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Juin 2009 - Consensus Online

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Groupe <strong>Consensus</strong> Revue réalisée avec le soutien des laboratoires<br />

N°2<br />

<strong>Juin</strong> <strong>2009</strong>


Sommaire<br />

les fondamentaux .................................... 3<br />

Le Doppler à émission pulsée<br />

Iris Schuster-Beck, Jean-Pierre Laroche, Ghislaine Deklunder,<br />

Michel Dauzat, Antonia Pérez-Martin<br />

l’avez-vous déjà vu ? .............................. 7<br />

Un faux anévrisme<br />

anastomotique<br />

Serge Kownator<br />

quantifier... quand s’y fier ? ................... 8<br />

Évaluation échographique des anévrismes<br />

de l’aorte abdominale<br />

François Becker<br />

interface avec… ........................................... 11<br />

le radiologue interventionnel<br />

À propos de l’imagerie en coupe (TDM et IRM)<br />

des artères rénales<br />

Jean-Paul Beregi<br />

stratégie ......................................... 13<br />

Acouphènes et stratégie écho-Doppler<br />

François Luizy, Pierre-Jean Touboul<br />

écho-anatomie ................. 16<br />

L’écho-Doppler transcrânien<br />

2 e partie : exploration artérielle<br />

(examen normal)<br />

Corinne Gautier, Ghislaine Deklunder<br />

échos de presse ..... 20<br />

Surveillance après<br />

traitement endovasculaire<br />

des anévrismes de l’aorte<br />

abdominale<br />

Serge Kownator<br />

Ce pictogramme indique<br />

que des boucles illustrant<br />

l’article sont visibles sur<br />

le CD-Rom collé en fin<br />

de revue dans lequel figure<br />

la version intégrale PDF<br />

téléchargeable<br />

de ce numéro.<br />

éditorial<br />

Musique pour tous !<br />

Il n’est question ici ni de musicologie<br />

ni a fortiori de thérapeutique<br />

alternative… Il n’est pas question<br />

non plus de variétés, de jazz ou<br />

d’opéra. Mais les ultrasons sont bien<br />

une forme de musique et qu’on ne s’y trompe<br />

pas, il ne s’agit pas d’une musique réservée aux<br />

seuls ultras ! On peut discuter de leur valeur<br />

mélodique, de leur valeur artistique, mais on ne<br />

peut guère discuter de leur caractère harmonieux.<br />

Non, bien sûr, il n’y a ni chef ni orchestre et tous les<br />

musiciens jouent du même instrument, qu’ils<br />

viennent des cordes, des cuivres ou même des<br />

percussions ! Pour poursuivre les métaphores, les<br />

ultrasons permettent de voir apparaître des nouveaux<br />

« solistes » venus d’horizons différents. Au-delà des<br />

spécialités, des chapelles et des intérêts catégoriels, ils vont<br />

partager avec le plus grand nombre leur expérience, leurs<br />

connaissances et leurs interrogations. On réunit autour d’une<br />

même table médecins vasculaires, neurologues, radiologues,<br />

cardiologues, chirurgiens, libéraux, hospitaliers, universitaires,<br />

avec un seul but, un seul intérêt : transmettre au plus grand<br />

nombre leur savoir-faire pour le seul bénéfice du patient. C’est un<br />

compagnonnage où chacun peut retrouver les siens, sans étiquette et<br />

sans grade. Alors, musique pour tous ! À EDV, en tout cas, nous avons<br />

plaisir à en jouer la partition… et si, en même temps, elle peut adoucir les<br />

mœurs, alors… Dr Serge Kownator, rédacteur en chef<br />

Votre plaisir est le nôtre. Il est rare que dès la parution d’un premier<br />

numéro, une publication bénéficie d’un accueil aussi enthousiaste :<br />

c’est le cas pour EDV ! Cela concerne tant l’idée de concevoir cette revue<br />

d’imagerie spécialisée que sa réalisation par un comité de rédaction<br />

aux membres aussi brillants que passionnés.<br />

Qu’il me soit permis ici de rendre hommage à Serge Kownator, notre rédacteur en chef,<br />

et à son équipe multidisciplinaire, tout en soulignant l’importance du soutien institutionnel<br />

des laboratoires Daiichi-Sankyo qui occupent une place de plus en plus prépondérante dans<br />

la diffusion de l’information autour des techniques d’imagerie cardio-vasculaires.<br />

Vos suggestions et réflexions, voire propositions d’observations cliniques, seront plus que jamais<br />

les bienvenues pour faire de cette revue la référence éditoriale pour l’utilisation pratique de l’écho-<br />

Doppler vasculaire dans le cadre de votre exercice quotidien.<br />

Amicalement, Dr Yves Nadjari, directeur de la publication<br />

Rédacteur en chef : Serge Kownator • Comité éditorial : Jean-Paul Beregi, Serge Cohen, Ghislaine Deklunder, Jean-Noël Fabiani, François Luizy, Pierre-Jean Touboul<br />

Directeur de la publication : Yves Nadjari • Directeur général : Alexandre Nadjari • Directrice médicale : Sophie Toubol • Secrétaire de rédaction : David Rudel<br />

Chargée de clientèle : Muriel Fixot • Coordination commerciale : Valérie Renouf • Rédactrice graphiste : Valérie Mazoué<br />

Groupe <strong>Consensus</strong> - 122, rue d’Aguesseau, 92641 Boulogne-Billancourt Cedex - Tél. : 01 55 38 91 80 - E-mail : edv@mediquid.fr - ISSN : en cours<br />

Corlet Imprimeur SA - ZI, route de Vire, 14110 Condé-sur-Noireau, France • Numéro imprimeur : 120426 • Dépôt légal : juin <strong>2009</strong> • Image couverture : © SOVEREIGN - ISM<br />

2 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

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FIGURE 1<br />

les fondamentaux<br />

En mode Doppler à émission pulsée, les ultrasons sont<br />

émis à la fréquence F de façon discontinue, par impulsions,<br />

dont l’appareil analyse le délai de retour, proportionnel<br />

à la distance parcourue, mais aussi le glissement<br />

de fréquence ΔF dû à l’effet Doppler et proportionnel à la<br />

vitesse d’écoulement du sang.<br />

Le Doppler à émission pulsée<br />

Iris Schuster-Beck*, Jean-Pierre Laroche**, Ghislaine Deklunder***,<br />

Michel Dauzat*, Antonia Pérez-Martin*<br />

* Service d’exploration et de médecine vasculaire, hôpital Carémeau, CHU de Nîmes.<br />

** Service de médecine interne et maladies vasculaires, hôpital Saint-Éloi, CHU de Montpellier.<br />

*** Service d’explorations fonctionnelles cardio-vasculaires, Hôpital Cardiologique, CHRU de Lille.<br />

Doppler continu<br />

vs Doppler pulsé<br />

L’ultrasonographie vasculaire<br />

explore les artères et les veines<br />

par une étude :<br />

● morphologique (par l’échographie)<br />

;<br />

● fonctionnelle (principalement,<br />

mais pas uniquement)<br />

par l’effet Doppler. Cet effet<br />

Doppler ultrasonore peut être utilisé<br />

selon (au moins) 2 modalités<br />

principales d’émission :<br />

- l’émission continue ;<br />

- l’émission pulsée.<br />

■ En mode Doppler à émission continue<br />

(communément appelé Doppler continu),<br />

la sonde (généralement dédiée uniquement<br />

à l’exploration Doppler) comporte<br />

DR<br />

FIGURE 2<br />

2 transducteurs : un émetteur et un récepteur.<br />

L’émission, comme la réception,<br />

sont permanentes (« continues »), ce qui<br />

confère à cette modalité un inconvénient :<br />

l’absence de résolution spatiale, c’est-à-dire<br />

l’impossibilité de connaître la position dans<br />

l’espace de l’écoulement sanguin à l’origine<br />

du signal Doppler détecté. Ainsi, lorsque<br />

plusieurs vaisseaux se trouvent sur le trajet<br />

du faisceau d’ultrasons, le signal Doppler<br />

obtenu est la résultante d’écoulements divers,<br />

voire de sens inverse, et peut alors ne<br />

pas être interprétable (par exemple, lorsque<br />

2 veines et 1 artère sont captées simultanément,<br />

comme au niveau des membres,<br />

ou 2 artères et 1 veine, comme sur le cordon<br />

ombilical). Certes, l’analyse spectrale<br />

en temps réel permet, dans une certaine<br />

mesure, d’identifier les écoulements en<br />

présence, mais un diagnostic précis, a fortiori<br />

si des données quantitatives sont<br />

Le mode Doppler à émission pulsée offre une résolution spatiale,<br />

car l’appareil peut sélectionner les impulsions rétro-diffusées par les<br />

globules sanguins en mouvement en fonction de leur délai de retour<br />

par rapport à l’émission : l’impulsion parcourt la distance d à la<br />

vitesse C (vitesse moyenne de propagation des ultrasons dans les<br />

tissus mous, soit 1540 m.s -1 ) en un temps t.<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 3<br />

DR


les fondamentaux<br />

nécessaires, impose de surmonter cet<br />

écueil.<br />

■ À cette limitation, le mode d’émission<br />

pulsée (communément appelé Doppler<br />

pulsé) apporte :<br />

● une réponse : la possibilité de sélectionner,<br />

le long du faisceau d’ultrasons<br />

émis, la zone dans laquelle est effectuée<br />

la détection des signaux Doppler, offrant<br />

ainsi la résolution spatiale qui faisait défaut<br />

au Doppler à émission continue ;<br />

● avec plusieurs limitations :<br />

- un rapport signal/bruit moins favorable<br />

qu’en émission continue ;<br />

- donc la nécessité d’émettre les ultrasons<br />

à une puissance acoustique plus élevée<br />

(l’intensité maximale peut alors se<br />

rapprocher du seuil au-delà duquel des<br />

effets biologiques nocifs sont possibles,<br />

notamment sur l’embryon ou le fœtus) ;<br />

- une limite quant à la vitesse circulatoire<br />

maximale mesurable.<br />

Émission par impulsions<br />

et résolution spatiale<br />

En mode Doppler à émission pulsée, un<br />

seul et même transducteur joue alternativement<br />

le rôle d’émetteur, puis de récepteur.<br />

L’émission se fait sous la forme<br />

FIGURE 4<br />

4 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

d’une brève impulsion (quelques cycles)<br />

après laquelle le transducteur capte<br />

les signaux ultrasonores rétro-diffusés par<br />

les globules sanguins en mouvement et<br />

recueille ainsi une double information :<br />

- la différence de fréquence (c’est en fait<br />

le décalage de phase qui est observé<br />

entre l’impulsion émise et l’impulsion reçue)<br />

est fonction de l’effet Doppler, donc<br />

de la vitesse d’écoulement du sang et de<br />

l’angle d’incidence (Fig. 1) ;<br />

- le délai séparant l’émission d’une impulsion<br />

de son retour est fonction de la distance<br />

parcourue, donc de la profondeur<br />

sous la peau du vaisseau sanguin (Fig. 2).<br />

En règle générale, le mode Doppler à<br />

émission pulsée est utilisé pour sélectionner<br />

les signaux Doppler captés en<br />

fonction de la distance séparant la sonde<br />

du vaisseau. Les signaux captés avant un<br />

temps t1 ou après un temps t2 sont simplement<br />

rejetés. On définit ainsi, dans l’intervalle<br />

t1-t2, ce qu’il est d’usage d’appeler<br />

un « volume de mesure » ou « porte »<br />

que l’opérateur peut déplacer le long de la<br />

ligne de tir (direction du faisceau ultrasonore)<br />

et qu’il peut étendre ou resserrer de<br />

façon à couvrir en totalité un vaisseau ou<br />

n’enregistrer les flux qu’en une zone restreinte<br />

au sein de sa lumière (Fig. 3).<br />

FIGURE 3<br />

En mode écho-Doppler, les transducteurs<br />

constituant la sonde (ici une<br />

« barrette » à balayage linéaire) sont<br />

utilisés alternativement pour construire<br />

l’image échographique (tirs perpendiculaires<br />

à la surface de la barrette) et pour<br />

recueillir le signal Doppler : la ligne<br />

de tir L peut être déplacée le long<br />

de la barrette et inclinée pour obtenir<br />

une incidence favorable et le volume<br />

de mesure V peut être élargi ou rétréci<br />

pour s’adapter au diamètre du vaisseau<br />

et déplacé en profondeur P.<br />

Lorsque la fréquence de répétition des impulsions est trop élevée, le risque de confusion existe entre l’écho d’une impulsion n<br />

et celui d’une impulsion émise ultérieurement (n + 1 ou n + 2), aboutissant à une ambiguïté spatiale, c’est-à-dire à une incertitude<br />

quant à l’origine topographique réelle des signaux Doppler obtenus.<br />

DR<br />

DR


Les limites<br />

du Doppler pulsé<br />

L’utilisateur d’un dispositif Doppler à<br />

émission pulsée doit être conscient de<br />

ses principales limites : l’intensité acoustique<br />

et le risque d’ambiguïté spectrale<br />

ou spatiale.<br />

■ L’intensité acoustique émise est généralement<br />

plus élevée qu’en émission<br />

continue, de sorte qu’il importe de respecter<br />

les recommandations officielles<br />

quant à la puissance maximale admissible,<br />

en particulier :<br />

- lors de l’examen de l’embryon ou du<br />

fœtus (ne pas multiplier ni prolonger<br />

inutilement les examens, veiller à utiliser<br />

les préréglages dédiés à ces applications<br />

et surveiller l’indice thermique et mécanique)<br />

;<br />

- lors de l’utilisation des produits de<br />

contraste ultrasonores, car certaines séquences<br />

d’émission spécifiquement<br />

adaptées impliquent des puissances<br />

acoustiques très élevées et la rupture<br />

des micro-bulles de gaz peut générer<br />

des effets thermiques et mécaniques<br />

locaux intenses ;<br />

- le caractère discontinu (pulsé) de l’émission<br />

ultrasonore expose au risque d’ambiguïté<br />

spatiale ou spectrale.<br />

Après l’émission d’une impulsion, l’appareil<br />

doit en effet « attendre » leur retour<br />

un temps suffisant pour permettre l’exploration<br />

à la profondeur désirée (Fig. 4).<br />

Les ultrasons se propageant dans les tissus<br />

biologiques à une vitesse moyenne<br />

de 1 540 m.s -1 , il est ainsi nécessaire<br />

d’attendre 0,2 m/1 540 m.s -1 =<br />

0,00013 s, soit 130 µs, avant d’émettre<br />

une nouvelle impulsion si l’on souhaite<br />

disposer d’un champ exploré de 0,10 m<br />

de profondeur (soit 0,20 m pour l’allerretour<br />

des impulsions). Le nombre d’impulsions<br />

émises chaque seconde (fréquence<br />

de répétition des impulsions ou<br />

Pulse Repetition Frequency, soit PRF) ne<br />

pourra alors être > 1/0,00013 s =<br />

7 962 Hz.<br />

■ Si cette limite est dépassée, survient<br />

alors un risque d’ambiguïté spatiale :<br />

les signaux captés peuvent provenir de<br />

multiples ou sous-multiples de la profondeur<br />

« visée ». Lorsque le faisceau ultrasonore<br />

est susceptible de rencontrer<br />

FIGURE 5<br />

Lorsque la fréquence de répétition des impulsions est trop faible, un risque d’ambiguïté<br />

spectrale survient : le nombre d’échantillons de signal obtenus chaque seconde<br />

est insuffisant pour identifier correctement la fréquence Doppler. Cela se traduit<br />

sur le spectre par un « repliement » (images de gauche montrant une<br />

accélération circulatoire marquée au niveau d’une sténose carotidienne).<br />

Inversement, si la fréquence de répétition des impulsions est trop haute, l’ambiguïté<br />

spatiale se traduit sur l’écran par l’affichage, en plus du volume de mesure recherché<br />

(SV), de volumes « ambigus » ou « accessoires » (SVA) dont pourrait aussi bien<br />

provenir le signal Doppler capté (images de droite montrant l’enregistrement de<br />

l’origine de l’artère mésentérique supérieure).<br />

plusieurs vaisseaux sur son trajet (y compris<br />

au-delà du champ visualisé), une incertitude<br />

demeure quant à l’origine réelle<br />

des signaux obtenus et le risque de faux<br />

diagnostics existe : par exemple, attribuer<br />

à une artère profonde thrombosée un signal<br />

provenant d’une artère plus superficielle<br />

(Fig. 4).<br />

■ Afin de ne pas dépasser cette limite, il<br />

convient d’abaisser la PRF lorsque l’on<br />

augmente la profondeur d’exploration,<br />

mais survient alors le risque d’ambiguïté<br />

spectrale (Fig. 5). En effet, en<br />

mode d’émission pulsée, le signal<br />

Doppler analysé est constitué de « fragments<br />

» ou échantillons : les impulsions<br />

rétro-diffusées. La théorie de l’échantillonnage<br />

stipule que l’on ne peut déterminer,<br />

à partir de tels échantillons, la<br />

fréquence d’un signal que si ces échantillons<br />

sont prélevés à une fréquence au<br />

moins 2 fois supérieure à la fréquence<br />

que l’on veut mesurer. Au cinéma, cette<br />

limite est bien connue : le nombre<br />

d’images affichées sur l’écran étant de<br />

24/s, un mouvement périodique,<br />

comme la rotation d’une roue, ne peut<br />

être restitué correctement que si sa fréquence<br />

est < 12 tours/s. Au-delà, l’ambiguïté<br />

survient et la roue peut paraître<br />

immobile, tourner à l’envers ou à une vitesse<br />

très inférieure à la réalité (effet stroboscopique).<br />

En Doppler à émission pulsée, c’est la<br />

PRF qui détermine le nombre d’échantillons<br />

disponibles par seconde, et donc<br />

la fréquence Doppler maximale identifiable.<br />

Pour une profondeur d’exploration<br />

de 0,10 m dans les tissus, la PRF<br />

maximale est de 7 962 Hz et la fréquence<br />

Doppler maximale mesurable est<br />

donc de 7 962/2 = 3 981 Hz.<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 5<br />

DR


les fondamentaux<br />

➜ Un petit calcul permet de connaître<br />

la vitesse circulatoire maximale<br />

mesurable dans ces conditions.<br />

Selon l’équation « fondamentale » de<br />

l’effet Doppler appliqué à la mesure<br />

de la vitesse d’écoulement du sang :<br />

ΔF = (2 F x cos θ / C<br />

donc V = (ΔF x C) / (2F x cos θ)<br />

avec :<br />

ΔF = fréquence Doppler (en Hz) ;<br />

θ = angle d’incidence ;<br />

C = vitesse de propagation des ultrasons<br />

dans les tissus, soit 1 540 m.s -1 ;<br />

F = fréquence d’émission ultrasonore<br />

(en Hz).<br />

Pour F = 3 000 000 Hz (soit 3 MHz)<br />

et θ = 0° (donc cos θ = 1) ;<br />

V = 3 981 x 1 540 / 2 x 3 000 000<br />

= 6 130 740 / 6 000 000 =<br />

1,022 m.s -1<br />

Dans cet exemple, toute vitesse circulatoire<br />

supérieure à environ 1 m.s -1 ne<br />

pourrait être correctement mesurée et<br />

donnerait lieu à un phénomène d’ambiguïté<br />

spectrale. Celui-ci se manifesterait<br />

sur l’affichage de l’analyse spectrale par<br />

un « repli ». Par exemple, le pic systolique<br />

d’un tracé artériel se trouverait écrêté et<br />

replié de l’autre côté de la ligne de base<br />

(Fig. 5).<br />

Face à un tel problème, l’opérateur peut :<br />

- utiliser une fréquence d’émission<br />

plus basse. Par exemple, utiliser une fréquence<br />

d’émission de 1,5 MHz, dans<br />

cet exemple, permettrait de doubler la<br />

fréquence Doppler maximale mesurable<br />

6 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

pour l’amener à 2 m.s -1 ;<br />

- augmenter l’angle d’incidence : un angle<br />

de 60°, dont le cosinus est égal à 0,5,<br />

doublerait aussi la vitesse maximale.<br />

Cependant, au-delà de 60°, la moindre<br />

incertitude de détermination de l’angle<br />

aurait pour conséquence une incertitude<br />

prohibitive sur l’estimation de vitesse ;<br />

- tenter de trouver une incidence selon<br />

laquelle le vaisseau peut être atteint à<br />

une moindre profondeur ;<br />

- lire, sur le spectre de fréquence, le repli<br />

spectral et calculer la somme pour<br />

obtenir la vitesse maximale (Fig. 5).<br />

Doppler à émission pulsée<br />

et couplage écho-Doppler<br />

À l’heure actuelle, le Doppler à émission<br />

pulsée est disponible sur le marché sous<br />

2 formes :<br />

- de façon autonome, essentiellement<br />

sur les appareils de monitorage Doppler<br />

transcrânien ;<br />

- en association à l’échographie bidimensionnelle,<br />

constituant ainsi un système<br />

écho-Doppler (Fig. 3).<br />

En mode écho-Doppler, les mêmes<br />

transducteurs sont utilisés alternativement<br />

en mode échographique et en<br />

mode Doppler. En mode Doppler, seul<br />

un groupe de transducteurs élémentaires<br />

est utilisé et le jeu des décalages temporels<br />

à l’émission permet de donner au<br />

faisceau ultrasonore émis une orientation<br />

précise et variable par rapport à la<br />

surface de la sonde. Le long de la ligne<br />

de tir ainsi constituée, le volume de mesure<br />

peut être déplacé et ses dimensions<br />

ajustées au diamètre du vaisseau<br />

examiné.<br />

De nombreux appareils permettent l’affichage<br />

simultané de l’image échographique<br />

et du signal Doppler, selon le<br />

mode communément appelé « duplex ».<br />

Néanmoins, il convient de garder à l’esprit<br />

le fait que cet affichage simultané<br />

repose sur un partage du temps entre les<br />

2 modalités et que le nombre d’images<br />

par seconde (en mode échographique),<br />

de même que la PRF (en mode Doppler<br />

à émission pulsée) s’en trouvent réduits.<br />

Pour obtenir la meilleure qualité du signal<br />

Doppler, il reste donc nécessaire d’interrompre<br />

le balayage échographique. Sur<br />

les appareils « haut de gamme », cette limitation<br />

est moins perceptible, du fait<br />

des ressources de calcul affectées pour le<br />

traitement simultané (parallèle) des signaux.<br />

Le Doppler à émission pulsée est aussi à<br />

la base du mode usuel de représentation<br />

en couleur des flux sanguins, communément<br />

appelé Doppler couleur. Dans ce<br />

cas, l’image en couleur est formée par la<br />

juxtaposition, dans le plan de coupe, d’un<br />

grand nombre de lignes de tir de Doppler<br />

pulsé, chacune explorant non plus un,<br />

mais un grand nombre de volumes de<br />

mesure. Cette technologie fera l’objet<br />

d’un article dans le prochain numéro<br />

d’EDV (Boucle 1). ■<br />

pour en savoir plus<br />

Peronneau P.A., Leger F. « Doppler ultrasonic pulsed<br />

blood flowmeter ». In Proc 8th Conf Medical and Biol<br />

Eng, Chicago, 1969 : 10-11.<br />

Angelsen B.A.J. Ultrasound Imaging – Waves, signals,<br />

and signal processing. Emantec, Trondheim,<br />

Norway, 2000.<br />

Cobbold R.S.C. Foundations of biomedical ultrasound.<br />

Oxford University Press, New York, 2007.


FIGURE 1<br />

l’avez-vous déjà vu ?<br />

Un faux anévrisme<br />

anastomotique<br />

Coupe transverse en mode B de l’aorte à l’anastomose proximale du pontage aortique :<br />

aspect en « brioche » en faveur d’un faux anévrisme anastomotique.<br />

FIGURE 2<br />

Coupe longitudinale de l’aorte en Doppler puissance : on confirme une dilatation,<br />

localisée, de l’aorte à l’anastomose proximale du manchon aortique.<br />

DR<br />

DR<br />

Serge Kownator<br />

Cardiologue, Thionville<br />

● Un patient de 68 ans est adressé pour<br />

la première fois avant une intervention<br />

urologique. Il possède de lourds antécédents<br />

cardio-vasculaires associant pontage<br />

aorto-coronaire, endartériectomie<br />

carotidienne et cure chirurgicale d’un anévrisme<br />

de l’aorte abdominale en 1999.<br />

● Aucune symptomatologie fonctionnelle<br />

n’est à relever. Une échographie abdominale<br />

systématique (« coup d’œil<br />

échographique ») au cours d’une échocardiographie<br />

est réalisée (Fig. 1, 2)<br />

(Boucles 1-3). ■<br />

À savoir<br />

Les faux anévrismes anastomotiques<br />

ne sont pas rares (jusqu’à<br />

15 % des cas) après les réparations<br />

chirurgicales pour anévrisme<br />

de l’aorte abdominale,<br />

notamment au niveau de l’anastomose<br />

proximale. Ils peuvent<br />

se développer de nombreuses<br />

années plus tard, un délai d’environ<br />

10 ans étant souvent considéré<br />

comme banal.<br />

Le traitement endovasculaire<br />

constitue, à l’heure actuelle, une<br />

solution thérapeutique élégante.<br />

pour en savoir plus<br />

Edwards J.M., Teeffey F.A., Zierler R.E., Kohler T.R.<br />

« Intra-abdominal para-anastomotic aneurysms after<br />

aortic bypass grafting ». J Vasc Surg, 1992 ; 15 : 344-<br />

53.<br />

Sachdev U., Baril D.T., Morrissey N.J., Silverberg D.,<br />

Jacobs T.S., Carroccio A., Ellozy S., Marin M.L.<br />

« Endovascular repair of para-anastomotic aortic aneurysms<br />

». J Vasc Surg, 2007 Oct ; 46 (4) : 636-41.<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 7


quantifier… quand s’y fier ?<br />

Hors découverte fortuite, la<br />

probabilité qu’un anévrisme de l’aorte<br />

abdominale (AAA) (nous centrons ici notre<br />

propos sur la mesure des AAA ou aortoiliaques,<br />

dits « athéromateux », de l’adulte)<br />

soit découvert devant une manifestation<br />

clinique ne mettant pas immédiatement en jeu<br />

la vie du patient est assez faible (accident<br />

thromboembolique, syndrome de<br />

compression, lombalgie atypique). L’histoire<br />

naturelle des AAA est à l’expansion et, pour<br />

certains, à la rupture (rupture en plein ventre<br />

synonyme de mort subite, rupture en organe<br />

creux ou rupture couverte) ; globalement, la<br />

mortalité des AAA rompus reste majeure<br />

(65 à 90 %). L’examen clinique peut<br />

permettre d’identifier les gros AAA, mais<br />

n’est pas fiable pour les petits. Quant à<br />

l’examen échographique, il a<br />

bouleversé leur approche<br />

diagnostique et s’est imposé<br />

comme l’instrument de dépistage<br />

par excellence (1) . Un dépistage<br />

ciblé est reconnu apte à<br />

réduire la mortalité liée aux<br />

AAA (2) , mais la preuve<br />

formelle du bénéfice en<br />

est encore fragile.<br />

FIGURE 1<br />

Moyenne<br />

d'au moins<br />

3 mesures<br />

8 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

Évaluation échographique<br />

des anévrismes de l’aorte<br />

abdominale<br />

Plusieurs points méritent d’être gardés<br />

en mémoire, soulignant l’importance<br />

de la qualité des mesures<br />

:<br />

● en premier lieu, la façon dont<br />

les patients sont managés après<br />

dépistage d’un AAA est de première<br />

importance, les procédures<br />

inutiles pouvant abolir tout bénéfice<br />

;<br />

● en second lieu, jusqu’à très récemment,<br />

l’attention s’est focalisée<br />

sur le dépistage d’AAA chez<br />

l’homme et sur 2 calibres cibles :<br />

30 mm (le diamètre AP normal de<br />

l’AA terminale chez l’homme étant en<br />

moyenne de 20 mm) signant l’existence<br />

d’un AAA et 50 mm (50-55 mm<br />

étant le calibre de l’AAA pour lequel le<br />

risque annuel de décès par rupture d’AAA<br />

est > risque opératoire) signant l’heure de<br />

l’indication opératoire ;<br />

● ce faisant : on a négligé la prise en<br />

charge globale du patient chez qui un<br />

AAA a été dépisté (or, l’AAA lui-même, par<br />

évolution vers la rupture ou par complication<br />

opératoire, n’est en cause que dans 15 %<br />

des décès de ces patients) ;<br />

● on a oublié les sujets à aorte de petit ca-<br />

Orienter la coupe<br />

de manière à avoir une<br />

section circulaire<br />

Mesure en section circulaire parfaite.<br />

Le diamètre mesuré est le diamètre antéro-postérieur maximal,<br />

externe, adventice-adventice.<br />

Prendre au moins 3 clichés, faire au moins 3 mesures et prendre<br />

la moyenne de ces 3 mesures.<br />

DR<br />

François Becker<br />

Service d’angiologie et d’hémostase, Hôpitaux Universitaires de Genève<br />

FIGURE 2<br />

Section elliptique<br />

malgré effort pour obtenir<br />

une section circulaire<br />

libre (en particulier, les femmes qui, si elles<br />

ont moins d’AAA que les hommes, s’avèrent<br />

toutefois à plus haut risque) ;<br />

● on a négligé l’évolutivité de l’AAA en focalisant<br />

l’attention sur une valeur de calibre<br />

ponctuelle au lieu de suivre l’évolution du<br />

calibre de l’AAA dans le temps (3) ;<br />

● par ailleurs, la course au « mieux-disant<br />

imagerie » néglige la distinction basique entre<br />

examen de première intention et de<br />

suivi (le plus simple, le plus pertinent au<br />

meilleur bénéfice-risque), et examen de<br />

seconde intention pour affiner le diagnostic<br />

face à une situation anatomique complexe<br />

ou la stratégie en préopératoire.<br />

Définitions<br />

■ Un anévrisme est une dilatation permanente,<br />

localisée, segmentaire, avec perte<br />

du parallélisme des bords, d’une artère dont<br />

le diamètre est augmenté d’au moins 50 %<br />

par rapport à son diamètre normal. Dans la<br />

plupart des études épidémiologiques, un<br />

AAA a été défini comme une dilatation localisée<br />

de l’aorte abdominale d’un diamètre<br />

antéro-postérieur (AP) > 30 mm (augmentation<br />

de 50 % par rapport à un<br />

diamètre normal moyen de l’ordre de<br />

Grand Axe : GA<br />

maxima<br />

Petit Axe : PA<br />

maxima<br />

Mesure en section elliptique.<br />

Le diamètre est mesuré comme la moyenne du grand axe (GA)<br />

et du petit axe (PA), externe, adventice-adventice, de l’ellipse :<br />

(GA + PA) / 2. Il peut également être déduit de la mesure de<br />

l’aire totale de l’ellipse (adventice comprise).<br />

Prendre au moins 3 clichés, faire au moins 3 mesures et prendre<br />

la moyenne des 3 mesures.<br />

DR


20 mm chez l’homme). Cette définition<br />

est certes pratique, mais elle ne tient pas<br />

compte des aortes constitutionnellement<br />

de petit ou de gros calibre, pour lesquelles<br />

un anévrisme est mieux défini en valeur relative<br />

par un ratio > 1,5 par référence au<br />

diamètre de l’aorte sus-jacente normale ;<br />

par exemple, un AAA d’un diamètre AP de<br />

45 mm apparaît comme un gros AAA sur<br />

une aorte abdominale de 15 mm AP, alors<br />

qu’il s’agit tout juste d’un AAA sur une aorte<br />

abdominale de 30 mm AP.<br />

■ On parle d’ectasie en cas de dilatation<br />

permanente, localisée, avec perte du parallélisme<br />

des bords, de moins de 50 % par<br />

rapport au diamètre normal.<br />

■ L’artériomégalie est une dilatation permanente,<br />

diffuse, sans perte du parallélisme<br />

des bords, d’artères dont le diamètre<br />

est augmenté de plus de 50 % par rapport<br />

à la normale. L’artériomégalie est un facteur<br />

de risque d’anévrismes sus- ou sous-inguinaux<br />

et le terrain de la dystrophie ou maladie<br />

poly-anévrismale.<br />

■ Selon les séries, la valeur moyenne du<br />

diamètre AP normal de l’aorte abdominale<br />

terminale, mesuré en échographie,<br />

chez le sujet de plus de 50 ans se situe :<br />

- entre 18 et 22 mm chez l’homme (moyenne :<br />

20,1 mm, 1 écart-type : 3 à 6 mm) ;<br />

- entre 16 et 18 mm chez la femme<br />

(moyenne : 17 mm, 1 écart-type : 3 mm).<br />

Le diamètre de l’aorte décroît d’environ<br />

10 mm de la crosse aortique à la bifurcation<br />

aortique dans les 2 sexes. De l’aorte abdominale<br />

immédiatement sous-rénale à l’aorte<br />

abdominale juste au-dessus de la bifurcation<br />

aortique, la décroissance est modeste<br />

(ratio moyen « diamètre AP aorte sous-rénale<br />

terminale / diamètre AP aorte sous-rénale<br />

proximale » de 0,97) ; chez certains, il<br />

existe, à l’inverse, une dilatation de la terminaison<br />

aortique avec une augmentation<br />

de 20 % du diamètre de l’aorte (ratio<br />

« aorte sous-rénale terminale / aorte sousrénale<br />

proximale » : 1,2) (4) .<br />

Mesures<br />

Quelle que soit l’imagerie, les mesures d’un<br />

AAA sont de 2 ordres :<br />

● le diamètre externe adventice-adventice<br />

de l’AAA : paramètre le plus solidement<br />

corrélé au risque de rupture de l’AAA, c’est<br />

le premier paramètre décisionnel ;<br />

● la morphologie, l’étendue et la structure<br />

de l’AAA : ils constituent des paramètres se-<br />

condaires dans l’évaluation du risque évolutif<br />

propre à un AAA.<br />

En règle générale, la mesure du diamètre<br />

de l’aorte abdominale retenue comme la<br />

plus fiable est la mesure du diamètre<br />

maximal antéro-postérieur faite en coupe<br />

transversale, perpendiculairement à l’axe<br />

de l’aorte, et générant une section circulaire<br />

la plus parfaite possible (Fig. 1). La mesure<br />

du diamètre transverse maximal est la<br />

moins reproductible, en particulier en échographie<br />

(3) .<br />

Il arrive que malgré des efforts raisonnables,<br />

on ne parvienne pas à obtenir une section<br />

circulaire parfaite en coupe transversale de<br />

l’AAA. Dans ces cas-là, 3 options sont possibles<br />

pour définir le diamètre maximal de<br />

l’AAA :<br />

- mesurer le plus grand diamètre externe sur<br />

la meilleure coupe « transversale » (5) ;<br />

- prendre la moyenne des petit et grand<br />

diamètres externes de la section elliptique<br />

ou mesurer l’aire de l’ellipse et en déduire<br />

le diamètre du cercle correspondant<br />

(Fig. 2) (6) ;<br />

- mesurer le diamètre orthogonal à l’axe du<br />

flux préalablement repéré en cas de tortuosité<br />

ou de plicature prononcée, en cherchant<br />

la meilleure cohérence entre les mesures<br />

faites en coupes transversale et axiale<br />

(Fig. 3) (5,7) .<br />

Quel que soit le cas de figure, il importe de<br />

répéter les mesures de diamètre maxima<br />

(au moins 3) et de retenir la moyenne des<br />

mesures. Cette façon de faire a également<br />

l’avantage de minimiser les erreurs liées<br />

aux variations systolo-diastoliques du diamètre<br />

de l’AAA.<br />

FIGURE 3<br />

Aorte tortueuse avec plicature.<br />

Lorsqu’il n’est pas possible d’obtenir<br />

une coupe circulaire ni même une coupe<br />

elliptique :<br />

- repérer l’axe du flux dominant (1) ;<br />

- dessiner une orthogonale à cet axe au<br />

niveau de la dilatation max. (2) ;<br />

- mesurer le diamètre externe, adventice-adventice,<br />

à ce niveau.<br />

DR<br />

Fiabilité et limites de l’échographie<br />

L’échographie est la méthode d’excellence<br />

du dépistage : sensibilité et spécificité<br />

proches de 100 %, variabilité intra- et interobservateur<br />

< 2 mm dans 70 à 86 % des<br />

cas et < 4 mm dans 94 à 99 % des cas.<br />

Cette performance des ultrasons ne semble<br />

pas altérée par l’utilisation d’échographe<br />

portable ou de protocole d’examen rapide.<br />

On a reproché à l’échographie une précision<br />

moindre que le scanner ; en fait, très peu<br />

d’études ont été faites à méthodologies<br />

identiques. Les séries récentes montrent<br />

que :<br />

- les 2 méthodes sont du même ordre de<br />

précision quant au diamètre maxima de<br />

l’AAA ;<br />

- les variations observées sont de portée clinique<br />

modeste sous réserve du respect<br />

des méthodologies ;<br />

- un effort de standardisation doit néanmoins<br />

être fait (3) . Pour Singh (8) , mesures<br />

ultrasoniques et scannographiques du diamètre<br />

aortique sont sujettes à variabilité et<br />

ni l’une ni l’autre ne peut être considérée<br />

comme le gold standard.<br />

Le scanner et l’IRM sont réservés aux<br />

cas litigieux (par exemple, AAA de calibre<br />

avoisinant les 45 mm sur aorte très tortueuse<br />

ou suspicion de « bleb » ou de déchirure<br />

postérieure) ou lorsque peut se discuter<br />

une indication de reconstruction (3) .<br />

Les facteurs limitants de l’échographie<br />

sont liés au patient (obésité, gaz et matières<br />

intestinaux, coopération), à l’anatomie de<br />

l’AAA (dolicho-aorte, AAA tortueux, changement<br />

d’axe prononcé), voire à la résolution<br />

des machines. Un défaut de standardisation<br />

des mesures intervient également,<br />

comme il a été susmentionné. Par exemple,<br />

la minimisation des variations liées à la pulsatilité,<br />

à l’expansion systolique, n’a pas été<br />

suffisamment étudiée, alors qu’en échographie,<br />

la mesure en mode TM ou la synchronisation<br />

de la mesure par rapport à<br />

l’onde R de l’ECG pourrait accroître la fiabilité<br />

(3) . Toutefois, le manque de rigueur dans<br />

la mesure est la principale cause d’erreur.<br />

On pourrait y ajouter un « manque de<br />

doigté » dans la réalisation de l’examen. Il<br />

est frappant de voir combien de praticiens<br />

ne prennent pas le temps de mettre le patient<br />

en confiance, ne veillent pas à ce qu’il<br />

soit relaxé, cuisses et genoux en flexion<br />

pour détendre la paroi abdominale, tiennent<br />

la sonde d’échographie comme une épée,<br />

engendrant trop souvent une réaction de<br />

défense de la paroi alors que ce sont les<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 9


quantifier… quand s’y fier ?<br />

FIGURE 4<br />

Abdomen détendu avec tenue de sonde non vulnérante.<br />

TABLEAU 1 : Recommandations de la Société française de médecine vasculaire<br />

(SFMV) pour la mesure échographique d’un AAA (3) .<br />

Il est recommandé d’évaluer le diamètre de l’aorte abdominale en mesurant le plus grand<br />

diamètre antéro-postérieur (AP) externe (adventice-adventice) sur une section tranversale<br />

la plus parfaitement circulaire.<br />

Il n’est pas recommandé de prendre le diamètre transverse comme seul paramètre de<br />

mesure.<br />

S’il n’est pas possible d’obtenir une section circulaire, il est conseillé de calculer la<br />

moyenne des plus petit et plus grand diamètres externes dans la meilleure section<br />

elliptique obtenue.<br />

Si ni l’une ni l’autre ne sont possibles, il est conseillé de mesurer le diamètre maxima sur<br />

une coupe orthogonale à l’axe principal du flux.<br />

Quel que soit le mode de mesure, il est conseillé de rapporter le diamètre mesuré au<br />

diamètre régulier de l’aorte sous-rénale normale (expression en ratio), en particulier chez<br />

la femme et chez les Asiatiques.<br />

Il doit être précisé si l’AAA est aortique pur ou aorto-iliaque. En cas d’anévrisme aortique<br />

pur, il faut s’assurer de l’absence d’anévrisme iliaque associé et on précisera la distance<br />

du collet supérieur de l’AAA aux artères rénales.<br />

Il est conseillé que la surveillance échographique de l’AAA inclut des informations sur la<br />

morphologie de l’AAA : forme (fusiforme, tortueux, plicaturé, sacciforme), contour (régulier,<br />

boursouflure ou « bleb »), structure du sédiment ou thrombus (centré/excentré, homo-/<br />

hétérogène, sans/avec croissant, an-/hypoéchogène, sans/avec éléments mobiles).<br />

Il est conseillé de mesurer le diamètre AP des artères iliaques, fémorales communes et<br />

poplitées et de noter une artériomégalie ou une dystrophie poly-anévrismale.<br />

Quel que soit le mode de mesure, il est conseillé d’apprécier l’évolution de la croissance<br />

d’un AAA sur un graphique comportant le diamètre de l’AAA en ordonnée et le temps<br />

écoulé depuis le premier examen en abscisse.<br />

doigts de la main en flexion qui appuient<br />

doucement sur la paroi abdominale, en dégageant<br />

l’espace aortique, tout en tenant la<br />

sonde simplement au contact de la peau<br />

(Fig. 4).<br />

Facteurs pronostiques<br />

intra-anévrismal<br />

Le diamètre de l’AAA est le 1 er facteur de<br />

risque de rupture. Même s’ils n’ont pas été<br />

aussi bien documentés, la forme et le taux<br />

de croissance de l’AAA interviennent aussi<br />

dans l’évaluation du risque de rupture. Les<br />

AAA sacciformes, les AAA très excentriques<br />

sont de longue date considérés comme à<br />

plus haut risque que les AAA fusiformes. Il<br />

faut savoir aussi repérer les ectasies très localisées<br />

de la paroi, décrites sous le nom de<br />

10 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

cloque, soufflure, bulle, ampoule (« blister »,<br />

« bleb ») qui ont peut-être la même valeur<br />

quant au plus grand risque de rupture d’un<br />

AAA. Un taux de croissance > 6 mm par<br />

an est considéré comme un risque élevé.<br />

La structure du matériel sédimentaire, du<br />

thrombus intra-anévrismal, a été également<br />

discutée mais paradoxalement assez peu<br />

documentée, peut-être pour des problèmes<br />

de définition et de reproductibilité.<br />

L’hétérogénéité du matériel intra-anévrismal,<br />

la présence de croissant(s) an- ou hypoéchogène(s)<br />

en coupe transversale et<br />

la fragmentation du matériel, dont une partie<br />

devient mobile dans la lumière, apparaissent<br />

témoigner d’AAA à plus haut risque<br />

de complications (embolie, voire rupture).<br />

Le déclenchement d’une douleur profonde<br />

sous la sonde d’échographie en regard de<br />

DR<br />

l’AAA est peut-être l’équivalent échographique<br />

de l’AAA douloureux à la palpation<br />

sans que cela ait pu être démontré.<br />

Autres lésions anévrismales<br />

périphériques<br />

Il est logique de rechercher un AAA chez un<br />

patient porteur d’un anévrisme artériel périphérique<br />

(dont les 3/4 sont des anévrismes<br />

poplités) ou d’un anévrime athéromateux<br />

de l’aorte thoracique. Un AAA est<br />

présent chez 1/3 des patients porteurs d’un<br />

anévrisme artériel poplité. Les anévrismes<br />

iliaques isolés (hors extension d’un AAA en<br />

anévrisme aorto-iliaque), bien que rares,<br />

méritent une attention toute particulière :<br />

ils siègent dans 95 % sur l’iliaque commune<br />

et peuvent être méconnus ou<br />

confondus avec un AAA. Les grandes séries<br />

de suivi de patients porteurs d’AAA font volontiers<br />

état de rupture d’anévrisme de<br />

l’iliaque commune méconnu. À l’inverse, il<br />

est tout aussi logique de rechercher un<br />

anévrisme iliaque, fémoral ou poplité, voire<br />

un anévrisme de l’aorte thoracique, chez un<br />

patient porteur d’AAA. ■<br />

références<br />

1. Lederle F.A. « Ultrasonic screening for abdominal<br />

aortic aneurysm ». Ann Intern Med, 2003 ; 139 :<br />

516-22.<br />

2. Lindholt J.S., Norman P. « Screening for abdominal<br />

aortic aneurysm reduces overall mortality in men.<br />

A meta-analysis of the mid- and long-term effects<br />

of screening for abdominal aortic aneurysm ».<br />

Eur J Vasc Endovasc Surg, 2008 ; 36 : 167-71.<br />

3. Becker F., Baud J.M. « Dépistage de l’anévrysme de<br />

l’aorte abdominale et Surveillance des petits AAA :<br />

Argumentaire et Recommandations de la Société<br />

Française de Médecine Vasculaire ». J Mal Vasc,<br />

2006 ; 31(5) : 260-76.<br />

4. Lindholt J.S., Vammen S., Juul S. et al. « Optimal<br />

Interval Screening and Surveillance of Abdominal<br />

Aortic Aneurysms ». Eur J Vasc Endovas Surg, 2000 ;<br />

20 : 369-73.<br />

5. Lederle F.A., Wilson S.E., Johnson G.G. et al. « Design<br />

of the abdominal aortic Aneurysm Detection and<br />

Management Study (ADAM Study) ». J Vasc Surg,<br />

1994 ; 20 : 296-303.<br />

6. Holdsworth R.J., Shearer C. « Comparison of Antero-<br />

Posterior and Transverse Aortic Diameters:<br />

Implications for Routine Aneurysm Surveillance ».<br />

Eur J Vasc Endovasc Surg, 2004 ; 27 : 100-2.<br />

7. Sprousse L.R., Meier G.H., Parent F.N. et al. « Is ultrasound<br />

more accurate than axial computed tomography<br />

for determination of maximal abdominal<br />

aortic aneurysm diameter ». Eur J Vasc Endovasc,<br />

2004 ; 28 : 28-35.<br />

8. Singh K., Jacobsen B.K., Solberg S. et al. « The difference<br />

between ultrasound and computed tomography<br />

measurements of aortic diameter increases<br />

with aortic diameter: analysis of axial images of abdominal<br />

aortic and common iliac artery diameter in<br />

normal and aneurysmal aortas. The Thromso Study,<br />

1994-1995 ». Eur J Vasc Endovasc Surg, 2004 ; 28 :<br />

158-67.


interface avec…<br />

FIGURE 1<br />

Vue MIP (Maximum Intensity Projection<br />

ou projection d’intensité maximale)<br />

d’un scanner abdomino-pelvien montrant<br />

bien les calcifications vasculaires<br />

et le stent rénal gauche.<br />

FIGURE 2<br />

Vue MPR (Multiplanar Reformation ou<br />

reconstruction multiplan) à l’intérieur du<br />

stent montrant la prolifération sans resténose.<br />

le radiologue interventionnel<br />

À propos de l’imagerie en coupe<br />

(TDM et IRM) des artères rénales<br />

DR<br />

DR<br />

Jean-Paul Beregi<br />

D’après une série d’entretiens avec les Pr Philippe Douek (Hospices Civils de Lyon)<br />

et Dr Jean-Louis Sablayrolles (Centre Cardiologique du Nord, Saint Denis)<br />

Quand faut-il demander<br />

une IRM ou un scanner<br />

des artères rénales ?<br />

Les principales indications sont<br />

identiques pour les deux examens,<br />

notamment dans la recherche<br />

d’une sténose des artères<br />

rénales (HTA réfractaire,<br />

insuffisance rénale évolutive, insuffisance<br />

cardiaque, etc.) ou dans<br />

la cartographie pré-interventionnelle<br />

(aide avant la réalisation d’une<br />

angioplastie). Compte tenu de l’association<br />

fréquente de lésions athéromateuses,<br />

l’évaluation des artères rénales,<br />

comme des artères digestives, est<br />

systématique en cas d’examen des axes artériels<br />

des membres inférieurs. Il est nécessaire<br />

de pratiquer un écho-Doppler des artères<br />

rénales afin d’accéder à l’analyse<br />

fonctionnelle de la sévérité des lésions potentielles.<br />

Le couple écho-Doppler + imagerie<br />

en coupe apparaît donc la pratique la<br />

plus courante pour la détection et la prise<br />

en charge d’une sténose des artères rénales.<br />

Le choix entre les 2 examens d’imagerie<br />

en coupe (scanner ou IRM) est fonction<br />

de nombreux critères qui seront ensuite<br />

abordés. Il ne faut pas perdre de vue qu’à<br />

deux examens de sensibilité identique, il<br />

faut prescrire le moins irradiant, selon les<br />

normes de base du traité Euratom concernant<br />

la radioprotection. Il reste à savoir si ces<br />

deux examens sont identiques par rapport<br />

aux renseignements souhaités.<br />

Quel bilan est nécessaire<br />

avant une IRM ou un scanner<br />

des artères rénales ?<br />

Il est maintenant admis que pour les 2 examens,<br />

un dosage de la créatininémie est<br />

nécessaire afin de connaître le niveau de départ<br />

de la fonction rénale. Le calcul de la<br />

clairance est souvent réalisé par la formule<br />

de Cockroft, mais s’avère insuffisant, voire<br />

faux en cas de patient maigre, gros ou âgé.<br />

La connaissance de la fonction rénale et de<br />

l’état du patient (insuffisance cardiaque ou<br />

allergie à l’iode) permettront d’orienter le<br />

choix du produit de contraste à utiliser<br />

aussi bien au scanner qu’en IRM. Par exemple,<br />

en cas d’insuffisance rénale (clairance <<br />

30 ml/min), 2 produits gadolinés sur 4 sont<br />

contre-indiqués. En cas d’insuffisance rénale<br />

et/ou cardiaque, un produit iodé iso-osmolaire<br />

sera préféré en scanner. En cas d’allergie<br />

à l’iode, une préparation sera donnée<br />

3 jours avant par le radiologue. Les allergies<br />

au gadolinium sont exceptionnelles. La grossesse<br />

contre-indique le scanner du fait de l’irradiation<br />

; l’IRM avec gadolinium, quant à<br />

elle, est contre-indiquée au cours du premier<br />

trimestre et non recommandée ensuite (si<br />

aucune nécessité absolue).<br />

Comment se déroule l’examen ?<br />

Il n’est pas nécessaire d’être à jeun au cours<br />

des 2 examens qui peuvent être faits en externe.<br />

La durée moyenne pour le patient est<br />

de 10 à 15 min pour un scanner et de 15<br />

à 25 min pour une IRM, mais le temps réel<br />

d’acquisition est < 5 s pour le scanner<br />

et d’environ 15 à 20 s pour l’IRM.<br />

L’acquisition des images se fera en apnée<br />

pour éviter les artefacts respiratoires. Les<br />

contre-indications classiques à vérifier pour<br />

le scanner sont l’absence de grossesse (surtout<br />

chez les femmes jeunes suspectes de<br />

dysplasie) du fait de l’irradiation et la fonction<br />

rénale. L’injection d’iode au cours de<br />

myélome ou de dysthyroïdies est à éviter,<br />

mais il n’y a pas lieu d’effectuer de prise de<br />

sang spécifique. Pour l’IRM, les contre-indications<br />

sont la présence d’un pacemaker ou<br />

de tout autre matériel électronique, de corps<br />

étranger ferromagnétique intra-occulaire (radiographie<br />

des orbites, si nécessaire). La<br />

présence d’un stent coronaire ou d’une prothèse<br />

de hanche ne constitue pas une<br />

contre-indication. En cas d’insuffisance rénale,<br />

une hydratation avec de l’eau de Vichy<br />

(1 litre la veille et le jour de l’examen) peut<br />

être recommandée sauf contre-indication<br />

(insuffisance cardiaque, corticothérapie…).<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 11


interface avec…<br />

L’injection d’un produit<br />

de contraste est-elle obligatoire ?<br />

Oui pour le scanner qui a besoin d’un rehaussement<br />

de la densité des vaisseaux afin<br />

de séparer la lumière circulante de la paroi<br />

et des tissus environnants. Oui et non pour<br />

l’IRM. Habituellement, la technique la plus<br />

utilisée aujourd’hui en angiographie par résonance<br />

magnétique (ARM) est celle de<br />

l’acquisition 3D avec injection de gadolinium.<br />

Cependant, la nouveauté en IRM est<br />

la disponibilité sur la majorité des appareils<br />

1,5 Tesla de séquences d’angiographie ne<br />

nécessitant pas d’injection. Le temps d’acquisition<br />

est un peu plus long, la couverture<br />

en hauteur plus faible et la résolution spatiale<br />

légèrement moins bonne, mais l’avantage<br />

certain est l’innocuité quasi complète<br />

de cette méthode d’examen. Cette technique<br />

est utilisée en cas d’insuffisance rénale.<br />

Elle apparaît comme ayant une bonne<br />

sensibilité pour la détection des sténoses rénales.<br />

Quels sont les inconvénients<br />

de ces techniques ?<br />

En scanner, l’irradiation (cumul des doses<br />

avec le temps avec risque d’augmentation<br />

de cancer) et l’injection d’iode (ponction<br />

veineuse et sensation de chaleur à la diffusion<br />

du produit dans le corps) sont les 2 inconvénients<br />

classiques. Pour l’IRM, l’examen<br />

fait du bruit et le tunnel est étroit et il<br />

faut prévenir les malades (surtout ceux qui<br />

sont anxieux et sujets à la claustrophobie).<br />

L’IRM ne visualise pas les calcifications et les<br />

stents rénaux entraînent des artefacts. Si le<br />

malade présente une obésité androïde, il<br />

faudra vérifier s’il peut passer dans le tunnel<br />

de l’IRM.<br />

Qu’apportent ces examens ?<br />

Le scanner et l’IRM analysent la présence<br />

d’une sténose et d’anévrisme sur les artères<br />

rénales, l’aorte et les iliaques. La résolution<br />

spatiale est de 500 µm pour le<br />

scanner et de l’ordre du mm pour l’IRM des<br />

artères rénales (nécessité d’un champ<br />

d’examen large avec un temps d’acquisition<br />

court). Les tailles des reins et du cortex<br />

sont systématiquement données. L’analyse<br />

des surrénales est systématique en scanner<br />

et doit faire l’objet de séquences supplémentaires<br />

en IRM (analyse qui n’est pas systématiquement<br />

réalisée, sauf si demandée)<br />

; en revanche, les renseignements<br />

fournis sur les éventuelles lésions surrénaliennes<br />

sont plus complets. Le scanner permet<br />

d’analyser la paroi et la plaque, notamment<br />

la relation des plaques ostiales<br />

FIGURE 3<br />

12 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

Vue MIP en ARM avec injection de gadolinium<br />

montrant une dysplasie rénale<br />

droite.<br />

FIGURE 4<br />

Vue MIP du dessus en mode ARM sans<br />

injection de gadolinium (même patient<br />

que pour la figure 3).<br />

aortiques en regard des ostia rénaux. La lumière<br />

des stents rénaux est bien visible et<br />

il est possible de vérifier la présence de prolifération<br />

ou de nouvelle sténose. L’IRM permet<br />

théoriquement une analyse fonctionnelle,<br />

mais qui n’est pas réalisée en<br />

pratique clinique courante.<br />

Quel est le délai moyen avant<br />

d’obtenir ces examens ?<br />

Le délai d’obtention de l’examen est fonction<br />

de la répartition des appareils dans le<br />

département concerné. En France, le retard<br />

d’équipement en IRM entraîne des délais<br />

encore longs. Pour un scanner, il faut<br />

compter entre 4 et 15 jours environ, alors<br />

DR<br />

DR<br />

que pour une IRM, le délai se situe entre 15<br />

et 60 jours.<br />

Quel est le coût de ces examens<br />

(tarif Sécurité sociale) ?<br />

Un scanner coûte environ 100 euros de forfait<br />

technique et 30 euros pour le radiologue<br />

; une IRM coûte environ 200 euros<br />

de forfait technique et 69 euros pour le radiologue.<br />

Peut-on répéter ces examens<br />

dans le cadre du suivi,<br />

par exemple pour la surveillance<br />

post-angioplastie ?<br />

L’examen recommandé dans le suivi des<br />

angioplasties des artères rénales est l’écho-<br />

Doppler. Sauf cas particulier ou difficultés<br />

d’examen, on pourra alors recommander<br />

l’IRM qui présente l’avantage d’une absence<br />

d’irradiation : elle constitue l’imagerie en<br />

coupe de choix à privilégier, sauf en cas de<br />

stents des artères rénales. En présence de<br />

dysplasie des artères rénales, la quantification<br />

d’une resténose est difficile en imagerie<br />

en coupe, car les irrégularités de paroi seront<br />

toujours présentes, et ce même en<br />

l’absence de resténose significative.<br />

Recommandez-vous une conduite<br />

à tenir après ces examens ?<br />

La présence d’une lésion morphologique en<br />

IRM ou en scanner est systématiquement à<br />

corréler avec la clinique et l’écho-doppler. La<br />

scintigraphie est réservée à l’évaluation<br />

fonctionnelle de petit rein. En cas de sténose<br />

des artères rénales, avec un rein<br />

> 8 cm, un index de résistance < 0,8 et une<br />

indication clinique ou biologique, l’angioplastie<br />

est recommandée si l’anatomie de<br />

la lésion le permet et que l’aorte et les<br />

accès ne sont pas thrombosés. À la suite de<br />

la description des lésions, le radiologue<br />

contacte l’angiologue ou le médecin<br />

référent du patient pour adapter la prise en<br />

charge thérapeutique en fonction des<br />

lésions trouvées.<br />

Le scanner et l’IRM des artères rénales<br />

apparaissent comme des examens<br />

complémentaires de l’écho-Doppler<br />

qui apportent une confirmation diagnostique<br />

et une cartographie utile<br />

dans la réalisation d’une angioplastie.<br />

Le choix entre ces 2 examens sera<br />

dicté en fonction de l’indication, du<br />

patient, de la disponibilité locale et<br />

des habitudes de travail des équipes<br />

multidisciplinaires impliquées. ■


Les acouphènes sont une perception<br />

auditive, le plus souvent subjective, décrite<br />

par le patient comme un bruit extérieur.<br />

Le son perçu dans l’oreille ou dans le crâne<br />

est intermittent ou permanent, de tonalité et<br />

d’intensité variables, de type continu ou<br />

pulsatile.<br />

FIGURE 1<br />

Neurinome (flèche rouge).<br />

stratégie<br />

Acouphènes<br />

et stratégie écho-Doppler<br />

DR<br />

Le médecin à l’écoute<br />

La description du son perçu et<br />

ses caractéristiques sont primordiales<br />

pour l’orientation<br />

diagnostique :<br />

● L’acouphène est décrit comme<br />

un bourdonnement, un sifflement,<br />

un grésillement ou un tintement,<br />

unilatéral ou bilatéral,<br />

ressenti dans le crâne ou dans<br />

l’oreille interne.<br />

● Les acouphènes peuvent être<br />

subjectifs ou objectifs, intermittents<br />

ou permanents.<br />

● Leur perception et leur intensité varient<br />

en fonction du bruit environnant.<br />

Ils peuvent devenir psychologiquement<br />

insupportables, en particulier la nuit, du<br />

fait du caractère obnubilant, et s’accompagner<br />

alors de symptômes dépressifs.<br />

Les acouphènes continus<br />

non pulsatiles<br />

Dans 95 % des cas, le patient est le seul<br />

à « entendre » son acouphène et la perception<br />

du bruit est subjective :<br />

● Le plus souvent continu, à type de<br />

bourdonnement ou de sifflement, s’accompagnant<br />

d’une hypoacousie, ils peuvent<br />

être le symptôme d’une pathologie<br />

grave du système auditif, comme l’otospongiose,<br />

la maladie de Ménière ou le<br />

neurinome de l’acoustique.<br />

● Ils peuvent aussi traduire une banale<br />

obstruction du conduit auditif externe par<br />

un bouchon de cérumen, un spasme de la<br />

trompe d’Eustache ou encore un trouble<br />

de l’articulé temporo-mandibulaire.<br />

● À type de claquement intermittent, ils<br />

sont souvent la traduction d’une myoclonie<br />

des muscles de l’oreille moyenne<br />

ou d’un spasme des muscles stapédiens.<br />

La perception du clic peut être<br />

objective, perçue par l’entourage ou le<br />

médecin.<br />

François Luizy*, Pierre-Jean Touboul**<br />

* Angiologue, médecin vasculaire, Paris<br />

** Service de neurologie, hôpital Bichat, Paris<br />

➜ Ces tableaux cliniques relèvent, en<br />

première intention, d’examens oto-rhinoneurologiques<br />

(Fig. 1). L’examen écho-<br />

Doppler, réalisé en première intention,<br />

n’est en règle générale pas contributif.<br />

Les acouphènes pulsatiles<br />

Ils représentent environ 3 %des acouphènes<br />

et sont en rapport avec une pathologie<br />

vasculaire artérielle et/ou veineuse.<br />

L’augmentation turbulente du flux circulant<br />

au niveau d’un ou des pédicules cervico-encéphaliques<br />

génère un souffle pulsatile<br />

objectif synchrone du rythme<br />

cardiaque que le patient entend par transmission<br />

osseuse et objectivement perçu<br />

lors de l’auscultation.<br />

➜ En présence d’un acouphène pulsatile,<br />

l’examen écho-Doppler doit être<br />

orienté par les symptômes décrits, leur<br />

mode de survenue et le statut clinique<br />

du patient.<br />

Diverses situations cliniques peuvent se<br />

présenter :<br />

- Les acouphènes pulsatiles<br />

intermittents<br />

Le patient de profil hypertendu décrit des<br />

acouphènes pulsatiles synchrone du<br />

pouls, de tendance bilatérale, augmentant<br />

à l’effort, à type de « battements de<br />

tambour ».<br />

L’écho-Doppler ne trouve pas de lésions<br />

artérielles significatives des pédicules carotidiens<br />

et vertébraux en dehors de dolicho-artères<br />

et d’un index de résistance<br />

cérébral élevé.<br />

L’acouphène est en rapport avec les battements<br />

artériels transmis par la pression<br />

statique élevée.<br />

- Les acouphènes pulsatiles<br />

d’apparition progressive<br />

Le patient, plutôt âgé, de profil athéros-<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 13


stratégie<br />

FIGURE 2<br />

Sténose de l’artère cérébrale moyenne en M1.<br />

FIGURE 3<br />

Dysplasie carotidienne cervicale haute<br />

avec sténose et ectasie.<br />

cléreux, se plaint d’un acouphène pulsatile<br />

unilatéral, d’allure systolique, et synchrone<br />

du pouls, qu’il décrit comme un<br />

« bruit de locomotive » ou un bruit de « jet<br />

de vapeur rythmé intermittent ».<br />

L’écho-Doppler cervical peut mettre en<br />

évidence :<br />

● Une occlusion carotidienne controlatérale<br />

à l’acouphène : l’augmentation<br />

compensatrice du flux de l’axe carotidien<br />

perméable génère l’acouphène.<br />

● Une sténose du siphon carotide ou de<br />

l’artère cérébrale moyenne en Doppler<br />

transcrânien (Fig. 2) (Boucle 1) doit être<br />

recherchée en l’absence de sténose des<br />

axes carotidiens, et ce d’autant qu’existe<br />

une asymétrie des flux et des index de résistance<br />

au niveau des artères carotides.<br />

L’auscultation cervicale haute au niveau de<br />

la mastoïde et l’auscultation trans-orbi-<br />

Sténose intra-cérébrale.<br />

14 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

DR<br />

FIGURE 4<br />

Angio- Angio- ARM<br />

graphie scanner<br />

Hématome disséquant de la carotide<br />

interne cervicale haute.<br />

taire permettent souvent de percevoir un<br />

souffle systolique d’intensité variable.<br />

● Une sténose serrée ou une occlusion de<br />

l’artère sub-clavière avec hémo-détournement<br />

permanent peut également induire<br />

un acouphène pulsatile. L’auscultation peut<br />

alors retrouver un souffle cervical rétro-mastoïdien<br />

et/ou sus-claviculaire.<br />

- Les acouphènes pulsatiles<br />

d’apparition aiguë<br />

Le patient, plutôt jeune, décrit l’apparition<br />

brutale d’un bruit de « jet de vapeur »<br />

systolique et synchrone du pouls.<br />

DR<br />

DR<br />

L’écho-Doppler cervical, réalisé en urgence,<br />

doit rechercher :<br />

● Une dysplasie carotidienne cervicale<br />

haute avec sténoses étagées (Fig. 3)<br />

(Boucle 2).<br />

● Une dissection carotidienne cervicale<br />

haute (Fig. 4) (Boucle 3) avec aspect<br />

en faveur d’un hématome pariétal<br />

disséquant comprimant la lumière artérielle,<br />

et ce d’autant plus que l’acouphène<br />

est associé dans 30 % des cas à un syndrome<br />

de Claude Bernard-Horner ou à<br />

une cervicalgie aiguë latéralisée.<br />

● Une dissection vertébrale en V3-V4,<br />

d’autant plus qu’il existe un antécédent<br />

de traumatisme ou de manipulation cervicale<br />

(Fig. 5). L’acouphène est le plus<br />

souvent associé à des signes neurologiques<br />

traduisant une atteinte du territoire<br />

vertébro-basilaire.<br />

➜ La dissection artérielle cervicale<br />

peut être pluri-pédiculaire.<br />

➜ Elle nécessite une prise en<br />

charge en urgence dans une unité<br />

neuro-vasculaire.<br />

- Les acouphènes pulsatiles<br />

systolo-diastoliques<br />

Le patient décrit un bruit en « jet de vapeur<br />

» synchrone du pouls sur un fond<br />

continu. Il rapporte très souvent une position<br />

de la tête ou un point de compression<br />

qui réduit l’intensité de l’acou-<br />

FIGURE 5<br />

Dissection vertébrale droite en V3-V4.<br />

DR


FIGURE 6<br />

Fistule artério-veineuse du siphon carotidien.<br />

phène.<br />

L’écho-Doppler doit rechercher une fistule<br />

artério-veineuse cervicale ou intracrânienne<br />

qui se traduit par un hyperdébit<br />

des pédicules afférents et du<br />

retour veineux :<br />

● Fistule artério-veineuse durale faisant<br />

communiquer l’artère occipitale avec<br />

le sinus transverse (cf. Deklunder G.,<br />

Gautier C. « Lors d’un bilan d’acouphènes<br />

pulsatiles ». EDV, avril <strong>2009</strong> ; 1 : 7-8).<br />

● Fistule artério-veineuse carotido-caverneuse<br />

(Fig. 6) (Boucles 4, 5) montrant<br />

une augmentation des vitesses systolique<br />

et diastolique de tout l’axe carotide<br />

sans sténose focalisée (rapport carotidien<br />

normal) et un aspect « mosaïque » du siphon<br />

carotide enregistré en Doppler<br />

transcrânien par voie trans-orbitaire.<br />

● Tumeur paraganglionnaire hyper -<br />

vascularisée du glomus carotidien,<br />

enchâssée au niveau de la bifurcation<br />

carotidienne, qui correspond à un chémodectome<br />

remontant le long de la carotide<br />

interne dans l’espace sous-parotidien<br />

postérieur. Cliniquement, le patient<br />

décrit une masse pulsatile sensible et<br />

le lacis vasculaire artério-veineux est<br />

responsable d’un acouphène d’intensité<br />

variable (Fig. 7) (Boucle 6).<br />

Mises à part les malformations artérioveineuses<br />

congénitales diagnostiquées<br />

dans les premiers mois de la vie, les<br />

DR<br />

FIGURE 7<br />

Chémodectome de la bifurcation carotidienne<br />

droite.<br />

causes des fistules artério-veineuses intracrâniennes<br />

et/ou les facteurs déclenchant<br />

leur traduction clinique à l’âge<br />

adulte sont mal connues, mais ces lésions<br />

vasculaires sont toutefois évolutives.<br />

DR<br />

À savoir<br />

➜ Les acouphènes pulsatiles doivent<br />

être considérés comme un symptôme<br />

témoin d’une lésion artérielle<br />

et/ou veineuse cervico-encéphalique.<br />

➜ L’écho-Doppler est pertinent s’il<br />

comporte l’analyse hémodynamique<br />

et morphologique de l’ensemble des<br />

axes carotides et vertébro-subclaviers.<br />

Il doit être systématiquement<br />

complété par un Doppler<br />

transcrânien.<br />

➜ En cas de doute diagnostique ou<br />

en présence de difficultés techniques<br />

des méthodes ultrasonores, le bilan<br />

doit être complété par une angiographie<br />

par résonance magnétique ou<br />

par un angioscanner. ■<br />

bibliographie<br />

Bousser M.G., Touboul P.J., Cabanis E. « The significance<br />

of ocular bruits in ischaemic cerebro-vascular<br />

disease ». Neuro-Ophtalmology, 1981 ; 1(3) : 211-<br />

18.<br />

Meric C., Gartner M., Collet L., Chery-Croze S.<br />

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concerning the relationship between tinnitus<br />

features and impact on life ». Audiol Neurootol,<br />

1998 ; 3(4) : 240-52.<br />

Moonis G., Hwang C.J., Ahmed T., Weigele J.B.,<br />

Hurst R.W. « Otologic manifestations of petrous carotid<br />

aneurysms ». AJNR Am J Neuroradiol, 2005 ; 26 (6) :<br />

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Sismanis A., Girevendoulis A. « Pulsatile tinnitus<br />

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abnormalities ». Otol Neurotol, 2008 Oct ; 29 (7) :<br />

1032-6.<br />

Madani G., Connor S.E. « Imaging in pulsatile tinnitus ».<br />

Clin Radiol, <strong>2009</strong> Mar ; 64 (3) : 319-28.<br />

Metso T.M., Metso A.J., Salonen O. et al. « Adult cervicocerebral<br />

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301 Finnish patients ». Eur J Neurol, <strong>2009</strong> Feb 9.<br />

Selim M., Caplan L.R. « Carotid Artery Dissection:<br />

Curr Treat Options ». Cardiovasc Med, <strong>2009</strong> ; 6 (3) :<br />

249-53.<br />

Deklunder G., Gautier C. « Lors d’un bilan d’acouphènes<br />

pulsatiles ». EDV, avril <strong>2009</strong> ; 1 : 7-8.<br />

Luizy F. Iconographie : collection personnelle.<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 15


écho-anatomie<br />

L’amélioration constante des techniques<br />

d’imagerie non invasives pour l’exploration<br />

des vaisseaux cervico-encéphaliques permet<br />

d’éviter le recours à l’angiographie<br />

conventionnelle dans la quasi-totalité des cas<br />

à la phase diagnostique. L’écho-Doppler des<br />

vaisseaux du cou est utilisé en routine depuis<br />

longtemps et reste l’examen de première<br />

intention pour l’exploration du segment<br />

cervical des artères cérébrales. Les nouvelles<br />

avancées technologiques en ultrasonologie<br />

permettent actuellement l’exploration de<br />

nombreuses pathologies vasculaires<br />

cérébrales par écho-Doppler transcrânien<br />

(EDTC), alors que cette exploration<br />

imposait jusqu’alors le recours<br />

systématique à d’autres modes<br />

d’imagerie.<br />

FIGURE 1<br />

1<br />

2<br />

L’écho-Doppler transcrânien<br />

2 e partie : exploration artérielle<br />

(examen normal)<br />

L’EDTC, avec ou sans injection d’un<br />

agent de contraste, est un examen<br />

dont les indications sont devenues<br />

très larges en exploration vasculaire<br />

cérébrale. Après avoir repéré<br />

les principales structures anatomiques<br />

en mode 2D (cf.<br />

Gautier C., Deklunder G. « L’écho-<br />

Doppler transcrânien. 1 re partie :<br />

étude écho-anatomique ». EDV,<br />

avril <strong>2009</strong> ; 1 : 18-20), l’exploration<br />

des artères cérébrales est réalisée<br />

en mode Doppler, en utilisant<br />

selon les besoins, mais le plus souvent<br />

de manière conjointe, les différentes<br />

modalités (couleur, puissance<br />

et pulsé en analyse spectrale).<br />

L’acquisition des connaissances de base<br />

quant à la méthodologie et aux résultats<br />

d’un examen EDTC normal est le prélude indispensable<br />

à l’utilisation de cette technique<br />

d’exploration en pathologie.<br />

Technique d’examen<br />

16 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

Corinne Gautier, Ghislaine Deklunder<br />

Explorations fonctionnelles cardio-vasculaires, Hôpital Cardiologique, CHRU de Lille<br />

● Choix de la sonde : basse fréquence,<br />

petite surface de contact, puissance élevée<br />

(sonde « phased array » pour examen cardiaque<br />

ou sonde dédiée).<br />

● Installation du patient et repérage 2D :<br />

si la fenêtre acoustique est mauvaise et que<br />

les structures sont mal visualisées en 2D :<br />

pose d’une voie IV périphérique pour l’injection<br />

d’un agent de contraste.<br />

● Examen standard des artères cérébrales<br />

effectué selon des coupes axiales<br />

par voie temporale et occipitale.<br />

● Selon les besoins et le contexte, il est<br />

possible :<br />

1. de compléter l’examen par des tests<br />

dynamiques (compression des artères<br />

carotides au cou, manœuvres respiratoires<br />

ou encore injection d’acétazolamide) ;<br />

2. d’utiliser la reconstruction 3D, soit en<br />

mode puissance, soit après injection d’un<br />

agent de contraste en mode harmonique<br />

dédié.<br />

Résultats<br />

L’artère carotide interne (ACI)<br />

Si la fenêtre temporale est de bonne qualité<br />

ou si, dans le cas contraire, on utilise un<br />

agent de contraste, et cela vaut pour la totalité<br />

de l’exploration artérielle, l’ensemble<br />

des segments de l’ACI peut être visualisé en<br />

EDTC (Boucle 1). Cette étude se fait dans<br />

la coupe axiale basse, 10° au-dessous du<br />

plan de référence pour les segments proximaux,<br />

et en coupe axiale haute, 10° audessus<br />

du plan de référence pour les segments<br />

distaux.<br />

ACI : exploration des segments C3-C4-C5 du siphon en coupe axiale par voie temporale, sonde dirigée d’environ 15° vers le bas.<br />

À gauche : siphon C3 en bleu en mode couleur (1) et segments C4-C5 en rouge (2), puis au milieu, étude en mode puissance du sinus<br />

caverneux. À gauche : flux normal en C3, segment dans ce cas bien aligné pour un tir Doppler.<br />

DR


FIGURE 2<br />

ACI (C1-C2) : étude par voie temporale en coupe axiale avec<br />

légère orientation du tir Doppler vers le bas :<br />

- à gauche : flux normal de l’ACI en C2-C1 ;<br />

- à droite : siphon distal en C2-C1 en mode puissance 3D ( * ).<br />

- Segment C5 : segment le plus proximal<br />

du siphon carotidien. La mesure des vitesses<br />

absolues y est difficile en raison de<br />

son orientation dans l’espace, l’angle<br />

d’abord étant toujours élevé.<br />

- Segments C4-C3 : anatomie très variable,<br />

de la forme du simple « C » au « S »<br />

très sinueux. La longueur totale des segments<br />

C5-C4-C3 est de l’ordre de 30 à<br />

50 mm. La mesure des vélocités y est<br />

aussi délicate pour la même raison qu’en<br />

C5 (Fig. 1). S’il faut obtenir une information<br />

vélocimétrique précise, la voie transoculaire<br />

doit alors être utilisée.<br />

- Segments C2-C1 : segment distal de<br />

l’ACI, forme le « T » de la carotide, division<br />

en ACM et ACA, sa longueur étant de 13<br />

à 18 mm. L’exploration des vitesses est<br />

plus fiable sur cette portion distale car l’angle<br />

d’abord est faible (Fig. 2) (Boucle 2).<br />

Valeurs normales des vitesses<br />

(avec un abord angulaire correct et<br />

utilisation de la correction angulaire si nécessaire<br />

et une situation hémodynamique<br />

d’ensemble normale) dans les segments<br />

facilement accessibles de l’ACI :<br />

C2-C1 ACI<br />

Vitesse maximale systolique : 80 +/- 20 cm/s<br />

Vitesse diastolique : 35 +/- 10 cm/s<br />

L’artère cérébrale moyenne (ACM)<br />

- Anatomie<br />

L’ACM est divisée en 4 segments.<br />

L’ensemble du premier segment M1 horizontal<br />

est visualisé, de même que le<br />

segment horizontal et insulaire de M2. Le<br />

segment M1 est constant, symétrique, et<br />

son trajet est très souvent horizontal. Avec<br />

l’âge, le trajet de M1 devient souvent descendant.<br />

Les variantes anatomiques y sont<br />

extrêmement rares (hypoplasie < 1 %<br />

des individus). Le calibre moyen de M1<br />

est de 2 à 3 mm et sa longueur moyenne<br />

de 16 mm (5 à 24 mm). À une profondeur<br />

d’exploration comprise entre 35 et<br />

*<br />

DR<br />

FIGURE 3<br />

45 mm par rapport à la sonde, le segment<br />

M1 va se diviser en un nombre variable de<br />

branches : bifurcation ou trifurcation.<br />

- Identification<br />

Le plan de coupe utilisé pour l’exploration<br />

de M1 est une coupe axiale haute, 10° audessus<br />

du plan de référence (Fig. 3)<br />

(Boucle 3). Pour les segments M2 et M3,<br />

la sonde doit être orientée encore un peu<br />

plus vers le haut (Fig. 4) (Boucles 4, 5).<br />

Valeurs normales des vitesses (mêmes remarques<br />

que pour l’ACI) du segment M1 :<br />

Vitesse maximale systolique : 110 +/- 20 cm/s<br />

Vitesse diastolique : 50 +/- 10 cm/s<br />

L’indice de résistance (IR) est compris entre<br />

0,5 et 0,7. L’asymétrie droite-gauche<br />

physiologique ne dépasse pas 20 %.<br />

L’artère cérébrale antérieure (ACA)<br />

- Anatomie<br />

L’ACA peut être divisée en 4 segments. Le<br />

segment A1 est le siège de nombreuses<br />

variantes anatomiques. Le plus souvent,<br />

les deux segments A1 sont de même<br />

taille. En cas d’asymétrie, c’est souvent le<br />

segment A1 gauche qui est le plus large.<br />

Une hypoplasie d’A1 est retrouvée dans<br />

environ 4 % des cas. Le calibre moyen<br />

d’A1 est de 2 mm et sa longueur est, en<br />

moyenne, de 14 mm. Le segment A2 débute<br />

après l’origine de l’artère communicante<br />

antérieure. Les deux segments A2<br />

sont très proches l’un de l’autre.<br />

- Identification<br />

La totalité du segment A1 et le début<br />

d’A2 sont visualisés dans le même plan<br />

de coupe axiale que l’ACM (Fig. 5)<br />

(Boucle 3). Pour une étude complète de<br />

A1, il faut souvent faire obliquer un peu<br />

la sonde vers le haut ou vers le bas en<br />

fonction des possibles variantes anatomiques.<br />

Lorsque l’un des segments A1<br />

ACM : voie temporale, coupe axiale médiane :<br />

- à gauche : Doppler spectral de l’ACM en M1 ;<br />

- à droite : Doppler couleur de l’ACM, codée en rouge ( * ).<br />

FIGURE 4<br />

ACM :<br />

- voie temporale, coupe axiale médiane<br />

avec discrète obliquité du faisceau<br />

ultrasonore vers le haut ;<br />

- zone de division de l’ACM (M2) en une<br />

bifurcation (1) ou une trifurcation (2).<br />

est absent ou hypoplasique, le segment<br />

A1 controlatéral donne naissance aux<br />

deux segments A2 : on parle alors d’artère<br />

« carotide bihémisphérique ». Une<br />

autre variante anatomique consiste en la<br />

présence d’une seule artère médiane<br />

pour le segment A2 : cette dernière est<br />

appelée artère azygos (2 % des cas).<br />

Valeurs normales des vitesses (mêmes remarques<br />

que pour l’ACI) du segment A1 :<br />

Vitesse maximale systolique : 90 + /- 20 cm/s<br />

Vitesse diastolique : 40 +/- 10 cm/s<br />

N.B. - Aucune valeur n’est retrouvée dans la<br />

littérature en ce qui concerne le segment A2.<br />

L’artère communicante antérieure<br />

(ACoA)<br />

- Anatomie<br />

Elle réunit les 2 ACA et forme la partie antérieure<br />

du polygone de Willis. Elle divise<br />

l’ACA en 2 segments A1 et A2 et se situe<br />

donc entre les 2 segments A1 distaux.<br />

L’ACoA est unique dans 60 % des cas et<br />

double dans 20 % des cas. Son calibre varie<br />

entre 1 et 3 mm. Elle est très courte avec<br />

une longueur variant entre 1 et 3 mm.<br />

- Identification<br />

Dans des conditions normales, elle est<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 17<br />

*<br />

DR<br />

DR


FIGURE 5<br />

ACoA : étude par voie temporale en coupe axiale médiane :<br />

- à gauche : flux de l’ACA dans son segment A1 ;<br />

- à droite : ACA A1 en Doppler couleur, codée en bleu ( * ).<br />

FIGURE 7<br />

ACP : exploration par voie temporale en coupe axiale médiane<br />

- à gauche : flux normal de l’ACP P1-P2 proximale ;<br />

- à droite : ACP P1-P2 proximale en mode couleur, codée en rouge<br />

(1) et visualisation en miroir du même segment de l’ACP controlatérale<br />

(2).<br />

rarement visualisée. En revanche, elle est en<br />

général bien visible quand elle est mise en<br />

charge en tant que voie de suppléance<br />

(sténose serrée ou occlusion d’une des artères<br />

carotides au cou). Son flux devient<br />

alors accéléré et turbulent en raison d’un<br />

débit élevé dans un vaisseau de petit calibre<br />

(Fig. 6). Parfois, en cas de situation<br />

physiologique, un flux bidirectionnel peut y<br />

être retrouvé.<br />

L’artère cérébrale postérieure (ACP)<br />

- Anatomie<br />

Elle se compose de 4 segments. Le premier<br />

P1 est court et va de l’origine de l’artère<br />

jusqu’à la jonction avec l’artère communicante<br />

postérieure (ACoP). Sauf variante anatomique,<br />

P1 a un calibre de 2 mm pour<br />

une longueur moyenne de 6 mm. Un polygone<br />

de type fœtal est retrouvé dans<br />

15 % à 20 % des cas. Dans ce cas, le segment<br />

P1 est absent et c’est l’ACI qui alimente<br />

la vascularisation postérieure via<br />

l’ACoP. Le segment P2 débute après la jonction<br />

avec l’ACoP. Son calibre moyen est de<br />

2 mm pour une longueur moyenne de<br />

28 mm (Boucle 6). P3 est une zone très<br />

courte, seulement identifiable en cas de<br />

recrutement des artères temporales internes<br />

et externes dans certaines conditions pathologiques.<br />

Le segment P4, ou artère calcarine,<br />

débute après le départ de l’artère pariéto-occipitale<br />

(Fig. 7) (Boucle 7).<br />

18 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

DR DR<br />

FIGURE 6<br />

- Identification<br />

En Doppler aveugle, le segment P1 était<br />

conventionnellement décrit comme venant<br />

vers la sonde et le segment P2 comme<br />

fuyant la sonde. L’EDTC permet une analyse<br />

plus précise : le segment P1 est en effet très<br />

court et souvent assimilé au début du segment<br />

P2 dont le flux vient lui aussi vers la<br />

sonde (Fig. 8). En cas de non-visualisation<br />

de l’ACoP, la délimitation de P1-P2 est donc<br />

impossible.<br />

Valeurs normales des vitesses (mêmes<br />

remarques que pour l’ACI) de l’ACP :<br />

P1-P2<br />

Vitesse maximale systolique : 60 +/- 15 cm/s<br />

Vitesse diastolique : 30+/- 10 cm/s<br />

L’artère communicante postérieure<br />

(ACoP)<br />

- Anatomie<br />

L’ACoP relie les circulations antérieure et<br />

postérieure. Elle délimite à sa partie postérieure<br />

les segments P1 et P2 de l’ACP. Sauf<br />

variante anatomique, cette artère mesure<br />

14 mm (12 à 17 mm) de long pour un calibre<br />

moyen de 1,2 mm (0,5 à 3,3 mm).<br />

Son trajet peut être droit ou sinueux et devient,<br />

quoi qu’il en soit, souvent sinueux<br />

avec l’âge. Une variante anatomique très importante<br />

à connaître est celle du polygone<br />

fœtal, dans laquelle il n’existe aucune<br />

Exploration de l’ACoA par voie temporale en coupe axiale médiane :<br />

- angiographie conventionnelle (1) ;<br />

- ACoA normale en mode puissance (2) ;<br />

- hyperdébit de l’ACoA (3) qui apparaît en repliement spectral avec<br />

flux de A1 inversé du côté de la sonde (4).<br />

FIGURE 8<br />

ACP : exploration par voie temporale en coupe axiale médiane des<br />

segments distaux de l’ACP : à gauche : flux de l’artère calcarine<br />

(P4) ; à droite : exploration en mode puissance avec visualisation<br />

de la division de l’ACP en artère calcarine (1) et en artère pariétooccipitale<br />

(2).<br />

FIGURE 9<br />

Exploration par voie temporale en coupe<br />

axiale médiane de l’ACoP :<br />

- à gauche : mode couleur, sens normal<br />

du côté exploré, du système carotidien<br />

vers le système basilaire (1) et inverse de<br />

l’autre côté (2) ;<br />

- à droite : mode puissance, reconstruction<br />

3D, excellente visualisation de l’ACoP (3).<br />

connexion entre l’ACP, qui est alimentée<br />

exclusivement par l’ACoP, et le système basilaire.<br />

Le calibre de l’ACoP est alors égal à<br />

celui des autres axes artériels du polygone<br />

et atteint 2 mm au moins. Cette variante est<br />

le plus souvent unilatérale mais rarement bilatérale<br />

(2 %).<br />

- Identification<br />

La voie d’abord est toujours la voie temporale<br />

avec une coupe axiale plus ou moins<br />

basse selon les individus. Chez les sujets<br />

jeunes et normaux, un flux peut être visualisé<br />

d’un côté dans 70 % des cas et des<br />

deux dans 30 % des cas, en raison d’une<br />

fréquente asymétrie de calibre (Boucle 8).<br />

La direction du flux va de la carotide vers le<br />

DR<br />

DR<br />

DR


système basilaire dans 75 % des cas<br />

(Fig. 9). Chez les individus plus âgés, les<br />

ACoP ne sont visibles que dans 13 % des<br />

cas car elles deviennent souvent sinueuses.<br />

L’ACoP est aussi difficile à visualiser<br />

lorsqu’elle n’est pas recrutée et que le flux<br />

est lent ou bidirectionnel.<br />

L’artère vertébrale V4<br />

- Anatomie<br />

Après son passage par le foramen magnum,<br />

l’artère vertébrale, dans son segment<br />

intra-cérébral V4, est le siège de nombreuses<br />

variantes anatomiques quant à son<br />

trajet et sa longueur. Le calibre de ce segment<br />

est lié à celui de l’artère vertébrale cervicale.<br />

Si une hypoplasie existe à l’étage<br />

cervical, elle est donc retrouvée en aval. Le<br />

plus souvent, mais pas toujours, une artère<br />

vertébrale hypoplasique n’alimente pas l’artère<br />

basilaire et se termine en PICA (artère<br />

cérébelleuse inférieure). L’identification du<br />

début de l’artère basilaire devient alors plus<br />

délicate et il faut se servir du repère donné<br />

par la localisation en profondeur et aussi de<br />

la modulation du flux qui est un peu différente,<br />

plus diastolique sur l’artère basilaire.<br />

- Identification<br />

L’exploration se fait par voie sous-occipitale, la<br />

sonde en position médiane ou paramédiane.<br />

Une simple rotation controlatérale de la tête<br />

de 30° à 45° peut parfois suffire pour explorer<br />

l’artère vertébrale. Souvent la position assise,<br />

tête fléchie vers le bas ou son équivalent<br />

en décubitus latéral, est utile. L’étude de la terminaison<br />

du segment V3 de l’artère vertébrale<br />

est souvent plus facile par voie sous-occipitale<br />

que par voie cervicale. L’identification<br />

de la PICA est le plus souvent facile, de part<br />

son trajet caractéristique et le sens de son flux<br />

proximal qui est dirigé vers la sonde, à l’inverse<br />

de celui du segment V4 des artères vertébrales.<br />

La confluence des 2 artères vertébrales<br />

se fait le plus souvent à une profondeur<br />

proche de 80 mm (entre 60 et 80 mm selon<br />

le morphotype) (Fig. 10) (Boucle 9).<br />

FIGURE 11<br />

FIGURE 10<br />

Exploration par voie sous-occipitale en<br />

mode Doppler couleur :<br />

- les deux artères vertébrales ont un flux<br />

qui fuit la sonde (codées en bleu), elles se<br />

réunissent et forment l’artère basilaire (codée<br />

en bleu) ; 1 : artère VG ; 2 : artère VD ;<br />

3 : artère basilaire ;<br />

- les deux PICA sont visualisées en rouge.<br />

Valeurs normales des vitesses<br />

(mêmes remarques que pour l’ACI)<br />

de l’artère vertébrale :<br />

Vitesse maximale systolique : 60 +/-15 cm/s<br />

Vitesse diastolique : 30 +/- 10 cm/s<br />

L’artère basilaire<br />

- Anatomie<br />

Il s’agit d’un vaisseau constant de 30 mm<br />

de long (entre 20 et 40 mm) et de calibre<br />

moyen de 3 mm. Son trajet devient long et<br />

sinueux avec l’âge. De son trajet proximal<br />

naît l’AICA (artère cérébelleuse moyenne) et<br />

de sa portion terminale naît l’ACAS (artère<br />

cérébelleuse supérieure) juste en amont de<br />

sa division en 2 ACP. Les variantes anatomiques<br />

sont rares, avec possible hypoplasie<br />

du segment proximal de l’artère basilaire<br />

alors associé à la persistance de l’artère<br />

trigéminée, définie comme la persistance<br />

d’une connexion fœtale entre le segment<br />

C5 de l’ACI et le segment distal de la basilaire,<br />

ou encore hypoplasie de l’artère basilaire<br />

associée à un polygone fœtal bilatéral.<br />

- Identification<br />

L’exploration de l’artère basilaire se fait par<br />

voie foraminale. Son origine se situe le plus<br />

souvent à une profondeur de l’ordre de<br />

80 mm. L’identification est aisée si les 2 artères<br />

vertébrales se réunissent pour former<br />

l’artère basilaire (Fig. 11) (Boucles 9, 10).<br />

La position tête basse aide à la visualisation<br />

de l’artère basilaire distale. Celle-ci reste cependant<br />

d’exploration souvent difficile et on<br />

doit parfois avoir recours à la voie temporale<br />

pour la visualiser. Toutefois, cette voie n’est<br />

pas favorable à l’exploration des vitesses, car<br />

l’angle de tir est proche de 90°.<br />

Valeurs normales des vitesses<br />

(mêmes remarques que pour l’ACI)<br />

de l’artère basilaire :<br />

Vitesse maximale systolique : 70 +/- 15 cm/s<br />

Vitesse diastolique : 35 +/- 10 cm/s<br />

Selon l’échogénicité des patients, et<br />

en particulier selon la qualité de la fenêtre<br />

temporale, l’exploration des différentes<br />

artères sera plus ou moins<br />

exhaustive. Si une étude complète est<br />

nécessaire, elle sera toujours possible<br />

grâce à l’injection d’un agent de<br />

contraste ultrasonore qui permet,<br />

quelles que soient les circonstances,<br />

de visualiser un plus grand nombre<br />

de segments artériels. Le polygone de<br />

Willis est exploré par voie temporale et<br />

la circulation vertébro-basilaire par<br />

voie foraminale. À l’état normal, les<br />

flux sont de même type sur l’ensemble<br />

des vaisseaux cérébraux, mais l’amplitude<br />

des vitesses et la valeur de<br />

l’indice de résistance varient fortement,<br />

en dehors des ACM, selon l’organisation<br />

individuelle du polygone.<br />

L’exploration plus complète de certains<br />

segments, dont l’orientation dans<br />

les coupes standards n’est pas favorable<br />

à une mesure des vitesses en<br />

mode Doppler, peut nécessiter l’acquisition<br />

de coupes coronales. ■<br />

Flux de l’artère vertébrale gauche Flux de l’artère vertébrale droite Flux de l’artère basilaire<br />

DR<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 19<br />

DR


échos de presse<br />

Le nombre de traitements endovasculaires<br />

(EVAR ou endovascular aneurysm repair)<br />

des anévrismes de l’aorte abdominale (AAA)<br />

augmente, de sorte que leur surveillance<br />

devient un problème majeur de santé<br />

publique. Si on réalise de manière<br />

systématique un angioscanner, les<br />

conséquences en termes de coût et<br />

d’irradiation doivent être impérativement<br />

évoquées. L’écho-Doppler vasculaire (EDV)<br />

peut alors représenter une alternative au<br />

scanner (Fig. 1, 2).<br />

Trois articles récents se sont<br />

particulièrement intéressés à la place<br />

de cet examen d’investigation dans le<br />

cadre de cette surveillance.<br />

FIGURE 1<br />

Endofuites après traitement endovasculaire des anévrismes de<br />

l’aorte abdominale.<br />

Type 1 : endofuite par réinjection aux collets supérieur et/ou inférieur<br />

de l’endoprothèse.<br />

Type 2 : réinjection à contre-courant par une branche collatérale.<br />

Type 3 : réinjection à la jonction des 2 parties de l’endoprothèse.<br />

Type 4 : réinjection diffuse par porosité de l’endoprothèse.<br />

20 / EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2<br />

Surveillance après traitement<br />

endovasculaire des anévrismes<br />

de l’aorte abdominale<br />

● Peut-on se contenter de<br />

l’EDV pour la surveillance<br />

des endoprothèses<br />

aortiques ?<br />

Cette étude, effectuée par<br />

l’équipe du Dr Michel<br />

Makaroun (service de chirurgie<br />

vasculaire, hôpital universitaire<br />

de Pittsburgh, États-Unis), explore<br />

la possibilité d’une surveillance<br />

des traitements par<br />

EVAR basée uniquement sur<br />

l’utilisation de l’EDV. Les patients<br />

pouvant en bénéficier sont sélectionnés.<br />

La taille résiduelle du sac<br />

anévrismal doit être < 40 mm et stable<br />

depuis 2 ans. Une endofuite de<br />

DR<br />

FIGURE 2<br />

Serge Kownator<br />

Cardiologue, Thionville<br />

type 2 (reperfusion du sac anévrismal<br />

par une/des collatérale(s)) ne constitue<br />

pas une contre-indication. Un suivi uniquement<br />

par EDV a ainsi été réalisé chez<br />

184 patients sur une durée de 1 à 4 ans<br />

(en moyenne 24 ± 13 mois). Ce programme<br />

a été mis en place en moyenne<br />

34 ± 24 mois après la procédure. Parmi<br />

les patients, 23 avaient présenté une endofuite<br />

qui s’était spontanément interrompue.<br />

Pendant la période de suivi,<br />

3 nouvelles endofuites ont pu être découvertes,<br />

dont une avec un élargissement<br />

du sac. L’une d’entre elles n’a pas<br />

pu être visualisée par le scanner réalisé à<br />

cette occasion. De manière générale,<br />

dans le groupe suivi uniquement par EDV,<br />

96 % des patients sont indemnes d’en-<br />

Endofuite de type 2 : réinjection par la mésentérique inférieure à<br />

contre-courant.<br />

DR


dofuite et 95 % ne requièrent aucune réintervention<br />

dans les 48 mois qui suivent.<br />

Un suivi réalisé uniquement par EDV<br />

paraît donc possible chez des patients<br />

sélectionnés chez lesquels on a pu notamment<br />

observer une rétraction du sac<br />

anévrismal après l’intervention. Il faut<br />

cependant noter que cette étude ne comporte<br />

pas de groupe contrôle, ce qui en<br />

limite évidemment la portée.<br />

➜ Chaer R.A., Gushchin A., Rhee R., Marone L., Cho<br />

J.S., Leers S., Makaroun M.S. « Duplex ultrasound as the<br />

sole long-term surveillance method post-endovascular<br />

aneurysm repair: a safe alternative for stable aneurysms<br />

». J Vasc Surg, <strong>2009</strong> Apr ; 49(4) : 845-9.<br />

● Comparaison entre scanner<br />

et EDV pour la surveillance<br />

des endoprothèses aortiques<br />

On fait ici la même analyse, à savoir<br />

qu’avec la multiplication des procédures<br />

endovasculaires, la demande de scanner<br />

va devenir particulièrement importante,<br />

exposant notamment à une irradiation<br />

conséquente et à des contraintes<br />

de coût non négligeables. Dans ce travail,<br />

tous les patients inclus vont être surveillés<br />

après EVAR par EDV et scanner. Ce<br />

dernier étant considéré comme la technique<br />

de référence, les endofuites détectées<br />

en EDV vont être appréciées<br />

comme des faux positifs. Les analyses<br />

échographique et du scanner sont réalisées<br />

de manière indépendante. Au final,<br />

117 patients vont être inclus dans l’étude<br />

avec une surveillance qui s’échelonnera<br />

entre 6 mois et 9 ans (en moyenne :<br />

32 mois). La faisabilité de l’EDV sera de<br />

98,3 % et c’est essentiellement l’obésité<br />

qui rendra impossible l’étude du sac anévrismal.<br />

On dénombre en tout 28 endofuites<br />

dont 24 détectées d’abord par les<br />

ultrasons. Parmi elles, 8 avaient au moins<br />

un scanner négatif avec un EDV positif<br />

avant même que le diagnostic ne soit<br />

posé avec certitude. Parmi les 12 patients<br />

présentant une augmentation du<br />

sac anévrismal ≥ 5 mm, 5 avaient une<br />

fuite visible à l’EDV seul, dans un premier<br />

temps, et 5 autres avaient une endofuite<br />

visible par les 2 méthodes. Une réintervention<br />

pour endofuite a été nécessaire<br />

chez 6 patients ; dans tous les cas, l’EDV<br />

avait permis de poser le diagnostic. À<br />

l’arrivée, la valeur prédictive positive de<br />

l’EDV est de 45 % et sa valeur prédictive<br />

négative, quant à elle, est de 94 %. Sa<br />

spécificité par rapport au scanner n’est<br />

que de 67 % en raison d’un nombre im-<br />

portant de faux positifs qui ne sont peutêtre<br />

ici que des insuffisances du scanner<br />

?… Concernant la sensibilité, elle est<br />

de 86 %. Il faut souligner à nouveau que<br />

les fuites importantes ayant nécessité<br />

une réintervention ont toutes été diagnostiquées<br />

par l’EDV. Cette étude permet<br />

encore une fois de penser que l’EDV<br />

peut être une méthode efficace pour la<br />

surveillance des patients après EVAR.<br />

➜ Manning B.J., O'Neill S.M., Haider S.N., Colgan M.P.,<br />

Madhavan P., Moore D.J. « Duplex ultrasound in aneurysm<br />

surveillance following endovascular aneurysm repair:<br />

a comparison with computed tomography aortography<br />

». J Vasc Surg, <strong>2009</strong> Jan ; 49(1) : 60-5.<br />

● Place de l’échographie<br />

de contraste pour la surveillance<br />

des endoprothèses aortiques (3)<br />

L’utilisation des produits de contraste ultrasonores<br />

est – il faut tout de même le<br />

signaler – assez confidentielle. S’il est<br />

pourtant une indication où elle peut être<br />

intéressante, c’est bien la surveillance<br />

des endoprothèses. Rappelons qu’il<br />

s’agit d’injecter par voie IV un produit<br />

comportant des microbulles qui vont passer<br />

la barrière pulmonaire et venir dans la<br />

circulation artérielle où elles vont rehausser<br />

le signal Doppler. On voit d’emblée<br />

l’intérêt potentiel de la méthode<br />

pour la recherche d’endofuite après<br />

EVAR. On va comparer ici EDV et écho-<br />

Doppler de contraste, le scanner constituant<br />

toujours la méthode de référence.<br />

Le produit de contraste<br />

utilisé est l’hexafluorure de soufre.<br />

L’étude a inclus 84 patients<br />

qui vont bénéficier le même jour<br />

des 3 méthodes de surveillance.<br />

Il faut noter que l’EDV et l’écho-<br />

Doppler de contraste sont analysés<br />

de manière indépendante<br />

par des observateurs différents.<br />

L’injection de produit de contraste<br />

permet d’améliorer les performances<br />

de l’EDV avec un sensibilité<br />

qui passe à 97,5 % vs<br />

62,5 %, une valeur prédictive négative<br />

à 97, 3 % vs 65,1 %. La<br />

valeur diagnostique passe à<br />

89,3 % vs 63,1 % et la spécificité<br />

à 81,8 % vs 63,8 %. Il faut<br />

noter que dans cette étude,<br />

2 doses d’hexafluorure de soufre.<br />

ont été utilisées (1,2 et 2,4 ml),<br />

cette dernière dose ayant été la<br />

plus efficace. L’injection de produits<br />

de contraste, à la lumière de<br />

cette étude, paraît donc être une modalité<br />

intéressante pour la surveillance des<br />

EVAR. Il faut certainement la considérer<br />

en routine quand, au cours de cette surveillance,<br />

on ne constate pas de diminution<br />

de la taille du sac anévrismal ou a<br />

fortiori quand on constate une progression<br />

et qu’on n’identifie pas de fuite en<br />

EDV standard.<br />

➜ Iezzi R., Basilico R., Giancristofaro D., Pascali D.,<br />

Cotroneo A.R., Storto M.L. « Contrast-enhanced<br />

ultrasound versus color duplex ultrasound imaging in<br />

the follow-up of patients after endovascular abdominal<br />

aortic aneurysm repair ». J Vasc Surg, <strong>2009</strong> Mar ;<br />

49(3) : 552-60.<br />

Cette brève analyse de la littérature<br />

récente, à propos de la place<br />

de l’EDV dans la surveillance après<br />

EVAR, montre donc que la place<br />

de l’EDV est potentiellement importante,<br />

que les limites de la méthode<br />

peuvent être repoussées par<br />

l’utilisation des produits de<br />

contraste. Nous reviendrons dans<br />

la revue sur ces 2 aspects que sont<br />

la surveillance échographique<br />

après traitement des anévrismes<br />

de l’aorte abdominale et sur l’utilisation<br />

des produits de contraste<br />

ultrasonores. ■<br />

EDV / Écho-Doppler Vasculaire / <strong>Juin</strong> <strong>2009</strong> / N°2 / 21

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