Quand la ville était fortifiée (PDF - 4mo) - Ville de Narbonne
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12 De gauche à droite, Modèles italiens de bastions : front bastionné de Ferrare ; bastion San Procolo à Vérone ; château Saint-Ange à Rome. Un air d’Italie A la charnière des XVe et XVIe siècles, l’Italie, territoire morcelé en une multitude de royaumes et de principautés, devient le champ clos où s’expriment les ambitions des grandes monarchies européennes. La France et l’Espagne ne cessent de s’y affronter, jusqu’à épuisement. Au cour des onze épisodes de ces guerres d’Italie, les belligérants découvrent et expérimentent de nouvelles manières de combattre, mêlant fantassins, cavaliers et artilleurs. Face à la redoutable efficacité destructrice de l’artillerie de siège, les ingénieurs italiens, imprégnés de l’esprit de la Renaissance, réagissent en mettant au point, pour la défense des villes et des citadelles, de nouvelles solutions techniques qui débouchent sur le système bastionné. Grâce à l’alliance du tracé pentagonal qui supprime les angles morts et des remparts terrassés qui résistent à l’impact des boulets métalliques, la priorité est donnée à la défense active. Ces améliorations sont complétées par l’échelonnement en profondeur des ouvrages défensifs, par la création de fossés et de glacis extérieurs et par l’aménagement de dispositifs souterrains tels que galeries d’écoute ou de contremines, casemates... favorisant le tir direct ou de flanquement. Tous ces perfectionnements sont d’abord appliqués autour des villes stratégiques de la péninsule italienne : Rome, Ferrare, Turin et surtout Vérone, avant d’être exportés dans l’Europe tout entière et en France en particulier. Voilà pourquoi, pendant tout le XVIe siècle, l’art du système bastionné a été celui presque exclusif des ingénieurs italiens. Parmi eux, il faut noter la présence en Languedoc et à Narbonne, vers 1525, d’Anchise de Bologne (cf. encadré page suivante). Cet ingénieur militaire avait travaillé pour les français, notamment lors de la mise en défense de la ville de Milan, pendant la sixième guerre d’Italie. D’autres spécialistes italiens ont certainement oeuvré aux défenses de Narbonne, en particulier Fra Giocondo à l’époque de Louis XII et Fabricio Siciliano vers 1538. On peut donc affirmer que les fortifications narbonnaises représentent un des tous premiers exemples aboutis de l’adaptation du système bastionné en France, ainsi qu’en témoigne la réalisation de bastions de première génération, à orillons demi-courbes et au plan caractéristique en as de pique. Cet air d’Italie est encore accentué à Narbonne, par l’utilisation systématique et délibérée, pour l’édification des fortifications, de remplois figurés d’origine romaine, prélevés dans le vieux rempart de l’Antiquité tardive. Ce parti pris allait faire de la place forte de Narbonne «un véritable musée en plein air», pour reprendre une formule de Prosper Mérimée. On attribue généralement cette démarche à François 1er lui-même dont on connaît le goût prononcé pour l’esprit de la Renaissance et les antiquités romaines. Le souverain est d’ailleurs présent à Narbonne à deux reprises : en 1533 et en 1542.
Sous François 1er, l’Italie aura été le creuset commercial et culturel de l’Europe. Pour les français, elle incarne en particulier le prétexte de l’unité latine. Cependant, à l’issue des guerres d’Italie, si décevantes, le roi retient une leçon essentielle pour son royaume : l’unité nationale passe par la centralisation. Aussi, à la fin de son règne, repliée à l’intérieur de ses frontières «naturelles», la France est devenue un bloc compact défendu par un système de fortifications qu’un ambassadeur de Venise pourra comparer à une «grosse et sûre muraille continue». Assurément Narbonne, ville déchue de son ancienne splendeur, en constitue un des éléments majeurs. Anchise de Bologne. Ce spécialiste italien des nouvelles fortifications à l’épreuve du canon, est engagé par Odet de Foix, seigneur de Lautrec, lieutenant général des armées du roi en Italie et gouverneur du Languedoc pour la mise en défense des places fortes du duché de Milan. Après le désastre de Pavie (1525) et le repli des armées françaises, il est chargé par François 1er d’améliorer les défenses des principales places fortes du Dauphiné, du Languedoc, et de l’Aquitaine. Il est présent à Lyon en 1524, à Narbonne et à Toulouse en 1525, et à Bordeaux au cours des années suivantes. C’est sous sa direction qu’a été mis en place le système bastionné narbonnais articulé autour des bastions Saint-Cosme, Saint-François et Saint-Félix. On lui doit peut-être aussi la réalisation du bastion Montmorency. Son nom est gravé sur l’entablement du petit oratoire daté de 1525 qui avait été érigé sur le pont fortifié de la Chaîne. On peut actuellement voir ce monument dans le bas-côté sud de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur. 13 De gauche à droite : Gisant de l’archevêque Guillaume Briçonnet, cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur ; oratoire du pont de la Chaîne (1525), cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur. ; portrait de l’archevêque Jules de Médicis, musée d’art et d’histoire .
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De gauche à droite,<br />
Modèles italiens <strong>de</strong> bastions :<br />
front bastionné <strong>de</strong> Ferrare ;<br />
bastion San Procolo à Vérone ;<br />
château Saint-Ange à Rome.<br />
Un air d’Italie<br />
A <strong>la</strong> charnière <strong>de</strong>s XVe et XVIe<br />
siècles, l’Italie, territoire morcelé<br />
en une multitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> royaumes<br />
et <strong>de</strong> principautés, <strong>de</strong>vient le<br />
champ clos où s’expriment<br />
les ambitions <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s<br />
monarchies européennes.<br />
La France et l’Espagne ne<br />
cessent <strong>de</strong> s’y affronter, jusqu’à<br />
épuisement. Au cour <strong>de</strong>s onze<br />
épiso<strong>de</strong>s <strong>de</strong> ces guerres d’Italie,<br />
les belligérants découvrent et<br />
expérimentent <strong>de</strong> nouvelles<br />
manières <strong>de</strong> combattre, mê<strong>la</strong>nt<br />
fantassins, cavaliers et artilleurs.<br />
Face à <strong>la</strong> redoutable efficacité<br />
<strong>de</strong>structrice <strong>de</strong> l’artillerie <strong>de</strong><br />
siège, les ingénieurs italiens,<br />
imprégnés <strong>de</strong> l’esprit <strong>de</strong><br />
<strong>la</strong> Renaissance, réagissent<br />
en mettant au point, pour<br />
<strong>la</strong> défense <strong>de</strong>s <strong>ville</strong>s et <strong>de</strong>s<br />
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techniques qui débouchent sur le<br />
système bastionné.<br />
Grâce à l’alliance du tracé<br />
pentagonal qui supprime les<br />
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terrassés qui résistent à l’impact<br />
<strong>de</strong>s boulets métalliques, <strong>la</strong><br />
priorité est donnée à <strong>la</strong> défense<br />
active.<br />
Ces améliorations sont<br />
complétées par l’échelonnement<br />
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défensifs, par <strong>la</strong> création <strong>de</strong><br />
fossés et <strong>de</strong> g<strong>la</strong>cis extérieurs<br />
et par l’aménagement <strong>de</strong><br />
dispositifs souterrains tels que<br />
galeries d’écoute ou <strong>de</strong> contremines,<br />
casemates... favorisant<br />
le tir direct ou <strong>de</strong> f<strong>la</strong>nquement.<br />
Tous ces perfectionnements<br />
sont d’abord appliqués autour<br />
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péninsule italienne : Rome,<br />
Ferrare, Turin et surtout<br />
Vérone, avant d’être exportés<br />
dans l’Europe tout entière et en<br />
France en particulier.<br />
Voilà pourquoi, pendant tout<br />
le XVIe siècle, l’art du système<br />
bastionné a été celui presque<br />
exclusif <strong>de</strong>s ingénieurs italiens.<br />
Parmi eux, il faut noter <strong>la</strong><br />
présence en Languedoc et à<br />
<strong>Narbonne</strong>, vers 1525, d’Anchise<br />
<strong>de</strong> Bologne (cf. encadré page<br />
suivante).<br />
Cet ingénieur militaire avait<br />
travaillé pour les français,<br />
notamment lors <strong>de</strong> <strong>la</strong> mise en<br />
défense <strong>de</strong> <strong>la</strong> <strong>ville</strong> <strong>de</strong> Mi<strong>la</strong>n,<br />
pendant <strong>la</strong> sixième guerre<br />
d’Italie.<br />
D’autres spécialistes italiens<br />
ont certainement oeuvré<br />
aux défenses <strong>de</strong> <strong>Narbonne</strong>,<br />
en particulier Fra Giocondo<br />
à l’époque <strong>de</strong> Louis XII et<br />
Fabricio Siciliano vers 1538.<br />
On peut donc affirmer que<br />
les fortifications narbonnaises<br />
représentent un <strong>de</strong>s tous<br />
premiers exemples aboutis<br />
<strong>de</strong> l’adaptation du système<br />
bastionné en France, ainsi<br />
qu’en témoigne <strong>la</strong> réalisation <strong>de</strong><br />
bastions <strong>de</strong> première génération,<br />
à orillons <strong>de</strong>mi-courbes et au<br />
p<strong>la</strong>n caractéristique en as <strong>de</strong><br />
pique.<br />
Cet air d’Italie est encore<br />
accentué à <strong>Narbonne</strong>, par<br />
l’utilisation systématique et<br />
délibérée, pour l’édification <strong>de</strong>s<br />
fortifications, <strong>de</strong> remplois figurés<br />
d’origine romaine, prélevés dans<br />
le vieux rempart <strong>de</strong> l’Antiquité<br />
tardive.<br />
Ce parti pris al<strong>la</strong>it faire <strong>de</strong> <strong>la</strong><br />
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véritable musée en plein air»,<br />
pour reprendre une formule <strong>de</strong><br />
Prosper Mérimée. On attribue<br />
généralement cette démarche<br />
à François 1er lui-même dont<br />
on connaît le goût prononcé<br />
pour l’esprit <strong>de</strong> <strong>la</strong> Renaissance<br />
et les antiquités romaines. Le<br />
souverain est d’ailleurs présent<br />
à <strong>Narbonne</strong> à <strong>de</strong>ux reprises : en<br />
1533 et en 1542.