dimanche 29 décembre

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dimanche 29 décembre

'N° 253. — 5 e Année. 1© Centimes 29 Décembre 1907.

La Jeunesse illustrée

UN COMPLOT SOUS BONAPARTE, par Georges OMRY

Parmi les voyageurs descendus de la diligence

qui venait inail a d'arriver arriver a à rans, Paris, se trouvaient un

vieillard rd et sa petite-fille. L'homme porta lui-

même sa valise et ils s'éloignèrent à grands pas.

«—Tiens, en effet, dit l'inconnu je ne l'avais pas

aperçu l — » Il se dirigea vers ie décrotteur qui

semblait sommeiller et posa sa botte sur la petite

boite. Quoique le cireur s'y prit d'une façon

fort maladroite, il parut enchanté et paya. Puis

tirant sa tabatière :

L'inconnu eut un léger tressaillement qu'il

réprima aussitôt et dit simplement : Ah !... puis

tout à coup, il s'écria : « — Eh ! sapristi, j'oubliais ! »

cl, il demanda au garçon de quoi écrire. Quelques

minutes après, sa lettre était Cachetée.

Le jeune homme déchira la lettre en une infinité

de morceaux qu'il jeta dans un égoutet continua

sa route en murmurant : «— Quel homme, ce

marquis!... Quelle habileté pour éloigner les

soupçons. Jamais le cabaretier n'aurait supposé

M ne cette lettre était pour moi-même. Qui eût pu

deviner que nous étions deux complices ! Avec

un tel chef, notre complot réussira ! »

Gomme ils passaient devant un petit café, l'inconnu,

après avoir jeté un rapide regard de côté,

dit à la jeune fille : « — Ma chère Elisabeth, cette

longue route nous a altérés, si , nous nous rafraîchissions

! » Et ils s'assirent à la terrasse.

« — Voulez-vous une prise, pour votre peine?

dit-il.on souriant tandis qu'il regardait fixement

le cireur dans les yeux. — Avec plaisir, dit celuici,

et il plongea doucement sa main dans la tabatière.

Mais un observateur attentif eût pu voir

qu'au lieu do prendre du tabac, il glissait un; petit

papier dans la tabatière.

Il appela le décrotteur « — Voulez-vous me

faire une course ? — Mais oui, citoyen — Portez

donc cotte lettre chez M. Léonard, épicier, à

l'adresse indiquée. C'est un peu loin, mais voici

pour votre peine. » Et il lui donna quelque monnaie.

« — Merci, citoyen», dit le jeune homme qui

partit ^a,^, on courant.

Pendant ce temps le vieillard avait de nouveau

tiré sa tabatière. Elle ne renfermait pas de tabac,

mais un petit papier qu'il retira, en imitant le

gesje du priseur. Il feignit de porter du tabac à

son nez et simula ensuite un commencement

d'étci'niiement. Il mit, suivant l'usage, la main

devant sa bouche.

Tandis que le garçon le servait, le vieillard regardait

ses bottes qui étaient couvertes de poussière.

« — N'y aurait-il pas un cireur par ici ? demandat-il

au garçon. — Si, justement, citoyen, il y en a

un qui s'est posté là en face, depuis quelques jours.

Impassible, le vieillard était revenu à sa place.

Le garçon lui dit : « —Ma foi, citoyen, c'est vous

qui'avez étrenné ce jeune homme. Depuis trois

jours qu'il est ici, il n'avait encore eu aucun

client. Cela ne semblait pourtant pas le tourmenter,

et j'avoue même que son indifférence

commençait à m'intriguer. »

Mais au bout de cinq minutes, il s'arrêta.

— « Que me veut donc le marquis », rnurmura-t-il.

Il ouvrit la lettre et lut : « Mon cher vicomte,

vous aoes été remarqué dans le quartier.

Il faut donc disparaître pour le moment. Vous y

reviendrez chercher mes ordres quand je vous

le dirai et de la façon que je vous indiquerai. »

Cette manœuvre lui permit de lire sans être vu

le petit papier qui disait : « — IL est venu cette

semaine aux « Nouveautés Denoison ». Que

faut-il faire, ? J'attends vos ordres. » « — Bien »,

murmura le vieillard. Il roula le papier, eu lit

une petite boulette qu'il avala. Puis il paya, se

leva et partit avec sa petite-fille,

(Voir la suite pagre 2.)


2 LA JEUNESSE ILLUSTREE

lisse dirigèrent vers uneboutiqueassezélégante

pour l'époque, où flamboyait, on lettres majestueuses,

l'enseigne « Nouveautés Denoizon » et

en dessous « Spécialité de modes masculines ».

Sur le pas de la porte, un homme gros et court

souriait én regardant le ciel. C'était M. Denoizon.

Voyant que l'inconnu venait chez lui, il fit une...

— C'est d'ailleurs la couleur à la mode, ajoutat-il.

— Montrez-moi des échantillons de drap, dit

le grand-père. — Michel, appela Denoizon, apporte

les échantillons. » Un jeune homme d'une

vingtaine d'années, qui baissait obstinément la

tête sur un livre de comptabilité, se leva et rougit

énormément. Il avait un air si gauche, si maladroit

que le vieillard sourit.

« — Tu t'ennuies, mon enfant, dit le vieillard,

et moi qui t'amène à Paris pour t'amuser. Tu as

hâte d'aller embrasser ta grand'mère, n'est-ce pas.

Eh bien, vas-y. Ah! c'est vrai, tu ne connais pas

Paris. » Puis s'adressant à Michel : « — Dites

donc, jeune homme, seriez-vous assez aimable

pour servir de guide à mon enfant. J'habite au 62,

de la même rue, un peu plus bas. — Tiens, nous

sommes voisins, dit Denoizon... »

Enfin, ils arrivèrent au 62. C'était une petite

maison bourgeoise. Une dame âgée, qui cherchait

en vain à cacher une grande distinction sous une

robe fort simple, se jeta au cou de sa petite-fille.

Elle ne sembla nullement étonnée qu'un jeune

homme fût venu la conduire et le força à prendre

un rafraîchissement.

UN COMPLOT SOUS BONAPARTE (Suite)

...révérence qu'il croyait gracieuse, mais qui chez

ce gros personnage était surtout comique.

« — Monsieur... Mademoiselle. — Monsieur Denoizon,

dit le vieillard, jo voudrais me faire faire

un costume, mais je m'en rapporte vous pour

la coupe et la nuance.

« — C'est mon neveu, il n'est pas bête, dit

Denoizon, mais une timidité excessive lui donne

cet air niais! » Ce compliment, adressé tout haut

devant cette jolie jeune fille qui le regardait, fit

perdre toute conteuanceau pauvre Michel. Comme

il passait devant elle, il voulut se donner un maintien

ferme, mais il glissa et s'étala de tout son long.

Et comme Michel s'avançait, la démarche hésitante

: « — Eh bien, quoi, as-tù entendu, conduis

donc mademoiselle! » Le pauvre jeune homme

se sentait ridicule et plus il voulait surmonter son

trouble, plus il augmentait sa gaucherie. Enfin il

ouvrit la porte et dit d'une voix à peine perceptible

: « Passez, mademoiselle! »

Quand il se retira, la grand'mère dit à la jeune

fille : « — Elisabeth, va à la fenêtre. — Mais

pourquoi, grand'mère? — Que t'importe! C'est

l'ordre de ton grand-père. Tu sais quel est son

esprit de froitl calculateur. Ses actes, même les

plus insignifiants, font partie d'un plan mûrement

réfléchi et tendent à un but unique : venger la

mort du duc d'Enghien », ajouta-t-elle plus bas.

— Et vous avez raison, monsieur. Un vêtement

est tout un poème. Il faut queues couleurs riment

entre elles' » Et, s'éloignant un peu, il considéra

le vieillard en clignant des yeux, comme un

artiste contemple son modèle, puis il déclara d'un

ton sacramentel : « — Pour votre taille, pour votre

teint, il vous faut un habit « soufre éteint »1

Il se releva, donna des échantillons, et courut

se replonger dans son livre, tandis que l'inconnu

l'examinait avec attention, au lieu de regarder les

draps que lui montrait Denoizon. Puis il regarda

sa petite-fille et lui fit un signe. La jeune filin

semblait hésiter, alors il fronça les sourcils. Eli

sabeth aussitôt se mit à bâiller bruyamment;

Quand ils furent dans la rué, Michel se remit

un peu. Enfin, après plusieurs essais infructueux,

il parvint à sortir-quelques sons de son gosier.

« — Alors... vous arrivez de province... mademoiselle.

— Oui, monsieur. » Mais à ce moment,

un voisin apercevant Michel et une jeune fille,

s'écria : « Tiens, voilà Michel qui devient amoureux

! » Alors le pauvre garçon perdit toute conienance.

Elisabeth alla donc à la fenêtre. « — Là, maintenant

soulève un peu le rideau. La jeune fille,

obéit. — Souris légèrement et referme le rideau.»

Elisabeth fit ainsi et aperçut dans la rue, Michel

qui, justement, se retournait de ce côté. Alors, sans

doute, elle devina l'idée de son grand-père, car elle

murmura en regardant le jeune homme : « Pauvre

garçsn! » CLa suite au vrochain numéro.)

CONTES ET NOUVELLES

Le Cheval à mécanique

CONTE DE NOËL

On était à la veille de Noël. C'était le soir. Et

dans ce quartier ouvrier, où chacun selon ses

moyens se préparait à fêter joyeusement l'anniversaire

traditionnel, des ménagères empressées

emplissaient les charcuteries, aux vitrines savamment

disposées, ou s'arrêtaient aux étalages

des marchands de comestibles variés.

Seul, un homme jeune, pauvrement vêtu, les

mains frileusement enfoncées dans les poches

de son veston râpé, s'en allait d'un pas automatique,

indifférent à l'ambiance, la tête basse,

— Bonsoir, papa chéri !...

les yeux las machinalement fixés au macadam

humide, reflétant les mille lumières des boutiques.

Rapidement, il s'enfonça dans une impasse et

monta cinq étages. Puis, ayant heurté une porte,

il pénétra dans un intérieur misérable. C'était

un logement comme il en est tant dans Paris,

bas de plafond, où la misère, la maladie et la

désespérance semblent suer par tous les pores

des murs humides. La lueur d'une modeste

lampe à pétrole éclairait une jeune femme qui,

penchée sur quelques hardes qu'elle raccommodait,

s'était levée à l'entrée du nouveau venu

pour l'embrasser tendrement.

— Le médecin?interrogea ensuite l'homme,

inquiet.

— Il est venu, mon ami, répondit sa femme

avec un bon sourire,il est venu pour

m'annoncer une excellente nouvelle

: le petit va mieux, la fièvre a

cessé, on peut commencer à le faire

manger.

— Ah! tant mieux! soupira le

mari. Ce médecin est un brave

homme! J'avais confiance en lui!

Et tous deux s'approchèrent d'un

coin d'ombre.Il y avait là un petit lit

de fer, dans lequel sommeillait paisiblement

un enfant. Les chuchotements

de ses parents réveillèrent. 11

ouvrit les yeux et, tendant ses deux

bras :

— Bonsoir, mon papa chéri! Tu

sais qu'il est venu, le monsieur. Il a

dit que je suis guéri, et puis que

Noël va descendrecettenuit dansles

cheminées. Alors, tu ne sais pas?

•le voudrais qu'il m'apporte un beau

cheval à mécanique, avec une vraie

crinière et des vrais yeux en verre.

Le père, qui avait souri aux premières

paroles desonlils, sentit son

cdâfir' se serrer d'angoisse. Ayant

embrassé l'enfant à plusieurs reprises,

il lui remit doucement les bras

sous les couvertures ■ et, l'ayant longuement

caressé, il sembla faire un effort pour lui dire

d'un ton presque joyeux :

— Oui, mon petit bonhomme; oui, mon Pierrot,

tu auras un beau cheval à mécanique, mais

pour cela il faut dormir!

Confiant, l'enfant ferma les yeux et s'élança

dans le pays des rêves.

'Maintenant, près de sa femme, l'ouvrier restait

debout, songeur. Un instant, il eut l'air

d'hésiter, puis, plongeant la main au fond de sa

poche, il en retira un chiffon de papier enveloppant

trois pièces de cinq francs, qu'il déposa

près de la lampe.

LA JEUNESSE ILLUSTREE

— C'est tout! dit-il navré. Mais non, ce n'est

pas tout : le patron a mis toute l'équipe à pied

pour huit jours. Ah! misère de misère! Quand

ça finira-t-il? Ma pauvre Henriette, ce n'était

pas là ce que je t'avais promis quand nous nous

sommes mariés.

Attirant doucement son maria elle, la femme

parla à son tour, doucement, maternellement :

— Voyons, mon bon Jacques, pourquoi te

désespérer? Tu sais bien qu'après un temps en

vient un autre.

— Oui, je sais, reprit l'homme, tu es l'ange

de notre foyer. Sans toi, il y a longtemps que

j'aurais jeté le manche après la cognée!

Il y eut un moment de silence, que Jacques

rompit le premier en se dirigeant vers la porte.

— Où vas-tu?

— Pas loin. Une commission, à deux pas.

A court d'explications qu'il lui eût été difficile

de fournir, l'ouvrier sortit brusquement.

Arrivé en bas, il franchit rapidement l'impasse

et se retrouva dans la rue où nous l'avons vu

tout à l'heure. Où allait-il? Qu'allait-il faire?

Lui-même n'en savait rien, mais la promesse

faite à son petit Pierre lui était revenue, insistante.

Alors, il était descendu dans la rue,

comme poussé par cette obsession : son enfant

voulait un beau cheval à mécanique! Il le lui

avait promis.

m

# *

Comme la clarté d'un phare attire le vol des

oiseaux perdus au large, la foule des promeneurs

se ruait ce soir-là vers le centre de la

ville, séduite et retenue par la profusion des

lumières et la richesse des étalages de joueLs

brillamment illuminés. Sur les grands boulevards,

les baraques de Noël étaient fort entou-

-rées. C'était le coup de feù, le désordre des

ventes succédant aux ventes faites au petit bonheur,

les acheteurs ayant la prétention d'être

servis tous à la fois.

Les plus pauvres, ceux qui vont là pour se

payer de l'illusion et dépensent — moralement

— beaucoup de petites sommes d'argent à contenter

leur fringale de clinquant et de bibelots

inutiles, suivaient d'un œil d'envie les allées et

venues des beaux messieurs et de leurs dames

emportant, les uns, des poupées et des polichinelles

articulés, des chevaux de bois, des jeux

de construction ; les autres, des sacs de bonbons,

de petites caisses de mandarines vêtues d'argent,

des albums multicolores à tranches dorées,

des panoplies de chasseurs et de soldats, objets

à la durée éphémère, qui demain mettraient de

la joie bruyante, pour tout un jour, dans les

familles.

• Semblant isolé dans un rêve, Jacques allait

devant lui, bousculé, pressé par la foule ano-

Tenez, si ."/eus 1s voulez, le voilà, môssieu 1s commissaire

nyme, indifférent aux rires et aux propos joyeux

échangés par ses voisins. Si parfois, jouant des

coudes, il s'arrêtait une minute à un étalage,

attiré par quelque jouet excitant plus particulièrement

za convoitise, bientôt il s'arrachait

brusquement à sa contemplation pour ne pas

succomber à îne tentation obsédante; car il le

sentait bien, il en possédait la certitude, il

n'avait qu'à étendre la main...

Les vendeurs affairés, ne sachant où donner

de la tête, ne s'apercevraient pas du geste, et

l'immense joie du petit Pierre, au retour du

père, effacerait peut-être la tache, la vilaine

tache maculant sa conscience

Par atavisme, Jacques était honnête, il lui

répugnait d'admettre cette spéculation, préférant

sentir saigner son cœur de père.

Il rentrerait donc à la maison les mains vides

et demain au réveil — ô la cruelle minute! —

petit Pierre, des larmes plein les yeux, demanderait

pourquoi Noël l'avait oublié. Toutes ses

paroles seraient autant de poignards s'enfonçant

dans la poitrine de son papa.

Pour s'étourdir, l'ouvrier pressait le pas et

— Cet argent n'est pas à toi! lui murmure une voix

à l'oreille.

tout en marchant, ses lèvres bleuies par la bise

qui soufflait, aigre, murmuraient des mots sans

suite :

— ... Mon Pierrot... mon chéri... mon tout

petit...

Maintenant, songeantau retour, Jacques avait

quitlé le boulevard pour prendre une rue transversale.

Il pressait le pas, ayant hâte de rentrer

au logis pour rassurer sa femme, que sa longue

absence devait avoir plongée dans l'inquiétude.

Ton t à coup, alors que courbé sous une rafale

de neige qui venait de tomber brusquement,

l'ouvrier se hâtait, ilsentit

sous son pied un léger obstacle.

S'étant baissé, il tâtonna dans l'obscurité

et sa main engourdie rencontra

bientôt un objet qu'il ramassa.

Une violente émotion s'empara de

Jacques, quand celui-ci eut constaté,

à la lueur d'un réverbère, que sa

trouvaille—véritable trésor— était

un épais portefeuille rembourré de

papiers écrits dans une langue étrangère,

dequelques banknotes et d'une

grosse liasse de billets de banque de

cinq cents francs.

Alors, une griserie subite lui

monta au cerveau.

« Il était riche ! riche! Désormais,

finie la pauvreté ! Ah ! ah ! le hasard

était vraiment un juste dispensateur

des biens de ce monde! »

Tout en marchant, Jacques

essayait de dénombrer les providentiels

billets bleus, dont chacun

représentait vingt-cinq beaux louis

d'or; mais tant était grande son

émotion, que ses doigts gourds n'y

là...

vrai

arrivaient pas. Il pouvait y avoirdix,

douze, quinze mille francs! Un

trésor, vous dis-je! De quoi nourrir une

famille de pauvres hères, pendantdes mois, des

années, et lui faire oublier toutes ses misères

passées

Une pensée vint s'ajouter et mettre le

comble à l'enthousiasme de celui qui titubait

d'émotion : petit Pierre aurait son cheval à

mécanique! Un beau cheval, tout ce qui se fait

de mieux en ce genre. Et puis des bonbons, des

oranges grosses comme les deux poings, d'autres

jouets encore, beaucoup de jouets...

Mais qu'est ceci? Dans la demi-obscurité de

la rue, où tourbillonnent joyeusement les

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4 LA JEUNESSE ILLUSTREE

flocons de neige, une forme imprécise s'est

penchée, sur l'épaule de Jacques : « — Cet argent

n'est pas à toi ! » lui murmure une voix à

l'oreille. Cette voix lui est chère, il la reconnaît

pour être celle de sa femme. Elle répète :

« — Jacques, cet argent n'est pas le tien I » L'ouvrier

s'est retourné, la vision s'est évanouie.

Personne dans la rue. Les réverljères clignotent

d'un air entendu, semblant approuver le fantôme

anonyme, car ils ont vu le trésor entr'ouvert

sous la clarté de l'un d'eux. «—Jacques, insiste

la voix, reste honnête, c'est une plus grande

richesse! » cependant que le mari d'Henriette,

hésitant, voudrait revenir en arrière pour regagner

les grands boulevards, où la foule se porte

devant les séduisants étalages. "

L'hésitation de l'ouvrier avait été de courte

durée, son parti irrévocablement arrêté. Le

portefeuille serré dans une main; il se rua en

avant. Bientôt, il se trouva à nouveau sur les

grands boulevards. Il allait à grands pas, peu

soucieux d'éviter les promeneurs qu'il bousculait

et les plus rapprochés pouvaient saisir au

vol les paroles hachées, sans suite, qu'il proférait

à irti-voix dans son exaltation soudaine.

« —Non... non... pas un voleur... billets me

brûlent les mains... pauvre tu es, pauvre tu

resteras.... honnête avant tout... »

Il allait et les gens se retournaient, railleurs,

avec des propos qui font l'humanité injuste :

« — Déjà ivre, le bonhomme ! Il n'a pas attendu

le commencement du réveillon ! »

Parmi les extraordinaires aventures arrivées à

Gulliver dans le pays des géants, il en est une

qu'il n'a jamais racontée et que nous allons faire

connaître à nos lecteurs.

Les tuyaux de-gaz serpentaient dans tout l'appartement.

Gulliver courait dedans comme un fou.

Heureusement, le compteur à gaz était fermé, évidemment

à cause de l'ouverture par laquelle il était

entré et qui nécessitait une réparation immédiate.

Si Gulliver, au lieu d'être à l'intérieur, eût été à

l'extérieur, il aurait pu constater que ce tuyau de

caoutchouc faisait communiquer le tuyau de plomb

avec un fourneau à gaz...

Perdu dans son immense manteau à capuchon,

un gardien de la paix se tenait immobile,

au bord d'un trottoir.

— Lecommissariat, monsieur, s'il vous plaît?

— Le commissariat? répéta le garde flegmatique.

Troisième rue à gauche, puis deuxième à

droite !

L'accueil du chef de poste, un gros brigadier

fortement moustachu, fut dépourvu d'aménité.

— -C'qu'vous voulez, vous? grommela-t-il, en

toisant sévèrement Jacques.

— Monsieur, répondit celui-ci, je désirerais

parler à monsieur le commissaire.

— Si vous croyez qu'il se dérangera comme

ça pour écouter vos vétilles! riposta le brigadier

qui aimait phraser. Dites donc, faudrait pas

croire, par hasard, qu'il est comme ça à la disposition

du premier venu, môssieu le commissaire,

ah ! non !

— Affaire importante! insistait Jacques.

C'est-à-dire que je voudrais lui remettre ceci...

Et sa main soulevait le portefeuille.

Ce dialogue eût pu durer longtemps encore

si, à ce moment, une porte ne s'était ouverte, au

fond do la pièce, donnant passage à deux

hommes, causant avec animation.

— Tenez, si vous le voulez, le voilà, môssieu

le commissaire! prononça d'importance le brigadier,

en désignant un des deux personnages.

Déjà Jacques s'avançait, légèrement ému,

quand l'un d'eux, un gentleman mis avec-la derrière

correction, apercevant l'objet que l'ouvrier

UN DRAME DANS UN TUYAU A GAZ

Gulliver se promenait sur un meuble, près

d'un tuyau à gaz, daus la maison des géants- qui

L'avaient recueilli.

Le scarabée courait derrière Gulliver en faisant

un bruit terrible et avançait aussi vite que lui.

... dans lequel il se trouva bientôt, courant.au pas

gymnastique dans des couronnes de fonte percées

de trous. Le scarabée le suivait toujours.

tenait en main s'écria avec un fort accent

anglais :

— Mon portefeuille ! Le voici, monsieur le

commissaire!

— Une vraie chance! Entrez, mon ami! fit

celui-ci.

Et, précédé des deux personnages, Jacques

fut introduit dans un cabinet et prié de s'asseoir

dans un excellent fauteuil. Il raconta par lu

menu les circonstances de sa trouvaille. Il dut

ensuite décliner ses noms et qualité et, donner

son adresse; après quoi, ayant été chaleureusement

complimenté par le commissaire, qui lui

serra la main en le reconduisant et par l'étranger

qui ne cachait pas sa satisfaction, il sortit

du poste de police, salué militairement par le

terrible brigadier, tout estomaqué de ce qu'un

individu aussi mal vêtu fût traité avec tant

d'égards par son chef.

Jacques s'éloignait déjà, la conscience singulièrement

allégée, quand il entendit derrière lui

"le bruit d'un pas précipité.

C'était le gentleman entrevu durant dix

minutes, quelques instants auparavant, dans le

cabinet du commissaire de police.

— Où allez-vous, brave garçon ? fil l'étranger

en passant son bras sous le sien.

— Mais... monsieur... je rentre chez moi.

— Fort bien, reprit le gentleman, cependant

m'accorderez-vous quelques minutes d'entretien?

~ /

(A suivre).

Tout à coup un énorme scarabée se dirigea vers

lui. Tremblant de peur, Gulliver s'enfuit. Heureusement,

tout près, il aperçut untroudana le tuyau

et s'y .introduisit rapidement.

Brusquement, après avoir passé à travers plu"

sieurs robinets, Gulliver fit une chute. Le tuyau

qui, jusqu'alors, avait été horizontal, ou à peu prés,

devint vertical, et au lieu d'être en plomb, il était

en caoutchouc.

Il revint alors dans le tuyau de caoutchouc qu'il

remonta cette fois. Il repassa dans le robinet situé

entre les tuyaux de caoutchouc et.de plomb, *vec le.

monstre sur ses talon*-

Mais il se passa alors uuo chose qui lui fit un

plaisir extrême. Une personne, pour je ne sais quelle

raison, ferma le robinet au moment précis où le

gros insecte le traversait.

Il n'avait plus à craindre le scarabée, mais un

autre danger se présentait : l'asphyxie. En effet,,

la réparation des tuyaux pouvait être faite d un

moment à l'autre et le gaz lancé dans les tuyaux.

Il porta ce plomb près du robinet ouvert, et, à

l'aide du clou, l'écrasa à l'intérieur du robinet, qui

fut bientôt entièrement bouché. Gulliver était, dès

lors, entre doux robinets fermés.

En voyant cette lame terrible glisser près de lui,

Gulliver trembla à la fois de terreur et d'espoir. Ce

qu'il avait désiré se réalisait, car il avait prévu l'ouverture

du tuyau pour lui livrer passage.

UN DRAME DANS UN TUYAU A GAZ (Fin)

Et ce dernier fut écrasé net. Aux frémissements

imprimés au tuyau, Gulliver remarqua que l'on

essayait de rouvrir le robinet ; mais le cadavre de la

bête empêchait cette manœuvre.

C'est ce qu'il fallait éviter à tout prix. Mais comment

faire?... Le hasard lui vint en aide. Dans le

tuyau il trouva un clou... et une idée traversa immédiatement

son esprit.

Quelques heures après, un ouvrier répara les

tuyaux, et, ensuite, ouvrit le compteur. Cet homme

en observant l'étendue des tuyaux de gaz ne tarda

pas à constater que les deux robinets entre lesquels

se trouvait Gulliver ne fonctionnaient pas.

Il sortit immédiatement de sa cachette, au grand

étonnement de l'ouvrier et des géants, auxquels il

dut raconter- son histoire qui étonna et même épouvanta

toût le monde.

Le petit homme était momentanément sauvé. Il

se trouvait alors dans la partie du tuyau située entre

ce robinet qu'on ne pouvait plus ouvrir et un autre

robinet placé un peu plus loin, mais ouvert, celui-là.

Avec la tête de ce clou, Gulliver gratta sur la

paroi du tuyau de plomb qui, heureusement, était

très malléable. Son travail'fut néanmoins long et

le fatigua beaucoup.

Voulant se rendre compte et savoir ce qui obstruait

le passage du gaz, l'ouvrier éventra le tuyau

avec son couteau.

Et il fut obligé de s'aliter ensuite à cause d'une

belle jaunisse occasionnée par la terreur qu'il avait

éprouvée. Mais il était bien puni et ne s'en plaignait

pas, car on lui avait défendu souvent d'errer ainsi

seul, loin do toute surveillance.

Telle est l'étrange et sombre aventure que Gulliver

n'avait jamais racontée, et qui lui arriva chez

les géants,..


o LA

— Taillé dans le-bois dur, il y a déjà longtemps,

je suis un petit cheval de manège qui se distingue

de ses camarades par sa couleur marron,

tacheté de noir.

. — C'était pourtant le favori de ma maîtresse,

car celle mère dénaturée n'aimait pas ses enfants

d'égale façon et, si Jean, l'aîné, était très bien

habillé...

— L'après-midi, en semaine, le manège ne

marchait pas. Ma maîtresse en profitait pour faire

des travaux de couture.

LE BON PETIT CHEVAL DE BOIS

— Si je -n'ai pas l'élégance d'autres chevaux

plus modernes, je ne' manque pas de comr, et je

ne peux voir souffrir quelqu'un sans souffrir moimême.

— J'étais très ami avec le Ris cadet de ma

patronne. Ce gentil petit garçon montait constamment

sur mon dos et iijo caressait en passant ses

mains dans ma crinière.

...Paul, le cadet, que je préférais parce qu'il était

bon, n'avait à se mettre sur lé dos que des loques

sordide?.

— Ce jour-là, elle venait de terminer un tricot

et je pensais :>« — Elle va peut-être le donnera

son fils cadet si pauvrement vêtu. » Je me réjouissais

en pensant que ce bon petit allait enfin avoir

chaud.

— Ma propriétaire, restée veuve d'assez bonne

heure, s'était installée depuis peu avec nous à la

fête de Neuilly.

— Son frère aîné, au contraire, me déplaisait

souverainement. 11 était méchant et s'amusait souvent

à me taillader avec son couteau.

— Si bien . que pendant l'hiver, je voyais grelotter

le pauvre petit qui venait souvent dormir

entre mes jambes.

— Mais mon espoir fut de courte durée. La

mauvaise femme n'hésita pas entre ses deux enfants

et donna le tricot à celui qui n'en avait pas

besoin.

— J'aurais voulu pouvoir lui dire ce que je

pensais de sa conduite, mais lorsqu'on est cheval de

bois on est ohligé de ronger son frein et de se

taire.

...petit Paul n'en a pas un également, ils n'en

auront ni l'un ni l'autre. Mon plan était fait. Il

fallait pour cela attendre le moment où le manège

marcherait et où Jean s'approcherait de moi.

... du manège, nous recouvrait, mes camarades et

moi, déshabillant un peu plus à chaque tour, de la

■têté au pied, le jeune Jean qui ne's'apercevait de

— Le bon petit cœur, voyant ce qui s'était passé,

lui offrit sa vaste toute rapiécée, pour l'empêcher

da'ttraper froid.

~LS7~ JEUNESSE ILLUSTREE 7

LE BON PETIT CHEVAL DE BOIS {Fin)

— Jean qui était allé endosser ce beau tricot

revint près de nous. Au lieu de plaindre son frère,

moins heureux que lui, il le nargua et se moqua

de sa détresse

— Ceci ne tarda pas, et j'eus bientôt la satisfaction

de pouvoir mettre mon projet à exécution.. La

dernière maille de son t ricot dépassant légèrement,

de son cou, je raccrochai après mon mors.

— Lorsque sa mere, qui se trouvait à l'intérieur

de notre manège, s'aperçut de ce qui se passait, et

voulut se précipiter, il était trop tard et, du reste,

la laine lui barrait le chemin.

— On fit tourner le manège en sens inverse,

pour reprendre la laine qui était encore bonne, et

qui pouvait resservir à faire un nouveau tricot.

Ma patronne, ayani cru voir dans cette aventure

un avertissement du ciel...

— Je vis le pauvre petit partir pour aller pleurer

sous la roulotte maternelle. « — Eh bien, non, Jean

ne gardera pas ce tricot longtemps, » pensai-je, et

puisque le...

— Au même instant, le manège se mettant en

mouvement, toutes les mailles du tricot se dévidèrent

peu à peu taudis que la laine, en s'enroulant

autour...

— Le petit Paul qui arrivait aperçut son frère

complètement déshabille et qui restait là, en chemise,

grelottant.

...traite maintenant d'égale façon ses deux enfants,

pour lesquels elle a les mêmes soins, la même

tendresse.

Jean, corrigé, est devenu mon ami, tout autant,

que son frère Paul, et, J'ai souvent le plaisir de

les avoir tous deux sur mon dos,


La Fortune de Loïc

Par 1I.-L. RIBOliLET

IDETJ2CIÈM:E: PARTIE

CHAPITRE II (Suite).

Encore une fois elle eut la pensée de prendre

la justice comme appui; mais la question de

manque de preuves la fit de nouveau reculer.

Ne la suspecterait-on pas d'avoir voulu s'acca-

parer du gros lot, et le pauvre Loïc ne risque-

rait-il pas de retomber entre les mains de ses

bourreaux?

Non, tout, plutôt que cette éventualité.

Il était don* préférable d'attendre; la Provi-

dence ne pouvait manquer de venir en aide à

des innocents.

En attendant, on allait tâcher de gagner le

morceau de pain quo-

tidien. Par exemple,

elle ne savait de quelle

manière ; mais on

trouverait bien.

En arivant rue Gay-

Lussac, sa résolution

était prise ; son joli

visage s'était rassé-

réné. Elle allait mettre

le petit garçon au

courant de la si tuation ;

puis on chercherait

ensemble à se tirer

d'affaire. Elle était

certaine qu'il ne s'a-

larmerait pas outre

mesure, que lui impor-

taient les questions

d'argent, pourvu qu'il

fût avec sa Corentine.

Elle le trouva sur

le balcon, guettant son

retour avec impa-

tience. Ne l'ayant pas

vue entrer dans l'hôtel,

il poussa un petit cri

de surprise en l'aper-

cevant tout à coup

derrière lui. Ensuite

il lui sauta au cou,

l'embrassa comme

si elle revenait d'un

voyage au long cours

en murmurant :

— Tu n'auras plus

besoin de sortir seule, n'est-ce pas, Titine ? tu

ne me laisseras plus à la maison?

Cette prière de l'enfant, qui, en toute autre

circonstance, Teût réjouie, l'attrista par la

pensée que, plus que jamais, il lui faudrait

sortir seule pour travailler.

Comme il reprit :

— Rapportes-tu beaucoup d'argent?

Elle saisit l'occasion pour lui apprendre la

vérité, sans trop appuyer toutefois sur le

désastre que son échec représentait.

Comme elle s'y attendait, il n'en comprit pas

l'importance; et quand elle ajouta : « Nous

allons être obligés de travailler », il répondit

simplement :

— Eh bien, nous travaillerons, ça nous dis-

traira. Qu'est-ce que nous allons faire?

— Voilà le plus embarrassant. Ce n'est pas

aussi facile que tu le penses de trouver à s'occuper;

mais en cherchant...

r x

— D'abord, ajouta la jeune fille en jetant

les yeux autour d'elle, nous ne pouvons rester

ici, c'est trop cher pour des travailleurs.

— Ça, c'est dommage, soupira Loïc qui s'y

plaisait, et pour lequel le balcon avait beaucoup

de charme.

— Ne te chagrine pas, mon petit, on trouvera

bien le moyen de profiter de ton argent à la fin,

et on se logera dans une belle maison, où l'on

sera encore mieux qu'ici.

— Oh! oui, une belle maison en Bretagne

au bord de la mer !

Il n'était pas tard, Corentine pensa qu'on

pouvait utiliser la fin de cette journée en cher-

chant un logis. Diminuer les frais était le plus

pressant. Tous deux descendirent.

N'ignorant pas que les loyers sont chers

autour du Luxembourg, ils se résignèrent à

s'en éloigner un peu, et dirigèrent leurs recher-

ches du côté du Bon-Marché.

- Fleurissez-vous, madame, ça ne coûte que deux sous.

En effet, ils trouvèrent, bientôt, dans une

rue avoisinant le grand magasin, deux petites

chambres à moitié prix de celle qu'ils occu-

paient, et qui, grâce à un fourneau placé dans

l'une, offrait encore l'avantage de pouvoir

faire sa cuisine ; arrangement moins coûteux

que de manger au restaurant.

Cette prompte solution de logement redonna

quelque tranquillité à la pauvre fille qui, en

rentrant, prévint la dame de son prochain

départ.

CHAPITRE III

Loïc se découvre un oncle et se fait

marchand de fleurs.

Le lendemain même de leur installation rue

Saint-Placide, pendant le déjeuner, Loïc, dont

la petite tête ne cessait de réfléchir depuis qu'il

voyait l'impossibilité de toucher à son argent,

fit une importante découverte. Il s'écria soudain

:

— Corentine! j'y pense seulement, j'ai un

oncle !

— Tu as un oncle? répéta Corentine ébahie.

— Oui, le frère de ma pauvre maman.

— Et où est-il ?

— Il est en Bretagne, pardine !

— Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé?

— Dame ! je l'avais oublié.

— En voilà un vilain garçon qui oublie sa

famille.

— Oh ! ne me gronde pas, je ne l'ai vu qu'une

fois, quand j'étais tout petit, et qu'il est venu à

la maison pour la mort de papa.

— Il n'habitait donc pas le même village

que vous?

— Non, il était marin d'abord, puis il s'est

remis pêcheur dans une grande ville pas très

loin de chez nous, qu'on appelle... qu'on

appelle... oh! si on me disait ce nom, je le

reconnaîtrais tout de suite.

Corentine nomma

successivement plu-

sieurs villes, puis enfin

songea à Lorient.

Alors le petit s'écria

vivement :

— C'est ça ! c'est

Lorient, je me sou-

viens maintenant. Au

bout de quelques se-

condes, la jeune fille

reprit :

— S'il y a si long-

temps que tu ne l'as

vu, ton oncle, il est

peut-être mort.

— Maman me l'au-

rait bien dit.

— Alors j e m'étonne

que quand tu as perdu

ta mère, il ne se soi!

pas inquiété de toi.

— Je ne sais pas...

il n'était'pas riche...

Corentine finit par

se raccrocher à cette

idée, se disant que ce

parent, surgi inopiné-

ment du souvenir de

Loïc, serait peut-être

leur planche de salut,

qu'il pourrait devenir

leur protecteur, les

aider à sortir d'em-

, barras.

— Eh bien, il faudrait lui écrire.

Elle conclut alors :

— Oui, oui, écrivons-lui, approuva le gamin.

Le temps pressait ; on ne renvoya pas

au lendemain pour rédiger une lettre dans

laquelle l'orphelin, sans donner de trop longs

détails sur ses aventures, exprimait son désir

de revoir un oncle qui représentait mainte-

nant toute sa famille.

L'épi Ire achevée, on la relut, et on ne trouva

rien à y changer. Il n'y avait plus qu'à mettre

l'adresse.

Mais alors une difficulté se présenta : Loïc se

rappelait bien que son oncle se nommait Jean-

Marie, quant à son nom de famille, il l'avait

oublié; peut-être même ne l'avait-il jamais su,

tant, dans les campagnes, ce nom disparaît sous

le prénom.

Et les Jean-Marie sont si nombreux en Bre-

tagne, qu'il y avait fort peu de chance que cette

indication suftît pour faire arriver la lettre s

son destinataire, dont on ignorait également la

demeure.

C'était fort embanassant. Enfin après de

longues hésitations, eu décida de la mettre à la

poste quand même, (n ajoutant au prénom kr

profession de pêcheir, pour faciliter les re-

cherches.

Il fallait être un en'ant et une jeune fille sans

expérience pour espirer un seul instant le

succès en de telles conditions. Mais ni l'un ni

l'antre ne connaissaieiitle nombre des habitants,

de Lorient, son importance comme cité mari-

time.

La découverte de lôïc donna un autre cours

aux pensées de nos ,giis, mais la courageuse

Bretonne ne s'endomit pas sur cette lueur,

hélas ! bien incertain;; d'ailleurs l'état des

finances ne le permet§it pas : il fallait aviser

promptement.

Dès le lendemain ; elle s'occupa donc de

trouver du travail

mais, malgré soi

désir, n'en vit pas 1

possibilité sans laisse

Loïc seul, et le pauvre

enfant, dont les nerf

avaient été si fortt

ment ébranlés par le:

émotions successive:

auxquelles il avait étt

soumis, était devem

peureux à l'excès.

Dès que sa bonm

amie le quittait, ., i

demeurait en proio 1 <

un malaise que sa vo-

lonté était impuissante)

à dominer, et ce ma-

laise était fait princi-

palement de la follekt!

crainte de voir Surgirv^

Levanekou sa femme

crrâce à sa. crainte de f ï ;"5

demeurer seul qu'il m

eut une inspiration.

Un matin qu'il était

descendu-avecsa com- %

pagne pour faire quel- : ^

ques achats, son atten-

tion se porta sur ûn ^

vue pratique; dans ce but, on employa la

journée à parcourir les rues, à observer les

marchands de fleurs. Finalement on s'informa

de l'endroit où ils s'approvisionnaient.

Le soir on était fixé; alors, sans tarder da-

vantage, avec le peu d'argent qui lui restait,

Corentine fit l'acquisition d'un grand panier, et

le lendemain matin elle partit pour les Halles

dont elle revint chargée de jolies fleurs fraî-

chement coupées.

Loïc nése possédait plus de joie; avec ardeur,

il se mit à l'aider à faire des bouquets de gros-

seurs différentes, qui avaient vraiment bon air.

Quand ils furent tous rangés dans le panier, la

jeune fille se livra à un calcul dont il résulta

que si l'on avait la chance de se débarrasser de

la totalité dans la journée, on aurait gagné trois

francs.

Ce n'était pas un gain énorme, mais en se

renouvelant, il permettait d'attendre les évé-

gamin de son âge, aidant

une

»

femme a

s déjeunèrent gaîment, d'un morceau de pain et de quelques centimes de « frites ».

-g

pousser une petite g

voiture de fleurs, et a, de temps, à autre,

criait de toute sa voix J — Fleurissez-vous esdames, fleurissez-

vous! dix centimes la ptle, les belles roses !

dix centimes, deux soi

Il s'attarda à regard'

pendant que la Brelo

lions, ne faisait guèr

la rue. Elle fut niêm

il la rejoignit cri lui cl

— Dis, Gore'nl ine, si <

aussi;, erois-tu pas qu'<

Comme la jeune 'il!--

lui venait celle idée 1

cri : « — Fleurisse/:-vo

vous », lui servit de réj

Elle examina alors

lure, les marchands, p

rien d'i.m.pn v-sible, q:

bonne.

, Mais il fallait la ce

e jeune commerçant

i,, en ses préoccupa-

ttention aux cris de

ssez surprise quanti

Codait des fleurs, nous

ignerait de l'urgent?

;iil lui demander d'où

pestive, un nouveau

hesdames, fleurissez-

e.eurs, la petite voi-

; dit qu'il n'y avait

iidée pouvait être

.'.Ver à son point de

nements. On pourrait même si le commerce

marchait lui donner plus d'extension.

Peu après nos amis étaient dans la rue avec

le panier que Loïc disputait à Corentine, et que

celle-ci ne voulait pas lui céder sous prétexte

qu'il était trop lourd pour lui.

Ils furent d'abord un peu embarrassés de leur

contenance, mais lo petit Breton, fier d'avoir

été l'instigateur de l'affaire, s'arma de loul'e su

volonté pour la mener'à bien. Dès qu'il aperce-

vait une dame, il courait vers elle avec deux

ou trois bouquets à la main, et lui disait genti-

ment.

— Fleurissez-vous, madame, ça ne coûte que

deux sous.

Le plus souvent la dame, lui jetant un regard,

était intéressée par sa physionomie douce, la

supplication de ses grands yeux; elle prenait les

fleurs, et lui donnait dix centimes, quelquefois

vingt.

Enchanté, il retournait vers son amie qui, de

son côté, faisait d'assez bonnes affaires. Sa

jeunesse, son aspect propre, soigné, contrastant

avec le laisser aller de ses concurrentes, lui

attirait la préférence.

A midi, nos nouveaux commerçants s'étaient

ainsi .débarrassés de la moitié de leur mar-

chandise; ils pouvaient donc espérer sans trop

de témérité que l'après-midi ne serait pas

moins fructueux.

Aussi ne voulant pas perdre de temps pour

rentrer à la maison, ils déjeunèrent de bon

appétit, et gaîment, d'un morceau de pain et do'

quelques centimes de « frites » achetées à la

marchande du coin. Le tout arrosé d'un bon

verre d'eau fraîche puisée à la fontaine

Wallace.

La vente avait repris, les choses semblaient

aller pour Je mieux, quand, vers le milieu de

l'après-midi, au moment le plus favorable, le

ciel s'obscurcit tout à coup, et un violent orage

éclata avec accom-

pagnement d'éclairs et

de tonnerre.

En un clin d'œil, le

monde se dispersa, et

nos amis, pour éviter

de recevoir l'averse,

n'eurent que le temps

de se réfugier sous

une porte cochère.

Quand enfin la pluie

eut cessé de tomber,

que le ciel s'éclaircit,

chacun, retardé dans

ses affaires, ne pensa

qu'à se hâter; et les

dames aussi bien que

les messieurs restè-

rent sourds aux offres;

du petit marchand.

A ses « fleu rjsscz-

vous...» on ne répon-

dait pas, ou si on ré-

pondait, c'était par ces

mots décevants :

— Je n'ai pas le

temps, mon petit.

Ainsi se termina

cotte journée qui avait si bien débuté.

Heureusement la' marchandise non écoulée

pouvait attendre au lendemain, mais les

marchands n'en rentrèrent pas moins chez

eux déçus, et quelque peu découragés, car

c'était toujours une perle : il leur faudrait

deux jours pour gagner ce qu'ils comptaient

gagner en un seul.

La sage Corentine en conclut, ayant encore

le courage do plaisanter :

— Cela prouve une fois de plus qu'il ne faut

jamais compter ni se réjouir d'avance.

Mais voyant la mine allongée de Loïc, elle

ajou ta :

— Voyons, mon petit, il n'y a pas de quoi se

désespérai', il n'éclate pas des orages tous les

jours. Il faut au contraire nous montrer satis-

fails, car nous ayons pu nous convaincre qu'il

es! possible de gagner quelque chose dans ce

petit, commerce.

Et c'était vrai.

(A suivre).


Les poissons parlent.

Jusqu'ici, le poisson, parmi les êtres animés, a été considéré comme

totalement dépourvu de la faculté d'émettre un son quelconque, aussi lalocution:

« Muet comme un poisson » s'appli-

— : ^ que-t-elle courarrunent aux gens silen-

cieux. Or, ainsi que tant d'autres opinions,

considérées naguère comme des

vérités intangibles, voici que celle-ci

est en passe de perdre son antique

valeur. En effet, un savant, et non

dos moindres, M. le professeur

Kœllicher, directeur du laboratoire

zoologique de Naples, à la suite de

patientes, recherches et d'expé-

ser

es

riences nombreuses, vient d'adresune

communication aux membres

sociétés savantes, dans laquelle il

affirme que les poissons ne sont pas

des êtres muets, et qu'ils possèdent

bel et bien un langage. A l'aide d'un

microphonographe spécial, M. Kœllicher

a observé que les poissons émettaient

un certain bourdonnement variant

de tons et plus ou moins sonore selon

les différentes espèces.

Parmi les habitants des mers, le

rouget serait, paraît-il,' avec le saumon

et les sardines, le plus

loquace des poissons ;

demêmequeparmi le

peuple de nos rivières,

la. perche et

la carpe seraient des

commères fort bavardes.

C'est ainsi que

toutes les traditions

s'en vont; bientôt, qui

sait, après nous avoir

prouvé que c'était

une erreur'do dire : « Muet comme un poisson », nous démontrera-t-on

que rien n'est plus absurde que de dire : « Sourd comme un pot ! »

Une fête « bien anglaise ».

S'il est une fête populaire et nationale en Angleterre, c'est bien le

Christmas. Le Noël que nous fêtons et qui correspond à la fête anglaise

ne peut donner idée de ce qu'est le Christmas. A Londres, ni le froid, ni la

neige, ni la boue, n'empêchent la foule de remplir les rues, de se presser

en une double file dans les boutiques .éblouissantes de lumière et regorgeant

dô comestibles, de mets délicats venus de tous les points du monde.

On ne peut évaluer le nombre de livres sterling qui sont mises en

circulation grâce au réveillon de Christmas et aux traditionnelles

étrennes. Celles-ci vont des bijoux somptueux, des jouets compliqués et

chers, à l'humble jouet d'un penny que le camelot vend au coin des rues.

Les livres pour les enfants abondent et l'on vend en quantité des

corbeilles de gui,

le fameux mistletoe,

qui orne toutes

les maisons

anglaises, et qui

donne droit aux

jeunes gens d'embrasseï»

les jeunes

filles qu'ils peuvent

amener sous

ses branches. On

vend à profusion

aussi descrackers,

ces papillotes à

pétard d'où sortent

les coiffures hétéroclites

que toutlo

monde, à la fin du

réveillon, une fois

iz plur-i-puddiog

traditionnel mangé

coiffe joyeusement. Lu roi la rouie et toute la famille royale

passent le Christmas à Sandringham. La reine distribue le roastbeef

Coutumier — une tonne do viande — aux fermiers du domaine royal.

L'arbre de Noël est dressé dans la salle de bal.

D'ailleurs, l'arbre de Noël, plus ou moins grand, plus ou moins bien

illuminé, se dresse dans tous les foyers anglais, humbles ou riches, et le

petit soldat dans sa caserne, le marin dans son vaisseau, si loin que

ceux-ci soient perdus dans le monde, ont aussi leur arbre de Noël. Los

petits dansent de joie, les parents rient doucement émus du bonheur de

leurs chers enfants et quelque voix fraîche de jeune fille chante, au

milieu du silence établi soudain, la vieille chanson chère à tout cœur

anglais :

Home! sweet home!

que tons accueillent par un joyeux : Meri-y .Christmua!

LA JEUNESSE ILLUSTREE

Un ordre inconnu!

Parmi les traces laissées par le passé historiqulde la vieille Europe,

la noblesse et les décorations symbolisent l'orgueillt la vanité humains!

Ce sont ces sentiments, en effet, qui ont poussé les hommes à établir des

différences de castes, à prendre des titres et des basons et à se parer de

rubans et de croix.

Chez les peuples jeunes on ne trouve pas de diiljmction de ce genre,

et notamment

chez lés Américains

, dont le

caractère, tout

d'activité, a

semblé jusqu'ici

dédaigner d'aut

r e supériorité

que celle de l'intelligence

ou de

la fortune.

Il y a quelques

années,

dans un grand

bal donné à la

cour de Berlin,

on vit arriver un

riche Américain

affublé en Peau-

Rouge et portant

sur la poitrine

une sorte de

plaque de comm

a inl e ù'r rehaussée

d'un tas

de ferblanterie,

qui lançait des

feux de toutes

les couleurs au

moindre mouvement

et résonnait

comme le

tintement lointain des clochettes d'un troupeau d !

Comme on lui demandait de bien vouloir dir!

« Oh! répondit-il, it is mxj oion composition (c'et

tion), c'est l'ordre de ma maison! » Il avait ap

vaches dans les Alpes.

, quel était cet ordre :

de ma propre inven-

ds., le brave Yankee,

qu'il y avait un ordre de la Maison des Hohenz jlorn : « pourquoi n'y

aurait-il pas non plus un ordre des Langham? » /'était-il dit et il s'était

mis à l'œuvre pour inventer un ordre qui soit à 1; [auteur de la situation.

Pour son coup d'essai, c'était un coup de mai» , car sa décoration eut

le mérite sûr de n'être portée que par lui seul!

Portraits parlés

Autrefois, nous'avons parlé à nos lecteurs fli"" m 3tlM des pa' liera».

Germon cernai' Pommune ANTIDEFulVfOSE

VINOENT, l- : 2fr,25 franco timbre» ■landtt,

VINCENT, pnacien, 12, r, du Pont-! £.Hrii.

et placez-la sur

-dessusi

d'un concours,

bain nrîméro.

ier

pitoyable.

m me, tombé

onde misère,

is peiné, une

auuiunce UITTO!,

— Sire, lui dit-il, quand il

fut en sa présence', mon père

m'a laissé un terrible créancier

que je ne puis payer. J'ai

beau lui donner des acomptes,

il insiste, me tourmente pour

être totalement réglé. Maintenant,

je. ne puis plus rien

faire pour lui, et, si vous ne

venez à mon aide, il me

jouera un mauvais tour.

— Et, demanda le roi, quel

est ce barbare et insatiable

créancier qui vous persécute

ainsi ?

— Sire, c'est mon estomac.

Le monarque ne put s'empêcher

de rire, et donna au

solliciteur de quoi faire taire

son importun débiteur.

NOUVEAUTÉ OPIGINALE-Ponr^ francs j e florin

Il 3 Poupées, lam-'man, hauteur réelle 0=70, les filles 0"26-

VALDU, 8, faubourg Montmartre, PAKIS.

nr/ IP I E11QP donne secret pour guérir

ÏÏ L. L. I \J I U. U ' J I— enfants urinant au lit.

Écrire M"" BTJROT, à Chantenay (Loire-Inférieure).

SOLUTION DU PASSE-TEMPS

PARU DANS LE DERNIER NUMERO

PAR-CI, PJVR-LJV

Ûn trait de gamin.

Il y avait, un jour, planté devant la colonnade du

Louvre, un étranger dont le visage était orné d'un

nez gigantesque.

Un gamin, venant à passer, s'arrêta et regarda

avec étonnement cette proéminence anormale. Notre

homme croyant que l'enfant allait lui demander

l'aumône, lui dit assez brusquement :

— Je n'ai rien à te donner, laisse-moi tranquille.

Il s'éloigna peu après; mais le gamin le suivit, et

le voyant s'arrêter devant un autre monument, il

s'arrêta aussi et se remit en observation.

L'étranger, agacé de son insistance, pour s'en

débarrasser, lui tendit dix centimes. Mais, au lieu de !

les prendre, l'espiègle enfant de Paris répliqua fièrement

: ■

— Je ne demande pas l'aumône.

. — Et que veux-tu alors, pour me suivre et mp

regarder comme tu le fais?

— Je voudrais que vous ayez la bonté de me d

si votre nez est tout d'une pièce.

Le prix d'un cheval.

Un paysan désirait vendre son chev

demandait cent francs.

Un voisin se présente pour l'acheter

lant pas y mettre ce prix, il pre

l'animal au marché, et promet d'e 1

premier acheteur venu en offrir?

La condition est acceptée, et l'-

Arrivé un borgne qui en

D'après les conditions stipu,"

emmener l'animal pour ce/

Grande discussion s'ens

juges.

L'acheteur, le pre

il eut fini, le paysan

— Messieurs, j<

auxquelles j'ai so

adversaire; mais

quante francs/

n'a pu voir qy

au contraire

double, sir

Les ju'

gain de

=7

r

et

sut

lecj

cor

ent

livil

cor

ren

R

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jts de vos

at fin avec

classes.Filles

-etourner

Ster des

èsseurs.

lté leur

que les

r leurs

f fatigue

uvent y

i direc- /;

nte.

ancs.

.c alors

oppose,

levant les

.sons. Quand

.s des conditions

i a exposées mon'

.é mon cheval cinpar

conséquent il

, mérites. Mon voisin,

.x, il doit donc payer le

bête.

réponse, et lui donnèrent

AUX MAMANS

ETTE

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12 LA JEUNESSE ILLUSTREE

« — Ne sors pas, Jeannot, il fait

trop froid, tu vas t'ènrhumer! » Paroles

perdues. Jeannot fait la sourde

oreille aux injonctions de sa mère.

"Le petit lapin s'amuse à fabriquer

des boulettes qu'il lance sur le museau

de ses congénères. « — Comme

je m'amuse, dit-il.

— Ciel! où vais-je... un précipice...

au secours ! au secours ! » Ives

cris du pauvre animal sont entendes

par un brave corbeau... [

Le lapin appela le corbeau qui eut,

pitié de sa position. 11 le conduisit

jusqu'au domicile paternel dont la

neifre masquait l'entrée.

(Ml'".j '

Le lapin, au détour du bois, aperçoit

de belles petites boules blanches

tombant du ciel. « — Oh! que c'est

joli 1 s'écrie-t-il.

— Allons voir du pays... Comme

on trotte bien sur ce tapis blanc...

Une, deux... Une, deux... »

... qui arrive au secours de Jeannot.

A grand'pei ne il le retire du trou.

« — Sale neige! dit le lapin. Elle ne

sert qu'à vous voiler les dangers de

la forêt.

E-ti deux coups de bec, l'oiseau lit

un firou dans lequel Jeannot s'engouffra.

Il était arrivé à destination.

\

LJL 1STEIGE

— C'est la neige. Mes parents

m'ont décrit ce phénomène. Ils m'ont

dit qu'on pouvait obtenir son portrail

en se couchant dessus.

Hein!... Une apparition fantas

tique arrête net les enjambées du 1Ê

pin et ses poils se dressent d:

frayeur-

— Si ce n'était encore que cela,

mais où vais-je retrouver ma route

maintenant et qui sait si l'entrée du

terrier n'est pas bouchée par elle.

Il dut subir les justes remontrances

de ses parents et jura de ne

plus sortir par les temps de neige.

Ma foi... ba n'a pas l'air bien

ressemblant... à jamais c'est le por

trait d'un lapirj cela, » dit Jeannot

déçu

« — Sauvons-nous... Oh! aïe ! aie!

aïe!... Une épine qui m'a traversé la

patte. Sans l