(Coronaires n°20:Coronaires n°2 - Consensus Online
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Éditorial<br />
T r i m e s t r i e l – 5 e a n n é e<br />
Coronaropathies :<br />
le triomphe du fonctionnel<br />
sur l’anatomique<br />
Dans ce numéro 20 de <strong>Coronaires</strong>, notre<br />
attention se portera principalement sur le<br />
rapport et les commentaires concernant<br />
l’étude FAME, publiée récemment dans le<br />
New England Journal of Medicine (2009,<br />
360 : 213-24). Cet essai clinique, qui consacre plusieurs<br />
années d’efforts renouvelés de Nico Pijls aux Pays-Bas,<br />
Bernard Debruyne et William Wijns en Belgique, concerne<br />
en effet l’évaluation fonctionnelle des sténoses athéroscléreuses<br />
coronaires.<br />
La revascularisation coronaire a démarré en 1967 avec<br />
le premier pontage coronaire effectué par René Favoloro<br />
et, en 1977, avec Andreas Gruentzig, réalisant la première<br />
angioplastie coronaire percutanée au ballonnet<br />
à l’hôpital de Zurich (Suisse). À cette époque, la décision<br />
de revasculariser était basée sur une estimation<br />
visuelle des sténoses : il en résultait ainsi une nette surestimation<br />
des rétrécissements ; on parlait à l’époque<br />
de sténose à 99 % et combien de sténoses minimes (surestimées)<br />
ont fait l’objet de pontages coronaires injustifiés<br />
que l’on retrouvait ultérieurement occlus ou de<br />
dilatations qui, dans 40 % des cas, resténosaient avec<br />
une vraie sténose serrée… Une étape importante a été<br />
franchie avec l’angiographie coronaire quantitative, c’està-dire<br />
la mesure informatisée (donc plus objective, car<br />
moins dépendante de l’observateur humain) proposée<br />
et développée extensivement par Patrick W. Serruys et<br />
Johan H.C. Reiber. Parallèlement, la preuve ischémique<br />
était plus facilement affirmée grâce aux épreuves d’effort<br />
ECG informatisées, à la médecine nucléaire et à<br />
l’échographie de stress. Mais ces examens ne prouvent<br />
qu’une ischémie globale et il était plus difficile de<br />
dire si une sténose donnée déterminait une ischémie<br />
dans son territoire. Cela fut effectué grâce à une<br />
approche de la FFR (Fractional Flow Reserve), très<br />
simple à réaliser, puisque l’on mesure le rapport des<br />
pressions en aval et en amont d’une sténose au repos<br />
et en situation d’hyperhémie obtenue par injection IC<br />
d’adénosine. Les travaux de Bernard Debruyne ont<br />
montré que la frontière entre le normal et l’ischémique<br />
se situait à 0,80. On a ainsi pu observer que certaines<br />
sténoses, apparemment serrées sur le plan angiographique,<br />
ne déterminaient pas d’ischémie et vice versa.<br />
L’ischémie étant le critère majeur pour décider de la<br />
mise en œuvre d’une revascularisation, cette exploration<br />
avait donc un intérêt essentiel pour la décision thérapeutique.<br />
Le bien-fondé d’une stratégie personnalisée<br />
vient d’être prouvé par l’étude FAME qui a donc montré<br />
que c’était l’évaluation fonctionnelle qui conditionnait<br />
la qualité des résultats : c’est le triomphe du fonctionnel<br />
sur l’anatomique. Mais que l’on ne s’y trompe pas !<br />
La FFR est une approche utile mais indirecte de la physiologie<br />
coronaire. En 2009, nous ne savons toujours pas<br />
mesurer avec précision le débit dans une coronaire.<br />
Certes, on l’évalue par des moyens indirects : le Doppler<br />
intracoronaire (qui ne mesure cependant qu’une<br />
vélocité) ou le PET-Scan qui rapporte plus une évaluation<br />
régionale que réellement vaisseau par vaisseau.<br />
Un très bel exemple de nos limites dans ces différents<br />
domaines est la difficulté d’appréhender les dysfonctions<br />
microvasculaires coronaires. Néanmoins, avec l’étude<br />
FAME, nous assistons à une avancée majeure, mais il<br />
reste encore beaucoup à faire et à apprendre en matière<br />
de physiologie coronaire…<br />
Pr Michel BERTRAND<br />
Rédacteur en chef<br />
N° 20 - Mai 2009 1<br />
A vis d’expert<br />
R epère<br />
Sténose coronaire :<br />
prendre en compte<br />
à la fois la dimension<br />
anatomique<br />
et le retentissement<br />
fonctionnel<br />
N. DANCHIN, service de cardiologie, HEGP, Paris<br />
Pour la première fois, une étude prospective, l’étude<br />
FAME (Fractional Flow Reserve versus Angiography<br />
for Multivessel Evaluation), a permis de démontrer<br />
qu’une approche fonctionnelle était bénéfique pour les<br />
patients par rapport à une stratégie dictée uniquement<br />
sur l’aspect de la coronarographie. suite page 5<br />
N° 20<br />
MAI 2009<br />
Automesure de l’INR<br />
chez les patients traités par AVK<br />
R. ROUDAUT, pôle cardio-thoracique, service de cardiologie, Hôpital Cardiologique Haut-Lévêque,<br />
CHU de Bordeaux<br />
Compte tenu d’une zone thérapeutique étroite et d’interactions<br />
médicamenteuses et alimentaires multiples, le traitement par antivitamines K<br />
(AVK) est soumis à d’importants facteurs de variation, ce qui explique un nombre<br />
important d’accidents hémorragiques qui augmentent exponentiellement<br />
dès que l’INR est > 4. L’optimisation du traitement par AVK fait appel<br />
à l’éducation thérapeutique, aux logiciels d’adaptation, aux cliniques des<br />
anticoagulants et enfin à l’automesure qui a fait les preuves de son efficacité dans<br />
de nombreux pays et vient d’être introduite en France dans le domaine de la<br />
cardiopédiatrie.<br />
Certes, à l’avenir, avec l’arrivée des nouveaux<br />
antithrombotiques par voie orale, la prescription<br />
des AVK va certainement décroître. Cependant,<br />
ils resteront tout de même incontournables dans<br />
des pathologies comme les prothèses valvulaires<br />
mécaniques. La mise sur le marché d’appareils<br />
d’automesure dans cette population ciblée serait<br />
de grande utilité, car on sait que l’INR cible doit être<br />
relativement élevé et qu’il s’agit de patients à plus<br />
haut risque. suite page 5<br />
A ctualités<br />
Congrès ACC 2009<br />
Orlando, 29-31 mars 2009<br />
J. BEAUNE, service de cardiologie, hôpital Louis Pradel, CHU de Lyon<br />
À l’image des éditions précédentes, le cru Orlando<br />
2009 de l’ACC était majoritairement consacré à<br />
l’exercice quotidien de la pratique cardiologique,<br />
avec la présentation de résultats d’études de<br />
prévention, confirmant ceux de travaux déjà<br />
publiés (statines), précisant certaines<br />
indications… et infirmant parfois certains<br />
résultats antérieurs (oméga 3)… suite page 7<br />
ÉDITORIAL . . . . . . . . . . 1<br />
M. BERTRAND<br />
SOMMAIRE<br />
MISE AU POINT<br />
Coronaropathies dans<br />
la population féminine : aussi<br />
fréquentes que chez les hommes…<br />
mais moins bien prises<br />
en charge . . . . . . . . . . . . . . 2<br />
F. ANDREOTTI, T. RIO, N. MARCHESE<br />
AVIS D’EXPERT<br />
Interdiction de fumer<br />
dans les lieux publics :<br />
quel impact réel sur les<br />
événements coronaires ? . . . 4<br />
D. THOMAS<br />
Automesure de l’INR<br />
chez les patients traités<br />
par AVK . . . . . . . . . . . . . . . 5<br />
R. ROUDAUT<br />
REPÈRE<br />
Sténose coronaire :<br />
prendre en compte à la fois<br />
la dimension anatomique<br />
et le retentissement<br />
fonctionnel . . . . . . . . . . . . . 5<br />
N. DANCHIN<br />
STAFF<br />
Thrombose de stent :<br />
un cas prévisible ? . . . . . . . . 6<br />
S. CHAMPIN, C. BESNARD, P. LANTELME<br />
ACTUALITÉS<br />
Congrès ACC 2009 . . . . . . . 7<br />
J. BEAUNE<br />
DR
M ise au point<br />
Coronaropathies dans la population féminine :<br />
aussi fréquentes que chez les hommes…<br />
mais moins bien prises en charge suite de la page 1<br />
Données épidémiologiques, facteurs de risque CV,<br />
mécanismes et diagnostic<br />
F. ANDREOTTI, T. RIO, service de médecine cardio-vasculaire, hôpital universitaire Gemelli, Rome, Italie<br />
Cette synthèse – qui repose en grande partie sur une<br />
publication récente* – se propose de faire le point sur<br />
les différences liées au sexe en termes d’épidémiologie,<br />
de pathogénie et de diagnostic des cardiopathies<br />
ischémiques.<br />
Épidémiologie générale<br />
Dans les pays occidentaux, les cardiopathies<br />
représentent la principale<br />
cause de mortalité, et notamment<br />
la cardiopathie ischémique<br />
qui est à l’origine de la majorité de<br />
ces décès quel que soit le sexe du<br />
patient. Jusqu’à 75 ans, la prévalence<br />
de la cardiopathie ischémique<br />
a tendance à être moindre chez les<br />
femmes que chez les hommes dans<br />
la plupart des tranches d’âge<br />
(Fig. 1). Cependant, au-delà de<br />
75 ans, comme les femmes sont<br />
alors plus nombreuses, on les<br />
retrouve davantage que les hommes<br />
en sortie d’hospitalisation pour cardiopathie<br />
ischémique. En moyenne,<br />
elles présentent leur premier événement<br />
coronaire 10 ans plus tard<br />
que les hommes.<br />
Facteurs de risque<br />
cardio-vasculaires<br />
Les femmes étant « par nature »<br />
relativement bien protégées, du<br />
moins jusqu’à la ménopause, la survenue<br />
chez elles d’une cardiopathie<br />
ischémique est en général liée à l’association<br />
de plus de facteurs de<br />
risque que chez les hommes (hypothèse<br />
d’une « charge supplémentaire<br />
» en facteurs de risque). Même<br />
lorsqu’elles présentent le même<br />
panel de facteurs de risque traditionnels<br />
que les hommes, les<br />
femmes ont un risque moins élevé<br />
de développer une cardiopathie<br />
ischémique, ce qui plaide en faveur<br />
d’une protection inhérente au sexe<br />
féminin. Les femmes qui souffrent<br />
de cardiopathie ischémique sont<br />
effectivement plus âgées et plus souvent<br />
diabétiques et hypertendues<br />
que les hommes. Par ailleurs, il<br />
semblerait qu’un antécédent maternel<br />
d’infarctus du myocarde (particulièrement<br />
s’il s’avère précoce)<br />
confère un risque de maladie cardio-vasculaire<br />
plus important qu’un<br />
antécédent paternel, dénotant ainsi<br />
un terrain de vulnérabilité particulièrement<br />
défavorable.<br />
Mécanismes impliqués<br />
Les femmes souffrant de cardiopathie<br />
ischémique présentent des<br />
lésions épicardiques moins obstructives<br />
et moins étendues que les<br />
hommes. Il semblerait qu’en dehors<br />
de l’athérosclérose obstructive,<br />
d’autres mécanismes physiopatho-<br />
logiques soient plus souvent impliqués<br />
chez elles que dans la population<br />
masculine : altération de la<br />
microcirculation, troubles de la<br />
vasomotricité, érosions de plaque,<br />
dissections spontanées et thrombophilie.<br />
■ Athérosclérose<br />
Les femmes hospitalisées pour syndrome<br />
coronaire aigu (SCA), toutes<br />
formes confondues, présentent<br />
moins de lésions artérielles épicardiques<br />
que les hommes : la prévalence<br />
d’artères coronaires saines (ou<br />
« non obstruées ») chez les femmes<br />
est quasiment doublée par rapport<br />
aux hommes, particulièrement chez<br />
celles atteintes d’un SCA sans susdécalage<br />
du segment ST (SCA ST-).<br />
Comparées aux hommes, les<br />
femmes décédées d’un SCA présentent<br />
plus souvent une érosion<br />
qu’une rupture de plaque .<br />
La prévalence des dissections spontanées<br />
d’artères coronaires semble<br />
également plus élevée chez les<br />
femmes, particulièrement les<br />
femmes jeunes et celles ne présentant<br />
pas d’athérosclérose coronaire<br />
significative.<br />
■ Thrombophilie et œstrogènes<br />
Certains résultats indiquent que le<br />
potentiel procoagulant des femmes<br />
serait plus élevé que celui des<br />
hommes, caractéristique qui, en<br />
permettant de limiter les hémorragies<br />
post-partum, pourrait leur<br />
conférer des avantages en termes<br />
de survie. Nous ne savons pas<br />
encore avec certitude si la moindre<br />
prévalence des cardiopathies ischémiques<br />
chez les femmes non<br />
ménopausées par rapport aux<br />
hommes du même âge peut être<br />
attribuée à un rôle protecteur des<br />
œstrogènes endogènes. Les essais<br />
randomisés ayant étudié les effets<br />
de l’administration d’œstrogènes<br />
en prévention des cardiopathies<br />
ischémiques n’ont démontré aucun<br />
bénéfice ni effets délétères en<br />
termes d’événements cardio-vasculaires.<br />
Les données disponibles<br />
à ce jour ne sont pas en faveur de<br />
l’administration d’œstrogènes en<br />
prévention primaire ou secondaire<br />
des cardiopathies ischémiques.<br />
■ Dysfonction<br />
endothéliale/microvasculaire –<br />
Vasomotricité<br />
La dysfonction endothéliale semble<br />
survenir plus tardivement chez les<br />
femmes que chez les hommes. L’association<br />
angor + artères épicardiques<br />
normales + épreuve d’effort<br />
N° 20 - Mai 2009 2<br />
Population (%)<br />
35<br />
30<br />
25<br />
20<br />
15<br />
10<br />
5<br />
0<br />
positive (syndrome X cardiaque)<br />
est plus fréquemment retrouvée<br />
chez les femmes que chez les<br />
hommes. À l’inverse, l’angor spastique<br />
semble frapper indifféremment<br />
les hommes et les femmes.<br />
Les examens<br />
diagnostiques<br />
Homme<br />
Femme<br />
0,6 0,6<br />
7,8<br />
20-39 40-59 60-79 > 80<br />
■ Non invasifs<br />
Étant donné que les femmes ont<br />
un risque plus faible de cardiopathie<br />
ischémique que les hommes, la pro-<br />
5,5<br />
22,8<br />
Âge (années)<br />
15,4<br />
32,7<br />
21,6<br />
Figure 1 : Prévalence des cardiopathies ischémiques aux États-<br />
Unis par âge et par sexe. Extrait de la mise à jour 2007 du rapport<br />
statistique sur les cardiopathies et les AVC publié par American<br />
Heart Association Statistics Committee and Stroke Statistics Subcommittee.<br />
babilité de faux positifs est plus élevée<br />
chez elles, ce qui diminue la<br />
spécificité des tests diagnostiques<br />
non invasifs (théorème de Bayes).<br />
En outre, la sensibilité de l’ECG<br />
d’effort chez la femme est plus faible<br />
que chez l’homme et, si la sensibilité<br />
de la TEP à l’effort est plus élevée,<br />
sa spécificité en revanche ne<br />
l’est pas comparée à l’ECG d’effort.<br />
L’échographie de stress est reconnue<br />
comme étant l’épreuve de provocation<br />
la plus précise chez la<br />
femme avec des spécificité et sen-<br />
Femme à risque moyen/élevé de cardiopathie ischémique<br />
Patiente avec un ECG au repos<br />
normal et capable de produire des efforts<br />
sibilité supérieures à celles de la<br />
TEP et de l’ECG d’effort.<br />
Comme dans la population masculine,<br />
la stratégie diagnostique<br />
appropriée chez les femmes doit<br />
reposer sur la probabilité avant<br />
investigations d’une cardiopathie<br />
ischémique. Vous trouverez en<br />
figure 2 un algorithme décisionnel<br />
permettant d’effectuer l’évaluation<br />
diagnostique non invasive de la<br />
femme symptomatique présentant<br />
un risque modéré à élevé de cardiopathie<br />
ischémique, risque qui<br />
peut être défini ainsi : femme<br />
≥ 50 ans présentant des douleurs<br />
thoraciques caractéristiques ou atypiques,<br />
femme < 50 ans présentant<br />
un angor caractéristique ou femme<br />
présentant des symptômes associés<br />
à un diabète ou à d’autres facteurs<br />
de risque multiples.<br />
■ Angiographie coronaire<br />
Le cathétérisme cardiaque est moins<br />
souvent pratiqué chez les femmes<br />
que chez les hommes, même après<br />
infarctus du myocarde (IDM). Les<br />
patientes présentent aussi plus de<br />
complications vasculaires. Actuellement,<br />
les indications pour la réalisation<br />
d’une angioplastie ou d’un<br />
pontage chez un patient en état critique<br />
et stable ne diffèrent pas en<br />
fonction du sexe. ●<br />
* Heart, 2008 ; 94 : 108-16.<br />
Patiente diabétique avec ECG au repos<br />
anormal ou une capacité à l’effort discutable<br />
Épreuve d’effort sur tapis roulant Imagerie de stress<br />
Risque faible<br />
après examen<br />
Modification<br />
des facteurs<br />
de risque<br />
Risque moyen<br />
Test normal ou<br />
légèrement anormal<br />
avec fonction<br />
ventriculaire<br />
gauche normale<br />
Capable de produire<br />
des efforts<br />
ou symptomatique<br />
lors d’un effort<br />
de faible intensité<br />
Imagerie<br />
à l’effort<br />
Incapable<br />
de produire<br />
des efforts<br />
Imagerie avec stimulation<br />
pharmacologique<br />
Tests modérément<br />
ou sévèrement anormaux,<br />
ou fraction d’éjection<br />
réduite<br />
Cathétérisme cardiaque<br />
Figure 2 : Algorithme décisionnel proposé pour l’évaluation diagnostique (examens non invasifs) de la<br />
femme symptomatique présentant un risque moyen/élevé de cardiopathie ischémique.
Présentation clinique, prise en charge thérapeutique<br />
et pronostic<br />
N. MARCHESE, hôpital « Casa Sollievo della Sofferenza », San Giovanni Rotondo, Italie<br />
Nous savons aujourd’hui qu’environ 1/3 des patients<br />
souffrant de cardiopathie ischémique sont des femmes.<br />
Cet article aborde succinctement les différences liées<br />
au sexe en termes de tableau clinique, de prise en<br />
charge et de pronostic des coronaropathies.<br />
Angor stable<br />
Trois essais ont conclu à une<br />
moindre prévalence et incidence<br />
d’angor (déterminées après entretien<br />
médical, prescription de dérivés<br />
nitrés ou investigations invasives/non<br />
invasives) dans la population<br />
féminine. En revanche,<br />
l’étude ARIC (Atherosclerosis Risk<br />
In Communities) a rapporté une prévalence<br />
et une incidence plus élevées<br />
d’angor chez les femmes que<br />
chez les hommes, mais les critères<br />
de définition de l’angor étaient<br />
moins restrictifs.<br />
Les femmes souffrant d’angor sont<br />
plus âgées, plus souvent hypertendues<br />
et moins fumeuses. Elles présentent<br />
généralement moins d’antécédents<br />
d’IDM, mais se plaignent<br />
de douleurs plus intenses.<br />
L’ Euro Heart Survey révèle que les<br />
femmes souffrant d’angor sont<br />
moins souvent soumises à des<br />
investigations diagnostiques et traitées<br />
par revascularisation coronaire<br />
ou tout traitement médical approprié<br />
que les hommes, même en présence<br />
d’une coronaropathie documentée.<br />
Plusieurs rapports indiquent que<br />
le pronostic des femmes atteintes<br />
d’angor est supérieur ou identique<br />
à celui des hommes souffrant de<br />
cette même pathologie. Chez les<br />
patients souffrant d’angor stable et<br />
traitées par mise en place d’un stent,<br />
le risque à 1 an de décès, d’IDM<br />
non fatal et de réhospitalisation des<br />
femmes est similaire à celui des<br />
hommes. L’Euro Heart Survey n’a<br />
pas non plus fait apparaître de différence<br />
liée au sexe en ce qui<br />
concerne le pronostic des patients,<br />
mais elle a attribué aux femmes présentant<br />
une maladie coronaire<br />
confirmée par un examen angiographique<br />
(sous-groupe à haut<br />
risque) un pronostic ajusté deux<br />
fois moins bon que celui attribué<br />
aux hommes. Les données disponibles<br />
évoquent une prévalence et<br />
une incidence moindres d’angor<br />
stable chez les femmes, mais des<br />
pronostics similaires à ceux des<br />
hommes malgré le déficit de prise<br />
en charge thérapeutique dans la<br />
population féminine.<br />
Syndromes<br />
coronaires aigus (SCA)<br />
■ Épidémiologie et présentation<br />
La prévalence et l’incidence d’IDM,<br />
toutes tranches d’âge confondues,<br />
sont plus faibles chez les femmes<br />
que chez les hommes. Parmi les<br />
patients souffrant de SCA, les<br />
femmes présentent plus souvent un<br />
IDM sans sus-décalage du segment<br />
ST (SCA ST-) qu’un IDM avec susdécalage<br />
de ST (SCA ST+) ou un<br />
angor instable (AI).<br />
Les femmes souffrant de SCA signalent<br />
une incidence similaire à celle<br />
des hommes de douleurs thoraciques,<br />
mais celles-ci sont plus<br />
intenses et se manifestent plus souvent<br />
dans des régions anatomiques<br />
inhabituelles (dos, mâchoire, cou) ;<br />
de plus, elles présentent de nombreux<br />
symptômes associés. Quoi<br />
qu’il en soit, les signes cliniques<br />
caractéristiques (pas les autres) restent<br />
les principaux marqueurs prédictifs<br />
de SCA tant chez les femmes<br />
que chez les hommes. Les femmes<br />
hospitalisées pour IDM sont plus<br />
âgées et plus souvent hypertendues<br />
et diabétiques. La prévalence d’artères<br />
coronaires saines (ou « non<br />
obstruées ») chez les femmes souffrant<br />
de SCA est deux fois plus élevée<br />
que chez les hommes, particulièrement<br />
en cas de SCA ST- (Tab. 1).<br />
■ Syndromes coronaires<br />
aigus sans sus-décalage<br />
du segment ST (SCA ST-)<br />
Une étude récente a révélé une<br />
sous-utilisation significative des<br />
traitements médicaux chez les<br />
femmes présentant un SCA ST- par<br />
rapport aux hommes dans la même<br />
situation, et ce en dépit de l’absence<br />
de toute différenciation entre les<br />
sexes dans les recommandations<br />
thérapeutiques et malgré un plus<br />
mauvais profil en termes de facteurs<br />
de risque. L’avantage du<br />
recours aux stratégies invasives plutôt<br />
que non invasives chez les<br />
femmes souffrant de SCA ST- n’est<br />
pas encore démontré de façon significative<br />
dans toutes les études.<br />
La prévalence des coronaropathies<br />
non obstructives chez les femmes<br />
souffrant de SCA ST- est plus élevée<br />
que chez les hommes (Tab. 1) et,<br />
dans cette sous-population, les<br />
patients des deux sexes ont un<br />
meilleur pronostic intrahospitalier<br />
que ceux dont la pathologie est plus<br />
sévère. Dans au moins 4 études cliniques,<br />
bien que les femmes aient<br />
moins accès aux procédures diagnostiques,<br />
qu’elles soient invasives<br />
ou non invasives, le sexe masculin<br />
a été associé de façon indépendante<br />
aux risques de décès et d’IDM à long<br />
terme. Aucune différence de pronostic<br />
à long terme n’a été retrouvée<br />
dans d’autres rapports sur les<br />
IDM ST- ou les SCA ST-. L’essai<br />
GUSTO IIb a montré un risque de<br />
décès et de récidive d’infarctus à<br />
30 jours identique chez les femmes<br />
et les hommes hospitalisés pour<br />
N° 20 - Mai 2009 3<br />
Tableau 1 : Prévalence des artères coronaires « saines » ou non obstruées chez les femmes<br />
et les hommes souffrant de syndrome coronaire aigu (d’après Bugiardini R., Bairey Merz C.N.<br />
« Angina with “normal” coronary arteries: a changing philosophy ». JAMA, 2005; 293: 477-84).<br />
Nombre/total (%)<br />
Femmes Hommes p<br />
Syndrome coronaire aigu (SCA)<br />
GUSTO 343/1 768 (19,4) 394/4 638 (8,5) < 0,001<br />
TIMI 18*<br />
Angor instable<br />
95/555 (17,1) 99/1 091 (9,1) < 0,001<br />
GUSTO 252/826 (30,5) 220/1 580 (13,9) < 0,001<br />
TIMI IIIa** 30/113 (26,5) 23/278 (8,3) < 0,001<br />
IDM ST- 41/450 (9,1) 55/1 299 (4,2) 0,001<br />
IDM ST+ 50/492 (10,2) 119/1 759 (6,8) 0,02<br />
* D’après Glaser R. el al. « Benefit of an early invasive management strategy in women with acute coronary syndromes ». JAMA,<br />
2002; 288: 3124-9.<br />
** D’après Diver D.J. el al. « Clinical and arteriographic characterization of patients with unstable angina without critical coronary<br />
arterial narrowing (from the TIMI-IIlA Trial) ». Am J Cardiol, 1994; 74: 531·7.<br />
Tableau 2 : Syndromes coronaires : similitudes et différences selon le sexe.<br />
IDM ST-, mais il a montré également<br />
un effet protecteur lié au sexe<br />
féminin chez les patientes présentant<br />
un angor instable. Les données<br />
actuellement disponibles suggèrent<br />
donc que les différences de pronostic<br />
chez les hommes et les<br />
femmes présentant un angor<br />
instable/un IDM ST- dépendent<br />
énormément du diagnostic clinique<br />
et de l’étendue des lésions coronaires.<br />
■ Infarctus du myocarde avec<br />
sus-décalage du segment ST<br />
(IDM ST+)<br />
Les femmes souffrant d’un IDM ST+<br />
risquent de se présenter à l’hôpital<br />
plus tardivement, avec des symptômes<br />
atypiques et un stade de la<br />
classification Killip plus élevé que<br />
pour les hommes. Le taux de complications<br />
hémodynamiques intrahospitalières<br />
est plus élevé chez les<br />
femmes, tandis que l’incidence de<br />
tachyarythmies malignes précoces<br />
ou de mort subite est plus importante<br />
chez les hommes.<br />
Lorsqu’un IDM ST+ est diagnostiqué,<br />
les femmes sont moins souvent<br />
traitées de façon appropriée et<br />
immédiate (rapidité de l’admission<br />
en USIC et thrombolyse). Une fois<br />
le diagnostic posé, le délai entre<br />
l’admission à l’hôpital et l’angio-<br />
Similitudes Différences spécifiques aux femmes<br />
Symptômes Tableau clinique le plus fréquent :<br />
angor typique<br />
Aucune donnée spécifique de<br />
diagnostic et de prise en charge en<br />
fonction du sexe du patient dans les<br />
recommandations concernant les<br />
cardiopathies ischémiques.<br />
Pronostic Pronostic du patient globalement<br />
similaire à court et à long terme pour<br />
l’angor stable, l’IDM ST- et l’IDM ST+.<br />
plastie est également plus long chez<br />
les femmes.<br />
Après thrombolyse, plusieurs<br />
études, mais pas toutes, montrent<br />
une mortalité hospitalière et à<br />
30 jours plus élevée chez les<br />
femmes que chez les hommes.<br />
Curieusement, lorsque l’on prend<br />
en compte les décès avant admission<br />
hospitalière, le taux de mortalité<br />
des femmes est plus faible dans<br />
ce cas, mais dans la mesure où il<br />
est plus élevé pendant la période<br />
d’hospitalisation, aucune différence<br />
de mortalité générale à 28 jours liée<br />
au sexe n’est alors retrouvée.<br />
Cette observation est corroborée<br />
par d’autres études. Pour ce qui est<br />
des taux de mortalité à long terme<br />
après IDM ST+, la plupart des<br />
études ne signalent aucune différence<br />
liée au sexe.<br />
Il est intéressant de noter que certaines<br />
études rapportent également<br />
un taux de mortalité plus élevé chez<br />
les jeunes femmes par rapport aux<br />
hommes d’âge équivalent alors que<br />
le pronostic des femmes plus âgées<br />
est meilleur. Toutefois, lorsque l’on<br />
tient compte des décès avant hospitalisation,<br />
cette différence de mortalité<br />
à 30 jours chez les femmes<br />
hospitalisées et âgées de moins de<br />
55 ans disparaît.<br />
Après angioplastie primaire, le taux<br />
Plus faible probabilité de cardiopathie<br />
ischémique avant investigations.<br />
Parmi les patients souffrant de SCA :<br />
- angor instable plus fréquent, symptômes<br />
« atypiques », âge plus avancé et<br />
comorbidités ;<br />
- approches diagnostiques et protocoles<br />
thérapeutiques retardés et sous-utilisés ;<br />
- moindre étendue des lésions coronaires ;<br />
- taux de complications hémodynamiques<br />
intrahospitalières plus important.<br />
Moindre mortalité préhospitalisation en cas<br />
d’IDM.<br />
Meilleur pronostic à 30 jours en cas d’angor<br />
instable.<br />
ajusté de mortalité chez les femmes<br />
est significativement supérieur ou<br />
égal à celui des hommes pendant<br />
l’hospitalisation, mais similaire à<br />
30 jours ou lors du suivi à long terme.<br />
Les données susmentionnées indiquent<br />
que le pronostic des patients<br />
après IDM ST+ ne serait guère différent<br />
d’un sexe à l’autre, mais que<br />
les décès précoces avant admission<br />
à l’hôpital sont plus fréquents chez<br />
les hommes.<br />
Angioplastie et pontage<br />
électifs<br />
Contrairement aux études précédentes<br />
sur l’angioplastie à ballonnet<br />
– qui avaient révélé des taux de<br />
dissections plus élevés chez les<br />
femmes, sans doute liés à un diamètre<br />
coronarien plus réduit –, certains<br />
travaux récents montrent des<br />
taux de mortalité à l’hôpital et à<br />
long terme, d’événements coronaires<br />
majeurs et de resténose dans les<br />
deux sexes similaires.<br />
Les complications vasculaires sont<br />
plus fréquentes chez les femmes que<br />
chez les hommes. Après pontage,<br />
si le taux de mortalité à court terme<br />
est plus élevé chez les femmes que<br />
chez les hommes, il est en revanche<br />
plus faible à long terme. ●<br />
À l’instar de la population masculine, la cardiopathie ischémique constitue une cause majeure de morbi-mortalité chez les femmes, mais ce constat est trop<br />
souvent oublié tant par les femmes que par les cardiologues… qui devraient pourtant être particulièrement vigilants, car ces femmes souffrant de cardiopathie<br />
ischémique sont en général plus âgées, présentent des facteurs de risque multiples et des comorbidités, constituant ainsi une population à haut risque<br />
(Tab. 2) : autant de raisons pour qu’elles bénéficient d’un traitement optimal… ce qui n’est pas le cas actuellement, la prise en charge des femmes, tant dans<br />
l’approche diagnostique que dans les procédures thérapeutiques, étant bien plus limitée que pour la population masculine…<br />
Toutefois, la plus faible prévalence de coronaropathies dans la population féminine et leur apparition à un âge plus avancé laissent suggérer un effet protecteur<br />
lié au sexe féminin sur le développement des cardiopathies ischémiques, impliquant des mécanismes physiopathologiques encore obscurs.
A vis d’expert<br />
Interdiction de fumer dans les lieux publics :<br />
quel impact réel sur les événements coronaires ?<br />
D. THOMAS, département de cardiologie médicale, Institut de Cardiologie, CHU Pitié-Salpêtrière, Paris<br />
L’interdiction de fumer dans les lieux publics en France, établie par décret le 15 novembre 2006, a été appliquée<br />
en 2 volets successifs : d’abord, dans les entreprises, les administrations, les lieux d’enseignements et les<br />
établissements de soins dès le 1 er février 2007 ; ensuite, dans les cafés, hôtels, restaurants, discothèques<br />
(secteur CHRD) et les casinos à partir du 1 er janvier 2008. Au-delà d’un confort certain pour les non-fumeurs,<br />
cette interdiction est-elle susceptible d’apporter un bénéfice significatif en termes de santé publique,<br />
en particulier sur le plan de la maladie coronaire ?<br />
Le risque cardio-vasculaire<br />
lié au tabagisme<br />
passif est-il une réalité ?<br />
La fumée de tabac présente dans<br />
l’air ambiant est composée de la<br />
fumée expirée par le fumeur et de la<br />
fumée qui s’échappe de l’extrémité<br />
de la cigarette (dite « fumée secondaire<br />
»). Dans les lieux clos et couverts,<br />
les produits toxiques présents<br />
dans cette fumée peuvent atteindre<br />
des concentrations supérieures à<br />
celles présentes dans le courant de<br />
fumée dite « primaire » (celle inhalée<br />
par le fumeur).<br />
■ La dernière grande méta-analyse<br />
des études sur le risque du tabagisme<br />
passif, réalisée en 2006 (1), a<br />
confirmé un risque relatif de 1,27<br />
(IC 95 % : 1,19-1,36). L’étude Interheart<br />
a montré que par rapport à<br />
des sujets non exposés, le risque de<br />
survenue d’un infarctus du myocarde<br />
pour des sujets exposés au<br />
tabagisme passif 1 à 7 h par semaine<br />
était de 1,24 et, pour les sujets exposés<br />
plus de 22 h par semaine, de<br />
1,62 (2) (Fig. 1). Ainsi, le risque des<br />
fumeurs passifs les plus exposés est<br />
très proche de celui de fumeurs de<br />
1 à 9 cigarettes/j qui est de 1,63<br />
(IC 95 % : 1,45-1,82) dans cette<br />
même étude (2). Ceci traduit l’extrême<br />
sensibilité des mécanismes<br />
induits par la fumée de tabac, avec<br />
des effets qui sont de 80 à 90 % aussi<br />
importants que ceux liés à l’exposition<br />
à la fumée directement inhalée<br />
par le fumeur (3), tant en ce qui<br />
concerne la dysfonction endothéliale<br />
que l’activation plaquettaire et<br />
l’inflammation qui sont les 3 éléments<br />
« starters » essentiels des<br />
SCA.<br />
Quels bénéfices<br />
cardio-vasculaires<br />
obtenus à l’étranger ?<br />
7 études ont été réalisées dont 3 aux<br />
États-Unis et 4 en Europe (4-10) : 6<br />
d’entre elles sont actuellement<br />
publiées (4-9).<br />
■ Étude de la ville d’Helena (4)<br />
Une interdiction de fumer dans les<br />
lieux publics, mise en application<br />
en juin 2002 dans cette petite ville<br />
du Montana aux États-Unis, a été<br />
marquée par une baisse de 40 % des<br />
admissions pour infarctus du myocarde<br />
dans les 6 mois suivant l’application.<br />
L’abrogation de la loi a été<br />
suivie l’année suivante d’une remontée<br />
des admissions au niveau précédent.<br />
Ces différences, bien que<br />
significatives, portaient sur peu de<br />
cas.<br />
■ Étude du comté de Pueblo (5)<br />
À une plus grande échelle, il a été<br />
constaté, suite à la mise en application<br />
en juillet 2003 d’une loi d’interdiction<br />
de fumer dans les lieux<br />
publics dans ce comté du Colorado<br />
aux États-Unis, une baisse des hospitalisations<br />
pour infarctus du myocarde<br />
de 27 % dans les 18 mois suivant<br />
l’application, alors qu’il n’était<br />
constaté aucune modification dans<br />
un comté voisin.<br />
■ Étude de l’État de New York (6)<br />
L’analyse des diagnostics d’admission<br />
de 1995 à 2004 a mis en évidence<br />
une réduction de 8 % des<br />
infarctus du myocarde à partir de<br />
2004, coïncidant avec l’instauration<br />
en 2003 d’une interdiction de fumer<br />
dans les lieux publics dans cet État.<br />
■ En Italie (7,8)<br />
Avec une législation très proche de<br />
celle adoptée par la France, il a été<br />
constaté dans les 5 mois suivant l’application<br />
de la loi en janvier 2005<br />
une réduction des hospitalisations<br />
pour infarctus du myocarde de 11 %<br />
chez les sujets de moins de 60 ans<br />
dans la région du Piémont (7). Cette<br />
réduction atteint même 25 % chez<br />
les femmes de moins de 60 ans et<br />
90 % de ce bénéfice est attribué à la<br />
diminution de l’exposition au tabagisme<br />
passif. Une confirmation de ce<br />
bénéfice a été apportée en 2008 sur<br />
la ville de Rome avec une diminution<br />
comparable de 11 % chez les<br />
sujets de moins de 65 ans et une<br />
diminution également significative<br />
de 8 % chez les sujets de 65 à<br />
74 ans (8).<br />
■ En Écosse (9)<br />
L’application de l’interdiction de<br />
fumer dans les lieux publics en mars<br />
2006 a été suivie d’une réduction<br />
des hospitalisations pour SCA de<br />
17 % dans l’année suivant l’application<br />
(Fig. 2). La connaissance précise<br />
du statut tabagique de tous les<br />
patients par des dosages de cotinine<br />
permet de préciser une réduction<br />
respectivement de 14 % chez les<br />
fumeurs et de 20 % chez les nonfumeurs.<br />
■ En Irlande (10)<br />
Premier pays en Europe à avoir<br />
interdit de fumer dans les lieux<br />
publics dès mars 2004, l’Irlande a<br />
bénéficié d’une réduction de 14,5 %<br />
des hospitalisations pour SCA dans<br />
l’année ayant suivi l’application de la<br />
loi.<br />
Quels bénéfices<br />
attendre de l’application<br />
du décret en France ?<br />
En transposant les résultats obtenus<br />
en Écosse et en Italie, pays dont<br />
les législations sont très proches de<br />
celle de la France, on peut espérer<br />
une diminution de 5 000 à<br />
10 000 infarctus du myocarde par<br />
an. Il faut toutefois noter que la<br />
situation est sensiblement différente<br />
de celle d’autres pays dans la mesure<br />
où la protection des non-fumeurs<br />
en France était antérieurement déjà<br />
N° 20 - Mai 2009 4<br />
plus favorable grâce à l’application,<br />
même imparfaite, de la loi Évin. En<br />
outre, l’interdiction de fumer dans<br />
les lieux publics s’est faite en 2 temps<br />
(1 er février 2007 et 1 er janvier 2008) ;<br />
aussi, ce bénéfice sera peut-être plus<br />
difficile à mettre en évidence.<br />
L’évaluation de ce bénéfice est en<br />
cours au travers de l’étude EVIN-<br />
COR (EValuation de l’impact de<br />
l’INterdiction de fumer sur les syndromes<br />
CORonaires aigus), mise en<br />
place par le groupe de travail épidémiologie-prévention<br />
de la SFC.<br />
Cette étude comprend 2 approches :<br />
1. l’analyse, avant et après la mise en<br />
application des 2 volets du décret,<br />
du nombre d’admissions hospitalières<br />
pour infarctus du myocarde<br />
(code CIM 10 I 21) par interrogation<br />
de la base PMSI de 2003 à 2008 ;<br />
2. l’évaluation, avant et après le<br />
1 er janvier 2008, du tabagisme actif<br />
et de l’exposition au tabagisme passif<br />
des sujets admis dans les USIC<br />
pour SCA, à l’aide d’un questionnaire<br />
standardisé appliqué 1 mois<br />
avant (du 15 novembre 2007 au<br />
15 décembre 2007), puis 3 mois<br />
après l’application du décret (du<br />
3 mars 2008 au 3 avril 2008), à tous<br />
les patients consécutifs hospitalisés<br />
dans 34 USIC réparties sur le territoire.<br />
Les résultats préliminaires de<br />
cette étude ont été présentés lors<br />
8<br />
OR<br />
(IC 95 %)<br />
4<br />
2<br />
1<br />
0,75<br />
des Journées européennes de la SFC<br />
en janvier 2009 : le pourcentage de<br />
patients exposés au tabagisme passif<br />
a significativement diminué chez<br />
les patients hospitalisés pour SCA<br />
alors qu’il est non significativement<br />
modifié chez les patients hospitalisés<br />
pour une autre pathologie.<br />
Parallèlement à cette évaluation épidémiologique<br />
en cours, a été menée<br />
à Toulouse une étude montrant l’efficacité<br />
de l’application du décret<br />
sur l’un des mécanismes directement<br />
en cause dans la survenue des<br />
infarctus du myocarde (étude DILA-<br />
TER) (11). Cette étude a été réalisée<br />
auprès de 23 salariés de cafés, restaurants,<br />
brasseries ou discothèques,<br />
non-fumeurs, non exposés au tabagisme<br />
passif à domicile, évalués respectivement<br />
en décembre 2007 et<br />
avril 2008 (soit avant et après la<br />
mise en œuvre de l’interdiction de<br />
fumer sur leurs lieux de travail).<br />
Lors de la première évaluation, ces<br />
salariés présentaient une altération<br />
significative de leur fonction endothéliale,<br />
étudiée par la capacité de<br />
dilatation post-ischémique évaluée<br />
par écho-Doppler artériel (FMD ou<br />
Flow Mediated Dilation), par rapport<br />
à une population témoin nonfumeuse,<br />
non exposée au domicile<br />
ni au travail au tabagisme passif.<br />
Lors de la seconde évaluation, pos-<br />
Ajusté sur le statut fumeur actif ou non<br />
Chez les sujets n’ayant jamais fumé<br />
OR 1,24<br />
Jamais 1-7<br />
8-14<br />
Tabagisme passif (heures par semaine)<br />
OR 1,62<br />
15-21 > 22<br />
Figure 1 : Étude Interheart : risque d’infarctus du myocarde lié au<br />
tabagisme passif : le risque d’infarctus est proche de celui du tabagisme<br />
actif pour les expositions les plus importantes (2).<br />
Nombre total d’admissions<br />
pour SCA<br />
400<br />
350<br />
300<br />
250<br />
200<br />
150<br />
100<br />
50<br />
0<br />
Juin<br />
Avant l’interdiction 2005-2006<br />
Après l’interdiction 2006-2007<br />
Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc. Janv. Fév. Mars<br />
Figure 2 : Comparaison du nombre mensuel d’admissions pour<br />
syndrome coronaire aigu avant, puis après l’application, à partir<br />
de mars 2006, de l’interdiction de fumer dans les lieux publics en<br />
Écosse : réduction de 17 % entre 2005-2006 et 2006-2007 (9).<br />
térieure à l’application du décret, la<br />
fonction endothéliale de ces sujets,<br />
devenus non exposés, était redevenue<br />
quasiment normale alors que<br />
celle de la population témoin n’était<br />
pas modifiée. Cette étude, portant<br />
précisément sur l’un des mécanismes<br />
fondamentaux impliqués<br />
dans la survenue de l’infarctus,<br />
montre l’intérêt potentiel du décret<br />
en matière de protection de la santé<br />
des personnes au travail. ●<br />
Références :<br />
1. The health consequences of involuntary<br />
exposure to tobacco smoke: a report<br />
of the Surgeon General. U.S. Dept. of<br />
Health and Human Services. Office on<br />
Smoking and Health 2006<br />
(http://www.surgeongeneral.gov/library/sec<br />
ondhandsmoke/).<br />
2. Teo K.K., Ounpuu S., Hawken S., on<br />
behalf of the Interheart study investigators.<br />
« Tobacco use and risk of myocardial<br />
infarction in 52 countries in the Interheart<br />
study: a case-control study ». Lancet, 2006;<br />
368: 647-58.<br />
3. Barnoya J., Glantz S.A. « Cardiovascular<br />
effects of secondhand smoke. Nearly<br />
as large as smoking ». Circulation, 2005;<br />
111: 2684-98.<br />
4. Sargent R.P., Shepard R.M., Glantz S.A.<br />
« Reduced incidence of admissions for<br />
myocardial infarction associated with<br />
public smoking ban: before and after<br />
study ». BMJ, 2004; 328: 977-80.<br />
5. Bartecchi C., Alsever R.N., Nevin-<br />
Woods C. et al. « Reduction in the incidence<br />
of acute myocardial infarction associated<br />
with a citywide smoking ordinance<br />
». Circulation, 2006; 114: 1490-6.<br />
6. Juster H.R., Loomis B.R., Hinman T.M.<br />
et al. « Declines in hospital admissions for<br />
acute myocardial infarction in New York<br />
State after implementation of a comprehensive<br />
smoking ban ». Am J Public Health,<br />
2007; 97: 2035-9.<br />
7. Barone-Adesi F., Vizzini L., Merletti F.,<br />
Richiardi L. « Short term effects of Italian<br />
smoking regulation on rates of hospital<br />
admission for acute myocardial infarction<br />
». Eur Heart J, 2006; 24: 68-72.<br />
8. Cesaroni G., Forastiere F., Agabiti N.,<br />
Valente P., Zuccaro P., Perucci C.A. « Effect<br />
of the Italian smoking ban on population<br />
rates of acute coronary events ». Circulation,<br />
2008; 117: 1183-8.<br />
9. Pell J., Haw S., Cobbe S. et al. « Smokefree<br />
legislation and hospitalizations for<br />
acute coronary syndrome ». N Engl J Med,<br />
2008; 359: 482-91.<br />
10. Cronin E., Kearney P., Sullivan P., on<br />
behalf of Coronary Heart Attack Ireland<br />
Registry (CHAIR) Working Group.<br />
« Impact of a national smoking ban on the<br />
rate of admissions to hospital with acute<br />
coronary syndromes ». ESC 2007, Vienne.<br />
11. Cambou J.-P., Vaysse N., Labro S., Montalegre<br />
B., Baudoin D., Palhol M., Thomas<br />
D., Bura Rivière A. « Effets de la soustraction<br />
tabagique passive sur la fonction<br />
endothéliale des salariés des bars-cafésrestaurants-discothèques<br />
: “étude DILA -<br />
TER” : 2 e congrès de la Société française de<br />
tabacologie, Paris, 22 novembre 2008 et<br />
XIX es Journées européennes de la SFC,<br />
Paris, 15 janvier 2009.
A vis d’expert<br />
Automesure de l’INR chez les patients traités par AVK<br />
■ Depuis plus de 15 ans, de nombreux<br />
travaux internationaux portant<br />
sur les appareils d’automesure<br />
de l’anticoagulation ont confirmé<br />
que lorsque l’INR était mesuré une<br />
fois par semaine, 80 % des patients<br />
se situaient dans la zone thérapeutique,<br />
alors que lorsque ce contrôle<br />
n’était réalisé qu’une fois par mois,<br />
au laboratoire d’analyses médicales,<br />
seuls 50 % des patients l’étaient. Plusieurs<br />
générations d’appareils d’automesure<br />
de l’INR ont déjà vu le<br />
jour et les appareils actuellement<br />
disponibles sur le marché dans de<br />
très nombreux pays sont fiables et<br />
reproductibles (Fig. 1). Cette fiabilité<br />
est assurée par différents procédés<br />
de contrôle de qualité internes<br />
et externes de l’appareil lui-même<br />
et des consommables (bandelettes).<br />
L’automesure peut consister en<br />
l’« automesure isolée », l’adaptation<br />
du traitement se faisant<br />
par le médecin généraliste, ou<br />
l’ « automanagement », le patient<br />
adaptant alors la posologie d’AVK<br />
selon un algorithme préétabli.<br />
CoaguChek ® XS (Roche)<br />
R epère<br />
■ La maladie coronaire est une<br />
pathologie complexe dont l’évolution<br />
clinique ne suit pas forcément<br />
les chemins trop simplistes que nous<br />
avons souvent en tête. Il faut reconnaître<br />
que, devant une coronarographie<br />
montrant une sténose serrée<br />
d’un tronc coronaire non négligeable,<br />
la réaction immédiate est de<br />
« vouloir faire quelque chose », par<br />
peur que le vaisseau ne se bouche,<br />
avec pour conséquences un infarctus,<br />
une mort subite ou quelque<br />
autre accident grave. Pourtant, de<br />
nombreuses études ont montré qu’il<br />
n’y avait pas de parallélisme<br />
absolu entre le degré anatomique<br />
d’une sténose coronaire et son<br />
degré de gravité clinique. Nous<br />
avons découvert tour à tour que les<br />
infarctus les plus graves (ceux avec<br />
Tableau 1 : Résultats du PHRC (Programme Hospitalier en Recherche Clinique).<br />
Autocontrôle Suivi classique p<br />
% de temps pendant lequel l’INR est resté dans la zone cible 61 % 55 % 0,046<br />
Sortie de la zone thérapeutique 47,4 60,1 0,0007<br />
Hémorragies et événements thromboemboliques sévères 0 % 6,86 % 0,01<br />
■ La méta-analyse de Heneghan<br />
(2006), basée sur 14 études internationales<br />
randomisées, a souligné<br />
que ces appareils amélioraient la<br />
qualité de l’anticoagulation en<br />
termes de proportion d’INR dans la<br />
zone thérapeutique, d’amélioration<br />
de la sécurité thérapeutique (diminution<br />
des événements thromboemboliques<br />
de 55 %, des hémorragies<br />
de 33 % et des décès).<br />
■ Par ailleurs, les travaux de<br />
Koertke ont montré une réduction<br />
très significative des fluctuations de<br />
l’INR, gage de bonne tolérance.<br />
■ Récemment, l’étude THIRNS (A<br />
prospective randomized controlled<br />
Sténose coronaire : prendre en compte à la fois la dimension<br />
anatomique et le retentissement fonctionnel suite de la page 1<br />
sus-décalage du segment ST) se produisaient<br />
le plus souvent sur des<br />
rétrécissements initialement peu serrés,<br />
puis que l’occlusion d’une sténose<br />
serrée ne provoquait pas toujours<br />
un infarctus, car le myocarde<br />
pouvait alors être protégé par différents<br />
mécanismes (dont la collatéralité)<br />
que les périodes répétées d’ischémie<br />
avaient contribué à développer.<br />
Pour autant, passer de la<br />
compréhension théorique du<br />
schéma évolutif de la maladie coronaire<br />
à la prise de décision clinique<br />
reste difficile.<br />
■ L’étude FAME, qui vient d’être<br />
publiée dans le New England Journal<br />
of Medicine est, à cet égard, beaucoup<br />
plus qu’une simple étude supplémentaire<br />
dans le paysage car-<br />
N° 20 - Mai 2009 5<br />
trial of the impact of home INR testing<br />
on clinical outcome) a été présentée<br />
à l’AHA 2008. Elle a étudié l’apport<br />
de l’automesure sur une large<br />
cohorte de 2 922 patients comparativement<br />
à une surveillance en clinique<br />
des anticoagulants. Au terme<br />
d’un suivi moyen de 3 ans, il n’a pas<br />
été mis en évidence de diminution<br />
significative d’événements chez les<br />
patients en automesure par rapport<br />
au groupe contrôle. De plus, le<br />
maintien de l’INR dans la fourchette<br />
cible était amélioré et le coefficient<br />
de satisfaction des usagers était<br />
élevé. Cette étude a donc confirmé,<br />
sur une très grande échelle, la fiabilité<br />
et la faisabilité de cette technique<br />
d’automesure.<br />
Figure 1 : Les appareils d’automesure disponibles en pharmacie mais non remboursés (sauf en cardiopédiatrie).<br />
DR<br />
INRatio ® (HemoSense)<br />
DR<br />
diologique : elle apporte la preuve<br />
définitive qu’une revascularisation<br />
guidée uniquement en fonction de<br />
paramètres anatomiques (l’importance<br />
visuelle des sténoses coronaires)<br />
est moins efficace qu’une<br />
revascularisation prenant en compte<br />
à la fois la dimension anatomique et<br />
le retentissement fonctionnel des<br />
sténoses : c’est la condamnation sans<br />
appel du réflexe oculo-sténotique.<br />
Procédure standard<br />
vs procédure guidée :<br />
importance de la mesure<br />
de la fraction de réserve<br />
coronaire<br />
■ L’objectif de l’étude FAME est<br />
■ 2 études françaises sont consacrées<br />
à l’automesure chez les patients<br />
porteurs de prothèse valvulaire :<br />
Le PHRC (Programme Hospitalier<br />
en Recherche Clinique), mené<br />
au CHU de Clermont-Ferrand dans<br />
le service de chirurgie cardio-vasculaire<br />
du Pr Charles de Riberolles,<br />
a porté sur 200 patients opérés de<br />
prothèse valvulaire mécanique : 102<br />
dans le groupe contrôle et 90 en<br />
automesure. Les résultats définitifs<br />
ont été présentés aux Journées européennes<br />
2009 de la SFC. Les principaux<br />
résultats sont les suivants :<br />
bonne corrélation entre l’« INR automesure<br />
» et l’« INR laboratoire<br />
d’analyses médicales », amélioration<br />
significative du temps passé<br />
dans la zone cible grâce à l’automesure,<br />
diminution significative des<br />
hémorragies sévères et d’accidents<br />
thromboemboliques (Tab. 1).<br />
L’étude 4A (Apport d’un Appareil<br />
d’Automesure de l’Anticoagulation),<br />
dont le promoteur est le CHU de<br />
Bordeaux, vise à démontrer l’intérêt<br />
de l’automesure de la coagulation<br />
par rapport à un suivi classique<br />
au sein d’une population opérée<br />
récemment d’une prothèse valvulaire<br />
mécanique. Il s’agit d’un essai<br />
randomisé multicentrique national<br />
de grande envergure (24 centres)<br />
constitué de 2 groupes parallèles de<br />
patients :<br />
- groupe 1 : stratégie de suivi classique<br />
de mesure (293 patients). Un<br />
contrôle de l’INR est effectué au<br />
moins une fois par mois au labora-<br />
simple : comparer le devenir de<br />
patients réputés « multitronculaires<br />
» au vu de leur coronarographie<br />
selon que les sténoses sont<br />
traitées uniquement sur la foi des<br />
données angiographiques (toutes<br />
les sténoses serrées sont dilatées)<br />
ou en fonction de leur retentissement<br />
fonctionnel (seules les<br />
sténoses serrées susceptibles de<br />
provoquer une ischémie myocardique<br />
sont dilatées).<br />
■ La technique utilisée pour<br />
juger du retentissement fonctionnel<br />
a été la mesure de la Fractional<br />
Flow Reserve (FFR) ou<br />
réserve fractionnelle de débit ; il<br />
s’agit d’une technique simple qui<br />
consiste à établir le rapport entre<br />
le débit coronaire d’une artère<br />
suite de la page 1<br />
toire d’analyses médicales et l’ajustement<br />
de l’INR est réalisé par le<br />
médecin traitant, comme dans la<br />
« vraie vie » ;<br />
- groupe 2 : 579 patients. L’automesure<br />
est réalisée au domicile par le<br />
patient lui-même à l’aide de 2 types<br />
d’appareils : soit le CoaguChek ® XS<br />
des laboratoires Roche (350 patients),<br />
soit INRatio ® des laboratoires Hemo-<br />
Sense (350 patients). L’ajustement<br />
de la dose d’anticoagulants est réalisé<br />
par le médecin traitant en fonction de<br />
l’INR mesuré par le patient.<br />
Les inclusions dans l’étude 4A sont<br />
achevées depuis janvier 2009. La<br />
durée prévue du suivi pour chaque<br />
patient est de 12 mois et les résultats<br />
seront donc connus dans 1 an. ●<br />
Bibliographie :<br />
Christensen T.D., Johsen S.P., Hjortdal<br />
V.E. et al. « Self-management of oral<br />
anticoagulant therapy: a systematic review<br />
and meta-analysis ». Int J Cardiol, 2007;<br />
118: 54-61.<br />
Dauphin C., Legault B., Jaffeux P. et al.<br />
« Comparison of INR stability between<br />
self-monitoring and standard laboratory<br />
method: preliminary results of a prospective<br />
study in 67 mechanical heart valve<br />
patients ». Arch Cardiovasc Dis, 2008; 101:<br />
753-61.<br />
Fitzmaurice D.A., Murray E.T., McCahon<br />
D. et al. « Self-management of oral<br />
anticoagulation: randomised trial ». BMJ,<br />
2005; 331: 1330.<br />
Heneghan C., Alonso-Coello P., Garcia-<br />
Alamino M. et al. « Self-monitoring of oral<br />
anticoagulation: a systematic review and<br />
meta-analysis ». Lancet, 2006; 367: 404-11.<br />
Koertke H., Zittermann A., Wagner O.<br />
et al. « Self-management of oral anticoagulation<br />
therapy improves long-term survival<br />
in patients with mechanical heart<br />
valve replacement ». Ann Thorc Surg, 2007;<br />
83: 24-9.<br />
McBane R.D. 2nd, Felty C.L., Hartgers<br />
M.L. et al. « Importance of device evaluation<br />
for point-of-care prothrombin time<br />
International normalized ratio testing programs<br />
». Mayo Clin Proc, 2005; 80: 181-6.<br />
coronaire « normale » et celui<br />
d’une artère coronaire sténosée ; la<br />
simple prise des pressions en<br />
amont et en aval d’une sténose<br />
permet d’évaluer ce rapport qui,<br />
lorsqu’il est < 0,80, traduit la présence<br />
d’une sténose « ischémiante<br />
».<br />
■ L’étude a été menée dans<br />
20 centres et les cardiologues<br />
interventionnels ont sélectionné<br />
1005 patients présentant tous plusieurs<br />
lésions coronaires qu’ils<br />
envisageaient de dilater. Les<br />
patients ont été tirés au sort en<br />
2 groupes : un groupe de référence<br />
où l’angioplasticien a effectivement<br />
permis de dilater toutes les<br />
sténoses prévues, en utilisant en<br />
moyenne 2,7 stents par patient,
R epère<br />
Procédure standard<br />
(guidée par les données<br />
angiographiques)<br />
n = 496<br />
Stent pour toutes<br />
les sténoses cibles<br />
et un groupe où la FFR a été<br />
mesurée pour toutes les sténoses<br />
« cibles » (Fig 1). En moyenne, la<br />
mesure de la FFR a permis de<br />
constater que de nombreuses sténoses<br />
considérées comme serrées<br />
ne provoquaient pas d’ischémie ;<br />
en pratique, seul 1,9 stent a été<br />
implanté en moyenne pour<br />
chaque patient du groupe FFR.<br />
■ Les patients ont été ensuite suivis<br />
pendant un an, avec un traitement<br />
médical « classique » (81 %<br />
de statines, 77 % de bêtabloquants<br />
et 52 % d’IEC). Au terme de ce<br />
suivi, il y a eu autant de patients<br />
asymptomatiques dans chacun des<br />
groupes (78 % dans le groupe<br />
angiographie et 81 % dans le<br />
groupe FFR). À un an, la mortalité<br />
n’était pas différente dans les<br />
2 groupes : 3 % dans le groupe<br />
angiographie et 1,8 % dans le<br />
groupe FFR. Mais, les événements<br />
graves (décès, infarctus ou nouvelle<br />
revascularisation), qui<br />
avaient été définis comme critère<br />
principal de l’essai, étaient significativement<br />
moins fréquents dans<br />
le groupe FFR (13,2 % vs 18,3 % ;<br />
Patients avec sténoses multitronculaires (2 ou 3 vaisseaux<br />
épicardiques majeurs au minimum) ≥ 50 %<br />
Toutes les lésions coronaires ≥ 50 %<br />
doivent être dilatées et nécessitent la pose d’un stent<br />
Figure 1 : Protocole relatif à l’étude FAME.<br />
Randomisation<br />
n = 1 005<br />
Suivi 1 an<br />
p = 0,02), ce qui a représenté une<br />
réduction de risque de 28 %<br />
(Fig. 2).<br />
Quel impact réel<br />
en pratique quotidienne ?<br />
■ Pour la première fois, une étude<br />
prospective permet ainsi de démontrer<br />
qu’une approche fonctionnelle<br />
est bénéfique pour les patients par<br />
rapport à une stratégie dictée uniquement<br />
sur l’aspect de la coronarographie.<br />
■ L’impact pour notre pratique<br />
devrait être important ; il justifie a<br />
posteriori l’utilisation – que beaucoup<br />
avaient déjà – des techniques<br />
de détection de l’ischémie myocardique<br />
(scintigraphie, échographie<br />
de stress) avant les prises de décision<br />
de revascularisation. Cependant, la<br />
mesure de la FFR a au moins un<br />
avantage théorique par rapport aux<br />
techniques d’imagerie de l’ischémie :<br />
elle permet de juger du retentissement<br />
de chaque sténose, indépendamment<br />
de ce qui se passe sur les<br />
autres troncs ; avec les techniques<br />
Procédure guidée par<br />
mesure de la FFR (n = 509)<br />
FFR mesurée pour toutes<br />
les sténoses cibles<br />
Stent en cas de sténose<br />
avec FFR ≤ 0, 80<br />
N° 20 - Mai 2009 6<br />
Taux de survie sans événements<br />
cardio-vasculaires majeurs (%)<br />
d’imagerie classiques, c’est le plus<br />
souvent la première zone d’ischémie<br />
qui parle et qui masque parfois<br />
une ischémie d’un autre territoire<br />
qui ne serait apparue que pour un<br />
niveau de stress ou d’effort plus<br />
élevé ; bien que cela semble rarement<br />
le cas en pratique, on court<br />
donc potentiellement le risque de<br />
ne traiter que la lésion « la plus<br />
ischémiante », en négligeant d’autres<br />
sténoses pourtant, elles aussi, génératrices<br />
d’ischémie myocardique.<br />
Mesurer la FFR a également un<br />
avantage pratique puisqu’elle peut<br />
être réalisée en même temps que la<br />
coronarographie diagnostique, évitant<br />
d’avoir à programmer des examens<br />
complémentaires ultérieurs et<br />
permettant une prise de décision<br />
thérapeutique dans le même temps<br />
que la réalisation de l’examen radiologique<br />
diagnostique.<br />
Des questions encore<br />
en suspens…<br />
100<br />
95<br />
90<br />
85<br />
80<br />
75<br />
70<br />
■ Il reste cependant une question<br />
importante à laquelle FAME ne<br />
répond pas : celle de l’attitude thé-<br />
30 jours<br />
(2,9 %)<br />
90 jours<br />
(3,8 %)<br />
S taff<br />
Thrombose de stent : un cas prévisible ?<br />
S. CHAMPIN, C. BESNARD, P. LANTELME, USIC, hôpital de la Croix-Rousse, CHU de Lyon<br />
■ Ses facteurs de risque cardiovasculaires,<br />
en dehors de l’âge, associent<br />
un diabète de type II, un tabagisme<br />
actif, une dyslipidémie et une<br />
HTA. Une coronarographie, réalisée<br />
3 ans auparavant pour un angor<br />
d’effort, avait indiqué une atteinte<br />
monotronculaire avec une artère circonflexe<br />
infiltrée et multi-sténosée,<br />
jugée non revascularisable.<br />
■ Le patient présente une récidive<br />
angineuse. Les douleurs thoraciques<br />
surviennent au repos et sont prolongées.<br />
L’ECG, réalisé à son admission,<br />
indique une négativation des ondes T<br />
dans les dérivations inférieures et latérales<br />
par rapport à son ECG de référence.<br />
Le bilan biologique met en<br />
évidence une cytolyse myocardique<br />
significative avec une élévation de la<br />
troponine à 4,8 µg/l (seuil = 0,2 µg/l).<br />
■ Une coronarographie, réalisée<br />
après 12 h d’imprégnation par un<br />
traitement antithrombotique optimal<br />
comprenant un anti-GP IIb/IIIa<br />
(tirofiban), objective une occlusion<br />
thrombotique de l’artère circonflexe<br />
proximale et une longue lésion intermédiaire<br />
de l’artère interventriculaire<br />
antérieure moyenne. L’artère<br />
coronaire droite, dominée, est athéromateuse,<br />
sans lésion significative.<br />
La ventriculographie montre un<br />
ventricule gauche altéré par une akinésie<br />
inféro-postéro-latérale (FEVG<br />
estimée à 45 %).<br />
■ Aucune tentative de désocclusion<br />
de l’artère circonflexe n’est<br />
entreprise, car cette dernière est<br />
connue comme étant très pathologique<br />
et irrigue un territoire myocardique<br />
akinétique. Après renfor-<br />
cement du traitement médical, le<br />
patient a pu quitter le service 2 jours<br />
après son admission. Une épreuve<br />
d’effort est programmée à distance<br />
pour évaluer la persistance d’une<br />
ischémie résiduelle et discuter d’une<br />
éventuelle revascularisation de l’artère<br />
interventriculaire antérieure.<br />
■ 1 mois plus tard, le patient est<br />
réhospitalisé pour un angor d’effort.<br />
L’épreuve d’effort, réalisée une<br />
semaine auparavant, fut peu contributive,<br />
car très sous-maximale et<br />
négative. Il est alors décidé de procéder<br />
à une nouvelle coronarographie<br />
avec pour objectif de réévaluer<br />
la sténose de l’artère interventriculaire<br />
antérieure par la mesure de la<br />
fraction de flux de réserve myocardique<br />
(FFR ou Fractional Flow<br />
Reserve) : celle-ci est mesurée à 0,69,<br />
180 jours<br />
(4,9 %)<br />
0 60 120 180 240 300 360<br />
Jours après randomisation<br />
rapeutique à adopter en face de sténoses<br />
apparemment relativement<br />
peu serrées. Il s’agit alors de savoir<br />
s’il ne conviendrait pas, parfois, d’intervenir<br />
sur des sténoses en apparence<br />
anatomiquement peu serrées,<br />
mais ayant tout de même un authentique<br />
retentissement fonctionnel. Si<br />
cette situation apparaît relativement<br />
peu commune en pratique, elle est<br />
cependant rencontrée de temps à<br />
autre, soit que l’atteinte anatomique<br />
soit en réalité nettement plus importante<br />
que ne le laisserait supposer la<br />
coronarographie (qui n’est, finalement,<br />
qu’une « luminographie » en<br />
deux dimensions, ignorant totalement<br />
l’atteinte de la paroi artérielle<br />
elle-même), soit que se surajoutent<br />
à une sténose modérée des phénomènes<br />
de vasoconstriction délétères,<br />
engendrés par la dysfonction de l’endothélium.<br />
■ Enfin, demeure le problème des<br />
plaques authentiquement peu serrées,<br />
sans retentissement fonctionnel<br />
(et que la FFR catégoriserait<br />
comme ne devant pas être dilatées),<br />
mais ayant un risque de rupture<br />
élevé, avec le risque d’accidents évo-<br />
Procédure guidée<br />
par la mesure<br />
de la FFR<br />
Procédure<br />
standard<br />
(guidée par les données<br />
angiographiques)<br />
360 jours<br />
(5,1 %)<br />
Figure 2 : Étude FAME : la survie sans événement clinique majeur (décès, infarctus,<br />
nouvelle revascularisation) est significativement meilleure quand la décision de<br />
revascularisation est prise en fonction du retentissement fonctionnel des sténoses,<br />
évalué par la mesure de la FFR (d’après Tonino et al. N Engl J Med, 2009; 360: 213-24).<br />
indiquant le caractère significatif de<br />
la sténose.<br />
■ Une angioplastie ad hoc est réalisée<br />
avec implantation d’un long<br />
stent actif 2,75 x 32 mm au niveau de<br />
l’artère interventriculaire moyenne<br />
(12 atm ; 30 s). Le résultat angiographique<br />
est satisfaisant, sans sténose<br />
résiduelle. Malgré une FFR de<br />
contrôle non optimale, mesurée à<br />
0,79, (attribuée à un « effet artère »),<br />
une post-dilatation n’est pas réalisée<br />
(Fig. 1). Les suites immédiates de<br />
cette procédure sont parfaitement<br />
simples.<br />
■ 15 jours plus tard, le patient est<br />
pris en charge à son domicile par le<br />
SAMU pour un choc cardiogénique.<br />
L’ECG indique alors un sus-décalage<br />
du segment ST (ST+) dans les<br />
lutifs graves que cela implique.<br />
D’autres méthodes, indépendantes<br />
de l’hémodynamique artérielle,<br />
devront alors être trouvées pour<br />
caractériser le risque évolutif de la<br />
plaque. On comprend enfin aisément<br />
que l’angioplastie coronaire,<br />
traitement focal de segments artériels<br />
malades, ne soit qu’une réponse<br />
très partielle aux défis que pose<br />
l’évolutivité si particulière de la<br />
maladie coronaire et qui nécessitent<br />
une approche « systémique » que,<br />
jusqu’à présent, seuls les médicaments<br />
peuvent fournir.<br />
L’étude FAME fournit ainsi un<br />
moyen élégant et convaincant de<br />
transformer une méthode thérapeutique<br />
dont les indications<br />
étaient essentiellement guidées<br />
par la foi des cardiologues interventionnels<br />
en une méthode thérapeutique<br />
« réfléchie » et guidée<br />
par des éléments physiologiques<br />
objectifs. Cette approche « fonctionnelle<br />
» plus qu’anatomique<br />
donne de meilleurs résultats cliniques<br />
: elle devrait donc maintenant<br />
aisément rentrer dans la pratique<br />
clinique courante. ●<br />
Monsieur K., 53 ans, est hospitalisé aux soins intensifs cardiologiques de l’hôpital de la Croix-Rousse pour un syndrome coronaire aigu<br />
sans sus-décalage du segment ST (SCA ST-) avec élévation de la troponine.<br />
dérivations antérieures. Le patient<br />
est admis directement en salle de<br />
cathétérisme cardiaque devant ce<br />
tableau très évocateur de thrombose<br />
subaiguë de stent. La coronarographie<br />
confirme le diagnostic en indiquant<br />
une occlusion intra stent de<br />
l’artère interventriculaire antérieure<br />
moyenne. La restauration d’un flux<br />
TIMI-3 est obtenue après le passage<br />
aisé d’un guide d’angioplastie,<br />
l’administration intracoronaire d’un<br />
anti-GP IIb/IIIa (abciximab) et<br />
une thrombo-aspiration (système<br />
EXPORT ®) (Fig. 2). Une contrepulsion<br />
par ballon intra-aortique<br />
(CPBIA) est mise en place compte<br />
tenu d’une hémodynamique précaire.<br />
Un contrôle par échographie<br />
endocoronaire objective, d’une part,<br />
la persistance de thrombus dans le<br />
stent et, d’autre part, une nette sous-
S taff<br />
expansion du stent sans malapposition<br />
(MSA = 4,3 mm² et index d’expansion<br />
= 60 %) (Fig. 3). Aucun<br />
geste complémentaire n’est réalisé<br />
compte tenu de l’importante charge<br />
thrombotique exposant à un risque<br />
très élevé d’embolisation distale.<br />
L’évolution clinique est rapidement<br />
favorable avec un sevrage de la<br />
CPBIA 48 h après la procédure.<br />
L’échographie cardiaque transthoracique<br />
(ETT) indique une altération<br />
très sévère de la fonction systolique<br />
ventriculaire gauche avec<br />
une FEVG estimée à 25 %.<br />
■ Une angioplastie de l’artère<br />
interventriculaire antérieure<br />
moyenne est réalisée 1 semaine plus<br />
tard afin d’optimiser le déploiement<br />
du stent. On note la disparition du<br />
thrombus à l’angiographie et la persistance<br />
d’un flux TIMI-3. Une<br />
bonne expansion du stent est obtenue<br />
après les inflations répétées d’un<br />
ballon compliant 3 x 30 mm, puis<br />
d’un ballon non compliant 3,5 x<br />
15 mm (MSA = 7,2 mm² et index<br />
d’expansion = 90 %) (Fig. 4).<br />
■ L’interrogatoire du patient nous a<br />
convaincus de la bonne observance<br />
des antiagrégants plaquettaires (aspirine<br />
160 mg/j + clopidogrel 75 mg/j).<br />
Les tests d’antiagrégation plaquettaire<br />
(PFA-100 ® et VASP) vont<br />
mettre en évidence une mauvaise<br />
réponse à l’aspirine à la dose de<br />
160 mg/j et au clopidogrel à la dose<br />
de 150 mg/j. La dose d’aspirine a<br />
été augmentée à 250 mg/j avec une<br />
bonne réponse biologique et une<br />
demande d’ATU pour le prasugrel<br />
est en cours.<br />
■ Ce cas clinique est une bonne<br />
illustration de l’origine multifactorielle<br />
des thromboses de stent. 2 facteurs<br />
favorisants sont ici mis en en<br />
avant : une résistance aux antiagrégants<br />
plaquettaires (facteur<br />
lié au patient) et une sous-expansion<br />
du stent (facteur lié à la procédure).<br />
Ces 2 facteurs auraient dû<br />
être anticipés avant et pendant l’angioplastie<br />
de l’artère interventriculaire<br />
antérieure dont le rôle est particulièrement<br />
capital chez ce patient<br />
(artère circonflexe occluse, coronaire<br />
droite dominée et fonction systolique<br />
ventriculaire gauche altérée).<br />
Price et al. (1) ont étudié la corrélation<br />
entre le résultat d’un test d’agrégation<br />
plaquettaire étudiant le clopidogrel<br />
réalisé avant une angioplastie et l’incidence<br />
des thromboses de stent.<br />
Dans cette étude, le taux de thromboses<br />
de stent à 6 mois apparaît<br />
significativement plus élevé dans le<br />
groupe des patients non-répondeurs<br />
A ctualités<br />
Congrès ACC 2009 (Orlando, 29-31 mars 2009) suite de la page 1<br />
Le syndrome coronaire<br />
aigu (SCA)<br />
■ L’étude EARLY ACS (EARLY<br />
Acute Coronary Syndrome), présentée<br />
par le Dr L. Kristin Newby<br />
(Duke Clinical Research Institute,<br />
Durham, Grande-Bretagne), a inclus<br />
9 492 patients présentant un SCA<br />
ST- et randomisés pour recevoir précocement<br />
un anti-GP IIb/IIIa (Integrilin<br />
®, eptifibatide), de 12 h à<br />
4 jours avant la revascularisation,<br />
Figure 1 : Sténose intermédiaire de l’artère interventriculaire antérieure<br />
à l’angiographie, mais significative sur le plan hémodynamique<br />
avec une FFR mesurée à 0,69 (A). Après implantation d’un<br />
stent actif 2,75 mm x 32 mm, le résultat angiographique est satisfaisant,<br />
sans sténose résiduelle. La FFR de contrôle n’est pas optimale<br />
avec une valeur de 0,79 (B).<br />
Figure 2 : L’ECG à l’admission en salle de cathétérisme indique un susdécalage<br />
du segment ST dans les dérivations antérieures (A). L’angiographie<br />
indique l’occlusion intrastent de l’artère interventriculaire<br />
moyenne (flux TIMI-0). Après le passage d’un guide d’angioplastie,<br />
l’administration intracoronaire d’un anti-GP IIb/IIIa et une thromboaspiration,<br />
un flux coronaire normal (TIMI-3) est restauré (B).<br />
ou la même thérapeutique administrée<br />
au moment de la revascularisation.<br />
Les résultats portant sur le<br />
critère principal composite, associant<br />
mortalité, IDM et revascularisation<br />
itérative, étaient superposables<br />
dans les 2 groupes (9,3 % vs<br />
10 %), mais les saignements ont été<br />
plus fréquents (2,6 % vs 1,8 %) dans<br />
le groupe traité précocement.<br />
■ L’essai HORIZONS AMI (thrombose<br />
de stent) a évalué la bivalirudine<br />
N° 20 - Mai 2009 7<br />
au clopidogrel que dans le groupe<br />
des patients répondeurs (4,6 vs 0%;<br />
p = 0,004). Dans une étude similaire,<br />
Sibbing et al. (2) sont récemment<br />
parvenus aux mêmes conclusions.<br />
Dans le cas de notre patient,<br />
la réalisation des tests d’antiagrégation<br />
plaquettaire avant la décision<br />
d’angioplastie, et donc la connaissance<br />
d’une résistance combinée à<br />
l’aspirine et au clopidogrel exposant<br />
à un risque accru de thrombose de<br />
stent, aurait très probablement modifié<br />
notre stratégie de revascularisation<br />
au profit d’un monopontage<br />
artériel sur l’artère interventriculaire<br />
antérieure.<br />
De nombreux auteurs ont montré<br />
que la sous-expansion de stent était<br />
un facteur prédictif de thrombose<br />
de stent (3,4). Les limites de l’angiographie<br />
à déterminer le bon déploiement<br />
d’un stent sont un problème<br />
quotidien pour l’angioplasticien.<br />
Dans le cas de notre patient, la postdilatation<br />
du stent aurait dû être systématique<br />
afin de s’assurer de sa<br />
bonne expansion et de sa bonne<br />
apposition. En outre, la FFR de<br />
contrôle, nettement sous-optimale,<br />
était un argument en faveur de la<br />
mauvaise expansion du stent.<br />
Enfin, un contrôle systématique par<br />
échographie endocoronaire de l’implantation<br />
du stent aurait pu être<br />
envisagée malgré le bon résultat<br />
angiographique. En effet, Roy et al. (5)<br />
ont montré, dans une étude non randomisée,<br />
que l’utilisation systématique<br />
de l’échographie endocoronaire<br />
lors de l’implantation d’un stent<br />
actif diminuait le taux de thromboses<br />
de stent à 1 mois et à 1 an.<br />
Depuis ce cas, survenu il y a<br />
6 mois, nous avons décidé de réaliser<br />
de manière systématique les<br />
tests d’antiagrégation plaquettaire<br />
avant une procédure à haut<br />
Figure 3 : L’angiographie indique la persistance de thrombus après<br />
restauration d’un flux coronaire optimal (A). Un contrôle par échographie<br />
endocoronaire confirme la présence d’une importante<br />
charge thrombotique (B) et indique une nette sous-expansion du<br />
stent sans malapposition avec un MSA à 4,3 mm² et un index d’expansion<br />
à 60 % (C).<br />
dans l’IDM ST+ soumis à une angioplastie<br />
primaire. 3 602 patients avec<br />
infarctus de moins de 12 h ont reçu<br />
de la bivalirudine ou de l’héparine<br />
associée à un anti-GP IIb/IIIa. Les<br />
résultats déjà connus avaient montré<br />
une réduction des événements cardiaques<br />
majeurs, et en particulier de<br />
la mortalité à 30 jours ainsi qu’à 1 an,<br />
date à laquelle le pourcentage de<br />
thromboses de stent était de 3,3 %<br />
chez les patients avec stent bioactif et<br />
de 3,4 % chez les patients avec stent<br />
inerte. L’essai a rapporté qu’à 24 h, le<br />
taux de thromboses était de 1,5 %<br />
dans le groupe bivalirudine et de<br />
0,3 % dans le groupe héparine + inhibiteur<br />
GP IIb/IIIa, différence très<br />
significative. À 1 an, cette différence<br />
n’existe plus : les taux sont de 3,6 %<br />
dans le groupe bivalirudine et de<br />
3,2 % dans le groupe héparine + inhibiteur<br />
GP IIb/IIIa. Les autres facteurs<br />
indépendants de thrombose subaiguë<br />
ont été, par ailleurs, étudiés et<br />
confirmés.<br />
pronostic (tronc commun, cas<br />
semblable à ce patient) et de guider<br />
celle-ci par l’échographie<br />
endocoronaire. ●<br />
Références :<br />
1. Price M.J., Endemann S., Gollapudi R.R.<br />
et al. « Prognostic significance of post-clopidogrel<br />
platelet reactivity assessed by a<br />
point-of-care assay on thrombotic events<br />
after drug-eluting stent implantation ».<br />
Eur Heart J, 2008; 29: 992-1000.<br />
2. Sibbing D., Braun S., Morath T.,<br />
Mehilli J., Vogt W., Schömig A., Kastrati A.,<br />
von Beckerath N. « Platelet reactivity after<br />
clopidogrel treatment assessed with pointof-care<br />
analysis and early drug-eluting<br />
stent thrombosis ». J Am Coll Cardiol, 2009;<br />
53: 849-56.<br />
3. Okabe T., Mintz G.S., Buch A.N., Roy P.,<br />
Hong Y.J., Smith K.A., Torguson R., Gevorkian<br />
N., Xue Z., Satler L.F., Kent K.M.,<br />
Pichard A.D., Weissman N.J., Waksman R.<br />
« Intravascular ultrasound parameters associated<br />
with stent thrombosis after drugeluting<br />
stent deployment ». Am J Cardiol,<br />
2007 Aug 15; 100(4): 615-20.<br />
4. Stettler C., Wandel S., Allemann S., Kastrati<br />
A., Morice M.C., Schömig A., Pfisterer<br />
M.E., Stone G.W., Leon M.B., de<br />
Lezo J.S., Goy J.J., Park S.J., Sabaté M.,<br />
Suttorp M.J., Kelbaek H., Spaulding C.,<br />
Menichelli M., Vermeersch P., Dirksen<br />
M.T., Cervinka P., Petronio A.S., Nordmann<br />
A.J., Diem P., Meier B., Zwahlen M.,<br />
Reichenbach S., Trelle S., Windecker S.,<br />
Jüni P. « Outcomes associated with drugeluting<br />
and bare-metal stents: a collaborative<br />
network meta-analysis ». Lancet,<br />
2007 Sep 15; 370(9591): 937-48.<br />
5. Roy P., Steinberg D.H., Sushinsky S.J.,<br />
Okabe T., Pinto Slottow T.L., Kaneshige K.,<br />
Xue Z., Satler L.F., Kent K.M., Suddath<br />
W.O., Pichard A.D., Weissman N.J.,<br />
Lindsay J., Waksman R. « The potential<br />
clinical utility of intravascular ultrasound<br />
guidance in patients undergoing percutaneous<br />
coronary intervention with drugeluting<br />
stents ». Eur Heart J, 2008; 29:<br />
1851-7.<br />
Figure 4 : Le contrôle par<br />
échographie endocoronaire,<br />
après la post-dilatation du<br />
stent, indique une expansion<br />
satisfaisante avec un MSA à<br />
7,2 mm² et un index d’expansion<br />
à 90 %.<br />
■ L’essai REVIVAL-3 (Regeneration<br />
of Vital Myocardium in ST-Segment<br />
Elevation Myocardial Infarction by<br />
Erythropoïetin), présenté par le<br />
Pr Ilka Ott (German Heart Center,<br />
Technical University, Munich, Allemagne),<br />
a étudié, en comparaison à<br />
un placebo, les effets d’un traitement<br />
par érythropoïétine (EPO)<br />
administrée à hautes doses dans l’angioplastie<br />
primaire (pose de stents
A ctualités<br />
actifs dans la quasi-totalité des cas)<br />
de l’IDM ST+. Il a été mené chez<br />
138 patients randomisés lors de l’admission<br />
pour recevoir lors de la<br />
reperfusion soit une première dose<br />
de 3310 U d’EPO, renouvelée à<br />
2 reprises à 24 h et 48 h (dose totale<br />
de 100 000 U), soit des injections<br />
placebo. À 6 mois, aucune différence<br />
significative n’était rapportée<br />
entre les 2 groupes concernant l’objectif<br />
primaire, la FEVG et les critères<br />
secondaires (volume ventriculaire<br />
gauche et taille de l’infarctus).<br />
■ L’essai ABOARD (Angioplasty to<br />
blunt the rise of troponin in acute coronary<br />
syndromes randomized for an<br />
immediate or delayed intervention),<br />
présenté par le Pr Gilles Montalescot<br />
(CHU Pitié-Salpêtrière, Institut<br />
de Cardiologie, Paris), est un essai<br />
multicentrique comparant une stratégie<br />
invasive immédiate ou retardée<br />
(une journée) chez des patients<br />
à risque modéré-haut avec un<br />
SCA ST-. L’étude a porté sur<br />
352 patients et a montré que le critère<br />
primaire (le pic de troponine)<br />
était le même dans les 2 groupes et<br />
qu’il n’y avait aucune différence pour<br />
les critères secondaires (mortalité,<br />
IDM, revascularisation).<br />
La phase chronique<br />
et la cardiologie<br />
interventionnelle<br />
chronique<br />
■ L’essai ARMYDA-RECAPTURE<br />
(Atorvastatin for Reduction of Myocardial<br />
Damage During Angioplasty-<br />
Acute Coronary Syndromes RECAP-<br />
TURE), présenté par le Dr Germano<br />
Di Sciascio (Campus Bio-Medico<br />
University, Rome, Italie), a comparé<br />
à ceux d’un placebo les effets de<br />
l’atorvastatine administrée à la posologie<br />
de 80 mg, 12 heures avant<br />
angioplastie, puis de 40 mg avant<br />
l’angioplastie, à des patients bénéficiant<br />
d’un traitement de fond par<br />
statine. Les événements cardiaques<br />
majeurs à 30 jours ont été significativement<br />
moins fréquents dans le<br />
groupe atorvastatine (3,4 % vs 9,1 %,<br />
p = 0,04) et ceci est confirmé dans<br />
l’analyse multivariée avec un odds<br />
ratio (OR) de 0,52 et des intervalles<br />
de confiance (IC) entre 0,20 et 0,82.<br />
Les marqueurs de l’infarctus (CPK-<br />
MB, troponine I) étaient également<br />
abaissés (Fig. 1).<br />
%<br />
10<br />
8<br />
6<br />
4<br />
2<br />
0<br />
Atorvastatine<br />
Placebo<br />
0<br />
0,5<br />
Mortalité<br />
cardiaque<br />
3,4<br />
8,6<br />
■ L’essai NAPLES II (Novel<br />
Approaches for Preventing or Limiting<br />
Events Study), présenté par le<br />
Dr Carlo Briguori (Clinica Mediterranea,<br />
Naples, Italie), très proche<br />
du précédent, a montré qu’une dose<br />
de 80 mg, 24 h avant l’angioplastie,<br />
réduisait l’incidence de l’IDM perprocédural,<br />
évalué par l’élévation<br />
des marqueurs myocardiques, chez<br />
des patients non traités par statine.<br />
■ Le registre américain des<br />
patients stentés a été présenté par<br />
le Dr Pamela Douglas (Duke Clinical<br />
Research Institute, Durham,<br />
Grande-Bretagne). Ce registre<br />
national concerne 262 700 patients<br />
de plus de 65 ans traités par prothèse<br />
endocoronaire bioactive ou<br />
inerte entre le 1 er janvier 2004 et<br />
le 31 décembre 2006. L’objectif<br />
principal était d’évaluer la survenue<br />
d’événements cardiaques<br />
majeurs en fonction du type de<br />
stent utilisé. Les stents bioactifs<br />
(DES ou drug eluting stent) avaient<br />
été implantés chez 217 675 patients<br />
et les stents nus (BMS ou bare metal<br />
stent) chez 45 025 patients. Le taux<br />
de décès non ajusté était de 12,9 %<br />
pour les premiers vs 17,9 % pour<br />
les seconds, le taux d’IDM de 7,3 %<br />
vs 10 % et la revascularisation de<br />
23 % vs 24,5 %, sans différence en<br />
termes d’AVC ou de saignements.<br />
Après ajustement, les patients avec<br />
stent bioactif présentaient des taux<br />
de mortalité plus faibles : 13,5 % vs<br />
16,5 % (HR : 0,75 ; 0,73-0,77 ;<br />
p < 0,001), de même pour l’IDM :<br />
7,5 % vs 8,9 % (HR : 0,76 ; 0,72-<br />
0,80 ; p < 0,001). Une différence<br />
minime était retrouvée pour la revascularisation<br />
(23,5 % vs 23,4 %) et<br />
aucune pour l’AVC (3,1 % vs 2,7 %)<br />
et les saignements (3,4 % vs 3,6 %)<br />
(Fig. 2). Le bénéfice de survie pour<br />
les stents bioactifs était observé dans<br />
tous les sous-groupes analysés et<br />
persistait tout au long des 30 mois<br />
de suivi. Cette étude, certes observationnelle,<br />
a évalué le « monde<br />
réel » et représente la plus importante<br />
réalisée à ce jour sur ce sujet.<br />
■ L’essai STICH (Surgical Treatment<br />
for Ischemic Heart Failure), présenté<br />
par le Pr Robert H. Jones<br />
(Duke University, Durham, Grande-<br />
Bretagne), s’est intéressé aux traitements<br />
chirurgicaux de la maladie<br />
coronaire obstructive avec insuffisance<br />
cardiaque. Il a comparé le pontage<br />
coronarien associé à une<br />
reconstruction ventriculaire chirurgicale<br />
au pontage aorto-corona-<br />
0<br />
0,5<br />
p = 0,045<br />
IDM TVR MACE<br />
Critère primaire<br />
composite<br />
Figure 1 : Essai ARMYDA-RECAPTURE : Résultats à 30 jours pour<br />
les critères individuels et composite (IDM : infarctus du myocarde ;<br />
MACE : événements cardio-vasculaires majeurs ; TVR : revascularisation<br />
du vaisseau cible).<br />
3,4<br />
9,1<br />
N° 20 - Mai 2009 8<br />
Patients (%)<br />
25<br />
20<br />
15<br />
10<br />
5<br />
0<br />
rien isolé. Seuls les patients avec<br />
dysfonction antéro-apicale du ventricule<br />
gauche étaient inclus.<br />
501 patients ont été inclus dans le<br />
groupe pontage associé à la reconstruction<br />
et 499 dans le groupe pontage<br />
seul. Les patients bénéficiaient<br />
d’un traitement optimal. Les résultats<br />
n’ont pas montré de différence<br />
sur l’objectif primaire associant décès<br />
et hospitalisation pour cause cardiaque<br />
: 58 % vs 59 %. Cela est identique<br />
pour l’amélioration de l’état<br />
fonctionnel de l’insuffisance cardiaque<br />
ou de l’angine de poitrine ; la<br />
qualité de vie n’était pas non plus<br />
modifiée. Seul le coût était plus élevé<br />
dans le cas de la procédure avec<br />
reconstruction ventriculaire, plus<br />
longue de 27 min. Le volume télésystolique<br />
était diminué de 19 %<br />
dans la reconstruction ventriculaire<br />
et de 6 % dans le groupe pontage<br />
isolé, évolutions statistiquement<br />
significatives (p < 0,001).<br />
Prévention<br />
Stent nu (BMS)<br />
Stent bioactif (DES)<br />
Mortalité<br />
HR = 0,75<br />
(0,73, 0,77)<br />
IDM<br />
HR = 0,76<br />
(0,72, 0,80)<br />
■ L’essai TIPS (The Indian Polycap<br />
Study), présenté par le Pr Salim<br />
Yusuf (McMaster University, Hamilton,<br />
Canada), a étudié les effets de<br />
la « polypilule », association de<br />
3 antihypertenseurs, d’une statine<br />
et de l’aspirine : aténolol 50 mg/j,<br />
ramipril 5 mg/j, diurétique thiazidique<br />
12,5 mg/j, simvastatine<br />
20 mg/j et aspirine 100 mg/j. Les<br />
patients concernés étaient âgés de 45<br />
à 80 ans avec au moins un facteur de<br />
risque : HTA, diabète de type II,<br />
tabagisme, rapport taille/hanche<br />
> 0,85 pour les femmes et > 0,90<br />
pour les hommes, dyslipidémie.<br />
Cette association a été évaluée<br />
pendant 3 mois en Inde chez<br />
2 053 sujets. Administrée à<br />
400 sujets randomisés, elle a été<br />
comparée à chacun des composants<br />
associés de façon diverse en<br />
mono-, bi-, tri- ou quadrithérapie<br />
(200 sujets par groupe de traitement).<br />
Les sujets étudiés présentaient<br />
un risque cardio-vasculaire<br />
moyen (54 ans, IMC = 26 kg/m²,<br />
PAS = 134 mmHg, LDL-c = 1,2 g/l et<br />
diabète de type II dans 34 % des<br />
cas). L’analyse des résultats a montré<br />
une efficacité de la « polypilule »<br />
comparable à celle des 3 antihypertenseurs<br />
sur les critères intermédiaires.<br />
Il faut noter que l’aspirine n’a<br />
pas modifié les effets antihypertenseurs<br />
de l’association. La tolérance<br />
Revascularisation<br />
HR = 0,91<br />
(0,89, 0,94)<br />
Saignements<br />
HR = 0,91<br />
(0,85, 0,98)<br />
AVC<br />
HR = 0,96<br />
(0,88, 1,04)<br />
Figure 2 : Registre américain des patients stentés : événements à<br />
30 mois après ajustement.<br />
était bonne. Pour le Pr Yusuf, cette<br />
pilule permettrait de diminuer de<br />
50 % le risque cardio-vasculaire de<br />
ces patients.<br />
■ JUPITER, qui avait montré l’efficacité<br />
de la rosuvastatine à la posologie<br />
de 80 mg/j chez les patients<br />
ayant un taux de LDL-c normal et<br />
un niveau élevé de CRP, a fait l’objet<br />
d’une nouvelle analyse concernant<br />
le groupe rosuvastatine 20 mg/j<br />
par rapport au groupe placebo. Les<br />
sujets ayant atteint des valeurs de<br />
LDL-c ≤ 70 mg/dl et CRP < 2 mg/l<br />
ont vu leur risque cardio-vasculaire<br />
diminuer de 65 % contre 36 % seulement<br />
chez les patients recevant<br />
également 20 mg/j de rosuvastatine,<br />
mais sans avoir atteint les seuils suscités<br />
de LDL-c et de CRP.<br />
■ L’étude AURORA (An Assessment<br />
of Survival and Cardiovascular<br />
Events), conduite par le Dr Bengt<br />
Fellström (Uppsala, Suède), a comparé<br />
la mortalité et les événements<br />
cardio-vasculaires majeurs chez<br />
2 776 patients en hémodialyse chronique<br />
randomisés pour recevoir soit<br />
10 mg/j de rosuvastatine, soit un<br />
placebo. Le suivi moyen a été de<br />
3,8 ans et les patients étaient âgés de<br />
64 ans et dialysés depuis 12 ans en<br />
moyenne. La réduction massive de<br />
43 % du taux de LDL-c (taux moyen<br />
au départ de 1 g/l) n’a pas conduit<br />
à une baisse significative de la mortalité<br />
et des événements cardio-vasculaires<br />
non mortels : 9,2 % par an<br />
dans le groupe rosuvastatine vs<br />
9,5 % par an dans le groupe placebo.<br />
■ L’étude ENCORE (Exercise and<br />
Nutritional Interventions for Cardiovascular<br />
Health), présentée par le<br />
Dr Alan L. Hinderliter (University of<br />
North Carolina, Chapel Hill School<br />
of Medicine, États-Unis) et réalisée<br />
à l’initiative du NIH, a évalué pendant<br />
un an les effets du régime<br />
DASH (Dietary Approaches to Stop<br />
Hypertension), suivi seul ou associé<br />
à un programme de perte de poids<br />
et d’activité physique, chez<br />
144 patients (âge moyen = 51 ans),<br />
obèses (IMC = 33,5 kg/m²) et hypertendus<br />
(PAS = 139 mmHg). Différents<br />
paramètres cliniques (chiffres<br />
de PA) et biologiques étaient utilisés.<br />
Les auteurs ont rapporté une baisse<br />
de poids de 9 kg dans le groupe<br />
DASH + exercice et de 1 kg dans le<br />
groupe DASH seul et une prise de<br />
2 kg dans le groupe contrôle. La PAS<br />
avait baissé de 14 mmHg dans le<br />
groupe DASH + exercice, de<br />
5 mmHg dans le groupe DASH seul<br />
et de 1 mmHg dans le groupe<br />
contrôle. Les paramètres concernant<br />
la tolérance au glucose, la rigidité<br />
artérielle, la fonction endothéliale,<br />
la masse ventriculaire<br />
gauche et la sensibilité du barreau<br />
réflexe ont été améliorés dans le<br />
groupe DASH + exercice. Ces résultats<br />
sont donc très encourageants<br />
tant pour les obèses que pour les<br />
hypertendus.<br />
■ L’étude OMEGA, présentée par<br />
le Dr Jochen Senges (University of<br />
Heidelberg, Allemagne), a évalué<br />
de manière contrôlée et en double<br />
insu les effets des acides oméga-3<br />
(1 g/j) à ceux d’un placebo d’huile<br />
d’olive (1 g/j) en prévention de la<br />
mort subite dans l’année suivant<br />
un SCA (3 à 14 jours auparavant<br />
avec ou sans sus-décalage du segment<br />
ST). 3 827 patients ont été<br />
inclus dont 78 % avaient eu une<br />
angioplastie. Ils bénéficiaient d’un<br />
traitement médical optimal. Après 1<br />
an de suivi, l’analyse des résultats a<br />
montré 4,1 % de décès, 3,9 % de<br />
récidive d’IDM non fatal, 1,7 %<br />
d’AVC non fatal et 1,5 % de mort<br />
subite, sans aucune différence significative<br />
entre les 2 groupes. Les<br />
auteurs soulignent le faible taux<br />
d’événements qui diminue la puissance<br />
statistique de l’essai.<br />
■ Enfin, une étude du Dr Robert<br />
Kloner (The Heart Institute, Good<br />
Samaritan Hospital, Los Angeles,<br />
États-Unis) a montré que mieux<br />
valait s’abstenir d’aller au match de<br />
football américain si l’on voulait éviter<br />
un pic de mortalité ! En effet, le<br />
20 janvier 1980, l’équipe de Los<br />
Angeles perd le Super Bowl après<br />
un match extrêmement disputé et<br />
indécis jusqu’à la fin. Une mortalité<br />
accrue est constatée le jour même de<br />
cette rencontre et pendant les<br />
2 semaines suivantes… contrairement<br />
au 22 janvier 1984 où la même<br />
équipe avait été facilement victorieuse<br />
! Ces résultats confirment<br />
donc l’influence des stress majeurs<br />
sur les événements cardiaques…<br />
●<br />
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