Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

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Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

CODES SECRETS

Les plans d’exécution doivent impérativement être

signés par des architectes chinois, ce qui explique

pourquoi les agences étrangères s’associent

presque toujours avec un institut d’architecture

(centre de recherche et d’enseignement gouvernemental)

ou une rme locale, reconnue par le

gouvernement – comme le veut généralement la

pratique au Québec pour les rmes étrangères.

La collaboration avec les architectes locaux est

d’ailleurs essentielle pour comprendre les règles du

Code du bâtiment chinois, une bête multiforme dont

les critères changent selon les régions administratives

et les municipalités. « Ça s’apprend, mais ça

prend un petit moment pour s’habituer. On le vit

présentement avec un projet de théâtre à Beijing :

c’est très compliqué d’assurer la conformité aux

codes de trucs de base comme les toilettes et les

issues d’urgence », raconte Martin Leblanc.

Aussi complexe soit-il, le Code du bâtiment a au

moins le mérite d’être explicite. Les codes culturels,

eux, s’apprennent sur le tas. Pierre Corriveau

peut en témoigner. « On a dû recommencer l’un

des bâtiments, celui de l’accueil des visiteurs,

trois fois. Le client nous disait qu’on n’avait pas

assez respecté “l’esprit chinois ”. On est donc

revenus avec une sorte de syncrétisme de la Cité

interdite, jouant avec les couleurs, exagérant

certains éléments. Finalement, ce n’était pas du

tout cela qu’il voulait non plus. Il nous reprochait

d’avoir mis des murs opaques alors qu’il y avait

un plan d’eau à côté de l’édice ! Dans la culture

chinoise, c’est un non-sens, puisque l’eau représente

l’abondance, la richesse. »

TECHNOPARC AGROALIMENTAIRE DE QUJING, PLAN D’ENSEMBLE ET PAVILLON DE L’ADMINISTRATION ET DE L’INFORMATION, LES ARCHITECTES CORRIVEAU ET GIRARD

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 13

Certains éléments de la pensée Feng Shui

demeurent donc importants en Chine, de même

que les considérations pratiques liées aux

habitudes culturelles. « Dans les projets résidentiels,

les cuisines sont toujours fermées à cause

de l’usage fréquent d’huile pour la cuisson. Dans

certains ensembles de luxe, il y a deux cuisines :

une à l’occidentale et l’autre à l’asiatique »,

précise Jean-Sébastien Bourdages.

Entre tradition et désir de modernité, les Chinois

hésitent. Les paysages de Beijing et de Shanghai

se sont complètement transformés en une

décennie : des centaines de gratte-ciel ont été

érigés et des kilomètres de hutongs – ces quartiers

historiques de maisons plusieurs fois centenaires

avec leur cours intérieures et leurs ruelles étroites

– ont été rasés au profit de tours de métal et

de verre. « On a parfois l’impression qu’il y a une

volonté d’oublier la Chine d’avant, et c’est difcile

à comprendre. On a déjà soumis une proposition

qui a été refusée à cause de cette différence de

points de vue. C’était un projet situé tout près de

la Cité interdite, et on avait intégré des

matériaux traditionnels, comme l’argile. Le client

était terriblement déçu : il souhaitait quelque

chose d’entièrement moderne et neuf », raconte

Robert Lapierre, architecte chez ARCOP.

Heureusement, la conscience environnementale

fait tranquillement son chemin et le développement,

en se voulant plus durable, épargnera

peut-être quelques vieilles pierres. Si les mentalités

évoluent, c’est un peu grâce à des initiatives et

subventions gouvernementales pour des édices

de conception verte.

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