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Notes du mont Royal

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Royal » dans le cadre d’un exposé

gratuit sur la littérature.

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COLLECTION

DES

AUTEURS LATINS

AVEC LA TRADUCTION EN FRANÇAIS

#

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION

DE M. NISARD

DE L'ACADÉMIE FlàiÇâJSE

IRSPECTEUl ©ÉIÉltAI. DE L*Ei§EIG«ElIE!T ftUPÉUEUR %


OVIDE

OEUVRES COMPLÈTES


l'Vttis. — i^pui^RAi'fiiK I»I i tmn %-iiiiHii n » lL . mi. JM:*>


OVIDE

ŒUVRES COMPLÈTES

A¥EC LA TEADUGTION EN FIANÇAIS

PUBLIÉES SOUS Là DIRECTION

DE M. NISARD

DE L'ACADéMIE FRANçAISE

INSPECTEUR GÉNÉRAL DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

t r,

'V

PARIS

CHEZ FIRMIN-DÏDOT ET C", LIBRAIRES

* IMPRIMEURS nE L'INSTITUT DE FRANCE

RUE JACOB, 56

M DCCC LXXV1


9OSO3QCC3©OC5B©C0CCCCOOOÔÔ teSO&SCOCCOSttCCOOSPttfiOO

fipi.

M» te édite*». .........^..;...... ... III

Keikemth wm et lesouvrages d'OtiJe.......... VII

LES HÉlOfDES t Traduction nouvrlle par H.

Théophile Baodemcnt. 4

ffltreL — Pénélope* Ulysse .......... . Ibid.

Épine IL — Pbjllii à Démophoen............. 4

Effet III. — Briséls i Achille. &..... 7

ÉpfeelV. — Phèdre à Hippolfte............. 10

Epi re V. — Œ.tone I Paris. 14

ÊpitreTL — Ilyp*ipyle h Jason.. ..;......... 48

ÉphreVlI. — Bidon! Énée. 22

Effet VIII — Ilu-miont i Ortsto. ... .... 26

tfine R, — Déjartire i Hercule 29

fytet 1. — Ariadiw i Thésée. ............... 35

Épiirt ICI. — Canaei i Macarée .............. IS

ÉpimXIf.— Mcdéei Jaion ....... S9

Épine XIII. — Laodamiei Protésilas * 44

Épine II?. — Ilypeminettre a Lvncée 47

ÉpitttXV. — Sapho a Phaon # 50

ÉpineXVI. — Parlai Hélène. 55

Épltre XVIL — Hélène i Piria. 54

Épitre XVUI. — Léandre a Héro 69

ÉpftreXfX. — Héro i Léanire. T4

ÉpitreXX. — Aconce m Cydippe. 79

EpitreXXI. — Cydippe i Aconce 84

NetttteHéroïdes. 91

LES AMOURS traduction nouvelle par le même. 101

Lme I. ibid.

Um II 410

Um III HO

Rites te Amonts... 461

L'AIT WAIMEE» traduction nouvelle par IL

Chartes Niaard. ....... 163

Chant I....... Ibid.

GbotlI...... 110

Oui III.. 197

Mmm de l'Art d'Aimer. 216

TABLE DES MATIÈRES.

LE 1E1IÈDE D'AlIOUft, traduction nouvelle

par le même. 521

Notes du EemèJe d f Amour ....... 249

LES COSMÉTIQUES » fragment 5 traduction

nouvelle par le mime............... è 241

Notes des Cosmétiques 24i

LES HALIEUTIQUES» fragment ; traduction nouvelle

par II. Th. leaudement 2SÎ

LES MÉTAIOIPHOSES» traduction nouvelle

par MM. Louis Pugct, Th. Gulard, Clievrtf» et

Fouquier .. 251

LIVM L •— Aftcosunrr. — I. Le chaos changé en

quatre éléments distincts. » II. Succession des

quatre âges du monde. — III. Crime et punition

des géants. -— IV. L'univers est submergé par le

déluge. — V. Deocalion et Pyrrha repeuplent la

terre. — VI. Apollon tue le serpent Python.

— \ II. Métamorphose de Daphnè en laurier.

— VIII. Métamorphose d*Io en génisse» et de

Syrifii en roseau j mort d'Argus ; naissance d f Épopbos.

Ibid.

Livas DIUIIIHI. — Aacumirr. — L Pfaaéton

demande pour un jour la conduite du char du Soleil

j il est frappé de la foudre et précipité du

Ciel. — U. Cycnus changé en cygne. —III. Calisto

changée en Ourse. — IV. Le corbeau, de

blanc qu'il était» devient noir. V. Ocyroétransformée

en cavale.—VI. Battus métamorphosé en

pierre.—VII. Aglaore changée en rocher. - VIII.

Jupiter, sous la forme d'un taureau » enlève Eu«rope

269

LIVM rooisiiiiB.—AftGUMEBT. •—I. Agéoor ordonne

i Cadmus de chercher sa fille qu'il a perdue. Des

soldats naissent des dents du dragon tué par Ca-Imus.

—IL Actéon trétamorplioséen cerf.— III.

Naissance de Bacchus. — IV. Tirésias aveugle

et devin — V. Écho changée co son ; Harcisse tn

a


TABLE

ras»

fl, or. _ VI. Pcntb«ey apris la métamorpbote iea

matelots en dbofhîos» charge Àcétès ie chaînes :

ii cause ie ce crime, il est mî§ en lambeaux par

les bacchantes. ................. ttt

Livmi QUATaifaiB.—AaGVMnrr. — L Aldtkoé et aea

sœors s # obsiIiieot à mépriser le celte ie Raecbos ;

Pjrame et Thisbé. — amours ie Mars et ds

Vénus t i # Apollon et ie Leocothoé f ie Salmada

et i f Hermapbroditc. Les filles ie Minée changées

en chaoret-soaris, et leors toiles en figues et «n

pampres. — IL Ion et Mélïcerte métamorphosés

en dieum marins, et leurs compagnons en rochers

et en oiseau*. — III. Métamorphoses ie Caimus

et i'Hermione en serpents* — IV. i f Àtlas en

montagne, — V. Perséc iélirre Àniromèie. —

VI. Il réponse 305

I ,IVIB ciKQOiiMB. — AscuiisnT.—I. Persée change

Phinée et ses compagnons en rochers. — II. Il

métamorphose aussi Rétos et Polyiectcs. Changement

d'an enfant en lésari , ie Lynens en

ijn* ; i'Aicalaphe en hibou ; ie Cjane et i f À~

réthnse en fontaines y et des Piériies en pies. —

Eapt de Proscrpine. — Voyages ie Cérés et

ieTripto'èmc. SIS

Ltvac aixiinc — AICVMSVT. — L Métamorphose

i'Aracboé en araignée. — IL Nïobé se met auiessus

ie Latone et est changée en socher. —

III. Métamorphose des paysans lycieos en grenouilles.

— IV. Marsyas cont crti en fleuve. —

V. Pélops pleure Nïobé j les iieos lui donnent

une épaule d'ivoire. — VI. Métamorphose de

Térée en huppe, de Philomêle en rossignol, de

Proccé en hirondelle. — VIL Roréc enlève Ori •

tbye; il eoa deum fils9 Calais et Zétès , «{ni furent

au nombre des argonautes. 541

Liras fErriâME.—àBGUMBBT. — I. Jason s'empare

ie la toison d f or f par le secours ie Médée. •—

IL Rajeunissement d'Eson. •— III. La Jeunesse

est rendue au* nourrices deHaccbui. —If. Méiée

fait tuer Péliaspar la main iesesElles.'—V.Méiée

massacre ses enfants. •— VI. Méiée s'enfuît à

Athènes, ou elle est accueillie par Egée. —

VIL Métamorphose i'Arné en chouette ; peste

sTÉglne; métamorphose des fourmis en Myrmldons

; Éaque les envoie au secours d*lgée. —

VIII. Céphale et Procris...... 838

Lins HUITIèME. — Aaouimrr. — I. Métamorphose

ie Niant en aigle ie mer » et de Scylla t m

fille, enalooette.—IL La couronne d'Ariane placée

parmi les astres. — III. Dédale s'envole sur des

ailes; Icare » volant auprès de son père t e$t submergé

| métamorphose de Perdix. — IV. Méléagre

tue le sanglier de Calyion ; Adhée t mrre du

héros» accélère sa mort. — V. Naïades changées

en êtres appelés Échsnades. •— VI. Philémon et

Baueis. — VIL Protée et Métra ; impiété et châtiment

d'Érisichlhon. 378

Liras HBUTiiiis. — AsctmaT. — I. ArhéloDs

vaincu par Hercule; corne d'abondance.—IL Mort

de Nessus. — III. Tourments d'Hercule fur le

niont


U5 FASTES, tradition noattlk par H. J.

Ffartelec. 541

LmxL , ,. ibid.

Lira 1 558

laran 578

LmiIY * » 59»

ImiT 631

Lma Yl 65g

lh4M.es Fastes 657

LES TRISTES, tndactfea nouvelle par M. Charles

Hkard. 664

LITOL > Ibid.

Lirai H 679

Lirai IH 692

Lirai IY 744

Lirai T. 787

Us*** des Triste* , 744

LES PGNTrQCES, traduction noavelle par le

•*««. 754

Lmel Ibid.

Lettre *«, kBmtn* Ibid.

Uttre IL à Maxime 755

Lettre m. à R«fia 756

LetirelY, a M femme 758

Lettre T, à Maxime 760

Leere VI, a Graednns 763

Lettre VU, à Mesnllimu 763

Lettre Ym, a Sérère 765

Lettre IX, à Maxime 766

Lettre X, à Flaccu* 768

Lnrai II 770

Lettre I", a Germanicos César Ibid.

Lettre n. a Nessall ions 774

Leure m. a Maxime 774

Lettre IY, | Attiras 777

LaireV, àSalanos Ibid.

Lettre YI, à Gnecintu 779

Lettre TH. a Atticos 780

Lettre YII1, s Maxime CotU 78*

Lettre IX, sa rot Goty* 784

DES MATIERES.

fifVi.

Lettre X, iMacer *........„... 7M

LettreXl»llul........... .......... 787

LIYRBUI ................... 788

Lettre" l m 91 m femme ........... Ibid.

Lettre II, à Gotta. . 792

LeHremaiFayniMaElnuii 794

Lettre 1T, iBuflo... ........ 797

Lettre Y. 1 Maxime Colla..................... 799

Lettre VI,. un ami........ 800

Lettre ¥11.1 tes amis. 802

Lettre ¥111» 1 Maxime....................... 805

Lettre IX, I Bruina. Ibid.

LITRX IV..... 80S

Lettre l*i Scims-Pompée Ibid.

Lettre Mf i Sévère...., 807

Lettre III, i un «mi lofons tant. ...••••.•••••••• 808

LettrcIY, 1 SeMus-Pompée. 809

LettreV>ao mime, 810

Lettre ¥1» a Bralns 812

LettreVII, 1 Vertalia.. 818

Lettre VBI, i Snillioa.... 814

Lettre IX, à Greciooi 810

Lettre X, i Albinoraniif 819

Lettre Xït i Gallon 821

Lettre XII, I Tutlcanua. 812

Lettre XIII, i Carus. 823

LettreXIV, à Tuticanus. 824

LettreXV» il Seitus-Pompée 82S

Lettre XVI, i un envleum, 827

Notes des Pontiqoes ............'...... 829

CONSOLATION à LÏVlE-AUGUSTAf sur lamort

de Drnsns-Néron, Sun fils j traduction nouvelle

par le même............................. 853

Noter de la Consolation i Livle. 844

L'IBIS, traduction nouvelle par le même 845

Noter de l 9 lbia. 810

LE NOVE1 » traduction nouvelle par le mime*... 861

Noter du Noyer 8T0

ÉPIG1AMMES sur 1er Amours et 1er Métamorpherer..

871


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omises ici volontairement.


cooooooooooocooooooooaocMOttOTSQgoattOTOooogooao

LETTRE PREMIÈRE.

A BBUTUS.

LES PONTIQUES.

Ovide, déjà vieil habitant de Tomes (1), t'envoie

cet ouvragedesbordsgétiques (2). Accorde,

6 Brutus(3), si tu en asle temps, l'hospitalité à ces

livres étrangers; ouvre-leur un asile, n'importe

lequel, pourvu qu'ils en aient un. Ils n'osent se

présenter à la porte des monuments publics (4),

de crainte que le nom de leur auteur ne leur en

ferme l'entrée. Ah ! combien de fois, pourtant,

me suis-je écrié: t Non, assurément, vous n'enseignez

rien de honteux ; allez, les chastes vers

oot accès en ces lieux. > Cependant ils n'osent

en approcher; et comme tu le vois toi-même,

ils croient leur retraite plus sure sous quelque

toit domestique. Mais où les placer, me dirastu

, sans que leur vue n'offusque personne? Au

EP1STOU PRIMA.

BROTO.

pfeso , TomiUne jatn non novu» incola terre,

Hoc libi de Getieo litore mittit opus :

Si rmeat, hospitio peregrinoa, Broie, libelles

Exeipc, dumqae aliquo, quolibet abde looo.

Pnhlicm non andent inter monument» venire,

Ne moi hoc illis clament anctor iter.

th ! quotiea dixi : Cerle nil tnrpe docelis !

f te ; patet CMù» versibus ille locus.

Von taajeo accédant : »ed, ut adspicis ipw, later*

Saab !»•«* prhrtto tatiui eue puttnt.

LIVRE PREMIER.

lieu où était Y Art d'aimer, et qui est libre

aujourd'hui. Surpris de l'arrivée de ces nouveaux

hôtes, peut-être voudras-tu en savoir la

cause. Reçois-les tels qu'ils sont, pourvu qu'ils

ne soient pas l'Amour. Si leur titre éveille moins

de souvenirs lugubres, ils ne sont pas moins

tristes, tu le verras, que leurs devanciers. Le

fond en est le même, le titre seul diffère, et

chaque lettre indique, sans nul déguisement, le

mon de celui à qui elle s'adresse. Le procédé

vous déplaît, à vous, sans doute; mais vous n'y

pouvez que faire, et, malgré vous, ma muse

courtoise veut vous visiter. Quels que soient

ces vers, joins les à mes œuvres; fils d'un

exilé , rien ne les empêche, s'ils ne blessent

pas les lois, de jouir du droit de cité. Tu n'as rien

a craindre; on litles écrits d'Antoine (• ;), et toutes

les bibliothèques renfermeni ceux du savant (6)

firuius. Je ne suis pas assez tou pour me coui-

Quajris, ubî boa ponis nollo compoaere bxtof

Qaa steterant artea, para vacal tila libi.

Quid ventant, noTitate rogea fartasse aub ipaa :

Aeripe, qnodcomqoe eat, duminodo non ail am«r.

Invenies, quamvis non est miserabilis index ,

Non minus boe illo triite , quod anlededi :

Rébus idem , titolo diflert ; et epistoU eui ait

Non occulta to nomine misas, docet.

Née vos hoc vultis, sed nec probiWre poiesUs ;

Musaqne ad invilos ofBcioaa veait.

Quicquid id est, adjnnge meis : nihil impedit ortos

Euule, serratis legibus, urbe frui.

Quod raetuas non est : Anton! aeripta legootor;

Doetot et in premta icrinja Brataa habet. S4


m

OVIDE.

parer a de si grands noms; et pourtant je n'ai

point porté les armes contre les dieux. 11

n'est pas un de mes livres dans lequel j'aie

manqué d'honorer César, bien que César ne le

demande pas. Si l'auteur te semble suspect,

reçois au moins les louanges des dieux: efface

mon nom, et ne prends que mes vers. Une

branche d'o'ivier, symbole de la paix, suffit

pour nous protéger au milieu du combat; ne

serait-ce donc rien pour mes livres d'invoquer

le nom de l'auteur même de la paix? Énée,

portant son vieux père, vit, dit-on, s'ouvrir

les flammes devant lui ; mon livre porte le nom

du petit-fils d'Énée, et tous les chemins ne lui

seraient pas ouverts? Auguste est le père de la

patrie, Anchise n'était que le père d'Enée. Qui

oserait chasser du seuil de sa maison l'Égyptien

armé du sistre bruyant? Qui pourrait

refuser quelques deniers à celui qui joue du

fifre ou du clairon devant la mère des dieux?

Nous savons que Diane n'exige pas de pareils

égards pour ses prêtres (7) ; cependant le devin

a toujours de quoi vivre. Ce sont les dieux euxmêmes

qui touchent nos cœurs ; et il n'y a pas

de honte à céder à cette pieuse crédulité. Pour

moi, au lieu du fifre et de la flûte de Phrygie,

je porte le grand nom du descendant d'Iule.

Je prédis l'avenir et j'instruis les mortels;

place donc à celui qui porte les choses saintes !

Je le demande, non pour moi, mais pour un

dieu puissant; et parce que j'ai mérité ou

Née me nominibus fariosus confero tint» :

Ssm Deos contra non tamen arma toli.

Deniqoe Caesareo, quod non desiderat ipse,

Non caret e nostris ullus honore liber.

Si «Jubilas de me, laudes adinitte Deorum ;

Et cartnen demto nomine «urne menai.

Adjurât in bello parafe ramns olive} :

Proderit auctorem pacis habere nihilT

Quum foret JEness cervix subjecta parenti,

Dicitar ipsa viro flamma dédisse viam.

Fert liber Ataeaden : et non iter omne patèbil?

At patrie paler hic; ipsiua ille fuit.

Ecquis iU est andax, ni liinine cogat abiro

Jactantem Pharia tinnula sistra manu?

Ante Deûm malrem cornu tibicen adunco

Quum caoit, exigus quis stipis sera negel?

Seîmus ab imperio fleri nil taie Diana: ;

Dnde tamen rivât vaticinalor habet.

Ipsa movent animos Superorum oumina nostrot ;

Tnrpe née est tali credulitate capi.

En ego, pro sistro, Phrygiique foramine Luii,

Gentia Inlen nomina sancta fero :

^iaioor moneoqac 5 locum date sacra fcrenti :

trop ressenti sa colère, ne croyez pas qu'il

refuse aujourd'hui mes hommages. Aprèsavoir

outragé la déesse Isis,j'ai vu plus d'an sacrilège

repentant s'asseoir au pied de ses autels,

et un autre, privé de la vue (8) pour la même

faute, parcourir les rues et crier que soncUtiment

était mérité. Les dieux entendent awc

joie de pareils aveux; ils les regardent comme

des preuves manifestes delà puissance dhiae.

Souvent ils adoucissent les peines, souvent h

rendent la lumière aux aveugles* lorsqu'il» oot

témoigné un sincère repentir. Helas! moi

aussi, je me repens; si l'on doit ajouter foiaox

paroles d'un malheureux, je me repens,et

mon cœur se déchire au souvenir de ma faute.

J'en suis puni par l'exil» mais je souffre plus

de cette faute que de mon exil. Il est monn

pénible de subir sa peine que de l'avoir

méritée. En vain les dieux, et, parmi eux, celui

qui est visible aux yeux des mortels, tondraient-ils

m'absoudre, ils peuvent abréger

mon supplice, mais le souvenir de mon crime

sera éternel. Oui, la mort, en me frappant,

mettra un terme à mon exil, mais la mort eue*

méme ne pourra faire que je n'aie pas été CM

pable. H n'est donc pas étonnant que mon iœe,

pareille à l'eau produite par la fontedes neiges,

s'amollisse et se fonde elle-même de doolear.

Comme les flancs d'un vieux navire sont mao

sourdement par les vers, commeIesrochensat

creusés par l'eau salée de l'Océan, comme h

Non mihi, sed magno poscitor ille Deo.

Nec, quia Tel merni, vel sens! principis Irai»,

A nobis ipsam nolle put* te coli.

Yidi ego liniger» namen violasse fateotem

Istdis, Isiacos ante sedere focos :

Aller, ob buic similem privâtes lamine eulpaa,

Clamabat média, se mentisse, via.

Talia ariettes fiVri praeconia gaudrnt,

Ut, soa quid valeant numioa, teste probeat.

Saepe levant pœnas, ereptaque lamina reddaat,

Quum bene peccati pœnituisse vident.

Pcenilet, o 1 si quid miserorum creditur olli,

Pœnitet,et facto torqueor ipse meol

Qunmque sit exsilium, magis est mihi eolpa dolori;

Estque pati pœnas, quant mentisse, minus.

Ut mibi Df faveant, quibus est manifestior ipse,

Pœna potest demi, eulpa perennit erit.

Mors faciet certe, ne stm, quum venerit, exsol;

Ne non pecearim , mors qnoque non faciet.

Nil igitur mirum, si mens mihi tabida lacta

De nive manantis more liquescit aqaas.

Estor ut occulta vitiata teredJne navis;

/F.quorei scopulos nt cavat nnda salis ;


ouille mordante ronge le fer abandonné,

comme on livre renfermé est mangé par la

teigne; ainsi, mon oœnr est dévoré par des

chagrins inflexibles et dont il ne verra jamais U

fin. Oui, je mourrai avant mes remords, et

ma maux ne cesseront qu'après celui qui les

endure.

Si tes divinités, arbitres de mon sort, daignent

croire à mes paroles, peut-être ne seraije

pas jugé indigne de quelque soulagement,

et irai-je en d'autres lieux subir mon exil à

l'abri de l'arc des Scythes. 11 y aurait de l'impudence

à en demander davantage.

. LETTRE 11.

à MAXIME.

Maxime (4), ô toi qui es digne d'un si grand

nom, et dont la grandeur d'âme ajoute encore

à l'illustration de U naissance; toi pour

qui le sort voulut que, le jour où tombèrent

trois cents Fabius, un seul leur survécût et devint

la souche de la famille dont tu devais être

plus tard un rejeton ; Maxime, peutétre demanderas-tu

d'où vient cette lettre; tu voudras

savoir qui s'adresse à toi. Que ferai-je, hélas!

Je crains qu'à la vue démon nom, tu ne fronces

le sourcil et ne lises le reste avec répugnance;

et si l'on voyait ces vers, oserai-je avouer que

Boiitur utsoabra positum rubigine forum,

Coaditat at Une* carpitur oreiiber;

S* net perpetoM eartram pectom monai,

Fine quibue nullo eonfieiantur, habent.

Ne» priai ai mentent itimali, quant vit*, reluquent;

Qtùque dolet , eitiua, quant dolor, ipie cadet.

Hoe otiki si Saperi, quorum nom omaia, eredent,

Fortitanexigua dignus babebor ope;

tape locuin Seytbjeo •aeuum mutabor ab areu :

Plu» iato, duri, si preoar, oriaero.

UTISTOLA U.

MAXIMO.

Maiimo, qoi tanti menauram nominia impie*,

Et gemioM animi nobilitate genus;

Qui naaei ut posas», quamrie eeeidere treeenti,

Non ornoM Fabioa abstulit un* dies ;

Foniuo bac a quo mittatur epittola quart»,

Quiqua loquar tecum, cerlior eue relia.

Hei oiihi I quid faeiam ? vereor, ne nomioe leeto

Durât, et averaa estera mente legaa.

Viderit bec ai quia } tibi me acriptUae fateri

T. rv.

LES P0NT1QUES. i;>:>

je t'ai écrit, et que j'ai versé bien des larmes

sur mon infortune? Qu'on les voie donc ! Oui,

je l'oserai, j'avouerai que je t'ai écrit, pour

1 l'apprendre de quelle manière j'expie ma'

bute. Je méritais, sans doute, un grand châtiment;

je ne pouvais, toutefois, en souffrir

un plus rigoureux.

Je vis entouré d'ennemis et au sein des dangers,

comme si, en perdant ma patrie, j'avais

aussi perdu la tranquillité. Les peuples chez

lesquels j'habite, pour rendre leurs blessures

doublement mortelles, trempent leurs flèches

dans du fiel de vipère. Ainsi armés, les cavaliers

rôdent autour des remparts épouvantés, comme

les loups autour des bergeries. Une fois

qu'ils ont bandé leurs arcs, dont les cordes sont

faites avec les nerfs du cheval, ces arcs demeurent

ainsi tendus sans se relâcher jamais. l*es

maisons sont hérissées comme d'une palissade de

flèches; les portes solidement verrouillées peuvent

à peine résister aux assauts. Ajoute à

cela le sombre aspect d'un pays sans arbres

ni verdure, où l'hiver succède à l'hiver sans

interruption. Voilà le quatrième que j'y passe,

luttant contre le froid, contre les flèches, et

contre ma destinée. Mes larmes ne tarissent que

lorsqu'une sorte d'insensibilité vient en sus*

pendre le cours, et que mon cœur est plongé

dans un eut léthargique, semblable à la mort.

Heureuse Niobé, qui, témoin de Uni de morts,

perdit le sentiment de sa douleur, et fut chan-

Audebo, et propriu ingemuitw malie.

Yiderit; audebo Ubi me aeripaîtae fateri,

Atque modum eulpai notifleare mes*.

Qui, quum me pana dignum graviore fuiaaa

Confitear, poatum m graTÎora patt.

Hoatibusin mediis, interque perieula versor;

TaDquam cum palria pas sit ademta mibi :

Qui, mortia MBVO gemiueol ut vulnere eauaaa,

Omnia yipereo spicula Celle lin uni :

Hia equea inttruetus perterrita mania luttrat,

More lupi clauses eireueuntis ovea.

At semai intentus nervo letie areus equino,

Vineula semper babens irresoluta, tnaoat.

Tecta rigent fiais ?elu(i rsUala aagittis,

Portaque •« finna submovet arma sera.

Adde loei faâem, née fronde, nec arbore I*ti,

Et quod inersbyemi eootinuatur bvemt.

Bie me pugnantem eum frigore, cumque eagiUis,

Cumqua meo fat», quarta latigat hyems.

Finecarant laeryme), niai quum ttupor obstilit tllù,

Et similis morti peetora torpor babet.

Feticem Nioben, quamvis tôt funera vidit,

Que posuitsensum, saseafacta, malt! SI

40


734

OVIDE.

j/ceen rocher 1 . Heureuses aussi, vous dont la

voix plaintive redemandait un frère, et qui

fûtes métamorphosées en peupliers. Et moi, je

ne puis ainsi revêtir la forme d'un arbre; je

voudrais en vain devenir un bloc de pierre;

duse viendrait s'offrir à mes regards, Méduse

elle-même serait sans pouvoir.

Je ne vis que pour alimenter une douleur

éternelle, et je sens qu'à la longue elle devient

plus pénétrante : ainsi le foie vivace et toujours

renaissant de Tityus ne périt jamais, afin

qu'il puisse être toujours dévoré.

Mais lorsque l'heure du repos a sonné, lersqu'arrive

le sommeil, ce remède ordinaire de

nos inquiétudes, la nuit, je pense, donnera

quelque relâche à mes maux habituels ; vain

espoir! des songes épouvantables m'offrent l'image

de mes infortunes réelles, et mes sens

Veillent pour me tourmenter. Tantôt je rêve

que j'esquive les flèches des Sarmates, ou que

j'abandonne à leurs chaînes mes mains captivée;

tantôt, lorsqu'un songe plus heureux

vient m'abuser, je crois voir à Rome mes foyers

solitaires! Je m'entretiens tantôt avec vous,

mes amis, que j'ai tant aimés, tantôt avec mon

épouse adorée; ainsi, après avoir passé quelques

courts instanu d'un bonheur imaginaire,

le souvenir de cette jouissance fugitive aggrave

encore la vivacité de mes maux, et. soit

que le jour se lève sur cette terre malheureuse,

-toil que la nuit pousse devant elle ses chevaux

VM quoque feliees, quarum cUmantia fntnm

Cortice velavit populos on nove.

M* ego ram, lignum qui non admittar io ullum :

Ilie ego tum frustra qui lapis esse vrlim.

lpsa Méduse oeulis veniat licet obvia ooatris,

AmitUt viras ipsa Médusa suas.

Vivimus, ut sensu nunquam eareamus amaro;

El gravier longs fit mes pana mon.

Sic inconsumtum Tityi, semperque reoasccaa,

Non périt, ut posait sepe perire, jecur.

At, puto, quum requies, medirinaque public!

Somnus adest, solitis nos veait orba malts :

Somma me terrent veroa ùnitantia casus;

Etvigila tseususin mea damna mei.

Aut ego Sarmaticas videor vitsre sagiltas,

A ut dare captivas ad fera vincla suanus :

Aut, ubi decipior melioria imagine soroni,

Adspicio patrie tecta relicta jneae :

Et modo vobiscum, quos su m veneratus, amiei,

Et modo cuni cara ronjuge, inulla loquor.

Ik, ubipercepta est lireus et non veta voluptés,

" - Pejor ab adouci tu lit status iste boni.

couverts de frimas, mon âme, soumise à Fiafluence

délétère d'un chagrin incessant,se fond

comme la cire nouvelle an contact du fee. Souvent

j'appelle la mort; puis, au même instant,

je la supplie de m'épargner, afin que le ni

des Sarmates ne soit pas le dépositaire de ma

os. Quand je songe à la clémence infinie d'A*

guste, je pense obtenir un jour, après mon

naufrage, un port plus tranquille ; mais quand

je considère l'acharnement de b fortune qui

me persécute, tout mon être se brise, et mes

timides espérances, vaincues par une force supérieure,

s'évanouissenu Cependant je n'opère

et je ne sollicite rien de plus que de pouvoir

changer d'exil, quelque rigoureux qu'il dût

être encore.

Telle est la faveur, ou bien il n'en est plus

pour moi, que j'attends de ton crédit, et que

tu peux essayer de m'obtenir sans compromettre

ta discrétion; toi, la gloire de l'éloquence

romaine [% 6 Maxime, prête a me

cause difficile ton bienveillant patronage. Oui,

je l'avoue, ma cause est mauvaise; mais, silp

t'en fais l'avocat, elle deviendra bonne; dis seulement

quelques paroles de pitié en faveur du

pauvreexilé. César ne sait pas (bien qu'un dira

sache tout) quelle existence on mène dans «

coin reculé du monde ; de plus graves «oscis

préoccupent ses hautes pensées, et l'int**

que je voudrais lui inspirer est au-dessous de

son ame céleste. 11 n'a pas le loisir de s'infor-

Sive diesigitur capot boe miaerabile eemit,

Sive pruioosi noctis aguotur «qui ;

Sic mea perpetuis liquefiuut pectora euris,

Ignibus admotis ut nova ccra liqueL

Sepe precor mortem; mortem qooque deprecorisas,

Ne mea Sarmaticum oontegat osss aoluni.

Quum subit Augusti que ait démentis, credo

Mollia Mufrsgiis litors poste dari.

Quum video quam sint mea fata tenacia, frsngor;

Spesque levis, magno victa timoré, cadit.

Nec tamen ulterios quidqaatn sperove, precorre,

Quam maie mutato posse carerelooo.

Aut hoc, aut nihil est, pro me tentare modeste

Gratis quod salvo vestra pudore qoeat

Suscipe, Romane Eacuodia , Maxime, lingua),

DifBrilis causa» mite patrociniom.

Est mala, confiteor ; «ed te bons fietagents:

Lenia pro misera fae modo Terba fuga.

Nescit enim Cessr, quamvis Deus omnia norit,

Ultimes hic qua sit conditione locot :

Magna Iraent illud rerum molimina nomen;

Hec est cœlesti pectore cara minor. '•


mer dans quelle région se trouve Tomes; a

peine ce heu est-H connu des Gètes, ses voisins.

Il ne 8*mqoièie pas de ce que font les Sarmates

et les belliqueux Jasyges, et les habitants

de cette Chersooè&e-Tauriqne, si chère à la

déesse enlevée par Or este (3), et ces autres nations

qui» tandis que l'ister est enchaîné par les

froidsde l'hiver, lancent leurs coursiers rapides

sur Je dos glacé des fleuves. La plupart de ces

peuples, o Rome, ô ma belle patrie, ne s'occupent

pas davantage de toi; ils ne redoutent

pas lès armes des fils de l'Ausonie; ils sont

pleins de confiance dans leurs arcs, dans leurs

carquois bien fournis, dans leurs chevaux accoutumés

aux courses les plus longues; ils ont

appris à supporter longtemps la soif et la faim ;

ils savent que l'eau manquerait, pour se désaltérer,

à l'ennemi qui les poursuivrait. Mon,

César, ce dieu dément, ne m'eût jamais, dans

sa colère, relégué au fond de cette terre maudite

s'il l'eût bien connue; il ne peut se réjouir

qa'an Romain, que moi surtout, à qui il a fait

grâce de la vie, soit opprimé par l'ennemi;

d'un signe il pouvait me perdre, il ne l'a pas

voulu ; est-il besoin qu'un Gète soit plus impitoyable?

De reste, je n'avais rien tait pour mériter la

mort, et Auguste peut être maintenant moins

irtâé coure moi qu'il ne le fut d'abord ; alors

même, ce qu'il a fût, je l'ai contraint de le

mire, et le résolut de sa colère ne surpassa

Nee vaat, m qui sut poriti rrgioM TomiUt,

Qaatrere, fioitimo m loca Dota GeUaj

A ut quid Seoromata faeiant, qnid lacygea acre»,

Coltaqae Oreeteei Tturica terra Dec ;

Qoasque alie» gentea, ubi frigore constttit Uter,

Dora meaot céleri terga per amnis equo.

Ifaùma para homioum neo te, pulcherrimagarant,

Roma , née Atuonii militia arma liment.

Dant aaimoa areoa illis pleocque pharetra»,

Qoamqoe libet longia caraibua aptus eqnoa :

Qoodqne «tira didicere dia tolerare fainemqoe,

Quodqae aeqaena nnllaa hoetia habebit aquaa.

IraDdmhia non meaaisisaetfa istam,

Si aatis ace illi nota foiaaet, humum.

Née me, née qaemquajs Romamun gaudet ak fceete,

Meqne minoa, vitam où dedH ipea, preroi.

Nolnit, at poierat, minimo ma perderenata.

Nil opoa cet allia in mea tatafietia.

8ed aeqoe, ear morerer, qaidqaam mihi oomperit actam;

Née miaoa infeetna, quoi fuit, «M polaat.

T«m qooque nil fccit, niai qood facere ipaa coegi,

Pasoe etiam merito pareior ira meo.

Dl faeiant igitar, qaorani mitwioow ipae eet,

LES P0NT1QUES. 7X>

point mon offense. Fassent doncles dieux, dont

il est le plus dément, que la terre bienfaisante

ne produise rien de plus grand que César, que

les destinées de l'empire reposent encore longtemps

sur lui, et qu'elles passent de ses mains

dans celles de sa postérité ! Quant à toi, Maxime,

implore, en faveur de mes larmes, la pitié

d'un juge dont j'ai connu moi-même toute la

douceur; ne demande pas que je sois bien,

mais mal et plus en sûreté; que mon exil soit

éloigné d'un ennemi cruel, et que l'épée du

Gète sauvage ne m'arrache pas une vie que m'a

laissée la démence des dieux; qu'enfin, si je

meurs, mes restes soient confiés à une terre

plus paisible, et ne soient pas presses par la

terre de Scythie; que ma cendre, mal inhumée

(comme est digne de l'être celle d'un proscrit),

ne soit pas foulée aux pieds des chevaux

de Thrace; et si, après la mort, il reste quelque

sentiment, que l'ombre d'un Sarmate ne

vienne pas épouvanter mes mânes. Ces raisons,

6 Maxime, pourraient, en passant par ta bouche,

attendrir le cœur de César, si d'abord tu

en étais touché toi-même. Que ta voix donc, je

t'en supplie, que cette voix toujours consacrée

à la défense des accusés tremblants, calme

l'inflexibilité d'Auguste ; que ta parole, ordinairement

si douce et si éloquente, fléchisse le

cœur d'un prince égal aux dieux. Ce n'est pas

Théromédon, ce n'est pas le sanglant Atrée,

ni ce roi qui nourrit ses chevaux de chair hu-

Aima nibil majot Caxare terra ferat.

Utqoe dia aab eo sit pabliea aareina rerum,

Perqae manus hujui tradiU gentis eat.

At ta tam plaeido, quant sot qaoqae teatimaa iluuaj,

Judiee, prolacrymisora résolve mei*. . •

Non petito, at bene sit, aed uti maie tajtins; Utqaa.

Extiliam wevo dislet ab hotte meum :

Qaamqae dedere mihi pressentie oumina vitam,

Non adùnat itrieto •quallidoe ente Getea.

Deniqoe, ai moriar, aubeant pacatioa errant

Oeia, née a Scytbica noatra premantar homo :

Née maie compoaitoe, at acUieet eirale dignomf

Biatonii cinere» uagnla palaet eqai :

Et M, ai aapareat aliqaid poat fanera sensu*,

Terreat hic manea Sarmati* ombra meoa.

Caearia ha» aniraam poterant aodita movere,

Maxime, moviseent ai tameo acte tuqm.

Vos, prêter, Aogattat pro me toa molliat aarea,

Aosflio trepidia qui aokt eaae raja :

Adeoctaque tibi docta daloedina Hngoa

vEqoandi Saperia pectora flecte viri.

Non Ubi Tberomedon, erudaro rogabitur Atrtoi,

Quiqoe toi* hominea palmla fccit equis : 4 £

48.


756

inameqne tu fis implorer, mais ni prince lent

à punir» prompt à récompenser» qui gémit

claque fois qu'il est obligé d'user de rigueur»

qui ne vainquit jamais qu'afin de pouvoir

pardonner aui vaincus, qui ferma pour

toujours les portes de la guerre civile 9 qui

réprima les fautes plutôt par la -crainte du châtiment

que par le châtiment lui-même» et dont

la mainf peu prodîguede vengeances» ne lance

qu'à regret la foudre. Toi donc» que je charge

de plaider ma couse devant un juge si clément»

demande'lui qu'il rapproche de ma patrie le

lieu de mon exil. Je suis cet ami fidèle qui ve-

©ait» aux jours de*fétef s'asseoir à ta table»

parmi tes convives ; qui chanta ton hjroen-devant

les torches nuptiales» et le célébra par des

•ers dignes de ta couche fortunée; dont tu

avais» H m 9 en souvient, l'habitude de louer les

écrits, excepté, toutefois» ceux qui furent si

Émettes à leur auteur; que tu prenais quelque*

fois pour juge des tiens» et qui les admirait;

je suis» enfin» celui qui épousa une femme de ta

famille. Celte femme» Marcia (4) en fait Téloge;

elle Ta aimée dès sa plus tendre enfonce^

et Ta toujours comptée au nombre de ses compagnes.

Auparavant» elle avait joui du même privilège

près d'une tante maternelle de César (5);

la femme» ainsi jugée par de pareilles femmes»

est vraiment'vertueuse ; Claudia elle-même»

qui valait mieux que su réputation» louée par

eles9 n'eût pas eu besoin du secours des dieux.

Sdl piger ad pœnas prlncepa , ad promit •tint y

Unique «lolet, quotiet eogltur esse feroi :

§oi ficit leinptr» victis ni parcere poaaet,

Omit et êtera* cttica bella sera ;

Nnlta meta powe » posna qui pauci ooe«et; '

Et jttclit invita fulmina rara maou.

Ërg© v tam plaàdaa orator misim ad aorte.

Cl proplor patriœ lit fuga iioitra } roga.

Me ego 111111, qui le colut ; queni feita sulebat

loter coûtifas mensa tidere tooa :

llleego, qui duii festros Hymeiiœon ad ignés,

Et cectni tausto carniina digua toro :

Cojus te aolitum ineininï laudare liaellos,

Eieeplia domino qui noruere suo.

Cui tua nonnunqiiam iniraiiti scripta legebas 9

111c ego , de testra cui data nupta douio.

Hanc pmbat, et primo dilectam semper ab «?o

Eat in 1er comités ilarcia oensa suas ;

loque auis la bu il mqjertera Cœsaris aille f

4juarufli judicio ii qua probita , proba est.

Ipsa ses melior fa ma f laudantibus istis,

Claudia di?ioa no» eguisset ope.

Noa ^ucique prapteriloi sine labe peregimus an nos :

OVIDE.

Et moi aussi j'avais passé dans rfanocence

mes premières années; les dernières selles

demandent qu'on les oublie. Mais ne parlons

pas de moi : ma femme doit foire toute tt

sollicitude» et tu ne peux» sans manquer i

Thonneur» la lui refuser; elle a recours I toi;

elle embrasse tes autels» car il est bien juste à

se recommander aux dieux qu'on a tonjovs

honorés; elle te conjure» en pleurait» d'intercéder

pour son époux» de iéefair César» ettTobtenir

de iui f ue mes cendres reposât près

d'elle.

LETT1E m.

A Runzi,

ftufin » Ovide ton ami f si toutefois m mal*

heureux peut être l'ami de quelqu'un » Onde

te salue. Les consolations que j*at repes «te

toi dernièrement» au sriliea de mes chagrin»

ont ranimé mon courage^t mon «permet. De

même que le héros fils de Peu sentît* après

que Machaon feut guéri de si blessure» h

puissance de la médecine : ainsi moi dont ftee

était abattue» qui souffrais d f une blessure aor»

telle» j 9 ti recouvré quelques forces en liait

tes conseils. Falkis mourir» et tes paroles BW

rendu à la vie» comme le irin rend au poils h

mouvement* Toutefois» malgré ton doqMee,

je ne me sens pointasse! complètement raflerai

Proiïma pan ?ii» transHienli me».

SeJ de me ut sileant Y conjut mea stràna w^m cA:

Non potet banc aalea disaiiniilare &im.

Confugil hase, ad wm ; teatras ampleutitur ma :

Jure ?enit cuitot ad aibi quisque Beoe.

Flensque rogat , .predbus leoiio Castro Tettris f

Busta sui tant ut propiora ?iri»

EPISTDLA III.

Hane tibi Maso tuus rnhtit, Rufine, salâtes ,

Qui miser est, ulti si suus ess« pote&i.

Reddita eonfusic nupr stilatia menti

Auiilium itostris apemque tulerr malts

Utque Macbaoniia fteautius arlibus ler*#

Lenito iiiedicam vwlnere sensit cipem ;

Sic ego mente j a cens , etarerbo saucius tel»

Admonitu ccepi fortior esse luo ;

Et jain deliciens, sic ad tua rerba reriti,

Ut solet îufuso ?ena redire mero.

Non Umeu exhibtiît tantes hcoadia tût*)


LES P0NT1QUES. m

pour que je me croie guéri. Quelque chose que meilleur que Rome ? quoi de pire que les riva­

ta Aies de cet abtme de chagrins dans lequel ges de Scyihie? et cependant le barbare quitte

je suis plongé, tu n'en diminueras pas le nom­ Rome en toute hâte, pour revenir ici. Si Me»

bre. Peut-être qu'à la longue le temps cicatri­ qu'elle sok dans une cage, la fille de Panser»

ma blessure; mais la plaie qui saigne dion, aspire toujours à revoir ses forêts.

encore frémit sous la main qui la touche. Il Malgré leur instinct sauvage, le taureau cher*

n'est pas toujours au pouvoir du médecin de che les vallons boisés où il a coutume de paître,

guérir son malade; le mal est quelquefois plus et le bon, l'antre qui lui sert de retraite.

fort que la science. Tu sais que le sang que Et tu espères que les soucis qui me rongeât

rejette un poumon délicat est l'avant-coureur le cœur dans l'exil seront dissipés par tes

de la mort. Le dieu d'Épidaure lui-même ap- consolations! O vous, mes amis, soyez donc

porteraitses végétaux sacrés, queleurssucs ne moins dignes de ma tendresse, et je serai

guériraient pas les blessures du cœur. La peut-être moins affligé de vous avoir perdus.

médecine est impuissante contre les maux de Sans doute que, banni de la terre qui m'a m

la goutte, impuissante contre l'horreur qu'é­ naître, j'ai trouvé une retraite dans quelque

prouvent certains malades à la vue de l'eau. pays habité par des hommes. Mais non : re­

Quelquefois aussi le chagrin est incurable, silégué aux extrémités du monde, je languis sur

non, il ne perd de son intensité qu'avec le une plage abandonnée, dans une contrée ense­

temps. Quand tes avis eurent fortifié mon couvelie sous des neiges éternelles. Ici, dans les

rage , et communiqué à mon âme toute l'éner­ campagnes, ne croissent ni la vigne ni aucun

gie de la tienne, l'amour de la patrie, plus fort arbre fruitier; le saule n'y verdit point sur le

que toutes les raisons, détruisit l'œuvre de tes bord des fleuves, ni le chêne sur les montagnes.

conseils. Que ce soit piété, que ce soit faiblesse, La mer ne mérite pas plus d'éloges que la ter­

j'avoue que le malheur éveille en moi une senre : toujours privés du soleil et toujours irrités,

sibilité excessive. La froide raison d'Ulysse les flou y sont le jouet de tempêtes furieuses.

n'est pas douteuse, et cependant le plus grand De quelque côté que vous portiez les regards,

désir du roi d'Ithaque était d'apercevoir la vous ne voyez que des plaines sans culture, et

fun.ée du foyer paternel. Je ne sais quels char­ de vastes terrains sans maîtres. A droite et à

mes possède le sol natal pour nous captiver, et gauche nous presse un ennemi redoutable,

mous empêcher de l'oublier jamais. Quoi de • dont le voisinage est une cause de terreurs cou-

Ut mea tiut dictia pectort sana tau.

Ut multum nostre demasde gurgite cars,

Non minus exhausto, quod superabit, erit.

Tempore ducetur Iongo fortassr cicatrix :

Horrcnt admôtas vulnera cruda manns.

IHoo est in medico semper, relevetur ut ssger :

Interdum docta plut valet arte malum.

Ornis ut e molli languis pulmone remissns

Ad Stjgtaa certo limite ducat aquas.

Adferat ipae licet sacras Epidauriua barbas,

Sanebit nulla vulnera cordis ope.

Toi 1ère nodosam neseit niedieina podagram,

Née formidatis auxiliatur aquis.

Cun quoqoe interdum nulla mcdicabilis arte ;

Aut, ut ait, longs est txtenuanda mon.

Quant bene Armeront animum précepte jacentem ,

Sumtaque sunt nobis pectoris arma toi ;

Jxurtos amor patriai, ratione valentior omni,

Quod tua teiuerunt scripta, retexitopos.

£$ive pium vis hoc, sive hoc muliebre voeari,

Conlteor miaero molle cor esse mihi.

pi«Mi dubia est lUuci prodentia ; sed tamen optât

Famurn de pttriis posse videra foeis.

Nescio qua natale sotan duleedine capta»

Ducit, et immemorea non sinit eeae rai.

Quid malins Roma? Sevthieo quid litore pejvar

Hue Umen ex illa barbants urbe fngit.

Quum bene sit clauses cave* Pandione uate»,

Nititur in eilvas illa redire suas.

Adsoetos Uuri saltus, adaueta leonea,

Née feritas illoa impedit, entra pétant.

Tu Umen, exsilii morsus e peetore nœtre

Fomenlis speras etdere poase luis.

EfBoe, vos ipsi ne tam mihi sitis amandi,

Talibus ut levius sit raruisae maleun.

At, pulo, qua fueram grnitua, tellure eareati ,

In tamen humuno aootigit esse loeen

Orbis in extremi jaeco desertus arenis,

Fert ubi perpétuas obruta terra nives.

Non ager kic pomum, non dulces edueat nvu ;

Non saJiees ripa , robora monte virant

Nvve freturo terra laudes megis; «qnon setoper

Ventoreni rabie, solibos orba, tument.

Quoeumqn* adspieias, campi eultore tarantes,

Vastaqae, qu» nemo vindket, arva jawnt.

Ilwtis ade»t, dextra lavaqu* a parte thoendo»;


7à8 OVIDE.

tinuelles. D'une pirtt on est eiposé aui pkpes

desBistoniens (1) ; de l'autre « aux lèches des

Sarmates. Viens maintenant me citer l'exemple

de ces grands hommes de l'antiquité qui ont

supporté avec courage les revers de la fortune.

Admire l'héroïque fermeté de Rotilius (2) f qui

refuse la permission de rentrer dans sa patrie»

et continue de rester à Smyrnef et non dans le

Pont» ni sur une terre ennemie; à Smyrnef

préférable peut-être à tout autre séjour. Le

Cynique de Sinope ne s'affligea pas de vivre

loin de sa patrie; oui c f est toi, terre de Tâttîquef

qu'il avait choisie pour sa retraite. Le ils

de Wéoclès f dont l'épée repoussa l'armée des

Perses, subit son premier exil à argus. Chassé

d'Athènes 9 Aristide se réfugia à Lacédémcme;

et alors on ne pouvait dire laquelle de ces deux

villes l'emportait sur l'autre, Pairocle, après

un meurtre commis dans son enfance» quitta

Opontef alla en Thessalief et y devînt l'hôte

d f Achille. Exilé de l'Hémonie, le héros qui

guida le vaisseau sacré sur les mers de Colchide

se retira près des bords de la fontaine de

Pyrène (3). Le ils d'Agénor» Cadmus» abandonna

les murs de Sidon, pour fonder une vile

sous un ciel plusheureux. Tydée. banni de Calydon,

se rendit à la cour d'Adraste» et Teucer

trouva un asile sur une terre chérie de Vénus.

Pourquoi citerai-je encore les anciens Romains?

Alors l'exil n'allait jamais au-delà des limites

Viciuoque melu terre! utruntque lattis.

Altéra Blstoniai part est tensura sarissas,

Altéra Sa rut a tien spicula miss a manu.

1 nunc, et feterum nobit eiempla tirorum ,

Qui forti casom menti tulere, refer :

Et grate inagnanimi robur rairare Rutila,

Nûû uii reditys condilioue dalL

Sinjriia virant tenuit9 Don Pontut etbostiea teUut;

Pa»oe minus nullo Smyrita petenda loco.

NPIî dolttit patria Cynicua procul este Stnoptus j

Legitenim sedes, Attica terra, tuas ;

Arma Neoclides qui Persiea cooludit armis ,

Argolica primant sensit in urbe fugam :

Piilsut Arislides patria Lacedamooa fugit ;

Iiiter quas dubium y qum prior esset, ertt :

Cœde puer farta Patrœlus Opunta reliquit,

Thessaliainque adiit, hospes Aebîlîis, bumum :

Eisul ab Hœntonia Pirenida oetait ai uodam,

Quo duce Irabs Colcbas sacra eueurrit aquai :

Lirait âgenorides Sidonia mœnia Cadmus}

Poueret ut muros in meliore loco :

Venitad Adrastum Tydeus, Calydone fugatua;

El Teucrum Veneri grata rrcepit biimus.

Quid referait! Teteres Rontauœ gnttis, apiid quos

de Tibur. Quand je coopteras tons les bainist

je n'en trouverais aucun, et à aucune époque»

qu'on ait relégué aussi loin et dans in pays m

affreux. Que ta sagesse pardonne done à 11

douleur d'un infortuné qui preitesïpeiide tea

conseils. J'avoue cependant que si Fou poniaii

guérir mes blessures» tes conseils es aéraient

seuls capables; mais9 hélas! je crains bien que

tes nobles efforts ne soient inutiles t et


Meoonatire, tant est profonde l'empreinte des

ravages que le temps m'a fait subir. C'est sans

doute l'effet destinées, aussi bien que le ré*

sukatdea fatigues de l'esprit et d'un travail

continuel. Si l'on calculait mes années sur le

nombre des maux que j'ai soufferts, crois-moi,

le serais plus vieux que Nestor de Pylos. Vois

comme les travaux pénibles des champs brisent

le corps robuste des bœufs; et pourtant, quoi

de plus fort que le bœuf? La terre, dont le sein

est toujours fécond, s'épuise fatiguée de produire

sans cesse ; il périra, le coursier qu'on

fait lutter sans relâche dans les combats du

drque ; et le vaisseau dont les flancs toujours

humides ne se seront jamais aéchés sur la

grève, quelque solide qu'il soit d'ailleurs,

s/eotr'ouvrira au milieu des flots. C'est ainsi

qu'affaibli moi-même par une suite de maux infinis

, je me sens vieilli avant le temps. Si le repos

nourrit le corps, il est aussi l'aliment de

l'âme ; mais un travail immodéré les consume

l'un et l'autre. Vois combien la postérité

est prodigue d'éloges envers le 61s d'Eson (I),

parce qu'il est venu dans ces contrées. Mais ses

travaux, comparés aux miens, furent bien peu

de chose, si toutefois le grand nom du héros

n'étouffe pas la vérité. Il vient dans ce Pont,

envoyé par Pélias (2i, dont le pouvoir s'étendait

à peine jusqu'aux limites de la Thessalie ; ce qui

m'a perdu moi, c'est le courroux de César,

Coofitfor facere hase «naos : sed et «Itéra causa est,

Anûetas animi, continuusque labor.

Nain met per longos ai quia mata digérât annos,

Crede mihi Pylio Nestore major ero.

Cernia, ut in duria, et quid bove firmius? arris

Fortia taarorum oorpora fraogat opus.

Que nunquam vaeuo aolita est cessare novali,

Fructihua adsiduîs laaaa aeaeacit humus :

Qeddet, ad Circi ai quia certamina seuiper

Non intermissis cursibus ibit equus :

Firma ait illa licet, sol vêtu r io s?quore navis,

Quas nnnquam liquidis aicca carebitaquis.

Me quoque débilitât séries immensa maloram,

Ante meum tompus cogit et esse senem.

Otia corpus alunt ; animus quoque paaeitur illis :

lramodieua contra carpit utrumque labor.

Adspice, in has partes quod venerit JEsone natus,

Qoam laudem a sera posterilate fera t.

At labor illiua nostro leviorquo minorque,

Si modo non verum nomina magna premont.

Ille est in Pontum , Pelia mittente, profecloa,

Qui m Theasalis» flne timendus erat;

Canaris ira mini nocuit, quem Solia ab ortu

LES POETIQUES. 7â»

don,t le nom fait trembler f univers du couchant

à l'aurore (3). LHémonie est plus prés

que Rome de l'affreux pays du Pont; Jason eut

donc une roule moins longue à parcourir que

moi. 11 eut pour compagnons les premiers de la

Grèce; et tous mes amis m'abandonnèrent à mon

départ pour l'exil. J'ai franchi sur un fragile es*

quif l'immensité des mers; et lui voguait sur

un excellent navire. Je n'avais pas Tiphys pour

pilote; le fils d'Agénor n'était pas la pour

m'indiquer la route que je devais prendre ni

celle que je devais éviter. Jason marchait sous

l'égide de Pallas et de l'auguste Junon; nulle

divinité n'a protégé ma tête. 11 fut secondé par

les ressources ingénieuses de l'amour, par cette

science que je voudrais n'avoir jamais enseignée*

Il revint dans sa patrie, et moi je mourrai sur

cette terre, si la terrible colère d'un dieu que

j'ai offensé reste inflexible. Ainsi donc, 6 la

plus fidèle des épouses, mon fardeau est en effet

plus lourd à porter que celui du filsd'Éson.

Toi aussi, qu'à mon départ de Rome je laissai

jeune encore, l'idée de mes malheurs t'aura

sans doute vieillie. Oh! fassent les dieux que

je puisse te voir telle que tu es! que je puisse

déposer sur tes joues flétries de tendres baisers,

presser dans mes bras ton corps amaigri,

et dire : « C'est son inquiète sollicitude pour

moi qui l'a rendue si frêle ! » te raconter ensuite

mes souffrances, en mêlant mes larme*

Solis ad occasus utraque terra tremit.

Junctior Hœmonia est Ponto, quam Roroa ainistrc;

Et breùus , quam nos, ille peregit iter.

Ille babuit comités primos telluris Achiva»:

At nostram cuncti destituera fugam ;

Nos fragili vastum iigno sulcavimus asquor :

Que tulit /fiaoniden, firma carina fnit ;

Nec Tiphys mihi rector erat ; nec Agenore natus

Quaa srquercr, docuit, quas fugeremqnr, ries j

lllum tutala eat cum Pailade regia Juno :

Defendere meum numina nulle capot;

lllum furtive juvere cupidiois artes ,

Quas a me vellein non didiciaset Amor

Ille demum rediit ; nos his mariemur in arm,

Perstiterit Uni si gravis ira Dei.

Darius est igitur nostrum , fidissima eoojos,

Mo, quod sttbiit /Esone natus, onos.

Te quoque, quam juvenem discedens arba rdiqm,

Gredibile est noslris insenuisse malis.

0 ego, Dt faciant, lalem te eernere poasint,

Caraque mutatis oscola ferre genis ;

Arapleetique mais corpus non pingas iaeartia ;

Et, gracile boa faoit, dicara, cura mai : H


Î60

aux tiennes ; jouir encore d'un entretien que je

n'espérais plus, et, d'une main reconnaissante,

offrir aux Césars, à une épouse digne de César,

à ces dieux véritables, un encens mérité.

Puisse la colère du prince s'apaiser bienlot,

et la mère de Memnon, de sa bouche de

rose, m'annoncer enfin cette heureuse nouvelle

1

LETTRE V.

A MAXIME.

Cet Ovide, qui autrefois n'occupait point la

dernière place dans ton amitié, te prie, Maxime,

de lire ces vers : ne cherche point à y retrouver

mes inspirations premières, autrement tn

me semblerais avoir oublié mon exil. Tn vois

comme l'inaction énerve le corps engourdi,

comme l'eau condamnée i croupir finit par

s'altérer. Ainsi le peu d'habitude qne je pouvais

avoir acquise dans l'art de la poésie, je l'ai

presque perdue, faute d'exercice assidu. Ces

vers même que tu lis, crois-moi, ô Maxime, je

les écris avec regret et d'une main presque

rebelle; un tel soin n'est plus possible à mon

esprit, et ma mnse, effrayée par le Gète farouche,

ne répond plus à mon appel. Et cependant,

tu le vois, je m'efforce d'enfanter quelques

vers; mais ils sont aussi dura que mon

destin ; en les relisant, j'ai honte de les avoir

Il uarrare nie©» ftenti flens ipse labores ;

Speratouunquaiu colloquieque frui;

Tu raque Cacsaribus cum eoujuge Cawart digne ,

Dte terie, meinori débita ferrejuano I

Metnnouis iuac, uiinatn, lenito principe, mater

Quaui priniiun raaeo provooet ore diemt

EPISTOLA V.

MAXIMO.

111e tooa qnoodam non attirons inter ainicoa,

Ut tua verba ltgas, Maxime, Naao rogat :

In quibui ingenium deaiate requirere nostron,

Nescius exsilii oe rideare mei.

Gérais ut ignavum eorrumpant otia corpus y

Ot capiant ?ilium, ni moveantor, aquan

Et mihi, ii qais ertt, duceadi canninis usus

Déficit, estque minor factus inerte IIUI.

H»c quoqoe, qua legitis, si qoid mihi, Maxime, crédit,

Seribimus invita, vixque eoaeta , manu.

Non libet in taies animum eontendere curas,

N«c venit ad duras Musa voeata Gelas.

Itt tsmea ipte vides, luetor deducere versum ;

OVIDE.

composés; car moi, qui suis leur père, je at

juge et je vois que presque tous méritenieat

d'être effacés. Cependant je ne les retouche pa;

ce serait pour moi un travail plus fatigant qne

celui d'écrire, et mon esprit malade nestipporte

rien de pénible. Est-ce donc le moment de limer

mes vers, de contrôler chacune de ma

expressions? La fortune sans doute me tourmente

trop peu: faut-il encore que le Nil*

mêle aux eaux de I'Hèbre, et que l'Athoe coafotde

ses forêts à celles qui couvrent les Alpes?

Non, le cœur déchiré par sa cruelle blessure

a besoin de répit. Le bœuf soustrait sa tête a

joug qui t'a blessé.

Mais sans doute qu'il est pour moi des friiu

i recueillir, juste dédommagement de mes travaux.

Sans doute que te champ me rend la semence

avec usure; mais, hélas! rappelle-toi

tous mes ouvrages, et ta verras que, jusqu'à a

jour, aucun d'eux ne m'a servi ; plat an dd

qu'aucun ne m'eût été funeste l Alors, poaraati

donc écrire? tu t'en étonnes? cet étonnerait,

je le partage, et souvent je me demande: « Qw

m'en reviendra-t-il? > Le peuple a-t-il dote

raison de nier le bon sens des poètes? et seraisje

moi-même destiné à être la preuve I» pb

éclatante de cette croyance, moi qai.trosnpé

si souvent par un champ stérile, persiste à confier

la semence à une terre ingrate? C'est qte

chacun est l'esclave de ses goûts; c'est qi'oi

aime à consacrer son temps à son art faiori:

Sed non fit fato mollior iUe

Quum relego, scripsisse podet ; qtrà plorùna cens,

Me quoqne qui feci judior , digna liai.

Mec tamen emeodo : Ubor hic qoam seribere aujor,

Mensqae pati durant sustinet afgra nibil.

Seilieet inripiam lima mordacios ati,

Et sub judicium siuguU verbe Tocera?

Torquet entra fortune parum, nisi Nilos in Hebna

Confiuat? et frondes Alpibua addat Atbos?

Pareendnm est animo miserabile valons babeeti:

Sabducant oneri colla perasta boves.

At, puto, fructus adest, jostissima causa laboroa;

Et sata cum raulto fesnore reddit ager.

Tempos ad hoc nobis, répétas, licet omnia, nalloa

Profuit, «tque utinam non nocoisset! opos.

Cor igitur scribam ? miraris : miror et ipte;

Et mecom quœro sape, qoid inde feram.

An populos vere sanos oegat esse postas,

Sumque fides hujus maxima rocis ego?

Qui, sterili toties quum sim deeeptus ab arvo,

Damnosa persto condere semen homo.

Sciliret est cupidos stodiorom aaisqœ suons*;

Tempus et adsueta ponere in arte jovat» *


LES POETIQUES. 761

le gladiateur blessé jure de renoncer aux com­ effort, et je ne vois pas de raison de s'appliquer

bats; mais bientôt, oubliant ses cicatrices, il à un travail trop soutenu. Pourquoi meltrais-

reprend ses armes ; le naufragé dit qu'il n'aura je tant de soin à polir mes vers? craindrais-je

plus rien de commun avec la mer t et bientôt il qu'ils n'aient point l'approbation des Gètes?

agite la rame sur ces flots d'où naguère il se Peut-être trouverez-vous cet aven peu mo­

sauvait à la nage. Ainsi je maudis constamment deste; mais j'ai l'orgueil de me croire le plus

mes études inutiles, et je reviens sans cesse beau génie des pays baignés par l'kter. Là où

courtiser la déesse que je voudrais n'avoir ja­ je suis condamné à vivre, il doit me suffire d'êmais

honorée. Que ferai-je de mieux? je ne tre poète au milieu des Gètes inhumains. A

suis pas né pour languir dans une lâcheoisiveté t quoi me servirait de poursuivre la gloire dans

le temps sans emploi est pour moi l'image de la un antre monde? Que ces lieux ou le port m'a

mort. Je n'aime pas non plus à passer les nuits jeté soient Rome pour moi : ma muse infortunée

jusqu'au jour, plongé dans une ivresse dégoû­ se contente de ce théâtre ! Ainsi je l'ai mérité ;

tante , et les douces séductions da jeu n'ont sur ainsi l'ont ordonné les dieux tout-puissants!

moi aucune prise. Quand j'ai donné au sommeil Je ne crois pas, d'ailleurs, que mes écrits par­

le temps qne réclament les fatigues du corps, viennent de si loin jusqu'aux lieux où Borée lui-

comment employer les longues heures de la même n'arrive que d'une aile fatiguée. Le ciel

journée? Irai-je, oubliant les usages de ma pa­ entier nous sépare, et l'Ourse, si éloignée de la

trie, apprendre a bander l'arc du Sarmate, ville de Quirinns, voit de près les Gèles barba­

et me livrerai-jeaux exercices de ce pays? Mes res. Non ; à peine puis-je croire que les fruits

forces elles-mêmes s'y opposent : mon âme a de mes veilles aient franchi un si grand espace

plus de vigueur que mon corps débile. Cherche de terres et de mers; supposons, d'ailleurs,

alors ce que je puis faire; rien de plus utile qu'on les lise, et, ce qui serait étonnant, sup­

que ces occupations, qui ne le sont nullement posons qu'ils plaisent, ce fait, assurément, ne

en effet. C'est ainsi que je m'étourdis sur mes servirait en rien à leur auteur. Quel avantage

malheurs, et c'est assez pour moi que mon recueillerais-tu d'être loué par les habitants de

champ me rende cette moisson. Que la gloire la chaude Syène, ou de l'Ile de Taprobane, bai­

vous aiguillonne, vous autres f consacrez, vos gnée par les flots indiens? Montons encore plus

veilles à cultiver les muses, pour qu'on applau­ haut : si tes louanges étaient chantées par les

disse ensuite à la lecture de vos vers. Je m'en Pléiades lointaines, que t'en reviendrait-il? Mais

tiens, moi, aux productions qui naissent sans le poète, escorté par de si médiocres écrits, ne

8«aeius «jurât pugium gladialor; at idem,

fannemor anliqui vulneris, arma eapit:

Nil nbi eum pelagi dicil fore naufragus undis ;

Max durit remoe, que modo navit, aqua.

8k ego constanter ttudium non utile earpo;

Etrrpeto, nollem quai eolaisse, Deai.

Quid potins faeiam ? non iwn, qui tegnia duoam

Otia : mon nobia tempua habetur inera.

Née jutat in tuctm oimio marceacere vino ;

Née tenet ineertaa aléa Manda manua.

Qnum dedimua aomno, quat corpus postulat, bons,

Quo ponam vigilant têmpora longa modot

Moria an oblilua patriï, eontendere diseam

Sarmaticos arcus, et trabar arte loci ?

Hoc quoque me studium prohibent adsumere tires;

Menaque magis gracili corpore nostra valet.

Quum bene quassieris quid agam , magis utile nil est

Artibue bis, quas nil utilitatis habent.

Consequor ex illis casus oblivia nostri ;

Hane, satis est, messem si mea reddit humus :

Gloria voa acuat ; vos, ut recitata probentur

Carmioa, Pteriis invigilate eboris.

Quod venit ex facili : satis est componere nobis,

Et oimis intenti causa laboris abesL

Cur ego sollicita poliam mea caruiina curât

An verear ne non adprobet illa Getes ?

Forsitan audacter faeiam, sed gtorior Istrum

Ingenio nullum majus babere meo.

Hoc, ubi vivendum, satis est si cousequor, aîvoj

Inter inhumanos esse poêla Gelas.

Quo mibi diversum fama eootendere in orbemî

Qoem fortune dédit, Roma sit iile locus.

Hoc mea contenta est infelix Musa tbeatro :

Sie menu ; magni aie voluere 0ei.

Nec reor bine istue nostria iter esse libelUs,

Quo Boreas penna déficiente venit.

Dividimur cœlo ; queque est procul urbe Quiriai,

Adapicil birsutoe cominus Ursa Gelas.

Per tantum terne, lot aquaa, vix ecedere possim

Indieium studii transiluisse mei.

Finge legi, quodque est inirabile, finge placera ;

Jtuctorent eerte res juvet ista nihil.

Quo tibi, si calida positus laudere Syene,

Aut ubi Taprobaoen Indica cingit aquat

AIUus ire Hbelî si te distantia longe

l'Ieiadum laudent signa, quid inde feras f «


76*

OVIDE.

saurait parvenir jiuqo a vous ; sa gloire a quitté vait ui'étre d'une immense utilité! Avec toi le

Rome avec loi. Et vous, pour qui j'ai cessé d'ê­ perdaient les consolations que réclamait nwa

tre, do jour où ma renommée alla s'ensevelir esprit malade. Je perdais la moitié de ma vie

au loin avec moi, aujourd'hui sans doute, vous et de ma raison. Maintenant je le fais une der-

ne parles même plus de ma mort.

nière prière : c'est de venir, d'aussi Un qotta

sois, secourir ma misère et aider ma faiblene

par tes conseils. Que si in as quelque confia**

LETTRE VI.

dans la véracité d'un ami, tu diras qu'il fut imprudent

plutôt que criminel. Il n'est ai fa­

A GRAcnros.

cile, ni sûr d'écrire quelle fut l'origine de nu

faute : mes blessures craignent qu'on n'en ap­

Quand la nouvelle de ma disgrâce arriva jusproche la main. Dispense-toi de rechercher

qu'à toi, alors que tu étais retenu sur une terre pourquoi je les ai reçues; ne les excite pas, à

étrangère, ton cœur en fut-il affligé? En vain tu veux qu'elles se cicatrisent.

tu le dissimulerais ; en vain tu craindrais d'en Quoi qu'il en soit, ce que j'ai fait ne mérite

faire l'aveu, si je te connais bien, Graecin us, tu pas le nom de crime ; ce n'est qu'une faute, et

fus certainement affligé. Une insensibilité toute faute contre les dieux est-elle donc un

odieuse n'est pas dans ton caractère; elle est crime? Aussi, Graecinus, ai-jeencorequdqoee»-

d'ailleurs incompatible avec tes études : les pérance de voir adoucir mon supplice; l'Espé­

beaux-arts, qui sont l'objet exclusif de tes rance! cette déesse restée sur la terre maudite,

soins, corrigent la rudesse des cœurs, et quand les autres dieux eurent quitté ce monde

les adoucissent ; et personne, Graecinus, ne s'y corrompu. Cest elle qui attache à la vie Fe§-

livre avec plus d'ardeur que toi, lorsque les declave chargé de fers,et qui lui fait croire qn'oa

voirs de ta charge et les travaux de la guerre jour ses pieds seront libres d'entraves; c'est

t'en laissent le loisir.

elle qui fait que le naufragé, bien qu'il ne voie

Pour moi, dès que je connus toute l'étendue la terre nulle part autour de lui, lutte de ta

de mon malheur (car pendant longtemps je bras contre la fureur des vagues; souventle

n'eus pas le sentiment de ma position), je com­ malade, abandonné par les médecins les plus

pris que le coup le plus foudroyant dont me habiles, espère encore, alors même que son

frappait la fortune, c'était de me priver d'un pouls a cessé de battre ; le prisonnier sotte le»

ami tel que toi, d'un ami dont la protection de­ verrous rêve, dit-on, sa liberté, et le crimioel

Sed neque pervenio scriptis mediocribus istnc,

Fsmaque cum domino fugit ab urbe suo.

Vosque, quibu* perii, tuncquummea fama sepulla est,

Nunc qocque de nostra morte tacere reor.

EP1STOLA VI.

GRiEGINO.

Eoquid, ut andiiti, nam te diverse tenebat

Terra, meos casai, cor tibi triste fuit?

Dissimales, meluasque licet, Grœcine, fateri;

Si bene te non, triste fuisse liquet.

Non cadit io mores feritas inamabilis istos;

Née minus a studiis dissidet alla tuis.

Artibut ingenuis , quarum tibi maxima cura est,

Pectora moilescunt, asperilasque fugit.

Née quisquam meliore fide complectitur illas,

Qua sinit offlcium , militieque labor.

Cette ego, quum primum potui sentira quid estera,

Nam fuît adtonito mens mibi nalla diu,

Hoe quoque fortune sensi, quod amicus abcsses,

Qui noihi prasidiuin grande futurus erai.

Teeum tune aberant egre solatU mentis,

Magnaque pars animai eonsiliique mei.

Atnunc, quod supercst, fer opem, precor, eminu nota;

Adloquioque jura pectora nostra tuo :

Que, non mendaci si quidquani credis amioo,

Stulta magis diei, quam scelerata, decet.

Nec 1ère, uec tutum, peecati que sit origo

Seribere ; tractari vulnera nostra timent

Qualicumque modo uiihi tint et facU, rogsre

Desine; non agites, si qua coire velis.

Quicquid id est, ut non facinus, sic culpa voesndom :

Omnis an in magnos culpa Deos scelotettT

Spes igitur menti pœne, Gnecine, levaode

Non est ex toto nulla relicta mes.

Hec Dea , quum fugerent sceleratas nuinina ter»,

In Dis invisa sola remansit humo :

Hec facit ut vivat vinctus quoque eompede fotsor,

Liberaqùe a ferro crura future potet :

Hec facit ut, videat quum terras undlque nulli»,

Naufragus in mediis brachia jactet aqois.

Sepe alîquem solers medicorum cura reliquit ;

Nec spes huit vena déficiente cadit.

Carorre dicnntur clausi sperare salutem ; J7


sur la eroirfait encore des vœux ; elle empêcha

bien des malheureux qui déjà s'étaient passe au

cou le lacet Citai de consommer le suicide

qu'ils avaient prémédité. Elle m'arrêta moimême

lorsque je tenais le glaive prêt à finir

mes souffrances ; elle suspendit mon bras déjà

levé. « Que fais-tu? me dit-elle; il faut des larmes*

et non du sang : les larmes apaisent sonvent

la colère dn prince. » Aussi, quoique

j'en sois indigne» j'espère encore dans la clémence

du dieu que j'implore. Supplie-le, Gra>

CUMIS, de n'être pu» inexorable, et, par tes

prières éloquentes, aide à l'accomplissement

de mes vœux. Puissé-je être enseveli dans les

sables de Tomes, si je doute jamais de la sincérité

de ceux que toi-même tu formes pour

moi! Les colombes coinmenceront à s'éloigner

des tours» les bêtes fauves de leurs antres, les

troupeaux de leurs pâturages et les plongeons

des eaui, avant que Grodnus abandonne le

cause d'un ancien ami. Mon, il n'est pas dans

ma destinée que tout soit changé à ce point 1

LETTRE VII.

A USSULUIfUS.

Cette lettre, Messallinus, est l'expression des

vœux que je t'adresse du pays des Gètes,

et que je t'adressais autrefois de vive voix. Re­

Atque aliqais pendent in croee fota facit.

Ha* Dca quain muUot laqueo sua colla lisantes

Non «t propoaila pana perire necel

Me qttuque coaantem gbdio flaire dolarem

Arrait, injecta continuitque manu.

Quidqne faeis? laerymis optu cet, non sanguine, dixit :

Sape p«r has fleeti principis ira «Jet.

Qvamrà cet igitar mentis indebita noalris,

Magna Utnen apes est in bonitate Dei.

Qui ne diffieilie mini ait, G racine, preeare j

Conter et io votam tu quoque rerba metun :

Jaque Tomitana jacetm tumulatus arena,

Si ta non •obieiatavoveraliquet.

ftam prias ineipiant tnrrea vitare colombe,

Antra feras, peeudes gramina, met gai aquas,

Quant maie se ptestet TCteri Graecinua amico :

Koo Un «ont satin omnia rasa meia.

EP19TOU VII.

MBSSJU.LLXO.

Litrra pro verbis Cbi, Messalline, salutcm,

LES P0NT1QUÇS. 763

connais-tu, au lieu d'où elle vient, celui qui Ta

écrite? ou bien faut-il que tu lises le nom de

l'auteur, pour savoir enfin que ces caractères

ont été tracés par la main d'Ovide? Quel autre

de tes amis se trouve ainsi relégué aux bornes

de l'univers, si ce n'est moi, moi qui te conjure

de me regarder toujours comme des tiens?

Fassent les dieux que ceux qui t'aiment et qui

t'honorent ne connaissent jamais ce pays! C'est

bien asset que moi seul j'y vive au milieu des

glaces et des flèches des Scythes, si toutefois

on peut appeler vie ce qui est une espèce de

mort; que cette terre réserve pour moi seul

les périls de la guerre; le ciel, sa température

glaciale; le Gète, ses armes menaçantes, et

l'hiver, ses frimas; que j'habite une contrée

qui ne produit ni fruit ni raisin, une contrée

où l'ennemi ne cesse de nous inquiéter de toutes

parts; pourvu que le reste de mes nombreux

amis, parmi lesquels j'occupais, comme

dans la foule, une petite place, soient àl'abri de

tout danger. Malheur à moi si mes paroles t'offensent,

si tu nies que j'aie jamais possédé

le titre que je réclame! Cela fût-il, tu

devrais me pardonner ce mensonge, car ce titre,

dont je me glorifie, n'ôte rien à ta renommée.

Qui ne prétend être l'ami des Césars, uniquement

parce qu'il les connaît? Aie la même

indulgence, après mon aveu, et, pour moi, tu

seras César. Cependant, je ne force pas l'entrée

des lieux qui me sont interdits; conviens

Qoam legis, a tmr'u adtnlit nsque Getia.

Indieat auctorem loeua T en, niai nomioa lecto,

Urne me Nasonem scribere verba , latetî

Eequia in extremo pontua jaeet orbe tnoram,

Me tamen excepta, qui preoor eaae tant?

Dt procul a conctis, qui te veosrantor amantqoa,

Ûujna notitiam gentia abeaae velint.

Nos, aatis eat, ioter glaciem Scythicasque aagitUa

Virere, ai vita eat mortia babeoda gênas.

Noa premat aat bello tellua, sut frigore eoshun ;

Truque Getea armia, grandine pulset h jeau :

Nos babeat regio, nec pomo farta , née uvie,

Et cujua nollum ceaaet ab hoate laloa.

Caetera ait aospea caltorum turba tuoraoi;

In quibua, ut populo, para ego parva fui.

Me miseront, ai tu verbis offeaderia iatia;

Nosque negas ulla patte fuisse tuoa I

Idqne ait ut teram, mentito ignoacer» débet :

Nil démit Undi gloria nottra tue.

Quia se Cnsaribus notia non ftugit amieum?

Da Teoiam faaso, ta mibi Caser eris.

Nec tamen irrumpo qoo noa licet ire; satisqae est,

Atria ai nobis non patuisae negas. 24


7§4 OVIDE.

seulement que la maison me fut jadis outene»

et mon orgueil sera satisfait» quand il n'y aurait

pas eu d f autres rapports entre nous. Cependant

les hommages dont tu es l'objet aujourd'hui

comptent un organe de moins qu'autrefois.

Ton père lui-même n'a pas désavoué mon

amitié, lui qui m f encouragea dans mes études»

qui fut ma lumière et mon guide, à qui j'ai offert

à sa mort, et comme un dernier honneur,

mes larmes et des vers qui furent récités dans

le forum. Je sais aussi que ton frère me porte

une amitié aussi mm que ceMe des fils d'Airée

et des fils de Tyndare ; lui aussi n'avait pas dédaigné

de me choisir pour son compagnon»

pour son ami, et tu. ne crois pas» j'imagine,

que cet aveu puisse lui faire du tort; autrement,

|econsensàreconnaîtrequefsurce point làencorejen'aipsditlavéritéjdûtvotreniaisonentière

m'ôtre à jamais fermée I Mais il n'en sera point

ainsi ; car enfin il n 9 est pis de puissance humaine

capable d f empécher qu'un ami ne s'égare

quelquefois ; cependant » comme personne

n'ignore que je ne fis jamais criminel f ainsi

puisse-t-il être reconnu que je n'ai pas même

été coupable I Si la faute était tout«à-foït inexcusable,

l'exil serait pour moi une peine trop

légère; mais celui à qui rien n'échappe9 César»

a bien vu lui-même que mon crime n'était en

effet qu'une imprudence : aussi m'a-t-îl épargné,

autant que ma conduite le lui permettait,

atatant que mon erreur lui en laissait la faculté.

Utque tibi fuerit meetim oîbil amplina, uno*

Nempesalularii, quam prias , ore filions.

Nec luuaett genitornot inlciatus amioot,

ilortitor atudiî rausaque faicjue mei :

Cul nos et lacrymaa, supremum in funere œiiu,

Et dédirons medio tcripla canenda foro.

àdcle quod est frater tanto tibi jnnetus amore f

Quaotus In Atridia Tfodaridisquc fuit.

la me nec cotiiitem , nec dedignatut amicum est ;

Si tanieo bœc illi non nocitura putas.

Si minus , bac quoqiii me mendacam parte fatebor :

Ciatjsa mihi potiut tota sit iata domus.

Sed neque claudenda est-; et oulli potentia tiret

Prœstandi f ne quid peccet amicoa, babet.

Et lamen ut cuperan, culpam quoqae pone negarï,

Sic facinui neino nescit abesse mihi.

Quod nisi delîcti pars excuaabilit ettet f

Parva relegari p«oa fulura fuit

Ipse sed hoc ?idit , qui pertidet omnia , C«tar,

Sliillitiaiîî dici crimina posse mei :

Qnnqtie ego permis! , qyacjue est rea passa , pepereii}

Usus at ect modke fulminis igné sui

11 s f est servi avec modération èm feux et m

foudre : il ne m 9 a ôté ni la fie 9 ni les biais, li

l'espérance du retour, si vos prières parviennent

un jour à désarmer sa colère. Mais M

chute a été terrible; et qu'y a-t-il if étonnant?

l'homme frappé par Jupiter n f en reçoit pas à

médiocres blessures, âchille voulait en van

comprimer ses forces ; les coups de sa buce

étaient désastreux; ainsi» la sentence menée

mon juge m'étant favorable9 il n'y a pas è

raison pour que ta porte refuse aujourd'hui à

me reconnaître* Mes hommages f je l'aime,

n'ont pas élé aussi assklus qu'ils devaient Titre

; mais cela9 sans doute, était encore un c§8

de ma destinée. 11 n v est personne cependat i

qui j 9 aie témoigné plus de respf et» et9 toit cha

l f unf soit chez l'autre, je sentis toujours ki

bienfaits de votre protection* Telle est ton affection

pour ton frère que Tami de ce frère,

en admettant même qvll ait négligé de te resta

hommage a sur toi quelques droits. De pdf»

si la reconnaissance doit toujours suivre la

bienfaits! n'est-il pas dans ta destinée de li Hériter

encore? Si tu me permets de te dire «

que tu dois désirer, demande mi dieu 4e

donner plutôt que de vendre. Cest ce qm •

fais; et9 autant qu'il m f en souvient» tu attit b

noble coutume d'obliger le plus que tn ptra^

Donne-moi» Messalinusf donne-moi une pin»

quelle qu'elle soit» dans ta maison, poarfiqas

je n'y paraisse point comme un ktrns;et9âts

Nec ?itam, ose opet, nec adcmït po«§ isierti,

Si tua ptr f«tirât ticta tit ira prmt.

At gratiter eecidi : quid enim mirsbile, ai §nf

A Jote percutant non levé rainât habet ?

Ipat mat ut jan tiret inhiberet Àcbilka,»

Miisa gravea-ieloa Peliaihasta lotit.

Jidieitifii nobia igitur qunm f lndicwadaii»t

Non est cur tua m# janoa Botte neget

Culta quidem 9 fiieor, eitra qttam dcfcuit, ila :

Sed fuit In fatit hoc quoqae} credo, mem»

Nec timeo ofldum sentit inagis altéra nnatnus:

Hic , illic , f eatro snb Lare temper mm.

; Qusque tua est pktat, ot te non emoilat i

Jus aliqnod tecam fratrii amicoa habet

Quid, quoil, ot emctitia rrfertnia f«t piti»

Sic est fortunta promtrnitti twaf

Quod si ptrmittit nobit tnadert f quid optes :

Ut des, quatn reddaa, pion, pftetre Diat.

Idque facit} quantumqni licet mraiiiiiaii,

Oficii causam pluributetae iatL

Quolibet in numéro me f Memllinc f rtfomï

Sim modo paraftalna nontlkiia dooMi*


ne plains pas Onde parce qu'il est malheureux,

plans-lé du moins d'avoir mérité de l'être.

LETTRE VIII.

• SÉVÈRE.

O Sévère, ô toi, la moitié de moi-même,

reçois ce témoignage de souvenir que t'adresse

ton cher Ovide. Ne me demande pas ce que je

fa» ici; tu verserais des larmes si je te racontais

en détail toutes mes souffrances; il suffit

que je t'en donne ici l'abrégé.

Nous voyons chaque jour s'écouler sans un

moment de repos, et au milieu de guerres continuelles

; le carquois du Gète y est l'aliment inépuisable

des combats. Seul, de tant de bannis,

je sais à la fois exilé et soldat. Les autres vivent

en sûreté, je n'en suis pas jaloux, et afin

que tu juges mes vers avec plus d'indulgence,

songe, en les lisant, que je les ai faits dans les

préparatifs du combat.

Près des rives de l'Ister au double nom, il

est une ville ancienne que ses murs et sa position

rendent presqu'inaccessible. Le £*spien

iEgipsns, si nous en croyons ce peuple sur

sa propre histoire, fut le fondateur de cette

ville et lui donna son nom. Les Gètes farouches

f enlevèrent par surprise aux Odrysiens, qu'ils

massacrèrent, et poursuivirent ensuite leurs

Et mala Naaeaem, quoniam roeruifee videfor,

Si non far* dolee, at meruieee ioh.

EPISTOLA VIII.

BBVBKO.

A tint dilecto mîeeaai Naaone Mlotam

Aedpe, pan «aima magna, Severe, mec.

Navt roga quid agam ; si pereequar omaia, flebia :

8auBma tatia noatri ai libi nota mali.

Vifimos adaiduia eipertaa pacis in armia,

Dora pharetrau» bella movente (Jeta.

Dcqae tôt expulaia tum milea in eiaule eolua :

TuU, nec invideo, calera turba jacet.

Quoque magia noatroa renia dignere liballoa,

Hae in procinctu earmina facta logea.

Stat têtus urba, ripa TJcina bioominia latri,

Manibua et positu vis adeanda loci.

Caepina iEgypeoa j da ae ai credimue ipaîa,

Condidit, et proprio nomine dixit opaa.

Uaac feras Odrytiia inopino Marte peremtie,

Cepit, et in regem auatulit arma Getee.

LES P0NT1QUES. Te»

attaques contre le rot. Celui-ci, dans le souvenir

de sa grande origine, redoublant décourage,

se présenta aussitôt entouré d'une armée nombreuse,

et ne se retira qu'après s'être baigné

dans le sang des coupables, et s'être rendu coupable

lui-même, en poussant trop loin sa vengeance.

O roi le plus vaillant de notre siècle,

puissent tes mains glorieuses tenir à jamais le

sceptre! Puisses-tu (et mes souhaits pour toi

ne sauraient s'élever plus haut) obtenir les éloges

de Rome, fille de Mars, et du grand César.

Mais, revenante mon sujet, je me plains, A

mon aimable ami, de ce que les horreurs de la

guerre viennent encore se joindre à mes maux.

Déjà quatre fois l'automne a vu se lever la

Pléiade depuis que je vous perdis, et que je

fus jeté sur ces rives infernales. Ne crois pas

qu'Ovide regrette les commodités de la vie de

Home; et cependant il les regrette aussi ; car

tantôt je me rappelle votre doux souvenir, 6

mes amis, tantôt je songe à ma tendre épouse

et à ma fille. Puis je sors de ma maison ; je me

dirige vers les plus beaux endroits de Rome;

je les parcours tous des yeux de la pensée :

tantôt je vois ses places, tantôt ses palais, ses

théâtres revêtus de marbre, ses portiques, un

sol aplani, le gazon du champ de Mars, d'où la

vue s'étend sur de beaux jardins, et les marais

de l'Euripe, et la fontaine de la Vierge (!).

Mais sans doute que si j'ai te malheur d'être

privé des plaisirs de la ville, je puis du moins

111e memor magni generia, virtute quod aaget,

Protinas innamero milite cinctus adest :

Née priai abaceaait, mérita quam cade noeentum

Se nimia nlciseeoa, eittitit ipae uocena.

At Ubi, rex, avo, detur, fortiaaiine, noetro,

Semper bonorata aceptra tenere manu,

leque, quod et praatat, quid enim libi pleniua optent T

Martin cum magno Caaare Rama probct.

Std memor unde abii, queror, o jurunde aodalia,

Accédant noatria acva quod arma malit.

Ut careo Tobia Stygiaa detriuua in oras,

Quatuor autumnoa Pleiaa orta fa cit.

Nec tu eredideria urbana commoda vita

Quarere Naaonem : qucrit et ill«i Uineu.

Nam modo TOB animo dulcea reminiscor, amici ;

Nune mihi cum cara conjuge nala aubit:

Eque domo rurtue pulcbra loca vertor ad urbia,

Cunctaque mena oeulia pervidel alla tuia.

Nune fora, nune adea, nunc marmore tecta Iheatra ,

Nune aubit aquata porticua omnia bumo $

Oramina nunccampi pulehroa apectantiain bortoa,

Stagnaque et Euripi, Virgineusque liquor.

At, puto, aie urbia miaero est erepta voluptaa, 5B>-


Î66 OVIDE.

jouir de ceux de la campagne. Je ne regrette

pas les champs que j f ai perdus, ni les plaisirs

admirables du territoire de Péligne (2), ni ces

jardins situés sur descolliiescouvertes de pins,

et que Ton découvre à la jonction de la voie

Clodia et de la voie Flaminîa (5). Ces Jardins»

je les cultivai» hélas ! je ne sais pour qui f et j'y

puisai moi-même» je ne rougis pas de le dire»

feau de la source f pour en arroser les plantes.

On peut y voir, s'ils existent encore, ces arbres

greffés par mes mains» et dont mes mains ne

devaient plus cueillir les fruits. Yoilà ce que

j f ai perdu, et plût aux dieux qu'en échange, le

pauvre exilé eût du moins un petit champ à

cultiver ! Que ne puis-je seulement voir paraître

ici la chèvre suspendue aux rochers 1 Que ne

puis-je, appuyé sur ma houlette, moi-même

être le berger de mon troupeau» et, pour disperser

les chagrins qui m'obsèdent» conduire

les bœufs labourant la terre» le front comprimé

soos le joug recourbé! J'apprendrais

ce langage intelligible aux taureaux des Gètes,

et j f y ajouterais les mots menaçants dont on stimule

ordinairement leur paresse. Moi-même»

après avoir guidé» avec des efforts mesurés, le

manche de la charrue » et ravoir enfoncé dans

le sillon, j'apprendrais à jeter la semence sur

cette terre retournée» et je n'hésiterais pas à

sarcler le sol f armé d f un long faojau» ni à donner

à mon jardin altéré une eau qui l'abreuve.

l'ennemi et moi qu'un Mble mar9cp v iMM|É

porie fermée? Pour toif Ionique m MquÉ,

les Parques, et je m'en réjouis de «M* MI

âme» lièrent des jours fortunés. Tantôt, cet

le champ de Mars qui te retient ; tantôt, uns

errer à l'ombre épaisse d'un portique. «

passer quelques rares Instants au Forum; t»

tôt^fOmbriete rappelle» ou» porté sir m dur

qui brûle le pavé de la voie Appiane, taie

diriges vers ta maison d'Albe. Là peut-**

formes-tu le vœu que César dépoie tiii si

juste colère et qm ta campagne me sent d'asile.

Oh ! mon ami f c f est demander trop ym

mou' sois plus modeste dans tes désirs; je t # «

conjure» mets un frein i leur entraincant wp

rapide. Je demande seulement qu'où lie un

exil dans un Heu plus rapproché de tan *

à l'abri de toiles les calamités de la pme.

Alors je serai soulagé de la plus grande prtk

de mes maux.

LETT1E lï.

A pane al-je reçu la lettre dans lupnHe»

m'annonces la mort de Celse (1), que je ïrnrn

de mes larmes* Maîsf ce qui est affireox àfo

et ce que je croyais Impossible» cette lettre, Je

l'ai lue malgré mol. Depuis que je suis émk

Mais comment le pourrais-je,lorsqu'il n'y a entre I Pont91 ne m v est pas arrivé de plus triât»*

Qnolibet ut saltem rare fruî liceat.

Non meut amtseoeaniimiedesideratagroej

Eu raque Peligno eonipicie nda foin ;

Mec quoi piniferii posîtos in collibus faortos

Spécial Flaminiae Clodîa joncta fie.

Quoi ego neseio cui celui , quitus if sa solebam

Ad sala fonlanii } met pudet , addere aquae.

Sunl ibi, si fit uni, nottn quoque oonsita quondam f

Sed non et nostra poma légende manu.

Pro quibus amissïi ulioam contingere posait

Hie aaltem profugo gleba coienda mihi 1

lpie ego pcndentci, liceat modo f repe capellatf

Ipse fcllm baculo paaccrt nliut oves :

Ipse ego, ne aolitis insistant peetora curia,

Ducam rurïcolas sub juga panda boires :

Et diacam Getici qmm norint wba juirtnci ;

Âdtnetas illis adjieiaitique minai :

Ipit 9 manu capnlum presei nioderatuf aratri y

Eipcriar mota spargere acmeii faumo;

Née dubiteni longis purgare ligonibus arta 9

Et iltrc , quas si liens combibat bortoe , aqiias.

Gode , eed toc nobii} minimum qtios inter et boetem

Diserimeo miirw dausafut porta facit ?

At tibi naseenti, qood loto pacture laetor,

Nerunt fatales fortia lia Pc».

Te modo campus babet t denaa moëo porticoa mmlm;

Nunc, in quo ponaa tempera rira f forum.

Umbria nunc retocat ; nec noo Albana peteotm

âppia ferventi dneit in arta rota.

Forsitan bie optee , ut joatani supprimât inai

C«sar, et bospitimn ait tm villa orna.

Ah I niminra est qmod, %mim, petit 1 mÂÊnkm+*

Et voti , qumo , Dontrabe fdh tai.

Ter» velim proptor, onllifiit Dhnoni Mb

Detur ; erit nottrit para bmm iraita malis.

EWSTOLâ IX.

UàJUMO.

Quai mibi de rapto tua teaitfipîstsla Cela»,

Frotinus eet iacrj mk hwniia faeta IMîS ;

Quodque nefas dtcttt t êm née potac pvtati f

In?itis oeolia litera leela tua HL '


•elle, et puisse-t-elle être la seule que j'y reçoive

désormais! L'image de Celse est aussi

présente à mes yeux que si je le voyais luimême

, et mon amitié pour lui me fait croire

qu'il vil encore. Souvent je le vois déposant

sa gravité, se livrer au plaisir avec abandon ;

souvent je mêle rappelle accomplissant les

actes les plus sérieux avec la probité k plus

pure.

Cependant, de toutes les époques de ma vie,

aucune ne me revient plus souvent à l'esprit

que celle que j'aurais voulu appeler la dernière,

et où ma maison, ébranlée tout à coup, s'écroula

sur la tête de son maître; alors que tarit

d'autres m'abandonnaient, lui seul resta, Maxime,

lui seul, ne suivit pas la fortune qui me

tournait le dos; je le vis pleurer ma perte»

comme s'il eut pleuré la mort d'un frère prêt

à devenir la proie du bûcher. Il me tenait étroitement

embrassé, il me consolait dans mon

abattement, et ne cessait de mêler ses larmes

aux miennes. Oh! combien de fois, surveillant

incommode d'une vie qui m'était odieuse, il

arrêta mon bras déjà levé pour finir mon destin

! Que de foie il me dit : < Les dieux sont

pitoyables; vis encore, et ne désespère pas

du pardon ! > Mais voici les paroles qui me

frappèrent le plus: « Songe de quel secours

Maxime dort être pour toi ; Maxime s'emploiera

toot entier, il mettra dans ses prières tout le

zèle dont l'amitié est capable, pour obtenir,

Née quidquam ad nostns pervenit aeerbiua auras,

Ut sumoa in Pont©, perveniatque precor.

Ante meosoeulos taoquam pressentis imago

Hcret, et exstinctum virera fingit amor.

Sstpe rafert animas las» granUle careutee,

Séria cum liquida sstpe peraeta fide.

Nul la tameo tubennt mini tempora densios illis,

Quai ratlein vttai somma foiase méat.

Quant domus ingénu' subito mea lapsa ruina

Conrîdit, ht domini proeubuitque eaput,

Adroit iile mihi, quum pan me magna reliquit,

Maxime, fortune née fuit ipee contes.

IHtim ego non aliter flentem mea funera ridi,

Ponendus quant si fréter in igné foret :

Hessit in amplexu, eonsolatusqae jaceatem est,

Clinique meis lacrymis minuit usqae suas.

0 quoties, vita eustos invisas amans,

Contiouit promtas in mea fata manus I

0 quoties dixit : Placabilis ira Deorum est;

Vive, née ignoaci tu tibi posse nega.

VAX tamen illa fuit celeberrima : respice quantum

Début auxilii Maxim us esse tibi :

fiatimus incumlet ; quaquerst pietale, rogabit,

LES P0NT1QUES. 767

d'Auguste qu'il n'éternise pas sa colère. Il

appuiera ses efforts de ceux de son frère, et

n'épargnera rien pour adoucir ton sort. » Os

paroles m'ont rendu supportables les ennuis de

ma malheureuse vie; fais en sorte, Maxime,

qu'elles n'aient point été prononcées en

vain. Souvent il me jurait de venir me voir è

Rome, pourvu que tu lui permisses un si

long voyage; car, l'espèce de culte qu'il avait

pour ta maison était le même que celui dont

tu honores les dieux, ces maîtres du monde.

Crois-moi, tu as beaucoup d'amis et tu en es

digne; mais lui ne le cède à aucun d'eux par

son mérite, si toutefois ce ne sont m les richesses,

ni l'illustration des aïeux, mais bien

la vertu et les qualités de l'esprit, qui distinguent

le* hommes. C'est donc avec raison que

je rends à la tombe de Celse ces larmes qu'il

versa sur moi-même, au moment de. mon départ

pour l'exil. Oui, c'est avec raison, Celse, que

je te consacre ces vers, comme un témoignage

de tes rares qualités, et pour que la postérité

y lise ton nom. C'est tout ce que je peux

t'envoyer des campagnes gétiques; c'est la

seule chose dont je puisse dire arec certitude

qu'elle est la mienne.

Je n'ai pu ni embaumer ton corps ni assister

à tes funérailles; un monde entier jeae sépare

de ton bûcher ; mais celui qui le pouvait, celui

que, pendant ta vie, tu bonoraiscomme un dieu,

Maxime enfin, s'est acquitté envers toi de nés

Ne sit ad «xtremumCMui» ira tenait .• • . .

Gumqae suis frstris virwadbibebit,«4oauMai.,,

Quo levios doleas, experictur opefl). , ,

Hase mihi verba maue miuueruat tatdia vit* : ,

Qnsj tu, ae fueriat, Maxime, vau, ea?*v

Hue quoque ventarum mihi se jurare solebat, ,

Non nisi te longs* jus sibi dante ri» :

Nam tua non alio codait peuetrslia ritu,

Terrarum dominos quam colis ipee Deos.

Grade mihi ; multos habeas quum dignus amicoe,

Non fuit e multfc quolibet tUeuuW.

Si modo née censas, necelarum oeeaeu a*orutu, .

Sed probités magnos ingeniumque tuii. • -,

Jura igiturlacrymas Cela* lilumusadamto, ,. ,

Quum fageram, vivo quas dédit iHe nsiai :

Carmins jure damusraros teatantia morse,

Dt tua venturi aomiaa, Celse, kgant.

Hoc est, quod possum Getioii tibi mittere ab sévis ;

Hoc solum est islic, quod liquet esse meuro.

Funera nec potui comitare, nec ungere corpus ;

Aque tuis toto dividor orbe rogis.

Qui potuit, quem tu pro numiae mus habebis,

Pnestitit officium neximus omne tibi. SO


T§g

tristes devoirs, à tes funérailles ; il a offert à tes

restes de pompeux honneurs ; il a versé fantôme

(2) odorant sur ion sein glacé, etf dans sa

douleur, il a mêlé aux parfums des larmes abondantes

; eiin II a confié à la terre f et tout près

de lui, l'urne ou reposent les cendres, SU rend

ainsi aux amis qui ne sont plus les devoirs

qu'il doit à leurs mânes f il peut me compter

aussi parmi les morts.

LETTRE X.

A FL.4CCUS.

Ovide» du fond de son exil» envoie le salut

à son ami Flaccus f si toutefois on peut en*

•oyer ce que Ton n f a pas; car, depuis longtemps,

le chagrin ne permet pas à mon corps9

miné par les soucis rongeurs, de recouvrer des

forces ; et pourtant je n'éprouve aucune douleur;

je ne sens pas les ardentes suffocations de la

fièvre» et mon pouls bat comme de coutume.

Mais mon palais est émoussé ; les mets placés

devant moi me donnent des nausées, et je vois

avec dégoût arriver l'heure des repas. Qu'on

mette à contribution» pour me servir, la mer, la

terre et l'air, on n'y trouvera rien qui puisse

réveiller mon appétit. L'adroite Hébé, de ses

mains charmantes, me présenterait le nectar et

l'ambroisie, breuvage et nourriture desdieuxf

que leur divine saveur ne rendrait pas la sensibilité

à mon plais engourdi, et qu'ils écrase­

111e tibi exsequlai. et magni funtti ttonorii

Fecit, et ingelidœ ?ertit antoma siaui :

Diluit et beryrois murent unguenta profitait ;

Ûssaque tictna condita teiii humo*

Qui quoniam exstinctis , qu« débet , prettat amieia ,

El mm mâêrneûê annuraerare potest.

EPISTOLA X.

FLACCO.

Natosuo profugus inittit tibi, Flacct, faluteni ;

Mittere rem si quia, qua caret ipae, poteat

Longua enim euris vitiatuni corpus amiria

Non patilnr tires languor habere tuât.

Pecdolorullusadest, nec febribus uror anhelis ;

Et peragit soliti ?ena tenorit iter :

Oa bebes eat f poaitaaque inovent fastidia meoi»,

Etqueror, intisï quum venil bora cibi.

Quod mare, quod tellus, adpone, quod educat ter,

Nil ibl, quod nobis tsuriatur, erit.

Nectar et imbrosiam, liticea tpulasque Deorum ,

Dtt mibi formosa na?a Inventa manu :

Nnn tamtn tiacuet torpens sapor ille palatum ;

OVIDE,

raient , substances lourdes et mdi|psitt9 m»

estomac sans ressort. Quelquevraiquecda^xi,

je n'oserais l'écrire à tout autre, de peur qiot

n'attribuât mes plaintes à ui besoin dedéb*

tesse recherchée. En effet» dus nti posta,

dans l'état actuel de ma fortune, les ksoui

de cette nature seraient bien venus! Jetant

haitey aux mêmes conditions, à celui qui irai*

verait que la colère de César fit trop don»

pour moi. Le sommeil lui-même» cet afioot

d'un corps délicat, refuse sa verti btuffr

santé à mon corps exténué. Je veille» et m

moi veille incessamment la douleur, qu'airetient

encore la tristesse du jour. A peine « m

voyant pourrais-tu me reconnaître; t QMMI

devenues f dirais-tu f ces couleurs que w ans

jadis?> Un sang rare coule paisiblencBidui

mes veines presque desséchées, et mot corps

est plus pâle que la cire nouvelle. Lesocèidi

vin n'ont point causé chez moi de tels nvag*i

car tu sais que je ne bois guère que de FeanJe

ne charge point de mets mon estomac, ctt

j'aimais la bonne chère * il n'y aurait p**

pys des Gèles de quoi satisfaire mes gois* ^

Les plaisirs si pernicieux de l'amour Basent

point mes forces; la volupté n'habiteI»

dans la couche du malheureux. Dqàl'eaietfe

climat me sont funestes» et» par-dessistutti»

inquiétudes d f esprit, qui ne me laissât fui o

moment- Si vous ne les soulagkt» ni**

frère qui te ressemble t mon âmeabttnesip-

Stibit et in stomacbo pondus inerte dit.

B«c ego non ausim t quum sint Yeri»ima, « |fl1

Scrîbere, delicias ne raala nostra YOCML

Seilieet is status est, et rerum forma roeamoi,

Deliciia etîam posait ut esse locus.

Delicias i!li precor bat contingere. ti q«is,

Ne inibi ait ïmmr Canaris ira y timel.

Is quoque, qui gracili cibut eat in cprporf, mmi®

Non alit ofOcio corpus inane suo.

Sed Yigilo, YÎgilantque mei aine ioe dal**rcs,

Quorum materiam dat locus ipae mihi.

fil igitur posait Yiaos agnoseere voltas;

Quoque ïerit, qu«rta, qui fuit ante, ct>br.

Parvua in exiles succua mibi perveiil artiu,

Membraque sunt cera pallidiora nora.

Non b«c iromodioo oontraxi damna Lyspo :

Scis mibi quam sole fient bibantur af ««.

Non epulis oneror ; quarum ai tangar *mrtw»

Est tamen in Getieis copia nulft loris.

Nec vires adimit Yeneria damnosa Yoluptat.

Non solel in mewtos illa Yenirt toros.

Unda locusque nocent; cantique nocenli«r «•»• *

Anxietas aoimi? qu* mihi semper ad«st. >


porterai à peine le poids de ma tristesse. Vous

êtes pour ma barque fragile un rivage hospitalier

, et je reçois de vous les secours que

tant d'autres me refusent ; donnez-les-moi toujours,

je vous en conjure» car toujours j'en

Hanc niai ta pariter simili cum fralre levures,

Vit mens tmtiliœ mœsta luliswt onus.

Vos estis frtgili tellus non dura phaselo ;

Qaainqae negant raulli, vos mibi fertis opem.

X. IV.

LES P0NT1QUES.

7G9

aurai besoin, tant que le divin César sera

irrité contre moi. Que chacun de vous adresse

à ses dieux d'humbles prières, non pour que

César étouffe un courroux dont je suis la victime

méritée, mais pour qu'il le modère.

Ferle, precor , semper, quia semper egebimus illa ,

Cssaris oiïensum dum mibi numen erit.

Çui meritam nobis minuat, non finiat iram ,

Sopplieiter ratros quisque rogale Deos. 44

19


170 OVIDE.

LETTRE 1.

â GEIWANICUS CÉSAR.

LIVRE DEUXIÈME.

Le bruit du triomphe de César a retenti jusque

sur ces plages où le Notus n'arrive que

d'une aile fatiguée; je pensais que rien d'agréable

ne pouvait m'arriver au pays des Scythes;

mais enin cette contrée commence à m'être

moins odieuse qu'auparavant. Quelques reflets

d'un jour pur ont dissipé le nuage de douleurs

qui m'environne; j'ai mis en défaut ma fortune.

César voulût-il me priver de tout sentiment de

joie, celui-là du moins» il ne peut empêcher que

tout le monde ne le partage. Les dieux euxmêmes

veulent lirela gaieté sur le front de leurs

adorateurs, et ne souffrent pas la tristesse aux

jours qui leur sont consacrés. Enin f et c'est

être fou que d'oser l'avouer, malgré César luimême,

je me réjouirai. Toutes les fois que Jupiter

arrose nos plaines d'une pluie salutaire f la

EPISTOLA l.

G1EMAN1CO C£SARI.

Hue qooque Cesareî pertenit fama triumpki ;

Lioguidâ quo fessï vil tenit aura Noti.

Pil fore dulee înihi Scythica région e puta?i.

Jam minus Me odio est, quant fuit ante, locus.

Tandem aliquid } puisa curarmii nube, sereuum

Vidi ; forions* verba dedique nie®.

Nolit utulla milii contingere gaudia Caesarf

Vclle potestcums liccc tamen una dari,

Dl quoque, ut a cunctis liilari pietate colanlur,

Triatttiam poni per sua testa jubent.

Denique, quod certus foror est audere fateri,

11 te ego lirtitia, si vetet ipse , frtiar,

Jappiter utiliboa qtioties jurât imbribua agros f

bardane tenace croît mêlée à la moisson* Mo 1 .

auhsif herbe inutile, je me ressens de l'influence

des dieux, et souvent, malgré eux, leursbien*

faits me soulagent. Oui, la joie de César, autant

que je le puis, est aussi la mienne; celle famille

n'a rien reçu qui soit à elle seule. Je le rends

grâce, è Renommée î à toi qui as permis an prisonnier

des Gèles de voir par la pensée le pompeux

triomphe de CésarIC'est toi qui m 9 asapprii

que des peuples innombrables se soit attablés

pour venir contempler les traits de leur

jeune chef, et que Rome, dont les vastesmarailles

embrassent l'univers entier» ne fui pisasa

grande pour leur donner à tous rbospiialiie.

C'est toi qui m'as raconté qu'après plusieurs

jours d'une pluie continuelle» chassée du sein

des nuages par Torageux vent du midi, le soleil

brilla d f un éclat céleste f comme si la sétwiie

du jour eût répondu à la sérénité qui apparaissait

sur tous les visages. Alors y on fit le vainqueur

distribuer à ses guerriers des recoupa*

Mista tenai segeti creacere tappa uolet

Nos quoque friigireram eentimue, inutilisberh

Numen, et invita sa^pe juvamar ope.

Gaudia Cœsare© mentis pro parte virili

Sont mea : privati nîl habetilU dorait.

Gratia , Fama , tibi ; per quant spectata triumpU

Ineluso mediis est mtbi pompa Getis.

Indice te didiei, nuper ?isenda colsse

Innumeras gentcaad ducis ora smi :

Quaeque captt fastls Im mens uni mcenibui orkm,

liospitlis Humain IîI habuisse locum.

Tu Diihi narrasti, qiium raultia lucibusaota

Fuderit adsiduas nubilus Auater aqots,

Lumtne cœlesli Solem luisisse sereomm,

Cum poputi Tultu «m?enlente die.

Atque ita TÛttorem, cum roagnii TOCîI honore,

Bellica laudalis doua dedls§e mm i *


LES PON TIQUES. 77|

•es militaires, qu'il accompagnait d'éloges te donnent les années! le reste, tu le trouve­

pankmnés; brûler l'encens sur les saints auras en toi-même, pourvu qu'une longue cartels,

avant de revêtir la robe brodée, éclatants rièreaide au développement de ta vertu. Mes

insignes do triomphateur, et apaiser par cet vœux seront accomplis : les oracles des poètes

acte religieux la Justice, à qui son père éleva ont quelque valeur; car undi^u a répondu à mes

des autels, et qui a toujours un temple dans vœux par des présages favorables. Home, ivre

son cœur. Partout où il passait, desapplaudis­ de bonheur, te verra aussi monier vainqueur

sements et des vœux de bonheur accueillaient au Capitole sur un char traîné par des che­

sa présence ; et les roses jonchaient les chemins vaux couronnés, et, témoin des honneurs pré­

auxquels elles donnaient leur couleur. On pormaturés de son jeune fils, ton père éprouvera

tait devant lui les images, en argent, des villes à son tour cette joie qu'il donna lui-même aux

barbares, avec leurs murailles renversées, et auteurs de ses jours. Jeune homme, déjà le

leurs habitants subjugués; puis encore des plus illustre de tous, soit dans la paix, soit

fleuves, des montagnes, des prairies entourées dans la guerre, n'oublie pas ce que je te pré­

de hautes forêts, des glaives et des traits groudis dès aujourd'hui. Peut-être ma muse chanpés

en trophées. Le char de triomphe étincetera-t-elleun jour ce triomphe, si toutefois ma

lait d'or, et le soleil, y reflétant ses rayons, vie résiste aux souffrances qui m'accablent;

donnait la teinte de ce métal aux maisons qui si, auparavant, je n'abreuve pas de mon

avoisinent le forum. Les chefs captifs et le cou sang la flèche d'un Scythe, et si ma tête ne

enchaîné étaient si nombreux qu'on en aurait, tombe pas sous le glaive d'un Gète farouche.

pour ainsi dire, composé une armée. La plupart Que je vive assez pour voir le jour où tu rece­

d'entre eux obtinrent leur pardon et la vie, et vras dans nos temples une couronne de lauriers,

de ce nombre fut Bato, l'âme et l'instigateur et lu diras que deux fois mes prédictions se

de cette guerre. Lorsque les dieux sont si cléments

envers des ennemis, pourquoi ne pourrais-je

espérer qu'ils s'apaiseront en ma faveur?

sont vérifiées.

La même renommée,Germanicus,aaussi publié,

jusque dans ces climats, que des villes avaient

LETTRE II.

été vues à ce triomphe, inscrites sous ton nom,

et que l'épaisseur de leurs murs, la force de

A MKSSALLINOS.

leurs armes, leur situation avantageuse, n'a­ Cet ami qui, dès son jeune âge, honora ta

vaient pu les protéger contre toi. Que les dieux famille, aujourd'hui exilé sur les tristes bords

Claraque lumtnrum pieu» insignia vestes,

Tura prias sanclia imposuisse foeù :

Justitiamqae «ni caste plaçasse pareotis,

Mo que templum pectore semper habet.

Qoaque ierit, feltz adjectum plausibus omen ;

Saxaque roratis erubuisse rosis.

Protintu argento versos imitantia maros,

Barbara eum victis oppida lata viris :

Fluminaque, et montes, et in allis pascoa silvis ;

Armaque cum telis in strue mista suis.

Deque triomphato, quod Sol incenderit, auro

Aurea Romani tecta fuisse fori.

Totqoe talisse duces captivis addita collis

Vincula , pêne bostes quoi satis esse fuit.

Maxime part horumvitam veniamque tulerunl;

In qoibus et belli summa caputque Bato.

Cur ego posse negem minui mibi numinis iram,

Quum rideam mites hostibus esse Deos?

Fertulit hue idem nobis, Germanice, ramor,

Oppida sub tilulo nominis lsse tui ;

Atque ea te contra, nec mûri mole, nec armis,

Née satis ingenio tuta fuisse loci.

Dl tibi dent annos i a le nam caetera sûmes ;

Sint modo Tirtuti tempora longa tue.

Quod preeor eveniet : sont quiddam oracula valum ;

Nam Deus optanti prospéra signa dédit.

Te quoque victorem Tarpeias scandere in arces

Leta coronatis Roma TÏdebit equis ;

Maturosque pater nati spectabit honores,

Gaudia percipîens, que dédit ipse suis.

Jam nunchec a me, juvenum belloque togaque

Maxime, dicta tibi, vaticinante, nota.

Hune quoque car-minibus referam fortasse triumphum,

Sufficiet nostris si modo vita raalis;

Imbuero Scythicas si non prius ipse sagiltas,

Abstuleritque ferox hoc caput ense Getes.

Quod si, me salvo, dabitur tibi laurea templis,

Omina bis dices vera fuisse mea.

EPISTOLA II.

MES8AJ.UNO.

111e domus vettre primis venerator ab annis,

Pulsus ad Euxini, Naso, sinistre freti, S

49.


m

OVIDE.

du Font-Euxin, Ovide t'envoîe, ô MosalUmu»

du pays des Gèles indomptés t les hommages

qu'il avait coutume de l'offrir lui-même lorsqull

était à Rome. Malheur à moi si, à la vue

île mon nom, tu changes de visage I si tu

hésites! lire celte lettre jusqu'au bout* Us-la

donc toute entière ; ne proscris pas mes paroles,

comme je suis proscrit moi-môme» et

que Rome ne soit pas interdite à mes mm. Je n'ai

jamais eu la pensée d'entasser Pélion sur Ossa,

ni l'espoir de toucher de ma main les astres

éclatants. Je nai point suivi la bannière insensée

d'ttncélade » ni déclaré la guerre aux dieux

maîtres du monde» et» semblable à l'audacieux

Diomèdef je n'ai point lancé mes traits contre

une divinité* Ma faute est grave» sans doute»

mais elle n 9 a osé compromettre que moi seul»

et c'est le plus grand mal qu'elle ait fait ! On

ne peut m'accuser que d'imprudence et de témérité»

seuls reproches légitimes que j'aie

mérités. Mais » je l'avoue t après la juste

indignation d'auguste» lu as le droit de te

montrer difficile à mes prières. Telle est

ta vénération pour tout ce qui porte le nom

d'Iule, que tu regardes comme personnelles les

offenses dont il est le but. Mais en vain lu se*

rais armé et prêt à porter les coups les plus

terribles» que tu ne parviendrais point à te

faire craindre de moi. Un vaisseau troyen

reçut le Grec âchéménide» et la lance cr Actinie

guérit le roi de Mysie. Souvent le mortel

Mittit ab indomitis bine, Hfessalline , saluttm ,

Quand aolitua praseni est libi ferre t Getia.

Heu mihi , si lecto ?ulius tibi nomine non est f

Qui fuit, €t dubltas cœtera perlcgere I

Perlcge, née mecum parîter met terba relega :

Orb# licettestra tersibus esse meis.

Mon ego concepi , ti Pelïoo Ossa tuliiset ,

Clara mea tangi sidéra poste manu :

Nec nos, Enceladi éementia castra seculi,

la rertiiii dominos motimus arma Dent :

Nec, quod Tjdid»f temeraria deitera fecit,

Numina auat telis ulla petiti mais.

Est mea eulpa gratis f sed quœ me perdert solum

Aua sit 9 et nullum majus adorta ncfaa.

Nil 9 nist non sipiens possam timidusque vocari :

Hase duo suit animi Domina fera mei.

Esse quidem fateor , meritam post Ccsaris iram 9

BifËcilem precibus te quoque jure meis.

Quicque tua est pietas in totum nomea luli f

fe laedi, quvm quia Jaidilur inde, pulas.

Sed lieet arma feras, et Tolnera s«?a mineris,

Non tamen efËcies ut timeare mihi.

f uppls âcbemeniden Gralim Tmjana rewpit ;

sacrilège vient chercher un refuge m pel

de ces autels qu'il a profanés» et ne craint pas

d'implorer l'assistance de la divinité qu'il a o§tragée.

Cette coniance» dira-t-on9 n'est p»

sans danger; j'en conviens» mais mon missent

ne vogue pas sur des eaux pisibles. Que d'»

très songent à leur sireté : l'extrême misère

est aussi un gage de sûreté, car ele ne minute

rien de pire qu'elle-même. Quand on est entraîné

par le destin y de qui si ce n 9 e§t du deMm

doit-on attendre du secours? Souvent la nà

épine produit la douce rose. Emporté par la

vague écumaute, le naufragé tend ses brasiers

les récifs ; il s'attache aun ronces et an rochers

aigus* Fuy ant fépervier d'une aie tremblante»

l v oiaeau fatigué se réfugie dans le scinde

'l'homme» et la biche effrayée, potnuiviepr h

meute qui s'acharne après die, n'hésite pin

à venir chercher un asile dans la maina voisine.

O toi» Messallinus9 si accessible à la pitié»

laisse-toi f je t'en conjure , laisse-toi toiekf par

mes larmes ; que ta porte ne reste pas obstinément

fermée à ma timide voix. Dépose mm

bonté mes prières aui pieds des âtiaità à

Home, de ces dieux que lu n'honores pis BOîM

que le dieu du Capitole9 que le dieu ia tonnerre.

Sois le mandataire, ledéfensiurdena

cause f quoique toute cause plaidée en moi

nom soit une cause perdue. Déjjà in pieddas

la tombe f déjà glacé par le froid de la non,

si je puis être sauvé , je le serai par toi.

Profuit et Mjso Pelias basft duel.

Confugit interdum templi yiolator ad aram,

Née petere oflenai numinis borret ©pem.

Diierit hoc aliquis tutum non case ; fatanurj

Sed non per placidas it mea pnppis aquas.

Tuta pctant alii : fortuna tnïserrima tota est :

Nam timor e?entus detertoris abest.

Qui rapitur fatia , quid preter fala rtquiratî

S«pe créât molles aspera spîna rosai.

Qui rapitur tpumante saio , sua bracbia ctui

Porrigtt | et sptnas duraque saia capil.

àccipitrem metueos pennis trcpidantibus aies

au Jet ad bumanos fessa tenire sinus ;

Necac vicino dubita* committere tecto ,

Quaa fugit infestos territa cenra canes.

Day precor, accessum lacrymis, mitiasimeiiiasiris,

Nec rigidam tïmidii tocibus obde forem;

Verbaqoe nostn favens lomaua ad otfmîoa perler!

Non tibi Tarpeîo colti toaaote minus ;

Mandatiqu© meileptus suscipe causam j

Nulla meo quarotis nomtoe causa boni est.

Jam prope depoaitus, oerte jam frigidus, «gie

Sertatui per te, si modo aerter, ero.


Que le crédit que tu dois à l'amitié d'un prince

immortel se déploie pour ma fortune abattue;

que cette éloquence particulière à tous les

membres de ta famille, et dont tu prétais le

secours aux accusés tremblants, se révèle encore

en ma faveur ; car la voix éloquente de

votre père revit dans son fils; c'est un bien qui

a trouvé un digne héritier.

Je ne l'implore point ici pour qu'elle cherche

à me justifier; l'accusé qui avoue sa faute ne

doit pas être défendu. Considère cependant

si ta peux pallier cette faute du nom d'erreur,

ou s'il conviendrait mieux de ne pas aborder

une semblable question. Ma blessure est de

celles qu'il est, selon moi, imprudent de toucher,

puisqu'elle est incurable. Arrête-toi,

ma langue, lu ne dois pas en dire davantage :

que ne puis-je ensevelir avec mes cendres ce

lugubre souvenir ! Ainsi donc, parle de moi

comme si je n'avais pas été le jouet d'une

erreur, afin que je puisse jouir de la vie telle

que César me l'a laissée. Quand lu lui verras

un visage serein, quand il aura déridé ce front

sévère qui ébranle le monde et l'empire, demande-lui

alors qu'il ne permette pas que moi,

faible victime, je devienne la proietles Gètes, et

qu'il accorde a mon exil un plus doux climat.

Le moment est propice pour solliciter des

grâces. Heureux lui-même, Auguste voit s'accroître,

ô Rome, la grandeur de la puissance

qu'il t'a faite. Sa femme, respectée par la

Noue tua pro lapais nitatur gratis rébus,

Principes eternam quant tibi prsslet amor :

ffane tibi et eloquii nitor ille domesticus adsit,

Qoo noteras trepidis atilia esse reis.

Vivit enim iu vobis facundi liogua parentia,

Et ne heredem repperit illa suum.

Banc ego non, ut me defendere tentet, adoro ;

Mosx est conférai causa tuenda rei.

Nom Unies excuses erroria imagine factum,

An nibil expédiât taie movere, ride.

Vulneris id genus est, quod quura sanabile non ait,

Non eontrectari lutius esse putein.

Lingot, aile ; non est ultra narrabile quidquam :

Poste velim cinerea obruere ipse meos.

Se igitor, quasi me nallus deceperit error,

Verba face, ut TÏta, quam dédit ipse, fruar.

Qnmque serenus erit, vultnsqae remuent illos,

Qai seeam terras imperiumque movent;

Exigaam ne me pradam sinat esse Getaram,

Detqnesolum miserai mite, precare, fogas.

Tassons adest aplum precibus : valet ipse, videlquc

Uuas fecit vires, Roma, valere tans.

(acaJouts eonjuz soa pulvinaria serrât :

LES POETIQUES. 775

maladie, garde la chasteté dans sa couche,

et son fils recule les bornes de l'empire de

l'Ausonie. Germanicus lui-même devance les

années par son courage; le bras de Drususest

aussi redoutable que son cœur est plein de

noblesse; ses brus aussi, ses tendres petitesfilles,

les enfants de ses petits-fils, enfin tous

les membres de la famille d'Auguste sont dans

l'état le plus florissant. Ajoute à cela les dernières

victoires sur les Péoniens, les bras desDalmates

condamnés au repos dans leurs montagnes,

et enfin l'Ulyrie, qui, après avoir déposé les

armes, s'est glorifiée de porter sur son front

l'empreinte du pied de César. Lui-même, remarquable

par la sérénité de son visage,

paraissait sur son char, la tête couronnée de

laurier; avec vous marchaient à sa suite des fils,

pieux (1), dignes d'un tel père et des honneurs

qu'ils en ont reçus (2); semblables à ces frères

(5) dont le divin Iule aperçoit le temple du

haut de sa demeure sacpée qui l'avoisine. Messallinus

ne disconviendra pas que la première

place, au milieu de l'allégresse générale, ne leur

appartienne, à eux, devant qui tout doit céder ;

après eux, il n'est personne à qui Messallinus

ne le dispute en dévouement. Non, sur ce point t

tu ne le céderas à personne ; celui qui récompensa

ton mérite avant l'âge ceignit ton front de

lauriers bien acquis (4). Heureux ceux qui out

pu assister à ces triomphes, et jouir de la vue

d'un prince qui porte sur ses traits la majesté;

Promovel Ausooium filius imperium.

Prsterit ipse suos animo Germanicus annos,

Nec tigor est Drusi nobilitate minor.

Adde nurus ueptesque pias, natosque nepotum ,

Gvteraque Auguste membra ta 1ère domus :

Adde triuinpbatos modo Fœonas, adde quieti,

Subdita inoolao» brachia Dalinatiat. "

Nec dedignata eat abjectia lllyris armia

Cacsareum famulo vertice ferre pedem.

Ipse super currum, placido speclabilis ore,

Tempora Pbœbea virgine nexa tulit :

Quera pia vobiscum proies coinitavit cunteni,

Digna parente suo, nominihusquedalis;

Fratribu8 adsiinilis, quos proxiina leinpla leiionles

Divus ab excelsa Julius sde vidcl.

His Messallinus, quibus omuia cedere debout,

Primum lœtitiœ uon negalessc locum.

Quiequid ab bis superest, tenit in certamen antoris

Hac boininuui nulli parte secundus eris.

Ilunccolis, antedicm per quein décréta merentt.

Venit bonoratis launta digna comis.

Fclices, quibus hos licuitspectare triumphos,

Etdurisore Deoscquiparante frui.


774 OVIDE.

des dieux ! Et moi, au lieu de l'image de César,

j'avais devant les yeux de grossiers Sarmates,

un pays où la paix est inconnue, et une mer

enchaînée par la glace. Si pourtant ta m'entends

, si ma voix arrive jusqu'à toi, emploie

tout ton crédit, toute ta complaisance, à faire

changer mon exil. L'ombre éloquente de votre

père, s'il lui reste encore quelque sentiment,

te le demande pour moi, qui l'honorai dès ma

plus tendre enfance. Ton frère aussi le demande,

quoiqu'il craigne peut-être que ton

empressement à m'obliger ne te soit nuisible ;

toute ta familleenfin le demande, et toi-même tu

ne pourrais pas nier que j'ai toujours fait partie

de tes amis ; à l'exception de mes leçons d'amour,

tu applaudissais souvent aux productions

d'un talent dont je reconnais que j'ai mal

usé, Efface les dernières fautes de ma vie, et

ta maison n'aura point à rougir de moi. Puisse

le bonheur être toujours fidèle à ta famille!

Puissent les dieux et les Césars ne point l'oublier

dans leurs faveurs. Implore ce dieu plein

de douceur, mais justement irrité, et prie-le

de m'arracher aux régions sauvages de la Scythie.

La tache est difficile, je l'avoue; mais le

courage aime les obstacles, et ma reconnaissance

de ce bienfait en sera d'autant plus vive.

Et cependant, ce n'est point Polyphème retranché

dans son antre de l'Etna, ce n'est point

Anliphate , qui doivent entendre les prières.

C'est un père bon ettr ai table, disposé à l'indu

At mihi Sauromatœ pro Canaris ore videndi,

Terraque pacit inops, undaque vincta gelu.

Si tamen bec audit, et vox mea pervenit utuo,

Sit tua mutando gratia Manda loco.

Hoc pater il le tuua, primo mihi cultui ab asro,

Si qaid habet «entas ambra diterta, petit :

Hoc petite! frater; quamvis fortaste teretur,

Servandi noceat ne (ibi cura mei :

Mota domua petit hoc ; uec tu potet îpte negare,

Et nos in turbat parle fuisse tus.

Ingenti certe, quo nos maie tcnsiinus usot,

Arlihus exceplis, tœpe probator eras.

Nec mea, si tantuin peccata novissima demat

Esse potest domui vita pudenda lus.

Sic igitur veslrœ vigeant pénétra Ha gentis;

Guraque sit Superis Cœsaribusque tut :

Mile, sed iratum merilo mibi numrn , adora,

Eximat ulScylhici nie ferilate loci.

Difficile est, fatror ; sed lendit in ardua virtus,

Et talis merili gratia majorent.

Nec tamen yElnacus vanto Polypbcmus in antro

Accipietvoces Anliphalesve tuas :

8etf placidus facilisque parens, veui


n'npprouvequeles amitiés fondées sur l'intérêt.

On s'occupe bien plus de ce qui est uùle que

de ce qui est honnête, et la fidélité reste ou

disparaît avec la fortune; à peine en est-il un

sur mille qui trouve dans la vertu sa propre

récompense. L'honneur même ne touche pas

sll est sans profit, et la probité gratuite laisse

des remords. L'intérêt seul nous est cher;

ôtez à l'âme cupide l'espérance du profit, et

après cela ne demandez à personne qu'il pratique

la vertu. Aujourd'hui, chacun aime à se

bien pourvoir, et compte avec anxiété sur ses

doigts ce qui lui rapportera le plus. L'amitié,

cette divinité autrefois si respectable, est à

vendre, et, comme une propriété, attend

qu'on vienne l'acheter. Je t'en admire d'autant

plus, ô toi qui fus rebelle au torrent, et te

tins à l'abri de la contagion de ce désordre

général. On n'aime que celui que la fortune

favorise; l'orage gronde, et soudain met en

fuite les plus intrépides. Autrefois, tant qu'un

vent favorable enfla mes voiles, je vis autour

de moi un cortège nombreux d'amis; des que

la tempête eut soulevé les flots, je fus abandonné

au milieu des vagues sur mon vaisseau

déchiré. Quand la plupart ne voulaient même

pas paraître m'avoir connu , à peine fûtesvous

deux ou trois qui me secourûtes dans ma

détresse. Tu fus le premier, Maxime, et en

effet tu étais bien digne, non pas de suivre les

autres, mais au contraire de les attirer par

Vulgat amieitlas utilitate probat.

Cura quid expédiât prius est, quam quid tit honestum :

Etrum fortuna itatque raditque fldes.

Mec facile inventai multis in millibus uuuro

Virtotem prelinm qui putet esse sui.

Ipse décor, recte facti si pncmia desint,

Non movet, et gratis pœnitet esse probum.

Nil, nisi quod prodest, carum est : i, detrahe menti

Spem fructos avido, nemo petendus erit.

At redit as jam quisque suosamat, et sibi quid ait

Dtile, aoilieitis subpotat articolis.

U!ud amicitiae quondam venerabile nnmen

Prostat, et in quanta pro meretrice sedet.

Qoo magis adtniror, non, nt torreotîbus undis,

Communia vilii te qaoqne labe trahi.

Diligitur nemo, nisi cui fortune aecunda est :

Qoae simnl inlonuit, proxima quoique fugat.

En ego, non paneia quondam munitus amicta ,

Dam Bâtit velis aura seconda meis ;

Ct fera nimboso lamuerunt seqaora vento,

In mediis lacera pnppe relinqoor aqois.

Quamque alii nolint etiam me nosse videri,

Vii duo projecto treavc tulislis opem.

LES POiNTlQUES. 775

l'autorité de ton nom; donne l'exemple au lieu

de le recevoir. L'unique profit que tu retires

d'une action est le sentiment de l'avoir bien

faite; car alors la probité, la conscience du

devoir ont été ton seul guide. La vertu, dénuée

de tout le cortège des biens étrangers à la

nature, n'a point, selon toi, de récompensée

attendre, et ne doit être recherchée que pour

elle-même. C'est une honte, à tes yeux, qu'un

ami soit repoussé parce qu'il est digne de commisération

, et qu'il cesse d'être un ami parce

qu'il est malheureux. Il est plus humain de

soutenir la tête fatiguée du nageur que de la

replonger dans les flou l Vois ce que fit Achille

après la mort de son ami, et crois-moi, ma vie

est aussi une sorte de mort.

Thésée accompagna Pirithoûs jusqu'au rivage

du Styx; et quelle distance me sépare

de ce fleuve ! Le jeune Pyiade ne quitta»

jamais Oreste livré à sa folie ; et la folie est

pour beaucoup dans ma faute. Accepte aussi u

part des éloges qu'ont mérités ces grands hommes,

et continue, après ma chute, à me secourir

de tout ton pouvoir. Si j'ai bien connu

ton âme, si elle est encore ce qu'elle était autrefois,

si elle n'a rien perdu de sa grandeur, plu»

la fortune est rigoureuse, plus tu lui résistes;

tu prends les mesures que l'honneur exige

pour n'être pas vaincu par elle, et les attaques

incessantes de ton ennemi rendent plus opiniâtre

u résistance. Ainsi la même cause me

Quorum ta princeps : nec enim cornes esse ; sed auclor,

Nec petere eiemplum , sed dare dignus eras.

Te, uibil ex aclo, nisi non peccasse, ferentem ,

Sponte sua probitas officiumqae juvant.

Judice te mercede caret, per seque petcnda.esl

Externia tirlus incomitata bonis.

Turpe putas abigi, quia sit miserandua, amicuin j

Quodque sit infelix, desinere esse tuuin.

Mitius est lasso digitum suhponere mento,

Mergere quam Hquidis ora natanlis aqui«.

Cerne quid /Eacidea post morlein pratstel amioo :

Instar et banc vitam mortis habere puta.

Pirithoum Theseus Stygias comilavit ad undas :

A Stygiis quantum sors mea distat aquisl

Adfuit iosano juvenis PUOCOMM Orestas :

Et mea non minimum culpa furoris habet..

Tu quoque magnorum laudes admilte virorutn ;

Utque facis, lapao, quam potes, afTer opem.

Si bene te novi ; si, quod prias esse solebaa,

Nunc quoque es, alque animi non cecidere lui;;

Quo fortuna magis sœvit, magis ipse resistis,

Utque decet, ne te viceril iila, caves :

Et bene uti pugnes, bene pugnans effieit hoalis. Afr


776

OVIDE.

nuit et me sert en même temps. Sans doute, illustre

jeune homme, tu regardes comme un

déshonneur de marcher à la suite d'une déesse

toujours debout sur une roue.Ta fidélitéestioébranlable;

et comme les voiles de mon vaisseau

battu par la tempête n'ont plus cette solidité

que tu voudrais qu'elles eussent, telles qu'elles

sont, la main les dirige. Ces ruines ébranlées

par des commotions violentes, et dont la chute

parait inévitable, se soutiennent encore, appuyées

sur tes épaules. Ta colère contre moi fut

juste d'abord, et tu ne fus pas moins irrité que

celui-là même que j'offensai; l'outrage qui

avait frappé au cœur le grand César, tu juras

aussitôt que tu le partageais; cependant,

mieux éclairé sur la source de ma disgrâce,

tu déploras., dit-on, ma funeste erreur. Alors,

pour première consolation, tu m'écrivis, et me

donnas l'espoir qu'on pourrait fléchir la colère

du dieu offensé. Tu te sentis ému par cette

amitié si constante et si longue qui, pour moimême,

avait commencé avant ta naissance (1), et

si, plus tard, tu devins l'ami des autres, tu naquis

le mien; c'est moi qui te donnai les premiers

baisers dans ton berceau, qui, dès ma plus

tendre enfance, honorai ta famille, et qui maintenant

te force à subir le poids de celte vieille amitié.

Ton père, le modèle de l'éloquence romaine,

et dont le talent égalait la noblesse, fut le premier

qui m'engagea à livrer quelques vers au

Sic eadem prodest causa, nocetqne mini.

Scilicet indignom , juvenis rarissime, dacjf

Te fieri corailem stantis in orbe Des.

Firmus es ; et, quoniam non sont ea qualia relies,

Vêla régis quassae qualiacumque ralis.

Qucque ila coheussa est, ut jam casura putetur,

Restât adhuc humeris fulta ruina tuis.

Ira quidem primo fueral tua justa, nec ipso

Lenior, offensas qui mihi jure fuit :

Quique dolor pectus tetigissel Canaris alti,

lllum jurabas protinus esse tuum :

Ut tamen audita est noslra! tibi ciadis origo,

Diceris erratis ingemuisse meis.

Tnm tua me primum solari lîtera ccepit,

Et laesum flecti spem dare posse Deum.

Movit amicitie tum te constanlia longe ,

Ante tuos ortus quœ mihi cœpla fuit :

Et quod eras aliis factus, mihi natus amicus;

Quodque tibi in ennis oscula prima dedi ;

Quod, quum vestra domus teneris mihi semper ab annis

Cul la sit, esse velus nunc tibi cogor onus.

Me tuus ille pater, Latiœ facundia lingues,

Quas non inferior nobilitate fuit,

Primus, ot auderem committere carmina fautas,

public et qui fut le guide de ma muse. Je g*

gérais aussi que ton frère ne pourrait dire à

quelle époque commença mon amitié pour loi :

il est vrai pourtant que je l'aimai au-dessus de

tous et que, dans mes fortunes diverses, tu fat

l'unique objet de toute ma tendresse. Les dernières

côtes de l'Italie me virent avec toi (2), et

reçurent les larmes qui coulaient à flot sur moo

visage. Quand tu me demandas alors si le ré*

cit qu'on t'avait fait de ma faute était véritable,

je restai embarrassé, n'osant ni avouer ni contredire;

la crainte ne me dicuit que de timides

réponses. Comme la neige qui se fond au souffle

de l'Auster pluvieux, mes yeux se fondaient m

larmes qui baignaient ma figure interdite. A

ce souvenir, tu dois voir que mon crime peut

mériter l'excuse qu'on accorde à une première

erreur; tu ne détournes plus les yeux d'un an*

cien ami tombé dans l'adversité, et tu répands

sur mes blessures un baume salutaire. Pour

tant de bienfaits, s'il m'est encore permis de

former des vœux, j'appellerai sur ta tète toutes

les faveurs du ciel ; ou s'il me faut seulement

régler mes désirs sur les tiens, je lui demuh

derai de conserver à ton amour et César et si

mère ; c'est là, je m'en souviens, la prière qu'avant

tout tu adressais aux dieux * lorsque la

offrais l'encens sur leurs autels.

Impolit : ingenii dux fuit ille mû.

Née, quo sit primum nobit a tempore colins,

Contendo fratrem posse referre tuum.

Te tamen ante omues ila sum oomplexos, ut onoi

Quolibet in casu gralia nostra fores.

DIUma me tecum vidit, mœstisqae cadenles

Excepit lacrymas Italis ora genis.

Quum tibi querenti, nom verus naneius essel,

Adtulerat eulpae quem mala fama mec;

Inler confessum dnbie, dubieque neganlem

Hserebam, pavidas dante timoré notas :

Exemploque nivis, quam solvit aquatieus Auster,

Gutla per adtonitas ibat oborta gênas.

Hœc igitur referons, et quod mea crimina primi

Erroris venia posse latere vides;

Respicis antiquum lapais in rébus amicum,

Fomentisque juvas ruinera nostra tuis

Pro quibos optandi si nobis copia fiai,

Tam bene promerilo commoda mille prêter.

Sed si sola mihi drnlur tua vola, precabor,

Ut tibi sit, salvo Cesare, salva pareua.

Hœc ego, quum faceres altaria pinguia turc,

Te solitum memini prima rogare Deos. W-


LETTRE IV.

A ATTICDS.

Atticus, ô toi dont l'attachement ne saurait

n'être suspect, reçois ce billet qu'Ovide t'écrit

des bords glacés de l'Ister. As-tu gardé quelque

souvenir de ton malheureux ami? Ta sollicitude

ne s'est-elle pas un peu ralentie? Non,

je ne le puis croire : les dieux ne me sont pas

tellement contraires qu'Usaient permis que

tu m'oubliasses si vite ! Ton image est toujours

présente à mes yeux ; je vois toujours tes traits

gravés dans mon cœur. Je me rappelle nos

entretiens fréquents et sérieux et ces longues

heures passées en joyeux divertissements. Souvent,

dans le charme de nos conversations, ces

instants nous parurent trop courts; souvent

les causerieS'Se prolongèrent au delà du jour.

Souvent tu m'entendis lire les vers que je venais

d'achever, et ma muse, encore novice, se

soumettre à ton jugement. Loué par toi, je

croyais l'être par le public, et c'était là le prix

le plus doux de mes récentes veilles. Pour que

mon livre portât l'empreinte de la lime d'un

ami, j'ai, suivant tes conseils, effacé bien

des choses.

Souvent on nous voyait ensemble dans le

forum, sous les portiques, et dans les rues ; aux

théâtres, nous étions souvent réunis. Enfin, 6

EPISTOLÀ IV.

ATTICO.

Aceipe colloquium gelido Nasonis ah Ittre,

Attice, judicio non dubitande meo.

Ecqoid adhuc remanes memor infelicis amici ?

Deserit an partes languida cura soat ?

Non ita Dl triâtes mihi «tint, ut credere possim ,

Fasque putem jam te non meminitse mei.

•nte meo* oculoa tua itat, tua semper imago est ;

Et Tideor vultus mente videre tuoa.

Séria multa mihi teeam collata recordor,

Née data jucundi* terapora panca jocis.

Saepe citas longis vise sermonibus bore ;

Saepe fuit brevior, quam mea verba , dies.

Sspe tuas factom venit modo carmen ad aures,

Et nova judicio subdita Musa tuoest.

Quod tu laudaras, populo placuisse putabam .

Roc pretium cura dulce recentis erat.

Gtque meus lima rasus liber esset amici,

Non semel admonitu facta litura tuo est.

Va* fora videront parilcr, nos porticus omni ,

MM via, uos ]tmctis curva theatra locis.

LES PONTIQUES. 777

mon meilleur ami, notre attachement était lel

qu'il rappelait celui d'Achille et de Patrocle.

Non, quand tu aurais bu à pleine coupe les

eaux du Lé thé, fleuve d'oubli, je ne croirais

pas que tant de souvenirs soient morts dans

ton cœur. Les jours d'été seront plus courts

que ceux d'hiver, et les nuits d'hiver plus

courtes que celles d'été; Babylone n'aura plus

de chaleurs, et le Pont plus de frimats ; l'odeur

du souci l'emportera sur le parfum de la rose

de Pœstum , avant que mon souvenir s'efface

de ta mémoire. 11 n'est pas dans ma destinée

de subir un désenchantement si cruel.

Prends garde cependant de faire dire que ma

confiance m'abuse, et qu'elle ne passe pour une

sotte crédulité. Défends ton vieil ami avec une

fidélité constante; protége-le autant que tu le*

peux, et autant que je ne te serai pas à

charge.

LETTRE V.

A 8ALANCS.

Ovide te salue d'abord, 6 Salanus, et t'envoie

ces vers au rhythme inégal. Puissent mes

vœux s'accomplir et leur accomplissement confirmer

mes présages! Je souhaite, ami, qu'en

me lisant, tu sois dans un état dé santé pros-

Denique tantus amor nobis , carissime, semper,

Quantus in ASacidis Actoridisque fuit.

Non ego, securœ biberes si pocula Lethea, -

Excidere base credom pectore posse tno

Longa dies citius brumali sidère, noxque

Tardior biberna solstitialis erit;

NecBabylon œstum , nec frigora Pontus habebit,

Callbaque Psstanas vincet odore rosos;

Quam libi nostrarum veniant oblivia rerum,

Non ita para fati candida nulla mei.

Ne tamen ha?c dici possil fiducia mendax,

Stultaque credulitas nostra fuisse, cave :

Cons tan tique nde velerem tutare sodalem,

Qua licet, et quantum non onerosus ero.

EPISTOLA Y.

SALA50.

Condita disparibus numeris ego Naso Salaao

Prœposita misi verba sainte meo.

Qua? rata sit cupio, rebusque ut eomprobet omen,

Te precor a salro possit, araice, tegi.


m

OVIDE.

père. Ta candeur, cette vertu presque éteinte

de nos jours, m'oblige à former pour toi de

semblables vœux. Quoique je fusse peu connu

de toi, tu as, dit-on, pleuré sur mon exil ; et

quand tu lus ces vers envoyés des rivages du

Pont, quelque médiocres qu'ils soient, ion

suffrage leur a donné du prix. Tu souhaitas

que César mit enfin un terme à sa colère contre

moi ; et César, s'il les connaissait, permettrait

de pareils désirs. C'est ta bienveillance naturelle

qui te les a inspirés, et ce n'est pas ce

qui me les rend moins précieux.

Ce qui te touche le plus dans mes malheurs,

c'est sans doute, docte Salanus, de songer

au lieu que j'habite. Tandis qu'Auguste fait jouir

le monde entier des bienfaits de la paix, tu ne

trouveras pas un pays où elle soit moins connue

qu'ici ; cependant tu lis ces vers faits au milieu

descombats sanglants et lu y applaudis ensuite;

tu donnes des éloges à mon génie, produit incomplet

d'une veine peu féconde ; et d'un faible

ruisseau tu fais un grand fleuve. Oui, tes éloges

sont chers à mon cœur ; quoique tu puisses penser

de l'impuissance des malheureux à éprouver

un plaisir quelconque, quand je m'efforce

d'écrire des vers sur un sujet de peu

d'importance, ma muse suffit à ce travail facile.

Naguère, lorsque le bruit du triomphe éclatant

de César parvint jusqu'à moi (1), j'osai

entreprendre la tâche imposante de le célébrer.

Candor, in hoc asro ret intennortua pesne,

Exigit, ot faciam taliavota, tuua.

Nam fuerim quaitmt modico tibi cognitua u*u,

Dieeris ezailiia ingeinuisae meu :

tfiasaqoe ab extremo légères quum earmina Ponto,

Illa tant juvit qualiacuinque faror ;

Optaatique brevem salvi milii Canari* ira m ;

Quod tamen optari ai eciat, ipae sinat.

Iforiboa iata tan tam.mitia vota dediali :

Née minai idcirco aunt M grata mibi.

Qaoque maffia morearc malia, doetiaaime, noatria,

Credibile eat fleri condition* loci.

Vii bao inveniae totum, mibi erede, per orbem

Ques minaa Auguata pare fruatur, homum.

Tu tamen hic atructoa inter fera prelia Tenus

Et legia, et lectoa on Eavente probai ;

Ingenioque meo, vena quod panpere manat,

Plaadit, et e rivo flamioa magna faeia.

Grata quidem aunt bec animo auffragia noatro,

Vix atibi quum miaeroa poaM placera pute».

Dam tamen in rébus tentamai earmina parvis,

Matériel gracili aufBcit ingenium :

Kuper al bue magni perrenit fama triumpbi,

mais la splendeur du sujet et son immensité

anéantirent mon audace; j'ai dû succomtar

sous le poids de l'entreprise. Le désir que j'avais

de bien faire est la seule chose que tu

pourrais louer ; quant à l'exécution, elle languit

écrasée par la grandeur de la matière. Si,

par hasard, mon livre est tombé dans ta

mains, je te prie, qu'il se ressente de ta protection

; tu la lut accorderais sans que je te la demandasses;

que du moins ma recommanda*

tiou ajoute quelque peu a ta bonne volonté.

Sans doute je suis indigne de louanges; mais

ton cœur est plus pur que le lait, plus pur que

la neige fraîchement tombée. Tu admires les

autres quand c'est toi qui mérites qu'oa t'admire,

quand ton éloquence et tes talents ne sont ignorés

de personne. Le prince des jeunes Romains,

César, ii qui la Germanie a donné ton non,

s'associe ordinairement à tes études. Tu es le

plus ancien de ses compagnons, son ami d'enfance;

tu lui plais par ton génie qui sympathise

avec son caractère. Tu parles, et bientôt il se

senlinspiré; ton éloquence est comme la source

de la sienne. Quand tu as cessé de parler, que

toutes les bouches se taisent et que le silencea

régné un instant, alors le prince si digne da

nom d'Iule se lève; semblable à l'étoile du

matin sortant des mers de l'Orient. Tandis

qu'il est encore muet, son visage, sa contenance,

révèlent déjà le grand orateur; et,

A usai ium tentas sumere molia opus.

Obruit audentem rerum gravitasque nitorqne;

Nec potui cœpli pondéra ferre mei.

Illie, quam laudea, erit otficioaa Toluntas:

Caetera materia débilitât» jaceaL

Quod ai forte liber Teatraa perrenit ad aores,

Tutetam mando aentiat ille tuam.

Hoc tibi factura, Tel ai non ipae rogarem,

Accédât cumulus gratta nostra leria.

Non ego laudandaa, aed aunt tua pectora lads,

Et non ealcata candidiora-nÏTe :

Mirariaque alioa, quum au mirabilis ipae,

Nec lateant artea, eloquiumque tuum.

Te juvennm princepa, cui dat Germania noatai,

Participera ttudii Cssar babere eolet:

Tu eomea anliquus, tu primia JUDCUM abaanM,

Ingenio morea ssquiparante, plaeea :

Te dicente priua, fit protinua impetos illi ;

Teque babet, eliciaa qui aua verba taia.

Quum tu dealsti, mortaliaque ora quieront,

Clausaque non long* eonticuere mon,

Surgit luleo juvenis cognomîne dignw,

Qualis ab Eois Lucifer orlue aquia.

50


jusque dans sa toge habilement disposée, on

devine une voix éloquente (2). Enfin, après une

légère pause, cette bouche céleste se fait entendre,

et vous jureriez alors que son langage

est celui des dieux ; «C'est la, diriez-vous, une

éloquence digne d'un prince, tant il y a de noblesse

dans ses paroles! • Et toi, qu'il aime,

toi dont le front touche les astres, tu veux avoir

cependant les ouvrages du poète proscrit I Sans

doute il est un lien sympathique qui unit deux

esprits l'un à l'autre, et chacun d'eux reste fidèle

à cette alliance. Le paysan s'attache au laboureur

; te soldat, à celui qui fait la guerre; le

nautonnier, au pilote qui gouverne la marche

incertaine du vaisseau. Ainsi toi, qui aimes l'étude

, tu te voues au culte des Muses ; et mon

génie trouve en toi uh génie qui le protège.

Nos genres diffèrent, il est vrai, mais ils sortent

des mêmes sources, et c'est un art libéral

que nous cultivons l'un et l'autre. A toi le

thyrse, à moi le laurier ; mais le même enthousiasme

doit nous animer tous les deux. Si

ton éloquence communique à mes vers ce qu'ils

ont de nerveux, c'est ma muse qui donne leur

édat à tes paroles. Tu penses donc avec raUon

que la poésie se rattache intimement à tes

études, et que nous devons défendre les prérogatives

de cette union sacrée. Aussi je fais

des vœux pour que, jusqu'à la fin de ta vie, tu

conserves l'ami dont la faveur est pour toi si ho-

Damqtie titan adstat, statua est Tultusqne diserti,

Spemque décent docte vocia amictus habet.

Mox, ubt puisa mora est, atque os cœlette solulura ,

Hoc Superos jures more solere loqui :

Atque, hase est, dicas, facundia principe digna ;

Eloquio tanlum nobilitatis inestl

Huie tu quum placées , et Tcrtiee sidéra tangas,

Srripta tamen profugi vatis habenda putas.

Seilicet ingeniis aliqua estooneordia junetie,

Et terrât studii Codera quisque «ai.

Rusticus agricolam, miles fera bella gerentera,

Reetorem dubias narita puppis amat:

Tu quoque Pieridum studio, studiose, tenerit,

Ingenioque tares, ingeniose, meo.

Distat opus nostrum; sed fontibusexit ab tsdem :

Artis et ingeuua* cultor uterque «unius.

Thyrsus enim vobis, gestata est laurea nobis -,

Sed tamen ambobus débet inesse calor.

Ctque meis nutneris tua dat facundia nervoa ,

Sic venil a nobis in tua verba nitor.

Jure igilur studio confinia carmina vestro,

Et rommilitii saera tuenda pulas.

h» quibus ut mancat, de quo consens t aniieu*,

LES PORTIQUES. 77»

norable, et pour qu'un jour, maître du monde,

il tienne lui-même les rênes de l'empire; ces

vœux, tout le peuple les forme avec moi.

LETTRE VI.

VGRÈC1NUS.

Ovide, qui jadis offrait de vive voix ses

vœux à Grècinus, les lui offre aujourd'hui

avec tristesse des bords du Pont-Euxin. C'est

ainsi que l'exilé communique sa pensée :

mes lettres sont ma langue, et le jour où,

il ne me sera plus permis d'écrire, je serai

muet. Tu as raison de blâmer la faute d'un

ami insensé, et tu m'apprends à souffrir

des malheurs que j'ai mérités plus grands encore.

Ces reproches sont justes, mais ils viennent

trop tard. Épargne les paroles amères au

coupable qui avoue ses torts. Quand je pouvais

encore voguer en droite ligne au delà de»

monts Cérauniens, c'est alors qu'il fallait mV

vertir de prendre garde aux perfides écueilst

Aujourd'hui naufragé, que me sert-il de connaître

la route que j'aurais dû suivre? Il vaut

mieux tendre-la main au nageur fatigué, et

s'empresser de lui soutenir la tête : c'est ainsi

que tu fais toi-même; fais-le toujours, je t'en

prie, et que ta mère et ton épouse, tes frères et

Gomprecor ad vit» tempora summa tnsa ;

Succedatque tuis orbis moderator babenis :

Quod inecum populi vota precantur idem.

EP1ST0LA VI.

GRiKCIRO.

Carminé Grawinum, qui prnsens ?oce tolebat,

Tristis ab Eminis Naso salutal aquis.

Euulis bac TOX est : prasbet mibi litera linguam -,

Et, si non liceat scribere, mutus ero.

Corripis, ut debes, stulti peccata sodalis,

Et mala me mentis ferre minora doces.

Vers lacis, sed sera, mess convicia rulpa :

Aspera oonfesso verba remilte reo.

Quum poleram recto transira Ceraunia yelo,

Ot fera yiUrem saxa , monendus eram.

Nunc mihi naufragio quid prodestdiscere facto,

Qnam mea debuerit currere cymba tiam ?

Bracbia da lasso potius prendenda natanli;

I Nec pigeât menlo subposuisse manum.

! Mque facis, faciasque precor : sic mater et «v>r,

ta


780 OVIDE.

toate ta famine soient sains et saufs. Puissestu,

suivant les vœux que forme ton cœur, et

que ta bouche ne dément jamais, rendre toutes

tes actions agréables aux Césars ! 11 serait honteux

pour toi de refuser toute espèce de secours

à un ancien ami dans l'adversité, honteux

de reculer et de ne pas rester ferme à ton

poste, honteux d'abandonner le vaisseau battu

par la tempête, honteux enfin de suivre les caprices

du sort, de faire des concessions à la

fortune, et de renier un ami quand il n'est plus

heureux. Ce n'est pas ainsi que vécurent les

fils de Strophius et d'Agamemnon ; ce n'est

pas ainsi que fut profanée la fidélité de Thésée

et de Pirithoûs; ils ont obtenu des siècles passés

l'admiration que les siècles postérieurs ont ratifiée;

et nos théâtres retentissent d'applaudissements

en leur honneur. Toi aussi, quf n'as

pas désavoué un ami en butte aux persécutions

des destins, tu mérites de prendre place parmi

ces grands hommes; tu le mérites sans doute,

et, lorsque ton pieux attachement est si digne

d'éloges, ma reconnaissance ne taira point les

bienfaits. Crois-moi, si mes vers ne sont pas

condamnés à périr, la postérité prononcera ton

nom plus d'une fois ! Seulement, Grècinus, je

demande une chose, c'est que tu me restes fidèle

dans ma disgrâce, et que ton ardeur à

m'étre utile ne se refroidisse point. Pendant

que tu agiras, de mon côté, quoique secondé

par le vent, je saurai me servir encore de la

Sic tibi tint fralrct, totaque ialra domas.

Quodque soles animo, quod semper voce prectri,

Ornait Caunbus tic tua factt probes.

Turpe erit îD misera reteri libi rébus omico

Auiilium nulia parte lulitse tuum.

Turpe referre pedem, nec passu stare tenaci :

Torpe laboraotcm deseruisse ralern.

Turpe sequi casum, et fortune? cedere, amicum

Et, nisi sit felix, esse negare suum.

Non ita vixerunt Strophio alque Agamemnone nati :

Non base JËgidas Pirithoique fides.

Quos prier est mirait, sequens mirabitur œtas;

la quorum plousus tota tbeatra sonant.

TB quoque, per durum servato tempus amico,

Dignusesin taotisnomen babereviris.

Dignus es: et quoniam laudem pietate mererii,

Non erit officii gratta surda lui.

Grade mibi, nostrura si non mortale futurum

Carmen, in ore frequens poslerilatis eris.

Fac modo permaneas lapso, Grœcine , fidelis ;

Duret et in longas împetus iste moras.

Que tu quum prestes, remo tamen ntor in aura :

rame : u est bon de faire sentir réperoa n

coursier dans l'arène.

LETTRE Vïï.

A ATTKXS.

Cette lettre que je t'écris, Attieus, du pays

des Gètes; indomptés, doit être, à son débat,

l'expression des vœux que je forme pour toi;

ensuite, mon plus grand plaisir sera d'apprendre

ce que tu fais, et si, quelles que soient les

occupations, tu as encore le loisir desoogeriBoi.

Déjà je n'en doute pas moi-même ; mais la peor

du mal me porte souvent à concevoir des crantes

imaginaires. Pardonné, je te prie, pardonne

à cette défiance exagérée : le naufragé réduite

les eaux même les plus tranquilles; le poisson,

une fois blessé par l'hameçon trompeur, croit

que chaque proie qu'il va saisir recèle le crochet

d'acier; souvent la brebis s'enfuit à Urne

d'an chien que de loin elle a pris pour un loup,

et évite ainsi, sans te savoir, l'ami qui veille à

sa défense; un membre malade craint le plu

léger contact; une ombre vaine fait trembler

l'homme inquiet. Ainsi, percé des traits ennemis

de la fortune, mon cœur n'est plus ace»

sible qu'à des pensées lugubres. 11 font que n

destinée suive son cours, et persiste a jamais

dans ses voies accoutumées. Je crois, ami, qw

Nil nocet admisso subdere ealear equo.

EP1STOLA Vil.

ATT1CO.

Esse talutatom rult te me* litera priaram

A maie pacalis, AUioe, misse Uetis.

Proxima subsequilur, quid agas, andire rolupUt,

Et si, quioquid agu, sit libi cura meî.

Nec dubito quin sit; sed me timor ipse nulorom

Sœpe supervacuos cogil habere metos.

Da venin m, quaeso, nimioque ignosce tiraori :

Tranquillas etiam naufragus horret tquas.

Qui semel est Ictus fallaci piscis ab bamo,

Omnibus nnea cibis sera subesse putat.

Saepe canem looge risum fngit agoa, lopumqw

Crédit, et ipsa suam oescia vitalopein.

Membra reformidanl modem qusque nacia Ucinm:

Vaoaque sollicitis iocutit unibr» metuin :

Sic ego fortune telis coufixus iniquis,

Pectore concipio nil nisi triste meo.

Jara mibi fata liquet cœptos servantia cenut


les dieux veillent à ce que rien ne me réussisse,

et qu'il est impossible de mettre en défaut la

fortune : elle s'applique à me perdre; divinité

d'ailleurs inconstante et légère, elle n'est fermement

résolue qu'à me persécuter. Croismoi,

si tu me connais pour un homme sincère,

et si des infortunes telles que les miennes ne

pouvaient être imaginées à plaisir, tu seras plus

habile à compter les épis des champs de Cinyphie,

lès thyms qui fleurissent sur le mont Hybla,

les innombrables oiseaux qui s'élèvent

dans les airs sur leurs ailes rapides; tu sauras

plutôt le nombre des poissons qui nagent au

sein des eaux, que tu ne calculeras la somme

des maux que j'ai endurés et sur terre et

sur mer. Il n'est point au monde de nation

plus féroce que les Scythes, et cependant ils se

sont attendris sur mes infortunes; je ferais une

nouvelle Iliade sur mes tristes aventures, si

j'essayais, dans mes vers, de les retracer avec

exactitude. Je ne crains donc pas que ton amitié,

cette amitié dont tu m'as donné tant de

preuves, ne me devienne suspecte; mais le malheur

rend timide, et, depuis longtemps, ma

porte est fermée à toute joie; je me suis fait

une habitude de la douleur. Commel'eau creuse

le rocher qu'elle frappe incessamment dans sa

chute, ainsi les blessures que m'a faites la fortoneontétésiobstinémentréitéréesqu'elletrou'

veraità peinesur moi une place propre à en rece-

Per sibi eonraetas semper itara YîSS.

Obawrrare Deos, ne quid mibi ctdatamice;

Verbaque fortune m pulo posse dari.

Eat illi cure me perdere, queque solebal

Ease levia, eonttans el bene eerta noett.

Crede mibi, ai inm veri tibi oognitut ori»,

Née fraus in noetria easiboa ease poteat ;

CioTphie aegetia cilius onmerabia ariatas,

Attaque quant multis floreat H y Lia thymis,

Et quoi avea motu nitantur in aéra pennit,

Quoique salent puces aequore certua eris,

Qamm tibi noatrorum staluatur fumina laborum,

Quoa ego sum terra , quoa ego passas aqua.

Nalla Getis toto gêna eat trueulentior orbe :

Sed tamen bi nostris ingemuere malis.

Qom tibi ai memori eoner prescribere verso,

I lias est fatia longa futurs meis.

Non igilur vereor, quod te rear ease verendum,

Cujua amor nobia pignora mille dédit;

Sedl quia res limida est omuis miser, et quia longo

Tcmpore laetitiae janna clausa mec eat.

jam dolor in morem tenit meus : nique caducia

Pct-cuasu crebro aasa caventur aquis,

jf** «SJO coatiBuo fortune vuloeror ictu ;

LES P0NT1QUES. 781

voir de nouvelles : le soc de la charrue est moins

usé par un exercice continuel, la voie Appienne

moins broyée par les roues des chars, que mon

cœur n'est déchiré par la longue série de mai

malheurs; et pourtant je n'ai rien trouvé qui me

soulageât. Plusieurs ont conquis la gloire dans

l'étude des lettres, et moi, malheureux, j'ai été la

victime immolée à mon propre talent 1 Mes premières

années sont exemples de reproches; elles

s'écoulèrent sans imprimer de souillures à mon

front; mais, depuis mes malheurs, elles ne

m'ont été d'aucun secours. Souvent, à la prière

des amis, une faute grave est pardonnée : l'amitié

pour moi est restée silencieuse. D'autres

tirent parti de leur présence contre l'adversité

qui les atteint, et moi j'étais absent de Rome

quand la tempête est venue m'assaillir. Qui ne

redouterait la colère d'Auguste, même lorsqu'elle

se tait? Ses cruels reproches ont été

pour moi un supplice de plus. Une saison propice

adoucit la perspective de l'exil; moi, jeté

sur une mer orageuse, j'ai subi les vicissitude*

de l'Arcture et des Pléiades menaçantes. L'hiver

est quelquefois inoffensif pour la navigation;

le vaisseau d'Ulysse ne fut pas plus le

jouet des flots que le mien; la fidélité de mes

compagnons pouvait tempérer la rigueur de

mes maux, une troupe perfide s'enrichit de

mes dépouilles (I); la beauté du pays peut rendre

l'exil moins amer, il n'est pas, sous les deux

Vixque habet in nobis jam nora plaga locum.

Née magis adsiduo vomer tenuaUtr ab usu,

Neemagia eat curvis Appia trita rolis,

Pectora quant mea sunt série encata laborum :

Et nibil inveni quod mihi ferret opem:

Artibus ingenuia qusaila est gloria multi* :

lnfelix perti dolibus ipae meis.

Vita prior vitio caret, et aine labe permets ;

Auxilii misero nil tulil illa mibi.

Guipa gravis precibus donalur sœpc suerum :

Ornais pro nobis gratia mula fuit.

Adjuvat in duria alioa prsaentia rebus :

Obruit hoc abaens vasla procelia caput.

Qua> non horruerint tacilam quoque Gssana- iras î

Addita aant pœuis aspera Terba meia.

Fil fuga temporihus letior : projectua in squor

Arcturum subit Pleiadumque minas.

Sejpe soient hyemem plaridam sentire carina} :

Non Itbaca puppt sœtior unda fuit.

Recta fides comitum poterat malanostra levare :

Dilata est spoliis perfida turba meis.

Mitius exsilium faciont loca : trislior ista

Terra sub ambobus non jacet ulla polis.

Est aliquid palriis vicinum finibus esse. 63


7H2 OVIDE.

pôles, de contrée plus triste que celle que j'habite;

c'est quelque chose d'être près des frontières

de sa patrie, je suis relégué à l'extrémité

de la terre', aux bornes du inonde. César, tes

conquêtes assurent la paix aux exilés, le Pont

est sans cesse exposé aux attaques de voisins

armés contre lui ; il est doux d'employer son

temps à la culture des champs, ici un ennemi

barbare ne nous permet pas de labourer la

terre; l'esprit et le corps se retrempent sous

une température salutaire, un froid éternel

glace les rivages de la Sarmatie ; boire une eau

douce est un plaisir qui ne trouve pas d'envieux,

ici je ne bois que d'une eau marécageuse

mêlée à l'eau salée de la mer. Tout me manque,

et cependant mon courage se montre supérieur

à tant de privations, et même il réveille mes

forces physiques : pour soutenir un fardeau,

il fout se raidir énergiquement contre sa pesanteur

; mais il tombera, pour peu que les nerfs

fléchissent. Ainsi, l'espérance de voir avec le

temps s'adoucir la colère du prince soutient

mon courage et m'aide à supporter la vie. Et

vous, amis, maintenant si peu nombreux, mais

d'une fidélité à l'épreuve de mes malheurs,

vous me donnez des consolations qui ont aussi

leur prix. Continue, ÔAtticus, je t'en fais la

prière; n'abandonne pas mon navire à la merci

des flots, et sois à la fois le défenseur de ma

personne et celui de ton propre jugement.

Cltima me tellus, nltimui orbii habet.

Pratstatet exsutibus pacem tua iaurea, Catar :

Poatica Bnilimo terra tub hotte jaeel.

Temput in agrorum cul tu cootumere dulce est :

Non patitur verli barbarus hostis humum.

Temperie ooeli corpusque animusque juvantur :

Frigore perpeluo Sannatis ora riget.

Ealin aqna dulci non invidiosa volupbs :

iEquoreo bibiturcum salemista palua.

Omnia deficiunt ; animua tamen omnia vincil :

flleetiam vires corpus habere fucit.

Sustineas ut onus, uitendum vertice pleno est ;

At Serti nervos si patiare. cadet.

Spes quoque, posse mora mitesecre principis iratn,

Vhrere ne nolim defiaamque, cavet.

Nec vos parva datis pauci solatia nobis,

Quorum speetata est per ma la nostra Cdes.

Capta tene, quasso ; nec in cquore deserc nanm :

Aleajna sbpoi serra, judiciumque luam.

LETTRE VIII,

A MAXIME COTTA.

Les deux Césars (1), ces dieux dont ta vient

de m'envoyer les images, Cotta, m'ont été rendus

; et, pour compléter comme il convenait ce

précieux cadeau, tu as joint Livie aux Césars.

Heureux argent, plus heureux que tout l'or do

inonde! métal informe naguère, il est on dieu

maintenant! Tu ne m'eus pas donné plus en

m offrant des trésors, qu'en m'envoyant ici ces

trois divinités. C'est quelque chose de voir des

dieux, de croire à leur présence, de les entretenir

comme s'ils étaient là en effet. Quel don

iuestimable que des dieux ! Non, je ne sois plus

relégué au bout du monde, et, comme jadis,

citoyen de Rome, j'y vis en toute sécurité, le

vois l'image des Césars, comme je les voyais

alors; mes espérances, mes vœux osaient i

peine aller jusque-là. La divinité que je saluais,

je la salue encore! non, tu n'as rien à m'offrir

de plus grand à mon retour! Que me manquet-il

de César, si ce n'est de voir son palais?

mais, sans César, ce palais ne serait rien (2).

Pour moi, quand je contemple César, il ne

semble que je vois Rome ; car il porte dm

ses traits toute la majesté de sa patrie. Est-ce

une erreur, ou ce portrait n'est-il pas l'expression

d'un visage irrité? N'y a-t-il pas dans ce

regard quelque chose de menaçant? Pardonne,

EP1STOLA VIII.

MAXIMO COTTA.

Redditus est nobis César coin Camre noper,

Quos mibi misisti, Maxime Cotta, Deos :

Otque suum munus naraerum, quem débet, toberet,

Est ibi Canaribus Livia juncta suis.

Argentum felis, omnique beatius aurc,

Quod, fuerat pretium quum rude, numen erit.

Non midi divitias dando majora dédisses,

Cœlitibus misais nostra sub ora tribns.

Est aliquid spectare Deos, et adesse putare,

Et quasi cum vero numine posse loqui.

Praemia quanta, Dei ! nec me tenet oltima tellui:

Utque prius, média sospes in urbe moror.

Cesareos video vullus, relut ante Tidtbsm :

Vix hujus Toti spes fuit ulla mibi.

Otque salutabam, numen coeleste ssluto :

Quod reduci tribuas, nil, pnto, majns babet.

Quid nostris orulis, nui sois palatia desuat?

Qui locus, ablato Carsare, vilis erit. "

Hune ego quum spedem, yideor mibi ceraere ROMS* .


LES P0NT1QUES.

783

ô loi que les vërtas élèvent au-dessus du inonde avec les filles qui leur doivent le jour! Que

eatier, et arrête les effets de ta juste vengeance ! Drusus, enlevé à ta tendresse par la barbare

pardonne, je t'en conjure, toi l'immortel honneur Germanie, soit, de tous tes enfants, la seule

de notre âge, toi qu'on reconnaît à ta sollicitude victime tombée sous les coups du sort! Que

pour *e maître de la terre, par le nom de ta pa­ bientôt ton fils, revêtu de la pourpre triomtrie,

que tu aimes plus que toi-même, par les phale, et, porté sur un char attelé de chevaux

dieux qui ne furent jamais sourds à tes vœux, blancs, soit le courageux vengeur de la mort

par la compagne de ta couche, qui seule fut de son frère! Dieux cléments, exaucez mes

jugée digne de toi, qui seule put supporter l'é- prières, mes vœux ! que votre présence ue me

cfat de ta majesté, par ce fils dont la vertu est soit pas inutile ! Dès que César parait, le gla­

l'image de la tienne, et que ses mœurs font rediateur rassuré quitte l'arène, et la vue du

connaître pour le digne produit de ton sang, prince est pour lui d'un grand secours. Que

par ces petits-fils si dignes eucore de leuraïeul et j'aie donc le même avantage, moi à qui il est

de leur père, etqui s'avancentà grands pas dans permis de contempler ses traiis et d'avoir pour

la route que ta volonté leur a tracée ; adoucis la hôtes trois divinités. Heureux ceux qui les

rigueur de mon supplice, et accorde-moi la fa­ voient elles-mêmes au lieu de leurs images!

veur légère de transporter loin du Scythe en­ heureux ceux à qui elles se manifestent ostennemi

le séjour de mon exil. Et toi, le premier siblement! Puisque ma triste destinée m'envie

après César, que ta divinité, s'il se peut, ne ce bonheur, j'adore du moins ces portraits que

soit point inexorable à mes prières! et puisse Fart a donnés à mes vœux. C'est ainsi que

bientôt la fière Germanie marcher, esclave et l'homme connaît les dieux cachés à ses regards

humiliée, devant ton char de triomphe! Puisse dans les profondeurs du ciel; c'est ainsi qu'au

ton père vivre autant que le vieillard de Pylos, lieu de Jupiter il adore son image. Enfin, ne

et ta inère que la prétresse de Gumes ! Puisses- souffrez pas, ô vous mes divinités, que vos imatu

longtemps encore être leur fils! Toi aussi, ges , qui sont et qui seront toujours avec moi,

digne épouse d'un si illustre époux, entends restent dans un séjour odieux. Ma tête se dé­

avec bonté la prière d'un suppliant ; que les tachera de mon corps; mes yeux, volontaire­

dieux conservent ton époux! qu'ils conservent ment mutilés, seront privésde la lumière, avant

ton fils et tes petits-fils, tes vertueuses brus | qne vous me soyez ravis! O dieux, chers à tous

Nain patria faciem anstinel ille sue.

Fallor? an irati mibi sunt in imagine vultua,

Torvaque netcio quid forma minantis ha bel?

Parce, vir immenso major virtutibus orbe,

Jattaque vindicte supprime lora tas.

Parce, precor, saecli decus indélébile nostri ;

Terrarom dominum quem tua cura facit.

Per patris nomen, qua? te tibi carior ipso est,

Per nuuquam surdos in tua vota Deos;

Perqne ton aociam, qua? par tibi sois reperta est,

Et cui majestés non onerosa tas est ;

Perque tibi similem virtulis imagine natum,

Moribus agnosci qui tuus esse potest ;

Perque tuos yel svo, vel dignos pâtre nepotes,

Qui veniunt magno per tua TOta gradu ;

Parte levés mioima nostras et contrabe pœnas ;

Daque, proeal Scythico qui sit ab hoste, locum.

Et tua ;si fas est, a Gaesare proxime Cœur,

Numioa sint precibus non inimica meia.

Sic fera quamprimum pavido Germania vulta

Ante triomphantes serra feratur eqnos.

Sic Pater in Pylios, Cnmaeos mater in annos

Tirant, et posais filins esse diu.

Ta quoqsje, eonTtoicns ingeoti nupta marito,

Aocipe non dura sapplieis aire preeet.

Sic tibi vir sospes, sic sint cutn proie nepotes,

Camqne bonis nuribut, qnas peperere, nnrus :

Sic, quem dira tibi rapuit Germanie , Drusus

Pars fuerit partes sola caducs lui :

Sic tibi Marie suo, fraterai funeris ultor,

Parpurens niveis filins initet equis.

Adnaiteo timidis, mitissima nomina, votis!

Pressentes aliqnid prosit habere Deos I

Canaris adventu tuta gladiator arena

Exit; et auxilium non levé vultus habtt.

Nos qnoque vestra juvet qnod, qua licet, ora videmos j

Intrata est Superk quod domus una tribus.

Felices illi, qui non simulacre, sed ipsos,

Quiqoe Deûm coram corpora vera vident.

Quod quoniam nobis invidit inutile fatum,

Quos dédit arsvotis, efSgiemque colo.

Sic homines notera Deos, quos arduus œther

Occnlit : et coiitur pro Jove forma Jovis.

Denique, qua? mecom est, et erit sine fine, cavete,

Ne sit in inviso vestra figura looo.

Nara caput e nostra citius cervice recedet,

Et patiar fossis lumen abire genis,

Quam caream raptis, o publies numina, vobi»; 07


784

OVIDE.

les mortels, vons 6erez le port, l'autel de l'exilé!

Si tes armes des Gètes se lèvent sur moi,

menaçantes, je vous embrasserai ; vous serez

mes aigles, vous serez le drapeau que je

suivrai. Ou je m'abuse, et suis le jouet de mes

vains désirs, ou j'ai tout lieu d'espérer un plus

doux exil; oui, ces images me semblent de

moinsen moins sévères, je crois les voirconsentir

à ma demande. Puissent, je vous en supplie, se

vérifier ces présages, auxquels je n'ose encore

me fier! Puisse la colère, quoique juste, d'un

dieu, s'apaiser en ma faveur !

LETTRE IX.

AU BOI COTTS.

Fils des rois, toi dont la noble origine remonte

jusqu'à Eumolpus, Cotys (1), si la voix de

là renommée t'a fait connaître que je suis exilé

dans un pays voisin de ton empire, écoute, ô

le plus clément des princes, la prière d'un suppliant,

et secours autant que tu le peux, et

tu le peux en effet, le proscrit qui t'implore.

La fortune, en me livrant à toi, ne m'aura point

pour la première fois traité en ennemi ; je ne

1 accuserai donc point. Reçois avec bonté sur

tes rivages mon vaisseau brisé; que la terre où

lu régnes ne me soit pas plus cruelle que les

Voe eritis oestre portos et ara fugn :

Vos ego compleetar, GeticU si cingar ab armis;

Vosqoe mes» aquilas, vos mes signa seqoar.

Aot ego me fallo, ntmiaque cupidine ludor ;

Aut spes exsilii eommodioris adest.

Nom minas et minus est faciès in imagine tristis ;

Visaque sunt dictis adnuere ora meis.

Vers, preeor, fiant timidai prssssgia mentis ;

Justaqoe quam?is est, sit rainor ira Dei.

EPISTOLA IX.

COTÏI REGI.

Regu progenies, eni nobilitatis origo

Nomen in Enmolpi perrenit usque, Coty ;

Fama loquox yestras si jam perrenit sd anres,

Me tîbi finitimi parte jacere soli ;

Suppliais exaudi, jorenum mitissime, vocem :

Quraqoe potes profugo, nam potes, adfer opem.

Me fortune tibi, de qua ne conquerar, hoc est,

Tradidit; hoc uno non inimica mihi.

Exdpe nanfraginm non dura litore nostrum,

Ne fuerit terra tatior anda tu.

y

flots. Crois-moi, il est digne d'un roi de tenir

au secours des malheureux : cela sied surtout

à un prince aussi grand que toi; cela sied

à ta fortune, qui, tout illustre qu'elle est, peat

à peine égaler ta magnanimité. Jamais h puissance

ne brille d'un éclat plus favorable que

lorsqu'elle exauce les prières. La splendeur

de ton origine t'impose ce noble rôle; il est

l'apanage d'une race qui descend des dieux, il

est aussi l'exemple que t'offrent Eomolpos,

l'illustre auteur de ta famille, et le bisaïeul

d'EumoIpus, Erichtbonius. Tu as cela de commun

avec les dieux, qu'invoqué comme eux,

comme eux aussi tu secours les suppliants. A

quoi nous servirait de continuer à honorer les

dieux, si on leur dénie la volonté de DOOSsecourir?

Si Jupiter reste sourd à la voix qui

l'implore, pourquoi immolerait-ondes wtimes

dans le temple de Jupiter? Si la mer refusera

moment de calme à mon navire, pourquoi offrirais-je

à Neptune un encens inutile? Si Gérés

trompe l'attente du laborieux caltoiateor,

pourquoi Cérès recevrait-elle en holocauste

les entrailles d'une truie prête à mettre bas?

Jamais on n'égorgera le bélier sur l'autel de

Bacchus, si le jus de la grappe ne jaillit sous le

pied qui la presse. Si nous prions les dieux de

laisser à César legouvernementdu monde, c'est

que César veille avec soin aux intérêts de II

patrie. C'est donc leur utilité qui fait la graa*

Régis , erede mihi, res est subeurrere laprii .•

Convenit et tanto, quanlus es ipte, vim.

Fortunam decet hoc istam : que muions qaan fit,

Esse potest animo vix tamen a>qua too.

Conspicitur nunquam meliore poteotia causa,

Quam quoties vanas non sinit esse precet.

Hoc nilor ille tui generis desiderat : hoc est

A Superis ortaa nobilitatis opus.

Hoc tibi et Eumolpus, generis elarissimns indor,

Et prior Eumoipo suadet Eriehtbonins.

Hoc tecum commune Deo : quod uterque rogiti

Supplictbus Testris ferre soletis opem.

Numquid erit, quare solito dignemor honore

Numina , si demas velle juTare Deos?

Juppiter oranti surdas si prsbeat anres,

Viclima pro templo curcadat icta Jorisî

Si pacem nullara Pontus mibi prostetennti,

Irrita Neptuno cur ego tura feram t

Vana laborantis «i fallat rota coloni,

Accipiat grayide cur sois exta Ceres*

Nec dabit intonso jugulum caper hostia Bteebo,

Musta sub adducto si pede nulla fluanL

Cauar ut imperii moderetur frœna, precamor

Tara bene quo pairie) consulit ille sua. M


deur des dieux et des hommes, car chacun de

nous exalte celui dont il obtient l'appui. Toi

aussi, Cotys, digne fils d'un illustre père,

protège un exilé qui languit dans l'enceinte de

ton vaste camp. Il n'est pas de plaisir plus grand

pour l'homme que celui de sauver son semblable,

c'est le moyen le plus sûr de se concilier

les cœurs. Qui ne maudit Antiphate le Lestrigon?

Qui n'admire la grandeur du généreux

Àlcinoùs ? Tu n'es point le fils d'un Cassaodre,

ni du tyran de Phères, ni de cet autre qui fit

subir à l'inventeur d'un horrible supplice ce

supplice même; mais autant ta valeur brille

dans les combats, et s'y montre invincible,

autant le sang te répugne quand la paix est

conclue. J'ajoute à cela que l'étude des lettres

adoucit les mœurs et en prévient la rudesse:

or, nul prince plus que toi n'a cultivé ces

douces études, nul n'y a consacré plus de

temps. J'en atteste tes vers : je nierais qu'ils

fussent d'un Thrace, s'ils ne portaient ton

nom. Orphée ne sera plus le seul poète de ces

climats, la terre des Gètes s'enorgueillit aussi

de ton génie. De même que ton courage,

quand la circonstance l'exige, t'excite à prendre

les armes et à teindre tes mains dans

le sang ennemi, de même tu sais lancer le

javelot d'un bras vigoureux, et diriger avec

an let moavemenu de ton agile coursier; de

Utilités igitor magnos bominesque Deosque

Effiett, auxiliia quoqae fa fente toit.

Ta qaoqae foc protit intr» tua entra jacenti,

O Coty, progeniet digne parente tuo.

Convenient homini ett, hominem terrare, voluptas ;

Et melius nalla quœritur arte faror.

Qmianon Antiphaten Laestrigona devovet? aot qait

Munifioi morea improbat Alcinoi?

Non tibi Caatandnu pater eat, gratis?e Pheneas,

Quive repertorem (orrait arte aoa :

S«d quain Marte ferox, et finci neactoa armis,

Tant nunqnam facta paoe croorit amant.

Adde, qnod ingennaa didiricu fideliter artaa ,

Emollit morea, née aînit eete feros.

Nec regnm qoiaqoam magit est instractos ab illit,

Mi titras ant stodiis tempora plan dédit.

Carmina teetantvr ; qoas , ai toa nomina damas,

Threieiam jarenem eomposuiese oegem.

Nere aub hoc tracta rates foret unieui Orpheos,

Bistonis ingenio terra superba tuo est.

Ctque tibi est animas, quum res ita postnlat, arma

Sumere, et hoatili tingere casde manam ;

Atque, ut es, tieasso jaculam torquere laoerto,

Collaqae velocis Hectare doctus «qui ;

T. IV.

LES PONTIQCES. • 785

même, quand lu as donné aux exercices familiers

à ta race le temps nécessaire, et soulagé

les épaules d'un fardeau pénible, tu soustrais

tes loisirs à l'influence oppressive du sommeil,

et te fraies, en cultivant les Muses, un chemin

jusqu'aux astres. Ainsi se noue entre toi

et moi une sorte d'alliance. Tous les deux

alors nous sommes initiés aux mêmes mystères.

Poète, c'est vers un poète que je tends mes

mains suppliantes; je demande sur tes bords

protection pour mon exil. Je ne suis point

venu aux rivages du Pont après avoir commis

un meurtre; ma main criminelle n'a point fabriqué

de poisons; je n'ai pas été convaincu

d'avoir appliqué un sceau imposteur sur un

écrit supposé : je n'ai rien fait de contraire

aux lois, et pourtant, je l'avoue, ma faute est

plus grave que tout cela. Ne me demande pas

quelle elle est. J'ai écrit les leçons d'un art

insensé! voilà ce qui a souillé mes mains. Si

j'ai fait plus, ne cherche pas à le savoir; que

l'Art d'aimer seul soit tout mon crime. Quoi

qu'il en soit, la vengeance de celui qui m'a puni

a été douce : il ne m'a privé que du bonheur de

vivre dans ma patrie. Puisque je n'en jouis

plus, que près de toi du moins j'habite en sûreté

dans cet odieux pays.

Tempora sic data sont stadiis abi juste paierais,

rjtqoe sais hameris forte quierit opns ;

Ne tua marcescant per inertes otia somnos,

Lucida Pieria tendis in astra via.

Haec quoqae res aliquid taeum mibi fosderis adfert ;

Ejusdem sacri cultor uterqne snmos.

Ad vatem vates orantia brachia tendo,

Terra sit exsiliis ut toa fida meis.

Non ego casde nocens in Pontica litora veni j

Mistave sont nostra dira vaneca manu :

Nec mea sabjecta eonrieta est gemma tabella

Mendacem Uni» imposnisae nouun.

Necquidquam , qnod lege veter eommiltere, feci :

Et tamen his gravior noxa fatenda mibi est.

New roges qaid sit; ttaltam conscription» Artem :

Innocuas nobis hase vetat eaaa manne.

Ëequid praeterea peeearim, qnatret* ooli ;

Ut pateat soU culpa sub Arte mea.

Quidqaid id est, habui moderatam vindicis iram :

Qui, nisi nataiem, nil mibi damait, bi

lise quoniam careo, tua nnne vicinia praMtat

loriso posnm tutus ut eaaa loco.

«0


m

LETTRE X.

A MACER.

A la Ogureempreinte sur le cachet de cette lettre,

ne reconnais-tu pas, Macer, quec'est Ovide

qui t'écrit ? Si mon cachet ne suffit pas pour te

l'apprendre, reconnais-tu au moins cetteécriture

tracée de ma main? Se pourrait-il que le temps

en eût détruit en toi le souvenir, et que tes

yeux eussent oublié ces caractères qu'ils ont

vus tant de fois? Mais permis à toi d'avoir

oublié et le cachet et la main, pourvu que tes

sentiments pour moi n'aient rien perdu de leur

vivacité. Tu le dois à notre amitié dès longtemps

éprouvée; à ma femme, qui ne t'est pas

étrangère; à nos études enfin, dont tu as fait

nn meilleur usage que moi. Tu n'as pas commis

la faute d'enseigner aucun art. Tu chantes ce

qui reste à chanter après Homère (1), c'est-àdire

le dénoûment de la guerre de Troie.

L'imprudent Ovide, pour avoir chanté l'art

d'aimer, reçoit aujourd'hui la triste récompense

de ses leçons. Cependant il est des liens sacrés

qui unissent les poètes, quoique chacun de

nous suive une route différente. Je suppose

que, malgré noire éloigneraent, tu te les rappelles

encore, et que tu souhaites de soulager

mes maux. Tu étais mon guide quand je parcourus

les superbes villes de l'Asie, tu le fus

EPISTOLA X.

MACRO.

Ecquid ab impresec eognoseis imagine gemme:

Use tibi Nasonem seribere verba, Macer?

Aoctoriique sui si non est annulas index,

Cognitane < st noslra litera facla manu ?

An tibi notilinm mon ttmpori» eripit borum?

Nec repetunt oeuli sigaa vetusta lui ?

Sia licet obtitus pariter geirnnatque iiianusque,

Excidcrit lanlum ne tibi cira mei.

Quant tu tel longi debea eonviclibus »vi,

V> I mea quod coojux non aliéna tibi ;

Val sludiia, quibua es , qoam nos , sapieotius uiu» ;

Ctque decet, nu lia tactus et Arte nocens.

Tu canis eterno qoidquid restabat Homero,

Ne careant summa Troica fata manu.

Naao parum prudent, Artem dam trahit amaodi,

Doctrine pretium triate magiater habet.

Sunl tamen inter ae communia sarra poetis,

Divtrsuro quaravisquitquesequamur iUr.

Quorum te memorein , quanquam procul absumus, esse

Soepitor, el rasus telle letare meos.

OVIDE.

encore lorsque ia Sicile apparut à mes yen.

Nous vîmes tous deux le ciel briller des fan

de l'Etna, de ces feux que vomit la bouche

du géant enseveli sous la montagne; les

lacs d'Henna et les marais fétides de P*

licus, où l'Anape mêle ses flots aux flots de

Cyane, et près de la nymphe qui, fuyant

le fleuve de l'Élide, porte jusqu'à 1a mer le

tribut de ses eaux invisibles à son amant.

C'est là que je passai une bonne partie de l'année

qui s'écoulait : mais hélas ! que ces lieux

ressemblent peu au pays des Gètes, et qu'ils

sont peu de chose comparativement à tant

d'autres que nous vîmes ensemble, alors que

tu me rendais nos voyages si agréables, toit

que notre barque aux mille couleurs sillonnit

l'onde azurée, soit qu'un choc nous emportât

sur ses terres brûlantes ! Souvent la route fat

abrégée par nos entretiens; et nos paroles, si

tu comptes bien, étaient plus nombreosesque

nos pas. Souvent, pendant nos causeries,la

nuit venait nous surprendre, et les longuet

journées de l'été ne pouvaient nous suffire. Cet

quelque chose d'avoir couru l'un et l'autre la

mêmes dangers sur mer, et adressé simultanément

nos vœux aux divinités de l'Océan;

d'avoir traité en commun des affaires sérieuses,

et de pouvoir rappeler sans rougir tes

distractions qui venaient après eues. Si ces

souvenirs te sont encore présents, tesyeu,

Te duce, magnifies* Asie pcrsperimasarbss ;

Trinacrit est oculis te dace nota OMIS.

Vidimus iEtnesa colurnspleadeaccreBanimi,

Subpositus monti qaam vomit ore gigas;

Hennsoaqae laças, et oleatia stagna Palioi,

Quaque suis Gyanen miacet Anaput aquis.

N ec proculhinc Nymphéa, qaa,dumfagittbàiiamMiB

Tecta sub ajquorea ounc quoqae earril aqaa.

iiic mihi labentis pars anoi magna parada est

Ebeu ! quam dispar est locus allé Geusl

Et quota pars hasesunt rt-rum, quas vidimut ambo,

Ta mihi jutundae efficiente vias i

Seu rata caeruleas pieta sulceTÙnus codas j

Esseda nos agili sive tolara rota,

Sspe brem nobts Ticibos via visa loqoendi;

Plaraque, si numeres, verba foera grada. .

Sa?pe dies sermooe mioor fait, inqaa Inqaeadaa

Tarda per antivos défait bora dies.

Est aliqoid casoa pariter timuisw» marinos;

Jonclaque ad aequoreos vota ialtase Daos :

Et modo ret egisse timol ; modo ronos ab Ulk,

Quorum non pudeat, posa* referre joeos.

Hxr tibi si subeant, ahsim Hert, oanibot baril

Ante tuos oculos, ut modo visas, ero. 4i


« dépit de mon absence» me verront à toite

heure y comme ils me voyaient jadis. Pour moi»

bien que relégué aui dernières limites du

monde f sous cette étoile du pôle qui demeure

immobile tu-dessus de la plaine liquide, je te

contemple des yeux de mon esprit f les seuls

dont je puisse te voir, et je m'entretiens sou-

•eut avec toi sons Taxe glacé du ciel. Tu

es ici» et tu l'ignores; quoique absent» tu

ts souvent près de moi 9 et tu sors de Eome»

étoqné par moi 9 pour tenir chez les Gètes.

âends-moi la pareille; et puisque ton séjour

ett plus heureux que le mien f lais en sorte de

f y souvenir toujours de moi.

LETT1E XL

â ICTUS.

Ovide, fauteur d f un Art qui lui fut si fatal»

l'envoie, lufus f cet ouvrage dit à la hâte.

Ainsi» quoique le monde entier nous sépare,

tu sauras que je me soutiens de toi. Ouï» lesouvenïr

de mon nom s 9 effa€era de ma mémoire»

avant que mon cœur ne perde celui de ta pieuse

amiliéf et moi âme prendra soi essor dans le vide

Iptt ipiirat tttrani faim «m aibcardioi muodi 9

Qui araipar lîf uîiit altiiir tsstat «pif y

Ta tamon mineur, qoo solo, peton, postas 9

Et tarant gtlid© s«pe rab ait loquar.

flic es, §1 Ignoras, tt ades ealebemmus absens;

Inque Getas media visas ab nrbt ?tnis.

R«ddt tteam j et, qnoniani rtgïo fclieior îsta est,

lllie mi memori pectew sainptr tube.

EPISTOLA 11.

1UFO.

Hoc tibi, Info y brcvi propmtam tempera miltit

Nato, ptfQm butte eondilar Art» , opns :

C t, qotii


7SX

OVIDE.

C©©©CSÔÔS©SÔÔ©©©©©©©©sc©©GS©©©S©©©ô©©cc©©©Ô©SCi

LETTEE I.

A SA FEMME.

LIVRE TROISIÈME

O mer sillonnée pour la première fois par

le vaisseau de Jason ; et toi, contrée que se

disputent tour k tour un ennemi barbare et

les frimas, quand viendra le jour où Ovide

vous quittera» pour aller, docile aux ordres de

César, subir ailleurs un exil moins dangereux !

Me faudra-l-H toujours vivre dans ee pays

barbare, et dois-je être inhumé dans la terre

de Tomes? Permets que je dise, sans troubler

la paix,( s'il en peut être aucune avec toi ) qui

règne entre nous, terre du Pont, toi que foule

sans cesse le coursier rapide de l'ennemi qui

t'environne; permets que je le dise : c'est

toi qui fais le plus cruel tourment de mon exil,

c'e&ttoi qui rends mes malheurs plus lourds à

supporter. Jamais lu ne respires le souffle du

printemps couronné de Heurs; jamais tu ne

vois le moissonneur dépouillé de ses vêtements;

KPISTOM PRIMA.

L'XORI.

jËcjtior lasouto pulsatiim rciuîgeprimum,

Quieque nec hosle fero, née nivc terra cares j

Ecquod erit tempos, cjuo vos ego Naso relinquam ,

lu minus lioslilem jussus abire loeum?

An mibi Barbaria vivenduin semperia isla?

JiU|ueTomitana couda roporlet humo?

Pace tua , si pax ulla est tibi , Pontica tellua f

Finiliuius rapido cjuain terit hostis equo 5

Pace tua dtxisse veliun ; lu pessima duro

Pars ta i» exstlio; tu mala nostra gratas.

Tu aeque fer seitiis cincluiu florcnte coroaa ;

Tu oequc messorum corpora nuda vides ;

l'automne ne t f otlre pas de pampre chargé de

raisins, mais un froid excessif est ta température

dans toutes les saisons, La gbee

enchaîne les mers qui te baignent f et les poissons

nagent prisonniers sous cette voile solide

qui couvre les flots. Tu n*as point de fontaines,

si ce n f est d f eai salée, boisson mm

propre peot-êire à irriter la soif qu f à l'apaiser.

Çà et làf dans les vastes plaines f s'élèvent

quelques arbres rares et inféconds, et les

plaines elles-mêmes semblent être nne autre

mer. Le chant des oiseaux y est inconnu t nuis

on y entend les cris rauques de ceux qui se

désaltèrent, au fond des forêts éloignées, à

quelque flaque d'eau marine. Tes champs

stériles sont hérissés d'absinthe» moisson amére,

et bien digne du sol qui la produit. Parlerai je

de ces frayeurs continuelles, de ces attaques

incessantes dirigées contre tes villesf paru

ennemi dont les flèches sont trempées dans in

poison mortel; de Féloignement de ce piys

isolé, inaccessible, où la terre if offre pi

Nec tibi paropiûeas autumnua porrîgit M?ai.

Guncta sed immodicum tempora frigu* babenl»

Tu glaeie frela vîncta tenes; et ia «pore pmtm

luclusus tecta sappe natavit aqua.

Nec tibi suât fontes, laticis niai piene mariai;

Qui potus dubium sistat ilatot sitim.

Rara , aeque faa?e felif, in apertis eniiaet arrb

Arbor^ el in terra est allen forma maris.

Non avis obloquilur, siltis nisi ai qui reraolis

/Equoreaa raueo gutturt petit aquaa.

Tristia per vaeuos borrent absintbia camp»,

Coiifeniensque suo mesais tmara loi».

Adde metus, et quod munis pobatar ab bette,

Tinctaque moKifera labcsagitta madel|

Quod proctil bacc regio est, et ab oinni deria cwnm;

Née pede quo quisquam, nec ra(e tutus mL 3t


pfusdesêreté an piétonsque la moraux navigateurs?

11 n'est donc pas étonnant quef cherchant

nn terme à tant de maux 9 je demande

avec instancenn antre exil. Ce quîest étonnant,

chère épouse, c f est que tu« n'obtiennes pascette

faveur t c v est qie te» larmes ne coulent pas au

récit de mon infortune, fa me demandes ce

qne tu dois faire? demande-le plutôt à toimême

; tu le sanrassï ta ? eux en effet le sa? oir.

Mais c 9 est peu de vouloir f 1 faut pour cela

désirer avec ardeur; il faut que de tels soucis

abrègent ton sommeil. La volonté, beaucoup

d'antres font sans doute» car est-il in

homme assez cruel pour regretter que je goftte

nn pu de repos dans mon exil? Mais toi9

c'est de tout ton cœurtde toutes tes forces que

tu dois travailler à me servir. Si d'autres m'accordent

leur appui 9 ton zèle doit remporter sur

celui même de mes amis; toif ma femme9 tu

dois ca tout leur donner l'exemple*

Mes écrits t'imposent un grand rôle ; tu y es

citée comme le modèle des tendres épouses ;

crains de compromettre ce titre» si tu veux qu'on

croieà la véritéde niesélogeset au courage avec

lequel tu soutiens l'œuvre de ta renommée.

Quand j'ensevelirais mes. plaintes dans le silence,

b renommée se plaindrait à-ma place,

si je ne recevais de toi tous les soins que je

dois en attendre. Ma nouvelle fortune m'a

#xposéaux regards du peuple ; elle m'a rendu

plus célèbre que je ne l'étais jadis. Capanée»

ffan igitur ntlram f fiaem qncrentibus ttorum

Atttra fi oubli naque rogator humus.

Te inigii est roiram non hoc sincère f conjui j

loque mais lacrj mat po§s€ tenere malie.

#uid facial, qu»rit? qnœras hoc tcttieet ipium ;

lnveoiea, f ère ai reperire tôles.

¥elle prum fat : ©upiaa, ni re ptiaria, oportct j

Et facial somnos bec tibî cura bre?ci.

f elle reor multoe ; quia auim mibi Um ait Inîquus,

Optet ut eieiUum pace carere meum ?

Padore te toto, cunctiaque incumbere ner?ia »

Et miti pro me noete diequt deeet.

Utque juvent alii, tu debee vincere amïeoi,

tJiorf et ad partea prima tcoiri toaa.

Magna tibi imposita.est notlrit persona libellis :

Coojagia ciimplum diccris eaaa bon«.

liane cate dégénérée : ut aïntpreconia noatra

fera Ida, famaa qu« tuearia opoa.

Ui nibil ipae que tir, tadto me fama qoeittur,

§•• débet, fuerit ni tibi cura mei.

Eipoauit Dite me populo fortune videndum,

fit §lu§ aotitM, quam fuit ente, dédit.

LES PORTIQUES. m

frappé de la foudre» en acquît plus de célébrité;

Âmphiâfâis » englouti avec ses chevaux dansle

sein de la terre» n'est inconnu à personne.

Le nom d'Ulysse serait moins répandu si

ce héros eftt erré moins longtemps sur les

mers ; Philoctète enin doit à sa blessure une

grande partie de sa gloire. Et moi-aussi» si

toutefois mon- modeste nom n'est pas déplacé

parmi de si grands noms f mes malheurs ont

fait ma célébrité. Mes vers ne permettront ps

non plus qye tu restes ignorée » et déjà tu leur

dois une renommée qui ne le cède en rie* à

celle de lattis de Cos. Ainsi toutes tes actions

serontlivrées au contrôle du public sur un vaste

théâtre» et une multitude de spectateurs attestera

ta piété conjugale. Crois-moi» toutes les

fois que ton éloge revient dans mes vers» la

femme qui les lit s informe si lu les mérites

réellement: et s'il en est plusieurs» comme je Je

pense » qui sont disposées à rendre justice à tes

vertus, il en est plus d'une aussi qui ne manquera

pas de chercher à critiquer tes actions; fais

donc en sorte que l'envie ne puisse dire de loi:

€ Cette femme est bien lente à servir son malheureux

époux 1 i et puisque les forces me

manquent» que je suis incapable de conduire

le char, tâche de soutenir seule le joug chancelant.

Malade» épuisé» je tourne les yeux vers

le médecin ; viens à mon aide» pendant qu f il

me reste encore un soufle de vie; ce que je

ferais pour loi si j'étais le plus fort, toi qui pos-

Notior «t fictiîs Capanem a fulminis îrlii ;

Notus bumo mersis âmphïaraus equts ;

Si minus errasse! , notui minus esset Uljssesj

Magna Pbilodetsvulntre fama auo est.

Si loeua est aKquis tante inter nomina partit,

Nosquoque conaptcuoa nostra ruina facit.

Nec le nesciri palitur mea pagina ; qua non

Inferius Coa Battide nomen babes.

Quicquïd âges igitury srena speetabere magna ;

Et pta non partis tesiibos uior tris.

Crede mibi; quoties laudaris carminé nostra

Qus legit bas laudes an mereart rogat.

Ulque faterereor plures tirtutibus istis,

Sic tua non paucœ carpere facta voient.

Quart tu prœsta5 ne litor dicere posait ;

Hœc est pro mise ri lente salute ?irr.

Quutnque ego deieiam , nec posai m dueere turruin

Fac tu sustineas débile soif jitgum.

Ad medicum spectej ténia fugientibua œger :

Ultime parsanim» dum mibi restât, ades.

Qundque ego prestarem , si te magis i|ise Yalercm f

ld mibi | quum taleas fortius , ipsa refer. T2


y

796 OVIDE.

aèdes cet heureux avantage, tais-le aujourd'hui.

Tout l'exige, notre amour commun, les lien»

qui nous unissent, ton propre caractère.

ha plus, tu le dois à la famille dont tu fais

partie; sache l'honorer par les venus de ton

sexe autant que par tes services. Quoi que tu

fasses, si ta conduite n'est pas entièrement

digne d'admiration, on ne pourra croire que

tu sois l'amie de Marcia. Du reste, ces soins que

je demande, je crois les mériter, et si tu veux

en convenir, j'ai mérité aussi de toi quelque

reconnaissance. H est vrai que j'ai déjà reçu

avec usure tout ce que j'étais en droit d'attendre,

et l'envie, quand elle te voudrait, ne pourrait

trouver prise sur toi. Mais à tes services

passés, il en est an pourtant qu'il faut ajouter

encore : que l'idée de mes malheurs te porte à

oser davantage; obtiens que je sois relégué

dans un pays moins horrible, et tous tes devoirs

seront accomplis, le demande beaucoup, mais

tes prières pour moi n'auront rien d'odieux;

et quand elles seraient vaines, ta défaite serait

sans danger. Ne t'irrite pas si tant de fois,

dans mes vers, j'insisie pour que lu fasses ce

quetu faisréellement^etque tu»oissemblable à

toi-même. Le son de la trompette anime au

combat les plus braves, et la voix du général

excite les meilleurs soldats. Ta sagesse est connue

; à toutes les époques de ta vie, tu en as

donné des preuves ; que ion courage égale donc

ta sagesse. 11 ne s'agit pas de t'armer pour moi

Exigil hoc tocialit amor, fadutque marituin :

Moribus hoc, conjux, exigu ipsa luit.

Ilocdomui débet, de qua censeria, utillam

Non magis officiia , quam probilate, colaa.

Cuncta licet fbcias, niai aia laudabilia uxoc,

Non polerit credi Marcia culta tibi.

Née sutnus uidigui; nec, si «is vera fateri,

Debetur meritii gratis nulia ineia.

Reddilur alla quidem grandi cum fanore nobia;

Nec te, ai copiât lœdere, livor babet.

Sed tamen boc factie adjunge prioribua ununr»,

Pro noalria ut aia ambition malia.

Ut minus infeaU jaceam regione, labora :

Ctauda nec officii para erit alla tui.

Magna pelo, aed non tamen invidiosa roganti :

Ulque ea non teneas, tuta repuisa tua eat.

Nec uiihi auccente, lotie» ai carmin* nostro,

Quod facia, ut faciaa, teque imitere, rogo.

Fortibua adsuerit tubicen prodesse, auoque

Dux bene pugnantes incitât ore viroa.

Nota tua est probitas, teatataque tempua in omue :

Sil riKua etiam non probilate minor.

Nos tibi Amazonia est pro me auuteuda securia,

de la hache des Amazones, ni de porter (fut

main légère le bouclier écham-ré; il s'agiU'implorer

un dieu, non pour m'obtenir ses faveurs,

mais l'adoucissement de sa colère. Si lu n'as

pas de crédit, tes larmes y suppléeront; par

les larmes, ou jamais, on fléchit les dieux.

Mes malheurs pourvoient amplement à ce qoe

les tiennes ne tarissent pas ; celle dont je su»

l'époux n'a que trop de sujets de pleurs. Telle

est ma destinée, pour toi sans doute à jamais

lamentable; telles sont les richesses dont ma

fortune te fait hommage.

S'il fallait, ce qu'aux dieux ne plaise! racheter

ma vie aux dépens de la tienne, l'épouse d'Admète

serait la femme que tu imiterais. Ta deviendrais

rivale de Pénélope, si tu cherchais,

fidèle à tes serments d'épouse, à tromper par

une ruse innocente des adorateurs trop pressants.

Si tu devais suivre an tombeau les mina

de ton époux, Laodamie serait ton guide,Ta

te rappellerais la fille d'f pbias, si ta voulais le

jeter vivante dans les flammes d'un bûcher.

Mais tu n'as besoin ni de mourir ni d'entreprendre

la tâche de Pénélope: il ne faut nu*

prier L'épouse de César, celte femme dont h

vertu et la pudeur donnent à notre siècle an

éclat que n'efface pas celui dessièclesantkjneset

qui, unissant les grâces de Vénus à la chasteté Je

Junon, fut seule trouvée digne de partager b

couche d'un dieu. Pourquoi trembler à sa vue?

Pourquoi craindre de l'aborder? Tes prières

Ant excita leri pelta gerenda manu.

Numen adorandum eat ; non ut mihi fiatsmicwn,

Sed ait ut iratum, quam fuit ante, minus.

Gratia ai nulla est, laerymaa tibi gralia fient :

Hac potes, aut uulla , parte movere Deoi.

Quai tibi ne desint, bene per niala noslra avclar;

Meque viro Ocndi copia dires adest.

Ulque inea res «tint, omni, puto, tempore flebà:

Ii

(las fortune tibi noslra minitlrat opes.

| Si mea mort redimcnda tua, quod abominor, ettti,

I Admeti conjux, quam tequererit, erat.

' /Emula Penelopea fierea, ai fraude pudica

I Instantes Telles fallere nupta procos.

1

Si cornes exslincti manea aequerere mariti,

j Essel dux facti Laodainia lui.

Ipbiat ante oculoa tibi erat ponenda, volenli

Corpus in acreusos mittere forte rogos.

Mil oput est lelo, nil Icariotide tela ;

Cssaris at conjux ore precanda tno;

Qua praeslal virlute sua , ne prisra veluilas

Laude pudicitia ssecula noslra premal;

Quœ Vénerie formam , mores Junonis habeot\

Sula est cœlcsti digna reperta toro.


ne doivent s f adresser ni à l'impie Procné» ni

à la tille d'iEétès, ni aux brus d'Égyplus, il à

rodienae épouse d'Agamemnon t ni à Scylla,

doit les lancs épou?antent les lots du détroit

de Sicile; li i la mère de Télégonust habile à

donner aux hommes de noufclles 'formes; ni à

duse» doit la chetelure est entrelacée de

serpents. Celle que tu dois léchir est la

première des femmes» celle que la Fortuie

a choisie pour prouver qu'elle n'est pas toujours

aveuglef et qu'onlen accise à tort;celle enfin

qoi9 dans le monde entier, du couchant à l'aurore,

ne trouve personne de plus illustre qu'elle,

excepté César. Cherche avec discernement et

saisis aussitôt l'occasion de l'implorer» de peur

que ton navire, en quittant le portf ne lutte

contre une mer orageuse. Les oracles ne

rendent pas toujours leurs arrêts sacrés f les

temples eux-mêmes ne sont pas toujours ouverts.

Quand Eome sera dans l'état ou je suppose

qu'elle est maintenant 9 l«irsqu f aucune

douleur ne viendra attrister le visage du peuple»

quand la maison d f âuguste9 digne d'être

honorée comme le Capitolef sera f comme aujourd'hui

( et puisse-t-elle l'être toujours! )f au

miiett de l'allégresse et delà paix f alors lassent

lesdieox que tu trouves un libre accès 1 alors

espère dans l'heureuse issue de tes prières.

SI de est occupée d'intérêts plus graves, diffère

encore, et crains f par trop de hâte» de renverser

mes espérances. Je ne t'engage pas non

Qoid trépidas? quid adiré tïmctf non împia Proene,

Filiare iEeta wmm motenda tua est :

Pec nurus Jîgypti , née mm Agamemnonis «sur 9

Scyllaqnc, qu« Sieulas inguint terret aquas;

Tclegonito parent tertendis nata figuria,

Neia?e nodosas angne Médusa comas.

Femina sed princeps , la qui Portttna rider*

Se probat, et eseess cri mina falsa tolit ;

Qua nibil In terris9 ad Inem sflis ab ortit

Clarius , eteepio Castre} nrandos habit.

Eligito tempus f eaptatain sepe rogandi,

Eieat adtersa ne tua Davis aqua.

Non temper saeftis redduatoraeula sortes ;

tpsaque non omni tempore fana patent.

Qnam status urbis erit, qoalem ntme augurer este,

Et nultus ppuli contrefait ora dolor ;

QuQin donios Augusli , Capitol! more eolenda 9

Laata, qudl est, et ait, plenaqne pacïs erit j

Tum tilii Dl faciant adeundî copia fiât;

Profcctura aliquid tum tua terba puta.

Si quid aget majus, differ tua capta ; ca?eque

Spem festlnand© preeipitare meam.

Mec miras jubeo, dwn ait taenisiima, quœras :

LES P0MT1QCES. Til

plus à attendre qu'elle soit entièrement libre;

à peine a-t-elle le loisir de songer à sa parure.

Le palais fût-il entouré du majestueux cortège

des sénateurs, il faut que tu pénètres jusqu'à

elle f en dépit des obstacles. Arrivée en pré

sence de cette nouvelle Junon f n'oublie pas le

rôle que tu as à remplir.

N'excuse pas ma foute ;. le silence est- ce qui

convient le mieux à une mauvaise cause; que

les paroles ne soient que d'ardentes prières.

Laisse alors couler tes larmes» et, prosternée

aux pieds de l'immortelle, tends vers elle tes

mains suppliantes; puis demande seulement

qu'on m'éloigne de mes cruçis ennemis ; qu'il

me suffise d'avoir contre moi la Fortune. J'ai

bien d'autres recommandations à te faire; mais

déjà troublée par la crainte» tu pourras à

peine, d'une voix tremblante, prononcer ce

que je viens de te dire. Le trouble, si je ne me

trompe, ne saurait te nuire : qu'elle sente

que tu redoutes sa majesté. Tes paroles entrecoupées

de sanglots n'en serviront que mieux

ma cause : parfois les larmes ne sont pas moins

puissantes que les paroles. Fais encore que cette

tentative soit favorisée par un jour heureui 9

une -heure convenable » et inaugurée par de

bons présages. Mais avant tout, allume le feu

sur les saints autels, offre aux grands dieux

l'encens et le vin pur, et que ces honneurs

s'adressent surtout à Auguste, à son fils pieux»

à celle qui partage sa couche. -Puissent-ils te

Corporis ad cultom t il tacai tlla sni.

Caria quum patribua fucrit stipata t e rendis y

Par reram turbam tu quoque oportet eas.

Quum tibi oontigerit tultum lunonis adiré 9

Fac sis poraono, quam tueare, memor.

H ce factum défende meum ; roala causa siltnda est :

Nil niai sollicite tint tua terba preees.

Tnm Uerymis demenda mort est, submissaqite terra

Ad non mortales faracMa tende pedes.

Tuni pete nil aliod, seto niai ab hostc recédant :

Hcstem Fortunam fit satis tsse mibi.

Plura quidem subamit; sed jam turbata timoré

Hoc quoque ?» poteris ore tremente loqui.

Suspicor hoc damno tibi non fore ; scntkt illa

Te majestattm pertimuisse enain.

Nce tua si letu setndantur terba , noceblt :

interdit si lacry ma pondéra racis faafaent.

Lus etiain cosptis faeito bona talibua adeit,

Horaque contenions f anapieimnque lavene»

Sed prins , imposito sanctis allaribus igni 9

Tura fer ad magnos tinaqne pura Deot.

E quibua aille omnes Auguttom nuinen adora -,

Progeniemqoe piam, participmque ton. ICI


TOJ OVIDE.

témoigner encore lenr bienveillance habituelle,

et voir d'un œil attendri couler tes larmes !

LETTRE II.

A COTTA.

Plaise aux dieux, Colla, que cette lettre et

les vœux que j'y fais pour toi te trouvent en

aussi bonne santé que je le désire ! Mon assurance

sur ce point diminue mes souffrances, et

ta santé fait celle de la meilleure partie de

moi-même. Lorsque mes autres amis, découragés,

abandonnent mes voiles déchirées

par la tempête, lu restes comme la dernière

ancre de mon navire fracassé ; ton amitié m'est

donc bien douce, et je pardonne à ceux qui

m'ont tourné le dos avec la fortune. La foudre

qui n'atteint qu'un seul homme en épouvante

bien d'autres, et la foule éperdue tremble d'effroi

près de la victime. Quand un mur menace

ruine, (Inquiétude rend bientôt désert l'espace

qui l'environne. Quel est l'homme un peu

timide qui, de peur de gagner un mal contagieux

, ne se hâte de quitter son voisin malade?

Ainsi quelques-uns de mes amis m'ont déhissé,

non par haine pour moi, mais par excès de

crainte. Ni l'affection ni le zèle pour mes in­

tint utinam mita aolito tibi more, tuasqoe

Non duris kerymas TuUibus adapiciant.

EPISTOLA II.

COTTJS.

Qitain tegis a nobts miesem tibi, Colla, satutean ,

Mien «il al tere, perreniatque, precor.

Nainqua meissospes muUura crucialibusaufers,

Utque tit e nobis pan bona salra, îacis.

Quumque labent alii, jactataqae vêla rdiuqjuant,

Tu lacerai romanes anebora sola rati.

Crata tua est igitur pietas : ignoscimus illi»,

Qui cura fortune terga dedere fugee.

Quant Tenant uoum, non unum fulmina terrent t

Junctaque percueeo turba parère solet :

Quumque dédit paries veniurae signa ruines,

SoUieilo vaenua fit locus ilie metu.

Quia non e limidia tegri contagia vital,

Vicsinum meluena ne trabat inde malunt?

Ne qfioque amicorum nimio terrore metuque,

Non odio, quidam deslitnere mei.

Rem illis pielas, non oflirion TOIUQUS

térêts ne leur a manqué; ils ont redouté b

colère des dieux. S'ils peuvent sembler trop

circonspects et trop timides, ils ne méritent

pas qu'on les flétrisse du nom de méchants.

Ainsi, dans ma candeur, j'excuse les amis qui

me sont cbers ; ainsi je les justifie de tout

reproche à mon égard. Qu'ils s'applaudissent

de mon indulgence, et puissent dire que mon

propre témoignage est la preuve éclatante de

leur innocence. Quant à toi et au petit neobre

d'amis qui auraient cru se déshonorer en me

refusant toute espèce de secours dans mon

adversité, le souvenir de leurs bienfaits ne

périra que lorsque de mon corps consumé

il ne restera plus que des cendres. Je m

trompe ; ce souvenir durera plus que ma vie, si

toutefois la postérité lit mes écrits. Un corps

est le tribut que réclame le bûcher; mais un

nom, mais la gloire échappent aux ravages

des flammes. Thésée est mort, le compagnon

d'Oreste Vesl aussi; cependant ils vivent par

les éloges qui consacrent leurs belles actions.

Nos descendants rediront aussi vos louanges,

et mes vers assureront votre gloire. Ici, déjà,

les Sarmates et les Gèles vous connaissent,

et ce peuple de barbares est lui-même sensible

à votre généreux attachement. Comme je les

entretenais, de la fidélité que vous m'avrz gtr»

dée ( car j'ai appris à parler le gète et le sirmale),

un vieillard qui se trouvait par hasard

Défait : adrersos eslimoere Deos.

Utque magis cauli poasunt limidique viderr,

Sic adpellari non meruere mali.

At meus excusai earoa ita candor amieos,

Utque habeant de me criuiina nulla, favet.

Sinl bac coolenli renia , aiguenlque licebil

Purgari factuin , me quoque teste, suiim.

Pars estis pauei potior, qui rébus in arctis

Ferre mibi nullam turpe putastis opéra.

Tune igitur merili morielur gratia vestri,

Quum cinis absumto corpore factuf ero.

Fallar, et illa meœ superabit tempora fila*,

Si lamen a meniori posterilate legar.

Corpora debenlur mœstis exsanguia butlis :

Effugiuut struckts nomen honorque rogos.

Occidil el Theseus, et qui comitavil Oresteo :

Sed lamen in laudes vivit uterque SUM.

Vos eliam seri laudabunt sepe Dépotes,

Glaraque erit scriptis gloria restra meis.

Hic quoqne Sauromats» jam vos novere, Getoqne,

El taies animos barbara turba probaU

Quumaue ego de veslra nuper probilaU nkrrttn,

Nam didiri getice sarmaiieeque loqui >


dtos l'assemblée, répidaità ce qu f H tenait

d'entendre, ions raconta m qui suit :

• Étrangers, habitants des rites du Daube»

et loin de vus climats f

LES POETIQUES. 7S3

nous aussi nous

connaissons bien le nom de famille. 11 est

dans II Scythle un pays que nos ancêtres ont

nommé Tiurlde et qui n v est pas très-éloigné

de celui des Gèles. C'est là que je suis né9 et

je n 9 en rougis pas. Mes compatriotes adorent

la déesse sœur d'ApUon. Son temple, soutenu

pr de gigantesques colonnes» y existe encore

aujourd'hui f et Ton y monte par un escalier

de quarante degrés. La renommée rapporte

qu'autrefois II y avait dans ce temple une

statue de la divinité, venue du ciel ; et ce

qui ne permet pas d'en douter» c'est que

la base en est encore debout. Un autel dont

la pierre, à son origine, était blanche a changé

de couleur; Il est devenu rouge du sang qui

l'arrosa. Une femme pour qui ne brilla jamais

le lambeau d'hyménée, et qui surpasse en noblesse

toutes les filles de la Scythle» préside aux

sacrifices. Tout étranger doit tomber sous le

le fier sacré de la prêtresse : tel est le genre de

sacrifices institua par nos aïeux. Là régna

Thoas, prince célèbre dans les Palos-Méotides,

et plus célèbre encore dans tous les pays baignés

pr les eaux de l'Euxin. Sous son règne,

je ne sais quelle Iphigénîe y vint, dit-on» à travers

les airs. On prétend même que Diane la

transporta, dans un nuage, au-dessus des mers

¥mH senti quidam t cœtu quuin staret in illo,

Iteddldltad Dostroa talia terba sonos :

Nos quoque amieitia? nomeii berne nofitnus , hospes,

Quot procul • fobis frigidus f star habel.

Est locus in Scjtfala, Taurosque diiere priores,

Qui Getica longe non Ita distat humo.

Hac ego SUBI terra f patrue nec pœnlie19 orttu.

Gomortem f j^y ggQ| mi^ jm DealmB

Templa maneni faodlt waslis inniia coluiiinls,

Pcrquc quatcr denot iior In illa gradus.

Fama refert, illic signum céleste fuisse ;

Quoqut minus dublles 9 ttat basia orlia Dea.

âraque , qwm fuerat oatura candida saxi,

Deoolor adfuso tincta craore rubel.

FtHîiaa sacra facït f îmàm non nota jugali t

Qu« auperat Seythicaa nobititatt nurus.

Sacrifie! genm est, aie lostiluere prion-a ,

Àdiena firgîueo «sus ut ense cadat.

Etgna Tboas faabmit, M «solide clarus In ora :

Nec fuit Euxiûii notior aller aquïs.

Sceplra tenente illo, liquidas feclsse per auras

Nescio quant dicunt tpbigenian itrr;

QIWII kf Ibus t cutis tut aube per lequora f iclam

et sur les aies des vents, et qu'elle la déposa en

ces lieux. Depuis plusieurs années elle présidait,

selon les rîtes, au culte de la déesse, prêtant,

malgré elle, sa main à ces devoirs sanglants,

quand deux jeunes hommes, portés sur un

navire aux voiles rapides, abordèrent à notre

rivage. Tous deux de même âge, leur amitié

était aussi la même. Oreste était l'un, et l'autre

Pylade : la renommée a conservé leurs noms.

Ils furent aussitôt conduits à Fautel redoutable

de Diane, les mains liées derrière le dos. La

prêtresse grecque arrosa d'eau lustrale les

deux prisonniers, puis ceignit leur chevelure

d'une longue bandelette. Pendant qu'elle prépare

le sacrifice, qu f elle couvre lentement leur

iront du bandeau sacré, qu'elle Imagine tous

les moyens possibles de retard : • Pardonnez,

dit-elle, ô jeunes gens: ce n'est pint moi

qui suis cruelle; les sacrifices que j'accomplis

sont plus barbares que ce pays même 9 mais

telle est la religion de ce puple. Gepndant

de quelle ville venez-vous? quelle route cherchiez-vous

sur votre navire aux tristes présages

?» Elle dit, et la pieuse prêtresse, en entendant

nommer leur ptrie, apprend qu'elle est

aussi la sienne, c Que l'un de vous, dit-elle alors,

soit immolé au pied de l'autel, et que l'autre

aille l'annoncer au séjour de vos pères. • Pylade,

décidé à mourir, exige de son cher Oreste

qu'il soit le prteur du message. Oreste s'y

refuse ; tous deux se disputent ainsi la gloire

Creditur bis Pfaœbe deposuisse locîs.

Prefuerat templo roultos ea rite per anuos,

lutita pfrageas trlstia sacra maou ;

Quum duo velifera jutenes renere cariua,

Presseruiilque suo litora nostra pede.

Par fuit bis stas, et amor : quorum aller Oresles,

Aller eral Pjlades ; nomina fama tenel.

Protinus imroitem Tri? iae ducuntur ad ara m,

Etincti gemlnas ad sua terga manus.

Spargit aqua captos luslrali Graia sacerdos,

Ambial ut fulfas infula lotiga comas.

Dumque parai sacrum , dura Te lai tempora vittic,

Bum tardœ causas in?cnit usque mor* :

Non ego cradelis ; jutenes , igiioscite , diiit ;

Sacra suo facio barbariora loeo.

Rilua is est gentia : qua fus tamen urbe ?eiiiiis?

Quote parum fausla puppe petistis iter ?

Diiil : et, audtlo palri« pia nomme , firgo,

Consorles urbis comperit esse su«.

Aller at e vobïs 9 ioquil9 cadat boslia sacrlj

Ad palrias se des ountius aller eat.

Ire jubet Pflades carum, perilurus , Oresteu ;

Hic aegat| ioque ficem pugoat uterque mon, m


y

-m

oviw;.

de mourir l'un pour l'autre. Ce fut la seule

fois qu'ils ne furent point d'accord; jusqu'alors

aucun différend n'avait altéré leur union. Pendant

que les jeunes étrangers font assaut de

dévouement, la prêtresse trace quelques lignes

qu'elle adresse à son frère : elle lui donnait des

ordres, et, admirez les hasards de la vie humaine,

celui qu'elle charge de les transmettre

était son frère lui même. Aussitôt ils enlèvent

du temple une statue de la déesse, s'embarquent,

et fuient secrètement à travers les vastes

mers. L'amitié admirable de ces jeunes gens,

quoique bien des années se soient écoulées depuis,

a encore une immense célébrité dansjtoute

la Scythie. »

Lorsque le vieillard eut achevé cette histoire,

déjà fort répandue dans cette contrée, tous les

auditeurs applaudirent à cette conduite, à cette

pieuse fidélité. C'est que sur ces bords, les plus

sauvages du monde, le nom de l'amitié attendrit

aussi ces cœurs farouches. Que ne devezvous

pas faire, vous, enfants de la capitale de

FAusonie, lorsque de telles actions adoucissent

l'insensibilité même des Gèles, toi surtout,

Colla, dont le cœur fut toujours tendre, et

dont le caractère est un si noble indice de ta

haute naissance? Ces qualités ne seraient

désavouées ni par Yolésus, qui a donné son

nom à ta famille, ni par Numa, ton ancêtre

maternel : ils applaudiraient à ce surnom de

Cotta, ajouté au nom d'une antique maison,

Eulitit hoc unum , quo non convenerit iilis :

Gâtera par concors et sine lite fuit.

Dum peragunt pulchri jurenes certamen amorii,

Ad fratrem scriptas exaral illa notas :

Ad fratrem mandata dabat, cuique illa dabanlur,

Humanos casus adspice, frater erat.

Nec mon ; de templo rapiuot simulacra Diana?,

Clamque per immeosas poppe ferunlur aquas.

Miras amor juTenum , quamvis abiere toi anni,

In Scythia magnum nuncquoque nomen habet.

Fabula narrata est postqoam yulgaris ab illo,

Laudarunt omnes facta piamque fidem.

Seilicet bas etiara, qua nulia ferocior, ora

Nomen amiciti» barbara corda mo?et.

Quid facere Ansouia genîti debetis in urbe,

Quura tangant diros talia facta Gelas ?

Adde , qned est animus semper tibi milis, et alto

Indicium mores nobilitalis babet j

Quos Volesus palrii cognoscat nominis auctor ;

QQOS Numa maternus non neget esse suos :

Adjectique probent genUWa ad nomina Cotta;,

Si ta non esses, interilura domus.

laquelle sans toi allait s'éteindre r Digne héritier

de cette longue suite d'aïeux, songe qu'il

sied aux vertus de ta famille de secourir un

ami tombé dans la disgrâce.

LETTRE III.

A FABIUS MÀXIMUS.

Maxime, toi la gloire de la maison des Fabius,

si tu peux donner quelques instants à on ami

exilé, accorde-moi cette faveur, tandis que je

vais te raconter ce que j'ai vu, et ce qui e&t

ou l'ombre d'un corps, ou un être réel, ou

simplement l'illusion d'un songe.

Il faisait nuit : à travers les doubles ballants

des mes fenêtres, la lune pénétrait brillante et

telle qu'elle est à peu près vers le milieu du mois.

J'étais plongé dans le sommeil, le remède ordinaire

de tous les soucis, et une molle langueur

enchaînait mes membres sur mon lit, quand

tout à coup l'air frémit, agité par des ailes, et

ma fenêtre, légèrement secouée, fit entendre

comme un faible gémissement. Saisi d'effroi,

je me lève appuyé sur le bras gauche, et le

sommeil s'enfuit, chassé par mes alarmes. L'Amour

était devant moi, non pas avec ce visage

que je lui connaissais jadis, mais triste, abattu

et la main gauche armée d'un bâton d'érable.

I II p'avait ni collier au cou, ni réseau sur la tête;

Digne vir bac série, lapso tuccurrere amico

Conveniens istis moribus esse pata.

EPISTOLA III.

FABIO HAX1MO.

Si ?acatexiguum profugo dare tempos amico,

0 sidns Fabiac, Maxime , genlis, adrs :

Dam tibi qua vidi referam ; seu oorporis ambn,

Scu Tori speeies , seu fuit ille sopor.

Nox erat : et bifores inlrabat Luna fenestras,

Mense fere medie quanta nitere solet.

Publics me requies curarum somnns babebst,

Fusaque erant toto languida membra toro :

Quum subito pennis agitatus inhorruit aer,

Et gemuit parro mots fenestra sono.

Territus in cubitum relevo mea membra finislnun,

Pulsus et e trepido pectore somnns «bit.

Stabat Amor vultu non quo prius esse solebat,

Fulcra tenens leva tristis aeerna manu;

Nec torquem collo, nec babens crinsle capillis,

Nec bene dispositas contins, ut ante, corn». 41


LES P0KT1QUES. 7icere magoorum passas es acta doeum.

Formittn exigeas, aliqoas tamen, arcus et ignis

ingenti vires commiouere mei.

r^s»sn«{ue ego dam canto tua régna, tasrqne parentis,

JD nnllam mes mens grande vacavit opus.

IS«-< «Mtis id fuerat ; stultus quoque carmina feci,

.A s-tibas ut posses non rudis esse meis ;

Psro


196 0V1D&

qae César» toi ie?ea 9 puisque Enée est ton

frère» gouverne l'empire t et tienne soumis à

son sceptre tont i f univers I Fais en sorte que

sa colère ne soit ps Implacablef et que

faille 9 s'il le veut bien,, eipier ma faute dans

in lieu moins affreux!' » C'est ainsi qu'il me

semblait prier à Teefant ailé9 et voilà la réponse

qne je crus entendre : c Je jure pr mon

lambean et pr mes lèches f par ces armes

également redoutablesf par ma mère, pria

tête sacrée de César9 que tes leçons ne m 9 ont

rien appris d'illicite, et que» dans ton Art ém


LETTRE IV.

A RUPIN.

Ovide, ton ami, t'adresse, ô Rufinus, de son

exil de Tomes, l'hommage de ses vœux sincères

et te prie en même temps d'accueillir avec

LES PONTIQUES.

faveur son Triomphe, si déjà ce poème est

tombé entre tes mains. C'est un ouvrage bien

modeste, bien au-dessous de la grandeur du

sa jet; mais, tel qu'il est, je te prie de le protéger.

Un corps sain puise en lui-même sa

force, et n'a nul besoin d'un Machaon ; mais

'e malade, inquiet sur son état, a recours aux

sonseiis du médecin. Les grands poètes se passent

bien d'un lecteur indulgent; ils savent

captiver le plus difficile et le plus rebelle. Pour

moi, dont les longues souffrances ont émoussé

le génie, ou qui peut-être n'en eus jamais, je

sens que mes forces sont affaiblies, et je n'attends

de salut que de ton indulgence; si lu

me la refuses, tout est perdu pour moi; et si

tous mes ouvrages réclament l'appui d'une faveur

bienveillante, c'est surtout à l'indulgence

que ce nouveau livre a des droits. D'autres

poêles ont chanté les triomphes dont ils ont été

les témoins ; c'est quelque chose alors d'appeler

sa mémoire au secours de sa main, et d'écrire

ce qu'on a vu; moi, ce que je raconte,

mon oreille avide en a à peine saisi le bruit,

EPISTOLA IV.

RUF1NO.

HBC tibi non vanam portantia verba salutem,

Naso Tonrilana raittitab urba tut» ;

Otque auo faveas mandat, Rufine, triumpho ;

In vestras venit si tamen ille manus.

E»t opus exiguum, vaslisque paratibt» impar,

Quale tamen cumque est, ut tueare rogo.

Firma valent per se, nullumque Macbaona quœrunl •

Ad medicam dubius confugit «cger opem.

Non opna est magnis placido lectore poetis :

Quainlibet invitum difficflemque tenent.

Nos, quibos ingenium longi minuere labores,

Aul etiam nullum forsitan ante fait,

Viribus înBrmi, vestro candore valemus :

Quem miht si demas, omnia rapta putem.

Cunctaqoe qoum met sint propenso nixa fsvore,

Pnedpuum venies jas habet ille liber.

Speclalum vatea alii soripsere triumphum.

Est aliquid ineniori visa notare manu.

Noa ea vix avidam vulgo captata pcr aurein

Scnpsimus : atqoe oculi fsms fuere mei.

707

et je n'ai vu que par les yeux de la renommée-

Peut-on avoir les mêmes inspirations, le même

enthousiasme, que celui qui a tout vu, qui a

tout entendu? Cet argent, cet or, celle pourpre,

confondant leurs couleurs éclatâmes, ce

spectacle pompeux dont vous avez joui, ce n'est

point là ce que mes yeux regrettent ; mais l'as­

pect des lieux, mais ces nations aux mille for­

mes diverses, mais limage des combats, auraient

fécondé ma muse ; j'aurais puisé des inspirations

jusque sur le visage des rois capUfi»,

ce miroir de leurs pensées. Aux applaudisse­

ments du peuple, à ses transports de joie, le

plus froid génie pouvait s'échauffer, et j'aurais

senti, à ces acclamations bruyantes, mon

ardeur s'éveiller, comme le soldat novice aux

accents du clairon. Mon cœur fût-il plus froid

que la neige et la glace, plus froid que le pays

où je languis exilé, la figure du triomphaieur

debout sur son char d'ivoire aurait arrache

mes sens à l'engourdissement. Privé de tels

secours, n'ayant pour guide que des bruits incertains,

ce n'est pas sans motif que je fais un

appel à ta bienveillance. Je ne connaissais ni les

noms des chefs ni les noms des lieux ; à peine

avais-je sous ma main les premiers matériaux.

Quelle partie de ce grand événement la renommée

pouvait-elle m'apprendre? que pouvait

m'écrire un ami? Jen'en ai que plusdedroit, 6

lecteur, à ton indulgence, s'il est vrai que j ai

Scilicet adfectus similes, aut impetus idem,

Rébus ab auditis eonspicuisque venit?

Nec nitor argenti, quem vos vidistis, et auri,

Quod mibi defuerit, purpuraque illa, queror :

Sed loca ,'sed gentes format» mille figuns

Nutrissent carmen , prajUaque ipsa , meure.

Et reguni vullus, certissima pignora mentis,

Juvissent aliqua forsitan illud opus.

Plausibus ex ipsis populi, lœloque favore,

Ingenium quodvis incaluisse potest.

Tamque egosumsissem tali elangore vigorem ,

Quam rodis audita miles ad arma tuba.

Pectora sint nobis nivibus glacieque licebit,

Atque hoc, quem palior, frigidiora loco :

Illa ducis faciès, in curru stantis ebtirno,

Excuteret frigus sensibus omne meis.

His ego deîectus, dubiisque anetoribus usus,

Ad vestri veni© jure favoris opem.

Nec mibi nota ducum, oec sunt mibi nota locorom

Nomina : materiam vix taabucre manus.

Pars quota de tantis rébus , quam fama referre,

Aut aliquts nobis scribere posset, erat?

Q„o magi., o lector, debe. ignower.,.. qa.d

Erratum est Mie, preteritunive mini.

44


7SB OVIDE.

«ommis quelque erreur, ou négligé quelque fait ! mon héros? Que nul po€te, je te prie, ne m'ac­

D'ailleurs, ma lyre, éternel écho des plaintes de cuse ici de venir faire le procès à ses vers; ma

son maître, s'est prêtée difficilement à des chants muse n'a parlé que pour elle. Poêles, voira

d'allégresse; après une si longue désuétude, sainte mission m'est commune, si toutefois les

à peine si quelques mots heureux naissaient malheureux ont encore accès dans vus cbœws.

sons ma plume. U me semblait étrange que je Amis, vous eûtes toujours une grande pari

me réjouisse de quelque chose. Gomme les dans ma vie, et je n'ai pas cessé de vous être

yeux redoutent l'éclat du soleil dont ils ont présent et fidèle. Souffrez donc que je vous

perdu l'habitude, ainsi mon esprit ne pouvait recommande mes vers; puisque moi-même

s'animera des pensées joyeuses. La nouveauté je ne puis les défendre. Un écrivain n'a

est aussi, de toutes les choses, celle qui nous guère de succès qu'après sa mort; car l'envie

plaît le plus : un service qui s'est fait attendre s'attaque aux vivants, et les déchire misérable'

perd tout son prix ; les écrits publiés à l'envi ment. Si une triste existence est déjà presque la

sur ce glorieux triomphe sont lus sans doute, mort, la terre attend ma dépouille, et il ne

depuis longtemps, par le peuple romain ; c'é­ manque plus à ma destinée, pour éire accomtait

alors un breuvage offert à des lutteurs plie, que le séjour de la tombe. Enfin, qoaad

altérés, et la coupe que je leur présente les chacun critiquerait mon œuvre, personne, d«

trouvera rassasiés ; c'était une eau fraîche qu'ils moins, ne blâmera mon zèle; si mes forces ont

buvaient, et la mienne est tiède maintenant. failli, mes intentions ont toujours été dignes

Cependant je ne suis pas resté oisif; ce n'est d'éloges, et cela, je l'espère, suffit aux dieux.

pas à la paresse qu'il faut attribuer mon retard; C'est pour cela que le pauvre est bienvenu an

mais j'habite les rivages les plus reculés du pied de leurs autels, et que le sacrifice d'une

vaste Océan, et, pendant que la nouvelle arri­ jeune brebis leur est aussi agréable que celui

ve eo ces lieux, que mes vers se font à la hâte, d'un taureau. Au reste, le sujet était si grand

et que l'œuvre, achevée, s'achemine vers vous, que même le chantre immortel de l'Iliade eût

une année peut s'écouler. En outre, il n'est fléchi sous le poids ; et puis, le char trop fai­

point indifférent que ta main cueille la première ble de l'élégie n'aurait pu, sur ses roues inéga­

rose, intacte encore, ou qu'elle ne trouve plus les, soutenir le poids énorme d'un tel triomphe.

que quelques roses oubliées. Est-il donc éton­ Quelle mesure emploierai-je désormais? je

nant, lorsque le jardin est épuisé de ses fleurs, l'ignore. Ta conquête, fleuve du Rhin, nous

que je n'aie pu tresser une couronne digne de présage un nouveau triomphe, et les présagei

Adde, quod, adsiduam domtai méditait querelaai,

Ad Uetum earmen vix mea versa lyra est.

Vii boua posl taotoquerenti verba «titubant,

Et gaudere aliquid, res mibi ri» nova est.

Utque reformidant insuelum lumina solam,

Sic ad laliliam mens mea segnis erat.

Est quoque cuDctaram novitas carissima rerom :

Gratiaque officio, qood mon tardai, abest.

Caetera cerlatim de magna scripta triompbo

Jam pridem populi suspicor ore legi.

lila bibit si liens, lector mea pocula plenus :

111a récent pota est, nostra tepescil aqua.

Non ego eessavi, née feeit inertia sérum :

Ultime me vasli sustinet on freti.

Dum venil hue mtnor, properataque carmina fiant,

Faelaque eunt ad vos, annos abtste potest.

Nec minimum refert intacts rosaria prîmus.

An sera carpes paene relicta manu.

Quid mirum, leetis eibausto floribus borlo,

Si duce non facta estdigoa corona suo ?

Deprocor haec valum contra sua carmina ne quis

Oieta pulet : pro se Musa locut» mea est.

Sunt mibi vobiscum communia sacra, poeùo,

In vestro miseris si licet esse choro.

Magnaque pars animas mecum vixislis, amioi :

Hac ego non absens vos quoque parte colo.

Sint igitur vestro mea eommendata favori

Carmina, non possum pro quibus ipse loqui.

Scripta placent a morte fere : quia ledere TîTOS

Livor, et injuslo carpere dente solet.

Si genus est raortis maie vivere, terra morator,

Et desuul falis sola sepulcra mets.

Denique opus nostr» culpetur nt undique cure,

Officium nemo qui reprtbendat erit.

Dt desint vires, tamen est laudanda voluoiss :

Hac ego contentos auguror esse Deos.

Haec facit ul veniat pauper quoque gratus ad aras,

Et plaœat caaso non minus agna bore.

Res quoque tanta fuit, quanta subsisteresummo

Uiadosvati grande fuissetonui.

Ferre eliam molles elegi tam vasta triumphi

Pondéra disparihus non poluere rôtis.

Quo pede nunc utar, dubia est sententia nobis

Aller cuim de le Rhene, triumphusadett


des poètes ne sont point menteurs. Donnons à

Jupiter un second laurier, quand le premier est

vert encore. Relégué sur les bords du Danube

et des fleuves où le Gète, ennemi de la

paix, se désaltère, ce n'est pas moi qui te parle ;

ma voix est la voix d'un dieu, d'un dieu qui

m'inspire et qui m'ordonne de rendre ses oratJes.

Que tardes-tu, Livie, à préparer la

pompe et le char des triomphes ? Déjà la guerre

engagée ne te permet pins de différer. La perfide

Germanie jette les armes qu'elle maudit.

Bientôt tu connaîtras la vérité de mes présages ;

bientôt, crois-moi, ils se réaliseront. Pour la

seconde fois, ton fils recevra les honneurs du

triomphe, et reparaîtra sur le char qui le porta

naguère; prépare le manteau de pourpre dont

tu couvriras ses épaules glorieuses; et la couronne

peut déjà reconnaître cette tête dont elle

est r habituel ornement. Que les boucliers et les

casques étincellent d'or et de pierreries; qu'audessus

des guerriers enchaînés s'élèvent des armesen

trophées; que les images des villes, sculptées

d'ivoire, y apparaissent ceintes de leurs

remparts, et qu'à la vue de ces images nous

croyions voir la réalité ; que le Rhin, en deuil

et les cheveux souillés par la fange de ses roseaux

brisés, roule ses eaux ensanglantées.

Déjà les rois captifs réclament leurs insignes

barbares et leurs tissus, plus riches que leur

fortune présente. Prépare enfin cette pompe

Irrita verorom non font pnesagia vatom :

Danda Jori laurus, dnm prior illa rirai.

Nec mea rerba legis, qui sum submotus ad Islrum,

Non bene pacatis flamina pota Getis :

Ista Dei vox ett : Deus est in peclore nostro :

flsec duce pnedico vaticinorque Deo.

Quid cessas currum pompamque parare trinmphis,

Liria ? jam nallas dant tibi bella muras.

Perfida damnatas Germania projtcit hastas :

Jam pondus dices omen habere meum.

Grade, brarique fides aderit, geminabit hoDorem

Filins, et junctis, ut prius, ibit eqois.

Prome, quod injicias humeris rictoribus, ostrum ;

Ipsa potest solitum oosse oorona caput.

Souta, sed et galeso gemmis radienluret aaro,

Steatque saper riactos trunca tropea riros.

Oppida turritis cingantur eburnea maris ;

Fietaqae ras Tero more patetar agi.

Squallidos immissos fracta sub arandinecrines

Rbenus, et infecta* sangoine portet aqoas.

Barbara jam eapti poscunt insigfcia rages,

Teitaque fortuna dititiora sua.

Et que preterea rirtas inricta tuorum

Sape parata tibi, sape paranda faut.

LES P0NT1QUES. T99

dont la valeur des tiens a si souvent exigé le

tribut, et qu'elle exigera plus d'une fois encore.

Dieux qui m'ordonnâtes de dévoiler l'avenir,

faites que bientôt l'événement justifie

mes paroles I

LETTRE V.

A MAXIME COTTA.

Tu te demandes d'où vient la lettre que tu

lis; elle vient du pays où l'Ister se jette dans

les flots azurés des mers. A cet indice, tu dois

te rappeler l'auteur de la lettre, Ovide, le poète

victime de son génie. Ces vœux, qu'il aimerait

mieux t'apporter lui-même, il te les envoie,

Cotta, de chez les Gètes farouches. J'ai lu, digne

héritier de l'éloquence de ton frère, j'ai lu

le brillant discours que tu as prononcé dans le

forum. Quoique, même pour le lire assez vite,

j'aie passé bien des heures, je me plains de sa

brièveté.;- mais j'y ai suppléé par des lectures

multipliées, qui toutes m'ont causé le même

plaisir. Un écrit qui ne perd rien de «on

charme à être lu tant de fois a son mérite

dans sa valeur propre, et non dans sa nouveauté.

Heureux ceux qui ont pu assister

à ton débit, et entendre ta voix éloquente!

En effet, quelque délicieuse que soit l'eau qu'on

nous sert, il est pins agréable de la boire

Dt, quorum monitu sumus eventura loeoti,

Verba, precor, céleri noatra probate fide.

EPISTOLA V.

MAXIMO COTTJB.

Quam legis, unde tibi mittatur epistola, quarts ?

Hine, ubi eeruleis jungitur Ister aquis.

Ut regio dicta est, succurrere débet et aactor,

Lsesus ab ingenio Naso posta suo ;

Qui tibi, quam mallet pressens ad ferre salutem,

Mittit ab birsutis, Maxime Cotta, Getis.

Legimus, o juvenis patrii non degener oris,

Dicta tibi pleno verba diserta foro.

Que. quanquam lingiu mibi sont properante per bons

Lecta satis multas, pauea fuisse qaeror.

Plura sed bsec feei relegendo ssepe ; née aoqnam

Hase mibi, quam primo, grata fuere magis.

Qaumque nibil toties lecta e duleedine perdant,

Viribus illa suis , non noritate, placent.

Felices, quibus haro ipso cognoscera in actu,

Et tara facundo oontigitora frui !

Nam , quanquam sapor est adlata dulds in «ode, 17


90§

OVIDE.

à m snurce même ; il est aussi plus agréable de

cueillir ui fruit eu attirait à soi la branche qui

le porte que de le preudre sur ui plat ciselé ;

et pourtant, sans la faute que f ai faite» sans cet

e^il que je subis à cause de mes vers» ce discours

que j'ai lu, je l'aurais entendu de ta bouche.

Peut-être môme, comme cela m'est arrivé

souvent* choisi parmi les centeniers, aurais-je

été fui de tes juges. Ce plaisir eût été bien

plus vif à mon cœur, quand, entraîné par la

véhémence de tes paroles» je t'aurais «doué

mon suffrage. Maïs puisque le sort a voulu quey

loin de vous, loin de ma patrie» je vécusse au

milieu des Gètes inhumains, je t v Sans doute il sent un vide qui ne peut éé&ir.

Toi qui parlais beaucoup de moi quand fétÉ

à lome f le nom d

en conjure, du

moins, pour tromper ma douleyrt envoie-moi

souvent le fruit de tes études» aln qu'en te lisant

je me croie près de toi. Suis mon exemplef

si j'en suis digne; imite-moif toi qui devrais

être mon modèle. Je tâche» moi qui depuis

longtemps ne vis plus pour vous 9 de me

iiire revivre dans mes œuvres, Rends-moi la

preille, et que je reçoive moins rarement ces

monuments de toi géoie, qui doivent toujours

n'être si précieux. Dis-moi cependant, ô mon

jeune ami, toi dont les goils sont restés les

mêmes, ces goits ne me rappellent-is ps à ton

souvenir? Quand tu lis à tes amis les vers que

tu viens d'achever, ou quand9 suivant la coutomet

tu les leur lais ire, ton cœur se plaint-il

quelquefois, ne sachant m qui lui manque!

f Ovide vient-il encore quiquefois

sur tes lèvres? Que je maire percé et

flèches des Gèles (et ce châtiment, tu le sais»

pourrait suivre de près mon parjure) si, migré

mon absence, je ne te vois presque chaque

instant du jour. Grâces aux dieux, k posée

va où elle voit ; quand, paria pensée, faim e» invisible,

au milieu de lome, Miuvent jeprteanc

toi, souvent je t'entends parier; i mienit difficile

de te peindre la joie que j 9 en éprane, et

combien cette heure fugitive m f §ffre de charmes.

Alors, tu peu m f encroîref je m'ingne,

nouvel habitant du ciel, jouir, dans la incité

des dieui, du céleste bonheur; puis, ftiidje

me retrouve ici, j f ai quitté le ciel et les dieu,

et la (erre du Pont est bien voisine du Stji.

Que si c'était malgré la volonté du detfia que

j'essa fasse d'en sortir, déMvre*moi9 Hasarde

cet imite espoir.

LETTRE VI.

• u n A U .

Des rives du Pont-Eium, Ovide envoie «Ht

courteépître à son ami, qu'il i presque août

Mais s'il eût été asset imprudent p§ur écrire

Gratins a ipao font* bibwitfifaqiMi :

Et magia iddocto poorain dcearptrarwiio,

Quin de caalata auinere lance , juvat.

ât nisi ptcetsseni! nisi me met lliiti fugaaaet f

Qund legi , tua f 01 eihibuiaael ©pua»

Ctqiie fui aolitoa , aedina m foraitan tutus

Du eantuin judei in tua vtrba viria.

Major et impîeaact praeaordia noatra voloptaa,

Qnmn traherer dirtia admitraiiiqtie tuis.

Quem queutant fatum! lobif patriaque relictit}

Inter inbumanoa matait este Qataa ;

Quod lioct | ut vidaar tacum magia tut, legeidu,

S«pe, pweer, ftudii plgoora mitte toi :

Eiempleque mm f nisi dedignaris id ipsum ,

Dtere : qned nobii rectiw ipae daim

Namqua ego, qui perii jam pridem, Matima, vebia,

Ingenio niter 1100 periiaae me©.

Eedde siéent ; née rart fui monnmenta laboria

Aceipiant noatna, grata futura , rnanua.

Die tamen, 0 jute nia atudiorant plane meorant ,

Eequid ab hit ipslt admotictre mai f

Ëeqnid, obi aut recitas factura modo eennen iniidsy

Aut, qudl s«pe aolea, erigia at récitent ,

Interdum qutwtur tua mena, oblita f nid absit ?

NesdoipMd carte aentil abeiataii:

Utque taqui da ma multam pwaentt aettaa ,

Nuncquoque Naaenia ntmieo in ort teoeatf

Ipsc quiJcm Getice ptraam ?iolatua ab ara,

Et , fit perjurl quant prope pœna, mimf

Te niai momentit màm p«ne emnibaa abaaoa ;

Gratia Dta, menti quolibet ira liât.

Hanc ubi p€rfanif nulli €emendiiiy in irlefaf

S»p« icMpor toeumî aape loquentefrotr.

Tuai, mibï difEcilc cat » faam fit bane, dk«{ fana^M

Gandida judiciis hora sit iUa mais*

Tain ma, ri qua fldaa, eaalaati aade r«eplaii f

Gttm fortniiatia tuapioor mm Drii.

luraua, ut hue radii, «Imn Sopaivaqia laUafaa;

A Stjp mm ionp Poniea diitat bumaa.

Cnda ego si lato nitor pmbibaite raterti 9

Sptm sine profactnf MaiÉnt! tolla nibi

EPISTOLà VI.

âMICOlOM CtllDlll.

Naao iuo, mmm poaait cui pama9 aodali

Mittît ab Emuiis hm bteta cirnieii aqoia.


«nom» cette préoccupation de l'amitié eût

peut-être excité tes plaintes. Et pourtant,

lorsque d'autres amis n'y voient aucun danger,

pourquoi seul demandes-tu que je ne te nomme

pas dans mes vers. Si tu ignores combien César

met de clémence jusque dans son ressentiment,

c f est moi qui te rapprendrai. Forcé d'être le

propre juge du châtiment que je méritaisf je

n'aurais pu rien ôter à celui qui m'est iniigé.

César ne défend à personne de se rappeler un

ami, il me permet de décrire comme il te le

permet! toi-même. Ce ne serait pas un crime

pour toi de consoler un ami f d f adoucir par de

tendres paroles la rigueur de sa destinée.

Pourquoi 9 redoutant des périls chimériques 9

évoquer f à force de les craindre f la haine

sur d'augustes divinités? Nous avons vu plus

d'une fois des hommes frappés de la foudre se

ranimer et revivre» sans que Jupiter s'y opposât.

Neptune, après avoir mis en pièces le vaisseau

d'Ulysse» ne défendît point à Leucolhoé

de secourir le héros naufragé. Crois-moi » les

dieux immortels ont pitié des malheureux;

leur vengeance ne poursuit point sans relâche.

Or» il n'est point de divinité plus clémente

qu f Auguste, lequel tempère sa puissance par sa

justice-11 vient d élever à celk-ei un temple de

marbre; mais depuis longtemps elle en avait

un dans son cœur. Jupiter lance inconsidérément

ses foudres sur plus d'un mortel, et

ât , si cautâ parum scripiiaset désire , quis esses,

Forsitan offleio parti querela foret.

Gur tamen, hoc aliii iuttiiii credenlibus, tmus 9

Appellent ne te carmint nostra, rogasl

Quanta sitin média démentit Gœsaris ira f

El ine | il neads, certîor esse potes.

Huicegti9t|tiafii patior, nil posseui demere peso»,

Si jndei meritl cogérer esse mai.

Mon vetat iHe sui quemquain meminisse sodaUi,

Nec prohibe! libi me scribere, tequs mibi.

Mec icelm admittas 9 si consolerii amicum,

llollibus et rerbis aspera fa ta le?m.

Cur, diiro tnta limes, faeisul reterentia talis

Fiai in âugustos intidiosa Deos ?

Familial adilalos ioterdum TîTère telis

¥idïmus) et reici 9 non prohibente Joie :

Nec, quia Nt»ptuous navem lacerarat Ulyssis,

Lencothee uanli ferre negavit opem.

Crede mibi, miseris cû»le§tia numina pareunt f

Ncc semperlaesos et sine fine prémuni.

Principe nec oostro Deus est moderatior ullus :

Juslitia fires tempérât ille suas.

Ntper eam Cœsar, facto de marnaore templo,

T. IV.

LES POETIQUES. gfl|

ceux qu'elles atteignent ne sont pas touségab

ment coupables. De tous les infortunés préci»

pités par le roi des mers dans les lots impitoyables

f combien peu ont mérité d'y étrt

engloutis! Quand les plus braves guerriers périssent

dans les combats» Mars lui-même f Je

l'en atteste, est souvent injuste dans le choix

de mê victimes. Mais si tu veux interroger chacun

de nous» chacun avouera qu'il a ménté sa

peine; je dirai plus : il n f est plus de retour possible

à la vie pour les victimes cfu naufrage,

de la guerre» et delà foudre: et César a accorde

le soulagemenldeleurs peines» ou fait grâce entière

à plusieurs d'entre nous. Puisse-t-il, je

l'en conjure, m f admettre dans le nombre de ces

derniers ! Quand nous vivons sous le sceptre

d'un tel prince, tucrois t'ex poser em entretenant

des rapports avec un proscrit? le te permettrais

de pareils scrupules sous la domination

d'un Busiris ou du monstre qui brûlait des

hommes dans un taureau d'airain. Cesse de

calomnier, par tes vaines terreurs» une âme

compatissante : pourquoi craindre» au milieu

d'une mer tranquille, les perfides écueils? Peu

s'en faut que je ne m'estime moi-même inexcusable

pour l'avoir écrit le premier sans signer

mon nom ; maïs la frayeur et Tétonnement m'avaient

ôté l'usage de ma raison » et, dans ma

nouvelle disgrâce» je ne pou?ais prendre conseil

de mon jugement, llcdoaiaot ma mauvaise

Jampridem posait mentis in œde suœ.

Juppiter in multos temeraria fulmina torquet f

Qui pœnara culpa non meruere pari.

Obruerit sœfîsquum lot Deus œquoris undis,

El illis mergi pars quota digoa fuit ?

Quunt perçant acie fortissiina quajque , subipso

Judlce, delectus ilartis iniquus eril.

âtf si forte velis in nos inquïreref nenio est

Qui sfe quod patitur. commeruisse neget»

âddef quod eistinctosTcl aqua, Tel Marte, Tel îgni,

Nu lia potest iteruin resliluisse dies.

Eestituit multos, aut pœnic parte leva?it

C«$ar ; et,in multis me velit esse , preeor.

An lu, quum lali populussub principe sionus,

Adloquïo profugi credis inesse nietum ?

Forsitan hœc domino Busiride jure tiraeres.

Aut solilo clausos urere in mm firos,

Desine milem animum f ano infamare timoré j

Sa??a quid in placidis saia fereris aquis ?

Ipse ego , quod primo scripsi sine uomine f obis t

Vii eicusari posse mihi videor.

Sed pa?or adtonilo rationis ademerat uium ;

Cesserai omne noîis consiliuraque malts.

SI


802

OVIDE.

étoile et non le courroux du prince, mon nom

en tête de mes lettres était pour moi-même un

sujet d'effroi. Maintenant que lu es rassuré,

permets au poëte reconnaissant de nommer

dans ses tablettes un ami qui lui est si cher. Ce

«erait une honte pour tous deux si, malgré

moire longue intimité, ton nom ne paraissait

point dans mes ouvrages. Cependant de peur

que cette appréhension ne vienne à troubler

ton sommeil, mon affection n'ira pas au delà

des bornes que tu me prescriras. Je tairai toujours

qui tu es, tant que je n'aurai pas reçu

l'ordre contraire. Mon amitié ne doit êtreà

chargea personne; ainsi toi, qui pourrais m'aimer

ouvertement et en toute sûreté, si ce

rôle désormais te semble dangereux, aime-moi

du moins en secret.

LETTRE VII.

A SES AMIS.

Les paroles me manquent pour vous renouveler

tant de fois les mêmes prières ; j'ai honte enfin

d'y recourir sans cesse inutilement. Et vous,

sans doute que ces requêtes uniformes vous

ennuient, et que chacun de vous sait d'avance

ce que je vais lui demander ; oui, vous connaissez

le contenu de ma lettre avant même d'avoir

rompu les liens qui l'entourent. Je vais donc

changer de discours pour ne pas lutter plus

Fortunamque me»m metuens, non vindicisirun,

Terrebartitulo nominis ipse mei.

Hactenus admonitus memori concède poète,

Ponat nt in chartis nomina cara euis.

Turpe erit ambobus, longo mihi proximns nra,

Si nulla Ubri parle legare mei.

Ne tamen iste metus somnos tibirampere posait,

Non oitra, quam vis, officiosos ero :

«eque tegam , qui sis, niai quum permiseris ipse.

Cogetur nemo munus habere meum.

Tu modo, qnem poteras tel aperte totus imare,

Si m est anceps ista, latonter a ma.

EPISTOLA VII.

AH1CIS.

Verba mihi desunt eadem tant saepe roganti,

Jamque pudet vanas fine carere preces.

Tasdia eonsimili fieri de carminé •obis,

Qoidque petam, cunctos edidicisse reor.

Nostra quid adportet jam noslis epistola, quamvia

Charta ait a vinclis non labefacta suis.

Erg© muletur scripti senlentia nostri,

longtemps contre le courant du fleuve. Pardonnez,

mes amis, si j'ai trop compté sur vous;

c'est une faute dont je veux enfin me corriger.

On ne dira plus que je suis à charge à ma

femme, qui me fait expier sa fidélité par

son inexpérience et son peu d'empressément

a venir à mon secours. Tu suporteras

encore ce malheur, Ovide, toi qui en as supporté

de plus grands : maintenant il n'est plus

pour toi de fardeau trop pesant. Le taureau

qu'on enlève au troupeau refuse de tirer la

charrue, et soustrait sa tête novice aux dures

épreuves du joug. Moi, qui suis habitué aux

rigueurs du destin, depuis longtemps tonte*

les adversités me sont familières. Je suis venu

sur les rives du Gèle , il faut que j'y meure,

et que mon sort, tel qu'il a commencé, s'accomplisse

jusqu'au bout. Qu'ils espèrent, ceux qui

ne furent pas toujours déçus par l'espérance;

qu'ils fassent des vœux, ceux qui croient encore

à l'avenir. Le mieux, après cela, c'est de savoir

désespérer à propos ; c'est de se croire, une fois

pour toutes, irrévocablement perdu. Plus d'une

blessure s'envenime par les soins qu'on y apporte

; il eût mieux valu ne pas y toucher. On

souffre moins à périr englouti tout à coup dans

les flots, qu'à lutter d'un bras impuissant contre

les vagues en courroux. Pourquoi me suis-je

figuré que je parviendrais à quitter tes frontières

de la Scythie, et à jouir d'un exil plus

i supportante?... Pourquoi ai-je espéré un

Ne toties contra, qnam rapit annis, tant.

Quod bene de yobis aperari, ignoscite, amiei ;

Talia peccandi jam mihi finis frit.

Nec gravis uxori dicar : que scilicet in me

Quam proba, tain timide est, eiperiensque paru».

Ilote quoque, Naso, feres ; etenim prjora talisti :

Jam tibi sentiri sareina nolla potest.

Du.-ilus ab armento tanrus detreclat aratrum;

Subtrahit et duro colla novella jugo.

Nos, quibus adsuerit fatam erudeliter uti,

Ad mais jam pridem non sumus nlla rudei.

Venimus in Geticos fines ; morùmur in illi*,

Parcaqnead extremom , qna mea onpit,eat

Spem juvet amplecti ; qu» non juvat irrita semper;

Et, fieri cnpias si qua , fntura potes. *

Proximns hnic gradua est, bene desperareialoteffl,

Seqne semel vera seire périsse fide.

Corando fieri qusdam majora Tidemus

Vulnera, qua* melins non tetigiisa fait.

Mitias ille périt, subits qui mergitnr nnda,

Qusra sna qui lomidia brachia lassât aquis.

Cur ego concepi Scythieis me posse carere

Finibus, et terra prosperiore frai ?


adoucissement à mes peines? La Fortune m'avait-elle

donc livré ses secrets? Je n'ai fait

qu'aggraver mes tourments, et l'image de ces

lieux, qui se représente sans cesse à mon esprit

, renouvelle mes douleurs et me reporte

aux premiers jours de mon exil. Je préfère cependant

que mes amis cessent de s'occuper de

moi, que de fatiguer leur zèle a des sollicitations

inutiles. Elle est difficile à aborder sans doute,

ô mes amis, l'affaire dont vous n'osez vous

charger, et cependant, si quelqu'un osait parler,

il trouverait des oreilles disposées à l'entendre.

Pourvu que la colère de César ne vous

ait poiot répondu par un refus, je mourrai

avec eourage sur les rives de l'Euxin.

LETTRE VIII.

• MAXIME»

Je cherchais ce que, du territoire de Tomes,

je pourrais l'envoyer comme un gage de mon

tendre souvenir. De l'argent serait digne de toi,

de l'or plus digne encore ; mais ton plaisir est

de faire, non de recevoir de tels dons. D'ailleurs

on ne trouve ici aucun métal précieux. A peine

l'ennemi permet-il au laboureur de remuer le

sein de la terre. La pourpre éclatante a plus

d'une fois brillé sur tes vêtements ; mais les

mains sarmates n'apprirent jamais à la teindre.

Car aliqnid de me sperari Ienras unqaam t

An fortuna mihi sic mea nota fuit?

Torqaeor en gwriua ; repetitaque forma locorom

Exsilium rénovât triste, reeensqne facit.

Est tamen utilins, itudiam cessasse meorura,

Qoam, quai admorint, non Talnisse prtces.

Magna quidem res est, quant non audetis, amici :

Sed ai quis peteret, qui dara veilet, erat.

Dummodo non vonit hoc Cassaris ira negarit ;

Portiter Eaxinia immoriemur aquis.

EPISTOLA VIII.

MAXIMO.

Que tibi, quœrebam, memorem testantia curara,

Dona Tomitanus mittere posset ager.

Dignus es argento, fulvo quoque dignior auro :

Sed te, quum donas, ista juvare soient.

Nec tamen haec loca sunt ullo pretiosa métallo :

Uostis abagricola YîI sinit illa fodi.

Purpura sœpe tuos fulgens prœtexit amiclusj

8ed non Sarraatica tingitur illa manu.

LES PONÎIQUES. 803

La toison de leurs troupeaux est grossière, et

les filles de Tomes n'ont jamais appris l'art do

Pallas. Ici les femmes, au lieu de filer, broient

sous la meule les présents de Cérès, et portent

sur leur tête le vase où elles ont puisé l'eau.

Ici point d'orme que la vigne couvre de ses

pampres comme d'un manteau de verdure. Ici

point d'arbre dont les branches plient sous le

poids de ses fruits ; des plaines affreuses ne

produisent que la triste absinthe ; la terre annonce

par ses fruits son amertume. Ainsi, sur

toute la rive gauche du Pont-Euxin, ton ami,

malgré son zèle à découvrir quelque chose, n'a

pu rien trouver qui fût digne de toi. Je t'envoie

cependant des flèches scytheset le carquois qui

les renferme ; puissent-elles être teintes du

sang de les ennemisl Voilà les plumes de celte

contrée; voilà ses livres; voilà, Maxime, la

muse qui règne en ces lieux. Je rougis presque

de t'envoyer un présent d'aussi modeste apparence,

reçois-le cependant avec bienveillance.

LETTRE IX.

A BRUTUS.

Tu me mandes, Brutus, que, suivant je ne

sais quel critique, mes vers expriment toujours

la même pensée; que mon unique demande est

d'obtenir un exil moins éloigné; mon unique

Vellera dura feront pecudes, et Palladis utt

Arte Tomitanas non didicere nurus.

Femioa pro lana Cerealia munera frangit,

Subpositoqne grafem vertiee portât aqnam.

Non bic pampineis amicitur Tiubus ulmos :

Nulla premunt ramos pondère poma sno.

Tristia déformes pariunt absintbia eampi,

Terraqne de fructu quam sit amara docet.

Nil agitur tota Ponti regione sioistri,

Quod mea sedulitas mittere posset, erat.

Clausa tamen misi Scythica tibi tela pharetra :

Hoste, precor, fiant illa cruenta tuo.

Hos habet hœc calamos, bos hœc babet ora libclios :

Hacc TÏget in nostris, Maxime, Musa locis.

Qun quanqoam misisse pudet, quia parva videntur,

Tu tamen base, quasso, oonsule missa boni.

EPISTOLA IX.

BRUTO.

Quod sit in fais eadem senteotia , Brute, libcllis,

Carmiua nescio quem carpere nostra refers :

Nil, nisi, me, terra frnar ut propiore, rogare; 5

5!.


S

804

$lamte, d'être entouré d'ennemis nombreux.

Eh quoi ! de tant de défauts que j'ai d'ailleurs,

wilà le seul qu'on me reproche! Si c'est là en

effet le seul défaut de ma muse, je m'en applaudis

; je suis le premier à voir le côté faible

de mes ouvrages, quoiqu'un poète s'aveugle

souvent sur le mérite de ses vers. Tout auteur

s'admire dans son œuvre ; ainsi jadis Agrius

trouvait peut-être que les traits de Thersite

n'étaient pas sans beauté. Pour moi je n'ai point

ce travers ; je ne suis pas père tendre pour

tous mes enfants. Pourquoi donc, me dirastu,

faire des fautes, puisque aucune ne m'échappe,

et pourquoi en souffrir dans mes

écrits? mais sentir sa maladie et la guérir

sont deux choses bien différentes : chacun a le

sentiment de la douleur; l'art seul y remédie,

souvent je voudrais changer un mot, et pourtant

je le laisse, la puissance d'exécution ne répondant

pas ù mon goût. Souvent (car pourquoi

n'avouerais-je pas la vérité ?) j'ai peine à corriger,

et à supporter le poids d'un long travail ;

l'enthousiasme soutient ; le poêle qui écrit y

prend goût; l'écrivain oublie la fatigue, et son

cœur s'échauffe à mesure que son poème grandit.

Mais la difficulté de corriger est à l'invention

ce qu'était l'esprit d'Arislarque au génie

d'Homère. Par les soins pénibles qu'elle exige,

la correction déprime les facultés de l'esprit ;

c'est comme le cavalier qui serre la bride à son

ardent coursier. Puissent les dieux cléments

Et, quam sim denio cinctoi ab hotte, queri.

O quam de multis vitium reprehenditur onam I

Hoc peccat tolum ri mea Mon, bene eat.

Ipae ego libroram video delieU meorum,

Quam sua plus justo carmina quisqne probet.

Auctor opus laudat : sic forsitan Agrius olim

Thersiten facie dixerit esse bona.

Judicium tameu bic nostrum non decipit error ;

Mec, quidquid genui, protinus iliud amo.

Gur îgitur, si me videam delinquere, peccem?

Et patiar scripto crimen inesse? rogas.

Non eadem ratio est, sentire et demere morbos :

Sensu» inest cunclis; tollitur arte mal uni.

Sepe aliquod cupiens verbum mu tare, reliaquo ;

Judicium vires destituantque meum.

Sape piget, quid enim dubitem tibi vera fateriî

Corrigera, et longi ferre laboris onus.

Scribentem juvat ipse faror, minuitque laborem,

Cumque auo crescens pectore fervel opus.

Corrigera at res est tanto magis ardua, quaato

Magnas Aristarchomajor Borneras erat.

8K auimuoi lento curarum frigore h»dit;

OVIDE.

apaiser la colère de César; puissent mes rata

reposer dans une terre plus tranquille, comme

il est vrai que toutes les fois que je tente d'appliquer

mon esprit, l'image de ma fortune

vient paralyser mes efforts ! J'ai peine a ne pas

me croire fou de foire des vers et de les

vouloir corriger au milieu des Gèles barbares.

Après tout, rien n'est plus excusable

dans mes écrits que ce retour presque continuel

delà même pensée. Lorsque mon cœur connaissait

la joie, mes chants étaient joyeux ; ils

se ressentent aujourd'hui de ma tristesse; chacune

de mes œuvres porte l'empreinte de son

temps. De quoi parlerais-je, si ce n'est des misères

de cet odieux pays? Que demanderai-je,

si ce n'estde mourir dans un pays plus beurenx?

En vain je le répète sans cesse ; à peine si l'on

m'écoute, et mes paroles, qu'on feint de ne

pas comprendre, restent sans effet. D'ailleurs,

si mes lettres sont toutes les mêmes, elles ne

sont pas toutes adressées aux mêmes personnes;

et si ma prière est la même, elle s'adresse

à des intercesseurs différents. Quoi donc!

Brutus, fallait-il, pour éviter au lecteur le désagrément

de revenir sur la même pensée,

n'invoquer qu'un seul ami? Je n'ai pas jugé le

fait d'une si haute importance: doctes esprits,

pardonnez à un coupable qui avoue sa faute.

J'estime ma réputation d'écrivain au-dessous

de mon propre salut. Le dirai-je enfin, le

poète, une fois maître de son sujet, peut le fa*

Dt cupidi cursor fraena retentat equi.

Atque ita Di mites minuant mihi Caesaris irsm,

Ossaque pacala nostra tegantur hurao;

Dt mihi, conanti nonnunquam intenderecarat,

Fortune species obstat acerba mec.

Vixque mihi videor, faciam quod carmins, stou,

Inque feris curem corrigera illa Getis :

Nil tamen e scriptis magis exensabile nostris,

Quam sensus cunctis paene quod unus inest.

Laota fera Lstus cecini ; cano tristia triitii :

Conveniens operi tempus utrumque suo est.

Quid, niai de vitio scribam regionia amanc?

Dtque solo moriar commodiore, precer?

Quum loties eadem dicam, rix audior ulli ;

Verbaqne profectu dissimutata carent.

Et tamen ha» eadem quum sint, non acribiraus IsdfO :

Unaque per plurea vox mea tentai opem.

An , ne bis sensum lector reperiret eundem,

Unus amicorum , Brute, roganduserat?

Non fuit hoc tanti ; confesso igooscite, docti :

Vilior est operis fama salute mea.

Deaique materise, quam quia sibi Gnxrrit ipe, 4T


çonner à son gré et de mille manières; mais

ma mute n'est que l'écho, hélas ! trop fidèle de

mes malheurs, etsa voix a toute l'autorité d'un

témoin incorruptible. Je n'ai eu ni l'intention

ni le souci de composer un livre, mais d'écrire

à chacun de mes amis. Puis j'ai recueilli mes

Arbitrio variât malt* poett >ao.

Mua met ett index nimiam qaoqae vert maloram,

Atqae ineorrapte pondéra teatis babet.

Ne* liber nt fient, ted utituacoique daretar

Litara, propocitam caraqae nottra fait.

LES PONTIQUES. 805

lettres et les ai rassemblées au hasard, afin qu'on

ne vît pas dans ce recueil, fait sans méthode, un

choix prémédité. Ainsi grâce pour des vers qui

ne m'ont point été dictés par l'amour de la

gloire, mais par le sentiment de mes intérêts

et le devoir de l'amitié.

Poatmodo collectât, otcamqae sine ordtae, janxi,

Hoc opas eleetam De mihi forte palet.

Di veniam aeriptis, quorum non glorianobb

Caota, ted atiliUsofficiumque, fiait. 5*


ViK. OVIDE.

LETTRE PREMIÈRE

A SKXTUS POMPÉE.

LIVRE QUATRIÈME.

Reçois, Sextus Pompée, ces vers composés

par celui qui te doit la vie. Si tu ne me défends

pas d'v écrire ton nom, lu auras mis le comble

à les bienfaits; si au contraire tu fronces le

sourcil, je reconnaîtrai que j'ai eu tort. Cependant,

le motif qui m'a rendu coupable est digne

de ton approbation: mon cœur n'a pu s'empêcher

d'être reconnaissant. Ne t'irrite pas, je t'en

conjure, de mon empressement à remplir un devoir.

Uh! combien de fois, en relisant mes livres,

me suis-je fait un crime de passer toujours ton

nom sous silence! combien de fois,quand ma main

voulait en tracer un autre, a-t-elle, à son insu, gravé

le lien sur mes tablettes ! Ces distractions, ces

méprises, je les aimais, et ma main n'effaçait

qu'à regret ce qu'elle venait d'écrire, c Après

tout, me disais-je/il se plaindra, s'il veut; mais

EPISTOLA PRIMA.

SEXTO POMPEIO.

Aecipc, Pompe!, dediicltim carnien ab illo,

Débiter est vilie qui tibi, Sexte, sua*.

Qui si non probibes a me tua nomina poni,

Accedet ineritis ba?cqnoque summa tuis,

Sive trahis vultus, eijiiiflcni perçasse fatekor :

IMictttamen est causa probanda moi.

Non potuit inea mens, quin essetgrata , teneri :

Sit, precor, officio non gravis ira pio.

0 quoties ego suni libris mîlii visus in istis

Impius, in nulb» quod legerere loco !

0 quoties y aliud vellem quum soribere, nomen

liellulit in reras inscia dexlra tuutii !

Ipse mtlii plaeuit inendis in talibus error,

2lxi\ invita fada litura manu est.

je rougis de n'avoir pas plus têt mérité ses reproches.

• Donne-moi, s'il en existe, de cette

eau du Léthé qui tue la mémoire du cœur; je

ne fen oublierai pas davantage. Ne t'y oppose

pas» je te prie; ne repousse pas mes paroles

avec dédain, et ne vois point ni crime dans

mon zèle; après tant de bienfaits» laisse-mu

ma stérile gratitude; sinon, je serai reconnais*

saut malgré loi. Tu fus toujours actif à nfappuyer

de ion crédit; tu m'ouvris toujours m

bourse avec le plus généreux empressement;

aujourd'hui même, ta bonté pour moi, loin de

s'effrayer de ce revers inattendu de ma fortune»

vient et viendra encore à mon secours. Peutêtre

me demanderas-tu d'où vient la cause de

ma confiance en l'avenir : c'est que chacun défend

l'œuvre dont il est le père. Comme la Ténus

qui presse sa chevelure ruisselante des lots

de la mer est l'œuvre glorieuse de l'artiste de

€os (1); comme les statues d'airain ou d'ivoire de

¥iderit ad summum} ilxl , licet ipse qnentor;

liane pudet ofTeusam non mentisse prit» !

Da mifaï, si quid ea est, bebeUntem ptetora Letbea ;

ûblîtus potero non tameii esse lui»

ldque siaas oro ; nec fastidita repellas

Verba ; nec ofBcio crimen ïuessc putes.

Et levis bacs ineritis referatur gratia tautis :

Sln minus , in,?ito te quoque gfatus cm*

Nunquam pîgra fuît nostris tua gratia rebu§f

Nec mibi muuificas arca negavit opes.

Nuoe quoque nil subitis clementia territa faits

Auxilium titœ fertque, feretquc mes.

Onde, roges forsan , Idueia tanta futun

Sit mibi?quod fecit, qitisque tuettir opna.

Ut Venus artîficialabor estetgloria Coi,

/Equoreo madidas qu» premit ambre i

Arcis ut Aetœœ veleburna : tel araea zmlm


LES POETIQUES. 807

j divinité protectrice de la citadelle d'Athènes tait ajouter du feuillage aux forêts. Telle fut

sont sorties des mains de Phidias (2); commeaussi Sévère, la cause de mon retard ; d'ailleurs, un»

Galamis (5) revendique ses coursiers, la gloire esprit ne répond plus comme autrefois à mon ap­

desonciseau; comme, enfin, cette génisse qui papel, et mon soc laboure inutilement un rivage

rait animée est l'œuvre de Myron (4); ainsi, Sex- aride. Gomme le limon obstrue les voies des catus,

je ne suis pas le moindre de tes ouvrages, et naux d'où l'eau s'échappe, ou que celle-ci, com­

je regarde mon existence comme un don de ta primée à sa source par quelque obstacle, est re­

générosité, comme le résultat de ta protection. tenue captive, ainsi le limon du malheur a étouffé

les élans de mon esprit, et mes Vers ne coulent

plus que d'une veine appauvrie. Homère

LETTRE IL

lui-même, condamné à vivre sur la terre que

j'habite, Homère, n'en doute pas, fût devenu

A SÉVÈRE.

Gète. Pardonne-moi cet aveu : j'ai mis du relâchement

dans mes éludes, et je n'écris même

Ces vers que tu Us te sont adressés du pays que rarement des lettres. Ce féu sacré qui ali­

des Gètes à la longue chevelure, à toi ; Sévère ( 1 ), mente le cœur du poêle, et qui m'embrasait

le poète le plus grand des plus grands rois, à autrefois, s'est éteint en moi ; ma muse est re­

toi que j'ai honte, s'il faut l'avouer, de n'avoir belle à sa mission, et quand j'ai pris mes ta­

point encore nommé dans mes livres. Si cepenblettes, c'est par force, pour ainsi dire, qu'elle

dant je ne t'ai jamais adressé de vers, de sim­ y porte une main paresseuse. Le plaisir que

ples lettres n'ont du moins jamais cessé d en­ j'éprouve à écrire est maintenant peu de chose,

tretenir, de part et d'autre, des rapports de ou plutôt il est nul ; et je ne trouve plus de

bonne amitié. Oui, seuls mes vers ne sont point charme à soumettre ma pensée aux lois de la

venus rendre témoignage de mon souvenir. Et mesure ; soit parce que, loin d'en avoir retiré

pourquoi t'offrir ce que tu fais toi-même? Qui aucun fruit, cette occupation fut la source de

donnerait du miel à Aristée, du vin au dieu du mes malheurs, soit parce que je ne trouve au­

Falerne, du blé à Triptolème, des fruits à cune différence entre danser dans les ténèbres,

Alcinoûs? La nature de ton génie est la fé­ et composer des vers qu'on ne lit à personne ;

condité, et de tous ceux qui cultivent l'Hélicon, l'espoir d'être entendu anime l'écrivain; les

il n'en est point dont la moisson soit plus abon­ éloges excitent le courage, et la gloire est un

dante. Envoyer des vers à un tel homme, c'é­ puissant aiguillon ! A qui pourrais-je ici réciter

Belliea Phtdiaca atat Det faeU manu j

Yendieat ut Calamia laudem, quoa fecit, equonun i

Dt (imilU ver» Taoca Myronia opua ;

Sic ego par* reram non ultime, Sexte, tuariun ,

Tutebzque feror munua opusque tu».

* EPISTOLA II.

8BVEBO.

Quod legta, e- Tatea magnorum maxime regum,

Venit ab intonsis usque, Severe, Getis.

Gojua adhnc nomen ooatroa tacuiue Iibelloa,

Si modo parmittia dicere vera, pudet.

Orba (amen oumeria ceaaavit epiatola nunquam

Ire per alterna* officiosa vices.

Garmina sola tibi memorem testantia caram

Non data aunt : quid enim, que facis ipse, daretn t

Quia Bel Aristeo, quis Baccho Tina Falerno,

Triptolemo fragea, poma det Alcinoo?

Fertile pectua babea, ioterque Helicona colentea

Oberiue nnlli provenit iata aegea.

Miltere caraen ad bunc, frondea erat addere cilvis :

Hec mjbi eonctandi causa., Severe, fuit.

Nec tamen ingenium nobia respondet, ut au la :

Sed aiecum alerili Tomere litua aro.

Scilicet ut limua veoas excaca t iu undia,

Leeaque aub presto fonte resistit aqua :

Pectora aie mea aunt limo vitiata malorum,

Et carmen vena pauperiore fluit.

Si quia in bac ipeum terra posuisset Homernm,

Eseet, crede mibi, factua etille Getea.

Da reniant faaao ; ttudiit quoque frena remiai ;

Ducitur et digitia litera rara meia. _

Impetua ille sacer, qui ralum pectora nutrit,

Qui priua in nobia ease aolebat, abett.

Vis renit ad partes, l'a suinte Musa tabeUet '

Imponit pigras pêne coact» manua.

Parraque, ne dicam aeribendi nulle voluptaa

Est mibi ; nec numerie nectere verba jurât.

Sire quod bincfruelue adeo non cepimus ullos,

Principium nostri res sil ut iata mali :

Sire quod in tenebris numeroaos ponere greaant,

Quodque legas nulli, scriberexarmen, idem est.

Excitât auditor atudium ; laudataqne virtus

Crescit ; et immensum gloria calcar babet.

Hic mea cui recitem, niai flâna acripta Coralli*, ST


408 OVIDE.

mat vers» si ce n'est aux Coralles à la blonde

che?élire (2) et aux autres peuples barbares,

riverains de lister? El pourtant» que faire seul

ici? comment employer mts malheureux loi-

§irs?fcommenl tromper la monotonie des jours?

Je i f aime ni le vinf ni le jeo, deux choses

qui font passer le temps inaperçu. Je ne

puis» comme je le voudrais, car la guerre y

met obstacle» voir la terre renouvelée dans sa

.culture, et me distraire de ce spectacle. Que

me reste-t-il donc, sinon les muses ? triste consobtion9

car les muses ont bien peu mérité de

moi! Mais toi qui9 plus heureuxf bois à la

fontaine d'Àonie, aime une étude qui t'a toujours

si bien réussi, lends aux muses le culte

que tu leur dois, et envoie-moi quelque nonveanté,

production de tes veilles, que je lise

àms mon e^il.

LETTEE III.

4 Cl AMI IHCOMSTàlT.

Dois-Je me plaindre ou me taire! aire ton

crime sans te nommer» ou te montrer aux

yeux de tous tel que tq es? Ton nom» je le passerai

sous silence; mes plaintes» tu pourrais

t'en gloriierf et mes vers pourraient t offrir

un moyen d^ célébrité. Tant que mon vaisseau

resta ferme sur sa carène solide, tu étais le

Qnatque iliti génies barbarot hier babet?

Scd quid aotut agam ? quaque infëlicia perdant

OU* materia 9 'tubripiamqoe dlemî

Hani quia nec finirai, nec ma tenet aléa fallu,

Par qua» clam tacitum tempus abire aolet ;

Nte me, quod cuptrein, si per fera bella licerct,

ObleelatcuUu terra notata auo :

Quid, nkî Piérides , aolatia frigide , restât f

Non beoe de nubit qu» meruere Qea»? '

At tu , eui bibitur feliciua Aonius fous 9

Dtiliteratudiqin quod tibi cedit, ama :

Sacraqie Mparum nierito cole j quodque legamus

Hue aliquod cnr« mille recentis opus.

EPIST0LA III.

âMICO IN8TABILI.

Conquérir, an taceam? ponam aine Domine crimen?

an Dotnm, qui aie, omnibus m$e velim ?

Nomme non utar, me commendere querela

Qocratorque tibi earniine fama meo.

Hum met puppîa erat valida fundata carini

Qsl noenm ••UM taira*, primiu eraa.

premier à vouloir voguer avec moi; maintenant

que la fortune a-ridé son front» tu te retires

au moment où lu n%nores pas que j'ai besoin

de ton secours; tu dissimules même, tu

veux faire croire que tu ne méconnais pas» etf

lorsque tu entends mon nom» tu demandes :

t Quel est cet Ovide? • Je suis, tu l'entendras

malgré toi, celui dont l'enfance fut la cronpa**

gne inséparable de ton enfance; celui qui fut

le premier conident de tes pensées sérieuses»

comme il partagea le premier tes plaisirs; celui

qui fut ton commensal» ton ami le plus assidu ;

celui que tu appelais ta seule muse; celui, enfin,

perfide» dont tu ne saurais cire s f il est encore

vivant» et dont tu ne pensas jamais à fkformer

le moins dp monde. Jamais je ne te fus

cher, et alors, tu l'avoueras» tu me trompais,

ou, si tu étais de bonne foi, ton inconstance est

montrée. Dis-moi donc quel motif de colère

a pu te changer? car si tes plaintes sont injustes,

les miennes ne le seront pas. Qui donc

t'empêche d f être aujourd'hui ce que tu étais

jadis? me trouverais-tu criminel par cela seul

que je suis devenu malheureux? Si tu ne m'assistais

ni de ta fortune ni de tes démarches» je

devrais du moins attendre de toi quelques mots

de souvenir. En vérité » j f ai peine à le croire»

mais on dit que tu insultes à ma disgrace» et

que tu ne m'épargnes pas les commentaires

injurieux. Que fais-tu, insensé? pourquoi te

M une quia contraiit fuitunt fortuna, rendit,

Auiilio poslcjiiiiïi §€Î§ opw ease tuo.

Diisimulai etiam , née me fis noete fideri,

Quique ait, andilo Domine, Naao, rogat.

Ille ego aum} quanqoain non fis audire , vtiu§ta

P«ne puer puero Junclus amicilia :

Ille ego, qui primus lut séria mmm tolebam y

Qui libi jucundis primus adesse joeis ;

Ille rgo convictor, densoque dumeslicus u*u ;

Ille ego judictis unïea Musa tuii.

Idem ego tum, qui nunc an ? if am, perf de, fiescis ;

Cura tibi de quo quaerere nulle fuit.

Sife fui nunquani carus, simulasse fa ter» :

Sou non Ingebas, in?enïere levis.

Die, âge, die aliquam, qu» te mutaferit, iram :

Nain niai juata lut est, jusla querela mea «t.

Qum le consimilem res nunc f état esse priori ?

An crimen , ecepi quod miser este , foeat ï

Si milii rébus opem nullam factisque ferebai,

fenissel ?erbis chirta notait tribut.

Vixequideiïi «v;lo. SPCI H iii^tiltnrr jacenti

Te mihî, nec ?erbii parecre, fama rtfert.

Quid facie , ah démena ? cor, si fortuna recédât f 23


endre (Tavanoe indigne des larmes de ceux qui

pleureraient toi naufrage» situ étais un jour

abandonné de la fortune? La fortune, montée

sur cette roue qui tourne sans cesse sous son

pied mal assuré; indique combien elle est inconstante

: une feuille est moins légère, le vent

moins sujet à tarier; toi seul, ami sans foi, es

aussi léger quelle, La destinée des hommes est

suspendue à un 11 fragile; survienne un accident,

et f édifice le plus solide s'écroule tout à

coup. Qui n'a entendu parler de f opulence de

Crésus? et cependant, captif, il dut la fie à

soi ennemi ; ce tyran si redouté naguère à

Syracuse trouve à peine, dans le métier le

plus humble, les moyens de prévenir la faim.

Qui fut plus grand que Pompée? et pourtant,

dans sa fuite, on ïentendit implorer, d'une

¥ok suppliante, Fassistance de son client. Celui

à qui l'univers entier avait obéi devint luimême

le plus pauvre des hommes; ce guerrier

fameux par son triomphe sur Jugurtha et sur

les Ombres, celui qui, étant consul, rendit

Rome tant de fois victorieuse, Marins, fut contraint

de se cacher dans la fange des marais,

au milieu des roseaux, et là, de souffrir des

outrages indignes d'un si grand capitaine. La

puissance divine se joue des choses humaines,

et c # est à peine si ïlnstant ou nous parlons

nous appartient. Si quelqu'un m'eût dit : • Tu

seras exilé dans le Pont-Euxin, où tu auras à

Naufragio laerjmas eripis ïpsc tuot

B«c Pea non etibili, quant ait levls y orbe fatetur ,

Qmm mmmmm iuhm sali pede semjif habeL

Quolibet cal folio, quavia incertîor aura,

Par illi leritas , improbe, sblt tua est,

OîïiBÎi mot bominum tenui pendentia llo,

El labito mm , qua ?tluere , raunt.

Divitia audite est cui non opulentia Grosi?

Hampe tamen filant eaptua ab botte tulit.

111e Sfracoeia modo formiilattis in urbt,

?k bumili duram rappulit arte famem.

Quid fuerat#Magno majusf temen ille rogarit

Sutamiisa fugiens toce cltentis opem :

Cuiqu© tiro totua terrarom paruît orbïi,

Indigna effectua omnibus ipse tnagîs.

Ille Jugurthïnii clarus, Cimbroque triumpbo,

Quo victrii tolita consul© Borna fuît,

In aœno latuit Marins, eanoaque paluatri,

Prrtulitet tanto multa pudenda riro.

Ludit lu bumanii ditina potentia rebua,

Et certain prœtens ?i% habet bora idem.

Lit na ad Euiinnm 9 ai quis mtbi diccrel , Ibis ,

Et «dues arcu ne feriare Get»;

LES POETIQUES. 8§§

craindre les atteintes de l'arc des Gètes, —Va,

eussé-je répondu, bois ces breuvages qui guérissent

les maladies de la raison ; bois le suc de

toutes les plantes qui croissent à Ânticyre. »

El pourtant fai souffert tous ces maux, et

quand même j'aurais pu échapper aux traits

des mortels, je ne pourrais éviter ceux du plus

grand des dieux. Tremble donc aussi, et sache

que le sujet de ta joie d'à présent peut devenir

plus tard un sujet de tristesse.

LETTRE IV,

â SEXTO! POUPÉE*

11 n'est point de jour où FAuster charge le

Mil d'assez de nuages pour que la pluie -tombe

sans interruption; il n'est pas de lieu tellement

stérile qu'il ne s f f mêle quelque plan te utile aux

buissons épineux. La Fortune irritée n'est pas

tellement rigoureuse qu f elle n'adoucisse, pr

quelque joief l'amertume du malheur; ainsi

moi, privé de ma famille, de ma patrîe9 de mes

amis, et jeïé par le naufrage sur les rives de la

mer Gétique, j'ai pourtant trouvé là une oceasion

de dérider mon front, et d'oublier mon infortune.

Je me promenais triste sur la grè?e

jaunissante f quand je crus entendre derrière

moi le frémissement d'une aile; je me retourne

i, bibe, disiaaem, purgaittt pectora auccoij

Quioqnid et in iota nascilurAnlicjra.

Sum tunen bat* pasius : née t si morlalia possem ,

Et aummi pteram iela catere Deî.

lu quoque fac timeas; et, qu« tibi lacta f îdentur,

Bum loqueria, leri triatia posât, pwta.

EPISTOLâ If.

SEXTO POMPEIO.

Nalla dïes adeo est auatralibua Immida nimbia}

Non întermîstis ut iuat imber aqtiit.

Nec aterilia locua ullua ita est, ut non ait in illo

Mista fereduria otilia herba rubis.

Nil adeo fortuna graria raiaerabile feeit,

Ut minuant nulla gaudia parte malum.

Ecce domo, palriaque caréna, oculiaque meorum,

Naufragua in Getîei litoris actua aqnas ;

Qua , tamen inrent, Tullum diffundere, cauaam f

Poaaem, fortin» nec meminiiae meœ. -

Nam mitai, qoum fuira triatis apatiarar ifBM,

Visa eit a tergo penna dédisse aonum. 11


RIO

OVIDE.

et ne fois personne; seulement les paroles

suivantes Tiennent frapper mon oreille : t Je

suis la Renommée ; j'ai traversé les vastes plaines

de Fair pour l'apporter de joyeuses nouvelles:

Pompée est consul, Pompée, le plus cher

de tes amis; l'année va s'ouvrir heureuse et

brillante, t Elle dit» et après avoir semé dans

le Pont cette agréable nouvelle, la déesse se

dirige ¥cr$ d'autres nations. Mais cette nouvelle

inattendue atténua la violence de mes

chagrins f et ce lieu perdit à mes yeux son aspect

sauvage. Ainsi donc, Janus, dieu au double

visage, dès que tu auras ouvert cette année

si longue à venir, et que décembre aura fait

place au mois qui t'est consacré, Pompée revêtira

la pourpre du rang suprême, afin qullne

manque désormais aucun litre à sa gloire.

Déjà je crois voir s'affaisser nos éditées publies,

envahis par la foule, et le peuple se froisser

dais leurs enceintes trop étroites. Je croîs

te voir d f abord monter au Capitole,et les dieux

accueillir tes voeux avec faveur. Des taureaux

blancs, nourris dans les pâturages des Falisques,

offrent leurs têtes aux coups assurés de

la hache. Après avoir sacriié à tous les dieux,

à ceux surtout que tu voudras te rendre propices,

à Jupiter et à César, le sénat t'ouvrira

ses portes, et les pères, convoqués d'après

Fusage, prêteront l'oreille à tes paroles* Quand

ta voix, pleine d'une douce éloquence, aura

Aeapieio : née corpus erat quod cernera posseui :

Verba tâmen mut hace turc recepta mea ;

En ego laatarura venio tibi nuutia reruni,

Fama per iimnenaaa aère lapsa vias.

Console Poropeio, que non libl carîor aller,

Candidus et felii proiîmus annus erit

Diiit : et, ut larto Pontuin rumore replevit,

Ad gentes alias bine Dea vertit iter.

At mifai, dilapsis inter nota gaudia curia,

Eiciditasperltas hujus iniqua loci.

Ergo ubi, Jane biceps, loogum reseraferis annuon f

Puisui et a Mcro mens© december erit ;

Purpura Pompeiuni summi velabit bonoria }

Me tiiulif quicquani debett ille suis.

Cernere jam fideor rumpi penetralia iurba,

Et populurn lœdl, deiciente loco :

Teroplaqua Tarpei» primum libi sedis adiri;

Et ieri facilea in tua vota Deos :

Colla botes ni?eus certa* praebere securi,

Quoi aluil cantpii herba Falisca suis.

Quuraque Deos omnea, tum quoi impensius ©quos

Esse tibi cupïai, cum Jo?e Cicsar erit.

Çnria ie cioipict, patresejue e more vocali

déridé leurs fronts, quand ce jour aura ramené

les vœux de bonheur par lesqueb le peuple te

salue chaque année » quand tu auras rendu de

justes actions de grâces aux dieux et à César,

qui te donnera souvent Foccasion de les renouveler,

alors tu regagneras ta demeure, suivi du

sénat tout entier; et la foule, empressée à l'honorer,

aura peine à trouver place dans ta maison.

Et moi, malheureux, on ne me Terra

point dans cette foule, et mes yeux seront privés

d'un si grand spectacle. Mais, quoique absent,

je pourrai te voir du moins des yeix de

l'esprit» et contempler les traits d'un consul â

cher à mon cœur. Fassent les dieux qu'alori

mon nom se présente un instant à ta pensée, et

que tu dises : c Hélas I maintenant que fait ce

malheureux? » Si en effet tu prononces ces

paroles, et que je vienne à l'apprendre, j'avouerai

aussitôt que mon exM est moins rtgomreui.

LETTRE?.

AO MÊME.

Allez, distiques légers, arrivez auxoreîll«

d'un docte consul ; portez mes paroles au magistrat

récemment honoré de sa dignité. La

rouie est longue, vous marchez d'jn pied inégal

; la terre disparaît ensevelie sous la nage

Intendent aores ad tua verba suas.

Uoa ubi facundo tua voi liiaraverit ore ,

Utque solet, tulerit prospéra verba diea;

Egeris et méritas Super» cum Ceaare gratet f

Qui causam, facias cur ita sepe, dabit :

Inde domum repetea toto e-omitanie senatn,

Oficium populi vii capîenta domo»

Me raiaerum , turba quoi non ego eernor ia iia .

Nec poterant istis lumîna nottra frai I

Quamlibet absentera , qua postum , menti tidel» :

Adspiciet vultus consulta illa aui.

Dl faciant, aliquo subeat tibi teinpor* noetniia

Nomen ; et, heu ! dïcas, quïd miser ille facilt

Hœc tua pertulcrit si quis mthi verba, fatebot

Protinus ewiliom molliue eaae menai.

EP1STOLA V.

8. POMPWO JAM COMSOU.

Ite, levea elegi, doctas ad conaulit aoice,

Verbaque bonorato ferle legenda vim

Loiiga via est} oecvoapediboaprociditii


des hivers; quand vous aurez franchi les plaines

glacées de la Thrace, l'Hémus couvert de

nuages, et la mer d'ionie, sans hâter votre

marche, vous atteindrez, en moins de dix

jours, Rome, la souveraine du monde. De

la dirigez-vous aussitôt vers la maison de

Pompée, la plus voisine du forum d'Auguste.

Si quelque curieux, comme il en est dans la

foule, vous demande qui vous êtes, et d'où

vous venez, dites à son oreille abusée quelque

nom pris au hasard. Quoique vous puissiez, je

pense, avouer sans danger la vérité, cependant

un nom supposé sera moins effrayant.

N'espérez pas, dès que vous serez sur le seuil

de la maison, de pénétrer sans obstacle jusqu'au

consul : ou il sera occupé à rendre la justice

do haut de la chaise d'ivoire, enrichie de diverses

figures, ou bien il mettra à l'enchère la

perception des revenus publics, attentif à conserver

intactes les richesses de la grande cité;

ou bien, en présence des sénateurs convoqués

dans le temple que Jules a fondé (1), il traitera

d'intérêts dignes d'un si grand consul; ou bien

il portera, suivant sa coutume, ses hommages

à Auguste et à son fils, et leur demandera conseil

sur une charge dont il ne connaît encore

qu'imparfaitement les devoirs. Le peu de

temps que lui laisseront ces occupations sera

consacré à César Germanicus (2); c'est lui qu'après

les dieux puissants il honore le plus. Ce­

Teclaque bramali sub nive terra la tel.

Qnam gelidam Thracen , et opertam nubibui Hsmon,

Et maris Ionii transieritis aquas ;

Lnee minus décima domina m venietis ia urbem,

Ht feslinatam non facialis iter.

Protinos iode dorons vobis Poinpeia pela lu r ;

Non est Auguste juoctior uUa foro :

Si qui*, ut io populo, qui sitis, et unde, reqoiret,

Notnioa deeepla qudibet aura ferai.

Vt sût «nim totum , sicut reor esse , fateri,

Verba minus cerle ficta timoris habenl.

Copia nec vobis ullo prohibent* vident!i

Consulis, al limen oonligerilis, erit.

A ai regel ilîe suos dicendo jura Quîriles,

Conspicuum signis quum premel altus ebur :

A ut populi reditus positam componet ad bastani,

Et minui magna; non sinet urbis opes :

Aot, ut erunl patres in Julia lempla vocati,

De tanto dignis oonsule rébus agel :

A ut feret Auguilo soliUm natoque salulem,

Deque parum noto consulel officio.

Tempos ab his vacuam César Germanicus omne

Aufcret. a magnis hune oolil Ule De».

LES PONTIQUES. 811

pendant, lorsqu'il aura clos enfin celte longue

série d'affaires, il vous tendra une main bienveillante,

et vous interrogera peut-être sur la

destinée actuelle de votre père. Je veux dose

que telle soit votre réponse : « Il existe encore,

et sa vie, il reconnaît qu'il te la doit ; mais il la

doit avant tout à la clémence de César. U aime

à répéter, dans sa reconnaissance, que, proscrit

et fugitif, il apprit de toi la route la plus

sûre pour parcourir sans danger tant de contrées

barbares; que si l'épée des Sarmaies ne

s'est pas encore abreuvée de son sang, ce fut

un effet de ta sollicitude pour lui ; que, pour

épargner ses ressources, tu lui procuras toimême

généreusement les moyens de pourvoir

à son existence. En reconnaissance de tant de

bienfaits, il jure qu'il sera toute sa vie ton serviteur

dévoué. Les arbres cesseront de couvrir

de leur ombre le sommet des montagnes;

les vaisseaux aux voiles rapides ne sillonneront

plus les flots de la mer; les fleuves rétrograderont

et remonteront vers leur source, avant

qu'il perde le souvenir de tes bienfaits. > Quand

vous aurez ainsi parlé, priez-le de conserver

son propre ouvrage, et le but de votre mission

sera rempli.

Quarfl tamen a turba rerum nquieverit barum,

Ad vos mansueUs porriget ilie manns j

Quidque parent ego Tester agara , fortasse requiret :

Talia vos illi reddere verba velim.

Vivit adhuc, vitamque tibi debere fatetur,

Quant prias a miti Cesare mnnas babet.

Te sibi, quum fugeret, memori solet ore referre,

Barbarie totas exhibuisse viai.

Sanguine Bistonium quod non tepefecerit ensem ,

Effectuai cura pedoris esse lui.

Addita prelerea vite quoque mulla tuenda»

Munera, ne proprias altenuaret opes.

Pro quibus ut meritis referatur gratta, jurât,

Se fore mandpium, tempos in omne, tuum.

Nam prias umbrosa carituros arbore montes,

Et fréta velivolas non babitura rates,

Fluminaque in fontes eurtu reditura supino,

Gratia qnam meriti posait abire tui.

Haie ubi dixeritis, serret sua dona, rogate :

Sic fuerit veaU-ss causa peraeta via.


813 OVIDE.

LETTEE VI.

à BRUTUS.

Cette lettre que m lis, Brutus, vient d'un

pays où tu fondrais bien qu'Ovide ne fût pas.

Mais ee que tu voudrais, l'implacable destin

ne le veut pas, hélas! et cette volonté est

plis puissante que la tienne ! Une olympiade

de cinq ans s f est écoulée depuis mon eiil en

Scythie; et déjà un nouveau lustre va bientôt

succéder au premier, La fortune s'opiniâtreà

me persécuter, et la perEde déesse vient toujours

se jeter méchamment au-devant de tous

mes voeux. Tu avais résolu, Maxime, ô loi

l'honneur de la famille des Fabius, de parler

au divin auguste, et de le supplier en ma faveur,

et tu meurs avant d f avoir fait entendre

tes prières; et je crois être, Maxime, la cause

de ta mort, moi qui étais loin de valoir un si

haut prix. Maintenant je n f ose plus conier ma

défense à personne; en te perdant, j f ai perdu

toit appui. Auguste était presque disposé à

pardonner à ma faute, à mon erreur; il a disparu

de ce monde f et avec lui mes espérances-

Cependant, Brutus» du fond de mon exil, je t*ai

envoyé des vers dédiés au nouvel habitant du

ciel, des vers tels qu'il m f a été possible de les

écrire. Puisse cet acte religieux m'étre favorable

I puissent mes maux avoir un terme ! puisse

EP1STOLA VL

B1UTO.

Quam legis, ci fllls libi vcnit Epistola , Bruit,

Nisonem nolles in quibus esse} lotis»

Sed , tu quod nolles, voluit itriserabile fatum :

Heu mibi , plus illud, quant tua fota , valet I

lu Scylbïa nobis quinquennis Olympia» acla eit :

Jâtn tempus lustri transi! in alterius,

Perstat enim fortuna tenu , ?otisque malignum

Opponit nostris insidiosa pedem.

Certoa eras pro me, Fabiae laus, Maxime , gentis ,

Numen ad Augustum supplice voce loqui.

Occidls an te preces ; causamque ego, Maiime, mortls ,

Nec fueram tant!, me reor esse tuœ.

Jam timeo nostram cuiquam mandare salulem :

Ipsum morte tua conci


oublierai jamais, vous dont la sollicitude à soulagé

mes souffrances. L'Ister ( hélas! trop

voisin de moi) remontera du Pont-Euxin vers

sa source, et, comme si nous revenions aux

jours du festin de Thyeste , le char du soleil

reculera vers l'orient, avant qu'aucun de vous,

qui avez déploré mon malheur puisse m'accuser

d'ingratitude et d'oubli.

LETTRE VII.

A VBSTALIS.

Vestalis, puisque Rome vient de t'envoyer

vers les rives de l'Kuxin pour rendre la justice

aux peuples qui habitent sous le pôle, tu peux

juger par toi-même du pays où je passe ma

vie languissante, et attester que mes plaintes

continuelles ne sont que trop légitimes. Ton

témoignage, ô jeune descendant des rois des

Alpes, confirmera leur douloureuse réalité.

Tu vois toi-même que le Pont est enchaîné

par les glaces ; et que le vin, cédant lui-même

aux lois d'une température rigoureuse, perd sa

fluidité. Tu vois comme le iazyge, bouvier farouche,

conduit ses chariots pesants sur les flots

de 11 s ter ; tuvoisaussi la pointe de leurs flèches

empoisonnées, et dont l'atteinte est deux fois

mortelle. Et plût aux dieux que, simple spec­

Qui mala tolliciti nostra leraitig, ero.

Et pria», hea aobis nimiam conterminiM I hier

Ja caput Euxina de mare vertet iter;

Otqoe Thyestes» redeant si tempora mensas ,

Solia ad Eoas carras agetur aquas ;

Quant quisquain vestrum , qui ma doluisli» adeinplum,

Arguât, ingratum non meminisse sui.

EPISTOLA VII.

V EST ALI.

M issus es Euxinas quoniam , Vestalis, ad undas,

Ut positis reddas jura sub axe loris,

Adspicis en , pressens, quali jaceamus in arro :

Née me testis eris fa Isa solere queri.

Aeeedet voci per te non irrita nostras,

Alpinis juvenis regibus orte, fides.

Ipse vides certe glaeie concrescere Pontum ;

Ipse vides rigido stantia Tina gelu.

Ipse rides, onerata ferox ut ducat Iaxyx

Per médias Iatri plaustra bubulcus aquas.

Adspicis et mitti sub adunco toxica ferro,

Et telum causas mortis habere duas.

LES PONTIQUES.

813

tateur de cette partie de mes maux, tu n'eu

eusses pas fait toi-même l'expérience dans les

combats. C'est à travers mille dangers qu'on

arrive au grade de primipilaire, honneur que

t'a valu récemment ta bravoure. Mais quoique

ce titre soit la source de mille avantages,

cependant il était encore au-dessous de ton mérite.

Témoin l'Ister qui, sous la main puissante,

vit ses rivages teints du sang sarmate. Témoin

iSgypsos que tu pris une seconde fois et qui

reconnut que son heureuse position n'était

plus une sauvegarde pour elle. Citadelle élevée

au sommet d'une montagne qui touche

aux nues, on n'aurait pu dire si elle trouvait

plus de garantie dans la nature de sa position

que dans le courage de ses défenseurs. Un

ennemi féroce l'avait enlevée au roi de Silhonie,

et le vainqueuf s'était emparé des trésors du

vaincu. Mais Vitellius, descendant le courant

du fleuve, et rangeant ses bataillons, déploya ses

étendards contre les Gètes. Et toi, digne petil-fils

de l'antique Daunus, ton ardeur t'entraîne au

milieu des ennemis. Soudain, remarquable par

l'éclat de tes armes, tu t'élances, dominé par la

crainte que les hauts faits ne restent ensevelis

dans l'obscurité. Tu cours affrontant le fer, la

difficulté des lieux, et les pierres qui tombent

plus nombreuses que la grêle des hivers. Rien

ne t'arrête : ni la nuée de traits lancés contre

toi, ni ces traits eux-mêmes infectés du sang

Atque utinam pars base tantum spectata fuissvt

Non etiain proprio cognita Marte tibi I

Tenditis ad primum per densa pericuia pilain ;

Coutigit ex merito qui tibi nuper bonos.

Sit licet hic titulus plenis tibi rructibus ingens,

Ipsa tamen virtus ordine major eral.

Non negat hoc isler, cujus tua dextera quondam

Pceniceam Gelico sanguine fecit aqu/im.

Non neget yEgypsoa, que, te subeunte, reœpta

Sensit in ingenio nil opis esse loci.

Nam dubium, positu melius defensa manure,

Urbs erat in summo nubibus aequa jugo.

Sithonio régi feras interceperat illam

Hostis, et ereptas victor habebat opes.

Donec fluminea détecta Vitellius undà

Inlulit, exposito milite, signa Getis.

At tibi, progenies alti fortissima Dauni,

Venit in adversosimpetusire viros.

Nec mora ; conspicuus longe fulgentibus armis,

Fortia ne possint fada latere, caves :

Identique gradu contra ferrumque locumque,

Saxaque brumsli grandine plura . subis.

Nec lemissa super jaculorum turba moratur

Noc quse riperco lela cruore madent. 3fl


8)4 OVIDE.

des vipères. Ton casque est hérissé de flèches

aux plumes peintes; et ton bouclier n'offre

plus de place à de nouveaux coups. Malheureusement

il ne préserva point ta poitrine de

tous ceux qui étaient dirigé» contre elle; mais

l'amour de la gloire étouffe le sentiment de la

douleur; tel on vit, dit-on, sous les murs de

Troie, Ajax, pour sauver les vaisseaux des

Grecs, repousser les torches incendiaires d'Hector.

Bientôt on atteignit l'ennemi ; l'épée croisa

l'épée et le fer put décider de près de l'issue

du combat. 11 serait difficile de raconter tes

actes de courage, le nombre de tes victimes ;

qaelles forent ces victimes elles-mêmes, et

comment elles succombèrent. Tu amoncelais

les cadavres sous les coups de ton épée, et tu

foulais d'un pied vainqueur cet amas de Gètes

immolés. Le second rang combat à l'exemple

du premier; chaque soldat porte et reçoit mille

blessures : mais tu les effaces tous par ta bravoure,

autant que Pégase surpassait en vitesse

les coursiers les plus rapides. iEgypsos est

vaincu, et mes chants, ô Vestalis, conserveront

à jamais le souvenir de tes exploits.

LETTRE VIII.

 SU1LUES.

Ta lettre, docte Suillius, m'est arrivée ici un

Spicula cum pictis banni in casside pennis ;

Parsque fera senti Tuloere nulle T*ett.

Nec corpus cunctos féliciter effugit ictus ;

Sed miaor «st acri laudia amore dolor.

Talia apud Trojam Danais pro naribus Ajax

Dicitar Hectares* sustinuisse faces.

Ct propius ventum est, eommissaque dexlera deztrc,

Resque fero potuit cominus ense geri ;

Dioere difficile est, quid Mars tuus egerit illic,

Quotque neci dederis, quoique, qutbusque tnodis.

Ense tuo factos caleibas tictor aoerros ;

Impoeitoque Gelés sub pede multus erat.

Pugnat ad exemplum Primi minor ordine Pili ;

MulUque fert miles vulnera, mulU facit.

Sed tantam virtus alios tua prétérit omnes,

Ante citos quantum Pegasus ibat equos.

Vincitur iEgypsos : testataque tempus in omne

Sunt tua, Vestalis carminé facta meo.

EPISTOLA VIII.

SOILLIO.

IN sera quidem, stadiis exculle Suilli,

peu tard ; mais elle ne m'en a pas causé moins de

joie. Tu m'y fais la promesse, si une tendre

amitié peut fléchir le courroux des dienx, de

venir à mon aide ; quand tes efforts seraient

superflus, je te suis déjà reconnaissant de ta

bonne volonté ; et je regarde comme le service

lui-même l'intention de le rendre. Poisse seulement

ce noble enthousiasme être de longue

durée ! puisse ton attachement ne point être

lassé par mon infortune ! Les liens de parenté

qui nous unissent me donnent quelques droits

à ton amitié ; et je demande au ciel qoe ces

liens ne se relâchent jamais. Ta femme est

pour ainsi dire ma fille, et celle qui te nomme

son gendre m'appelle, moi, son époux. Mal*

heur sur moi, si, à la lecture de ces vers, ton

front se rembrunit, et si tu rougis de ma parenté

! Mais tu n'y trouveras rien qui doirete

faire rougir, si ce n'est la fortune qui fut

aveugle pour moi. Si tu considères ma naissance

, tu verras que depuis l'origine de ma

famille, mes nombreux aïeux furent tous

chevaliers; si d'ailleurs il te plaît de faire l'enmen

de ma vie, elle est, à l'exception d'une

erreur malheureuse, irréprochable et pore.

Si tu as l'espoir d'obtenir, par tes prières, quelque

chose des dieux, objets de ton culte, faisleur

entendre ta voix suppliante. Tes dieux à

toi, c'est le jeune César : apaise cette divinité ;

H n'en est pas dont les autels soient plus connus

de toi : elle ne souffre pas que les vœux

Hue tua pervenit, sed mihi grata tamen :

Qua , pia si possit Superos lenire rogando

Gratis, laturum te mihi dicis epem.

Ut jam nil praestes, animi sum faclus amici

Debitor, et meritum, velle juvare, voeo.

Impetus iste tuus longum modo duret in «Tom ;

Neve malis pietas sit tua lassa meis.

Jus aliquod faciuut adfinia Tincnla nobis,

Que semper msoeant illabefaeta, precor.

Nam tibi que conjui, eadem mibi filia peneett:

Et quaB le geoerum , me vocat illa vîrum.

Heu mihi ! si lectis rultum lu Tcrtibus istis

Dueis, et adiinem te pudet esse roeum !

At nihil hie dignum poteris reperire pudore,

Prêter fortunam , que mihi ceca fuit.

Seu genus excutias ; équités, ab origine prima,

Dsque per innumeros iuveniemur «TOI :

Sire velis, qui sint, mores inquirere nostros;

Errorem misero detrahe, labe esrenL

Tu modo, si quid agi sperabis posse precaodo,

QQOS colis, exora supplice TOOB Deos.

Dl tibi sunt Gesar juren'is; tua numiaa plaça :

Ilac certe nulla est ootior ara tibi. **


de son ministre soient des vœux stériles. C'est

là qu'il fant aller chercher un remède à ma

fortune ; quelque faible que puisse être le vent

favorable qui soufflera de ce coté, mon vaisseau

englouti surgira du milieu des flots. Alors je présenterai

à la flamme dévorante l'encens solennel,

et je serai là pour attester la clémence des dieux.

Je ne t'élèverai pas, ô Germanicus, un temple

des marbres de Paros ; ma ruine a atteint

jusqu'à mes richesses. Que les villes heureuses,

quêta famille t'érigent des temples; Ovide, reconnaissant,

donnera tout ce qu'il possède, ses

vers:c'est un bien faible don, je l'avoue, pour

l'importance du service, que d'offrir des paroles

en échange de la vie; mais en donnant le plus

qu'on peut donner, on témoigne suffisamment

de sa reconnaissance, et rien n'est à exiger au

delà. L'encens oflertdans un vase sans prix par

le pauvre à la divinité n'est pas moins méritoire

qne celui qui fume sur un riche coussin;

l'agneau né d'hier, aussi bien que la victime

engraissée dans les pâturages des Falisques,

teint de son sang les autels du capitoie. Cependant,

l'offrande sans contredit la plus

agréable aux héros est l'hommage que le poète

leur rend dans ses vers. Les vers ratifient les

éloges que vous avez mérités, et veillent à la

garde d'une gloire qui deviendra par eux impérissable

: les vers assurent à la vertu une

perpétuelle durée, et après l'avoir sauvée du

Non sinit illa toi Tanas aqtistitii unqnam

Este preees : nostris hinc pete rebna opem.

Quamlibet exigea ai nos ea j u ver it aura,

Obruta de mediis cymba resurget aquis.

Tune ego tara feram rapidis aolemnia flammta;

Et, valeant quantum nutnina, teslia ero.

Née tibi de Pario statuant, Germanice, templum

Marmore : rarpsit opes illa ruina meaa.

Tempia domus vobis faeiant urbetque beat» :

Naso suis opibas, carminé, gratus erit.

Parra quidem fateor pro magnia munera reddi,

Qunm pro concassa verba aalute datnus.

Sed qui, quam potuit, dat maxime, gratus abunde est *

Et finem pietaa eontîgit illa suum.

Née, que de parra Dis pauper libat aeerra ,

Tura minus, grandi quam data lance, valent :

Agnaque tant lactens, quam gramine pasta Falisco

Vietima , Tarpeios inficiticta focoa.

Née tamen, offieio vatum per carmina facto,

Principibus res est gratior ulla viris.

Carmina Testrarum paragunt praKonia laudum :

Nere ait actorum fama caduca cavent.

Cancine fit wax virtus ; cxpertque sepulrri,

LES PONTIQUÉS. 815

tombeau, la font connaître à la dernière posté

rite.

Le temps destructeur ronge le fer et la

pierre; rien ne résiste à son action puissante;

mais les écrits bravent les siècles. C'est par les

écrits que vous connaissez Agamemnon et tous

les guerriers de son temps., ses alliés ou ses

adversaires. Sans la poésie, qui connaîtrait

Tbèbes et les sept chefs, et tous les événements

qui précédèrent et tous ceux qui suivirent?

Les dieux mêmes, s'il est permis de le

dire, sont l'ouvrage du poète: leur majestueuse

grandeur a besoin d'une voix qui la

chante.

Ainsi nous savons que du chaos, cette masse

informe de la nature à son origine, sortirent

les éléments divers ; que les géants, aspirant à

l'empire de l'Olympe, furent précipités dans le

Styx par les feux vengeurs, enfants des nuées :

ainsi Bacchus, vainqueur des Indes, et Alcide,

conquérant d'Œchalie, furent immortalisés; et

naguère, César, les vers ont consacré en quelque

sorte l'apothéose de ton aïeul, qui s'était d'avance,

par ses vertus, ouvert un chemin jusqu'au

ciel. Si donc mon génie a conservéquelque

étincelle du feu sacré, 6 Germanicus, c'est à toi

que j'en veux faire hommage: poète toi-même,

tu ne penx dédaigner les hommages d'un poète ;

tu sais trop bien en apprécier la valeur. Si le

grand nom que tu portes ne t'avait imposé un

Notiliam seras posteritatis babet.

Tabida consumitferrum lapidemque vetustas ;

Nullaque rea majus lempore robur habet.

Seripta feront annos : aeriptis Àgamemnona nosli j

Et quisquis contra , vel simul, anua tulit.

Quis Tbebas seplemque duces sine carminé nosset,

Et quicquid post bsc, quicquid et an te fuit ?

Dt quoque carminibus, si fas est tlicere, fiuut,

Tantaque majeslas ore canentis eget.

Sic Chaos, ex illa nature mole prions,

Digestum partes scimua babere suas :

Sic adfectantes cœlestia régna Gigantas,

Ad Slyga nimbifero vindici» igné datos.

Sic victor laudem superatis Liber ob ludis,

Alcides capta traxit ab OEchalia.

Et modo, Cœsar, arum , quem virtus addidit astris,

Sacrarunt aliqua carmina parte tuum.

Si quid abhuc igitur vivi, Germanico, nostro

Restât in ingenio , servie! omne tibi.

Non potes officium vatis contemnere vates :

Judiciopretium res habet ista tuo.

Quod nisi te numen tantum ad majora vorasset,

Gloria Pieridum summa futurus eras. 70


iis OVIDE.

rôle plu illustra, ti promettais d'être on jour

l'honneur de la poésie. Mais il était plus digne de

toi d'inspirer des mm qie d'en écriref et cepen­

dant tu nesanrais abandonner le culte des Muses.

Car tantôt tn litres des batailles» tantôt tu

wnmets tes proies aux lois de la mesure, et ce

qui est un ouvrage pour les autres est un jeu

pour toi* De même qu'Apollon savait manier la

lyre et Tare» de mêmeque ce double eiercice occupait

ses mains tour à tour 9 ainsi tu n'ignores

ni la science de l'érudît, ni la science du prince9

et ton esprit se prtage entre Jupiter et le»

Muses. Puisque ces déesses ne m v ont point encore

repoussé de la source sacrée que It jaillir

le pied de Pégase f qu'elles fassent tourner à

mon proât cet art qui nous est commun 9 ces

études que nous cultivions Germanicus et

moi9 pour qu'enân je puisse fuir les Gèles, et

leurs rivages trop voisins des Goralles aux

vêtements de peaux. Mais si9 dans mon malheur»

la patrie m'est irrévocablement fermée,

que du moins je sois envoyé dans un pays

moins éloigné de la ville de 1'Ausouie; dans un

lieu m je poisse célébrer ta gloire toute récente,

et clianter sans retard tes brillants exploits*

Pour que ces vœux touchent le cielf implore-le,

cher Suillius, en faveur de celui qui

est presque ton beau-père.

§ed dire materiam nobis y qusrn carmin* , niajttt i

Nec tamen m totn destrere illa putes.

Nain modo bella geria, mnneris modo Terba cœreet,

Quûdqiie aliif opua iit t bue tibi ludni ©rit.

Dtque me ai dtfaaram, nteai areum aegnia Àpollo ett 5

Sed ? ait ad sacras nm us uterqtii matiiis ;

Sic tibi née doeU , née detunt priocipis artas :

Mista ted est animo eum Jute Mata ttso.

imm quoniam née nos unda aubmoTit ab illa ,

Dngûla Gorgonel quam mm fecil equi,

Proait, opemque ferat conmmoîa aaera tneri,

Atque ttdetii stiidiia impustiisse mamim.

Litora pdlitia nimium subjecta Gorallii ,

Dt tandem §mwm effugianique Oetas,

Clausaque si misero palria est} ut ponar in ullo }

Qui minus Àusoni* distet ab urbe, loco ;

Inde tuas poaaim laudes celebrare récentes f

Magnaf|ue quatn minîma facla referre mon.

Tangit utboc ?otum eœlealia, car© Stiilli,

Niiiiiina, pro sorero p©ne precare ton.

LETTRE IX.

â CftiECilDS.

Des bords du Pont-Euiin 9 triste exil o| li

sort le retient» et non sa propre volonté 9 Ovide

t'adresse ses vœux, 6 Gradins. Je souhaite

que cette lettre te parvienne le premier jœr

où tu marcheras précédé de douta faisceau.

Puisque tu monteras m Cipitotestisioci puisque

je ne pourrai pas me mêler à toi cortège»

que cette lettre du moins me remplace, et ta

présente 9 aujourixé9leshommagi8d 9 tiiiiii.

Si j f étais sous un astre meilleur, si mua dur

ne s'était brisé sur son perfide essieu f je frirais

rendu de vive vok ces detoirs ànt je

m'acquitte aujourd'hui pr l'Intermédkiff à

cet écrit. Je pourrais et t'adresser M félicita*

tions et l'embrasser ; les homeurs qae ta reçois,

j f en jouirais directement autant qae tutmême.

J f aurais été f je l'avoue, si 1er de ce bm

jourf que mon orgueil n'eût trouvé mucon f^dak

assez vaste pour le contenir. Pendait fie ti

marcherais escorté de la troupe auguste des

sénateurs» moi chevalier je précéderais leconsnl;

et quelque jojeux que je fusse d'être rapproché

de ta personne f je m'applaudirais portait

de ne pouvoir trouver place à tes côiês.

Quand la foule m'écraserait, je ne m'en plaindrais

pas; mais alors, il me serait double rot

EPISTOLA IX.

GliECIlO.

Onde lieet , non wnde jutmî % Gmcm f saluteai

Mittit ab Euxinis banc tibi Naso fada.

Misaaque Dt faciant auroram œeurrat ad illans f

Bis senos faaces que tibi prima dabii

Ot, quoniam sine me liages Capitolîa eonml ,

Et fiam turhe pars ego nulla tuie9

lu domini subeat partes f et pratstet atnid

Ûfficium jusso litera nostra die.

Atqua ego si fatis genitus melioribys esseoi ,

Et me a sineero curreret aie rota ,

Quo nunc nostra roaiws per acriptum fîiogitsr, «"*

Lingoa salatandi inunere funota lui.

Gratatusque darem eum dalcibos oseula mbii :

Nec minus iHe meus, qnam tous9#cssetkonar.

Illa , couûteor9 sie essein lnc€ superbas9

Ut caperet fastus ?ix domus «lia meos.

Dumque latus saocti eÎDgit tibi turbi aeoatns,

Consiilis anle pedes ire viderereques.

Etqnanquam cuperem semper tibi praximtsn*,

Gauderein lateri non baboisse locuni.

îSec qti'Tulus, tnrba qnanifii ©liderer, ewm : ••


LES P0NT1QUES. 8!f

*entir pressé par la foule. Je contemplerais tout mer avec une probité scrupuleuse ; tantôt faire

joyeux la longue file du cortège et l'espace im­ entendre au sein du sénat des paroles éloquenmense

occupé par cette épaisse multitude ; et, tes , et discuter des matières d'utilité publique,

pour te témoigner combien j'attache de prix tantôt décerner des actions de grâces aux dieux

même aux choses les plus simples, je ferais pour les Césars, et frapper les blanches têtes

attention jusqu'à la poupredont tu serais revêtu. des taureaux engraissés dans les meilleure pâ~

Je traduirais les emblèmes gravés sur ta chaise tarages.

enraie, et les sculptures de l'ivoire de Numidie. Fasse le ciel qu'après avoir prié pour les

Lorsque tu serais arrivé au Capitole, et que la vic­ grandes nécessités de l'eut, tu demandes

time immolée par ton ordre tomberait au pied aussi que la colère divine s'apaise en ma faveur!

des autels, alors ce dieu puissant, ce dieu dont la Qu'alors une flamme pure s'élève et se détache

demeure est dans cette enceinte, m'entendrait, de l'autel chargé d'offrandes et favorise ta prière

moi aussi, lui adresser en secret des actions de d'un heureux présage! Cependant je ferai taire

grâces; et mille fois heureux de ton élévation mes plaintes, et je célébrerai en ces lieux, et

aux honneurs suprêmes, je lui offrirais du fond du mieux qu'il nie sera possible, la gloire de

de mon cœur plus d'encens que n'en brûlent les ton consulat. Mais un autre motif de bonheur

cassolettes sacrées. Je serais Là, enfin, présent au pour moi, et qui ne le cède en rien au premier,

milieu de tes amis, si la fortune moins cruelle c'est que l'héritier de tooéminente dignité doit

ae m'avait pas enlevé ledroit de rester à Rome; être ton frère; car ton pouvoir, Grsecinus,

et ce plaisir, dont la vivacité se communique expire à la fin de décembre, le sien commence

seulement a ma pensée, serait alors partagé au premier jour de janvier. Fidèle à cette ami­

par mes yeux. Les dieux ne l'ont pas voulu ! et tié qui vous unit, tu partageras avec lui la joie

peut-être est-ce avec justice, car à quoi me ser­ d'avoir possédé tour-à-lour les mêmes honvirait-il

de nier la justice de mon châtiment? neurs ; tu seras fier de ses faisceaux comme il

Mon esprit, du moins, qui n'est pas exilé de le sera des tiens ; tu auras été deux fois consul,

Rome, suppléera à mon absence. Par lui, je comme lui-même le sera deux fois. La même

contemplerai ta robe prétexte et tes faisceaux; dignité sera restée deux fois dans la même fa­

je te verrai rendre la justice au peuple, et je mille. Quelque grand que soit cet honneur,

croirai assister moi-même à tes conseils secrets. quoique la ville de Mars ne connaisse pas de di­

Je te verrai tantôt mettre aux enchères (1) les gnité plus élevée que celle de consul ($), cepen­

revenus de l'état pendant un lustre, et les afferdant la main qui la décerne en rehausse encore

Sed font a popalo tuai mihi dulce premi.

Prospieerem gandens, quanta* foret agminis ordo,

Densaquequam looguro turba teneret iter,

Qooque magis noria quant me vulgana tangant,

Spectarem, qualia purpura te tegeret.

Signa quoque in tella nosaem formata curuli ;

Et totum Numide aeulptile dentit oput.

Ai qoumTarpeias este* deduetus in arcea ,

Dum caderat juaau •ielima sacra tuo ;

Bffe quoque tecreto gratea aibi magnus ageotem

.Audisset, média qui «edet aede, Deui.

Xa raque mante magia plena quam lance, dedissem

Ter qtuter imperii Uetus honore tui.

Hie ego présentes inter numererer amicoa ;

Bittia jus urbis si modo fata darent.

«2o«*que mihi sola capitur nune mente Toluptas,

Xuncoculis etiam pereipienda foret.

tfon ita Coalitions visura est, et forsilan œquis :

rX«m qaid me pane causa uegata ju?et?

Jafaro te tamen, que sola loco non cxsulat, utar :

Pretettam, fasces adspiciamque tuos.

fi sec modo te populo reddentem jura videbit,

fit et secretis finget adease locis.

T. 17,

Nunc longi reditus haste supponere lustri

Cernet, et exacts cuncta loeare flde.

Nunc facere in medio facundum Tcrba senatu,

Publica querentem quid pelât utilités -

Nunc, pro Cesaribus, Superia décernera grates,

Albave opimorum colla ferire boum.

Atque utinam, quum jam fueris potion preratus ,

Ut mihi placetur numinis ira, roges l

Surgat ad hane vocem plena pius ignis ab ara,

Detque bonum voto lucidus omen apex.

Interea, qua parte licet, ne euneu queramur,

Hic quoque te festum consule Umpus agam.

Altéra letitie , nec cedena causa priori,

Successor tanti frater honoris erit.

Nain tibi floitum sununo, Greeine, deeembri

Imperium , Jani suscipit ille die.

Queque est in vobis pif tas, alterna feretis

Gaudia, tu fratrie fancibus, ille tuis.

Sie tu bis fueris consul, bis consul et ille,

Inque domo bimus conspicietur bouor.

Qui quanquara est ingens, el nittlum Martia summo

Altius imperium consule Roma videt ;

Multiplicat tamen huoe gravitas sucions booorem, 6fl

91


SIS

OVIDE.

l'éclat, et l'excellence du don participe de la pas : en changeant de fortune, je n'ai point

majesté du donateur. Puissiez-vous donc ainsi, changé d'humeur. J'ai conservé cette tranquil­

loi et Flaccus, jouir toute voire vie de la faveur lité desprit que tu avais coutome d'admirer

d'Auguste! mais aussi, quand les affaires de autrefois, et cette pudeur inaltérable qui se ré­

l'état lui laisseront quelque loisir, joignez alors, fléchissait sur mon visage. Tel je suis loin de

je vous en conjure, vos prièresaux miennes ; et, vous, au milieu d'un peuple farouche, et

pour peu qu'un ventfavorable vienne à souffler dans ces lieux où la violence brutale des armes

de mon côté, déployez toutes les voiles, afin de a plus de pou voir que les lois. Cependant, Grse-

relever sur l'eau ma barque enfoncée dans les cinus, depuis tant d'années que j'habite ce

flots du Styx. Naguère Flaccus commandaiisur pays, ni homme, ni femme ni enfant ne peu­

cette côte, et sous son gouvernement, Gracivent se plaindre de moi. Aussi lesTomites, touons,

les rives sauvages de lister étaient tranchés de mes malheurs, viennent-ils à mon sequilles.

11 sut constamment maintenir en paix cours; oui, et j'en prends à témoin, puisqu'il

les nations de Mysie, et son épée fit trem­ le faut, cette contrée elle-même, ses habitant*

bler les Gètes si confiants dans la puissance de qui me voient faire des vœux pour en sortir ,

leurs arcs. Par sa valeur impétueuse, il a repris voudraient bien que je partisse ; mais pour eux

Trosmis (3) tombée au pouvoir de l'ennemi, et mêmes ils souhaitent que je reste. Si tu ne m'ec

a rougi lister du sang des barbares. Deman­ crois pas sur ma parole, crois-en dn moins

de-lui quel est l'aspect de ces lieux, quels sont les décrets solennels où l'on me prodigue

les incommodités du climat delà Scythie, et de des éloges, et les actes publics en vertu des­

combien d'ennemis dangereux je suis environné; quels je suis exempté de tout impôt. Et

demande-lui si leurs flèches lé-ères ne sont pas quoiqu'il ne convienne pas aux malheu­

trempées dans du fiel de serpent et s'ils n'immoreux de se vanter, sache encore que les

lent pas sur leurs autelsdes victimes humaines; villes voisines m'accordent les mêmes privi­

qu'il te dise si j'en impose, ou, »i en effet, le lèges. Ma piété est connue de tons : tons, sur

Pont-Euxin est bien enchaîné par le froid, et cette terre étrangère, savent que dans ma mai­

*i la glace couvre un* étendue de pluM'eur s arson j'ai dédié un sanctuaire à César ; qu'on y

pents dans la mer. Lorsqu'il t'aura donné tous trouve aussi les images de son fils si pieux, et

ces détails, informe-toi quelle est ma réputa­ de son épouse, souveraine prétresse, deux dition

dans ce pays ; demande-lui comment s'y vinités non moins augustes que notre nouveau

passent mes longs jpursde malheurs. On nem'y dieu. Afin qu'il ne manque à ce sanctuaire

hait point, sans doute, et d'ailleurs je ne le mérite aucun membre de la famille, on y voit encore

Et majeatatem res data dantis habet.

Jndiciis igitur liceat Flaccoque tibique

Talibus Augusti tempos in omne frai.

Ut tatnen a reruai cura propiore vacabit,

Vota, precor, Totis addite Vectra ineis.

Et, si quem dabit aura sinum, laxats rudentes,

Exeat e Stygiis ut mea navis aquis.

Prafuit bis, Orecine, locis modo Flaccus; et ills

Ripa ferox lstri sub dure tuta fuit,

tiic lenuit M y sas gentes in pace fideli ;

Hic arru fisos terrait en se Gelas,

flic captant Trosmin céleri virluterecepit,

lnfecilque fcro sanguine Danubium.

Quatre loci faciem, Scy linéique incommoda cœlij

Etquam viciuo terrear hoste roga.

Sintne Htnp tenues serpentis folle sagitUe,

Fiat an humanum victinia dira i-aput.

Mentiar, an eoeatduratus frigore Pontus ,

Et teneat ffUcics jugera mulia freti.

Hve ubi narrant, quro sit mea fama require ;

Quoque modo peragam tcmpora dura, roga.

Nec sumus hic odio , nec scilicet esse meremar,

Nec cura fortana mens quoque versa mea est.

111a quies animo, quam tu laudare solebaa,

llle vêtus solito perstat in ore pudor.

Sic ego som longe ; sic hic, ubi barbarus hostie

Ut fera plus valeant iegibus arma facit;

Rem, queat ut nullam tôt jam , G racine , per

Femina de nobis , virve, puerve queri.

Hoc facit ut misero faveant adsintque Tomitaa ;

Heequoniam tellus testificanda mihi est.

Illi me, quia velle vident, discedere malunt :

Respecta cupiunt hic tamen esse sut.

Nec mihî credideris : exstant décréta , quibus nos

Laudat, et immunes publics cera facit.

Cooveniens miseris ha?c quanquam gloria non est,

Proxima dant nobis oppida munus idem.

Nec pietas ignota mea est : videt bospiU tellus

In nostra sacrum Cassaris esse domo.

Stant pariter natusque pius, conjuxque sacerdos,

Numina jam facto non leviora Deo.

Neu desit part ulla domus, stat uUrqus nepotuta, 10*


les images des deux petits-fils, Tune auprès de

son aïeule, et l'autre a coté de son père.

Tous les matins, an lever du jour, je kur offre

avec mon encens des paroles suppliantes. Interroge

tout le Pont, témoin du culte que je

leur rends, il te dira que je n'avance rien ici

qui ne soit exactement vrai. La terre du Pont

sait encore que je célèbre par des jeux la naissance

de notre dieu avec toute la magnificence

que comporte ce pays; à cet égard, ma piété

n'est pas moins célèbre parmi les étrangers qui

viennent ici delà vaste Propontide et d'ailleurs,

que dans le pays même. Ton frère, lui aussi,

quand il commandait sur la rive gauche du Pont,

en aura peut-être entendu parler. Ma fortune

ne répond pas toujours à mon zèle, mais, dans

mon indigence, je consacre volontiers à une pareille

œuvre le peu que je possède. Au reste,

loin de Rome, je ne prétends point faire parade

d'une piété fastueuse; je m'en tiens à une piété

modeste et sans éclat. Il en viendra sans doute

quelque bruit aux oreilles de César, lui qui

n'ignore rien de ce qui se passe dans le monde.

Tu la connais du moins, toi qui occupes maintenant

une place parmi les dieux ; tu vois, César,

tout ce que je fois, toi dont les regards embrassent,

au-dessous de toi, la surface de la terre :

tu entends, du haut de la voûte étoilée où tu es

placé, les vœux inquiets que je t'adresse; peutêtre

même ces vers que j'ai envoyés à Rome

pour célébrer ton admission dans le séjour des

Hie avisa lateri proximos, illt patris.

Hia ego do loties cnm tare precaatia verba,

Eoo qnoties surgit ab orbe dies.

Tota, lieet qoawraa, boc me non flogere dicet,

Officii testis Pontica terra raei.

Pontica me tellua, quantis bac possumaa ora,

Natalem ludia acit eelebrare Dei.

New minas hospitibas pielas est cogaita talia,

Ifisit in bas si qaos longa Propontis aquas.

I« qooqtie, quo lasvus fueratsub prastde Ponlas,

Audierit frater foraitan iata tuua.

Forttma est impar anirao , talique libenter

Exigeas carpo munere pauper opea.

Nec vestris damus bec oculia, procul arbe remoti ;

Cootenti tacita sed pietate sumui.

Et tamen bœc tangent aliqoando Gesaris aures :

Nil illam toto qaod fit in orbe , latet.

Tu rerte scis boc Superis adscite, videsque ,

Csesar, ut est ocolis subdila terra tuis !

Tu nostras audis , inter confexa localus

Sidéra , sollicito qoas damus ore, preces.

Perremant istuc et carmins forsitan illa ,

Qac de te misi colite fseta novo.

LES PONTIQUES. 819

dieux parviendront-ils jusqu'à toi, j'en ai ta

pressentiment : ils apaiseront ta divinité, et ce

n'est pas sans raison que tu poj tes le nom si

doux de père des Romains.

LETTRE X.

A ALBIltOVANOS.

Voici le sixième été que je passe sur les rivages

cimmériens, au milieu des Gèles aux

vêtements de peau ! Quel est le marbre, cher Albinovanus,

(i)quel est le fer dont la résistance

soit comparable à la mienne? L'eau, en tombant

goutte à goutte, creuse la pierre ; l'anneau

s'use par le frottement, et le soc de la charrue

s'émousse à force de sillonner la terre; ainsi

l'action corrosive du temps détruit tout, excepté

moi et la mort! Elle-même est vaincue par

l'opiniâtreté de mes souffrances. Ulysse, qui

erra dix ans sur des mers orageuses, est cité

pour exemple d'une patience inébranlable';

mais Ulysse n'éprouva pas toujours les rigueurs

du destin ; il eut souvent, dans son infortune,

des intervalles de repos. Fut-il donc

bien à plaindre d'avoir, pendant six ans, répondu

à l'amour de la belle Calypso, et partagé la

couche d'une déesse de la mer? Le filsd'Hip*

potas (2) le reçut ensuite et lui confia la garde des

vents, afin que celui-là seul qui lui était favo-

Augurer bis îgitor flecti tua numioa ; nec (•

Imraeritn nomen mite parenlis babes.

EPISTOLA X.

ALBINOVANO.

Hic mibi Cimmerio bis tertia dncitur atstat

Litore, pellitos inter agenda Getas.

Ecquos ta silices, ecquod , carissime, ferrum

Duritise conféra, Albinovane , mec?

Gutta carat lapidem ; consumitur annulas usa ,

Et teritur pressa roiner aduneus kumo.

Tempus edax igitnr, prêter nos, omnis perdet?

Cessât duritia mors quoquo virta mea.

Exemplumestanitni nitnium patirntia Ulysses,

Jactaius dubio per duo lustra mari.

Tempora solliciti sed nuit tamen omnia fati

Pertulit, et placide saepe fiiere morse.

An grave set annis pulcbrain fovisse Calypso,

/Eqnoreœque fuit concubuisse Des?

Excipit Hippolades, qui dat pro munere Tentoc,

Curvet ut iinpulsos uttlis aura sinus.


g** OVIDE.

rable enflât ses voiles et les dirigeât. Il ne fut

pas non plus si malheureux d'entendre les

chants harmonieux des syrènes, et le suc du

lotos n'eut pour lui rien d'amer. Ah! j'achèterais

volontiers, s'il en existait encore, au

prix d'une partie de mes jours, des sucs qui

me feraient oublier ma patrie. Tu ne compareras

pas la ville des Lestrigons aux peuples

de ces pays que baigne lister au cours sinueux.

Le cyclope ne sera pas plus cruel que

le féroce Phyacès ; et encore quelle part a-tril

dans les alarmes qui m'assiègent à tous moments?

Si, des flancs monstrueux de Scylla,

s'échappent des aboiements sauvages, les vaisseaux

heniochiens sont autrement funestes

aux nautonniers et tu ne dois pas davantage

mettre en parallèle avec les terribles Achéens

le gouffre de Charybde, vomissant trois fois

les flots qu'elle a trois fois engloutis. Ces barbares,

sans doute, promènent plusaudacieusement

leur existence vagabonde sur la rive

droite du fleuve, mais l'autre rive que j'habite

n'en est pas pour cela plus sûre. Ici la campague

est nue, et les flèches sont empoisonnées ;

Ici, l'hiver rend la mer accessible au piéton ;

et, sur ces ondes, où naguère la rame ouvrait

on passage, le voyageur, laissant là son vaisseau,

poursuit sa route à pied sec. Les Romains

qui viennent ici disent que vous avez peine a

croire cet état de choses. Qu'il est malheureux

celui dont les souffrances sont trop cruelles

Nec beM cantantM labor est audlsse puellas ;

Nec dégustant! lotos amara fuit.

Uos ego , qui patris faciant oblivia , succos

Parte mec vit», si modo dentar, émana.

Nec tu contuleris urbem Lestrygonis anquam

Gentilms, obliqua quas ol>it Isler aqua.

Nec vincet strvum Cyclops feritate Phyacen ,

Qui «juota terrnris j«ars solct esse i.ei I

Scylla feris trunco quod lalratab iuguine monstris ,

Hcnioclm nautis plus nocuere rates.

Nec potes iofestis conferre Cbarybdiu Achœis,

Ter licet epotum ter vomatilla fretum.

Qui quanquam désira regione li


lableà un étang aux eaux dormantes d'un marais,

il perd beaucoup de sa couleur, laquelle

n'est presque plus azurée. L'eau douce, plus

légère que celle de la mer, surnage; car le sel

qui domine en celle-ci la rend plus pesante. Si

Ton me demande pourquoi je donne tous ces

détails à Pédo, pourquoi je me suis amusé à

les écrire en vers; j'ai passé le temps, répondrai-je,

j'ai trompé mes ennuis ; voilà le fruit

d'une heure ainsi écoulée. Pendant que j'écrivais,

j'oubliais que j'étais toujours malheureux

et toujours au milieu des Gètes. Pour toi, qui

composes maintenant un poème en l'honneur

de Thésée (3), je ne doute pas que tu n'éprouves

les beaux sentiments qu'inspire un si grand

sujet, et que tu n'imites le héros que tu chantes.

Or Thésée ne veut pas que la fidélité soit la

compagne du bonheur. Si grand qu'il ait été

par ses actions, et que le représentent tes vers,

dignes de sa renommée, on peut toutefois l'imiter

en un point; chacun, par sa fidélité,

peut être un Thésée. Tu n'as pas à dompter,

* armé du glaive ou de la massue, les hordes ennemies

qui rendaient l'isthme de Gorinthe presque

inabordable ; mais il faut montrer ici que

tu m'aimes, hose tcoujours facile à qui la veut

bien. Est-il si pénible de conserver pur le sentiment

de l'amitié? Mais toi, dont l'amitié me

reste tout entière, ne crois pas que les plaintes

qui s'exhalent de ma bouche s'adressent à toi.

lanatat tmdt frato dulcit , litiorque marki est y

Qu« proprium misto de sale poodm faabet.

Si roget h«caliquia curiint narrata Pedoni,

Quid?e ioqui certis joierll iita modis ;

Ditinui , dicam } tempos , curasque fefelli :

Hune frueitifB prastus adtulit hort raibi.

AMuimut solito , dnm leribinitss Iita y dolore »

In mediia née nos sensimua esse Getia.

At tu , non dubito 9 quum carminé Thesca landes f

M aterie titnloa qoiu tutar© tu» ;

Quemque refers f imitera ? iront : vetat Ole profteto

Tranqoiilï comitem temporis esse Idem.

Qui quanquam est betia ingras f et conditor a te

Tir Unto » qoanto debuit ow eani ;

Est tameo es ilio nobis imitabile quiddam t

loqne Ide f heseus qollibet esse potest.

Non tibi snnt bottes ferro ditaque domandi f

Fer qios vît uli per?ius Istbmoa erat :

Std pnestandns amor, rea non operosa volent!.

Quia kbor est puram non temertsse Idem ?

H«e tibi » qui perstas indeclinatus atnico,

Mon est quod lîn§aa dicta quereote potes.

LES PORTIQUES. K8t

LETTRE XI.

A GALLION.

#

Je ne pourrai qu f à peine me disculper» Gal~

lion (f )» de n'avoir pis jusqu'à ce jour cité ion

nom dans mes vers; car je ue t'ai point oublié

lorsqu'un trait parti de la main d'un dieu m'atteignit.

Toi aussi, tu calmas la blessure en f arrosant

de tes larmes; et plût au ciel que9 déjà

malheureui de la perte d'un ami» tu n'eusses

point eu depuis d'aigres sujets de plaintes! Mais

les dieux ne font ps permis. Impitoyables»

ils ont cru pouvoir sans crime te ravir

ta chaste épouse! Une lettre est venue dernièrement

n'annoncer ton malheur et ton denil9 et

j'ai pleuré en'lisant la cause de toit affliction.

Cependant je n'ose entreprendre» si peu sag«

que je suis moi-même» de consoler un liommt

aussi sage que toi» ni te citer toutes les sentences

des philosophes qui te sont familières*

Si la raison n f a pas triomphé de ta douleur f j«

présume que le temps l'aura beaucoup adoucie.

Pendant que ta lettre m'arrîve et que la raiennt

te porte ma réponse, à travers tant de terres

et de mers» toute une année s'écoule. 1 n'est

qu f une occasion favorable pour offrir des consolations

» c'est lorsque la douleur est encoro

dans toute sa force» et que le malade a besoin

de secours ; mais si la plaie du cœur commence

à se cicatriser avec le temps» celui-là la réveils

EPISTOLA IL

OALUOffl.

Qallio , crimen erit ?ïi eteosabite nobis »

Carrai ut 1 ta nomen non habuisse mm.

Tu quoque enim , memini , eœleati eospidt faite

Fovisti lacrjinis ? nloen nostra tuia.

Atqne otinam , rapti jactura letw amici,

Seniisses » ultra quod quererere, nihil I

Non ita Dis ptaeiit, qui te spoliare pudiea

€onjuge crudeles non bibuere nefas.

Nuntianam luctns mihi nuper épistola venift,

Lectaque cum lacrfmis sunt tua damna mais.

Sed neque prudentem solari stultior ausim y

Yerliaque doctorum nota referre tibi :

Finitumque ttram , si non ratione f dolorem

Ipta jam pridetn suspicoresse mora.

Dam îm per?enit, dnm litora nostra reconvns

Toi maria ac terras permeat, anous abit.

Temporis officinal solatia Jicere certi mi ;

Dnm dolor in cursn est, dum polit n»(;i«r


J

822

OVIDE.

qui y touche mal à propos. D'ailleurs (et puis­ pourquoi mon amitié ne t'a point encore payé

sent mes conjectures se vérifier !) tu as peut- sa dette ; mais enfin je m'acquitte aujourd'hui

être déjà heureusement réparé par un nouvel envers toi avec usure. Je te chanterai sur quel­

hymen la perte que tu as essuyée.

que mesure que ce soit; je t'enverrai des vers, à

toi que j'ai connu enfant, enfant moi-même,à toi

que, pendantees longues annéesqui nous vieillissent

également l'un et l'autre, j'aimai de tout

LETTRE XII.

l'attachement d'un frère pour son frère. Ta me

donnas d'excellents conseils; tu fus mon gxûdeet

k TUT1CANUS.

mon compagnon lorsque ma main, débile encore

, dirigeait mon char dans des routes pour

S'il n'est point fait mention de toi dans mes moi toutes nouvelles; plus d'une fois, docile à ta

livres, ton nom seul, ô mon ami, en est la censure, je corrigeai mes ouvrages : plus d'une

cause. Personne plus que loi ne me parait digne fois, suivant mon avis, tu retouchas toi-même les

de cet honneur, si toutefois c'est un honneur tiens,quand, inspiré par les Muses, tu composais

que d'avoir place en mes écrits. Les lois du cette Phéacide, digne du chantre de Méonie.

rhythme et la conteiture de ton nom me gâ­ Cette amitié constante, cette uniformité de

tent, et je ne trouve aucun moyen de faire en­ goûts, qui nous ont liés dès notre plus tendre

trer ce dernier dans mes vers. Car j'aurais jeunesse, se sont continués sans altération jus­

honte de le scinder en deux parties, l'une finisqu'à l'âge où nos cheveux ont blanchi. Si ta

sant le premier vers, et l'autre commençant le étais insensible à ces souvenirs, je te croirais

second; j'aurais honte d'abréger une syllabe que un cœur aussi dur que le fer recouvert d'une

la prononciation allonge, et de te nommer Tu- enveloppe de diamants impénétrables. Mais la

Aeanua ; je ne puis non plus t'admettredansmes guerre etles frimas, ces deux fléaux qui me ren­

vers en l'appelant Tuticanus, et changer ainsi dent le séjour du Pont si odieux, auront plus tôt

de longue eu brève la première syllabe; enfin je leur terme; Borée soufflera la chaleur, et l'Aus-

ne puis ôter la brièveté à la seconde syllabe, et ter le froid ; les rigueurs même de ma destinée

lai donner une quantité qui n'est pas dans sa s'adouciront, avant que tu n'aies plusd'entrailles

nature. On se moquerait de moi si j'osais dé­ pour un ami disgracié. Loin de moi lacraimed'nn

figurer ton nom par de telles licences ; on dirait mal qui serait le comble de mes malheurs ! Ce

avec justice que j'ai perdu la raison. Voilà mal n'est point, et il ne sera jamais. Seulement

intempestive qui fovetiîla , noTal,

Atltltf quod , atque ulioara verum tibi venerit otneu !

Conjdgio felix jaui potes esse UOYO.

EPISTOLA XII.

TUTICANO.

Quo minas iu uoslris ponarii, amice, libella ,

Nominu cfticitur conditione tui.

Atl ego non alium prius hoc dignarer honore j

Est diquis nostrum si inodo carmen honos.

Lex pedis oflicio, naturaque nominis obstant,

Quaque meos adeas, est via nulla, modos.

Nani pudet in gemiuos ita nomen findere versus,

Desinat u* prior hoc, incipiatque minor :

Et pudeat, si te, qua syllaba parte morstur,

Arctius adpellem , Tuticanumque vocem.

Née potes in rersum Tuticani more venire,

Fiat ut e longa syllaba prima brevis.

Aot producatur, que nunc correptius exit,

Et fit porrecta looga seeunda mora.

His


emploie pour moi toute la faveur dont ti jouis

près des dieux etsurtout près de celui sur lequel

tu dois le plus compter, et qui t p a élevé aux plus

hauts houueurs; fais qu'en défeudant l'exilé

par tou lèle perse?érait mes ?oiles n'attendent

pas en vain un souffle favorable. Tu me demandes

quelle recommandation j'ai à t f adresser?

Que je meure si j v en sais rien moi-même :

mais que dis-je? ce qui est déjà mort peut-il

mourir encore? Je ne sais niceque je dois faire,

ni ce que je f eut , ni ce que je ne Yeux pas ;

j'ignore moi-même ce qui put m'étre utile.

Crols-moif la sagesse est la première à fuir les

malheureux ; le sens commun la suit aussi bien

que les conseils de la fortune. Cherche toimême,

je feu prie, quels services tu peux me

rendre, et s 9 l est quelques chemins pour parvenir

à réaliser mes vœux.

LETTRE Mil.

A CâMJS.

Toi qui mérites de compter parmi mes plus

idHes amis, toi qui es si bien nommé Caris»

reçois mes vœux. La couleur de ces tablettes,

le rhythme de ces vers, l'indiqueront sur-lechamp

d f où te vient cette lettre. Ces vers n'ont

sans doute rien de merveilleux ; cependant ils ne

Tu modoperSuperoi, quorum certissimusille est,

Quo tuut adsidue principe crevit honor ;

EfBce | constanti profogum pietate tutndo ,

Ne speratâ ni ci ai lèsent aura «le m»

Quid mandera, qiueraa : peream t niai dkere?k est y

SI modo qui parlât, Ille perlre potest.

Nec quid agam in?enio, nec quld noliafVe, velim?• ;

Nec titii ntilitas est met nota mifai.

Crtde mibi, miteroi prudentia prima reltnquit,

Et atnsns eum re coniiUumque fugit.

Ipae, precor, qtjcrisy que iim Ubi parte jutandus}

Quoque ?iam fieias ad met ?oU fado.

EHSIOLA ÏI1I.

CâlO.

§ mihl ni» dubios in ter memorande soda les,

unique, quod es tere, Gare, Tocaris, a?*.

Onde saluteria, oolor hic tibi proilnus indei,

Et structura mei carminis esse potest ;

Non quia mïrilca eatt sed quod nec publica certe:

Qualia enîm cunque est, non latet essemeam.

LES POETIQUES. «S

ressemblent pas à ceux de tout le monde, st f

quels qu'ils soient » on voit de suite que je suis

leur père. Toi aussi, quand même tu efftcmN

les titres de tes écrits, il me semble que j'eii

reconnaîtrais toujours fauteur au milieu de

mille autres ; je les distinguerais à des signes

certains.

L f auteur s f y décèle par une vigueur digne

d'Hercule» digne du héros que tu chantes.

Ainsi ma muse se trahit par une certaine allure

qui lui est propre, et peut-être même par ses

défauts. Si Nirée était remarquable par si

foeayté, Thersïte frappait aussi tes regards par

sa laideur. Au reste, tu ne devrais pas l'étonner

de trouver des défauts dans des vers qui

sont presque l'œuvre d f un Gète (i). Hélas! j f enrougis!

j'ai écrit un poème en langue gétîque ;

j f ai adapté nos mesure^ à des paroles barbares.

Cependant félicite-moi» j'ai su plaire aux

Gètes, et déjà ces peuples grossiers commencent

à m f appeler leur poète. Yous me demandez

de quel sujet j f aï fait choix. Fai chanté

les louanges de César ; et sans doute le dieu

m'a secondé dans cette tentative nouvelle; j f ai

appris à mes hôtes que le corps d'Auguste f le

père de la pairie f était mortel, mais que l'essence

divine était retournée au ciel j que le fils

qui, après bien des résistances, et malgré lui,

a pris en main les rênes de l'empire, égalait déjà

les vertus de son père (2) ; que tu es, 6 Livie,

la festa de nos chastes lomaines, toi qui tu

Ipso quoque ut charte titulum de flronte re?clin

Quod sit opus, Tideor dicere posse, tuum.

Quamtibet in multis positus noseere libellis,

Perque obserratas in?eniere notas.

Produot auctorem irïres, quas Hercule dïgnaa

Noftmua, atque illi, quem eanis, fsse pares.

Et mei Musa polestY proprio deprensa colore,

Insignis vîtiis fbrsitati esse suis.

Tarn mala Tbersiten prohibebat forma latere,

Quam pulchra Nireus eonspieiendus erat.

Nec te niirari, si sint vttiosa, decebit

Carmina, qu» faciam psne pœta Gelée,

Ah pudet ! et Getico scripsï sermone libellum ,

Structaque inot noslris barbara terba inodts.

Et placut, gratare mihi9 cwpitjue poète

Inter inhumanos noitien habere Oetaa.

Materiam qyieris ? laudes de Cœsare diii :

Adjuta est no?itas eumine nostra Dei.

Nam patris Auguati docui mortale fuisse

Corpus ; in etherias numen ablsse àomm •

Esse parera virtute patrî, qui frasna coatins '

Sœpe rerusnti cepf rit ïmperii ;

Esse pudicarnm te Vestam, Litia , ranlntin


«•4

OVIDE.

montre»aussi dignede ton fils que de ton époux;

qu'il existe en outre deux jeunes princes (3), les

LETTRE XIV.

feroies appuis du trône de leur père, et qui

ont déjà donné des preuves certaines de leur

A TOTICAITOS.

noble caractère. Après avoir lu ce poème, en- Je t'envoie ces vers, à toi dont naguère f»

fant d'une muse étrangère, et lorsque j'en cusais le nom de ne pouvoir s'ajuster à la me­

étais arrivé à la dernière page, tous ces barsure.bares agitèrent leurs têtes, et leurs carquois Tu ne trouveras ici rien qui t'intéresse, ii

chargés de flèches, et leurs bouches firent en- ce n'est que ma santé se soutient comme elle

tendi e un long murmure d'approbation. • Puis­ peut ; mais la santé même m'est odieuse dtni

que lu écris de telles choses sur César, me dit cet affreux pays, et je ne souhaite rien unt au­

l'un d'eux, tu devrais être déjà rendu à l'emjourd'hui que d'en sortir. Mon unique souci

pire de César. •

est de changer d'exil; toute autre contrée me

Il Ta dit, Carus, et voilà pourtantle sixième sera délicieuse au prix de celle que j'ai actael-

hiver que je suis relégué sous le pôle glacé. lement sous les yeux. Lancez mon vaisseau au

Les vers ne sont bons à rien ; les miens ne milieu des Syries, à travers ces gouffres de

m'ont été que trop funestes autrefois ; ils fu­ Cbarybde, pourvu que je sois délivré de ce

rent la cause première de mon malheureux pays, dont la vue m'est insupportable; le Styx

exil. Je t'en conjure, ô Carus, par cette union lui-même, s'il existe, je le préférerais à Pister;

que le culte divin des Muses a fait naître entre et s'il est un abtme plus profond que le Styx,

nous, par les droits d'une amitié respectable à je le préférerais encore.

tes yeux» (et si tu entends ma prière, puisse Le champ cultivé est moins ennemi des her­

Germanicus, imposant à ses ennemis les chaînes bes stériles, l'hirondelle est moins ennemie d»

du Latium, préparer aux poètes de Rome une Hivers qu'Ovide du voisinage des Gèles bel­

matière féconde! Puissent se fortifier de jour liqueux. A ces paroles, les habitants de Tomes

en jour ces entants si chers à nos dieux, et s'indignent contre moi, et mes vers ont soataré

dont, pour ta plus grande gloire, tu surveilles la colère publique. Ainsi donc, je ne cesserai par

l'éducation! ) Je t'en conjure, dis-je, emploie mes vers d'attirer sur moi le malheur, et moa es­

toutton crédit à me sauver un reste de vie déjà prit peu sage me sera donc une sourced'éternelj

près de s'éteindre si l'on ne change le lieu de châtiments? Mais d'où vient que j'hésite encore

mon exil !

» me couper les doigts pour ne plus écrire, et

I que, dans ma folie, je continue à manier césar-

Ambiguum nato dignior, aune vin» :

Esse duos juvenes, firme adjumenta parentis,

Quidederintanimi pignora certa «ui.

fhecubi non patria perlegi scripta Camœna,

Vcnit et ad digitos ultima charta meos;

Et caput, f t pleuas omoea movere phare tras ;

Et longum Getico murmur in ore fuit.

Atquealiquig : Scribaabœc quumde Cassare, dixit,

Cœsaris imperio reatituendus eras.

111e quidem dixit, sed me jam, Care, nivali

Sexta relegatum brama sub axe videt.

Carmiua nil proaunt : nocuerunt carmina quondam,

Plimaque tara misera causa fuere fugae.

Attu per studii communia fœdera sacri,

Par non rile tibi nomen amicitisc;

Siocapto Latiis Germanicus hoste calenis,

Maîeriara veatris adferat ingeniis ;

Sic Taleant pueri, rotum commune Deorum ,

Quos la us formendos est tibi magna datot ;

Quanta pot ci, prœbe nostrae momenta saluli,

Qus nisi mulatr» nulle futura loro est.

EP1STQLA XIV

TUTICAHO.

Haie tibi mittuntur, qnem sum modo carminé qseitn

Non aptum nameris nomen habere mais.

In quibus, exceptoqaod adbuc oteonque Talemui,

Mil te pneterea quod juvet, invenies.

Ipsa qaoqueeat in visa salua; snntqae ultime rota,

Quolibet ex iatia scilioel ire locis.

Nulla raihi cura est, terra quam muter nt ista,

Hac quia, quam video, gratior omnis erit.

In médias Syrtes, mediam mea vêla Charjbdin

Mittite, presenli dura careamoa humo.

Styx quoque, si quid ea est, bene commutabitur lit»,

Si quidetinferius, quam Styga, muodusbabet

Gramina coltus ager, frigualninas odit biraado,

Proxima Marticolis quam loca Naso Getis,

Talia succensent propter mihi verba Tomita,

traque carminibus publica raota roeU.

Ergo ego cessabo nunquam per carmina lasdi ;

Plectar et incauto semper ab ingenio ?

IiryoegOj ne scribam, digitos iocidere cunelor.


LES POETIQUES.

qui m'ont été si fatales? Mes regards cher­ de Tomes, et appelle sur ma muse un nouvel

chent de nouveau ces écuetls où je touchai orage. Plût au ciel que mon bonheur fût égal

jadis, ces ondes perfides où vint échouer mon à mon innocence ! Le fiel de ma bouche n'a

vaisseau. Mais je n'ai rien fait, habitants de encore blessé personne ; et quand j'aurais l'Ame

Tomes, qui doive vous offenser.

plus noire que la poix d'IUyrie, ma critique

Si je hais votre pays, je ne vous en aime ne s'adresserait jamais à un peuple si constant

pas moins. Parcourez tous ces ouvrages que dans l'amitié qu'il me porte. Habitants de To­

j'ai produite dans mes veilles, vous n'y troumes, la douce hospitalité que je reçois de vous

verez pas un mot de plainte contre vous. le me et votre humanité dénotent suffisamment vo­

plains du froid, des incursions qui nous metre origine grecque. Les Péligniens, mes comnacent

de tomes parts, et d'un ennemi qui vient patriotes, et Sulmone, où je suis né, n'auraient

sans cesse assiéger vos remparts. J'ai souvent pas été plus sensibles que vous à mes malheurs;

déclamé, et avec raison, contre le pays, mais vous venez encore de m'accorder un honneur

non contre les hommes ; et vous-mêmes, vous que vous accorderiez à peine à celui que la

avez plus d'une fois accusé le sol que vous ha­ fortune aurait respecté ; et encore à présent je

bitez.

suis le seul qui, sur ces bords, ait été jusqu'à

La muse du poète antique qui chanta la cul­ ce jour exempt d'impôts; le seul, dis-je, à l'exture

osa bien dire qu'Ascra était un séjour ception de ceux à qui la loi confère ce privilège.

insupportable en toute saison ; et pourtant celui Vous avez ceint mon front d'une couronne sa­

qui écrivait ainsi était né à Ascra (4), et Ascrane crée, hommage que j'ai été contraint de rece­

s'irrita point contre son poète. Quel homme eut voir de la bienveillance publique. Autant Latone

pour sa patrie plus de tendresse que le sage aime Délos, qui seule lui offrit une retraite

Ulysse? et cependant c'est de lui qu'on sait que lorsqu'elle était errante, autant j'aime Tomes,

sa patrie n'était qu'un rocher stérile. Scepsius, où, depuis mon bannissement jusqu'à ce jour,

dans ses écrits pleins d'amertume, n'attaque pas j'ai trouvé une hospitalité inviolable. Plût aux

le pays, mais bien les mœurs de l'Ausonie (2) ; dieux seulement qu'on pût espérer d'y vivre

il mit en cause Rome elle-même, et toutefois en paix, et qu'elle fût située dans un climat

Rome souffrit avec patience ces invectives et plus éloigné du pôle glacé !

ces mensonges, et sa langue insolente ne lui

attira rien de fâcheux. Mais un interprète majorait

excite contre moi la colère du peupla [

Telaqoe adhue dément, quai nocnere, saquer ?

Ad veteres scopulos iternm derertor, adtllas,

In quibus ofïendit naufrage puppis, aqoas.

Sctl nihil admisi ; nolla est mea eulpa, TomiUt,

Quoi ego, quam loea rim vestra peroiua, atno.

Quilibet exculiat noitri monumenta laboris,

Litera de Tobis est mea qaesta nihil.

Frigus, et inrursus omni de parte timendos,

Et quod polsetur munis ab hoste, queror.

In lora , non homines , verissima crimina diii :

Culpatis vestrum Toiquoque sœpe solom.

Esset perpetuosua quam vitabiiis Ascra ,

A usa est agricola Musa doeere senis.

At Tuerat terra genitui, qui scripsit, in illa ;

Intumuit vati née tameu Asera «uo.

Quis patriam sollerte magis dilexit Ulysse?

Hoc tamen asperitas indice nota loei est.

Non loca, sed mores didis vexaTÎt amaris

Sceprius Aosonios, aetaqae Roma rea est.

Fais* tamen passa est «qoa eonvicia mente,

Obfuit anctori née fera Hngaa sao.

Atmtlasinterprts, popali mibi concitat iraro,

Inqne noYumcrimen termina nostra tocat

Tarn felix utinam , quam pectore candidos,

Exstat adhoe nemo saodiis on meo.

Adde, quod IUyrica si jam piet nigrior etsetn ,

Non mordenda mibi turba fidelis erat

Molliter a vobis mea sors excepta, Tomita»,

Tam mites Graiosindieat esse riros.

Gens mea Peiigni, regioque domestica Snlmo,

Non potuit nostris ienior esse malis.

Quem TïI incolumi cuiquam saboque daretis,

Is datas a Tobis est mibi nuper bonor.

Soins adbuc ego tum veatris immunit in oris,

Exeeptie, si qui munera legis habent.

Tempora sacrata mea snnt velaU eorona,

Pnblicus inTito qoam fiiTor imposait.

Quam grata est igitar Latonv Délia tellut,

Erranh tutom quai dédit una loeum,

Tam mibi eara Tomis ; patria quai sede fugatis

Tempus ad hoc nobis bospita fida manet.

Dl modo fecissent, placide spem posset habere

Pacis, et a gelido longias axe foret I ts


H26 OVIDE

LETTRE XV.

A SHTUS POUPÉE.

S'il est encore au monde un homme qui se

souvienne de moi, et qui s'informe de ce que

moi, Ovide, je fais dans mon exil, qu'il sache que

je dois la vie aux Césars, et la conservaiion de

cette vie à Sextus ; à Sextus, qui, après les

dieux» est le premier dans mon affection. Si, en

effet, je passe en revue les différentes phases

de ma déplorable existence, il n'en est pas une

seule qui ne soit marquée par ses bienfaits: ils

sont tout aussi nombreux que les graines vermeilles

enfermées sous l'enveloppe flexible de ta

grenade dans un jardin fertile, que les épis des

moissons de l'Afrique, que les raisins de la

terre du Tmole, que les oliviers de Sicyon et

les rayons de miel de l'Hybla. J'en fais l'aveu,

tu peux invoquer mon témoignage; Romains,

signez tous, il n'est pas besoin de l'autorité des

lois : ma parole suffit; tu peux, quelque mince

que soit ma valeur, me compter dans ton patrimoine

; je veux être une partie, si faillie qu'elle

soit, de ta fortune. Comme ta terre de Sicile est

celle où Philippe régna jadis, comme ta maison

qui s'étend jusqu'au forum d'Auguste, et ton

domaine de Campanie, les délices de son maître,

comme enfin tous les biens que tu possèdes par

droit d'héritage ou d'achat t'appartiennent

sans contredit, ô Sextus, ainsi je t'appartiens

moi même: triste propriété, sans doute, mais qui

EPISTOLA XY.

SEXTO POUPEIO.

Si quis adhacueqoam nostri non immemor exstat,

Quitta relegatus Naso , reqnirit, agam :

César i bas vilain, Sexto debere aalutem

Me aciat : a Superit hic mihi primua «rit.

Tempora nain miseras compter ta r ut omoia TIUB ,

A meritis btijot pan mihi Dalla yacat;

Quo numéro lot luut, quoi in horto ferlilia arvi

Punica sub lento corlice grana ruhent;

Afriea quoi segetes, quoi Tmolia terra racemoa,

Quoi Sieyon baceaa, quot parit Hyl.la favos.

Confiteor, testera licet ; signale, Quintes :

Nil opus est legum viribus; ipse loqoor.

Inter opes et me, rem parrain , pone patentas :

Pars ego sim censue quantulacumque lui.

Quam tua Trinacria est, regnataque terra Philippo,

Quant dotnus Auguste conlinuata fort» ;

Quam toa, ras oeulis domini, Gampauia, gratutn ,

Quatque rclida tibi, Sexte , vel emta ten«,

Tarn tuus en ego sum ; eujos te munere tristi

te donne au moins le droit de dire que lu possèdes

quelque chose dans le Pont. Pltise aux

dieux que tu le puisses dire un jour ! Que j'obtienne

un lieu d'exil plus favorable, et que, par

conséquent, tu aies ton bien mieux placé! Mais

puisque telle est la volonté des dieux, licite

d'apaiser par tes prières ces divinités auxquelles

tu rends chaque jour tes pieux hommages

, car ton amitié prouve mon innocence

autant qu'elle aime à me consoler dans mon infortune.

Je t'implore d'ailleurs avec pleiue confiance;

mantusafoque,loreméinequ'ondescend

le fil de l'eau, le secours des rames seconde encore

la rapidité du courant. Je rougis


la vie, et que je suis plot à toi que si tu m'avais

acheté à prix d'argent.

LETTRE XVI.

A UN ENVIEUX.

Pourquoi donc, envieux, déchires-tu les

vers d'Ovide, qui n'est plus? La mort n'étend

pas ses droite destructeurs jusque sur le génie;

la renommée grandit après elle, et j'avais déjà

quelque réputation quand je comptais encore

parmi les vivants. Tels florissaient alors, et Marsus,

et l'éloquent Rabirius (4 ), et Macer, le chantre

d'Uion, et le divin Pédo (2), et Carus (3),

qni, dans son poème d'Hercule, n'aurait pas

épargné Junoo, si déjà Hercule n'eût été le gendre

de la déesse ; et Sévère (4), qni a donné au

Latinm de sublimes tragédies; et les deux Prisais,

avec l'ingénieux Numa (5) ; et toi, Montanus

(6), qni n'excelles pas moins dans les vers

héroiqnesquedans les vers inégaux, et qni as exploitélesdeuxgenresauprofitdeta

gloire; et Sabuius

qui fit écrire à Ulysse (7), errant depuis

deux lustres sur une mer irritée, des lettres

adressées à Pénélope, mais qu'une mort prématurée

a enlevé à la terre, avant qu'il ait mis

la dernière main à sa Tréaène et à ses Faites ; et

Largus, qui doit ce surnom à la fécondité de

son génie, et qui conduisit dans les plaines de

Meque tuum libra oorit et tare magis.

EP1ST0LA XVI.

AO INVIDUM.

luride, quid laceraa Naaonia carmina rtpti?

Non eolet ingeoiia auinma ooeere diea.

Famaque port ciueres major ?enit : et miai aomen

Tune quoque, quum riria adnumerarer, erat;

Quuiu foret et Maraua, magique Rabiriua oria,

Iliacuaqoe Macer, aidareuaque Pedo ;

Et, qui Junonem laniaaet in Hercule , Carat,

Junonia ai non jem gêner allé foret;

Oaiqoe dédit Latio earmen regale Sererua ;

Et eun eubtili Priacna nlerqoe Numa ;

eguiqoe T«I imparibus numeris, Montane, Tel «quia

8afB«ie , et genino carminé nomen habea ;

J3t qui Pénélope reacribere juuit Ulyesem,

Errantem sano per duo luatra mari ;

Quique euam Trœtena, imperfectumque diernm

Deaentit céleri morte Sabinus opua ;

Xaogeniique sui dictas rognomine Largus,

Oallica qni Pbrygium duiit in arta scnein ;

LES POKT1QUES. 817

la Gaule le vieillard phrygien (8); et Camermos,

quia chanté Troie, conquise par Hercule; etTus*

cas (9), qni s'est rendu célèbre par sa Phyllis,

etle poète de la mer, dont les chante semblent

être l'œuvre des dieux mêmes de la mer ; et cet

antre qui décrivit les armées lybiennes et leurs

combats contre les Romains (10); et Marina,

cet heureux génie qui se prétait à tous les genres;

et Trinacrius, l'auteur de la Penéide; et

Lupus (14), le chantre du retour deMénélaa et

d'Hélène dans leur patrie; et le traducteur delà

Phéacide (42), inspirée par Homère; toi aussi,

Rurus (43), qui tiras des accords de la lyre de

Pindare; et la mnsedeTurranus(14), chaussée

du cothurne tragique; et la tienne, Mélissns (15),

plus légère et chaussée du brodequin. Alors,

pendant que Varus et Gracchus (16) faisaient

parler les tyrans inhumains, que Proculus (47)

suivait la pente si douce tracée par Callimaque ;

queTityre (48) conduisait ses troupeaux dans les

champs de ses pères, et Gratius (19) donnait des

armes au chasseur ; que Fontanus (20) chantait

les Naïades aimées des Satyres ; que Capdla (24)

modulait des strophes inégales; que beaucoup

d'autres, qu'il serait trop long de nommer, et

dont les vers sont entre les mains de tout le

monde,s'exerçaient alors dans la poésie ; qu'en­

fin s'élevaient de jeunes poêles dont je ne dois

point citer les noms, puisque leurs oeuvres

n'ont pas vu le jour; et parmi eux, cependant,

je ne puis te passer sous silence, ô Cotta (22), toi

Quique eanit domitam Gamerinoa ab Hercule Trojam ;

Quique tua nomen Pbyllide Tuacna habet ;

Velivolique maria ratea, cui credere poaaia

Carmina catruleoa ooinpoauiaae Deoa;

Quiqoe aciea Libycaa, Romanaque pratlia ditit ;

Et Marias, aeripti dater in omne genua ;

Trinaeriuaqae saa Perseidoe auctor; et auctor

Tantalidïa redacia Tyndaridoaque, Lupua ;

Et qui Meoniam Pbawcida Tertit ; et una

Pindaricc fidicen tu quoque , Rufe, lyras ;

Muaaque Turrani, tragicia inniia ootburnia ;

Et tua cum aoeco Mnaa, Meliaae, letia :

Quum Varus Gracehuaque dareut fera dicta tyrannia ;

Callimachi Proculus molle teneret iter;

Tityrna antiquaa et erat qui pasceret berbaa ;

Aptaque Tenanli Gratiue arma daret ;

Naldaa a Satyria caneret Fontanoa amataa ;

Clauderet imparibua verba Capella modia.

Quumque forent alii, quorum mihi cuncta referre

Nomina longa mora est, carmina Tulgua babet ;

Eaaent et jurenea, quorum quod inedita cura est,

Appellandorum nil mihi jurie adeat ;

Te tameo in turba non auiim, Cotta , silere ,


8» OVIDE.

l'honneur des nmses et l'ane des colonnes da

barreau; toi qui, descendant des Cottaparu

mère, et des Messala par ton père, représentes

•à la fois les deux pins nobles familles de Rome.

Alors, aumilieu de ces grands noms, ma mue,

si je l'ose dire, occupait glorieusement la renommée,

et mes poésies trouvaient des lecteurs.

Cesse donc, Envie, de déchirer on exilé;

Pieridum lumen, pretidiumque fori;

M ateraoe Cottu cai Mfttallaaaue patemoa

Matima nobiliUa ingeminata dédit.

Dicerc si fat eat, daro mea nomioe Mata,

Atqve inter tantoe, «put leçeretur, erat

Eifo labmotani patria pro*cindere,liror,

cesse, cruelle, de disperser mes cendre*. J'ai

tout perdu, hors an souffle de vie qu'on ne m'a

laissé sans doute que pour servir d'aliment à

mes malheurs, et pour m'en faire sentir tonte

l'amertume. A quoi bon enfoncer le fer dans

an corps inanimé? Il ne reste plus d'ailleurs en

moi de place à de nouvelles blessures.

Detioe; oeu ctoerea aparge, entente, méat.

Oraoia perdidimua : tantammodo rtta rdieU ett,

Pnebeat ut aentom materiamque malit.

Qoid jufat exttinctoa ferrum diinittere in artosî

Non habetin nobit jam nora plagalocum.


oootioooQoaco

LITRE PREMIER.

LETTRE PREMIÈRE.

(I) Il y avait déjà quatre ans qu'Ovide était exilé;

le poète avait alors 56 ans. Ou peut voir la neuvième

élégie du troisième livre des Tristes, sur l'origine do

nom et de la ville de Tomes, dont, en général, il ne

perle jamais que d'une manière un peu vague.

(S) Ovide placelesGètes.sur la rive droite du Danube.

Suivant Hérodote (liv. IV, cb. 95), ils habitaient les

deux rives ; Tomes est dono aitnée dans le paya des

Oètes.

(5) On croit que ce Brutus auquel Ovide adresse sa

première lettre des Pontiqae» était fils de celui qui

poignarda Jules-César dans le sénat, et qui se tua loi

même après la bataille de Philippe», qu'il perdit contre

Auguste.

NOTES

DES PONTIQUES.

(4) -Il s'agit ici des bibliothèques publiques. Ovide,

dans la première élégie du liv. 111 des Tristes , se plaint

déjà qu'un de ses ouvrages n'ait pu trouvé de place

dans la bibliothèque du mont Palatin, et dans celle qui

était dans le vestibule du temple de la Liberté.

(5) Marc-Antoine était l'ennemi déclaré d'Auguste,

qui souffrit et dédaigna ses injure». (Tacite, Ann.,

liv. 4, ch. 54.)

(6) Cicéron" nous apprend ( Aead. II, liv. I, ch. 5)

que Brutus n'était pas feulement un grand capitaine,

mais aussi un des philosophes les plus célèbres de son

temps.

(7) 11 s'agit ici de Diane Ariciue, du nom d'Aricie,

ville d'Italie , près de laquelle elle avait un temple, et

où elle avait été transportée, dit-on, par Oreste, de la

Tauride.

(8) On croyait qu'Isis privait de la vue eeux qui,

•près avoir juré par son nom, violaient leur serment.

LETTRE II.

(I) Ce Fabius Maxiraus était un des favoris d'Auguste,

oooooooooooooooooooo

et appartenait I l'une des familles les plus anctennea de

Rome.

(S) Nous suivons ici le texte de Lemaire, qui réunit

avec raison cette seconde partie k la première , pour

n'en faire qu'une seule et même lettre, contrairement

k plusieurs autres éditions qui commencent k ce mot

une autre lettre.

(5) L'expression iea OresUa pourrait faire croire

qu'il Vagit iei d'Iphigénie, aomrd'Oreste ; mais il s'agit

de Diane adorée en Tauride, et dont Iphigénie était la

prêtresse. Ovide appelle encore cette déesse (Met., liv.

XV, T. 489 ) Di*na Oreua, parce qn'Oreste près

d'être immolé par sa sorar, fut reconnu par elle, et tons

deux quittèrent secrètement la Tauride en emportant

la statue de Diane.

(Â\ Marcia était la femme de Maximus. Voy. Tse.

anu liv. I, ch. 5.

(5) Auguste était ils d'Accia ; la sœur d'Aeeia est la

tante d'Auguste, dont parle ici le poète.

LETTRE III.

(4 ) Longues piques macédoniennes.

(S) Rutilios , personnage aussi savant que probe,

fut condamné à l'exil, par suite de la haine que lut

portaient les chevaliers. Rappelé à Rome par Seylla ,

il refusa cette faveur d'un homme dont on n'osait alors

rien refuser. (Val. Max. liv. VI, ch. 4.)

(3) La source de Pirène est près de Corinthe, où se

retira Jason après le meurtre de Pelles. ^

LETTRE IV.

( I ) Le Danube seul séparait Tomes de la Colchide, ou

Jason , filsd'JSson, pénétra pour enlever la toison d'or.

(2) Pélias, oncle paternel de Jason, qui régnait dans

la Thesnlie , craignant d'être détrôné par son neveu,

l'envoya dans la Colchide pour y enlever la toison

d'or.

(5) Les deux parties du monde, orientale et occidentale.


S3Q

LBTTBB V1U.

fil On appelait ainsi I Home une tau qui fêtait

amenée par un aqueduc ; son nom lui •tuait de et

qu'élit avait été découverte, dit-on f par une jeune filte.

VOJCI kt notes des Triêtm, Iv. 111, éï%. Xllf note S.

P) Snlmone, patrie d'Ovide, est dans le paye des

Pélignes.

(3) La voie Pliminia allait joaqu f l Arirainium , en

Ira?enant POmbrie 9 et se joignait I la voie Ciodia I

enf ou dit milles de Home.

UTTBB IX.

(i) ânlus Cornélius Cclsus, eu rapport de Quinilieii^

était un homme d f une vaste érudition. 11* • éarit sur la

rhétorique} sur Part militaire et sur la médecine.

(2f Arbre de la hauteur du palmier} dont les fruits

•ont semblables I ceui de la vigne. On en irt un partant

tiét-pécitK. (Pille, tt?. III, ck. 45.)

LIVRE DEUXIÈME.

LUTH u.

(i) Tibère était accompagné deDrnsua, ton file,

et de Germanicut César, son neven 9 qu'il avait adopté*

(§) Les petits-Sis d'auguste avaient rep le nom de

César.

(5) Sans doute Castor et Pollui.

|4| Messaiinus f un im lieutenants de Tibère , dans

la guerre d'illyrie f partageait avec lui les honneurs du

triomphe.

(3) U appelle mmrdM s#m intercesseur auprès des

Césars , parce qu'il appelle ceux-ci giyeraf •

mmmm m.

(( ) Ovide avait été l'ami du père de Maximos.

(2) 11 désigne ici le port de Irindes, ©à I t'est

embarqué pour son exil»

UTTB1 T.

(I) Le triomphe de Tibère. Voy. lettre |, lit. II.

(1) On voit que les anciens ne dédaignaient pat de

recommander 1 Poritair de prendre des attitudes et de

disposer sa robe d'une manière propre I prévenir son

auditoire.

(3) Le thyrse était une pique entourée de pampres

de vigne et de feuilles de Hem que les bacchantes

agitaient dans les fêtes de Bacchus. Suivant le commcntateur

Mycillus 9 le thyrae est ici considéré par Ovide

comme Pemblème de Péloquen$e ; la couronne de laurier,

au contraire, est Pemblème de la poésie. Nous

partageons ce sentiment.

OYtDE.

urrrin vu.

fl ) Nous Dépensons pas, comme quelques tradustsat^

qu'Ovide parle ici de certains compagnons Je MI

voyage 9 qui Pauraient pillé :ti cela était Ovide et ssa»

qnerait pas de s'en plaindre plus d'une fois. Or, iae

s'en est jamais plaint U est probable tu eootrain qil

s'agit ici de quelques-uns de ses outil de Rome, le la

façon de cet ennemi auquel ( Ibis, veri29| il reprocha

de vouloir s'emparer de ses dépuilles; ce qui itnit

arrivé! si Auguste ^eÉtpaseomervéau pottesonpstri*

moine.

UTTBB VIII.

(f ) Les portraits d f auguste et de César,

p) Le palais de César*

UTTBB IX.

fl) Cotys estlenoot de plusieurs mis de Thnct*

LBTTBB X.

(1 ) Emilint Macer, de Vérone, voulut être le contint»*

tenr de PIliade f qui s'arrête y comme on sait , an fine»

railles d'Hector.

UTTBB XI.

(I ) Castor était Poncle d'Henniont, et Hector ce lui Js

Iulea } Ovide veut donc dire que f comme eux, Rafaifft

Poncle de sa femme; rapprochement peu juste, mil

délicat.

LIVRB 1?.

UTT1B ranuiii.

(1| Cetartiateest Apetlis , né I Ces, et cette Vta,

mm cheM'imvre , la Vémw jâmmi§mmiM, cVst-à-éire

sortant des lots.

(2) Cette statue était d f or et fiisiR ; m peut j*tr

de sa hauteur per la dimension de la Victoire f« était

représentée aur Pégide de h déesse; cette Igitte étal

d'environ quatre coudées. Phidias osa graver ssa as*

•or le piédestal y quoique cnla fit interdit anaitiiisaj

sons peine de mort.

(i) Voy. sur Calamis et ses chevaux, Pliât, lit.

XXXIV, eh. 8.

fl) Myron, actuaire célèhre, surtout par «as nés

dont PMne vante la perfection.

UTT1B II,

fl) Le Sévère dont il s'agit ici est apparent

Cornélius Sévères, dont parle Quintilicn (lui n*

lif. 10.)

(2) Les Gorallea étaient un peuple habitait ksfcoi*

dePEuxin.


fi) Ce Germanicus était appelé le jeune, à cause de

•on père f iroios Néron Germanicus. C'est celui-là «foi

tengra la défaite de Varus et dont Taeïte fait on si grand

•loge. Il fot père de CaUgula et grand-père de Néron.

LBTTRB IX.

fi) Lorsqu'on faillit une tente oo ont adjndication

publique, on plantait une pique qui était le signe on

f annonce de cette adjudication. — Les retenu! publiée

•anémiaient pour on lustre ou cinq ans.

(t) Le dictateur avait vingt-quatre licteurs, tandis

que le consul n'en avait que doute. (Test que la dictature

notait qu'une magistrature eitraordinaire et en dehors

de la constitution, tandis que le consulat était et demeurait

toujour§9 nonobstant les circonstances, la plut

hante charge de Pétat.

(3) Ce mot varie dans les manuscrits de huit ou dix

manières ; le véritable nom est en effet Trosmin , en

grec tywaptf ou Tpëmm • C'était une ville de la batte

Myaie.

LRTBI X.

(1) Celui-ci se no|ime Calue Pede âlbinovanusf

rt l'autre, auquel Horaee adresse aussi une épltre , se

nomme Cetsus Albinovanus.

(2) Éole , Ils d'Bippotas, remit I Olyeee des outres

qui enfermaient les ventsf pour la commodité de son

voyage. ( Met., liv. XIY, v. 12t.)

(3) On voit ici qu f âlbinovanns était poitt 9 et que

Thésée était le sujet de ses chants.

LBTTBB XL

(4) Junios Gallîo fut le père adoptif d'Annaioa

Novatos} frère de Sénèque le philosophe} et qui fut proconsul

d'Aehale au temps de Ja prédication de saint

Paul, iCorinthe. (Voy. actes des Apôtres, ch. XfllI.)

LBTTRB Xlll.

(I) Ofîde avait fait unpoSmeen langue gltique, I

la louange d'Auguste.

2) Tibère, fils d'Auguste par adoption.

(3) Germanîcus le jeune, fils de Drusus , et adopté

par Tibère j et Drusus, fils naturel de Tibère.

LRTTM MW.

(I ) Hésiode, le chantre des travaux et An jmrs, et

ït la Théogonie, 11 était d'Asera', en Béotie.

(1) C'est MefrocforM SeepUui dont il s'agit ici et

LES P0NT1QUES. —NOTES. 851

LIT?il Y. i f ue P^ ne ^ if0 ' r &* m philosophe et non mm poète

fi) Il a

(lit. ÏÏIl¥f eh. II).

UTTRI XVI.

f aglt ici do temple élevé par Jules César à

Vénus, dont il prétendait descendre par ton fis Enée.

(1) Domitius Marsus fot un poita célèbre f an tempe

d'Auguste. — Babirios Fabius le range parmi lee

polies épiques.

(2) Emîlius Macer a écrit sur la guerre de Troie,

d'où l'épithfcte fftecwi que lui donne Ovide. — C'est i

Pedo Albinovanus qu'est adressée la lettre X de ce quatrième

livre. Ovide lui donna le nom de $Merem% I cause

d'unpoime qu'il composa, dit-on, sur les astres.

(3) C'est I Garas qu'est adressée J'épttre Xlll cidessus.

11 avait fait une HirmUidê^ ou potme en

l'honneur d'Hercule.

(4) Cornélius Seterus, polie tragique. — Ovide dit

carmen régale^ parce que les crimee et les passions

des rois faisaient le sujet des tragédies.

(5) Trois poètes inconnus.

(0) Jules Montanns} poite ami de Tibère.

(7) Stbinus est célèbre par une hérolde, en réponse

I la lettre qu'Ovide adressait I Ulysse au nom de

Pénélope.

(8) Anténor, vieillard troyen, vint en Italie après

la prise de Troie, et fonda Padoue.

(9) Tuseiis est inconnu»! Heiosius croit qu'il frai

lire Fmcm.

(40) On ne sait pas non plus quel est ce poète.

(14) Trois poitea inconnus*

(42) Voy. kt. XII de ce livre t v. 27.

(4 S) Peut-être Pomponiua Bufus.

(14) Auteur inconnu.

(11) McMfsns est auteur de comédies appelées Tag'a$mf

suitant le scoliaste d f Horaee.

(16) Quindilius Yarus} de Crémone 9 ami de Yiigile

et d'Horace, polte particulièrement fort vanté par

celui-ci.—Oraechus, polte du mime temps, fit, comme

f aras, une tragédie de TAgifte.

9

(17) Fabius parle d'un Proculus qu f l met au premier

rang des poites élégiaques ; c'est tout ce qu'on en sait.

(18) Virgile est ici désigné par le titre de sa prtmièn

églogue.

(19) Gratius est auteur d'un poime sur la cAnsi§9

qui est venu jusqu'à nous.

(20) Auteur inconnu.

(21) Capella est auteur d'élégies qui m noue at«t

point parvenues.

(22) Voy. la lettre? dnliv. III.

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