Trois hommes: Pascal, Ibsen, Dostoïevski

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Trois hommes: Pascal, Ibsen, Dostoïevski

PASCAL 29

leur suffit de ne se point voir passer. Peu de gens

vivent dans la vue de ce terme où ils doivent aller.

Et ceux qui l'entrevoient, comme on fait d'une

croix en haut d'un tertre, entre deux routes, en

Bretagne, détournent les yeux de ce sentier.

" La médiocrité, qui conserve le monde, est la

même vanité qui sauve les hommes. Car tous les

hommes vivent de vanité. S'ils n'avaient pas mille

petits soins, ils n'en auraient qu'un seul, qui les

tuerait. C'est pourquoi ils l'évitent : sinon eux, le

misérable et magnifique instinct qui les attache à

ce qu'ils sont. Ils veulent vivre ; et n'en ont pas

de raison plus forte, à la vérité, sinon qu'ils le

veulent. Admirons encore ici un des coups de la

nature, ce tyran qui fait chérir et désirer sa tyrannie.

" Ceux qui ne sont médiocres en rien, ni par le

cœur ni par l'esprit, se portent bientôt à contem-

pler deux abîmes : le néant du monde et le néant

de soi. La plupart des grandes âmes s'arrêtent à

l'un des deux précipices, qu'elles comblent en y

jetant l'autre. Et, à ne rien dissimuler, peut-être

ne peut-on vivre à moins d'un parti héroïque. Il

faut prendre parti pour le monde contre soi, ou

pour soi contre le monde. On ne se tire pas à

moins de cet espace efîrayant où règne le vide, et

où il a toutes les dimensions de l'esprit, qui sont

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