ANGERS (49), SEGPA Collège Félix Landreau - 5e E
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Le billet de la rédaction<br />
D a n s l e s<br />
archives de la mémoire<br />
de notre enseignant nous<br />
avons cherché et retrouvé<br />
des informations sur ce<br />
fameux crémet! Un jour<br />
est arrivé comme un<br />
vague souvenir des temps<br />
passés, la recette écrite<br />
de la main de sa maman<br />
(dernière page).<br />
Nous avions des<br />
indices: qui dit crémet dit<br />
crème, lait, vache, qui dit<br />
Anjou dit Angers Maine<br />
et Loire.<br />
A l o r s n o u s<br />
sommes partis à la<br />
découverte de ce trésor<br />
local et avons exploré<br />
toutes les pistes:<br />
historique, géographique,<br />
scientifique, littéraire,<br />
gastronomique …..!<br />
Numéro 27 - Juillet 1995<br />
Editorial, Marc BERARDI ................................................ Page 2<br />
Annonce de la parution d'un Numéro Spécial:<br />
"Baugé le Vieux" de André-Jean GIRAULT .................... Page 3<br />
Le château de Vaux à Miré: le souvenir de Jean Bourré<br />
- André CONSTANTIN ................................................ Page 71<br />
Souvenirs et nostalgie à propos du Crémet d'Anjou<br />
- André-Jean GIRAULT ................................................ Page 75<br />
Les Rairies: un village industrieux, entre 1865 et 1914 (3): un<br />
village au travail; briquetiers et perreyeux -<br />
Brigitte VILLOUTREIX ............................................... Page 78<br />
Sur la route du crémet d’Anjou<br />
« Un régal des dieux »<br />
« Ami , la douceur angevine se retrouve dans sa cuisine »<br />
Curnowsky 1921<br />
N ous i ro ns<br />
découvrir:<br />
u n e f e r m e<br />
pédagogique pour les<br />
produits laitiers,<br />
visiter une exposition<br />
sur une auberge en<br />
Anjou au siècle<br />
dernier,<br />
explorer les coulisses<br />
d’un restaurant<br />
angevin le bien<br />
nommé « Crémet<br />
d’Anjou »,<br />
envahir les cuisines<br />
de notre collège pour<br />
fa bri quer notre<br />
c r é m e t ( e t l e<br />
déguster!).<br />
les sites du Net<br />
offrant des réponses<br />
à nos questions, qui,<br />
q u o i , q u a n d ,<br />
comment<br />
au fait qui est ce<br />
Curnowsky cité?<br />
Exclusif! Sur Internet, un article très intéressant sur le crémet d’Anjou dans une revue locale, les<br />
Cahiers du Baugeois. Cet article est rédigé par Mr André-Jean Girault tombé tout petit dans les crémets.<br />
Dans « Souvenirs et<br />
nostalgie à propos du<br />
Crémet d'Anjou ».<br />
Le fameux<br />
Crémet d'Anjou<br />
q u i d e v a i t<br />
connaître tant de<br />
succès et qui était en<br />
vogue il y a plus d'un<br />
demi-siècle vit-il le jour<br />
par erreur ?<br />
Voir pages 3 & 4<br />
Petit journal réalisé<br />
par la classe de 5E de la <strong>SEGPA</strong> <strong>Collège</strong> <strong>Félix</strong> <strong>Landreau</strong><br />
Nouveau sujet autour de la cuisine, du patrimoine et du savoir<br />
-faire! Pour nous orienter dans notre travail, le choix d’un livre de<br />
cuisine sur l’Anjou semblait judicieux ce fut « Cuisine de l’Anjou »*:<br />
« Brochet de Loire au beurre blanc, fricassée de poulet à l’angevine, pâté de<br />
prunes, toutes ces spécialités de la gastronomie angevine composent un<br />
excellent repas, qui pour être parfait ne se terminait pas sans d’onctueux et<br />
légers crémets d’Angers ou d’Anjou …… » .<br />
Ce dessert nous a intrigué ! Aussi après être partis l’an passé<br />
sur les traces ce <strong>Félix</strong> <strong>Landreau</strong>, nous voici sur la route d’un plat<br />
angevin et nous avons obtenu tant de documents que tout ne peut<br />
figurer dans ce petit journal!<br />
Bon appétit, ….. Euh! Non! Bonne lecture ….!<br />
* GREA: Groupe de Recherches Ethnologiques de l’Anjou Editions Bonneton<br />
Dans le Larousse<br />
G a s t r o n o m i q u e ,<br />
édition de 1938,<br />
préfacé par le grand<br />
cuisinier Escoffïer,<br />
avec des recettes de<br />
Prosper Montagne, l'on<br />
peut lire à la lettre<br />
"C" :<br />
Sommaire<br />
L’Anjou vieille province<br />
française<br />
Visite de la ferme<br />
pédagogique<br />
Le Lait, la crème, ... 2<br />
Visite d’un restaurant:<br />
le bien nommé Crémet<br />
d’Anjou<br />
Marie Renéaume,<br />
mère des crémets<br />
Les marchandes<br />
de crémets<br />
Un peu de poésie 4<br />
Un restaurant du début<br />
du XXème siècle<br />
Notre fabrication et<br />
notre recette<br />
« Crémets d'Angers et de<br />
Saumur: fromage à la crème<br />
additionné de blancs d'œufs que l'on<br />
prépare en y ajoutant, petit à petit,<br />
de la crème fraîche fouettée très<br />
ferme, tout en fouettant pour bien<br />
mélanger les éléments. On remplit<br />
avec cette composition des petits<br />
moule s perforé s, re vê tus de<br />
mousseline fine que l'on met à<br />
égoutter au frais. Au moment de<br />
servir, on démoule les crémets sur un<br />
compotier ou un plat creux, on les<br />
nappe de crème fraîche ».<br />
2<br />
2<br />
3<br />
3<br />
3<br />
4<br />
4
L’Anjou: une province<br />
Carte de l'Anjou au XVIII e siècle<br />
lors de son extension maximale.<br />
Stéphanie nous attend au portes de<br />
l’exploitation laitière. Elle nous présente les<br />
derniers arrivants: des petits nés la semaine<br />
dernière qui nous accueillent en tétant les<br />
doigts que nous leur tendons. Seules les petites<br />
vaches resteront sur le site, les petits mâles<br />
sont répartis dans d’autres fermes.<br />
Ensuite, nous assistons au repas des<br />
« ados » puis des « ainées ». Chacune bénéficie<br />
d’une alimentation adaptée.<br />
Nous nous dirigeons vers la salle de traite<br />
automatique. Mais auparavant, Stéphanie<br />
nous présente « Rose » dans une petit étable à<br />
part. Elle nettoie le pis de la vache et attrape un<br />
de ses trayons qu’elle presse de haut en bas<br />
provoquant un petit jet de lait ! Elle propose à<br />
chacun de nous de participer. Tout le monde<br />
accepte, sentant le contact de l’animal et la<br />
tiédeur du lait …. La traite manuelle se faisait<br />
deux fois par jour. Puis nous passons devant la<br />
salle de traite entièrement automatisée.<br />
Chacune des pensionnaires décide de son<br />
moment de traite et se dirige seule vers la<br />
machine. Celle-ci repère si la vache est déjà<br />
passée, nettoie les<br />
trayons et positionne<br />
les gobelets trayeurs.<br />
La trayeuse est reliée<br />
directement à un<br />
réservoir où est stocké<br />
le lait refroidi de 37° à<br />
3° avant la collecte….<br />
Stéphanie nous précise qu’à la naissance de<br />
son premier veau, la vache commence sa carrière<br />
de laitière. Pendant dix mois, elle va produire du<br />
lait (20 à 40litres par jour). Puis la vache ne donne<br />
plus de lait pendant deux mois jusqu’à la venue du<br />
prochain veau.! Le petit veau consomme tout juste<br />
3 à 4 litres de lait, le reste est donc pour l’homme et<br />
sa consommation. L’homme a toujours cherché à<br />
transformer le lait.<br />
Pour mieux comprendre, nous avons observé<br />
du lait entier. Dans une bouteille Nous avons pu<br />
constater la formation d’une couche à la surface du<br />
liquide: la crème. Elle nait selon un processus tout<br />
à fait naturel : lorsque le lait repose, les éléments<br />
qui le composent se séparent en fonction de leur<br />
densité. Les globules de matière grasse étant plus<br />
légers que l'eau ont tendance à remonter à la<br />
surface pour former la crème.<br />
Stéphanie nous a donné de la crème pour faire<br />
du beurre. Un bol, un fouet, beaucoup de bras, et<br />
tourne, tourne, la crème se colore, devient solide,<br />
devient beurre quand le babeurre ou petit<br />
lait ...moment magique et merveilleux…..! Quel<br />
bonheur de goûter ce beurre frais sur une baguette<br />
bien fraîche!<br />
L’Anjou est une région historique et culturelle française<br />
dont la capitale est Angers.<br />
L’Anjou doit son nom au peuple gaulois des Andécaves,<br />
émerge en tant que comté au X e siècle de la dislocation du royaume<br />
carolingien. Il devient l'une des plus importantes principautés<br />
françaises. En 1204, le roi de France Philippe Auguste met la main<br />
sur le comté. Retrouvant une autonomie à partir du règne de Saint<br />
Louis, l'Anjou est érigé en duché au début de la guerre de Cent Ans.<br />
Rattaché à la couronne de France en 1481. Le duché<br />
disparait lors de la Révolution Française pour devenir en 1790 le<br />
département de Maine et Loire.<br />
Le terme « Anjou » est<br />
toujours utilisé pour définir le<br />
département de Maine-et-Loire et son<br />
logo. Son territoire correspond à<br />
l’actuel département de Maine-et-Loire,<br />
é lar g i à pl usie ur s t e r r it o ir e s<br />
limitrophes.<br />
Culturellement, l’Anjou est<br />
associé à son vignoble, à la Loire, à ses<br />
matériaux de construction (ardoise et<br />
Sources: Wikipédia<br />
En savoir plus sur le lait et les produits laitiers<br />
Notre visite à la ferme pédagogique « La clé des champs » à Andard<br />
Laissons le<br />
fromage et revenons à<br />
notre CREME!<br />
tuffeau) …. et à sa<br />
gastronomie!<br />
L’Anjou est une<br />
région historique<br />
et culturelle<br />
française dont la<br />
capitale est<br />
Angers.<br />
Que faire de 20 litres de lait<br />
par vache et par jour?<br />
Avant l’invention du réfrigérateur, il<br />
faut transformer et consommer<br />
rapidement ces produits qui se<br />
périment très vite. Les gens de la<br />
campagne essaient de les utiliser au<br />
mieux : conservations, utilisations,<br />
recettes nouvelles, etc…..<br />
LE SAVIEZ-<br />
VOUS?<br />
Jusqu'à la fin du<br />
19ème siècle,<br />
l'obtention de la<br />
c r è m e<br />
n é c e s s i t a i t<br />
beaucoup de<br />
p a t i e n c e .<br />
Le processus de<br />
fabrication n'a<br />
donc pas changé. La seule modification,<br />
hormis les progrès de l'hygiène, vient de<br />
la technologie (invention d'une écrémeuse<br />
centrifuge) qui a su reproduire<br />
industriellement les gestes ancestraux de<br />
la fabrication. .<br />
Page 2 Sur la route du crémet d’Anjou
Marie Noëlle et<br />
Jean François<br />
FAVREAU nous<br />
a c c u e i l l e n t<br />
sur les portes de leur restaurant « Le<br />
crémet d’Anjou ».<br />
Pourquoi avoir donné ce nom à votre<br />
restaurant?<br />
JF: J’ai donné ce nom en hommage à ma<br />
grand-mère qui m’a donné sa recette et qui<br />
m’a poussé à le mettre à ma carte! Dans sa<br />
jeunesse, elle fabriquait des crémets qu’elle<br />
vendait dans le voisinage ou au marché.<br />
Depuis quand servez-vous le crémet<br />
d’Anjou?<br />
MN: Depuis que nous tenons des restaurants<br />
(ici c’est le troisième) nous servons ce dessert<br />
qui est un peu la marque de notre cuisine,<br />
basée sur des produits de qualités et des<br />
produits locaux. Et c’est aussi un peu<br />
l’enfance de mon mari!<br />
Quelle est l’origine du crémet d’Anjou?<br />
JF: Mes grands parents tenaient une petite<br />
ferme dans le sud de l’Anjou vers Concourson<br />
sur Layon. Ils avaient trois ou quatre<br />
Sur la route du crémet d’Anjou<br />
Visite au restaurant « Le crémet d’Anjou » à Angers<br />
Au mur du restaurant,<br />
une photo accueille<br />
les gourmets, celles<br />
des marchandes de<br />
crémets, nous l’avons<br />
retrouvé dans un livre<br />
« Angers, naguère »<br />
vaches. Ils disposaient de beaucoup de lait<br />
chaque jour (voir notre visite à la ferme).<br />
Du lait, à l’époque elle récupérait la crème<br />
et faisait juste son beurre. L’Anjou n’est<br />
pas une région de fromage. Il restait<br />
beaucoup de lait qui ne se conservait pas<br />
longtemps. La fabrication de crémets<br />
permettait d’utiliser les surplus!<br />
Pourquoi le crémet a-t-il disparu?<br />
J F :<br />
Pour deux raisons, d’une part le crémet est<br />
un produit fragile, intransportable,<br />
inexportable…! D’autre part, l’apparition<br />
du réfrigérateur « a tué » le crémet. En<br />
effet, à la fin des années soixante (je suis<br />
né en 1957), il était plus facile de conserver<br />
les produits laitiers. Alors pourquoi se<br />
fatiguer et passer du temps à réaliser ces<br />
Le fameux Crémet<br />
d'Anjou qui devait<br />
connaître tant de<br />
succès et qui était en<br />
vogue il y a plus d'un<br />
demi-siècle vit-il le jour<br />
par erreur ?<br />
Curnonsky, prince des<br />
g a s t r o n o m e s ,<br />
prétendait que oui, et<br />
que vers l'an 1890, une<br />
desserts.<br />
Quelle est votre recette?<br />
JF: Ma recette est secrète!<br />
Je la tiens de ma grandmère!<br />
Mais je vais vous<br />
donner quelques principes. Il<br />
s’agit d’une préparation<br />
fromagère que je répartis<br />
dans des petites faisselles.<br />
Une faisselle est un pot avec des trous pour<br />
permettre au mélange de bien s’égoutter.<br />
Nous conservons tous ces petits « fromages »<br />
au frais et les servons entre le 5 ème et 10 ème<br />
jour de fabrication. Ils sont donc plus ou<br />
moins volumineux. Nous les servons avec un<br />
coulis de fruits rouge …<br />
Mais attendez,<br />
vous allez bien<br />
en prendre un<br />
pour goûter<br />
av ant de<br />
repartir…..!<br />
Hum…! Fameux , excellent, délicieux! Merci<br />
Marie Noëlle et Jean François de votre<br />
accueil! Nous avons bien « avancé » et aussi<br />
bien « dégusté » votre fameux crémet!<br />
Marie Renéaume Mère des crémets d’Anjou?<br />
André Jean Girault petit fils de Marie Renéaume<br />
Revue Cahiers du Baugeois juillet 1996<br />
Histoire de vie: partie 1<br />
Souvenirs André Jean Girault petit fils de Marie Renéaume<br />
Sylvain Bertoldi Conservateur Archives municipales<br />
Revue Vivre A Angers 2003<br />
Naissance du crémet<br />
Marie, jeune cuisinière de grande maison<br />
est née aux Aubiers, dans les Deux-Sèvres, à<br />
quelques kilomètres au sud-est de Maulévrier.<br />
À Angers, notre jeune cordon bleu épouse le 10<br />
janvier 1898 André Girault chef jardinier. Les<br />
époux rachètent en 1901 la crémerie David, 2<br />
rue Saint-Julien (actuellement rue Louis-de-<br />
Romain en 1918). Marie Renéaume se met à<br />
pratiquer sa recette, à grande échelle. Son mari<br />
la rejoint un an plus tard. … La crémerie<br />
Girault vendait beurre et œufs, mais également,<br />
comme son enseigne l’indique, des produits<br />
d’épicerie. Curieusement, elle tenait aussi lieu<br />
de bureau de commandes pour des charbons…<br />
Tous les crémets n’étaient pas...<br />
Suite page 4<br />
jeune fille très fin cordon bleu, du nom de<br />
Marie Renéaume, s'aperçut un soir qu'il<br />
lui manquait un entremets... Ingénieuse,<br />
Marie se saisit de la crème restant<br />
disponible dans une poterie, la mélangea<br />
délicatement à des blancs d'œufs battus<br />
en neige, moula cette composition dans<br />
des verres à porto (verrerie de l'époque),<br />
puis renversa le contenu qui conserva<br />
facilement la forme, la jeune fille nappa<br />
ce laitage de crème fleurette qu'elle<br />
saupoudra de sucre vanillé... le dessert<br />
d'Anjou était né.<br />
Marie Renéaume, épouse Girault, sur la marche de son<br />
établissement, avec deux employées et sa mère, portant la<br />
coiffe. Coll. part.<br />
Page 3
Une auberge au siècle dernier<br />
Visite au Musée des Métiers à Saint Laurent de la Plaine<br />
Après une promenade dans le passé au cœur de ce musée<br />
présentant une ensemble de vieux outils et de divers intérieurs<br />
d’artisans, nous nous sommes reposés sur le banc de la Boule<br />
d’Or, une auberge en Anjou au siècle dernier. L’exposition présente l’intérieur de cette<br />
belle bâtisse et les ustensiles nécessaires à toute bonne auberge angevine.<br />
Près de la cheminée, nous avons trouvé la preuve que les crémets figuraient<br />
au menu: les faisselles en terre cuite utilisées pour la préparation. « La<br />
faisselle qui autrefois pouvait être tronçonique, cylindrique ou en forme de cœur<br />
est un moule percé de trous pour égoutter le crémet. Pour faciliter le démoulage, le<br />
fond est garni d’une mousseline »*<br />
« ….J’ai vu maman fabriquer ces crémets que l’on trouvait sur toutes les tables<br />
angevines, .... J’avais une dizaine d’années environ quand j’ai vu ma mère travailler la<br />
crème fraîche dans une jatte d’un contenu de dix litres au moins ; elle battait longuement l’onctueux<br />
produit à l’aide d’un fouet fabriqué par mon père sur ses indications… C’était avant 1914, et je me<br />
souviens que le dimanche matin, le grand restaurant de l’Entracte, …. place du Ralliement, nous<br />
commandait plus de deux cents crémets… .»<br />
André Girault, fils de Marie Renéaume<br />
Courrier de l’Ouest 22 juillet 1964<br />
Sur la route du crémet d’Anjou<br />
*Cuisine de l’Anjou GREA (Groupe de Recherches Ethnologiques de l’Anjou) Editions Bonneton<br />
Notre recette... au collège préparation des crémets dans les cuisines.<br />
LE SAVIEZ-VOUS?<br />
Curnonsky ou Maurice-<br />
Edmond Sailland (1872-1946)<br />
angevin né avenue de Contades<br />
était un gastronome humoriste<br />
et critique culinaire français,<br />
surnommé « le<br />
prince des gastronomes ». Il<br />
a toujours gardé pour son<br />
Anjou natal, «l’âme de la vieille<br />
France», une dilection<br />
particulière!<br />
La recette est simple, mais varie beaucoup du<br />
fait du caractère délicat et fragile du crémet. Pour des<br />
raisons liés aux règles de l’hygiène en collectivité, nous<br />
avons suivi celle de la maman de notre enseignant.<br />
Mais pour vous à la maison, essayez celle vue dans<br />
« Cuisine de l’Anjou »* il faut préparer les faisselles en<br />
les tapissant de mousseline. Battez la crème fraîche<br />
200g au fouet . Battez les blancs d’œufs (4) en neige.<br />
Mélangez délicatement et répartissez dans les moules.<br />
Laissez reposer quelques jours au frais , démoulez et<br />
nappez de coulis de fruits rouges ou ……. !<br />
*Cuisine de l’Anjou GREA<br />
LE SAVIEZ-VOUS?<br />
Marc Leclerc (1847-1946) est un écrivain<br />
Saumurois. Journaliste, écrivain, chansonnier<br />
et comédien, il écrivit sur l’Anjou en langue<br />
angevine de nombreux «rimiaux» comme son<br />
élève <strong>Félix</strong> <strong>Landreau</strong>. Dans « Cheux Nous »<br />
(Chez Nous) il nous parle de la cuisine<br />
angevine et des crémets d’Anjou!<br />
Cheux nous, c’est point ein défaut<br />
que d’êt porté sus sa goule,…<br />
J’sons d’un pays si plaisant<br />
et d’eun’si parfait’nature,…<br />
Et ça n’s’rait guèr’ mériter<br />
tout ça que l’Bon dieu nous donne,<br />
que de n’point en profiter !...…<br />
……. La légume est à l’av’nant<br />
En v’là d’tout’ fraîche à plein’s bottes;<br />
d’ la salad’, du fromag’ blanc,<br />
des crémets et des caill’bottes;<br />
v’là des fruits d’saison, ben sains:<br />
abricots dont l’jus d’écoule,<br />
poir’s, pêch’s, preun’s, castill’s, raisins,<br />
Frias’ qui vous perfum’nt la goule! ……<br />
Histoire de vie: partie 2<br />
Suite de la page 3<br />
vendus sur place ou aux hôtels de la ville.<br />
Des marchandes ambulantes les détaillaient<br />
avec leurs voiturettes baptisées « crémets ».<br />
Beaucoup d’Angevins raffolaient des crémets<br />
accompagnés de fraises des bois …<br />
Disparition du crémet<br />
Naturellement, pas de succès sans<br />
contrefaçon. Si Marie Renéaume n’a jamais<br />
pris la précaution de déposer la marque «<br />
Crémets » au tribunal de commerce, un<br />
boulanger-pâtissier d’Angers l’a fait pour<br />
elle… Le 2 mai 1910, Louis Fouquet, 95 route<br />
de Paris, dépose la marque « Crémets des<br />
ducs d’Anjou ».<br />
En 1923, les Girault se retirent des<br />
affaires et, peu à peu, malgré le nombre des<br />
imitateurs, la vente de ce délicat produit<br />
artisanal cesse. C’est qu’il ne supportait<br />
aucune production industrielle, pas plus<br />
que les voyages. La spécialité n’a donc<br />
pu s’exporter hors du département.<br />
L’équipe rédactionnelle :<br />
classe de 5E<br />
<strong>SEGPA</strong> <strong>Collège</strong> <strong>Félix</strong> <strong>Landreau</strong><br />
Enseignant:<br />
Francis DUCHENNE<br />
Académie de Nantes<br />
51 rue Jean Jaurès<br />
<strong>49</strong>000 Angers<br />
Tél 02 41 66 73 43<br />
Page 4