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Dossier <strong>valise</strong><br />
Zineb Sedira
Présentation de l’artiste :<br />
L'œuvre de Zineb Sedira, qui pratique la photographie, l’installation et la vidéo, se nourrit<br />
de son histoire personnelle. Fille de parents algériens immigrés en France, aujourd’hui<br />
installée à Londres, elle interroge son identité et son histoire, explore les notions de<br />
nomadisme, de migration et de patrie. Elle aime questionner et réinterpréter la<br />
dichotomie entre les images familières occidentales et les icônes et rituels arabes<br />
islamiques. La relation mère-fille est l'un de ses thèmes favoris.<br />
Une oeuvre interrogeant les images symboliques de deux cultures<br />
Zineb Sedira arrive à Londres en 1986. Elle y étudie l’art, d’abord à Saint Martin’s où elle<br />
obtient son BA en 1995, puis à la Slade School of Arts, et au Royal College of Art. Dans ses<br />
premières œuvres, alors même qu’elle est toujours étudiante, se profile déjà son intérêt<br />
pour le voile et son désir de contester l’image simplificatrice qu’on lui prête.<br />
En 1996, Zineb Sedira réalise Don’t do to her what you did to me II. Cet ensemble de<br />
photographies la présentent coiffée du voile. Vue de face, de profil et la tête inclinée, elle<br />
pose pieusement, presque cérémonieusement. L’attitude pieuse qu’elle adopte devant<br />
l’objectif semble faire écho à l’idée de soumission de la femme voilée, telle qu’elle est<br />
perçue en Occident. Cette oeuvre peut se lire comme une performance, car l’artiste, qui<br />
n’a elle-même jamais porté le voile, l’adopte ici de manière symbolique.<br />
Self portrait or the Virgin Mary, 2001,<br />
C- prints on aluminium, 100 x 150 cm each, Ed 2/3<br />
courtesy The Agency Contemporary, London<br />
Self Portrait or the Virgin Mary (2000) est un triptyque photographique qui présente une<br />
femme portant l’haïk, long voile algérien qui ne laisse entrevoir que les yeux. On la voit de<br />
trois-quart, de dos et de profil. Vêtue de son voile blanc, elle apparaît sur un fond d’une<br />
blancheur immaculée. Seul le titre suggère qu’il s’agisse de l’artiste. Mais, si l’on en fait<br />
abstraction, et compte tenu de cette luminosité presque céleste, cette femme a toutes les<br />
caractéristiques de la Vierge Marie. En Occident, le voile noir est toujours perçu comme<br />
agressif. En adoptant le blanc, Zineb Sedira suscite une autre réaction, un autre regard. En<br />
bouleversant des codes visuels sujets aux préjugés, elle invalide l’antagonisme entre islam<br />
et Occident.
L’image de la femme : entre continuité et rupture<br />
<strong>Le</strong> thème de la femme reste un sujet privilégié, notamment au travers de sa propre<br />
famille. C’est le cas de Mother Tongue (2002), vidéo dans laquelle l’artiste, sa mère et sa<br />
fille, deux par deux sur trois écrans, communiquent chacune dans leur langue maternelle,<br />
soit, respectivement, le français, l’arabe et l’anglais. Ce travail évoque la continuité et la<br />
rupture culturelle au sein de sa généalogie.<br />
Quatre générations de femmes Installation (détail)<br />
Un autre exemple se trouve dans Quatre Génération de<br />
Femmes (1997), installation qui reproduit un décor islamique à<br />
l’aide d’une technique numérique. À l’interstice de chaque<br />
forme géométrique, l’artiste a inséré des textes<br />
autobiographiques et reproduit les portraits miniatures de sa<br />
grand-mère, de sa mère, le sien et celui de sa fille. Par cette<br />
œuvre, elle contrevient aux règles de l’art islamique qui, d’une<br />
part, est réservé aux hommes, et d’autre part, refuse toute<br />
figuration.<br />
Lorsqu’elle aborde la représentation du corps, Zineb Sedira propose de ne le révéler que<br />
par fragments. Il peut s’agir des mains, de la bouche ou des yeux comme dans Silent Sight<br />
(2000) qui, en cadrant sur le regard dans un format rectangulaire, suggère la présence du<br />
voile. Car si certaines parties du corps sont exposées, cela implique que le reste est voilé.<br />
La métaphore du voile est ici le hors champ, l’invisible, l’insaisissable. Tout comme ces<br />
Algériennes du début du XXe siècle qui se refusaient au regard des photographes français.<br />
Exilées d’Algérie, Amel, Fatiha, Salia, Zoulikha et Aïcha, 2000<br />
198 x 374 cm ; Collection Fond National d’Art Contemporain, Paris.<br />
Une autre stratégie consiste à vider le corps de son contenu pour n’en souligner que les<br />
contours. C’est de cette manière qu’apparaissent <strong>Le</strong>s Exilées d’Algérie, Amel, Fatiha,
Salia, Zouleikha et Aicha (2000) qui acceptent de poser sous couvert d’anonymat. Zineb<br />
Sedira choisit de les présenter sous forme d’ombres et les expose à la lumière de telle<br />
sorte que leur silhouette apparaisse déformée.<br />
Outling myself 2, 2001<br />
Quatre impressions, montées sur aluminium, 50 x 100 cm<br />
Dans Outlining Myself 2 (2001), Zineb Sedira se représente elle-même sous forme d’ombre.<br />
Ce portrait ne souligne donc pas les traits physiques, mais montre plutôt une trace, comme<br />
une empreinte de l’inconscient. Dans une démarche qui se veut iconoclaste, elle soustrait<br />
le corps au jugement esthétique et empêche la représentation du corps de tomber dans<br />
une optique publicitaire.<br />
La rupture avec l’héritage orientaliste<br />
L’histoire de l’art nous rappelle que le voile fait aussi partie de la culture occidentale.<br />
L’art chrétien, dont on trouve les chef-d’œuvres au Moyen Age et à la Renaissance,<br />
regorge de portraits de la Vierge coiffée du voile. Il fait partie de ses attributs et apparaît<br />
notamment dans les thèmes de l’Annonciation ou de la Fuite en Egypte.<br />
Par ailleurs, le voile était un vêtement davantage<br />
associé au statut social qu’à la religion au Moyen-Orient<br />
et en Afrique du Nord. Il concernait plutôt une<br />
bourgeoisie urbaine et moins la classe modeste et<br />
rurale.<br />
<strong>Le</strong>s premières images de la femme voilée se trouvent<br />
dans les peintures orientalistes dont l’un des grands<br />
maîtres était Eugène Delacroix (1798-1863). Dans ces<br />
peintures, les femmes étaient vues comme des objets<br />
sous le regard du pouvoir des hommes.<br />
Femmes d'Alger dans leurs appartements (1834)<br />
huile sur toile - Musée du Louvre, Paris<br />
Parmi les artistes ayant engendré la rupture avec le registre orientaliste, on peut citer<br />
Houria Niati. Née en 1948 près d’Alger et installée à Londres depuis 1979, elle s’est<br />
attachée à remettre en question l’idéalisme et l’exotisme dans la représentation de la<br />
femme algérienne. Dans son installation No to the Torture, commencée en 1982, elle<br />
s’inspire des Femmes d’Alger (1834) de Delacroix. De même que Bringing Water from the<br />
Fountain has Nothing Romantic About It (1991) est un commentaire sur les séries d’images<br />
orientalistes montrant les femmes portant des jarres ou des charges sur leur tête.
Dès le début des années 80, Houria Niati était membre actif du mouvement Black Art. Ces<br />
membres, artistes femmes et africaines, cherchent à reprendre possession de leur histoire<br />
et de leur image. A son arrivée à Londres, Zineb Sedira côtoie notamment Sonia Boyce,<br />
Zarina Bhimji et Pauline de Souza. Ensemble elles créent en 1998 le Black Women Artists<br />
Study Group qui n’a eu qu’une durée succincte mais qui suffit à inclure l’art de Zineb<br />
Sedira dans un contexte féministe.<br />
Des textes fondamentaux<br />
Dans le travail de Zineb Sedira, le retour sur soi n’est jamais directement soi-même mais<br />
un voyage vers ce chez soi multiple : en Algérie, en France, mais aussi en Grande-<br />
Bretagne. Ce processus peut être accompagné par des figures tutélaires tour à tour<br />
amicales, familiales, professionnelles, artistiques ou littéraires.<br />
A Londres, où elle étudie dans les années 1990, sa formation est marquée par les théories<br />
postcoloniales. Elle lit les écrits essentiels de Frantz Fanon, comme Peau noire, masques<br />
blancs (1952) ou <strong>Le</strong>s Damnés de la terre (1961). <strong>Le</strong>s textes de théoriciens postcoloniaux<br />
sont alors des références bibliographiques courantes transmises par les professeurs à leurs<br />
élèves. Entre Gayatri Spivak, qui construit sa pensée autour de Derrida, et Homi Bhabha<br />
qui l’envisage à partir de Fanon, les résonances sont grandes, et leurs réflexions renvoient,<br />
d’une façon ou d’une autre, à la mémoire algérienne.<br />
Outre Jacques Derrida, Zineb Sedira cite souvent des auteurs comme Hélène Cixous (née<br />
en Algérie) ou Julia Kristeva (Etrangers à nous-mêmes).<br />
Allers-retours dans l’espace et dans le temps<br />
La question du temps est très importante pour la réception des œuvres vidéos. Multipliant<br />
régulièrement les projections en diptyque, triptyque voire polyptyque, Zineb Sedira crée<br />
une forme de réception polyphonique. <strong>Le</strong>s images au présent se mêlent aux sons et aux<br />
paroles qui, elles, évoquent des temps plus anciens. Ce sont les temps de l’Algérie avant la<br />
naissance de l’artiste, ceux de la colonisation et de la guerre. En travaillant ces allersretours<br />
temporels et spatiaux, Zineb Sedira a une manière particulière de saisir la durée de<br />
ces instants filmés, de ces récits mémorisés par la caméra : elle les ramène toujours au<br />
présent.<br />
Dans Silent Sight (2000), on l’écoute raconter un souvenir d’enfance relatif à sa mère,<br />
qu’elle ne reconnaît pas parmi d’autres femmes car elle a le visage caché par le voile. La<br />
bande sonore joue sur l’émotion de cet instant : la voix tremble, se distend, se brouille.<br />
<strong>Le</strong>s seules images sont les yeux fermés puis ouverts de l’artiste en gros plan.<br />
Dans Mother tongue (2002), il s’agit de raconter une journée d’école, mais en inversant les<br />
rôles. C’est l’artiste qui, en français, demande à sa mère de lui raconter ses journées, puis<br />
c’est sa fille qui lui demande, en anglais, d’évoquer son enfance en France et enfin, c’est<br />
la grand-mère qui pose en arabe des questions à sa petite fille. Ces questions restent sans<br />
réponses, comme restent sans réponses les questions posées par la petite-fille en anglais à<br />
sa grand-mère.<br />
Enfin, dans Mother, Father and I (2003), ce sont les parents de l’artiste qui racontent leur<br />
histoire de la violence, de la peur, de la résistance, de la torture, de la mort, du<br />
déplacement, de l’immigration et, qui la racontent pour la première fois à leur fille,<br />
quarante ans après sa naissance.<br />
Ainsi à travers ces déplacements dans l’espace et dans la mémoire, les œuvres de Zineb<br />
Sedira nous projettent, simultanément, dans une expérience esthétique lumineuse et dans<br />
une conscience politique contemporaine du monde.