Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

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Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

10 I DOSSIER I ARCHITECTURE EN CHINE

d’investir beaucoup. » Robert Chicoine a proté

de la mission pour développer un solide réseau

de contacts.

Les architectes, toutefois, semblent considérer le

dé tout aussi difcile à relever. Selon Isabelle Julien,

qui travaille pour une firme déjà présente en

Chine, « le processus d’approbation des projets

d’architecture paraît insurmontable si l’on n’est pas

associé à une rme locale solidement implantée.

Il faut notamment être branché auprès des

municipalités et du gouvernement ».

Maggy Apollon, elle, participait à la mission à

la fois à titre d’entrepreneure et d’architecte.

En tant que propriétaire d’une compagnie de

modules d’hébergement hôtelier de petite

LA SANTÉ AVANT LA PLANÈTE

dimension, elle voulait évaluer le potentiel

de fabrication sur place. « La mission a été

bénéfique, car j’ai mieux compris les enjeux et

je sais à quelles portes frapper si je veux

poursuivre, mais cela n’aura pas de retombées

directes : au stade où j’en suis, l’investissement

de démarrage est trop lourd. »

En tant qu’architecte, elle souhaitait partager

la découverte de la culture et de l’architecture

chinoises avec des collègues. Pour ce qui est de

cet aspect, « j’ai été comblée », dit-elle. Elle

maintient toutefois un regard critique : « Nous

n’avons pas réellement beaucoup à apprendre

des Chinois. La qualité d’exécution, par exemple,

m’a déçue : la nition est souvent bâclée et la

conception n’est pas parfaite. De loin, cette

Question d’histoire et de culture, sans doute, les Chinois ne semblent pas sensibles aux mêmes

arguments que les Occidentaux quant vient le temps de débattre de protection de l’environnement.

« Il ne sert à rien de dire que l’on détruit les écosystèmes et que l’on fait du mal à la planète », ont

appris les participants à la mission. Par contre, depuis des millénaires, la santé et le bien-être corporel

ont plus d’importance en Chine que dans nos sociétés. Ce message, qui touche plus directement la

population chinoise, est à la source d’une préoccupation pour la pollution atmosphérique, la qualité

de l’eau et la présence de produits chimiques dans les matériaux, notamment. Il en va de même pour

les questions d’énergie : puisque les centrales au charbon ont des effets néfastes pour la santé,

autant limiter la consommation an d’éviter qu’elles se multiplient.

MAQUETTE DE L’ÉCO-CITÉ DE TIANJIN, PHOTO I GUYLAINE DESMARAIS

architecture est fascinante, mais quand on s’en

approche, on préfère reculer ! Je ne suis pas sûre

de la durabilité. Ils misent beaucoup sur la

rapidité et l’efcacité, sans se soucier du détail. »

Isabelle Julien déplore de son côté la piètre qualité

du béton, pourtant omniprésent.

DES PROGRÈS À OBSERVER

Maggy Apollon soulève un autre point noir. « Le

dynamisme de la construction impressionne,

mais c’est une production de masse. Les

conditions de travail sont exécrables : les

chantiers fonctionnent 24 heures par jour et des

ouvriers dorment sur place. »

Cette cadence effrénée devrait malgré tout aider

les Chinois à améliorer rapidement leur savoirfaire

vert. « Au Québec, un bureau de grande

taille peut espérer mener un ou deux projets

d’envergure chaque année, s’il est chanceux.

Là-bas, en 2007, un gros bureau comme

ECADI (East China Architectural Design and

Research Institute) en a entrepris plus de 90. La

courbe d’apprentissage est donc très différente

et ils vont rapidement nous dépasser », prévoit

Guylaine Desmarais. ECADI, qui a signé plusieurs

bâtiments prestigieux comme le siège social de

CCTV, la principale chaîne de télévision publique

de Chine, élabore actuellement un code pour la

conception et la construction de bâtiments

intelligents.

Le groupe profite d’ailleurs du site de

l’Exposition universelle de Shanghai pour tester

certaines technologies durables. D’autant plus

que la ville afche sa différence avec le reste du

pays et paraît déjà avoir une longueur d’avance.

encore, rien de parfait pour autant. Le Centre

des arts visité par les Québécois est équipé de

thermopompes pour le chauffage et la climatisation,

mais il s’agit d’une géothermie à boucle

ouverte qui utilise l’eau de la rivière Huangpu.

Le rejet d’eau à température différente risque

de modifier les écosystèmes. Pour le Centre

d’exposition, on tente le recyclage partiel d’une

structure existante, mais il n’y a rien de

révolutionnaire là non plus. Par contre, le

Pavillon thématique de l’Expo 2010 est non

seulement équipé de deux murs verts vivants

qui captent le carbone et réduisent les besoins

en climatisation, mais aussi de 30 000 m 2 de

panneaux photovoltaïques. Il agit comme une

mini-centrale électrique qui alimente tout un

secteur municipal en électricité. « On rêve du

jour où l’on pourra faire cela au Québec », note

avec envie la coprésidente du comité des

techniques et bâtiments durables.

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