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7UDQVLWLRQ - Imagine demain le monde

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Jean-François

Jean-François Pollet Spaque Nord-Sud Environnement industriel Il y a belle lurette que les potagers des environs ont été interdits à la culture, le risque sanitaire étant trop important, ce qui a d’ailleurs provoqué le déménagement des familles les plus attachées à leur jardin. « Souvent des Italiens », précise un interlocuteur. Les autres riverains sont restés, rassurés il est vrai par l’enquête de santé menée il y a deux ans et dont les conclusions n’ont rien d’alarmant. Les habitants assistent aujourd’hui placidement à l’avancée des travaux. « Ils ont l’habitude de vivre dans un environnement industriel, précise Jean-Frédérick Deliège, responsable presse de la Spaque, la société publique en charge du chantier. Certains ont travaillé dans les usines des environs. » Et ils savent que lorsque les premiers logements sortiront d’une terre réhabilitée, leur propre logement prendra de la valeur. En attendant, le travail sur le chantier de Chimeuse est pharaonique, à la mesure de l’état du site qui présente un concentré de toutes les pollutions industrielles que l’on peut rencontrer. « Le terrain a été d’abord été nettoyé de son cyanure, qui marquait le sol de traînées bleues, précise Fédéric Jamar. Ces terres ont été brûlées en four à ciment, les résidus neutralisés entrant dans la composition du ciment. Puis le terrain a été divisé en carrés de 10 mètres sur 10. En fonction de la pollution, nous appliquons des solutions différentes à chaque carré, dont la profondeur dépend du niveau de pollution. » Les coulées rouges, qui trahissent la présence d’arsenic, sont évacuées en décharges de type 1. Ensuite le sol reçoit, selon les pollutions rencontrées, trois traitements différents. En cas de pollution par des hydrocarbures, la terre est rassemblée en tas, hérissés de tuyaux où coule une eau brûlante qui chauffe la terre à quelque 400°, ce qui volatilise les huiles qui seront brûlées en chaudière. Les métaux lourds sont, pour leur part, traités par un procédé physique. Le sol est tamisé pour séparer les graviers, le sable plus fin, et les boues faites de particules fines où se concentrent les métaux. Ces boues sont ensuite laminées et évacuées en décharges de type 1, soit des décharges de matériaux toxiques que l’on ne traite pas. Et enfin, les dérivés pétroliers, essence et diesel, sont traités par des procédés biologiques qui activent des bactéries pour dégrader les polluants en eau et en gaz carbonique. Au départ, le chantier devait durer dix mois, mais le centre du terrain a réservé de mauvaises surprises. Les cokeries rejetaient leurs résidus dans une vaste cuve enfouie sous l’usine. Cette cuve laisse suinter un liquide gras, mélange de goudron et de benzène qu’il faut aller chercher à six mètres de profondeur. « Le chantier devait prendre fin en décembre, il sera prolongé jusqu’en mars », constate, fataliste, le chef de chantier. Les sols sont rassemblés en monticules distincts selon les pollutions. Ces terres subissent ensuite un traitement approprié avant d’être rejetées en monticules de terres propres. Les coulées d’arsenic ont été enlevées dès le début du chantier. Inventaires des sites Le site de Chimeuse fait partie des 30 sites dont le gouvernement wallon a confié la réhabilitation à la Spaque, dans le cadre du Plan Marshall. En tout, on suspecte 18 000 sites d’être pollués en Wallonie, un chiffre élevé mais qui englobe toute pollution au sens large, depuis le simple terrain encrassé par les huiles de vidange d’un garagiste de quartier jusqu’au terril constitué de scories industrielles. 6 000 de ces sites ont déjà été inventoriés et classés, par la Spaque en 2 500 décharges et 3 500 friches industrielles. [imagine 83] janvier & février 2011 42 Pollusol 1 et 2 La Wallonie dresse une carte de la pollution des sols Certains sols wallons gardent la mémoire de deux siècles d’activités industrielles. Durant des décennies, les industries ont dispersé, par leurs cheminées ou l’entassement de leurs déchets, des produits toxiques : métaux lourds (plomb, cadmium, mercure), arsenic et hydrocarbures. Les métaux sont naturellement présents dans les sols, où ils sont libérés par la dégradation physicochimique des roches, les éruptions volcaniques ou les feux de forêt. Mais l’activité industrielle a engendré des concentrations anormalement élevées qui deviennent toxiques pour l’homme, surtout s’il consomme des fruits et légumes cultivés sur ces sols. La Région wallonne a voulu connaître la concentration de polluants dans les sols de la région. Elle a chargé la Spaque de dresser une carte des teneurs en métaux et hydrocarbures dans les sols wallons en milieu rural. Cette étude, baptisée Pollusol 1, est aujourd’hui bouclée. Elle dresse l’inventaire des métaux enfouis dans les sols proches de l’état naturel. Ses résultats n’ont pas été rendus publics, ils seront dévoilés plus tard, lorsque la Spaque aura achevé une seconde étude, Pollusol 2, centrée elle sur la pollution des zones urbaines et industrielles. L’ensemble de la Wallonie est concerné par Pollusol 2, qui porte toutefois une attention particulière aux vallées industrielles. Les donnés par l’UCL, ont prélevé durant deux ans des échantillons de terres, de poussières et d’eaux souterraines dans les potagers, les pelouses, les champs, les prairies et les bois, et même dans les légumes des jardins situés en Wallonie. L’étude a également examiné la présence de polluants dans les poussières de surface et estimé le risque de contamination par ingestion directe de ces poussières. Les analyses des prélèvements sont aujourd’hui en cours. Une fois l’ensemble des résultats des deux études connus, il restera aux chercheurs à établir la carte du « bruit de fond de la pollution dans les sols wallons ». En attendant, lorsque cela s’avère nécessaire, la Spaque donne déjà aux jardiniers qui le souhaitent des recommandations pour améliorer la qualité de la terre de leurs amendements calcaires, qui bloquent l’assimilation de ces métaux par les plantes. De plus, certaines plantes absorbant plus que d’autres les substances polluantes, il est intéressant de choisir ses cultures en fonction des risques de pollution. Les cartes établies par Pollusol 1 et 2, ainsi que l’éventail de recommandations aux populations vivant dans un environnement pollué, seront rendus publics au plus tard en 2012. ■ Créé voici 20 ans pour réhabiliter la décharge de Mellery, dans le Brabant wallon, la Spaque a connu une croissance importante, à l’image du passé industriel de la Wallonie, pour devenir aujourd’hui l’entreprise publique chargée de la dépollution des sols. « En presque 20 ans d’existence, la Spaque a payé 290 millions d’euros à des sous-traitants pour surveiller et assainir des sites pollués », calcule Jean-Frédérick Deliège. A qui revient la facture ? Essentiellement aux pouvoirs publics. Le principe du pollueur payeur est difficile à appliquer, car beaucoup d’industries responsables des pollutions aux 19 et 20 e siècles ont aujourd’hui disparu. Les grosses entreprises en activité, comme Umicore ou UCB, qui souhaitent préserver leur image (et leurs actionnaires), participent au financement de la dépollution menée par la Spaque, mais pour un montant tenu secret. Lorsque le principe du pollueur payeur s’applique, c’est le plus souvent à des petites entreprises, aujourd’hui propriétaires de sols pollués par d’autres dans le passé, et qui en pratique ne peuvent prendre en charge les frais de dépollution, généralement très élevés. La Spaque propose alors de racheter leurs terrains afin de les traiter et de les remettre en vente. La revente ne couvre qu’une petite partie des frais de dépollution. Pour donner une idée, la réhabilitation des neuf hectares du chantier Chimeuse se chiffre à quelque vingt millions d’euros. ■

Chronique Géostratego Un coup de projo sur l’échiquier mondial par Arnaud Zacharie* Europe-Afrique les raisons d’un Après s’être partagé le territoire africain lors de la conférence de Berlin en 1885, l’Europe a dominé l’Afrique durant le 20 e siècle. Le temps des colonies a ensuite fait place, après la Deuxième Guerre mondiale, à celui des accords préférentiels octroyés par l’Europe à ses anciennes possessions africaines dans le cadre des conventions de Lomé, censées garantir une relation privilégiée entre les deux continents. Mais ce temps est désormais révolu. Après plus d’un siècle de domination européenne en Afrique, le début du 21 e siècle a sensiblement modifié les choses. Les gouvernements africains ne semblent plus disposés à accepter les mêmes relations qu’auparavant. Au contraire, l’Afrique refuse désormais le diktat européen. Plusieurs événements récents sont venus confirmer cette évolution. En septembre 2010, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, l’Union européenne espérait faire adopter une motion qui lui permette d’adapter sa représentation internationale aux termes du nouveau traité de Lisbonne. En effet, le traité de Lis- bonne ayant créé deux nouvelles fonctions supposées représenter le visage extérieur de l’Europe – le président du Conseil (Herman Van Rompuy) et la responsable de la diplomatie européenne (Catherine Ashton) –, l’Union européenne souhaitait que ces deux personnalités puissent s’exprimer en son nom dans le cadre des Nations unies. Mais c’était sans compter sur le refus des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), qui ont massivement appuyé une motion de « non-action » déposée par le Surinam. Ce sont donc les principaux bénéficiaires de l’aide européenne, lesquels sont aussi d’anciennes colonies, qui ont empêché l’Union européenne de renforcer sa voix dans l’enceinte des Nations unies. Mais est-ce si étonnant ? Comment en effet ne pas constater le mécontentement grandissant des pays ACP suite à la négociation des accords de partenariat économique (APE) ? Les APE sont des accords de libre-échange censés remplacer les accords préférentiels du passé pour se conformer aux règles de l’OMC. En d’autres termes, les pays ACP sont invités à abandonner le traitement spécial dont ils bénéficiaient de la part de l’Europe au profit de la libéralisation de leurs marchés. Les pays africains ont dès lors majoritairement refusé de signer ces accords que l’Union européenne tente toujours de faire adopter. Lors du dernier sommet UE- Afrique, qui s’est déroulé fin novembre 2010 à Tripoli, les divergences sur le dossier des accords de partenariat économique, qui avaient déjà plombé le précédent sommet de Lisbonne en 2007, sont restées vives. A ce problème s’en sont ajoutés d’autres : l’Afrique a en effet dénoncé la baisse récente de l’aide européenne suite à la crise financière, tout en critiquant le fait que les investissements européens évitent systématiquement l’Afrique pour aller en Asie. Enfin, les pays africains ont rejeté l’idée d’une déclaration commune avec l’Europe sur les enjeux du climat à la veille du sommet de Cancún, arguant que l’Afrique avait sa propre position et que les Européens n’avaient pas laissé suffisamment de temps aux Africains pour analyser leur proposition. Si l’Europe n’est plus en mesure d’imposer ses vues à l’Afrique, c’est parce que son poids dans l’économie politique internationale a chuté au profit des pays émergents. Les échanges com- Les échanges entre les pays émergents et l’Afrique ont, pour la première fois, dépassé le commerce entre l’Union européenne et l’Afrique. Et, dans le même temps, la puissance européenne d’hier semble aujourd’hui perçue comme de l’arrogance par les Africains. merciaux entre les pays émergents et l’Afrique sont passés de 34 milliards de dollars en 1995 à 283 milliards en 2008, dépassant pour la première fois les échanges entre l’Union européenne et l’Afrique. Bien que les activités extractives restent prédominantes et les échanges déséquilibrés en faveur des pays émergents, l’analyse du contenu de ces échanges révèle que la coopération Sud- Sud est beaucoup plus centrée sur le développement économique que la coopération Nord-Sud, par le biais de l’investissement dans les infrastructures et les secteurs productifs africains. Les politiques de coopération de l’Union européenne, fondées sur le libreéchange, la bonne gouvernance et les politiques migratoires restrictives ont ainsi perdu de leur intérêt en Afrique, où les gouvernements ont perçu l’émergence de nouveaux bailleurs du Sud comme un moyen de contourner les conditions liées aux politiques de coopération européennes. Ainsi, la puissance européenne d’hier semble aujourd’hui perçue comme de l’arrogance. Dans un monde qui devient multipolaire, les décideurs politiques européens seraient bien inspirés de s’en rendre compte. ■ *Secrétaire général du CNCD-11 11 11 [imagine 83] janvier & février 2011 43

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