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Les thèmes et<br />

les programmes<br />

«Nous voulons rattacher <strong>la</strong> culture à <strong>la</strong> vie.<br />

La Méditerranée qui nous entoure <strong>de</strong> sourires,<br />

<strong>de</strong> soleil et <strong>de</strong> mer, nous en donne <strong>la</strong> leçon.»<br />

Albert Camus


Théâtre Silvain


093 Les thèmes et les programmes<br />

Résumé<br />

Ce chapitre présente les thèmes issus <strong>de</strong> <strong>la</strong> réflexion<br />

<strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> travail.<br />

Les projets <strong>de</strong> programmes qui déclinent ces thèmes<br />

<strong>de</strong>vront évoluer dans <strong>la</strong> secon<strong>de</strong> phase d’é<strong>la</strong>boration<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature. Leur présentation reflète l’état actuel<br />

et provisoire <strong>du</strong> travail collectif en cours.<br />

Certains pourront être regroupés pour améliorer <strong>la</strong> lisibilité<br />

<strong>de</strong> l’ensemble. Certains pourront être abandonnés, soit<br />

pour y substituer <strong>de</strong> nouvelles et meilleures propositions,<br />

soit pour <strong>de</strong>s raisons financières et <strong>de</strong> moyens.<br />

Ce travail tient compte <strong>du</strong> budget d’objectif que nous<br />

nous sommes fixés quant au montant <strong>de</strong>s crédits supplémentaires<br />

nécessaires au financement <strong>de</strong> <strong>la</strong> manifestation.<br />

Il tient compte <strong>de</strong>s moyens existants dont disposent les<br />

acteurs <strong>du</strong> territoire et qu’il s’agit <strong>de</strong> fédérer.


095 Les thèmes et les programmes<br />

Axe 1<br />

Le partage <strong>de</strong>s midis


Arènes d’Arles par Christian Lacroix


097 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Thème 1<br />

Création et créateurs<br />

en Euroméditerranée<br />

Nous avons exposé au chapitre III, le concept <strong>de</strong> construction <strong>du</strong> projet <strong>de</strong> Capitale<br />

européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture <strong>de</strong> Marseille-Provence en 2013: les «ateliers <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

Méditerranée». On y a décrit leurs objectifs et leurs missions. Ce concept sera,<br />

par définition, décliné à travers tous les thèmes et tous les programmes et chacun<br />

d’eux comportera une p<strong>la</strong>ce <strong>de</strong> choix consacré aux interventions d’artistes,<br />

aux comman<strong>de</strong>s, aux rési<strong>de</strong>nces, aux représentations <strong>de</strong> leurs travaux.<br />

Contributions aux sujets <strong>de</strong>s migrations, <strong>de</strong>s religions, <strong>de</strong>s femmes, <strong>de</strong> l’eau;<br />

interventions dans l’espace public; participations aux ateliers é<strong>du</strong>catifs et<br />

culturels, les artistes et les chercheurs <strong>de</strong> l’Euroméditerranée seront au cœur<br />

<strong>de</strong> tous les projets. Ils illustreront <strong>la</strong> dimension culturelle <strong>de</strong>s enjeux <strong>de</strong> développement<br />

méditerranéen et ses priorités. Nous les avons présentés au chapitre<br />

III ci-<strong>de</strong>ssus. Cependant, certains programmes seront plus spécifiquement<br />

dédiés au soutien à <strong>la</strong> création dans toutes les disciplines artistiques et dans<br />

toutes les cultures qui dialoguent à Marseille.<br />

Arènes d’Arles par Christian Lacroix<br />

Programme 1<br />

L’art <strong>de</strong> <strong>la</strong> transmission,<br />

<strong>la</strong> transmission <strong>de</strong> l’art<br />

Van Dick a travaillé pendant <strong>de</strong>s années pour son Maître Rubens. Il <strong>de</strong>viendra<br />

un maître <strong>de</strong> l’école f<strong>la</strong>man<strong>de</strong>. Il n’y a pas à l’époque d’autres façons <strong>de</strong> <strong>de</strong>venir<br />

peintre. Voilà plus <strong>de</strong> quinze siècles que <strong>la</strong> civilisation arabo-musulmane enseigne<br />

l’art <strong>de</strong> <strong>la</strong> calligraphie par apprentissage d’un Maître, qui donne lieu à <strong>la</strong><br />

cérémonie <strong>de</strong> «l’Ijâzé», autorisant l’élève à signer ses œuvres. Antonio Salieri<br />

enseigne l’art <strong>de</strong> <strong>la</strong> composition à Beethoven, Schubert et Liszt. Ils <strong>de</strong>viendront<br />

les Maîtres que l’on sait. Des Maîtres Bril<strong>la</strong>t-Savarin et George-Auguste<br />

Escoffier, jusqu’à ceux <strong>de</strong> <strong>la</strong> cuisine molécu<strong>la</strong>ire, Feran Adria ou Pierre<br />

Gagnaire, l’art culinaire et <strong>la</strong> gastronomie ne s’apprennent pas à l’école.<br />

De nombreux toreros officient dans les arènes, peu sont matadors. Ils doivent<br />

trouver un «Maître» leur permettant <strong>de</strong> passer l’épreuve <strong>de</strong> «l’alternative»<br />

à l’issue <strong>de</strong> <strong>la</strong>quelle ils pourront <strong>de</strong>venir «Maîtres» à leur tour. Le f<strong>la</strong>menco<br />

dans toutes ses composantes, chant, guitare, palmas et danse, ne s’apprend<br />

dans aucun livre. Les créateurs d’espaces virtuels pour <strong>de</strong>s jeux vidéo ou <strong>de</strong>s<br />

films apprennent par manipu<strong>la</strong>tion en créant en même temps les outils qui<br />

leur sont nécessaires. On comprend que l’art <strong>de</strong> <strong>la</strong> transmission n’est pas<br />

univoque, qu’il fait appel à <strong>de</strong> subtiles communications pédagogiques qui<br />

(en)cadrent l’imaginaire <strong>de</strong>s artistes. On comprend également que l’histoire<br />

nous amène à reconsidérer <strong>la</strong> transmission et sa philosophie, à réévaluer en<br />

permanence <strong>la</strong> position <strong>de</strong> l’apprenant et celle <strong>de</strong> l’enseignant en faisant le<br />

tri entre une transmission <strong>de</strong> tradition et une autre plus complexe à cerner au<br />

fur et à mesure que les sociétés et leurs outils, notamment <strong>de</strong> communication,<br />

évoluent. Ainsi, Duchamp n’a pas d’école et aucun élève <strong>de</strong> l’école <strong>de</strong>s<br />

Beaux-arts <strong>de</strong> Paris ne se revendique disciple d’Annette Messager. L’art <strong>du</strong><br />

graff a quelques dieux mais pas <strong>de</strong> maîtres. Et pourtant, le f<strong>la</strong>menco <strong>du</strong> très<br />

contemporain Israel Galvàn est une filiation directe <strong>de</strong>s vieux maîtres<br />

Vicente Escu<strong>de</strong>ro ou El Farruco et <strong>de</strong> nombreux joueurs <strong>de</strong> Oud citent régulièrement<br />

leur maître irakien Mounir Bachir.


098 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

La transmission qui doit gui<strong>de</strong>r nos projets peut s’analyser à <strong>la</strong> manière <strong>de</strong><br />

Philippe Meirieu (notamment dans Apprentissage et Transgression) dans une<br />

dialectique en trois mouvements: lier, délier et relier. D’abord lier pour s’intégrer<br />

à une collectivité, un univers artistique, avec ses techniques et ses imaginaires,<br />

ensuite délier pour donner à l’apprenant les moyens d’une émancipation et<br />

enfin relier pour permettre <strong>la</strong> combinaison <strong>de</strong> l’intime et <strong>de</strong> l’universel.<br />

Que transmet donc l’enseignante Annette Messager? Comment Israël<br />

Galvàn organise-t-il ses ateliers? Que transmet donc <strong>la</strong> chorégraphe Anne Teresa<br />

<strong>de</strong> Keersmaeker dans son école PARTS <strong>de</strong> Bruxelles qui fait courir tant d’élèves<br />

<strong>du</strong> mon<strong>de</strong> entier? Que se passe-t-il pendant les six mois <strong>de</strong> fermeture <strong>du</strong><br />

restaurant <strong>de</strong> Feran Adria, transformé en <strong>la</strong>boratoire atelier <strong>de</strong> recherche où<br />

se croisent ingénieurs chimistes et paysans cultivateurs? Et, plus près <strong>de</strong> nos<br />

préoccupations géographiques directes, que transmet-on à l’école Taurine<br />

d’Arles ou à l’école nationale <strong>de</strong> <strong>la</strong> photographie? Que se passe-t-il à l’Académie<br />

européenne <strong>de</strong> musique d’Aix-en-Provence? Qu’apprendra-t-on dans <strong>la</strong><br />

future Cité <strong>de</strong>s arts <strong>de</strong> <strong>la</strong> rue? Qu’ont donc appris les chanteurs <strong>du</strong> festival<br />

«<strong>de</strong> vives voix»? Ce corpus <strong>de</strong> savoirs et <strong>de</strong> savoir-faire, disséminé au gré <strong>de</strong>s<br />

énergies <strong>de</strong> quelques indivi<strong>du</strong>s, n’est visible que dans un système où le pro<strong>du</strong>it<br />

fini, fait toujours plus <strong>de</strong> p<strong>la</strong>ce aux spectateurs qu’aux participants.<br />

Nous proposons à l’inverse <strong>de</strong> faire <strong>de</strong> toutes ces questions, un festival permanent.<br />

Et plutôt que <strong>de</strong> se concentrer sur <strong>de</strong>s pro<strong>du</strong>ctions artistiques finies, <strong>de</strong><br />

traiter d’abord <strong>la</strong> transmission comme un sujet en soi qui embrasse nombre <strong>de</strong><br />

problématiques traitées par Marseille-Provence 2013. Dans un premier temps<br />

on déclinera, selon une métho<strong>de</strong> et un calendrier à préciser, les quatre projets<br />

suivants, que l’on peut mettre en œuvre très rapi<strong>de</strong>ment:<br />

Transmettre le quart <strong>de</strong> ton, <strong>la</strong> fanfare orientale<br />

C’est un projet que nous pouvons développer avec Benoît Tiberghien, directeur<br />

<strong>du</strong> Festival <strong>de</strong>s 38 e Rugissants à Grenoble et également <strong>du</strong> tout nouveau Festival<br />

Climats à <strong>la</strong> Cité Internationale <strong>de</strong> Paris. Il part <strong>de</strong> <strong>la</strong> rencontre à Beyrouth,<br />

d’un musicien trompettiste fanatique <strong>de</strong> musiques <strong>de</strong> fanfares qui déci<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />

fabriquer <strong>de</strong>s cuivres (trompettes, saxophones) pouvant inclure <strong>la</strong> possibilité <strong>du</strong><br />

quart <strong>de</strong> ton. Une fois ces instruments fabriqués, s’ouvre alors <strong>la</strong> possibilité <strong>de</strong><br />

composer <strong>de</strong>s musiques <strong>de</strong> fanfares orientales et <strong>de</strong> former <strong>de</strong>s musiciens à ce<br />

nouveau genre, tout en gardant les instruments d’origine. Le projet consisterait<br />

à organiser <strong>de</strong>s ateliers croisés entre <strong>de</strong>s facteurs d’instruments, <strong>de</strong>s musiciens<br />

<strong>de</strong> fanfare d’Europe et <strong>de</strong>s musiciens orientaux. À <strong>la</strong> fois consacrés à <strong>la</strong> fabrique<br />

d’instruments, à <strong>la</strong> composition et à <strong>la</strong> pratique instrumentale, <strong>de</strong> nombreux<br />

partenaires marseil<strong>la</strong>is pourraient se joindre au projet, <strong>de</strong>s conservatoires <strong>de</strong><br />

Marseille et <strong>de</strong> Toulon en passant par le GMEM ou Les Suds à Arles.<br />

Mon bel accordéon traverse <strong>la</strong> Méditerranée<br />

L’accordéon, ancien orgue à bouche en Chine, a dépassé les 2 500 ans. Il a traversé<br />

tous les pays et toutes les musiques, il s’est transformé, mais n’a pas changé. Il<br />

transmet toutes sortes d’émotions, toutes sortes <strong>de</strong> cultures. Reprenant <strong>la</strong> liste <strong>de</strong>s<br />

huit pays méditerranéens avec lesquels nous souhaitons travailler <strong>de</strong> manière<br />

privilégiée, nous trouverons dans chacun d’entre eux un «maître» <strong>de</strong> cet instrument.<br />

Plusieurs ateliers seront constitués à Marseille, animés par l’accordéoniste<br />

français Pascal Contet. Ils consisteront à retrouver les racines, les rapprochements,<br />

les histoires qui signent une culture méditerranéenne. Les huit maîtres<br />

<strong>de</strong>vront trouver ce qui leur est commun et composer un répertoire qui fera l’objet<br />

d’une transcription et d’un enregistrement et qui pourra ensuite être enseigné.<br />

À quoi tu joues ?<br />

Entre les échecs et les jeux vidéo pour consoles, notre culture <strong>du</strong> jeu semble <strong>la</strong>rgement<br />

globalisée et <strong>de</strong>puis longtemps. Et pourtant, enfants ou a<strong>du</strong>ltes <strong>de</strong>s pays <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> Méditerranée ne partagent pas les mêmes jeux. Des plus rudimentaires aux plus<br />

sophistiqués, <strong>de</strong>s solitaires à ceux <strong>de</strong> «société», ils ont leurs champions, leurs<br />

variantes, leurs environnements coutumiers, ils racontent <strong>de</strong>s histoires. Par exemple<br />

le jeu égyptien <strong>de</strong> Senet est l’un <strong>de</strong>s jeux <strong>de</strong> p<strong>la</strong>teau les plus anciens au mon<strong>de</strong>,<br />

toujours joué mais peu répan<strong>du</strong> <strong>de</strong> ce côté là <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée, <strong>de</strong> même que <strong>la</strong><br />

Taw<strong>la</strong> qui se joue dans <strong>de</strong> nombreux cafés en Égypte et en Turquie. Le programme<br />

sera développé dans <strong>de</strong>ux directions. D’une part en invitant <strong>de</strong>s enfants d’un<br />

certain nombre <strong>de</strong> pays <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée à venir dans les cours d’écoles


marseil<strong>la</strong>ises enseigner leurs manières <strong>de</strong> jouer et, d’autre part, un projet en<br />

direction <strong>de</strong>s a<strong>du</strong>ltes développé dans certains cafés <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville autour <strong>de</strong> jeux<br />

inconnus et dont les maîtres étrangers assureront l’enseignement. L’organisation<br />

<strong>de</strong> championnats, tant pour les enfants que pour les a<strong>du</strong>ltes, n’est pas à exclure.<br />

Un <strong>la</strong>boratoire international <strong>de</strong>s pratiques circassiennes<br />

L’é<strong>la</strong>boration d’une saison permet <strong>de</strong> croiser bien <strong>de</strong>s artistes remarquables qui,<br />

souvent, nous étonnent hors scène dans <strong>la</strong> pratique <strong>du</strong> free style. Entre ces interprètes,<br />

nous avons perçu et imaginé <strong>de</strong>s similitu<strong>de</strong>s et <strong>de</strong>s liens possibles, <strong>de</strong>s<br />

affinités au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> leurs gran<strong>de</strong>s différences. Le <strong>la</strong>boratoire international <strong>de</strong>s<br />

pratiques est le passage à l’acte <strong>de</strong> ce désir <strong>de</strong> rencontres singulières. Son objet<br />

est <strong>de</strong> construire <strong>de</strong>s situations autorisant <strong>la</strong> transmission artistique et l’échange<br />

sensible. Concrètement, <strong>de</strong>s artistes <strong>du</strong> mon<strong>de</strong> entier mais en majorité <strong>du</strong> pourtour<br />

méditerranéen confrontent leurs pratiques, en autogestion ou sous le<br />

regard d’un maître, <strong>du</strong>rant plusieurs semaines d’ateliers collectifs.<br />

Châteauvallon a déjà pro<strong>du</strong>it ce format en ce qui concerne les pratiques gestuelles<br />

(danses <strong>du</strong> mon<strong>de</strong>). D’autres établissements <strong>du</strong> territoire le font dans<br />

d’autres disciplines. Nous souhaitons développer cette activité et l’ouvrir à <strong>de</strong><br />

nouveaux champs tels le cirque. Elle peut concerner <strong>de</strong>s artistes émergents ou<br />

permettre à <strong>de</strong>s artistes confirmés d’expérimenter <strong>de</strong> manière approfondie<br />

<strong>de</strong> nouveaux axes <strong>de</strong> recherche.<br />

Par <strong>la</strong> présence <strong>du</strong>rable d’artistes sur un territoire, elle offre ainsi <strong>la</strong> possibilité<br />

<strong>de</strong> véritables rési<strong>de</strong>nces citoyennes en lien avec <strong>la</strong> politique <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville et<br />

l’é<strong>du</strong>cation nationale, réunissant ainsi création et développement culturel.<br />

Dans le domaine <strong>du</strong> cirque, par exemple:<br />

Dans un premier temps, 2 cessions <strong>de</strong> rencontres, d’une <strong>du</strong>rée d’un mois chacune, auraient lieu:<br />

l’une à Châteauvallon, l’autre à Martigues. Des échanges sont possibles entre les <strong>de</strong>ux si elles<br />

sont simultanées. Elles donneraient lieu à <strong>la</strong> présentation d’un travail en cours. Au terme <strong>de</strong> ces<br />

cessions, il sera décidé <strong>de</strong> <strong>la</strong> nature <strong>de</strong> <strong>la</strong> pro<strong>du</strong>ction à con<strong>du</strong>ire.


Théâtre <strong>de</strong> <strong>la</strong> Sucrière, Festival <strong>de</strong> Marseille<br />

Programme 2<br />

Un, <strong>de</strong>ux, trois, soleil!<br />

Cinéma et audiovisuel en Méditerranée<br />

Marseille a <strong>la</strong> chance <strong>de</strong> disposer <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux leviers pour affirmer sa p<strong>la</strong>ce dans les<br />

échanges audiovisuels internationaux autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée: le Festival<br />

international <strong>du</strong> documentaire (FID) et le Centre Méditerranéen <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

Communication Audiovisuelle (CMCA).<br />

Le FID, qui se tient <strong>de</strong>puis 18 ans au début <strong>de</strong> l’été dans diverses salles <strong>de</strong> Marseille,<br />

est <strong>de</strong>venu l’une <strong>de</strong>s manifestations <strong>de</strong> référence et <strong>de</strong> stature internationale<br />

pour <strong>la</strong> découverte <strong>du</strong> documentaire, sa diffusion en salles et sur les chaînes.<br />

Sur le seul pourtour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée, il est lié au FICCO <strong>de</strong> Barcelone, au<br />

festival <strong>de</strong> Tétouan au Maroc, au festival Doc <strong>de</strong> Tunis, à <strong>la</strong> cinémathèque <strong>de</strong><br />

Tanger, à Beyrouth, Istanbul… Il est proposé que le FID s’associe à <strong>la</strong> MMSH<br />

pour être à l’initiative <strong>de</strong> comman<strong>de</strong>s et <strong>de</strong> collections sur <strong>de</strong>s thèmes liés<br />

aux mémoires et aux migrations, et qu’il travaille avec <strong>la</strong> Maison <strong>de</strong> l’image<br />

à Aix-en-Provence (pôle régional d’é<strong>du</strong>cation artistique) sur <strong>la</strong> transmission<br />

auprès <strong>de</strong>s enseignants, <strong>de</strong>s centres sociaux et <strong>de</strong>s publics jeunes.<br />

Quant au CMCA, installé sur <strong>la</strong> Canebière, c’est un outil plus directement<br />

tourné vers les chaînes télévisuelles. Il constitue un précieux réseau pour<br />

ai<strong>de</strong>r à pro<strong>du</strong>ire (<strong>la</strong>bel «chroniques méditerranéennes», séries «mémoires<br />

<strong>de</strong> l’eau» sur les conflits autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> gestion et <strong>du</strong> partage <strong>de</strong> l’eau ou «les fantômes<br />

<strong>du</strong> mon<strong>de</strong> sous marin» sur les épaves en Méditerranée), pour assister<br />

et former les professionnels (écritures diverses, notamment avec l’INA sur<br />

l’utilisation d’images d’archives), pour échanger et informer <strong>de</strong>s dispositifs <strong>de</strong><br />

soutien; il est <strong>de</strong>venu un espace irremp<strong>la</strong>çable d’échanges pour les opérateurs<br />

télévisuels publics et privés intéressés par <strong>la</strong> valorisation <strong>de</strong>s cultures<br />

méditerranéennes. Sa zone d’influence s’étend au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> <strong>la</strong> Provence; il a<br />

<strong>de</strong>s liens avec un site i<strong>de</strong>ntique en Italie, Babelmed, et il soutient les codiffusions<br />

régulières faites par les antennes marseil<strong>la</strong>ise et corse <strong>de</strong> France 3 avec<br />

l’ENTV d’Algérie, l’ET1 <strong>de</strong> Grèce, TV3 <strong>de</strong> Barcelone, <strong>la</strong> SNRT <strong>du</strong> Maroc et<br />

<strong>la</strong> TRT <strong>de</strong> Turquie.


101 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Ces partenariats doivent être renforcés dans un cadre communautaire audiovisuel<br />

qui imaginera <strong>de</strong>s mécanismes <strong>de</strong> soutiens ciblés aux films, aux festivals,<br />

aux tra<strong>du</strong>ctions, aux tirages <strong>de</strong> copies, aux ventes et présences dans les marchés;<br />

c’est ce qu’assure déjà, sur le p<strong>la</strong>n <strong>du</strong> seul cinéma, l’ambitieux programme Euromed<br />

Audiovisuel II dont <strong>la</strong> poursuite au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> 2009 est en discussion.<br />

Référents scientifiques:<br />

Jean-Pierre Rehm, délégué général <strong>du</strong> Festival international <strong>du</strong> documentaire <strong>de</strong> Marseille.<br />

Martine Viglione, directrice générale <strong>du</strong> Centre méditerranéen <strong>de</strong> communication audiovisuelle.<br />

Mireille Maurice, déléguée régionale <strong>de</strong> l’INA/Méditerranée.<br />

Jean-Pierre Daniel, directeur <strong>de</strong> l’Alhambra.<br />

Sabine Putorti, directrice <strong>de</strong> l’Institut <strong>de</strong> l’image à Aix-en-Provence.<br />

Deux actions sont envisagées:<br />

L’écran <strong>du</strong> grand <strong>la</strong>rge<br />

Avec l’Alhambra associé à Tilt, soutenu par <strong>la</strong> logistique <strong>de</strong> l’association<br />

nationale «les passeurs d’images» (cf. Un été au ciné/Kyrnéa), l’assistance<br />

pour <strong>la</strong> sélection <strong>de</strong>s films <strong>de</strong> l’association Af<strong>la</strong>m qui travaille régulièrement<br />

pour ses éditions successives <strong>de</strong> festivals par pays avec l’Institut <strong>du</strong> mon<strong>de</strong><br />

arabe, il est proposé <strong>de</strong> mettre en p<strong>la</strong>ce sur les quatre années <strong>de</strong> préfiguration<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture, un festival itinérant <strong>de</strong> séances <strong>de</strong><br />

cinéma en plein air et sur l’eau, parcourant tout le littoral <strong>de</strong> Toulon à Port-<br />

St-Louis <strong>du</strong> Rhône, et s’enrichissant progressivement d’œuvres <strong>de</strong>s cinématographies<br />

<strong>de</strong> l’autre rive. On s’inspirera <strong>partie</strong>llement <strong>du</strong> dispositif employé<br />

pendant le festival <strong>de</strong> Cannes pour les séances <strong>de</strong> Cinéma sur l’eau <strong>de</strong> <strong>la</strong> Croisette:<br />

écran sur l’eau mais fixé à un bateau vieux gréement marseil<strong>la</strong>is ou<br />

autre, public en bord <strong>de</strong> mer et cabine <strong>de</strong> projection à terre dans une roulotte<br />

<strong>du</strong> voyage. Avec un thème différent chaque été, l’écran venu <strong>de</strong> <strong>la</strong> mer apporterait<br />

<strong>de</strong>s films d’Algérie, d’Égypte, <strong>du</strong> Liban, d’Espagne… Une première<br />

<strong>partie</strong> pourrait être <strong>la</strong> présentation <strong>de</strong>s meilleurs courts métrages révélés dans<br />

les éditions <strong>de</strong>s festivals provençaux tels «Tous courts» à Aix-en-Provence et<br />

«Best Off Film Festival» <strong>de</strong> La Ciotat, et en interlu<strong>de</strong>, <strong>de</strong>s cinés concerts<br />

avec <strong>de</strong>s ensembles locaux.<br />

Les Laboratoires <strong>du</strong> Sud<br />

Au-<strong>de</strong>là <strong>du</strong> territoire <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature mais soutenue par elle, le FID prendra<br />

l’initiative <strong>de</strong> mettre en p<strong>la</strong>ce et d’être chef <strong>de</strong> file d’un fonds <strong>de</strong>stiné à faciliter<br />

l’écriture et financer <strong>la</strong> pro<strong>du</strong>ction <strong>de</strong> documentaires et fictions <strong>du</strong> Sud,<br />

intitulé FIDLab. Chaque année, les professionnels et le public découvrent <strong>de</strong>s<br />

documentaires <strong>de</strong> qualité <strong>du</strong> mon<strong>de</strong> entier (36 pays présents en 2007) dont<br />

<strong>la</strong> diffusion est facilitée par le passage en festival, mais dont les conditions <strong>de</strong><br />

pro<strong>du</strong>ction sont <strong>de</strong> plus en plus complexes. Appuyé sur le festival, le projet<br />

FIDLab est <strong>de</strong> réunir à Marseille <strong>de</strong>s auteurs <strong>de</strong> projets sélectionnés en amont<br />

par l’équipe <strong>du</strong> FID et <strong>de</strong>s diffuseurs et pro<strong>du</strong>cteurs en recherche <strong>de</strong> nouveaux<br />

talents. Ce ne serait ni un marché, il en existe d’excellents, ni une simple<br />

tribune <strong>de</strong> lectures et <strong>de</strong> résumés comme il y en a beaucoup, mais bien un<br />

modèle proche <strong>du</strong> Cinémart <strong>du</strong> festival indépendant <strong>de</strong> Rotterdam, avec son<br />

fonds Hubert Bals, qui rapproche <strong>de</strong>s familles <strong>de</strong> réalisation-pro<strong>du</strong>ction, et<br />

axé en <strong>partie</strong> sur les cinémas <strong>du</strong> Sud. Mis en p<strong>la</strong>ce en 2008 ou 2009 sous<br />

forme <strong>de</strong> préfiguration, le FIDLab accompagnerait en amont et s’associerait<br />

au développement <strong>de</strong> quelques œuvres chaque année; les <strong>la</strong>uréats <strong>du</strong> Fonds<br />

auront ainsi le loisir <strong>de</strong> tourner les projets qui seront tous présentés lors d’une<br />

édition exceptionnelle <strong>du</strong> FID en 2013, avec un partenariat comme ceux<br />

d’Alba dans le Piémont, <strong>de</strong> Tunis, Istanbul et Erevan en Arménie, tous<br />

correspondants actifs et complices amicaux <strong>du</strong> FID.


Festival MiMi, Île <strong>du</strong> Frioul<br />

Programme 3<br />

InterMéd, nouveau festival <strong>de</strong>s arts en Méditerranée<br />

Sur <strong>la</strong> base <strong>de</strong>s travaux <strong>de</strong> rési<strong>de</strong>nce et <strong>de</strong> transmission issus <strong>de</strong>s «ateliers <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> Méditerranée», il s’agira <strong>de</strong> montrer à un <strong>la</strong>rge public, dans un temps<br />

concentré, le résultat d’une année <strong>de</strong> travail. Ce temps fort sera l’occasion<br />

<strong>de</strong> pro<strong>du</strong>ire à une même pério<strong>de</strong> <strong>de</strong>s œuvres majeures <strong>de</strong> «maîtres» européens<br />

et méditerranéens et <strong>de</strong>s pro<strong>du</strong>ctions menées avec <strong>de</strong>s amateurs dans<br />

toutes les disciplines.<br />

Ce festival sera un événement majeur <strong>de</strong> l’année 2013. Il <strong>de</strong>viendra l’une <strong>de</strong>s<br />

manifestations <strong>de</strong> référence et <strong>de</strong> rayonnement internatiol <strong>de</strong> <strong>la</strong> vie culturelle<br />

<strong>de</strong> Marseille. Il se maintiendra définitivement au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> 2013.<br />

Pluridisciplinaire, il s’appuiera très <strong>la</strong>rgement sur les établissements <strong>de</strong>s<br />

territoires. Il sera conçu et pro<strong>du</strong>it en partenariat avec diverses institutions<br />

d’Europe et <strong>de</strong> Méditerranée.<br />

En ouverture <strong>de</strong> l’édition 2013 <strong>de</strong> ce nouveau festival, un rassemblement<br />

exeptionnel autour <strong>de</strong>s différentes cultures <strong>de</strong>s fêtes popu<strong>la</strong>ires aura lieu,<br />

et s’intitulera «La fête <strong>de</strong>s autres».<br />

Programme 4<br />

Artistes dans les entreprises<br />

On l’a dit au chapitre III, à l’initiative <strong>de</strong> <strong>la</strong> Chambre <strong>de</strong> commerce et<br />

d’In<strong>du</strong>strie <strong>de</strong> Marseille-Provence, avec le concours <strong>de</strong> l’association<br />

«Mécènes <strong>du</strong> Sud» et <strong>du</strong> club d’entreprises «Top 20», l’ensemble <strong>de</strong>s milieux<br />

économiques <strong>du</strong> territoire se mobilise pour organiser, au sein même <strong>de</strong>s<br />

établissements in<strong>du</strong>striels ou tertiaires, l’accueil et les moyens <strong>de</strong> travail<br />

<strong>de</strong>s artistes rassemblés chaque année dans les «ateliers <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée».<br />

Ils ne seront pas les seuls à réaliser cet accueil et à mettre à <strong>la</strong> disposition<br />

<strong>de</strong>s créateurs les espaces et certains outils nécessaires à leurs recherches.<br />

L’ensemble <strong>de</strong>s équipements culturels participeront à cette mission. Mais<br />

les entreprises apporteront les capacités supplémentaires <strong>de</strong> rési<strong>de</strong>nce sans<br />

lesquelles les «ateliers <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée» ne pourraient prendre toute <strong>la</strong><br />

dimension souhaitée.<br />

Programme 5<br />

Les arts hors <strong>la</strong> loi<br />

En Turquie, à <strong>la</strong> fin <strong>du</strong> XIX e siècle et au début <strong>du</strong> XX e , les «rebets» (hors <strong>la</strong> loi)<br />

ont pro<strong>du</strong>it dans les lieux interdits, les prions, en exil le «rebetiko» forme<br />

musicale riche et toujours vivante notamment en Grèce.<br />

L’art <strong>de</strong>s Tziganes et <strong>de</strong>s Gitans, très présent en Slovaquie et en Provence, est<br />

en constante régénérescence.


103 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Le raï s’est internationalisé tout comme les écritures dites urbaines, en marge<br />

à l’origine et parfois encore sanctionnées – le graff, le rap, le hip-hop sous<br />

toutes ses formes.<br />

L’Histoire nous rappelle qu’en tout temps <strong>de</strong>s «artistes dégénérés» ont été<br />

pourchassés avant d’être reconnus comme figurant parmi les plus grands. Très<br />

récemment le livre Zoli <strong>de</strong> Colum McCann, présenté comme une parabole européenne,<br />

a témoigné <strong>de</strong> <strong>la</strong> force poétique <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture <strong>de</strong>s Roms. Un programme<br />

comportant une exposition itinérante en 2012-2013 (cf. thème 3, axe II), <strong>de</strong>s<br />

comman<strong>de</strong>s, <strong>de</strong>s ateliers, <strong>de</strong>s spectacles et <strong>de</strong>s concerts, est en cours d’é<strong>la</strong>boration.<br />

Programme 6<br />

Forums et rencontres<br />

Outre <strong>la</strong> rencontre <strong>de</strong>s écoles d’art <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée dont le maître d’œuvre est<br />

l’association Écume, les projets suivants sont en cours d’organisation ou d’étu<strong>de</strong>:<br />

– «les états généraux <strong>de</strong> <strong>la</strong> jeune création en Méditerranée» portés par <strong>la</strong><br />

fondation Anna Lindh et accueillis à Marseille;<br />

– un forum <strong>de</strong>s réseaux culturels <strong>de</strong> l’Euroméditérranée prévu en 2013;<br />

– une prochaine réunion à Marseille <strong>de</strong> l’IETM (Informal European Theater<br />

Meeting) en 2010;<br />

– l’instal<strong>la</strong>tion à Marseille <strong>de</strong> «L’atelier culturel: dialogue <strong>de</strong>s peuples et <strong>de</strong>s<br />

cultures» créée le 15 septembre 2006 à Paris et qui rassemble <strong>de</strong>ux fois par an<br />

<strong>de</strong>s personnalités <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture et <strong>de</strong>s acteurs <strong>de</strong> l’Euroméditerranée (à Séville<br />

en juin 2007, à Alexandrie en décembre 2007). Des sujets tels que «Histoire et<br />

mémoires», «circu<strong>la</strong>tion <strong>de</strong>s artistes», «religion et société», «valeurs partagées»,<br />

proches <strong>de</strong> nos propres thèmes <strong>de</strong> travail y furent débattus. Cet atelier <strong>de</strong> haute<br />

tenue a vocation à <strong>de</strong>venir un «Davos culturel méditerranéen». Marseille et<br />

sa candidature <strong>de</strong> Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture l’y ai<strong>de</strong>ront.<br />

Programme 7<br />

Partenaires d’Europe et <strong>de</strong> Méditerranée<br />

Sur le thème général <strong>de</strong> «création et créateurs», <strong>de</strong>s partenariats culturels<br />

sont en cours <strong>de</strong> négociation (cf. chapitre V).<br />

– En France, avec <strong>de</strong>s institutions telles que l’Institut <strong>du</strong> Mon<strong>de</strong> Arabe, <strong>la</strong><br />

Cité Nationale <strong>de</strong> l’Histoire <strong>de</strong> l’Immigration, le musée <strong>du</strong> Quai Branly, <strong>la</strong><br />

Cité <strong>de</strong> <strong>la</strong> Musique à Paris, le Lieu Unique à Nantes, <strong>la</strong> Maison <strong>de</strong>s Cultures<br />

<strong>du</strong> Mon<strong>de</strong>, <strong>la</strong> Scène Nationale <strong>de</strong> Ca<strong>la</strong>is, le Festival d’Avignon;<br />

– en Europe et Méditerranée, avec Liverpool, Copenhague, Istanbul, Gênes<br />

et Turku, Barcelone, le Liban, l’Égypte, l’Algérie, le Maroc, <strong>la</strong> Tunisie.<br />

Il convient également <strong>de</strong> prendre en compte, car ce seront souvent <strong>de</strong>s<br />

temps forts <strong>de</strong>s «ateliers <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée» et <strong>de</strong> <strong>la</strong> présentation <strong>de</strong> leurs<br />

fruits tous les projets préparés par les institutions, les festivals, les acteurs <strong>de</strong><br />

Marseille-Provence qui seront en 2013 aux couleurs <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée.<br />

L’Opéra <strong>de</strong> Marseille a déjà <strong>de</strong>ssiné <strong>la</strong> programmation 2013 dans cet esprit.<br />

Les grands festivals d’Aix-en-Provence, d’Arles, <strong>de</strong> Marseille, Martigues<br />

(arts lyriques, photographie, danse, cinéma, musique popu<strong>la</strong>ire) font <strong>de</strong> même.<br />

Trois exemples:<br />

Le festival «Les Suds à Arles»<br />

Il a construit un projet pour 2013 «Nomadisme et Delta» qui explorera les expressions musicales<br />

<strong>de</strong>s <strong>de</strong>ltas d’Europe et <strong>de</strong> Méditerranée (Guadalquivir, Pô, Ebre, Nil). De 2010 à 2013, <strong>de</strong>s artistes<br />

seront accueillis en rési<strong>de</strong>nce; <strong>de</strong>s stages et <strong>de</strong>s ateliers seront organisés.<br />

Le Festival d’art lyrique, d’Aix-en-Provence<br />

Il approfondira les voies suivantes dans les prochaines années; elles s’inscriront dans le cadre <strong>du</strong><br />

projet Marseille-Provence 2013:


104 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

– Développer l’action auprès <strong>de</strong>s jeunes artistes dans le cadre <strong>de</strong> l’Académie Européenne <strong>de</strong><br />

Musique en insistant sur les axes <strong>de</strong> l’interdisciplinarité;<br />

– développer <strong>la</strong> dimension interculturelle par <strong>de</strong>s concerts <strong>de</strong> musique <strong>du</strong> mon<strong>de</strong>, et notamment<br />

<strong>du</strong> bassin méditerranéen, susceptible <strong>de</strong> nourrir le travail <strong>de</strong> l’Académie; pour 2009, le festival<br />

a commandé un conte musical au compositeur jordanien Saad Haddad;<br />

– poursuivre <strong>la</strong> politique d’ouverture <strong>de</strong> <strong>la</strong> musique au plus <strong>la</strong>rge public par <strong>de</strong>s événements<br />

popu<strong>la</strong>ires gratuits <strong>de</strong> haut niveau à l’exemple <strong>du</strong> concert <strong>de</strong> l’orchestre philharmonique <strong>de</strong> Berlin<br />

au pied <strong>de</strong> <strong>la</strong> montagne Sainte-Victoire, en juillet 2006, qui a accueilli 12 000 spectateurs.<br />

Les Rencontres Internationales <strong>de</strong> <strong>la</strong> Photographie, Arles<br />

Elles proposeront pour 2013:<br />

– Des expositions d’artistes conceptuels et documentaires <strong>du</strong> bassin méditerranéen. Ils présenteront<br />

<strong>de</strong>s travaux souvent inspirés par l’instabilité <strong>de</strong> leur région, et les différentes cultures qui<br />

<strong>la</strong> composent. Une dimension liée au voyage et aux ports sera recherchée, rappe<strong>la</strong>nt ainsi qu’Arles<br />

fut longtemps le plus haut port sur le Rhône et, comme Marseille, une terre <strong>de</strong> départ et d’arrivée,<br />

forçant différentes cultures à se découvrir;<br />

les gran<strong>de</strong>s familles photographiques, iraniennes, arméniennes, turques, italiennes, égyptiennes,<br />

africaines (…) seront explorées, ainsi que les fonds spécifiques (Fondation Arabe pour l’image <strong>de</strong><br />

Beyrouth notamment) pour dire l’histoire. Les artistes contemporains utilisant <strong>la</strong> photographie<br />

ainsi que <strong>la</strong> photographie vernacu<strong>la</strong>ire permettront <strong>de</strong> faire un bi<strong>la</strong>n <strong>de</strong> <strong>la</strong> création;<br />

<strong>de</strong>s commissaires européens et <strong>du</strong> bassin méditerranéen seront invités à réaliser les différents<br />

éléments <strong>du</strong> programme. Les rencontres associeront <strong>de</strong>s institutions européennes à ce programme<br />

(Forma à Mi<strong>la</strong>n, FotoEspana à Madrid, Photographer’s gallery <strong>de</strong> Londres, Foam<br />

d’Amsterdam, Tres culturas à Séville…) afin <strong>de</strong> copro<strong>du</strong>ire les expositions et les représenter<br />

dans ces différentes institutions;<br />

– Des échanges d’artistes seront prévus afin <strong>de</strong> faire bénéficier les artistes <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> gran<strong>de</strong> <strong>de</strong>nsité d’experts qui sont présents à Arles pour les Rencontres, les conviant à participer<br />

à <strong>de</strong>s stages, <strong>de</strong>s lectures critiques, notamment à travers le Centre Européen <strong>de</strong> Formation à<br />

l’image que les Rencontres vont créer sur <strong>la</strong> base <strong>de</strong> 40 ans d’expérience <strong>de</strong> stages.<br />

Les merveilleux lieux d’exposition arlésiens seront mis à <strong>la</strong> disposition <strong>du</strong> projet. Lieux c<strong>la</strong>ssiques,<br />

pour beaucoup c<strong>la</strong>ssés au patrimoine mondial par l’Unesco (musées, cloîtres, églises <strong>du</strong> XIIe ). À<br />

ces lieux, s’ajoutera le parc <strong>de</strong>s Ateliers SNCF, vaste espace d’anciennes usines <strong>de</strong> locomotives,<br />

en cours <strong>de</strong> réhabilitation, où une importante fondation d’Art, <strong>de</strong>s lieux d’expositions, <strong>de</strong> rési<strong>de</strong>nces,<br />

d’enseignement supérieur et <strong>de</strong> formation permanente à <strong>la</strong> photographie et aux arts numériques<br />

<strong>de</strong>vraient ouvrir d’ici 2013, l’École Nationale Supérieure <strong>de</strong> <strong>la</strong> Photographie <strong>de</strong>vant déménager<br />

sur le site rejoignant ainsi Supinfocom. La plus gran<strong>de</strong> bibliothèque sur <strong>la</strong> photographie <strong>du</strong> Sud<br />

<strong>de</strong> l’Europe ouvrira au public sur le parc <strong>de</strong>s Ateliers.<br />

La réalité internationale <strong>de</strong>s R.I.P., les développements atten<strong>du</strong>s d’ici 2013 notamment avec le<br />

parc <strong>de</strong>s Ateliers SNCF, le programme d’expositions orienté sur <strong>la</strong> notion <strong>de</strong> voyage et d’un pont<br />

culturel entre l’Europe et <strong>la</strong> Méditerranée, seront un apport important en contenu et en savoirfaire<br />

au projet Marseille-Provence Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture en 2013.<br />

Les compagnies <strong>de</strong> théâtre, à l’image <strong>de</strong> l’Institut International <strong>du</strong> Théâtre<br />

Méditerranéen et <strong>de</strong> son «Odyssée sur le Danube» et <strong>de</strong> «l’Entreprise» et ses<br />

voyages sur le pourtour méditerranéen <strong>de</strong> 2009 à 2012, ont d’ores et déjà<br />

engagé ou prévu <strong>de</strong>s actions exemp<strong>la</strong>ires <strong>de</strong> notre thématique.<br />

Certains artistes se sont déjà mobilisés: Jean-Michel Bruyère présentera à<br />

Anvers, à Berlin, Linz dans le cadre <strong>de</strong> <strong>la</strong> Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture<br />

2009, une instal<strong>la</strong>tion consacrée aux «errants» et aux «sans lieux».<br />

Les institutions, les musées, les théâtres, le ballet <strong>de</strong> Marseille, les «ballets<br />

<strong>de</strong> l’Europe» imp<strong>la</strong>ntés à Marseille, le CIPM, l’Institut <strong>de</strong> <strong>la</strong> mo<strong>de</strong> et son projet<br />

<strong>de</strong> cité euroméditerranéenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> mo<strong>de</strong>, tous travaillent sur les thèmes <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> candidature.


L’Or <strong>du</strong> Rhin (Richard Wagner), Festival d’Art Lyrique, Aix-en-Provence<br />

Rencontres Internationales <strong>de</strong> <strong>la</strong> Photographie, Arles Métapolis II, Frédéric F<strong>la</strong>mand, Ballet <strong>de</strong> Marseille


Affiche Odyssée <strong>de</strong> <strong>la</strong> Canebière (2002), Stephan Muntaner


107 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Thème 2<br />

Migrations, exils, voyages<br />

Marseille est «métèque». Colonie grecque, elle ouvre <strong>de</strong>s comptoirs commerciaux,<br />

Hyères, Antibes, Ag<strong>de</strong>, Aléria en Corse, Empurie en Espagne; par<br />

les «colonnes d’Hercule» (Gibraltar), elle pénètre même dans l’At<strong>la</strong>ntique<br />

et gagne le Sénégal au Sud, <strong>la</strong> Bretagne et <strong>la</strong> Baltique au Nord. Ce peuple<br />

navigateur et cultivateur échange le poisson et l’olivier contre le bétail, les<br />

minerais et les céréales. Après les Grecs, les Romains perpétuent sa prospérité.<br />

Elle suit le sort <strong>de</strong> l’empire, les débuts <strong>du</strong> christianisme, les invasions barbares<br />

et enfin les Francs qui s’installent <strong>du</strong>rablement en 737.<br />

De cité maritime sans histoire particulière, Marseille va <strong>de</strong>venir conquérante,<br />

avec trois moments historiques d’expansion qui vont entraîner <strong>de</strong> fortes<br />

migrations sur toute <strong>la</strong> Méditerranée:<br />

XII e et XIII e siècles, le temps <strong>de</strong>s croisa<strong>de</strong>s: Marseille est avec Gênes un lieu<br />

<strong>de</strong> départ important <strong>de</strong>s troupes, <strong>de</strong>s pèlerins et <strong>de</strong>s ravitaillements pour <strong>la</strong><br />

Terre Sainte. Elle lutte pour ouvrir <strong>de</strong>s concessions territoriales, les «fondouks<br />

ou fondègues», à Jérusalem, Chypre, Alexandrie, Beyrouth, Tyr, St Jean<br />

d’Acre; c’est ce système commercial que les Marseil<strong>la</strong>is mettent en p<strong>la</strong>ce<br />

aussi bien en Afrique <strong>du</strong> Nord à Tunis, Bougie, Oran qu’à Valence, Majorque<br />

et Barcelone. Cette expansion qui <strong>du</strong>re <strong>de</strong>ux siècles est émaillée <strong>de</strong> querelles<br />

avec les rivaux <strong>de</strong> toujours, Pise, Gênes et Venise.<br />

Du XV e au XVII e siècles, les Gran<strong>de</strong>s Découvertes suscitent un commerce à<br />

<strong>la</strong> fois en direction <strong>du</strong> Levant (les principales affaires s’y traitent et d’immenses<br />

fortunes se font, avec par exemple l’importation <strong>du</strong> moka – le premier Café<br />

s’ouvrira à Marseille, bien avant Paris), et dans les mers <strong>du</strong> Sud, via Cadix,<br />

avec le trafic aux Antilles et à Saint Domingue. La ville prend toutefois peu<br />

part à l’expansion vers le Nouveau mon<strong>de</strong> at<strong>la</strong>ntique.<br />

Enfin, au XIX e siècle, l’expédition d’Alger en 1830 marque l’entrée <strong>de</strong><br />

Marseille dans l’aventure coloniale où elle s’inscrit comme acteur essentiel.<br />

Conquête <strong>de</strong> l’Algérie, protectorats au Maroc et en Tunisie, percement <strong>du</strong><br />

canal <strong>de</strong> Suez, tutelle sur Madagascar et les comptoirs d’Orient font <strong>de</strong><br />

Marseille <strong>la</strong> capitale coloniale en France; <strong>la</strong> fondation <strong>de</strong> <strong>la</strong> Compagnie<br />

Française d’Afrique <strong>de</strong> l’Ouest ouvre un trafic intense au Sénégal, Guinée,<br />

Côte d’Ivoire et Dahomey.<br />

La conquête <strong>de</strong> marchés et <strong>de</strong> territoires sur le pourtour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée,<br />

les côtes d’Orient et d’Afrique génère une économie locale prospère. La<br />

main-d’œuvre étrangère converge donc vers Marseille et le port <strong>de</strong>vient une<br />

p<strong>la</strong>que tournante pour l’immigration. Grecs, Italiens, Levantins font escale<br />

avant <strong>de</strong> partir pour les Amériques, mais un grand nombre y reste car il y a<br />

pléthore <strong>de</strong> travail pour eux.<br />

Justifiée par <strong>la</strong> misère et <strong>la</strong> pauvreté outre alpines, <strong>la</strong> première vague est<br />

italienne: Piémontais, Ligures, Toscans, Napolitains se font marins, dockers,<br />

ouvriers, maraîchers; au début <strong>du</strong> XX e siècle, un habitant sur cinq vivant<br />

à Marseille est italien! Mais les premières escarmouches sociales sur le<br />

port inciteront les armateurs à rechercher une main-d’œuvre plus docile et<br />

malléable et, dès 1907, les premiers Algériens <strong>de</strong> Kabylie viendront remp<strong>la</strong>cer<br />

les Italiens trop remuants dans les huileries et les sucreries; l’entrée en<br />

guerre entraînera une pénurie <strong>de</strong> main-d’œuvre et les Espagnols, Malgaches,<br />

Chinois arriveront, re<strong>la</strong>yés par une forte émigration corse dans les<br />

années 20.<br />

Les conséquences <strong>de</strong>s révolutions et <strong>de</strong>s partitions violentes <strong>de</strong> territoires<br />

contraignent à l’exil et à <strong>la</strong> déportation les Russes b<strong>la</strong>ncs chassés par <strong>la</strong> révolution<br />

d’Octobre, les Grecs d’Asie mineure après le conflit gréco-turc, et les<br />

Arméniens qui affluent en masse après les massacres génocidaires <strong>de</strong> 1915 et<br />

l’éc<strong>la</strong>tement <strong>de</strong> l’Empire ottoman. Marseille <strong>de</strong>vient peu à peu «le carrefour<br />

<strong>de</strong>s peuples, <strong>la</strong> bigarrure <strong>de</strong> toutes les nations, le cloaque et le lieu <strong>de</strong>s inexprimables<br />

senteurs» comme l’écrivent Jean Bal<strong>la</strong>rd et Gaston Castel dans<br />

leur revue pourtant progressiste Les Cahiers <strong>du</strong> Sud en 1934. À partir <strong>de</strong>s<br />

années 30, l’immigration se fait politique à <strong>la</strong> suite <strong>de</strong> <strong>la</strong> guerre d’Espagne et<br />

<strong>la</strong> montée <strong>du</strong> fascisme italien.<br />

La troisième vague d’immigration est liée au choc <strong>de</strong>s décolonisations. Les<br />

réfugiés vietnamiens et eurasiens arrivent à <strong>la</strong> fin <strong>de</strong> <strong>la</strong> guerre d’Indochine en


108 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

1954; l’indépendance <strong>du</strong> Maroc et <strong>de</strong> <strong>la</strong> Tunisie entre 1954 et 1956 marque<br />

le retour <strong>de</strong>s Français installés dans ces <strong>de</strong>ux protectorats, mais c’est en 1962<br />

que le traumatisme est le plus violent: 100000 rapatriés d’Algérie, qu’ils<br />

soient pieds noirs, harkis ou travailleurs algériens débarquent en quelques<br />

mois à Marseille; <strong>la</strong> ville n’a jamais connu un tel exo<strong>de</strong> <strong>de</strong> masse qu’un climat<br />

<strong>de</strong> haine et <strong>de</strong> tensions avive avec les luttes entre le FLN (Front <strong>de</strong> Libération<br />

Nationale) ou l’OAS (Organisation Armée Secrète).<br />

La <strong>de</strong>rnière vague est plus métissée: elle vient <strong>de</strong> Chine et d’Asie <strong>du</strong> Sud-Est,<br />

<strong>de</strong> Turquie, Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire et surtout <strong>de</strong>s Comores (donnée<br />

peu connue: Marseille est <strong>la</strong> plus gran<strong>de</strong> ville <strong>de</strong> peuplement venu <strong>de</strong> cet<br />

archipel <strong>de</strong> l’Océan Indien, avec 80000 Comoriens installés <strong>de</strong>puis 1975,<br />

date <strong>de</strong> l’accession à l’indépendance, Mayotte exceptée).<br />

Ces migrations successives vers Marseille font peut-être <strong>partie</strong> d’un passé<br />

révolu. Car s’esquisse un nouvel équilibre <strong>de</strong>s échanges <strong>de</strong> part et d’autre <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> Méditerranée, fondé sur <strong>de</strong>s bases bien distinctes <strong>du</strong> modèle connu <strong>de</strong>puis<br />

plus <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux millénaires. Des pans entiers <strong>de</strong> délocalisation <strong>de</strong> sociétés <strong>de</strong><br />

services (réservations, enquêtes et centrales <strong>de</strong> renseignements) se font au<br />

bénéfice <strong>du</strong> Maghreb, notamment Tunisie et Maroc. Ce marché lié à <strong>la</strong> mondialisation<br />

<strong>de</strong>s entreprises <strong>de</strong> services et <strong>du</strong> commerce en ligne va-t-il bouleverser<br />

<strong>la</strong> rive Sud <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée?<br />

Le <strong>du</strong>rcissement <strong>de</strong>s conditions d’entrée dans l’espace européen <strong>de</strong> Schengen<br />

(difficulté et danger <strong>de</strong> mort <strong>de</strong>s passages c<strong>la</strong>n<strong>de</strong>stins, restrictions <strong>de</strong> plus en<br />

plus sévères pour les permis <strong>de</strong> travail) bloque aussi les candidats africains au<br />

départ dans les pays <strong>du</strong> Sud <strong>du</strong> pourtour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée, Maroc, Tunisie,<br />

Libye; pays traditionnels d’émigration vers <strong>la</strong> France, ils <strong>de</strong>viennent malgré<br />

eux <strong>de</strong>s terres d’immigration. Les inci<strong>de</strong>nts en 2005 à Ceuta et Melil<strong>la</strong>,<br />

enc<strong>la</strong>ves espagnoles au Maroc et les quelques 2000 à 3000 décès annuels<br />

montrent que <strong>la</strong> frontière n’est plus maritime avec <strong>la</strong> Méditerranée, mais<br />

qu’elle est <strong>de</strong>venue terrestre avec le Sahara. Et pour ceux qui arrivent à <strong>la</strong><br />

franchir, l’asile marseil<strong>la</strong>is n’est plus qu’un sas d’entrée et non un point <strong>de</strong><br />

fixation; une fois passé <strong>la</strong> porte <strong>de</strong>s douanes, les routes migratoires ouvrent<br />

toute l’Europe; le couple <strong>de</strong> migration habituel (Maghreb/Marseille) se brise<br />

et c’est alors une infinie possibilité <strong>de</strong> voies qui s’offrent dans un cadre qui<br />

dépasse le pourtour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée et embrasse les ports <strong>de</strong> <strong>la</strong> Manche et<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> mer <strong>du</strong> Nord.<br />

Référent scientifique:<br />

Michel Co<strong>la</strong>r<strong>de</strong>lle, directeur <strong>du</strong> MuCEM.<br />

Émile Témime, professeur émérite d’histoire contemporaine, Université <strong>de</strong> Provence.<br />

Cinq programmes engagés<br />

Ils seront traités à l’ai<strong>de</strong> d’expositions, <strong>de</strong> comman<strong>de</strong>s <strong>de</strong> textes, <strong>de</strong> photos, <strong>de</strong><br />

films, en partenariat avec les structures <strong>de</strong> l’É<strong>du</strong>cation nationale (dont les<br />

IUFM), <strong>de</strong> <strong>la</strong> vie associative et <strong>de</strong> l’É<strong>du</strong>cation popu<strong>la</strong>ire. Les principaux partenaires<br />

sollicités seront <strong>la</strong> Cité nationale <strong>de</strong> l’Histoire <strong>de</strong> l’Immigration, le<br />

MuCEM et les musées <strong>de</strong>s villes <strong>de</strong> Marseille, Aix-en-Provence, Toulon et<br />

Arles, accompagnés par les services d’archives départementales et celles <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

France d’Outre-Mer. Une étroite col<strong>la</strong>boration scientifique avec <strong>de</strong>s équipes<br />

<strong>de</strong> doctorants entourés <strong>de</strong> leurs professeurs est sollicitée <strong>de</strong> <strong>la</strong> MMSH et <strong>de</strong>s<br />

correspondants et instituts <strong>du</strong> réseau européen <strong>de</strong> recherche Ramsès II et<br />

Thétys; un accompagnement intellectuel et littéraire est proposé à <strong>la</strong> revue<br />

La Pensée <strong>de</strong> midi et à l’éditeur Actes Sud. Selon les sujets, il sera fait appel aux<br />

associations directement liées aux communautés (ex.: Centre <strong>du</strong> patrimoine<br />

arménien à Valence…) et aux compagnies d’expressions artistique et théâtrale<br />

menant un travail <strong>de</strong> proximité dans les quartiers (Théâtre <strong>de</strong> <strong>la</strong> Mer, Média 2,<br />

troupes aidées par le réseau «I<strong>de</strong>ntités, parcours et mémoires»).


Programme 1<br />

Sur les chemins <strong>de</strong> l’exil et les routes <strong>du</strong> travail,<br />

l’attraction <strong>de</strong> Marseille<br />

Deux immigrations <strong>de</strong> <strong>la</strong> misère seront mises en lumière (au tout début et à <strong>la</strong><br />

toute fin <strong>du</strong> XX e siècle: <strong>la</strong> plus ancienne avec les Italiens, <strong>la</strong> plus récente avec les<br />

Comoriens), et <strong>de</strong>ux vagues liées à l’exil politique ou <strong>la</strong> déportation (les Russes<br />

b<strong>la</strong>ncs et les Arméniens); les mutations <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux quartiers d’immigration seront<br />

analysées sur plus d’un siècle: le Panier (<strong>de</strong>s Corses aux Comoriens), Belsunce<br />

(<strong>de</strong>s Arméniens et Maghrébins aux Africains et Chinois). Ce travail qui doit<br />

permettre <strong>de</strong> couvrir à peu près toutes les ethnies intéressées au sujet et <strong>de</strong> mobiliser<br />

les habitants dans le cadre <strong>de</strong>s quatre ans <strong>de</strong> préparation <strong>de</strong>s manifestations<br />

<strong>de</strong> 2013 se fera à partir <strong>du</strong> suivi <strong>de</strong> quelques familles volontaires: <strong>la</strong> généalogie,<br />

les métiers, les temps <strong>de</strong> <strong>la</strong> vie quotidienne, les parcours dans <strong>la</strong> ville, les liens<br />

avec le pays d’origine et les flux financiers, les croisements, les fêtes et les musiques,<br />

les rites <strong>de</strong> passage, les objets familiers, les cuisines.<br />

Programme 2<br />

Le temps <strong>de</strong>s ports<br />

Ce sujet sera décliné en partenariat avec les villes <strong>de</strong> Barcelone et <strong>de</strong> Gênes.<br />

On retracera l’histoire <strong>du</strong> port <strong>de</strong> Marseille; ses extensions successives <strong>de</strong>puis<br />

le temps <strong>du</strong> Lacydon; les architectures <strong>de</strong>s bassins portuaires liées à l’évolution<br />

<strong>de</strong>s bateaux et leur <strong>de</strong>stination (commerce, voyageurs et p<strong>la</strong>isance) <strong>de</strong>puis les<br />

trières grecques, les galères royales, <strong>la</strong> marine à voile, <strong>la</strong> vapeur, le pointu <strong>de</strong><br />

petite pêche côtière, les actuels porte-conteneurs; <strong>la</strong> concurrence voisine<br />

<strong>de</strong>s ports <strong>de</strong> La Seyne et <strong>de</strong> La Ciotat et <strong>la</strong> reconversion <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>rnières; les<br />

rivalités historiques successives avec Londres, Alger et Liverpool, puis Gênes<br />

et Barcelone; et enfin le décrochage actuel face à Hambourg, Rotterdam et<br />

Anvers. Il examinera aussi les déséquilibres <strong>du</strong> tan<strong>de</strong>m Marseille et Fos, et


110 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

permettra <strong>de</strong> voir comment Barcelone aussi est doublée par Tarragone, Gênes<br />

par La Spezia, Naples par Salerne.<br />

Les métiers <strong>du</strong> port seront vus aux <strong>de</strong>ux extrêmes <strong>de</strong> l’échelle sociale. Les portraits<br />

<strong>de</strong> quelques grands armateurs, négociants et in<strong>du</strong>striels marseil<strong>la</strong>is <strong>du</strong><br />

XVIII e et XIX e , et l’évolution <strong>de</strong> leurs fortunes, avec les figures <strong>de</strong>s Roux (commerce<br />

avec les Antilles), <strong>de</strong>s Borelli (Égypte), <strong>de</strong>s Fabre ou <strong>de</strong>s Charles-Roux<br />

(Algérie, Maroc et Tunisie). La figure <strong>du</strong> docker marseil<strong>la</strong>is: l’avènement <strong>de</strong>s<br />

docks liés au chemin <strong>de</strong> fer, le recrutement <strong>de</strong>s dockers et leurs privilèges avec<br />

<strong>la</strong> fin <strong>de</strong>s portefaix, les luttes sociales et <strong>la</strong> culture <strong>du</strong> métier (cf. le film «maudit»<br />

<strong>du</strong> marseil<strong>la</strong>is Paul Carpita tourné entre 1950 et 1953 interdit pendant quarante<br />

ans: Le Ren<strong>de</strong>z-vous <strong>de</strong>s quais; ce qui appellera un cycle <strong>de</strong> films avec <strong>de</strong>s<br />

œuvres sur ce thème <strong>de</strong> Ken Loach, Elia Kazan, René Vautier, Jean-Louis<br />

Comolli, Marcello Pagliero et Jean Domenichinno), le monopole <strong>du</strong> docker<br />

et sa disparition en cours avec le règne <strong>du</strong> tout conteneur.<br />

Programme 3<br />

Terreurs et frissons en mer Méditerranée<br />

Ce programme, <strong>de</strong>stiné à un public jeune, a pour but d’explorer <strong>de</strong> façon<br />

ludique <strong>de</strong>ux «peurs» ancestrales, frayeurs <strong>de</strong> l’imaginaire <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée:<br />

les épidémies et les galères.<br />

Marseille a connu dans son histoire trois épidémies <strong>de</strong> peste et <strong>de</strong> choléra<br />

qui ont marqué les esprits et suscité littératures et peintures; c’est sur <strong>la</strong> peste<br />

<strong>de</strong> 1720 qui fit 50000 morts que l’on s’attar<strong>de</strong>ra. Sera montré ce qu’est une<br />

mise en quarantaine, le rôle <strong>de</strong>s hôpitaux dans l’hygiène publique, les instruments<br />

médicaux et les tenues <strong>de</strong>s mé<strong>de</strong>cins, les cérémonies expiatoires, les<br />

histoires fantasmatiques…<br />

L’Arsenal <strong>de</strong>s Galères est lui aussi un sujet attractif pour un public juvénile:<br />

faune interlope <strong>de</strong> 12000 galériens, véritable ville dans <strong>la</strong> ville avec son propre<br />

système <strong>de</strong> ravitaillement et <strong>de</strong> police, l’arsenal est constitué <strong>de</strong> forçats,<br />

d’esc<strong>la</strong>ves turcs achetés sur les marchés <strong>de</strong> Venise, <strong>de</strong> protestants condamnés<br />

pour hérésie, bref tout un mon<strong>de</strong> qui suscite l’imaginaire.<br />

Sur ces <strong>de</strong>ux thèmes, <strong>la</strong> peste comme malédiction arrivée par <strong>la</strong> mer, le galérien<br />

comme «Hol<strong>la</strong>ndais vo<strong>la</strong>nt <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée», <strong>de</strong>s recherches iconographiques<br />

seront menées avec les c<strong>la</strong>sses primaires; <strong>de</strong>s comparaisons avec d’autres ports<br />

à galères permettront <strong>de</strong>s expositions croisées: l’arsenal <strong>de</strong>s Doges à Venise ou les<br />

Drassanes, galères <strong>de</strong>s princes d’Aragon à Barcelone (musée maritime) suscitent<br />

aussi <strong>de</strong>s imaginaires que <strong>de</strong>s p<strong>la</strong>sticiens ou <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ssinateurs peuvent traiter; et en<br />

toile <strong>de</strong> fond, <strong>la</strong> question contemporaine: quelles sont les pestes d’aujourd’hui?<br />

Qui est le galérien contemporain?<br />

Programme 4<br />

L’exotisme et l’imaginaire colonial<br />

Mythes et clichés<br />

Marseille a construit <strong>de</strong>ux expositions coloniales à quinze ans d’intervalle, en<br />

1906 et en 1922. Les nombreuses traces gardées (photos, cartes postales,<br />

publicités et affiches, chansons et comptines, contes…), permettent ainsi<br />

<strong>de</strong> réfléchir aux clichés véhiculés, aux mythes, à <strong>la</strong> représentation <strong>de</strong> l’autre,<br />

aux peurs intimes liées à «<strong>la</strong> sauvagerie»; les architectures <strong>de</strong>s pavillons, les<br />

attractions montrées, reconstitutions <strong>de</strong> rues <strong>de</strong> Saigon, vil<strong>la</strong>ge berbère, souk<br />

tunisien, ferme soudanaise, guignol annamite en disent long sur l’esprit colonial<br />

<strong>de</strong> l’époque et le mé<strong>la</strong>nge popu<strong>la</strong>ire <strong>de</strong> naïveté et d’arrogance. Quelles<br />

différences subtiles se font jour entre les <strong>de</strong>ux expositions (<strong>la</strong> Gran<strong>de</strong> Guerre<br />

et le déclin <strong>du</strong> trafic maritime avec <strong>la</strong> Mer Noire ayant ralenti le commerce<br />

marseil<strong>la</strong>is, l’optimisme public et le messianisme colonial)?<br />

Des institutions publiques qui ont vu le jour avec les colonies, tel l’Institut <strong>de</strong><br />

mé<strong>de</strong>cine coloniale au pa<strong>la</strong>is <strong>du</strong> Pharo peuvent être un sujet connexe.


F. Ziem, Entrée <strong>du</strong> Vieux-Port E. Bernard, Le Vieux-Port <strong>de</strong> Marseille<br />

Programme 5<br />

Navigateurs<br />

Au IV e siècle avant J.-C., le marseil<strong>la</strong>is Pythéas navigue jusqu’en Is<strong>la</strong>n<strong>de</strong> et en<br />

mer Baltique; Euthymène explore les côtes <strong>de</strong> l’Afrique au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s Colonnes<br />

<strong>de</strong> Neptune.<br />

L’Histoire <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée est celle <strong>du</strong> voyage et <strong>de</strong>s échanges <strong>de</strong>s hommes,<br />

<strong>de</strong>s biens et <strong>de</strong>s idées. Elle s’est construite par l’audace <strong>de</strong> navigateurs, par<br />

l’invention <strong>de</strong>s instruments et <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> navigation.<br />

Cette longue histoire est présente à Marseille jusqu’à nos jours et <strong>la</strong> Comex<br />

poursuit dans les fonds marins l’aventure <strong>de</strong> Pythéas.<br />

Nous voulons consacrer à cette aventure un programme qui conjuguera une<br />

exposition sur l’histoire <strong>de</strong>s navigations et <strong>de</strong>s navires en Méditerranée avec<br />

<strong>de</strong>s ateliers s’inspirant <strong>de</strong> l’exemple réalisé par le CICRP intitulé Histoires et<br />

Voyages extraordinaires en Méditerranée. Mobilisant 950 élèves <strong>du</strong> primaire et<br />

<strong>du</strong> secondaire, il a donné lieu fin 2007 à <strong>de</strong> très belles restitutions <strong>de</strong>s travaux.<br />

Un projet est à l’étu<strong>de</strong>: NEïKO, reconstitution par <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong> l’École <strong>de</strong><br />

charpentier <strong>de</strong> marine d’une épave romaine récemment découverte dans le<br />

golfe <strong>de</strong> Fos. Ce projet est porté par le Musée d’Archéologie <strong>du</strong> Pays d’Arles<br />

(MAPA).<br />

J. Marcel-Lenoir, Goélettes ancrées dans le Vieux-Port<br />

Bouillon-Landais, Ra<strong>de</strong> <strong>de</strong> Marseille


112 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Thème 3<br />

Partage et conflit<br />

<strong>de</strong> mémoires<br />

Le bassin méditerranéen abrite trois civilisations fondées sur le monothéisme:<br />

le judaïsme, le christianisme et l’is<strong>la</strong>m. Tensions, affrontements,<br />

alliances ont marqué <strong>du</strong>rablement les mentalités, mais <strong>la</strong> nécessité d’un «être<br />

côte à côte», ou mieux d’un «vivre ensemble» sur <strong>la</strong> rive Nord s’impose dans<br />

l’espace euroméditerranéen. Pourtant dans les esprits une faille <strong>de</strong>meure<br />

aujourd’hui avec l’is<strong>la</strong>m, profon<strong>de</strong> car enfouie ou même niée, celle creusée<br />

par l’histoire <strong>de</strong>s empires coloniaux et leur chute.<br />

La candidature comme Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture est l’occasion <strong>de</strong><br />

regar<strong>de</strong>r en face les blessures qui auront plus <strong>de</strong> 50 ans en 2013.<br />

Depuis quelques années, <strong>la</strong> notion <strong>de</strong> «mémoire» est reconnue pour son<br />

importance dans <strong>la</strong> constitution <strong>de</strong> l’i<strong>de</strong>ntité <strong>de</strong>s sociétés. Des historiens ou<br />

<strong>de</strong>s philosophes comme Pierre Nora, Paul Ricœur, Benjamin Stora ou Marc<br />

Ferro ont souligné le rôle <strong>de</strong>s «lieux <strong>de</strong> mémoire», le danger <strong>de</strong>s «trous <strong>de</strong><br />

mémoire». La nécessité d’analyser les «conflits <strong>de</strong> mémoire»; ces expressions<br />

proches <strong>du</strong> souvenir, <strong>du</strong> pardon et <strong>de</strong> <strong>la</strong> repentance sont <strong>de</strong>venues <strong>de</strong>s<br />

éléments d’analyse <strong>de</strong>s conflits entre communautés et <strong>de</strong>s moyens d’ai<strong>de</strong>r à<br />

fermer <strong>de</strong>s cicatrices publiques. La société française a d’ailleurs tra<strong>du</strong>it ces<br />

notions dans son droit positif avec une succession <strong>de</strong> lois dites mémorielles<br />

votées par le Parlement: loi Gayssot <strong>du</strong> 13 juillet 1990 sur <strong>la</strong> Shoah, loi <strong>du</strong><br />

10 juin 1999 portant reconnaissance <strong>de</strong> <strong>la</strong> guerre d’Algérie, loi <strong>du</strong> 29 janvier<br />

2001 sur le génoci<strong>de</strong> arménien, loi Taubira <strong>du</strong> 21 mai 2001 concernant <strong>la</strong><br />

traite négrière, et enfin loi <strong>du</strong> 23 février 2005 et son article 4 contesté<br />

(abrogé <strong>de</strong>puis) sur «le rôle positif <strong>de</strong> <strong>la</strong> présence française outremer notamment<br />

en Afrique <strong>du</strong> Nord et assignant aux programmes sco<strong>la</strong>ires d’accor<strong>de</strong>r à l’histoire<br />

et aux sacrifices <strong>de</strong>s combattants <strong>de</strong> l’armée française <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce éminente à <strong>la</strong>quelle<br />

ils ont droit».<br />

À l’occasion <strong>de</strong> Marseille-Provence, Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture en<br />

2013, seront mises en p<strong>la</strong>ce <strong>de</strong>s actions qui favorisent une meilleure connaissance<br />

réciproque <strong>de</strong> part et d’autre <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée et qui apaisent les passés<br />

douloureux liés aux mémoires coloniales. La violence <strong>de</strong>s récents débats<br />

autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> loi <strong>de</strong> février 2005 montre qu’après <strong>de</strong>ux générations, <strong>la</strong> mémoire<br />

n’a toujours pas totalement fait son «travail». Le passé et ses représentations<br />

pèsent dans les conflits i<strong>de</strong>ntitaires entre les <strong>de</strong>ux rives. Pour un jeune <strong>de</strong><br />

20 ans, <strong>la</strong> nostalgie <strong>de</strong> cette époque avec les épopées <strong>du</strong> bled ou <strong>du</strong> rif ne veut<br />

plus dire grand-chose; ce ne sont ni l’oubli, ni l’amnistie, mais bien <strong>la</strong><br />

connaissance qui prime; avec le temps, l’enfermement dans le traumatisme<br />

colonial s’épuise, il peut maintenant <strong>de</strong>venir une page d’histoire, analysée,<br />

comprise, dépassée.<br />

Symboliquement <strong>la</strong> date <strong>du</strong> 8 mai 1945 marque <strong>la</strong> première fracture mémorielle.<br />

À Marseille et en métropole, on célèbre <strong>la</strong> fin <strong>de</strong> <strong>la</strong> guerre, on fête <strong>la</strong> victoire<br />

à <strong>la</strong>quelle ont d’ailleurs beaucoup contribué <strong>de</strong> nombreux soldats coloniaux<br />

appelés et débarqués en Italie ou en Provence.<br />

À Sétif et à Guelma, en Algérie, ce même 8 mai 1945, <strong>de</strong>s manifestants réc<strong>la</strong>ment<br />

<strong>la</strong> libération <strong>de</strong> Messali Hadj, lea<strong>de</strong>r <strong>du</strong> Parti <strong>du</strong> peuple algérien assigné<br />

à rési<strong>de</strong>nce à Brazzaville et revendiquent l’émancipation; les cortèges tournent<br />

en émeutes et en levée en masse <strong>de</strong>s tribus dans les campagnes; y répond<br />

une répression considérable avec <strong>de</strong>s exécutions massives et <strong>de</strong>s représailles<br />

collectives; l’embrasement <strong>du</strong> Constantinois aura pour bi<strong>la</strong>n 110 morts européens<br />

et semble-t-il près <strong>de</strong> cent fois plus côté musulmans. Cet événement<br />

dont l’information fut censurée en France, puis enfouie dans les mémoires par<br />

les gaullistes et communistes au pouvoir, donnant lieu à une commission<br />

d’enquête avortée, marque sans conteste <strong>la</strong> rupture entre les <strong>de</strong>ux communautés<br />

installées naguère en Afrique <strong>du</strong> Nord. Fracture mémorielle originelle<br />

d’autant plus frappante qu’elle coïnci<strong>de</strong> avec une date <strong>de</strong> liesse en métropole;<br />

il faudra attendre février 2005 pour que l’ambassa<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> France en<br />

Algérie fasse acte <strong>de</strong> repentance face à «cette tragédie inexcusable».<br />

Deux générations ont ainsi passé. La parole forte <strong>du</strong> représentant <strong>de</strong> <strong>la</strong> France<br />

à Alger montre qu’il est temps <strong>de</strong> travailler sur un projet bipo<strong>la</strong>ire qu’on intitulera<br />

Les mémoires croisées Marseille/Maghreb. En l’espace <strong>de</strong> soixante ans,<br />

avec le développement <strong>de</strong>s échanges commerciaux, <strong>de</strong>s unions personnelles,


113 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

<strong>de</strong>s informations via les on<strong>de</strong>s, les écrans, <strong>la</strong> toile, on peut sereinement proposer<br />

que soit mis en p<strong>la</strong>ce un programme piloté par <strong>la</strong> MMSH au sein <strong>du</strong><br />

réseau <strong>de</strong> recherche européen Ramsès II. Il se fera en liaison avec les associations<br />

concernées et par <strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s à <strong>de</strong>s artistes <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux rives, <strong>de</strong>s<br />

auteurs ou <strong>de</strong>s interprètes <strong>de</strong> double culture (programme Culture/Ville/<br />

Action sociale «I<strong>de</strong>ntités, parcours et mémoires») et s’appuiera sur <strong>la</strong> Ligue<br />

<strong>de</strong>s Droits <strong>de</strong> l’Homme <strong>de</strong> Toulon particulièrement active, l’association<br />

France/Algérie présidée par Pierre Joxe, sur l’ACHAC (Association pour <strong>la</strong><br />

Connaissance <strong>de</strong> l’Afrique Contemporaine), avec une résonance dans les<br />

revues comme La Pensée <strong>de</strong> midi ou Autrement, et <strong>de</strong>s moments d’échanges<br />

au Centre Régional <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée qui ouvrira à <strong>la</strong> Joliette et lors <strong>de</strong>s<br />

Rencontres d’Averroès ou <strong>de</strong>s sessions <strong>de</strong> <strong>la</strong> Fondation Anna Lindh. Après<br />

<strong>de</strong>s années <strong>de</strong> non-dits, <strong>de</strong> culpabilités non avouées et <strong>de</strong> refoulements <strong>de</strong>s<br />

violences subies ou données, est venu le temps <strong>de</strong> <strong>la</strong> connaissance et donc <strong>de</strong><br />

l’apaisement.<br />

Du côté Marseille-Provence, les «mémoires blessées» sont celles <strong>de</strong>s «pieds<br />

noirs» rapatriés d’Algérie, familles désemparées, démunies, ayant tout abandonné<br />

en Afrique, portant souvent en elles un espoir <strong>de</strong> retour loin d’un<br />

Marseille qui ne les attend pas, et avec une envie <strong>de</strong> revanche. Ce sont aussi<br />

celles <strong>de</strong>s Harkis, ignorants tout d’une région où ils débarquent sans aucune<br />

vision <strong>de</strong> retour au pays, groupe silencieux et exploité, nié <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux côtés <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> mer et parqué dans <strong>de</strong>s cités vétustes pendant une génération. Ces mémoires<br />

se croisent et s’affrontent avec celles <strong>de</strong> tous les Maghrébins déjà installés<br />

en France, certains <strong>de</strong>puis un siècle à Marseille, ou avec celles postérieures <strong>de</strong><br />

nouveaux venus fuyant les guerres civiles qui feront rage.<br />

À <strong>la</strong> différence <strong>de</strong> ces groupes mémoriels habitant en Provence, on dispose <strong>de</strong><br />

peu d’éléments <strong>de</strong> l’autre côté <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée: quelle est <strong>la</strong> mémoire coloniale<br />

là-bas? Dans les manuels sco<strong>la</strong>ires arabes, il semble que <strong>la</strong> colonisation soit<br />

ré<strong>du</strong>ite à <strong>la</strong> guerre d’Indépendance (pour l’Algérie) et aux moments nationalistes<br />

(pour le Maroc et <strong>la</strong> Tunisie); peu <strong>de</strong> témoignages ouvertement exprimés,<br />

peu <strong>de</strong> souvenirs extériorisés, et donc une mémoire encore peu sollicitée.<br />

Affiches <strong>de</strong>s expositions coloniales <strong>de</strong> 1906 et 1922, David Dellepiane (Collection <strong>de</strong> <strong>la</strong> CCI Marseille Provence)<br />

Comment face à ce qui semble être un déséquilibre mémoriel, imaginer<br />

l’échange et le partage? Il semble pourtant que ce soit le moment car <strong>de</strong><br />

nouvelles mobilités vers le Sud commencent avec les associations rajeunies<br />

<strong>de</strong> pieds noirs, avec les mouvements dits <strong>de</strong>s «enfants <strong>de</strong> Harkis», tous<br />

curieux <strong>de</strong> l’Afrique et qui entament une réconciliation avec le pays <strong>de</strong>s<br />

grands parents: on assiste à un regain <strong>de</strong> voyages et d’échanges, on s’occupe<br />

<strong>du</strong> traitement <strong>de</strong> <strong>dossier</strong>s sensibles comme ceux <strong>de</strong> l’entretien <strong>de</strong>s cimetières<br />

chrétiens et juifs; les consu<strong>la</strong>ts <strong>de</strong>s trois états maghrébins encouragent les<br />

enfants français d’immigrés à renouveler leurs papiers d’i<strong>de</strong>ntité et à bénéficier<br />

d’une double nationalité permettant <strong>de</strong>s voyages entre les <strong>de</strong>ux rives. Une<br />

chose aussi est certaine, ceux <strong>de</strong>s «pieds noirs» qui sont retournés en Algérie<br />

ces <strong>de</strong>rnières années disent y avoir été accueillis chaleureusement.<br />

Référent scientifique:<br />

Karima Direche-Slima, MMSH.<br />

Trois programmes engagés<br />

Concrets, popu<strong>la</strong>ires, simples et efficaces, ils sont <strong>de</strong>stinés prioritairement<br />

aux jeunesses <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux rives.


114 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Programme 1<br />

La fluidité et <strong>la</strong> force <strong>de</strong>s images<br />

Les archives, notamment télévisuelles avec les fonds <strong>de</strong> l’Institut National <strong>de</strong><br />

l’Audiovisuel, ceux <strong>de</strong> l’ENTV d’Algérie, <strong>de</strong> <strong>la</strong> SNRT <strong>du</strong> Maroc sont une<br />

excellente source pour analyser les déca<strong>la</strong>ges dans les représentations <strong>de</strong>s<br />

moments <strong>de</strong> l’histoire commune. Comment un même événement est saisi,<br />

commenté, raconté, embelli, mythifié? À partir <strong>de</strong> ces matériaux qui nécessiteront<br />

sans doute un programme <strong>de</strong> sauvegar<strong>de</strong> et <strong>de</strong> numérisation côté<br />

Maghreb, on comman<strong>de</strong>ra <strong>de</strong>s films documentaires, <strong>de</strong>s textes et on suggérera<br />

<strong>de</strong>s sujets simples d’expositions-<strong>dossier</strong>s itinérantes; on peut aussi imaginer<br />

une médiathèque commune à Aix-en-Provence, Rabat et Alger, à côté <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

photothèque <strong>de</strong>s Archives <strong>de</strong> l’outremer. De nombreux réalisateurs ont déjà<br />

abordé ces sujets souvent pour France 3 Méditerranée et ARTE, André<br />

Campana, Daniel Karlin avec Tahar Ben Jelloun, Yamina Benguigui, Judith<br />

Radiguet ou Coline Serreau.<br />

Dans un esprit simi<strong>la</strong>ire, on étudiera comment les manuels sco<strong>la</strong>ires français<br />

et maghrébins racontent leur histoire nationale respective, quelles sont leurs<br />

illustrations, les <strong>de</strong>voirs ou exposés donnés: en débusquer les trous, les interprétations<br />

plurielles.<br />

On montera <strong>de</strong>s cycles <strong>de</strong> films <strong>de</strong> fiction sur quarante ans <strong>de</strong> représentations<br />

cinématographiques <strong>de</strong> <strong>la</strong> guerre d’Algérie, aussi diverses que Avoir 20<br />

ans dans les Aurès <strong>de</strong> Vautier, Cher frangin <strong>de</strong> Mordil<strong>la</strong>t, RAS <strong>de</strong> Boisset, ou<br />

plus récent La Trahison <strong>de</strong> Faucon, Des feux mal éteints <strong>de</strong> Moati, avec l’équivalent<br />

par les cinéastes maghrébins: Nadir Moknèche, Mohamed Chouikh,<br />

Ahmed Rachedi, Ab<strong>de</strong>lkrim Baloul. Ces cycles s’enrichissant ensuite aux<br />

mémoires coloniales <strong>de</strong> l’Afrique ou <strong>de</strong> l’Asie <strong>du</strong> Sud-Est.


115 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Programme 2<br />

La magie <strong>de</strong>s histoires,<br />

petits et gros secrets <strong>de</strong>s aînés<br />

Avec les animateurs et les équipes artistiques i<strong>de</strong>ntifiés avec succès par 5 années<br />

<strong>de</strong> programmes DRAC/ACSé «I<strong>de</strong>ntités, parcours, mémoires», avec <strong>de</strong>s associations<br />

(telles le Théâtre <strong>de</strong> <strong>la</strong> Mer, le Théâtre <strong>du</strong> nouveau Mon<strong>de</strong> à La Ciotat,<br />

ou Film F<strong>la</strong>mme), ou <strong>de</strong>s maisons <strong>de</strong> quartiers (l’association Ancrages, le centre<br />

social <strong>de</strong> Frais Vallon, <strong>de</strong> Belsunce), les enfants et adolescents recueillent les<br />

«secrets» <strong>de</strong>s personnes âgées <strong>de</strong> leur famille <strong>de</strong> façon professionnelle (avec <strong>du</strong><br />

matériel vidéo <strong>du</strong> type <strong>de</strong> celui prêté pour les ateliers d’Un été au ciné ou celui<br />

utilisé par l’association Média 2 <strong>de</strong>s F<strong>la</strong>mants). Ayant vécu les moments<br />

douloureux <strong>de</strong> ruptures <strong>de</strong>s années 60, elles dévoilent un secret qui peut être un<br />

remords, une bonne (ou une mauvaise) action tue jusqu’à présent. Les témoignages<br />

recueillis, présentés sur un mo<strong>de</strong> aussi neuf que <strong>de</strong>s «scoops», feront<br />

l’objet, soit <strong>de</strong> restitutions/recompositions poétiques par <strong>de</strong>s médias artistiques:<br />

auteurs, comédiens, cinéastes, peintres…, soit <strong>de</strong> manière brute par <strong>de</strong>s discussions<br />

dans <strong>de</strong>s «cafés <strong>de</strong>s histoires <strong>de</strong> <strong>la</strong> gran<strong>de</strong> Histoire».<br />

Ces matériaux peuvent servir d’amorces pour <strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s <strong>du</strong>elles à partir<br />

d’un mot, d’un inci<strong>de</strong>nt historique, mais vus et vécus <strong>de</strong> l’autre côté <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

Méditerranée. Et les artistes en seront les passeurs.<br />

Programme 3<br />

Les échanges, les belles équipes<br />

Comment favoriser les résonances <strong>de</strong> mémoires <strong>de</strong> part et d’autre <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée,<br />

si ce n’est en mettant en p<strong>la</strong>ce un Office franco-maghrébin pour <strong>la</strong><br />

Jeunesse ayant son siège à Marseille et Rabat, permettant <strong>la</strong> naissance <strong>de</strong><br />

projets conjoints et déclinant, sur le modèle qui a si bien réussi pour le Québec<br />

ou l’Allemagne, toutes actions <strong>de</strong> rapprochement <strong>de</strong>s jeunesses. Ce pourrait<br />

être une priorité <strong>de</strong> <strong>la</strong> nouvelle prési<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> l’association France/Algérie et<br />

une initiative <strong>de</strong> <strong>la</strong> future union méditerranéenne.<br />

De même, on proposera un Erasmus <strong>du</strong> Sud, avec <strong>de</strong>s bourses Averroès pour<br />

les étudiants <strong>de</strong>s universités <strong>du</strong> pourtour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée, en s’appuyant<br />

sur les équipes professorales <strong>de</strong>s facultés ou écoles <strong>du</strong> réseau <strong>de</strong> recherche<br />

Ramsès II: centre <strong>de</strong> recherches en anthropologie d’Oran, université Hassan<br />

II <strong>de</strong> Casab<strong>la</strong>nca, université <strong>de</strong> Tunis… et les facultés <strong>de</strong> Venise, Istanbul,<br />

Athènes, Barcelone…<br />

Enfin, l’ouverture <strong>de</strong> l’IMéRA au Pa<strong>la</strong>is Longchamp à horizon 2009-2010<br />

sera l’occasion <strong>de</strong> réserver un quota d’une ou <strong>de</strong>ux p<strong>la</strong>ces en rési<strong>de</strong>nce pour<br />

un accueil pérenne et régulier d’un ou <strong>de</strong>ux post-doctorants ou professeurs<br />

<strong>du</strong> Maghreb ou d’Afrique menant une recherche sur <strong>de</strong>s thèmes liés aux<br />

conflits <strong>de</strong> mémoires.


116 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Chapelle <strong>de</strong> Saint-B<strong>la</strong>ise, Les Baux <strong>de</strong> Provence


117 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Thème 4<br />

Racines et actualités<br />

religieuses<br />

La cohabitation <strong>de</strong>s religions prend en compte une notion importante: celle<br />

<strong>de</strong> l’«entre». Elle congédie <strong>la</strong> logique i<strong>de</strong>ntitaire. Elle appelle l’usage et <strong>la</strong><br />

maîtrise d’un territoire intermédiaire qui <strong>la</strong>isse se développer <strong>de</strong>s tensions<br />

où l’un n’est pas nécessairement lui ou un autre mais dans <strong>la</strong> reconnaissance<br />

et <strong>la</strong> compréhension <strong>de</strong> l’autre et <strong>de</strong> ce qui fait sa différence.<br />

La tension est nécessaire. Elle met <strong>de</strong> l’écart par rapport à soi pour mieux creuser,<br />

interroger, fécon<strong>de</strong>r ce qui constitue l’autre et ce qui est entre lui et moi.<br />

Marseille, lieu privilégié <strong>du</strong> métissage et <strong>de</strong> <strong>la</strong> cohabitation <strong>de</strong>s religions<br />

Marseille est le lieu privilégié <strong>de</strong> l’entre. Historiquement, sociologiquement,<br />

cette communauté urbaine est l’un <strong>de</strong> ces territoires, rares, qui ont<br />

appris à accueillir <strong>la</strong> mixité p<strong>la</strong>tonicienne. Elle est en Europe <strong>la</strong> ville <strong>de</strong>s<br />

vrais métissages par lesquels ceux qui se rencontrent sont transformés par<br />

cette rencontre et <strong>de</strong>viennent autre chose. L’alchimie ne fonctionne pas<br />

toujours, mais elle y fonctionne mieux qu’ailleurs. Certes les religions se<br />

protègent et résistent naturellement à ce travail secret que <strong>la</strong> nécessité <strong>du</strong><br />

«vivre ensemble» in<strong>du</strong>it.<br />

Sans doute Marseille a-t-elle pris <strong>de</strong> l’avance en étant contrainte <strong>de</strong> dépasser<br />

les difficultés que ces passages, afflux et convergences ont engendré dans le<br />

temps. L’esprit <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée serait-ce d’abord ce<strong>la</strong>? Les Suds, associés<br />

à plusieurs millénaires <strong>de</strong> migrations, qui se sont accumulés, en termes <strong>de</strong><br />

racines et <strong>de</strong> religions dans ce creuset culturel qu’est <strong>la</strong> Méditerranée – et<br />

tout particulièrement dans ce phare qu’est Marseille – <strong>de</strong>vraient, en profitant<br />

<strong>de</strong> 2013 et en s’appuyant, sur les compétences remarquables déjà présentes,<br />

trouver l’occasion d’êtres <strong>de</strong>s pôles exemp<strong>la</strong>ires d’expériences. Dans ce creuset<br />

sont rassemblés <strong>de</strong>s vecteurs <strong>de</strong> recherche sur les religions, d’enseignement et<br />

<strong>de</strong> formation d’excellence dont il faut tirer parti.<br />

2013, une opportunité pour renforcer un espace méditerranéen ouvert et<br />

donner une p<strong>la</strong>ce é<strong>la</strong>rgie à <strong>la</strong> parole qui informe et à <strong>la</strong> connaissance objective<br />

partagée <strong>de</strong>s autres croyances.<br />

Les référents scientifiques:<br />

autour <strong>du</strong> pilotage scientifique <strong>de</strong> Bruno Étienne avec Thierry Fabre, seront réunies les compétences<br />

complémentaires <strong>de</strong> spécialistes tels que: Ab<strong>de</strong>lwahab Med<strong>de</strong>b, François Burgat, Gilles Keppel,<br />

Leï<strong>la</strong> Babbes, Darush Shayegan, Franck Fregosi, Mohamed el Tosi, Gérad Khoury, Addou Fi<strong>la</strong>li<br />

Ansary, Christian Jambet, C<strong>la</strong>u<strong>de</strong> Gilliot, Ab<strong>de</strong>rrahmane Moussaoui et Benjamin Stora. Il est<br />

également envisagé <strong>de</strong> créer un conseil consultatif pour lequel ont été récemment sollicités Marcel<br />

Gauchet, Eli Barnavi et Tzvetan Todorov.<br />

Un projet en quatre volets<br />

Des passerelles pourront être envisagées avec les thèmes 1, 2 et 5 sur les migrations,<br />

sur les mémoires, sur le dialogue d’Athènes et <strong>de</strong> Jérusalem.<br />

Arbre <strong>de</strong> l’Espérance, Parc <strong>du</strong> Centenaire


118 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Programme 1<br />

Une exposition<br />

Marseille, métropole autrefois à forte majorité chrétienne – <strong>la</strong> religion catholique<br />

pratiquée non seulement par les Provençaux, mais encore par les Malgaches,<br />

les Laotiens, les Philippins… ; s’y ajoute <strong>la</strong> forte diversité <strong>de</strong>s branches protestante,<br />

arménienne, apostolique et orthodoxe – est <strong>la</strong> ville qui aujourd’hui<br />

abrite le plus grand nombre <strong>de</strong> minorités religieuses: une communauté juive<br />

déjà ancienne (<strong>la</strong> secon<strong>de</strong> après Paris), un is<strong>la</strong>m sous diverses formes (maghrébin,<br />

comorien), une communauté bouddhiste.<br />

On présentera les architectures <strong>de</strong>s espaces réservés aux cultes: synagogues,<br />

temples, églises, pago<strong>de</strong>s, lieux <strong>de</strong> culte is<strong>la</strong>miques qui se sont multipliés et qui<br />

cohabitent dans <strong>de</strong>s espaces voisins; on montrera notamment en quoi ils diffèrent<br />

<strong>de</strong> lieux <strong>de</strong> même obédience sur le pourtour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée. Le<br />

nouveau projet <strong>de</strong> <strong>la</strong> gran<strong>de</strong> mosquée <strong>de</strong> Marseille dans <strong>la</strong> ZAC St Louis voté<br />

par <strong>la</strong> Ville à <strong>la</strong> mi-juillet 2007, avec un calendrier d’édification sur trois ans,<br />

est sans doute l’occasion <strong>de</strong> réfléchir à ce que sera un lieu <strong>de</strong> culte musulman<br />

comme espace <strong>de</strong> rencontres citoyennes, <strong>de</strong> socialisation et <strong>de</strong> convivialité<br />

(dans <strong>la</strong> foulée <strong>de</strong> Marseille, <strong>de</strong>s constructions <strong>de</strong> mosquées sont programmées<br />

à La Seyne, Toulon et La Ciotat); et on mettra en écho le rôle que joue<br />

(a joué) <strong>la</strong> basilique <strong>de</strong> Carnoux pour les rapatriés catholiques <strong>du</strong> Maghreb<br />

(Carnoux est une ville nouvelle construite par <strong>de</strong>s français rentrés <strong>du</strong> Maroc,<br />

puis rejoints par les rapatriés d’Algérie) et les actions œcuméniques qu’elle<br />

peut mener. On examinera qui sont les officiants <strong>du</strong> culte, comment les écoles<br />

religieuses sont acceptées et fréquentées; quels rites, notamment mortuaires,<br />

avec les questions liées aux lieux d’enterrement <strong>de</strong>s dépouilles, aux carrés<br />

musulmans dans les cimetières, aux voyages <strong>de</strong>s corps; les fêtes religieuses et<br />

leurs modalités d’ouverture sur le quartier; comment ces communautés regar<strong>de</strong>nt<br />

celles, cousines, <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée; et comment <strong>de</strong>s architectes et <strong>de</strong>s<br />

artistes contemporains peuvent <strong>de</strong>ssiner <strong>de</strong>s lieux <strong>de</strong> culte et <strong>de</strong> méditation,<br />

<strong>de</strong>s objets liturgiques. Ce<strong>la</strong> pour mesurer comment se font jour <strong>la</strong> tolérance et<br />

l’ouverture, comment une porosité indispensable pour le vivre ensemble peut<br />

gagner. On se rapprochera <strong>de</strong> l’association Marseille Espérance qui rassemble<br />

autour <strong>du</strong> maire les chefs religieux arméniens, bouddhistes, catholiques, juifs,<br />

musulmans, orthodoxes grec et protestants pour une sensibilisation à <strong>la</strong><br />

candidature Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture <strong>de</strong>s pratiquants <strong>de</strong>s divers cultes,<br />

sur le thème <strong>du</strong> partage [On associera à cette exposition A<strong>de</strong>lwahab Med<strong>de</strong>b et son projet<br />

<strong>de</strong> nouvelles formes architecturales pour <strong>la</strong> construction <strong>de</strong> mosquées en France].<br />

Programme 2<br />

Un pôle <strong>de</strong> recherche<br />

Création avec l’Université <strong>de</strong> sciences religieuses et <strong>de</strong>s religions méditerranéennes,<br />

d’un haut lieu <strong>de</strong>s pluralismes religieux [«qui pourra proposer, entre<br />

autres formations, une formation à nos imams sur <strong>la</strong> base d’un diplôme donnant accès à une<br />

formation sociologique, psychologique, d’analyse comparative <strong>de</strong>s religions etc.] sous<br />

contrat avec le Département <strong>de</strong>s Bouches-<strong>du</strong>-Rhône, <strong>la</strong> Région Provence-<br />

Alpes-Côte d’Azur et <strong>la</strong> Ville <strong>de</strong> Marseille.<br />

Ce «réservoir <strong>de</strong> cerveaux» comprendra <strong>de</strong>s chercheurs <strong>de</strong> haut niveau et<br />

<strong>de</strong>vra lier médiation religieuse et médiation interculturelle. Le pluralisme<br />

culturel et religieux est <strong>la</strong>rgement pris en compte par une nouvelle génération<br />

(pour <strong>la</strong> plupart d’entre eux formés en Provence [MMSH: Université d’Aixen-Provence])<br />

qui exerce désormais en France et qui doit disposer d’outils <strong>de</strong><br />

travail [une réflexion est déjà engagée par l’entremise d’un colloque en cours <strong>de</strong> préparation sur<br />

<strong>la</strong> liberté <strong>du</strong> culte: le Statut <strong>de</strong>s cultes dans le bassin méditerranéen, au sein <strong>du</strong> projet <strong>de</strong> Centre <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> Méditerranée dirigé par B. Millet (soutenu par le Conseil Régional)].<br />

Pour ce faire, il s’agit bien <strong>de</strong> lier ce pôle à une institution interculturelle et<br />

d‘instaurer une étroite re<strong>la</strong>tion entre les <strong>de</strong>ux. Il est donc proposé une combinaison<br />

entre le Musée <strong>de</strong>s Civilisations <strong>de</strong> l’Europe et <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée<br />

(MuCEM) et le centre d’excellence, dans lequel sera hébergé, pour travailler et<br />

s’exprimer publiquement, un groupe <strong>de</strong> chercheurs occasionnels, sur <strong>de</strong>s<br />

sujets d’actualité nécessitant <strong>de</strong>s débats critiques.


119 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Exemples <strong>de</strong> thèmes <strong>de</strong> travail qui pourront donner lieu à un colloque <strong>de</strong><br />

préfiguration et d’énoncé <strong>de</strong> ce projet:<br />

– Est-ce que l’Europe peut se passer d’une Méditerranée en paix?<br />

– Comment une Méditerranée réunifiée peut-elle préfigurer une Méditerranée<br />

orientale incluant <strong>la</strong> Turquie?<br />

– Actualité et ambiguïté <strong>de</strong>s notions <strong>de</strong> Nation et <strong>de</strong> nationalité.<br />

– La Sicile était totalement musulmane…<br />

– Quel usage, quel avenir pour les 175 000 livres et les 6 000 romans coloniaux<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Maison Méditerranéenne <strong>de</strong>s Sciences <strong>de</strong> l’Homme?<br />

– En quoi le «clientélisme communautaire» est-il préjudiciable à <strong>la</strong> collectivité?<br />

Programme 3<br />

Un collège popu<strong>la</strong>ire <strong>de</strong>s croyances<br />

Création d’un collège popu<strong>la</strong>ire <strong>de</strong> notre présent pour informer et pour donner<br />

à chacun <strong>de</strong>s ressources et <strong>de</strong>s outils critiques.<br />

– Un lieu, gratuit et ouvert à tous, où les croyances sont prises en considération<br />

séparément mais ne sont pas dissociées.<br />

– Un lieu qui répond à l’attente <strong>de</strong>s jeunes et <strong>du</strong> grand public (pas <strong>de</strong> théologie,<br />

pas d’explication <strong>de</strong>s comportements culturels par le Coran).<br />

– Un lieu <strong>de</strong> partage <strong>de</strong>s expériences et d’invention commune qui ne s’intéresse<br />

pas <strong>de</strong> façon désincarnée à ce qui se passe sur le terrain mais au contraire en<br />

tire sans craindre les tâtonnements, <strong>la</strong> matière <strong>de</strong>stinée à informer.<br />

– Un lieu ou <strong>la</strong> prise <strong>de</strong> parole sera possible.<br />

– Un lieu ou les communautés minoritaires sont prises en considération.<br />

– Un lieu où <strong>la</strong> religion n’est jamais traitée seule et où prévaut le principe <strong>du</strong><br />

croisement <strong>de</strong>s disciplines (le droit, <strong>la</strong> science, <strong>la</strong> littérature, les médias, <strong>la</strong><br />

politique, le spectacle, les arts…). Car il <strong>de</strong>vrait aller <strong>de</strong> soi que <strong>la</strong> religion est<br />

indissociable <strong>de</strong>s cultures et <strong>de</strong>s valeurs qu’elle véhicule et que les fantasmes<br />

i<strong>de</strong>ntitaires et les intolérances dogmatiques se perpétuent.<br />

Procession à <strong>la</strong> Vierge, quartier <strong>du</strong> Panier<br />

À titre d’exemple, les sujets suivants pourraient être abordés:<br />

– En quoi l’expérience religieuse, au même titre que l’histoire et <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue<br />

fait-elle varier <strong>la</strong> culture et les mentalités?<br />

– Vaut-il mieux mettre en œuvre <strong>la</strong> communauté <strong>de</strong>s idées ou exprimer sa<br />

différence?<br />

– L’Occi<strong>de</strong>nt est il en train <strong>de</strong> tenter d’imposer uni<strong>la</strong>téralement ses valeurs?<br />

– Du refus <strong>de</strong> l’ethnocentrisme. De quel protocole <strong>de</strong> tolérance chaque religion<br />

<strong>de</strong>vrait-elle se revendiquer?<br />

– La raison <strong>de</strong>s Lumières, sources <strong>de</strong> valeurs collectives, hors particu<strong>la</strong>rismes,<br />

hors religions.<br />

– Sens et non sens <strong>de</strong> <strong>la</strong> théorie <strong>de</strong> <strong>la</strong> séparation <strong>de</strong>s pouvoirs.<br />

– Quels rapports historiques entre <strong>de</strong>s religions comme l’is<strong>la</strong>m et le christianisme<br />

et <strong>la</strong> tentation totalitaire?<br />

– Quel travail <strong>la</strong> musique et <strong>la</strong> chanson opèrent-elles sur <strong>la</strong> religion?<br />

Programme 4<br />

Un ren<strong>de</strong>z-vous annuel <strong>de</strong>s musiques<br />

popu<strong>la</strong>ires et sacrées<br />

Création en lien avec l’actuel Festival <strong>de</strong>s musiques sacrées <strong>de</strong> Marseille,<br />

d’un ren<strong>de</strong>z-vous avec le Festival <strong>de</strong> Fès et en association avec le réseau <strong>de</strong> ces<br />

festivals dans le mon<strong>de</strong>.


Orfeo (Monteverdi), Festival d’Art Lyrique, Aix-en-Provence


121 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Thème 5<br />

Masculin - Féminin<br />

La Méditerranée est l’un <strong>de</strong>s espaces où le problème <strong>de</strong>s re<strong>la</strong>tions entre les<br />

sexes, se pose avec le plus d’acuité.<br />

L’image <strong>de</strong>s femmes en Méditerranée renvoie à <strong>la</strong> tragédie antique. Nulle<br />

part ailleurs elle est associée à une telle dimension dramatique légitimée à <strong>la</strong><br />

fois par les mythologies et son histoire.<br />

Malgré les dérapages <strong>de</strong>s idéologies les plus rétrogra<strong>de</strong>s, les dérives nationalistes,<br />

les totalitarismes et les intégrismes en tout genre, <strong>la</strong> Méditerranée reste<br />

un foyer <strong>de</strong> créativité inépuisable. Son histoire, ses foisonnements, ses métissages<br />

y sont sans doute pour beaucoup.<br />

Et ce serait oublier ses femmes que d’en faire le bassin <strong>de</strong>s seules hybridations<br />

<strong>de</strong> cultures et <strong>de</strong> popu<strong>la</strong>tions: <strong>de</strong>puis quelques années, <strong>la</strong> volonté et <strong>la</strong> passion<br />

méditerranéennes féminines se sont retrouvées propulsées en pleine lumière<br />

et exacerbées par un soleil impitoyable pour retrouver l’empreinte d’une culture<br />

méditerranéenne, précisément attachée au développement urbain et aux<br />

modèles politiques inspirés par les institutions <strong>de</strong> <strong>la</strong> République romaine.<br />

Les figures <strong>de</strong> femmes en Méditerranée se sont multipliées. Elles sont dans <strong>la</strong><br />

mêlée. Pourquoi? Comment? Quels sont désormais les instruments <strong>de</strong> leur<br />

ténacité? Quelles sont les origines et <strong>la</strong> nature <strong>de</strong> leur engagement?<br />

Elles n’ont jamais renoncé à sauver leur Méditerranée (y compris les femmes<br />

palestiniennes ou les femmes <strong>de</strong> l’ex-Yougos<strong>la</strong>vie, otages <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux conflits,<br />

qui ont pesé lourd et pèsent encore sur l’avenir politique <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée).<br />

Non pas parce qu’elles <strong>la</strong> considéreraient comme le poumon <strong>de</strong> leur avenir ou<br />

le cœur <strong>du</strong> mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> <strong>de</strong>main, mais parce qu’il leur fal<strong>la</strong>it, sur ce petit territoire,<br />

retrouver les ancrages d’une nécessaire renaissance.<br />

Le défi féminin<br />

Singulièrement courageux, le défi féminin est partout agité <strong>de</strong> frémissements,<br />

<strong>de</strong> gron<strong>de</strong>ments et <strong>de</strong> volontés <strong>de</strong> toutes natures. Ici, on se replie sur les traditions,<br />

là, on imagine une ouverture au mon<strong>de</strong>. Ici, on agit pour <strong>la</strong> maîtrise<br />

<strong>de</strong>s savoirs, le développement <strong>de</strong>s formations, l’accès à l’é<strong>du</strong>cation. Là, on<br />

pense réformes juridiques et co<strong>de</strong> <strong>de</strong> <strong>la</strong> famille. Ici, on envisage le repli sur soi<br />

et <strong>la</strong> résistance par l’expression ostentatoire <strong>de</strong>s symboles <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture traditionnelle.<br />

Là, on adapte, on conforte ou on bétonne… Partout, <strong>la</strong> complexité<br />

<strong>de</strong>s questions et <strong>la</strong> diversité <strong>de</strong>s solutions adoptées témoignent <strong>de</strong> réflexions.<br />

Et, ce vaste fourmillement méditerranéen atteste <strong>de</strong> <strong>la</strong> quête <strong>de</strong> nouvelles<br />

valeurs et d’une volonté <strong>de</strong> dialogue, dont les femmes sont les protagonistes<br />

actives, loin <strong>de</strong>s féminismes qui ont certes ouvert les portes, mais qui, tels<br />

une guerre sans objet, ne concernent plus <strong>de</strong>s jeunes femmes dont les luttes<br />

sont ancrées dans une réalité nouvelle, masculine autant que féminine.<br />

Le champ <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture et <strong>de</strong> <strong>la</strong> création est celui où se <strong>de</strong>ssinent <strong>de</strong>s convergences,<br />

s’établit le début d’un dialogue et où semblent <strong>de</strong>voir s’amorcer le<br />

plus aisément <strong>de</strong>s entreprises communes. L’impact d’une fiction (littérature,<br />

théâtre, cinéma) et d’une construction dramatiques construites sur <strong>de</strong>s réalités<br />

est généralement beaucoup plus efficace pour toucher et faire réfléchir un<br />

public é<strong>la</strong>rgi tel que nous souhaiterions l’atteindre dans ce cas précis, en<br />

2013. C’est dans l’association entre <strong>la</strong> volonté d’échanges culturels et <strong>de</strong>s<br />

opérations très ponctuelles que se trouve <strong>la</strong> voie étroite d’une Méditerranée<br />

possible qui s’interroge sur elle-même et se dote enfin <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> coopération<br />

dont elle a besoin. On ne compte plus les forums, les colloques, les symposiums,<br />

initiés par les femmes et marqués par <strong>la</strong> volonté d’harmoniser une quête<br />

incertaine. Depuis les années 80, les femmes ont démultiplié les initiatives<br />

en ce sens.<br />

Référents scientifiques:<br />

Leï<strong>la</strong> Shahid, déléguée générale <strong>de</strong> Palestine auprès <strong>de</strong> l’UE, <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belgique et <strong>du</strong> Luxembourg.<br />

Concours également sollicités:<br />

Assia Djebar <strong>de</strong> l’Académie française, écrivain algérien, cinéaste arabe,<br />

et Arlette Farge, professeur à l’École <strong>de</strong>s Hautes Étu<strong>de</strong>s en Sciences Sociales.


122 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Programme 1<br />

Six films pour un grand projet cinématographique<br />

Nous avons décidé <strong>de</strong> donner <strong>la</strong> parole à l’art, tout en nous appuyant sur <strong>de</strong>s<br />

démarches scientifiques et en créant un collectif <strong>de</strong> compétences autour <strong>de</strong> créateurs.<br />

Six sujets seront traités: <strong>la</strong> paix, le travail, <strong>la</strong> violence, le secret, <strong>la</strong> féminité, les<br />

no man’s <strong>la</strong>nd, sous forme <strong>de</strong> comman<strong>de</strong>s auprès <strong>de</strong> cinéastes qui seront accompagnés<br />

tout au long <strong>de</strong> leur parcours par les compétences scientifiques <strong>de</strong> spécialistes. Les<br />

contenus et les recherches seront définis, documentés, commentés pour eux par<br />

<strong>de</strong>s chercheurs, dans le respect <strong>de</strong> leurs démarches créatives. Enfin ils seront soutenus<br />

par <strong>de</strong>s chefs <strong>de</strong> projets, interfaces entre le projet global <strong>de</strong> Marseille-Provence<br />

2013 et <strong>la</strong> pro<strong>du</strong>ction cinématographique dans son ensemble, mise en œuvre à<br />

cette occasion. L’objectif <strong>du</strong> projet cinématographique est <strong>de</strong> «fictionner» et<br />

faire émerger, avec force et sensibilité, les enjeux actuels <strong>du</strong> rôle <strong>de</strong>s femmes en<br />

Méditerranée et <strong>de</strong>s figures <strong>de</strong> femmes… avec une visée toute particulière sur les<br />

questions d’environnement, le contexte socio-culturel et leurs inci<strong>de</strong>nces sur les<br />

questions humaines (assortie d’une prescription: éviter tous les clichés qui accompagnent<br />

quasi systématiquement les problématiques féminines). Les thèmes<br />

transversaux et l’attention <strong>de</strong>s réalisateurs aux zones incertaines entre fiction et<br />

documentaire seront privilégiés car ils touchent aussi à l’Occi<strong>de</strong>nt.<br />

La Paix<br />

Comment arriver à <strong>la</strong> paix? Les femmes <strong>la</strong> désirent-elles? Pourquoi? Comment? Autrement<br />

que les hommes? Que se passe-t-il en temps <strong>de</strong> paix? Les femmes sont-elles <strong>de</strong>s réparatrices <strong>de</strong>s<br />

douleurs <strong>de</strong> <strong>la</strong> guerre? Vivre en paix c’est quoi? La paix entre couples, entre parents et enfants.<br />

Exemple <strong>de</strong> réalisateur: Sofia Coppo<strong>la</strong> et/ou Yousri Nasral<strong>la</strong>h<br />

Le Travail<br />

Ce sujet permet <strong>de</strong> parler <strong>de</strong>s différences entre les c<strong>la</strong>sses sociales. Des forces <strong>du</strong> travail féminin<br />

dans les pays méditerranéens. Du regard masculin sur le travail. Des re<strong>la</strong>tions <strong>de</strong> couple. En même<br />

temps et éventuellement <strong>du</strong> travail <strong>de</strong>s enfants.<br />

Exemple <strong>de</strong> réalisateur: Ken Loach<br />

La Violence<br />

Il s’agit <strong>de</strong> croiser différentes perspectives: Présence <strong>de</strong> <strong>la</strong> guerre. Violence hommes contre femmes.<br />

La violence <strong>de</strong>s femmes quand elle a lieu. Les <strong>la</strong>rmes <strong>de</strong>s femmes sont-elles une forme <strong>de</strong> violence?<br />

L’existence <strong>de</strong>s femmes criminelles. Les femmes soldats.<br />

Exemple <strong>de</strong> réalisateur: Amos Gitaï<br />

Le Secret<br />

Les hommes mettent-ils les femmes au courant <strong>de</strong> tout, notamment <strong>de</strong>s affaires politiques? La<br />

transmission évi<strong>de</strong>nte, orale et les secrets mère-fille. Le «bavardage» entre femmes brise-t-il<br />

certains secrets? Les secrets <strong>de</strong> famille. L’a<strong>du</strong>ltère.<br />

Exemple <strong>de</strong> réalisateur: Pascale Ferran et/ou Nabil Ayouch<br />

La Féminité<br />

Pourquoi dire que l’on cache sa féminité pour agir en femme. Les stéréotypes sur <strong>la</strong> féminité. Les<br />

raisons <strong>de</strong> l’impact <strong>de</strong> <strong>la</strong> question <strong>du</strong> voile. La féminité interroge-t-elle <strong>la</strong> masculinité? La féminité<br />

a-t-elle pour corol<strong>la</strong>ire <strong>la</strong> soumission? Être femme, est-ce un handicap? Que disent les hommes <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> féminité? Y a-t-il <strong>de</strong>s discours politiques sur <strong>la</strong> féminité?<br />

Exemple <strong>de</strong> réalisateur: C<strong>la</strong>ire Denis et/ou Ab<strong>de</strong>rrahmane Sissako<br />

Les No man’s <strong>la</strong>nds<br />

Ceux qui partent et ne reviennent pas. Les mirages <strong>du</strong> départ. Les retours temporaires. Les ambiguïtés<br />

<strong>de</strong> celles qui reviennent en héroïnes. Allers-retours? La schizophrénie méditerranéenne.<br />

L’accueil paradoxal <strong>de</strong>s pays <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée occi<strong>de</strong>ntale. Chaque jour <strong>de</strong>s femmes sont maltraitées<br />

au nom <strong>du</strong> mariage impossible entre is<strong>la</strong>m et <strong>la</strong>ïcité. Peut-on rendre plus lisible <strong>la</strong> <strong>du</strong>alité<br />

entre femmes, is<strong>la</strong>m et <strong>la</strong>ïcité, juives israéliennes et mariage civil, chrétiennes minoritaires vivant<br />

dans un environnement musulman?<br />

Exemple <strong>de</strong> réalisateur: Moufida T<strong>la</strong>ti et/ou Ab<strong>de</strong>l<strong>la</strong>tif Kechiche<br />

Il importe également <strong>de</strong> réfléchir à l’intérêt qu’il pourrait y avoir à créer <strong>de</strong>s tan<strong>de</strong>ms surprenants<br />

(masculin/féminin) <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux réalisateurs <strong>de</strong> sexes et <strong>de</strong> provenances géographiques opposés.


Noces, Ballet Preljocaj, Aix-en-Provence<br />

Programme 2<br />

L’image <strong>de</strong> <strong>la</strong> femme en Méditerranée<br />

Une exposition sur L’Image <strong>de</strong> <strong>la</strong> femme en Méditerranée<br />

La mère, le double, <strong>la</strong> femme instrument, <strong>la</strong> femme vue par elle-même, <strong>la</strong><br />

sainte, <strong>la</strong> femme imaginaire/femme image (littérature, cinéma, peinture),<br />

<strong>la</strong> femme colonisée, <strong>la</strong> femme travestie, <strong>la</strong> femme lea<strong>de</strong>r, <strong>la</strong> femme engagée,<br />

<strong>la</strong> femme politique, <strong>la</strong> femme collective, <strong>la</strong> femme fière <strong>de</strong> l’être… qui pourrait<br />

être confiée à une personnalité comme Elisabeth Lebovici.<br />

Un hommage à Taos Amrouche<br />

En lien avec les événements associés au thème Camus. (cf. Thème 6, Programme 2<br />

ci-après).<br />

Un défilé <strong>de</strong> mo<strong>de</strong><br />

Conçu par <strong>de</strong>s artistes invités par l’artiste Majida Khattari, scénographié<br />

avec l’architecte Zaha Hadid et <strong>la</strong> chorégraphe Latifa Laâbissi (dont les spectacles<br />

mettent en synthèse tous les composants <strong>de</strong> l’art contemporain et qui<br />

s’est, entre autres sujets, penchée avec virtuosité et esprit critique, sur les<br />

conséquences <strong>de</strong> <strong>la</strong> décolonisation et les effets pervers d’une culture et d’un<br />

imaginaire colonial encore opératoires).<br />

Annonciation, Ballet Preljocaj, Aix-en-Provence Compagnie G. Sorin, dans le cadre <strong>de</strong> Sirènes et Midi net (Lieux publics), parvis <strong>de</strong> l’Opéra <strong>de</strong> Marseille


124 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Thème 6<br />

Valeurs et figures<br />

communes<br />

Programme 1<br />

Athènes et Jérusalem<br />

Paul Valéry disait en 1922, au cours d’une réflexion sur l’i<strong>de</strong>ntité européenne:<br />

«Partout où les noms <strong>de</strong> Moïse et <strong>de</strong> Saint Paul, partout où les noms d’Aristote, <strong>de</strong><br />

P<strong>la</strong>ton et d’Eucli<strong>de</strong> ont eu une signification et une autorité simultanées, là est l’Europe»<br />

[Paul Valéry, Variété, Pléia<strong>de</strong>, p.1013].<br />

Athènes et Jérusalem: on touche là à <strong>la</strong> tension qui a contribué plus que<br />

nulle autre à fon<strong>de</strong>r notre histoire et <strong>la</strong> spécificité <strong>de</strong> <strong>la</strong> civilisation occi<strong>de</strong>ntale.<br />

Y faire réfléchir nos contemporains sera fécond en termes civiques<br />

et culturels en ce moment spécifique <strong>de</strong> <strong>la</strong> construction <strong>de</strong> l’Union européenne<br />

et <strong>de</strong> l’Histoire <strong>de</strong> notre continent. Nul doute que Marseille et sa<br />

région aient vocation à accueillir <strong>de</strong>s manifestations qui s’organiseront sur<br />

un sujet <strong>de</strong> si gran<strong>de</strong> portée: l’antique Massilia a constitué un pôle portuaire<br />

où se croisaient et se mê<strong>la</strong>ient, <strong>du</strong>rant <strong>la</strong> pério<strong>de</strong> hellénistique, <strong>de</strong>s représentants<br />

<strong>de</strong> tous les peuples <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée, au premier rang <strong>de</strong>squels les Grecs et<br />

les Hébreux.<br />

Dans un livre intitulé précisément Athènes et Jérusalem, qui se présente<br />

comme un «essai <strong>de</strong> philosophie religieuse», et dont <strong>la</strong> première édition,<br />

posthume, date <strong>de</strong> 1952, Léon Chestov (1866-1938) se donne comme tâche<br />

<strong>de</strong> mettre à l’épreuve les prétentions à <strong>la</strong> possession <strong>de</strong> <strong>la</strong> vérité qu’émet <strong>la</strong><br />

raison humaine ou <strong>la</strong> réflexion spécu<strong>la</strong>tive. Il trouve scandaleux que <strong>la</strong> raison<br />

puisse prétendre, chez Spinoza, Leibniz ou Kant, dominer le <strong>de</strong>stin <strong>de</strong> l’humanité.<br />

Il s’agit que «l’arbre <strong>de</strong> <strong>la</strong> science n’étouffe plus l’arbre <strong>de</strong> vie». Pour parler<br />

comme Pascal, il s’agit <strong>de</strong> célébrer «le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu<br />

<strong>de</strong> Jacob, et non le Dieu <strong>de</strong>s philosophes», le premier étant par eux soit nié, soit<br />

posé, par un présupposé insupportable à <strong>la</strong> tradition hébraïque, en <strong>de</strong>hors <strong>du</strong><br />

champ <strong>de</strong> <strong>la</strong> connaissance rationnelle.<br />

Ce que représente Jérusalem contre Athènes, dans l’histoire <strong>de</strong>s hommes, ce<br />

serait donc <strong>la</strong> conviction <strong>de</strong> <strong>la</strong> suprématie <strong>de</strong> <strong>la</strong> foi sur le logos. Et <strong>la</strong> certitu<strong>de</strong><br />

que pour atteindre une vérité suprême «il faut s’arracher aux sé<strong>du</strong>ctions <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

raison avec toutes ses contraintes physiques et morales et aller vers une autre<br />

source». Chestov précise: «dans l’écriture, cette source porte un nom énigmatique,<br />

<strong>la</strong> foi, qui est cette dimension <strong>de</strong> <strong>la</strong> pensée où <strong>la</strong> vérité s’abandonne sans crainte,<br />

joyeusement, à l’entière disposition <strong>du</strong> Créateur» [Léon Chestov, Athènes et Jérusalem,<br />

Éditions Yves, 1967].<br />

La conclusion coule <strong>de</strong> source: «<strong>la</strong> philosophie qui s’incline sans force <strong>de</strong>vant les<br />

données matérielles et idéales <strong>de</strong> découvertes par <strong>la</strong> raison et qui leur permet <strong>de</strong> piller<br />

et <strong>de</strong> saccager l’unique nécessaire, cette philosophie ne mène pas l’homme vers <strong>la</strong><br />

vérité mais l’en détourne à jamais». La violence <strong>de</strong> cet antagonisme, telle que<br />

portée par Chestov, ce refus hautain d’un compromis entre les <strong>de</strong>ux héritages<br />

qui ont façonné notre Europe se pose contre 20 siècles d’efforts contraires<br />

pour parvenir à enrichir l’un par l’autre.<br />

Efforts vains? George Steiner, dans un essai bref mais lumineux sur l’i<strong>de</strong>ntité<br />

<strong>de</strong> l’Europe [Une certaine idée <strong>de</strong> l’Europe, Actes Sud, 2005], conclut que cette histoire<br />

<strong>de</strong>meure, pour reprendre le titre d’un livre célèbre <strong>de</strong> Dickens, «un conte <strong>de</strong><br />

<strong>de</strong>ux cités». Le syncrétisme, aussi ingénieux qu’il soit, <strong>de</strong>meurera toujours<br />

imparfait.<br />

Et pourtant rien n’est plus stimu<strong>la</strong>nt que <strong>de</strong> considérer les efforts <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s<br />

pensées pour tendre vers une synthèse – toujours repoussée. Il faut partir <strong>de</strong>s<br />

Pères <strong>de</strong> l’Eglise, inspirés par Saint Paul qui se disait à <strong>la</strong> fois grec, juif et chrétien.<br />

Puis en venir, dans <strong>la</strong> ligne <strong>de</strong> l’œuvre d’Étienne Gilson, à <strong>la</strong> manière<br />

dont les penseurs <strong>du</strong> Moyen-Âge, et au premier rang le grand Thomas<br />

d’Aquin, se sont efforcés <strong>de</strong> transformer les vérités reçues <strong>de</strong> Dieu, sans<br />

preuve, en vérités prouvées, ainsi que l’exigeaient les principes hérités <strong>de</strong>s<br />

Grecs. L’Humanisme, au temps d’Erasme, cherche à son tour, comme l’écrit<br />

encore Steiner, «<strong>de</strong>s formes diverses <strong>de</strong> compromis entre les idéaux antiques et<br />

hébraïques». Creuset d’où sort ce néo-paganisme qui imprègne <strong>la</strong> Renaissance<br />

philosophique et esthétique.<br />

Le paradoxe, plus tard, <strong>du</strong> XIX e siècle – celui où Shelley s’écrie: «nous sommes<br />

tous grecs!» – est qu’il a vu l’esprit <strong>de</strong>s Lumières, issu <strong>de</strong>s idéaux les plus élevés<br />

<strong>de</strong> l’hellénisme, définir les libertés publiques contre les religions monothéistes


125 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

à prétention exclusive, mais que dans le même temps il a émancipé ses tenants,<br />

là où ils étaient opprimés parce que minoritaires, en leur permettant d’accé<strong>de</strong>r,<br />

grâce à l’égalité civile, à une pratique <strong>de</strong> leur foi sans entraves.<br />

Dans l’ordre intellectuel, il est enrichissant <strong>de</strong> s’interroger comme fait Steiner,<br />

sur ce que <strong>la</strong> pensée <strong>de</strong> trois grands esprits, Marx, Freud et Einstein, qui<br />

ont tant marqué ce temps-là et le nôtre, et qui paraissent à eux trois, dans<br />

leur judaïsme séculier, incarner puissamment notre mo<strong>de</strong>rnité, doivent à<br />

l’héritage <strong>de</strong> l’hébraïsme le plus religieux. Le socialisme, à certains égards,<br />

qu’il soit ou non d’inspiration marxiste, rejoint <strong>la</strong> conviction <strong>de</strong>s Hébreux<br />

selon lesquels l’histoire humaine est une création continue et qu’elle a une<br />

finalité. Que celle-ci soit autre, assurément, mais il s’agit bien <strong>de</strong> rompre<br />

avec le thème <strong>de</strong> l’éternel retour qui dominait dans les temps anciens, même<br />

en Grèce.<br />

Dans l’ordre politique, l’Affaire Dreyfus, qui a marqué les sensibilités <strong>de</strong> toute<br />

l’Europe au tournant <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rniers siècles, mérite sous cet angle une<br />

attention particulière. Deux <strong>de</strong> ses acteurs majeurs, en France, Clémenceau<br />

et Jaurès, nourris <strong>de</strong> philosophie post-kantienne, sont <strong>de</strong>s enfants directs <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> Grèce antique, dont ils ont une connaissance intime et comprennent <strong>la</strong><br />

<strong>la</strong>ngue. Ils se situent par là dans <strong>la</strong> droite ligne <strong>de</strong> l’esprit <strong>de</strong> 89 («tout donner<br />

aux Juifs comme indivi<strong>du</strong>s, rien comme nation»). Clémenceau n’a pas cessé <strong>de</strong><br />

déplorer <strong>la</strong> «mort <strong>du</strong> Grand Pan» sous l’influence d’une «secte venue, parmi<br />

d’autres, d’Asie».<br />

Et pourtant leur combat <strong>de</strong>meure concomitamment, avec <strong>de</strong>s différences<br />

formelles selon leur tempérament, empreint d’une volonté <strong>de</strong> tolérance<br />

envers un héritage biblique que tout à <strong>la</strong> fois ils récusent et illustrent.<br />

Un programme sera consacré aux représentations <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>ux visions <strong>de</strong><br />

l’homme dans l’univers. Sous <strong>la</strong> forme d’une exposition d’ambition internationale,<br />

d’ateliers, <strong>de</strong> comman<strong>de</strong>s et <strong>de</strong> spectacles, on pro<strong>du</strong>ira une réflexion<br />

collective propre à éc<strong>la</strong>irer, sous l’angle <strong>de</strong> l’antagonisme et <strong>du</strong> dialogue<br />

d’Athènes et <strong>de</strong> Jérusalem, l’histoire <strong>de</strong> l’Europe, l’actualité <strong>de</strong>s valeurs qui en<br />

sont issues, les conditions <strong>de</strong> leur avenir.<br />

Référent scientifique:<br />

Jean-Noël Jeanneney, professeur <strong>de</strong>s Universités à l’Institut d’Étu<strong>de</strong>s Politiques <strong>de</strong> Paris.<br />

Les concours d’experts seront sollicités, par exemple:<br />

Eli Barnavi, ancien ambassa<strong>de</strong>ur d’Israël en France, professeur à l’Université <strong>de</strong> Tel-Aviv, conseiller<br />

scientifique <strong>du</strong> Musée d’Histoire <strong>de</strong> l’Europe à Bruxelles.<br />

Dominique Borne, ancien doyen <strong>de</strong> l’inspection générale d’Histoire, prési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> l’Institut Européen<br />

en science <strong>de</strong>s religions.<br />

Philippe Nemo, philosophe, directeur scientifique <strong>du</strong> Centre <strong>de</strong> Recherche en Philosophie<br />

Économique <strong>de</strong> l’European School of Management.<br />

Maurice Sartre, professeur à l’université François Rabe<strong>la</strong>is <strong>de</strong> Tours et membre <strong>de</strong> l’Institut<br />

Universitaire <strong>de</strong> France: spécialiste reconnu <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée orientale aux époques hellénistique<br />

et impériale.<br />

Michel Winock, historien, professeur émérite à l’Institut d’Étu<strong>de</strong>s Politiques <strong>de</strong> Paris, spécialiste<br />

<strong>de</strong>s cultures politiques et <strong>de</strong> l’histoire <strong>de</strong>s Juifs en Occi<strong>de</strong>nt.<br />

Heinz Wismann, philosophe franco-allemand (Hei<strong>de</strong>lberg, EHESS), directeur <strong>de</strong> collection<br />

aux éditions <strong>du</strong> Cerf.<br />

Et s’il y consentait, évi<strong>de</strong>mment, George Steiner.


126 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Programme 2<br />

Les cent ans <strong>de</strong> Camus<br />

Marseille-Provence, Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture offre, par excellence,<br />

le temps et le lieu d’une célébration mémorable <strong>du</strong> centenaire <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

naissance <strong>de</strong> Camus. Comment imaginer, en effet, occasion plus propice et<br />

mieux adaptée d’illustrer et <strong>de</strong> fêter cet auteur <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux rives?<br />

Lui rendre hommage, c’est d’abord donner à voir, lire, entendre, résonner au<br />

plus juste, cette œuvre méditerranéenne et universelle à <strong>la</strong> fois.<br />

Camus est plus actuel que jamais dans nos consciences.<br />

Le sens <strong>de</strong> son entreprise nourrit les thèmes qui préoccupent <strong>la</strong> sensibilité<br />

contemporaine (<strong>la</strong> complexité <strong>de</strong> <strong>la</strong> nature humaine, le rôle <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture et<br />

<strong>de</strong>s intellectuels, <strong>la</strong> jeunesse, l’importance <strong>de</strong> <strong>la</strong> transmission <strong>de</strong>s savoirs, <strong>la</strong><br />

ma<strong>la</strong>die, les amitiés, <strong>la</strong> colonisation et <strong>la</strong> guerre d’Algérie, le rapport entre<br />

absur<strong>de</strong> et révolte, le refus d’une juste violence <strong>de</strong> l’Histoire, le dialogue <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

morale et <strong>de</strong> <strong>la</strong> politique, le bonheur comme <strong>de</strong>voir).<br />

À travers <strong>la</strong> diversité <strong>de</strong> leurs formes d’expression (roman, théâtre, essai,<br />

journalisme), <strong>la</strong> pensée et l’œuvre <strong>de</strong> Camus illustrent cette heureuse et<br />

mo<strong>de</strong>rne transversalité qui est désormais <strong>de</strong>venue le principal levier <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

création en ce passage <strong>de</strong>s siècles.<br />

Leur enracinement biographique et leur inscription dans l’histoire récente <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> Méditerranée, leur aspiration à extraire le permanent <strong>de</strong> l’éphémère, leur<br />

refus <strong>de</strong> tout dogmatisme et <strong>de</strong> tout système, l’exigence morale, <strong>la</strong> passion <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> lucidité souvent désespérée qui les animent (sans jamais renoncer à une<br />

certaine forme <strong>de</strong> c<strong>la</strong>ssicisme <strong>de</strong>s dispositifs et <strong>de</strong> <strong>la</strong> transparence <strong>du</strong> <strong>la</strong>ngage)<br />

en font une œuvre irremp<strong>la</strong>çable.<br />

Pour commencer, il y eut et il y aura toujours Alger; <strong>la</strong> vie dans un quartier<br />

popu<strong>la</strong>ire, <strong>la</strong> pauvreté, l’éblouissement <strong>du</strong> soleil, <strong>la</strong> mère, le silence, <strong>la</strong> solitu<strong>de</strong>,<br />

<strong>la</strong> solidarité, <strong>la</strong> tuberculose, <strong>la</strong> découverte <strong>de</strong> <strong>la</strong> philosophie, les maîtres,<br />

Jean Grenier, l’écriture, les premiers engagements politiques et humanitaires.<br />

Puis, ses premiers pas dans <strong>la</strong> famille <strong>du</strong> théâtre, et Lourmarin (à partir <strong>de</strong><br />

1937 sans doute) où il se réfugiera <strong>de</strong> plus en plus.<br />

8 février 1937, conférence à <strong>la</strong> Maison <strong>de</strong> <strong>la</strong> Culture d’Alger: <strong>la</strong> culture indigène,<br />

<strong>la</strong> nouvelle culture méditerranéenne.<br />

Août 1937: premier séjour à Marseille et en Italie.<br />

1938: <strong>la</strong> philosophie, Nietzsche, Kierkegaard; rencontre avec Pascal Pia et<br />

premiers pas dans <strong>la</strong> gran<strong>de</strong> presse (Alger républicain, Soir républicain; puis à<br />

partir <strong>de</strong> 1940, Paris-Soir et La Tunisie française). Puis s’enchaînent les col<strong>la</strong>borations<br />

à Combat et l’Express.<br />

En 1940, Camus quitte définitivement l’Algérie pour <strong>la</strong> France.<br />

Mais les années qui vont suivre voient se succé<strong>de</strong>r encore nombre d’allersretours<br />

entre Paris et Alger, le Sud <strong>de</strong> <strong>la</strong> France (Lourmarin, Marseille, l’Isle<br />

sur <strong>la</strong> Sorgue, Cabris près <strong>de</strong> Grasse) et <strong>la</strong> Tunisie.<br />

Les visions lumineuses, dont sa terre natale a nimbé sa mémoire et sa sensibilité,<br />

ont nourri son optimisme et sa confiance en l’intelligence humaine. Peut-on<br />

penser qu’elles lui ont permis <strong>de</strong> transgresser par <strong>la</strong> c<strong>la</strong>rté l’absurdité <strong>du</strong> <strong>de</strong>stin?<br />

Métaphoriquement, L’Été nous y engagerait fortement, mais auparavant, le<br />

<strong>de</strong>rnier chapitre <strong>de</strong> L’Homme révolté, intitulé La Pensée <strong>de</strong> midi, avait déjà<br />

éc<strong>la</strong>iré, étalonné en quelque sorte cette dimension <strong>de</strong> l’humanisme méditerranéen,<br />

qui procè<strong>de</strong> d’une tension parfaite entre <strong>la</strong> révolte et le réel, même<br />

dans ses aspects les plus dramatiques; entre une acceptation <strong>du</strong> mon<strong>de</strong> même<br />

dans ses pires dérives et un humanisme luci<strong>de</strong> et rigoureux.<br />

Le référent scientifique:<br />

Pierre Louis Rey, spécialiste <strong>du</strong> roman <strong>de</strong>s XIXe et XXe siècles, professeur à l’université <strong>de</strong> Sorbonne<br />

Nouvelle, Paris, enseignant aux États-Unis, directeur <strong>du</strong> centre <strong>de</strong> recherches proustiennes et <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> revue d’Histoire littéraire <strong>de</strong> <strong>la</strong> France.


127 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

L’événement phare: un match <strong>de</strong> football exceptionnel<br />

Pour l’obtention d’une coupe Albert Camus 2013, unique dans l’histoire <strong>de</strong><br />

ce sport et <strong>de</strong> <strong>la</strong> re<strong>la</strong>tion entre le sport et <strong>la</strong> culture.<br />

Dès 1930, Albert Camus est dans l’équipe <strong>du</strong> Racing Universitaire<br />

d’Alger. Cette passion <strong>du</strong> jeu en équipe et sa position <strong>de</strong> gardien <strong>de</strong> but,<br />

seul et avec tous, lui convient si bien qu’elle ne le quittera jamais complètement.<br />

Il en fait lui-même l’un <strong>de</strong>s points forts <strong>de</strong> sa formation et l’un <strong>de</strong><br />

ses traits <strong>de</strong> caractère: «J’appris tout <strong>de</strong> suite qu’une balle ne vous arrivait<br />

jamais <strong>du</strong> côté ou l’on croyait. Ça m’a servi dans l’existence…»<br />

L’image <strong>de</strong> <strong>la</strong> «génération Zidane» articule, pour le meilleur – et pour le<br />

pire parfois – le symbole <strong>de</strong> l’intégration. «C’est beau un mon<strong>de</strong> qui joue»<br />

fut l’expression <strong>de</strong> Michel P<strong>la</strong>tini re<strong>la</strong>yée en exergue lors <strong>de</strong> <strong>la</strong> même<br />

Coupe <strong>du</strong> mon<strong>de</strong>.<br />

Mais Camus, sensible à cette forme <strong>de</strong> communion, avait-il imaginé que<br />

le football, au début <strong>de</strong> III e millénaire, serait un phénomène <strong>de</strong> société,<br />

exacerbant <strong>de</strong>s dysfonctionnements irrésistibles et l’enjeu d’intérêts<br />

financiers aussi considérables? Camus y reconnaîtrait-il sa vision salvatrice<br />

<strong>du</strong> foot?<br />

Le foot n’est heureusement pas qu’un sport dénaturé par l’argent. La fascination<br />

que le football exerce sur ses supporters met en jeu d’étranges<br />

processus d’i<strong>de</strong>ntification.<br />

Des équipes peuvent se constituer en figures emblématiques <strong>de</strong>s i<strong>de</strong>ntités<br />

locales ou nationales qu’elles se donnent l’illusion <strong>de</strong> représenter.<br />

Elles peuvent répondre à une aspiration fusionnelle rassemb<strong>la</strong>nt origines<br />

et cultures dans une communauté <strong>de</strong> désir d’intégration et <strong>de</strong> réussite<br />

collective.<br />

L’organisation sera p<strong>la</strong>cée, sous l’égi<strong>de</strong> d’une personnalité <strong>de</strong> gran<strong>de</strong><br />

notoriété, tel Zinedine Zidane, s’il en accepte le principe. Sa préparation,<br />

en clôture <strong>de</strong> l’année 2013, montera en puissance en s’appuyant toute<br />

l’année sur un programme <strong>de</strong> stages et d’ateliers créatifs. Ils seront organisés<br />

gratuitement dans les quartiers <strong>de</strong> Marseille et d’Alger et dans les<br />

vil<strong>la</strong>ges <strong>de</strong> Provence (dont Lourmarin) avec pour objectif <strong>de</strong> combiner<br />

Albert Camus, La Dévotion à <strong>la</strong> croix, 14 juin 1953<br />

les exercices sportifs à <strong>de</strong>s phases <strong>de</strong> réflexion sur <strong>la</strong> pratique sportive et<br />

ses enjeux culturels.<br />

Le match pourrait avoir lieu à <strong>la</strong> fois au sta<strong>de</strong> Vélodrome <strong>de</strong> Marseille et<br />

à Alger.<br />

Les questions <strong>de</strong> retransmission télévisée seront négociées avec comme<br />

préa<strong>la</strong>ble <strong>la</strong> définition d’une programmation culturelle originale en<br />

accompagnement.<br />

Préa<strong>la</strong>blement à ce point d’orgue en 2013, l’année aura donc été émaillée<br />

<strong>de</strong> stages et ateliers dans les quartiers: Le Foot et Albert Camus,<br />

organisés à <strong>de</strong>stination <strong>de</strong>s jeunes, enfants et adolescents. Ils mettront<br />

à profit un panel <strong>de</strong> disciplines artistiques et culturelles. Ils accueilleront<br />

<strong>de</strong>s spécialistes et <strong>de</strong>s créateurs, choisis (à l’initiative <strong>de</strong>s responsables<br />

d’institutions et <strong>de</strong>s associations marseil<strong>la</strong>ises engagées dans le projet)<br />

autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> conjonction le sport/<strong>la</strong> création/l’esprit méditerranéen,<br />

selon Camus.<br />

En vertu <strong>de</strong>s analogies qu’il y a lieu <strong>de</strong> retrouver entre Marseille et le<br />

contexte épique (<strong>la</strong> mer, le vent et <strong>la</strong> comète surgie dans le ciel) dans lequel<br />

se déroule L’État <strong>de</strong> siège et, alors que Camus a toujours rêvé <strong>de</strong> <strong>la</strong> voir jouer<br />

en plein air, il est envisagé <strong>de</strong> confier à un réalisateur <strong>de</strong> <strong>la</strong> trempe <strong>de</strong><br />

Patrice Chéreau, une nouvelle mise en scène <strong>de</strong> cette pièce [«il ne s’agit pas<br />

d’une pièce <strong>de</strong> structure traditionnelle, mais d’un spectacle dont l’ambition avouée est <strong>de</strong> mêler toutes<br />

les formes d’expression dramatique <strong>de</strong>puis le monologue lyrique jusqu’au théâtre collectif, en passant<br />

par le jeu muet, le simple dialogue, <strong>la</strong> face et le chœur.» Avertissement d’Albert Camus pour L’État<br />

<strong>de</strong> siège. La Pléia<strong>de</strong>, p.291].<br />

Le billet ven<strong>du</strong> pour le match <strong>de</strong> foot sera composé d’une double contremarque:<br />

tout spectateur <strong>de</strong> <strong>la</strong> finale <strong>du</strong> match <strong>de</strong> foot aura <strong>la</strong> possibilité<br />

d’assister, en plein air, à <strong>la</strong> mise en scène prestigieuse <strong>du</strong> «spectacle en<br />

trois <strong>partie</strong>s»<br />

Référent: Philippe Mangeot (rédacteur en chef <strong>de</strong> <strong>la</strong> revue VACARME) avec Ab<strong>de</strong>lhak Serhane<br />

et Michel Péraldi.


128 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Des rencontres littéraires «Les ancrages d’une pensée <strong>de</strong> midi<br />

ou Camus et <strong>la</strong> littérature contemporaine».<br />

Elles seront organisées en partenariat avec <strong>la</strong> revue La Pensée <strong>de</strong> midi, l’Association<br />

Albert Camus, un journal comme Les Inrockuptibles et/ou un numéro<br />

spécial <strong>du</strong> Mon<strong>de</strong> <strong>de</strong>s Lettres. Seront sollicités notamment: Mohammed Dib,<br />

Kateb Yacine, Albert Memmi, Tahar ben Jelloun, Rachid Boudjedra, André<br />

Chedid, Amin Maalouf, Myrian Amtaki, Mouloud Mammeri, Ghassan<br />

Fawaz, Naguib Mahfouz, Gamal Ghitany et Vassilis Alexakis…<br />

Quelques pistes pour <strong>de</strong>s thèmes:<br />

Quels sont les auteurs vivants qui pourraient se revendiquer aujourd’hui<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Pensée <strong>de</strong> Midi? Comment est aujourd’hui reçu Camus en Algérie?<br />

Un hommage sera ren<strong>du</strong> à Driss Chraïbi, récemment décédé et à Albert Memmi<br />

(dont Camus avait dédicacé le premier roman, La Statue <strong>de</strong> sel <strong>de</strong> 1953).<br />

En marge <strong>de</strong> ces rencontres:<br />

Une p<strong>la</strong>ce à part sera donnée à un auteur, assortie d’un spectacle conçu en<br />

lien avec le thème «femmes en Méditerranée» qui permettra <strong>de</strong> faire mieux<br />

connaître l’œuvre <strong>de</strong> Marguerite Taos Amrouche (première romancière algérienne<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong>ngue française) et exégète <strong>de</strong> <strong>la</strong> poésie <strong>de</strong> tradition orale et <strong>de</strong>s<br />

chants berbères <strong>de</strong> Kabylie (décédée en 1976, elle est enterrée en Provence,<br />

à Saint Michel l’Observatoire).<br />

Autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> formule <strong>de</strong> Victor Hugo: «l’abolition pure, simple et définitive <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> peine <strong>de</strong> mort», il sera <strong>de</strong>mandé à Robert Badinter <strong>de</strong> retracer les origines et<br />

les sources littéraires d’un tel engagement auquel l’œuvre et l’action d’Albert<br />

Camus ont tant contribué.<br />

On tentera <strong>de</strong> créer le numéro spécial d’un Journal méditerranéen (distribué<br />

gratuitement sur tout le bassin) développant, à partir <strong>de</strong> Camus journaliste et<br />

chroniqueur, une réflexion sur l’engagement politique <strong>de</strong> l’artiste. Y sera associée<br />

<strong>la</strong> maquette d’une émission radiophonique par l’entremise d’un accueil<br />

négocié avec un partenaire radiophonique méditerranée (Médi1) et d’une<br />

édition Internet.<br />

Il est envisagé <strong>de</strong> pro<strong>du</strong>ire un opéra au titre <strong>de</strong> <strong>la</strong> comman<strong>de</strong> publique<br />

sur <strong>la</strong> pièce d’Albert Camus Les Justes.<br />

Comment faire entrer les nouvelles générations dans ce texte difficile et<br />

construit en référence à <strong>la</strong> tragédie c<strong>la</strong>ssique? C’est <strong>la</strong> gageure d’une telle<br />

comman<strong>de</strong>, vouée à circuler dans le mon<strong>de</strong>. L’originalité <strong>de</strong> l’enquête menée<br />

par Camus (sur <strong>la</strong> révolte et contre les idéologies) telle qu’elle est incarnée<br />

par ses personnages et par le drame inhérent à leur combat, nécessite, comme<br />

il l’avait souhaité, que converge autour d’elle une noria <strong>de</strong> talents susceptibles<br />

d’actualiser <strong>de</strong> façon juste <strong>la</strong> contemporanéité <strong>de</strong> son propos.<br />

Une exposition sera conçue et pro<strong>du</strong>ite autour <strong>de</strong>s œuvres d’Albert Camus.<br />

Elle sera ralisée en une forme ré<strong>du</strong>ite et transportable. Elle permettra <strong>de</strong> faire<br />

rayonner le centenaire <strong>de</strong> Camus à l’étranger. Cette exposition <strong>de</strong>vra<br />

montrer <strong>la</strong> re<strong>la</strong>tion particulièrement étroite qui le liait à ses maîtres, Jean<br />

Grenier et amis, René Char et Jules Roy; ainsi que l’importance <strong>de</strong>s rencontres<br />

d’exception qui ont traversé sa vie. Elle donnera également un éc<strong>la</strong>irage sur<br />

les écrivains et auteurs <strong>du</strong> théâtre <strong>de</strong> l’absur<strong>de</strong> <strong>de</strong>s années 50 et 60 – <strong>de</strong> Beckett,<br />

Ionesco, Albee ou Pinter – et se fera l’écho <strong>de</strong>s philosophies existentielles<br />

et <strong>de</strong> sa re<strong>la</strong>tion double et trouble à Jean-Paul Sartre. Elle donnera aussi<br />

une idée <strong>du</strong> rôle joué à l’époque par <strong>la</strong> presse et les revues et en particulier<br />

Les Temps mo<strong>de</strong>rnes.<br />

Témoin <strong>de</strong> lui-même à travers l’écriture, Camus a toute sa vie souhaité exprimer<br />

sa fidélité au mon<strong>de</strong> démuni <strong>de</strong> son enfance dont l’accession à <strong>la</strong> culture<br />

l’avait séparé. Pour cette raison, il sera fait appel, pour piloter cette exposition,<br />

à une commissaire (Aurélie Filippetti) cumu<strong>la</strong>nt expérience d’écrivain et<br />

engagement social.


Programme 3<br />

De De<strong>la</strong>croix à Picasso<br />

De De<strong>la</strong>croix à Matisse, <strong>de</strong> Van Gogh à Picasso, mais aussi Renoir, Monnet,<br />

Bonnard, Derain, Braque, Cézanne bien sûr... une part importante <strong>de</strong> l’histoire<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> peinture s’est écrite dans les ateliers <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée.<br />

Plusieurs gran<strong>de</strong>s expositions internationales ont commencé à retracer cette<br />

histoire : Sous le soleil exactement en 2005 à <strong>la</strong> Vieille Charité à Marseille,<br />

Cézanne en Provence en 2006 au musée Granet à Aix-en-Provence, Ingres et<br />

l’Antique en 2006 à Arles et bientôt Van Gogh-Monticelli en 2008 à Marseille<br />

ou Picasso-Cézanne à Aix-en-Provence.<br />

2013 viendra clore le chapitre <strong>de</strong> ces gran<strong>de</strong>s expositions sur <strong>la</strong> rencontre<br />

<strong>de</strong>s peintres et <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée avec un projet exceptionnel proposé à<br />

l’échelle <strong>du</strong> territoire <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature pour les grands musées <strong>de</strong> Provence.<br />

Exposition Cézanne en Provence, Aix-en-Provence


130 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Thème 7<br />

Gastronomie<br />

Nord-Sud<br />

L’aire <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature <strong>de</strong> <strong>la</strong> Capitale culturelle 2013 recèle <strong>de</strong>s potentiels<br />

culinaires exceptionnels pour plusieurs raisons:<br />

– Une géographie unique permet <strong>de</strong> cultiver ou <strong>de</strong> pêcher <strong>de</strong>s pro<strong>du</strong>its <strong>de</strong><br />

qualité qui ont toujours été constitutifs <strong>de</strong> cultures locales extrêmement<br />

fortes. Du pays d’Arles aux fortes traditions littorales, les pro<strong>du</strong>its <strong>de</strong>s terroirs<br />

sont <strong>de</strong>s i<strong>de</strong>ntités culturelles en tant que telles.<br />

– Des pratiques culturelles autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> table sont autant <strong>de</strong> cultures popu<strong>la</strong>ires<br />

i<strong>de</strong>ntitaires marquant le mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> vie <strong>de</strong> chacun.<br />

– Des influences internationales évi<strong>de</strong>ntes et <strong>de</strong> cousinages méditerranéens<br />

ont nourri et nourrissent encore le patrimoine culturel commun.<br />

– Un réel regain <strong>de</strong> vitalité <strong>de</strong> <strong>la</strong> création culinaire et un véritable travail <strong>de</strong><br />

fond sur <strong>la</strong> qualité <strong>de</strong> <strong>la</strong> restauration sont en cours.<br />

L’axe d’un projet transversal sur les pro<strong>du</strong>its, les pratiques culinaires, les<br />

cuisines et les cuisiniers sera centré sur <strong>la</strong> diversité culturelle en associant:<br />

– Pro<strong>du</strong>cteurs (maraîchers, arboriculteurs, pêcheurs, viticulteurs);<br />

– Distributeurs et intermédiaires (grossistes, primeurs, bouchers);<br />

– Cuisiniers (restaurateurs <strong>de</strong> collectivités, restaurants, cuisiniers familiaux);<br />

– Consommateurs;<br />

– Médiateurs (intellectuels, scientifiques, journalistes).<br />

Cette problématique <strong>de</strong> <strong>la</strong> diversité culturelle est débattue dans un grand<br />

nombre <strong>de</strong> cercles et d’ouvrages mais pour ce qui nous concerne nous<br />

pourrions travailler à partir <strong>du</strong> concept <strong>de</strong> géopolitique <strong>du</strong> goût énoncé par<br />

Philippe Boudan dans le livre éponyme ou dans Paris Cuisine aux éditions<br />

Jean Paul Rocher.<br />

S’inscrire dans ce champ permet d’être au cœur <strong>du</strong> débat contemporain pour<br />

plusieurs raisons:<br />

– Il mobilise sur le territoire <strong>de</strong>s forces <strong>de</strong> <strong>la</strong> société civile qui revendiquent<br />

aujourd’hui une approche culturelle <strong>de</strong> leur métier, é<strong>la</strong>rgissant ainsi <strong>la</strong> notion<br />

<strong>de</strong> culture à <strong>de</strong>s sphères qui s’en sentent parfois exclues.<br />

– Il inscrit dans l’objectif <strong>de</strong> développement <strong>du</strong>rable, <strong>de</strong> commerce équitable,<br />

<strong>de</strong> travail <strong>du</strong> paysage qui sont au cœur <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s questions contemporaines.<br />

– Il fait émerger et met en valeur <strong>de</strong> nouveaux écrivains <strong>du</strong> goût en insistant<br />

sur les bienfaits d’une mondialisation respectueuse <strong>de</strong>s i<strong>de</strong>ntités <strong>de</strong> chacun<br />

et d’une «créolisation» <strong>de</strong>s pratiques.<br />

– Il associe <strong>de</strong>s centaines, voire <strong>de</strong>s milliers d’amateurs qui font vivre le goût<br />

dans leur famille ou dans leur cercle d’amis.


131 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Programme 1<br />

Passer les p<strong>la</strong>ts<br />

Projet autour <strong>de</strong> l’art culinaire et <strong>de</strong> <strong>la</strong> gastronomie, il s’appuiera sur une double<br />

transmission (cf. thème 7, ci-<strong>de</strong>ssous).<br />

Il s’agira dans un premier temps, <strong>de</strong> repérer dans les communautés marseil<strong>la</strong>ises,<br />

italiennes, turques, libanaises, algériennes, marocaines, tunisiennes et<br />

espagnoles (correspondant à nos «cibles» méditerranéennes privilégiées)<br />

<strong>de</strong>s cuisiniers et <strong>de</strong>s cuisinières réputées ou plus simplement passionnées.<br />

Le premier atelier consistera en une confrontation <strong>de</strong> leurs pratiques, généralement<br />

transmises <strong>de</strong> parents à enfants, avec celle d’un grand chef <strong>du</strong> pays<br />

concerné. Ce premier projet dit <strong>de</strong> «confrontation <strong>de</strong>s sources» sera suivi<br />

d’un nouveau voyage dans autant <strong>de</strong> pays <strong>de</strong> l’Europe <strong>du</strong> Nord avec <strong>de</strong>s chefs<br />

particulièrement sensibles à <strong>la</strong> cuisine <strong>du</strong> Sud. Nous <strong>de</strong>man<strong>de</strong>rons qu’à l’issue<br />

<strong>de</strong> cet atelier, le groupe crée trois recettes en commun (entrée, p<strong>la</strong>t, <strong>de</strong>ssert),<br />

susceptibles d’être confectionnés par tout un chacun. De retour à Marseille,<br />

ces 21 recettes seront transmises à l’occasion <strong>de</strong> repas <strong>de</strong> quartiers et feront<br />

l’objet d’une publication.<br />

Programme 2<br />

Marchés <strong>de</strong> nuit<br />

Les fameux «night markets» thématiques qui associeront <strong>la</strong> nourriture <strong>de</strong> rue<br />

(finger food), l’achat <strong>de</strong> pro<strong>du</strong>its et <strong>de</strong>s propositions d’autres artistes dans le marché<br />

même (musiciens, circassiens, comédiens, p<strong>la</strong>sticiens <strong>de</strong> l’éc<strong>la</strong>irage). Ces marchés<br />

organisés quatre fois dans l’année pour fêter l’arrivée <strong>de</strong> chaque saison seront<br />

également l’occasion <strong>de</strong> découvrir <strong>de</strong>s «déclinaisons» d’un même pro<strong>du</strong>it en<br />

fonction <strong>de</strong> sa région <strong>de</strong> pro<strong>du</strong>ction et/ou <strong>de</strong> ses techniques <strong>de</strong> préparation.<br />

Programme 3<br />

Deux caravanes <strong>du</strong> goût<br />

L’une qui sillonnera, <strong>de</strong> Toulon à Arles en passant par Marseille, le pays et les<br />

quartiers, l’autre qui ira dans les capitales méditerranéennes et européennes<br />

en mettant en avant toutes les pro<strong>du</strong>ctions <strong>de</strong> <strong>la</strong> Capitale culturelle. Elles<br />

seront essentiellement <strong>de</strong>stinées à un travail avec les sco<strong>la</strong>ires.<br />

Ces trois programmes s’appuieront sur <strong>la</strong> vitalité d’associations ou d’institutions<br />

existantes comme le Conservatoire <strong>de</strong>s cuisines ou les chambres<br />

d’agriculture et les associations professionnelles comme celles <strong>de</strong>s jeunes<br />

Chefs européens.


Canal <strong>de</strong> Marseille près <strong>de</strong> Salon-<strong>de</strong>-Provence


133 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Thème 8<br />

Le partage <strong>de</strong> l’eau<br />

Les membres <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> travail <strong>de</strong> préparation <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature ont unanimement<br />

considéré que le projet <strong>de</strong> Capitale européenne <strong>de</strong>vait consacrer<br />

l’un <strong>de</strong> ses thèmes aux rapports <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture et <strong>de</strong> l’environnement. Ils ont<br />

choisi, parmi tous les aspects possibles <strong>de</strong> ce vaste domaine, <strong>de</strong> centrer<br />

l’attention <strong>de</strong>s publics sur le sujet <strong>du</strong> «partage <strong>de</strong> l’eau».<br />

Un homme sur cinq, dans le mon<strong>de</strong> est privé d’un accès convenable à l’eau<br />

potable. Ce pourcentage pourrait doubler d’ici 2025. Selon l’OMS, 70 % <strong>de</strong>s<br />

patients hospitalisés dans les pays pauvres sont victimes d’une eau polluée.<br />

On estime à 2,5 millions le nombre <strong>de</strong> personnes qui meurent chaque année<br />

d’avoir bu une eau contaminée. L’ONU i<strong>de</strong>ntifie 300 zones où le contrôle <strong>de</strong><br />

l’eau est <strong>de</strong>venu une source <strong>de</strong> conflit. 1 % <strong>de</strong> croissance urbaine se tra<strong>du</strong>it,<br />

dans les pays <strong>du</strong> Sud, par une chute <strong>de</strong> 2,5 % <strong>du</strong> taux <strong>de</strong> couverture <strong>de</strong> l’alimentation<br />

en eau, alors que <strong>la</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong> croît <strong>de</strong>ux fois plus vite que <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion.<br />

Des chercheurs ont établi que dans le Sud <strong>de</strong> <strong>la</strong> France, les précipitations<br />

auront décru d’un tiers d’ici <strong>la</strong> fin <strong>du</strong> siècle. Avec seulement 3 % <strong>de</strong>s ressources<br />

en eau douce <strong>du</strong> globe, les pays <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée rassemblent <strong>la</strong> moitié <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion «pauvre en eau» <strong>du</strong> mon<strong>de</strong>. Dans ces pays, 30 millions d’habitants<br />

sont d’ores et déjà privés d’accès à l’eau potable; dans les zones <strong>du</strong> Sud et <strong>de</strong><br />

l’Est <strong>du</strong> bassin, <strong>la</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong> augmentera <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 25 % d’ici 2025 et les rejets<br />

d’eaux usées <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 30 % au cours <strong>de</strong> <strong>la</strong> même pério<strong>de</strong>. Parallèlement,<br />

les coûts d’approvisionnement continueront <strong>de</strong> croître ainsi que les mo<strong>de</strong>s<br />

d’exploitation non <strong>du</strong>rables <strong>de</strong> <strong>la</strong> ressource.<br />

Épuisement <strong>de</strong> certaines réserves, gaspil<strong>la</strong>ge, inégalité <strong>de</strong> répartition <strong>de</strong>s richesses<br />

et <strong>de</strong>s usages, croissances démographique et urbaine, pollutions, changements<br />

climatiques entraînant sécheresse et fonte <strong>de</strong>s masses g<strong>la</strong>ciaires se conjuguent<br />

pour faire <strong>de</strong> <strong>la</strong> question <strong>de</strong> l’eau l’un <strong>de</strong>s plus grands défis <strong>du</strong> XXI e siècle. Les<br />

Méditerranéens y sont confrontés <strong>de</strong> manière vitale et urgente.<br />

L’eau est aussi une source, elle inépuisable, <strong>de</strong> notre imaginaire, <strong>de</strong> nos rêves<br />

et <strong>de</strong> nos créations. Elle inspire les œuvres et les formes les plus hautes.<br />

Comment apprendre à maîtriser cette source menacée, à mieux en partager<br />

les bienfaits? Comment sensibiliser, é<strong>du</strong>quer les citoyens aux exigences <strong>de</strong><br />

cette maîtrise dans un pays privilégié où l’on a peu conscience <strong>de</strong>s dangers qui<br />

se profilent et où l’expression «risque <strong>de</strong> pluie» se répète in<strong>la</strong>ssablement dans<br />

nos bulletins météo? Comment mobiliser les moyens <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture au service<br />

<strong>de</strong> cette é<strong>du</strong>cation nécessaire?<br />

Marseille-Provence possè<strong>de</strong>, pour contribuer à cet enjeu, une légitimité et <strong>de</strong>s<br />

atouts. La légitimité est celle <strong>de</strong> sa situation géographique et d’une «histoire<br />

hydraulique» exemp<strong>la</strong>ire. Depuis le XIX e siècle, ce territoire s’est illustré par<br />

un ensemble <strong>de</strong> grands travaux <strong>de</strong> captage, <strong>de</strong> transport, <strong>de</strong> stockage, <strong>de</strong><br />

distribution <strong>de</strong>s eaux, particulièrement ambitieux et novateurs à l’époque,<br />

permettant à ses cités <strong>de</strong> figurer parmi les mieux sécurisées sur le p<strong>la</strong>n <strong>de</strong> leur<br />

approvisionnement. Une découverte <strong>de</strong> cette histoire, à travers notamment<br />

<strong>de</strong>s parcours et <strong>de</strong>s visites commentés, figurera parmi nos programmes.<br />

Les atouts sont pour l’essentiel <strong>la</strong> compétence et <strong>la</strong> diversité <strong>de</strong>s organismes<br />

qui interviennent sur ce thème. On en a évoqué quelques-uns au chapitre I.<br />

Mais il faut rappeler <strong>la</strong> présence et l’action <strong>du</strong> Conseil Mondial <strong>de</strong> l’Eau, <strong>de</strong><br />

l’Institut méditerranéen <strong>de</strong> l’Eau, <strong>du</strong> «P<strong>la</strong>n bleu» imp<strong>la</strong>nté à Sophia Antipolis,<br />

<strong>du</strong> Centre d’Océanographie <strong>de</strong> Marseille, <strong>de</strong> <strong>la</strong> Société <strong>du</strong> Canal <strong>de</strong> Provence<br />

à Aix-en-Provence.<br />

Le thème «Le partage <strong>de</strong>s eaux» comportera quatre programmes:


134 Les thèmes et les programmes Axe 1<br />

Programme 1<br />

Une exposition <strong>de</strong> vaste ampleur<br />

Sur le site <strong>du</strong> J1 dans le port <strong>de</strong> Marseille, complétée par un mo<strong>du</strong>le itinérant<br />

voué principalement à circuler autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée. Destinée au public<br />

le plus <strong>la</strong>rge, elle sera conçue dans l’esprit <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s manifestations pro<strong>du</strong>ites<br />

à <strong>la</strong> Villette avec l’ambition <strong>de</strong> permettre aux visiteurs d’apprendre, <strong>de</strong> comprendre,<br />

<strong>de</strong> participer. On mettra à leur disposition <strong>de</strong>s moyens interactifs<br />

simples et ludiques adaptés à <strong>la</strong> dimension et à <strong>la</strong> complexité <strong>du</strong> sujet et à <strong>la</strong><br />

nécessité <strong>de</strong> faire saisir à chacun, qu’à son échelle, il peut agir.<br />

L’écriture <strong>du</strong> scénario <strong>de</strong> l’exposition sera engagée au début 2008. Un commissariat<br />

et un conseil scientifique seront composés à cette fin.<br />

Le scénario se construira sur les rubriques suivantes:<br />

– La carte <strong>de</strong>s ressources dans le mon<strong>de</strong>;<br />

– <strong>la</strong> carte <strong>de</strong>s consommations et <strong>de</strong>s pénuries;<br />

– <strong>la</strong> gestion <strong>de</strong> l’eau à l’échelon local et international;<br />

– <strong>la</strong> pollution <strong>de</strong> l’eau et ses conséquences;<br />

– le changement <strong>de</strong>s climats et leurs effets sur l’eau;<br />

– <strong>la</strong> tension et les conflits pour l’accès à l’eau: <strong>de</strong> <strong>la</strong> guerre <strong>du</strong> feu à <strong>la</strong> guerre<br />

<strong>de</strong> l’eau?<br />

– l’eau en Provence et en Méditerranée;<br />

– les scénarios pour le futur; comment agir?<br />

L’exposition sera accompagnée par:<br />

– Un ensemble d’ateliers en milieux sco<strong>la</strong>ires et associatifs, pour lesquels<br />

un matériel pédagogique approprié sera constitué;<br />

– un parcours thématique sur le thème <strong>de</strong> l’histoire <strong>de</strong> l’eau en Provence;<br />

– un cycle <strong>de</strong> conférences ouvertes au grand public.<br />

Programme 2<br />

Un programme scientifique<br />

Une réunion <strong>du</strong> Conseil Mondial <strong>de</strong> l’Eau.<br />

Un ensemble <strong>de</strong> rencontres et <strong>de</strong> symposiums organisés avec l’Université<br />

et ses partenaires méditerranéens.<br />

Programme 3<br />

Un programme artistique<br />

Une programmation <strong>de</strong> spectacles et <strong>de</strong> films sur le thème <strong>de</strong> l’eau.<br />

Une comman<strong>de</strong> à <strong>de</strong>s créateurs en toutes disciplines.


Canal <strong>de</strong> Craponne, Salon-<strong>de</strong>-Provence<br />

La Crau<br />

Programme 4<br />

Une fête <strong>de</strong> l’eau<br />

Les grands rassemblements culturels popu<strong>la</strong>ires ap<strong>partie</strong>nnent à <strong>la</strong> tradition<br />

<strong>de</strong> Marseille et sont constitutifs <strong>de</strong> son i<strong>de</strong>ntité.<br />

– En 1999, «La Massalia» célébrait les 2600 ans <strong>de</strong> <strong>la</strong> Cité;<br />

– en 2000, «La Marscéleste» commémorait le passage au nouveau<br />

millénaire;<br />

– en 2002, «L’Odyssée <strong>de</strong> <strong>la</strong> Canebière» contait l’histoire <strong>de</strong> <strong>la</strong> gran<strong>de</strong><br />

artère marseil<strong>la</strong>ise;<br />

– en 2005, «Aux quais <strong>du</strong> <strong>la</strong>rge» marquait l’année nationale <strong>de</strong>s Arts <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> rue sur le site <strong>du</strong> port.<br />

Chacun <strong>de</strong> ces événements a attiré entre 100000 et 300000 spectateurs,<br />

mobilisé les artistes internationaux <strong>de</strong> <strong>la</strong> région («Groupe F», «Ilotopie»,<br />

«Generik vapeur», <strong>de</strong>s chorégraphes comme Josette Baïz, <strong>de</strong>s musiciens,<br />

<strong>de</strong>s stylistes, <strong>de</strong>s p<strong>la</strong>sticiens…), <strong>de</strong>s groupes d’amateurs, <strong>de</strong>s élèves d’écoles<br />

d’art et <strong>de</strong> l’enseignement général, <strong>de</strong> nombreuses associations é<strong>du</strong>catives<br />

et culturelles.<br />

Dans cette tradition, à <strong>la</strong>quelle les Marseil<strong>la</strong>is sont très attachés, nous<br />

organiserons une gran<strong>de</strong> fête citoyenne sur le thème <strong>de</strong> l’eau. Faisant<br />

appel, pour sa préparation comme pour sa réalisation au plus grand nombre<br />

d’acteurs, visant un haut niveau d’exigence artistique, elle constituera<br />

l’un <strong>de</strong>s temps forts <strong>de</strong> l’année 2013.


139 Les thèmes et les programmes<br />

Axe 2<br />

La cité radieuse


OXC [Odyssée], Opéra urbain et méditerranéen <strong>de</strong> Pierre Sauvageot (Lieux publics & Cie)<br />

Massalia<br />

Performance <strong>de</strong> Johan Lorbeer (Lieux publics)


141 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Thème 1<br />

L’art dans<br />

l’espace public<br />

L’Europe a en commun son modèle urbain. Les villes européennes sont construites<br />

à partir d’un même modèle, très différent <strong>de</strong>s modèles <strong>de</strong>s autres continents.<br />

Chaque génération y a ajouté sa couche aux espaces, aux rituels, aux usages.<br />

Lieu <strong>du</strong> lien et <strong>de</strong> <strong>la</strong> confrontation, <strong>la</strong> ville est l’enjeu majeur <strong>de</strong> nos manières<br />

<strong>de</strong> vivre ensemble. SDF ou ultra-sécuritaire, espaces publics <strong>de</strong> plus en plus<br />

privés ou nouveaux lieux <strong>de</strong> rencontre, découpage urbain communautaire ou<br />

zones <strong>de</strong> mixité, c’est autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> respiration <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville que se joue une gran<strong>de</strong><br />

part <strong>de</strong>s changements <strong>de</strong> nos sociétés. Sur cette question, les artistes ont beaucoup<br />

à apporter, ils ont aussi beaucoup à en apprendre, à Marseille et sur le territoire<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature, et dans toutes les villes européennes. C’est pourquoi<br />

cette problématique sera un <strong>de</strong>s enjeux essentiels <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature.<br />

Donner <strong>du</strong> sens, donner <strong>du</strong> sensible<br />

Kenzaburô Oé, Prix Nobel <strong>de</strong> littérature, décrit l’artiste ou l’intellectuel<br />

comme le canari que l’on p<strong>la</strong>ce dans une mine <strong>de</strong> charbon pour détecter un<br />

risque <strong>de</strong> coup <strong>de</strong> grisou, et dont le cri annonce <strong>la</strong> mort. La parole <strong>de</strong>s artistes<br />

est nécessaire à <strong>la</strong> cité.<br />

Les actes artistiques dans <strong>la</strong> ville ne touchent pas forcément l’ensemble <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

popu<strong>la</strong>tion, mais ils redonnent <strong>du</strong> sens à <strong>la</strong> cité. Quand 300 musiciens amateurs<br />

réalisent le concert-promena<strong>de</strong> Street Waves d’Eryck Abécassis sur les<br />

600 mètres <strong>de</strong> <strong>la</strong> rue Saint-Ferréol, artère commerçante marseil<strong>la</strong>ise, ils ne<br />

font pas qu’interpréter une œuvre contemporaine <strong>de</strong>vant 2 000 spectateurs.<br />

Ils créent une trace <strong>du</strong>rable entre cette rue enviée-détestée et <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion,<br />

ils <strong>la</strong> griffent, ils lui redonnent une humanité que les commerces et leurs animations<br />

ne peuvent pas apporter. Quand pendant un an <strong>de</strong>s compagnies sillonnent<br />

le Département <strong>de</strong>s Bouches-<strong>du</strong>-Rhône et transforment les nuits <strong>de</strong><br />

pleine lune en instants poétiques, quand les murs <strong>de</strong> <strong>la</strong> Mairie <strong>de</strong> Marseille se<br />

transforment en grotte <strong>du</strong> cyclope <strong>de</strong> l’Odyssée, quand les rues accueillent<br />

<strong>de</strong>s ven<strong>de</strong>urs <strong>de</strong> bungalows urbains à louer à l’heure ou <strong>de</strong>s démonstrateurs<br />

d’horodateurs publicitaires, quand les artistes proposent <strong>de</strong> mettre en scène<br />

«le grand enterrement <strong>de</strong>s colonies», on dépasse le simple rapport entre<br />

œuvres et spectateurs. On redonne <strong>du</strong> sens à nos espaces communs, on revisite<br />

notre rapport au temps. Et quand <strong>la</strong> proposition est particulièrement juste,<br />

<strong>la</strong> rumeur se propage, et <strong>la</strong> trace dépasse <strong>la</strong>rgement les spectateurs <strong>de</strong> l’événement.<br />

Les actes artistiques urbains inventent les mythologies <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville<br />

d’aujourd’hui.<br />

La ville contexte<br />

La transformation urbaine est un territoire exceptionnel pour les artistes, c’est<br />

une source d’inspiration permanente. Elle est un terrain <strong>de</strong> jeu, <strong>de</strong> rencontre.<br />

Elle «oblige» le créateur à s’adresser à tous. Sans rien enlever à sa liberté <strong>de</strong><br />

création et à son exigence artistique, elle propose aux artistes <strong>de</strong> parler à tous<br />

leurs concitoyens, pas seulement à une élite cultivée. Elle les pousse à être<br />

enten<strong>du</strong>e par tous les âges, toutes les origines, toutes les catégories sociales, et<br />

à sortir <strong>du</strong> ghetto culturel qui tout à <strong>la</strong> fois les portent et les enferment.<br />

L’historien d’art Paul Ar<strong>de</strong>nne y voit un mouvement essentiel et lui donne le<br />

nom d’art contextuel: «L’univers <strong>de</strong> <strong>la</strong> galerie, <strong>du</strong> musée, <strong>du</strong> marché, <strong>de</strong> <strong>la</strong> collection est <strong>de</strong>venu, pour<br />

nombre <strong>de</strong> créateurs, trop étriqué, trop circonscrit, donc une entrave à <strong>la</strong> créativité. D’où le choix d’un art circonstanciel,<br />

sous-ten<strong>du</strong> par le désir d’abolir les barrières spatio-temporelles entre création et perception <strong>de</strong> l’œuvre.<br />

(…) Dès les débuts <strong>du</strong> XXe siècle, <strong>de</strong> nombreux artistes dé<strong>la</strong>issent le territoire <strong>de</strong> l’idéalisme, rejettent en bloc<br />

les formes traditionnelles <strong>de</strong> représentation et désertent les lieux institutionnels pour s’immerger dans l’ordre <strong>de</strong>s<br />

choses concrètes. (…) émergent alors <strong>de</strong>s pratiques et <strong>de</strong>s formes artistiques inédites: art d’intervention et art<br />

engagé <strong>de</strong> caractère activiste, art investissant l’espace urbain ou le paysage, esthétiques participatives ou actives<br />

dans les champs <strong>de</strong> l’économie, <strong>de</strong>s médias ou <strong>du</strong> spectacle. L’artiste <strong>de</strong>vient un acteur social impliqué, souvent<br />

perturbateur. Quant à l’œuvre d’art, elle adopte un tour résolument neuf, problématique, plus que jamais en<br />

re<strong>la</strong>tion avec le mon<strong>de</strong> tel qu’il va. (…) Loin <strong>de</strong> n’être qu’une illustration et une mise en figure <strong>de</strong>s choses, loin<br />

<strong>de</strong> ne parler que <strong>de</strong> lui-même dans une démarche tautologique, loin <strong>de</strong> faire <strong>de</strong> l’idéal sa religion, l’art s’incarne,<br />

enrichi au contact <strong>du</strong> mon<strong>de</strong> tel qu’il va, nourri pour le pire ou le meilleur <strong>de</strong>s circonstances qui font, défont,<br />

ren<strong>de</strong>nt palpable ou moins palpable l’histoire.»[Paul Ar<strong>de</strong>nne, Un art contextuel]<br />

Écrire pour, dans et avec <strong>la</strong> ville, c’est pour l’artiste se nourrir d’une matière<br />

d’une richesse infinie, c’est se permettre toutes les inventions sans perdre<br />

contact avec l’ensemble <strong>de</strong> ses contemporains.


142 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

L’Europe, catalyseur pour refon<strong>de</strong>r <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce et le rôle <strong>de</strong> l’art<br />

dans <strong>la</strong> société, dans <strong>la</strong> cité<br />

Notre modèle <strong>de</strong> développement est en crise, notre rapport à l’art est en crise.<br />

Face au tout-consumérisme qui ba<strong>la</strong>ye les idéologies, les croyances et les<br />

mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vie, il est urgent <strong>de</strong> réinventer <strong>de</strong>s alternatives. L’Europe, qui a fait<br />

naître le modèle pro<strong>du</strong>ction-consommation qui atteint aujourd’hui ses limites,<br />

est probablement <strong>la</strong> seule entité capable <strong>de</strong> proposer d’autres voies. Et <strong>la</strong><br />

question d’un nouveau modèle culturel, au sens restreint comme au sens <strong>la</strong>rge<br />

<strong>du</strong> mot «culturel», tient une p<strong>la</strong>ce importante dans cette mutation.<br />

Après 50 années <strong>de</strong> politique culturelle volontariste, il faut impérativement<br />

réinventer le rapport <strong>de</strong> l’art aux citoyens. Aujourd’hui, dans une société où<br />

le divertissement, qui peut être <strong>de</strong> qualité, a pris une p<strong>la</strong>ce prépondérante,<br />

l’art reste confiné à ses espaces <strong>de</strong> prédilection, et parle à une fraction limitée<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion. Confrontés à <strong>la</strong> baisse d’influence <strong>de</strong>s pratiques artistiques ou<br />

<strong>de</strong>s habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> fréquentation qui étaient liées aux idéologies, aux religions<br />

ou aux rituels sociaux, les artistes n’ont plus <strong>de</strong> p<strong>la</strong>ce précise dans nos sociétés,<br />

plus d’utilité. S’il ne s’agit en aucun cas <strong>de</strong> les transformer en «pompiers<br />

sociaux», leur proposer <strong>la</strong> ville comme jeu et comme enjeu les p<strong>la</strong>ce <strong>de</strong>vant<br />

une responsabilité nouvelle et une opportunité exceptionnelle.<br />

Le phénomène <strong>de</strong>s Capitales européennes <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture peut jouer un rôle<br />

important. Dans un pays qui a montré ses craintes <strong>de</strong>vant <strong>la</strong> montée en puissance<br />

<strong>de</strong> l’Union européenne, dans un territoire qui a majoritairement voté<br />

«non» lors <strong>du</strong> récent référen<strong>du</strong>m, l’idée <strong>de</strong> mettre en rapport Europe et Culture<br />

est extraordinairement accueillie. C’est parce qu’on l’associe à <strong>la</strong> culture<br />

qu’on retrouve <strong>de</strong> l’intérêt pour l’Europe, c’est parce qu’on l’associe à l’Europe<br />

qu’on retrouve <strong>de</strong> l’intérêt pour <strong>la</strong> culture.<br />

C’est probablement ce qu’atten<strong>de</strong>nt les citoyens et les artistes, non pas que<br />

l’Europe vienne abon<strong>de</strong>r aux politiques culturelles nationales ou locales,<br />

mais qu’elle permette <strong>de</strong> donner une nouvelle dimension à <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce <strong>de</strong> l’art<br />

dans <strong>la</strong> ville, <strong>de</strong> l’art dans <strong>la</strong> vie <strong>de</strong>s citoyens européens.<br />

Compagnie Ex Nihilo, Sirènes et Midi net<br />

Compagnie Anomalie, Sirènes et Midi net Année <strong>de</strong>s 13 lunes, Ilotopie


143 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Programme 1<br />

Un festival pérenne: «Via Marseilles»<br />

Un projet pérenne<br />

Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s événements éphémères, une Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture<br />

doit être l’occasion <strong>de</strong> faire naître <strong>de</strong>s projets <strong>du</strong>rables, qui marqueront <strong>la</strong><br />

vie culturelle <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville, et qui seront <strong>de</strong>s références à l’échelle européenne.<br />

À l’heure où les disciplines se croisent, et où actes artistiques et<br />

réflexions intellectuelles se nourrissent réciproquement, nous souhaitons<br />

bâtir un projet basé sur un contenu et sur un questionnement communs:<br />

quelle re<strong>la</strong>tion entre l’artiste et <strong>la</strong> ville, comment le contexte urbain nourrit<br />

les projets artistiques, comment les artistes ont leur p<strong>la</strong>ce dans <strong>la</strong> transformation<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> cité? Ou comment les artistes p<strong>la</strong>cent <strong>la</strong> transformation <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

cité au centre <strong>de</strong> leurs œuvres. Marseille-Provence <strong>de</strong>viendra ainsi le<br />

territoire d’un événement <strong>de</strong> taille internationale, le ren<strong>de</strong>z-vous où se<br />

croisent les artistes <strong>de</strong> toutes les disciplines, les urbanistes, les aménageurs,<br />

les historiens, les philosophes et les élus qui pensent que <strong>la</strong> question <strong>de</strong>s<br />

rapports entre l’art et <strong>la</strong> ville est centrale dans l’avenir <strong>de</strong> nos cités, et dans<br />

l’avenir <strong>de</strong> <strong>la</strong> création artistique.<br />

Culture popu<strong>la</strong>ire et culture savante<br />

L’ambition <strong>de</strong> ce projet est <strong>de</strong> mêler culture popu<strong>la</strong>ire et culture savante en<br />

associant une très gran<strong>de</strong> forme festive, <strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s aux artistes et <strong>de</strong>s dispositifs<br />

<strong>de</strong> réflexion. De même, <strong>la</strong> <strong>du</strong>rabilité <strong>de</strong> certaines œuvres ou l’exemp<strong>la</strong>rité<br />

<strong>de</strong> certains actes <strong>la</strong>isseront une trace permanente dans <strong>la</strong> ville, changeant<br />

au fur et à mesure le regard qu’elle porte sur elle-même.<br />

Marseille, <strong>la</strong>boratoire propice<br />

Pour revisiter les liens complexes entre projets artistiques, urbanisme et vie<br />

sociale, Marseille-Provence est un territoire pertinent:<br />

– Un territoire en chantier, qui n’a pas terminé sa mo<strong>de</strong>rnisation, et qui<br />

rêve d’un autre type <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>rnisation;<br />

– un territoire offrant <strong>de</strong>s espaces publics très diversifiés: centre-ville, cités,<br />

p<strong>la</strong>ges, îles, ports, collines, garrigues;<br />

– un territoire en mutation sociale, entre intégration progressive d’une forte<br />

popu<strong>la</strong>tion dont les origines proviennent <strong>de</strong>s anciennes colonies (Maghreb,<br />

Afrique subsaharienne, Comores), et arrivée d’une nouvelle popu<strong>la</strong>tion aisée<br />

et attirée par <strong>la</strong> lumière marseil<strong>la</strong>ise;<br />

– un territoire dont les rythmes, les rituels, les topographies, les connivences,<br />

les circu<strong>la</strong>tions sont à réinventer;<br />

– un territoire avec une forte présence d’équipes artistiques désireuses <strong>de</strong> se<br />

confronter à l’espace urbain;<br />

– un territoire ayant montré une envie forte <strong>de</strong> travailler <strong>la</strong> question <strong>de</strong> l’art<br />

et <strong>de</strong> l’espace public, mais n’ayant pas encore suscité <strong>de</strong> projet d’envergure<br />

internationale.<br />

Un moment <strong>de</strong> créations et <strong>de</strong> rencontres<br />

On peut définir le contenu d’une manifestation annuelle d’envergure:<br />

– Comman<strong>de</strong>s passées à <strong>de</strong>s artistes associés à <strong>de</strong>s urbanistes et acteurs<br />

locaux dans plusieurs quartiers <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville;<br />

– fort ancrage international, <strong>la</strong> moitié <strong>de</strong>s artistes et intervenants provenant<br />

<strong>de</strong>s pays d’Europe et <strong>du</strong> pourtour méditerranéen, et s’instal<strong>la</strong>nt à Marseille<br />

pour <strong>de</strong>s rési<strong>de</strong>nces <strong>de</strong> travail;<br />

– projets métissés entre équipes européennes et méditerranéennes, et<br />

équipes marseil<strong>la</strong>ises;<br />

– projets impliquant une forte participation <strong>de</strong>s habitants <strong>de</strong> Marseille-<br />

Provence;<br />

– interrogation <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s champs artistiques intervenant dans les<br />

espaces publics: théâtre, danse, musique, art p<strong>la</strong>stique, pyrotechnie, mise en<br />

lumière, photographie, po<strong>la</strong>r, hip-hop, cinéma, mais aussi les nouvelles formes<br />

contemporaines d’instal<strong>la</strong>tions vidéo, d’art numérique, <strong>de</strong> graff, <strong>de</strong> s<strong>la</strong>m…<br />

– nouveaux regards sur <strong>de</strong>s espaces ouverts pour l’occasion, ou détournés <strong>de</strong><br />

leur fonction (digue <strong>du</strong> <strong>la</strong>rge, piétonisation <strong>du</strong> Vieux Port ou <strong>de</strong> <strong>la</strong> Canebière,<br />

instal<strong>la</strong>tion au sommet <strong>de</strong> <strong>la</strong> montagne Sainte-Victoire);


144 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

– part importante donnée à <strong>la</strong> réflexion publique, dans <strong>de</strong>s formes non conventionnelles<br />

afin <strong>de</strong> permettre à tous (artistes, élus, habitants, urbanistes, philosophes,<br />

sociologues…) <strong>de</strong> s’exprimer et d’apporter son propre témoignage.<br />

Et on peut en préciser le contour:<br />

– Une gran<strong>de</strong> manifestation annuelle, afin <strong>de</strong> s’inscrire dans <strong>la</strong> vie <strong>de</strong> <strong>la</strong> cité,<br />

et comme ren<strong>de</strong>z-vous incontournable à échelle européenne et internationale;<br />

– une manifestation <strong>de</strong> neuf jours, afin <strong>de</strong> donner le temps nécessaire aux instal<strong>la</strong>tions,<br />

aux projets participatifs, afin <strong>de</strong> permettre les rencontres, les croisements;<br />

– un ren<strong>de</strong>z-vous fixé au printemps, pério<strong>de</strong> pertinente pour mobiliser les<br />

habitants et pour être accueil<strong>la</strong>nt pour les publics et professionnels français<br />

et européens, pour être dans un temps où <strong>la</strong> ville travaille, et pour bénéficier<br />

<strong>du</strong> climat méditerranéen propice à l’espace public;<br />

– <strong>de</strong>s partenariats suivis avec <strong>de</strong>s initiatives européennes et méditerranéennes<br />

complémentaires (Métropolis à Copenhague, festival <strong>de</strong> graff à Berlin, festival<br />

<strong>de</strong> Marrakech…);<br />

– une présence sur l’ensemble <strong>du</strong> territoire <strong>de</strong> Marseille-Provence, certains projets<br />

pouvant circuler d’une ville à l’autre, ou se construire sur plusieurs sites;<br />

– chaque année, une œuvre ou une instal<strong>la</strong>tion pérenne pour former au fur<br />

et à mesure une «Route <strong>de</strong> l’art dans <strong>la</strong> ville»;<br />

– chaque année, une ouverture festive à gran<strong>de</strong> échelle afin <strong>de</strong> donner <strong>la</strong><br />

dimension popu<strong>la</strong>ire à <strong>la</strong> manifestation;<br />

– une série <strong>de</strong> rencontres, <strong>de</strong> forums, <strong>de</strong> débats publics, d’appels à contribution,<br />

<strong>de</strong> publications, d’affiches murales… pour nourrir <strong>la</strong> discussion sur <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce<br />

<strong>de</strong>s artistes dans <strong>la</strong> ville, dans <strong>la</strong> transformation <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville.<br />

On peut donner certains exemples <strong>de</strong> projets existants ou en création pouvant<br />

trouver leur p<strong>la</strong>ce au sein <strong>de</strong> <strong>la</strong> manifestation:<br />

Comman<strong>de</strong>s artistiques<br />

– Face2face, adaptation <strong>de</strong> l’instal<strong>la</strong>tion photographique faite en Cisjordanie:<br />

portraits croisés d’Israéliens et <strong>de</strong> Palestiniens affichés sur le mur <strong>de</strong> séparation<br />

(Marco et JR);<br />

– Le Souk <strong>de</strong> <strong>la</strong> parole, vil<strong>la</strong>ge instal<strong>la</strong>tion en bambous <strong>de</strong> 30 mètres abritant<br />

une vingtaine d’échoppes <strong>de</strong> «parleurs», conteurs, s<strong>la</strong>meurs, poètes, mais<br />

aussi avocats, philosophes, élus (Compagnie Caracol, avec Bambuco);<br />

– Saint-Ferréol Wawes, concert-promena<strong>de</strong> pour 300 musiciens amateurs<br />

installés le long <strong>de</strong>s 500 mètres <strong>de</strong> <strong>la</strong> rue commerçante <strong>du</strong> centre-ville<br />

(composition Eryck Abécassis);<br />

– Statues quo, parcours-exposition vivante <strong>de</strong> 500 «immobilistes», danseurs<br />

amateurs et professionnels, sur plus <strong>de</strong> 5 km (Jany Jérémie);<br />

– Bal <strong>de</strong>s autres, <strong>de</strong>s groupes d’habitants s’initiant aux danses venues d’ailleurs<br />

et les faisant partager aux «spectateurs»;<br />

– Parcours à l’aveugle dans <strong>la</strong> ville avec radioguidage (Théâtre <strong>de</strong> l’Arpenteur);<br />

– oXc {Odyssée}, grand opéra urbain et méditerranéen;<br />

– Visite guidée à P<strong>la</strong>n <strong>de</strong> Campagne et exposition (Stéphan Muntaner);<br />

– F<strong>la</strong>sh-rue, interventions artistiques éphémères et participatives;<br />

– Mises en lumière et en f<strong>la</strong>mmes (Groupe F. Carabosse);<br />

– Poèmes quotidiens sur les panneaux publicitaires 4 x 3 aux entrées <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville<br />

(Philippe Mouillon, Laboratoire sculpture urbaine);<br />

– P<strong>la</strong>yRec, spectacle vidéographique explorant <strong>la</strong> mémoire d’un site in<strong>du</strong>striel<br />

(Komplex KapharnaüM);<br />

– Roman policier urbain sous forme <strong>de</strong> feuilleton (Who<strong>du</strong>nit, Mezzanin, TaO,<br />

compagnies autrichiennes, alleman<strong>de</strong>s et suisses);<br />

– Concours <strong>de</strong> graff (Alex Tabakof).<br />

Rencontres, réflexions<br />

– Conférences dans lesquelles un élu, un urbaniste et un artiste font découvrir<br />

un site et en donnent chacun sa vision;<br />

– Ateliers d’utopie urbaine dans lesquels élèves <strong>de</strong>s collèges, étudiants en<br />

architecture, habitants et artistes proposent <strong>de</strong>s scénarios d’aménagements<br />

futurs (Bruit <strong>du</strong> frigo);<br />

– Fréquence radio spécifique avec témoignages et débats 24h/24 (Radio<br />

Grenouille);<br />

– Chaque année, invitation d’une ville-témoin;


Saint Ferréol Waves, «Concert-promena<strong>de</strong>»<br />

Saint Ferréol Waves, «Concert-promena<strong>de</strong>»<br />

– Ren<strong>de</strong>z-vous tchatche ouverte sur les bancs d’un square ou dans un <strong>de</strong>s<br />

nombreux escaliers <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville;<br />

– Journal mural quotidien;<br />

– Livre-reportage reprenant l’ensemble <strong>de</strong>s actions et <strong>de</strong>s réflexions <strong>de</strong><br />

chaque édition.<br />

Grand événement popu<strong>la</strong>ire<br />

– La Symphonie portuaire, œuvre composée pour orchestre symphonique et<br />

sirènes <strong>de</strong> bateaux en mouvement, et mise en scène dans les ports;<br />

– Le Grand Banquet dressé sur toute <strong>la</strong> Canebière avec karaoké géant,<br />

chiami et respondi, concours <strong>de</strong> s<strong>la</strong>m, joutes poétiques;<br />

– Désert <strong>de</strong> piste, transformation d’un morceau <strong>de</strong> ville en désert, avec sable,<br />

<strong>de</strong>rricks et paraboles, avec <strong>la</strong> présence d’une centaine d’artistes <strong>du</strong> Maghreb<br />

(Compagnie Off).<br />

Instal<strong>la</strong>tion pérenne<br />

– Instal<strong>la</strong>tion d’une forêt d’éoliennes sonores (un millier d’épouvantails à<br />

oiseau balinais pro<strong>du</strong>isant <strong>de</strong>s ritournelles aléatoires, instal<strong>la</strong>tion d’un<br />

«champ harmonique»);<br />

– Labyrinthe phosphorescent et fluorescent (Lo<strong>la</strong> Muance);<br />

– BD urbaine couvrant dix murs au sein d’une cité <strong>de</strong>s quartiers Nord.<br />

Une mise en p<strong>la</strong>ce progressive<br />

Pour donner l’ampleur voulue à <strong>la</strong> manifestation, pour qu’elle soit en pleine<br />

lumière en 2013, et qu’elle se perpétue, il faut <strong>la</strong> mettre en œuvre progressivement<br />

lors <strong>de</strong>s années prochaines.<br />

Dès le printemps 2008, on peut imaginer une première préfiguration:<br />

– Exposition itinérante <strong>de</strong> plein air sur Tirana, <strong>la</strong> Capitale albanaise qui a<br />

entièrement repeint en couleurs vives les cités héritées <strong>du</strong> régime précé<strong>de</strong>nt,<br />

et conférence avec son maire-architecte;<br />

– <strong>la</strong> digue <strong>du</strong> <strong>la</strong>rge comme boulevard <strong>de</strong> <strong>la</strong> parole, pique-nique géant habité<br />

par une centaine <strong>de</strong> parleurs, s<strong>la</strong>meurs, conteurs, poètes, chanteurs;


146 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

– <strong>la</strong> «gran<strong>de</strong> fanfare euroméditerranéenne» avec 300 instruments traditionnels<br />

mé<strong>la</strong>ngés (cornemuse, ney, raïta, bendir, f<strong>la</strong>golets…), autour <strong>du</strong> compositeur<br />

écossais Jim Suther<strong>la</strong>nd;<br />

– une nuit ouverte, pendant <strong>la</strong>quelle chaque structure culturelle ouvre ses<br />

espaces et débor<strong>de</strong> sur l’espace public proche en y instal<strong>la</strong>nt un lieu <strong>de</strong> convivialité<br />

et <strong>de</strong> présentation d’artistes.<br />

Une direction artistique, un projet partagé<br />

Le projet sera piloté par Lieux publics, qui développe déjà <strong>de</strong>s manifestations et<br />

<strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s sur le territoire <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature, qui est très engagé à l’échelle<br />

européenne via le réseau IN SITU, et qui mène une série <strong>de</strong> recherches-actions<br />

et travaux éditoriaux. Cet événement permettra sa mutation progressive en<br />

véritable centre européen, accueil<strong>la</strong>nt en rési<strong>de</strong>nce chaque année une dizaine<br />

d’artistes européens et méditerranéens pour leur permettre <strong>de</strong> réaliser les comman<strong>de</strong>s<br />

liées à <strong>la</strong> manifestation.<br />

S’il est nécessaire <strong>de</strong> définir une direction artistique c<strong>la</strong>ire à l’ensemble, une<br />

manifestation <strong>de</strong> cette envergure sera construite autour d’une mobilisation<br />

collective <strong>de</strong>s structures marseil<strong>la</strong>ises et <strong>du</strong> territoire <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature.<br />

Beaucoup d’entre elles sont intéressées par <strong>la</strong> question <strong>de</strong> l’espace public, et<br />

elles pourront avoir toute leur p<strong>la</strong>ce dans <strong>la</strong> manifestation, en affirmant leurs<br />

propres projets et en apportant une part <strong>du</strong> financement.<br />

On peut déjà citer parmi les partenaires potentiels <strong>de</strong> <strong>la</strong> manifestation:<br />

– La Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai, qui regroupe <strong>de</strong> nombreuses entités qui croisent<br />

fréquemment <strong>la</strong> question «art et ville»;<br />

– le Mer<strong>la</strong>n, scène nationale, qui a développé le «vagabondage» à travers<br />

<strong>la</strong> ville et qui mène conjointement avec Lieux publics <strong>la</strong> manifestation<br />

«Pazzapas» dédiée au corps et à <strong>la</strong> ville;<br />

– Montévi<strong>de</strong>o, lieu <strong>de</strong> création partagé <strong>du</strong> metteur en scène Hubert Co<strong>la</strong>s<br />

et <strong>du</strong> GRIM, dirigé par le compositeur Jean-Marc Montera;<br />

– le CREAC <strong>de</strong> Marseille, Centre européen <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong>s arts <strong>du</strong> cirque,<br />

lié à <strong>la</strong> compagnie Archaos;<br />

– <strong>la</strong> Ville et <strong>la</strong> Scène nationale <strong>de</strong> Martigues, déjà très impliquées dans ces<br />

problématiques;<br />

– <strong>la</strong> Ville d’Aubagne, pionnière en ce domaine et partenaire <strong>de</strong> Lieux publics;<br />

– <strong>la</strong> FAI AR, formation avancée et itinérante <strong>de</strong>s arts <strong>de</strong> <strong>la</strong> rue;<br />

– le GMEM, centre national <strong>de</strong> création musicale, partenaire <strong>de</strong>s aventures<br />

<strong>de</strong> musique contemporaine dédiées à l’espace public;<br />

– les Bernardines, théâtre contemporain;<br />

– <strong>la</strong> Cité <strong>de</strong> <strong>la</strong> Musique <strong>de</strong> Marseille, école très ouverte regroupant 2 000 élèves;<br />

– l’école d’Art d’Aix-en-Provence;<br />

– l’école d’Architecture <strong>de</strong> Marseille-Luminy;<br />

– le Citron jaune, CNAR et lieu ouvert <strong>de</strong> <strong>la</strong> compagnie Ilotopie, à Port-<br />

Saint-Louis-<strong>du</strong>-Rhône.<br />

Ces partenariats déjà existants seront ouverts aux autres structures<br />

(MuCEM, Ballet National <strong>de</strong> Marseille, Rencontres Internationales <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

Photo d’Arles, Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, MAC…) et collectivités<br />

<strong>du</strong> territoire (villes, mairies d’arrondissements, communautés <strong>de</strong><br />

communes…) leur permettant <strong>de</strong> développer leurs propres projets dédiés à<br />

l’espace public.<br />

Cette articu<strong>la</strong>tion souple – direction artistique globale et autonomie <strong>de</strong>s établissements<br />

partenaires, financements croisées entre Marseille-Provence 2013 et<br />

les structures – permet à <strong>la</strong> fois <strong>la</strong> cohérence <strong>de</strong> l’action et l’aboutissement <strong>de</strong><br />

projets fortement soutenus par les acteurs <strong>de</strong> terrain, permet aussi <strong>de</strong> ne pas<br />

faire naître un projet ex nihilo mais <strong>de</strong> le partager avec les professionnels<br />

marseil<strong>la</strong>is. C’est le moyen <strong>de</strong> réussir <strong>la</strong> pérennisation <strong>de</strong> <strong>la</strong> manifestation<br />

sans créer <strong>de</strong> phénomènes <strong>de</strong> rejet ou d’effets d’aubaine, et d’explorer au<br />

mieux cette volonté <strong>de</strong> ne pas bâtir un festival disciplinaire <strong>de</strong> plus, mais <strong>de</strong><br />

réunir artistes, professionnels, élus et habitants autour d’une question essentielle:<br />

un nouvel art <strong>de</strong> ville.


Compagnie Ulik le SNOB, Sirènes et Midi net<br />

Compagnie Trasphalt, Sirènes et Midi net<br />

F<strong>la</strong>sh rue (Lieux publics)<br />

Programme 2<br />

«Métropolis»<br />

Marseille col<strong>la</strong>bore en 2007 et sera partenaire en 2009-2011-2013-2015-2017<br />

<strong>du</strong> programme «Métropolis» initié et piloté par le Théâtre International <strong>de</strong><br />

Copenhague dans le cadre <strong>de</strong> sa candidature comme Capitale européenne <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> culture en 2017.<br />

Ses objectifs sont les suivants:<br />

– Développer sur 10 ans une série <strong>de</strong> biennales <strong>la</strong>ncée dès août 2007 (<strong>du</strong> 1 er<br />

au 30) comme <strong>la</strong> première d'une série <strong>de</strong> six. Les années interca<strong>la</strong>ires seront<br />

mises à profit pour <strong>de</strong>s recherches, <strong>de</strong>s ateliers et <strong>de</strong>s échanges;<br />

– associer aux arts vivants, <strong>de</strong>s architectes, <strong>de</strong>s urbanistes, <strong>de</strong>s écrivains, <strong>de</strong>s<br />

artistes p<strong>la</strong>sticiens afin <strong>de</strong> constituer une vraie «biennale urbaine»;<br />

– nourrir <strong>de</strong>s re<strong>la</strong>tions avec plusieurs villes et engager une série <strong>de</strong> col<strong>la</strong>borations,<br />

d'échanges et <strong>de</strong> copro<strong>du</strong>ctions.<br />

Les villes déjà engagées sont: Berlin, Copenhague, Istanbul, Johannesbourg,<br />

Londres, Marseille, Melbourne, New York, Pékin, Singapour, Tokyo, Zagreb.<br />

Le premier programme en 2007 a permis:<br />

– D'intro<strong>du</strong>ire le programme auprès <strong>de</strong>s artistes, <strong>de</strong>s partenaires et <strong>de</strong>s<br />

médias et <strong>du</strong> public;<br />

– <strong>de</strong> présenter et débattre <strong>de</strong>s thèmes centraux <strong>du</strong> programme.<br />

Les artistes marseil<strong>la</strong>is ont tenu, lors <strong>de</strong> <strong>la</strong> première étape <strong>du</strong> programme en<br />

juillet et août 2007 à Copenhague, une p<strong>la</strong>ce importante (groupe Dunes,<br />

Ballet National <strong>de</strong> Marseille).<br />

Une réunion à Marseille est prévue en 2008 avec les responsables <strong>du</strong> programme,<br />

les acteurs marseil<strong>la</strong>is – artistes, urbanistes, architectes, aménageurs.<br />

Un projet <strong>de</strong> préfiguration sera é<strong>la</strong>boré pour une participation active <strong>de</strong> Marseille<br />

à «Métropolis» en 2009.


Montagne Sainte-Victoire


149 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Thème 2<br />

Promeneurs<br />

et noma<strong>de</strong>s<br />

L’aménagement culturel <strong>du</strong> territoire est un enjeu majeur <strong>de</strong>s politiques<br />

culturelles publiques.<br />

Celui-ci ne peut se limiter à <strong>la</strong> multiplication <strong>de</strong>s équipements qui trouve<br />

vite ses limites techniques et financières.<br />

On ne peut pas se contenter non plus <strong>de</strong> tabler sur <strong>la</strong> mobilité <strong>de</strong> publics.<br />

L’irrigation <strong>de</strong>s métropoles, <strong>de</strong>s quartiers, <strong>de</strong>s zones rurales exige <strong>de</strong> réhabiliter<br />

un certain nomadisme <strong>de</strong>s œuvres et <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong> plus en plus souvent<br />

immobilisées dans <strong>de</strong>s lieux fixes.<br />

C’est l’une <strong>de</strong>s conditions <strong>de</strong> l’accroissement <strong>de</strong>s publics, <strong>de</strong> l’amélioration <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong> diffusion <strong>de</strong>s spectacles et <strong>de</strong>s expositions, <strong>de</strong> l’augmentation <strong>du</strong> nombre<br />

<strong>de</strong>s représentations et donc <strong>du</strong> développement <strong>de</strong> l’emploi artistique.<br />

Par ailleurs, un territoire comme Marseille-Provence recèle <strong>de</strong>s richesses et<br />

<strong>de</strong>s potentialités exceptionnelles qu’il importe <strong>de</strong> mettre en valeur et <strong>de</strong> faire<br />

découvrir aux habitants eux-mêmes, mais aussi aux nombreux visiteurs <strong>de</strong><br />

plus en plus épris <strong>de</strong> tourisme culturel.<br />

Trois programmes seront engagés:<br />

Programme 1<br />

Découvrir Marseille-Provence<br />

Parcours thématiques<br />

Les acteurs <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature ont amorcé, avec le concours <strong>de</strong> Philippe Deliau<br />

paysagiste, une mission <strong>de</strong> repérage <strong>de</strong>s sites <strong>du</strong> territoire selon dix thèmes<br />

caractéristiques <strong>de</strong> son histoire et <strong>de</strong> sa géographie.<br />

Nous voulons, à travers ces différents sites, parler <strong>de</strong> <strong>la</strong> «culture <strong>de</strong> l’extérieur»<br />

et <strong>de</strong> <strong>la</strong> diversité <strong>de</strong>s paysages autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> cité phocéenne.<br />

Ici, tout est en relief et, à l’Est <strong>de</strong> Marseille, on monte pour <strong>de</strong>scendre à <strong>la</strong> mer.<br />

La multiplicité <strong>de</strong>s formes <strong>de</strong> territoire permet <strong>la</strong> diversité <strong>de</strong>s sites: montagnes<br />

plongeant dans l’eau, massifs émergents, défilés étroits, vallées fertiles, p<strong>la</strong>teaux<br />

calcaires, rivières torrentielles, roche à nu, pinè<strong>de</strong>s sur les hauteurs, yeuseraies<br />

en fond <strong>de</strong> vallon.<br />

La prise <strong>de</strong> site par les architectes, les in<strong>du</strong>striels, les militaires et les agriculteurs<br />

a généré <strong>de</strong>s structures adaptées à <strong>la</strong> pente: maisons creusées ou posées sur <strong>la</strong><br />

pierre, hangars adossés à même <strong>la</strong> roche, fortins sur les pitons, restanques<br />

dans <strong>la</strong> colline.<br />

L’influence <strong>de</strong>s sols, <strong>du</strong> climat maritime et <strong>de</strong>s feux complète ce système où il<br />

faut s’adapter au milieu: déserter ou aménager.<br />

Il y a ainsi <strong>de</strong>s territoires vierges – 4 000 ha <strong>de</strong> <strong>la</strong> Côte Bleue – et une <strong>de</strong>nsité<br />

urbaine continue entre Marseille, Aubagne et Aix-en-Provence.<br />

La vaste p<strong>la</strong>ine <strong>de</strong> Crau, les immenses rizières <strong>de</strong> Camargue et les partènements<br />

infinis <strong>de</strong>s salins sont les exceptions qui confirment <strong>la</strong> règle: quand il est possible<br />

d’utiliser le territoire, c’est jusqu’à <strong>la</strong> mer.<br />

Les différents circuits thématiques tra<strong>du</strong>isent cette diversité <strong>de</strong> paysages, en<br />

associant les facteurs i<strong>de</strong>ntitaires témoins <strong>du</strong> passé – «<strong>de</strong> <strong>la</strong> sou<strong>de</strong> au savon»<br />

– aux éléments <strong>de</strong> <strong>la</strong> vie actuelle – «les faça<strong>de</strong>s in<strong>du</strong>strielles».<br />

Sur ce vaste territoire en bord <strong>de</strong> mer – <strong>la</strong> mer et ses îles pouvant représenter<br />

un territoire à part entière –, le choix s’est porté sur <strong>de</strong>s sites étonnants,<br />

aujourd’hui pour <strong>la</strong> plupart inaccessibles au public.<br />

Beaucoup sont en mutation car les difficultés d’exploitation et d’accès ont


Concert <strong>du</strong> Philharmonique <strong>de</strong> Berlin au pied <strong>de</strong> <strong>la</strong> montagne Sainte-Victoire<br />

contraint les espaces bâtis à se transformer (<strong>la</strong> Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai étant<br />

un <strong>de</strong>s exemples emblématiques). Les différents lieux sont souvent sur les<br />

hauteurs, autrefois en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville. Mis en scène comme belvédères sur<br />

<strong>la</strong> mer, ils pourraient être visités par le public <strong>de</strong>main.<br />

Ces différents endroits susceptibles d’accueillir <strong>de</strong>s instal<strong>la</strong>tions ou <strong>de</strong>s manifestations<br />

ont été regroupés en sites naturels, in<strong>du</strong>striels et bâtis (ils sont parfois<br />

les 3 à <strong>la</strong> fois).<br />

Les 9 thèmes suivants ont été retenus:<br />

– Histoire <strong>de</strong> l’eau<br />

– Architectures emblématiques<br />

– Architecture<br />

– Du sel au savon<br />

– Le train bleu<br />

– Les plus beaux paysages naturels<br />

– Paysage et pro<strong>du</strong>ction<br />

– L’empire romain<br />

– Les rivages<br />

L’ouverture en 2010 <strong>du</strong> Parc National <strong>de</strong>s Ca<strong>la</strong>nques, premier parc périurbain,<br />

permettra d’enrichir et <strong>de</strong> compléter ces 9 parcours.<br />

Une démarche est en cours avec <strong>la</strong> commission culture <strong>du</strong> conseil <strong>de</strong> développement<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Communauté urbaine pour i<strong>de</strong>ntifier les sites remarquables<br />

dans l’espace urbain.<br />

Ces parcours thématiques seront aménagés: <strong>de</strong>s artistes pourront y intervenir;<br />

<strong>de</strong>s gui<strong>de</strong>s pourront accompagner les visiteurs; <strong>de</strong>s ateliers pédagogiques leur<br />

seront associés; un partenariat avec l’École Nationale Supérieure <strong>du</strong> Paysage<br />

et les écoles d’architecture sera établi.<br />

Programme 2<br />

Images et musiques dans les grands sites<br />

À l’instar <strong>du</strong> concert <strong>de</strong> plein air par l’Orchestre philharmonique <strong>de</strong> Berlin<br />

au pied <strong>de</strong> <strong>la</strong> montagne Sainte-Victoire dans le cadre <strong>de</strong> <strong>la</strong> saison Cézanne<br />

en 2006 et <strong>du</strong> Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, un double programme<br />

<strong>de</strong> «Proms» (promena<strong>de</strong>s concerts) itinérants et <strong>de</strong> projections<br />

<strong>de</strong> cinéma <strong>de</strong> plein air est à l’étu<strong>de</strong> pour les grands sites <strong>du</strong> territoire.<br />

Un <strong>de</strong>s projets les plus exemp<strong>la</strong>ires <strong>de</strong> cette ambition est celui qu’a é<strong>la</strong>boré<br />

l’ensemble Musicatreize, engagé en septembre 2007 et qui se développera<br />

en biennales jusqu’en 2013, intitulé Vingt lieux sur <strong>la</strong> mer. Tous les <strong>de</strong>ux<br />

ans, Musicatreize invite un ensemble français et un ensemble étranger<br />

pour donner un concert dans 20 lieux différents <strong>de</strong> Marseille et <strong>de</strong>s villes<br />

associées. Le projet s’é<strong>la</strong>rgit au fil <strong>de</strong>s années à plusieurs ensembles, à <strong>de</strong>s<br />

rési<strong>de</strong>nces, à l’Europe et aux artistes méditerranéens. La dominante musicale<br />

<strong>du</strong> projet n’est pas exclusive puisqu’il s’ouvre au domaine littéraire et<br />

à <strong>la</strong> poésie.<br />

Programme 3<br />

Artistes et œuvres noma<strong>de</strong>s<br />

Marseille-Provence 2013 incitera et soutiendra – et ce sera l’un <strong>de</strong>s critères<br />

prioritaires <strong>de</strong> ses choix – les projets itinérants.<br />

Quatre exemples:<br />

Le vagabondage <strong>du</strong> Mer<strong>la</strong>n – Scène nationale <strong>de</strong> Marseille<br />

Il consiste à mettre en rapport une œuvre contemporaine, issue <strong>du</strong> domaine<br />

<strong>du</strong> spectacle vivant avec un site ou un espace, transformé pour <strong>la</strong> circonstance<br />

en lieu <strong>de</strong> vie/espace <strong>de</strong> représentation artistique éphémère.<br />

La ville <strong>de</strong>vient alors le théâtre <strong>de</strong>s propositions artistiques, mais pas seulement.


151 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

En é<strong>la</strong>rgissant l’espace <strong>de</strong> <strong>la</strong> représentation artistique, en multipliant les<br />

possibilités <strong>de</strong> toucher <strong>de</strong>s publics différents, en p<strong>la</strong>çant l’art dans <strong>la</strong> ville,<br />

dans <strong>la</strong> vie <strong>de</strong> chacun, le vagabondage tra<strong>du</strong>it un état d’esprit, une «vision».<br />

L’œuvre n’est pas seulement <strong>la</strong> pro<strong>du</strong>ction <strong>de</strong>s artistes, mais le résultat d’un<br />

processus comprenant <strong>la</strong> proposition <strong>de</strong> l’artiste, son partage avec <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion<br />

et sa résonance intime et collective.<br />

C’est à partir <strong>de</strong> cette vision que le Mer<strong>la</strong>n développe un savoir-faire <strong>de</strong> nomadisme<br />

artistique dans <strong>la</strong> ville <strong>de</strong> Marseille y investissant tous types <strong>de</strong> lieux:<br />

publics ou privés, en différents quartiers, sur <strong>de</strong>s sites peu connus ou emblématiques,<br />

à l’intérieur ou à l’extérieur, en activité ou parfois abandonnés.<br />

Le vagabondage <strong>de</strong>ssine une nouvelle cartographie <strong>de</strong> <strong>la</strong> ville, en reliant <strong>de</strong>s<br />

territoires entre eux, en ouvrant <strong>de</strong>s espaces à <strong>la</strong> création artistique, en <strong>la</strong>issant<br />

<strong>de</strong>s traces visibles ou invisibles dans l’espace urbain.<br />

Il est un levier très efficace pour tisser <strong>de</strong>s re<strong>la</strong>tions entre <strong>de</strong>s mon<strong>de</strong>s variés,<br />

souvent trop distants (économiques, scientifiques, é<strong>du</strong>catifs, sportifs, religieux,<br />

médicaux) et attirer <strong>de</strong>s popu<strong>la</strong>tions éloignées <strong>de</strong>s théâtres.<br />

Lectures pour 2013<br />

Une manifestation itinérante autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> lecture se déroulera à compte <strong>de</strong> 2008.<br />

Chaque année à <strong>la</strong> même pério<strong>de</strong>, 50 lectures par jour <strong>du</strong>rant <strong>de</strong>ux semaines<br />

auront lieu autour <strong>de</strong>s thèmes choisis pour 2013, pour 30 à 40 personnes, à<br />

consommer en famille, entre amis, dans un café, un centre commercial, un<br />

jardin public, un théâtre, une bibliothèque.<br />

Expositions itinérantes sur les Gitans<br />

Pro<strong>du</strong>ite par le musée d’ethnographie d’Arles, elle circulera sur le territoire<br />

et le cas échéant à l’étranger en 2013.<br />

Saison 13<br />

Programme initié et soutenu par le Département <strong>de</strong>s Bouches-<strong>du</strong>-Rhône<br />

pour l’accueil dans les communes <strong>de</strong> moins <strong>de</strong> 20 000 habitants <strong>de</strong> spectacles<br />

<strong>de</strong> théâtre, <strong>de</strong> danse, <strong>de</strong> musique pro<strong>du</strong>its par les institutions <strong>du</strong> territoire.<br />

Instal<strong>la</strong>tion <strong>de</strong> Giuseppe Penone, basti<strong>de</strong> <strong>du</strong> Jas <strong>de</strong> Bouffan, année Cézanne 2006, Aix-en-Provence


Via<strong>du</strong>c <strong>de</strong> <strong>la</strong> Vesse<br />

Salins <strong>de</strong> Giraud<br />

Salins <strong>de</strong> Hyères


Massif <strong>du</strong> Gar<strong>la</strong>ban<br />

P<strong>la</strong>ine <strong>de</strong> Crau<br />

Marseilleveyre


154 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Thème 3<br />

Chemins <strong>de</strong> traverse<br />

«Les cultures ne sont pas situées les unes à côté <strong>de</strong>s autres comme <strong>de</strong>s noma<strong>de</strong>s leibniziennes<br />

sans porte ni fenêtre: elles prennent p<strong>la</strong>ce dans un ensemble mouvant qui<br />

est lui-même un champ structuré <strong>de</strong> re<strong>la</strong>tions» [Jean Loup Amselle, Logiques métisses,<br />

Paris, Payot 1999]<br />

Parmi les qualités qui fon<strong>de</strong>nt <strong>la</strong> légitimité <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature <strong>du</strong> territoire<br />

marseil<strong>la</strong>is, certaines ont, d’évi<strong>de</strong>nce, inspiré ce thème. La richesse et <strong>la</strong><br />

diversité <strong>de</strong>s activités artistiques et culturelles, leur souci <strong>de</strong>s publics et leur<br />

inscription territoriale qui les caractérisent souvent; <strong>la</strong> tradition d’ouverture,<br />

<strong>de</strong> cohabitation, <strong>de</strong> rencontres et d’échanges; <strong>la</strong> conjonction <strong>de</strong> l’excellence<br />

artistique et <strong>du</strong> dynamisme <strong>de</strong>s expressions artistiques popu<strong>la</strong>ires, sont <strong>de</strong>s<br />

caractéristiques fortes dont se nourrit particulièrement ce programme.<br />

Les objectifs<br />

Il s’agit <strong>de</strong> mettre en résonance trois types d’objectifs par un appel à projets<br />

les combinant, fondés sur leur mise en synergie, sur <strong>la</strong> création <strong>de</strong> véritables<br />

«Chemins <strong>de</strong> traverse» entre eux.<br />

Objectif artistique: pour ouvrir <strong>de</strong> nouvelles voies et donner un nouvel é<strong>la</strong>n<br />

à <strong>la</strong> création contemporaine, pour que le chemin <strong>de</strong> traverse existe déjà sur<br />

un p<strong>la</strong>n spécifiquement artistique, chaque projet sera pluridisciplinaire et/ou<br />

interdisciplinaire («indisciplinaire» comme on aime à dire souvent). Depuis<br />

plusieurs années déjà, les nouvelles générations d’artistes cultivent le flirt<br />

entre théâtre et danse, entre cirque et théâtre d’objet, entre chorégraphe et<br />

arts p<strong>la</strong>stiques, et l’on retrouve nombre <strong>de</strong> jeunes artistes dans <strong>de</strong>s aventures<br />

où ils jouent <strong>de</strong> <strong>la</strong> porosité <strong>de</strong> leurs technologies <strong>de</strong> communication, ces<br />

démarches seront donc privilégiées pour servir <strong>de</strong> moteur sensible, imaginatif<br />

et créatif à chacun <strong>de</strong>s projets.<br />

Objectif international: pour intégrer pleinement, ou même démultiplier les<br />

qualités <strong>de</strong> fertilité <strong>du</strong> melting-pot marseil<strong>la</strong>is, chaque chemin <strong>de</strong> traverse<br />

<strong>de</strong>vra être transfrontalier, international. Dans l’idéal, il associera un artiste ou<br />

une équipe d’au moins un pays autre, d’Europe et <strong>du</strong> bassin méditerranéen,<br />

voire <strong>du</strong> «grand Sud» (Afrique subsaharienne). Mais il faut <strong>la</strong>isser <strong>la</strong> porte<br />

ouverte à différentes déclinaisons <strong>de</strong> cette dimension internationale. Elle<br />

pourra reposer aussi sur <strong>de</strong>s territoires plus symboliques que directement<br />

nationaux: migrants, outre marins, francophones, exilés.<br />

Objectif social et urbain: ce doit être l’originalité forte <strong>de</strong> ces «Chemins <strong>de</strong><br />

traverse». On voit <strong>de</strong> plus en plus d’acteurs <strong>de</strong> l’action humanitaire, d’acteurs<br />

<strong>de</strong> l’environnement, d’acteurs <strong>du</strong> secteur sanitaire et médico-social<br />

avoir recours à l’art et intégrer une dimension culturelle significative dans<br />

leur action. De même les créations artistiques se multiplient qui associent<br />

<strong>de</strong>s amateurs, <strong>de</strong>s groupes sociaux, <strong>de</strong>s publics, <strong>de</strong>s citoyens. Ce<strong>la</strong> prend <strong>de</strong>s<br />

formes très diverses et ne répond pas à un modèle unique; chaque expérience<br />

est singulière et il n’est pas question <strong>de</strong> tendre à un quelconque procédé. Il<br />

n’en <strong>de</strong>meure pas moins que ces rapprochements décomplexés relèvent d’une<br />

nécessité ressentie tant par l’artiste que par le citoyen ou le médiateur. Nécessité<br />

<strong>de</strong> participation, d’implication et <strong>de</strong> partage, nécessité que se proposent<br />

précisément d’explorer ces «Chemins <strong>de</strong> traverse».<br />

La mise en œuvre par les acteurs<br />

Les «Chemins <strong>de</strong> traverse» reposent sur trois forces:<br />

– Les acteurs artistiques et culturels;<br />

– les artistes étrangers;<br />

– les citoyens.<br />

Chaque projet mettra en synergie ces trois forces par une action au travers <strong>de</strong><br />

<strong>la</strong>quelle création, participation et métissage se nourrissent, s’interpénètrent<br />

et inventent ainsi <strong>de</strong> nouveaux «Chemins <strong>de</strong> traverse».<br />

– Les acteurs artistiques et culturels <strong>du</strong> territoire: on y retrouvera autant <strong>de</strong>s<br />

porteurs d’événements et responsables d’équipements les plus prestigieux et<br />

les plus internationalement reconnus, que <strong>de</strong>s artistes plus solitaires ou <strong>de</strong>s<br />

porteurs d’activités plus diffuses, pourvu qu’ils acceptent <strong>de</strong> ne pas se limiter<br />

à un champ artistique exclusif.


155 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

– Les artistes étrangers: ils viennent <strong>de</strong> l’Euroméditerranée au sens le plus<br />

<strong>la</strong>rge (jusqu’à l’Afrique et au Moyen-Orient), ils viennent aussi <strong>de</strong> «l’exil» et<br />

<strong>de</strong> «l’immigration» installés en Europe. Outre ces priorités, d’autres altérités<br />

et d’autres origines peuvent être prises en considération.<br />

– Les citoyens: il ne faut rien s’interdire a priori: groupes amateurs, collectifs<br />

<strong>de</strong> public, c<strong>la</strong>sses d’écoles, personnes âgées, stages d’alphabétisation, instituts<br />

médico-é<strong>du</strong>catifs, entreprises privées, associations <strong>de</strong> commerçants, syndicats,<br />

ateliers en prison, stages d’insertion, groupes d’élus.<br />

La démarche<br />

L’initiative peut venir d’un <strong>de</strong>s trois acteurs ou être conjointe. Elle peut naître<br />

d’un projet d’artistes ou d’un besoin d’un groupe social, ou <strong>de</strong> <strong>la</strong> rencontre <strong>de</strong>s<br />

<strong>de</strong>ux. On peut imaginer que l’accueil en rési<strong>de</strong>nce et <strong>la</strong> mise en p<strong>la</strong>ce d’ateliers<br />

soient <strong>de</strong>s moyens privilégiés. Ils peuvent se faire tout ou <strong>partie</strong> en amont, en<br />

préparation <strong>de</strong> l’année Capitale.<br />

Les restitutions publiques prendront p<strong>la</strong>ce en 2013. Toutes les formes sont a<br />

priori envisageables: spectacle, émission <strong>de</strong> radio ou <strong>de</strong> télévision, livre, exposition,<br />

cd, création en ligne, déambu<strong>la</strong>tion, instal<strong>la</strong>tion, œuvre itinérante,<br />

réalisation architecturale.<br />

Ces «Chemins <strong>de</strong> traverse» ne seront pas forcément très coûteux. Internet<br />

par exemple peut permettre <strong>de</strong>s écritures croisées entre artistes <strong>de</strong> différentes<br />

régions <strong>du</strong> mon<strong>de</strong> et internautes amateurs avec un engagement financier<br />

ré<strong>du</strong>it. Mais il est souhaitable que <strong>de</strong>s projets participent directement <strong>du</strong><br />

développement économique et touristique, valorisent <strong>de</strong>s espaces publics,<br />

soient l’occasion <strong>de</strong> rassemblements popu<strong>la</strong>ires, rebondissent dans d’autres<br />

métropoles <strong>de</strong> l’Europe méditerranéenne, s’inscrivent éventuellement dans<br />

<strong>la</strong> <strong>du</strong>rée par <strong>de</strong>s prolongements au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> l’année Capitale.<br />

Un appel à projet sera <strong>la</strong>ncé en 2009-2010, les étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> faisabilité et les<br />

arbitrages en 2010-2011, pour <strong>de</strong>s réalisations en 2012-2013.<br />

L’intitulé «Chemins <strong>de</strong> traverse» fait ressortir les aspects à <strong>la</strong> fois ambitieux<br />

et conviviaux, pour appeler à conjuguer l’action culturelle <strong>de</strong> proximité<br />

sur le mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’universel et l’expérience participative sur celui <strong>de</strong> l’exigence<br />

artistique. L’image <strong>de</strong> Marseille, melting pot foisonnant et débridé, doit en<br />

sortir enrichie. Des termes souvent employés à son sujet comme métissage,<br />

intégration, diversité, doivent y trouver une épaisseur, une dimension sensible<br />

et partageable au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s facilités <strong>de</strong> <strong>la</strong>ngage ou <strong>de</strong>s approches purement<br />

théoriques.<br />

Pour ce<strong>la</strong>, il faut qu’une fois le cahier <strong>de</strong>s charges arrêté, on donne <strong>la</strong> plus<br />

gran<strong>de</strong> souplesse aux déclinaisons possibles <strong>de</strong>s réponses à <strong>la</strong> comman<strong>de</strong>.<br />

Il est souhaitable par exemple que certains acteurs <strong>du</strong> «triumvirat» porteur<br />

<strong>de</strong> chaque projet soient <strong>de</strong>s fédérations <strong>de</strong> plusieurs acteurs, que <strong>de</strong>s collectivités<br />

territoriales soient directement impliquées, et en coopération avec d’autres.<br />

De <strong>la</strong> même façon, <strong>la</strong> participation directe, et non seulement financière, <strong>de</strong>s<br />

acteurs économiques est souhaitable.<br />

Les «Chemins <strong>de</strong> traverse» seront d’autant plus riches qu’ils associeront le<br />

plus central au plus marginal, le plus atten<strong>du</strong> au plus inatten<strong>du</strong>.<br />

Imaginons: un projet réunissant le Festival d’Art lyrique d’Aix, un atelier<br />

théâtre <strong>de</strong> <strong>la</strong> prison <strong>de</strong>s Baumettes et un orchestre <strong>de</strong> rumba congo<strong>la</strong>ise <strong>de</strong>s<br />

bals popu<strong>la</strong>ires nocturnes <strong>de</strong> Kinshasa; un projet réunissant Robert Guédiguian,<br />

un club <strong>de</strong> bridge aixois, une école <strong>de</strong> fado <strong>de</strong> Lisbonne; un projet réunissant<br />

une association bouliste, les Rencontres Internationales <strong>de</strong> <strong>la</strong> Photographie<br />

d’Arles et Pippo Delbono.


Reconstitution <strong>du</strong> pont à transbor<strong>de</strong>ur<br />

Aux quais <strong>du</strong> <strong>la</strong>rge


157 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Thème 4<br />

Mille et une nuits<br />

Programme 1<br />

Appel à propositions pour un programme<br />

artistique et festif à travers le territoire<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature<br />

– Parce que Marseille-Provence 2013 sera profondément euroméditerranéen;<br />

– parce que <strong>la</strong> question <strong>de</strong> <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce <strong>de</strong>s femmes y est essentielle;<br />

– parce que Marseille est <strong>la</strong> capitale <strong>de</strong> <strong>la</strong> parole, <strong>de</strong> <strong>la</strong> tchatche, <strong>du</strong> s<strong>la</strong>m,<br />

<strong>de</strong> l’oralité;<br />

– parce que <strong>la</strong> nuit est un territoire à conquérir dans cette ville où <strong>la</strong> vie<br />

sociale presque entière se termine à 19h;<br />

– parce qu’un conte popu<strong>la</strong>ire sera <strong>la</strong> meilleure clef d’entrée pour que les<br />

plus <strong>la</strong>rges publics rencontrent <strong>de</strong>s formes artistiques exigeantes.<br />

Mille et une nuits<br />

Le titre <strong>du</strong> conte est connu <strong>de</strong> tous, ainsi que quelques personnages (Shéhéraza<strong>de</strong>,<br />

A<strong>la</strong>din, Ali Baba, Sinbad). Mais le p<strong>la</strong>isir <strong>du</strong> conte, <strong>de</strong> ses femmehéroïnes,<br />

<strong>de</strong> cet orient mythifié, <strong>de</strong> ce Sud sans is<strong>la</strong>mistes ou pétromonarchies,<br />

<strong>de</strong> ce triomphe <strong>de</strong> <strong>la</strong> parole sur <strong>la</strong> barbarie est généralement ignoré. Ainsi<br />

que l’histoire <strong>de</strong> ce texte, entre <strong>la</strong> tradition popu<strong>la</strong>ire occi<strong>de</strong>ntale et le texte<br />

originel récemment reconstitué et tra<strong>du</strong>it.<br />

Les Mille et une nuits marseil<strong>la</strong>ises auront ou n’auront rien à voir avec le<br />

conte persan, mais toutes évoqueront l’Orient, <strong>la</strong> Méditerranée, l’art <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

parole, <strong>la</strong> féminité, <strong>la</strong> nuit…<br />

Les Mille et une nuits se déclineront en une série d’actes et <strong>de</strong> propositions,<br />

<strong>de</strong>s plus grands aux plus petits, <strong>de</strong> <strong>la</strong> création à <strong>la</strong> convivialité, <strong>du</strong> festif au participatif.<br />

Elles seront très différentes, <strong>de</strong>puis <strong>de</strong>s «Nuits électroniques» aux<br />

séances <strong>de</strong> cinéma <strong>de</strong> plein air, <strong>de</strong>s créations <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> envergure dédiées à<br />

l’espace urbain aux conteurs dans les bars, <strong>de</strong>s «cafés <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée»<br />

aux nuits poétiques dans les musées ou les hammams, <strong>de</strong>s bals nègres aux<br />

concerts <strong>de</strong> p<strong>la</strong>ge…<br />

Un accent particulier sera mis sur les cafés, l’importance <strong>de</strong> leur histoire, <strong>la</strong><br />

nécessité <strong>de</strong> retrouver <strong>la</strong> qualité qui fut <strong>la</strong> leur, d’y intro<strong>du</strong>ire une vie culturelle<br />

et d’en faire <strong>de</strong>s pôles privilégiés <strong>de</strong> <strong>la</strong> réanimation <strong>de</strong> <strong>la</strong> vie nocturne dans<br />

plusieurs centres <strong>de</strong> <strong>la</strong> métropole.<br />

Un appel à propositions sera adressé aux structures associatives et culturelles,<br />

aux communes, mairies <strong>de</strong> secteur et autres collectivités, et aux artistes et<br />

aux compagnies dès lors qu’ils sont eux-mêmes opérateurs <strong>de</strong> leur événement.<br />

Ce programme ouvert sera un élément important <strong>de</strong> <strong>la</strong> mobilisation <strong>de</strong><br />

l’ensemble <strong>de</strong>s opérateurs culturels <strong>du</strong> territoire.<br />

Les projets seront également choisis en fonction <strong>de</strong> leur capacité à allier<br />

convivialité et pertinence artistique, à s’adresser à <strong>de</strong>s publics mé<strong>la</strong>ngés, à<br />

investir <strong>de</strong>s espaces et <strong>de</strong>s temps inédits (lieux en friche, monuments historiques,<br />

espaces publics).<br />

Les Mille et une nuits auront une série <strong>de</strong> points communs les reliant les unes<br />

aux autres: totems, personnages-appariteurs, visuels, musique <strong>de</strong> générique,<br />

rituel d’ouverture.<br />

Marseille-Provence 2013 apportera un soutien financier aux projets, et <strong>la</strong><br />

direction artistique sera constituée autour <strong>de</strong> l’association <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature<br />

et <strong>de</strong> Lieux publics. Elle coordonnera l’ensemble, apportera son regard sur les<br />

contenus et définira une i<strong>de</strong>ntité artistique et une unité <strong>de</strong> communication.<br />

Un cahier <strong>de</strong>s charges <strong>de</strong> l’appel à projet sera établi en 2008.<br />

1001 projets, soit environ 3 par soir, sur un territoire qui compte plus <strong>de</strong><br />

2 millions d’habitants.


Affiche Aux quais <strong>du</strong> <strong>la</strong>rge (2005), Stephan Muntaner


159 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Thème 5<br />

Cities on the Edge<br />

Cities on the Edge (COTE) est, à <strong>la</strong> fois, un programme et un réseau initiés<br />

par Liverpool, dans le cadre <strong>de</strong> son projet <strong>de</strong> Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

culture, dont Marseille est partenaire. Les six villes européennes <strong>du</strong> réseau:<br />

Brême, Gdansk, Istanbul, Liverpool, Marseille, Naples ont <strong>de</strong>s particu<strong>la</strong>rités<br />

communes.<br />

Elles sont toutes <strong>de</strong>s ports, davantage tournées vers <strong>la</strong> mer que vers l’intérieur<br />

<strong>de</strong>s terres. Elles sont empreintes d’une longue et vivante histoire, <strong>de</strong>s<br />

traditions culturelles universelles et constituées <strong>de</strong> peuples très particuliers.<br />

Elles sont aussi réputées pour leur sens <strong>de</strong> l’humour irrévérencieux, leur<br />

ouverture d’esprit, leur vitalité, leur créativité, leur coloration. Elles sont<br />

également sujettes à problèmes. Elles ne sont pas toujours aimées ou appréciées<br />

par les citoyens nationaux. Leur image internationale est meilleure que<br />

leur réputation nationale.<br />

2008 est l’année européenne <strong>du</strong> dialogue interculturel dont les villes sont<br />

<strong>la</strong> principale assise.<br />

«Cities on the Edge»constitue le projet européen à long terme <strong>de</strong> Liverpool<br />

Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture en 2008, mais également <strong>de</strong>s villes partenaires<br />

comme tête <strong>du</strong> réseau successives.<br />

Il vise à «marier» ces villes, avec comme but d’en explorer toutes les expériences,<br />

d’en discuter et <strong>de</strong> les partager.<br />

Les trois objectifs spécifiques sont:<br />

– Favoriser <strong>la</strong> mobilité transnationale <strong>de</strong>s acteurs culturels et <strong>de</strong>s objets en<br />

célébrant les réussites <strong>de</strong>s villes «on the edge»;<br />

– favoriser l’échange interculturel et <strong>la</strong> bonne pratique en explorant, ce que<br />

les villes ont en commun et ce qui les rend distinctives;<br />

– encourager le dialogue interculturel en cherchant si leur côté «à <strong>la</strong><br />

limite» peut en faire un contre modèle à <strong>la</strong> ville globale déshumanisée et<br />

bureaucratisée.<br />

Les activités vont se dérouler sur 5 ans. Chaque année, l’attention principale<br />

sera portée sur une ville avec les contributions <strong>de</strong> toutes les autres.<br />

Villes Fon<strong>de</strong>ment<br />

2008 Liverpool Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture<br />

2009 Marseille 2 e phase candidature<br />

Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture<br />

2010 Istanbul Capitale européenne associée <strong>de</strong> <strong>la</strong> Culture<br />

2011 Brème / Gdansk Re<strong>la</strong>tions particulières avec Tallin et Turku,<br />

Capitales européennes <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture 2011<br />

2012 Naples<br />

Parmi les projets qui composent actuellement Cities on the Edge, Marseille<br />

s’est déja engagée sur quatre d’entre eux:<br />

– Rebel lectures<br />

– Serious and Organized Crime conference<br />

– Football<br />

– Music on the Edge.


160 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Programme 1<br />

Rebel Lectures<br />

Rebel lectures est un programme <strong>de</strong>stiné à promouvoir le travail <strong>de</strong>s artistes<br />

dont <strong>la</strong> vision et <strong>la</strong> perception <strong>du</strong> mon<strong>de</strong> sont à contre-courant <strong>de</strong> <strong>la</strong> pensée<br />

dominante. Certains <strong>de</strong> ces projets pourront être encadrés par <strong>de</strong>s organismes<br />

tels que le CMCA et l’IMéRA dont l’une <strong>de</strong>s vocations est d’offrir <strong>de</strong>s espaces<br />

protégés d’expression aux intellectuels <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée.<br />

Programme 2<br />

Serious and Organized Crime<br />

Il s’agit d’une approche concernant les traditions <strong>de</strong> hauts lieux <strong>de</strong>s trafics<br />

illicites et <strong>du</strong> crime organisé <strong>de</strong>s villes <strong>du</strong> réseau.<br />

La tradition <strong>du</strong> po<strong>la</strong>r marseil<strong>la</strong>is va bon train avec <strong>de</strong>s auteurs comme Izzo,<br />

Del Pappas, Scotto, Philippe Carrèse et les éditions <strong>de</strong> l’Écailler <strong>du</strong> Sud.<br />

Une rencontre entre auteurs <strong>de</strong> po<strong>la</strong>r marseil<strong>la</strong>is et auteurs on the edge a été<br />

évoquée, à l’instar <strong>de</strong> celle qui a eu lieu avec les auteurs <strong>de</strong> G<strong>la</strong>sgow. Par ailleurs,<br />

Philippe Carrèse et Thierry Agui<strong>la</strong> ont signé une série <strong>de</strong> documentaires intitulée<br />

Les Parrains <strong>de</strong> <strong>la</strong> Côte (France 3) où se croisent membres <strong>de</strong>s pègres<br />

marseil<strong>la</strong>ise et varoise et policiers <strong>de</strong> renom.<br />

L’ensemble <strong>de</strong> ces contributions et contributeurs mettront en relief <strong>la</strong> tradition<br />

locale <strong>de</strong> création littéraire et cinématographique dans <strong>la</strong> thématique <strong>du</strong><br />

crime organisé.<br />

Cabaret aléatoire, Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai<br />

Compagnie Membros dans le cadre <strong>de</strong> Pazzapa


161 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Programme 3<br />

Football<br />

Football traite <strong>de</strong> <strong>la</strong> prise en compte <strong>de</strong> ce phénomène par <strong>de</strong>s artistes.<br />

Lors d’une précé<strong>de</strong>nte rencontre à Liverpool, Marseille a promu certaines<br />

démarches artistiques directement en lien avec le football et <strong>la</strong> religiosité<br />

qu’il in<strong>du</strong>it:<br />

– Travaux <strong>du</strong> peintre Jean-Michel Macias qui incorpore dans ses toiles <strong>de</strong>s<br />

matériaux aussi divers que <strong>de</strong>s billets <strong>de</strong> matchs mythiques ou encore <strong>de</strong>s<br />

morceaux <strong>de</strong> maillots <strong>de</strong>s différentes époques <strong>de</strong> l’O.M.;<br />

– proposition musicale <strong>du</strong> titre Welcome to The Velodrom (Imhotep, architecte<br />

musical <strong>du</strong> groupe IAM), sampling <strong>de</strong> chants <strong>de</strong> supporters arrangés<br />

sur une musique électro;<br />

– film <strong>de</strong> Thierry Agui<strong>la</strong> L’Olympique <strong>de</strong>s Marseil<strong>la</strong>is qui donne un éc<strong>la</strong>irage<br />

particulier sur les principaux clubs <strong>de</strong> supporters. Le projet <strong>de</strong> tournage d’un<br />

documentaire sur les familles <strong>de</strong> supporters à Brême, Istanbul, Liverpool,<br />

Naples et Marseille a été confié à Thierry Agui<strong>la</strong>.<br />

Programme 4<br />

Music on the Edge<br />

Ce projet consiste en un rassemblement <strong>de</strong> jeunes musiciens qui, par le biais<br />

d’un concours, se pro<strong>du</strong>iront dans le cadre <strong>du</strong> festival Beatles en août 2008.<br />

Nous y avons associé trois événements <strong>du</strong> territoire <strong>de</strong> Marseille-Provence<br />

2013, abordés dans une démarche i<strong>de</strong>ntique:<br />

– Le festival C<strong>la</strong>ss’Rock, festival <strong>de</strong> jeunes musiciens présentant <strong>de</strong>s groupes<br />

amateurs; les gagnants participent à l’enregistrement d’un DVD et assurent<br />

<strong>la</strong> première <strong>partie</strong> d’un concert <strong>de</strong> plusieurs milliers <strong>de</strong> personnes, attirées<br />

par un parrain célèbre. Fort <strong>de</strong> son succès, le festival s’est ouvert à l’international<br />

(avec l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie…). Il nous a semblé judicieux<br />

d’é<strong>la</strong>rgir C<strong>la</strong>ss’Rock aux villes <strong>du</strong> réseau Cities on the Edge et permettre ainsi<br />

à <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> jeunes musiciens <strong>de</strong> se pro<strong>du</strong>ire régulièrement <strong>de</strong>vant un<br />

public étranger.<br />

– P<strong>la</strong>nète Jeune, festival organisé par <strong>la</strong> Ville <strong>de</strong> Marseille qui est un tremplin<br />

interdisciplinaire;<br />

– le projet <strong>du</strong> GRIM qui réunira l’Orchestre <strong>de</strong>s Jeunes <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée<br />

et le groupe Sonic Youth. Outre les répétitions communes et les échanges<br />

d’expérience, l’intérêt <strong>du</strong> projet rési<strong>de</strong> dans l’organisation d’un concert commun<br />

aux <strong>de</strong>ux formations.<br />

Sta<strong>de</strong> Vélodrome


162 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

D’autres projets sont en cours <strong>de</strong> négociation avec les villes partenaires et<br />

Marseille envisage d’intervenir au cours <strong>de</strong>s prochaines années sur divers<br />

volets <strong>de</strong> Cities on the Edge à travers les propositions suivantes:<br />

Sugar<br />

Ce programme est orienté vers les démarches apportant <strong>de</strong>s réponses au<br />

racisme et au postures xénophobes.<br />

Dirigé par le chorégraphe burkinabé Serge-Aimé Coulibaly, il est d’ores et<br />

déjà copro<strong>du</strong>it par l’un <strong>de</strong>s acteurs culturels principaux <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature<br />

Marseille-Provence, <strong>la</strong> Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai. Ce projet a donné lieu à <strong>de</strong>s<br />

exhibitions et performances dans les rues et espaces publics à Liverpool. La<br />

troupe, composée à part égale <strong>de</strong> jeunes <strong>de</strong> Liverpool et Marseille, a été initialement<br />

accueillie à <strong>la</strong> Friche et <strong>de</strong>vrait à nouveau l’être en fin d’année 2007.<br />

Son instal<strong>la</strong>tion en rési<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> longue <strong>du</strong>rée est envisagée car ce projet est<br />

emblématique <strong>de</strong> l’activité d’atelier <strong>de</strong> transmission <strong>de</strong>s savoirs et <strong>de</strong>s échanges<br />

entre le Nord et le Sud.<br />

Cultural Cargoes<br />

Ses thématiques renvoient au projet d’architecture mo<strong>de</strong>ste et itinérante <strong>de</strong><br />

Triangle (projet d’aménagement d’un container à <strong>la</strong> «façon» <strong>du</strong> Corbusier),<br />

avec <strong>la</strong> fondation CMA-CGM <strong>de</strong> Marseille. Elles pourraient:<br />

– faire écho au projet d’exposition Le Corbusier pro<strong>du</strong>it par le RIBA (Royal<br />

Institute of British Architects);<br />

– constituer un projet original <strong>de</strong> «rési<strong>de</strong>nce itinérante».<br />

Creative Communities<br />

La Compagnie <strong>de</strong>s Rêves Urbains, composée d’architectes, d’urbanistes, <strong>de</strong><br />

p<strong>la</strong>sticiens et <strong>de</strong> sociologues, intervient dans les quartiers défavorisés <strong>de</strong><br />

Marseille et accompagne les habitants dans une réflexion concernant l’aménagement<br />

<strong>de</strong> «leur» territoire. Les aspects les plus innovants consistent en<br />

<strong>la</strong> sensibilisation <strong>de</strong>s enfants et <strong>de</strong>s adolescents, dans les écoles primaires et<br />

les collèges.<br />

Coming and Going<br />

Le groupe marseil<strong>la</strong>is <strong>de</strong> musiques <strong>du</strong> mon<strong>de</strong> Watcha C<strong>la</strong>n traverse les pays<br />

d’Europe et <strong>du</strong> Maghreb comme une «caravane noma<strong>de</strong>», en immersion<br />

dans <strong>la</strong> cité d’accueil. Ils invitent les musiciens locaux à partager <strong>la</strong> scène<br />

avec eux le soir <strong>du</strong> concert, ce qui les oblige à revisiter sans cesse leur<br />

répertoire. Ce mé<strong>la</strong>nge pro<strong>du</strong>it <strong>de</strong>s disques très étonnants, entre musique<br />

électronique et musiques <strong>du</strong> mon<strong>de</strong>, le tout se retrouvant sur les dance<br />

floors londoniens.<br />

Dancing Europe<br />

Il s’agit d’un projet pro<strong>du</strong>it par Josette Pisani (Marseille Objectif Danse) et<br />

dirigé par <strong>la</strong> chorégraphe napolitaine <strong>de</strong> danse contemporaine Livia Patrizi,<br />

dont <strong>la</strong> particu<strong>la</strong>rité serait d’associer <strong>de</strong> jeunes amateurs issus <strong>de</strong>s villes <strong>du</strong><br />

réseau et <strong>de</strong>s professionnels dans les buts <strong>de</strong> formation et d’insertion. Ce<br />

projet prendra <strong>la</strong> forme d’ateliers et donnera lieu à <strong>de</strong>s spectacles dans les<br />

villes «on the edge». Il prendra effet dès 2008 pour donner sa pleine mesure<br />

en 2009 et les années suivantes.<br />

Family meeting<br />

Le but <strong>de</strong> ce projet mené par le Théâtre Massalia est d’explorer <strong>la</strong> tradition<br />

<strong>de</strong>s marionnettes popu<strong>la</strong>ires dans les différentes villes <strong>du</strong> réseau et d’en étudier<br />

les particu<strong>la</strong>rités.<br />

Ports arts<br />

Il s’agirait <strong>de</strong> créer dans les villes portuaires qui constituent le réseau un<br />

observatoire <strong>de</strong>s «bonnes pratiques» <strong>de</strong> développement culturel au cœur <strong>de</strong>s<br />

politiques <strong>de</strong> rénovation urbaine. Un comité consultatif composé d’artistes,<br />

d’architectes, d’urbanistes et d’élus auraient pour vocation <strong>de</strong> faire émerger<br />

certains projets d’aménagements et d’écrire une charte d’engagement <strong>de</strong>s<br />

«Cities on the Edge».


Cabaret aléatoire, Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai<br />

Cabaret aléatoire, Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai


Exposition, Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai


165 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Thème 6<br />

Nouveaux commanditaires<br />

Nouvelles écritures<br />

Programme 1<br />

Les nouveaux commanditaires<br />

Imaginée par un artiste, l’idée <strong>de</strong> ce programme a été promue par <strong>la</strong> Fondation<br />

<strong>de</strong> France. Les expériences <strong>de</strong> son application sont déjà en cours à Marseille<br />

ainsi que dans divers pays d’Europe: Italie, Espagne, Belgique, Gran<strong>de</strong>-Bretagne,<br />

Allemagne, Fin<strong>la</strong>n<strong>de</strong>. Les résultats <strong>de</strong> ces expériences ont con<strong>du</strong>it les acteurs<br />

<strong>de</strong> Marseille à envisager, entre 2008 et 2013, <strong>de</strong> donner à ce programme, une<br />

dimension exceptionnelle et exemp<strong>la</strong>ire.<br />

Enjeux<br />

En privilégiant systématiquement <strong>la</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong> sur l’offre, le rôle d’acteur sur celui<br />

<strong>de</strong> spectateur, le programme «nouveaux commanditaires» prend ses distances<br />

avec les habitu<strong>de</strong>s actuelles <strong>de</strong> l’intervention privée ou publique. Concrètement,<br />

il propose à chaque citoyen, seul ou associé à d’autres, <strong>de</strong> prendre l’initiative<br />

d’une comman<strong>de</strong> d’œuvre d’art, à <strong>la</strong> lumière <strong>de</strong> sa situation particulière et <strong>de</strong><br />

ses attentes. En ce<strong>la</strong>, il éc<strong>la</strong>ire les besoins culturels <strong>de</strong> développements <strong>de</strong>s<br />

personnes et <strong>de</strong>s territoires, et permet d’é<strong>la</strong>borer <strong>de</strong>s réponses appropriées et<br />

légitimes, d’in<strong>du</strong>ire une nouvelle économie <strong>de</strong> <strong>la</strong> pro<strong>du</strong>ction artistique. L’œuvre<br />

commandée <strong>de</strong>vient ainsi l’expression d’une expérience directe d’un mon<strong>de</strong> où<br />

chacun invente aussi bien <strong>la</strong> raison d’être <strong>de</strong> l’art que le fait d’être en société.<br />

Acteurs<br />

– Citoyens commanditaires;<br />

– médiateurs artistiques;<br />

– artistes;<br />

– élus et responsables publics;<br />

– partenaires financiers.<br />

Les commanditaires sont aussi divers que les personnes ou les groupes sociaux<br />

peuvent l’être. Ce sont toujours <strong>de</strong>s personnes physiques qui s’engagent et,<br />

si nécessaire, au nom d’une institution ou d’une collectivité.<br />

Les médiateurs sont <strong>de</strong>s personnalités indépendantes engagées dans l’art<br />

contemporain. Leur rôle est <strong>de</strong> conseiller les commanditaires, <strong>de</strong> leur proposer<br />

<strong>de</strong>s artistes, <strong>de</strong> faciliter les liens entre ceux-ci et ceux-là, d’ai<strong>de</strong>r à <strong>la</strong> pro<strong>du</strong>ction<br />

matérielle <strong>de</strong>s œuvres. Ils trouvent là l’occasion <strong>de</strong> resserrer les liens entre les<br />

réalités <strong>de</strong> <strong>la</strong> société et celle <strong>de</strong> l’art contemporain à <strong>la</strong>quelle ils sont confrontés<br />

en permanence.<br />

Les artistes, quel que soit leur medium (arts p<strong>la</strong>stiques, architecture, paysage,<br />

musique, vidéo, théâtre) ou leur nationalité, sont choisis en fonction <strong>de</strong> leur<br />

capacité à répondre à <strong>la</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong>. Ils acceptent <strong>de</strong> tenir compte <strong>de</strong>s contraintes<br />

et <strong>de</strong>s échelles d’une économie non spécu<strong>la</strong>tive déterminée par <strong>la</strong> situation<br />

dans <strong>la</strong>quelle ils sont appelés à intervenir. Ils y rencontrent <strong>de</strong>s interlocuteurs<br />

qui les confrontent à <strong>de</strong> nouvelles finalités <strong>de</strong> l’art et qui leur permettent<br />

d’enrichir leur propre expérience.<br />

Les élus et les responsables publics agissent en tant qu’interlocuteurs politiques<br />

ou techniques favorisant l’intégration <strong>de</strong> l’initiative dans l’environnement<br />

local. Ils s’engagent car ils trouvent, avec l’ai<strong>de</strong> <strong>du</strong> médiateur, les<br />

moyens <strong>de</strong> répondre à <strong>de</strong>s besoins <strong>de</strong> société et <strong>de</strong> développement jusqu’ici<br />

peu ou mal pris en compte.<br />

Les partenaires financiers sont toutes les personnes ou les entités publiques ou<br />

privées concernées par une ou plusieurs dimensions révélées par <strong>la</strong> comman<strong>de</strong>.<br />

La définition <strong>de</strong>s besoins mis en avant par les commanditaires et <strong>la</strong><br />

qualité <strong>de</strong> leurs engagements, légitiment l’intervention <strong>de</strong> divers contributeurs<br />

financiers. Citons:<br />

– Le développement local urbain ou rural;<br />

– l’initiative économique;<br />

– l’é<strong>du</strong>cation;<br />

– <strong>la</strong> solidarité;<br />

– <strong>la</strong> qualité <strong>de</strong> <strong>la</strong> vie et <strong>de</strong> l’environnement.


166 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Leur soutien peut être ponctuel ou s’inscrire dans <strong>la</strong> <strong>du</strong>rée à l’intérieur d’un<br />

cadre financier mettant l’accent sur l’investissement et minimisant les frais<br />

<strong>de</strong> fonctionnement.<br />

Mise en œuvre<br />

La <strong>du</strong>rée <strong>de</strong> réalisation d’une comman<strong>de</strong> peut s’étaler sur une <strong>du</strong>rée <strong>de</strong> 1 à 4<br />

ans. À chaque étape, le processus se fon<strong>de</strong> sur <strong>la</strong> confiance et <strong>la</strong> qualité <strong>de</strong>s<br />

re<strong>la</strong>tions humaines. Il n’ignore rien <strong>de</strong>s tensions et <strong>de</strong>s conflits inhérents à <strong>la</strong><br />

démocratie comme à toute création originale.<br />

Phase <strong>de</strong> prépro<strong>du</strong>ction<br />

Le médiateur:<br />

– Informe <strong>de</strong> l’existence <strong>de</strong> ce nouveau modèle d’action dans sa zone d’intervention,<br />

active son réseau d’intermédiaires et offre ses compétences à tous les<br />

acteurs sociaux qui le souhaitent;<br />

– repère les volontés d’initiative;<br />

– ai<strong>de</strong> les commanditaires à définir l’objet <strong>de</strong> <strong>la</strong> comman<strong>de</strong>. L’usage et l’emp<strong>la</strong>cement<br />

<strong>de</strong> l’œuvre sont envisagés en accord avec les commanditaires.<br />

Cette étape est décisive, car c’est ce travail préa<strong>la</strong>ble qui justifie l’engagement<br />

<strong>de</strong>s commanditaires et nourrira ensuite le dialogue avec l’artiste ou <strong>la</strong><br />

négociation avec les autres <strong>partie</strong>s que leur initiative impliquera;<br />

– fait le lien entre tous les acteurs appelés à participer à l’action. Il organise<br />

les rencontres et les débats;<br />

– évalue avec les commanditaires les capacités nécessaires pour mener à<br />

bien le projet dont les dimensions culturelles aussi bien que les contraintes<br />

techniques ont été précisées sous <strong>la</strong> forme d’un cahier <strong>de</strong>s charges pouvant<br />

inclure un coût d’objectif;<br />

– engage sa responsabilité et propose l’artiste dont <strong>la</strong> création pourra être <strong>la</strong><br />

plus appropriée à <strong>la</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong> et au contexte;<br />

– est le garant <strong>de</strong> <strong>la</strong> bonne utilisation <strong>de</strong>s moyens financiers.<br />

L’artiste:<br />

– Conçoit un avant-projet soumis à l’approbation <strong>de</strong>s commanditaires après<br />

avoir fait l’objet <strong>de</strong> tous les échanges nécessaires entre les <strong>partie</strong>s. L’avantprojet<br />

permet aux commanditaires et aux médiateurs <strong>de</strong> vérifier que <strong>la</strong> proposition<br />

répond à <strong>la</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, <strong>de</strong> <strong>la</strong> refuser ou d’obtenir <strong>de</strong>s modifications,<br />

dévaluer l’inscription <strong>de</strong> l’œuvre dans son environnement, <strong>de</strong> vérifier sa compatibilité<br />

avec <strong>de</strong>s réglementations et contraintes techniques particulières,<br />

d’établir un budget <strong>de</strong> pro<strong>du</strong>ction précis, <strong>de</strong> préciser l’usage et l’emp<strong>la</strong>cement<br />

<strong>de</strong> l’œuvre.<br />

Phase <strong>de</strong> pro<strong>du</strong>ction<br />

Avec l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong>s commanditaires, le médiateur réunit les moyens financiers<br />

auprès <strong>de</strong> financeurs privés ou publics susceptibles d’être concernés par un ou<br />

plusieurs aspects <strong>du</strong> projet.<br />

Le médiateur établit un contrat avec l’artiste, pouvant impliquer directement<br />

le maître d’ouvrage (commanditaires ou représentants d’institutions au sein<br />

<strong>de</strong>squelles ou avec lesquelles ils agissent). Ce contrat précise les honoraires<br />

<strong>de</strong> l’artiste et <strong>de</strong>s autres intervenants techniques qu’il sollicite, les responsabilités<br />

et <strong>de</strong>si<strong>de</strong>rata <strong>de</strong>s <strong>partie</strong>s ainsi que les conditions <strong>de</strong> dévolution <strong>de</strong> propriété<br />

et d’entretien <strong>de</strong> l’œuvre.<br />

Le médiateur veille à gérer ou accompagner le suivi <strong>du</strong> chantier. Il garantit en<br />

particulier à l’artiste sa bonne fin.<br />

La propriété juridique <strong>de</strong> l’œuvre ainsi que <strong>la</strong> gestion <strong>de</strong>s droits afférents sont<br />

dévolues à un organisme public ou à tout autre organisme sans but lucratif,<br />

selon <strong>de</strong>s modalités précisées dans le contrat.<br />

Les commanditaires assurent le rayonnement <strong>de</strong> l’œuvre et son intégration<br />

au sein <strong>de</strong> leur communauté. Ils organisent, avec le médiateur, <strong>la</strong> communication<br />

comme l’accès et <strong>la</strong> gestion <strong>de</strong>s visites, si nécessaire.


Galerie, Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai Atelier d’écriture, Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai<br />

Programme 2<br />

Nouvelles écritures<br />

Dans le cadre général <strong>du</strong> concept <strong>de</strong>s «ateliers <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée», le programme<br />

vise <strong>de</strong>ux objectifs distincts et liés:<br />

– Développer les recherches et les expériences d’usage <strong>de</strong>s «nouvelles<br />

technologies» dans <strong>la</strong> création artistique;<br />

– explorer les nouvelles formes d’écritures contemporaines, soit dans le<br />

champ d’une discipline donnée où l’innovation formelle est particulièrement<br />

fécon<strong>de</strong>, soit dans les croisements qui s’opèrent entre <strong>la</strong>ngages traditionnellement<br />

séparés.<br />

Le territoire <strong>de</strong> Marseille-Provence est riche d’établissements et <strong>de</strong> compagnies<br />

qui œuvrent <strong>de</strong> manière exemp<strong>la</strong>ire selon ces <strong>de</strong>ux objectifs. D’ores et déjà,<br />

certains d’entre eux se sont engagés dès 2007 ou préparent pour les années<br />

suivantes, dans <strong>la</strong> perspective d’un développement progressif jusqu’en 2013,<br />

<strong>de</strong>s projets inédits et novateurs.<br />

Par exemple:<br />

Dans le domaine <strong>de</strong>s arts visuels, <strong>la</strong> fondation Vasarely présente <strong>de</strong>ux ren<strong>de</strong>z-vous: «Territoires<br />

électroniques» et «Arborescence» qui fusionnent dans un nouveau festival «Secon<strong>de</strong> nature» et<br />

se constituent en véritable centre international <strong>de</strong>s arts numériques en association avec l’école <strong>de</strong>s<br />

Beaux Arts d’Aix-en-Provence et le M.I.T aux USA. Elle est sollicitée pour préparer un projet en<br />

lien avec «les nouveaux commanditaires» et le programme «arts dans l’espace public (thème 1<br />

ci-<strong>de</strong>ssus) pour <strong>de</strong>s diffusions à l’échelle <strong>du</strong> territoire <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature.<br />

Le Festival «Actoral» se transforme, avec le soutien <strong>de</strong> Marseille-Provence 2013 dont il <strong>de</strong>vient<br />

l’un <strong>de</strong>s projets <strong>de</strong> préfiguration, pour <strong>de</strong>venir «le festival international <strong>de</strong>s arts et <strong>de</strong>s écritures<br />

contemporaines» fédérant, pour l’édition <strong>de</strong> fin 2007, dix structures culturelles <strong>du</strong> territoire.<br />

Ce nouveau festival, qui aura lieu <strong>du</strong> 26 septembre au 13 octobre prochain, présente 50 artistes<br />

internationaux.<br />

Le Centre <strong>de</strong> Recherche Européen <strong>de</strong>s Arts <strong>du</strong> Cirque imp<strong>la</strong>nté à Marseille accueillera 10 rési<strong>de</strong>nces<br />

d’écriture et <strong>de</strong> répétition et 5 stages <strong>de</strong> formation chaque année.<br />

«Marsatac - objectif 2013» présentera en septembre 2008 un festival «Europe Marsatac» qui<br />

investira les musées, lieux patrimoniaux, bars, galeries d’art contemporain, cinémas, friches in<strong>du</strong>strielles,<br />

salles <strong>de</strong> concerts, clubs. Le festival est déterminé à amplifier son ancrage dans le territoire<br />

urbain, à être présent au centre-ville. Il col<strong>la</strong>borera avec les acteurs <strong>de</strong> <strong>la</strong> scène culturelle<br />

régionale et engagera <strong>de</strong>s partenariats avec <strong>de</strong>s acteurs clefs au niveau national et international.<br />

Il accueillera <strong>la</strong> jeune création européenne et proposera une série <strong>de</strong> ren<strong>de</strong>z-vous inédits avec un<br />

focus particulier sur <strong>la</strong> scène artistique d’Europe centrale et orientale.<br />

Ses objectifs:<br />

– Diffuser les musiques actuelles les plus novatrices et émergentes, et proposer <strong>de</strong>s esthétiques<br />

peu mises en valeur dans notre pays;<br />

– concevoir et mettre en œuvre <strong>de</strong>s synergies et <strong>de</strong>s créations originales: projets musicaux et<br />

transdisciplinaires résolument contemporains;<br />

– insuffler une dynamique interactive entre les diverses cultures européennes et susciter <strong>la</strong><br />

réflexion sur ce qui rassemble et unit les cultures <strong>de</strong> l’Europe;<br />

– soutenir <strong>la</strong> diffusion <strong>de</strong> <strong>la</strong> création européenne et sa visibilité internationale;<br />

– encourager l’échange et le contact entre les artistes européens;<br />

– affirmer <strong>la</strong> nécessité <strong>de</strong> métissages artistiques et le décloisonnement <strong>de</strong>s pratiques culturelles.


Rencontres Internationales <strong>de</strong> <strong>la</strong> photographie, Arles


169 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Thème 7<br />

Tous acteurs<br />

Parce que l’é<strong>du</strong>cation artistique et les politiques vers les publics amateurs<br />

sont un levier essentiel <strong>de</strong> démocratisation <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture; parce que cette<br />

ambition sera au cœur <strong>du</strong> thème <strong>de</strong> l’année européenne <strong>de</strong> 2009; parce<br />

qu’elles sont aussi une condition <strong>du</strong> dialogue <strong>de</strong>s cultures dans les villes cosmopolites<br />

et <strong>de</strong> <strong>la</strong> cohésion sociale; parce que Marseille est particulièrement riche<br />

en activités et en outils <strong>de</strong> toutes sortes dans ces domaines (cf. chapitre I);<br />

parce que leur développement est un moyen essentiel <strong>de</strong> motivation et <strong>de</strong> participation<br />

<strong>de</strong>s citoyens au projet <strong>de</strong> l’année Capitale 2013 (cf. chapitre VI);<br />

parce que le concept fédérateur <strong>du</strong> projet <strong>de</strong> candidature est celui <strong>de</strong>s «ateliers<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée» (cf. chapitre III); nous avons décidé qu’à travers le<br />

thème «Tous acteurs», Marseille-Provence <strong>de</strong>viendrait <strong>de</strong> 2009 à 2013,<br />

un grand chantier <strong>de</strong> l’é<strong>du</strong>cation et <strong>de</strong> <strong>la</strong> pratique artistique pour tous.<br />

Ce thème se déclinera selon sept programmes complémentaires.<br />

Programme 1<br />

L’art à l’école, au collège, au lycée<br />

L’académie d’Aix-Marseille est historiquement très engagée dans une politique<br />

d’é<strong>du</strong>cation artistique et d’action culturelle dynamique qui vise<br />

d’abord à favoriser l’expression artistique <strong>de</strong>s élèves <strong>de</strong>s collèges et lycées<br />

les plus démunis et les sensibiliser à l’art contemporain. Cette politique<br />

s’inscrit dans une démarche <strong>de</strong> contractualisation avec ses partenaires, <strong>de</strong>s<br />

villes, <strong>du</strong> conseil régional et <strong>du</strong> conseil général. Dans le but <strong>de</strong> favoriser une<br />

plus gran<strong>de</strong> cohérence pédagogique <strong>de</strong>s actions artistiques et culturelles par<br />

rapport aux axes prioritaires, <strong>de</strong>s thèmes fédérateurs inscrits dans <strong>la</strong> <strong>du</strong>rée<br />

sont proposés:<br />

– 2007-2009: «mon école, mon quartier, ma ville»;<br />

– 2008-2009: «mémoires et <strong>de</strong>venir».<br />

Dans le cadre <strong>de</strong>s partenariats privilégiés établis entre l’académie et d’autre<br />

pays, notamment avec le Maroc (académie <strong>de</strong> Tanger Tétouan), le Kent,<br />

l’Allemagne, l’Italie, <strong>de</strong>s volets culturels ont été construits et font l’objet<br />

d’un cahier <strong>de</strong>s charges précis. L’ouverture à <strong>la</strong> Méditerranée est un axe<br />

privilégié, notamment avec le Maroc autour <strong>du</strong> thème fédérateur «mon<br />

école, mon quartier, ma ville». Ce partenariat permet aux élèves d’explorer<br />

<strong>de</strong> multiples pistes d’expression artistique, y compris celles liées à <strong>la</strong><br />

sensibilisation à l’environnement. D’autres opérations culturelles académiques<br />

viennent rejoindre et renforcer cette dimension d’ouverture au mon<strong>de</strong>,<br />

par exemple:<br />

– «Une rentrée en images» en partenariat avec les Rencontres Internationales<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Photographie <strong>de</strong> <strong>la</strong> Ville d’Arles;<br />

– <strong>la</strong> saison <strong>du</strong> festival choral académique;<br />

– l’extension en 2007-2008 <strong>de</strong> <strong>la</strong> «journée <strong>de</strong> l’autobiographie» à un partenariat<br />

avec <strong>de</strong>s établissements italiens et allemands, ainsi qu’avec les établissements<br />

jumelés dans le cadre <strong>du</strong> partenariat marocain.


170 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Dans ce contexte, quelques exemples <strong>de</strong> projets envisagés en lien avec les thèmes <strong>du</strong> projet <strong>de</strong><br />

Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture:<br />

L’ouverture vers <strong>la</strong> Méditerranée<br />

– Projet annuel inter-établissements, «espaces <strong>de</strong> villes, images <strong>de</strong> villes», coordonné par le<br />

CICRP qui concerne un millier d’élèves <strong>de</strong> <strong>la</strong> maternelle à l’université et une trentaine <strong>de</strong> partenaires<br />

culturels (patrimoine et arts vivants) mais aussi économiques (Port autonome). Thématique<br />

2007-2008: «Marseille, escale sur les routes <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée (Italie, Grèce, Turquie, Arménie,<br />

Égypte, Maroc, Tunisie)». Ce projet concerne aussi les villes d’Aix-en-Provence, Martigues,<br />

La Seyne-sur-Mer.<br />

– Avec Arles, expériences d’encadrement <strong>de</strong> c<strong>la</strong>sses européennes et méditerranéennes <strong>de</strong> patrimoine.<br />

– Une nouvelle opération née en avril 2007, «L’École <strong>de</strong> <strong>la</strong> mer», action fédératrice <strong>de</strong> l’ensemble<br />

<strong>de</strong>s acteurs institutionnels et <strong>de</strong> terrain.<br />

– Une opération sur le thème <strong>de</strong> Pythéas qui rassemble tous les niveaux d’enseignement autour <strong>de</strong><br />

recherches sur les traces <strong>du</strong> navigateur et qui a le soutien <strong>de</strong>s associations scientifiques <strong>de</strong> Marseille.<br />

– Une opération nationale «à l’école <strong>de</strong> <strong>la</strong> forêt» qui mêle <strong>la</strong> réflexion sur <strong>la</strong> forêt et l’impact sur l’eau.<br />

– Dans le cadre <strong>de</strong>s partenariats internationaux con<strong>du</strong>its au niveau académique, ceux avec le<br />

Maroc, l’Andalousie, Aoste, le Piémont, sont particulièrement concernés par l’ouverture à <strong>la</strong> Méditerranée.<br />

Pour le printemps 2009: une visite d’étu<strong>de</strong> à dimension internationale sur le thème d’intérêt<br />

commun: <strong>la</strong> Méditerranée, selon une approche transversale, dans le cadre <strong>de</strong>s thèmes fédérateurs<br />

culturels académiques pour les 3 années sco<strong>la</strong>ires à venir («mon école, mon quartier, ma ville» et<br />

«mémoires, i<strong>de</strong>ntités et <strong>de</strong>venir»). Il est prévu <strong>de</strong> déposer ce <strong>dossier</strong> à l’Agence Europe É<strong>du</strong>cation<br />

Formation France à l’automne 2007 en cib<strong>la</strong>nt <strong>de</strong>ux catégories <strong>de</strong> public: le personnel é<strong>du</strong>catif assurant<br />

<strong>de</strong>s fonctions <strong>de</strong> gestion, d’évaluation, <strong>de</strong> formation ou <strong>de</strong> conseil et les spécialistes et déci<strong>de</strong>urs <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

formation professionnelle en France et en Europe. Le thème «Athènes et Jérusalem» associé à cette<br />

démarche <strong>de</strong> formation peut être source <strong>de</strong> partenariats culturels très riches et intéressants.<br />

– Un projet <strong>de</strong> séminaire à Marseille, «porte <strong>de</strong> l’Orient et <strong>du</strong> Sud», lieu où peut s’exercer le travail<br />

<strong>de</strong> mémoire parmi <strong>la</strong> popu<strong>la</strong>tion <strong>de</strong> migrants ou issue d’immigrations anciennes ou récentes, en lien<br />

avec les ressources disponibles (MuCEM, MAPA, CICRP, MMSH, parcs naturels régionaux…).<br />

– En prévision pour 2009, une création sur <strong>la</strong> thématique «mémoires et <strong>de</strong>venir»: ce projet <strong>de</strong><br />

création chorale 2009 qui mêle <strong>de</strong>s esthétiques musicales différentes est envisagé en synergie<br />

avec <strong>de</strong>s ressources riches et très diverses <strong>de</strong> Marseille et <strong>de</strong> <strong>la</strong> région.<br />

– Dans le cadre <strong>de</strong> l’opération académique «l’opéra en actions», signée avec le festival d’Aix, un<br />

projet <strong>de</strong> cette nature est envisagé afin d’impliquer les élèves dans une création <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> envergure.<br />

Écriture autobiographique<br />

Extension européenne dès 2007-2008 avec l’Allemagne et l’Italie, l’association pour l’autobiographie<br />

étant imp<strong>la</strong>ntée dans plusieurs pays et intégration <strong>du</strong> projet dans le partenariat culturel<br />

marocain engagé.<br />

Mémoire<br />

Le camp <strong>de</strong>s Milles: un projet sur <strong>la</strong> mémoire en lien avec le milieu sco<strong>la</strong>ire. Ouverture internationale<br />

en perspective.<br />

Un séminaire «mémoire et Méditerranée» prévu à <strong>la</strong> MMSH.<br />

Théâtre<br />

Un projet porté par le théâtre <strong>du</strong> Sémaphore autour <strong>de</strong> <strong>la</strong> Compagnie <strong>la</strong> Part <strong>du</strong> Pauvre sur le<br />

thème <strong>de</strong>s migrants.<br />

Art et nouvelles technologies<br />

«Arborescence» est un partenaire actif <strong>de</strong>s projets académiques <strong>de</strong>puis 2 ans. Il s’agit d’explorer<br />

<strong>de</strong>s champs d’expression artistiques liés aux développements technologiques.<br />

Programme 2<br />

Jeunesse en action<br />

Première phase: constitution d’un réseau<br />

L’idée d’ouvrir un partenariat entre <strong>de</strong>s équipements culturels d’Europe et <strong>de</strong><br />

Méditerranée pour inclure <strong>de</strong>s jeunes volontaires <strong>de</strong> l’espace euroméditerranéen<br />

fera l’objet d’un séminaire spécifique organisé à Marseille par l’ADCEI à<br />

l’automne 2007 financé principalement par le programme «Jeunesse en Action»<br />

afin d’établir les premières bases <strong>du</strong> réseau et <strong>la</strong>ncer le projet.


171 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Il consiste à réunir à Marseille, une vingtaine <strong>de</strong> partenaires <strong>de</strong> dix pays européens<br />

et <strong>de</strong> quatre pays <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée, afin <strong>de</strong> préparer <strong>de</strong> futures col<strong>la</strong>borations<br />

autour <strong>de</strong>s équipements culturels et <strong>de</strong> leurs politiques et stratégies<br />

à l’égard <strong>de</strong>s jeunes. Il s’agira également <strong>de</strong> travailler ensemble sur <strong>la</strong> question<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce <strong>de</strong>s jeunes au sein <strong>de</strong> tels équipements et <strong>de</strong> leur positionnement<br />

en tant que médiateur-acteur à l’égard <strong>de</strong>s publics.<br />

En second lieu, il s’agira <strong>de</strong> projeter <strong>la</strong> mise en œuvre commune <strong>de</strong> coordinations<br />

régionales permettant l’accueil et l’envoi <strong>de</strong> volontaires à partir et au<br />

sein d’équipements culturels <strong>de</strong>s territoires mobilisés pour travailler en commun.<br />

La création d’un tel réseau <strong>de</strong> partenaires <strong>de</strong> l’Europe et <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée<br />

travail<strong>la</strong>nt sur <strong>la</strong> thématique «équipements culturels, médiation et jeunes»<br />

sera aussi une finalité <strong>de</strong> cette rencontre. L’équipe <strong>de</strong> Marseille-Provence<br />

2013 participera à ce séminaire.<br />

Deuxième phase: développement <strong>du</strong> réseau<br />

Dès le <strong><strong>de</strong>uxième</strong> semestre 2008, lors <strong>de</strong> <strong>la</strong> prési<strong>de</strong>nce française <strong>de</strong> l’Union<br />

européenne, un temps fort sera proposé à Marseille pour démultiplier l’action<br />

et é<strong>la</strong>rgir le partenariat.<br />

On envisagera un forum, «bourse <strong>du</strong> volontariat culturel» dans l’espace<br />

euroméditerranéen pour faire connaître notre démarche à l’ensemble <strong>de</strong>s<br />

<strong>partie</strong>s prenantes.<br />

Temps fort: «2013, Marseille, Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture»<br />

Forte <strong>de</strong> l’expérience ainsi engagée, nous envisagerons, pour l’année <strong>de</strong><br />

Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture, l’accueil collectif <strong>de</strong> volontaires pouvant<br />

concerner jusqu’à cent jeunes <strong>de</strong> l’espace euroméditerranéen, <strong>de</strong> dix-huit à<br />

trente ans. Ainsi, ces jeunes volontaires seront associés à l’événement. Avec<br />

cette participation importante <strong>de</strong>s jeunes volontaires, <strong>la</strong> candidature <strong>de</strong> Marseille<br />

enrichira sa dimension partenariale euroméditerranéenne, facilitera <strong>la</strong> promotion<br />

<strong>de</strong> cette manifestation et contribuera au dialogue entre les cultures.<br />

Massalia<br />

Groupe Grena<strong>de</strong><br />

Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai


172 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Programme 3<br />

Vive les amateurs!<br />

Les pratiques artistiques en amateur favorisent l’épanouissement personnel,<br />

renforcent les liens sociaux. Elles constituent une force culturelle majeure<br />

<strong>du</strong> territoire (cf. chapitre I) qui doit être utilisée pour <strong>la</strong> préparation et <strong>la</strong><br />

mise en œuvre <strong>de</strong> 2013.<br />

Il s’agira, en premier lieu, <strong>de</strong> mobiliser cette force:<br />

– Sur les thèmes <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature;<br />

– sur <strong>la</strong> participation à certains <strong>de</strong> ses projets et notamment les grands rassemblements<br />

popu<strong>la</strong>ires (Fête <strong>de</strong> l’eau, fête <strong>de</strong>s autres, ouverture <strong>de</strong> <strong>la</strong> Capitale…).<br />

Il s’agira, en second lieu, d’inscrire, parmi les objectifs <strong>du</strong> projet Marseille-<br />

Provence, <strong>la</strong> mise en valeur et <strong>la</strong> reconnaissance <strong>de</strong>s pratiques amateurs dont<br />

<strong>la</strong> qualité et <strong>la</strong> richesse sont trop méconnues. à cette fin, un festival qui leur<br />

serait consacré, est en cours d’étu<strong>de</strong>. Sa première édition <strong>de</strong>vrait avoir lieu en<br />

2010. Il prendrait sa pleine ampleur en 2013 et se poursuivrait au-<strong>de</strong>là.<br />

Programme 4<br />

Quartiers lumière<br />

On l’a exposé au chapitre I: un <strong>de</strong>s atouts <strong>de</strong> Marseille-Provence rési<strong>de</strong><br />

dans l’engagement <strong>de</strong> ses établissements artistiques, <strong>de</strong> ses compagnies, <strong>de</strong><br />

ses 75 000 associations.<br />

Quelques exemples:<br />

Lieux Fictifs<br />

L’association organise <strong>de</strong>s «<strong>la</strong>boratoires <strong>de</strong> cinéma et <strong>de</strong> théâtre» dans les prisons, en impliquant les<br />

prisonniers comme acteurs, auteurs, metteurs en scène et techniciens (cf. le film 9m2récemment diffusé<br />

sur ARTE). Un nouveau chantier sera engagé dès 2008 sur plusieurs années, dans plusieurs villes européennes:<br />

à Marseille, mais aussi à Mi<strong>la</strong>n, Barcelone, Oslo et Wuppertal. En effet <strong>de</strong>puis <strong>de</strong>ux ans,<br />

«Lieux fictifs» développe un partenariat européen dans le cadre <strong>du</strong> programme Grundtvig sur «l’é<strong>du</strong>cation<br />

informelle en prison dans l’expérience artistique» avec <strong>la</strong> compagnie <strong>de</strong> théâtre TransFormas<br />

à <strong>la</strong> prison <strong>de</strong> Quatre Camins à Barcelone, et <strong>la</strong> Società Umanitaria à <strong>la</strong> prison <strong>de</strong> Bo<strong>la</strong>tte à Mi<strong>la</strong>n.<br />

Le groupe Grena<strong>de</strong><br />

Depuis plus <strong>de</strong> 10 ans, Josette Baïz, chorégraphe contemporaine, mène un vaste projet <strong>de</strong> sensibilisation<br />

à <strong>la</strong> danse auprès d’enfants d’Aix-en-Provence et <strong>de</strong> Marseille. Dans le cadre <strong>de</strong> Marseille-<br />

Provence 2013 et à partir d’un postu<strong>la</strong>t simple: «toutes les popu<strong>la</strong>tions se croisant au Grand<br />

Littoral», Josette Baïz propose <strong>la</strong> création d’un pôle culturel chorégraphique pour <strong>la</strong> jeunesse,<br />

imp<strong>la</strong>nté dans <strong>la</strong> zone <strong>du</strong> Grand Littoral à Marseille. Sa vocation sera <strong>de</strong> mieux faire connaître <strong>la</strong><br />

culture chorégraphique contemporaine métissée au public marseil<strong>la</strong>is et <strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s échanges<br />

artistiques entre les pays méditerranéens et <strong>la</strong> France. Ce pôle culturel se veut ouvert, en lien<br />

avec les habitants, commerçants, établissements sco<strong>la</strong>ires <strong>du</strong> quartier et les infrastructures culturelles<br />

existantes en théâtre, musique, art p<strong>la</strong>stique.<br />

La Gare Franche<br />

En s’instal<strong>la</strong>nt à <strong>la</strong> Gare Franche, le Cosmos Kolej <strong>de</strong> l’artiste W<strong>la</strong>dys<strong>la</strong>w Znorko se donne les<br />

moyens <strong>de</strong> développer son travail <strong>de</strong> création en prise avec un territoire, en partenariat avec les<br />

habitants. Il s’agit également <strong>de</strong> déployer une dynamique <strong>de</strong> transmission plus <strong>la</strong>rge et <strong>de</strong> partager<br />

ses outils <strong>de</strong> pro<strong>du</strong>ction.<br />

Chaque année, plusieurs projets voient le jour à <strong>la</strong> Gare Franche: lectures autour <strong>du</strong> jardinage, visites<br />

guidées mises en scène et scénographiées, rencontres autour <strong>de</strong>s recettes <strong>de</strong> cuisine et <strong>de</strong> théâtre, tournages<br />

<strong>de</strong> films associant les habitants, réalisations <strong>de</strong> vidéos et captations sonores autour <strong>de</strong> l’enfance.<br />

Le Théâtre <strong>de</strong> <strong>la</strong> Mer<br />

Depuis plusieurs années, il s’interroge sur les questions d’i<strong>de</strong>ntité liées aux parcours migratoires<br />

tant à travers <strong>de</strong>s textes <strong>de</strong> théâtre (Driss Chraïbi, Kateb Yacine, Tahar ben Jelloun) qu’à travers<br />

<strong>de</strong>s spectacles transmettant <strong>de</strong>s extraits d’interviews <strong>de</strong> personnes issues <strong>de</strong> l’immigration (Baisers<br />

d’Hiron<strong>de</strong>lles, Drôles d’Oiseaux, Je(ux) <strong>de</strong> Dames, Atouts cœurs). Imp<strong>la</strong>nté au cœur <strong>du</strong> 14e arrondissement<br />

<strong>de</strong> Marseille, il développe un théâtre <strong>de</strong> proximité.


173 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Association Tilt<br />

Depuis 1996, Tilt œuvre à <strong>la</strong> diffusion <strong>de</strong> films (art et essai ou cinéma popu<strong>la</strong>ire) en plein air dans<br />

<strong>de</strong>s quartiers <strong>du</strong> centre-ville. En saison sco<strong>la</strong>ire, l’équipe va à <strong>la</strong> rencontre <strong>de</strong>s c<strong>la</strong>sses pour sensibiliser<br />

les élèves au cinéma. Ce sont <strong>de</strong>s ateliers <strong>de</strong> spectateurs, où les enfants réalisent eux-mêmes<br />

<strong>de</strong>s petits films..<br />

Les petits débrouil<strong>la</strong>rds<br />

Basés à Marseille, «les petits déb», comme on les appelle communément, interviennent tout au<br />

long <strong>de</strong> l’année dans les écoles mais aussi au cœur même <strong>de</strong>s cités, afin <strong>de</strong> développer <strong>de</strong>s activités<br />

scientifiques pour les enfants. Ces activités le plus souvent gratuites permettent aux jeunes d’avoir<br />

une autre approche <strong>de</strong>s sciences et <strong>de</strong> l’environnement. Parmi les divers thèmes abordés figure<br />

notamment celui <strong>de</strong> l’eau.<br />

Média 2<br />

Installée <strong>de</strong>puis bon nombre d’années dans une <strong>de</strong>s cités les plus difficiles <strong>de</strong> Marseille (les F<strong>la</strong>mants),<br />

Média 2 développera et variera ses activités: pro<strong>du</strong>ctions audiovisuelles, radio, Internet… À l’instar<br />

<strong>de</strong> Théâtre <strong>de</strong> <strong>la</strong> Mer, l’association pose <strong>la</strong> cité comme sujet central <strong>de</strong>s pro<strong>du</strong>ctions, avec le souci<br />

permanent d’intégrer les habitants dans <strong>la</strong> fabrication <strong>de</strong>s programmes.<br />

Culture <strong>du</strong> Cœur 13<br />

Elle a pour objectif <strong>de</strong> lutter contre l’exclusion par le développement <strong>de</strong> l’accès à <strong>la</strong> culture pour<br />

toutes les personnes (familles, enfants, a<strong>du</strong>ltes isolés) en situation <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> précarité. Elle organise<br />

<strong>de</strong>s sorties théâtre, concert, cinéma, expositions. Elle anime un réseau <strong>de</strong> 258 entreprises culturelles<br />

et <strong>de</strong> 293 re<strong>la</strong>is sociaux.<br />

Un appel à projets sera spécifiquement dédié à ces associations exemp<strong>la</strong>ires<br />

en fonction:<br />

– Des publics-cibles visés par leur action;<br />

– <strong>de</strong>s territoires <strong>de</strong> leur intervention;<br />

– <strong>du</strong> caractère novateur <strong>de</strong> leurs démarches.<br />

Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai<br />

Programme 5<br />

Spectateurs associés<br />

L’idée <strong>de</strong> ce programme a pour origine une expérience exemp<strong>la</strong>ire <strong>de</strong> <strong>la</strong> Scène<br />

Nationale <strong>du</strong> Mer<strong>la</strong>n à Marseille. Les spectateurs ne sont pas seulement critiques,<br />

mais copro<strong>du</strong>cteurs d’une autre façon d’être au spectacle. C’est ainsi<br />

qu’est née une proposition d’un genre nouveau, échappant aux notions <strong>de</strong><br />

fréquentation et <strong>de</strong> consommation: les spectateurs associés.<br />

Les spectateurs associés forment ainsi un collectif <strong>de</strong> personnes <strong>de</strong> tous<br />

rivages. Ils se sont constitués, suite à un avis <strong>de</strong> recherche dans lequel on<br />

pouvait lire l’intention suivante: «parce que <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce <strong>du</strong> spectateur n’est pas<br />

que dans un fauteuil, parce que sa parole n’est pas que dans <strong>la</strong> vigueur <strong>de</strong>s<br />

app<strong>la</strong>udissements, parce qu’au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s questions, nous pouvons nous essayer à<br />

<strong>de</strong>s actions». Ensemble, ces spectateurs associés conçoivent <strong>de</strong>s initiatives qui<br />

permettent aux spectacles d’exister au-<strong>de</strong>là <strong>du</strong> temps <strong>de</strong> <strong>la</strong> représentation et<br />

proposent aux autres spectateurs différentes façons d’être, <strong>de</strong> participer et<br />

d’échanger.<br />

Plusieurs actions sur mesure en fonction <strong>de</strong>s spectacles présentés ont été<br />

menées avec succès.<br />

Le concept <strong>de</strong>s spectateurs associés n’a rien à voir avec celui d’une école <strong>du</strong><br />

spectateur. Au contraire, avec les spectateurs associés, ce serait plutôt le<br />

théâtre qui est à l’école <strong>de</strong> ses spectateurs. Car ceux-ci, en partageant avec<br />

les responsables d’établissements leurs idées sur ce que peut proposer un<br />

théâtre dans une ville, les invitent à débor<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s cadres et agir ensemble sur<br />

le terrain.<br />

Sur <strong>la</strong> base <strong>de</strong>s enseignements <strong>de</strong> cette expérience, Marseille 2013 soutiendra<br />

<strong>la</strong> multiplication et <strong>la</strong> diversification d’initiatives comparables. Le but<br />

est <strong>de</strong> faire <strong>de</strong> <strong>la</strong> Capitale européenne <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture un <strong>la</strong>boratoire <strong>de</strong> re<strong>la</strong>tions<br />

originales et innovantes entre les œuvres, les établissements culturels<br />

et les publics.


174 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Programme 6<br />

Tous chercheurs<br />

Nous empruntons le titre <strong>de</strong> ce programme à l’association qui porte ce nom,<br />

soutenue par <strong>la</strong> Ville et par <strong>la</strong> Région, et qui développe <strong>de</strong>s activités remarquables<br />

dans le champ <strong>de</strong> <strong>la</strong> culture scientifique et technique («le Printemps<br />

<strong>de</strong>s chercheurs» au cours <strong>du</strong>quel sont présentés au grand public, dans <strong>de</strong>s<br />

<strong>la</strong>boratoires, les travaux et les découvertes récentes; les ateliers «Hippocampe»<br />

où <strong>de</strong>s c<strong>la</strong>sses sont reçues pendant trois jours au sein <strong>de</strong>s unités <strong>de</strong><br />

recherche sur <strong>de</strong>s sujets <strong>de</strong> mathématiques et <strong>de</strong> biologie). D’autres acteurs<br />

interviennent: «Le souk <strong>de</strong>s sciences» présente <strong>de</strong>s stands itinérants sur<br />

divers sites <strong>du</strong> territoire.<br />

Un programme d’ateliers sera développé dans <strong>la</strong> perspective <strong>de</strong> 2013, en<br />

col<strong>la</strong>boration avec ces acteurs, avec le Museum d’Histoire naturelle <strong>de</strong><br />

Marseille, avec <strong>la</strong> Ville <strong>de</strong> Gênes – partenaire <strong>de</strong> <strong>la</strong> candidature – et sa<br />

«Fête <strong>de</strong> <strong>la</strong> science», avec les 4 universités <strong>du</strong> territoire. Il privilégiera trois<br />

thèmes:<br />

– «Le partage <strong>de</strong> l’eau», cf. thème 8 <strong>de</strong> l’axe 1;<br />

– «Les mathématiques et <strong>la</strong> Méditerranée»;<br />

– «Arts et sciences» en lien avec le thème fédérateur <strong>de</strong>s «ateliers <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />

Méditerranée» et avec <strong>de</strong>s unités telles que le <strong>la</strong>boratoire d’acoustique<br />

musicale.<br />

Sta<strong>de</strong> Vélodrome<br />

Match sur <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ge <strong>de</strong>s prophètes<br />

Portrait <strong>de</strong> Zinedine Zidane sur <strong>la</strong> corniche


175 Les thèmes et les programmes Axe 2<br />

Programme 7<br />

Football – Calcio – Futbol – Kourat Qadam<br />

Marseille et le football<br />

Nulle autre ville française n’entretient un tel rapport à son club que Marseille<br />

avec l’Olympique <strong>de</strong> Marseille. Pour retrouver ce type d’influence dans une<br />

ville, il faut se tourner vers les clubs ang<strong>la</strong>is (Manchester ou Liverpool), italiens<br />

(Mi<strong>la</strong>n AC ou Lazio Roma), espagnols (Real Madrid ou Barça) ou turcs<br />

(Ga<strong>la</strong>tasaray d’Istanbul). Qu’on le veuille ou non, que l’on aime ou que l’on<br />

déteste le football, personne ne peut ignorer dans <strong>la</strong> ville, les soirs <strong>de</strong> match,<br />

le sort victorieux ou non <strong>de</strong> ces clubs.<br />

Football et culture<br />

À vouloir trop segmenter culture et sport comme <strong>la</strong> tête et les jambes, les<br />

risques d’handicaps sont réels. Nier que le sport est dans une passe <strong>de</strong> développement<br />

très délicate avec <strong>la</strong> construction chimique et budgétaire <strong>de</strong> corps<br />

peu humains est aussi ridicule que <strong>de</strong> nier que le sport est un élément déterminant<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> vie à l’école ou dans son quartier. Considérons donc le sport<br />

pour ce qu’il nous semble <strong>de</strong>voir être: un jeu et, bien enten<strong>du</strong>, pas un jeu<br />

d’argent.<br />

Le programme s’articule autour <strong>de</strong>s entreprises et singulièrement <strong>de</strong> leurs<br />

comités d’entreprise et <strong>de</strong>s associations et clubs <strong>de</strong> football pour les enfants<br />

et adolescents. Il s’adresse uniquement aux amateurs. Il consiste en l’organisation<br />

pendant toute une saison d’un gigantesque tournoi football/culture<br />

avec <strong>de</strong>s joueurs locaux et étrangers et d’une finale sous forme <strong>de</strong> festival.<br />

Chaque entreprise ou chaque association volontaire <strong>de</strong>vra constituer une ou<br />

plusieurs équipes, <strong>la</strong> mixité étant obligatoire. Chaque équipe d’a<strong>du</strong>lte aura<br />

son ou ses équipes juniors selon le découpage par tranches d’âge <strong>de</strong> <strong>la</strong> Fédération<br />

(poussins, benjamins, minimes et ca<strong>de</strong>ts), ces équipes <strong>de</strong> jeunes seront<br />

recrutées dans les quartiers sous l’égi<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’association «O.M. Attitu<strong>de</strong>».<br />

Elles choisiront ensemble un p<strong>la</strong>sticien/graphiste qui sera chargé d’inventer<br />

les couleurs <strong>de</strong> l’équipe. Un travail simi<strong>la</strong>ire sera tenté dans les villes considérées<br />

comme privilégiées pour <strong>la</strong> candidature: Gênes, Istanbul, Beyrouth,<br />

Alexandrie, Tunis, Alger, Tanger et Barcelone à partir <strong>de</strong>s contacts entre<br />

entreprises et <strong>du</strong> support <strong>de</strong> Marseille 2013. Le principe <strong>du</strong> tournoi reposera<br />

sur un match aller et un match retour sur <strong>la</strong> base d’un séjour <strong>de</strong> cinq jours<br />

comportant activités culturelles et match. Les activités culturelles, tant pour<br />

l’accueil <strong>de</strong> l’équipe étrangère, que pour le dép<strong>la</strong>cement à l’extérieur,<br />

<strong>de</strong>vront faire l’objet d’une préparation aussi importante que les matchs.<br />

Chaque séjour sera restitué sur un ou <strong>de</strong>s supports à déterminer (films,<br />

photos, sons…).<br />

Une finale sera organisée au Sta<strong>de</strong> Vélodrome à <strong>la</strong> fin <strong>de</strong> l’année sco<strong>la</strong>ire<br />

2013. Elle se déroulera sur tout un week-end et pourra être réalisée sous le<br />

haut parrainage, voire <strong>la</strong> participation <strong>de</strong>s joueurs <strong>de</strong> l’O.M.


177 Les thèmes et les programmes<br />

Des lieux<br />

et <strong>de</strong>s temps forts


J1<br />

Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai


179 Les thèmes et les programmes Des lieux et <strong>de</strong>s temps forts<br />

Deux centres<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Capitale européenne<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> culture à Marseille<br />

Le J1 sur le port autonome<br />

Le J1 est l’ancienne gare maritime, encore <strong>partie</strong>llement<br />

en service, située au centre <strong>du</strong> port <strong>de</strong> Marseille. Sa<br />

position topographique exceptionnelle, son architecture<br />

caractéristique, <strong>la</strong> splen<strong>de</strong>ur <strong>de</strong>s vues sur <strong>la</strong> mer et<br />

sur <strong>la</strong> ville, les surfaces disponibles sur <strong>de</strong>ux niveaux,<br />

ses futures liaisons piétonnes avec les terrasses <strong>du</strong><br />

port, avec l’esp<strong>la</strong>na<strong>de</strong> <strong>de</strong> <strong>la</strong> Major et avec les nouveaux<br />

équipements culturels <strong>du</strong> périmètre <strong>de</strong> rénovation<br />

Euroméditerranée, (le MuCEM, le SILO, le Centre<br />

Régional <strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée) <strong>de</strong>stinent le J1 à être<br />

l’un <strong>de</strong>s «cœurs» <strong>de</strong> l’année Capitale.<br />

Il accueillera <strong>de</strong>s expositions et <strong>de</strong>s spectacles. Il sera le<br />

lieu <strong>de</strong> <strong>la</strong> convivialité, <strong>de</strong> <strong>la</strong> rencontre <strong>de</strong>s artistes et <strong>de</strong>s<br />

publics, <strong>de</strong>s fins <strong>de</strong> soirées chaleureuses.<br />

Il sera aussi l’un <strong>de</strong>s centres d’information et <strong>de</strong> re<strong>la</strong>tions<br />

publiques (réceptions officielles, centre <strong>de</strong> presse, etc.).<br />

La Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai<br />

En 2013, <strong>la</strong> Friche <strong>de</strong> <strong>la</strong> Belle <strong>de</strong> Mai fêtera ses 25 ans.<br />

Elle aura d’ici là beaucoup changé. De nouveaux espaces<br />

sur plus <strong>de</strong> 100 000 m 2 auront été aménagés, <strong>de</strong> nouvelles<br />

activités s’y seront développées, son statut juridique<br />

se sera transformé. Ses partenariats euroméditerranéens<br />

se seront consolidés et é<strong>la</strong>rgis. Des projets inédits<br />

auront vu le jour (biennale <strong>du</strong> spectacle jeune public<br />

en association avec Toulon et Aix-en-Provence,<br />

actions <strong>de</strong> l’Espace Culturel Multimédia, E.C.M., avec<br />

<strong>la</strong> rive Sud et le Moyen-Orient, instal<strong>la</strong>tion d’un nouveau<br />

<strong>la</strong>boratoire <strong>de</strong>s pratiques d’usagers par l’architecte<br />

Patrick Bouchain, en col<strong>la</strong>boration avec le Lieu Unique<br />

à Nantes et le Channel à Ca<strong>la</strong>is…). La Capitale européenne<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> culture utilisera ce potentiel exceptionnel<br />

d’expérience acquise et <strong>de</strong> développement programmé<br />

pour installer à <strong>la</strong> Friche le second centre marseil<strong>la</strong>is<br />

<strong>de</strong> son projet. Sa pratique <strong>de</strong>s échanges internationaux,<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> pro<strong>du</strong>ction d’artistes en <strong>de</strong>venir, <strong>de</strong> l’accueil<br />

d’œuvres et <strong>de</strong>s publics très divers, <strong>de</strong> l’enracinement<br />

urbain, <strong>la</strong> <strong>de</strong>stinent à constituer <strong>la</strong> «base» <strong>de</strong>s «ateliers<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée» et, comme le J1, un espace privilégié<br />

<strong>de</strong> convivialité et <strong>de</strong> rencontre.


180 Les thèmes et les programmes Des lieux et <strong>de</strong>s temps forts<br />

Des centres dans<br />

chacune <strong>de</strong>s villes associées<br />

à <strong>la</strong> Capitale<br />

Par exemple:<br />

À Arles<br />

Les ateliers <strong>de</strong> <strong>la</strong> SNCF.<br />

À Aix-en-Provence<br />

«Le forum culturel» constitué <strong>de</strong> <strong>la</strong> cité <strong>du</strong> livre,<br />

<strong>du</strong> Pavillon noir (Centre Chorégraphique National)<br />

et <strong>du</strong> Grand Théâtre <strong>de</strong> Provence.<br />

À La Seyne-sur-Mer<br />

Les chantiers navals et le nouveau pôle théâtre.<br />

À Châteauvallon<br />

Le CNCDC.


181 Les thèmes et les programmes Des lieux et <strong>de</strong>s temps forts<br />

Des temps forts<br />

Des expositions<br />

(Programmation en cours)<br />

Lieux d’expositions 2011-2012 2013<br />

MUCEM L’occi<strong>de</strong>nt vu par l’orient Migrations<br />

Le rêve méditerranéen Cuisines en Méditerranée<br />

J1 Le partage <strong>de</strong> l’eau<br />

Navigateurs<br />

Centre régional Voyages en Méditerranée Imaginaire <strong>de</strong>s ports<br />

<strong>de</strong> <strong>la</strong> Méditerranée Partage et conflits <strong>de</strong> mémoire<br />

Musées <strong>de</strong> Marseille Les Lumières <strong>du</strong> Sud Athènes et Jérusalem<br />

Racine et actualité religieuses<br />

Musées d’Aix-en-Provence Définition en cours Les 100 ans <strong>de</strong> Camus<br />

Musées d’Arles Définition en cours Histoire <strong>de</strong> Gitans<br />

Musées <strong>de</strong> Toulon Définition en cours Définition en cours<br />

Une gran<strong>de</strong><br />

exposition<br />

collective<br />

sur les peintres<br />

<strong>du</strong> midi


182 Les thèmes et les programmes Des lieux et <strong>de</strong>s temps forts<br />

Deux nouveaux<br />

festivals pérennes<br />

«InterMéd» consacré au dialogue <strong>de</strong>s créations<br />

contemporaines d’Europe et <strong>de</strong> Méditerranée.<br />

(cf. axe 1, thème 1)<br />

«Via Marseilles» consacré aux formes <strong>de</strong> création<br />

dans l’espace public.<br />

Les grands festivals<br />

et rencontres <strong>de</strong>s territoires<br />

Ils préparent 2013 aux couleurs <strong>de</strong> l’Euroméditerranée<br />

et <strong>de</strong>s thèmes <strong>du</strong> projet <strong>de</strong> Capitale. En particulier:<br />

À Arles<br />

Les Rencontres Internationales <strong>de</strong> <strong>la</strong> Photographie;<br />

Les Suds.<br />

À Aix-en-Provence<br />

Le Festival d’Art lyrique.<br />

À La Roque d’Anthéron<br />

Le Festival International <strong>de</strong> Piano.<br />

À Martigues<br />

Le Festival <strong>de</strong> Martigues.<br />

À Marseille<br />

Le Festival <strong>de</strong> Marseille; La Fiesta <strong>de</strong>s Suds;<br />

Le Festival International <strong>du</strong> Documentaire; Marsatac;<br />

Actoral; Les rencontres d’Averroès.<br />

À La Seyne-sur-Mer<br />

Janvier sous les étoiles.


183 Les thèmes et les programmes Des lieux et <strong>de</strong>s temps forts<br />

Six grands<br />

rassemblements popu<strong>la</strong>ires<br />

«La ville enjeu»<br />

(axe 2, thème 1)<br />

Ouverture <strong>de</strong> l’année Capitale qui coïnci<strong>de</strong>ra avec celle<br />

<strong>du</strong> festival «Via Marseilles».<br />

Deux jours et <strong>de</strong>ux nuits <strong>de</strong> découverte sur le territoire<br />

<strong>de</strong>s créations musicales, visuelles, p<strong>la</strong>stiques, dramatiques,<br />

composées à cette occasion, marquées par un moment<br />

spectacu<strong>la</strong>ire d’exception commandé à un artiste ou<br />

ensemble d’artistes <strong>de</strong> grand renom dans le domaine <strong>de</strong>s<br />

spectacles et para<strong>de</strong>s popu<strong>la</strong>ires.<br />

«La fête <strong>de</strong>s autres»<br />

(axe 1, thème 1)<br />

En ouverture <strong>du</strong> festival «InterMéd».<br />

«La fête <strong>de</strong> l’eau»<br />

(axe 1, thème 8)<br />

«La fête <strong>de</strong>s amateurs»<br />

(axe 2, thème 7)<br />

«Camus au sta<strong>de</strong> vélodrome»<br />

(axe 1, thème 6)<br />

Le match <strong>de</strong> football pour les 100 ans <strong>de</strong> Camus.<br />

«Images et musiques dans les grands sites»<br />

(axe 2, thème 2)<br />

Les concerts et les projections dans les grands sites<br />

<strong>du</strong> territoire.


184 Les thèmes et les programmes Des lieux et <strong>de</strong>s temps forts<br />

Des actions <strong>de</strong> fond,<br />

pluriannuelles<br />

et <strong>du</strong>rables<br />

Parmi elles, certaines donneront lieu à <strong>de</strong>s moments<br />

<strong>de</strong> représentation forts ou bien marqueront définitivement<br />

<strong>la</strong> cité. Ainsi l’une <strong>de</strong>s comman<strong>de</strong>s publiques (axe 2,<br />

thème 6) sera consacrée à une œuvre monumentale<br />

pérenne qui servira <strong>de</strong> signal et d’emblème <strong>de</strong> l’année<br />

Capitale. De même, les projets en cours <strong>de</strong> négociations<br />

avec les partenaires internationaux – notamment en<br />

Slovaquie (cf. chapitre V) pourront, pour certain d’entre<br />

eux, déboucher sur <strong>de</strong>s manifestations <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> force<br />

popu<strong>la</strong>ire. Il en est également ainsi <strong>de</strong> tous les programmes<br />

d’ateliers <strong>de</strong> création, d’é<strong>du</strong>cation et <strong>de</strong> participation<br />

(axe 1, thème 1 et axe 2, thème 7).<br />

Calendrier 2013<br />

Une construction en 4 saisons <strong>du</strong> calendrier <strong>de</strong> 2013<br />

est en cours.<br />

Afin d’attirer <strong>la</strong> plus forte fréquentation extérieure<br />

nationale et internationale, chaque saison sera <strong>la</strong>ncée<br />

par une semaine au cours <strong>de</strong> <strong>la</strong>quelle les visiteurs<br />

pourront conjuguer parcours d’expositions, événements<br />

popu<strong>la</strong>ires, festivals et spectacles, visites<br />

d’ateliers, itinéraires thématiques.


Concert <strong>du</strong> Philharmonique <strong>de</strong> Berlin au pied <strong>de</strong> <strong>la</strong> montagne Sainte-Victoire

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