’arrivait pas à dominer l’armée maoïste, il a

fait équiper la police par la coalition des pays anti-maoïstes. Il était tristement amusant

de voir soudain les hauts gradés de la police et le roi parader côte à côte, de voir soudain

cette police vêtue de neuf, dotée d’armées automatiques...

Malgré cela, le combat est resté inégal. D’un côté une armée et une police certes bien

équipées mais commandées par des officiers, nantis du régime, de l’autre, des hommes,

des Jungle Manchés, des Hommes des bois, issus du peuple se battant pour un idéal,

pour améliorer la condition des misérables, la leur, celle de leur famille. Des Jungle-

Manches se dissimulant dans les forêts, des hommes rudes, durs au mal, habitués aux

marches interminables, aux portages inhumains. Des hommes vivant souvent comme des

animaux sauvages. La carte était jouée d’avance. L’armée n’a donc pas obtenu de

résultats probants. C’est pourquoi, à la fin du conflit, les maoïstes occupaient presque

tout le pays.

124


A signaler : l’armée et la police n’entretiennent pas de bonnes relations. L’armée accuse

la police de corruption, d’être complice de malfrats. Au cours de la guerre, un poste de

police est attaqué par des maoïstes, mais les militaires du poste militaire voisin refusent

125

d’aller leur prêter main forte.

La Royal Népal Army a-t-elle été irréprochable ? A la fin de la guerre, l’O.N.U., et

Amnesty International..., accuseront des officiers généraux de la Royal Népal Army de

crimes contre l’Humanité. Nous en reparlerons.

DANS LA POLICE

La réputation de la police est exécrable, elle est haïe par la population. Un vol est

commis dans notre maison, un voisin :

- Surtout n’allez pas le dire à la police.

Car on dit la police complice des voleurs, corrompue, inefficace. Malgré cet

avertissement nous y allons. Regards étonnés des policiers qui prennent quelques notes.

Aucune véritable enquête évidemment. Inefficace, elle l’est si on la juge sur la façon de

conduire les véhicules des Népalais et son laxisme en face des fautes que les conducteurs

commettent à chaque instant sous ses yeux. -voir dans le site

http:/www.nepalsherpasig.fr/ le titre : Conduire au Népal- Circulation sinusoïdale,

vitesse excessive conduisant à des accidents mortels commis sous leurs yeux, arrêts et

stationnement anarchique, jeunes motards fils a papa aux pots d’échappements modifiés,

utilisation injustifiée et excessive des klaxons, celui de route en ville compris...

Fin des vacances du Dasagn, les bus sont bondés, des voyageurs s’entassent sur les toits

des véhicules. Une émission de télévision : un journaliste à un policier de grade élevé :

- Vous regardez, vous ne faites rien.

Réponse de ce gradé.

- On les arrête, on retire le permis du conducteur, on leur fait payer une amande mais ils

recommencent.

Sic. La réalité : le conducteur fautif donne un billet au policier et tout recommence.

Brutalités commises par des policiers : au cours de la guerre civile combien de

disparitions, de personnes torturées, qui étaient souvent de simples paysans, les maoïstes

ayant fui dans la forêt. Voir opérations Roméo, Research and Kill... Amnesty

125


126

International et l’O.N.U. en ont rendu compte. A noter que de nombreux Rana-

Shamsher (e) occupent également des hauts commandements dans la police.

HAUTES CASTES DANS LA POLITIQUE

Les deux hautes castes sont, tout à la fois alliées et concurrentes. Ce qu’on lit dans le

Mahabarata sur la lutte qui a opposé les brahmanes et les Chétri se retrouve encore dans

la vie sociale, économique et politique d’aujourd’hui.

Ces deux hautes castes sont, non seulement toujours présentes dans la politique, mais ce

sont elles qui donnent le plus grand nombre de leaders aux formations politiques. Les

noms de Koïrala, Thapa, Battaraï, Paudel... se retrouvent à la tête de tous les partis

politiques. L’assujettissement au religieux des Tribaux-Indigenous, des membres des

basses castes, leur totale absence de culture et de maturité politique, les place sous la

coupe des prêtres-Bahuns.

Le chef du parti communiste maoïste, Pushpa Kamal Dahal et son second Baburam

Battaraï sont eux-mêmes des Bahuns, mais eux se sont élevés contre les personnes de

leur caste, ils ont fait la guerre pendant dix ans contre leurs forces de l’ordre. Le fait que

de nombreux gens de caste se retrouvent dans les rangs des maoïstes s’explique parce

que dans un récent passé seuls les gens de castes, fréquentaient l’école, ont appris

suffisamment d’anglais pour être capables de lire les textes des écrivains

révolutionnaires : Marx, Lénine, Mao Zedong. On entend parfois des Népalais et des

Occidentaux qui sont dans le business affirmer :

Le parti maoïste est comme les autres, il est dirigé par des gens des hautes castes qui ne sont là que

pour accéder au pouvoir.

Effectivement on retrouve à la tête de ce parti quelques gens de haute caste mais d’une

part ils sont en petit nombre alors que dans les autres partis ils occupent toutes les

places, d’autre part ces gens des hautes castes étaient sur le terrain pendant la guerre et

leur tête était mise à prix : 5 millions de roupies pour le leader Prachanda, 3 millions

pour les seconds. Des sommes énormes !

126


Mais si les partis de droite possèdent de véritables politiciens, des conseillers en tout

genre, des gestionnaires, des juristes... l’extrême gauche n’en possède que fort peu. C’est

ce qui fera dire à une personnalité du monde diplomatique français devant un nombreux

auditoire, parlant des maoïstes au pouvoir :

Ils sont nuls.

Oui votre Excellence, ils étaient souvent incompétents, ils manquaient de formation

politique, ils n’avaient aucune notion de droit, ils ne connaissaient pas les rouages du

gouvernement, les subtilités de l’administration, les manières de la diplomatie. Ils étaient

tout à la fois naïfs et rudes et, dans les débats, ils avaient l’inflexibilité de l’idéaliste.

Mais, votre Excellence, vous n’auriez pas dû dire cela. Les paroles que vous avez

prononcées sont peu élégantes. Vous avez oublié que ces personnes étaient les Sans-

culottes népalais qui venaient de lutter pendant dix ans contre une monarchie absolue, un

régime féodal. Vous avez oublié que ces personnes étaient des révolutionnaires qui

venaient de vivre dix ans traqués par la police et par l’armée, qui venaient de se battre,

qui s’étaient cachés dans les forêts, qui avaient eu faim, froid, qui avaient vu les leurs

disparaître, être torturés, mourir à leur côté. Piètre formation pour assurer des relations

mondaines, pour dominer un savoir faire politique, pour savoir diriger un pays.

CORRUPTION, PREVARICATION, CONCUSSION, NEPOTISME

CORRUPTION...

On lit :

127

- Le Népal occupe la 37 ème place sur 180 pour la corruption.

- Le ministre du commerce X a déclenché le scandale du Sugargate, il a touché des commissions sur

les importations de sucre indien.

- Réorganisation de la Royal Népal Airline Corporation. Le premier ministre a reçu de notables

commissions.

- ...

On obtiendrait un sérieux dossier si tous les cas de corruption, de prévarication, de

malversation, de concussion, de trafic d’influence, qui se sont produits au Népal étaient

simplement répertoriés. On peut s’amuser à dire que la corruption et le népotisme

ont été et sont encore les deux mamelles des institutions népalaises. La corruption

127


n’était ni admise, ni tolérée, elle était habituelle, normalisée, institutionnalisée. Quand la

commission anti-corruption a été créée, un ancien ministre a déclaré à un journaliste :

S’ils croient qu’ils vont arriver à la supprimer ! La supprimer est impossible !

Il est de fait que sur tous les grands projets des énormes pourcentages étaient prélevés.

Or le total des aides indiennes, européennes, américaines, du Japon... est, aujourd’hui

encore, toujours supérieur à 50 % du budget de fonctionnement du pays. Et on lit que 90

à 95 % des sommes étaient détournées ! Imaginez ce que représente 90 % du montant

des travaux de construction d’une route, d’un pont, d’un bâtiment et comparez-le au

salaire d’un fonctionnaire même supérieur ! Il était si facile d’indiquer dans les

justificatifs, quand ils étaient demandés, de faux nombres de jours de travail, de faux

prix des matériaux, de fausses quantités de matériaux.... Ceci explique la lassitude de

certains pays qui, au début de l’ouverture des frontières, ont puissamment aidé le Népal

–dont la France- puis ont brutalement arrêté leurs aides. A Pokhara, dans l’enceinte de

l’International Mountain Museum, se dressent deux murs d’escalade. L’un pourtant

128

financé par les suspicieux Japonais a coûté 23 laks (23.000.000 roupies), il mesure 9

mètres de hauteur, l’autre, financé et construit par l’Ambassade de France et moi-même

mesure un peu plus de 21 mètres de hauteur, il a coûté moins de 9 laks (9.000.000

roupies). C’est connu, les magouilleurs français ouvrent des comptes bancaires en

Suisse, il serait intéressant de connaître, le nombre de comptes bancaires ouverts en Inde

par des Népalais ayant occupé une fonction dans un gouvernement, et les sommes qu’ils

abritent. Il est de notoriété publique puisque des dirigeants ont été condamnés, que lors

des tractations pour la remise à flot de la Royal Népal Airlines Corporation (la R.N.A.C.,

amusant acronyme !), d’énormes sommes ont été versées. A qui ? Combien ?

Dès qu’il y avait quatre sous à tirer l’administration était toujours vigilante. Il m’a fallu

six ans parce que je n’ai pas voulu m’adresser aux responsables du Parc de Sagarmatha,

le financement étant déposé dans une banque, pour que commencent les travaux

d’électrification du village de Pangbotché au pied de Sagarmatha. Travaux qui, une fois

l’autorisation obtenue, ont été terminés en quelques semaines. Pour des raisons

analogues, il m’a fallu vingt-cinq ans pour faire construire trois salles de classe et un

mur d’escalade pour l’enseignement des métiers de la montagne !

128


129

Corruption : 40 à 45 % du budget népalais provient de la perception de taxes et des

impôts, mais combien de fausses déclarations de revenus ?

J’inscris X, vous économisez Y. On partage!

Sur les aides internationales il est bien facile, étant donné l’incompétence et le honteux

laxisme des donneurs, de prélever ce que l’on désire. Pourquoi le projet qui avait pour

but l’alimentation en eau potable de la cuvette de Katmandu s’est-il arrêté à la

construction de la route et des ouvrages de génie civil de la route qui conduit à Tankot,

au niveau du barrage sur la Melamchi kola ?

Pour le fonctionnaire subalterne, la commission, petite cousine de la corruption, est

banalisée. Votre dossier est au bas d’une pile, remettez la valeur d’une journée de travail

au fonctionnaire responsable et il est soudainement au-dessus de la pile. Le problème

que vous posez est insoluble, il manque un document, un formulaire est mal rempli, des

dates interdisent d’obtenir une inscription... Versez la valeur de une à N journées de

travail et la solution du problème s’inscrit tout à coup, évidente. Si le fonctionnaire est

correct il établit le dossier en dehors des heures de service...

Pauvres Tribaux illettrés ! Un géomètre relève des dimensions pour établir le plan

cadastral d’une commune. A chaque propriétaire illettré -qui ne sait pas se servir d’un

décamètre-, il déclare :

3000 roupies sinon j’inscris les dimensions intérieures des murs.

Ce policier arrête un conducteur en infraction. Attitude logique, le policier confisque le

permis que le conducteur viendra reprendre au commissariat après paiement de

l’amende. Pratiquement, le conducteur glisse le montant d’une à deux journées de travail

à l’agent verbalisateur qui, au vu de tous, rend le permis et glisse l’argent dans sa poche.

Transmis par un officier à la retraite : L’armée doit envoyer des militaires servir dans un

organisme international. Un gradé décide du choix des hommes, il tient aux quelques

élus un discours de ce type :

Je pense vous proposer pour..., votre salaire va être sérieusement augmenté, x% pour les frais de

votre hiérarchie. Rompez.

Au cours de la guerre civile, lorsque des maisons étaient brûlées par les maoïstes, l’Etat

versait une indemnité au propriétaire. La maison située hors de la cuvette de Katmandu

129


d’une haute personnalité du monde politique est entièrement détruite par le feu. Cette

personnalité, dans les mois qui suivent, fait construire une somptueuse maison dans une

130

banlieue de Katmandu. Ayant un esprit malveillant je pose la question : « Quel est

l’auteur de l’incendie ? »

NEPOTISME

Deuxième mamelle des institutions népalaises, le népotisme. Cette pratique est, au

Népal, non pas tolérée, elle est considérée comme une chose normale qui ne suscite que

rarement des critiques, quelquefois des allusions, rarement un entrefilet dans la presse.

La fille de ce politique célèbre est plusieurs fois ministre, la femme de cet adatché

(maire) obtient un poste convoité... Les exemples pullulent, les gens sourient, une voix

se fait quelquefois entendre qui situe le problème au-dessus du cas ponctuel :

Comment sont recrutés les hauts fonctionnaires ?

Comment arrive-t-on aux grades supérieurs dans l’armée ? Dans la police ? »

INFLUENCE DES CLERGES

De La France de l’ancien régime :

Une théocratie faisant du trône et de l’autel les pièces fondamentales de la construction sociale.

De Michelle Kergoat :

La volonté de renforcer et de faire du Népal un royaume hindou... Avec le roi et l’unité de langage,

l’hindouisme est le troisième pilier sur lequel les dirigeants ont voulu fonder l’unité népalaise.

Sur le plan religieux l’hindouisme et le bouddhisme sont les principales religions de ce

peuple. Coexistence pacifique ! S’extasient les Occidentaux. De fait, le bouddhisme,

hétérodoxie de l’hindouisme, n’a pas été combattu ouvertement et par les armes par les

hindouistes comme le protestantisme l’a été durement par les adeptes de notre religion

officielle. C’est que, en France, les Réformistes présentaient un réel danger pour l’église

orthodoxe alors qu’au Népal la puissance de l’église réformée était négligeable.

L’hindouisme était, est toujours, la religion la plus puissante. On compte 80 à 90% de

Népalais qui pratiquent cette religion, pure ou altérée par d’autres croyances. Pourtant

c’est le bouddhisme qui est le plus perçu par les Occidentaux. Ceci s’explique : il

130


131

possède, phénomène récent lié au tourisme, un clergé pléthorique portant costume

religieux. Les Bahuns-prêtres de l’hindouisme, eux, ne se distinguent pas, leur cordon

est rarement visible. Quant aux constructions, les stupas bouddhiques, les gompas et les

lamaseries sont en grand nombre, ce sont de vastes bâtiments, aux toitures dorées... A

part Pashupathinath les temples hindouistes passent facilement inaperçus.

Quoiqu’il en soit, l’hindouisme domine et le trekkeur ne devrait pas oublier que cette

religion est encore, dans les faits, religion d’état. Il ne devrait pas oublier non plus que

les prêtres de l’hindouisme, les Bahuns, dictent toujours au peuple les manières de se

comporter... et la bonne façon de voter ! Enfin il ne devrait pas oublier que dans tous les

peuples inféodés au religieux, les dévots cherchent, avant tout, à obtenir leur salut, à

améliorer leur karma. Par une soumission aux prêtres, la répétition de prières, de

formules incantatoires, des pratiques ésotériques... au détriment des actes qui pourraient

faire évoluer la vie sociale, réduire la misère. Ici, comme ailleurs, les églises népalaises

sont des éléments de stabilité des institutions figées.

Peut-on comparer les Français et leur clergé de 1789 et les Népalais et leurs trois clergés

les plus importants ? Celui de l’hindouisme, celui des bouddhismes, celui des

chamanismes ? Oui et non. La France était au moment de la révolution une grande

nation catholique, le Népal est, aujourd’hui dans les faits, un pays hindou. Ce pays se

proclamait il y a trois ans à peine monarchie hindouiste. Les rois de France étaient les

grands défenseurs de l’église chrétienne, les rois Shah ont tous été des grands prosélytes

de l’hindouisme, ils ont imposé l’hindouisme comme religion d’état. Les rois de France

étaient rois de droit divin, les rois du Népal s’affirment des incarnations de Vichnu.

Les hindouistes ont-ils été tolérants avec les bouddhistes et les musulmans ? Constat : ils

ne les ont jamais combattus par les armes. Mais quel besoin avaient-ils de les

combattre ? Ces bouddhistes habitaient les piémonts des montagnes au loin, ils étaient

pauvres, illettrés, sans influence sur le peuple. Leurs prêtres, les lamas ne savaient même

pas écrire le sanscrit, ils utilisaient l’alphabet tibétain pour écrire leur dogme, le tibétain

pour réciter leurs prières. Les chamanes, eux, étaient totalement analphabètes. Quand

aux musulmans, ils ne forment que des îlots de population. La seule ethnie qui aurait pu

131


présenter un danger, celle des Newars de la cuvette de Katmandu, a été écrasée par le roi

132

Prithwi. D’ailleurs, ces Newars se sont façonnés une religion qui accorde à l’hindouisme

une belle part. Les hindouistes verrouillent donc tout : la politique, l’économie,

l’enseignement, l’armée, la police et la religion.

L’école française était, au temps de la révolution, sous la coupe des prêtres, encore

aujourd’hui la laïcité n’existe pas au Népal. On ne dit pas école laïque, on dit l’école

gouvernementale. Répétons, combien de ces écoles gouvernementales possèdent un

temple hindou dans leur cour ? Le népali-sanscrit enseigné dans les écoles est

comparable au latin dans la vieille France. Le Bahuns le maîtrise comme le prêtre

français maîtrisait le latin. Même parallèle possible pour les bouddhistes en terres Bothe,

les illettrés sont encore plus nombreux qu’en terres hindouistes. Le tibétain est la

langue du dogme, des prières, des exvotos, pourtant le tibétain n’est pas le langage des

Bothe. Tout cela fait dire que le lama des piémonts himalayens est aux Bothes ce que le

Bahuns est aux hindouistes du Moyen et du Bas pays.

Le Français était illettré, le Népalais est aujourd’hui illettré à 55 %. Illettré signifie que

le peuple n’a que le Bahuns, le lama, le Jankrit, comme éducateur, qu’il est incapable de

lire un journal, qu’il est incapable de comprendre les journalistes des radios, les

commentateurs des chaînes de la télévision.

Tout cela perdure, le peuple népalais est encore aujourd’hui, après deux révolutions,

imprégné de religions hindoue, bouddhique, chamanique (musulmans et catholiques sont

négligés.). Allumez un poste de télévision népalais, zippez, immanquablement vous

tomberez sur trois ou quatre émissions religieuses. Lisez régulièrement, en 2010, un

quotidien Kathmandouite, vous apprendrez, article illustré d’une photo, que le Président

de la première République népalaise a assisté à un office, une assemblée religieuse

hindoue. Le Vice-président lui prononce un discours dans lequel il clame :

Social conflict could be resolved through promotion of spiritual knowledge.

Il n’était donc pas utile de se battre pendant dix ans et de faire deux révolutions !

Pourquoi ne l’a-t-il pas dit avant ?

Les leaders du bouddhisme Gélugpa, quant à eux, affirment :

132


Nous aspirons tous au bonheur... mais il faut cesser de le chercher à l’extérieur de nous... La

solution est dans une approche à la fois plus méditative et plus altruiste...

Rangez vos fusils maoïstes, méditez, rentrez en vous-même et cessez de vous plaindre.

Quant à la misère de vos familles, à vos morts prématurées, à vos souffrances, elles vont

être résolues par l’altruisme bouddhique. Vous avez de la chance, bénéficiant d’une

espérance de vie courte d’être plus près du nirvana grand vide que les Occidentaux.

Le prêtre du moyen âge devait être guérisseur, il devait réciter des prières sur des plaies,

le Bahuns-prêtre est aussi médecin. Une Newar :

Mon fils est malade, je l’accompagne au Bahuns.

Les Lumières ont éclairé les intellectuels français : les hommes possèdent les mêmes

droits. Ces intellectuels français ont transmis au peuple. Il n’y a pas eu de Lumières

133

népalaises. L’éducateur était homme de caste qui défendait le système des castes. Le

Dalit était né Dalit et il était condamné à rester Dalit. C’est cette terrible condamnation

qui a conduit des intouchables et des tribaux à devenir catholiques. D’autres, englobant

le problème des castes dans le problème général de la société, à devenir maoïstes. Ce

faisant ils tentaient d’échapper à leur destin.

Quelles attitudes ont les deux principaux clergés face aux différentes politiques et

religions présentes au Népal ? On peut admettre que majoritairement :

- l’aristocratie Bahuns s’est jointe (ou a été le support des) aux partis Pancha., royalistes,

ou Népali Congres –même si de nombreux jeunes Bahuns ont rejoint un des deux partis

communistes : U.M.L. ou maoïste- Nombreux parmi eux sont ceux qui l’ont fait par

conviction, par idéalisme ou par générosité, parce qu’ils désiraient sincèrement voir

changer la société. Certains d’entre-eux doivent pouvoir être comparés à ceux de nos

intellectuels et artistes français qui, après la Libération, ont adhéré au parti communiste.

- le parti U.M.L. Union Marxist Leninist, est, malgré son nom, l’avenir le confirmera, le

quotidien le démontre tous les jours, un parti de centre. Il est plus réformiste que

révolutionnaire bien qu’il ait réuni des opposants à l’ancien régime. Et c’est pourquoi un

nombre non négligeable de Chétri a rejoint ce parti. Et c’est pourquoi aussi, remarque

133


amusante, le lama des différents bouddhismes népalais s’est souvent rallié à lui. Ne

134

représentait-il pas une forme d’opposition à l’hindouisme dominateur ?

- nombreux sont les dirigeants maoïstes qui ont acquis une culture politique, ont lu les

textes des auteurs révolutionnaires : Marx, Lénine, Mao Zedong qui ont fondé leur

croyance sur le matérialisme dialectique. Ceux-là ne sont pas croyants, ils ne pratiquent

aucune religion. Ce qui n’empêche pas un grand nombre d’entre-eux d’afficher des

signes de croyance hindoue : tika... Contraintes électorales et attitudes démagogiques

sont liées.

ECONOMIE. LE SOCIAL

De Chauban dans Société and State building in Nepal.

Le règne Rana était sans nul doute autocratique, mais il a apporté la paix ainsi qu’un certain ordre

et la sécurité. Mais ce qui a suivi leur éjection a apporté à nouveau le régime d’une poignée de

privilégiés au lieu d’établir le règne des représentants du peuple.

Le Népal post-Ranas se caractérise, malgré sa rigidité, par le désordre social et par son

impuissance à créer une dynamique économique. En témoignent, les troubles sociaux

incessants, la guerre civile, les révolutions mais aussi l’absence de textes législatifs, ou,

quand ils existent, leur non application ou leur application partielle qui donnent

naissance à un laisser faire indescriptible. On peut illustrer cela par :

- l’invraisemblable façon de conduire les véhicules, l’oubli du Code de la route, le

puissant lobby des transporteurs, le laxisme intéressé des policiers. Tout cela entrainant

des morts, une intolérable pollution sonore et atmosphérique!

- les textes législatifs dont on détourne le sens, la falsification de chiffres... Dis par un

responsable, la main ouverte et tendue : « Cette clause vous interdit de ... » Puis dans un

sourire : « C’est pourquoi, sur le document, je modifie votre date de naissance. »

- ...

Dans quel état est ce pays ! L’intérêt, voilà quel était le but premier des dirigeants.

Chacun de ces dirigeants agissait dans sa sphère avec, pour but principal,

l’enrichissement. Que de lacunes dans la gestion du pays ! Aucun organisme comparable

à notre cour des comptes, aucun véritable contrôle permettant de déceler les

134


malhonnêtetés, les mauvaises gestions, les comptabilités et les déclarations fiscales

135

falsifiées...

Il n’y a eu, pendant des siècles, aucune instruction civique et partant, aucun respect de

l’autre. Observez les chalands dans un magasin, celui-là passe devant tout le monde, il

écarte les autres, celui-là s’impose par la voix à un commerçant qui est pourtant affairé

avec un client... Un groupe s’arrête au milieu d’un trottoir, indifférent au barrage qu’il

forme qui empêche toute circulation, celui-là gare sa moto en travers de la chaussée

étroite. Cette élégante conserve son parapluie pour se protéger du soleil alors qu’elle est

sur un trottoir ombragé surpeuplé. Ce paysan s’inquiète en ce début de mousson de

l’absence de pluie, il va sur la route qui domine ses terres et creuse une véritable

tranchée transversale pour capter les eaux d’un ruisselet. Les véhicules n’ont qu’à faire

demi-tour ! ...

Quant à l’absence de politique économique générale elle est incompréhensible,

inadmissible. Alors que le tourisme offre soudain la possibilité d’un puissant essor dans

tout le pays on le limite à quelques régions, on limite l’enrichissement à quelques

familles.

Mais là où ce dirigisme laxiste aura les effets les plus dramatiques c’est dans le domaine

social qu’il sera le plus visible. Il sera d’ailleurs la cause de la guerre civile qui durera

dix ans, de deux révolutions.

Où sont les textes législatifs protégeant les salariés ? Y a-t-il un Droit du travail ? Des

conventions collectives ? Des terrassiers creusent sous une falaise de graviers de

quelques dix mètres de hauteur. Phénomène connu, la dessiccation des granulats entraîne

la diminution de la cohésion des grains du sol, la falaise s’effondre suivant l’angle de

talus naturel. Plus de dix morts ! Application de textes, jugement du patron coupable ?

Non, évidemment, mais à la place de simples tractations entre les familles des morts et

ce patron. Des tractations à l’amiable, mot merveilleux ! Le patron décide :

- Votre mari est mort, vous avez deux enfants je vous donne deux laks et demi.

- Votre fils était jeune, je vous donne un lak.

135


Un lak, 100.000 roupies, pour des personnes qui gagnent 5.000 roupies par mois, c’est

une somme considérable, c’est deux ans de salaire. Pourtant, payer une vie 1.000 euros !

136

Et va pour un nouveau méfait ce patron criminel !

Que de lacunes ! Aucun organisme analogue à nos caisses de retraite : La retraite ici

chacun se la fait ou ne se la fait pas ! Les fonctionnaires en ont une minuscule. Mes

belles-sœurs n’en ont pas, elles se la font : Damou, 42 ans, 10.000 roupies d’économies,

100 euros ! Ang Phouty, 45 ans, 20.000 roupies, 200 euros d’économies ! Quant à ma

belle-mère, 72 ans, malgré l’état de sa colonne vertébrale usée par 70 ans de portages,

d’efforts, elle porte encore et travaille dans les champs.... Maladie, absence de véritables

soins. Les contorsions des chamanes, la récitation répétée de mantras, des aiguilles

enfoncées dans des endroits judicieux, les ficelles amulettes bouddhiques, soungti ou

autres, ne sont que du charlatanisme... Les tisanes dans lesquelles on a mis des pierres

finement broyées, ne sont que des remèdes de bonnes femmes, ce ne sont pas de

véritables médicaments. Où est la médecine moderne ? Elle est à Katmandu et dans

quelques grandes villes mais à quel prix ! Question : dans quel hôpital va se faire

soigner le Dalaï Lama quand il est malade ? J’ai indiqué dans le livre Sherpas

bouddhistes que le Lamatché de Tengbotché, lors d’une maladie, avait été descendu dans

un hôpital Kathmandouite pratiquant une banale médecine occidentale et qu’il y avait

été sauvé par de simples antibiotiques de type large spectre. Après trente ans de

fréquentation du Népal, je pense que notre médecine occidentale qui est issue de

millions d’heures de recherche scientifique est la seule médecine de qualité. Même si les

dirigeants des grands laboratoires sont des voyous qui se foutent de la misère du monde

et ne recherchent que le gain.

136


LES EQUIPEMENTS DU PAYS

Les choses les plus visibles de l’état lamentable des équipements du pays sont peut-être

celles se rapportant à la qualité des routes, à l’absence ou au non respect de lois sur

l’urbanisme. Qui est responsable ? Réponse évidente : Ce sont les gouvernants qui se

sont succédés depuis que le Népal a ouvert ses frontières. C'est-à-dire aujourd’hui, 2010,

depuis 60 ans ! Ceux qui ont gouverné le pays, nous les avons décrits dans les chapitres

précédents. Combien d’entre-eux ont eu le souci de l’Etat, le sens de la Nation ? Au

137

mieux, tous n’ont eu qu’un regard intéressé pour la cuvette de Katmandu et pour

quelques régions proches de cette cuvette. Mais le pays mesure 800 km de longueur !

INFRASTRUCTURES...

RESEAU ROUTIER

Le réseau routier est très faible. Un seul grand axe transversal : la route qui traverse le

Teraï d’est en ouest. Pratiquement une seule route permet l’acheminement des

marchandises indiennes : celle qui passe par le Teraï oriental, et est donc sous le contrôle

des Madeshi. Deux routes permettent de relier l’Inde à la Chine :

- la classique Arniko-Route du Tibet,

- celle, qui sera prochainement en service, qui suit le torrent Trisuli puis passe au col

Rasuwa situé au nord de Nuwakot, croquis 7.

Comme véritables routes qui partent de Katmandu on trouve :

- celle de Kakani, Nuwakot, Trisuli, Dunché.

- celle de Naubisé, Mowglin, Pokhara, frontière indienne.

- celle de Naubisé, Hetauda.

- celle de Kodari ou Arnico highway qui mène à la frontière chinoise et sur laquelle se

greffe à Dulikel la route de l’Est qui conduit au Teraï.

Mais hors les grands axes dans quel état sont ces routes ? Quel est l’état de leur

revêtement ? Quelle est leur largeur ? Les plus larges offrent au maximum trois petites

voies. Trois voies pour des routes surfréquentées, aux nombreux virages, sans même la

sécurité que donnent des bandes de sécurité ou d’interdiction, des barrières latérales !

137


Combien de morts causées par des chutes de véhicules dans les torrents ! Que de risques

prend un conducteur qui s’aventure sur une de ces routes !

Il existe en plus de ces routes des chemins carrossables, presque toujours construits par

les locaux, ils ne sont pas revêtus d’un enrobé, ils sont impraticables en période de

mousson et certains ne peuvent être utilisés que par des véhicules à quatre roues

138

motrices.

Quelle largeur font les ponts ? Dans quel état sont-ils ? La presse signale parfois leur

vétusté. Quel est le nombre, quel est l’état des ouvrages de génie civil de protection, de

stabilité des talus, d’écoulement des eaux ? Murs de soutènements, gabions, caniveaux,

égouts...

NOTE SUR LA CONSTRUCTION DE ROUTES EN

ZONES DE TREK

Les trekkeurs s’insurgent contre ces routes : celle qui conduit à Taplejung, celle qui fait presque le

tour du massif des Annapurnas, celle de Rasuwa, près de la frontière népalo-tibétaine, entre massif

du Langtang et du Ganesh Himal, celle qui, partant de Jiri s’avance dans le Solu vers Namché

Bazar... Ils crient :

Ils tuent la poule aux œufs d’or !

Est-ce vrai ? Non et oui. Ils ne tuent que la poule aux œufs d’or des propriétaires de lodges et de

quelques commerçants. Le reste des habitants retire très peu ou rien du tourisme. Or ce sont ces

habitants qui exigent la construction de ces routes et très souvent réalisent les travaux. Evolution

que nous avons connue dans nos Alpes et nos Pyrénées. Nous sommes bien mal placés pour donner

des leçons.

De plus la présence de routes ne tuera pas le tourisme, il est évident qu’un trekking rayonnant –les

touristes s’installant dans un village, un camping, un hôtel...- remplacera un jour le trekking

linéaire, le trekking de marche tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Saint Gervais sur la route de

Chamonix, La Grave, Villard d’Arène, Villeneuve la Salle sur la route de Briançon, n’ont pas

disparu, ce sont des centres touristiques importants.

138


EAU POTABLE. NOTIONS D’HYGIENE

Si l’ensemble du pays est bien irrigué, Katmandu, la capitale du Népal est bien mal

desservie en eau. Il ne faut pas dire eau potable, elle ne l’est qu’exceptionnellement, elle

139

est même extrêmement dangereuse si on la consomme sans la traiter. La cause ? La

nullité des Ministres des T.P. –quand ils existaient !- qui se sont succédés. Une multitude

d’installations privées capte des eaux au pied des collines qui entourent la capitale et les

conduisent dans la cuvette de Katmandu. Combien de fontaines dans cette ville si on ne

compte pas les fontaines sacrées ? bien peu. Le projet de captage des eaux du torrent

Mélamchi qui a pour but d’alimenter la ville pourrait inspirer une pièce de théâtre

semblable à l’Arlésienne d’Alphonse Daudet. Bien que la route de Tankot et ses

ouvrages d’art soient terminés. Il reste à creuser le tunnel à travers la colline de

Shiwapuri. Mensuellement quelque quotidien Kathmandouite en parle, mais rien, jamais,

n’apparaît. Le mot corruption, lui, est visible en filigrane dans les articles, est perceptible

même quand il n’est pas prononcé. Des entrepreneurs non payés, des sommes détournées

... des sommes énormes ! La haute administration veillait !

Nous l’avons écrit, en période sèche, plus de huit mois par an, la majorité des maisons

est presque totalement privée d’eau. Ceux qui ont des réservoirs dans leur villa achètent

des pompes électriques, tentent de les remplir, la nuit, en douce, quand les services

spécialisés ouvrent un peu les vannes. Les riches népalais, les résidents étrangers riches,

eux, s’approvisionnent en faisant venir des camions citerne.

Hygiène, notions d’hygiène inconnues. La faute aux Ministres de l’Education nationale

et de la santé -quand ils existaient ! : Dans quelle école du Népal a-t-on appris aux

enfants les règles élémentaires de l’hygiène ? Cela aurait dû être fait, au moins depuis

que le pays a ouvert ses frontières ! Dans les campagnes, fort rares sont les personnes

qui prennent l’eau dans des sources. On en voit quelquefois, elles ont souvent été

éduquées par des étrangers. Ainsi des habitants de Lake side à Pokhara, quelques

habitants qui vivent autour du lac Begnas, font venir de l’eau captée de l’autre côté de

leur lac. Chacun son tuyau bien sûr. Dans les collines, l’eau potable est presque partout

139


abondante mais peu de maisons sont desservies par un véritable réseau. Les canalisations

140

sont onéreuses et leur transport est cher aussi. Mais pourquoi n’a-t-on pas appris aux

populations de montagne à construire des canaux. Ils existent dans quelques villages

népalais, on en voit dans l’est du Pays, on en voit dans la Haute Kali Gandaki, à

Marpha... Ces canaux traversaient le chemin central de nos villages au Moyen âge !

Manque d’éducation mais aussi esprit routinier des habitants. L’auteur a tenté, il assurait

le financement, d’en faire réaliser quelques uns dans un village du Khumbu. La réaction

des élus a été unanime :

Ces canaux seraient dangereux, ils feraient glisser la terre !

Pourtant des Sherpas sont allés en terres Balti où les canaux sont partout ! Et vont depuis

des siècles les enfants et les femmes chercher de l’eau à parfois plus de quinze minutes

de marche de leur maison !

Eau polluée, eau potable, les personnes ne font pas la différence. L’eau est claire donc

elle est consommable. Le ruisseau est proche, il sert à tout : il est décharge et on y

prélève l’eau de consommation. Plus de 300 morts recensés l’été 2009, causés par une

épidémie de choléra, dans le centre népalais. Les journaux ont expliqué la lente

progression de la maladie. Mais à côté de ce cas dont les médias ont beaucoup parlé,

combien de Népalais, dont personne ne parle, meurent tous les jours de maladie causée

par des eaux infestées ? Combien d’infernales diarrhées ? De typhoïdes ? Combien de

personnes alitées ? Combien d’enfants meurent toutes les minutes ? Ici un dépôt de

fumier, contre-lui le WC familial derrière un rideau, sous eux, à quatre mètres à peine,

une pompe à main capte l’eau à deux mètres de la surface ! Combien de pompes situées

à l’aval de terres agricole infestées par des insecticides, de l’arsenic parfois ! On en voit

encore de ces pompes dans les banlieues de Katmandu ! Les femmes lavent la vaisselle

au plus près de chez elles, dans l’eau fangeuse du fil d’eau qui a servi d’égout aux

familles qui habitent à l’amont. Combien de vies auraient été sauvées si seulement on

avait inculqué au peuple quelques principes d’hygiène élémentaire ? Oui, je sais, on

l’entend encore parfois :

La population du Népal est soumise à un taux de croissance excessif, la mortalité corrige.

140


Impéritie des gouvernants, laxisme de politiciens soumis aux financiers ! Années

2008 et suivantes, dans la cuvette de Katmandu, des immeubles en copropriété de plus

de 8 étages se dressent (un groupe a plus de 17 étages), des lotissements s’étendent :

141

Promoteurs, prêts ? Partez ! Air connu ! Mais comment ces bâtiments seront-ils

alimentés en eau ?

POLLUTIONS

La pollution par le gaz d’échappement des véhicules est facile à résoudre. Il faut

contraindre le lobby des transporteurs à tenir compte des textes législatifs et obliger la

police à appliquer ces textes. La pollution par les détritus pose un problème qui semble

plus difficile à résoudre. La quantité des détritus est proportionnelle à la richesse et au

nombre d’habitants. Le riche pollue plus que le pauvre : il achète plus, consomme plus,

rejette plus. Le pauvre qui n’a rien chez lui, qui vit de dal baht, qui change de vêtements

tous les ans, pollue peu.

Dans les campagnes il y a peu de détritus mais personne n’a appris aux habitants à les

stocker en des lieux propices et sacrifiés. Chacun déverse ses saletés devant chez lui. Là

où il est. A Katmandu et dans sa cuvette, il y a de plus en plus de personnes riches, il y a

donc de plus en plus de détritus, et c’est pourquoi tout est visible : mini-dépôts d’ordures

ponctuels, dépôts éparpillés, dépôts en tas himalayens. Une caractéristique commune :

tous sont disposés anarchiquement ce qui dénote une absence de décision des

administrateurs d’une commune. Motifs divers :

Cela a toujours été.

Nous n’avons pas les moyens.

On faisait ramasser les ordures mais personne ne payait.

On voit parfois une concentration en un lieu précis de détritus qui attendent le passage –

hebdomadaire quand tout va bien- du camion qui les transportera à une décharge. Une

semaine sous le soleil de mai, c’est sérieux !

Les habitants d’un quartier manifestent quelquefois, en vain. Seuls les poulbots

apprécient, ils y prélèvent leur nourriture ! On a surpris un de nos enfants jouer avec une

aiguille de seringue sortie d’un tas d’ordures jetée par une clinique !

141


Une décharge ! Il existe un dépôt pour Katmandu, une vallée sacrifiée sous la route de

Kakani-Trisuli. Mais ceux qui ont des propriétés sous la décharge et les riverains sont

142

de plus en plus exigeants, ils demandent une compensation de plus en plus élevée. Alors

stagnent les tas d’ordure ! Une usine d’incinération serait bien sûr la solution, mais une

telle installation est hors de prix. Il n’y a de sous nulle part, sauf dans la poche de

quelques familles qui... Des impôts locaux élevés pour les possesseurs de belles villas

(dont la nôtre), les entreprises, voilà la solution. Mais quel parti osera, sauf celui des

maoïstes, augmenter ces impôts ? J’ai ailleurs cité les paroles de ce maire U.M.L. :

Si j’augmente les impôts plus personne ne votera pour moi.

les eaux usées sont-elles rejetées ? Partout, devant la maison, dans la rue, dans une

dépression proche. Il existe quelques égouts mais où se déversent-ils ? Dans un de ces

ruisseaux qui traversent la ville et qui sont déjà sur-pollués. La vue de ces ruisseaux

traversant la ville de Katmandu et dans lesquels des enfants pataugent parfois est un

spectacle effrayant.

INCURIE DES GOUVERNANTS

Il y a des pollutions qui ne peuvent être supprimées que par des solutions onéreuses, mais il y en a

d’autres qui pourraient être résolues partiellement ou entièrement par l’éducation.

- quel Ministre de l’Education nationale a exigé que dans les écoles on apprenne aux enfants les

règles de l’hygiène élémentaire.

- quel Ministre de l’Agriculture a fait apprendre aux agriculteurs à disposer leurs tas de fumier en

aval du lieu où l’eau de consommation est prélevée ?

- quel Ministre de l’Information a demandé aux directeurs de chaînes de télévision de diffuser des

flashs sur ce sujet ?

Il y a des pollutions qui pourraient être supprimées sans débours. La pollution sonore par

exemple. Le Népalais aime le bruit mais on pourrait lui apprendre que les nuisances

sonores ont une influence sur sa santé. Que d’excès ! Radios assourdissantes, musiques

infernales, usage intensif, sans nécessité –ceux des bus servent d’appel, de signal

142


143

d’arrivée- du klaxon en ville, y compris le klaxon de route, échappement quasi libre des

motos...

SUR LA SANTE

Dans le pays, nombre d’hôpitaux, de dispensaires, nombre de médecins, d’infirmiers :

des chiffres misérables. Sauf dans Katmandu où les médecins, les cliniques privées et les

pharmacies pullulent : il y a aujourd’hui une bourgeoisie à Katmandu, des gens aisés qui

se soignent comme les Occidentaux. Tous qualifiés ces spécialistes ? Tel docteur

pharmacien donne un antibiotique à la place de fluor pour les dents cariées d’un enfant,

tel autre donne un somnifère pour soigner une rhinite aiguë ! Dans les campagnes, le

Bahuns, le chamane, le lama est le médecin que l’on questionne, que l’on consulte !

Lorsqu’une famille est riche elle fait transporter un de siens, malade, au dispensaire le

plus proche. A dos d’homme, dans un Doko découpé, à dos de cheval, à dos de yak ou

de dzoppiok en altitude. Combien de personnes ai-je vu ainsi transportées pendant un,

deux, plusieurs jours !

Quel est l’état sanitaire de la population du Népal ? Quel est le nombre de tuberculeux ?

Quelles endémies, épidémies, frappent régulièrement des régions ? Combien de morts

par encéphalite, choléra, typhoïde... ?

Mais, je répète ce que j’ai dis plus haut : le plus grave, l’incompréhensible,

l’inadmissible c’est qu’aucun gouvernant depuis l’ouverture des frontières du pays n’a

fait apprendre systématiquement, prioritairement, au peuple dont il est chargé ce qu’est

une bactérie, une épidémie, une endémie, les règles essentielles, minimales de

l’hygiène : les propriétés de l’eau bouillie, l’application d’une eau savonneuse sur une

plaie, la nécessité du lavage des mains... !

Tout cela est le résultat de ce lamentable esprit d’esprit xénophobe, protectionniste qui,

pendant des siècles, a fermé les frontières du pays, a empêché ses habitants de bénéficier

de quelques connaissances scientifiques élémentaires.

S’ajoute à cela, aujourd’hui, la connerie occidentale : combien de bouddhistes qui

pourraient être qualifiés de ridicules s’ils n’étaient avant tout des criminels, vantent les

143


savoirs de lamas-amchis-médecins qui n’ont jamais su ce qu’était un microbe, un

virus et soignent leurs malades en leur posant des gris-gris, des amulettes, des soungti-

cordonnets sur lesquelles :

Ils ont fait beaucoup de prières

SUR L’HABITAT

Dans quel état est l’habitat népalais ! Si on élimine les belles demeures : les niwas, les

hôtels pour touristes de la cuvette de Katmandu, de Pokhara, de quelques bourgades, si

on élimine les lodges, les villas des quartiers résidentiels, les immeubles de construction

récente, force est de constater que la majorité des Népalais vit dans des taudis en

ville, des masures à la campagne. Rêve le touriste aux maisonnettes au toit de chaume

qui sont pourtant, elles aussi des taudis, qui comprennent une pièce, rarement deux pour

144

une famille entière :

- toit de chaume = risque d’incendie, vermine, rats, gouttières...

- sol de terre battue : confort, lavage, hygiène ?

- eau souvent prise au ruisseau,

- rarement de l’électricité et dans ce cas une seule ampoule de 40 à 60 w.

- pas de sanitaire, des latrines à l’extérieur, une cabane en planches ou en simples tissus

masquant la vue, parfois loin de la maison,

- un mobilier rare, la plupart du temps aucune table, aucun siège, un équipement

sommaire,

- des ustensiles de cuisines peu nombreux. Pour la cuisson des aliments -le Népalais ne

chauffe pas sa maison- un feu de bois (on en voit même en ville), ou un réchaud à

matitel (fuel). Seuls ceux qui sont riches cuisinent au gaz !

Même dans les quartiers résidentiels des banlieues de Katmandu on trouve des taudis. En

banlieue, les maisons des pauvres sont souvent construites sur des terrains de rizières qui

sont inondés pendant la mousson. Les maisons des nantis sont sur les points hauts, les

collines.

144


SUR L’EDUCATION

Applaudit ce guide de voyage :

Après 1952 des énormes efforts ont été faits ... De nombreuses écoles ont été construites !

Voilà qui rend optimiste ! Des écoles ont été construites !

145

Des écoles privées qui ne sont que des entreprises commerciales, oui, et ce sont celles

qui sont les plus visibles mais des écoles gouvernementales, combien ? Des écoles

gouvernementales dans les villages qui sont vraiment des écoles ? Elles ne sont souvent

que des bâtiments délabrés, sales, non terminés, non équipés. Non seulement ils ne sont

jamais chauffés mais les menuiseries des classes, quand il y en a, ne possèdent même

pas de vitrages. Combien de toits ne sont constitués que d’une simple tôle ondulée sans

aucun plafond suspendu ayant une fonction d’isolant phonique et thermique : énorme

bruit pendant les pluies de mousson :

On n’entend pas le professeur parler.

Chaleur insupportable en avril, mai et début juin avant que les pluies ne viennent

diminuer la température.

Mon amie, à côté de moi s’est évanouie.

Froid insoutenable l’hiver. Il gèle la nuit à Katmandu, altitude 1400 mètres. Alors, quelle

température fait-il dans les collines qui sont au-dessus de 2000, 2500, 3500 mètres ? Et

dans les piémonts himalayens ? Les murs de ces écoles sont-ils enduits ? Sont-ils

peints ?

Densité : on entasse plus de cinquante enfants dans une classe où en France on en

mettrait quinze ! Quel est le nombre de bancs et de tables pour les élèves ? Ici, six

enfants sur un banc sur lequel en France on en placerait trois. Quel est l’état du

mobilier ? Dans une école de la banlieue de Katmandu, deux bancs ne possèdent pas de

planche-siège, les enfants sont assis sur les profilés métalliques dont l’épaisseur est

d’environ trois millimètres ! L’enseignant à –t-il sa table ? Un siège ? Non.

Un autre guide de trek s’extasie :

Le pourcentage d’illettrés a été réduit....

Voir les pages précédentes qui indiquent les taux suivant les régions. D’ailleurs, que

signifie le mot lettré ? Anonner péniblement les lettres de l’alphabet, lire quelques mots

145


d’un livre pour enfant en bégayant, lire sans comprendre un texte élémentaire...

suffisent-ils à classer une personne dans le rang des lettrés ? En réalité, le nombre de

Népalais capable de lire un quotidien en népali est extrêmement faible. Combien de

Népalais sont capables de comprendre les speakers des radios, des télés ?

Quels sont les niveaux d’études qu’atteignent les Népalais ? Les personnes considérées

comme possédant un excellent niveau sont celles qui ont atteint le grade huit, la

seconde chez nous. Celles qui ont atteint le grade dix, le niveau bac chez nous, un

niveau supérieur ici, sont rares. Quant à celles qui poursuivent leurs études au-delà, qui

vont dans des écoles privées, des collèges, l’Université, on n’en trouve que dans les

146

grandes villes.

Si on parle matières enseignées dans les écoles gouvernementales, la priorité est donnée

au népali-sanscrit, les Bahuns veillent. Si on parle qualification réelle des enseignants,

leur assiduité, la réponse est dans une question : combien d’inspecteurs contrôlent les

enseignants ? Souvent, dans la presse, on lit :

Des enseignants sans qualification à...

Question : qu’ont fait les dirigeants successifs pour l’éducation népalaise ? La

réponse est : même pas le minimum.

Un plus : l’anglais est appris dans toutes les écoles privées et quelques –hélas raresécoles

gouvernementales commencent à l’enseigner. Dans les écoles privées, plusieurs

heures de cours par semaine lui sont consacrées. Toutes les matières sauf le népali :

mathématiques, sciences, écologie, histoire, géographie... sont enseignées dans cette

langue. Les livres correspondants sont écrits en anglais. Des enfants de six ans sont

capables de s’exprimer dans cette langue ! Or cette langue sera la langue internationale

dans fort peu d’années. Enfin un domaine où l’éducation népalaise domine

l’inqualifiable éducation nationale française.

146


DROITS DE LA FEMME

Un livre peut être écrit sur la condition féminine. On pourrait ainsi parler de ces femmes qui sont

tenues, le soir, de laver les pieds de leur mari... Contentons-nous d’indiquer que sous la pression de

l’Occident :

- le conjoint d’une népalaise peut adopter la nationalité népalaise mais seulement après quinze ans

de mariage ! Quinze ans ! Les hautes castes ont veillé ! La politique, de plus, lui est interdite. La

double nationalité lui est refusée. Amusant pour les Français qui sont français à vie !

- l’enfant d’une népalaise a théoriquement le droit de choisir la nationalité népalaise mais tout est

fait pour le dissuader, de nombreuses conditions sont exigées : celle d’avoir passé avec succès le

Certificat de fin d’études par exemple... Lui aussi n’aura pas le droit de faire de la politique...

MANQUE DE SPECIALISTES, DE CADRES

Soixante ans après l’ouverture des frontières, la société népalaise ne possède qu’un

faible corps de spécialistes : quelques médecins, quelques membres de professions

libérales, de rares ingénieurs ayant fait leurs études en Inde ou dans un pays anglophone,

quelques juristes, quelques techniciens dans les administrations et les entreprises... Ils

ont des universitaires mais qui sont comme leurs homologues français :

147

- ils pensent et publient en vase clos,

- bien peu pénètrent dans l’arène sociale et politique.

Comme en France, combien d’universitaires sont ministres ? Ils sont pourtant, du moins

ceux qui sont spécialisés dans les sciences sociales, humaines, économiques, politiques,

bien plus qualifiés que les énarques, des avocats, des médecins...

A cela s’ajoute le fait que pratiquement aucun homme politique n’a eu le sens de

l’Etat. Les gouvernants se sont préoccupés de la cuvette de Katmandu, de quelques

régions –dont celles touristiques, quand les trekkeurs ont commencé à affluer- Quant aux

grands commis de l’Etat, nous en avons parlé quand nous avons décrit la haute

administration.

Les politiciens maoïstes sont, quant à la sapience, plus mal lotis que les autres. Nos

révolutionnaires de 1789 avaient à leurs côtés des intellectuels (écrivains, avocats,

147


journalistes...) et une bourgeoisie, où sont les intellectuels et les bourgeois qui se sont

placés du côté des maoïstes, qui sont venus les assister ? Il y en a, ils sont rares. Les

nantis, les cadres, y compris ceux de l’industrie du tourisme se sont évidemment mis

dans les rangs des gens de droite.

SUR L’AGRICULTURE,

148

LES INDUSTRIES, LES ENERGIES

Le Népal est un pays agricole à 80, 90%. Mais observez ce qu’est l’agriculture dans ce

pays. Quelques grandes propriétés dans le Teraï, dans quelques plaines, partout ailleurs,

des petites propriétés, des lopins de terre. Le roi Mahendra avait demandé le partage des

grandes propriétés. Cette mesure a été détournée, les grands propriétaires ont donné des

terres sans valeurs ou en ont partagé entre les membres de leur famille. Des terres

avaient été confisquées par les maoïstes dans les régions qu’ils dirigeaient, dès la fin de

la guerre, le représentant de l’O.N.U.au Népal à la fin de la guerre civile : l’U.N.M.I.N.,

les partis Népali Congres et communistes U.M.L. ont réclamé à grands cris leur

restitution ! Que les partis de droite et centristes réclament ces restitutions est logique,

mais est-ce normal que l’O.N.U. refuse d’accepter ces confiscations ? La redistribution

des terres a été un des premiers motifs du déclenchement de la guerre civile, de deux

révolutions. La Démocratie, les Droits de l’Homme sont donc opposés à ce que les

misérables retirent quelques avantages d’une révolution, d’une guerre gagnée ?

148


CONFISQUER DES TERRES. C.11.

149

Quoiqu’il en soit cette agriculture utilise des méthodes archaïques. Manque d’engrais,

utilisation de pesticides inadéquats (des légumes traités à l’arsenic et non lavés sont

parfois livrés sur les marchés !), outillage ancestral...

Constat : les productions agricoles ne suffisent pas à nourrir la population. Le Népal

importe du riz indien ! Il y a, aujourd’hui, des disettes, des famines dans le pays. Je

répète : des famines !

Lorsqu’on parlait industrie au Népal il y a quelques années on parlait industrie du tapis.

Pourtant la production de tapis était en réalité artisanale. Aujourd’hui, l’essor

économique de Katmandu et de quelques grandes villes, a fait se développer les

industries liées à la construction. Briqueteries, cimenteries, fabrication de blocs de béton

préfabriqués... Mais celles-ci sont plus proches du gros artisanat que de l’industrie

lourde.

Le Népal reste importateur de produits manufacturés.

149


Energies, dans ce domaine aussi s’est révélée l’incurie des administrateurs du Népal. Le

Népal n’a aucune énergie fossile, comme source d’énergie naturelle il possède :

- le solaire, le soleil brille plus de neuf mois par an. Mais le solaire est adapté aux

150

maisons individuelles. Il est inefficace pour les hautes puissances. De plus, le soleil ne

brille pas la nuit, il nécessite donc des batteries de stockage. Or le problème posé par la

fiabilité des batteries n’est pas encore résolu.

- Eole : il y a des régions très ventées, la haute Kali Gandaki par exemple, mais même

dans ces régions le vent n’est pas permanent. Eole ne peut être qu’une énergie d’appoint.

A Katmandu il y a, au printemps, des coups de vent importants, ils sont de courte durée.

Comme pour le soleil, le vent ne souffle jamais 24 heures sur 24, il nécessite l’usage de

batteries.

- un énorme potentiel hydraulique. Pourtant N.E.A., Népal Electricity. Authority,

l’E.D.F. népalais, impose aux habitants du Népal des coupures de courant qui

atteignent, en saison sèche, 8 mois par an, 16 heures par jour ! Comment font les

industries ? Les artisans qui utilisent les kW ? Certains ont des groupes électrogènes

couplés à de puissants onduleurs. Les supermarchés, eux ont toujours de ces groupes.

Les coupures de courant intempestives sont classiques, gare aux ordinateurs qui ne sont

pas équipés d’une batterie protectrice (petit onduleur). Le Népal, grâce à des aides

indiennes, a construit des usines hydroélectriques. Non, il faut écrire : l’Inde a construit

au Népal des centrales hydroélectriques. Il est évident que si les administrateurs, les

politiques népalais au pouvoir avaient eu le sens de l’Etat, le souci de la Nation, la part

de kW accordée à leur pays lors de la construction, par l’Inde, de barrages en terres

népalaise aurait été bien plus grande. Egalement, si la corruption avait été moins intense,

les pays qui aident le Népal, les grands financiers dont les organismes type Banque

mondiale, voire des capitaux privés, auraient financé la construction de grands barrages

dont une partie de la production aurait éclairé le pays, l’autre partie, vendue à l’Inde, au

Tibet, aurait assuré de notables entrées de devises au pays. Autre lacune, les barrages

que possède le Népal ne permettent pas la rétention de masses importantes d’eau, celui

de Kulékani est le seul. Ce ne sont que de simples prises d’eau. Or la saison des pluies

est courte, trois mois par an, la période sèche est longue, il n’y a pas de réservoir

150


151

constitué par les énormes amas de neige d’hiver comme il en existe dans les Alpes, les

Vosges, les Pyrénées. Enfin, le potentiel hydraulique que possède le Népal n’est pas

vraiment exploité. Des batteries de petits barrages échelonnés sur la pente d’un torrent

auraient pu être construits par les communes, les hameaux. De nombreuses microturbines

pourraient être installées dans tout le moyen pays. Des installations de coût

modique, utilisant des alternateurs de véhicules, comme il en existait dans certains de

nos refuges de haute montagne, pourraient éclairer de nombreuses maisons individuelles.

SUR LE TOURISME

Se reporter au cahier Tourisme paru dans le site :

http:/www.nepalsherpasig.fr/.

Rappelons simplement que si le Népal avait, dès 1950, ouvert en grand ses portes, s’il

n’avait pas créé :

- des régions interdites,

- des sommets interdits. Des permis accordés pour un seul sommet qui n’incitent pas à

traverser des massifs, à franchir des cols –comme cela a été fait lors de la découverte des

Alpes-

- des permis de treks aux coûts prohibitifs : Dolpo..., il n’y aurait pas eu ces zones riches

jouxtant des terres restées misérables. Les touristes, les trekkeurs auraient irrigué de

leurs roupies tout le Moyen pays, tous les piémonts himalayens du Biarishi Himal au

Kanchenjunga Himal. Si le Népal avait eu des gouvernants sensibles à la misère de leur

peuple et au bon fonctionnement de l’Etat, l’argent généré par le tourisme ne se serait

pas évaporé avant d’atteindre les lieux où il devait arriver en priorité.

Des secteurs ont été oubliés, ainsi la pêche touristique a été négligée. Pourtant de

nombreux trekkeurs auraient prolongé leur séjour si les torrents n’avaient pas été

honteusement dépeuplés. Voir dans le site http:/www.nepalsherpasig.fr/ le texte sur la

pêche au Népal.

Enfin, signalons que dix ans de guerre civile, deux révolutions n’ont pas été très

favorables au tourisme.

151


IMPORTANCE ECONOMIQUE DU TOURISME

Pour 2010/2011, le budget de l’Etat est de 300,35 billions (milliards) de roupies. Supposons qu’un

touriste, un trekkeur, un himalayiste, laisse à chaque visite au Népal 50.000 roupies – environ 500

euros 2009), les devises encaissées par le pays seraient de :

- pour 500.000 touristes = 25 milliards de roupies.

- pour 1.000.000 de touristes (chiffre espéré par certains Ministres du tourisme)

= 50 milliards de roupies.

Chiffres non négligeables qui placent le tourisme au niveau Un des industries.

SUR LE COMMERCE

Les Népalais sont des Asiatiques, en affaires, ils sont supérieurs à toutes les populations

de la Terre. Vous avez admiré la dextérité avec laquelle un employé de banque français

compte des billets et bien au Népal, si on se base sur cette dextérité, tous les habitants

sont des banquiers. Regardez la vitesse, l’air de jouissance profonde avec laquelle un

sardar compte une liasse de billet, observez un commerçant annoncer un prix à un

chaland. Un prix, au Népal, ce n’est pas une chose qui résulte d’un calcul précis. Pour

indiquer un prix dans ce pays il faut, avant tout, être psychologue. Le commerçant

152

observe son client :

- ce client est un habitué le produit vaut N,

- ce client est un client de passage, de plus il est bien vêtu, le produit vaut :

N multiplié par 1, x.

X étant évidemment toujours positif.

- ce client vient des des collines, des piémonts himalayens le produit vaut :

N multiplié par 1,y.

Y également toujours positif et toujours supérieur à X.

- le client est un Occidental alors, dans ce cas, il n’y a pas de limite. Le produit vaut : 5,

10, 20, 100 fois N. L’autre jour des amis sahibs sont allés chez le coiffeur pour une

simple coupe suivie du massage occipital habituel, ils ont payé chacun 1500 roupies ! La

même coupe suivie du même massage coûte à un Népalais au maximum 25 à 30

roupies ! Rapport : 50 !

152


En ce qui concerne le commerce international, le Népalais a bien peu de choses à

exporter. Et quand il exporte en Inde il a forte partie en face de lui. J’ai cité ailleurs la

phrase :

Un Indien mort arrive toujours à couillonner un Népalais vivant.

Mais pour commercer, il faut produire, or le Népal ne produit pas assez pour ses propres

besoins.

LE NEPAL, LA SUISSE DE L’ASIE

COMMENT LE NEPAL AURAIT ECONOMIQUEMENT PU EMERGER.

153

Pour nous, himalayistes des années 1980, il était évident que le Népal allait devenir la Suisse de

l’Asie. Les analogies étaient nombreuses, les deux pays étaient :

- des petites nations encadrées par de puissants pays.

- des pays de tourisme possédant des montagnes prestigieuses.

- des pays neutres à faible budget militaire.

- des nations aux populations réputées non violentes.

De plus, Katmandu, la capitale du Népal, à l’égal de Genève, était susceptible de devenir La banque

de l’Asie.

Quelle méconnaissance de ce pays ! De ses dirigeants, de ses voisins !

Imaginons :

- une révolution douce dans les années 1950, au moment où le pays ouvre ses frontières.

- la mise en place d’une monarchie constitutionnelle,

- un gouvernement de notables de centre gauche ayant tout à la fois, le sens du pauvre et de l’Etat,

et ayant conscience qu’il fallait :

- savoir tenir tête à l’Inde, contrôler la haute administration népalaise corrompue et qui se laisse

acheter par ce pays.

- créer un pays de droit, un pays laïc.

- impérativement réduire le pouvoir des gens de caste, donner à tous : gens de basses castes,

Dalits-Tribaux-Indigenous... la possibilité d’accéder au pouvoir.

- éteindre la corruption, ou tout au moins lui donner la dimension qu’elle a dans les démocraties

occidentales,

153


- sortir le peuple de son atroce condition, faire émerger économiquement les Basses classes, les

Dalits-Tribaux-Indigenous,

- voter et faire appliquer des lois, des institutions sociales : droits du travail, sécurité sociale,

caisses de retraite...

- créer un corps de grands commis de l’état comprenant d’incorruptibles contrôleurs.

- ouvrir en grand le pays...

- créer des routes irrigant toutes les régions, les rendant accessibles aux touristes.

- ...

Si ces mesures, ou une partie de ces mesures avaient vu le jour, le pays aurait certes connu des

soubresauts politiques, des grèves-bandhas, des émeutes, des attentats même, mais il n’aurait pas

connu deux révolutions, une guerre civile qui a duré 10 ans.

154

154


TITRE V

INFLUENCES

INFLUENCE DE L’INDE

EXTERIEURES.

155

Dans le sud-est asiatique, entourant le Népal sur trois côtés, l’Inde, un immense pays de

3.268.000 kilomètres carrés, peuplé de plus de un milliard d’habitants. L’Inde, un des

deux pays, qui, dans un proche futur, va économiquement dominer les pays de la

planète. Ce pays se flatte d’être la plus grande démocratie de la Terre. Nous en

reparlerons. Au nord de ce pays à l’immense futur, le petit Népal de 171.000 kilomètres

carrés, peuplé d’environ trente millions d’habitants. Un Népalais face à quarante quatre

Indiens ! L’Inde, un pays en pleine expansion économique, un Népal qui reste le pays le

plus pauvre de l’Asie. L’Inde, un pays qui présente aux Occidentaux une façade

démocratique, politiquement apaisée. Le Népal, un pays troublé, qui va peut-être (2009,

2010) vers sa troisième révolution. Le Népal : un incompréhensible chaos politique pour

le non initié, le naïf, le partial, celui qui ne veut pas voir ou qui s’en fout.

BARAT

Les Indiens sont souvent nommés Indians, l’Inde est nommée Barat (Bhaarat) par les Népalais.

La géographie fait dépendre l’économie du Népal entièrement de l’Inde. A cela s’ajoute

le fait que de trop nombreux politiciens népalais, la totalité des membres de la haute

administration népalaise se placent sans discuter sous la coupe directe des politiciens

indiens. Un signe caractéristique : les monnaies indiennes et népalaises sont utilisées

155


indifféremment dans les deux pays. Signe d’égalitarisme ? Evidemment non, l’échelle

156

des deux pays le démontre.

L’Inde, un pays démocratique ! Prononcer ces mots avec la bouche pleine de caramels

mous. La plupart des hommes se contentent de classer les autres hommes ou leurs pays

en leur accolant une étiquette portant un nom. Ils font ainsi pour les boites de conserve,

il y a les boites de sardines, les boites de petits pois, les boites de jambon. Il y a donc les

pays non démocratiques, les pays démocratiques, les pays fréquentables et les pays non

fréquentables souvent dénommés voyous. Comme d’ailleurs il y a les gens bien et les

terroristes. Ces deniers évidemment habitent les pays voyous et sont en guerre contre les

forces de l’ordre des pays fréquentables. Questionnez un Occidental sur la Chine il vous

dira :

La Chine ? Le plus grand pays colonisateur de la Terre.

Questionnez-le sur l’Inde, il vous dira :

L’Inde ? Le plus grand pays démocratique de la terre.

C’est tout, il n’y a rien à voir, circulez. J’ai écrit plus haut l’hypocrisie qui se cachait

dans le mot démocratie. J’ai écrit pourquoi ce mot, synonyme d’aboutissement politique

harmonieux, voire de politique vertueuse, avait été placé au plus haut niveau des valeurs

par les astucieux nantis : la quasi-totalité des habitants des pays riches de la terre, dont

nous, 90% des Occidentaux et les gens riches des pays pauvres. Cela nous permet

d’occulter l’évidence : la suppression –ou du moins la réduction à un niveau admissiblede

l’infernale misère du Tiers monde qui touche des milliards d’individus, et la pauvreté

résiduelle dans les pays riches qui touche quelques dizaines de millions d’habitants,

devrait être la première des réussites politique et sociale d’une Nation.

L’Inde, un pays démocratique ?

Pays démocratique, définitions occidentales : voici un pays dans lequel toute la

population vote pour différents partis politiques, élit un parlement, un gouvernement.

Cela suffit-il à en faire un véritable pays démocratique ? Est-il démocratique ce pays si

seule une partie de la population est instruite ? Si seul un fragment de cette population

est capable de juger de la qualité des hommes qui se présentent ? Est-il démocratique ce

156


pays si la majorité des électeurs est asservie à une religion ? Quelle est en Inde la

157

puissance de l’église hindouiste ? Le politique qui, dans un pays à religion dominante lie

son programme à cette religion est toujours gagnant. Car la religion pour les illettrés

passe toujours au-dessus de la politique, l’au-delà étant plus important que le temporel.

Autres questions : Y a-t-il une laïcité réelle en Inde ? Quelle est la place de la femme

indienne dans la société ? Quel est en Inde la puissance réelle des castes ? Combien y at-il

de Parias au gouvernement qui défendent la cause des Parias ? Qui dicte des lois pour

défendre les Parias ?

L’Inde démocratique est en réalité un pays dans lequel des millions de misérables sont

dirigés par quelques milliers de politiques ayant établi leur suprématie sur fond de

religion, de stratification sociale par castes, de coutumes passéistes. Lisons Frédéric

Landy, géographe :

Après le tsunami de 2004, combien de ménages d’intouchables, classés tout en bas de la hiérarchie

socioreligieuse hindoue, ont été les laissés pour compte des programmes de réhabilitation parce que

l’administration locale était tenue par des hautes castes.

Les Occidentaux s’extasient néanmoins sur ce pays :

Ils ont les plus forts matheux de la terre. En informatique ce sont les meilleurs !

Et si on mettait de côté les indices qui n’apportent rien à la réduction de la misère des

hommes. Et si on plaçait également, parallèlement à la lutte contre cette misère, au

premier plan des réussites politiques et sociales, non pas le mot démocratie, mais

simplement l’espérance de vie, ou, si on est un intellectuel tentant de démontrer son

savoir en compliquant les choses : l’Indice de développement humain, l’I.D.H. Et bien

on s’apercevrait que l’Inde est encore un pays pauvre, un pays très pauvre dans lequel

les misérables pullulent, un pays dans lequel les dirigeants ont pour but premier –je

n’indique pas le désir de conserver leur fonction politique- la réussite économique de

leur pays -quelques-uns sans doute aussi la leur- et non la diminution de la misère.

Esther Duflo dans La politique de l’autonomie, écrit :

Le discours international sur la gouvernance est dominé par les grands concepts, tels que

démocratie, transparence et décentralisation. Mais la démocratie n’est ni nécessaire, ni suffisante

pour une bonne gouvernance au niveau local. L’exemple de l’Inde est le plus flagrant : la plus

157


grande démocratie du monde est aussi l’un des pays qui, à ce niveau de revenus, a le plus de mal à

assurer aux pauvres les services essentiels que la société leur promet.

Soit dit sans fard : l’Inde n’est pas un pays démocratique. Il y a une intense misère en

Inde.

Toujours d’Esther Duflo :

En Inde, moins de la moitié des enseignants sont présents en classe lors des visites surprises.

158

En Inde, seule la moitié des enfants scolarisés sait lire un paragraphe simple.

Si on parle taux d’absentéisme dans les écoles on s’aperçoit qu’on trouve les plus élevés

dans certains états indiens :

54 % dans le Rajasthan.

49 % dans l’Uttar Pradesh.

Quant à un faible taux de fécondité qui est pour Emmanuel Todd un élément permettant

de définir le degré de démocratisation d’un pays il était en 2001 :

De 3,2 pour l’Inde.

De 1,8 en Chine.

L’Inde, pays démocratique, pratique-t-elle avec le Népal une politique irréprochable ?

Non, l’Inde pratique avec le Népal une politique détestable, une politique colonialiste

masquée par sa notoriété fille de son énormité. Combien de trekkeurs, combien de

journalistes savent, disent, écrivent que l’Inde est le pays honni des Dalits-Tribaux-

Indigenous népalais ? Que seuls l’apprécient des politiques, des gens des hautes castes,

les membres de la haute administration.

Pauvres trekkeurs, minables journalistes influencés par qui on sait. Pour ces Français,

l’Inde est le pays allié du Népal, la Chine le pays colonisateur qui a des vues sur le

Népal. Jobards, nullards !

Que de points communs entre les gens de hautes caste indiennes et les gens de haute

caste népalaises : même origine, même religion, même formation littéraire et culturelle

basée sur le sanscrit. Même position sociale dominante. Les Bahuns népalais sont les

brahmanes indiens. En politique intérieure, le Népal copie l’Inde : le parti Népali

Congres est à l’image du parti Congress indien. C’est le parti des gens des hautes castes,

158


des Bahuns-brahmanes prêtres de l’hindouisme. Les dirigeants indiens jouent-ils sur la

vénalité de la haute administration népalaise composée en majorité de gens de ces hautes

castes ? Des dirigeants népalais ont-ils des comptes bancaires en Inde, des avoirs, des

159

intérêts, des biens dans ce pays ? On est en droit de se poser ces questions. Quoiqu’il en

soit le Népal des gens des hautes castes est le vassal de l’Inde dirigée également par des

gens des hautes castes. Et c’est toutes ces choses qui font que, dès qu’un problème se

présente au Népal, vite, des politiques népalais se rendent en Inde et rencontrent les

responsables indiens. Indépendance, où es-tu ? C’est en Inde que se fomentent les

complots, les rébellions népalaises. 1948 : c’est à Dehli que le parti Népali Congres

(alors parti d’opposition aux Rana) voit le jour. Tout est alors bon pour affaiblir le

pouvoir des Rana, l’Inde cautionne, mais c’est à Dehli que l’Inde met un frein au parti

Népali Congres qui devient trop révolutionnaire. Les maoïstes aux premiers temps de

leur insurrection trouvent refuge en Inde. Faux paradoxe, la présence d’une insurrection

maoïste au Népal affaiblit à ce moment là le pouvoir du roi Birendra. Lorsque les

réussites maoïstes deviendront inquiétantes, l’Inde liera son action avec celle des U.S.A.

D’Amnesty International :

L’Inde livre à l’armée népalaise des milliers d’armes automatiques et des Eurocopter français.

Astucieuse Inde qui, savamment, cache son jeu. Soixante et unième anniversaire de la

République indienne. Dans les journaux népalais, sur deux entières pages, une publicité

indienne qui vante les aides, les travaux qu’elle a effectués au Népal. Il faut dire que

ceux-ci ne sont pas insignifiants et qu’ils placent ce pays au premier rang des donateurs

internationaux.

Mais cela fait oublier que tout n’est pas rose en Inde ? N’y a-t-il pas, dans ce pays, des

révoltés ? Des révolutionnaires ? Des mécontents qui prennent les armes ? Quel

trekkeur, qui ne voit que le danger chinois connaît le mouvement Naxalite indien.

Anirban Roy écrit :

Année 1960, dans les Naxa-bari, les terres autour de la ville de Naxa, dans le Bengale, le Bihar,

(croquis 9) conduits par Kanu Sanyal... les paysans affamés (souligné par moi) se révoltent, ils sont

rapidement assistés par des étudiants. Ensemble, ils attaquent les représentants locaux du pouvoir,

les grands propriétaires... Le gouvernement réagit, les forces de l’ordre mettent de l’ordre, des

159


milliers de personnes sont torturées, exécutées (souligné par moi, avec un salut au plus grand pays

démocratique de la Terre.). Le mouvement devient souterrain mais il renaît bientôt, on n’arrête pas

un peuple qui lutte contre la misère.

Et Michelle Kergoat :

Ce mouvement est né dans les années soixante en Inde quand des milliers d’étudiants se sont joints à

des paysans sous l’égide d’une faction extrémiste du parti communiste, dans le Bengale et l’état du

Bihar, où sévit une grande pauvreté. Leur nom de Naxalite vient de Naxalbari, le district où a lieu

leur première action spectaculaire : en 1967, ils attaquent « les ennemis du peuple », soit comme au

Népal les grands propriétaires, les représentants de l’Etat, l’armée et la police. La révolte a été

durement réprimée par le gouvernement indien, des milliers de personnes ont été tuées et torturées,

mettant en sommeil le mouvement. Il a resurgi dans les années 90, suite à la paupérisation de

populations déjà très pauvre, liée à la réduction des subventions à l’agriculture, la santé,

l’éducation. Il semble que ce mouvement s’étende désormais dans les états indiens du Bengale,

l’Uttar Pradesh et de l’Andhra Pradesh.

Et ce mouvement s’est bien étendu à l’Uttar Pardesh (croquis 9). Et ce mouvement se

poursuit : lu dans le quotidien kathmandouite Republica du 12 octobre 2009.

Le mouvement Naxalite est toujours actif et s’est propagé dans 15 états. Dix-sept policiers ont été

récemment assassinés mais le Premier ministre Indien le rusé Man Mohan Singh affirme qu’il ne

fera pas intervenir l’armée. La police suffira pour réprimer le mouvement !

Avril 2010 :

Une trentaine de policiers tués par les Naxalites.

Remarquez que monsieur le Premier ministre indien Singh (2010) ne dit pas : « Je vais

160

prendre des mesures immédiates pour que ces gens n’aient plus faim, pour que ces

enfants ne travaillent plus, soient soignés... », il dit :

La police va les combattre.

Qui dit intervention de la police, dit lutte contre des personnes de mauvaise conduite, des

voleurs ou des contrevenants à la loi. Les révolutionnaires qui s’insurgent contre la

misère sont-ils des malfrats ? L’Inde est un pays démocratique, un pays de droit, il faut y

obéir aux lois. Les Naxalites, leurs femmes, leurs enfants ont donc tort, ils doivent

supporter la faim, la maladie, la misère sans rien dire. Et six cent millions de salauds

d’Européens cautionnent. Au nom du bloc occidental vertueux et démocratique, au nom

aussi de l’anti-Chine pays non vertueux et non démocratique certes, mais surtout

160


concurrent commercial direct et premier de ce bloc occidental ! « Ne jamais parler des

défauts de nos alliés » principe élémentaire de politique internationale !

Quel trekkeur s’est posé des questions sur les mouvements Naxalite et maoïste népalais

? Pourquoi des gens luttent-ils encore avec des armes contre l’autorité ? Pour le plaisir

de freiner le tourisme ? Pour le plaisir de jouer avec des armes ? Pour le plaisir de voir

couler du sang ? Pour le plaisir de tuer des hommes ? Pour le désagrément de se faire

blesser, de se faire emprisonner, de se faire tuer ? Pour le ravissement qu’il y a, s’ils sont

attrapés, à se faire torturer ? Les Indiens qui se battent sont de simples paysans

misérables qui ont faim, ou de simples étudiants qui, par solidarité, se placent à leur

côté. Ce ne sont pas des tueurs. Ils se battent contre le pouvoir en place, contre des

forces de l’ordre du pouvoir en place! L’ordre, l’Etat ! Pourquoi ne se contentent-ils pas

de défiler comme le font les Occidentaux mécontents ? Ils ne le font pas parce qu’ils ont

faim, parce que leurs enfants n’ont pas de quoi manger, parce que leurs enfants ne sont

pas soignés et qu’ils sont obligés de travailler dès leur plus jeune âge !

161

Les dirigeants indiens ne se foutent sans doute pas de la misère mais elle n’est pour eux

qu’un problème de deuxième ordre. Pour eux la réussite économique de leur pays –et de

ceux qui votent pour eux- passe avant tout. Ils raisonnent comme les partis de droite et

des partis de pouvoir de gauche occidentaux. Ils raisonnent marée et bateaux, vous

savez, je l’ai souvent écrit :

Quand la marée monte, elle soulève les yachts, les tankers, les cargos, tous les bateaux...

Les bateaux des riches mais aussi les bateaux des pauvres ! Hé ! Hé !

Au fond, ces paysans pourraient prendre patience, ils n’en sont pas à quelques

souffrances près, à quelques générations de morts prématurées près. On le sait

aujourd’hui, le capitalisme est la seule économie possible, les socialistes français l’ont

confirmé, les communismes tournent en dictatures puis font faillite. Les dirigeants

indiens ont peur de la montée du communisme dans leur pays et (ou) au Népal, pays

sous leur coupe. Ils en avaient déjà peur en 1950 au moment de la réinstallation sur le

trône du roi Tribhuwan au Népal. Ils avaient peur que le communisme népalais prenne

de l’ampleur, et c’est pourquoi ils ont imposé leurs règles aux politiciens népalais du

161


moment. Ils agissaient ainsi par générosité, c’est pourquoi ils ont mis en place le régime

que l’on sait. N’ont-ils pas imposé que des Rana fassent partie des nouvelles institutions

dirigeantes ! Bons petits toutous Occidentaux qui braillent sur les pauvres six millions de

Tibétains colonisés et ne voient pas les 30 millions de Népalais asservis par l’Inde ! Les

N millions de pauvres indiens ! Saloperie d’Occident ! Nous !

162

Inde pacifiste ! Où est l’image de l’Inde de Gandhi ? Celle d’une Inde non violente ?

Adolescent, je m’extasiais à la lecture du livre Inde de Romain Rolland. Dans un monde

sortant d’un effroyable chaos je m’émerveillais de voir un fakir demi-nu chasser par la

non violence les colons d’un des pays les plus puissants de la terre. Naïf, cela n’a pas

duré. Aujourd’hui, cette Inde non violente a été remplacée par une Inde puissance

nucléaire, par une Inde en guerre contre le Pakistan, par une Inde qui ne veut pas céder le

Cachemire où les musulmans sont pourtant plus nombreux que les hindouistes !

Démocratie, where are you ? Une Inde qui a été en guerre contre la Chine lorsqu’elle a

annexé, on ne dit pas colonisé, un pays démocratique ne colonise pas, le Lhadak. Elle a

d’ailleurs lors de cette guerre, mots d’Olivier Todd :

Pris une raclée militaire.

Les Indiens, un peuple non violent ? Regardez un jour les lamentables films indiens

importés au Népal, vous apprendrez ce que signifie le mot violence au cinéma. Les

pugilats des westerns américains sont de la gnognotte à côté des combats indiens.

Le peuple indien éprouve un énorme mépris pour le peuple népalais. Il y a dans le peuple

népalais une grande méfiance pour le peuple indien. Une peur aussi, le Népalais a peur

que l’Inde n’annexe un jour son pays. Lors de l’assassinat du roi Birendra, des Népalais

dans la rue :

Nepal finish, now we are Indians.

Attitude ambivalente de l’Inde, d’un côté des aides importantes, de l’autre des attitudes

détestables. On peut imaginer une Inde favorisant des politiciens népalais corrompus ce

qui lui permet d’avoir plus d’emprise sur eux. L’Inde est le pays qui aide le plus le Népal

mais le fait-elle par pure générosité ? Non, elle le fait par intérêt. Parce qu’elle a peur

162


163

que le Népal tombe dans le camp chinois. Tout cela fait que les politiques avertis parlent

de relations difficiles –euphémisme- entre les deux pays. Le mot paternalisme est parfois

utilisé. On dit aussi que l’Inde est le grand frère du Népal ! Mais si le petit frère chope

une maladie contagieuse, alors, vite, l’Inde le soigne à sa manière. Une manière

détestable qui est fort peu démocratique.

Dans les faits, aujourd’hui comme hier, l’Inde dicte la politique du Népal. L’Inde

dominante écrase le Népal de sa puissance industrielle et commerciale, de sa masse.

L’Inde, nous l’avons dit, possède une autre arme puissante : le Népal n’a pas d’énergies

fossiles et comme il n’a pas de ports maritimes, toutes ses importations transitent par

l’Inde. Alors, quand quelque chose déplaît aux dirigeants indiens, ils ferment les

frontières. Des élections népalaises vont avoir lieu, le résultat des élections est incertain

mais les maoïstes sont fortement présents, vite, on limite les exportations d’essence vers

le Népal. Ces livraisons d’essence sont réduites au minimum. Qu’ils fassent la queue

toute la nuit les conducteurs de bus, de camions, de taxis. Cette mesure est un

avertissement de l’Inde au peuple népalais, elle signifie : « Ne faites pas n’importe quoi,

ne votez pas n’importe comment, je suis là. » Cela dure des mois, un an ! Dans le

domaine alimentaire, même blocus. Limitation de livraisons de riz, de produits

manufacturés... On asphyxie Katmandu. Car le Népal manque de riz, le Népal manque

de produits manufacturés, l’Inde lui en fournit ou bloque les frontières au gré des

relations. Parfois on signale quelques sursauts de révolte de la haute administration ou

des militaires népalais (encore n’est-on pas sûrs qu’il ne s’agisse pas de simple

comédie.). Du guide Népal de Robert Rieffel :

Le 1° mars 1989, l’Ambassadeur de l’Inde adresse une simple communication directement au

ministre népalais du commerce –en violation de la règle élémentaire qui veut qu’un diplomate ne

doit avoir comme interlocuteur attitré que le ministre des Affaires étrangères du pays où il est

accrédité- avisant que le gouvernement indien dénonçait et déclarait abrogé le Traité de commerce

et de travail que les deux puissances avaient conclu le 25 mars 1978... Le gouvernement (indien) prit

une mesure aussi stupéfiante qu’injustifiée, à savoir de fermer à tout trafic de personnes et de

marchandises neuf des onze points de passage frontaliers !... Ce blocus extrêmement rigoureux

entraîna évidemment une pénurie immédiate de bon nombre de produits de première nécessité,

163


notamment de pétrole (mot qui, au Népal, désigne l’essence)... La presse indienne ne cacha guère que

cette mesure arbitraire était en quelque sorte une leçon donnée au petit royaume himalayen qui

s’était permis... d’acheter du matériel de guerre à la Chine... Il s’était agi de la fourniture de

quelques canons anti-aériens et de mitrailleuses légères. Ce blocus dura 13 mois !

Juin 2010. Il est question d’un retour au gouvernement des maoïstes népalais, en Inde,

dans la province de Meghalaya des Népalais sont assassinés. Les journaux parlent de :

- Recent atrocities.

Vive l’Inde plus grand pays démocratique de la Terre.

L’Inde écrase aussi le Népal de son poids diplomatique. Le Népal est un tout petit pays,

qu’est-il sur l’échiquier de l’O.N.U. ? L’Inde est un pays puissant, alors courbent la tête

les pays Occidentaux quand il est question du Népal et que l’Inde a parlé.

L’Inde dicte, pauvre Népal vassalisé :

- des auteurs parlent de :

Main mise de l’Inde sur les politiciens népalais.

- on apprend que :

- Des Népalais vont demander assistance aux juristes indiens pour rédiger des textes.

- Les militaires indiens participent à l’organisation de l’armée népalaise. Lorsque la Royal Népal

Army s’organise, ce sont des conseillers militaires indiens qui les assistent. Ce qui éveille la colère

des Népalais.

- les Indiens mettent en place ou défont des monarques népalais :

- le roi Tribhuwan en 1950.

164

Le roi Tribhuwan se réfugie à l’Ambassade de l’Inde. L’armée indienne le transporte en Inde avec

deux de ses femmes.

- le roi Birendra ne veut pas que les militaires népalais combattent les maoïstes. Il dit

que le problème maoïste n’est pas un problème de frontière, que c’est un problème

interne au Népal et que cette lutte est donc de l’unique ressort de la police népalaise. De

Lokendra Bahadur Chand, Premier ministre :

The king Birendra never wanted to use the Royal Nepal army against the Maoïstes, and was keen to

find a peaceful solution to his issue.

Phuspa Kamal Dahal-Prachanda:

In fact, king Birendra was very concerned about the development after the initiation of the People’s

war. He was interesed in knowing more about us… I don’t known what was in his mind but is

seemed to me that he was positive to wards our movement.

164


Le roi Birendra est donc éliminé par les méthodes que l’on sait.

- les Indiens dictent des politiques, et, ce faisant, ils cautionnent maints manquements

aux Droits de l’Homme, commis par les forces de l’ordre népalaises au cours de la

guerre civile. Voir plus loin Opérations Roméo, Torch, Research and Kill... au cours

desquelles des: disparitions, des tortures, des assassinats, des viols ont été commis par

165

les forces de l’ordre népalaises.

- le gouvernement indien impose l’ouverture de la frontière Inde Népal. Il n’y a pas de

droits de douane entre les deux pays. Les véhicules de transport ne payent pas de taxes,

les mains d’œuvres, les commerçants, les industriels, les hommes d’affaires pénètrent

librement, sans visa dans chaque pays. Egalité théorique, d’un côté un pays industrialisé

de plus de un milliard d’habitant, de l’autre le pays le plus pauvre de l’Asie, un pays en

plein chaos économique, politique et social de trente millions d’habitants !

- rappel : les gouvernants indiens banalisent l’utilisation du blocus aux frontières. On

prive une population d’essence, de nourriture, de produits manufacturés.

- les gouvernants indiens agissent avec le plus grand mépris des hommes : un barrage se

construit sur un fleuve à la frontière indo-népalaise. Rive droite : l’Inde, rive gauche : le

Népal. En cours de travaux l’Inde protège sa rive : enrochements, gabions..., aucune

protection n’est mise en place pour protéger les terres népalaises. Une crue : côté

népalais des centaines de morts, des centaines de maisons détruites, des centaines de

bigas (un biga = 624 m2) de terres arables emportées. Dès les premiers dégâts, les

Indiens poussent des cris assourdissants, ils invoquent l’incompétence et le laisser aller

des Népalais. No comment !

- les Indiens construisent au Népal des barrages destinés à leur fournir de l’électricité.

Les modalités de gestion sont fixées : le Népal fournit les terres, l’eau, l’Inde construit.

Le Népal a droit à 10 % des kW produits. Durée du contrat, la durée de vie du barrage !

Le Népal impose à ses habitants, en saison sèche, des coupures de courant de plus de 16

heures par jour. Où est l’erreur ?

- l’Indien considère le Népal comme étant sa propriété. La police indienne traverse la

frontière, l’armée indienne vient y faire des manœuvres. Un roi refuse de faire intervenir

l’armée contre ces révolutionnaires. Il juge que le soulèvement maoïste est un problème

165


intérieur et qu’il est donc du ressort de la police. No problem, ce roi est arrosé de

166

plomb. Et un nouveau roi, à la solde du Bhaarat, lui, envoie l’armée, une armée qui, du

jour au lendemain, se trouve entièrement équipée par l’Inde, les U.S.A. de monsieur

Bush et par quelques pays qui gravitent dans le sillage de ce pays, dont la lamentable

Angleterre. Et ces pays et leurs habitants bêlent en chœur que les maoïstes sont de

méchants terroristes qui viennent perturber le bon équilibre du sud-est asiatique.

Etonnants pays qui, sans pudeur, dans les minutes qui suivent les résultats d’une

élection, suppriment le qualificatif terroriste, les maoïstes devenant soudain des

interlocuteurs acceptables !

Imaginons, pour le plus grand bien des Népalais, pour l’autonomie réelle de leur pays,

quelques manifestations de trekkeurs dans les rues de Katmandu, devant l’Ambassade de

l’Inde, criant des slogans du type :

Free Népal.

En quelques mois l’Inde changerait peut-être ses façons d’agir. Le touriste, le trekkeur,

qui n’est pas aimé du Népalais lambda, deviendrait soudain un allié, un ami du peuple

népalais. Il perdrait son image de riche visiteur venant d’un des pays abritant les nantis

de la Terre pour simplement, à coûts réduits, visiter, tourister, c'est-à-dire pour prélever,

prendre ou, au mieux, acheter.

La cause népalaise qui intéresse vingt-cinq millions de pauvres népalais, vaut bien la

cause tibétaine qui ne touche que cinq à six millions de personnes. Le problème népalais

qui se pose au quotidien, vaut bien celui du peuple tibétain qui s’est posé dans

l’indifférence internationale en 1950 et ne sera pas résolu par les cris de quelques

rêveurs manipulés. Le peuple tibétain a perdu sa guerre en 1950 quand le pays a été

envahi par la Chine, le peuple népalais peut encore gagner la sienne. Le peuple tibétain a

certes perdu son autonomie religieuse, mais qu’était au regard d’un athée lucide –la

majorité des Occidentaux- cette autonomie religieuse ? Un simple asservissement

moyenâgeux. Il reste que le Tibet n’est plus, depuis longtemps, un pays pauvre, le

Népal, aujourd’hui, en 2009 est encore le pays le plus pauvre d’Asie. L’Occidental ne

166


voit rien, ou il braille des slogans qui ont sur le peuple chinois autant d’effet qu’une

167

messe au sommet du Mont Blanc pour faire maigrir la Joconde.

Quelle est l’attitude du peuple indien envers le peuple Népalais ? Je ne parle pas des

rapports entre Naxalites indiens et maoïstes népalais qui ont ensemble les rapports créés

par des combats ayant le même but, je parle des rapports entre les individus. Tout est

dans le dicton moqueur, que j’ai déjà cité, qui reflète la mentalité profonde de l’Indien :

Un Indien mort arrive toujours à couillonner un Népalais vivant.

Observez le comportement des Indiens sur les chemins de trekking, observez les Indians

dans les supermarchés, dans les hôtels de Katmandu ! Les Indiens sont chez eux au

Népal. Les Népalais, eux, ont des attitudes différentes :

- certains ont partie liée avec l’Inde, les dirigeants du parti Népali Congres sont,

évidemment, de ceux-là : ils sont déférents.

- d’autres, désabusés (ou soumis au fatalisme asiatique) se disent être contre le laisser

faire de l’Inde mais acceptent sa domination au motif que sans l’aide de l’Inde le Népal

est en faillite.

- mais d’autres s’insurgent contre cette mainmise de l’Inde sur le Népal. Les membres du

parti communiste Union Marxiste Leniniste, l’U.M.L, étaient de ceux-là avant qu’ils ne

soient au pouvoir, les maoïstes l’ont été fermement et le sont toujours. D’une manière

générale les Tribaux-Indigenous-Dalits... sont contre l’Inde.

On ne peut parler de l’attitude des Népalais envers l’Inde sans parler de celle des

Madeshis, habitants du riche Teraï oriental. Ces Madeshis parlent de fédéralisme, en

réalité ils veulent One Madesh one desh (desh : pays) ou tirer le maximum des deux

pays. Mais malgré leurs dires ils sont plus près de l’Inde que du Népal. Origine

ethnique, religion pratiquée, présence de castes, géographie du pays, climat .... Signe

caractéristique développé plus loin : le premier Vice-président de la première

République népalaise, un Madesh, prononce son discours d’investiture en Maïthilihindi

! Les gens de caste des deux pays ne diffèrent que par leur nom, dans le Teraï les

membres de la caste des prêtres se nomment brahmanes comme en Inde et non Bahuns

comme au Népal.

167


INFLUENCE DE LA CHINE

La Chine ! Autre immense et puissant pays et complexe pays. Un pays qui s’est éveillé.

168

Certainement le pays qui, prochainement, va dominer économiquement tous les pays de

la Terre. Qui, s’il le veut, les dominera militairement. Qui inspirera les modes, les goûts,

les discours, les raisonnements et les théories des moutons de Panurge occidentaux des

générations à venir. Oublié Buddha. Confucius : Ah !

Ce pays démontre actuellement qu’il existe en politique une autre voie que celle du

capitalisme-mondialiste occidental : celle d’un étonnant capitalisme-mondialiste

imaginé, appliqué, dirigé, contrôlé par une oligarchie constituée de dirigeants s’intitulant

communistes défendus par l’armée nationale. Mais peut-être le communisme doit-il

passer par ce chemin ! Ou : mais peut-être le capitalisme doit-il ainsi se terminer !

La Chine, un temps, a fécondé l’enthousiasme de Français dont les leaders intellectuels

se nommaient Glucksmann et Sollers... (D’autres, bien avant eux, avaient, de la même

manière, encensé un autre pays dirigé par un génial Père du peuple). Béatement, dans la

tradition des stupides admirations-soumissions-acceptations, ils ont salué les

interventions successives du génial Timonier inspirateur du Grand bond en avant...

Avant de réaliser qu’après le Grand bon en avant il y avait un grand boum en arrière.

Celui qui, par exemple, amena une grande famine. Mais ne répétons pas les on-dit, seule

l’histoire pourra dire vraiment si le noir était vraiment aussi noir et s’il n’y avait que du

noir.

Comparaisons Chine pays Occidentaux. La Chine, c’est d’abord, tout simplement, une

vieille civilisation, des vieilles inventions, des méthodes, des valeurs, bien différentes

des nôtres. Malraux fait dire à Mao Zedong :

La Chine a découvert la liberté. Ce n’est pas celle de l’Amérique voilà tout... Si nous parlions de la

liberté à l’homme de la rue... il ne nous comprendrait certainement pas. La raison pour laquelle les

Chinois n’attachent en réalité aucune espèce d’importance à la liberté, c’est que le mot même qui la

désigne est d’importation récente en Chine... La révolution a libéré la femme de son mari, le fils de

son père, le fermier de son seigneur. Mais au bénéfice d’une collectivité. L’individualisme à

l’Occidentale n’a pas de racines dans les masses chinoises.

168


169

A cela on peut rétorquer que c’est quand même l’individualisme qui a inspiré le

mouvement de révolte des intellectuels chinois et la réplique des Cents-fleurs !

Mouvement des Cents-fleurs :

(Qui) a détruit une fois pour toutes l’illusion libérale (mot souligné par moi.) qui avait permis aux

premières années du régime d’être une période d’enthousiasme et de dynamisme intense.

Tiré du livre de Simon Leys, Les habits neufs du Président Mao.

Mais, personnellement, je me méfie du mot libéral qui ne s’applique qu’à une petite mais

bavarde et exigeante fraction des membres d’une société qui parle haut et fort pour

imposer ses désirs mais oublie la grande masse silencieuse des pauvres. Il reste que la

Chine est l’énorme puissance qui, actuellement (début du XXIème siècle) se dresse,

dynamique, face à une Europe et des E.U. d’Amérique, fatigués et déclinants. Europe et

E.U. d’Amérique qui guerroient autour de ce colosse chinois pour conserver leur

domination diplomatique, économique, par le militaire. Tout cela en jouant les durs et

les purs, c'est-à-dire les démocrates. Mais leur jeu de jambes est fatigué, bien des choses

conduisent à penser que la Chine sortira vainqueur de ce combat qui va modifier les

équilibres géopolitiques et économiques de la Terre. La Chine a le nombre et le

dynamisme pour elle. De Mao Zedong :

L’impérialisme rassemble six cents millions d’hommes. Les pays sous-développés socialistes et

communistes, deux milliards.

Au temps où cela a été dit.

Nous verrons que l’attitude de l’Occident et de l’Inde contre le mammouth chinois a une

influence sur la politique du Népal. Influence exécrable, bien peu démocratique.

CHINE COLONIALISTE.

OCCIDENT MORALISATEUR

La Chine a envahi le Tibet, a détruit son équilibre social et religieux et lui a imposé ses lois. Elle a

utilisé pour cela les méthodes classiques des grands colonisateurs peu soucieux des règles

démocratiques Honte sur elle. Cela se passait dans les années 1950. Mais que faisions-nous,-nous,

donneurs de leçons, dans ces années là en Indochine puis en Afrique du Nord ? Nous utilisions des

méthodes démocratiques pour conserver nos colonies ? Aucun Occidental ne s’est, en ces temps là,

169


insurgé contre cette colonisation parce que nous étions semblables à la Chine. L’indignation est

venue après. Pourquoi ? Qui ne le sait, ne le devine ?

170

Chine, Inde, quel est le meilleur ? Si l’on en croît la théorie d’Emmanuel Todd selon

laquelle un faible taux de fécondité et un taux d’alphabétisation élevé conduisent –ou

sont les indices- d’une gestion démocratique d’un pays, la Chine est en meilleure

position que l’Inde sur le chemin de la démocratie. Todd indique :

En Chine le taux d’alphabétisation est passé de 60 % en 1980 à 85 % en 2001, alors que le taux de

fécondation est passé de 2,3 en 1981 à 1,8 en 2001.

Si on parle politique, on remarque du côté indien un pays où les gens de castes –de

l’hindouisme- sont toujours puissants, de l’autre un curieux mélange de gestion libérale

et de dictature politique. Je me garderai d’affirmer que le régime politique chinois est le

meilleur, le ridicule de Gluksman, de Sollers et de quelques intellectuels de leur temps a

suffi. La Chine n’est certainement pas un paradis –les révoltes qui secouent ce pays

régulièrement sont là pour le démontrer- Je suggère toutefois qu’il faut atténuer notre

jugement critique sur son régime qui est peut être moins noir que celui décrit par

certaines propagandes inspirées par la coalition des pays occidentaux. Propagandes

financées par les Intelligences que l’on devine et qui ont donné lieu aux gentillettes mais

inefficaces manifestations se déroulant sous les bannières :

Free Tibet...

La Chine est aussi en matière de limitation des armes nucléaires bien mieux inspirée que

la France et évidemment les U.S.A. Du Général Etienne Copel dans La Revue, numéro

d’avril 2010 :

Son arsenal atomique équivaut à peine à la moitié de celui de la France... La Chine a signé le traité

sur la non prolifération des armes nucléaires –T.N.P. , elle s’engage à ne jamais être la première à

utiliser des armes nucléaires, à aucun moment et en aucune circonstance.

L’Inde, la France, n’ont pas signé ce T.N.P. !

De plus, les historiens affirment que la Chine n’a jamais été un pays militariste. Bien que

les discours actuels prétendent le contraire ! N’est-elle pas présentée comme un ogre !

Quoiqu’il en soit, au vu des faits, on peut conclure aujourd’hui qu’il existe d’un côté un

bloc occidental déclinant, alors que de l’autre côté se dresse un bloc chinois en pleine

170


expansion. L’U.R.S.S. ayant déposé son bilan, les U.S.A., son fidèle bouledogue semi-

castré l’Angleterre, et l’Europe flageolante, ont reporté leur vindicte sur le seul pays qui

peut leur faire de la concurrence, en Asie mais aussi en Afrique et même partout dans le

monde. Ils font donc croire à tous que ce pays a de longues dents. En Asie se pose la

question : dans quels camps vont tomber des pays comme le Pakistan, l’Afghanistan... et

171

notre Népal ?

Le résultat de tout cela est un éveil de la Chine militaire. La télévision tibéto-chinoise

visible à Katmandu, montre, depuis peu, les défilés de troupes et d’engins de combat

chinois : alignements centimétriques des troupes et des véhicules, le spectacle est

grandiose pour qui aime le saccadé et les couleurs verdâtres.et inquiétant pour qui aime

la paix. Faut-il penser que la Chine est aujourd’hui entrée dans la course militaire ?

Poussée par les fanfaronnades du matamore monsieur Bush (demain par l’inconsistance

de monsieur Obama ?) et ses méthodes fort peu démocratiques, déclaration de guerre

injustifiée, tortures de prisonniers..., stupide volonté de posséder des armements pour

films de science fiction...

Chine Tibet. La Chine a réglé son millénaire problème tibétain en envahissant ce pays,

en l’occupant et en le vassalisant d’une manière tout a fait identique à celle qu’ont utilisé

les pays européens, dont le nôtre, pour annexer, puis tenter de conserver leurs colonies.

Dans le cas de la Chine au Tibet : conquête par les armes, imposition de la bureaucratie

communiste, de la culture –mais aussi de l’efficacité- chinoise, écrasement de l’église

bouddhiste au pouvoir, emprisonnements arbitraires... L’absence de démocratie en Chine

est l’argument qu’utilise l’Occidental naïf pour combattre ce pays. Il est vrai que

l’invasion du Tibet a fourni de nombreux arguments supplémentaires aux Occidentaux

désirant déconsidérer la Chine. Mais quel est l’Occidental, le média occidental, le

politique occidental qui, ayant admis la détestable invasion chinoise (un milliard

d’individus contre quelques six millions) réfléchit et, considérant que la Chine a envahi

le Tibet en 1950, pose les questions :

- Quel était l’état des noirs des Etats Unis. d’Amérique à cette date ? Qu’était le

K.K.K. ?

171


- Qu’allait faire quelques années plus tard, en Indochine, l’armée de ces E.U. pays

démocratique? Le mot napalm a été vite oublié, et les meurtres et les morts parmi la

population civile...

172

- Dans quelle guerre la France était-elle engagée au moment où la Chine envahissait

le Tibet ? Que faisait-elle en Indochine puis en en Algérie ? Quels moyens utilisaitelle

? Utilisait-elle toujours des méthodes démocratiques ? Des méthodes nondémocratiques

? La torture ? Tortures ? Vous avez dit : tortures ?

Plus récemment :

- Qu’a fait l’armée de l’adjudant Bush en Irak ?

Aujourd’hui :

- Que font les armées de monsieur Obama, les troupes de monsieur le Président

Sarkosy,... en Afghanistan ?

- Quelle attitude a la France avec certains pays d’Afrique (N fois plus peuplés que le

Tibet) ou du Golfe, qui ont des structures féodales, dont les dirigeants se conduisent en

autocrates sauvages avides de pouvoir et d’argent... ? Elle entretient les meilleures

relations avec ces pays, surtout s’ils lui vendent des barils de pétrole.

Les Occidentaux, les Français, devraient se souvenir des nombreux proverbes sur la

critique que l’on formule sur les imperfections d’un voisin alors que l’on est affublé des

mêmes mais qui sont d’une taille cent fois plus grande.

Relations Chine Inde. Ces deux pays, par le Tibet, ont des frontières communes dont

celle du Ladhak, elles sont en compétition. Ces deux pays se sont battus pour leur tracé.

Dans une courte guerre, l’Inde a été vaincue, mais les Chinois vainqueurs ne sont pas

restés sur leur position, ils ont reculé et sont revenus à leur position de départ. Exemple

rare, peut-être unique, de guerriers victorieux n’exploitant pas leur victoire.

La Chine et l’Inde enveloppent le Népal. Ces deux grandes puissances de l’Asie ont des

régimes différents. Et ils ont des alliés différents. La Chine a peu d’alliés, elle n’en a pas

autour des U.S.A. Depuis le fiasco économique de l’U.R.S.S. Cuba est-il devenu un allié

de la Chine ? Le bloc occidental dirigé par les U.S.A. se fabrique des alliés autour de la

172


Chine, militairement s’il le faut. Dans quel camp le Népal tombera-t-il ? Dans le camp

occidental ou dans le camp chinois ? Le Népal est géographiquement,

173

démographiquement, économiquement, politiquement, religieusement, dans la zone

d’influence de l’Inde :

- absence de frontières naturelles dans les plaines du Teraï,

- même religion, même culture, langues ayant pour origine le sanscrit-dévanagari,

- même origine ethnique indo-aryenne des dirigeants. Au Népal, seuls les Tribaux

Pahadis, habitant des collines, et les Bothes, habitants des piémonts himalayens, sont

culturellement et religieusement proches des Tibétains devenus Chinois. Ces Pahadis et

Bothes ne sont toutefois pas nombreux et, bien que d’origine nordique, ils se sont, au

cours des siècles, fortement hindouisés.

Pourtant, c’est vers la Chine que se tournent les regards de la plus grande partie du

peuple népalais. Les cadavres séparant les deux pays sont froids. Ils datent du temps où

le Népal et la Chine se sont battus, c’était dans les années 1800, lorsque l’armée du roi

Prithvi Narayan a envahi le Tibet ! Ce pays, en effet, a alors appelé la Chine pour qu’elle

vienne à son secours. Face à l’armée chinoise les népalais se sont retirés.

L’attitude de la Chine avec le Népal, n’est pas si simple qu’il est dit par les Occidentaux.

Il faut d’abord rejeter l’affirmation de ces Occidentaux qui prétendent :

- que la Chine veut annexer le Népal.

- que la Chine a soutenu et continue de soutenir le mouvement maoïste népalais.

- qu’elle s’est opposée au pouvoir népalais qui combattait les maoïstes et qu’elle a fourni

des armes aux rebelles.

Si le Népal tombe tout cuit dans le bec de la Chine elle le gobera certainement. Mais elle

ne fera rien, surtout militairement, pour l’annexer. Combien de trekkeurs s’imaginent

que le mouvement maoïste a été aidé par les Chinois ! Refrain :

C’est la Chine qui leur a procuré des armes.

Le mot maoïste fait penser que les révolutionnaires népalais ont trouvé, dans la Chine

des successeurs de Mao Zedong, un allié puissant. Cela est faux. Au contraire. Quelle a

été l’attitude de la Chine avec l’insurrection maoïste népalaise ? Quand Pushpa Kamal

Dahal-Prachanda, le leader maoïste népalais a été élu secrétaire général de son parti il a

173


174

reçu des lettres de félicitations des leaders des partis communistes de différents pays, en

a-t-il reçu de la Chine ? Plus sérieux, quand les membres de la coalition : Inde, U.S.A,

Angleterre…, se rendant compte de la défaite des forces de l’ordre népalaises face à la

People Libération Army maoïste, ont brutalement arrêté leur aide au roi Gyanendra

By ten, King Gyanendra had befriended Beijing, and China delivered the first lot of military

hardware to the Royal Nepal Army on November 22. The arms and weapons were brought into

Nepal in 18 trucks via Kodari Higway (Arnico Highway ou Route du Tibet) that links Kathmandu

with China’s Tibet.

Pourtant des trekkeurs croient encore que la Chine a aidé l’insurrection maoïste ou

qu’elle l’a même inspirée. Il n’en est rien.

The Chinese government also supported King Gyanendra by stating that the coup was an internal

affair. A. Roy.

Où est la belle phrase, prêtée à Mao Zedong, et que Malraux cite dans ses Antimémoires.

La Chine viendra en aide à tous les pays opprimés qui lutteront pour leur libération.

La Chine n’a pas aidé les maoïstes népalais. Le mouvement maoïste est un

mouvement interne au Népal, il n’a reçu aucune arme, aucune assistance militaire.

Si cela s’était produit l’O.N.U., Amnesty International, l’auraient signalé. Le

mouvement maoïste a-t-il reçu des fonds secrets ? L’histoire nous l’apprendra. La Chine,

non seulement n’est pas intervenue dans l’insurrection népalaise, mais elle s’est placée

dans le camp des Indo-Anglo-Saxons et du roi du Népal. Pour ne pas froisser la

susceptibilité de l’Inde ? Parce qu’elle veut que le monde occidental la considère

désormais comme un pays loin de sa révolution, un pays apaisé ? Parce qu’elle ne veut

pas que l’on dise qu’après le Tibet elle veut boulotter le Népal ?

Quoiqu’il en soit les trekkeurs-moutons de Panurge, continuent de maudire les Chinois.

Ils crient, mais avec moins de force semble-t-il :

-Méchante Chine. Tibet libre.

Mais ces mots devraient rapidement être remplacés par d’autres, ou par le silence, avec

la demi-faillite des U.S.A. qui va entraîner la diminution des crédits dont disposera,

désormais, son organisme Intelligent qui disposait jusque là de vastes budgets de

174


propagande. Cette Intelligence utilisait les moyens que l’on sait pour influencer des

175

contestataires en mal de contestation des pays occidentaux. Ces gentils brailleurs, ces

ridicules poseurs de pancartes au pied des sommets himalayens vont se calmer quand ils

vont observer la montée en puissance économique de la Chine.

Le Népal reste donc (2010) dans la zone d’influence –euphémisme- de l’Inde. Le Népal

peut-il un jour tomber dans la zone d’influence chinoise ? La grande majorité des

Népalais, sauf ceux du Madesh, le souhaite qui haïssent les Indiens, qui voient que grâce

aux Chinois le Tibet a secoué ses structures médiévales, a rejeté l’inertie dans laquelle le

plongeait la détestable politique de frontières fermées que pratiquaient ses dirigeants, le

régime théocratique et féodal du Dalaï Lama avant que ce dernier ne change lui aussi de

vêtements. Les Népalais envient les travaux que les Chinois ont réalisés dans ce pays. Un

sardar de retour de Lhassa :

Lhassa, de larges avenues, des beaux immeubles !

Les Népalais voient aussi dans la Chine le pays qui a la croissance économique la plus

forte, le pays qui suit un chemin qui va le conduire à devenir économiquement le

premier pays du monde. Pour les Népalais, la Chine est le pays qui a gagné la guerre

économique contre l’Occident, contre le capitalisme occidental, japonais, indien Et qui

se dresse contre la domination de ce monde occidental qu’ils aiment peu.

Les Népalais de tous les partis se plient aux demandes chinoises. Ils ferment, aux

Tibétains qui tentent d’émigrer au Népal ou à Daramsala, le chemin du col Niangpala.

Ils suppriment l’autorisation accordée aux bouddhistes Gélugpa (dont le chef est le

Dalaï Lama) d’avoir un bureau à Katmandu. Ils matraquent les Népalais –financés par

qui ?- qui manifestent dans les rues de Katmandu pour un Tibet libre...

Quelle est la position des partis politiques népalais vis à vis de la Chine ?

- Le parti Népali Congress n’est pas hostile à un rapprochement économique avec ce

pays mais il reste fermement pro-indien.

- Le parti U.M.L. est favorable à des relations commerciales avec la Chine. D’une part

elles permettent de diminuer les trop fortes contraintes imposées au Népal par l’Inde,

175


d’autre part, quand il est au pouvoir, parce qu’elles montrent aux maoïstes qu’eux aussi

ont des relations privilégiées avec ce pays

- Pour le parti communiste maoïste, une aide chinoise forte permettrait de s’affranchir de

l’Inde, ou du moins de diminuer son influence. Ce qui entraînerait la diminution des

pouvoirs des gens de caste qui dominent encore l’économie et la politique népalaise.

Enfin, en se plaçant dans le clan chinois les Maoïstes népalais démontreraient la justesse

de l’appellation qu’ils ont donnée à leur mouvement révolutionnaire. Mais si un

rapprochement Népal Chine se réalisait se poserait le problème de la distance entre la

frontière chinoise et Katmandu. Distance qui alourdirait les prix, ceux des produits

pétroliers en particulier.

176

Des trekkeurs sont en constante recherche de folklore, de spiritualités asiatiques, leur

jugement en est influencé. Ils sont également influencés par leurs médias atteints de

sinistrose chronique. Dix ans de cris : Tibet free nous l’ont appris. Quels va être leur

réaction, quand ils vont découvrir que les grands fautifs du réchauffement de la planète,

si celui-ci n’est pas dû à un changement des radiations solaires, sont les grands pays

émetteurs de Carbonne, soit :

- les U.S.A. par débauche de consommation d’énergies fossiles,

- la Chine et l’Inde parce que ces pays utilisent encore le charbon pour produire leur

énergie électrique. Parions que dans quelques années -dans quelques mois ?- la presse

occidentale, oubliant de citer les U.S.A. et l’Inde, va s’acharner sur cette Chine, qui

décidément n’apporte que des nuisances à l’humanité.

Dans un autre domaine, parions aussi que l’on verra bientôt de nombreux trekkeurs

agiter au Tibet ou à Katmandu des panneaux indiquant de nouvelles critiques contre la

Chine. Ce pays ne rêve-t-il pas d’imposer à la Bourgogne, à la plaine de Bordeaux, au

Languedoc et au Roussillon, aux collines d’Alsace... l’application d’un drapeau rouge à

faucille et marteau sur les étiquettes de ses vins. On lit en effet dans un hebdomadaire

népalais :

176


Les Chinois commencent à produire du vin. Ils parlent pinot, chardonnays... Dès le départ, ils

raisonnent en milliers d’hectares, en dizaines de millions de bouteilles.

Mauvaise affaire pour les vignerons gaulois. Les Chinois affirment que dans 30 ans ils

seront les premiers producteurs de vin sur la Terre. Faillite des vignobles français ? Non,

leurs domaines seront rachetés par des chefs du parti unique reconvertis dans une sorte

de nouveau gros rouge.

177

Demain ? Que sera-t-il ? Hier, le Président Obama est venu en Asie, il a rendu visite aux

dirigeants de l’Empire du milieu et à ceux de La plus grande démocratie de la Terre.

Fléau horizontal de la balance ? Hé ! Hé ! Il s’est rendu à Beijing pour une simple visite

mais il a invité en Amérique le Premier ministre Indien actuel dont le costume et la

coiffure séduisent les amateurs de folklore et ceux qui font tout pour que les hautes

castes et le parti conservateur indien conservent leur suprématie.

Les Chinois s’en moquent, ils se moquent des mots communisme, capitalisme,

mondialisme. Les Chinois d’aujourd’hui ont le regard fixé sur un but : la réussite

économique, commerciale. Les Chinois sont des Asiatiques et les Asiatiques sont les

plus grands commerçants de la Terre. Les Américains les ont cherchés, ils les ont

trouvés !

COLONISATION.

UN NEPAL INDIEN, UN NEPAL CHINOIS

Imaginons, dans les années 1950, le Népal victime d’une colonisation.

Imaginons une colonisation brutale comme celle utilisée par les Occidentaux ou par celle de la Chine

au Tibet. La réponse est évidemment complexe. La haine de l’occupant, de la nation colonisatrice,

auraient évidemment imprégné les pensées et dicté des comportements rancuniers aux Népalais un

jour libérés envers ceux qui les auraient opprimés. Mais le Népal aurait retiré quelques avantages

de cette occupation. Un Népal colonisé aurait eu quelques routes, des écoles, des hôpitaux... (Ceux

que les colons auraient construits pour eux.). Ils auraient eu des techniciens, des gestionnaires

auraient été formés. Ils auraient acquis des notions scientifiques élémentaires, celles se rapportant à

177


l’hygiène par exemple... Mieux encore, ayant ouvert ses frontières, ses habitants auraient appris la

notion de pays de droit.

Imaginons maintenant une colonisation douce : le Népal colonisé devenant économiquement,

culturellement, politiquement, militairement, un Etat fédéral du pays colonisateur. On peut voir

plusieurs aspects dans une telle colonisation.

- Imaginons un Népal colonisé par l’Inde, la misère aurait peu changé dans le Népal profond et un

jour ou l’autre le pays aurait eu ses Naxalites. L’hindouisme serait resté religion d’état, les gens des

hautes castes auraient conservé leur pouvoir. La monarchie serait certainement devenue

constitutionnelle. Mais le pays aurait certainement eu davantage de routes, d’infrastructures... De

plus il aurait eu de meilleurs gestionnaires de son capital touristique, l’Indien étant moins

protectionniste que le Népalais. Enfin, il aurait pleinement bénéficié sur son sol de l’existence de

nombreux spécialistes : ingénieurs, mathématiciens, juristes, économistes... indiens.

- Imaginons un Népal ainsi colonisé par la Chine. N’aurait été conservé des principales religions

hindouisme et bouddhisme que l’aspect folklorique susceptible d’attirer le touriste. L’influence des

gens de caste aurait été supprimée, les membres du parti communiste maoïste népalais se seraient

substitués à eux et auraient dirigé le pays. Mais le Népal aurait bénéficié de la qualification et du

dynamisme des hommes de l’art chinois. Il aurait également bénéficié des capitaux chinois. Il aurait

connu le même essor économique que celui du Tibet. Paradoxalement sous la forme d’une province

chinoise le Népal serait peut-être devenu une véritable nation.

INFLUENCE DE LA RUSSIE

L’U.R.S.S. avait construit à Katmandu, au temps de sa puissance, une belle Ambassade

protégée par des murs de type forteresse, mais aussi de vastes locaux possédant même

une salle de conférence. Employait-elle comme l’Ambassade des Etats-Unis (voir ci-

dessous) de nombreuses femmes de ménage ? On peut l’imaginer. L’U.R.S.S. a disparu,

la Russie est aujourd’hui, aux yeux des touristes tout au moins, surtout présente dans

l’himalayisme. Les Russes ont effectué de belles ascensions - hélas ! Ils ont choisi les

178

expéditions de type lourd avec utilisation d’oxygène !- Ils sont aussi présents dans le

transport aérien, la Russie a fourni au Népal quelques uns de ses hélicoptères gros

porteurs –dont certains ont d’ailleurs eu des fins peu glorieuses- Sur le plan politique, la

Russie a, elle aussi, soutenu l’ancien régime népalais. Comment les Népalais perçoiventils

ce pays? Les méthodes qu’ont utilisées les dirigeants de l’U.R.S.S. et qui les ont

conduits au fiasco économique semblent inconnues des Népalais. Aujourd’hui, l’Union

178


Marxiste Leniniste, l’U. M. L. le parti réformiste et le parti communiste maoïste

continuent d’apposer sur leurs affiches, sur fond de faucille et de marteau, à côté de

Engels, Marx, Lénine, le portrait de Staline ! Une influence russe au Népal est-elle

réaliste ? Il y a la Chine entre la Russie et le Népal.

INFLUENCE DES U.S.A.

Les Etats-Unis d’Amérique possèdent à Katmandu une récente et énorme ambassade.

Voici ce que disent les résidents étrangers vivant au Népal quand ils parlent de

l’Ambassade des Etats-Unis :

179

- Pourquoi l’Ambassade des U.S.A. à Katmandu, est-elle aussi grande ?

- Parce qu’elle abrite un nombreux personnel. Or, qui dit nombreux personnel, dit nombreux

bureaux, qui dit nombreux bureaux dit nombreuses femmes de ménage. L’Ambassade des U.S.A.

au Népal est donc grande parce qu’elle abrite de nombreuses femmes de ménage.

Plaisanterie toujours, le Népal est un pays entre la Chine-Tibet et l’Inde, ces deux

puissances asiatiques dont l’une est, ou a été, dans la sphère de la Russie et dont l’autre

est la concurrente directe des Etats-Unis en Asie. Cette Chine, quasi seule, elle ne

possède que quelques pays satellites, cherche certainement à étendre son influence en

Asie (/ / à établir avec sa politique en Afrique ?). Mais l’Union States veut aussi dominer

cette région. Or le Népal occupe une position stratégique qui intéresse au plus haut

niveau l’Union States. D’où le nombre élevé de barbouzes déguisées en femmes de

ménage qui sont présentes à l’Ambassade des U.S.A.

Sérieux : la présence des U.S.A. n’est plus à démontrer. Elle a joué son rôle dans des

événements népalais. Le plus secret :

Les maoïstes ont déclaré que l’U.S. et l’Inde (C.I.A et R.A.W. Research and Analys Wing) ont

élaboré l’assassinat du roi Birendra et de sa famille. L’armée népalaise étant le bras.

On entend également :

L’armée népalaise en liaison avec l’armée indienne...

Ou :

L’armée indienne seule...

Pauvres U.S.A. qui rêvent d’être la plus puissante nation guerrière de la Terre -à défaut

d’avoir gagné la guerre économique- Pauvres U.S.A. qui oublient leurs défaites

179


militaires successives : la vieille lutte à côté de Tchang Kaï-Che perdue contre Mao

Zedong, celle d’Indochine, celle de l’Irak ! Celle à venir qui se déroule en Afghanistan ?

180

N’anticipons pas. On parle peu des militaires européens pourtant ils sont certainement

supérieurs à leurs homologues yankees. Ils ont pour eux la modestie de soldats

appartenant à des petites puissances économiques, ensuite la modestie inspirée par les

nombreuses défaites qu’ils ont connues au cours des siècles. Ils doivent sourire quand ils

voient cette armée des U.S.A., la Première de la Terre, qui possède des centaines

d’armes nucléaires, des porte-avions, des fusées en surnombre, une extraordinaire

aviation, une colossale marine, des armes comme on n’en avait jamais vu, se faire

ridiculiser par quelques kamikazes chaussés de sandales, montés dans de simples

berlines bourrées d’explosifs. Certains rétorquent : « Les U.S.A. ont gagné la guerre de

1940. » Mais d’autres mauvaises langues répliquent :

Elle n’a pas gagné la guerre, ce sont ses avions et ses chars d’assaut qui ont fait qu’elle a gagné la

guerre. Cela est démontré par ses pertes, elle n’a eu que 300.000 morts, l’Union soviétique en a eu

30.000.000 !

Parce que nous avons le temps et parce qu’il prête à sourire, je cite un autre texte de E.

Todd sur les militaires américains :

Nous assistons donc au développement d’un militarisme théâtral comprenant trois éléments

essentiels :

- ne jamais résoudre définitivement un problème pour justifier l’action militaire indéfinie de

l’ « unique puissance planétaire. »

- se fixer sur des micro-puissances. Irak, Iran, Corée du nord, Cuba, etc. La seule façon de rester

politiquement au cœur du monde est d’en « affronter » des acteurs mineurs.

- développer des armes nouvelles supposées mettre les Etats-Unis « loin devant. »

Monsieur Todd a oublié de citer le Népal, il est vrai que ce pays occupe bien peu de

place dans les sensibilités occidentales et que les Etats-Unis ne s’y sont pas battus

directement. De plus, n’exagérons pas ! L’armée américaine a certes équipé les forces de

l’ordre de la monarchie népalaise, les a conseillé, mais elle ne leur a pas fourni de

bombes au Napalm. Or le Népal est un pays de forêts, forêts qui abritaient les maoïstes :

des bombes au napalm pour le Népal ça sonnait bien pourtant.

Abandonnons l’humour noir. Revenons à notre problème. Citons Anirban Roy :

The second largest supplier of military assistance Royal Népal Army, N.A. is the U.S.

180


181

On May, 7, 2002, Deuba (Premier ministre népalais) meet U.S. President George W Bush. Washing

list after the meeting, Deuba told the press that he had secured a strong vow of support in the battle

against the Maoists during this talk with this President Bush… I am very glad, I am very happy.

President Bush is very much supporter to our campaign against terrorism, and he has assured us

will help in many ways.

Plus tard viendra au Népal, le général Secrétaire d’Etat, Colin Powell. Toujours de

Anirban Roy :

With the spread of the Maoist movement in Nepal, U.S. interest in Nepal begun to grow. On

January, 18, 2003, U.S. Secretary of State Colin Powell flew into Kathmandu, leading a delegation…

Powell meet King Gyanendra, Prime minister Deuba and chief of the Royal Nepal Army General

Prajwolla Shumasher Jung Bahadur Rana. Two months later, a team from de U.S. Pacific

Command was in Nepal. To assist the Royal Nepal Army in intelligence, aviation, logistics and

engineering.

Amnesty International a confirmé:

Les Etats-Unis, ont livré à l’armée du roi, des milliers de fusils.

Que des fusils ? Les soldats U.S. ne se sont pas battus au Népal mais ses conseillers

étaient présents. Ils n’ont pas été très efficaces, et les armes qu’ils ont fournies n’étaient

pas, non plus, bien efficaces, puisque, ne nous le cachons pas, les maoïstes contre

lesquels ils se battaient ont été victorieux sur le terrain, le roi Gyanendra a été défait et

la République a été proclamée.

Quoiqu’il en soit les U.S.A. sont toujours présents au Népal, pays où ils entretiennent de

nombreuses femmes de ménage.

Résumons.

Voici l’insurrection maoïste en ces débuts, voici que commence, grandit, s’épanouit, se

généralise, la guerre du peuple. Monsieur Bush, Président des Etats d’Unis d’Amérique

s’empresse de qualifier de terroristes ces révolutionnaires qu’il compare aux soldats de

Ben Laden. L’Ambassadeur des U.S.A. est monsieur Moriarty. Il sera en poste pendant

la fin de la guerre. Cette excellence est haïe par les Népalais, titre d’un quotidien :

Moriarty persona non gratta.

181


Ce monsieur ne cesse de maudire, de critiquer ces terroristes népalais dans ses

déclarations quasi quotidiennes à la presse, à la radio, à la télévision.

Printemps 2002, les dirigeants népalais reprennent ce mot à leur compte :

Les maoïstes sont des terroristes.

Mais sont-ils des terroristes ces Hommes des forêts, ces Jungle manche ? C’est ainsi que

se baptisent les insurgés népalais. On lit qu’ils se seraient nommés également : Pieds nus

Kali Kouta. Or ces mots Pieds nus me plaisent car ils me font penser aux Va nu pieds

superbes de Victor Hugo. Va nus pieds qui ont gagné la guerre contre les forces de

l’ordre d’alors : les armées des pays monarchistes voisins, comprenant les émigrés qui

avaient perdu leur pouvoir et leurs privilèges.

Le Népal est-il un Etat voyou, un Rogue State abritant des terroristes ? Prachanda-

Pushpa Kamal Dahal est-il comparable à Ben Laden ? A Sadam Hussein ? Le mot

Terreur qualifie la période qui a suivi la révolution française de 1789 mais nos Sans-

culottes étaient-ils des terroristes ? Certes ils étaient violents ! De Révolution Consulat

Empire de Biard, Bourdin, Marzagalli :

La prise de la Bastille marque les esprits par les violences populaires qui l’accompagnent.

Les allemands qualifiaient aussi de Terroristes nos maquisards, pour la plus grande fierté

182

de ceux-ci dans la France occupée, pour leur plus grande gloire dans la France libérée.

Mais ce qualificatif, les maoïstes népalais ne l’ont gardé que pendant la durée de la

guerre. Il a suffi qu’aux élections de 2006 ils obtiennent le plus fort pourcentage de voix

pour que, brutalement, le nouvel Ambassadeur des U.S.A. au Népal décrète que les

maoïstes n’étaient plus des terroristes. Voici un bel exemple d’absence de pudeur ? Mais

non, la honte en diplomatie... ! Personnellement, j’ai trouvé haïssable l’utilisation de ce

mot terroriste pour qualifier des misérables en lutte contre un régime féodal et une

puissante aristocratie qui étaient les causes de l’intense misère qui sévissait dans leur

pays.

Les gouvernants indiens, eux, avaient (ils l’ont encore) un sérieux motif pour lutter

contre les maoïstes : la présence sur leur sol de Naxalites –des misérables dont nous

avons parlé- qui ont eux aussi lutté et luttent encore sous une bannière portant faucille et

182


marteau, contre le pouvoir en place. La réussite de la révolution népalaise n’allait-elle

183

pas stimuler ces Naxalites ? Il leur fallait donc tout faire pour lutter contre les maoïstes

népalais. Ce qui a été fait en liaison avec les U.S.A. et les pays occidentaux, en faisant

accéder le roi Gyanendra sur le trône à la place de son frère Birendra par le procédé que

l’on sait et en fournissant des armes et une assistance financière et militaire aux forces de

l’ordre népalaises. Ces pays ont tout fait pour soutenir ce monarque dirigeant le pays

d’une manière dictatoriale, antidémocratique et inhumaine. Enfin, l’Inde, les U.S.A. et

les pays occidentaux ont agit de concert lorsque les maoïstes dirigeaient le

gouvernement dans la période qui a suivi la fin de la guerre. Nous en parlerons plus loin,

ils ont comploté pour que le Président de la République du Népal, un membre du parti

Népali Congres accorde la prédominance du pouvoir militaire sur le pouvoir civil. Ils ont

réussi. Les maoïstes n’ont pu que démissionner.

Mais les Etats-Unis ont également agi ainsi pour conserver leur position de pays

dominant en Asie, curieux de tout. Curiosité : mot qui inspire les espions ? Souvenirs :

au cours d’une expédition sur un haut sommet de l’Himalaya népalais, le Ministère du

Tourisme ne nous a-t-il pas demandé de vérifier si une précédente expédition américaine

sur ce même sommet n’avait pas déposé quelque appareil de détection.

Pauvres Américains, leurs militaires n’agissent pas toujours d’une manière cohérente ?

D’E. Todd parlant de ces militaires :

Les gesticulations américaines dans le Golfe, les attaques contre l’Irak, les menaces contre la Corée,

les provocations à l’égard de la Chine s’inscrivent toutes dans la stratégie américaine de micro

militarisme théâtral.

Note personnelle : l’économique n’est-il pas derrière le militaire ? Il reste qu’au cours de

la guerre civile, ces militaires de théâtre ont envoyé des spécialistes au Népal :

140 militaires des USA ont en 2003 sillonné les collines du pays refuge des maoïstes pour conseiller

l’armée du roi dans sa lutte.

Planquez-vous sourires.

En attendant, l’armée des U.S.A. a fourni des armes, des équipements aux forces de

l’ordre, leur pays a financé le régime monarchique autocratique, anti-démocratique par

excellence... Vive la Démocratie façon occidentale !

183


Puis, soudain, les Intelligences des Etats-Unis ont compris que :

There was no solution to the People’s war Nepal.

Ah ! Il ne faut pas que j’oublie de le signaler, en 2010 les U.S.A. continent d’aider le

184

gouvernement anti-maoïste du Népal, celui de monsieur Madhav Kumar Népal, ils lui

remettent de très fortes sommes. Par pure philanthropie ? Evidemment ! Nous en

reparlerons.

INFLUENCE DU JAPON, DE LA COREE DU SUD

ET DES ILES DU PACIFIQUE

La Japon aide beaucoup le Népal, les Japonais sont très appréciés des Népalais. Voici

une anecdote qui le confirme. A quelques kilomètres de Katmandu, un grand terrain

appartenant à un ministère. Sur ce terrain un Occidental construit une petite école : coût

total, environ : 120.000 francs de l’époque. Il reçoit une lettre de remerciements.

Quelques mois plus tard une délégation japonaise de dix personnes vient, en gants blancs

(sic), planter sur ce terrain une vingtaine d’arbres de dix centimètres de hauteur. Un

ministre est là, une compagnie de policiers rend les honneurs, arrose les plans, un buffet

copieusement garni abreuve les gosiers et remplit les estomacs des hommes et des

femmes du Soleil levant. Je me moque, mais le Japon a réalisé de belles choses au

Népal, dont des routes, alors que la France y brille par sa présence falote et le ridicule du

montant de ses aides...

Comment les Japonais perçoivent-ils la montée et la victoire des maoïstes ? Question

stupide, le Japon n’a que faire de la misère des Népalais, le Japon, malgré sa position

géographique, fait partie du bloc occidental, il suit le chef de file du capitalismemondialiste,

les U.S.A.

La Nouvelle Zélande est très présente par l’association qu’a créée Hillary. Cette

association finance, fait exécuter, gère, de nombreux travaux : écoles, dispensaires ... La

Corée du sud est également très présente au Népal et son rôle va certainement aller en

grandissant.

184


INFLUENCE D’ISRAEL

Evidemment, ce pays a, au cours de la guerre civile, fourni des armes aux forces de

l’ordre népalaises, certaines ont été saisies par les maoïstes au cours de combats.

INFLUENCE DES PAYS EUROPEENS

185

L’Angleterre a colonisé l’Inde qui comprenait alors le Pakistan et le Bengladesh mais le

Népal est resté indépendant. L’Angleterre avait néanmoins un représentant à la Cour des

Rana et un autre à Lhassa. Elle a même obtenu l’autorisation d’envoyer des alpinistes sur

le versant Nord de Chomolunglma-Sagarmatha-Everest. La France n’a eu en Inde que

des comptoirs et c’est sans doute ce qui explique son peu de ferveur –ferveur n’est pas le

mot juste mais il suggère bien des choses et c’est pourquoi je le choisis- pour intervenir

dans les affaires népalaises. Peut-on imaginer que la diplomatie européenne respecte

tacitement la règle : l’Asie du sud-est doit rester sous la coupe des Anglo-Saxons ?

La France et la plupart des pays européens ont aujourd’hui une Ambassade ou un

consulat à Katmandu. L’Union européenne est également présente, elle a des bureaux,

elle finance et dirige des travaux. Ne pensez pas qu’elle supervise des projets à l’échelle

de sa puissance ou de la misère du pays, mais il lui arrive de diriger des réalisations. Par

exemple, elle a été le financier-maître d’ouvrage-concepteur, de travaux annexes de

voierie dans Katmandu : n’a-t-elle pas construit des abris-bus ! Des mauvaises langues

ajoutent : « Qui ne sont jamais utilisés ! » Elle a aussi édité un opuscule sur lequel

figurent les plans des différents quartiers de la ville, les noms de ces quartiers, le nom

des rues. Il ne reste plus qu’à créer un véritable système postal, à mettre des plaques à

l’entrée des rues et des numéros aux bâtiments. Ne souriez pas, chaque chose en son

temps, et puis il vaut mieux construire des abris-bus qui ne servent jamais, éditer des

plans qui sont inutiles, qu’équiper une armée et une police qui sont incapables de mâter

une insurrection de va nu pieds même pas célèbres.

Sur le plan diplomatique, l’Europe au Népal, que nous, petits européen émigrés, rêvons

de voir unie et puissante, continue de n’être qu’un patchwork mal cousu, mal assemblé,

185


idicule trop souvent, inutile aux yeux des Népalais. L’Allemagne, le Danemark, la

France, la Suisse... ont une Ambassade dont le siège ressemble à une villa de retraité

cossu. Heureusement ces pays ont un Ambassadeur qui se déplace en voiture à fanion.

La voiture reste, les Ambassadeurs passent. Ceux d’Angleterre sont assis sur un

strapontin à côté de ceux des U.S.A. Ils tournent le dos à l’Europe. De cette Angleterre

parlons-en.

L’ANGLETERRE

186

Pauvre pays qui a étonné, inspiré, façonné, imprégné de sa marque les peuples de la

Terre. Ce pays n’est aujourd’hui plus rien. Il n’est plus un bouledogue, il n’est que le

petit caniche des U.S.A. Au Népal plus qu’ailleurs peut-être. La politique extérieure du

Premier ministre Blair (Irak compris) s’est alignée sans un murmure sur celle du

Président de l’U.S. G. Bush dans sa lutte contre le terrorisme maoïste népalais. Son

attitude n’améliorera pas, en Asie et dans l’histoire, son image de grand pays

colonisateur. En février 2003 monsieur Deuba alors Premier Ministre du roi Gyanendra

rencontre Tony Blair après avoir rencontré George. Bush. Le Premier ministre népalais

déclare à son retour que le Premier ministre anglais :

Agreed to provide military aid, including training, equipment, logistic, worth 10 millions dollars.

Après que monsieur Deuba ait été démissionné, les Anglais continuent d’aider le roi

Gyanendra. Les 19 et 20 juin :

An international meeting sponsored by Britain, was organised to help the Nepali Government fight

the maoïsts…

Amnesty International indique que l’Angleterre a fourni des avions Islander à décollage court et des

armes.

A la suite de quoi, le Général britannique Sir Michael Borjee, chef de l’équipe défense,

arrive à Katmandu et rencontre le chef de la Royal Népal Army, la R.N.A. Monsieur

Shamsher, puis le roi Gyanendra...

Il note ce qui est nécessaire à l’armée népalaise pour combattre victorieusement les maoïstes.

Il s’engage à fournir du matériel et des armes. Ses promesses ont été tenues, l’Angleterre a

assisté l’armée du roi. Elle a même continué à l’assister quand le roi Gyanendra a pris les pleins

pouvoirs. Ce qui choque le plus dans cette attitude c’est que Tony Blair est membre du parti

186


Travailliste. Monsieur Bush, lui, en combattant les terroristes était fidèles à ses électeurs,

monsieur Blair l’était-il aux siens ? Si oui, qu’est devenu le parti Travailliste ? Ses membres

étaient pourtant les descendants de ceux qui ont décapité le roi Charles I° en 1649, 140 ans

avant que nous ne coupions la tête du nôtre. C’étaient aussi les descendants de ceux qui

avaient mis en place la première monarchie à pouvoir limiter, ceux qui avaient appris à

un monarque à respecter la volonté d’un Parlement, à respecter l’habeas corpus. En

faisant tout cela, ce pays avait montré à l’Europe, bien avant les Français qui attendront

1789, le chemin conduisant à la démocratie.

A signaler, l’Angleterre possède un cimetière à Katmandu, un véritable cimetière, un

espace clos de murs, dans lequel quelques tombes s’éparpillent au milieu des arbres.

Pauvre peuple anglais qui n’a plus que la mort pour se distinguer, même son humour

s‘est coloré en noir.

LA BELGIQUE

187

Elle a fait partie de l’international meeting organisé par monsieur Blair, elle a fourni des

armes à la Royal Népal Army du roi Gyanendra.

LA FRANCE

Il est toujours utile de rappeler aux Français qu’ils ne sont pas le sel de la Terre et qu’ils

sont souvent sérieusement critiqués et peu estimés par les habitants de nombreux pays,

Schopenhauer :

L’Afrique a ses singes, l’Europe à ses Français.

Quittons la boutade, citons Malraux, Les conquérants :

La France n’a jamais été aussi grande que lorsqu’elle parlait pour tous les hommes, et c’est

pourquoi son silence s’entend de façon aussi poignante.

Quel humour ce Malraux ! Les représentants de notre cher pays quelle attitude ont-ils eu

au cours de cette guerre népalaise ? Qu’ont-ils dit ? Qu’ont-il fait ? Beaucoup ? Peu de

choses ? Rien ? Rien de bien visible en tout cas aux yeux de l’émigré français lambda.

Indice de neutralité ? Attitude critique des autres nations engagées dans un combat qu’ils

187


éprouvaient ? Ont-ils cautionné le régime de monarchie absolue du roi Gyanendra et ce

faisant l’état de féodalité dans lequel celui-ci maintenait son pays ? Non, il ne semble

pas, mais leur silence a quand même été indice de trahison au passé de la France, celui

des Sans-culottes. L’attitude de la France s’est toutefois démarquée de celle des U.S.A.

et de l’Angleterre. Cela lui a évité un grand ridicule, ce n’est pas rien. Saluons

discrètement.

188

Parlons trekkeurs français : ces trekkeurs ont été, dans l’ensemble, lamentables. Dans

leur jugement et dans leur attitude envers les maoïstes au cours de la guerre. Nombreux

ont été ceux qui affirmaient avoir des idées de gauche qui les ont carrément critiqués. Et

leurs critiques sont devenues plus vives lorsqu’il leur a fallu payer, aux maoïstes, un

droit de passage nommé impôt révolutionnaire. Pensez, ils ont été obligés de payer 10

euros, 20 euros, le un centième du prix de leur voyage ! Les paroles que l’on a entendu

ont été du genre :

- Inadmissible, ces maoïstes nous ont fait payer un impôt révolutionnaire !

- Ces maoïstes, quels cons ! Ils tuent la poule aux œufs d’or.

Tropisme critiquable, la première de ces paroles était inspirée par la ladrerie, celle qu’ont

tous les nantis de la Terre pour lesquels : Un sou c’est un sou. La deuxième leur était

dictée par leurs guides de trek qui font partie de ceux qui, dans la société népalaise,

possèdent des poules aux œufs d’or. Je parle de cela avec Michel et Jacqueline qui

dirigent une agence de trekking à Katmandu. Ils me disent :

Ne généralise pas, il y a des guides français, des trekkeurs, qui ont compris.

Je veux bien vous croire mes amis, mais ils ont été bien rares. Aujourd’hui encore bien

peu de trekkeurs se souviennent qu’ils sont les descendants des Sans-culottes, que les

structures politiques du Népal présentent des analogies avec celles de la France de 1789.

Ils oublient que le peuple français était misérable lorsqu’il a fait sa révolution. Ils

oublient que le peuple népalais est aujourd’hui, le peuple le plus pauvre de l’Asie.

Celui-là, qui n’a aucune véritable culture sur l’Inde, revient de faire un trekking dans une

zone de montagne de l’Himalaya indien. Il lit un mien article dans lequel j’établis un

parallèle entre les Naxalites indiens et les maoïstes népalais. Il m’écrit, outré :

188


Comment ! Je reviens de là-bas et je puis te dire que....

Il sait, il sait ! En quinze jours, sans avoir rien lu, aux seuls échos des discours de ses

guides, des hôteliers qu’il a fréquentés, il a tout appris ! Il a tout compris !

189

Et combien sont-ils, médias compris, les moutons de Panurge qui enveloppent leur

bonne conscience en émaillant leurs écrits ou leurs discours des mots à la mode :

durable, équitable, solidaire ? Allons, seule la misère des coolies est durable et il n’y a

pas de charges équitables. Quant au mot solidaire il sera appliqué quand les trekkeurs et

les coolies partageront leurs charges, quand ils marcheront ensemble la main dans la

main, quand ils mangeront et coucheront dans les mêmes lodges...

Hypocrisie !

L’EQUITE. C.12.

LE MONDIALISME,

189


Des gens de gauche défendent le mondialisme. Ils affirment :

Le mondialisme est un progrès.

190

LA MISERE ET LES BATEAUX

Il pourrait y avoir du vrai dans ces mots, mais le mondialisme qui est pratiqué aujourd’hui n’est

qu’une forme récurée et internationalisée du bon vieux capitalisme, celui qui fabrique les grandes

misères du monde. Les gens de gauche défenseurs de ce mondialisme qui se sont fait placer à la tête

d’organismes bancaires ou économiques européens ou mondiaux répètent à la suite des gens de

droite, un des refrains inspiré par la pensée unique :

Quand la marée monte...

Belle analyse qui oublie cependant que la qualité de la vie est différente à bord des différents

bateaux : yachts, bateaux de croisières, cargos et tankers, bateaux de pêche, pirogues, peoples

boats... Que les hommes sur les différents bateaux ont des activités différentes. Certains se font

bronzer sur les ponts, boivent du champagne dans les salons, d’autres s’activent dans les soutes.

Certains, quand souffle la brise se réfugient dans leur cabine mais d’autres, les plus nombreux,

quand survient la tempête, restent exposés aux embruns et aux vents sur leurs barques. Parmi eux

il en est qui ont encore faim, qui font travailler leurs enfants... Les gens qui boivent du champagne

ont une espérance de vie qui dépasse 80 ans, celle des gens qui travaillent sur leurs barques ne

dépasse pas 60 ans !

MEDIAS FRANÇAIS

MEDIAS, GUIDES DE TREK. DISCOURS, ECRITS.

PARTIALITES, INCOMPETENCES, RIDICULES

Combien d’analyses stupides, superficielles, combien de mots creux, dans les grands

quotidiens ou hebdomadaires, les revues de trek, les guides de trekking ! Que

d’affirmations fausses ou risibles, que de partialités, de stupidités, de lieux communs !

Que de silences !

La peur de sanctions pour les rédacteurs résidents au Népal, il y a eu des précédents,

expliquent certains écrits. Robert Rieffel était un personnage important de la

communauté française de Katmandu. C’était un homme courageux, il possédait une

intelligence vive, claire, lucide. Ancien journaliste, il savait transmettre un message.

190


191

C’est lui qui avait rédigé le Que sais-je ? sur le Népal. Il avait participé à la création de

la Royal Népal Airlines Corporation (aujourd’hui la Népal Airlines). Quel trek n’avait-il

pas réalisé ? Son anglais parfait lui avait permis d’acquérir une exceptionnelle

connaissance du pays. Pourtant, lisons ces lignes extraites du guide sur le Népal qu’il

avait écrit, guide sans cesse modifié, réédité :

Des problèmes de caractère spécifiquement politique sont nettement en minorité lorsqu’on tient

compte de ce que, d’une part, les partis politiques n’existent pas et, d’autre part et surtout, les

problèmes d’ordre social et économiques priment de loin toutes autres préoccupations.

Il est utile de noter, en passant, que le régime, en même temps qu’il est opposé à la formation de

partis politiques, n’est pas allé non plus à l’autre extrême, à savoir de mettre sur pied « un parti

unique » comme c’est le cas dans certains pays à régime autoritaire, même s’ils se targuent du nom

de « Démocraties populaires »

Les problèmes d’ordre social et économiques placés au premier plan : hum ! Par ailleurs,

une monarchie absolue qui interdit tout parti n’est-elle pas comparable à un parti unique

mais de type démocratie impopulaire? Vérifié : cette monarchie absolue a conduit le

pays :

- un, à être le plus pauvre de l’Asie,

- deux, à être le pays dans lequel les niveaux d’équipements sont inexistants ou

incroyablement bas,

- trois : à être le pays qui à connu deux révolutions et une guerre civile qui a duré dix ans

et qui a fait plus de 14.000 morts !

Fort de ces évidences, combien de médias, de rédacteurs en tout genre ont parlé, parlent

aujourd’hui des problèmes politiques népalais ? Combien se contentent d’inlassablement

présenter un Népal gnian gnian ? Quelques journalistes ont cependant indiqué d’où

provenaient les problèmes du pays.

Olivier Peretié dans le Nouvel Obs. cite Action contre la faim :

Le Népal est un des pays les plus pauvres de la planète... Près de 40 % de la population y vit avec

moins de un dollar par jour, à peine la moitié des enfants y sont scolarisés et 1 % de la population

possède les trois quart de la richesse nationale... dans l’extrême Nord-Ouest la situation alimentaire

est aujourd’hui dramatique... Le taux de malnutrition des enfants de moins de cinq ans est

supérieur à celui du Darfour...

Prerana Marasini dans Courrier international écrit :

191


Même si la guerre a fait couler le sang de nombreuses personnes, cela n’enlève rien au mérite des

insurgés, ce sont eux qui se sont dressés contre le système féodal...

Par contre, que de partialités, de contre-vérités dans les écrits de l’ensemble de la presse,

même celle qui s’affirme de gauche. Contre vérités ou simples erreurs qui démontrent

que le bouche à oreille s’applique au journalisme. Un exemple amusant: Prachanda le

surnom de Pushpa Kamal Dahal ne signifie pas Le terrible comme on le lit partout.

Anirban Ban, dans sa biographie du chef de guerre maoïste traduit ce mot par Valiant

One qui peut se traduire par le Premier des Courageux. Le mot Prachanda (parchanda...)

signifie en réalité : brave, courageux.

Laissons l’anecdote, lisons un article du quotidien Le Monde dans Bilan, édition. 2000 :

192

Les élections législatives de mai 1999 ont permis, après quatre ans d’instabilité, de dégager une

majorité claire en faveur du parti du Congrès qui a, désormais, les moyens de mettre en œuvre les

réformes qui s’imposent dans ce petit royaume ... qui reste très pauvre. Avec 70% de la population

qui reste analphabète...

Conduit par Krishna Prasad Bhattarai, soixante et quinze ans, le gouvernement a déjà pris quelques

mesures courageuses comme la création de la T.V.A., introduite en août, et l’interdiction des

tricycles pour lutter contre la pollution...

Sublime : le parti Népali Congres, le parti de l’hindouisme, le parti défenseur des hautes

castes, le parti de l’immobilisme, le parti du féodalisme, le parti de la corruption et du

népotisme... va mettre en œuvre des réformes. En prime, de l’humour : l’interdiction des

tricycles –il s’agit de mini-taxis à moteurs deux temps- pollueurs certainement, mais

guère plus que les camions, les bus et bien des voitures de tourisme. En réalité cette

interdiction ne sera appliquée que bien plus tard –comme de nombreuses réformes dans

ce pays- Elle le sera lorsque ces véhicules seront morts de leur belle mort.

Lisons un hebdomadaire qui n’est plus celui qui soutenait Fidel Castro lorsque celui-ci,

dans la jungle de Cuba, luttait contre l’infâme dictateur Batista soutenu par les U.S.A.:

Il (le Népal) a dû mener une insurrection sanglante qui a duré dix ans et a coûté la vie à près de

14.000 personnes.... Dans cette guerre : Des milliers de civils innocents y trouvèrent la mort.

Des civils par milliers ? Hum ! Sur cette base on peut affirmer que la guerre en Irak et en

Afghanistan menée par les U.S.A. et les pays d’Europe a tué dans ces pays des centaines

192


de millions de civils. Passons sous silence la version que cet hebdomadaire présente de

193

l’assassinat du roi Gyanendra et de sa famille qui ne serait que la conclusion d’une

histoire de cœur. Par contre portons notre regard sur ce qui est dit sur les problèmes des

maoïstes lorsqu’ils sont au gouvernement qui est représentatif de l’étroite et fausse

vision des problèmes.

Un défi se présente à eux (les maoïstes):

Ils doivent reloger des centaines de personnes des 2100 familles environ qui ont été déplacées au

cours de la guerre, seulement 700 ont récupéré leur maison.

Les anciens rebelles doivent en outre restituer les terres et les biens publics et privés qu’ils ont

confisqués pendant la décennie que dura l’insurrection.

Ce texte appelle quelques questions :

- d’où proviennent ces chiffres ? Quelle est la source d’information ?

- si 2100 maisons il y a eu, que sont devenues les 1400 maisons non réoccupées ? Les

maoïstes les ont détruites ? Les utilisent comme bureaux ?

- à qui appartenaient ces maisons ?

- quant à la restitution de biens, je rappelle que nos insurgés de 1789, nos Sans-culottes,

nos Va-nu pieds célèbres ont confisqué les biens des nobles, des émigrés –qui

comprenaient des châteaux et des domaines immenses-... et ils ne les ont pas rendus !

Etaient-ils des goujats sans aucune éducation nos Va-nu pieds Sans-culottes ?

Mais les véritables problèmes qu’ont eu ces maoïstes étaient autres. Ils n’étaient pas

ceux qui étaient visibles (et grossis) dans le côté occidental de la lorgnette. Ils ont par

exemple lutté pour faire intégrer conformément aux prescriptions de l’O.N.U.-

U.N.M.I.N. -dont nous parlerons- les combattants maoïstes dans l’ancienne Royal Népal

army. Et aussi lutter contre tous ces commérages de journalistes occidentaux partiaux

informés par qui on devine.

Allons dans le sud du pays. Dans le Madesh du Teraï :

Dans les plaines du Sud, une région jusque là laissée pour compte...

Le Monde :

En janvier, deux mois après la conclusion de l’accord de paix avec la guérilla maoïste, c’est le Teraï

qui s’est soulevé...

193


Ce journal aurait pu rajouter que les milices du Teraï oriental, le riche Madesh, ont :

Froidement assassiné, dans leur cantonnement, une trentaine de chefs maoïstes.

L’hebdomadaire Le Nouvel Obs., lui se situe à gauche, écoutons-le :

Le Teraï s’est soulevé... Cette terre qui s’étend le long des 1800 km (1800 ?) de la zone frontalière

avec l’Inde... opprimée pendant des siècles par les Paharis... Ses habitants accusent le gouvernement

intermédiaire de poursuivre la discrimination dont ils ont toujours été victimes...

Opprimée ? La région la plus riche du Népal ? Sont-ils victimes d’une discrimination ces

Madeshi qui ont le regard tourné vers l’Inde ? Le journaliste qui écrit cela interviewe une

personne :

Le Népal puise nos richesses mais nous sommes quasi absents de toutes les institutions.

Qui dit cela : monsieur Upendra Yadav, un Madeshi de droite, qui sera plusieurs fois

ministre. Le journaliste aurait pu se renseigner, il aurait appris qu’il existe deux Teraï :

l’Oriental, celui des richissimes Madeshis dirigé par des brahmanes partisans d’une

autonomie qui préserverait leur richesse, l’Occidental et le Central, qui sont

majoritairement habités par des misérables Tharu... Quant aux Pahadis (et non paharis)

opprimant les Madeshis, l’image est plaisante, elle est comparable à celle-ci : « Nos

Jacques ont opprimé pendant des siècles la pauvre noblesse de province qui ne leur avait

194

rien fait. »

La qualité de l’information de cet hebdomadaire ne brille pas non plus lorsqu’il cite un

Népalais qui affirme:

Le même quotidien est lu par le pousseur de rickshaw et le Premier ministre...

Enorme absurdité, méconnaissance complète du pays, on trouve à Katmandu et dans les

grandes villes :

- écrits en népali, des journaux de droite, des journaux de gauche et des quotidiens et des

hebdomadaires maoïstes.

- des journaux anglophones dans lesquels puisent leurs informations les journalistes

occidentaux. Tous ces journaux anglophones sont liés au business ou sont au mieux de

tendance réformiste.

Quant à trouver un pédaleur de rickshaw qui lit un journal de droite ou un de ces

journaux anglophones il va falloir chercher dans les pédaleurs qui possèdent un rickshaw

plaqué or et qui est allé dans une école de pédaleur de rickshaw où il a appris l’anglais.

194


Le Nouvel Obs. puise ses informations à bonne source. Il cite madame Sujata Koirala du

parti Népali Congres. Cette dame est la fille de Girija Prasad Koirala, le vieux pilier de

ce parti Népali Congres dont elle fait partie. Ce parti de la droite dure, de l’immobilisme,

des gens de caste qui ont exercé le pouvoir pendant des années, le parti de l’hindouisme

religion d’état. Il cite aussi, ce qui aurait fait bondir les Népalais s’ils avaient lu l’article,

les mots de monsieur Moriarty. Celui qui a été pendant la guerre civile Ambassadeur des

Etats-Unis de monsieur Bush, celui qui a été honni par tous les Népalais qui l’ont

maintes fois conspué. Celui dont l’Ambassade a été plastiqué ! Ce détestable personnage

qui, tout le temps qu’a duré la guerre et même alors que la deuxième révolution était en

195

cours, a bavé sur les maoïstes, les a traité de terroristes à abattre, à déclaré –après son

prédécesseur- que Bhattaraï, le numéro deux du mouvement maoïste, était comparable à

Goebbels, Celui qui, alors que la deuxième révolution allait être victorieuse, retournant

brusquement sa veste, sans pudeur, a déclaré :

Le temps est compté. Si le roi ne comprend pas qu’il doit accepter un compromis et donc finir par

partir. Et quand je dis finir je pense que le plus tôt sera le mieux.

Le Nouvel Obs. oublie de dire que les U.S.A. faisaient partie du complot qui a permis de

mettre le roi Gyanendra sur le trône par les moyens que l’on sait aujourd’hui, que les

U.S.A. de cette Excellence ont équipé et financé l’armée et la police népalaise, ont

envoyé des spécialistes de l’armée américaine pour conseiller l’armée de ce roi.

Le Nouvel Obs. choisit vraiment mal ses conseils ! Enfonçons le clou, on lit dans un de

ses articles :

Si le peuple népalais a gagné une bataille, il n’a pas gagné la démocratie.

Noter que le mot démocratie, est le premier qui vient sous la plume d’un journaliste d’un

journal de gauche, la misère de 25 millions de népalais peut attendre. Sans honte, ce

journaliste cite un général de la Royal Népal Army, la R.N.A. sur la question posée par

l’intégration de l’armée maoïste –demandée par l’O.N.U.-, la People Libération Army, la

P.L.A. dans cette R.N.A.:

Ce n’est pas réaliste, ces gens (admirez le mot !) sont des terroristes, nous sommes une armée de

professionnels qui s’est illustrée partout dans le monde. Comment peut-on nous mettre sur le même

plan.

195


De fait, et pour ceux qui ne sont pas convaincus, ils peuvent relire dans les chapitres

précédents ce qu’est la Royal Népal Army, d’où sont issus ses cadres, qui elle

défendait ! Le Nouvel Obs. oublie de dire que ce sont les représentants de l’O.N.U.,

l’U.N.M.I.N. au Népal, qui ont exigé, dirigé les modalités permettant la fusion des deux

armées... Il oublie aussi de signaler les méfaits dont des chefs de cette armée se sont

196

rendus coupables. Ceci certifié par :

- les comptes rendus d’Amnesty International, les rapports de l’O.N.U. dans lesquels les

mots tortures, disparitions, exécutions sommaires, viols, ne sont pas absents.

- les inculpations de généraux de cette R.N.A. par l’O.N.U. pour crimes contre

l’humanité commis au cours de cette guerre. Généraux soustraits à l’action de la justice

internationale par des membres de la police militaire népalaise. Sic.

Rising Nepal, 23 juin 2010.

Raped women demand compensation.

Women who were raped by “security personnel” during the insurgency period have demanded that

the government provide them compensation… The victims said they were raped by gun-toting

security personnel who came on patrols in villages. Some of them said they were raped in front of

their husband and family members…

Sales mao quand même qui :

Assure un diplomate : ont enrôlé tous les petits voyous...

(Nous reviendrons sur ce sujet).

Ou, à la limite de l’incroyable :

Qui trouvaient leurs armes dans les trafics avec les frères Naxalites... Qui de coercitions en rackets,

de travail forcé en massacres n’ont gagné ni le pouvoir ni le cœur des populations... Dans l’Ouest du

pays, où la rébellion maoïste s’est implantée dès l’origine, les habitants sont contraints de fournir

une part de leurs maigres récoltes, leur travail et souvent leurs enfants à la cause.

De francs salauds ces maoïstes.

D’ailleurs le peuple les a bien jugés, c’est pour cela que, bien que le Népal soit un pays

hindouiste à 90 %, c'est-à-dire sous la coupe des Bahuns-brahmanes prêtres de

l’hindouisme, ils sont devenus le premier parti du Népal. Nous reparlerons de ces

accusations.

196


Quand à trouver un qualificatif pour le journaliste qui a écrit ces lignes je ne trouve que :

« nullité affligeante. » Sauf bien sûr, s’il se range du côté des gens du parti Népali

Congres ou des partis royalistes Raprapa, dans ce cas là c’est simplement un mec de

droite qui n’a rien à foutre de la misère.

197

Des rédacteurs de guides de tourisme, de trekking sont quelquefois conscients du

problème posé par la misère du Népal : Citons le Routard :

Le Népal est un des pays le plus pauvres du monde. Ces dernières années le pays a beaucoup

souffert, tour à tour de sécheresse et d’inondations suivies de glissements de terrain comme en 2007.

Le développement du tourisme avec l’industrie du trekking qui ne profite qu’à quelques uns a

entraîné une augmentation considérable du coût de la vie. Le Népal se trouve aujourd’hui dans une

situation politique, économique et sociale délicate.

Exact tout cela, saluons car bien peu vont au fond des choses. Mais fleurissent dans

presque tous les textes, même dans ceux qui décrivent le pays, les absurdités, les

inexactitudes. Amusons-nous, en vrac, citons :

Il vaut mieux éviter de grimper en haute altitude en janvier et février, à cause de l’enneigement.

Où est l’erreur ? Signalons que les grandes avalanches qui ont tué de nombreux touristes

ont eu lieu en octobre ou en novembre, c'est-à-dire en pleine saison de trek. L’hiver est

inclus dans la saison sèche. Le temps, sauf quelques jours de pluie avec neige en

altitude, souvent en janvier ou février, est parfaitement beau. La neige qui tombe ne tient

d’ailleurs qu’en haute altitude, au-dessus de 5000 mètres pour indiquer un chiffre, dans

les ubacs et les sous bois. Il n’y a pas, en hiver, de neiges persistantes de fortes

épaisseurs comme celles que l’on a dans nos montagnes françaises et qui permettent le

ski. Les trekkings en haute altitude sont donc parfaitement possibles en janvier et février.

Des trekkeurs le savent qui ne viennent qu’en cette saison. Des treks sont même

recommandés à ceux qui détestent les foules. A noter que les habitants des hautes

altitudes qui sont obligés de se déplacer immédiatement après une chute de neige –elle

fond en quelques jours- se mettent derrière un yak qui fait la trace.

Sur les moustiques :

197


Le moustique vecteur de la maladie (paludisme), ne survit pas en altitude au-delà de 1800 mètres,

c’est pourquoi ce traitement est inutile si vous séjournez à Katmandu et dans sa vallée.

Manque de pot, Katmandu est à 1400 mètres d’altitude ! Erreur qui serait excusable

dans un petit guide mais dans un guide parmi les plus vendus !

Sur la conduite des véhicules :

198

Il n’y a pas de code de la route au Népal.

Hé ! Hé ! Faut pas copier sur son voisin ! Surtout s’il a envie de s’amuser. Il y a un code

de la route au Népal, un bouquin épais, malheureusement peu illustré. Mais ce texte

comme bien d’autres textes législatifs n’est pas appliqué.

Après les hors d’œuvres, revenons au sérieux : la politique. Après la signature d’un

accord entre les sept principaux partis politiques népalais et les maoïstes -nommé : 12points-,

étant signé, on lit que :

Le Népal est devenu un pays laïc.

Il en faudra encore, des mois, des années, des décennies pour que le Népal commence à

apprendre ce qu’est la laïcité. Et d’autres années encore pour que cette laïcité soit

reconnue et appliquée. En particulier dans les écoles gouvernementales, on ne dit pas

école laïque au Népal !

Que de stupidités sur les coolies, sur leurs salaires, les charges qu’ils transportent ! Que

d’hypocrisie, d’absence de pudeur dans les courriers des lecteurs des trekkeursemployeurs

Occidentaux qui utilisent cette main d’œuvre si économique ! Que n’ont-ils,

au moins parcouru, le livre de Michelle Kergoat : Histoire politique du Népal, ils

auraient appris que ce pays était dirigé par un régime de type féodal. Ils en auraient

déduit que les castes étaient semblables à nos nobles de 1789 et qu’un parallèle pouvait

être établi avec la France de ce temps et le Népal d’aujourd’hui. Combien d’entre-eux

qui parlent du Népal, écrivent sur le Népal, filment le Népal, s’intitulent spécialistes du

Népal, se vautrent dans le ridicule de l’incompétence ? On lit dans un guide pour

touristes :

198


Le Népal produit actuellement deux fois plus de céréales qu’il lui en faut. Il exporte donc une

grande partie vers l’Inde et reçoit en échange la quasi-totalité des produits manufacturés qui lui font

défaut.

Voilà une bonne chose qui n’explique toutefois pas pourquoi le Népal importe du riz,

pourquoi des famines sévissent dans différentes régions de ce pays –nombreuses pendant

l’hiver 1990-. Il est vrai que le rédacteur de ces lignes m’a un jour affirmé que la misère

au Népal n’était pas une chose préoccupante :

La misère ! N’exagérons pas.

Ce spécialiste n’a-t-il jamais lu que :

199

Around 67 per cent of people are dependent on agriculture in Nepal but the country has to rely on

foreigners for food.

A joint study of the Ministry of Agriculture and Cooperatives, Food and Agriculture Organization

of the United Nation supported the fact that nearly 3, 4 millions people have been facing acute food

scarcity in the country.

Even before the food and financial crises, the number of people facing chronic malnutrition was

extremely high and falling extremely slowly. Since 2005, it has jumped by 20 per cent.

Ce même rédacteur peint en noir les révolutionnaires népalais. Ce sont les vilains

maoïstes qui sont cause des malheurs du pays, qui empêchent l’aristocratie de diriger en

en rond, le tourisme de progresser, ce sont eux qui font le malheur du peuple. Un peuple

quand même illettré à 50%, un peuple dont l’espérance de vie n’est que de 50 à 55 ans !

Ce spécialiste rédacteur écrit ce genre de choses :

A partir de 1996, les mao s’attaquent à la classe ennemie (sic, souligné par moi) : police,

fonctionnaires, notables et usuriers... Des rackets ont lieu... Les enrôlements forcés et les exécutions

sauvages s’ensuivent... Face à une police mal équipée...

Des racketteurs ces mao ! Qui exécutaient sauvagement... Mais tiens, ils se battaient

aussi contre des usuriers ? Vilains mao quand même qui luttaient contre des gentils

policiers mal équipés. Mal équipés au début sans doute mais ensuite ? Quand ils ont été

équipés par l’Inde, les U.SA., l’Angleterre, la Belgique, la Chine, oui la Chine, en armes

automatiques, en hélicoptères, en mortiers... ! Non, les vilains mao. n’étaient pas équipés

par-la-vilaine-Chine-qui-a-envahi-le-Tibet-en-1950. Avant qu’ils ne saisissent des armes

à leurs ennemis, ils étaient plus mal armés qu’eux, ils se battaient avec leurs koukouris,

des bâtons.

199


Ce rédacteur ajoute :

Entre 100.000 et 250.000 personnes déplacées pendant le conflit sont toujours découragées de

rentrer chez elles, en raison de l’insécurité ambiante !

Entre 100.000 et 250.000, ah ! ah ! Quelle précision ! Insécurité ambiante ! En 1790, des

nobles, chez nous, ont été déplacés, et ils ne sont pas revenus sur leurs terres en raison

sans doute de l’insécurité ambiante, on les appelait des émigrés. Triste chose, car ces

nobles avaient fait le bonheur et la richesse de la France et de son peuple qui s’est

révolté injustement contre eux. Ingrats maoïstes népalais qui se sont révoltés par plaisir !

Ce rédacteur s’enlise :

De plus, le Sud du pays en proie à de nouveaux affrontements, liés à la révolte des maoïstes, une

population discréditée, parce que considérée par les Népalais comme des immigrants venus de

l’Inde...

Vaste éclat de rire. Rappelons que le sud du pays est composé de deux parties :

- le Teraï occidental et central dans lesquels résident en majorité des pauvres souvent de

l’ethnie Tharu, souvent révolutionnaires ou franchement maoïstes.

- un Teraï oriental nommé Madesh qui est le grenier du Népal, sur les terres duquel se

trouve la grande industrie népalaise et où résident ceux qui veulent :

One Madesh, one desh.

Un Madesh, un pays ! Pourquoi ? Parce que ses habitants sont simplement riches et

qu’ils ne se considèrent pas comme des Népalais à part entière. A l’extrême ils se sentent

plus Indians que Népalais. Dans cette région sont les puissants brahmanes. Le premier

Vice-président de la République népalaise Paramananda Jha, comme le Président, en est

un. C’est un pur Madeshi, il a d’ailleurs prononcé son discours d’investiture en Maïthili,

la langue des Madeshi, sensiblement l’hindi. Le tribunal népalais l’a condamné à redire

son discours en népali. Se sont alors élevées des voix du Madesh People’s Rights Forum,

parti de droite qui exprimait leur :

Dissatisfaction over the fresh oath taken by Vice president Jha in Népali.

200

Pauvre peuple Madesh partisan d’une autonomie baptisée fédéralisme parce que le mot

est à la mode. Gentils Madeshis dont les milices armées, je l’ai écrit, ont quand même,

alors que l’accord de paix était signé, froidement assassiné une trentaine de maoïstes

dans leur camp.

200


201

Et, parmi tous les rédacteurs de revues ou de guides, parmi tous les journalistes,

parmi tous les trekkeurs de gauche, qui sont venus, qui viennent au Népal, aucun

descendant de nos Sans-culottes ne s’est révolté contre ces stupidités. Et, dans les

milliers de trekkeurs qui viennent tous les ans, aucun ayant une simple sensibilité à

la misère, aucune de ces figures qui brillent dans les salons, les cafés parisiens ou

des grandes villes, aucun Zarathoustra de club d’alpinisme n’est venu enquêter

pour savoir. Savoir, comprendre. Pour simplement, non pas cautionner mais

manifester une curiosité pour ces insurgés. Qui tuaient certes mais qui se faisaient

tuer, qui prenaient le risque d’être torturés, pour les femmes d’être violées (voir cidessus,

voir opérations Roméo, Research and Kill, et autres).

Rien, aucun petit Malraux, aucun journaliste, aucun rédacteur de guide, de revue,

de site...

Rien, le silence. Ou le colportage de on dit, de stupidités, d’erreurs grossières.

Pauvres, tristes, lamentables Français.

SEULE LA GUERRE TUE ?

On lit que le nombre des morts à été de 13..000 à 16.000. Quel qu’il soit, il est terrible en soi ce

chiffre. Dix ans de guerre, quatre à cinq morts par jour ! Tous les journaux occidentaux et les

journaux népalais anglophones, anti-maoïstes de naissance, le rappellent régulièrement. Mais aucun

média ne demande :

- 1. Pourquoi ces morts ? Pourquoi cette rébellion ayant causé ces morts ? »

Il semble, à lire ces médias, que ces maoïstes ont tué sans motif.

- 2. Ces morts sont-ils à imputer aux seuls maoïstes ?

Signalons, ce qui n’est jamais dit :

- que ces vilains maoïstes n’ont pas tué 14.000 à 16.000 personnes qui leur étaient opposées. Ce

sont eux qui ont eu le plus grand nombre de morts (voir plus loin),

- que dans ces morts il faut compter les civils disparus ou assassinés par les forces de l’ordre du

gouvernement du roi Gyanendra.

Maintenant, il est intéressant, pour montrer que ces maoïstes avaient peut-être des raisons pour

commencer cette guerre, d’effectuer le calcul suivant. La F.A.O. et les autres associations

humanitaires internationales indiquent que le nombre de morts pour cause de famines ou de

201


malnutritions est annuellement sur la Terre de : 36.000.000. Les mêmes organismes sont unanimes

pour déclarer qu’environ 3 milliards d’individus sur terre vivent avec moins de 2 dollars par jours.

Supposons que 20 millions de Népalais sont inclus dans ces 3 milliards d’individus et calculons le

nombre de morts par malnutrition et famines causés au Népal en un an

, on écrit :

36.000.000 X 20.000.000 : 3.000.000.000 = 24..000.

24.000 morts par an cela donne pour 10 ans : 240.000.

Nous sommes loin des 14.000 à 16.000 morts de la guerre civile. Vous pouvez modifier les chiffres,

décréter qu’il y a moins de 20.000.000 de Népalais qui vivent dans la misère, que le chiffre de la

F.A.O. est surévalué, le résultat reste effrayant.

Rising Nepal, 28 avril :

Health and Sanitation experts said that evey year 13.000 children under five die due to waterborne

diseases and attributed that around 80% of all diseases ‘ was caused by unsafe water, poor hygiene and

sanitation practice…

Quel média parle de ces 13.000 morts d’enfants de moins de cinq ans ?

13.000 morts par an cela fait 130.000 morts au bout de dix ans! 130.000 morts à attribuer à l’ancien

régime contre lequel luttaient les maoïstes.

On peut aussi indiquer qu’une guerre qui permet d’abolir un régime de monarchie absolu dans

lequel règne l’arbitraire, la corruption, le mépris pour le Dalit-Indigenous, le Serf-Kamalari, les

membres des sous castes... en ne tuant que 16.000 personnes est une guerre économique. Combien

ont tué les guerres d’Indochine, françaises et américaines, en Irak, en Afghanistan ? Et pourquoi ces

guerres ?

De plus quel média indique que cette guerre aurait peut-être été évitée si le gouvernement dirigé par

monsieur Sher Bahadur Deuba avait répondu à la note Forty Points Demand que lui avait adressée

le second du mouvement maoïste Baburam Bhattaraï. S’il avait accepté de dialoguer !

202

202


DEUXIEME

203

PARTIE

203


TITRE VI

VERS LA GUERRE

GENERALITES.

Il ne faut pas penser que les mouvements de contestation népalais, dont celui des

204

maoïstes, sont nés brutalement. Ils sont les fruits d’un arbre qui a lentement germé puis

doucement poussé. On distingue :

- Le mécontentement inspiré par l’intense misère et la recherche de dignité qui ont été la

première branche de cet arbre.

- Le Népal est le pays le plus pauvre de l’Asie. Sans intense misère il n’y a pas de

révolte violente et de longue durée.

- Absence de reconnaissance accordée par les dirigeants membres des classes

supérieures à la partie de la population qui est composée de :

- Tribaux-Indigenous : Bothes, Gurungs, Limbus, Magars, Raïs, Tamangs,

Tharus...

- membres des castes inférieures dont les célèbres Dalits-paysans sans terre-

Intouchables, les Serfs-Kamalaris...

Ces Indigenous-Dalits-Kamalaris... ont un jour pris conscience de leur condition

misérable. Ils ont ressenti l’absence de dignité à laquelle conduisait leur condition. Bref,

qu’ils étaient dominés par des gens des deux hautes castes, n’ayant que mépris pour eux,

possédant tous les pouvoirs et en abusant. Ils ont réalisé que cette condition n’était pas

inéluctable. Cette révolte des Indigenous n’a pas eu, au départ, de support intellectuel :

les Droits de l’homme ne sont guère cités en terres d’illettrés, les textes révolutionnaires

ne sont guère lus en terres d’illettrés. Ces Tribaux-Indigenous révoltés ont été en quelque

sorte les premiers simples soldats de la révolution.

204


- Des édiles en quête de pouvoir.

Cette branche comprenant des membres des deux hautes castes et les quelques Tribaux

qu’ils avaient acceptés dans leur sphère. La monarchie absolue ou quasi-absolue

accaparait ce pouvoir. Ces édiles désirant en obtenir une part se sont soulevé contre lui.

Mais ce n’étaient absolument pas des révolutionnaires, ils ne voulaient rien changer à la

205

société, ils se seraient satisfaits d’un régime de monarchie constitutionnelle. Ces édiles

contestataires ont trouvé dans l’Inde un puissant allié et c’est pourquoi ils ont créé un

parti Népali Congres à l’image du parti Congress indien. Le Népali Congres a fait un

temps figure de mouvement révolutionnaire.

- La branche des idéalistes.

Une troisième branche a rassemblé des idéalistes prenant, par philanthropie souvent, la

défense des misérables. Elle comprenait des membres des deux hautes castes : parmi eux

des nantis mais aussi des pauvres. Nombreux parmi eux, contrairement aux Tribaux dans

l’ensemble analphabètes, ceux qui étaient lettrés. Non seulement ils dominaient

parfaitement le népali et le sanscrit mais aussi l’anglais. Ils ont ainsi découvert les

Lumières du XXème siècle qui se nomment : Marx, Engel, Lénine, Mao Zedong. Quel

spécialiste expliquera mieux que moi que, sans texte, il ne peut y avoir de révolte

durable ? L’homme a besoin de théories ! Notre révolution de 1789 a été éclairée par les

Lumières. Que serait devenu le christianisme, qui a été un mouvement révolutionnaire,

si la Bible et les Evangiles n’avaient pas été écrits ? Beaucoup de ces gens de caste ont

ainsi rejoint, et ont souvent été le ferment des mouvements révolutionnaires. Grâce à leur

savoir, ils se sont d’ailleurs souvent retrouvés à la tête de ces mouvements.

Il faut noter qu’au Népal, la branche révolutionnaire s’est rapidement divisée en deux :

- la branche des révolutionnaires pacifistes refusant l’utilisation de la violence,

- la branche des révolutionnaires considérant que seule la lutte armée était capable de

modifier les institutions en place.

Sur l’utilisation des mots communistes et maoïstes.

205


Ces mouvements véritablement révolutionnaires qui ont eu pour but le changement

profond de la société népalaise ont baptisé leurs mouvements du nom de communiste et

de maoïste. Ces mots qui sont pour de nombreux Français, nombre d’Occidentaux,

ridicules ou dangereux, car on ne voit que le mauvais usage qu’en ont fait les dirigeants

de certains pays, symbolisent pour les misérables népalais l’espoir, le moyen de modifier

la société dans laquelle ils vivent -les mots Lutte contre la misère, ne suffisant, hélas

jamais, à rassembler les hommes- Il faut bien comprendre puis retenir cela qui explique

tout :

206

La société népalaise était à l’aube des contestations, un pays de monarchie quasiabsolue

ou absolue comparable à celle de la France des années 1780.

Pour admettre ce que j’écris, je le répète sans me lasser, il faut lire le cahier : Misères

comparées entre la France et le Népal. A défaut, il faut toujours garder en tête que le

Népal est le pays le plus pauvre de l’Asie, qu’il règne dans ce pays une misère dont la

force : intensité plus niveau statistique, ne peut être estimée que par des Occidentaux

sensibles à la misère, ayant voyagé en terres pauvres. Il faut toujours garder présent en

mémoire que l’espérance de vie des habitants de ce pays ne dépasse 50 à 55 ans que dans

les villes (moins de 85% de la population). Que le taux d’illettrés avoisine les 55 %. Que

le régime politique du Népal était du type féodal : la société népalaise était dirigée par

une royauté et des privilégiés, et que, dans cette société régnait l’arbitraire. Que les

Népalais étaient majoritairement sous la coupe de prêtres : les Bahuns de l’hindouisme,

les lamas du bouddhisme. Les trekkeurs, gens de droite, les résidents qui sont liés au

business népalais, les résidents qui vivent dans leur microcosme à parfum de

colonialisme, ceux qui simplement aiment l’argent, ainsi que les so-called gens de

gauche bien installés dans leur société de marché, ne comprendront pas cela. Ce n’est

pas important, je n’écris pas pour eux.

COMPARAISONS

Il faut répéter et retenir que le mot communiste, les noms Marx, Lénine, Mao Zedong..., que l’on

retrouve souvent dans ce texte, ne sont pas ridicules au Népal. En France, dans les pays occidentaux,

ces mots portent en eux l’échec et les crimes de l’expérience soviétique. Expérience qui n’était

206


d’ailleurs plus depuis longtemps inspirée par un véritable communisme, mais par une nouvelle

forme de féodalité bureaucratique, les membres d’une nomenklatura, les dirigeants du parti

unique.

Les leaders des différents partis communistes ou maoïstes népalais n’ont également rien de commun

avec leurs homologues des pays occidentaux d’aujourd’hui. Nombre d’entre-eux, même parmi les

modérés, sont restés plusieurs années, plus de dix pour certains, dans les prisons du roi qui n’étaient

pas, ô combien ! Des lieux de repos. D’autres ont connu les prisons indiennes. D’autres se sont

battus, dans l’ombre car ils étaient recherchés par la police, les membres de la P.L.A., l’armée

maoïste, eux, ont vécu dans les forêts comme des animaux, dans des conditions extrêmement

sévères, inhumaines top souvent : le froid, les pluies de mousson ne constituent pas un climat de

villégiature.

Ils ont combattu avec des armes, ont vu des leurs mourir à leur côté, disparaître pour ne jamais

revenir, être torturés. Oui torturés comme nos Résistants dans les années 1940... D’autres avaient

leur tête mise à prix : des sommes énormes ! Tous ont vécu dangereusement. Combien sont morts ?

Combien ont été torturés ? Combien ont disparu ? Combien de femmes ont été violées ?

...

MOUVEMENTS DE CONTESTATION

Mouvements ayant précédé la naissance du mouvement maoïste.

AVANT 1950.

- 1935. Le parti Prashad Parishad est créé par des intellectuels. Il a pour but la lutte

207

contre les Rana.

- 1947, 1948. Des émigrés népalais en Inde créent le parti Népali Congres qui est un

parti d’opposition aux Rana et sera plus tard un parti d’opposition aux rois Shah qui se

préparent à reprendre le pouvoir. Ce parti est baptisé Congres comme celui qui existe en

Inde. Tous deux ont des dirigeants qui sont essentiellement issus de la caste des

brahmanes (Bahuns au Népal). Ce parti perdure aujourd’hui, mais il n’est plus un parti

d’opposition, il est devenu le parti de défense des privilèges, le parti de droite

paradigme.

207


- 1948. Grève quasi générale. Ces manifestations n’ont pas pour but premier la lutte

contre la misère.

- 1949 (1947 pour certains auteurs). Un Communist Party of Népal est créé par le

newar Pushpa Lal Shrestha, en exil à Calcutta.

The communist movement in Nepal was born in 1949 with the founding of the Communist Party of

Nepal by Pushpa Lal Shrestha.

Naissance de mouvements de Tribaux nommés NEFIN.

SOUS LE REGNE DU ROI TRIBHUWAN

208

Rappel : Tribhuwan Shah est le premier des rois Shah ayant repris le pouvoir après que

soient chassés les dictateurs Rana Konwar et Shamsher.

- 1951, 1952. Sous le règne du roi Tribhuwan le parti Rakhsa Dal est formé. Des

membres de l’ancienne armée du Népali Congres qui ont lutté contre les Ranas se

battent dans la cuvette de Katmandu.

- 1953. Luttes armées dans le Teraï. Une cinquantaine de morts.

SOUS LE REGNE DU ROI MAHENDRA

- 1957 et suivantes. Tout le long du règne, les mouvements de contestation, de

désobéissance civile, se succèdent. Les élites demandent une constitution

SOUS LE REGNE DU ROI BIRENDRA

- 1970. 1972. Naissance du mouvement procommuniste Jhapeli (de Jhapa, ville située

dans l’est du Teraï). Ce mouvement, au contraire des précédents, n’est pas un

mouvement réunissant principalement des intellectuels ou des édiles, c’est un

mouvement populaire qui rassemble des Tribaux-Indigenous, des Dalits..., des paysans

qui luttent contre la misère ou (et) pour que leur soit accordée une véritable dignité. On

peut utiliser pour désigner ces gens le mot peuple-paysans, la société népalaise est

agricole à 85, 90 %. Ce mouvement est à comparer à celui des Naxalites indiens (sans

208


doute s’en inspire-t-il) réunissant des misérables de la province de Naxa, en Inde, décrit

plus haut. Des Jhapéli exécutent des grands propriétaires terriens. Ce mouvement inspire

de nombreuses manifestations. Des leaders sont arrêtés, certains seront torturés puis

exécutés pendant le trajet qui les conduit en prison.

- 1979. Poursuite des émeutes. Une grenade est jetée sur la voiture du roi Birendra à

Biratnagar. Au printemps, les étudiants manifestent à Katmandu. Il s’agit en réalité

d’une mini-révolution et non de simples mouvements de mécontentement d’étudiants.

Ces manifestations sont durement réprimées par la police. Ces émeutes sont les plus

connues des touristes car elles se sont produites en période de trekkings et d’expéditions.

Mais ces touristes, dont j’étais, ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe sous

leurs yeux. Comme tous, je considérais alors le Népal comme un pays en équilibre

politique, un pays sans misère, je répétais le refrain bien connu :

Ils sont pauvres mais ils mangent à leur faim et ils sont heureux puisqu’ils sont gais.

209

Naïf, coupable, un peu simplet, je mettais ces révoltes sur le dos de la Chine qui n’était

pourtant pas, en ces temps, accusée de tous les maux et à qui on ne reprochait pas encore

sa colonisation brutale du Tibet. Cette colonisation avait quand même eu lieu depuis

presque 30 ans !

- 1983. Le Communist Party of Nepal se sinde en deux, d’un côté le Communist Party

of Nepal-fourth Convention et le Communist Party of Nepal Masal. Ce dernier parti est

décidé à utiliser la violence car ses adhérents pensent que les contestations ordinaires ne

conduiront à rien.

- 1985. Le Communist Party Masal se divise encore en deux, la nouvelle branche se

nomme Communist Party of Népal Mashal. Ses membres affirment que le mouvement

Masal :

was leading the proletarian movement to a cul de sac (en français dans le texte de A. Roy.).

Bientôt, ce nouveau parti communiste Mashal :

Planned an armed assault on the repressive Panchayat Administration.

C’est le début de la lutte armée au Népal. Intensification des mouvements de rébellion.

Nombreuses bombes dans Katmandu.

209


Réplique des dirigeants : tentative d’assassinat d’un journaliste libéral par des membres

de l’entourage du roi.

- 1988. L’Human Right Organisation of Népal, le H.U.R.O.N. manifeste sa réprobation

contre le régime dictatorial qui banalise les arrestations arbitraires, les disparitions de

personnes, les tortures infligées aux prisonniers.

- 1989. L’Inde impose un embargo qui aggrave la situation politique du pays. Dix neufs

partis communistes ( !) se rassemblent et forment le United National People’s

Movement. Mouvement révolutionnaire qui toutefois s’allie avec le parti Népali

Congres !

- 1990. Des Etats généraux se réunissent à Katmandu. Suit une énorme manifestation,

on compte 500.000 personnes dans la rue, les grèves se succèdent, les affrontements

avec la police font de nombreux morts. Soixante disent les organismes d’état, cent disent

les révolutionnaires, chiffre confirmé par les associations de défense des Droits de

l’Homme.

210

1990. PREMIERE REVOLUTION NEPALAISE,

PREMIERE JANA-ANDOLAN.

Le Népali Congres défend la monarchie mais demande qu’elle soit transformée en une

monarchie constitutionnelle. Les autres partis d’opposition poursuivent le mouvement

d’insurrection. Le roi Birendra remplace le leader Pancha Lokendra Bahadur Chand par

K.P. Bhattaraï du Népali Congres. L’insurrection a perdu. La phrase de Victor Hugo :

« c’est toujours la bourgeoisie qui arrête les révolutions à mi-pente »

, trouve sa première vérification népalaise. Elle sera suivie d’une seconde après que la

deuxième révolution aura eu lieu. Le mot bourgeoisie doit évidemment être remplacé par

les mots édiles ou notables ou gens de caste en quête de pouvoir. C’est pourquoi les

émeutes se poursuivent, les exactions de la police également. Les organisations

internationales de défense des Droits de l’Homme manifestent de plus en plus souvent

210


leur indignation. D’énormes bandha-grèves se succèdent qui arrêtent toute activité dans

211

la capitale.

Le roi cède enfin. En novembre 1990 une constitution analogue à celle des Britanniques

voit le jour. Mais cette constitution affirmant la limitation des pouvoirs de la monarchie

stipule :

Que le pays reste un pays hindouiste.

Ce qui entraîne les réactions des ethnies bouddhistes et d’une partie de la caste des

Chétri qui voit dans cette déclaration la poursuite de la domination des Bahuns. Cette

constitution indique de plus que :

Le roi peut décréter l’état d’urgence et garde le commandement de l’armée.

- 1991. Les gouvernements se succèdent. Les dirigeants sont toujours dans le sillage de

l’Inde. Les ministres sont en trop grand nombre, signe de pratique du népotisme, de

moyen pour diminuer le nombre de contestataires. Les bandhas, les défilés, les émeutes

reprennent.

- 1994. Le Premier ministre Girija Prasad. Koirala est suspecté de corruption dans le

cadre de la modernisation de la Royal Népal Airline Corporation. La R.N.A.C. (!) En

juillet, l’Assemblée est dissoute. Des élections sont prévues en novembre. Le pays

compte 24 partis politiques ! L’Inde évidemment soutient le parti frère Népali Congres.

Surprise le parti communiste Union Marxiste Leniniste, l’U.M.L. branche non violente

des révolutionnaires obtient un grand nombre de voix.

Un premier ministre communiste Union Marxiste Léniniste est désigné. Mais des

disputes se produisent au sein de ce parti communiste U.M.L. De plus, la corruption,

toujours active, crée de nombreux scandales. Le gouvernement est démissionné.

- 1996. Le deuxième parti communiste issu de l’United People’s Front, le Communist

Parti Népal maoïste (C.P.N.-M ) envoie au Premier ministre en exercice Sher Bahadur

Deuba the 40-Points demand.

Résumons quelques exigences :

- Tous les traités signés avec l’Inde doivent être abrogés. (voir au chapitre Inde sous le titre Etat du

Népal).

211


- La domination des capitaux étrangers dans l’industrie népalaise, le business, la finance doivent

212

cesser.

- Des droits de douane doivent être perçus à la frontière Népal Inde.

- La domination culturelle de l’Inde (l’hindouisme religion d’état du Népal n’est pas la dernière visée)

doit cesser. Arrêt des importations de films indiens vulgaires... (s’ils n’étaient que vulgaires !)

- Rédaction d’une nouvelle constitution népalaise.

- Tous les privilèges du roi et de sa famille doivent être abolis.

- L’armée, la police, l’administration doivent être sous le contrôle du gouvernement du peuple.

- Les opérations de police doivent cesser. Ceux qui ont fait disparaître des maoïstes doivent être

poursuivis.

- Le système patriarcal et discriminatoire contre les femmes doit s’arrêter.

- Fin de l’exploitation raciale, les membres des ethnies sont des citoyens du Népal.

- Plus de basses classes, dalits, serfs-kamalaris...

- Droits d’expression et liberté de la presse garantis.

- La discrimination entre habitants des collines et ceux du Teraï doit cesser.

- Les terres des grands propriétaires doivent être partagées avec ceux qui n’en ont pas.

- Les capitaux immobilisés doivent être introduits dans l’industrie.

- Soins, éducation, pour tous.

- Corruption, smuggling, black marketing, bribery (corruption), les méthodes utilisées par les

intermédiaires, doivent être combattus.

- ...

Les maoïstes n’obtiennent aucune réponse. Les Premiers ministres continuent de se

succéder. On verra occuper cette fonction : Sher Bahadur Deuba, Lokendra Bahadur

Chand, Surya Bahadur Thapa, G.P. Koirala, K.P. Batharai à nouveau G.P. Koirala.... La

corruption imprègne tous les actes de la société et du gouvernement.

- La People Liberation Army est créée. La People War, la Guerre du peuple, la Jana

Yuddha commence. En quelques années la People Liberation Army contrôlera la

presque totalité du pays. Seule la cuvette de Katmandu restera autonome (sauf les jours

pendant lesquels les maoïstes fermeront la route d’accès à l’Inde).

- 2001. Le premier juin, le roi Birendra et sept membres de sa famille sont

assassinés. Le fils aîné du roi Birendra, Dipendra, est suspecté, une histoire de cœur est

évoquée, son suicide semble le prouver. Quelques jours après, une belle-sœur trouve

curieusement la mort dans un accident d’hélicoptère au-dessus du lointain lac Rara. Le

212


prince Dipendra étant mort il est difficile de lui attribuer ce décès. Des bruits circulent :

Ces meurtres ont un motif politique, ils ont pour but de se débarrasser du roi, les services

213

secrets indiens et ceux des U.S.A. sont soupçonnés, l’armée népalaise, certains disent

l’armée indienne, d’autres disent : les deux armées, étant le bras qui a organisé et

exécuté le massacre.

Gyanendra, le frère du roi Birendra, est déclaré roi du Népal. Une cérémonie

d’investiture se déroule qui voit défiler peu de civils mais le presque complet état-major

de l’armée.

Immédiatement après la prise du pouvoir par Gyanendra, l’armée se trouve

instantanément (ce qui confirme la thèse de la préméditation de l’assassinat du roi

Birendra), dotée d’équipements, d’armes, de vêtements modernes. La guerre se poursuit.

Dès que le roi Gyanendra comprend que l’armée seule ne pourra vaincre les maoïstes ce

sera le tour de la police d’être ainsi équipée. Il sera d’ailleurs amusant de voir le roi,

alors que ses préférences vont évidemment à l’armée dont l’état-major est composé de

gens de sa caste, s’afficher avec les chefs de la police (nombreuses photographies dans

les journaux...).

- 2002. Devant l’intensité des manifestations, le roi déclare l’état d’urgence. Le premier

ministre du moment Sher Bahadur Deuba dissout l’Assemblée nationale (exclu pour ce

geste du Népali Congres, il crée le parti Népali Democratic Congres). Les élus sont

éliminés. Deuba est à son tour éliminé par le roi qui prend le Pancha Chand pour le

remplacer. Mais Chand est à son tour remplacé par le Pancha Thapa !

Les maoïstes sont alors maîtres de la presque totalité du territoire. Ils encerclent la

cuvette de Katmandu A l’intérieur de la ville les émeutes se succèdent.

Le premier février, le roi Gyanendra prend les pleins pouvoirs. Des leaders du

Népali Congres, de l’Union Marxist Leninist, .des étudiants, des journalistes, sont mis en

prison. Prison douce pour certains, dure pour d’autres, des disparitions sont signalées. La

presse est censurée ou interdite. L’Etat d’urgence se poursuit.

- 2005. L’état d’urgence est levé pour calmer les associations des Droits de l’homme et

Amnesty International. Mais cette mesure reste verbale, dans la pratique rien n’est

213


214

changé. La police, l’armée continuent leurs méfaits : arrestations arbitraires, exécutions

et viols se poursuivent. Cela n’a aucun effet sur les membres des partis contestataires, au

contraire, les plus importants de ceux-ci s’unissent et forment l’Alliance des sept partis

(principaux). Avec les maoïstes ils signent le 22 novembre :

The Historic 12-points agreement.

Ils réclament l’élection d’une Assemblée constituante. Mais le roi poursuit sa politique.

- 2006. Les maoïstes qui avaient arrêté les combats reprennent la guerre.

214


LA GUERRE CIVILE.

En guise de préface, cette belle phrase d’un journaliste lue je ne sais plus où :

Pour lutter contre l’injustice, la politique est plus efficace que le fusil. Mais c’est parfois la politique

qui conduit aux fusils lorsque tout le reste a été tenté et a échoué.

215

Cette guerre, je l’ai expliqué, est à mes yeux une guerre civile, elle n’est pas un simple

mouvement d’insurrection. Elle a opposé deux véritables armées, celles des forces de

l’ordre du roi Gyanendra financées, équipées par la coalition dirigée par le trio U.S.A.

Inde. Angleterre et la People Liberation Army, la P.L.A. des maoïstes. Cette P.L.A. au

début uniquement équipée de deux ou trois pistolets, de koukouris, de bâtons. Les forces

de l’ordre étaient composées de policiers auxquels se sont joint, après l’assassinat du roi

Birendra, les soldats de la Royal Népal Army, la R.N.A. Rapidement les maoïstes ont été

nommés terroristes par ceux qui les combattaient. Terrorisme, définition du Petit

Robert :

Emploi systématique de mesures d’exception, de la violence pour atteindre un but politique... pour

impressionner la population civile et créer un climat d’insécurité.

Pour Pascal Guignard (Les ombres errantes) :

Le mot terrorisme appartient au droit pénal. La société le définit comme la criminalité politique qui

ne cherche pas à instaurer ou à rétablir l’ordre public mais à le troubler de façon spectaculaire.

Rappel : avant de devenir des héros, nos Maquisards, nos Résistants qui, de 1940 à 1944

ont lutté contre les Allemands occupant la France et contre la milice française, étaient

aussi des terroristes. L’étaient également nos Sans-culottes et nos Communards qui ont

fermé les portes d’anciens régimes. Signalons que le terroriste, pendant une guerre n’est

pas considéré comme un soldat, il ne bénéficie pas des lois de la guerre. S’il est pris, il

peut être fusillé sur le champ !

Le mot maoïste, lui, signifie évidemment partisan de Mao Zedong. Mais dans le cas des

Maoïstes népalais il signifie avec plus d’intensité, des hommes mal armés luttant contre

les forces armées du pouvoir en place, fuyant celles-ci ou les attaquant successivement

suivant les circonstances. Un parallèle avec la Longue marche doit, évidemment, être

établi. Les troupes de Mao Zedong ont fui ou ont attaqué successivement les troupes de

215


Tchang Kaï-Che. Troupes équipées par les U.S.A. Les maoïstes chinois n’étaient pas, en

ces premiers jours de guerre civile, ce qu’ils sont devenus lorsqu’ils ont pris le pouvoir.

On cite les canons en bois cerclés de fils de fer que se construisaient les maoïstes ! Le

maoïsme chinois a commencé par être une lutte contre l’oppression et l’obscurantisme,

216

une lutte contre la misère. C’est pourquoi les révolutionnaires népalais qui ont

commencé à lutter contre un régime de monarchie absolu, contre une classe bénéficiant

de privilèges, qui ont lutté pour défendre un peuple misérable se sont nommés maoïstes.

Etaient-ils de simples terroristes ? N’étaient-ils que des terroristes ? L’histoire retiendra

que ce sont eux qui ont combattu victorieusement les forces de l’ordre d’un ancien

régime détestable, chassé un roi, imposé une République.

A mes yeux, et je me plais à rappeler cette comparaison, ils étaient comparables à nos

Sans-culottes et aux soldats de l’an II, ces Terroristes-maoïstes. Avec une différence : ils

ont commencé à se battre en se cachant dans les forêts. C’est pourquoi ils se désignaient

et se baptisent encore aujourd’hui : Jungle Manchés, Hommes des forêts. Ils ont vécu là

comme des animaux, trempés pendant la mousson, gelés l’hiver. Traqués. Et marchant,

portant, toujours, courant parfois, parcourant en trois nuits des distances que des

trekkeurs effectuent en dix jours. Pour ces Jungle Manchés, ces hommes qui se cachaient

dans les forêts, les itinéraires de trek étaient des lieux de travail. Ont-ils eu le temps

d’admirer les neiges de l’Himalaya, les somptueux paysages qu’ils traversaient ? Les

étapes n’étaient pas toujours des lieux de repos mais des lieux de combats. Lorsqu’ils

étaient vainqueurs ils pansaient leurs blessés, ils comptaient leurs morts. Vaincus, ils

reprenaient les chemins, fuyant, silencieux, abandonnant leurs morts et leurs blessés.

Imaginant les tortures qu’allaient subir ceux qui avaient été pris avant la délivrance de la

mort. Mourir ! Accepter d’être torturé ! Pour un idéal ! Occidentaux, Occidentaux qui

vous dîtes gens de gauche, imaginez, restez une minute silencieux, saluez. Et que de

pensées dans leur tête au cours de leurs longues marches pour rejoindre les lieux de

combat ! Celle épuisante, effectuée presque toujours de nuit pour atteindre Jajalal ! Et la

faim, le froid, la chaleur, les pluies, la neige ! Toujours !

216


Exagérations diront les médias occidentaux, mensonges diront ces accompagnateurs de

trek salariés de ceux qui font porter leurs charges par des domestiques misérables.

Exagérations diront ces trekkeurs outrés parce qu’ils ont été obligés de payer quelques

1000 à 2000 roupies à un groupe de ces Jungle Manches. Et les médias du tourisme, les

rédacteurs des guides de trek, les trekkeurs outrés... parleront du mécontentement des

paysans critiquant ces maoïstes-terroristes qui, parfois, s’installaient chez eux,

s’imposaient, vidaient leurs réserves, tuaient leurs volailles...

Bien sûr que parfois ils ont fait cela, ils étaient affamés.

Mais ces hommes ont gagné la guerre, ils ont tenu tête puis ils ont défait les forces

gouvernementales d’un ancien régime corrompu.

Quand les Pauvres sont décidés à combattre, ils sont toujours vainqueurs.

217

Cette phrase, Mao Zedong l’aurait prononcée devant Malraux.

« Admettons cela. », disent les gens de droite et des trekkeurs qui se flattent d’être de

gauche, mais qui, en réalité, marchent dans les traces des gens de droite.

Mais ces mouvements de défense des misérables, louables au départ, se terminent toujours par des

dictatures, et c’est pourquoi il ne faut pas les cautionner !

Répétons-nous, ils citent : la terreur, Napoléon, Staline, Pol Pot... J’en ai parlé, je

reviendrai.sur cela. Ils oublient quand même, ces trekkeurs à l’écoute de leur seul

confort, de leur seule tranquillité, qui croient connaître le Népal parce qu’ils ont fait

vingt trek, qu’ils ont dix amis népalais, qu’ils connaissent le patron de l’agence X, qu’ils

aident le Sherpa Z, ou parce qu’ils vont prier dans un Lourdes bouddhique... que le

Népal est le pays le plus pauvre de l’Asie et que ses maoïstes-terroristes sont des

hommes en lutte contre l’absolutisme, des privilégiés, l’arbitraire, la misère.

Je propose une autre explication à l’utilisation du mot maoïste : Prachanda, leur chef, a

compris que la lutte révolutionnaire qu’ils avaient engagée ne pouvait se comparer aux

révolutions citadines classiques décrites par Marx et Lenine, le Népalais en lutte n’étant

pas l’ouvrier des villes mais le simple paysan. Prachanda a compris, comme Mao

Zedong :

Qu’avec des misérables des campagnes on pouvait faire de meilleurs soldats qu’avec les chauffeurs

de taxi.

217


La technique de guerre de Mao Zedong a donc inspiré les maoïstes népalais. De

Malraux, toujours :

L’armée maoïste n’a pas seulement confisqué les grandes propriétés, elle a exterminé les grands

propriétaires et annulé les créances. Les maximes de la guerre sont devenues une chanson :

« L’ennemi avance, nous nous retirons. Il campe, nous le harcelons. Il refuse le combat, nous

attaquons... Le passage de l’Armée rouge à travers la Chine fut une propagande plus puissante que

les propagandes conçues par le parti.

Il y a eu dans cette lutte d’Hommes des forêts, contre les forces de l’ordre d’une société

féodale une chose grandiose que peu d’Occidentaux ont perçue. Mais cela est normal,

ces Occidentaux luttent, s’enorgueillissent de ne lutter aujourd’hui, que pour la défense

des Droits de l’Homme, que pour défendre leur pouvoir d’achat !

Autre critique s’adressant aux Maoïstes, on lit dans un média :

218

Ils recrutaient des enfants. .. Pouvons-nous en toute conscience verser une contribution financière...

à des groupes qui enlèvent, torturent, massacrent et enrôlent de force des enfants pour les faire

massacrer dans les attaques des postes militaires ?

A cela je réponds : « Je suis certain que des enfants n’ont pas été enrôlés pour combattre,

je ne crois pas que des enfants aient combattu » Par contre il est évident que des enfants

accompagnaient les combattants et qu’ils les assistaient sur les lieux des combats.

Critiquables ? Sans doute avec notre regard. Mais avons-nous le droit de critiquer nos

révolutionnaires français. Souvenez-vous, un certain Gavroche glorifié par Victor Hugo

parce qu’il se fait tuer en ramassant des balles devant une barricade et qu’il chante en

mourant :

Je suis tombé pat terre

C’est la faute à Voltaire

Le nez dans le ruisseau

C’est la faute à Rousseau.

Et Victor Hugo conclu :

Cette petite grande âme venait de s’envoler.

Plus près de nous, Londres, 1940, des jeunes viennent à Londres s’enrôler dans les

Forces françaises libres du général de Gaulle.

218


Ils ont 15, 16, ou 17 ans, et ce qui les caractérise c’est leur courage, leur détermination. Un de ces

cadets sur trois est mort au combat.

219

Ou :

Une brigade française qui a pour nom Alsace Lorraine participe à la lutte contre les

Allemands. Malraux la dirige :

Il n’hésite pas à laisser recruter quelques très jeunes garçons, de seize à dix-neuf ans.

La majorité était alors de 21 ans !

Ces enfants maoïstes, ces enfants de Maoïstes ne connaissaient rien de Voltaire, de

Rousseau, de Victor Hugo, de Marx, de Lénine, de Mao Zedong. Mais ce n’étaient pas

des mercenaires, ils n’étaient pas sur les lieux des combats pour se battre –le nombre

d’armes n’était de toutes façons pas suffisant pour tous les adultes- mais pour aider. Ils

étaient là parce que leur salut, leur avenir, passaient par la lutte.

Printemps 1944. C’est le temps du maquis du Vercors.

Des volontaires continuent à s’enrôler dans le maquis. Certains sont des adolescents, comme le petit

berger Tanes, âgé de seize ans, qui le premier juin abandonne son troupeau pour rallier la

Résistance. « Tu es trop jeune pour faire un macchabée » lui dit le chef de camp où il se présente...

Mais le jeune garçon insiste tant qu’on le garde comme aide-cuisinier...

Le service de transmission emploie, comme agents de liaison, un certain nombre de jeunes gens et de

jeunes filles, parmi lesquels des étudiants de Lyon et de Grenoble...

Claude a dix-neuf ans : deux ans de moins que Fabrice Del Dongo à la bataille de Waterloo...

Beaucoup d’autres, aussi jeunes que lui, ont cet enthousiasme et cette inexpérience.

Paul Dreyfus. Histoire de la Résistance. Arthaux ed.

Mais, dites-donc, ces critiques auraient pu dire : « Ces enfants travaillaient déjà comme

des adultes et ils combattaient pour ne pas être obligés de travailler comme des adultes.

Cette armée populaire était-elle impopulaire comme l’ont affirmé les médias

anglophones du Népal et à leur suite les médias occidentaux et les trekkeurs. Ces

derniers auraient dû lire Mao Zedong :

219


Notre peuple haïssait, méprisait et craignait les soldats –de Tchank Kaï Che-. Il a su très vite que

l’armée rouge était la sienne. Presque partout, il l’a accueillie. Elle a aidé les paysans, surtout au

moment des moissons. Ils ont vu que chez nous il n’y avait pas de classe privilégiée.

L’auteur se souvient, alors que sa femme maniait la hache pour couper les arbres qui se

dressaient à l’emplacement du mur d’escalade du musée de Pokhara et que lui poussait

la brouette, de la réflexion d’un de ses amis Sherpa, membre de la Népal

Mountainnering Association :

Mais vous êtes de véritables chefs maoïstes !

Les chefs maoïstes n’ont jamais eu une attitude de gens de caste, ils travaillaient comme

leurs soldats, ils aidaient les paysans....

220

Quel homme politique, quel journaliste de bonne foi, népalais, d’Asie, d’Europe, quel

trekkeur a compris le pourquoi de cette guerre maoïste ? a compris sa nécessité, l’a

soutenue, a cru en sa réussite ? Des hommes se battaient contre la police et l’armée d’un

monarque, soutenues, équipées, assistées par les grandes puissances de la Terre :

l’Angleterre, l’Inde, les U.S.A., la Chine. Oui, la Chine ! Plus quelques pays de moindre

importance. L’opinion de tous était :

Ces maoïstes sont des trublions, des gêneurs. De plus, ils utilisent des méthodes obsolètes : une

révolution en l’an 2000 ! Quelle aberration !

Pourtant en quelques années ces maoïstes, ces Jungle Manches, ces Hommes des forêts,

ces Khalis khoutas, ont occupé et administré plus de 90 % du territoire. L’armée et la

police ne dominaient que quelques bourgs et la cuvette de Katmandu, encore celle-ci

était-elle encerclée ! Des hommes impopulaires auraient-ils pu s’imposer à un pays si la

population de ce pays avait été contre eux ?

Quelques mois passent et cette guerre débouche sur une deuxième révolution (2006) qui

oblige le roi à remettre ses pouvoirs aux partis politiques. Quelques semaines encore et

le roi devient un simple citoyen. La première République du Népal est proclamée. De

Anirban Roy :

220


The maoïst insurgency is a product of Nepal’s failed gouvernance, feudalism and backwardness…

The decade long jana yaddha (peuple guerre) resulted in the death of more than 13.000 people. The

guerilla movement began with the just two guns and a dozen armed cadres.

221

Si la guerre d’Espagne avait été observée par quelque observateur asiatique elle aurait pu

être qualifiée de règlements de comptes entre bandes rivales. Pour décrire les luttes qui

ont secoué le Népal pendant dix ans faut-il parler d’insurrection, de combat armé, de

jacqueries ? J’ai choisi celui de guerre civile. Les bandes rivales au Népal se nommaient

armée et police d’un ancien régime en lutte contre un peuple misérable. C’est ce qui ne

doit jamais être oublié. Et il est triste que très peu d’Occidentaux aient compris cela,

aient manifesté leur sympathie à ces hommes qui présentaient tant de points communs

avec nos révolutionnaires qui nous ont débarrassé d’une féodalité, d’un ancien régime,

qui ont installé la République dans notre pays.

QUELQUES FAITS DE GUERRE

Mais avant, en guise de préface, quelques textes sur les agissements de nos

révolutionnaires, de nos Sans-culottes, maoïstes avant la lettre.

Les troubles sont le plus souvent des réactions hostiles à l’aristocratie et aux représentants de

l’Etat...

Dans le Sud-ouest, des groupes d’individus masqués pillent et incendient des châteaux, au cours

d’expéditions nocturnes qui visent à punir des seigneurs perçus comme des parasites sociaux et aussi

comme des ennemis politiques.

Révolution, Consulat, Empire de Michel Biard, Philippe Bourdin, Silia Mazagalli. Ed

Belin.

Sur la confiscation des biens des nobles :

Les révolutionnaires s’en prennent aux clôtures jugées abusives mais aussi aux espaces forestiers...

Des monastères sont investis, des châteaux dévastés...

Sur les nobles émigrés :

Les émigrés débarqués des navires anglais sont écrasés sans pitié... plusieurs centaines de nobles

sont fusillés sans jugement.

Et au Népal, pendant la guerre civile ?

221


- 1986. Des postes de police sont attaqués par des cadres du parti communiste Mashal à

Thamel, Indra Chowk, Ason, Naradevi. Un cadre du parti Om Subedi (révolutionnaire)

est arrêté, torturé, il parle. Un autre cadre est arrêté. Pushpa Kamal Dahal, abandonne

son surnom de Biswas et prend le nom de Prachanda. L’attaque de postes de police se

généralise.

- 1994. Les maoïstes ont établi leurs cantonnements dans les districts de Rolpa et de

Rukum : centre-ouest. Croquis 9.

222

It was natural for the maoist to initially target Rolpa and Rukum their bid to set up strong amilitary

base… because the people of the areas have been neglected by the state for centuries.

Anti-feudal sentiment has been strongest in the region because of its political economy. This region

the poorest and most underdeveloped, and is also inhabited by tribal and backword social groups

who have felt exploited and discriminated against at the hands of the upper-castes.

Le gouvernement lance ses troupes contre ces régions. L’opération Roméo, sur l’ordre

de Sher Bahadur Deuba, alors Premier ministre, est déclenchée par la police dans ces

districts principaux fiefs des maoïstes. Les maoïstes fuient dans la forêt avec une partie

de la population. Parmi ceux qui n’ont pas le temps de fuir, ou qui prennent le risque de

rester, nombreux sont ceux qui disparaîtront, qui seront arrêtés, torturés. Au cours de

cette opération de nombreuses femmes seront violées...

Rien de nouveau en cela, citons Mao Zedong :

Au cours de la Longue Marche... Les paysans ont compris que nous étions avec eux, et quand ils en ont douté, la

conduite des soldats du Kuo- Min-Tang (de Tchang Kaï-Che) s’est chargée de les convaincre. Sans parler de la

répression.

Mais la propagande gouvernementale mettra ces crimes des forces de l’ordre sur le dos

des maoïstes et les médias occidentaux, les touristes, les trekkeurs accepteront cela

comme vérités alors que les associations humanitaires s’insurgeront contre ces crimes.

- 1996. La guerre du peuple, la People’s War, la Jana Yuddha (Jana : peuple,

Yuddha : guerre) est lancée. Sur la nécessité de cette guerre on peu lire de Luis Anezana

Ergueta, dans El Diario de La Paz, publié dans Courrier International n°933 :

222


Certains proposent une solution réformiste par le biais du dialogue et de négociations. D’autres

suggèrent la voie révolutionnaire par la guerre civile. Les premiers préfèrent s’installer dans des

palabres et des négociations interminables qui dureront des années, avec un grand nombre de morts

à la clef, sans que rien ne soit réglé. Et les seconds pensent qu’il n’y a pas de place pour le dialogue,

que le conflit durera au plus quelques semaines ou quelques mois, qu’il produira une certaine

quantité de morts mais qu’au moins il résoudra les problèmes et permettra de faire table rase du

passé et de tourner la page.

De Prachanda, Pushpa Kamal Dahal, leader des maoïstes et chef de guerre.

Sans une armée populaire le peuple n’a rien.

N’a rien et n’est rien. De A. Roy :

223

On February 13, barefoot (pieds nus) guerillas attacked half a dozen places simultaneously and took

the government by surprise… A bank in Gorka districk was looted, and police posts in Rolpa and

Rukum were ransaked. In addition to Rolpa and Rukum, the armed movement also started in the

mountains districts of Jajarkot and Gorkha in the west and Sindhuli (sud-est de Kathmandu) in the

east. Croquis 9.

Ils luttent avec de simples koukouris, leurs meilleures armes sont la surprise et le nombre.

Au début de la guerre les maoïstes n’avaient que :

Only two rifles !

Ils trouvèrent aussi, dans des soldats Gorkha qui avaient servi dans les armées indiennes

ou anglaises, d’excellents instructeurs.

Au sujet de l’équipement en armes des maoïstes et pour stopper les rumeurs qui font de

la Chine le support du mouvement maoïste :

Without possessing a single modern weapons, the Maoists cadres exhibited signs of strategy and

valour.

L’armée de Va nu-pieds de Prachanda était en ces débuts, avant qu’elle ne prenne des

armes aux forces de l’ordre, bien mal équipée. Et là encore un parallèle avec les troupes

de Mao Zedong en fuite devant celles de Tchang Kaï-Che s’impose, rappelons que :

Les troupes de Mao (étaient) équipées de canons faits dans des troncs d’arbres cerclés de barbelés.

Des bruits ont un moment couru que l’Inde pour affaiblir le gouvernement népalais avait

livré des armes aux maoïstes ce qui est difficile à croire. Et qu’ensuite ces maoïstes en

223


avaient reçu de groupes contestataires indiens, Naxalites ou autres, ce qui est plus

crédible. Les maoïstes utilisent simplement la technique de Mao Zedong lors de sa

Longue marche

L’ennemi avance, nous nous retirons. Il campe nous le harcelons. Il refuse le combat, nous

l’attaquons. Il se retire, nous le poursuivons.

Ou bien :

Setting up base in the countryside and surrounding the cities.

- 1998. Arrestation de nombreux journalistes par la police. En mai, le Premier ministre

Girija Prasad. Koirala lance contre les maoïstes l’Opération Kilo Sierra Un qui s’étend à

tout le pays.

- 1999. Toujours avec G.P. Koirala comme chef du gouvernement débute l’Opération

Kilo Sierra Deux. De A. Roy :

224

The counter-insurgency operation was a cause of major criticism by Human Rights groups for

incidents of extrajudicial killings, arbitrary arrest, rape and torture (souligné par moi). Around 500

people were believed to have been killed in Kilo Sierra 2. Though many of them may have been

Maoists, some of the casualties were definitively innocents.

L’opération Kilo Sierra Deux, malgré les brutalités policières qui ont entraîné

disparitions, assassinats, viols, n’apportera aucun changement dans la situation militaire

et politique du pays. Les maoïstes créent des gouvernements de régions qui lèvent des

impôts, distribuent aux pauvres, aux landless-dalits des terres domaniales ou appartenant

à des riches propriétaires. Ils créent des tribunaux. Ils s’adjoignent des juges de la

Suprême Court of Népal. Mais cette justice est critiquée par des organismes défendant

les Droits de l’Homme qui parlent de justice basée sur une idéologie et non une justice

basée sur la loi. L’histoire se répète, 1789 :

Les rituels de la justice royale sont détournés au profit d’une justice populaire.

Revolution, Consulat, Empire.

Rien n’arrête le mouvement, au contraire ces événements attirent des jeunes femmes et

des jeunes hommes. Tout cela infirme les dires qui prétendent que les maoïstes ont fait

fuir la population dans les territoires qu’ils occupaient. Ceux qui étaient avec les

maoïstes étaient les pauvres paysans, les Dalits-parias, les serfs-Kamalaris mais jamais

224


les riches, les notables, les banquiers, les usuriers de régions. Ce sont ces derniers qui

fuyaient. Mais la presse kathmandouite puis la presse occidentale a fait croire que

c’étaient les paysans qui abandonnaient leurs terres et leur maison !

225

Les opérations Kilo Sierra sont suivies de grandes offensives lancées par les maoïstes.

Les plus connues se déroulent à Mahatgaon dans le district de Rukum. Sept policiers

sont tués, un superintendant est fait prisonnier. Au cours de cette opération les maoïstes

saisissent des armes, 27 fusils et des munitions.

- 2000. En juin, de nuit, profitant d’une pluie de mousson, les maoïstes encerclent le

poste de police de Panchkate qui est situé dans le district de Jajarkot. Cet important poste

est occupé par 53 policiers. 12 policiers (2 dans une embuscade tendue à des policiers

arrivant en renfort.), 7 civils, 2 cadres maoïstes sont tués. Cette opération durement

ressentie par la police est considérée comme une grande victoire par les maoïstes.

Au milieu de l’année les maoïstes lancent, contre les forces gouvernementales,

l’opération Special Shock Campaign. Les attaques contre les postes de police se

généralisent. Le mot d’ordre est :

Widen the ambit of their military operation.

C’est dans ce cadre que le 23 août les maoïstes attaquent le poste de police à Dhawadi

dans le district de Nawal Paraisi (sud de Pokhara). Les maoïstes saisissent un grand

nombre de fusils et de munitions. Le 23 septembre a lieu une très forte opération, les

maoïstes attaquent le quartier général de la police de Dunaï (bien connu des trekkeurs

qui vont dans le Dolpo.). 14 policiers sont tués, 12 sont blessés. Les maoïstes libèrent

des prisonniers. Dans leurs opérations les maoïstes détruisent des ouvrages d’art, des

ponts stratégiques, des bâtiments, des dossiers d’archives dans certaines administrations.

Destructions qui leur seront souvent reprochées par des Népalais (et des Occidentaux

dont moi-même) ne comprenant pas leur nécessité. Ils dévalisent aussi des banques, ainsi

ils prennent six millions de roupies à la Népal Bank Limited dans le bourg de Dunaï.

- 2001. Le gouvernement réagit. Pour les combattre, une police spéciale est créée, elle a

pour nom : Armed Police Force –on l’a retrouvera, toujours parfaitement équipée, dans

Katmandu lors des grèves-bandha de 2010-. Cette police tente de surveiller tout le pays.

Malgré cela, en mars, une opération spectaculaire dirigée par des femmes, a lieu. Un

225


tunnel est creusé qui accède à la prison de Gorka, les prisonniers sont libérés. Le poste

de police de Rukum-kot (kot : château), croquis 9 est attaqué puis pris. Il était pourtant

226

occupé par 76 policiers, protégé par des barbelés, huit postes d’observation, les policiers

effectuaient des rondes régulières. 8 maoïstes, 32 policiers sont tués, 14 policiers sont

blessés, 22 sont faits prisonniers. Les autres s’enfuient. Butin pour les maoïstes : 58

fusils, 3 pistolets, 3 révolvers... En avril, à Katmandu, une bombe explose dans la

maison d’un ancien chef de la police, membre de l’Assemblée. En avril, le poste de

police de Naumule du district de Dailekh (extrême sud-ouest) est pris. Il était occupé par

80 policiers. Le combat a duré une heure et demie, 34 policiers sont tués, 60 fusils,

40.000 cartouches sont pris.

Des Népalais pourtant proches du mouvement maoïste et évidemment les Occidentaux

dans leur grande majorité notent avec tristesse que ces policiers morts sont des pauvres

népalais.

Avertissement au gouvernement du roi Gyanendra : le chef de la police Pradeep

Shamsher Rana avoue que le mouvement maoïste ne peut être victorieusement combattu

par la seule police.

Lorsque, le premier juin, l’assassinat du roi Birendra et de sept membres de sa famille a

lieu, il est, dans un premier temps, imputé aux maoïstes. Mais le gouvernement dément

immédiatement car un tel aveu aurait démontré à la population que la protection de

Katmandu n’était pas assurée. Les maoïstes profitent du trouble qu’apporte la mort du

roi pour lancer dans tout le pays des attaques : le 6 juillet le poste de police de Lamjung

(nord-est Pokhara) est pris : 21 policiers sont tués, le 10 juillet dans le poste de Gulmi ce

sont 10 policiers et le même jour 10 policiers qui sont tués à Nuwakot. Croquis 7.8.9.

Ces attaques sont une réplique à la demande d’Interpol de capturer, contre rançon, les

leaders maoïstes Prachanda, Bhattaraï, Vaïdya, morts ou vifs.

Lorsque le roi Gyanendra remplace Girija Prasad Koïrala par Sher Bahadur Deuba, les

maoïstes attaquent plusieurs postes de police dans le district de Bajura (nord-ouest). Le

23 juillet, le gouvernement Deuba demande un cessez le feu. Les maoïstes :

Send a strong message, to King Gyanendra and Prime Minster Deuba,

226


Dans ce message, ils formulent leurs exigences. Celles-ci n’ayant pas été prises en

227

compte par le gouvernement, les combats reprennent.

Le 21 novembre les maoïstes pénètrent dans la caserne de soldats de Dang (sud de

Rolpa). Le commandant est tué ainsi que 13 soldats. 12 camions d’armes sont pris : des

armes sophistiquées, des fusils 5,56 fabriqués en Israël, des mortiers de 81 mm, des

fusils lance-grenades, des tonnes de munitions, des projecteurs. En même temps un autre

groupe de maoïstes attaque le poste de police, là, ils tuent 9 policiers. La prise d’armes à

Dang est telle que le commandant des maoïstes déclare :

The day we captured the barraks in Dang, I was told that the weapons were sufficients to continue

fighting for four years.

Le 25 novembre, les maoïstes attaquent les cantonnements de l’armée, le poste de police,

des businessmen, les bureaux du gouvernement de Saléri. Saléri est la préfecture du Solu

Khumbu, située près de l’altiport de Phaphlu. Bilan : 27 policiers, 4 soldats et deux

membres de la haute administration sont tués.

Le 26 novembre Gyanendra déclare l’état d’urgence. Commence l’opération Terrorist

and Destruction Activités (Control and Punishment) dont les effets seront sans cesse

critiqués par les associations de Droits de l’Homme. L’armée se répand dans le pays. Le

couvre-feu est décrété. Gare au Tribal qui est pris même une minute après l’heure

prescrite ! L’arbitraire sévit. Des personnes innocentes sont arrêtées, les dénonciations

sont récompensées. Sur les routes, les barrages se multiplient, longues files d’attente.

Les véhicules sont fouillés. Mais ces mesures ne ralentissent pas les activités des

maoïstes. Ils créent en réplique au Terroristes and Destruction Activités du roi

Gyanendra le Kendriya Janasarkar dirigé par Baburam Bhattaraï. Prachandra, lui,

continue de diriger the People Liberation Army.

- 2002. Le 17 février les maoïstes attaquent le quartier général des forces de l’ordre :

armée et police de Mangalsen dans le district d’Acham (extrême nord-ouest). 123

militaires de la Royal Népal Army et des policiers sont tués.

Sher Bahadur Deuba, chef du gouvernement rappelle alors que la tête de chaque chef

terroriste rapportera à celui qui la fait capturer 5 millions de roupies (la valeur de 1500 à

2000 smig népalais).

227


La tête des « membres directeurs » ne rapportant que 3.000.000 de roupies. Deuba fait

placarder des affiches dans tout le pays. Celles-ci m’ont rappelé la chanson de Léo

Ferré sur des paroles d’Aragon :

228

Vous aviez vos portraits sur les murs de la ville

Noirs de barbe et de nuit, hirsutes, menaçants

L’affiche qui semblait une goutte de sang

...

Il y a eu des poètes et des chanteurs népalais qui ont célébré la gloire de ces hommes

traqués et promis à la torture puis à la mort s’ils se faisaient prendre. L’auteur a vu et

entendu ces chanteurs dans un spectacle de qualité à la fin de la guerre.

Le ministre de l’intérieur va plus loin que Deuba, commentant l’affiche, il déclame !

Bring their heads in a sack and take money in a sack.

Les associations des Droits de l’Homme s’insurgent.

- Le 18 février Colin Powell et ses assistants rencontrent le chef de la Royal Népal

Army, la R.N.A., le général Prajwalla Shamsher Rana. Quelques jours plus tard Sher

Bahadur Deuba rend visite au Président de l’U.S. G. Bush et obtient 20 millions de

dollars. Puis il va à Londres et obtient du Premier ministre anglais 10 millions de dollars

supplémentaires. Plus des armes, des équipements ... Les maoïstes répliquent en prenant

le poste de police de Gam dans le district de Rolpa tuant 140 militaires et policiers.

- 27 mai, pour la première fois les maoïstes ne sont pas victorieux. L’armée dans une

embuscade tue une centaine de maoïstes. Cela se passe dans le district de Rukum que

pourtant ils connaissent parfaitement.

Le général britannique Boyer rencontre le roi Gyanendra et le chef de l’armée : il promet

d’augmenter les aides anglaises.

- Début septembre, les maoïstes répliquent, 49 policiers sont tués à Sindhuli (sud-est de

Katmandu). Les maoïstes prélèvent un important butin d’armes et de munitions. Ils

attaquent ensuite le poste de police de Sandhikarka qui est dans le district de

Argahakhanchi situé au sud du Népal dans l’axe du bourg de Baglung. Là ils se

procurent des lance-rockets, des mortiers, des fusils, des grenades, des pistolets... Ils

trouvent aussi 4, 8 crores de roupies (un crore = 10.000.000 roupies) et 20 kg d’or.

228


- 4 Octobre le roi Gyanendra a pris les pleins pouvoirs.

- 2003.

229

- Le 26 janvier, l’inspecteur général de la police est tué dans Katmandu avec sa femme

et son garde du corps.

NOMBRE DE MORTS

A lire ce texte on peut penser que seuls des membres des forces de l’ordre sont tués. Mais ceux qui

sont cités sont morts pendant des combats, combien de maoïstes ou de sympathisants ou de simples

paysans ont été tués en dehors des combats ? Dans des opérations de nettoyage...On apprendra à la

fin des combats qu’ils sont bien plus nombreux que les morts des forces de l’ordre. Voici les chiffres

par secteurs donnés par les maoïstes.

- TUES PAR LES FORCES DE L’ORDRE.

- Seti mahakali : 566.

- Bhery karnali : 1447.

- Tharuwanwan : 957.

- Magarat : 1888.

- Tanuwan : 424.

- Bhojpur: 248.

- Mithila : 360.

- Aabadh : 216.

- Newa : 40.

- Tamsaling : 1113.

- Kirat : 425.

- Kochila : 292.

- Limbuwan : 416.

TOTAL 1 : 8392.

-TUES PAR MAOISTES.

- Officiels, haute administration... : 1626.

- Forces de l’ordre, armée et police : environ : 4000.

TOTAL II : 5626.

NOMBRE TOTAL DE MORTS : 14.018.

229


- Le 29 janvier, un cessez le feu est décrété par les deux parties. Des pourparlers

commencent. Les négociateurs ont entre-eux des relations cordiales. Un :

22-points Code of Conduct est signé.

Le cessez le feu est respecté par les deux parties. La population est enthousiaste, les

édiles et les intellectuels sont optimistes. Les maoïstes demandent la constitution d’une

230

assemblée qui rédigerait une constitution. Ils précisent que, dans leurs demandes,

l’abolition de la monarchie n’est pas exclue. Ferme refus du chef du cabinet du roi

Thapa qui a remplacé Chand à ce poste. Les négociations sont rompues. Le

gouvernement du roi rappelle Interpol Red Corner qui déclare que les maoïstes sont des

terroristes et que la tête de leurs dirigeants est toujours mise à prix. Suit immédiatement

un attentat à la bombe dans la maison de Kandel, l’ancien ministre du roi qui avait

déclaré :

Bring their heads in a sack and take the money in a sack.

Kandel est blessé.

- 11 octobre. 125 maoïstes sont tués lors de l’attaque d’une base maoïste à Dang. Le 13,

25 policiers et 12 maoïstes meurent dans un affrontement.

- Le 21 octobre Prachanda annonce que la violence maoïste va décroître, que les

maoïstes n’attaqueront plus les policiers et les soldats, que les maoïstes cesseront de

réclamer aux touristes une participation financière... Il semble qu’il a été sensible aux

injonctions des associations des Droits de l’Homme. C’est à cette époque que les

maoïstes indiquent qu’ils pensent créer des zones géographiques basées sur les ethnies.

Ils formuleront la même chose en 2009 après qu’ils aient quitté le pouvoir. Malgré cette

demi-trêve des maoïstes, la Royal Népal Army, la R.N.A. lance un raid à Bhimad dans le

district de Makwanpur. Quatorze suspects et deux civils sont exécutés sans procès.

Amnesty International s’insurge. Ils écrivent une lettre à Thapa qui dirige le cabinet du

roi.

- Le 5 avril une grève générale éteint les activités du pays. Thapa est démissionné.

- 2004. Les maoïstes subissent de nombreux revers, ils perdent 80 combattants. Tous

les maoïstes ne respectent pas les Droits de l’Homme, ils sont montrés du doigt par les

associations des Droits de l’Homme.

230


Les maoïstes mettent au point une nouvelle stratégie offensive. Une grande attaque sur

Beni (croquis 9), bourg du très fortifié district de Myagdi, se prépare. Ils édifient une

grande maquette en sable des lieux où auront lieu les combats. Leurs conseillers, Agni et

Prabhat, des anciens Gorkhas de l’armée des Indes, expliquent le plan d’attaque. Le 19

mars, l’armée maoïste forte de 3000 soldats ayant gagné les lieux après plusieurs jours

231

d’une éprouvante marche forcée encercle Beni. A cette armée se sont joints 1200

volontaires, parmi lesquels beaucoup de jeunes glanés au cours de la marche dans les

villages traversés. L’armée est commandée par les chefs maoïstes Divakar et Pasang. Le

20 mars, à onze heures du soir, l’attaque commence par des tirs de mortier sur les

cantonnements de la R.N.A. L’armée riposte, le combat se poursuit toute la nuit. Le 21

au matin, à Katmandu, l’Etat major de la Royal Népal Army indique qu’elle a tué 500

soldats maoïstes. Mais les maoïstes refusent ce chiffre et déclarent que 155 membres

des forces de l’ordre ont été tués. Quoiqu’il en soit les maoïstes sont vainqueurs. Ils

détruisent le camp militaire, saisissent un important matériel : des mortiers, des fusils

type M.16... Trente trois hommes, le chef de la police, un superintendant sont fait

prisonniers. Les maoïstes affirment que ces prisonniers seront traités conformément aux

prescriptions de la convention de Genève. Un peu plus tard auront lieu des échanges de

prisonniers qui s’effectueront sous le contrôle de la Croix rouge. Prachanda indiquera

que les forces de l’ordre ont perdu dans la bataille de Béni 500 hommes et il indique la

fin du :

Myth that the R.N.A., trained and armed by the American, Indians and other foreigns powers, was

invincible.

Toutefois, après Béni, les forces de l’ordre tuent 50 maoïstes dans la forêt de Baglung.

Kofi Anann, le secrétaire général de l’O.N.U. déplore l’escalade de la violence, propose

l’intervention de l’O.N.U. Prachanda indique son accord, le roi ne répond pas.

Le 2 juin, le roi Gyanendra remet en place Sher Bahadur Deuba comme chef de son

gouvernement. Deuba rencontre le ministre des Affaires étrangères indien monsieur

Natwar Singh. Ce dernier demande la fin de la guerre et que commencent de véritables

négociations. Cela fait huit ans que la guerre a commencé, elle a déjà tué 9500

personnes. L’Ambassadeur des Etats-Unis de Georges Bush, Moriarty, celui qui a

231


comparé le second du mouvement maoïste Baburam Bhattaraï au docteur Goebbels de

232

sinistre mémoire, continue de vitupérer contre les maoïstes. C’est pourquoi les maoïstes

ne sont pas pressés pour entamer de nouveaux pourparlers. La présence de Deuba ne leur

inspire, de plus, aucune confiance. Prachanda déclare :

Deuba as the blue-eyed boy of the Bush administration.

Il ajoute qu’il serait prêt à négocier si une présence internationale contrôlait les débats. Il

écrit au secrétaire de l’O.N.U. Kofi Annan pour l’assurer que son parti est prêt à

respecter les règles de la communauté internationale. Il rajoute qu’il demande que des

élections libres décident du sort du peuple népalais.

Deuba se rend alors à Delhi où il rencontre le Premier ministre Indien Manmohan Singh

qui l’assure de sa détermination de lutter contre le terrorisme. Il s’engage à fournir à la

Royal Népal Army du matériel et des armes supplémentaires. Fort de cela Deuba invite

les maoïstes à reprendre des négociations mais Prachanda méfiant refuse une nouvelle

fois, il déclare :

The declaration of a deadline by the government was a conspiracy.

Il assure que le roi prépare une nouvelle offensive. Le 16 octobre, avant que ne débute

Dasagn, la grande fête hindouiste, le Noël népalais, Prachanda annonce une trêve.

- 2005. En février, les mesures qui régissent l’Etat d’urgence deviennent plus sévères.

Des véhicules, des patrouilles des forces de l’ordre sillonnent les rues de Katmandu, de

très nombreux opposants au régime sont arrêtés. Le nouveau chef du gouvernement du

roi, Adhikari annonce qu’il est prêt à supprimer le qualificatif terroriste, à arrêter les

mesures qui frappent le pays si les chefs maoïstes viennent dialoguer avec le

gouvernement. Mais les maoïstes refusent, méfiants, ils indiquent qu’ils ne veulent

discuter qu’avec le roi et le général en chef de l’armée népalaise, la R.N.A.

- Le 3 février, un énorme bandha (grève générale) paralyse le pays. En même temps, dixsept

leaders politiques de Katmandu, opposants du roi, se rassemblent à Delhi. Là, ils

analysent la situation et étudient ce qu’ils vont proposer aux maoïstes. Parmi eux Ram

Baran Yadav, le futur Président de la République du Népal. Baburam Bhattaraï, le

numéro deux du mouvement maoïste les rejoint. Prachanda arrive ensuite. Sitaula, leader

du parti Népali Congres raconte sa première entrevue avec lui :

232


We drove to meet Prachanda. It was the first time I was meeting him. I had heard a lot about him

but had never come face to face with him. The discussion was short, and we decided to join hands in

233

our crusade against King Gyanendra…

When I saw him for the first time, he looked like a simple and emotional man, very much commited

to his ideologies and cause. He did not behave like a leader of a rebel outfit.

Les parties finissent par s’entendre sur un programme commun et un accord qui sera le

célèbre :

12-point agreement :

Celui-ci est signé entre les politiques opposants au roi et les maoïstes. Ce texte prévoit :

- le respect des règles démocratiques,

- que des élections pour réunir une Assemblée Constituante auront lieu

immédiatement.

A la suite de quoi les révolutionnaires annoncent un cessez le feu pour le 3 septembre.

La population de Katmandu s’enthousiasme. Les politiques de retour à Katmandu

demandent au roi Gyanendra d’accepter le résultat positif de leurs négociations avec les

leaders des maoïstes. Hélas la réponse du roi Gyanandra –qui vient de recevoir des

armes de la Chine- est négative. Les U.S.A., l’U.K, l’U.E. demandent également au roi

de signer, il refuse. Il annonce simplement que des élections municipales vont avoir lieu

(le résultat sera un énorme fiasco, seulement 20 % de votants, 4000 communes sans

candidats...). L’armée, elle, publie un mémento dans lequel seules les atrocités et

destructions commises par les révolutionnaires : 10.725 arrestations, 72 exécutions

sommaires, pose de 65 bombes, 1825 bâtiments, 35 centres téléphoniques, 540 postes

de police détruits. Les naïfs trekkeurs, les médias, goberont le tout sans faire la part des

choses.

Pour le dixième anniversaire de la guerre du peuple les maoïstes répliquent par des fêtes

(sic), la pose de quelques bombes, le pillage de quelques banques. Le roi Gyanendra

durcit sa position. Il fait emprisonner cent leaders politiques. Mais les discussions entre

les leaders des partis politiques et des maoïstes se poursuivent. Ensemble, ils préparent

un vaste rassemblement, qui, pensent-ils, fera fléchir le roi. Ce mouvement

révolutionnaire se nomme en népali Jana andolan : Peuple mouvement. Ils annoncent

aussi un refus de payer l’impôt.

233


Le 11 avril le premier choc entre les forces de l’ordre et les forces révolutionnaires a lieu

au nord-ouest de Katmandu, sur le boulevard de ceinture nommé Ring Road, au lieu dit

Gongabu, lieu où se trouve une gare routière connue des trekkeurs. Suivent de

nombreuses manifestations. Le 20 avril trois manifestants sont tués par balles à Kalanki

234

chok, carrefour de Ring Road avec la route qui conduit à Pokhara.

Le 21 avril le roi fléchit, il demande que les partis désignent un premier ministre. L’Inde

félicite le roi pour cette décision. La response populaire est dans un nouveau

rassemblement :

One million people went around the capital’s peripheric Ring Road protesting, and the political

parties turned down King Gyanendra’ offert.

Le 23 avril deux millions de personnes approchent du Narayanhity Palace, le palais du

roi. Choc avec les forces de l’ordre, 22 personnes sont tuées et 4000 dans lesquelles sont

de nombreux enfants sont blessés, certaines grièvement. Les associations des Droits de

l’Homme protestent.

Le 24 avril à 23h30 le roi Gyanendra capitule, il déclare que l’Assemblée peut se

réunir et peut désigner un nouveau gouvernement.

Il est évident que le commandement des forces de l’ordre, celui de l’armée, celui des

policiers, ont déclaré au roi leur incapacité à assurer sa protection, même à l’intérieur du

palais.

Les maoïstes continuent de se méfier du roi, pourtant ils annoncent un cessez le feu

et ils mettent en place, avec les sept partis les plus importants, un gouvernement

provisoire qui sera dirigé par Gurija Prasad Koirala.

Le parlement se réunit.

The newly reinstated Parliament on May 18, removed King Gyanendra as Supreme Commander of

the Nepalese Army and stripped him of all but ceremonial authority. His Council was also dissolved.

With the prefix royal removed, soon it became the Government of Nepal, Nepal Airline, and Nepal

army.

234


Il faut voir dans cette conclusion le franchissement de la première marche qui va

conduire le pays à la République, mais non l’abolition des privilèges puisque les

membres des partis à qui ces privilèges bénéficient seront toujours présents sur

l’arène politique et que l’un des leurs dirige même le gouvernement provisoire.

GUERRES CIVILES

235

Guerre du peuple, guerre civile, ces mots navrent des Français qui se disent : « Toute cette violence

était-elle nécessaire ? » D’autres pensent à nos révolutions de 1789, de 1830, de 1848, et à celle des

moujiks russes contre leur tsar en 1917, et ils comprennent que seule la violence est entendue des

oligarques dirigeant les sociétés dans lesquelles sévissent d’énormes misères.

Quel moyen avait le peuple népalais, misérable, illettré, dont l’espérance de vie ne dépassait pas 50 à

60 ans, pour se faire entendre des membres d’un régime de monarchie absolue s’appuyant sur des

castes puissantes coiffant l’administration, la police et l’armée ?

On pense ensuite au nombre de morts qu’a causé cette guerre et on se dit : Le prix payé n’était-il

pas trop élevé ?

On peut penser à la guerre d’Espagne qui n’a duré que de 1936 à 1939 et a causé la mort de 600.000

personnes. Or la population de l’Espagne était à cette époque de 23.600.000 habitants. A peine

moins élevée que la population du Népal au début de sa guerre civile. Cette guerre d’Espagne a

conduit au pouvoir une dictature fascisante. La guerre civile népalaise, elle, a permis d’éliminer un

ancien régime féodal pour le remplacer par une République et peut être un jour pour mettre à la

tête du pays un gouvernement décidé à combattre l’intense misère qui y sévit.

Viennent ensuite les remarques que j’ai déjà formulées :

- combien la misère népalaise a-t-elle tué de personnes au cours des siècles ?

- combien en a–t-elle tué pendant le temps du conflit (voir plus haut) ? La courte espérance de vie,

inférieure de vingt ans à la nôtre est à prendre en compte dans le calcul. Combien de morts lui sont

imputables ?

Puis on pense à l’évolution politique des pays ayant traversé une révolution : la Terreur pour les

Français, Staline pour l’U.R.S.S., Pol Pot pour le Cambodge, les réformes pour l’Empire du milieu –

encore que ce pays, contrairement aux autres présente aujourd’hui une étonnante réussite

économique- C’est d’ailleurs à cause de cette réussite économique que les Occidentaux dans leur

ensemble sont conduits à critiquer ou à combattre ce pays. Ils acceptent la théorie qui affirme que le

capitalisme porte en lui une élévation du niveau de vie de tous, classes misérables comprises. Mais

contre cela on doit objecter : En combien de siècles ? Depuis combien de siècles le capitalisme sévit-

235


il ? Or, aujourd’hui, trois milliards d’individus, la moitié de la population sur la Terre, sont encore

des misérables !

Une nouvelle voix se fait entendre qui parle de non-violence, qui rappelle que Gandhi a chassé les

Britanniques de son pays sans que son peuple ait tiré un coup de feu. Un mouvement non violent

aurait-il pu modifier les structures politiques, sociales du Népal ? Je n’ai pas la réponse. Je ne puis

qu’affirmer qu’une trop grande misère conduit normalement un jour ou l’autre à la violence. Et que

ces misérables qui prennent les armes ont droit à notre compréhension, à notre considération, à

notre admiration, à notre respect. Mais aussi et surtout qu’ils agissent conformément aux Droits de

l’Homme.

SUR LES MAOISTES

De Michelle Kergoat.

236

Le mouvement maoïste a inévitablement provoqué des changements de mentalité parmi le peuple et

on peut affirmer que rien ne sera plus comme avant... Le mouvement maoïste a contribué à

redonner de la dignité et de la combativité aux éternels oubliés.

Ces hommes, ces maoïstes, quelles que soient les critiques que l’on puisse formuler

contre eux ont de plus été des hommes courageux. Courage vertu première ? Pour

Malraux il est :

Une conséquence curieuse et banale du sentiment d’invulnérabilité.

Pour de Gaulle, le courage :

consiste à faite abstraction du danger.

Pour moi, simple alpiniste-himalayiste qui, comme mes semblables a, au cours de

nombreuses ascensions affronté d’énormes dangers et aperçu la mort dans la chute,

l’avalanche de pierres, de glace, de neige, ou le simple froid, le courage est ce qui fait

que l’on agit alors que la raison, simple expression de l’instinct de vie, commande la

fuite. Forces profondes qui poussent à l’action contre la raison ! Ces forces sont pour

l’alpiniste et surtout l’himalayiste tout ce qui est contenu dans le mot passion. Et je crois

que c’est aussi la passion née du sentiment d’avoir à lutter pour un noble but, contre la

misère imputable à un régime insensé au vingtième siècle qui a poussé les maoïstes au

combat. Et c’est ce courage qui n’a jamais cessé qui fait aussi que j’éprouve pour ces

236


gens une grande estime, une grande admiration. Ce sentiment est le même que celui que

j’éprouve, deux siècles plus tard, pour nos Sans-culottes et soixante dix ans plus tard

pour nos résistants des années 1940. Ceux-là aussi se sont battus, ceux-là aussi ont été

courageux, qui sous la torture ne parlaient pas, ou « pire encore parlaient »

237

Ces maoïstes se nommaient Jungle manches ou Ban manches ou Khali khouta . Hommes

des bois, Hommes des forêts, Pieds nus, en français ! Pour moi, les koukouris de ces

hommes étaient les piques, les fléaux et les faux de nos Sans-culottes.

La fin de la guerre est proclamée. Une assemblée : le village est réuni dans la cour de

l’école. Des maoïstes ont organisé cette assemblée, je suis avec eux. L’un me dit :

- La vie en forêt était dure.

Un autre :

- La faim, le froid...

Celui-là me tend son bras droit, il n’a plus de main :

- J’ai été pris...

Un autre me dit :

- Je n’ai pas combattu, j’étais agent de liaison. J’ai été pris, j’ai fait treize mois de prison en Inde.

La femme de celui qui parle :

- La police venait à la maison tout le temps. Elle nous questionnait : « Où est-il ? Où se cache-t-il »

Suivaient des menaces.

Combattants de l’ombre, je vous ai imaginé :

Vous servant simplement de vos armes

Noirs de barbe et de nuit, hirsutes menaçants.

Dalits-Paysans sans terre, Serfs-Kamalaris, Intouchables, Tribaux-Indigènes : Tamangs,

Magars, Gurungs, Bothes dont des Sherpas, Kirats..., des Bahuns parmi vous et des

Chétri aussi. Des pauvres toujours, analphabètes souvent, affamés trop souvent. Et moi,

vieil homme d’un pays de nantis, ayant passé une grande partie de ma vie à conquérir

l’inutile, je vous ai envié d’avoir lutté pour défendre l’utile, une si noble cause.

237


Ces Jungle Manchés ont, une nouvelle fois, fait mentir ces adages que se répétaient les

stupides Occidentaux avant la Longue marche de Mao Zedong, avant la guerre

d’Indochine menée par des Français puis par des Américains :

Que jamais des milices n’avaient résisté longtemps à une armée régulière.

Que la paysannerie ne pouvait jamais vaincre seule.

Sur le plan efficacité ces Jungle Manché, ces hommes sans armes, sans cadres, sans

connaissances militaires, ces hommes oubliés de tous, ces hommes qui luttaient contre

238

des forces de l’ordre équipées et conseillées par les militaires des armées les plus

puissantes de la Terre, celle des U.S.A, de l’Inde, de l’Angleterre, ont terminé la guerre

en occupant 90 % du territoire népalais. Ces hommes qui n’étaient rien ou pire qui

étaient aux yeux des Occidentaux, gens de gauche compris, des perturbateurs, des

empêcheurs de trekker en rond, des terroristes, ont réussi à abattre une puissante

monarchie, à ébranler son ignoble système féodal, et à instaurer une République. Ils sont

comparables aux maoïstes chinois fuyant dans leur Longue marche les troupes de

Tchang Kaï-Che sous les moqueries du gouvernement de Nankin qui parlait de :

La longue marche funèbre de l’Armée rouge.

Malraux, écrivain génial, politique ambigüe, bluffeur émérite, n’hésitait pas à écrire,

alors qu’il avait changé de camp politique :

La longue marche venait d’apporter l’espoir à deux cents millions de Chinois.

La Chine n’était pas alors peuplée de plus de un milliard d’habitants comme elle l’est

aujourd’hui. La lutte des maoïstes du Népal contre un pouvoir despotique a également

apporté l’espoir à des millions de Népalais. Et il faut répéter que ces Népalais ne sont

pas ceux que fréquentent les touristes, les trekkeurs, les himalayistes, leurs guides.

Cette longue marche des révolutionnaires népalais sera un jour vénérée par le peuple

népalais, comme l’est en Chine celle de Mao Zedong :

Une légende.

Sont-ils criminel ces hommes ? Passibles de condamnations pour crimes de guerre ? Qui

sont les criminels ? Ceux qui ont conduit le pays à devenir le pays le plus pauvre de

l’Asie ou ceux qui se battaient contre eux ? Pour moi, est à classer acte criminel tout ce

qui conduit les hommes à la misère et à l’indignité. Pour moi est acte criminel la caution

accordée à toute ploutocratie, à tout capitalisme-mondialiste qui tue, qui assassine tous

238


les jours des hommes, des femmes, des enfants. Est condamnable un capitalisme-

mondialiste qui entretien des famines, l’intolérable misère du Tiers monde.

Dans un autre ordre d’idée, sont à classer criminels de guerre ceux qui ont jadis lancé

des bombes au Napalm sur l’Indochine et qui, hier, ont préféré financer et aider

239

militairement la monarchie népalaise qu’améliorer les conditions de vie d’un peuple

misérable. Le sont aussi ceux qui, à la fin du conflit, bien qu’ayant été reconnus

responsables d’atrocités par les :

Human Rights including the O.H.C.H.R. ,

ont tranquillement repris leur place dans l’Etat-major de la Népal Army ou dans celle de

la police.

Exigé par l’U.N.M.I.N. qui représente l’O.N.U. au Népal, l’Armée maoïste, la People

Liberation Army, la P.L.A., dès la fin de la guerre, a été cantonnée dans des

casernements, les armes mises sous scellés. L’O.N.U.-U.N.M.I.N., a exigé que les

combattants maoïstes compétents –les épreuves de sélections étaient dirigées par des

militaires de l’O.N.U.-U.N.M.I.N.- soient intégrés dans la Népal Army, la N.A.

l’ancienne Royal Népal Army. Mais l’état-major de cette armée royale, composée de

Chétri, n’avait pas changé, il a donc freiné de tous ces galons pour que cette intégration

ne se fasse pas.

Pourtant nos soldats maoïstes avaient fait des efforts. Ils se sont habillés d’uniformes, ils

ont appris à saluer et à défiler au pas cadencé ! Nos Sans-culottes népalais paradant en

tenue militaire, ce spectacle m’a mis mal à l’aise. Je préférais ces Jungle Manches sans

respect pour le galon, n’obéissant, n’éprouvant de l’admiration que pour ceux qui

s’étaient distingués au cours des combats. Je préférais ces Jungle Manches

indifféremment vêtus, se faufilant, silencieux, entre les buissons, marchant de nuit,

toujours dans un faux désordre le long de sentiers escarpés, dans des sous-bois obscurs.

239


UN FILM DE GUERRE

Je veux savoir, je veux comprendre. Alors je réfléchis, je m’abonne à des journaux

anglophones, je lis (avec difficulté) des revues maoïstes en anglais. Je relis le livre de

240

Michelle Kergoat.

Me voilà regardant des films tournés au cours de combats. Il existe en effet plusieurs

films tournés pendant les combats que la P.L.A. la People Liberation Army a livrés

contre les forces de l’ordre du gouvernement. Il en est un que je n’ai pas réussi à trouver

qui montre les premiers combats que livrent les membres de cette armée alors qu’ils ne

sont armés que de koukouris et de quelques deux à trois pistolets. Le film que je

visionne se déroule vers la fin de la guerre alors que les combats vont se terminer. A ce

moment, la P.L.A possède des fusils de la guerre de 1940 mais aussi des armes

automatiques prises dans les combats où ils ont été victorieux.

Images émouvantes et terribles qui ne peuvent laisser un spectateur indifférent.

Des airs de flûte népalais, des paysages connus des trekkeurs, sur fond d’Himalayas,

décor sublime, des torrents à l’eau couleur topaze, des sentiers à flanc de montagnes, des

sentiers enneigés, des marches en terrain difficile ou dangereux, des ponts suspendus,

des passages de rivières à gué, des rizières, la jungle, des sols latéritiques couleur de

sang. Voilà un village, un rassemblement d’hommes. Des discours. Prachanda parle le

poing levé. Les paysans écoutent. Quelques hommes habillés en militaire, trois ou quatre

ont des casques, d’autres des camouflages sommaires : une branche accrochée au sac à

dos. La presque totalité est en civil. Voici des femmes jeunes, des adolescentes et des

adolescents, la majorité est à 16 ans au Népal. Des hommes portent des bâtons, d’autres

des perches, ce sont des infirmiers. L’insolite dans cette ambiance de lutte, un parapluie

à tranches multicolores. Des drapeaux rouges sur lesquels figurent des fusils croisés (et

non des koukouris emblème des Gurkhas) Des hommes, des femmes arrêtés ou en

marche, des sourires népalais. Une interview, une jeune fille :

- J’étais dans mon village j’ai entendu que c’était la guerre je suis venu aider...

Un enfant parle :

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- J’ai 13 ans, j’étais au grade 3. Je suis venu aider. Contre Gyanendra. On aura un jour la

République

Nombreux visages d’Indo-Aryens, des Lamo nak, qui étonnent ...

Mauvais film quant à la qualité des images, témoignage extraordinaire pour celui qui

veut comprendre, savoir, puis raconter. Un bâtiment brûle il ne reste que les murs,

silence. Scène longue, répétée. Elle symbolise la victoire : le bâtiment qui brûle est un

poste de police. Une carte : un homme explique le plan de bataille. Un croquis sur un

tableau d’école, les élèves ne sont pas des enfants, ce sont des guerriers, certains

mourront dans quelques heures ! Un hélicoptère survole, la Royal Népal Army approche.

Des hommes courent. Des bruits d’armes : claquement de culasses, un coup de feu, un

autre, quelques crépitements d’armes automatiques. Le combat est filmé en direct. Des

hommes courbés se faufilent entre les arbres ou les taillis. Ici sur une route, des camions

militaires de la Royal Army en feu. Des taillis à nouveau, des hommes couchés se

cachent. Un bras se lève, un doigt montre une cible. On le comprend, ces hommes sont

encerclés. Scènes confuses... Des ordres-cris :

- Dhounga ladaou.

Faites rouler des blocs.

Un prisonnier, il porte un costume bleu, c’est un policier. Il est libéré, on lui détache les

cordes qui tiennent ses poignets. Les maoïstes regroupent leurs morts. Ils portent leurs

blessés sur des perches. Brancards de fortune : il n’y a pas de tissu entre les perches mais

des fascines et de la paille. Ce blessé sourit. Celui-là a les yeux fermés, les traits crispés

de ceux qui souffrent. Des visages de morts qu’on revoit vivants lorsqu’ils préparaient la

bataille, qu’ils expliquaient les manœuvres à accomplir... Ici une scène insoutenable : un

homme blessé, un militaire ou un policier, ses vêtements sont déchirés, il est à demi-nu.

Il tente de se soulever, de ramper, de fuir. Un bruit de culasse, on arme un fusil. Un bruit

sec, le blessé s’effondre, reste immobile. A jamais.

Je crie : « Non la guerre n’est pas une connerie, c’est une saloperie. »

Mais les salauds ne sont pas les pauvres types qui se battent, ce sont les notables qui

refusent dignité et nourriture aux pauvres gens qu’ils considèrent comme leurs inférieurs

et qui envoient des salariés, payés pour les tuer.

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UN SPECTACLE

Des amis maoïstes m’invitent à venir assister à un spectacle à Pragyabhavan, la grande

salle de spectacle nommée l’Academy ou Progya Academy sur les plans de Katmandu.

Nous y allons, Dawa Yangzi, ma femme, Lakpa Chemzi, notre fille, et moi, vieil

occidental à cheveux blancs. Etrange sensation, j’attire les regards. Des regards appuyés,

étonnés, curieux, de la complicité dans certains, accompagnés parfois de sourires

chaleureux. Le spectacle commence : musique assourdissante, airs de flûte népalais. Des

chanteurs solitaires, des chœurs, des danseurs, des acteurs professionnels. Chansons à

thème :

Il n’y a pas de différences entre les hommes... Les Dalits sont des hommes.

Un chant pour les Dalits, un chant pour les paysans... Chansons et danses folkloriques,

traditionnelles ou militaires. Des imitateurs d’hommes politiques, de droite : Girija

Prasad Koirala, Sher Bahadur Deuba..., de réformistes U.M.L.: Madhav Kumar Népal,

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de maoïstes : Prachanda-Puhspa Kamal Dahal, Baburam Bhattaraï... Enormes rires dans

la salle.

Des paroles :

Si nous ne réussissons pas cette fois, nous ferons une troisième révolution.

Moi qui déteste les spectacles et le bruit assourdissant, je pensais ne rester qu’une demiheure,

je suis resté jusqu’à la fin.

Quelques mois plus tard, autre spectacle, dans la rue celui-là. Le Président Yadav ayant

accordé la suprématie au pouvoir militaire sur le pouvoir civil, le Premier Ministre

Prachanda-Pushpa Kamal Dahal, démissionne. Des bandha-grèves suivent. Au cours

d’une de ces grèves, des danses, des chants. Filmé par la télévision Prachanda esquisse

des mouvements de danse. J’ai pensé à La carmagnole, chantée et dansée par nos Sansculottes.

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MEDIAS, MAOISTES, O. N.U., PARTIALITES

Aucun média n’a, à ma connaissance, souligné que les politiques népalais qui s’étaient régulièrement

opposés, à l’intervention de l’O.N.U., puis aux exigences de l’O.N.U.-U.N.M.I.N. étaient :

- les partis de droite dont les partis royalistes R.P.P... ,

- le parti Népali Congres.

Mais également :

- une partie des membres du parti communiste Union Marxist Leninist, l’U.M.L. Ceux-là l’ont

toujours fait avec réticence, timidement, avec, parfois, des louvoiements, des retours en arrière, de

fausses acceptations. Ainsi agira le Premier ministre U.M.L. Madhav Kumar Népal qui