Trois hommes: Pascal, Ibsen, Dostoïevski

booksnow2.scholarsportal.info

Trois hommes: Pascal, Ibsen, Dostoïevski

A PORT-ROYAL

Un jour que le tumulte de la calomnie et des

invectives s'était répandu le plus insolemment

dans Paris, et troublait le plus cette ville injurieuse,

M. de Séipse, incapable de le subir plus longtemps,

prit parti de le fuir, et s'en fut à la campagne.

M. de Séipse souffrait, en effet, du désordre

comme d'une injure personnelle, que son temps

lui eût faite, et que tout le peuple eût conspiré à

lui faire. Une profonde colère, froide et secrète,

le dévorait de sentir en lui-même la puissance de

l'ordre, de s'en connaître la volonté, et de savoir

qu'elle dût être sans effet. Le pouvoir d'un homme

est la moyenne de ce qu'il peut lui-même, et de

ce que les circonstances lui permettent, — l'accord

de sa force propre avec la fatalité des événements.

C'est pourquoi tout homme puissant s'est toujours

senti à deux doigts de ne pas l'être ; et il appelle

son étoile ce bonheur de l'accident, qui ne suffit

More magazines by this user
Similar magazines