“ zoo~logique „ - EPFL

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“ zoo~logique „ - EPFL

zoo~logique

décontextualisation et assemblage dans un jardin.

Olivier Ilegems

École polytechnique fédérale de Lausanne

Département d’architecture

Énoncé théorique, 11 janvier 2010

Directeur pédagogique : Arduino Cantàfora

Professeur : Elena Cogato-Lanza

Maître : Valérie Ortlieb



Un jardin est toujours l’œuvre d’une socialité

dont il n’est pas l’ailleurs ni l’envers, puisque

l’ailleurs du jardin est toujours, souvent avec

la plus grande précision, un ici. Tout jardin est

d’acclimatation : on y acclimate le social en nature

et le naturel en langage. Seules les sociétés

parvenues à leur plus haut degré de culture savent

faire des jardins, où s’exhiberont les pouvoirs

supérieurs de la technique et de l’architecture, les

séductions de l’artifice, la jouissance du savoir

et sa capacité d’enchaîner les séquences les plus

diverses, les pensées les plus contradictoires, de ne

pas se laisser vaincre par les saisons, de réunir les

genres et les espèces, de donner à voir l’infinie variété

de la nature dans l’espace clos d’un musée.

Daniel Oster. fragments d’un cadastre.


4

Table des matières

Avant propos

Les questions posées par un jardin zoologique en milieu urbain 6

Méthodologie 8

Hypothèse

Décontextualisation et assemblage dans un jardin zoologique 10

Le jardin zoologique, un miroir pour l'idéal de la ville mixte 14

Thèmes

Le zoo et le rapport à la nature. Immersion et représentation 18

Les fonctions et usages d’un jardin zoologique 20

Animaux déportés et acclimatation 26

Formes des zoos et approches scientifiques 30

Formes

De la ménagerie baroque aux jardins pittoresques 36

Eclectisme: oeuvres d’ailleurs et d’autres époques 50

Panoramas, paysages factices et nature illusoire 56

« Milieu-média » et architecture performative 62

Anvers

Proposition d'une démarche projectuelle 66

Jardin zoologique et la ville d'Anvers 68

Bibliographie 84

Illustrations 86

Illustration page 5:

Jardin des plantes


6

Les questions posées par un jardin zoologique en milieu urbain

Au-delà de la fascination qu’exerce ce type de programme à caractère

fantastique, les jardins zoologiques sont aujourd’hui des ensembles suscitant

un nombre considérable d’interrogations: comment définir le rôle que jouent

ces institutions dans nos cultures et sociétés? De quelle manière reflètent-ils

l’évolution des mentalités?

De même, transcrivant ces questions au plan physique de l’architecture: quel

type de relations entretiennent-ils avec les territoires dans lesquels ils sont

implantés? Et: est-ce que celles-ci sont encore valables aujourd’hui? Je pense

en particulier au devenir des jardins zoologiques au sein des villes et à leurs

places dans l’ensemble urbain.

Si, aujourd’hui, l'implantation d’un zoo a lieu invariablement dans la

périphérie, certaines de nos grandes villes ont hérité de ces institutions du

XIXe siècle. Ces jardins, comme la plupart des grands équipements bâtis à

cette époque en limite du tissu urbain, se retrouvèrent petit à petit incorporés

dans la ville jusqu’à en occuper une position pratiquement centrale.

Derrière leur enceinte, ces programmes fonctionnent comme entités

autonomes et auto-référentielles: elles forment une enclave au cœur de la

cité. C’est ce caractère-là qui, en premier lieu, éveilla mon étonnement et

m’engagea à entreprendre un travail à leur sujet: compte tenu de leur étendue

considérable, pour quelles raisons ces tissus ne participent-ils en rien à la ville?

Plusieurs réponses potentielles peuvent être intuitivement relevées, telle

que celle de la tradition, attestée par l’origine étymologique du mot jardin,

d’enserrer le jardin dans une clôture. Certes, une majorité des jardins

publiques et parcs urbains ne partagent pas ce critère de fermeture, mais nous

pourrions arguer que l’initiative des jardins zoologiques, dans leur période

la plus prolifique, émanait dans une très large mesure du domaine privé.

Par ailleurs, dans leurs prémices, l’accès à ces jardins était restreint à un petit

nombre.

Une autre raison que l’on pourrait entendre serait que le jardin zoologique,

en cherchant à augmenter l’artifice de nature, se doit d’effectuer une césure

avec le milieu de la ville. Pour tenir ce raisonnement, il faudrait au préalable

pouvoir attester que les jardins zoologiques cherchent à obtenir un aspect

« naturaliste », tendance qui, dans ce programme, apparaîtra davantage à

partir du début du XXe siècle. De plus, la palissade et la hauteur relative des

constructions de la ville et du jardin rendent celui-ci invisible de la rue, mais


n’empêchent pas de percevoir, depuis le zoo, la ville. Je reviendrai sur cette

remarque, mais à partir d’un raisonnement différent.

Une autre explication, encore, serait de voir le mur en tant que réponse

au risque de voir des animaux s’échapper du zoo. Certes, cette éventualité

ressemble à un rêve d’enfants qui ne s’est pas réalisé bien souvent à ma

connaissance, mais qui pourrait en quelque sorte offrir une métaphore

originale au thème que je vais présenter.

Sans vouloir exclure cette série d’explications, la réponse que j’aimerais

développer, pour ma part, trouve ses racines dans un élément essentiel du

jardin zoologique. Par ce fait, ce texte reste en priorité centré sur le zoo, bien

qu’il ne le considère pas comme un programme unique, mais plutôt comme

un ensemble d’éléments: la figure d’une certaine urbanité.

Cette théorie, avec laquelle je tiens à analyser le thème du jardin zoologique

tient plus de la proposition - celle d’une manière d’appréhender le zoo lors

de projets - que de la recherche d’une possible authenticité historique d’un

regard porté dans le passé.

L’image que je dresse du jardin zoologique est celle d’une sorte d’envers de

la ville ou plutôt l’envers d’une certaine manière de percevoir la ville en tant

qu’objet distinct et cohérent: une image de la ville à considérer peut-être

comme rétrograde ou nostalgique, à discuter dans tous les cas.

On pourrait trouver une certaine analogie entre le rapport qu'entretient la

ville avec son jardin zoologique et celui qu'entretient l'homme à la nature.

Cette relation de l'homme à la nature se décripte avec une formidable clarté

dans le thème du jardin zoologique. Dans celui-ci, nous pouvons lire les

différentes distances que nous inventâmes pour nous distinguer de l'animal.

On y déchiffre aussi la métamorphose retentissante que provoquèrent les crises

écologiques sur l'état des pensées, transformant l'idéal de maîtrise de la nature

propre au XIXe siècle en un regard plus humble sur notre environnement.

Quant aux regards spécifiques à la science, nous pourrions nous interroger

pour savoir si ce que nous concevons communément comme une forme

d'ordre - réfléchi par les parterres ordonnés des jardins botaniques et certaines

expressions des zoos -, n'est pas justement le témoignage d'un désordre; celui

de faire se côtoyer des objets de nature des plus distinctes en invoquant un

ordre abstrait.

7


8

Méthodologie

Ce texte se divise en quatre parties distinctes:

Hypothèses

Dans la première partie, j'énonce ce qui formera l’hypothèse principale du

travail. elle propose un thème qui, parmi les jardins zoologiques, est considéré

comme primordial et universel: la pratique de la décontextualisation et

de l’assemblage. Ce thème est développé le long du travail à travers divers

exemple théorique ou formel.

Thèmes

Si la première partie présente quelque chose qui est commun à tout les jardins

zoologique, la seconde, avec des questions relatives au thème, fournit des

arguments permettant de construire des nuances et distinctions entre ceux-ci.

Elle aborde des données culturelles dont les jardins zoologiques sont

l’expression.

Formes

La troisième partie continue le développement avec l'analyse des formes

exemplaires employées par les zoos à travers une série d'exemple. Elle fournit

ainsi une base de documentation.

Projet

Enfin, la dernière partie propose une démarche et introduit un site pour le

développement d’un projet.

Une grande liberté est prise dans l’interprétation des cas historiques. En effet,

loin d’être une théorie historique, ces interprétations formulent une théorie

pour le projet.

Une majorité des objets analysés proviennent du XIXe siècle. Effectivement,

on peut considérer que la plus grande partie des caractéristiques et des formes

que l’on rencontre aujourd’hui en visitant un zoo ont été développées durant

ce siècle. De plus, m’intéressant particulièrement aux jardins zoologiques

dont les abords sont construits, c'est ce siècle qui offre le plus d'exemples de

zoo construits au coeur des villes.

Note à propos des illustrations:

Afin d'entretenir un lien avec la

thématique traité, les illustrations

présente dans ce mémoire, on fait

l'objet de retouche importante

ou proviennent de l'assemblage

de plusieurs images provenant de

sources diverses.

Pour cette raisons il n'a pas été

possible de leur adjoindre en visà-vis

une légende détaillée, celle-ci

se retrouve en fin du texte.

Illustration page 9:

Entrée du zoo d'Anvers


10

Décontextualisation et assemblage dans un jardin zoologique.

Au début des investigations que j’ai menées sur le thème du jardin

zoologique, j’avais établi au nombre de mes objectifs celui, en quelque sorte

assez classique, de réussir à fixer quelque chose qui, à travers l’analyse de

faits historiques et à travers la question générale de notre rapport à la nature,

pourrait apparaître comme l’essence de ce thème; quelque chose qui resterait

une donnée constante et fondamentale de celui-ci à travers ses multiples

déclinaisons.

Cependant, la recherche d’une telle donnée fondamentale m’a conduit vers

plus de perplexité que ce à quoi je m’attendais: il m’apparut de plus en plus

fortement que ce thème était empreint d’une multitude d’aspects aussi bien

lorsqu’on l’aborde à travers la question de la fonction, que lorsqu’on observe

les visions culturelles qu’il reflète. De plus, ces aspects, dans le thème du

jardin zoologique, ont montré une grande capacité à évoluer avec le temps et

il devient alors très spéculatif d’en tirer une signification définitive.

Dès lors, si je tentais de définir un des aspects observés en tant qu’objet

primordial du zoo, le risque d’être réducteur était grand et je pris la décision

d’envisager le problème par un autre côté.

Réinterprétant mes déboires lors de mes tentatives de synthétiser les

multiples facettes de ce thème, je propose alors comme donnée fondamentale

de ce thème un procédé, celui de l’assemblage, et une conséquence, la

décontextualisation.

Le premier acte qui établit un jardin zoologique, celui de rassembler en un

lieu des espèces animales provenant d’horizons divers afin de les confronter

à un public, est en soit déjà porteur de ces deux termes que sont assemblage

et décontextualisation. Aussi, loin d'être estompées par le travail de ceux qui

aménagent les zoos, ces deux notions se retrouvent exaltées dans les diverses

mises en scènes développées à travers les époques.

Pour préciser le sens que j’entends ici par le mot assemblage, je dirais qu’il s’agit

des diverses stratégies qui consistent à mettre ensemble des objets hétérogènes

sans restreindre leur singularité par opposition à la composition qui, dirigeant

l’ensemble vers un but prédéfini, ôte la singularité de chaque élément.

Le terme décontextualisation signifie, lui, que les objets dont il est question

n’entretiennent pas plus de liens avec le contexte qu’ils investissent qu'ils

n'en entretiennent entre eux. Il peut s’agir du contexte physique et territorial

comme le montre l’animal déraciné de son aire géographique d’origine, mais

Illustration page 11:

Le zoo dans la ville 1


12

aussi du contexte culturel comme le suggérrait, par exemple, l’adoption d’un

registre d’expressions architecturales éclectiques.

Ces définitions, que je laisse pour le moment délibérément assez ouvertes,

je les préciserai et les étaierai dans les différentes parties de ce texte. Elles

ont trait soit aux différentes expressions architecturales du zoo, soit à des

questions théoriques. Pour donner un bref aperçu des diverses idées qui

seront apportées dans ces chapitres en voici un survol :

"Les fonctions et usages d’un jardin zoologique" propose une analyse des diverses

destinations que mêlent ensembles les jardins zoologiques. Assemblant les

usages, on ne sait au premier abord si le zoo a été conçu afin d'y manger des

glaces ou pour assister à une brillante démonstration d'histoire naturelle.

"Animaux déportés et acclimatation" revient sur l'idée évoquée plus haut. Celle

que le rassemblement dans le zoo d'animaux provenant d'horizons multiples

est le premier acte de décontextualisation.

"De la ménagerie baroque aux jardins pittoresques" retrace le passage d'une

forme de composition à la forme pittoresque qui, loin de vouloir soumettre

les différentes composantes, propose d'amplifier les caractères individuels en

formant une multitude de scènes.

"Eclectisme: oeuvres d’ailleurs et d’autres époques" traite de l'adoption par le zoo

d'expressions provenant de contrées lointaines afin d'exalter l'exotisme de ses

résidents.

"Panoramas, paysages factices et nature illusoire" sans faire l'éloge de la

montagne artificielle, porte un regard sur la signification de juxtaposer un

paysage polaire et une scène tropicale sur un terrain fournit par un champ de

patates.

Enfin, "Forme performative et « milieu-média »" propose la lecture des

développements rendus possibles par le contrôle des climats intérieurs; à titre

d'exemple, celui de faire subsister un échantillon de climat équatorial tout en

y inversant le jour et la nuit.

Cette idée de l’assemblage décontextualisé, j’aimerais encore pouvoir la

distinguer à travers deux échelles distinctes; celle des bêtes sauvages dans

leur cage, soustraites à leur environnement naturel et, secondement, celle du

jardin zoologique à l’intérieur de la ville, en tant qu’ensemble ne respectant

pas le principe implicite de cohérence unitaire de la ville.

Illustration page 13:

Le zoo dans la ville 2


14

Le jardin zoologique, un miroir pour l'idéal de la ville mixte


La ville, par sa nature, n'est pas une création qu'on peut ramener à une

seule idée fondamentale. Cela est vrai pour la métropole moderne, mais

aussi pour le concept même de ville; la ville est la somme de nombreuses

parties, de quartiers, de secteurs très différents dont les caractéristiques

formelles et sociologiques sont elles-mêmes différentes. 1

Revenant, à travers les thèmes de l’assemblage et de la décontextualisation,

sur mon questionnement initial à propos des limites entre le zoo et la ville, je

propose la hypothèse suivante :

Le zoo, ce milieu qui a atteint un maximum d’entropie, a été coupé de la ville

pour ne pas la soumettre à la contamination.

En effet, une vision généralement admise dans l'imaginaire collectif est celle

que l'aménagement de la ville se doit de conforter un idéal de cohésion et

d'ordre social dans des structures spatiales hiérarchisées et constantes.

Cette interprétation de la cité comme un tout dont l'homogénéité est garante

de la cohésion est une notion nostalgique dont il est difficile de se défaire. C'est

une vision rétrograde d'un état du monde qui n'a par ailleurs certainement

existé que de manière partielle et dans lequel la ville aurait reflété à merveille

un courant d'idée dominant, une ville dont les habitants partageraient des

points de vue globalement identiques et seraient, pour utiliser un terme

d'André Corboz, contemporains les uns par rapport au autres. 2

Bien sûr, c'est une forme d'interprétation métaphorique de la séparation

entre les deux environnements, mais c'est aussi par un potentiel d’évocation

poétique que le zoo peut contribuer à la ville.

Il faudrait poser la question de savoir si des organismes tels que le zoo, figurant

la volonté d’assembler des objets hétéroclites et de les unir sur un territoire ne

pourraient pas devenir un formidable manifeste pour la ville mixte: un miroir

reflétant des valeurs cosmopolites et nourrissant par son expérience l'idéal de

la mixité. C'est donc dans un sens altéré par rapport à sa signification initiale

que j'aimerais reprendre les mots de Laugier :

"que le dessein de nos parcs serve de plan à nos villes." 3

Pour les zoos aussi, proposer cette interprétation permettrait de supplanter les

images auxquelles on les rattache trop souvent; images dépréciées d'un passée

dont seuls les aspects coloniaux et brutaux nous sont couramment rappelés.


1. Aldo Rossi. L'architecture de

la ville.

2. André Corboz. Dans le texte:

ce n'est pas parce que nous vivons

côte à côte que nous sommes contemporains.

Publié dans: sortons enfin

du labyrinthe!

3. Père Laugier. Essai sur l'architecture.

1755. chapitre cinquième.

Cette phrase se situe dans le

contexte du tracé des voiries dans

la ville qui pourrait être percées à

la manière des routes qui traversent

les forêts.

Illustration page 15:

Le zoo dans la ville 3


18

Le zoo et le rapport à la nature. Immersion et représentation

Le jardin zoologique est, parmi les objets créés par l’homme, l’un de ceux

les plus aptes à servir de clé de lecture du rapport de l’homme à la nature. Il

focalise son évolution, ses ambiguïtés, sa facette considérée comme objective

ainsi que son côté le plus subjectif.

A notre époque, le zoo provoque l’embarras de nombreuses personnes car,

en même temps qu’il dérange en témoignant par la captivité de l’animal du

drame que représente le rapport homme-animal, il est devenu en quelque

sorte l’objet idoine pour incarner le message de la sauvegarde nécessaire des

éléments naturels.

Si la conception des institutions est tributaire de pensées culturelles propres

à une époque, on peut aussi concevoir que ces établissements participent à

la formation de ces conceptions. Mettant en avant les valeurs d'éducation

et de sensibilisation, l’influence dont bénéficient les zoos est devenue

communément une préoccupation majeure de ceux qui développent leurs

programmes.

Il me semble que la complexité de la question de notre rapport à la nature

nécessite une sélection de quelques uns de ses aspects qui serviront de points

de repère dans l’analyse des jardins zoologiques.

La sélection que je propose dans ce chapitre s’articule selon un couple de

termes qui distingue deux modes fondamentaux d’appréhension de la nature

opérant à travers les dispositifs des zoos; celui de la représentation et celui de

l’immersion.

La représentation, dont je ne propose pas une description originale, est une

idée donnée sur un thème et communiquée par un code sémantique, un

langage plastique ou littéraire. L’idée et le langage qui la transmet sont relatifs

à une culture donnée. Dans un zoo, le lieu ou l’installation dans laquelle

prend place la représentation pourrait être appelé une scène.

D'une certaine manière, en se substituant à un objet absent, la représentation

permet aux jardins d'introduire des éléments étrangers dans leur enceinte et

de perdre la relation qu'ils entretiennent à leur contexte. Ainsi, le concept

fameux qui déclare que le jardin est une représentation du monde, peut être

interpréter comme une invitation à la décontextualisation et à l'assemblage.

Les jardins zoologiques, en transposant des formes architecturales ou

naturelles prélevées à d'autres environnements, participe à la représentation

d'un ailleurs.

Illustration aux pages précédentes:

Antichità Romane

Giovanni Battista Piranesi. 1756

n.b. Il m’apparaît clairement que

ces concepts qui ont inspiré, dans

l’histoire de la pensée, bien des

réflexions, mériteraient une analyse

plus profonde. Cependant,

le but de mon travail n’est pas

de résoudre ces questions qui ont

un très grand degré de généralité,

mais de s’appuyer sur ces concepts

pour illustrer un phénomène spatial:

celui du zoo bien sûr.


L'immersion est un sentiment qui se caractérise par l'impression d'être plongé

dans un milieu au point de ne faire plus qu'un avec lui. Selon la définition

que je propose, elle est un mode d’appréhension qui passe par l’intermédiaire

d'expériences sensorielles, de stimulis et agit sur notre personne de manière

physiologique. Le lieu ou l’installation où elle s’opère, pourrait être appelé

milieu, ou, « milieu média » puisque on parle de jardins à l’intérieur desquels

la nature est reconstituée.

Bien que ce « milieu média » soit lui-même issu d’une certaine scénographie,

il se distingue de la représentation par le fait qu’il agit non plus à partir d’un

code sémantique, mais au travers d'impressions sensorielles. De cette façon,

l’immersion procède de la volonté d’atteindre quelque chose qui est de l’ordre

de l’universel et du non-temporel. Par son universalité, l’immersion pourrait

correspondre à un désir de l’homme de redevenir un animal comme un autre

afin de ne faire à nouveau plus qu'un avec le monde.

Dans les jardins, le sentiment d'immersion, peut avoir lieu lorsque nous

sommes confrontés à une très grande densité d'éléments sensitifs en contraste

avec notre environnement habituel, tel que cela peut arriver dans un espace

à l'intérieur duquel est reproduit de manière artificielle un climat d'une forte

intensité, un échantillon d'un climat exotique.

Si cette reproduction de condition climatique s'effectue depuis longtemps et

avec un grand succès dans les serres des jardins botaniques, en délaissant la

représentation systématique qu'affectait ces derniers, certains jardins actuels

tendent à proposer une expérience sensorielle pure.

Malgré la faible épaisseur de la parois, l'immersion dans la densité de chaleur

et d'humidité d'une serre tropicale nous détache du contexte situé en dehors

de celle-ci. La sensation est proche de celle du nageur qui, plongé sous l'eau,

ne perçoit plus les conditions sonores, de pesanteur et de température au

dehors de la piscine dans laquelle il se trouve.

Dans les conditions extérieures du jardin zoologique, plusieurs tentatives

de provoquer une sorte d'immersion dans le paysage ont été effectuées en

proposant l'image d'un site bouleversant ou sublime et en camouflant

successivement les signes de l'intervention humaine: barrières nous séparant

des animaux et chemin piétonnier. Ces différentes formes du zoo seront

abordées plus loin.

19


20

Les fonctions et usages d’un jardin zoologique


Comme le jardin zoologique d’Anvers, celui de Gand est en même temps

un lieu d’étude, de réunion et de divertissement. Dans la belle saison, des

concerts de musique militaire attirent, au moins une fois par semaine, de

nombreux visiteurs. Les femmes de la ville s’y rendent en toilette, un peu

pour voir les animaux et un peu pour être vues. 1

Peut-être que, de la même manière que l’on ne peut trouver immédiatement

une raison pleinement cohérente à l’acte intuitif qui nous conduit à nous

mettre en présence d’animaux, le zoo est une structure pour laquelle les

raisons d’être ne sont pas sans équivoques.

Les leitmotivs de ceux qui défendent la valeur des zoos dans notre époque

contemporaine s’articulent sur quatre piliers qui sont l’éducation, la

récréation, la conservation et la recherche, mais on ne peut pas être sûr

que certaines autres raisons ne survivent aujourd’hui de manière implicite

dans certains jardins et dans certains esprits, telle le prestige et l’affirmation

d’une nature maîtrisée et dominée par l’homme - souvenir des anciennes

ménageries princières -, ou encore, comme on peut le penser en observant

les comportements d’une partie du public, un objet sur lequel se refoule un

complexe d’autorité.

Pour aborder la pluralité de fonctions du zoo dont certaines semblent se

contredire et pour expliquer la quasi inexistence de zoos se spécialisant sur

un seul de ces aspects, (après tout, ce ne serait peut-être plus des jardins

zoologiques) je me réfère au thème de l’assemblage que j’ai proposé. Ainsi,

celui-ci, au-delà d'être une stratégie de forme, envahit aussi la structure

mentale sur laquelle se fonde le zoo et lui permet la coexistence de tous ces

thèmes.

Ici, au-delà de la constatation de ce caractère, il me semble important de

dégager un des principaux points positifs que peut révéler cette définition

d’assemblage: la capacité que possèdent les jardins zoologiques, en regard

aux autres institutions en lien à l’histoire naturelle, à renouveler leurs

significations, à ajouter un nouveau contenu à leur ensemble et ainsi, par

exemple et selon certains, à devenir un manifeste pour la conservation. 2

Le jardin zoologique est invariablement lié, dans notre imaginaire collectif,

au fait qu’il joint une multitude de fonctions et de thèmes et il ne serait pas

reconnaissable en tant que tel s’il se spécialisait dans l’un ou l’autre aspect.

” 1. Alphonse Esquiros. Des Jar-

dins zoologiques pour l’acclimatation

des animaux. 1854

2. Cette capacité des zoos à absorber

de nouveaux thèmes et de

nouvelles préoccupations propres

à notre époque est développée par

David Hancocks dans son ouvrage

A Different Nature.


3. En général, les zoos qui ferment

leurs portes le font à cause de l’immensité

des frais d’exploitations et

non pas par manque d’un public.

Le zoo d'Anvers comptabilise

presque 1,1 million de visiteurs

par année (donnée tiré du site

web: www.zooantwerpen.be)

En Allemagne, les jardins zoologiques

sont plus visités que les

musées, les théâtres et les stades.

(Baratay, Eric, zoos: histoire des

jardins zoologiques en occident. p.9)

Ainsi, je trouve révélatrices les nuances de termes qui s’emploient pour traiter

d’un lieu qui garde des animaux: même si ceux-ci étaient conservés dans des

conditions analogues à celles des jardins, un zoo s’orientant uniquement

vers la recherche deviendrait une "animalerie". De même que l’on distingue

une ménagerie uniquement vouée à l’aspect récréatif, telles celles qui

accompagnent les cirques.

Je pense que passer brièvement en revue les différentes fonctions que se donnent

les jardins zoologiques est utile du moment que de nombreuses personnes

déclarent le zoo, aujourd’hui, complètement anachronique et plaident pour

l’abandon de son usage. Si une bonne partie de ces réactions proviennent de

convictions intimes, telles que nous les voyons se manifester dans diverses

associations d’amis ou d’autres protecteurs des animaux, et manquent parfois

d’arguments solides en se fondant plutôt sur de l’information sensationnelle,

l’autre part des critiques se fondent sur l’efficacité des zoos dans les fonctions

que ceux-ci se sont eux-mêmes définies.

Récréation, conservation, science et éducation

Comme en témoigne leur forte fréquentation de la part du public, il est

indéniable aujourd’hui que les jardins zoologiques remplissent leur rôle dans

le domaine de la récréation ou du divertissement. 3 Seulement ce succès ne

transcrit pas d'emblée une qualité atteinte dans d’autres domaines.

Une série d’avis sur la question, que je transcris ici, s’attaque à la volonté

de conservation de la faune que revendiquent les jardins zoologiques. Cet

argument avancé par les zoos leur semblerait démagogique, visant d'avantage

un effet déculpabilisant que des résultats effectifs. En effet, même si les

conditions étaient réunies afin d’obtenir une croissance du nombre d’individus

dans le milieu offert par le zoo, le nombre restreint d’individus de souche

augmenterait le risque de dérives génétiques. De plus, la réintroduction en

milieu naturel, qui en quelque sorte figure comme finalité implicite à la

question de la sauvegarde des espèces, est un problème qui reste à peu près

non résolu.

Quant à l’aspect scientifique, il semble mis en cause depuis plus longtemps

encore: l’argument serait que, puisque les intérêts des naturalistes sont

passés de la volonté d’énumération et de différentiation des espèces que

représentent les systèmes de type linnéens à des questions d’ordre éthologique

21


22

(observations portant sur les données comportementales ou sociales des

animaux), le zoo ne serait plus apte à fournir des informations de qualité en

raison des comportements altérés et même pathologiques causés entre autre

par l’incarcération. Les informations obtenues d’un zoo seraient uniquement

utiles pour son propre domaine spécifique, à savoir, comment augmenter le

confort de l’animal en captivité, 4 ce qui renforce encore son aspect de monde

à part. De plus, si l’on s’intéresse aux sciences plus objectives que celle de

l’éthologie, nous constatons à l’évidence que les normes actuelles de recherche

demandent un lieu spécifique tel qu’une animalerie pour pouvoir contrôler

toutes les données qui pourraient interférer avec l’expérience.

Pourtant, ces avis devraient être discutés au cas par cas pour chaque zoo. Dans

le cas de la recherche, certaines données inaltérables de l’animal continuent à

pouvoir être soutirées d’une ménagerie ouverte au public. On peut penser, par

exemple, aux recherches menées sur les substances venimeuses auxquelles peut

participer le vivarium de Lausanne. Néanmoins, je signale que mes propres

connaissances dans le domaines des sciences naturelles sont insuffisantes et

qu’il ne m’appartient certainement pas de juger des questions de sciences ou

de conservations de la faune.

La fonction que prétend jouer le jardin zoologique dans le domaine de

l’éducation donne naissance à des critiques nuancées. Certains des plus

ardents détracteurs des jardins zoologiques, citant le fait déjà mentionné que

les conditions de l’animal dans un zoo altèrent son comportement primitif (en

quelque sorte le dénature) prétendent que les jardins zoologiques véhiculent

des informations erronées aux visiteurs. Bref, ces critiques suggèrent le

fait très discutable que le public, enfant ou adulte, ne possède aucune clé

de lecture et, de ce fait, ne peut réaliser par lui-même les effets de cette

altération. Pire encore à mon avis: ces critiques assimilent la signification de

l’éducation à une simple accumulation de faits objectifs et ne prennent pas

en compte, ne serait-ce que pour donner un exemple, la stimulation de la

curiosité que suscitent les animaux ainsi que l’environnement particulier du

jardin zoologique, omission qui ne peut s’expliquer que par le fait de n’avoir

jamais observé les conditions particulières d’éveil dans lesquelles se trouvent

les enfants au zoo, bref, de n’être jamais entré dans un zoo.

Un autre argument éducatif des zoos serait que, bien que l’on puisse

être sceptique face au rôle qu'ils tiennent à jouer dans le domaine de

la conservation, il est indéniable qu'ils possèdent un potentiel en tant

qu'outil de sensibilisation du public. Néanmoins, il faut pour obtenir cette

sensibilisation, que les dispositifs architecturaux ainsi que l’information

dispensée sur les lieux, confèrent une certaine dignité à l’animal. 5

4. Ce point demeure à discuter.

Konrad Lorenz nous démontre

comment l'observation des comportements

pathologiques survenant

à cause d'un manque peuvent

se révéler très instructives sur

les manière d'agir et les besoins de

animal dans son milieu naturel.

Konrad Lorenz. Les fondements

de l'éthologie. Flammarion. Paris,

1984. (p.67-68)

5. A propos des rôle que jouent

les zoos et ceux qu’ils prétendent

jouer :

L’article « zoos » de Jean-Claude

Nouët et l’essai intitulé « Zoo et

hôpital psychiatrique » de Henri

Ellenberger, tous deux dans l’ouvrage

collectif « si les lions pouvaient

parler: essais sur la condition

animale » Gallimard, 1998.

Illustration page 24-25:

Le zoo à travers ses affiches



The zoo is a cross between a music hall and

a museum; it bristles with pathetic fallacies

and false analogies. One never goes to the zoo

without hearing someone say that something

is almost human. Sometimes they say this

amusedly, sometimes sentimentally, sometimes

with a jolly matter-of-fact air to show that

they feel themselves at home there (...) The zoo

then is a dream-world that comes easy to one.

Easier than the dream-world of art galleries

which needs so many keys to it. The same key

does for the zoo that we use to put the cat out in

the morning. For everyone thinks of animals as

potential pets – Just like a great big cat! Fancy

having him round your neck! It is a nice sort of

dream-worls and you can get it for a shilling.

Louis MacNiece. « zoo ». 1938.


23


26

Animaux déportés et acclimatation


Dans cette série de carnassiers auxquels nous demandons des

auxiliaires, il existe un animal qui pourrait nous rendre de grands

services : c’est le phoque. Intelligent, doux, affectueux, (...) A

Dijon, chez le directeur du cabinet d’histoire naturelle, vivait il y a

quelques années un phoque tellement apprivoisé, que cet habitant

des mers avait tout à fait modifié ses mœurs et ses habitudes

primitives : il n’allait presque plus dans l’eau et se plaçait l’hiver

près de son maître, au coin du feu, le ventre sur la cendre tiède.

Dressé par l’homme, le phoque serait pour la pêche ce que le chien

est pour la chasse. La seule difficulté réside dans la circonscription

géographique de cet animal. 1

J’aimerais, puisque je citais en début de ce texte comme instigateur de la

démarche d’assemblage et de décontextualisation le fait de rassembler hors

de leur aire géographique d’origine une collection d’animaux, développer

quelques motivations qui servirent de moteur à la démarche d’acclimatation.

Cette question, loin d’être anecdotique, forme un arrière fond culturel de

grande importance pour la compréhension du développement des zoos.

L’acclimatation est le fait d’adapter de manière durable, hors de son espace

géographique d’origine, un organisme vivant à un nouvel environnement.

Les changements liés à ce nouvel environnement comprennent en particulier

les modifications climatiques telles que température, humidité, altitude, les

variations de ressources telles que la composition des sols pour les végétaux

ou les changements de régime alimentaire pour les animaux mais encore, en

ce qui concerne la faune, les changements spatiaux tels que ceux du territoire

et de la morphologie des sols.

Lorsque l’acclimatation est effectuée par la main de l’homme, elle exprime

la volonté d’introduire dans son propre environnement des éléments qui en

sont absents, pour des raisons d’agrément, d’utilité ou de curiosité.

Elle répond aussi, avec un degré inférieur d’abstraction, au thème du jardin

en tant que représentation du monde. On cherche à assembler, à juxtaposer

les produits de différents milieux environnementaux de la terre, produisant,

ainsi, une manoeuvre décontextualiste primordiale.

” 1. Alphonse Esquiros. Des Jar-

dins zoologiques pour l’acclimatation

des animaux. 1854

Illustration page 27:

Jardin d'acclimatation de la

reine Hatsou


28

L’acclimatation et la création d’un lieu spécifique sur lequel elle s’effectue ont

des origines plus anciennes que l’on ne le pense généralement, comme nous

le signale Gustave Loisel en indiquant l’exemple du Jardin d’acclimatation

de la reine Hatsou construit sur les bords du Nil environ 37 siècles avant

nos jours. 2 Aussi, l’acclimatation eut-elle pour plusieurs raisons, des succès

différents et engendra-t-elle plus ou moins de constructions spécifiques que

l’on parle de la flore ou de la faune.

Si l’acclimatation dans le but de constituer une collection telle qu’elle existe

dans les jardins zoologiques constitue un moyen, elle apparut aussi comme fin

lorsque les zoos se chargèrent d’acclimater des espèces dans un but utilitaire.

C’est dans ce sens qu’elle rencontra d’énormes attentes lors du XIXe siècle.

L’argument utilitaire d'adapter des espèces nouvelles pour l’industrie et pour

le transport était d’une importance qu’il faut mettre en lien avec le degré

de mécanisation qu’avaient atteint les sociétés d’alors et diminuera avec la

substitution successive de la force animale par la force motrice.

Les intérêts que suscitèrent chez les savants et les économistes les nouvelles

espèces auxquelles ils se familiarisaient grâce aux colonies sont perceptibles

de la meilleure manière par la masse de propos qu’ils produisirent à partir

du XVIIIe siècle. Ainsi, pour ne donner qu’un exemple tiré de l’ouvrage,

véritable manifeste en la matière, Acclimatation et domestication des animaux

utiles écrit par Geoffroy de Saint-Hilaire: 3

" Lors de la découverte de l’Amérique, les Européens y trouvèrent, avec le chien, qui

s’est rencontré presque partout, trois espèces seulement de quadrupèdes domestiques,

(...) après quatre siècles accomplis, nous attendons encore la domestication du

Lama et de l’Alpaca, à la fois bêtes de somme, bêles laitières, excellents animaux

de boucherie, et surtout chargés d’une laine que son extrême abondance, sa finesse

dans quelques races, rendent également précieuse. (...) La culture du Lama et de

l’Alpaca est destinée à créer des sources de richesses dans des localités qui en sont

aujourd’hui le plus complètement dépourvues. "

Dans cet exemple, on perçoit bien le rôle que prit, à cette époque, l’animal

en tant que ressource stratégique pour l'économie. Dans ce même texte,

Geoffroy de Saint-Hilaire déclare qu'il faut substituer l’importation des

denrées obtenues des animaux par leurs productions en France grâce à

l'adaptation des espèces étrangères.

Cela explique la volonté de faire des jardins zoologique un véritable lieux

d’expérimentation pour l’implantation des bêtes exotiques. Ainsi, même si

ce dernier se détourna rapidement de cette première tache, cette mission sera

2. Gustave Loisel. Histoire des

ménageries, premier livre. 1910.

3. Geoffroy de Saint Hilaire.

Acclimatation et domestication des

animaux utiles. 1861. pages 26 et

32.


4. Eric Baratay. ZOOS : histoire

des jardins zoologiques en occident

(XVIe-XXe siècle) 1998.

5. David N. Livingstone. Putting

science in its place: geographies

of scientific knowledge. The University

of Chicago press. 2003.

Chicago.

à l'origine du jardin d’acclimatation du bois de Boulogne et de bien d’autres

jardins zoologiques.

A noter que, comme le fait ressortir Éric Baratay dans l’ouvrage « zoos » 4 ,

la plus part des jardins de l’époque, institutions gérées de manière privée,

semblent utiliser les mission d’ acclimatation et de recherche scientifique plus

comme un faire valoir prestigieux et ne les appliquent que dans une moindre

mesure. Cela s’expliquerait par le fait du manque d’espace disponible et par

le besoin d’obtenir une plus grande variété de bêtes afin de satisfaire les envies

du public.

Une autre motivation, qui parait de nos jours un peu plus saugrenue mais

dont les conséquences écologiques se laissent encore sentir, était de répondre

à la nostalgie des colons aux souvenirs des paysages et plaisirs de leur mère

patrie. Ainsi le « Royal Melbourne Zoological Gardens » fondé en 1862 en

Australie servit de lieu d’accueil à des animaux importés de la métropole. En

effet, selon certains esprits de l’époque, le jardin zoologique se devait pour

les Australiens, de répondre aux plaisirs ornithologiques et aux frissons de

la chasse que connaissait les ressortissants de la vieille Angleterre, 5 mesures

d'acclimatation qui constituèrent le drame bien connu qu'a subit la faune

autochtone de l'Australie.

29


30

Formes des zoos et approches scientifiques


Le fondement de toute science n’est-il pas dans la comparaison

que l’esprit humain fait faire des objets semblables et différents,

de leurs propriétés analogues ou contraires, et de toutes leurs

qualités relatives? L'absolu, s'il existe, n'est pas du ressort de nos

connaissances; nous ne jugeons et nous ne pouvons juger des choses

que par les rapports qu'elles ont entre elles. 1

Dans le domaine des jardins zoologiques on peut supposer que les regards

portés par les sciences sur le monde animal influent les formes des dispositifs

architecturaux ainsi que l'arrangement des bêtes les une par rapport aux

autres. Le jardin zoologique est, de ce point-de-vue, un théâtre à la gloire de

la science et de sa vulgarisation au près du plus grand nombre.

Cependant, comme il a été discuté dans un chapitre précédant, cette thèse

est à traiter avec circonspection. En ce qui concerne les jardins zoologiques

au XIXe siècle, même si les arguments qu'elle contient sont éclairant en

ce qui concerne la disposition interne de différents édifices, l'importance

des principes d'agréments semble prévaloir pour l'organisation générale de

l'ensemble et des espaces extérieurs du jardin.

Une vue familière, associant une structure des sciences naturelles à celle

d'un dispositif architectural est celle des galeries et des halls qui, derrière des

vitrines ou les barreaux d'une cage, ordonnent les différents spécimens d'une

collection. L'intérêt scientifique reflété dans ce cas est celui de soumettre les

animaux à la comparaison.

Même si cette image de la taxonomie offre une sorte de cliché de la science

au XIXe siècle, elle n'est pas la seule approche de l'animal que proposent

les savants, pas même durant ce siècle. J'aimerais, même si je dois opérer

certaines simplifications, la différencier d'autres approches exemplaires que

proposèrent les sciences naturelles, car celles-ci donnèrent lieu à d'autres

conceptions des espaces alloués aux animaux.

Le premier cas d'investigation scientifique auquel j'ai fait allusion trouve une

réponse dans des dispositions offrant un maximum de visibilité sur l'animal

ainsi que des successions de spécimens organisées de manière didactique.

Elle correspond à l'esprit de la nomenclature et de la zoologie descriptive:

que celle-ci s'opère par l'étude des formes externes de l'animal ou, avec la

diffusion de la science expérimentale dès la seconde moitié du XVIIe siècle, à


1. Leclerc, Comte de Buffon.

Histoire naturelle, générale et particulière,

avec la description du cabinet

du roi. Tome Septième. 1758.

Pages 21 et 22.

Illustration page 31:

Le cabinet de curiosités

Jean-Baptiste Cortonne


32

travers l'observation des organes internes d'un corps.

A cette science de la description qui étudie les mensurations des membres et

des organes, les différents mouvements des pattes ou des yeux, correspond,

grosso modo, une conception mécaniciste de la vie animale.

Entre parenthèses: on peut se demander si, sous certains aspects, cette mise

en ordre de la nature dans laquelle l'homme semble exprimer sa volonté de

contrôle par l'énumération des espèces n'est pas, tout compte fait, l'expression

d'un désordre: celui de rassembler et de faire se côtoyer une série d'animaux

qui sans cette intervention n'auraient pas eu beaucoup d'affinités: celui de

faire abstraction des contextes auxquelles ils étaient liés.

Lorsque l'observation des animaux s'élargit aux manières d'être de ceuxci,

nous entrons dans un second cas celui de l'étude du comportement

des animaux tels qu'ils pourraient agir dans un milieu naturel, l'éthologie,

selon le nom que Geoffroy Saint-Hilaire lui attribua. Cette forme d'étude

demeure rare jusque dans la fin du XIXe siècle et ne prendra la forme que

nous lui connaissons aujourd'hui qu'à partir du milieu du XXe siècle. Elle

eut en conséquence moins de retentissement au niveau des installations

architecturales, ce qui ne nous empêche pas de déterminer quelques points

importants pour la conception d'espaces:

Premièrement, alors que, les études comparatives basées sur l'anatomie de

l'animal peuvent dans la majorité des cas se servir d'animaux décédé, l'étude

de la façon d'être, de dormir ou de manger de l'animal nécessite qu'il soit

vivant; ce qui donne au zoo un rôle important de gestion de l'animal.

Secondement; contrairement aux études pouvant se baser sur un individu,

l'étude comportementale nécessite dans certains cas de disposer d'un groupe

afin d'obtenir des informations sur ce qui bien plus tard sera nommé les

relations sociales entre les animaux. Bien entendu, ce besoin entre en conflit

avec la volonté des jardins zoologiques d'obtenir non pas un groupe large

mais le plus d'espèces différentes afin de répondre aux attentes du public.

Troisièmement, bien que cela soit difficile à entreprendre et rend même,

comme je l'ai déjà évoqué, le zoo impropre à cette tache; il faut limiter les

interactions entre le public et les animaux lorsque l'on veut obtenir des

informations reflétant proprement l'état naturel de l'animal.


2. Cité par; Élisabeth Hardouin-

Fugier. zoos, histoire des jardins

zoologiques en occident (XVIe XXe

siècle). p 265.

3. C'est le cas en Suisse ou les

principes proposé par l'office vétérinaire

fédérale pour répondre aux

exigences de la LPA (Loi fédérale

sur la protection des animaux)

concernant la détention d'animaux

sauvage prennent toujours

référence sur les éléments développé

par Hediger.

Hediger; l'approche objective de la gestion d'un zoo

Concernant plutôt l'étude de l'animal dans les conditions du zoos que dans

un milieu naturel, certaines études cherchent a fournir des critères objectifs

pour répondre aux problèmes liés à la captivité.

Heini Hediger est un zoologiste suisse, qui dirigea successivement les zoos

de Berne (1938-1943), de Bâle (1944-1953) et de Zurich (1954-1973) Ces

écrits, en particulier; "les animaux sauvage en captivité" et "Esquisse pour une

psychologie des animaux dans les zoos et les cirques" témoignent de son intérêt

pour l'occupation spatiale des animaux (territoires et point de repères) selon

les espèces et les circonstances d'obtention de la bête (prélevée en milieu

sauvage ou née dans un zoo).

Travaillant autour de concepts de proximité telles que; la distance de fuite

(distance au delà de laquelle l'animal s'enfuit) ou la distance critique (distance

à partir de laquelle l'animal se sent acculée par son éventuel agresseur et se

défend), il les proposera comme paramètre pour calculer la dimension des

enclos, rendant leur conception moins empirique qu'auparavant.

En outre, utilisant les idées développées par l'éthologie plus récente, il propose

de reformer des groupes sociaux dans les zoos et d'enrichir les enclos.

Il soutiendra les formes architecturales qui donnent une illusion de nature

telle que celle de la géologie fantaisiste proposée par Carl Hagenbeck dans

son zoo de Stellingen.

Bien qu'elles s'appuient sur une psychologie animale, ses pensées restent

attachées à une vision mécaniciste de l'animal où la spatialité demeure une

donnée chiffrable et les concepts de liberté et de captivité relatifs, comme le

montrent ses paroles; "l'animal qui vit en liberté ne vit pas libre, pas plus dans

l'espace que dans son comportement à l'égard des autres animaux." . 2

Quoiqu'un grand nombre de propos prononcés depuis sur les questions

d'éthique animale ne partagent pas ce point de vue, au travers de l'ensemble

des données pratiques qu'elles fournissent, ces recherches ont eu et conservent

une grande influence dans la conception des zoos.

Aussi, elles restent actuellement référentielles pour le cadre légal appliqué aux

zoos. 3

33



Many people take to animals to escape from

human beings - but often it turns out because

they find the animals so human.

Louis MacNiece. « zoo ». 1938.


36

De la ménagerie baroque aux jardins pittoresques

Les jardins pittoresques contiennent sans aucun doute les composantes

formelles principales qu’adoptèrent les jardins zoologiques qui virent le jour

au cours du XIXe siècle et procèdent d’un discours souvent encore employé

lors des édifications plus tardives.

Le jardin irrégulier est une forme plus qu’à propos pour engager les questions

de décontextualisation et d’assemblage. Il se constitue en quelque sorte par

un collage de différents fragments extraits de paysages, de différentes formes

élaborées par la nature puis sélectionnées suivant des critères de l’esprit.

Constituant une sorte de catalogue d’expressions plaisantes de la nature, ces

formes sont ensuite combinées dans un lieu pour obtenir des effets de variété

au service d’une scénographie. 1

Afin d’en venir à la question du jardin pittoresque et à celle de savoir dans

quelles circonstances et pour quel propos il apparut comme forme stylistique

de première importance dans les zoos, j’aborde le sujet de la ménagerie du

Jardin des Plantes. Sans pour autant vouloir trop m’attarder sur les aléas

historiques qui menèrent à sa constitution, il m’est nécessaire de signaler ceux

qui firent de cette ménagerie l’un des ancêtres les plus significatifs des zoos

tels que nous les connaissons aujourd’hui.

La révolution en amenant à transposer les résidus de la ménagerie de Versailles

au Jardin des plantes à Paris a constitué, pour le futur des zoos, un point

de passage notoire sur beaucoup d’aspects: le transfert d’un attribut qui fut

l’apanage des princes et des puissants à la Nation et l’invention de nouvelles

fonctions qui s’ensuivirent: l’adoption d’une expression architecturale, celle

du jardin pittoresque, qui sera reprise avec enthousiasme en Europe dans les

futurs jardins zoologiques.

Aussi bien qu'elle offre un contraste saisissant face au jardin des plantes,

la ménagerie de Versailles figurait déjà de nombreuses nouveautés: non

seulement celles que représente son plan mais aussi celles d'une évolution

importante du regard que l'on portait à l'animal. Effectivement, cette

ménagerie proposant d'apprécier l'animal à travers une observation paisible,

s'était substituée aux sérails qui logeaient les bêtes destinées aux combats, aux

divertissements violents. 2

Illustration page 35:

Public au zoo d'Anvers

1. La documentation de ce chapitre

s'est faite en grande partie à

partir des ouvrages suivants:

David Hancocks. A different nature:

the paradoxical world of zoos

and their Uncertain Future.

Eric Baratay & Elisabeth Hardouin-Fugier.

Zoos, histoire des jardins

zoologiques en occident (XVIe-

XXe siècle).

Gustave Loisel. Histoire des ménageries,

de l'antiquité à nos jours.

Collectif. Histoire des jardins, de la

Renaissance à nos jours.

2. Comme je pense que ces lieux

de gestation des animaux entretiennent

très peu de liens avec ce

qu'est un zoo aujourd'hui je n'en

parlerai pas plus dans ce texte.

Le sujet des sérails ainsi que des

autres types de ménageries plus

anciennes sont traité avec abondance

dans de nombreux ouvrages,

notamment par l'histoire

des ménageries de Gustave Loisel.



Les perturbations et les aberrations de la

nature sont bien sûr exclues du jardin, (...)

Seuls seront tolérés les chutes d’eau, cascades,

escarpements, grottes, ruptures sans grand risque

que l’on figurera pourtant atteint de nanisme.

Cette mise en bibelot de la nature atteste de la

proximité du jardin et de la demeure. Les îlots

sur les étangs artificiels figurent des garçonnières

ou des cabinets de travail, des alcôves. Les grottes

sont des dessous de rideaux, des lieux secrets sous

les tables, des anti-chambres ou des boudoirs.

C’est aussi la force de translation et de

transfert propre à l’imaginaire. On peut y placer

un désert de dix mètres carrés, un océan dans une

cuvette, des montagnes lilliputiennes, mais aussi

un temple grec, un pavillon chinois, des ruines

gothiques à la sorties d’une bergerie. Le jardin est

à la gloire de l’ubiquité, il se joue des territoires

et des nations comme il se joue des saisons.

Daniel Oster. Fragments d’un cadastre.


37


38

Ménagerie de Versailles :

La ménagerie de Versailles, objet sur lequel j’aimerais commencer cette

brève documentation, fut un lieu qui, confirmant le caractère général de ce

jardin, témoignait de la maîtrise de la nature et de l’univers par l’homme aux

travers de la rigueur géométrique. Cette ménagerie, édifiée selon les plans

de Louis Le Vau entre 1662 et 1664, puis agrandie entre 1698 à 1700 par

Jules Hardouin-Mansart lorsque le Roi l’offrit à la duchesse de Bourgogne,

est le premier des nombreux bâtiments conçus pour le plaisir et le prestige

dans le domaine de Versailles. Par sa position, face au petit Trianon, à l’une

des extrémités du canal de transversale, la ménagerie occupe une place très

importante dans le dispositif général du jardin.

Le plan baroque de cette ménagerie, qui ne possède pas de précédent dans

ce domaine précis, est de forme octogonale, subdivisé par des murs à partir

du centre en quartiers pour les bêtes et dominé en son centre par un pavillon

surélevé d’un étage au dessus du sol, telle une tour d’observation. Ce pavillon,

nommé « salon de la ménagerie », est situé en avant du corps du bâtiment

contenant les appartements et est atteignable à partir d’une galerie. Mis à part

le côté occupé par cette galerie d’accès, les faces de ce salon octogonal sont

percées de fenêtres et prolongées par un balcon circulaire. Le rez-de-chaussée,

que l’on atteint par un escalier à partir du salon de la ménagerie, est une

œuvre de fausse rocaille imitant une grotte. Il permet l’accès à la cour centrale

et offre une vue plus directe sur les animaux. Les diverses cours n’étaient pas

assujetties à une attribution fixe d’animaux et changeaient de locataires au gré

des demandes du roi et des bêtes disponibles.

Le plan radio-concentrique des cours dominé par le pavillon central qui,

tel un observatoire, permettait d’embrasser le tout du regard, confirme

l’importance accordée de manière générale dans Versailles à la maîtrise de la

perception à tous les degrés de la conception et trouve un écho jusque dans la

disposition en étoile des forêts de chasse.

Les fonctions de cet édifice méritent d’être évoquées. Au-delà du plaisir,

celui-ci avait comme tâche de servir le prestige et possédait, à l’instar de

l’ensemble du jardin à la française, une dimension politique. En effet, ces

jardins reflètent l’organisation hiérarchique de la société dont le Roi-Soleil,

représentant de Dieu sur terre, maîtrise et domine non seulement les autres

hommes mais aussi la nature.

Cette idée de maîtrise de la nature revêt aussi un aspect scientifique lorsque

par exemple, sous la direction de Claude Perrault, des études en anatomie

comparée furent conduites à la fin du XVIIe siècle dans la ménagerie.

Quoique cela puisse paraître anecdotique, il faut encore ajouter, parmi

Illustration page 39:

Ménagerie de Versailles


40

les usages de ce bâtiment, celui de contribuer au garde-manger de la cour

comme l’atteste le nom d’une des sept cours appelée « basse-cour de la

ferme »: témoignage assez surprenant de l’absence de distinction hiérarchique

entre animaux sauvages ou domestiques dans l’utilisation du dispositif des

sept cours.

Ce type baroque développé par Louis Le Vau à Versailles servit de modèle

pour l’édification de nombreuses ménageries princières, jusqu’au moment où

celles-ci cessèrent peu à peu d’être construites. Quelques exemples significatifs

de cet héritage sont: la ménagerie du Belvédère fondée en 1716 par le prince

Eugène de Savoie à Vienne ainsi que la ménagerie de Schönbrunn 3 construite

en 1752 par François Ier à Vienne également.

Plus impressionnant encore, si l'on s'en tient à la proposition de Gérard

Mabille, la forme de cette ménagerie fut transposé à l'échelle beaucoup plus

vaste d'une ville, d'un palais et d'un parc lorsque sous les plans de Friedrich

Weinbrenner on bâtit la ville de Karlsruhe en 1715. 4

Ménagerie du petit Trianon :

Entre la fin du règne de Louis XIV et la période de la révolution, une

transformation préalable des esprit s’était déjà effectuée; les monarques

délaissèrent peu à peu l’étiquette, le cérémonial et la théâtralité propre à la

cour du Roi-Soleil et en vinrent à constituer des havres de paix tel celui du

petit Trianon adopté par Louis XV puis Marie-Antoinette. Une ménagerie

d’une sorte nouvelle vit le jour dans ce lieu en substituant la rigueur propre

à l’esprit scientifique et à la géométrie par une sorte d’idéal de vie que l’on

pourrait qualifier de ruralité sublimée. Cette ménagerie prendra également

le contre-pied de l’ancienne en préférant aux espèces exotiques quelques

bêtes domestiques plus propres à représenter la campagne que des mondes

lointains.

Cette transformation des mentalités se perçoit aussi dans le jardin spécifique

du Petit Trianon qui sera constitué en « jardin à l’anglaise » entre 1776 et

1783 selon les plans de Caraman puis de Richard Mique et qui, pour la joie

de ceux qui aiment voir de grands symboles, remplaça le jardin botanique

par un jeu de "fabriques" disparates. Ces divers objets éparpillés opèrent une

certaine "mise en bibelot de la nature" en utilisant les mots de Daniel Oster

et rassemblent en ce seul lieu une montagne miniature, des rochers, un lac,

une grotte dont l’intérieur est enveloppé de végétation factice, un pavillon de

forme octogonale appelé Belvédère et le temple de l’amour...

3. Sous sa forme publique, le jardin

zoologique de Schönbrunn

est encore en activité, ce qui en

fait le plus ancien zoo subsistant

aujourd’hui.

4. Histoire des jardins, de la Renaissance

à nos jours. Sous la direction

de Monique Mosser et Georges

Teyssot.

Article: La Ménagerie de Versailles.

Gérard Mabille.(p.168)

Illustration page 41:

Ménagerie du Belvédère,

Kalsruhe


42

A proximité, Marie-Antoinette fit encore bâtir le Hameau de la Reine: onze

chaumières autour d’un étang artificiel, tableau vivant d’un univers que la

Reine ne peut aborder directement du fait de son rang. C'est une sorte de

représentation d’un monde agraire idyllique auquel elle peut prendre part,

par exemple, en trayant une vache.

Même s’il pourrait être assez amusant de regarder ce hameau comme une sorte

de préfiguration du phénomène sociologique connu sous le nom de "vacances

à la ferme" , je cite ici l’expérience de ce hameau car elle permet, à mon

avis, d’ouvrir une parenthèse sur un fait assez peu reluisant de l’histoire des

jardins zoologiques qui est aujourd’hui communément appelé "zoo humain"

et qui concerne l’exposition dans les jardins zoologiques de divers groupes

ethniques munis de leurs costumes et de leurs habitations traditionnels. Assez

fréquentes dans le 19ème siècle et de nos jours, ces expositions, bien que ne

nous paraissant aujourd’hui outrageusement motivées que par des questions

racistes et coloniales, eurent bien souvent une intention plus naïve: celle

de présenter aux citoyens d’une grande ville une vision nostalgique d’une

existence simple dans un milieu rural.

Telle est par exemple la raison invoquée encore aujourd’hui par le parc de

Skansen en Suède dont on peur lire sur la page internet sous le titre « Living

History » ces quelques propos introductifs « Over the years about 150 historical

buildings have been moved here from nearly every part of Sweden. (...) Visitors

to the houses and farmsteads are met by historical interpreters in period costume.

They often demonstrate domestic occupations, such as weaving and spinning. » 5

Enfin, il n’est pas à propos de parler plus en avant de ce phénomène ici, mais

cette parenthèse, comme bien d’autre au sujet des zoos, illustre de manière

saisissante avec quelle perméabilité, par rapport à d’autres institutions,

les jardins zoologiques peuvent se charger à un moment ou à un autre de

différentes portées conceptuelles suivant l’environnement culturel dans lequel

ils s'inscrivent.

La révolution et le Jardin des Plantes :

« il faut détruire les ménageries lorsque les peuples manquent de pain; il serait

honteux de nourrir les bêtes à grands frais lorsqu’on a autour de soi des hommes

qui meurent de faim » 6

Suite au départ de la famille royale pour Paris en octobre 1790 et à cause

de l’état de l’économie dans l’immédiate après-révolution, la ménagerie de

Versailles fut peu à peu dépeuplée puis, je passe ici le macabre destin que les

Jacobins réservèrent aux bêtes, vidée de manière quasi complète à partir de

5. http://www.skansen.se

Consultation novembre 2009.

6. L’encyclopédie, art. Ménagerie.

Cité par Eric Baratay. zoos, histoire

des jardins zoologiques en occident

(XVIe XXe siècle). p99.

Illustration page 43:

Jardin du Petit Trianon &

Hameau de la reine


44

1792.

Mais la République garda des intérêts, dont certains relativement nouveaux,

qui impliquaient la gestion d’animaux captifs et qui allaient aboutir à

la création d’une ménagerie sous l’égide du Muséum national d’histoire

naturelle. L’histoire de la ménagerie du jardin des plantes est ainsi liée à

la refonte et à la redéfinition des institutions qui s’opéra en France avec la

révolution.

Cette transition sera portée conjointement par les intérêts de la science qui,

depuis les Lumières, convoitait l’idée d’une ménagerie créée spécifiquement

dans le but de la recherche et par les intérêts de la Révolution qui voulait

transformer un symbole du faste propre à la royauté en un établissement qui

répondrait aux intérêts de la nation.

En effet, une des destinées envisagées pour ce futur établissement concernait

la mission d’acclimatation et d’amélioration des bêtes, mission qui devait

servir de la meilleure manière aussi bien l’industrie que l’agriculture et, de ce

fait, impliquait une préférence pour l’étude d’espèces passives en lieu et place

des fauves des collections royales. Heureusement pour les amateurs de bêtes

féroces auxquelles on ne peut que difficilement imaginer confier une charrue,

la formation du cheptel initial de ce jardin ne suivit pas un ordre rationnel

dicté par les besoins de la science ou de l’économie.

En 1792, suite à la proposition de reloger les bêtes rescapées de Versailles, le

débat sur la question de la création d’une ménagerie attachée au jardin des

plantes sera supporté par la communauté scientifique

Mais les mises en œuvres projetées étant bloquées par les préoccupations plus

pressantes de l’Etat telles que celle de la guerre, les bêtes provinrent au final

de saisies opportunistes. En 1793, les administrateurs de police, suivant une

loi qui visait à assurer la sécurité sur la voie publique, donnèrent l’ordre de

réquisitionner les bêtes des montreurs et autres forains qui les exhibaient sur

la voirie et de les mener au Jardin des Plantes.

Par l'acquisition de ces bêtes par ce dernier puis par l’engagement en tant

que gardiens des anciens forains concernés, le domaine du spectacle put

s’insinuer dans cette institution. La même année, l’ancien Jardin du roi devint

le vénérable Muséum et l’année suivante le jardin obtint effectivement les

quelques animaux de Versailles.

Des projets de construction établis dès 1794 qui avaient comme but de

remédier à l’insuffisance des installations qui étaient alors constituées

d’écuries réaffectées et de matériel prélevé à Versailles durent attendre des

jours meilleurs.

Illustration page 45:

Plan du Jardin des plantes &

"vallée Suisse"


46

Les premières constructions du jardin des plantes: la maison des singes et

des oiseaux (entre 1801 et 1805), la fosse aux ours (1805), la rotonde des

grands herbivores (entre 1802 et 1812) etc. forment un schéma constitué de

bâtiments isolés et éparpillés. Avec l'attention d'y laisser évoluer les animaux

plus dociles avec plus de liberté, le terrain est progressivement transformé

en un jardin irrégulier dès 1810: des dénivellations sont créées, les chemins

sont dessinés suivant un tracé sinueux, les enclos sont conçu comme autant

de « fabriques » et les arbres sont disposés en groupes ou individuellement

suivant l’approche pittoresque.

J’aimerais encore souligner quelques caractéristiques qui constituent les

aménagements de type pittoresque: il n’y a pas de convergence vers un centre

et donc pas de hiérarchie découlant de la disposition dans l’espace des objets,

la recherche d’une multiplicité de « scènes » et d’une variété de vues dans le

parcours explique le caractère hétérogène des différents éléments constituant

ces jardins.

Si individuellement, comme auparavant, quelques-uns des bâtiments de la

ménagerie auraient pu être interprétés comme des symboles de pouvoir, l’effet

produit par cet ensemble cherche à obtenir un nouveau sens: bien plus qu’un

idéal ordre scientifique, la nouvelle disposition du jardin des plantes semblent

refléter une symbolique de la Révolution:

A travers le genre pittoresque, la ménagerie se dote d’une nouvelle

interprétation politique. Le fait que chaque promeneur se crée sa propre

perception, l’apparence d’une nature non violentée par l’imposition d’une

forme extérieure ainsi que l’absence de centre (élément de référence ordonnant

une hiérarchie) deviennent des symboles de liberté propres à répondre aux

idéaux que se donnèrent les hommes empreints alors des idées des Lumières.

Par ailleurs, l’asservissement infligé à la nature par le rigoureux contrôle

géométrique d'un jardin de type français sera assimilé à la condition à laquelle

sont soumis les sujets sous une monarchie despotique.

Pour revenir sur l'aspect scientifique avant de conclure, il faut rappeler que

le Jardin des Plantes n’a pas obtenu ses collections d’animaux suivant les

intérêts des savants et qu'aussi, ses surfaces ne permettaient pas d’envisager les

missions d’acclimatation et d’élevage: missions qui seront réintroduites plus

tard lors de la création du Jardin d’acclimatation en 1860. Malgré cela, une

architecture traduisant un rapport plus systématique à la nature se retrouvera

à l’intérieur de bâtiments où les singes et les fauves sont enfermés en rangées.

Citations aux pages suivantes:

Page 48, en haut :

Extrait de la table des matières du

Manuel de l’architecte des jardins

de Pierre Boitard. Leonce Laget,

Paris, 1979. (fac-similé de l’édition

de 1854, Paris) P.171

(Les illustrations proviennent de

cette même source.)

Page 48, en bas :

Julie ou la Nouvelle Héloïse.

Jean-Jacques Rousseau.1761.

Page 49:

Les architectures paradoxales ou

petit traité des fabriques. Monique

Mosser. Dans : Histoire des

jardins, de la Renaissance à nos

jours. P.259



...l'uniformité (des jardins classiques)

bientôt détourne l'attention... pour se porter

vers la simplicité des champs. Le désordre, qu'y

occasionnent les différentes cultures, flatte bien

plus l'imagination et le regard que l'ennuyeuse

symétrie des parcs anciens. Le mauvais goût de

nos aïeux se perd heureusement tous les jours,

et bientôt nous aurons la satisfaction de ne voir

plus qu'un seul jardin en France; on concevra

mal que l’homme né libre, né avec l’horreur

pour l’esclavage, ait pris autrefois plaisir à

s’enfermer au milieu de ses propriétés comme on

enferme un criminel dans les prisons.

Guide des Jardins de Franconville-la-Garrenne (1784) Cité par Monique Mosser. Histoire

des jardins, de la Renaissance à nos jours. p.442


47



2. De la composition

des scènes :

1. Scènes majestueuses

2. Scènes terribles

3. Scènes pittoresques

4. Scènes rustiques

5. Scènes exotiques

6. Scènes champêtres

7. Scènes mélancoliques

8. Scènes tranquilles

9. Scènes riantes

10. Scènes romantiques

11. Scènes fantastiques

Ces lieux si peu connus et si dignes d’être admirés...

La nature semble vouloir dérober aux yeux des hommes

ses vrais attraits auxquels ils sont trop peu sensibles, et

qu’ils défigurent... Ceux qui l’aiment et ne peuvent l’aller

chercher si loin sont réduits à lui faire violence, à la forcer

en quelque sorte à venir habiter avec eux, et tout cela ne

peut se faire sans un peu d’illusion.


Au-delà d'une poésie intrasèque, il faut insister sur le

rôle proprement culturel des fabriques. (...) elles sont pérçue

comme des objets emblématiques, hautement significatifs

d'une contrée lointaine, d'une époque révolue. (...) En tant

qu'éléments constitutifs de ces microcosmes paysagers, on

comprend le désir de les collectionner, de les accumuler,

de les associer savamment pour le plaisir de l'esprit et

l'agrément de la promenade.



50

Éclectisme: oeuvres d’ailleurs et d’autres époques


Avec l'engouement pour ce qui n'est pas encore nommé l'archéologie et

la curiosité du Siècle des Lumières pour les réalités "exotiques", les voyages

se multiplient, qui permettent la découverte de monde jusque là quasiment

ignorés. C'est le cas notamment de l'Egypte et de la Grèce. Il en résulte

une relativité des modèles architecturaux communément admis, c'est-àdire,

principalement, la fin de la domination du modèle de l'antiquité

romaine. 1

La proposition de l’œuvre du zoo comme produit d’une sorte de collage tient

beaucoup du fait d’une fureur de l’exotisme dont témoigne l’intérêt voué

aux espèces animales provenant de contrées lointaines au détriment d'espèces

autochtones.

A travers celles-ci, les jardins zoologiques offrirent en quelque sorte un

succédané à la passion pour le voyage et aux récits que celui-ci inspire aux

écrivains du XIXe siècle, récits à l’origine même du terme « exotisme ».

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la tendance éclectique que

connut l’architecture à partir de la seconde moitié du XIXe siècle ait trouvé

dans le zoo un milieu propice à résonner symboliquement à ses intentions car

ce milieu lui permettait d’unir, par un lien géographique, une architecture

inspirée d’une culture lointaine avec l’animal déporté au zoo.

Peu à peu ces constructions soit-disant ethnographiques vont remplacer les

enclos de chaumes et de bois qui peuplaient les jardins pittoresques.

Ce terme d’éclectisme me semble idéal pour préciser une caractéristique

importante de la nature de l’assemblage décontextuel tel que je l’entends;

l’autre avec lequel on se confronte dans l’éclectisme n’est pas seulement un

autre part mais aussi parfois, une autre époque, ainsi qu'en témoignent les

architectures qui font le revival idéalisé d’une époque antérieure telle que celle

qu'expriment les constructions d’apparence gothique ou romane.

Les quelques exemples dont j’aimerais me servir pour illustrer ce propos sont

la ménagerie qui fut établie sur l’île aux paons à Potsdam, le zoo de Berlin et

celui d’Anvers.


1. Lucan , Jaques. Théories de la

composition architecturale. Polycopié

du cour de théorie de l'architecture.

EPFL. Lausanne, version

2002.

Illustration page 51:

Textures exotiques


52

L’île aux paons

L’île aux paons (Pfaueninsel) 2 , située sur la rivière la Havel et à proximité

du palais royal de Potsdam, accueillit, bien que ce soit pour une période

relativement courte, une ménagerie qui sera la première à effectuer le

mariage entre le jardin zoologique et le genre éclectique. Il faut avouer que

le lieu convenait relativement bien à l’expérience; premièrement, le caractère

insulaire opérait déjà la césure nécessaire avec le monde extérieur et soutenait

ainsi l’effort de l’imagination à s’en soustraire. Secondement, le roi Frédéric

Guillaume II de Prusse qui s'en était accaparé en 1793 pour en faire un but

d’excursion et un lieu de retraite, y avait érigé des constructions qui affichaient

d’ores et déjà un caractère empreint de romantisme; à la manière d’un décor

de théâtre, le château de plaisance qui y fut construit arborait l’image d’un

château fort dont une partie simulait la ruine. Une métairie fut aussi érigée

s'inspirant d'un cloître gothique et arborant également un aspect de ruine.

Plus tard, son successeur Frédéric Guillaume III, personnage fort connu pour

avoir été le maître d’œuvre de Schinkel, continuant d’utiliser l’île en tant que

résidence d’été, y fit établir une seconde série de bâtiments et d’attractions: la

maison des Cavaliers (Kavalierhaus), la « maison suisse », le mémorial pour la

défunte reine en forme de temple antique, etc.

Influencé par l’ensemble que forme à Paris le Jardin des plantes, il décide

de faire établir autour de 1820 quelque chose de semblable sur l’île: un

jardin zoologique et botanique. La plus célèbre de ces constructions est

certainement la serre des palmiers 3 (Palmenhaus) de Karl Friedrich Schinkel,

mais des volières, une fosse aux ours ainsi qu’une « maison des lamas » seront

aussi bâties. Ces autres constructions prendront une expression qui évoque

de manière fantasque l’origine des animaux. Ainsi les enclos pour les buffles

forment un pastiche d’architecture nord-américaine et ceux destinés aux

kangourous suivent un modèle asiatique.

Ce jardin zoologique, qui était quelque fois ouvert au public, sera abandonné

par le successeur de Frédéric Guillaume III qui ne s’y intéressait guère, mais

il formera en revanche un ancêtre du jardin zoologique de Berlin de deux

manières: en préfigurant l’emploi de figures éclectiques ainsi qu’en lui léguant

ses animaux. L’île aux paons est aussi un ancêtre précoce du mouvement

éclectique qui prendra son essor à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

2. A propos de la ménagerie de

l'île aux paons:

Gustave Loisel. Histoire des ménageries,

de l'antiquité à nos jours.

Tome II; p.63-64. Tome III; p.39-

41 et p. 228.

3. Ouvrage détruit en 1880 lors

d'un incendie.

Illustration page 53:

L'île aux paons


54

Jardins zoologiques de Berlin et de Anvers

Suivant un plan de jardin à l’anglaise proposé par Peter Joseph Lenné,

paysagiste qui était déjà impliqué dans la supervision paysagère sur l’île aux

paons, le jardin zoologique de Berlin fut fondé en 1844 sur un terrain au sud

de Tiergarten.

Ce jardin zoologique porte l’emploi de l’éclectisme pour le programme

spécifique des zoos à son apothéose. Une simple énumération des principaux

bâtiments qui manifestent une expression exotique est assez parlante dans le

cas présent:

un bâtiment d’inspiration islamique doté de quatre minarets pour héberger

les antilopes (1871), une pagode indienne pour abriter des rhinocéros et des

éléphants (1873), une construction de style oriental pour loger des chameaux

(1897), un bâtiment s’inspirant de l’architecture japonaise pour abriter les

échassiers (1897), un temple égyptien pour héberger les autruches (1901),

une maison amérindienne pour loger les bisons (1905).

Le jardin zoologique d’Anvers, objet sur lequel je reviendrai plus tard,

développa un ensemble atteignant un degré d’exotisme extrêmement élevé.

Je me contente, à nouveau, d’énumérer les principaux éléments participant à

l'éclectisme:

le "temple égyptien" abritant des girafes, des éléphants et des chameaux

(1856), le "temple mauresque" abritant des antilopes puis des okapis (1885),

Le temple grec abritant la collection de reptile (1901).

L’utilisation d’architecture éclectique en général ainsi que pour constituer des

enclos et habitats dans le zoo ne perdura que très peu au début du XXe siècle.

Un des exemples les plus tardifs et, pour cela, un des plus surprenants, est

celui des enclos en forme de case africaine bâti en 1935 au zoo de Genève.

Illustration page 55:

Bâtiments Éclectique


56

Panoramas, paysages factices et nature illusoire

Pour ce qui concerne la révolution suivante en terme d’aménagements et

d’expressions des zoos, je n’ai pas su trouver un genre ou style architectural

auquel la rattacher. Peut-être pourrait-elle être considérée comme une

amélioration de la technique et du degré d’illusion des installations similinaturelles

des pittoresques et romantiques, telles que les grottes et les étendues

d’eau artificielles. Aussi, peut-être, est elle simplement trop spécifique aux

jardins zoologiques et aux parc d'attractions pour recevoir un qualificatif

propre.

L'appellation panorama que j'utilise ici provient d’un brevet déposé en

1896 dont le nom complet est panorama des sciences naturelles et qui figure

un certain nombre de procédés, qui, même si ils étaient déjà connu des

paysagistes, sont ici mesurés de manière spécifique afin de convenir à des

exhibitions animales.

Nous pourrions décrire ces procédés, développés par Carl Hagenbeck et le

sculpteur zurichois Eggenschwyler et appliqués au zoo de Stellingen, de la

manière qui suit; il s’agit d’une installation reproduisant de manière factice

un territoire naturel sur lequel évoluent de manière apparemment libre

les animaux. Les limites séparant le parterre dévolu au public de celui des

bêtes, autrefois marqué par des grillages ou barreaux, sont rendues invisibles

par l’emploi d’un système de fossés, ce qui correspond à peu de chose près

à ce que l’on appelle communément un ha-ha, à la différence que le fossé

est dimensionné de manière à empêcher l’animal de le franchir. L’enclos et

les autres installations techniques liés à la détention de l’animal ne forment

plus ce que l’on pourrait appeler un bâtiment mais sont intégrés à l’intérieur

même du territoire artificiel, se soustrayant au regard du spectateurs. Ainsi,

tout est fait pour nous laisser croire que nous observons une scène en milieu

naturel: "tout aménagement et même toute classification, traces de l’homme,

doivent disparaître au profit du seul effet de l’animal, présenté en groupes dans un

environnement simulant la nature, parfois appelé « géozoo » " . 1

Ici l’assemblage décontextuel qui est opéré dans le jardin zoologique est

le fait de réunir en un seul lieu différents archétypes de paysages auxquels

correspondent les différents milieux d’origine des animaux, bien qu’ils ne

s’agissent encore que des aspects graphiques, morphologiques et, bien que

plus rarement, matériels d’un territoire qui sont reproduits dans ce cas de

figure.

1. Élisabeth Hardouin-Fugier.

zoos, histoire des jardins zoologiques

en occident (XVIe XXe siècle)

Illustration page 57:

Entrée du Tierpark Stellingen


58

Carl Hagenbeck et le zoo de Stellingen

Les membres de la famille Hagenbeck apparaissent comme des acteurs

indispensables dans l’histoire des zoos, mais aussi dans celle d’autres

réalisations qui ont trait à l’utilisation de l’animal dans le domaine du

divertissement spectaculaire: le cirque, le domptage et les parcs d’attraction.

Pour ne dire que quelques mots pour mieux situer le contexte, Carl

Hagenbeck, qui fonda le Tierpark de Stellingen 2 en 1907, hérita d’un grand

commerce d’animaux qui approvisionnait zoos et cirques.

Désireux de mettre en valeur les bêtes vouées au commerce et au domptage,

parmi lesquelles on compte par exemple des éléphants qui devaient servir au

Luna Park de Coney Island, et d'en tirer profit, il fonda dans une banlieue

de Hambourg son parc qui eut d’énormes influences sur le design futur des

jardins zoologiques.

Propriétaire d’un cirque et auteur d’une méthode de dressage, c’est précisément

le personnage le plus en lien avec le milieu du spectacle fantastique qui,

paradoxalement à première vue, fonda le parc se voulant la quintessence de

l’apparence naturelle. On pourrait, pour expliquer cela, émettre l’idée que

l’industrie du spectacle est précisément celle qui met en valeurs l’illusions en

développant des subterfuges. Par ailleurs, pour donner une idée des « show »

très prolifiques qui furent donnés au Tierpark de Stellingen, on peur évoquer

ce qui était appelé alors « spectacle ethnographique », dont témoigne encore

aujourd’hui le groupe sculpté dominant l’entrée du parc, et qui mettait en

scène des Amérindiens et des cowboys ou d’autres peuplades jugées dignes

d’un intérêt exotique.

Appliquant à Stellingen les principes déjà mentionnés, il fera établir

sur l’espace relativement petit qu’il avait à sa disposition une montagne

artificielle où les rochers domineront du haut de leurs 55 mètres un paysage

plat et formeront avec leurs quarante mille mètres cubes une formidable

extravagance géologique. Celle-ci sera divisée en deux parties principales: un

côté occupé par un paysage polaire obtenu en peignant le béton en blanc où

sont tenus des ours polaires et des pingouins et un autre formé à l’image d’un

paysage équatorial.

Le succès immense rencontré par ce parc auprès du public conduira l’équipe

de conception à concevoir un grand nombre de projets, telle l’entièreté du

jardin zoologique de Rome 3 , mais aussi aura une influence considérable sur

des projets comme le zoo de Vincennes à Paris.

2. Preuve de la grande influence

que porta ce zoo, l’expression

Tierpark deviendra dans la langue

allemande le terme employé pour

jardin zoologique.

3. Le jardin zoologique Rome qui

a rouvert ses portes sous une autre

appellation depuis peu de temps,

fut bâti en 1911 sur 12 héctares

au pied des monts Parioli (au delà

de la villa Borghèse). Pour ce parc,

l'équipe de Hagenbeck conçut

une reproduction miniaturisée

d'un sommet du Cervin.

A son propos, voir: Gustave Loisel.

Histoire des ménageries, de

l'antiquité à nos jours. Tome III;

p.295-297.

Illustration page 59:

Système de Hagenbeck: brevet


60

Forme liée à une approche subjective de l’animal

L’effet naturaliste voulu par ce type de jardin zoologique figurera comme le

plus opposé à toute approche objective de l'animal. Comme nous l’avons vu,

la classification est délibérément écartée, de plus, dans un grand nombre de

cas, ce type de présentation ne peut prétendre donner des informations sur

l’apparence de l’habitat naturel de tel ou tel animal, car le rocher, objet par

excellence de ce type de zoo, n’est pas réservé uniquement aux bouquetins

et autres animaux montagnards, mais aussi imposé aux habitants de toutes

sortes de milieux.

Élisabeth Hardouin-Fugier, auteur déjà citée dans ce texte, propose un

lien entre ce type d’aménagement et la naissance dans les musées d’histoire

naturelle de la mise en scène sous forme de dioramas 4 , suivant l’exemple du

musée biologique, panoramas de la vie animale créé en 1893 à Stockholm.

Ces dioramas, bien qu'empreints de plus de réalisme du point de vue

biologique que les panoramas du zoo de Stellingen, joueront eux aussi sur les

effets spectaculaires comme le présente la scénographie de la grande galerie de

l’évolution qui, en 1994, remplaça au Muséum l’ancienne galerie de zoologie.

Immersion

Dans les installations du parc Stellingen, nous voyons que, par subterfuge,

la clôture entre le parterre de l’animal et celui du public est effacée. Malgré

cela, nous sommes en présence de deux zones distinctes et la séparation

entre hommes et bêtes est maintenue. C’est une des données qui sera parfois

repensée dans des jardins zoologiques plus récents avec deux conséquences: la

première est d'offrir un plus grand degré d’immersion dans l’environnement

et le second est l’impression qu'a le public de pénétrer dans le domaine de

l’animal: un thème sur lequel l’accent est appuyé aujourd’hui. En effet, celuici

reflète le renversement que l’on aimerait percevoir dans notre rapport à la

nature en laissant penser qu’une plus grande dignité est conférée à l’animal

lorsque l'homme semble pénétrer un territoire qui ne lui appartient pas.

4. Diorama: une mise en scène qui

tente de reproduire l'environnement

habituel d'un spécimen.

Illustration page 61:

Tierpark Stellingen


62

« Milieu-média » et architecture performative

Une stratégie de formes employée dans une très large mesure dans la

conception de zoos contemporains est celle que nous avons héritée de

personnages tel que Frei Otto et qui, aujourd’hui, devient un champ

d’expérimentation important pour ceux qui travaillent sur les possibilités de

l’informatique dans le domaine de l’architecture.

Cette stratégie a pour principe de chercher à obtenir des formes par des

procédés analogues à ceux qui opèrent dans la nature. En quelque sorte, cette

méthode résulte du désir de supplanter la main de l’architecte lors du tracé

de l'objet, par un procéder de maximisation des performances, telles que

l’illustrent bien les expériences menées par Gaudi avec des chaînes lestées pour

la Sagrada Famila. Cette approche concerne également les formes géodésiques

ou cristallines très pures comme celles que développa Buckminster Fuller.

Ce type architectural, souvent accompagné d'une savante étude de contrôle et

de transformation du climat intérieur, est de plus en plus fréquemment utilisé

pour des structures accueillant des animaux ou/et des végétaux. L'évocation

qu'elle propose du monde organique ou minéral et qui offre un lien avec les

occupants n'y est certainement pas pour rien.

Ces structures minimisent en quelque sorte la main mise culturelle de

l'homme sur la nature; mu par la volonté d'établir une idéale bulle climatique,

elles se réduisent à la plus simple expression technique et se dépouillent d'un

langage surajouté. C'est aussi en cela que les plus récentes de ces structures

rencontrent la tendance actuel à vouloir minimiser l'intervention sur la

nature, ce qui est bien entendu un fait largement contradictoire pour un zoo

d'autant plus lorsqu'il s'agit de recréer un climat.

C'est par cette collection de climats en bulles que ces type de jardin

zoologique ou botanique rencontre le thème de la décontextualisation. En

Suisse, le simple exemple la papillonneraie à Kerzers accumule sous différentes

bulles, un biotope tout à fait improbable ou la faune ne se compose que

d'une multitudes d'espèces de papillons présents tout au long de l'année dans

un climat chaud et humide qui est maintenu constant; un nocturama qui,

pour notre bon vouloir, inverse le cycle du jour et la nuit sur un échantillon

de foret tropicale; un dernier dôme se propose comme "une copie exacte de

Shipstern, une zone protégée de 11'000 hectares par le Papiliorama au Belize"

prétendant pouvoir recréer avec précisions les conditions naturelle; La forêt

tropicale sèche, les mangroves et l’étang des orchidées offrent un dépaysement total,

sans long voyage. *

Illustration pages précédentes:

Montagne artificielle

* http://www.papiliorama.ch/

Consultation decembre 2009.

Illustration page 63:

Papillonneraie



Ce n'est pas dans la ville qu'il faudra chercher

les figures de l'urbanisme. Un des lieux où elles

deviennent manifestes est le jardin. (...)

{le jardin} à toujours été la métaphore de la ville

et de la société, lieu désigné pour préfigurer une

société réputée bien ordonnée et en exprimer

l'idéologie. (...) Dans le jardin on représente

et on expérimente à la fois la portée théorique

et les limites des nouvelles idées. Dans l'espace

totalement ouvert au projet qu'est le jardin, plus

que dans la ville toujours soumise à l'existant, il

est possible d'anticiper et de prendre une juste

distance critique à l'égard de ces idées.

Bernardo Secchi. Première leçon d'urbanisme. P.21.


66

Proposition d'une démarche projectuelle

Le cas de la ville d'Anvers et de son jardin zoologique ont servi d'inspiration

pour la majeure partie des questions et des thèmes que j'ai développés dans ce

texte, en conséquence de quoi, il n'est pas étonnant qu'ils ressortent comme

des archétypes de ceux-ci:

Le zoo d'Anvers est aujourd'hui au centre de la ville telle une enclave de

onze hectares de terrain; le plan du jardin est pittoresque et les bâtiments qui

l'emplissent sont tous d'une singularité remarquable. Il contient même une

petite montagne, peut-être une des plus grandes de Belgique, qui forme un

paysage surprenant avec la gare et les bâtiments de son proche environnement.

C'est assez naturellement que j'aimerais proposer la ville d'Anvers pour la

partie "projectuelle" du travail de diplôme même si le caractère protégé de

son zoo et bien d'autres critères et conditions rendraient peut-être un projet

peu plausible en tant qu'intervention réalisable, ce site est apte à fournir un

contexte riche pour le développement des propositions théoriques.

Je propose d'étudier le projet en posant en premier lieu la question de savoir

comment serait-ce si telle ou tel intervention physique avait lieu ? Et en

second lieu de quelles manières les intervenants pourraient-ils agir, de quels

moyens et de quelle marge de manoeuvre disposeraient-ils?

Indépendamment du choix du site et de la question de savoir si le projet

aura un caractère utopique ou pragmatique, j'envisage la prochaine phase de

mon étude de la manière suivante: si dans la phase théorique j'ai identifié une

thématique pour le zoo - celle de la décontextualisation et de l'assemblage -

, la phase pratique devrait débuter en recherchant la manière d'y répondre

au travers d'une intervention construite. En cherchant à adapter un site

aux représentations contemporaines, est-ce que l'architecte contribue à

l'assemblage en y rajoutant un élément? Ou, est-ce que cet architecte, ayant

à sa disposition tout un corps d'éléments disparates, aurait pour mission

de redéfinir les termes de l'assemblage en intervenant, par exemple, sur la

manière, dont nous percevons chacun des éléments? Est-ce que l'intervention

la plus apte à fournir un lien entre la ville et son zoo devrait émané de la vile

ou du zoo?

Lorsque j'ai proposé pour la première fois le site d'Anvers pour réaliser la

partie pratique de mon travail, j'avais en vue le site stratégique qu'offrait

des maisons en ordre contiguë construites en limites du zoo sur deux rues

adjacentes. C'était une situation qui me semblait vraiment approprié pour

Illustration page précédente:

Ville d'Anvers vue de son zoo


1. B.Secchi, P.Viganò. Antwerp,

territory of a new modernity. 2009.

Sun. Amsterdam.

traité du rapport de la ville au zoo et dans laquelle j'imaginai assez bien

proposer un quartier d'habitation ou certains services dans une configuration

offrant une plus grande perméabilité entre les deux mondes.

Je ne m'étais malheureusement pas informé des dernières transformations

projetées et lorsque je revins à Anvers je fus assez surpris de voir que, le site

que j'avais élu, était pris dans un immense chantier.

Il me semble, bien entendu, qu'un site en travaux n'est pas particulièrement

adapter pour le travail pratique

Bien que depuis cette malencontreuse déception plusieurs lieux dans la ville

d'Anvers et plusieurs programmes liés à mon thème me soient apparut, il

m'a semblé un peu précoce de les exposé dans ce document au vu du peu

d'information que je détiens à leur propos.

Pour clore cette recherche j'aimerais, dans les pages qui suivent, apporter

quelques documentations et commentaires sur le jardin zoologique d'Anvers

ainsi que sur la ville elle-même.

Par ailleurs, une excellente étude sur la ville d'Anvers, menée par le bureau de

Bernardo Secchi et Paola Viganò, étude dont la finalité était la proposition

d'un nouveau "masterplan" vient de faire l'objet d'une publication*

et j'aimerai pouvoir m'appuyer sur les thèmes qui y sont traité lors du

développement du projet.

67


68

Le jardin zoologique et la ville d'Anvers

Statut de l'institution

Le jardin zoologique d'Anvers a été fondé le 21 juillet 1843 par la Société

Royale de Zoologie d'Anvers et est dirigé depuis lors par cette dernière.

Son statut légal est celui d'une société anonyme. La description de cette

forme de société, loin d'être une information superflue, doit être remis dans le

contexte spécifique de son époque pour devenir révélatrice. En effet, Jusque

dans la seconde moitié du XIXe siècle cette structure économique demeure

rarissime et participe à une transition importante vers la libéralisation des

régimes juridiques des entreprises.

Au delà de cet aspect novateur et expérimental, le statut de la société dénote

du très large investissement nécessaire à la constitution d'un jardin zoologique

et de la présence d'un groupe issu de la bourgeoisie, qui, tels les membre d'un

club, participent ensemble à un projet afin d'assouvir leurs intérêts pour les

sciences naturelles dont l'étude était devenues un passe-temps privilégié, mais

aussi, leur envie de constituer un lieu mondain dans lequel ils puissent se

montrer et employer leur temps libre nouvellement acquis.

J'ai dis que les sociétaires formaient une espèce de club, car loin de l'image

un peu clichée qu'offrent actuellement les immenses société d'actionnaires

dont les membres sont inconnus et leur relation à l'entreprise très abstraite,

ceux-ci étaient encore relativement peu nombreux et pouvaient ressentir

effectivement un sentiment de possession face à l'entreprise (ils sont

effectivement copropriétaires comme le rappelle l'extrait qui va suivre).

Par ailleurs et comme de nombreux autres jardins zoologiques au XIXe

siècle, celui d'Anvers était à ses début un endroit sélectif envers son public,

en n'admettant généralement l'entrée qu'à ses propres sociétaires; ce qui

permettaient d'une part, d'éviter les intrus et, d'autre part, d'attirer les

actionnaires et leur capitaux en renvoyant l'image d'un lieu exclusif.

Pour témoigner, par le regard d'un contemporain, du statut particulier de

cette entreprise, voici un extrait d'une description dans laquelle l'auteur vante

les mérites du système économique de ce zoo: 1

En France, où la force d'initiative de l'état est considérable, le Muséum d'histoire

naturelle est sorti d'un décret de la convention nationale; en Angleterre et en

Belgique au contraire, où le pouvoir central n'intervient que dans les intérêts

collectifs du pays, où l'initiative des mesures d'utilité locale appartient tout

entière aux villes et aux particuliers, les jardins zoologiques ont été créés par des

compagnies. (...)

1. Alphonse Esquiros. Des Jardins

zoologiques pour l’acclimatation

des animaux. Revue des Deux

Mondes, 15 novembre 1854,

XXIVe Année, Tome Huitième,

p.688-716.

Illustration page 65:

Jardin zoologique d'Anvers


70

L'origine et la constitution économique de la société d'histoire naturelle d'Anvers

sont des souvenirs qu'on aime à évoquer au milieu du jardin qui est sa création.

C'était en 1843. Une société se constitua, ayant à sa tête huit principaux membres.

Un naturaliste, M. Kets, fut nommé directeur perpétuel de l'établissement qu'on

allait fonder. Un emprunt de 100,000 francs, dont les actions furent souscrites par

les habitants d'Anvers, devait être consacré à l'achat du terrain et à la construction

des premiers bâtiments. Le terrain a été agrandi en 1847, et les travaux intérieurs

se sont successivement élevés. Voilà pour la fondation; voici maintenant pour

l'entretien actuel de l'établissement. Les frais du jardin zoologique d'Anvers

montent aujourd'hui à près de 100,000 francs par année. Cette somme est fournie

: 1° par la rétribution d'un franc d'entrée que la société prélève sur les visiteurs;

2° par la vente d'oiseaux exotiques et d'autres animaux, pour la plupart nés

dans l'établissement; 3° par une cotisation annuelle de 25 francs, que versent

les sociétaires et par l'apport d'une somme de 20 francs, une fois payée à leur

entrée dans l'association. Le nombre des visiteurs est considérable, et la société

d'histoire naturelle compte maintenant deux mille cinq cents membres. On voit

que la situation est prospère.

L'acquisition des animaux est favorisée par les relations établies entre certains

sociétaires et les capitaines de vaisseaux. C'est à qui, parmi les membres de la

société, se servira de ses influences pour obtenir à prix réduits les exemplaires

vivants que les navires amènent dans le port; plusieurs dons sont même arrivés

par cette voie au jardin zoologique. Chacun des associés, se considérant comme

copropriétaire de l'œuvre, met une sorte d'amour-propre à cultiver la prospérité de

l'établissement, à accroître et à entretenir les collections.

Notons tout de même, pour nuancé ce portrait enthousiaste du capitalisme

naissant, que les trois autres zoos fondé en Belgique au XIXe en prenant

exemple sur la formule économique d'Anvers; celui de Bruxelle (1851-1879),

celui de Gand (1852-1904) et celui de Liège qui disparaît lors de l'édification

de l'exposition internationale de 1905, ne survivront pas jusqu'à la fin du

siècle et engloutiront d'énormes capitaux. 2

Aujourd'hui le zoo d'Anvers, bien qu'il contribue à des missions scientifiques

et à des missions de sauvegarde de l'environnement de manière importante,

est obligé de mettre une certaine priorité sur la prospérité économique et

le marketing, car il doit répondre à une foule d'actionnaires dont les liens

avec l'entreprise sont souvent uniquement monétaire et donc abstrait. Les

directeurs contemporains, loin d'être sélectionnés comme leurs prédécesseurs

parmi des scientifiques, sont des spécialistes formés dans le domaine du

marketing et de l'économie. 3

2. A. Brauman & M. Demanet.

Le parc Léopold 1850-1950, le zoo,

la cité scientifique et la ville. 1985.

Archives d'Architecture Moderne.

Bruxelle

3. http://www.dierentuinen.be/

news.asp?nid=922

Consultation décembre 2009


4. cité par: A. Brauman & M.

Demanet. Le parc Léopold 1850-

1950, le zoo, la cité scientifique et

la ville. 1985. Archives d'Architecture

Moderne. Bruxelle. p.16

5. Jaques Kets (1785-1865) était

un zoologiste et botaniste flamand

qui dirigea le zoo de 1843 à 1865.

Pratiquant la taxidermie, les animaux

naturalisés de sa collection

seront les premiers à animer le jardin

zoologique avant l'arrivée de

bêtes vivantes.

6. M. Harvey. Rembrandt Bugatti,

A great animal sculptor (1885-

1916). Article publié dans le

volume collectif dirigé par Cécil

Kruyfhooft: Zoom op zoo: Antwerp

zoo focusing on Arts and Sciences.

Koninklijke Maatschappij voor

Dierkunde van Antwerpen. 1985

Intention d'usages; science, mondanité et art

Les fondateurs définirent de la manière suivante la mission de l'établissement;

"propager de manière agréable le goût et les connaissances de l'histoire naturelle,

d'en faciliter l'étude aux membres de la société ainsi qu'aux élèves de l'Académie

Royale des Beaux-Arts, et aux élèves de L'Ecole de Médecine et de l'Athénée

d'Anvers" 4

Entre les fonctions proclamées et la pratique réel du zoo subsiste un écart

considérable: l'aspect scientifique est mis en avant dans les statuts sociétaires

et aussi par la condition que fixa Jacques Kets 5 à sa nomination en tant que

premier directeur du zoo; celle d'y adjoindre un musée d'histoire naturelle.

On peut aisément percevoir le dessein sous-jacent que cette demande

proclamait; celle de fondé une véritable cité scientifique dont un premier

modèle pourrait être l'utopie qu'a présenté Francis Bacon dans son roman la

nouvelle Atlantide et un second l'ensemble que forme le Muséum et du jardin

des plantes à Paris. Le bâtiment qui abrita les collections d'histoire naturelle à

été effectivement inauguré en 1844.

Pourtant, l'action des savants n'est pas des plus déterminante pour

l'orientation du jardin zoologique. La contribution au domaine culturel est

plus diffuse; restant dirigé par les intérêt de l'élite mondaine; le zoo semble

demeurer dans ces premiers temps principalement un parc voué aux loisirs et

aux festivités.

Pour donner un exemple important de ceux-ci; des concerts sont organisé dans

le jardin abrités par un kiosque de grande dimension, puis, afin d'accueillir

proprement les concerts philharmoniques tout au long de l'année et de créer

un véritable palais mondain, le bâtiment du musée d'histoire naturelle sera

finalement détruit et remplacer par l'ensemble fastueux de la salle des fêtes, de

la salle des marbres et du jardin d'hiver.

Dans le domaine des arts, le jardin zoologique s'est fait une certaine réputation

en fournissant un lieu d'étude pour des artistes. Parmi ceux-ci, le plus célèbre

est certainement Rembrandt Bugatti avec lequel la société zoologique avait

des relations importantes (organisation d'exposition, achat de pièces. etc) 6

le jardin zoologique et le port

La situation qu'offre le port d'Anvers à certainement joué un rôle important

dans le succès de l'entreprise en lui permettant de se procuré de manière aisée

71


72

des bêtes: tout d'abord dans le but de se fournir les animaux dont elle avait

besoin, la société zoologique proposa aux capitaines et armateurs de ramener

des bêtes exotiques de leurs voyages contre payement. Puis, face aux nombre

important d'animaux qui pouvait être ramenés de manière très efficace par

ce moyen, le jardin zoologique commença à en organiser la revente auprès

des marchands et amateurs; ce qui constituera une part importante de son

activité et de son bénéfice. 7

Situation territoriale

Au temps de sa fondation en 1843 le terrain du jardin zoologique était situé

à l'extérieur des remparts de la ville et sa surface, qui a atteint au fil du temps

onze hectares, n'en couvrait alors que deux.

Bien que le zoo entretenait dès ses début un voisinage avec les installations

ferroviaires et le terminus de la ligne reliant Bruxelles, Malines et Anvers

(inaugurée en 1836), sa situation territoriale sera bouleversée par l'édification

d'une nouvelle gare entre 1895 et 1905: une figure monumentale qui

délimite toute la longueur d'un côtés du jardin zoologique, lui conférant un

arrière plan dominant (la couverture des voies atteint quarante-trois mètres

de haut alors que la gare à proprement parler culmine à septante-cinq mètres

avec le sommet de son dôme central) Loisel commente cette transformation

en écrivant par rapport au terrain initial du zoo : Un site qui a été défloré

beaucoup, depuis, par la construction adjacente d'une gare monumentale. 8

Quoique il en soit, le projet de la gare et de la Astridplein (la place devant

la gare) constituent des objets prédominants qui; bien qu'ils rendent par

comparaison à leur ampleur l'entrée du zoo relativement minime, offrent une

mise en scène sur un emplacement stratégique.

Aujourd'hui suite aux dernières transformations de la gare centrale parmi

lesquelles, entres la construction d'un nouveau bâtiment d'accès à la gare,

le zoo est encore plus cadré par celle-ci, sans pour autant qu'une nouvelle

relation entre les deux ensembles soit définie. Au contraire, le zoo a édifié

une nouvelle palissade pour masquer la vue que pourrait avoir les voyageurs

depuis les quais.

Le reste du pourtour du zoo est formé par les rues Carotstraat;

Ommeganckstraat et; Ploegstraat.

7. G. Loisel. Histoire des ménageries

de l'antiquité à nos jours. Laurens.

Paris 1912. Tome III; p. 284

8. G. Loisel. Histoire des ménageries

de l'antiquité à nos jours. Laurens.

Paris 1912. Tome III.


Situation actuel et projets.

La Société Royale de Zoologie d'Anvers dirige depuis 1956 un second parc

zoologique de 40 hectares à Planckendael. Elle possède aussi un département

spécifique pour les missions scientifiques et de conservation nommé Centre

for Research and Conservation (CRC) financé par le gouvernement flamand.

En 1952, elle achète des terrains (96 hectares) pour former la réserve naturelle

"De Zegge" à Geel qu'elle gère depuis.

En 1983, les bâtiments ainsi que le parc du jardin zoologique d'Anvers sont

classés comme monument protégé.

Fin 2006, le zoo à lancé un appel ouvert pour la conception et la

concrétisation d'un nouveau master plan sur une durée de 10 ans avec un

budget de 30 millions d'euros. Principalement il s'agit d'une expansion de

terrain (10% de plus par rapport à la surface antérieure) gagné sur les côtés de

l'Ommeganckstraat et de la Ploegstraat. Pour effectuer cela, la société royale

de zoologie d'Anvers a racheté sur un trentaine d'année la plus grande partie

des maisons adjacentes de ces rues (31 habitations).

Au début de l'année 2007, le bureau d’architectes gantois Robbrecht et Daem

a été sélectionné parmi les 105 bureaux portés candidats au concours.

Les premiers aménagements sur cette zone, effectués sur un court terme, ont

répondu au besoin de créer plus d'espace libre pour les girafes et les okapis

espèces pour lesquelles le zoo ne répondait pas aux normes.

Un nouveau mur à été bâti le long des rues ou les démolitions ont été

effectuées. Quelques légers percements sur cette palissade permettent

d'obtenir une vue sur un bâtiment ou des animaux dociles depuis la rue.

73


74

Elements principaux du zoo

Divers époques et styles ont contribué à l'assemblage très hétéroclite que

constitue ce jardin zoologique. Pour en donner un aperçu, on peut en dressé

ce catalogue partiel (illustrations aux pages suivantes):

1) Première entrée du jardin. Datant de 1843 et située Ommeganckstraart.

Elle est toujours employée pour les véhicule de service.

2) Le Muséum; bâtit en 1844, il contenait les collections naturalisée. Il sera

détruit pour être remplacer par le "palais des fêtes" en 1897

3) Le "Temple égyptien" érigé en 1856 sur les plans de Charles Sevais,

Construction de plan basilical qui adopte le style égyptien en invoquant la

raison que celui-ci est bien adapté aux proportion monumentale des animaux

qui doivent l'occuper.

4) "Mosquée des Antilopes", le bâtiment original datant 1861 à été détruit en

1944 lors de la guerre. Il a été rebâti en style mauresque.

5) Le "kiosque" ; édifice présent dès les début set qui servi de scène pour les

concerts dans le parc. Son apparence à été remaniée au cour du temps.

6) Le "pavillon des oiseaux" ; bâtiment conçu par E. Vogel Thielens et

construit en 1893. Comme de nombreux bâtiment de ce jardin zoologique il

a été détruit durant la guerre. Il est reconstruit en 1948.

7) Le "palais des fêtes" est un complexe inauguré en 1897. Il comporte la

salle des fête, les salles de réceptions, des galeries d'expositions, un restaurant,

le nouveau musée et le jardin d'hiver. Architecte; E. Thielens. Période art

nouveau.

8) Le bâtiment administratif . Contemporain au palais des fêtes, il est accolé

à ce dernier ainsi qu'à l'entrée actuelle du jardin. Ce bâtiment est surplombé

par la sculpture de Walter Vaes représentant un chameau et son jeune

conducteur.

9) Entrée actuelle du jardin. Bâtit en 1904, conçut par les architectes; E.

Thielens et E. De Averbeke. Mosaïques; H. Verbuecken. Période art nouveau.


10)"La laiterie", édifice construit à l'image d'une demeure flamande en 1898.

Elle comportait à l'origine une laiterie moderne, des étables et une salle de

dégustation du lait. Progressivement, sont usage initial sera abandonné et elle

servira pour tenir des cours de zoologie ainsi qu'à la formation des employés

et guides du zoo.

11) Aquarium (1910) construit à l'apparence d'une grotte dans un massif

dominer par la maison des reptiles

12) Temple des Reptiles, pastichant l'image d'un temple grec.

13) "Maison des singes", remplacée en 1958 par le "bâtiment des

anthropoïdes"

14) "Maison des ours" édifice démolit en 1972, remplacé par un nouvel

enclos.

15) "Palais des fauves" démolit en 1967 pour laisser la place au "complexe

jubilaire" Les statuts de lions de A. Van Beurden qui soutiennent le porche tel

des cariatides ont été réutilisées et sont maintenant à l'entrée du zoo.

16) "Complexe jubilaire" : Ensemble comprenant des enclos pour les rapaces

et les dauphins ainsi que le "nocturama" construit en 1968 à l'occasion du

125e anniversaire du zoo. Au même titre que la superposition de l'aquarium

et du "Temple des reptiles", ce complexe s'articule sur plusieurs étages afin

d'exploiter au mieux l'espace relativement petit du jardin zoologique.

75


1.

3.* 3.

4.* 4.* Avant destruction 4. Actuel

1.*


2.* 2.*

3.* 3.*

5. Ancien Kiosque 5. Nouveau Kiosque


78

5.* État avant destruction 5.* État avant destruction

6.* Jardin d'hiver 6.*

10.*


5. État actuel 6.* Palais des fêtes 6. Musée

7.* Salle des marbres 8.*

11.* 11.* 11.

79


12.* Gallerie ~1910 12.* Gallerie état actuel

80

13.* 13.*

14.* 15.*


12.*

13.* 13. État actuel

15.*

81


82

1960


1970

83


84

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Loisel, Gustave. Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours. Tome I;

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Loisel, Gustave. Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours. Tome II;

Temps modernes XVIIe et XVIIIe siècle. Henri Laurens & Octave Doin. Paris

1912.

Loisel, Gustave. Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours. Tome III;

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de théorie de l'architecture. EPFL. Lausanne, version 2002.

85


86

Illustration :

Illustration page 5: Jardin des plantes.

(Images modifiée) Jules, Louis et Henri Séeberger. Dans: (Collectif). Le jardin des plantes : Muséum

national d’histoire naturelle. 2006. P.148 et P.94.

Illustration page 9: Entrée du zoo d'Anvers.

(Images modifiée) Beeldbank van de Zoo Antwerpen (archive). anonyme.

< http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

Illustration page 11: Le zoo et la ville 1.

Plan de Rome. 1748. Giambattista Nolli. Tirées de: < http://nolli.uoregon.edu/map/index.html >

Photochrome de la façade du château de Neuschwanstein (entre 1890-1905). Tirée de: Bibliothèque du

Congrès des États-Unis : < http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ppmsca.00179 >

Plan d'une serre. Dans: Brauman, Annick & Demanet, Marie. Le parc Léopold 1850-1950 .P.94

Les autres images: (Auteurs inconnus) Beeldbank van de Zoo Antwerpen (archives)

< http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

Illustration page 13: Le zoo et la ville 2.

Plan de Rome. 1748. Giambattista Nolli. Tirées de: < http://nolli.uoregon.edu/map/index.html >

Animal Print Cotton Texture. Pareeerica: < www.flickr.com/photos/8078381@N03/2238660292 >

Caroline Cornu. Dessins.

Illustration page 15: Le zoo et la ville 3.

Animaux vectoriels. < www.vectorvalley.com >

Illustration page 24-25: Le zoo à travers ses affiches.

Affiches du zoos d'Anvers. (Auteurs inconnus) Beeldbank van de Zoo Antwerpen (archives)

< http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

Affiche "New York aquarium" Dans: Collectif. New worlds, new animals from menagerie to zoological

park in the nineteenth century. p.105

Affiche du Zoo de Zürich, photo Marlis Zimmerman.

Illustration page 27: Jardin d'acclimatation de la reine Hatsou.

(Images modifiée) Edouard Naville. Dans Loisel, Gustave. Histoire des ménageries de l'antiquité à nos

jours. Tome I; Antiquité - Moyen âge - Renaissance.

Illustration page 31: Le cabinet de curiosités.

Jean-Baptiste Cortonne. Dans: (Collectif). Le jardin des plantes : Muséum national d’histoire naturelle.

2006. P.126

Illustration page 35: Public au zoo d'Anvers.

(Auteur inconnu) Beeldbank van de Zoo Antwerpen (archives) < http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

Illustration page 39: Ménagerie de Versailles.

(Images modifiée) Originaux dans: Loisel, Gustave. Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours.

Tome II; Temps modernes XVIIe et XVIIIe siècle.

Illustration page 41: Ménagerie du Belvédère, Kalsruhe.

Michael Greenhalgh. Badisches landesmuseum, karlsruhe plan < http://hdl.handle.net/1885/23670 >

Vue de la ménagerie du belvédère. dans Loisel, Gustave. Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours.

Tome II; Temps modernes XVIIe et XVIIIe siècle.

Illustration page 45.

Estampe coloriée par Nicolas Huet. La vallée suisse, jardin anglais. 1805 et Charles Motte. Jardin du roi.

Lithographie. 1820. Dans: (Collectif). Le jardin des plantes : Muséum national d’histoire naturelle.

2006. P.94. et p.97


Illustration page 48-49.

Dans : Boitard, Pierre. Manuel de l’architecte des jardins, ou, L’art de les composer et de les décorer.

Illustration page 51.

Animal Print Cotton Texture. Pareeerica: < www.flickr.com/photos/8078381@N03/2238660292 >

Illustration page 53.

Animal Print Cotton Texture. Pareeerica: < www.flickr.com/photos/8078381@N03/2238660292 >

Photo: Bautsch. < fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Schloss_Pfaueninsel_Nordosten.jpg >

Carl Eduard Ferdinand Blechen. Das Palmenhaus auf der Pfaueninsel. 1832.

Illustration page 55.

(Photos modifiées) Bâtiments du zoo d'Anvers (Auteurs inconnus) Beeldbank van de Zoo Antwerpen

(archives) < http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

(Photos modifiées) Bâtiments du zoo de Berlin. Photos: Actien-Verein des zoologischen Garten zu Berlin.

Dans Loisel, Gustave. Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours. Tome III; Epoque contemporaine

XIXe et XXe siècles. P.235.

Illustration page 57.

(Photo modifiée) (Auteur inconnu) Beeldbank van de Zoo Antwerpen (archives)

< http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

Illustration page 59.

Patent. Heinrich, Hagenbeck, Lorenz, Hagenbeck, 1924, Animal inclosure, United States.

< www.freepatentsonline.com/1508318.html >

Illustration page 61.

Photos (Auteurs inconnus) Beeldbank van de Zoo Antwerpen (archives)

< http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

Photos: dans: Loisel, Gustave. Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours. Tome III; Epoque contemporaine

XIXe et XXe siècles.

Illustration page 63.

Photo personnelle

Illustration page 65.

Photo personnelle

Illustration page 69.

Auteur inconnu. Beeldbank van de Zoo Antwerpen (archives)

< http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

Illustration page 76-81.

Pour les images munie d'un astérisque: Auteurs inconnus. Beeldbank van de Zoo Antwerpen (archives)

< http://antwerpen-zoo.pictura-dp.nl/ >

Autrement: photos personnelles

Illustration page 82-83.

Photo aérienne: < www.bing.com/maps >

Plans. Dans Secchi, Bernardo & Viganò, Paola. Antwerp, territory of a new modernity.

Illustration page 88-89.

photos personelles

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