Trois hommes: Pascal, Ibsen, Dostoïevski

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Trois hommes: Pascal, Ibsen, Dostoïevski

PASCAL 35

arrêté dans la mort, tout l'ennui de la vie : de

cette tristesse indicible, la mort a fait, ici, une

passion. Les traits de Pascal ont dû être en perpétuel

mouvement : la force de cet esprit et sa

volonté dédaigneuse, toujours agissantes et toujours

inquiètes pendant la vie, ne sont fixées que là.

Dans la mer de ce cœur passionné, la mort enfin

a jeté l'ancre. Un trait singulier est celui des

paupières abaissées, dont les bords paraissent

s'entr'ouvrir, et dont l'épaisseur surprend ; c'est

que la cire, qu'on y mit pour défendre les cils

contre la brûlure du plâtre, a fait corps avec lui,

et l'empreinte étrange en est restée au masque.

Ainsi cet ennui sans bornes, ce parfait dédain dans

la sérénité du repos, semblent sourire. Et rien

n'est plus émouvant pour la pensée que cette paix

sereine de Pascal entre les mains de la mort : elle

contemple la douceur du salut, au sein de la

volonté divine, et sourit désormais à son mépris

même de la vie, et de toutes les misères qui tour-

mentent cette malade.

" Quel homme en France, pensait M. de Séipse,

fut jamais l'égal de celui-là.'' — Il a été le plus

grand ; car il a eu les grandeurs de presque tous

les autres. Il est à la fois le poète, le saint et le

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