Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

oaq.com

Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

EsQuIsses

FÉVRIER-MARS 2010 VOLUME 20 NUMÉRO 5

ARCHITECTURE EN CHINE

LE SENS DE LA DÉMESURE


SOMMAIRE I 3

PERSONNEL DE L’ORDRE POSTE I COURRIEL

LUCIE AUBIN

ADJOINTE AU BUREAU DU SYNDIC 222 laubin@oaq.com

NATHALIE BATRAVILLE

ADJOINTE AUX COMMUNICATIONS 229 nbatraville@oaq.com

CLAUDE BONNIER, ARCHITECTE

ENQUÊTEUR 232 cbonnier@oaq.com

ANNA BRITO

RÉCEPTIONNISTE 0 abrito@oaq.com

CAROLINE CHARLAND

ADJOINTE ADMINISTRATIVE 218 ccharland@oaq.com

DIANE CLAING

ADJOINTE ADMINISTRATIVE 205 dclaing@oaq.com

PIERRE COLLETTE, ARCHITECTE

SYNDIC 231 pcollette@oaq.com

EN COUVERTURE CRISE ÉCONOMIQUE OU PAS, LA CHINE EST DEPUIS

DE NOMBREUSES ANNÉES UN GIGANTESQUE CHANTIER DE CONSTRUCTION.

UNE DÉLÉGATION QUÉBÉCOISE A PROFITÉ D’UNE MISSION COMMERCIALE

LÀ-BAS POUR ALLER OBSERVER LES INCURSIONS DE CE PAYS SUR LE TERRAIN

DU DÉVELOPPEMENT DURABLE. POUR ACCOMPAGNER LE COMPTE RENDU

DE CETTE MISSION, NOUS AVONS INTERROGÉ DES ARCHITECTES QUÉBÉCOIS

SUR LEUR TRAVAIL DANS L’EMPIRE DU MILIEU.

CENTRE DES TECHNOLOGIES EN ÉNERGIE RENOUVELABLE DE L'UNIVERSITÉ DE NOTTINGHAM EN CHINE, MARIO CUCINELLA ARCHITECTES

EN ÉDITORIAL :

DÉCONSTRUIRE LE SYSTÈME BRIQUE PAR BRIQUE 5

CHRONIQUE : IMPRESSIONS DÉCOUSUES 7

DOSSIER : ARCHITECTURE EN CHINE 8

MILIEU HUMIDE : CROISÉE DES CHEMINS 16

RESPONSABILITÉ ET SURVEILLANCE DES TRAVAUX 18

MARDIS VERTS : L’EXEMPLE DU CAMPUS DE LONGUEUIL 24

LE DANGER DES CONSORTIUMS 32

RÉDACTEUR EN CHEF PIERRE FRISKO

JOURNALISTE HÉLÈNE LEFRANC

RÉVISEURE CHRISTINE DUFRESNE

INFOGRAPHISTE LINDA THERRIAULT

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO NATHALIE BATRAVILLE, LOUIS BRUNET, CARLO CARBONE,

PIERRE COLLETTE, JEAN-PIERRE DUMONT,

MARIE-CLAUDE ÉLIE MORIN, CORINNE FRÉCHETTE-LESSARD

POSTE I COURRIEL

RENÉ CRÊTE, ARCHITECTE

SYNDIC ADJOINT 249 rcrete@oaq.com

CHRISTINE DAFFE

SECRÉTAIRE DE DIRECTION 221 cdaffe@oaq.com

JEAN-PIERRE DUMONT, AVOCAT

DIRECTEUR GÉNÉRAL ET SECRÉTAIRE 211 jpdumont@oaq.com

PIERRE FRISKO

RESPONSABLE DES COMMUNICATIONS 223 pfrisko@oaq.com

CAROLE GIARD, NOTAIRE

REGISTRAIRE 251 cgiard@oaq.com

LYNDA GODIN

ADJOINTE ÀL’ADMISSION 212 lgodin@oaq.com

ALAIN LAFLEUR, ARCHITECTE, INSPECTEUR

ET RESPONSABLE DE LA FORMATION CONTINUE 224 alafleur@oaq.com

Le magazine Esquisses vise à informer les membres sur les conditions de pratique de la profession

d’architecte au Québec et sur les services de l’Ordre. Il vise également à contribuer à l’avancement

de la profession et à une protection accrue du public. Les opinions exprimées dans Esquisses ne

sont pas nécessairement celles de l’Ordre. Les produits, méthodes et services annoncés sous

forme publicitaire dans Esquisses ne sont en aucune façon approuvés, recommandés, ni garantis

par l’Ordre des architectes du Québec.

Dépot légal I Bibliothèque nationale du Québec I Bibliothèque nationale du Canada I Ce numéro est tiré à 5 200 exemplaires

ESQUISSES EST PUBLIÉ CINQ FOIS L’AN PAR L’ORDRE DES ARCHITECTES DU QUÉBEC 1825, BOUL. RENÉ-LÉVESQUE OUEST, MONTRÉAL (QUÉBEC) H3H 1R4 I 514-937-6168 1-800-599-6168 I TÉLÉCOPIEUR 514-933-0242 I ESQUISSES@OAQ.COM I WWW.OAQ.COM

POSTE I COURRIEL

HÉLÈNE LEFRANC

AGENTE DE RECHERCHE ET DE LIAISON 233 hlefranc@oaq.com

JEAN-PIERRE MANFÉ

RÉGISSEUR 200

SANDRA MBOMBO

ADJOINTE À LA FORMATION CONTINUE 202 smbombo@oaq.com

PATRICK ST-AMOUR, CA

CONTRÔLEUR CONTRACTUEL 230 pst-amour@oaq.com

NATHALIE THIBERT

ADJOINTE ÀL’ADMISSION 220 nthibert@oaq.com

HAKIMA ZIDANI

ADJOINTE À LA COMPTABILITÉ 209 hzidani@oaq.com


4 I BRÈVES

ÉLECTIONS AU CONSEIL D’ADMINISTRATION

DE L’ORDRE EN 2010

Comme le veut la coutume, les élections au conseil d’administration de l’Ordre se tiendront au

printemps. Les postes à pourvoir sont ceux d’administrateurs dans les régions de la Montérégie,

de Montréal et de Québec. Voici les administrateurs dont le mandat prend fin en 2010 :

– Montérégie : Bernard McNamara

– Montréal : Maggy Apollon, Robert Lacoste

Québec : Rémi Morency

Au cours du mois de février, un avis de scrutin sera expédié aux membres de l’Ordre dans le bulletin

Élévation. Les bulletins de candidature à un poste d’administrateur seront pour leur part disponibles

sur le site Web de l’Ordre. La durée des mandats est de trois ans.

La date limite pour poser sa candidature est le vendredi 19 mars 2010, à 17 h.

AVIS DE COTISATION ET INSCRIPTION AU TABLEAU DE L’ORDRE

MÉDAILLE DU MÉRITE ET PRIX THOMAS-BAILLAIRGÉ

DAN HANGANU, ARCHITECTE, PHOTO I LEITMOTIV

Vous recevrez bientôt l’avis de cotisation 2010-

2011 accompagné des reçus officiels pour

l’année 2009. Même si le document qui vous

sera transmis ne contient pas les informations

figurant au tableau de l’Ordre, nous en profitons

pour vous rappeler que celles-ci doivent être

à jour.

La cotisation annuelle a été fixée à 750 $ (plus

taxes). Les frais de perception de l’Office des

professions sont pour leur part de 22,95 $.

Le début de chaque année annonce la période

des mises en candidature pour la médaille du

Mérite et le prix Thomas-Baillairgé.

La médaille du Mérite est attribuée, par décision

unanime du conseil d’administration, à un membre

que l’Ordre veut honorer pour la manière

dont il s’est distingué en tant qu’architecte ou

pour les services qu’il a rendus à la profession.

Quant au prix Thomas-Baillairgé, il est remis à

un individu ou à un organisme public ou parapublic

pour sa contribution remarquable à la promotion

et à la conservation de la qualité du

cadre de vie au Québec.

Rappelons qu’en 2009, la médaille du Mérite a été

décernée à l’architecte Dan Hanganu, alors que

Veuillez prendre note qu’en plus du paiement par

chèque et par carte de crédit, vous pouvez dorénavant

acquitter la cotisation annuelle par paiement

électronique sur le site Web de la majorité des

institutions financières ou dans un guichet automatique.

Nous vous invitons à vous prévaloir de

ces nouveaux modes de paiement qui réduisent

substantiellement les délais de traitement.

le prix Thomas-Baillairgé allait au directeur des

politiques d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru.

Pour ces deux prix, vous pouvez proposer une

candidature par courriel.

Votre texte doit évoquer les motifs, accomplissements

et réalisations susceptibles de valoir le prix

au candidat ou à l’organisme que vous proposez.

La date limite pour soumettre une candidature

est le jeudi 29 avril 2010. Les propositions seront

étudiées par un comité d’analyse, puis soumises

aux membres du conseil d’administration, qui

désigneront les lauréats.

Veuillez faire parvenir vos propositions à

Christine Daffe à cdaffe@oaq.com.

CORRECTION

Le Musée régional de Rimouski a été conçu par la firme Dupuis LeTourneux architectes dont les

partenaires étaient Jean-Pierre LeTourneux (maintenant MSDL architectes) et Benoit Dupuis

(maintenant ACDF architecture).


ÉDITORIAL I ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 5

DÉCONSTRUIRE LE SYSTÈME BRIQUE PAR BRIQUE

ANDRÉ BOURASSA, PRÉSIDENT

Il est d’usage de commencer l’année avec un esprit neuf et positif. Difcile, malheureusement, d’éviter de revenir sur

un dossier politique tant celui-ci touche directement aux questions de qualité du cadre de vie de la société québécoise.

Le poids des chiffres,d’abord. Deux mille dollars par Québécois ont été investis par le gouvernement dans le maintien des

infrastructures l’an dernier. C’est ainsi que se décline le Plan québécois des infrastructures, pour lequel est prévue la

rondelette somme de 41,8 G$ entre 2008 et 2013, soit 14 G$ par an. De ce montant, 3,6 G$ seront consacrés au maintien

et à la mise aux normes des infrastructures municipales. L’ensemble du chantier, le plus important de l’histoire du Québec,

permettra de renouveler l’essentiel des infrastructures sur 15 ans. Impressionnant, et probablement nécessaire.

Le constat, ensuite. Plusieurs enquêtes indiquent que les coûts de construction au Québec seraient, selon les cas, de 20 à

35 % plus élevés que ce qu’ils devraient, et que ce qu’ils sont en Ontario. Ce n’est pas rien. Un simple calcul laisse donc

craindre que de 8,3 à 14,6 G$ d’investissements seront « perdus» pour les infrastructures québécoises si la situation n’évolue

pas. Imaginons ce que nous pourrions faire avec cet argent : rénover plus d’équipements, en construire de nouveaux ou,

pourquoi pas, améliorer sensiblement les normes de qualité dans le domaine. Car, dans certains types de projets où le coût

de la construction au mètre carré est xe, ces 20 à 35 % obligent forcément à rogner quelque part sur la qualité.

Ces chiffres doivent être mis en relation avec les allégations de corruption et de collusion, ainsi que les autres faits

troublants mis au jour par les médias ou par le véricateur général de façon insistante et récurrente. Les scandales se

sont succédé dans des sphères très variées – du monde municipal aux ministères les plus richement dotés – et sur

différents types de contrats et de procédures. Les personnes mises en cause – entrepreneurs, professionnels,

fonctionnaires et élus – se trouvent à différents échelons. Tout un système semble s’être construit, comme de nombreux

commentateurs l’ont fait remarquer.

EN TANT QUE MAILLON CAPITAL DE L’INDUSTRIE DE LA CONSTRUCTION,

L’ORDRE DES ARCHITECTES DU QUÉBEC NE POUVAIT RESTER NEUTRE.

Pour avancer, il faut le démanteler, ce système. Brique par brique. Et cela passe inévitablement par une commission

d’enquête publique. Elle ne réglera pas tout, évidemment, mais c’est un point de départ incontournable, qui n’empêche

aucunement les enquêtes policières de suivre leur cours. Tout le monde est d’accord là-dessus : milieu municipal,

policiers, procureurs, professionnels et entrepreneurs. L’opinion publique, qui a perdu conance, l’exige. La preuve : la

pétition déposée à l’Assemblée nationale à cet effet est celle qui a recueilli le plus de signatures parmi la quarantaine

proposées depuis que ce geste citoyen est possible.

Seul le gouvernement résiste. Il n’a fait que chercher à gagner du temps et à distraire l’opinion. Les mesures prises –

car oui, des mesures ont été prises, reconnaissons-le – sont timides. Elles ont surtout été décidées à la va-vite, comme

pour obliger chacun à passer à autre chose, sans s’attaquer à l’essentiel. « Circulez, il n’y a rien à voir », semble dire le

conseil des ministres.

Un exemple : alors que, habituellement, le processus législatif prend des mois, l’Ordre des architectes a été avisé

le 19 novembre en après-midi qu’il était convoqué le 24 au matin à l’Assemblée nationale dans le cadre des consultations

sur le Projet de loi prévoyant certaines mesures an de lutter contre la criminalité dans l’industrie de la construction, un

texte que nous découvrions. Comme nous, de nombreux groupes ont renoncé à intervenir étant donné le délai trop

court, coupé par une n de semaine. La même précipitation a prévalu lors du dépôt de la Loi modiant la Loi électorale

concernant la représentation électorale et les règles de nancement des partis politiques et modiant d’autres

dispositions législatives. Ces textes présentent des avancées, mais auraient dû être préparés sereinement, une fois les

défauts du système mis au jour. Gageons qu’ils auraient été plus efcaces.

En tant que maillon capital de l’industrie de la construction, l’Ordre des architectes du Québec ne pouvait rester neutre. La

société québécoise doit en avoir pour son argent et avoir conance dans les processus de sélection des professionnels et des

entrepreneurs dans les projets d’infrastructures. Une question de transparence et de démocratie. Dès le 30 octobre, l’OAQ

a diffusé un communiqué réclamant une commission d’enquête publique. L’Ordre des ingénieurs a fait la même chose.

Trois mois plus tard, une commission d’enquête demeure primordiale. De notre côté, elle aiderait grandement le syndic

à récolter les informations nécessaires au démarrage de nos propres investigations. Nous sommes prêts à y collaborer.


6 I RELATIONS EXTERNES

DOSSIERS CANADIENS ET RELATIONS INTERNATIONALES

UN NOUVEL ACCORD DE RÉCIPROCITÉ CANADIEN

AMÉRIQUE DU NORD

En novembre 2009, André Bourassa rencontrait ses homologues du Canada,

des États-Unis et du Mexique afin de discuter d'une possibilité d'entente

tripartite. Il est ici photographié avec Lizandro de la Garza Villareal, président

du Collège des architectes du Mexique.

DOSSIER CANADA – ÉTATS-UNIS

LA MISE EN ŒUVRE DE L’ARRANGEMENT DE RECONNAISSANCE

MUTUELLE FRANCE-QUÉBEC

En ce qui concerne l’arrangement de reconnaissance mutuelle (ARM)

France-Québec, conclu en avril 2009, la démarche réglementaire inhérente

à ce dossier se poursuit. Les développements seront annoncés dans Esquisses

ou dans le bulletin électronique Élévation.

Le 23 octobre dernier, à Winnipeg, les présidents des ordres d’architectes

du Canada ont signé le nouvel Accord de réciprocité canadien. Cet accord

est entré en vigueur le 1 er janvier 2010 en remplacement de la précédente

entente qui datait de 1994.

Alors que l’entente de 1994 prescrivait la réussite de chacune des divisions

de l’examen d’admission américain du National Council of Architectural

Registration Boards (NCARB) pour être admis dans une autre province, le

nouvel accord prévoit désormais l’équivalence des permis. Il s’agit d’un

changement majeur et d’un allègement important des procédures pour

l’architecte désirant exercer ailleurs au Canada.

C’est ainsi qu’en vertu de cet accord, tout architecte détenant un permis

d’exercice ou étant inscrit dans un ordre provincial ou territorial canadien

peut automatiquement exercer la profession ailleurs au Canada, sous réserve

de payer la cotisation imposée par l’ordre d’accueil et de remplir certaines

formalités d’usage maintenant uniformes pour tous les ordres canadiens.

À la suite de la mise en œuvre de l’Examen des architectes du Canada

(ExAC), les ordres canadiens ont entamé des discussions avec leur partenaire

américain pour redénir les termes de l’Accord canado-américain,

lequel est basé sur la réussite de l’examen du NCARB. À l’exemple du

nouvel accord de réciprocité canadien, une approche fondée sur l’équivalence

des permis pourrait être envisagée. Les négociations en sont à leur

début. Pour le moment, l’architecte canadien qui désire exercer aux États-

Unis doit réussir l’examen du NCARB.


CHRONIQUE I ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 7

WAT PHO, BANGKOK

MARCHÉ DU SAMEDI SOIR, CHANG MAI

IMPRESSIONS DÉCOUSUES

PIERRE FRISKO

Luang Prabang, au Laos, fait partie des villes du patrimoine mondial. Pour s’y rendre à partir de Vang Vieng, au sud, il

n’y a que la route. Pas de train, pas d’avion. Peut-être l’hélicoptère, je ne me suis pas informé. Six heures de route dans

les montagnes, six heures de panoramas à couper le souffle. Ou à avoir mal au cœur, si vous en arrachez avec les

parcours sinueux. Entrecoupées des insupportables et fréquents coups de klaxon du chauffeur, pour avertir les paysans

de notre passage.

Parce que leurs maisons, pardon, cabanes, bordent la route et que l’arrière de la cabane donne sur une immense falaise,

la route constitue leur seul espace public. Route nationale, doit-on préciser. Des hameaux de ce genre, nous en avons

croisé des dizaines. L’électricité ne s’y rend pas toujours. L’eau courante, c’est pour demain. La douche est à une des

extrémités du hameau, à l’abri des regards du petit frère ou du voisin.

Tout au bout de cette route, il y a Luang Prabang, charmante petite ville touristique de 44 000 habitants lovée au

confluent d’une rivière et d’un fleuve. Les auberges sont aussi belles qu’accueillantes, les restaurants proposent des

délices pour trois fois rien sur de magnifiques terrasses qui surplombent le Mékong. Il y a partout des tuk-tuk pour nous

conduire, on peut louer des vélos ou des motos à tous les coins de rue.

. . .

Et, bien sûr, Internet haute vitesse. Pour communiquer avec les paysans ?

Chang Mai, Thaïlande. Je roule à vélo, la tête en l’air, à me demander ce que je pourrais bien vous raconter de mon voyage.

Je regarde à gauche, à droite, mes yeux n’aperçoivent que des successions de bâtiments en béton sans intérêt, noircis

par la pollution. C’était pareil à Bangkok, sauf pour le vélo qui est un peu plus compliqué. Mais là, j’ai eu beau m’installer

aux premières loges du bateau qui traverse le Chao Phraya à la manière des vaporetti vénitiens, je n’y voyais rien.

Il y a bien sûr les temples, qui pullulent dans cette contrée bouddhiste. Tous plus époustouflants les uns que les autres.

Surtout le Wat Pho, dont vous pouvez voir une bien minuscule photo dans la colonne de gauche. Mais le profane que je

suis, après une bonne douzaine de visites de temples, se lasse un peu. Surtout qu’il doit enlever ses godasses à chaque fois.

Je n’oserais pas dire, comme la tante d’un copain : « Des cathédrales, quand t’en vois une, tu les as toutes vues. » Mais

c’est vrai que l’exceptionnel ne peut entrer à pleine porte dans notre quotidien sans perdre un peu de son impact.

En écrivant cela, je suis pris d’un doute. Et si j’étais passé à côté d’un bâtiment grandiose sans l’avoir vu ? Je regarde vite

fait dans le fabuleux Atlas de l’architecture du XXI e siècle, dont je vous parlerai dans une autre page. En tout, seulement

deux projets pour toute la Thaïlande ont retenu l’attention des éditeurs. Et zéro pour le Laos.

Ouf ! Je n’ai rien manqué. . . .

Après une dure journée à se perdre dans les méandres de cette ville que seuls les touristes appellent Bangkok (le vrai

nom fait 167 lettres et signifie « ville des anges, grande ville, résidence du Bouddha d’émeraude, ville imprenable du

dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse, généreuse dans l’énorme Palais

royal pareil à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville dédiée à Indra et construite par Vishnukarn », avez-vous

dit « ville » ?), nous sautons dans un autobus, en espérant qu’il se rende près de notre auberge. Pas facile de savoir où

il va quand les destinations sont écrites en thaï et que tu ne connais pas l’alphabet...

L’autobus finit par nous laisser près de notre auberge, sur le bord d’un canal. De chaque côté, il y a des restaurateurs à

roulette qui déploient quelques tables en aluminium et des bancs de plastique. Nous y avons dégusté des salades, une

de poisson-chat grillé, l’autre de papaye verte, avec du riz collant. Un mois de ce régime, à grignoter ici et là et à manger

sur des bancs de plastique des brochettes et des pad thaï, parce que la Thaïlande est un vaste buffet à ciel ouvert.

À coup sûr, des kiosques de restauration de ce genre au Québec seraient fermés dans les 24 heures pour des raisons

de salubrité.

Un mois après mon retour, j’ai chopé une salmonellose. Gracieuseté d’un microbe bien de chez nous.

pfrisko@gmail.com Les propos contenus dans cette chronique ne représentent pas la position de l’OAQ. Ils n’engagent que son auteur.


8 I DOSSIER I ARCHITECTURE EN CHINE

VERT, LE GÉANT ROUGE ?

HÉLÈNE LEFRANC

UNIVERSITÉ DE TSINGHUA, MARIO CUCINELLA ARCHITECTES AVEC LA POLYTECHNIQUE DE MILAN, PHOTO I GUYLAINE DESMARAIS

SIX PROFESSIONNELS DU DESIGN SE SONT JOINTS À UNE MISSION COMMERCIALE

EN CHINE. ORGANISÉE PAR LE GOUVERNEMENT QUÉBÉCOIS, ELLE PORTAIT SUR

LE DÉVELOPPEMENT DURABLE. COMPTE RENDU D’UN VOYAGE EXPLORATOIRE.

Aller étudier le développement durable en Chine?

La démarche peut sembler osée, étant donné que

ce pays est l’un des plus pollués du monde. Mais

voilà : l’Empire du Milieu cherche actuellement

à « acheter » auprès d’entreprises étrangères

les technologies et le savoir-faire verts qui lui

manquent et il tente des expériences à grande

échelle. Il était donc logique pour le ministère

québécois du Développement économique, de

l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE) d’y

organiser, du 9 au 17 octobre dernier, une mission

commerciale menée par Pierre Arcand, ministre

des Relations internationales. Objectif : permettre

à une quarantaine de responsables d’entreprises

et de chercheurs québécois de diverses disciplines

environnementales de se rendre en Chine et de s’y

informer des occasions d’affaires et des possibilités

de collaboration.

Dans une optique un peu différente, l’Ordre des

architectes a été sollicité pour se joindre à un

volet construction. Les participants pouvaient

proter des aspects commerciaux de la mission,

mais l’idée était aussi de faire un état des lieux

de la construction durable en Chine et de visiter

certains bâtiments ou sites potentiellement inspirants.

Un programme spécifique de visites a été

élaboré afin d’augmenter l’expertise du milieu

québécois de la construction quant au marché

chinois et aux technologies vertes. Six professionnels

du design ont participé à ce volet :

quatre architectes, une designer d’intérieur et

un urbaniste.

EXPÉRIMENTATIONS ET VASTES CHANTIERS

Guylaine Desmarais, coprésidente du comité des

techniques et bâtiments durables de l’OAQ, a

d’emblée été frappée par l’ampleur du chantier

chinois, une première impression jamais démentie

durant le séjour. « On connaît les statistiques

incroyables, mais découvrir de visu le développement

de la Chine, c’est autre chose ! Il y a

des grues et de la construction partout, quelle


que soit la ville. » Les problèmes environnementaux

ne semblent pas non plus une

légende. « Les Chinois partent de très loin,

constate Robert Chicoine, président de l’Ordre

des urbanistes du Québec et urbaniste chez

Aecom Tecsult. Ils ont des villes extrêmement

denses et polluées, et de nombreux éléments

vont à l’encontre du développement durable. »

Cela n’empêche pas l’urbaniste de mettre la Chine

à égalité avec le Québec : « Les Chinois font des

expériences que nous n’osons pas faire, mais il y

a une conscience supérieure au Québec et plus de

professionnalisme en ce qui concerne les normes

architecturales et le suivi réglementaire des

projets.» En effet, la seule certication qui existe

en Chine semble être le Green Building Label, mis

en place par le gouvernement chinois en 2007.

Les participants à la mission n’ont pas réussi à

comprendre quels en étaient les critères exacts,

si ce n’est qu’il oblige – un peu comme LEED – à

une réexion pendant la conception qui ne tient

pas compte de l’entretien ni de la vérication des

opérations une fois le bâtiment érigé.

Robert Chicoine a beaucoup apprécié cette mission

exploratrice enrichissante. « Nous n’avons pas

nécessairement découvert des techniques, mais

nous avons vu de beaux exemples, comme des

constructions équipées de toits verts. Ces

expériences restent toutefois des cas isolés qui

ne sont pas répartis sur le territoire, même si le

mouvement vers le développement durable et la

volonté existent. »

QUESTION D’IMAGE

C’est peut-être un peu ce qui explique pourquoi

Isabelle Julien, architecte chez Arcop, a parfois

eu le sentiment que les projets exemplaires

servaient avant tout l’image et qu’il s’agissait

plutôt de « représentation que de vrais gestes ».

Là-bas comme ici, les as du marketing semblent

avoir découvert le greenwashing. « En Chine, les

apparences sont importantes, constate Guylaine

Desmarais. Il faut montrer qu’on avance, même

si la réalité ne suit pas toujours et que la façon

de faire est loin d’être parfaite. En même temps,

on sent une vraie conscience des défis, un

enthousiasme et une motivation. Il y a une

progression, mais pas autant qu’on voudrait le

faire croire. »

L’ambitieux projet d’Éco-cité de Tianjin en est

l’illustration. Il s’agit de créer de toutes pièces

une ville écologique de 350 000 habitants. Pour

l’instant, le projet est plutôt embryonnaire : il

n’existe qu’un seul bâtiment qui ressemble à un

pavillon des ventes avec une immense table de

conférence où peuvent prendre place 50 personnes,

chacune disposant d’un écran. « Le projet

global est impressionnant et avant-gardiste,

raconte Guylaine Desmarais. J’ai cependant des

doutes. Aucune technique spécique n’a été

présentée et certains éléments ne sont pas clairs.

Les responsables afrment mettre en place “les

plus hautes normes de qualité sur la planète

pour chaque bâtiment à venir”. Qu’est-ce que

ça signifie ? » Même son de cloche de la part

de Robert Chicoine : « Cette visite a été un des

attraits de notre séjour. L’Éco-cité est une idée

visionnaire, mais elle rassemble plusieurs petits

projets non harmonisés. Il y a innovation

notamment en récupération des eaux et en

gestion des déchets. Cela dit, la présentation

m’a fait plutôt penser à celle d’un promoteur

cherchant des investisseurs internationaux. »

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 9

UN MARCHÉ À CONQUÉRIR

La mission se voulait avant tout commerciale, en

plus d’être une occasion de rencontres entre

entreprises privées québécoises et chinoises. Le

président de l’Ordre des urbanistes s’y rendait

aussi pour explorer cet aspect. « Ce pays

représente un gros marché potentiel, essentiellement

en périphérie des grandes villes. Il y a

encore beaucoup de place pour de nouvelles

expériences. Toutefois, réussir à y percer paraît

difcile. Bien entendu, la langue constitue un

premier obstacle, mais la prospection se fait aussi

de façon très différente de chez nous. » Pour les

urbanistes, la tâche n’est pas facile. Les terrains,

par exemple, n’appartiennent pas aux promoteurs,

mais à l’État, qui ne semble pas mettre en œuvre

une vision globale et prend des décisions à la

pièce. La planification frôle le degré zéro. « Il y

a peu d’urbanistes en pratique privée au

Québec et donc peu de firmes susceptibles

d’ouvrir un bureau en Chine. C’est différent

pour les architectes, qui ont des possibilités de

collaborations ponctuelles. Néanmoins, certains

bureaux d’urbanistes québécois sont déjà

présents en Chine et y font du design urbain. Il

faut cependant avoir les reins solides et accepter

PHOTO I GUYLAINE DESMARAIS


10 I DOSSIER I ARCHITECTURE EN CHINE

d’investir beaucoup. » Robert Chicoine a proté

de la mission pour développer un solide réseau

de contacts.

Les architectes, toutefois, semblent considérer le

dé tout aussi difcile à relever. Selon Isabelle Julien,

qui travaille pour une firme déjà présente en

Chine, « le processus d’approbation des projets

d’architecture paraît insurmontable si l’on n’est pas

associé à une rme locale solidement implantée.

Il faut notamment être branché auprès des

municipalités et du gouvernement ».

Maggy Apollon, elle, participait à la mission à

la fois à titre d’entrepreneure et d’architecte.

En tant que propriétaire d’une compagnie de

modules d’hébergement hôtelier de petite

LA SANTÉ AVANT LA PLANÈTE

dimension, elle voulait évaluer le potentiel

de fabrication sur place. « La mission a été

bénéfique, car j’ai mieux compris les enjeux et

je sais à quelles portes frapper si je veux

poursuivre, mais cela n’aura pas de retombées

directes : au stade où j’en suis, l’investissement

de démarrage est trop lourd. »

En tant qu’architecte, elle souhaitait partager

la découverte de la culture et de l’architecture

chinoises avec des collègues. Pour ce qui est de

cet aspect, « j’ai été comblée », dit-elle. Elle

maintient toutefois un regard critique : « Nous

n’avons pas réellement beaucoup à apprendre

des Chinois. La qualité d’exécution, par exemple,

m’a déçue : la nition est souvent bâclée et la

conception n’est pas parfaite. De loin, cette

Question d’histoire et de culture, sans doute, les Chinois ne semblent pas sensibles aux mêmes

arguments que les Occidentaux quant vient le temps de débattre de protection de l’environnement.

« Il ne sert à rien de dire que l’on détruit les écosystèmes et que l’on fait du mal à la planète », ont

appris les participants à la mission. Par contre, depuis des millénaires, la santé et le bien-être corporel

ont plus d’importance en Chine que dans nos sociétés. Ce message, qui touche plus directement la

population chinoise, est à la source d’une préoccupation pour la pollution atmosphérique, la qualité

de l’eau et la présence de produits chimiques dans les matériaux, notamment. Il en va de même pour

les questions d’énergie : puisque les centrales au charbon ont des effets néfastes pour la santé,

autant limiter la consommation an d’éviter qu’elles se multiplient.

MAQUETTE DE L’ÉCO-CITÉ DE TIANJIN, PHOTO I GUYLAINE DESMARAIS

architecture est fascinante, mais quand on s’en

approche, on préfère reculer ! Je ne suis pas sûre

de la durabilité. Ils misent beaucoup sur la

rapidité et l’efcacité, sans se soucier du détail. »

Isabelle Julien déplore de son côté la piètre qualité

du béton, pourtant omniprésent.

DES PROGRÈS À OBSERVER

Maggy Apollon soulève un autre point noir. « Le

dynamisme de la construction impressionne,

mais c’est une production de masse. Les

conditions de travail sont exécrables : les

chantiers fonctionnent 24 heures par jour et des

ouvriers dorment sur place. »

Cette cadence effrénée devrait malgré tout aider

les Chinois à améliorer rapidement leur savoirfaire

vert. « Au Québec, un bureau de grande

taille peut espérer mener un ou deux projets

d’envergure chaque année, s’il est chanceux.

Là-bas, en 2007, un gros bureau comme

ECADI (East China Architectural Design and

Research Institute) en a entrepris plus de 90. La

courbe d’apprentissage est donc très différente

et ils vont rapidement nous dépasser », prévoit

Guylaine Desmarais. ECADI, qui a signé plusieurs

bâtiments prestigieux comme le siège social de

CCTV, la principale chaîne de télévision publique

de Chine, élabore actuellement un code pour la

conception et la construction de bâtiments

intelligents.

Le groupe profite d’ailleurs du site de

l’Exposition universelle de Shanghai pour tester

certaines technologies durables. D’autant plus

que la ville afche sa différence avec le reste du

pays et paraît déjà avoir une longueur d’avance.

encore, rien de parfait pour autant. Le Centre

des arts visité par les Québécois est équipé de

thermopompes pour le chauffage et la climatisation,

mais il s’agit d’une géothermie à boucle

ouverte qui utilise l’eau de la rivière Huangpu.

Le rejet d’eau à température différente risque

de modifier les écosystèmes. Pour le Centre

d’exposition, on tente le recyclage partiel d’une

structure existante, mais il n’y a rien de

révolutionnaire là non plus. Par contre, le

Pavillon thématique de l’Expo 2010 est non

seulement équipé de deux murs verts vivants

qui captent le carbone et réduisent les besoins

en climatisation, mais aussi de 30 000 m 2 de

panneaux photovoltaïques. Il agit comme une

mini-centrale électrique qui alimente tout un

secteur municipal en électricité. « On rêve du

jour où l’on pourra faire cela au Québec », note

avec envie la coprésidente du comité des

techniques et bâtiments durables.


DES LIENS TRICOTÉS SERRÉS

Paradoxalement, c’est un projet construit par

deux Québécois que plusieurs participants ont

retenu comme le plus inspirant. L’hôtel Urb est

réalisé par Sacha Silva et Raefer Wallis, des

diplômés en architecture de l’Université McGill

dont le bureau, A00 Architecture, est basé à

Shanghai. « Ce petit projet est bien celé, note

Isabelle Julien. Il recycle par exemple la brique,

ce que l’on fait peu au Québec. » Le bambou, un

matériau local et traditionnel, est aussi utilisé, ce

qui permet de bien intégrer ce bâtiment de style

contemporain. Guylaine Desmarais a apprécié

à la fois la philosophie et le pragmatisme des

concepteurs. « Ils ont pour ambition de dépasser

l’idée d’architecture du “moins pire”, en y ajoutant

bien-être et design. C’est un modèle à suivre. »

Ainsi, pour chaque espace, les architectes ont

évalué avec précision les besoins. Comme les

études démontrent que les clients des hôtels ne

prennent pas de bain si la baignoire est à

proximité des toilettes, ils ont choisi soit de ne

impliquez-vous

Comme tous ces bénévoles qui s’investissent

dans le projet d’aide à l’amélioration des conditions

de vie de la communauté algonquine de Kitcisakik,

impliquez-vous avec Architectes de l’urgence !

au canada

ORDRE

DES ARCHITECTES

DU QUÉBEC

pas installer de baignoire, soit de la placer dans

la chambre. De même, ils ne se contentent pas

de réduire de 30 % la consommation d’énergie,

mais ils réalisent, ici encore, un bâtiment qui

en produit. Et le toit vert est une occasion

d’augmenter la biodiversité. « La construction aura

inévitablement un impact, poursuit Guylaine

Desmarais, aussi elle doit en contrepartie apporter

quelque chose. »

En plus de rapporter un important bagage de

connaissances, les participants ont établi entre

eux des liens solides et constitué un réseau de

contacts élargi, comme c’est souvent le cas dans

les missions commerciales ou les voyages d’études.

« C’est une chance de pouvoir ainsi se mêler

entre professionnels de différents horizons et gens

d’affaires », estime Robert Chicoine, persuadé

que des liens seront maintenus. « Certains vont

devenir des clients et des collaborations vont

s’organiser. » Pour Maggy Apollon, l’initiative

du MDEIE de mélanger les champs d’intérêt

et les compétences est à retenir. « L’aspect

Notre mission est de mettre à profit l’expertise des

architectes et autres professionnels du bâtiment,

pour la mise en œuvre de projets humanitaires de

sécurisation et de reconstruction suite à des catastrophes

naturelles, technologiques ou humaines.

comités

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 11

pluridisciplinaire est enrichissant, même si les

domaines et les préoccupations étaient un peu

éloignés puisqu’il y avait des gens qui travaillent

dans le tourisme, des chercheurs et des

entrepreneurs. » Si cette moisson de contacts a

eu lieu grâce au partage d’une expérience

culturelle exceptionnelle et au prix de longues

heures de vol, l’entretien de ce réseau, au moins,

ne nécessitera pas de grands trajets en avion. ■

CITÉ INTERDITE, PHOTO I GUYLAINE DESMARAIS

Si vous êtes une personne dynamique, prête

à partager ses idées, joignez notre équipe !

Contactez la personne responsable du comité

qui vous interpelle.

www.architectes-urgence.ca

Mission accomplie 12 septembre I début du projet 5 octobre I la première maison est achevée

Merci à nos bénévoles et donateurs la Fondation Frontière I Goodfellow I SICO I SOPREMA I BMR Val-d’Or

recrutement Bernard McNamara I bmcnamara@architectes-urgence.ca

formation Patrick Marmen I pmarmen@architectes-urgence.ca

communications Diane Simard I dsimard@architectes-urgence.ca

technique Bernard McNamara I bmcnamara@architectes-urgence.ca

missions et projets Chantal Giard I cgiard@architectes-urgence.ca


12 I DOSSIER I ARCHITECTURE EN CHINE

LE SENS DE

LA DÉMESURE

MARIE-CLAUDE ÉLIE MORIN

DEPUIS UNE DIZAINE D’ANNÉES, LA CHINE EST UN IMMENSE CHANTIER.

ASSOIFFÉS D’IDÉES NEUVES, LES CHINOIS FONT APPEL AU TALENT

D’ARCHITECTES ÉTRANGERS ET PLUSIEURS QUÉBÉCOIS ONT SAISI

L’OCCASION DE PERCER CE MARCHÉ GIGANTESQUE. AU MENU, DÉFIS

IMMENSES ET CHOC DES CULTURES. TÉMOIGNAGES.

« Il y a tant à construire en Chine que c’est un

écosystème naturel pour les architectes, s’exclame

Jean-Sébastien Bourdages, associé depuis

quatre ans chez B + H Architects à Shanghai.

Contrairement au Québec ou à l’Europe, les

grands projets ne manquent pas ici ! »

Des stades, des aéroports, des stations de ski, des

tours d’habitation, des villes entières à planier

et à construire. De quoi faire saliver n’importe

quel architecte, même si le boom n’est plus ce

qu’il était au début des années 2000. « L’époque

où Shanghai et Beijing étaient deux immenses

terrains de jeu pour les architectes occidentaux

tire à sa n », précise Jean-Sébastien Bourdages.

La compétition est féroce dans les deux villes.

Les Canadiens, qui ne sont pas seuls à avoir airé

les occasions d’affaires, doivent se mesurer aux

Australiens, aux Italiens et aux Allemands, eux

aussi venus proter de la manne. Mais en dehors

des deux mégapoles, les projets continuent

d’abonder, et ce, malgré la crise qui a secoué

l’économie mondiale depuis 2008.

Dans un pays où la population des villes, mêmes

reculées, se compte en millions, les petits projets

n’existent pas. « Un ensemble de 20 000 logements,

c’est une peccadille ici», explique Martin Leblanc,

de Sid Lee Architecture (anciennement Nomade),

qui a vécu en Chine plusieurs mois pour mener

différents projets là-bas.

Les architectes de la rme Corriveau et Girard en

savent quelque chose, eux qui travaillent en ce

moment, en collaboration avec ARCOP, à la

première phase d’un immense projet à usage

mixte à Qujing, dans la province du Yunnan. Au

cœur du programme : le parc des Sept Couleurs,

un technoparc agroalimentaire dont la supercie

construite en pavillons dépasse les 150 000 m 2 .

Un dossier dont Pierre Corriveau ne soupçonnait

pas l’ampleur lors des premières rencontres. « Au

départ, je croyais que nous serions responsables

uniquement du design. Je me suis aperçu, grâce

TECHNOPARC AGROALIMENTAIRE DE QUJING, PAVILLON DES TECHNOLOGIES AGROALIMENTAIRES, LES ARCHITECTES CORRIVEAU ET GIRARD

au traducteur, qu’on était en train de négocier

les plans d’exécution, alors j’ai arrêté momentanément

le processus. Comme nous n’avions

pas de ressources suffisantes à nous seuls, je

voulais m’assurer que nous aurions l’appui

d’ARCOP – avec qui nous avions déjà travaillé

avec succès – ainsi que l’assurance responsabilité

nécessaire, etc. », rappelle-t-il. Depuis, les choses

avancent rondement.

Le cas de Corriveau et Girard et d’ARCOP est plutôt

atypique. En général, les architectes étrangers ne

se voient coner que les premières étapes d’un

projet, soit le design et les esquisses. « Les Chinois

nous voient comme des généralistes, et ils veulent

nos idées en design », constate Martin Leblanc.


CODES SECRETS

Les plans d’exécution doivent impérativement être

signés par des architectes chinois, ce qui explique

pourquoi les agences étrangères s’associent

presque toujours avec un institut d’architecture

(centre de recherche et d’enseignement gouvernemental)

ou une rme locale, reconnue par le

gouvernement – comme le veut généralement la

pratique au Québec pour les rmes étrangères.

La collaboration avec les architectes locaux est

d’ailleurs essentielle pour comprendre les règles du

Code du bâtiment chinois, une bête multiforme dont

les critères changent selon les régions administratives

et les municipalités. « Ça s’apprend, mais ça

prend un petit moment pour s’habituer. On le vit

présentement avec un projet de théâtre à Beijing :

c’est très compliqué d’assurer la conformité aux

codes de trucs de base comme les toilettes et les

issues d’urgence », raconte Martin Leblanc.

Aussi complexe soit-il, le Code du bâtiment a au

moins le mérite d’être explicite. Les codes culturels,

eux, s’apprennent sur le tas. Pierre Corriveau

peut en témoigner. « On a dû recommencer l’un

des bâtiments, celui de l’accueil des visiteurs,

trois fois. Le client nous disait qu’on n’avait pas

assez respecté “l’esprit chinois ”. On est donc

revenus avec une sorte de syncrétisme de la Cité

interdite, jouant avec les couleurs, exagérant

certains éléments. Finalement, ce n’était pas du

tout cela qu’il voulait non plus. Il nous reprochait

d’avoir mis des murs opaques alors qu’il y avait

un plan d’eau à côté de l’édice ! Dans la culture

chinoise, c’est un non-sens, puisque l’eau représente

l’abondance, la richesse. »

TECHNOPARC AGROALIMENTAIRE DE QUJING, PLAN D’ENSEMBLE ET PAVILLON DE L’ADMINISTRATION ET DE L’INFORMATION, LES ARCHITECTES CORRIVEAU ET GIRARD

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 13

Certains éléments de la pensée Feng Shui

demeurent donc importants en Chine, de même

que les considérations pratiques liées aux

habitudes culturelles. « Dans les projets résidentiels,

les cuisines sont toujours fermées à cause

de l’usage fréquent d’huile pour la cuisson. Dans

certains ensembles de luxe, il y a deux cuisines :

une à l’occidentale et l’autre à l’asiatique »,

précise Jean-Sébastien Bourdages.

Entre tradition et désir de modernité, les Chinois

hésitent. Les paysages de Beijing et de Shanghai

se sont complètement transformés en une

décennie : des centaines de gratte-ciel ont été

érigés et des kilomètres de hutongs – ces quartiers

historiques de maisons plusieurs fois centenaires

avec leur cours intérieures et leurs ruelles étroites

– ont été rasés au profit de tours de métal et

de verre. « On a parfois l’impression qu’il y a une

volonté d’oublier la Chine d’avant, et c’est difcile

à comprendre. On a déjà soumis une proposition

qui a été refusée à cause de cette différence de

points de vue. C’était un projet situé tout près de

la Cité interdite, et on avait intégré des

matériaux traditionnels, comme l’argile. Le client

était terriblement déçu : il souhaitait quelque

chose d’entièrement moderne et neuf », raconte

Robert Lapierre, architecte chez ARCOP.

Heureusement, la conscience environnementale

fait tranquillement son chemin et le développement,

en se voulant plus durable, épargnera

peut-être quelques vieilles pierres. Si les mentalités

évoluent, c’est un peu grâce à des initiatives et

subventions gouvernementales pour des édices

de conception verte.


14 I DOSSIER I ARCHITECTURE EN CHINE

Jean-Sébastien Bourdages cite en exemple

l’obligation d’un minimum de fenêtres et une

orientation qui permet au moins une heure

d’ensoleillement par jour dans les logements. « Il

y a quelques années, lorsqu’on proposait des

idées respectueuses de l’environnement, les

clients répondaient “Combien ça coûte ?”

Aujourd’hui, comme en Occident, il y a plus

d’ouverture. »

ÉCHANGES CULTURELS

La Chine s’ouvre au monde et le monde s’ouvre

aussi à la Chine. Ainsi, les Occidentaux apprennent

à faire des affaires à la chinoise. « On a malheureusement

gardé pendant longtemps l’image du

“méchant Chinois” comme dans Tintin, mais la

grande majorité des gens avec qui on travaille

sont très agréables », constate Pierre Corriveau.

Cela dit, le choc des cultures existe, et des problèmes

surviennent de temps à autre. « Le mandat

actuel va comme sur des roulettes, mais sur des

projets précédents, on a eu des expériences très

stressantes. Nous avons notamment eu de la

difculté à nous faire payer, car le client se disait

insatisfait et exigeait toujours plus. C’était

vraiment à en perdre patience », se souvient-il. Le

Québec ne détiendrait donc pas le monopole des

clients difciles ?

À cela s’ajoute la barrière (importante) de la

langue, de même que la lourdeur administrative

et hiérarchique. « Lors d’une réunion, il est fréquent

qu’en plus des personnes principales assises

autour de la table, il y ait une deuxième rangée

de personnes assises derrière. Le rôle de ces

protagonistes “de second rang” n’est pas clair»,

explique Pierre Corriveau. « Si vous sortez manger

au restaurant, les Chinois s’assoient toujours en

vis-à-vis selon le rang dans la hiérarchie, ajoute

Robert Lapierre. Si vous envoyez un représentant

de votre rme à une rencontre, il faut vous

assurer de ne pas envoyer une personne de “rang”

inférieur la fois suivante, car ce serait perçu

comme une insulte. » Mais à mesure que la plus

jeune génération – souvent éduquée en Occident

ou rompue aux mœurs occidentales – arrive au

pouvoir, ces crispations tendraient à disparaître.

Naviguer à travers la bureaucratie chinoise met

toutefois en lumière plusieurs contradictions.

« Les Chinois sont très forts pour mettre sur pied

des infrastructures très rapidement. Un projet est

à peine amorcé que la route est déjà construite.

En Inde, ce serait l’inverse : le projet serait

terminé, tout étincelant, et il n’y aurait encore

qu’une route de terre pour s’y rendre. Mais si

certains processus vont vite comme l’éclair,

parfois tout s’arrête pendant des semaines pour

un truc bête qu’on aurait pris deux jours à régler

au Québec», observe Jean-Sébastien Bourdages.

À cela s’ajoute le « oui chinois » ou l’absence de

« non ». « En mandarin, le mot “non” n’existe

pas comme en français. Lorsque vous posez une

question, on vous répond presque invariablement

“oui”. Mais ce “oui” veut plutôt dire “J’ai

compris ta demande”. Il faut donc parfois poser

et reposer la même question de plusieurs façons

différentes avant d’obtenir une réponse claire,

conseille Pierre Corriveau. Il faut se mettre en

position d’apprentissage. »

AGENT SOLO

Alors, le jeu en vaut-il la chandelle? Jean-Sébastien

Bourdages met en garde les jeunes loups qui

rêvent d’être envoyés en Chine, toutes dépenses

payées, par de grandes rmes : « Les “packages”

d’expatriation sont de moins en moins nombreux,

on voit davantage de jeunes architectes débarquer

ici seuls pour chercher du boulot. »

Cela étant dit, les besoins en talent sont encore

bien réels, et la Chine sert aussi de plateforme

pour aller explorer les autres marchés du continent

asiatique. Jean-Sébastien Bourdages partagera

bientôt son temps entre le bureau de B + H à

Shanghai et le nouveau bureau au Vietnam. «

La Chine attire surtout de jeunes architectes qui

n’ont pas encore de famille et qui veulent travailler

à des projets d’envergure. Au Québec, on dit

encore que tu es un “jeune” architecte quand tu

as 45 ans. Ici, tu n’as pas besoin d’attendre

d’avoir des cheveux blancs pour être respecté ! »

précise-t-il.

Ruée vers l’or ? Financièrement parlant, la Chine

est un marché extrêmement inégal. Les grandes

signatures comme Rem Koolhas et Paul Andreu

dégotent évidemment des cachets astronomiques,

et la rémunération des talents dans les agences

étrangères établies là-bas peut parfois dépasser,

et de loin, le plafond salarial québécois, mais il

semble y avoir trop de variables pour que l’on

puisse établir une moyenne. « C’est très difcile

de comparer. Je dirais qu’on est beaucoup moins

payés qu’on ne le serait pour le même projet au

Québec – mais un projet de cette envergure ne

pourrait pas exister ici ! La chance de travailler à

des grands projets est donc quelque chose qui se

monnaie », conclut Martin Leblanc.

Le plus grand attrait de la Chine est sans doute

cet aspect d’immense chantier en devenir. Et

comme le dit Jean-Sébastien Bourdages, « les

architectes s’épanouissent toujours dans des

endroits inachevés ». ■

NOUVEL AÉROPORT ORDOS, MONGOLIE CENTRALE, B+H ARCHITECTS


VIVRE EN CHINE

« S’expatrier, c’est un peu comme une drogue.

Au début, il y a une nouvelle découverte à chaque

coin de rue. Il y a toujours de nouveaux projets,

de nouveaux défis, de nouveaux endroits à

découvrir. » Visiblement, Jean-Sébastien Bourdages

ne regrette pas d’avoir transporté ses pénates au

pays du dragon.

D’autant plus que la vie quotidienne devient de

plus en plus facile, à mesure que la Chine s’ouvre

aux entreprises étrangères. Ainsi, un Starbucks

peut maintenant ouvrir au coin de la rue et, à

Shanghai, le nombre de bons restos et de bars

sympas a explosé. « Peut-être que je chanterais

une autre chanson si j’étais tout le temps pris à

boire du baijo (de l’alcool de riz de mauvaise

qualité) dans le n fond de la Chine », admet-il.

Isabelle Cyr, diplômée de l’Université McGill, a

atterri à Beijing récemment avec son mari et son

ls Noam. Enceinte d’un deuxième enfant, elle

est aujourd’hui en congé de maternité, mais elle

cherchera bientôt du travail comme architecte

dans la région. En attendant, elle tient un carnet

pour documenter la vie quotidienne en Chine : In

the Mood for Beijing (http://tinyurl.com/yc6faa4).

Elle constate, elle aussi, qu’il existe de nombreuses

ressources pour les expatriés. « Il y a

plusieurs sites Web et magazines qui offrent une

mine d’informations : où trouver un tapis, quel

salaire verser à une gardienne d’enfants, etc. Par

contre, la langue demeure une barrière qu‘il faut

franchir si l’on veut entrer véritablement dans la

société chinoise. »

Difcile, donc, de se faire des amis, de comprendre

les rouages de la bureaucratie et, même, de

négocier les nécessités de la vie quotidienne

comme le logement, l’électricité et l’eau quand on

ne parle pas la langue. «Il y a beaucoup de choses

qui sont automatisées et uniquement en chinois.

Par exemple, ça m’a pris plusieurs jours avant

de comprendre qu’un appel que je recevais à

répétition sur mon cellulaire m’avisait de payer

mon compte», explique Isabelle Cyr.

LE PRIX DE L’ÉTRANGER

Tous les services sont disponibles en Chine, mais

il faut parfois y mettre le prix. Pour envoyer son

ls aîné à la maternelle, Isabelle avait le choix

entre une école semi-publique aux conditions

sanitaires déficientes à 200 $ par mois et une

école privée à l’occidentale à 850 $ par mois.

De même, certains services médicaux peuvent

laisser à désirer : « J’ai choisi d’aller subir une

amniocentèse à Hong Kong parce qu’à Beijing,

on pratique cette intervention sans ultrasons,

donc à l’aveugle », raconte-t-elle.

Sans compter qu’il y a des choses qu’un portemonnaie

bien garni ne pourra jamais régler,

comme la pollution qui le plus souvent occulte le

bleu du ciel. « Ça me manque parfois de respirer

de l’air pur », cone Isabelle Cyr.

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 15

Mais l’essentiel, pour un expatrié, est de conserver

une attitude ouverte et une volonté d’apprendre

les us et coutumes locaux. Samuel Wong est un

autre diplômé de McGill. Né au Canada, il a récemment

immigré à Beijing. Selon lui, « il ne faut pas

débarquer en Chine en se croyant supérieur, mais

plutôt demeurer ouvert au fonctionnement des

relations sociales et du monde du travail et, surtout,

au guanxi, ce concept typiquement chinois qui

fait référence au cercle d’inuence qu’une personne

construit autour d’elle ».

Pourquoi aller vivre à l’autre bout du monde, en

effet, si ce n’est pour s’imprégner d’une culture

différente de la sienne ? (M.-C. É.-M) ■

Vignettes illustrant l'article :

Le Groupe Arcop / Provencher Roy et associés architectes

LIFESTYLE DESIGN CENTER, SHANGHAI, B+HARCHITECTS


16 I ART PUBLIC

MILIEU HUMIDE

CROISÉE DES CHEMINS

CORINNE FRÉCHETTE-LESSARD

DÉMANTÈLERA ? DÉMANTÈLERA PAS ? LE SORT DE L’INSTALLATION ARCHITECTURALE MILIEU HUMIDE – AU CŒUR

D’UNE CONTROVERSE ÀL’ÎLE-DES-SŒURS L’AUTOMNE DERNIER – N’EST PAS ENCORE FIXÉ. MAIS MÊME INACHEVÉE,

CETTE HISTOIRE PORTE À LA RÉFLEXION.

Fines tiges translucides animées par le vent,

l’eau, l’humidité et la lumière. Dispositif vivant

dont l’aspect se transforme au gré du jour, de la

nuit et des saisons. Porte d’entrée à l’image des

rives de l’Île-des-Sœurs.

C’est en ces termes évocateurs que l’Atelier in

situ décrit Milieu humide, son projet lauréat

d’un concours pancanadien pour l’aménagement

d’un carrefour giratoire de l’Île-des-Sœurs, dans

l’arrondissement de Verdun, à Montréal. Pourtant,

en septembre dernier, à quelques semaines des

élections municipales, le maire de Verdun,

Claude Trudel, annonçait le démantèlement

prochain de l’installation avant même qu’elle

soit achevée.

C’est que le courant passe difficilement entre

Milieu humide et la population de l’Île-des-Sœurs.

Dès le début des travaux, à l’automne 2008, des

résidants ont manifesté leur mécontentement,

notamment dans Le Magazine Île-des-Sœurs et

sur Facebook (le groupe « Démantelons Milieu

humide et Le carrousel de l’Île», une autre œuvre,

compte 78 membres). Parmi leurs récriminations

: l’œuvre a coûté trop cher, elle nuit à la

visibilité des automobilistes et son esthétique

jure avec le paysage « champêtre ».

Il est vrai que l’installation n’est pas tout à fait au

point. « Milieu humide est une série de systèmes

– systèmes de diodes électroluminescentes, systèmes

solaires, systèmes de brumisation – et il

faut les ajuster. C’est un rodage normal pour un

projet de ce genre », explique Stéphane Pratte,

architecte de l’Atelier in situ et chargé de projet

pour Milieu humide. Il estime que des ajustements

mineurs permettraient aux architectes de résoudre

à peu de frais les problèmes de visibilité, mais

l’arrondissement ne leur a pas laissé la chance de

procéder. À son avis, c’est surtout l’esthétique

qui est en cause : « C’est une installation à

grande échelle, un peu inusitée, avec des couleurs

vives. » On est loin de la fontaine classique.

De son côté, l’arrondissement de Verdun a confié

à un bureau d’ingénierie le mandat d’évaluer les

risques pour la circulation automobile avant de

finaliser sa décision quant à l’avenir de Milieu

MILIEU HUMIDE, ATELIER IN SITU, PHOTO I GABRIEL JONES


humide. En attendant le rapport (qui devrait être

livré au mois de février), rien ne bouge et les

autorités refusent de commenter.

ET LE GAGNANT EST…

L’histoire avait pourtant bien commencé. « Le

choix du projet et sa mise en œuvre se sont

déroulés de façon exemplaire, assure Stéphane

Pratte. Il y a eu un concours en deux étapes et le

projet a été sélectionné parmi toute une série de

propositions. Et si on regarde les planches du

concours, c’est vraiment tel quel. »

À quoi bon tenir un concours dans les règles de

l’art si le choix du jury peut être renversé et un

projet lauréat, démantelé ? « Les décisions des

jurys sont toujours dans la mire, il y a toujours

jugement du jugement, croit Jacques White,

professeur à l’École d’architecture de l’Université

Laval. C’est dommage de lapider un projet trop

vite, sans prendre le temps de voir ce qu’il peut

donner. Cependant, même si l’installation est

démantelée, le travail du jury n’en sera pas pour

autant dévalorisé. Ça fait partie de l’histoire du

projet, tout simplement. » À la limite, Milieu

humide restera dans la mémoire collective comme

un projet beaucoup plus éphémère que prévu,

selon le professeur.

Quand même, si le problème relève de l’esthétisme

plutôt que de la sécurité, démanteler

Milieu humide serait antidémocratique, selon

Jean-Pierre Chupin, directeur du Laboratoire

d’étude de l’architecture potentielle à l’Université

de Montréal. « Les concours sont un des meilleurs

dispositifs utilisés depuis des millénaires pour

décider, évaluer, juger, choisir une œuvre. On

peut se demander en quoi le maire est habilité à

juger la décision du jury. »

MILIEU HUMIDE, ATELIER IN SITU, PHOTOS I GABRIEL JONES

CHOC CULTUREL

Reste qu’à l’Île-des-Sœurs, l’œuvre est mal reçue

par certains. « Je ne veux pas me faire le porteparole

des résidants, mais je connais beaucoup de

monde à l’Île qui trouve ça laid », affirme Gaétan

Bouthillier, instigateur du groupe Facebook et

ancien résidant de l’Île (il a déménagé récemment).

« Nous n’avons pas été consultés. Les autorités

auraient pu exposer les différents projets au

centre communautaire et laisser les résidants

choisir. Après tout, c’est nous qui payons les

taxes. » Selon lui, une consultation publique

aurait permis de satisfaire une majorité de gens.

(Notons qu’un résidant de l’Île-des-Sœurs figurait

au nombre des jurés.)

« Je ne suis pas sûr que le but d’une œuvre

publique soit de plaire au plus grand nombre,

répond toutefois Stéphane Pratte. Elle doit plutôt

avoir une pertinence par rapport à un lieu et

cette question dépasse le sondage d’opinion. »

Surtout que les opinions sont partagées. « C’est un

travail visionnaire et je l’appuie. Personnellement, je

serais très déçue que Milieu humide soit démantelée

», confie Denyse Roy, professeure agrégée

à l’École de design industriel de l’Université de

Montréal et résidante de l’Île-des-Sœurs. Elle

adresse tout de même un reproche à l’administration.

« Nous n’avons pas été informés de l’effet

recherché. In situ ou la Ville aurait pu mieux nous

expliquer l’intention et la portée du projet.»

Même son de cloche du côté de Jean de Julio-

Paquin, critique et sociologue de l’art et rédacteur

en art public au magazine Formes. « C’est peutêtre

une œuvre trop d’avant-garde pour que les

gens la digèrent tout de suite, spontanément. Il

aurait fallu trouver des mécanismes d’appropriation,

de médiation, d’éducation pour que la population

soit fière de posséder une œuvre de cette

envergure. »

RITUELS ET CÉLÉBRATIONS

Ces mécanismes qui visent à mettre les citoyens

dans le coup sont au cœur de la médiation culturelle,

un concept sur lequel le Bureau d’art public

de la Ville de Montréal mise de plus en plus. « Si

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 17

une œuvre est mal reçue, c’est souvent qu’on

n’en a pas expliqué le sens, croit Francyne Lord,

commissaire à l’art public à la Ville. Si on explique

la démarche de l’artiste, les gens sont toujours

intéressés à apprendre. Mais ça demande des

ressources et des moyens. »

En 2009, deux projets de médiation culturelle

ont été réalisés : le premier orchestré autour de

la création de l’œuvre Le coup de départ, de

Claude Millette, dans le parc Philippe-Laheurte à

Saint-Laurent; le second autour de l’œuvre Give

Peace a Chance, de Linda Covit et Marie-Claude

Séguin, dans le Sud-Ouest. Dans les deux cas, des

activités ont permis à des résidants de rencontrer

les artistes et à des élèves de suivre la création des

œuvres dans leurs cours d’arts plastiques. Autant

à Saint-Laurent que dans le Sud-Ouest, les projets

ont été créés à l’initiative des arrondissements et

ont remporté un franc succès. (Le Bureau n’a pas

été mis à contribution dans le projet du carrefour

giratoire de l’Île-des-Sœurs puisqu’il s’agissait d’un

concours d’aménagement plutôt que d’art public.)

De façon générale, le Bureau d’art public fait un

travail de sensibilisation pour chaque nouvelle

œuvre d’art public. « On présente la maquette au

conseil d’arrondissement et on organise des entrevues

avec l’artiste dans les journaux locaux, par

exemple », explique Francyne Lord. Ainsi, les résidants

d’un quartier sont au courant qu’un projet

d’art public est en cours et qu’une nouvelle œuvre

s’apprête à apparaître dans le paysage. Les risques

qu’ils soient heurtés ou effrayés par quelque chose

qu’ils ne comprennent pas diminuent.

Vient ensuite la grande inauguration. « C’est

toujours un moment privilégié, une occasion

pour les résidants d’entendre ce que l’artiste a à

dire sur son travail, mais aussi pour discuter de

l’œuvre entre eux. » Cette pratique ne date pas

d’hier. « Traditionnellement, pour toute œuvre il

y avait des rituels d’installation – un peu comme

les rituels de fondation – qui impliquaient le

peuple. Une grande fête ou une cérémonie »,

avance Jean-Pierre Chupin.

Question aux élus de Verdun : avez-vous pen

à organiser un party ? ■


18 I LA CAPSULE DU FONDS D’ASSURANCE DE LA RESPONSABILITÉ PROFESSIONNELLE DE L’OAQ

PHOTO I RICHARD CARR

RESPONSABILITÉ ET

SURVEILLANCE DES TRAVAUX

LA COUR D’APPEL CONFIRME L’ABSENCE DE RESPONSABILITÉ DE L’ARCHITECTE MALGRÉ LE

FAIT QU’IL AVAIT LA SURVEILLANCE DES TRAVAUX : QUELLES LEÇONS DOIT-ON EN TIRER ?

Dans un jugement récent signé par son juge en chef, la Cour

d’appel du Québec s’est prononcée sur la responsabilité de

l’architecte relativement aux malfaçons d’un ouvrage dans un

contexte où il avait un mandat de surveillance des travaux.

L’une des questions sous examen consistait à évaluer la responsabilité

de l’architecte ayant signé un mandat de surveillance

partielle à l’égard des malfaçons.

Dans le cadre de ce mandat de surveillance partielle, le client

reprochait aux architectes de n’avoir pas constaté certaines

malfaçons. La Cour d’appel a souligné avec justesse que l’obligation

de l’architecte ayant reçu un mandat de surveillance

partielle doit être appréciée en fonction des stipulations particulières

du mandat et des circonstances propres au chantier.

Or, la preuve démontrait que les architectes, face au rythme

accéléré des travaux, avaient réagi en :

– tentant de faire transformer leur mandat de surveillance partielle

en un mandat de surveillance permanente, ce qui leur

avait été refusé;

– augmentant raisonnablement la cadence de leurs visites de

chantier;

– tenant plus de réunions de chantier que celles prévues à

l’origine.

Dans un tel contexte, les architectes avaient pris les moyens

nécessaires pour exécuter leurs obligations et ne pouvaient

donc pas, raisonnablement, dans le cadre de leur mandat,

déceler les vices qu’une thermographie a identiés par la suite.

Àcechapitre,laCourd’appelmentionneégalementqueleclient

ne pouvait pas, d’une part, reprocher leur défaut de surveillance

aux architectes et, d’autre part, les empêcher d’en faire plus.

Quel enseignement peut-on tirer de ce jugement ? Dans un

contexte similaire, il est d’une importance capitale d’informer

et de renseigner le client en cours de travaux dès que survient

une situation exigeant une plus grande surveillance. De plus,

l’architecte doit documenter ses interventions, ses demandes

et les conseils qu’il prodigue an d’être en mesure de faire la

preuve de ses actions.

Ce jugement, qui entérine le travail adéquat des architectes,

s’appuie entre autres sur le fait que ces derniers ont proposé

une surveillance accrue an de suivre le rythme accéléré des

travaux. Dans un tel contexte, n’hésitez pas à faire une telle

proposition par écrit à votre client et à vous assurer d’obtenir

de celui-ci une réponse écrite !

Avec la collaboration spéciale de M es Mario Welsh et Samuel Massicotte

Heenan Blaikie Aubut, partie intégrante de Heenan Blaikie S.E.N.C.R.L., SRL


TRANSPARENCE ET PPP ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 19

FAUSSE NOTE POUR

L’ADRESSE SYMPHONIQUE

HÉLÈNE LEFRANC

LES PROPOSITIONS DES ARCHITECTES DANS CE PROJET OÙ L’ON EXPÉRIMENTAIT LA FORMULE DE PPP MÉRITAIENT,

SELON L’OAQ ET DE NOMBREUX PROFESSIONNELS, UNE ANALYSE RÉTROSPECTIVE. ELLE N’A PU ÊTRE MENÉE,

PUISQU’IL EST IMPOSSIBLE D’OBTENIR LES ESQUISSES.

Depuis mai 2009, moment où l’équipe multidisciplinaire

(le « consortium ») chargée de la

construction de la future salle de l’OSM dans le

quartier des spectacles de Montréal a été connue,

l’Ordre des architectes souhaite obtenir les

esquisses des projets présentés par les finalistes.

Comme il s’agit d’une première expérience

architecturale dans le cadre d’un partenariat publicprivé

(PPP), il aurait en effet été intéressant de

voir quelles propositions de design pouvaient en

émerger puisque, dans ce mode de réalisation,

les rapports entre le maître d’ouvrage, les concepteurs

et le constructeur sont profondément

modifiés. La profession d’architecte doit en effet

se préparer à d’autres projets publics en PPP. Le

cas de la salle de spectacles, qui représente un

investissement de 266 M$, est d’autant plus

pertinent qu’il s’agit d’un équipement culturel

dans un quartier emblématique, au cœur de la

métropole désignée Ville de design par l’UNESCO.

Des représentations menées en juin dernier

auprès du Conseil du trésor, du ministère de la

Culture, des Communications et de la Condition

féminine et du ministère des Finances, n’ont pas

permis d’obtenir ces documents, chacune des

administrations se renvoyant la balle. S’il est

compréhensible que les dossiers d’affaires ayant

mené au choix de l’équipe restent confidentiels,

rien ne devrait s’opposer par contre à la

publication des esquisses. L’Agence des PPP a

d’ailleurs confirmé depuis que la loi ou les

conventions de soumission signées par les

professionnels n’empêchent en rien la diffusion

de ces documents. L’OAQ a donc repris ses

démarches. Précisons qu’afin de comparer ce qui

est comparable, il s’agissait d’avoir accès aux

esquisses présentées au comité chargé de les

évaluer. En effet, le projet finaliste, en cours de

réalisation, a forcément subi des modifications

depuis, comme c’est le cas habituellement pour

ce type de bâtiment. Rappelons également que

d’autres aspects que le concept architectural

sont examinés avant le choix de l’équipe pour

une construction en PPP : solidité financière des

firmes, budgets, délais, services fournis une fois

le bâtiment en service, etc.

ADRESSE SYMPHONIQUE, DIAMOND AND SCHMITT, ÆDIFICA, SOLOTECH ET GALA SYSTEMS

Le ministère de la Culture, des Communications

et de la Condition féminine, à qui appartiennent

les esquisses de l’équipe multidisciplinaire

gagnante (dirigée par SNC-Lavalin et composée

des firmes Diamond and Schmitt Architects et

Ædifica), refuse de divulguer les premières

esquisses, préférant s’en tenir aux images de

l’édifice actuellement en construction. Comme

l’explique Colette Proulx, du service des communications

: « On ne souhaite pas rendre publiques

les esquisses déposées. Les présenter mettrait

l’accent sur l’architecture comme seul critère,

ce qui n’était pas le cas, puisque le processus

prenait en compte d’autres considérations. On

veut éviter que ce soit perçu comme un

concours d’architecture où plusieurs projets sont

en compétition les uns avec les autres. » Voilà

des propos que nous pouvons mettre en relation

avec ceux tenus auparavant par la ministre des

Finances. En effet, Monique Gagnon-Tremblay

avait expliqué publiquement que, dans le cas de

l’OSM, une seule des équipes multidisciplinaires

s’était qualifiée financièrement et que le concept

architectural n’avait donc pas compté. ■


20 I PARTENARIAT

PROTOCOLE D’ENTENTE ENTRE L’OAQ ET ARCHITECTES DE L’URGENCE

L’Ordre des architectes du Québec a conclu un partenariat avec l’organisme Architectes de l’urgence

Canada (AUC).

Ce partenariat, qui a débuté en 2009 et s’échelonnera jusqu’en 2013, prévoit le versement à AUC

d’une somme de 70 000 $ répartie sur quatre ans. En ajoutant ce montant à ceux déjà versés par

l’OAQ lors de la création d’AUC en sol québécois, en 2007, c’est quelque 100 000 $ que l’Ordre

aura versé à l’organisme pour permettre son démarrage.

AUC est un organisme sans but lucratif voué à mobiliser les compétences des architectes et de

l’ensemble des techniciens du bâtiment pour secourir les populations en détresse, et apporter de l’aide

aux victimes de catastrophes naturelles, technologiques ou de situations de guerre, sans aucune discrimination

politique, philosophique, de race ou de religion. L’Ordre reconnaît qu’il est dans l’intérêt

du public québécois de compter sur son territoire un tel organisme. Déjà, les interventions d’AUC en

sol québécois ont eu des retombées, notamment dans le village amérindien de Kitcisakik, comme

vous avez pu le lire récemment dans le bulletin électronique d’Architectes de l’urgence.

En plus de verser une contribution nancière, l’OAQ a aussi contribué à la création du bulletin électronique

qui permet à AUC de communiquer directement avec les architectes et les stagiaires du Québec.

En contrepartie de cette contribution de l’Ordre, AUC s’engage à faire rapport de ses activités et à

déposer, à la n de chaque exercice, un bilan de sa situation nancière. L’organisme s’engage aussi

à élaborer, dans les limites de ses ressources et de son expertise, des activités de formation continue

destinées aux architectes du Québec. Déjà quelques activités de formation ont été offertes aux

membres de l’Ordre au cours de la dernière année.

Pour en savoir plus : www.architectes-urgence.ca


22 I MARDIS VERTS I L’ENTREPÔT FRIGORIFIQUE DE SOBEYS

GEL DES DÉPENSES

NATHALIE BATRAVILLE

COMMENT CONSTRUIRE DE MANIÈRE DURABLE UN RÉFRIGÉRATEUR DE PRÈS DE 12 000 M 2 ? DEUX ARCHITECTES ONT

PROPOSÉ DES PISTES LORS D’UNE CONFÉRENCE PORTANT SUR L’UN DES PREMIERS BÂTIMENTS INDUSTRIELS À VISER UNE

CERTIFICATION LEED AU CANADA.

Pour les architectes Jean Tardif et Jerry Coviensky, l’aventure avait débuté

bien avant que Sobeys ne les approche avec le projet d’un entrepôt écologique.

En plus d’avoir conçu Outdoor Gear Canada, le premier bâtiment

industriel au Canada ayant obtenu la certification LEED, la firme

Gross Kaplin Coviensky (GKC) prêchait par l’exemple : son siège social

visait lui aussi une certification LEED. GKC avait de surcroît travaillé à

plusieurs projets pour le géant de l’alimentation Sobeys, notamment le

centre de distribution de Vaughan, en Ontario, l’un des bâtiments industriels

les plus automatisés au Canada. Du côté des architectes Blouin Tardif,

là aussi on avait déjà fait ses preuves dans le domaine du bâtiment vert,

notamment avec un projet avant-gardiste visant le LEED Platine, la Maison

productive, dans le quartier montréalais de Saint-Henri, mais surtout avec

le supermarché IGA (Sobeys) de Kamouraska, deuxième projet à obtenir la

certication LEED au Québec. C’est donc forts de ces expériences positives

que les architectes entament en 2005 le projet d’entrepôt frigorique de

Trois-Rivières.

Le programme initial de Sobeys est fort simple et assez modeste : concevoir

un entrepôt permettant un agrandissement futur sans s’exposer à des dépenses

exorbitantes. Le programme exige un entrepôt de 11 500 m 2 , réfrigéré

à4 o C, un espace de service d’environ 1 500 m 2 et des espaces de bureaux

de 1 000 m 2 . Les lieux doivent pouvoir accueillir 127 employés (travaillant

selon différents quarts de travail) et loger 26 tracteurs, 87 remorques et

124 voitures.

ENTREPÔT FRIGORIFIQUE SOBEYS, BLOUIN TARDIF ET GROSS KAPLIN COVIENSKY, PHOTO I GLEB GOMBERG /OVATIO

DESIGN INTÉGRÉ

À partir de cette commande, l’équipe de conception décide d’opter pour

une volumétrie très simple et d’investir l’essentiel de ses ressources dans la

duction de l’empreinte écologique – tant du point de vue de la construction

que de celui de l’utilisation. Bien qu’une certication LEED ne soit

pas prévue à l’origine, l’objectif en sera rapidement xé : le bâtiment vise

une certication LEED Or, avec 42 points. Pour l’ensemble des décisions,

les architectes adoptent une approche de design intégré, « malgré le

galvaudage du terme et sa nébulosité à l’époque », souligne Jean Tardif.

L’équipe de conception s’assoit donc à la même table que le client, ainsi

que l’entrepreneur, la direction de la construction, les opérateurs et professionnels

de l’usine, les ingénieurs en mécanique et en génie civil, de même

que les spécialistes en réfrigération. Les longues réunions n’ont pas réussi

à refroidir les ardeurs des concepteurs.

Au l d’une vingtaine de rencontres animées, l’équipe de design oriente

nalement ses actions en fonction de trois axes principaux : la préservation

du site et l’utilisation responsable des ressources naturelles, la qualité des

environnements intérieurs et la réduction de la consommation d’énergie.

Le site étant encore à l’état sauvage, l’objectif premier est de préserver la

zone humide qui s’y trouve. En créant des fossés de séparation, cloisonnés

par des membranes géotextiles, l’équipe réussit à protéger les cours d’eau

existants, à éviter le ruissellement vers le site et à drainer les eaux du chantier

vers un bassin de rétention.


Ce bassin de 3 400 m 3 , spécialement créé pour recueillir l’ensemble des

eaux de ruissellement du bâtiment, contribue à réduire les effets négatifs

de la compaction des sols et de l’imperméabilité des lieux aménagés. De

même, au lieu d’utiliser de l’asphalte pour les aires de stationnement,

l’équipe opte pour le béton compacté au rouleau, un matériau qui présente

plusieurs avantages : une durabilité excellente, un contenu recyclé élevé et

une surface beaucoup plus pâle permettant de réduire les îlots de chaleurs.

Dans le même ordre d’idées, les architectes installent d’une part une toiture

blanche de 120 000 pi 2 sans ouvertures et, d’autre part, au-dessus de

la portion service du bâtiment, un toit vert recouvert de sedum, un

plant résistant qui requiert peu d’entretien. Cette portion du toit – qui peut

d’ailleurs se prêter à la plantation d’épices – constituera nalement pour

Sobeys un banc d’essai an d’évaluer une utilisation future pour ses supermarchés.

Toujours à l’extérieur de l’entrepôt, un système de traitement des

eaux usées tertiaires est mis en place. À la fois esthétique et écologique, il

fonctionne à partir de roseaux épurateurs que l’on a entourés de gravier pour

contrer l’assaut des mauvaises herbes.

ÉCONOMIE D’ÉNERGIE

Pour ce qui est de l’aspect énergétique, les architectes ont misé à la fois

sur la synergie et l’innovation. « Le secret, finalement, avoue Tardif, c’est

le rapprochement entre l’architecte et l’ingénieur. Ce sera de plus en plus

vrai, et ça doit l’être pour les projets verts. »L’équipe a donc profité de

l’expertise de l’ingénieur Martin Roy et a réussi à réduire de 61% la consommation

d’énergie prévue grâce à un outil innovateur mis au point à

l’Université Concordia. Ce logiciel en développement, appelé ESPR, a la

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 23

particularité de modéliser en trois dimensions. Dans ce projet, il permet

donc de prendre en considération que les biens entreposés peuvent contribuer

aux économies d’énergie. Selon les calculs, l’entrepôt a ainsi réduit de

660,4 tonnes ses émissions de CO 2 et de 140 000 $ par année sa facture

énergétique.

D’autres gains ont été réalisés, d’abord au chapitre de la réfrigération, qui

fonctionne principalement à l’ammoniac, mais bénécie également du free

cooling, un système qui permet d’utiliser l’air extérieur lorsqu’il est assez

froid pour prendre le relais du compresseur. De plus, la récupération de la

chaleur des compresseurs permet de suppléer au chauffage des espaces de

bureaux et de service.

Comme dans tout bâtiment de qualité, le bien-être des occupants a été une

préoccupation majeure dans l’aménagement des espaces de service et de

bureau. Plusieurs mesures ont été mises en place : instruments de contrôle

de la qualité de l’air, détecteurs de gaz carbonique et produits à faible

teneur en COV. Ajoutons en dernier lieu que l’on a misé le plus possible sur

la lumière naturelle et que les espaces de service régulièrement occupés sont

largement fenêtrés, avec des vues donnant sur l’extérieur. Jean Tardif avoue

cependant que l’équipe de conception n’a probablement touché qu’à la

surface du potentiel écologique purement architectural : « Même si la

démonstration n’est pas faite, on aurait probablement pu, sans tomber

dans la pure expérimentation, aller plus loin en explorant l’aspect passif du

bâtiment. » Cela dit, les concepteurs ont réussi leur pari et l’entrepôt

Sobeys se démarque des bâtiments industriels traditionnels. Pour ceux qui

n’ont pas eu la chance d’assister à cette conférence le 20 octobre dernier,

une vidéo de la présentation est en ligne sur le site Web de l’OAQ. ■

ENTREPÔT FRIGORIFIQUE SOBEYS, BLOUIN TARDIF ET GROSS KAPLIN COVIENSKY, PHOTOS I GLEB GOMBERG /OVATIO


24 I MARDIS VERTS I L’EXEMPLE DU CAMPUS DE LONGUEUIL

VIRAGE GLOBAL

HÉLÈNE LEFRANC

LA CONSTRUCTION D’UN NOUVEAU BÂTIMENT À LONGUEUIL A ÉTÉ L’OCCASION POUR L’UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

D’APPLIQUER CONCRÈTEMENT SA STRATÉGIE DE DÉVELOPPEMENT DURABLE. EXPLICATIONS.

Une fois n’est pas coutume, l’invité de la conférence Mardis verts du

17 novembre ne provenait pas du milieu de la construction. Alain Webster

a reçu une formation en écologie, même s’il est d’abord économiste,

spécialiste de l’environnement et des changements climatiques. Vicerecteur

au développement durable et aux relations gouvernementales de

l’Université de Sherbrooke, il a géré le dossier de la construction du campus

de Longueuil.

Il replace le projet dans la politique plus globale de l’université qui veut

conjuguer enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Il s’agit de

revoir l’ensemble des activités de l’université et d’intégrer le développement

durable aux missions d’enseignement et de recherche, puisqu’une

telle institution doit servir d’exemple. Au menu : transversalité, long terme,

décloisonnement entre services et concertation, non seulement à l’interne,

mais aussi dans les relations avec les partenaires et fournisseurs.

L’instauration de cette nouvelle culture a été graduelle. En 2004,

l’université a notamment fait les manchettes avec sa stratégie de mobilité

durable, qui permet entre autres à tous les étudiants de bénécier

gratuitement du transport en commun de la Ville de Sherbrooke. On estime

que 60 % d’entre eux y ont recours. En contrepartie, l’université verse

annuellement 1,3 M$ à la Société de transport de Sherbrooke (STS).

EFFET D’ENTRAÎNEMENT

En 2005, l’université est à l’initiative, avec neuf autres institutions

publiques et parapubliques de son territoire, d’une démarche régionale

en développement durable. « Sur la question du développement durable

on peut être seul au début, mais si on n’est pas contagieux à moyen

terme, il y a un problème », justie le responsable. Le cégep et l’hôpital

de Sherbrooke mettent également en place le même type de dispositif

concernant le transport. Dans la foulée, la politique de développement

durable de l’université voit ofciellement le jour. La même année encore,

la communauté universitaire est consultée sur les principes directeurs

d’aménagement du campus principal. Enn, en 2008, un plan triennal

pour l’ensemble de l’université est adopté.

Les répercussions de ces actions sont concrètes. La mise en place du concept

de mobilité durable a abouti cet automne à la fermeture de 250 places

de stationnement, permettant d’augmenter la récupération des eaux de

pluie et la qualité de vie sur le campus principal, situé près du mont

Bellevue. En contrepartie, la STS a augmenté son offre de 20 % et répond

davantage à la demande. Ces efforts ont aussi permis de mieux utiliser le

parc de logements de la ville et de redynamiser le centre, et cela, alors que

80 % des étudiants proviennent de l’extérieur de la ville. Une coopérative

d’hébergement étudiant a ouvert ses portes à proximité du terminus

d’autobus dans le vieux centre-ville. « Nous nous inspirons des modèles

de TOD (Transit Oriented Development), soit de l’aménagement axé sur

le transport en commun. »

UN REGARD GLOBAL

La même approche a été privilégiée pour le nouveau bâtiment qui vient

tout juste d’être achevé à Longueuil, œuvre de l’équipe Marosi Troy,

Jodoin Lamarre Pratte, Labbé architectes. Plusieurs éléments ont été

pris en compte : les stratégies possibles de mobilité durable en fonction

des emplacements, la consommation énergétique et les émissions de gaz

CAMPUS DE LONGUEUIL DE L’UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE, MAROSI TROY, JODOIN LAMARRE PRATTE, LABBÉ ARCHITECTES, PHOTOS I ROBERT LAFLAMME


à effet de serre, l’utilisation efciente de l’eau, la gestion adéquate des

matières résiduelles, la qualité de vie et les occasions à saisir en terme

d’acquisition de biens.

L’immeuble est donc situé à côté des infrastructures de transport en

commun : la station de métro de Longueuil et le terminus d’autobus de

l’Agence métropolitaine de transport (AMT). Le choix de cet emplacement

est complété par des incitatifs aux transports actifs, comme les

stationnements à vélo, les douches et les casiers. Pour Alain Webster, « ce

type d’investissement devrait être aussi normal pour un bâtiment que la

route qui y mène ». Une navette Longueuil-Sherbrooke à l’usage du

personnel comptabilise 500 déplacements par mois.

VERT À TOUS LES ÉTAGES

Le bâtiment, un campus vertical de 16 étages (dont trois de stationnement

pour des raisons réglementaires), est écoénergétique. La modélisation, à

l’aide du logiciel PEP d’Hydro-Québec, montre que la consommation devrait

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 25

être réduite de 50% par rapport à un bâtiment type. L’immeuble est chauffé

par récupération de chaleur, géothermie et chaudière à condensation au gaz

naturel. La géothermie a déjà été testée à Sherbrooke dans un bâtiment

construit il y a quatre ans. Ce dernier est désormais autosufsant jusqu’aux

températures extérieures de -13º C. L’université consacre d’ailleurs 2 M$

par an à son plan d’efcacité énergétique, pour un retour sur investissement

prévu en trois à sept ans, selon les actions. À Longueuil, la chaleur

des salles électriques et informatiques est récupérée an de chauffer non

seulement l’air, mais aussi l’eau, en complément d’un chauffe-eau à

condensation au gaz naturel. Les systèmes mécaniques et électriques

bénécient d’un contrôle central.

L’espace extérieur, exigu, a été aménagé pour être le plus vert possible.

L’eau de pluie est d’ailleurs récupérée pour alimenter les bassins. Le bâtiment,

lui, est doté d’équipements à faible débit d’eau. La lumière naturelle est

utilisée au maximum et les vitrages ont été choisis pour leur performance.

Dès la conception, une gestion des matières résiduelles à trois voies –

intégrant les matières compostables – a été prévue. Comme sur le campus

de Sherbrooke, le niveau « performance » du programme Ici on recycle, de

Recyc-Québec, devrait être atteint. Il suppose la mise en place de mesure

de réduction, réemploi et recyclage-valorisation pour une mise en valeur dépassant

80 %. De plus, l’organisation des lieux intérieurs favorise l’ouverture

et la communication entre différentes disciplines. « On ne peut plus se

permettre de faire comme d’habitude, de saucissonner et d’isoler chacun.

L’architecture doit reéter l’interdisciplinarité », explique le responsable.

DES LIMITES AUX AMBITIONS

Dans le même esprit, le processus d’acquisition du mobilier a été effectué

en conformité avec la politique d’approvisionnement responsable de

l’université, comme pour l’ensemble de la gestion courante des autres

activités. Pas si facile puisqu’il faut, bien sûr, respecter la Loi sur les contrats

des organismes publics (LCOP) qui n’autorise qu’une augmentation de

10 % des fourchettes de prix pour l’intégration des critères de développement

durable. « La démarche a malheureusement été limitée, regrette

l’économiste. Autant il est simple d’acheter du papier recyclé, autant, pour

un ameublement standard à grande échelle, nous n’avons pas eu de réponse

satisfaisante à nos appels d’offres.» Espérons que les fabricants de meubles

comprendront le message ! ■

CAMPUS DE LONGUEUIL DE L’UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE, MAROSI TROY, JODOIN LAMARRE PRATTE, LABBÉ ARCHITECTES, PHOTOS : KIM LACROIX


26 I RÉGLEMENTATION MUNICIPALE

LES DÉROGATIONS

AUX RÈGLEMENTS D’URBANISME

LOUIS BRUNET*

DANS LES DEUX PRÉCÉDENTS NUMÉROS D’ESQUISSES, NOUS AVONS FAIT UN SURVOL DES POUVOIRS DES MUNICIPALITÉS

DE RÉGLEMENTER LE CADRE BÂTI. NOUS EXAMINONS ICI LA POSSIBILITÉ DE DÉROGER À CES RÈGLES.

Les municipalités utilisent leur pouvoir de réglementer

an d’assurer une certaine uniformité sur

leur territoire. Or, cette réglementation ne fait pas

toujours bon ménage avec la création et l’expérimentation.

En effet, les règlements semblent parfois

trop stricts aux concepteurs, car ils limitent

leur champ d’action : c’est la raison pour laquelle

la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (L.R.Q.,

ch. A-19.1) donne aux villes la possibilité d’avoir

recours à des outils que l’on peut regrouper sous

le terme général de mesures d’exception. Ces

dernières découlent du traitement des demandes de

dérogation mineure, de changement de zonage,

de projet particulier ou d’usage conditionnel.

Il est important de rappeler qu’un cas doit être

exceptionnel pour pouvoir bénécier d’une dérogation.

Tous les outils décrits ici ne visent pas à

contourner la réglementation, mais plutôt à permettre

la réalisation de projets de qualité que les

règlements n’ont pas prévus et qu’ils ne visent

pas à interdire.

DÉROGATION MINEURE

Il s’agit probablement de l’outil le plus communément

utilisé par les municipalités. Pour qu’une

demande de dérogation mineure soit recevable,

elle doit répondre à plusieurs critères : la municipalité

doit avoir adopté un règlement sur les

dérogations mineures; la dérogation demandée

doit faire partie des objets visés par le règlement;

elle ne doit pas porter sur la densité (c.-à-d.

permettre de construire un plus grand nombre de

logements à l’hectare) ou sur l’usage; les travaux

ne doivent pas avoir été réalisés (une dérogation

mineure peut toutefois permettre de régulariser

une situation résultant d’une erreur de chantier

lorsque les travaux ont été faits de bonne foi et

avec un permis). De plus, la demande doit être

conforme aux objectifs du plan d’urbanisme de

la municipalité; le demandeur doit démontrer

que l’application de la réglementation lui cause

un préjudice sérieux et la dérogation ne doit pas

porter atteinte à la jouissance des droits de

propriété d’un voisin. Et il faut bien sûr que la

dérogation soit mineure.

À la suite du dépôt d’une demande de dérogation

mineure, le fonctionnaire responsable de

l’urbanisme étudie le bien-fondé de la demande.

Si elle n’est pas justiée par la nature exceptionnelle

du projet, mais qu’elle trahit plutôt une

volonté de contourner les normes ou les objectifs

visés, il y a peu de chance qu’elle soit accordée.

N’oublions pas que la municipalité a le devoir

d’être équitable envers tous les demandeurs. Si

elle permet à un concepteur de déroger à une

norme sans que des conditions particulières le

justient, elle crée une situation inéquitable. Si la

municipalité considère qu’une norme ne devrait

pas s’appliquer dans un secteur donné, il est plus

sage pour elle de modifier son règlement de

zonage dans ce secteur.

La procédure d’adoption d’une dérogation mineure

est assez simple. Le comité consultatif d’urbanisme

de la municipalité doit faire une recommandation au

conseil municipal et un avis public est publié dans les

journaux 15 jours avant la séance du conseil. Une

période de commentaires doit être prévue au début

de la séance du conseil municipal et toute personne

intéressée doit pouvoir se faire entendre.

Finalement, le conseil rend sa décision.

CHANGEMENT DE ZONAGE

Le changement de zonage est sans doute le

second outil le plus utilisé par les municipalités. Il

leur permet de modier les usages, les hauteurs

ou le taux d’implantation autorisé dans une zone

donnée, c’est-à-dire dans une partie restreinte du

territoire. Cette modication est toutefois limitée

à ce que le plan d’urbanisme autorise. Ainsi, une

municipalité ne peut faire un changement de

zonage pour autoriser des constructions de

10 étages dans un secteur si son plan d’urbanisme

limite les hauteurs à 6 étages dans ce secteur.

Dans sa prise de décision, le conseil municipal doit

agir pour le bien commun. Lors d’un changement

de zonage, par exemple, plusieurs facteurs seront

pris en compte : compatibilité des usages, effets

sur le paysage urbain d’une augmentation en

hauteur, impacts sur le quartier (ombres portées,

circulation automobile accrue, homogénéité du

secteur, etc.), capacité des infrastructures souterraines

(égouts et aqueduc) et municipales

(bibliothèques, parcs, centres sportifs, transports

en commun), impact sur la structure commerciale

existante, concentration des activités, préservation

d’un milieu naturel d’intérêt, etc.

DÉVELOPPEMENT RÉSIDENTIEL PLACE VALOIS, LES ARCHITECTES BOUTROS ET PRATTE, PHOTO I ROBERT ETCHEVERRY


Le changement de zonage est un processus plus

complexe que la dérogation mineure. Le conseil

municipal doit étudier le dossier lors de trois

séances distinctes. À la première séance, il donne

un avis de motion, c’est-à-dire qu’il rend publique

son intention de modier le zonage en fonction

du projet de règlement qu’il dépose. Ensuite, un

avis public doit être publié dans les journaux

annonçant que le maire tiendra une consultation

publique sur le projet de règlement. À la suite de

cette consultation, dans une deuxième séance, le

conseil adopte, avec ou sans modications (en

fonction des commentaires reçus lors de la

consultation publique), le projet de règlement.

Un nouvel avis est publié dans les journaux informant

les personnes intéressées à déposer, sous

forme de pétition, une demande d’opposition

référendaire. Si une demande est déposée, le

grefer de la Ville doit à nouveau publier un avis

dans les journaux pour inviter la population à

signer un registre ofciel demandant qu’il y ait un

référendum. La Loi sur les élections et les référendums

dans les municipalités (L.R.Q., ch. E-2.2)

indique le nombre de signatures requises (qui est

calculé en fonction du nombre d’électeurs inscrits

sur la liste électorale dans la zone visée par le

changement de zonage et les zones adjacentes).

Si le nombre de signatures est atteint, le conseil

municipal doit décider s’il y aura un référendum

ou s’il retire le projet de règlement. S’il n’y a pas

de demande d’opposition par voie référendaire,

le conseil procède, lors d’une troisième séance, à

l’adoption nale du règlement.

PROJET PARTICULIER

Le projet particulier de construction, de modification

ou d’occupation d’un immeuble

(PPCMOI) est un outil relativement récent que

le gouvernement du Québec a ajouté dans la

Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Pour

l’utiliser, la municipalité doit préalablement

avoir adopté un règlement-cadre sur les projets

particuliers, ce qui n’est pas le cas de toutes les

municipalités du Québec.

Un projet particulier est l’équivalent d’un minirèglement

de zonage applicable uniquement à un

terrain donné. Cet outil allie la souplesse de la

dérogation mineure, qui permet de déroger à

un ensemble de petites règles (marges, hauteur du

rez-de-chaussée, nombre d’espaces de stationnement,

clôture, etc.), à l’envergure du changement

de zonage, qui permet de modier des paramètres

importants tels que la hauteur du bâtiment,

l’usage ou le taux d’implantation. Comme dans

les autres mesures d’exception, un projet, pour

être recevable, doit être conforme aux orientations

du plan d’urbanisme de la municipalité.

La procédure d’étude et d’adoption d’un projet

particulier est presque identique à celle d’un

changement de zonage, sauf qu’avant l’avis de

motion, le dossier doit être étudié par le comité

consultatif d’urbanisme de la municipalité et

qu’une afche décrivant le projet et indiquant les

dérogations demandées doit être placée sur les

lieux du projet.

USAGE CONDITIONNEL

Tout comme le projet particulier, l’usage conditionnel

est récent et doit faire l’objet d’un règlementcadre

qui précise les usages et les zones visés

par la procédure d’usage conditionnel. Un tel

règlement peut permettre, par exemple, d’autoriser

les bureaux à domicile en secteur résidentiel.

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 27

Une personne souhaitant exercer un tel usage doit

alors déposer une demande d’usage conditionnel

auprès de la municipalité. Le conseil municipal

décide ensuite s’il autorise la demande

Le processus d’autorisation est semblable à celui

d’une demande de dérogation mineure. En plus

des étapes d’une dérogation mineure, une afche

doit être placée sur les lieux. Lors de sa prise de

décision, le conseil municipal peut imposer des

conditions pour limiter les impacts jugés négatifs.

LA MESURE D’EXCEPTION,

UN PRIVILÈGE OU UN DROIT ?

Nul ne peut invoquer qu’il a le droit d’obtenir

une dérogation à la réglementation municipale.

Il s’agit d’un privilège que peut lui accorder le

conseil municipal. Pour mettre les chances de son

côté, un demandeur a tout intérêt à bien préparer

son dossier. En plus de démontrer le côté exceptionnel

du projet et d’établir que la réglementation

n’a pas été conçue pour ce type de projet, il doit

fournir les plans, études, maquettes, perspectives

et argumentaires à l’appui de sa demande. ■

*L’auteur est architecte, chef de division de l’urbanisme à Montréal

pour l’arrondissement Côte-des-Neiges – Notre-Dame-de-Grâce.

DÉVELOPPEMENT RÉSIDENTIEL PLACE VALOIS, LES ARCHITECTES BOUTROS ET PRATTE, PHOTO I ROBERT ETCHEVERRY


LA NORME CSA S478-95

La norme CSA S478-95, intitulée Guideline on

Durability in Buildings, offre un guide pour la

planification, la conception et l’entretien de

bâtiments. Son objectif est de proposer une

vision globale du cycle de vie d’un bâtiment. Les

exigences qu’elle contient ne se limitent pas aux

phases traditionnelles de la conception et de la

construction, mais donnent aux propriétaires et

gestionnaires un instrument de suivi des systèmes

pendant toute la durée de vie du bâtiment.

Plus spécifiquement, cette norme constitue un

cadre d’étude de l’enveloppe, de la structure et

des systèmes du bâtiment, considérés comme

des composantes mises en relation afin de

protéger le bâtiment et ses occupants. La norme

propose une vision de ces composantes

(systèmes et sous-systèmes) selon leur durée de

vie déterminée et fait état de quelques facteurs

ou agents de détérioration (eau, humidité, cycles

de gel et dégel, environnements particuliers).

Les lignes directrices contenues dans cette norme

décrivent les méthodes qui permettent de préserver

la durée de vie théorique des composantes ou

de faciliter leur éventuel remplacement. Elles

proposent, par exemple, des durées de vie

souhaitées (temporaire : 10 ans; moyenne : 25

à 50 ans; longue : 50 à 100 ans; permanente :

100 ans et plus) pour certaines typologies de

bâtiment. La conception des systèmes devrait

se faire en cohérence avec ce choix. Selon cette

méthode, l’enveloppe d’un bâtiment permanent

devrait donc être conçue de manière à être au

moins aussi durable que le bâtiment ou

comporter des dispositifs pour faciliter son

éventuel remplacement si cette durée de vie n’est

pas atteignable. Des exemples de tableaux de

suivi sont inclus pour permettre aux propriétaires

et gestionnaires de bâtiments de suivre les

caractéristiques et la mise à jour des systèmes

durant la vie entière du bâtiment. Il s’agit d’une

sorte de mise en service pour l’enveloppe et les

systèmes architecturaux du bâtiment.

UN CONCEPT QUI DATE

Un survol de l’histoire de l’architecture permet

d’affirmer que le concept de bâtiment durable

n’est pas nouveau. Les dix livres d’architecture

de Vitruve définissaient la durabilité comme

l’une des trois caractéristiques essentielles de

l’architecture (la solidité et la beauté étant les deux

autres). À l’époque de la construction massive en

pierre ou en maçonnerie, l’architecture fait jouer

les notions de plein et de vide (murs et ouvertures)

de même que la fonction de protection (qu’offre

le mur en séparant l’intérieur et l’extérieur).

La révolution industrielle et, plus tard, les deux

grandes guerres mondiales transformeront

l’industrie de la construction ainsi que la fonction

de l’architecture. Dès la fin du 19 e siècle, la

construction passe d’une activité artisanale à un

assemblage industriel de composantes. La relation

entre l’intérieur et l’extérieur se complexifie aussi, à

mesure qu’augmentent les exigences de confort,

les surfaces vitrées et la superficie des façades

libres. Le mur qui, dans l’architecture classique,

était à la fois structure et surface devient le lieu

d’un dialogue entre ossature et enveloppe.

L’enveloppe – et sa composition – est donc une

notion relativement récente. On la considère

aujourd’hui comme une peau lourde ou légère qui

protège et isole l’intérieur et a pour fonction

d’assurer le confort des occupants. Bien qu’elle soit

récente et relative, la notion n’en est pas moins

importante étant donné la grande valeur

qu’accorde notre époque à la santé et au bien-être

des occupants.

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 29

UN GUIDE UTILE SUR L’ENVELOPPE

ET LE CYCLE DE VIE DU BÂTIMENT

CARLO CARBONE

La norme CSA S478-95 traite de cette nouvelle

complexité et permet une systématisation des décisions

de conception gravitant autour des notions

de durée de vie, de flexibilité, d’adaptabilité,

d’entretien et de remplacement des composantes.

La composante s’avère particulièrement importante,

chaque couche de l’enveloppe ayant son

rôle propre à jouer par rapport à la durabilité. Un

pare-vapeur doit donc avoir au moins la même

durée de vie que le parement.

SOUCI DU DÉTAIL

La norme, comme nous l’avons dit, traite du

cycle de vie complet de l’immeuble. Elle offre

une vision globale des responsabilités partagées

entre les concepteurs, les propriétaires et les

gestionnaires de bâtiments. Elle repose sur une

articulation des composantes, de leur durée de

vie, de leur modification et de leur relation,

l’expression de cette relation étant le détail

architectural. Historiquement, ce dernier apparaît

d’ailleurs en même temps que la séparation de

l’ossature et de la peau. L’artisan d’autrefois a laissé

la place à une multitude d’intervenants ayant

pour tâche d’assembler une grande diversité de

sous-systèmes. Le rôle du détail architectural est

d’établir une relation fonctionnelle entre chacun

de ces sous-systèmes.

La norme CSA S478-95, sans toucher au travail

de conception, propose, là encore, des défis et

des manières de penser l’enveloppe. En annexe,

la norme contient des renseignements techniques

et des graphiques traitant de l’effet de divers

facteurs (eau, humidité, ensoleillement, vent) et

de l’importance des jonctions pour éviter

infiltrations, corrosion et affaiblissement de

l’enveloppe. Cette norme constitue donc un

cadre de référence des plus utiles qui permet

d’établir des critères pour la conception, la

construction et la conservation des enveloppes

de bâtiment dans leur contexte spécifique.

Mentionnons qu'une formation sur le norme

CSA S478-95 et l'histoire de la notion

d'enveloppe est en préparation. Les détails et

les horaires seront diffusés sur le site de l’OAQ

et dans Esquisses.


30 I LECTURES

ATLAS PHAÏDON DE L’ARCHITECTURE DU XXI E SIÈCLE I COLLECTIF

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet ouvrage en impose. D’abord par son ampleur, puisqu’il compte pas moins

de 800 pages grand format : on comprend pourquoi l’éditeur le vend dans une boîte avec une poignée. Mais ce qui

coupe le souffle, ce sont les 1037 projets qui y sont présentés, formidable panorama de tout ce qui s’est construit

depuis le début du nouveau millénaire aux quatre coins de la planète. Minuscules maisons ou gigantesque entrepôt,

tous s’affichent clairement au moyen de photographies de qualité accompagnées de plans, coupes ou élévations,

d’une brève description et d’informations plus techniques (coût, superficie, etc.), le tout tenant sur une demi-page

ou une pleine page. Le regroupement par continent et par pays facilite la consultation et incite au voyage virtuel.

En prime, on nous indique les coordonnées des bâtiments, qui permettent de les localiser facilement dans Google

Earth et de les explorer encore davantage. À 225 $, ce volume n’est pas donné, mais il les vaut amplement.

Paris, Phaïdon, 2009, 800 pages

DESIGNING PUBLIC TOILETS I CRISTINA DEL VALLE SCHUSTER

Avertissement : ce livre contient des images qui pourraient ne pas convenir aux adeptes de la simplicité volontaire

et du low-tech ! Cette collection un peu fantasque regroupe des petits coins des quatre coins du monde. Il en

résulte bien entendu un étalage de jouissance et d’opulence, mais – soulagez-vous – on y retrouve également des

tas d’idées fort inspirantes. Schuster réussit même à provoquer une réflexion (très) embryonnaire sur l’espace

public, l’espace intime et l’espace partagé, la cohérence des projets, l’utilisation de la lumière et de la couleur,

et l’accessibilité, entre autres. Décidément à mettre avec les bouquins que vous feuilletez aux toilettes.

Paris, Éditions L’Inédite, 2009, 287 pages

LE DICTIONNAIRE VISUEL DÉFINITIONS : ARTS ET ARCHITECTURE I JEAN-CLAUDE CORBEIL ET

ARIANNE ARCHAMBAULT

Vingt-trois ans après la parution du premier dictionnaire visuel, voici qu’il se décline en versions spécialisées sous un

format compact. Pour ceux qui n’ont pas suivi de près l’évolution du Visuel, rappelons que celui-ci bénéficie depuis

longtemps d’illustrations couleur d’une qualité irréprochable, ce qui sert évidemment très bien les sujets traités ici.

Malgré sa spécialisation, cet ouvrage est par essence généraliste, puisque des sections sur l’artisanat, les arts de la

scène, les arts visuels, les arts graphiques, les beaux-arts et la musique y côtoient l’architecture. Un must pour les

amoureux du mot ou de l’expression juste : où, sinon dans le Visuel, pourriez-vous apprendre que l’opisthodome

est la partie postérieure d’un temple grec dans laquelle étaient déposées les offrandes ? Des heures de plaisir.

Montréal, Québec Amérique, 2009, 179 pages

CINÉMA ET ARCHITECTURE : LA RELÈVE DE L’ART I CLOTILDE SIMOND, AVEC LA COLLABORATION

DE SOPHIE PAVIOL

Cinéma et architecture ont cela en commun qu’ils sont tous les deux un mélange d’art et de techniques. L’ouvrage

explore donc les liens – plus nombreux qu’on ne l’imagine – entre cinéma et architecture et la façon dont les deux se

nourrissent de ces passerelles depuis les années 1920. On parle ici de la présence de l’architecture dans le cinéma, du

cinéma dans l’architecture et de la mise en espace des images, des plans, des mouvements et de la lumière. Le ton

est universitaire, le texte fouillé et érudit, et la perspective historique marquée. Des chapitres au titre explicite permettent

toutefois de se concentrer sur des intérêts spécifiques : cinéastes inspirés par les mouvements modernistes

architecturaux comme le Bauhaus, Le Corbusier représentant sous forme de story-board son projet architectural

pour la villa Meyer en 1925 ou encore Jean-Luc Godard faisant de la banlieue le personnage central du film Deux

ou trois choses que je sais d’elle.

Lyon, Éditions Aléas, 2009, 284 pages


SCARPA I SERGIO LOS

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 31

Ce bouquin n’est peut-être pas l’ouvrage ultime sur Carlo Scarpa, mais il s’agit d’une introduction fort intéressante

à l’œuvre souvent émouvante de l’architecte vénitien. L’auteur, qui a côtoyé Scarpa à la Faculté d’architecture de

l’Université de Venise, dresse un portrait nuancé et, bien que de façon succincte, initie habilement le lecteur à une

œuvre ô combien singulière. Ce survol des projets nous entraîne de la Biennale de Venise au tombeau de la famille

Brion (souvent considéré comme son chef-d’œuvre) en passant par la galerie Olivetti de la piazza San Marco. Des

citations de Scarpa et une brève chronologie couronnent efficacement le tout.

Cologne, Taschen, 2009, 96 pages

VILLES DE L’EXTRÊME I GÉRARD DENIZEAU ET JEAN-PAUL VIART

Les concepts qui mènent à la réalisation de certains ouvrages sont parfois tirés par les cheveux, comme c’est le cas

pour Villes de l’extrême. Cela dit, le prétexte nous fait visiter, aux côtés des célébrités habituelles que sont les Paris,

Londres ou Venise, des villes dont nous n’entendons pas souvent parler. Les thèmes sont assez bigarrés – villes les

plus sèches (Arica, Assouan et Ica), les plus propres (Calgary, Honolulu et Helsinki), les plus dangereuses

(Johannesburg, Lagos et Ciudad Juárez) ou encore les plus récentes (Brasilia, Chandigarh et Marne-la-Vallée) – ce

qui rend le voyage parfois surprenant, toujours intéressant.

Paris, Gründ, 2009, 190 pages

LES 100 PREMIÈRES FOIS I GÉRARD DENIZEAU

HAUTE DENSITÉ I ALEJANDRO BAHAMON

Publié à l’origine à Barcelone, ce livre se décline en quatre sections qui traitent des enjeux majeurs des habitations

aux logements multiples : intégration à l’espace urbain, création d’espaces communs, diversité de l’offre et traitement

de l’enveloppe. Si tous les projets apportent en effet une solution pertinente à l’un ou l’autre des nombreux

défis que pose la conception d’habitations denses, le lecteur se désolera peut-être de ne pas retrouver dans chacune

des descriptions de projets un regard critique sur l’ensemble des problématiques. Cela dit, les vingt bâtiments

sélectionnés méritent bien l’attention qu’ils reçoivent, et cinq ou six d’entre eux sont exceptionnels. Pour les amoureux

de densité humaine !

Paris, Éditions L’Inédite, 192 pages

Là aussi, c’est un peu tiré par les cheveux (cf. Villes de l’extrême, lui aussi coécrit par Denizeau), et

le résultat est encore une fois captivant. Ce coup-ci, l’auteur a usé du prétexte des premières fois pour

nous entraîner dans les coulisses de l’histoire ancienne et, quoique dans une moindre mesure, récente.

Au programme, la première cité troglodytique (Pétra, Jordanie), le premier stade géant (le Colisée

de Rome), la première cité fortifiée d’Afrique (le Grand Zimbabwe) et autres premières couvertures de

béton à double coque (CNIT, La Défense, Paris). Les photos et illustrations sont éloquentes et les

textes, brefs et efficaces.

Paris, Gründ, 2009, 206 pages


32 I SYNDIC

LE DANGER DES CONSORTIUMS

PIERRE COLLETTE

DANS LEURS APPELS D’OFFRES, LES DONNEURS D’OUVRAGE EXIGENT DE PLUS EN PLUS FRÉQUEMMENT LA FORMATION D’UN

« CONSORTIUM ARCHITECTE-INGÉNIEUR ». MALHEUREUSEMENT, LA PARTICIPATION À DE TELS CONSORTIUMS ENTRAÎNE

POUR LES ARCHITECTES DES INFRACTIONS AUX CODES ET RÈGLEMENTS QUI RÉGISSENT L’EXERCICE DE LA PROFESSION.

Afin de permettre aux architectes de participer à ces appels d’offres en

toute conformité, l’Ordre a choisi d’accompagner les donneurs d’ouvrage

du secteur public qui en ont fait la demande et de les aider à élaborer des

documents d’appel d’offres de services professionnels adéquats.

Voyons d’abord les écueils engendrés par ces fameux consortiums. En tout

premier lieu, le terme constitue en lui-même une difficulté puisqu’il n’en

existe aucune définition juridique. Cependant, dans le domaine professionnel,

voire dans le domaine de la construction en général, la définition tacite est

celle d’une association de personnes qui rend des services professionnels à

un client pour la réalisation d’un projet.

Ensuite, qui dit association dit aussi partage des responsabilités, des tâches

et des aspects financiers. Or, l’architecte ne peut être associé avec un non-

architecte pour rendre des services, selon l’article 15 de la Loi sur les architectes.

Permettre une telle association pourrait laisser croire que l’ingénieur

est autorisé à agir comme architecte.

De plus, une telle association entraînerait un partage des honoraires avec

un non-architecte, ce qui constitue une infraction à l’article 3.05.06 du Code

de déontologie des architectes. L’architecte qui accepterait de participer à

un consortium contribuerait ainsi à l’exercice illégal de la profession, une

autre infraction au Code de déontologie.

Enfin, en vertu des articles 3.05.02 et 3.05.03, l’Ordre pense que le consortium

architecte-ingénieur, donc une association avec des non-architectes,

place inévitablement l’architecte dans une position intenable lorsque des

décisions d’affaires entre associés sont nécessaires. Cette opinion de l’Ordre

ne sous-entend pas une situation de contrôle du consortium par les nonprofessionnels.

Cependant, les expériences vécues par de nombreux bureaux

dans leurs obligations contractuelles de coordination des différentes

spécialités peuvent orienter la réflexion proposée.

Cela ne signifie pas pour autant que la demande des donneurs d’ouvrage

soit illégitime. Mais pour y répondre tout en respectant l’esprit et la lettre

de la loi, voici ce que l’Ordre leur suggère :

1) Éliminer l’utilisation du terme « consortium » dans les appels d’offres

pour services professionnels et le remplacer par « équipe » ou

« équipe multidisciplinaire ».

2) Préciser dans ces appels d’offres que l’architecte devra agir comme

« mandataire du client » en ce qui a trait à l’engagement des autres

professionnels formant l’équipe, qu’il devra assurer la coordination

complète de cette équipe et qu’il devra rendre compte au client de sa

coordination à la demande de ce dernier.

3) Préciser dans ces appels d’offres que l’architecte devra signer, avec les

autres professionnels de l’équipe, une entente écrite conforme aux

exigences du mandat (celui que le donneur d’ouvrage fera signer à

l’architecte), qu’il fournira, à la demande du client, une copie authentifiée

de ces ententes et qu’il en assumera l’administration complète.

4) Exiger que soient incluses à l’offre de service présentée par l’architecte

les offres de service des autres professionnels participant au projet, ainsi

qu’un engagement de ces derniers à signer une entente avec l’architecte

si le mandat est accordé à ce dernier aux conditions établies dans l’offre

de services.

L’Ordre croit que de tels appels d’offres répondent aux objectifs des donneurs

d’ouvrage (principalement celui de n’avoir qu’un interlocuteur) et

permettent aux architectes de réaliser ces mandats en conformité avec les

codes et règlements qui régissent l’exercice de la profession.


FORMATION CONTINUE ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 35

PROGRAMME DE FORMATION

HIVER 2010

Activité I Horaire

ADMINISTRATION DE PROJET

Inspection préachat, aspects de base et normes de pratique I Montréal, le 12 mars, de 8 h 30 à 16 h 30

I Québec, le 6 avril, de 8 h 30 à 16 h 30

Estimation des coûts de construction I Montréal, le 24 février, de 8 h 30 à 16 h 30

I Québec, le 1 er mars, de 8 h 30 à 16 h 30

Planification stratégique et gestion de portefeuille de projets I Montréal, le 22 mars, de 8 h 30 à 16 h 30

I Québec, le 29 mars, de 8 h 30 à 16 h 30

TECHNIQUES

Bâtiments verts : Intégration des exigences aux plans et devis I Montréal, le 23 février, de 8 h 30 à 16 h 30

Le détail et l’enveloppe du bâtiment : La leçon d’anatomie I Montréal, le 16 mars, de 8 h 30 à 16 h 30

Les dommages structuraux I Montréal, le 9 mars, de 13 h à 17 h

Les structures de bâtiment I Montréal, le 17 février, de 8 h à 12 h

Les murs extérieurs des bâtiments anciens I Montréal, le 3 mars, de 13 h à 17 h

CULTURE ARCHITECTURALE

Outils cognitifs pour intervenir sur le patrimoine architectural et urbain I Montréal, le 31 mars, de 13 h à 17 h

I Québec, le 7 avril, de 13 h à 17 h

GESTION DE BUREAU

Démarrage d’un bureau d’architectes I Montréal, le 12 février, de 8 h 30 à 16 h 30

La direction de votre équipe I Montréal, le 25 février, de 8 h 30 à 16 h 30

L’écoute comme outil essentiel à la relation client I Québec, le 24 février, de 8 h 30 à 12 h

Mieux négocier ses honoraires I Québec, le 24 février, de 13 h à 16 h 30

Stratégies et activités de relations d’affairess I Montréal, le 17 février, de 13 h à 17 h

PLANIFICATION ET CONCEPTION

Processus de design intégré I Montréal, le 8 mars, de 8 h 30 à 16 h 30

RÉGLEMENTATION DU BÂTIMENT ET ASPECTS LÉGAUX

Code de construction, Ch. 1, Bâtiment – Mise à jour et CNB-2005 I Montréal, le 26 mars, de 8 h 30 à 16 h 30

Code de construction, parties 3 et 10 I Montréal, du 21 au 23 avril, de 8 h 30 à 16 h 30

Le code civil et l’hypothèque légale de construction I Montréal, le 26 février, de 8 h à 12 h

L’édition 2009 du contrat de l’AAPPQ I Montréal, le 24 mars, de 8 h 30 à 16 h 30


34 I TABLEAU DES MEMBRES

NOUVEAUX MEMBRES

Le 6 novembre 2009 Alneirabeie, Rana

Barrios Pereira, Isabel

Beausoleil, Michelle

Bélanger, Luc

Bélanger, Mélissa

Bergeron, Isabelle

Berthiaume, Janie

Bolduc, Steve

Boudreau, Brigitte

Brault, Arianne

Brière, Nancy

Brightman, Mark

Cooke, Amanda

Couturier, Benoit

Dubuc, Dominique

Dufour, Jean-Pierre

Dudek, Annette

Fournier, Marie-Claude

Garneau, Émilie

Harvey, Sarah

Lafontaine, Diane

Nolet, Philippe

Paré, Julie

Pelletier, Hubert

Pelletier Boucher, Simon

Rail, Christiane

Ratelle-Valade, Marilou

Riahi, Pari

Silver, Gem

Soulard, Caroline

Suri, Sudhir Kumar

Tannoury, Sami

Thibodeau, Alexandre

Trottier, Catherine

Turcotte, Myriam

Vaillant, Julie

Villeneuve, Gabriel

DÉMISSION

Le 1 er octobre 2009 Deschênes, Claude

Le 31 décembre 2009 Anderson, Bissera

RADIATIONS

Par défaut de paiement de la prime d’assurance responsabilité professionnelle

Le 13 novembre 2009 Brière, Michel

Chemtob, Guy Joseph

Dao, Duc Khai

Farly, Louis

Mazur, Philippe

Pigeon, Guy

Pérusse, Laurent

S

Par suite d’une décision du conseil de discipline

Le 5 novembre 2009 Comeau, Louis

RÉINSCRIPTIONS

Le 6 novembre 2009 Côté, Richar

Durivage, Luc

Fortin, Gilles,

Lacroix, Michel F.

Marchand, Michel

Palumbo, Antonio Savio

DÉCÈS

Le 2 novembre 2009 Hopkins, E. Alan

Le 27 novembre 2009 Robe, Ruxandra Ioana

Le 25 décembre 2009 Dupuis, Jean-Claude

Le 26 décembre 2009 Lecomte, Guy, F.

DÉCISION DU COMITÉ DE DISCIPLINE

AVIS DE RADIATION TEMPORAIRE

Monsieur Louis Comeau, qui exerçait la profession à Laval et à Mont-

Royal, a été reconnu coupable par le conseil de discipline de l’OAQ, qui

a donc ordonné sa radiation temporaire du tableau de l’Ordre. Pour

connaître la nature des accusations et des peines encourues, ou pour lire

le texte complet des décisions et de l’avis de limitation provisoire

d’exercer la profession, veuillez consulter le site Web de l’Ordre des

architectes du Québec (www.oaq.com) sous l’onglet Actualités.

More magazines by this user
Similar magazines